MÉTHODE POUR ENSEIGNER AUX CATÉCHUMÈNES LES ÉLÉMENTS DU CHRISTIANISME

 


L’auteur, à la prière d’un diacre de Carthage, retrace les règles qui doivent guider le catéchiste. — Après avoir exposé la manière d’enseigner les vérités chrétiennes non-seulement avec méthode mais avec grâce et facilité, il joint l’exemple aux préceptes et propose deux discours comme modèles des instructions que l’on doit donner aux catéchumènes.

 

CHAPITRE PREMIER. BUT DE CE TRAITÉ.

1. Tu m’as prié, Déogratias mon frère, de t’adresser des conseils sur la manière de remplir tes fonctions de catéchiste. Chargé à Carthage, en qualité de diacre, d’initier au christianisme un grand nombre de personnes confiées à tes soins, sur la réputation dont tu jouis de savoir réunir, dans ton enseignement, la solidité de la doctrine à la grâce de l’élocution; tu hésites souvent, me dis-tu, sur la méthode à suivre pour enseigner avec facilité les vérités élémentaires qu’il faut croire pour obtenir le titre de chrétien. Tu me demandes où doit commencer, où doit finir cette exposition; s’il est nécessaire d’y ajouter quelques exhortations, ou s’il suffit de formuler simplement les préceptes dont l’observation est essentielle à celui qui veut embrasser la foi chrétienne et y conformer sa vie. Si j’en crois même tes aveux et tes plaintes, ta parole finit par devenir languissante et t’inspire du dégoût, loin de charmer le catéchumène et l’auditoire. Dans cette situation délicate, tu m’as prié, au nom rie la charité que je te dois, de vouloir bien, au milieu de mes travaux, t’adresser quelques conseils sur ce sujet.

2. Pour moi, je trouve dans la charité et dans le sentiment des devoirs qui m’attachent, non-seulement à un ami en particulier, mais encore à l’Eglise en général, un motif impérieux de rendre sur-le-champ, avec un dévouement sans bornes, tous les services que me permettent d’offrir les bienfaits dont Dieu m’a comblés et qu’il m’impose envers ceux dont il a fait mes frères. Plus je désire voir se répandre au loin les trésors du Seigneur,plus je suis obligé d’adoucir les peines qu’éprouvent ses serviteurs et mes collaborateurs à les faire valoir; plus je dois, dans la mesure de mes forces, leur faciliter la tâche qu’ils brûlent de remplir.

CHAPITRE II. PAR QUEL SECRET L’AUDITEUR GOÛTE-T-IL SOUVENT UN DISCOURS DONT L’ORATEUR EST MÉCONTENT? LE PRÉDICATEUR DOIT AVANT TOUT PRÉVENIR L’ENNUI ET ÉGAYER SON ÉLOCUTION.

3. Pour en venir à la question qui te préoccupe, je ne voudrais plus te voir songer avec tristesse au style plat et languissant que tu prétends remarquer dans tes instructions, Ces défauts échappent peut-être à ton auditeur, et tu te figures sans doute que ta parole ne mérite pas d’être écoutée, parce qu’elle ne répond pas assez à ton idéal. Moi-même je suis presque toujours mécontent de mes discours. Je me forme un idéal qui me ravit en moi-même aussi longtemps que je ne cherche pas à le rendre par la parole. Ne puis-je l’exprimer dans toute sa beauté? Je m’afflige en voyant que ma langue ne peut répondre aux inspirations de mon coeur. Car je voudrais faire entrer dans l’esprit des auditeurs ma pensée tout entière, et je sens que ma parole est incapable de produire cet effet. L’idée [61] pénètre dans mon esprit comme un rayon de lumière; mon langage se traîne, languit et la reflète à peine; pendant qu’il se débrouille, elle se perd damas ses mystérieuses profondeurs; toutefois, par une merveilleuse propriété, elle imprime dans la mémoire des traces qui subsistent avec les termes mêmes destinés à la fixer. Ces impressions donnent naissance aux signes phonétiques dont l’ensemble compose un idiome, le grec, le latin, l’hébreu, ou toute autre langue; que l’on pense seulement à ces signes ou qu’on les produise avec la voix, peu importe; les impressions de la pensée ne sont ni grecques, ni latines, ni hébraïques; elles ne sont particulières à aucun peuple, elles se forment dans l’esprit comme les traits se dessinent sur le visage. La passion de la colère est désignée en grec, en latin, en hébreu et dans les divers idiomes par un terme différent. L’expression de la colère sur la physionomie humaine n’est point un langage spécial à la Grèce ou à l’italie. Pour comprendre celui qui s’écrie : Iratus sum (1), je suis en colère, il faut être initié à la langue latine; mais que le mouvement d’une âme en courroux éclate sur le visage et se peigne dans tous les traits, il suffit de voir le jeu de la physionomie pour comprendre qu’elle exprime la colère. Or, il est impossible de retracer par la parole et de représenter aux oreilles de l’auditeur, avec l’évidence irrésistible de la physionomie, les traces que les idées laissent dans la mémoire ici tout est intérieur, là tout éclate au dehors. On peut ainsi mesurer l’intervalle qui existe entre l’apparition soudaine des idées et le langage, puisqu’il se forme plus lentement encore que les impressions dans la mémoire. Que faisons-nous donc? Ne songeant qu’aux intérêts de notre auditoire, nous voulons, malgré l’impuissance qui trahit nos efforts, exprimer les pensées comme nous les concevons; notre insuccès nous désespère; la pensée que notre travail est superflu nous fait tomber dans le découragement et le dégoût. La tiédeur et la faiblesse de nos discours, principe de notre découragement, s’accroissent par notre découragement même.

4. L’attrait qu’inspire ma parole aux auditeurs empressés de m’entendre, me révèle qu’il y a dans mes discours moins de langueur que je ne l’imagine: au plaisir qu’ils éprouvent, je reconnais tout le profit qu’ils en tirent, et je n’ai garde de manquer au ministère dont je les vois recueillir tant de fruits. Fais comme moi. Puisqu’on te confie souvent l’instruction des catéchumènes, tu dois en conclure que-tes discours n’inspirent pas aux autres la même répugnance qu’à toi-même; surtout il ne faut pas croire qu’ils sont inutiles, parce que l’expression ne rend pas ta pensée comme tu la conçois; car, ta pensée reste souvent elle-même au-dessous des choses. Quel homme ici-bas ne voit pas la vérité comme dans un miroir et à travers des énigmes (1)? L’amour lui-même n’est pas assez fort pour percer les ténèbres dont la chair nous enveloppe, et pour pénétrer dans cette éternité resplendissante à laquelle empruntent un éclat tel quel les choses éphémères d’ici-bas. Mais une perfection de plus en plus haute rapproche sans cesse les justes de ce jour éternel, où l’on ne connaît plus le mouvement périodique du ciel, ni le retour de la nuit, de cette merveille que l’oeil de l’homme n’a point vue, que son oreille n’a point entendue, que son coeur n’a jamais conçue (2); de là vient surtout le mécontentement où nous laissent nos instructions aux catéchumènes : nous aspirons à des pensées sublimes, la simplicité du langage ordinaire nous rebute.

A dire vrai, la sympathie de l’auditeur dépend de la sympathie qu’il trouve en nous; notre joie se mêle à toute la trame de notre discours; avec la joie naît la facilité et la grâce. La difficulté n’est donc pas ici de montrer où doit commencer, où doit finir l’exposition des vérités de la foi; d’apprendre le secret d’y jeter de la variété, tantôt en la développant, tantôt en l’abrégeant, sans être incomplet; enfin de déterminer les cas qui exigent de l’ampleur ou de la précision dans le style; le point essentiel, c’est de donner des règles pour faire le catéchisme avec joie car, plus on sait plaire, plus l’enseignement est efficace. La raison n’en est pas difficile à trouver: Dieu aime celui qui donne avec joie (3), ce qui est plus vrai encore dans l’ordre spirituel que s’il était question d’un don pécuniaire. Mais, pour obtenir à propos cette joie attrayante, il faut la demander à Celui qui en a fait un précepte. Ainsi donc nous allons d’abord parler des justes limites où doit se renfermer la narration, comme tu me le demandes, puis de la méthode la plus propre à instruire et à toucher, enfin des moyens de plaire, selon les lumières que Dieu nous communiquera.

CHAPITRE III. EN QUOI CONSISTE UNE NARRATION COMPLÈTE AU POINT DE VUE DU CATHÉCHISME? ELLE DOIT AVOIR POUR FIN LA CHARITÉ. L’ANCIEN TESTAMENT PRÉPARE L’AVÈNEMENT DE JÉSUS-CHRIST, DESTINÉ A ÉTABLIR LA CHARITÉ.

5. Pour faire une narration complète, le catéchiste doit débuter par le premier verset de la Genèse: « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre (1)», et descendre jusqu’à l’histoire contemporaine de l’Eglise. Pour atteindre ce but, il n’est pas nécessaire de réciter par coeur le Pentateuque, les livres des Juges , des Rois et d’Esdras, ensuite tout l’Evangile et les Actes des Apôtres, les eût-on appris mot pour mot, ou de développer en détail tous les événements historiques contenus dans ces ouvrages; un pareil récit serait déplacé et fort peu nécessaire. Il suffit de tout embrasser sous un coup d’oeil général, en faisant un choix des événements les plus merveilleux, les plus capables de captiver l’esprit, et en les distribuant par époques. Loin de faire passer rapidement ce tableau sous les yeux, sans lever pour ainsi dire le rideau, il faut s’arrêter pour l’analyser en quelque sorte et le mettre dans tout son jour, afin de le présenter avec toute sa grandeur à la vue et à l’admiration des auditeurs: sur tout le reste il faut passer légèrement et le faire rentrer dans l’ensemble. Grâce à cette méthode, les faits que nous voulons signaler sont mis en relief, l’auditeur les aborde sans fatigue et s’abandonne au mouvement de la narration; sa mémoire n’est pas surchargée et il recueille aisément nos leçons.

6. Dans ces récits, il ne suffit pas d’avoir en vue la fin du précepte, c’est-à-dire la charité qui sort d’un coeur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère (2), pour y rattacher toutes nos paroles : il faut encore fixer l’esprit de notre auditeur sur ce principe et l’y ramener sans cesse. Tout ce que nous lisons dans les saintes Ecritures, avant la venue de Notre-Seigneur, n’a été écrit que pour mettre en lumière son avènement et prédire l’Eglise, qui n’est que le peuple de Dieu répandu parmi toutes les nations et formant le corps de Jésus-Christ. Il faut en effet regarder comme membres de 1’Eglise tous les saints qui ont vécu avant son avènement et qui ont cru qu’il viendrait sur la terre, avec la même foi que nous croyons qu’il y est venu. Jacob en naissant présenta d’abord la main dont il tenait le pied de son frère, sorti le premier du sein maternel: la tête parut ensuite, entraînant après elle tout le corps i; or, la tête surpasse en dignité et en puissance et les membres qu’elle entraîne après elle et la main qui la précéda: l’ordre naturel était interverti par le mode d’apparition. C’est une figure de Jésus-Christ. Avant de se manifester dans la chair et de sortir du sein de l’éternité, pour apparaître sous la figure humaine, comme le médiateur entre Dieu et les hommes et le Dieu suprême qui est béni dans les siècles des siècles, il présenta, dans la personne des saints patriarches et des prophètes, une partie de son corps sacré: c’était comme la main qui annonçait sa future naissance. Le peuple orgueilleux qui le précédait, fut enlacé dans les liens de la loi dont il l’étreignit comme avec les cinq doigts de la main. Car il ne cesse durant cinq époques distinctes de faire prédire et annoncer sa venue; par une analogie non moins frappante, le législateur des Hébreux écrit cinq livres. Ces esprits orgueilleux, abandonnés à leurs pensées charnelles et cherchant à établir leur propre justice, virent la main du Christ se fermer pour les étreindre et les arrêter, au lieu de s’ouvrir pour leur prodiguer les bénédictions : « leurs pieds furent enchaînés, et ils tombèrent; nous nous sommes dressés au contraire et nous restons debout (3)». Ainsi donc, pour revenir à ma pensée, quoique le Seigneur Jésus ait fait paraître une partie de son corps dans la personne des saints qui omit précédé sa naissance, il n’en forme pas moins la tête de l’Eglise qui est son corps (4); tous ces saints se sont rattachés au corps dont il est le Chef, par leur foi en Celui qu’ils annonçaient. Loin de s’en séparer en le devançant, ils s’y sont réunis en le suivant. La main peut précéder la tête sans cesser d’en dépendre. Par conséquent, tout ce qui- a été écrit avant nous, a été écrit pour notre instruction (5) C’était la figure de ce qui nous était réservé; « tous ces événements leur arrivaient en figure, et ils sont écrits pour notre instruction, de nous qui «nous trouvons à la fin des temps (1) »

CHAPITRE IV. LA VENUE DE JÉSUS-CHRIST A EU POUR BUT ESSENTIEL D’ÉTABLIR LE RÈGNE DE LA CHARITÉ: C’EST A LA CHARITÉ QUE DOIT TENDRE TOUTE NARRATION EMPRUNTÉE AUX ÉCRITURES SUR JÉSUS-CHRIST.

7. Quelle a été la cause principale de la venue de Jésus-Christ, sinon l’amour que Dieu nous portait et qu’il voulait nous témoigner par une preuve éclatante, la mort de Jésus-Christ, dans le temps même que nous étions encore ses ennemis (2)? Il est venu pour nous montrer que le but du précepte et l’accomplissement de la loi sont tout entiers dans la charité (3). Il a voulu nous apprendre à nous aimer les uns les autres et à donner notre vie pour nos frères, comme il a donné la sienne pour nous (4): il a voulu qu’en voyant Dieu nous aimer le premier (5), et livrer son Fils unique à la mort pour nous tous (6), sans l’épargner, l’homme, jusqu’alors insensible, eût honte de ne pas rendre amour pour amour. Rien n’éveille l’amour avec autant de force que de faire les premières avances : l’âme la plus rebelle à ce sentiment ne saurait sans cruauté refuser d’y répondre. C’est là une vérité que font éclater les attachements les plus bas et les plus criminels.

Quand un amant veut faire partager sa passion, il songe à tous les moyens en son pouvoir de déclarer son amour et d’en découvrir les transports: il prend les dehors de la justice, afin d’avoir le droit de réclamer comme une dette la sympathie du coeur qu’il veut séduire; sa passion s’avive et s’enflamme, en voyant troublée du même feu la personne dont il convoite la possession; tant il est vrai que la sympathie fait sortir un coeur froid de son indifférence et redouble l’amour en celui qui déjà en éprouvait les ardeurs! Il est donc bien évident que rien ne contribue davantage à faire naître ou à développer l’amour que l’aveu de ce sentiment, l’espoir qu’il sera partagé, les avances de celui qui l’éprouve le premier. Combien ce caractère de l’amour empreint dans les liaisons les plus criminelles est-il plus sensible dans l’amitié! N’évitons-nous pas avant tout de déplaire à un ami, dans la crainte de lui laisser croire que nous ne l’aimons pas ou que notre amitié est moins vive que la sienne? S’il le croyait, en effet, il mettrait plus de réserve et de froideur dans ces rapports intimes que l’amitié crée entre les hommes; et, quand il ne pousserait pas la faiblesse jusqu’à laisser toute sa sympathie se refroidir à cause de cette offense, il se renfermerait dans une amitié où le calcul supprimerait les épanchements du coeur.

Il est surtout à remarquer que, si les grands veulent être aimés des petits et qu’ils s’y attachent en proportion de leur dévouement et de leur affection, les petits répondent à la sympathie des grands par une ardente amitié. L’amitié, en effet, a d’autant plus d’attrait qu’elle est moins un transport inspiré par la nécessité, qu’un épanchement de la générosité; ici, elle vient de la charité, là, du besoin. Or, supposez un inférieur sans espoir d’obtenir jamais l’amitié de son supérieur : n’éprouverait-il pas un bonheur indicible, s’il voyait celui dont il n’aurait jamais osé attendre un bienfait si précieux, prendre les devants et daigner lui déclarer son amour? Mais peut-il y avoir une disproportion plus étonnante qu’entre Dieu et l’homme, le juge et le coupable? Et quel coupable! il s’était livré à la domination des puissances de l’orgueil, incapables de lui donner le bonheur, et cela, avec d’autant plus d’aveuglement qu’il avait moins compté sur la Providence de l’Etre infini, qui ne veut pas signaler son pouvoir par le mal, mais le faire sentir par le bien.

8. Si donc le but essentiel de la venue de Jésus-Christ a été d’apprendre à l’homme la portée de l’amour que Dieu avait pour lui, afin de lui montrer à rendre amour pour amour et à chérir son prochain, en suivant tout ensemble les préceptes et l’exemple de Celui qui s’est rapproché le plus étroitement de notre coeur quand il a embrassé dans son amour non-seulement le prochain, mais les hommes les plus éloignés; si les saints livres écrits avant son avènement n’ont eu d’autre objet que de le prédire, et que tout ce qui a été écrit depuis sous le sceau de l’autorité divine a raconté Jésus-Christ et fait une loi de l’amour; il faut évidemment rattacher à la charité, non-seulement la loi et les prophètes contenus dans le double commandement [64] d’aimer Dieu et le prochain, où se résumait toute l’Ecriture au moment où parlait Notre-Seigneur, et l’ensemble des Ecritures postérieurement composées sous l’inspiration divine et confiées au souvenir des âges.

L’Ancien Testament est le symbole mystérieux du Nouveau; le Nouveau, la révélation éclatante de l’Ancien. Les âmes charnelles qui comprennent matériellement ces symboles, sont aujourd’hui, comme autrefois, esclaves d’une crainte coupable. Dociles à la révélation, les âmes pures qui autrefois ont vu s’ouvrir devant leurs pieuses investigations le sens caché des Ecritures ou qui aujourd’hui le cherchent sans orgueil, de peur que le côté lumineux ne se change pour elles en ténèbres, ont compris selon l’esprit et ont été affranchies parle don de la charité. Or, l’envie est l’ennemie mortelle de la charité, l’orgueil, le principe de l’envie. Notre-Seigneur Jésus-Christ, l’Homme-Dieu, est donc tout ensemble et la révélation de l’amour de Dieu pour les hommes et le modèle de l’humilité ici-bas, afin de guérir notre orgueil démesuré par un remède plus puissant encore. Quelle misère profonde que l’homme orgueilleux! mais quelle miséricorde plus profonde encore qu’un Dieu humble ! Que la charité soit donc le principe auquel se rattachent tous tes discours; dans toutes tes instructions, fais en sorte que l’auditeur croie ce qu’il écoute, espère ce qu’il croit, et aime ce qu’il espère.

CHAPITRE V. IL FAUT EXAMINER AVEC SOIN LE MOTIF QUI DÉTERMINE LE CATÉCHUMÈNE A SE FAIRE CHRÉTIEN.

9.La juste sévérité de Dieu, si propre à jeter dans les coeurs une impression salutaire de terreur, doit servir aussi de fondement à l’édifice de la charité. Le bonheur de se voir aimé par Celui que l’on craint doit inspirer la confiance de l’aimer à son tour, et tout ensemble la honte de blesser sa tendresse, fût-on assuré de l’impunité. Il n’arrive guère, ou plutôt il n’arrive jamais, qu’on prenne la résolution de se faire chrétien sans avoir été touché de la crainte de Dieu. Veut-on embrasser le christianisme, comme l’unique moyen de plaire à ceux dont on attend les faveurs, ou d’éviter la vengeance et les ressentiments de ses ennemis? On aspire moins à devenir chrétien qu’à le paraître. La foi n’est pas un hommage tout extérieur; c’est l’adhésion d’un esprit convaincu. Mais la miséricorde divine touche souvent les esprits par le ministère du catéchiste; elle fait naître, sous l’influence de sa parole, les sentiments dont ils avaient résolu d’affecter les dehors : la droiture de leurs intentions doit marquer pour nous l’instant où ils se présentent à nos instructions. Nous ignorons sans doute l’heure où le catéchumène est présent de coeur comme il l’est de corps; mais, cette intention ne fût-elle pas en lui, nous devons tâcher d’y entraîner sa volonté : existât-elle en germe, nos efforts pour la développer ne seraient pas superflus, encore que nous ne sussions ni la circonstance ni l’instant où elle a été conçue. Le moyen le plus simple, quand il est praticable, serait de s’éclairer, dans l’entourage du catéchumène, de ses dispositions secrètes et des motifs qui le déterminent à embrasser la religion. Si cette source de renseignements nous est interdite, interrogeons-le lui-même, afin de prendre dans ses réponses le point de départ de nos instructions. Se présente-t-il dans le but tout hypocrite de servir ses intérêts ou de les sauvegarder ? Il mentira; or, c’est de ce mensonge même qu’il nous faut partir, non pour le réfuter comme s’il était évident, mais pour en prendre occasion d’approuver, sans songer à la sincérité ou à l’hypocrisie de ses paroles, et de faire ressortir la beauté du motif qu’il nous présente, afin de lui inspirer le désir d’être réellement ce qu’il veut paraître. Allègue-t-il un motif incompatible avec les sentiments dont doit être pénétré un esprit qui veut embrasser la foi chrétienne? Représente-lui doucement son erreur, comme si elle venait de l’ignorance et du défaut d’instruction; montre-lui quelle est la véritable foi du christianisme avec une précision énergique, afin d’éviter le danger d’anticiper sur une exposition complète ou de la faire à un esprit encore mal disposé : par là tu réussiras peut-être à lui inspirer la résolution que les préjugés ou l’hypocrisie l’empêchait de prendre.

CHAPITRE VI. LE CATÉCHISTE DOIT EMBRASSER DANS SES INSTRUCTIONS L’HISTOIRE DE L’ÉGLISE DEPUIS LA CRÉATION JUSQU’À NOS JOURS.

10. S’il répond qu’un avis du ciel, une terreur mystérieuse, lui a inspiré la résolution de [65] devenir chrétien, la sollicitude de la Providence pour les hommes nous fournira un début aussi naturel qu’attrayant. De ces miracles et de ces visions surnaturelles, il faut ramener sa pensée aux principes plus infaillibles, aux oracles plus sûrs des saints livres, en lui faisant sentir que c’est par un effet de la miséricorde divine qu’il a reçu cet avis, avant d’avoir donné son adhésion à l’Ecriture. Il est essentiel de lui représenter que le Seigneur, en l’avertissant lui-même, en lui inspirant le désir d’embrasser le christianisme et de devenir membre de l’Eglise, en l’instruisant enfin par des prodiges et des révélations, n’a voulu que l’engager à suivre paisiblement la voie sûre que lui traçait d’avance l’Ecriture : là, il apprendra moins à chercher des miracles visibles qu’à espérer les merveilles qui échappent aux regards; ce ne sera plus pendant son sommeil, mais les yeux ouverts, qu’il sera instruit. Après ce début, il faut exposer l’histoire de l’Eglise, depuis la création, où tout était bien (1) en sortant des mains de Dieu, jusqu’à nos jours; chaque événement, chaque acte doit être rattaché à ses causes et par conséquent aboutir à cette fin de la charité, qu’on ne doit jamais perdre de vue dans ses actions, comme dans ses paroles. Si des grammairiens, dont la science égale la réputation, essaient d’expliquer les mythes imaginés par les poètes, sans autre dessein que d’amuser les esprits qui se repaissent de chimères, en leur assignant un but pratique aussi frivole, il est vrai, et aussi favorable à la curiosité mondaine que ces fictions elles-mêmes, quelles précautions ne devons-nous pas prendre pour éviter que les vérités saintes, apparaissant dans nos récits sans les principes qui les expliquent, n’inspirent plus qu’une croyance fondée sur une jouissance de l’imagination ou sur une dangereuse curiosité? Toutefois, gardons-nous de sacrifier la suite du récit au développement de ces causes, en laissant notre enthousiasme et notre parole se perdre dans le dédale d’une discussion trop abstraite : la vérité seule du raisonnement doit relier les faits comme un fil d’or qui rassemble des pierres précieuses sans eu troubler l’agencement par un éclat trop vif.

CHAPITRE VII. PRÉMUNIR LE CATÉCHUMÈNE CONTRE LES SCANDALES. ENSEIGNEMENT DE LA MORALE.

11. Le récit achevé, il faut inculquer la foi au dogme de la résurrection. Sans cesser de consulter la portée d’intelligence du catéchumène, non moins que le temps si court dont nous disposons, il est essentiel de combattre les vains sarcasmes des incrédules et d’établir le principe de la résurrection des corps, du jugement dernier, favorable aux bons, terrible aux méchants, équitable pour tous; puis, après avoir indiqué avec horreur et tremblement les supplices réservés aux impies, célébrer en soupirant le royaume préparé aux justes et aux fidèles, la cité céleste et son éternelle béatitude. Il faut alors prémunir et fortifier la faiblesse humaine contre les tentations et les scandales qui se produisent soit au dehors, soit au dedans de l’Eglise; je veux dire contre le paganisme, le judaïsme, l’hérésie, au dehors; contre la paille qui couvre l’aire du Seigneur, au dedans. Sans doute il serait déplacé de réfuter les erreurs de toutes sortes et d’opposer une proposition contradictoire à chaque hérésie; mais il faut montrer, autant que la circonstance le permet, que ces scandales ont été prédits, que ces tentations servent à l’édification des fidèles, et qu’on en trouve le remède dans la patience même dont Dieu nous donne l’exemple en permettant à ces erreurs de se perpétuer jusqu’à la fin des siècles.

Quand le catéchumène est suffisamment armé contre les méchants dont la foule impie ne remplit que matériellement les églises, il convient de lui exposer délicatement et en raccourci les principes d’une vie pure et chrétienne. L’avarice, l’ivrognerie, les jeux frauduleux, l’adultère, la fornication, le goût des spectacles, les opérations de la magie, les enchantements, l’astrologie, les secrets superstitieux autant que chimériques de la divination, pourraient le séduire et l’entraîner par l’espoir de l’impunité, quand il verrait de prétendus chrétiens aimer, pratiquer, justifier ces égarements et y engager les autres par leurs conseils. Il faut donc lui montrer la fin réservée aux malheureux qui persévèrent dans ces péchés, la raison qui les fait tolérer dans l’Eglise, dont ils seront un jour retranchés, et cela, d’après le témoignage même des saints [66] livres. Il faut aussi l’avertir qu’il trouvera dans l’Eglise une foule de chrétiens éprouvés, véritables citoyens de la Jérusalem céleste, du moment qu’il marchera sur leurs traces. En dernier lieu, il faut lui recommander avec force de ne jamais fonder son espoir sur un homme; car un homme ne peut guère découvrir les caractères de la sainteté dans un autre homme; et, quand on le pourrait, on doit imiter les saints, en sachant bien que notre sanctification ne vient pas d’eux, mais de celui-là même qui a sanctifié nos propres modèles. Ce principe produira une conséquence à laquelle on ne saurait attacher trop de prix. Celui qui nous écoute, ou plutôt qui écoute Dieu par notre organe, ne sera point tenté, quand il deviendra plus vertueux et plus instruit, et qu’il marchera avec ferveur dans les voies de Jésus-Christ, d’attribuer ses progrès à notre influence ou à lui-même; il saura s’aimer, ainsi que nous et les personnes qui lui sont chères, en Celui et par Celui qui a répondu à sa haine par la tendresse, et a gagné son amour en le justifiant. Tu n’as pas besoin sans doute de leçons pour apprendre à resserrer ou à étendre tes développements, selon le temps plus ou moins long dont l’auditoire et toi pouvez disposer; c’est un précepte que la nécessité seule enseigne mieux que tous les maîtres.

CHAPITRE VIII. MÉTHODE POUR INSTRUIRE LES PERSONNES ÉCLAIRÉES.

12. Voici un point essentiel Quand une personne d’un esprit cultivé se présente à toi pour se faire instruire, si elle est déterminée à embrasser le christianisme et prêle à recevoir le baptême, elle a déjà, selon toute vraisemblance, acquis une connaissance assez étendue de nos saintes lettres, et elle n’a d’autre intention que de participer aux sacrements de I’Eglise. Ces personnes, en effet, n’attendent pas le moment d’embrasser la foi pour s’instruire; elles pèsent auparavant leurs motifs, et, chaque fois qu’elles trouvent un confident, elles lui découvrent leurs pensées et leurs sentiments. Dans cette circonstance, il faut être court; et, loin de s’appesantir sur les vérités qu’elles connaissent, on doit les effleurer avec tact, en leur disant que nos dogmes sont telle et telle vérité qui leur est sans doute familière. On expose ainsi, dans une énumération rapide, tous les principes qu’il faudrait inculquer aux simples et aux ignorants. Grâce à celle méthode, un homme éclairé ne se voit point enseigner, comme à l’école d’un maître, ce qu’il sait déjà; et, en revanche, s’il ignore quelque chose, il l’apprend par la revue même que nous avons l’air de faire de ses connaissances. Il ne sera point inutile de lui demander quels motifs l’ont déterminé à se faire chrétien; si tu t’aperçois qu’il a puisé ses convictions dans la lecture de livres canoniques ou d’excellents traités, débute par l’éloge de ces ouvrages , en admirant, à des degrés divers, l’autorité infaillible de l’Ecriture, et l’exactitude jointe à l’élégance de ses interprètes; attache-toi à faire ressortir dans l’Ecriture l’expression féconde, par sa simplicité même, des vérités les plus sublimes, et dans les traités qu’elle inspire, selon le mérite de chaque auteur, une éloquence d’un tour plus pompeux et plus orné, appropriée à l’orgueil et par là même à la faiblesse des esprits. Il est important de lui faire dire quels ont été ses auteurs favoris, les ouvrages qu’il a médités de préférence et qui l’ont déterminé à embrasser le christianisme. Cet aveu obtenu , si nous avons lu ces ouvrages ou que nous ayons appris, par la renommée dont ils jouissent dans l’Eglise, qu’ils ont pour auteur un représentant illustre de la foi catholique, empressons-nous de les approuver. Au contraire, est-il tombé sur les ouvrages d’un hérétique, et, dans son ignorance des erreurs opposées à la religion, s’y est-il arrêté comme à l’expression de la foi catholique, il faut lui démontrer avec force la prééminence que mérite l’autorité de l’Eglise universelle unie à celle des génies supérieurs qui, dans le domaine des vérités qu’elle enseigne, ont brillé par leurs controverses et leurs écrits.

Reconnaissons cependant que les auteurs mêmes qui sont morts dans la foi catholique, après avoir légué à la postérité des ouvrages écrits sous l’inspiration chrétienne, soit qu’ils aient été mal compris, soit qu’ils n’aient pas eu la vigueur d’esprit nécessaire pour remonter aux principes les plus élevés, et pour s’attacher à la vérité sans être dupes de la vraisemblance, ont laissé dans certains passages des germes d’hérésie que des esprits aventureux et téméraires ont développés. Il n’y a pas lieu de s’en étonner; l’Ecriture [67] même, l’expression la plus pure de la vérité n’est pas à l’abri de ce péril. Que de gens, non contents de mal interpréter la pensée de l’écrivain sacré ou d’offenser le dogme, fautes qu’on pardonne aisément à la faiblesse humaine quand on la voit disposée à les reconnaître, s’acharnent, s’acharnent avec une opiniâtreté et un orgueil invincibles à justifier leurs méprises et leurs erreurs, et, en rompant avec l’unité catholique, donnent naissance aux opinion les plus dangereuses ! —Voilà les principes qu’il faut développer, dans une conférence sans prétention, aux esprits qui s’élèvent au-dessus du vulgaire par leur érudition et leurs lumières, quand ils aspirent à entrer dans la société chrétienne ; on doit prendre le ton dogmatique, pour les préserver des erreurs où entraîne la présomption, mais il ne faut le prendre que dans la mesure même de l’humilité dont ils sont capables. Quant aux vérités qui constituent la saine et pure doctrine, soit qu’on raconte, soit qu’on raisonne, il faut toucher brièvement les points relatifs à la foi, à la morale, aux tentations, en observant la méthode supérieure dont je viens de tracer les règles.

CHAPITRE IX. COMMENT INSTRUIRE LES GRAMMAIRIENS ET LES ORATEURS. — DIEU N’ENTEND QUE LE LANGAGE DU COEUR.

13. Il sort aussi des écoles si fréquentées du grammairien et du rhéteur des catéchumènes, qui tiennent comme le milieu entre les ignorants et les philosophes livrés aux spéculations les plus hautes de l’esprit humain. Quand ces hommes, qui semblent avoir sur les autres la supériorité de l’éloquence, se présentent pour recevoir le titre de chrétien, nous leur devons un avis moins nécessaire aux gens sans éducation, celui de revêtir l’humilité chrétienne et d’apprendre à ne plus regarder avec mépris ceux qui aiment mieux éviter les fautes dans la conduite que dans le langage, et d’en venir à ne plus comparer à la pureté du coeur la soup1esse d’une langue déliée, qui leur semblait un don bien supérieur. Il faut surtout leur apprendre à goûter l’Écriture, de peur que ce langage solide, sans emphase, ne les rebute; ils pourraient d’ailleurs s’imaginer que les actions ou les paroles prêtées aux hommes dans ces livres sacrés, ne cachent pas, sous une enveloppe sensible et sous un voile épais, un sens profond qu’il faut dégager ; ils pourraient croire qu’il suffit d’entendre le son des flots pour comprendre. Il faut aussi leur faire sentir que le sens caché, d’où vient le mot mystère, et l’obscurité même des symboles, doublent l’attrait de la vérité et dissipent le dégoût qu’inspirent les choses faciles, en leur montrant par quelques exemples, qu’une vérité évidente qui laisse froid, charme quand on la dégage d’une allégorie où elle était renfermée. Le premier besoin de ces esprits est de savoir que la pensée l’emporte autant sur la parole, que l’esprit sur le corps ; par conséquent qu’ils doivent préférer dans les discours la vérité à l’éclat, comme ils doivent préférer dans un ami le bon sens à la grâce des traits. Qu’ils sachent aussi que le langage du cœur est le seul qui frappe l’oreille de Dieu . dès lors ils pourront s’apercevoir, sans trouver matière à raillerie, que parfois les évêques et les ministres de l’Église adressent à Dieu des prières entremêlées de barbarisme, de solécisme, et même qu’ils ne comprennent pas ou comprennent vaguement les termes dont ils se servent. Il convient sans doute de faire disparaître ces fautes, ne fût-ce que pour permettre au peuple de répondre Amen avec intelligence ; toutefois les esprits cultivés doivent avoir ici de l’indulgence, car les désirs sont dans 1’Eglise ce qu’est l’éloquence au barreau; et, quelque bon que puisse être le langage du barreau, il ne se confondra jamais avec les bénédictions de l’Eglise. Quant au sacrement qu’ils sollicitent, quelques mots suffisent pour leur en montrer la signification, s’ils sont éclairés; mais, s’ils ont l’esprit un peu lourd, il faut recourir à l’amplification, aux comparaisons, de peur qu’ils ne méprisent un mystère dont ils ne verraient que la forme.

CHAPITRE X. DE L’ENNUI ET DE SES CAUSES : PREMIER MOYEN D’ Y REMÉDIER.

14. Tu attends peut-être ici un discours qui puisse te servir de modèle et où j’applique les règles que je viens de te retracer. Avant de te satisfaire, dans la mesure des forces que Dieu me donnera, je dois t’enseigner, selon ma promesse, l’art difficile de charmer. Je m’étais engagé à formuler les règles nécessaires pour instruire le catéchumène qui vient solliciter [68] le titre de chrétien; j’ai rempli, je crois, mon engagement. Tu ne dois pas exiger de moi comme une dette, que je joigne dans ce traité l’exemple à la théorie; si je le fais, ce sera un surcroît; mais, puis-je donner le surcroît avant d’avoir payé ma dette intégralement? Tu t’es plaint à moi d’un défaut d’élévation et de chaleur qui, à t’entendre, gâtait toutes tes instructions aux catéchumènes. Je suis convaincu que ce défaut ne tient ni au manque d’idées sur des sujets dont tu possèdes à fond toutes les ressources, ni à la disette d’expressions; il vient d’un secret ennui, provoqué par différentes causes.

D’abord nous trouvons plus de charme et de beauté dans les muettes conceptions de notre esprit, et, comme je l’ai déjà remarqué, nous avons de la répugnance à faire passer notre idéal dans des sons qui ne le peignent qu’imparfaitement; puis, lors même que nos expressions ne nous déplairaient pas, nous aimons mieux écouter ou lire des discours qui sont plus beaux que les nôtres et ne nous coûtent ni effort ni inquiétude, que d’improviser en appropriant notre langage au goût d’autrui, sans savoir si nous réussirons à voir les paroles couler à souhait ou produire sur les esprits une heureuse impression; d’ailleurs, comme les notions qu’il faut inculquer aux esprits novices nous sont très-familières et ne peuvent guère contribuer à notre avancement, nous nous voyons avec peine obligés d’y revenir sans cesse : notre esprit, fier de ses petites forces, ne trouve plus de charme à s’arrêter sur des vérités élémentaires et qui semblent réservées à l’enfance. L’orateur est encore refroidi par l’air glacé d’un auditeur qui reste immobile, soit parce qu’il ne ressent aucune émotion, soit parce qu’il ne laisse pas voir dans son attitude que l’orateur l’éclaire ou le touche. Sans être passionnés pour la gloire humaine, nous songeons que la parole, dont nous sommes les ministres, est celle de Dieu ; plus nous aimons notre auditeur, plus nous désirons le voir captivé par les vérités que nous lui présentons pour le sauver; notre insuccès nous afflige, et, dans le cours même de notre entretien, nous sentons notre ardeur s’affaiblir et s’éteindre, comme si elle s’épuisait en efforts superflus. Il arrive encore qu’on nous arrache à un devoir plus attrayant ou même plus impérieux que nous aurions aimé à accomplir: la recommandation d’une personne à qui nous ne voulons pas déplaire, une prière aussi pressante qu’impossible à décliner nous oblige à instruire un catéchumène; nous entreprenons avec dépit une tâche qui exige le plus grand sang-froid, en déplorant la nécessité où nous sommes d’interrompre la suite de nos occupations et de ne pouvoir suffire à tout;ce malaise se communique à notre discours, qui, sortant d’un fond aride de tristesse, ne peut jaillir avec abondance. Enfin, c’est quelquefois au moment même qu’un scandale nous afflige et nous consterne, que l’on vient nous dire: Voici une personne qui veut embrasser le christianisme, viens l’entretenir. Quand on nous parle ainsi, on ne connaît pas le chagrin intérieur qui nous dévore, et, si nous sommes réduits à ne pas découvrir notre peine, nous entreprenons à contre-coeur de satisfaire au désir exprimé; en passant par les replis d’un coeur sur lequel la tristesse répand ses feux et ses vapeurs, la parole perd son éclat et sa grâce. Voilà les causes de découragement qui troublent la sérénité de notre esprit : avec l’aide de Dieu, nous devons chercher les moyens de les combattre, afin de voir notre coeur s’épanouir, notre âme s’échauffer, et de mettre notre bonheur à remplir en paix un devoir sacré: « Car Dieu aime celui qui donne avec joie (1)».

15. Sommes-nous abattus, en songeant que l’auditeur est incapable de s’élever jusqu’à nos conceptions, et que nous sommes réduits à quitter les crimes de la pensée, pour nous appesantir sur les lentes expressions qui n’en sont qu’un lointain reflet; à tirer de nos lèvres, sous la forme de périodes longues et compliquées, une idée que l’intelligence saisit et dévore par une intuition rapide? En voyant dans le langage une image si infidèle de la pensée, aimerions-nous mieux nous taire que de parler ?Réfléchissons alors à l’exemple que nous a laissé Celui dont nous devons suivre les traces (2): car, quel que soit l’intervalle qui sépare le langage de l’intuition, il y a une différence plus profonde encore entre la chair périssable et celui qui est égal à Dieu. Or, « quoique étant dans la forme substantielle de Dieu, il s’est anéanti lui-même, en prenant la figure d’un esclave… ; il s’est rendu obéissant jusqu’à la mort de la croix (3) ». Pourquoi donc « s’est-il rendu faible avec les faibles, sinon pour gagner les faibles(4) ? »

Ecoute son imitateur s’écrier ailleurs: « Soit que nous paraissions passer les bornes en nous louant, c’est pour Dieu; soit que nous parlions de nous avec modération, c’est pour vous. Car l’amour de Jésus-Christ nous presse, considérant qu’un seul est mort pour tous (1)». Et comment aurait-il été prêt à se sacrifier pour les âmes, s’il avait eu de la répugnance à se pencher vers leur oreille? Il s’est donc rendu petit parmi nous, comme une nourrice pleine de tendresse pour ses enfants (2). Trouverait-on du plaisir à tronquer, à mutiler les mots, si un pareil jargon n’était inspiré par la tendresse?

Cependant on est heureux de rencontrer un petit enfant pour babiller avec lui. Une mère aime mieux triturer des aliments et les faire passer de sa bouche dans celle de son enfant, que de se rassasier elle-même de mets plus substantiels. Ayons donc toujours devant les yeux cette poule de l’Evangile, qui cache ses petits sous ses plumes tremblantes et, d’une voix fatiguée, rappelle sa bégayante couvée: malheur au poussin orgueilleux qui fuit ses tendres ailes ! il devient la pâture des oiseaux de proie (3). L’élévation de la pensée pure a sans doute un vif attrait: mais n’y a-t-il pas aussi un grand charme à songer que, plus la charité sait s’abaisser avec complaisance, plus elle a de force pour se répandre dans le coeur où la ramène le témoignage qu’on se rend intérieurement, de n’aspirer qu’au salut éternel des âmes vers qui l’on s’abaisse?

CHAPITRE XI. DEUXIÈME CAUSE D’ENNUI: MOYEN D’Y REMÉDIER.

16. Aimerions-nous mieux lire ou entendre des discours travaillés avec soin, plus éloquents que les nôtres, et par suite, ne pouvons-nous sans une certaine répugnance courir les hasards de l’improvisation? Si notre langage, conforme au fond à la vérité, offre à l’auditeur quelques mots qui le blessent, nous avons une ressource commode: c’est de lui apprendre à dédaigner un défaut de netteté ou d’élégance dans les termes, quand ils sont assez clairs pour rendre la pensée. Si au contraire la faiblesse humaine nous égare loin de la vérité, quoiqu’on ne soit guère exposé à ce péril sur le sentier battu qu’il faut suivre pour instruire les catéchumènes; ne manquons pas de prévenir l’impression fâcheuse que pourrait en concevoir l’auditeur; n’attribuons notre méprise qu’à la volonté de Dieu, qui nous a mis à l’épreuve pour voir si nous saurions reconnaître notre erreur avec calme, et pour nous empêcher d’être entraînés dans une erreur plus dangereuse, en faisant notre apologie. Si notre méprise n’a point été relevée, si elle a échappé à l’auditeur et à nous-mêmes, il faut y être insensible à condition de l’éviter à l’avenir. Il arrive assez souvent que, quand notre souvenir se reporte sur nos discours, nous y découvrons quelque erreur, sans pouvoir nous dire quelle impression elle a faite sur les esprits; la douleur est encore plus vive pour un coeur embrasé par la charité, quand il sent qu’une pensée fausse a été accueillie avec plaisir. Dans ce cas, cherchons l’occasion favorable de dissiper peu à peu chez les autres l’erreur que nous nous sommes secrètement reprochée à nous-mêmes: c’est notre parole, et non celle de Dieu, qui a égaré leur esprit. Si quelques méchants, aveuglés par une jalousie insensée, « semeurs de discordes, détracteurs, ennemis de Dieu», triomphent de nos méprises, voyons dans leur joie une occasion d’exercer notre patience et notre charité, « parce que la bonté divine veut aussi les conduire à la pénitence » : car qu’y a-t-il de plus affreux, « de plus capable d’amasser sur nous un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu (1)», que de triompher, à l’exemple pernicieux de Satan, du mal d’autrui ? Parfois encore nôs discours, quoique d’une justesse irréprochable, présentent certaines vérités qui, faute d’être comprises, on parce qu’elles combattent des opinions et des préjugés invétérés, ont un caractère de nouveauté qui déconcerte et choque l’auditeur. S’il nous laisse voir son impression et qu’il consente à se laisser guérir, prodiguons pour l’éclairer les témoignages et les raisonnements; s’il cache son déplaisir et son impression, Dieu lui ouvrira peut-être les yeux: mais s’il regimbe, et qu’il méprise nos avis, cherchons notre consolation dans l’exemple du Seigneur qui, voyant les hommes trouver ses paroles choquantes et étranges, s’adressa aux disciples fidèles et leur dit : « Et vous, ne voulez-vous point aussi me quitter (2) ? » Nous devons nous attacher à ce principe solide, indestructible, qu’à la fin des siècles la Jérusalem captive sera affranchie du joug de la Babylone terrestre, et qu’aucun de ses enfants ne périra ; et en effet, tous ceux qui périront ne seront pas ses enfants : car « le fondement que Dieu a posé demeure ferme, tant cette parole pour sceau : Dieu connaît ceux qui lui appartiennent, et tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur doivent s’éloigner de l’iniquité (1) ».

Convaincus de ces vérités, invoquant sans cesse au fond de notre coeur le nom de Jésus-Christ, nous cesserons de calculer avec crainte l’effet que nos discours peuvent produire sur des esprits ondoyants et divers; que dis-je? nous supporterons avec joie les désagréments attachés à ce ministre de charité, si nous le remplissons sans avoir la gloire humaine en vue: car le caractère des oeuvres véritablement bonnes, c’est de sortir de la charité et d’y rentrer comme dans leur principe et leur foyer. Quant aux lectures qui nous ravissent, aux discours éloquents que nous voudrions entendre et dont l’inimitable perfection, par les efforts mêmes que nous faisons pour la reproduire, communique à nos paroles une froide monotonie, nous y trouverons un délassement à nos travaux, et notre joie intérieure en doublera le prix nous prierons Dieu avec une confiance nouvelle de nous faire entendre le langage que nous rêvons, en consentant aveu joie à servir, selon nos forces, d’organe à sa parole; c’est ainsi que « tout sert au bien de ceux qui aiment Dieu (2)».

CHAPITRE XII. TROISIÈME CAUSE D’ENNUI : DES MOYENS D’Y REMÉDIER.

17. Si notre ennui a pour cause l’obligation de revenir sans cesse sur des vérités communes et à la portée des plus jeunes enfants, prenons pour le catéchumène un coeur de frère, de père, de mère : la sympathie nous fera voir le lieu commun sous un jour nouveau. Telle est en effet la puissance de la sympathie, qu’elle établit entre les disciples et le maître une communauté de sentiments qui confond Leurs coeurs en un seul: le disciple semble s’exprimer par la bouche du maître, et le maître s’initier avec ses disciples aux vérités mêmes qu’il enseigne. N’est-ce pas ce qui arrive, quand nous montrons les monuments d’une ville, les sites d’une campagne, à un ami qui ne les avait pas encore visités? La vivacité de son admiration ne rajeunit-elle pas la nôtre pour des beautés à côté desquelles nous passions avec indifférence ? Notre plaisir est d’autant plus vif que nous l’aimons davantage: plus la sympathie est profonde, plus ces merveilles surannées reprennent à nos yeux un air de nouveauté. Si donc nous consacrons nos lumières et notre goût à empêcher nos amis de rester insensibles ou froids en face d’un chef-d’oeuvre du génie de l’homme; si nous sommes enchantés de leur expliquer le plan de l’artiste, et d’élever ainsi leur esprit jusqu’à la beauté et à la grandeur des oeuvres du Créateur, fin suprême et féconde de l’amour; notre enthousiasme ne doit-il pas redoubler, quand on vient apprendre à notre école Celui qui est le but de toute notre science ? Un nouvel auditoire ne doit-il pas raviver nos sentiments et nous communiquer une inspiration originale qui ranime notre parole? Nous trouverions un nouveau motif d’allégresse, en songeant à quelle erreur de mort l’homme doit s’arracher pour arriver à la vie de la foi; La politesse nous fait traverser avec plaisir les rues les plus fréquentées pour indiquer le chemin à une personne égarée ; quel transport de joie ne devons-nous pas éprouver à parcourir dans la science du salut les points mêmes que notre intérêt ne nous oblige pas à revoir, quand nous avons à guider une âme infortunée, lasse des erreurs du monde, dans les sentiers de la paix, et qu’il nous faut répondre a l’ordre de Celui qui nous les a ouverts?

CHAPITRE XIII. QUATRIÈME CAUSE D’ENNUI : MOYENS D’Y REMÉDIER. DE L’USAGE, ADOPTÉ DANS CERTAINES ÉGLISES, D’ÉCOUTER ASSIS LA PAROLE DIVINE.

18. C’est une rude tâche, je l’avoue, que d’aller jusqu’à la fin de son discours, quand on a sous les yeux un auditeur immobile, impassible. Est-ce scrupule religieux ou respect humain qui l’empêchent de manifester son approbation de la voix ou du geste? Est-ce défaut -d’intelligence ou dédain? Comme nous ne pouvons lire dans son coeur, il faut recourir à tous les moyens pour l’aimer, et percer en quelque sorte la nuit où il s’enveloppe [71]. Refoule-t-il ses pensées en 1ui-même par excès de timidité? Il faut le rassurer par des paroles affectueuses, encourager sa modestie en lui montrant une sympathie toute fraternelle, l’interroger pour savoir s’il comprend, et lui donner assez de confiance pour exposer franchement ses objections. Ne manquons pas non plus de lui demander si ces vérités frappent pour la première fois son oreille, si elles ont perdu à ses yeux l’intérêt de la nouveauté. Sa réponse nous guidera : tantôt il faudra mettre plus de simplicité et de précision dans notre langage, tantôt réfuter les opinions contraires; tantôt nous résumerons ce qu’il sait, loin de nous livrer à d’inutiles développements, et nous choisirons des paraboles, des événements symboliques, dont l’interprétation communiquera à notre entretien une grâce attrayante. S’il manque d’imagination, s’il est incapable de comprendre et de goûter ces beautés exquises, il ne reste plus qu’à le souffrir avec patience; après avoir récapitulé brièvement nos dogmes, il faut insister sur les points essentiels, l’unité catholique, les tentations, la nécessité de se conduire en vue du jugement à venir, en le faisant trembler. Enfin, consacrons plus de temps à parler à Dieu pour lui qu’à lui parler de Dieu.

19. Il n’est pas rare de voir un auditeur, qui semblait charmé au début, se lasser d’être attentif ou de se tenir debout; il n’approuve plus, que dis-je? il se met à bailler et témoigne involontairement l’envie qu’il a de se retirer. Dès qu’on s’aperçoit de sa fatigue, on doit le récréer, soit en lui tenant quelques propos d’un enjouement de bon ton, sans sortir du sujet, soit en lui faisant un récit qui frappe son imagination ou touche sa sensibilité. Qu’on lui parle surtout de lui-même, afin que l’intérêt personnel le tienne en éveil, sans toutefois le blesser par quelque allusion offensante, ni quitter l’accent de tendresse qui peut seul gagner son coeur. On pourrait encore soulager son attention en lui offrant un siége, ou plutôt, il vaudrait mieux qu’il fût assis dès le commencement, autant que la circonstance le permet. Je trouve fort sensé l’usage adopté dans certaines églises d’outre-mer, où l’on voit assis l’évêque qui parle et le peuple qui l’écoute : de la sorte, les personnes trop délicates ne sont pas condamnées à relâcher leur attention et à en perdre les fruits, même à se retirer. C’est déjà un inconvénient qu’un chrétien, quoique incorporé à l’Eglise, soit contraint de quitter une assemblée nombreuse pour reprendre ses forces; mais n’est-il pas cent fois plus fâcheux qu’un catéchumène, qui doit être initié aux mystères, soit réduit à la nécessité impérieuse de se retirer, pour ne pas tomber de faiblesse? La timidité l’empêche d’expliquer la raison qui l’oblige à partir; ses forces épuisées ne lui permettent plus de rester debout. Je parle par expérience: j’ai vu un homme de la campagne me quitter au milieu de l’entretien, et sa conduite m’a révélé le péché que je signale. Eh! n’y a-t-il pas un orgueil révoltant à ne pas laisser s’asseoir en notre présence des hommes qui sont nos frères, que dis-je ? dont nous - cherchons à nous faire des frères, et qui, à ce titre, doivent attendre de nous une sollicitude plus empressée? Ne voyons-nous pas qu’une femme était assise en écoutant le Seigneur dont les anges environnent le trône (1)? Si l’entretien doit être court ou que le lieu ne permette guère dé s’asseoir, je le veux bien, on écoutera debout: c’est qu’alors l’auditoire sera nombreux et qu’il ne s’agira pas d’instruire un catéchumène. Mais il y a péril, je le répète, à laisser debout une ou deux personnes qui viennent nous trouver pour s’initier à la foi chrétienne.

Toutefois, si nous n’avons pas pris cette précaution au début, et que nous apercevions des signes d’ennui chez l’auditeur, il faut lui offrir aussitôt un siége, en le pressant de s’asseoir, et lui adresser quelques paroles pour le récréer, ou même dissiper le malaise qui avait troublé son attention. Dans l’incertitude où nous sommes des motifs qui l’empêchent d’écouter, tenons-lui, dès qu’il est assis, quelques propos enjoués ou pathétiques; pour l’arracher aux distractions que lui causent les souvenirs du monde. De la sorte, si nous tombons juste sur les pensées qui le préoccupent, elles disparaîtront pour ainsi dire devant une accusation directe : si nous nous sommes trompés, quelques mots sur ces préoccupations que nous sommes obligés de supposer en lui, par cela seul qu’ils sont inattendus et interrompent la suite de l’entretien, piquent sa curiosité et renouvellent son attention. Du reste, soyons brefs, puisque nous faisons une digression, de peur que le remède ne soit pire que le mal et n’augmente la lassitude que nous avons dessein de combattre. Ayons soin dès lors d’abréger; faisons entrevoir et pressons la fin de notre entretien.

CHAPITRE XIV. CINQUIÈME ET SIXIÈME CAUSES D’ENNUI : DES MOYENS D’Y REMÉDIER.

20. Est-ce le regret de ne pouvoir accomplir un devoir auquel tu t’appliquais, parce que tu le regardais comme plus impérieux, qui cause ton découragement, et sens-tu qu’un dépit secret répand sur tes instructions une teinte de tristesse? Nous savons sans doute que dans tous nos rapports avec le prochain nous devons être inspirés par la bonté et par la charité la plus pure; mais songe que ce principe admis, nous sommes incapables de déterminer les actions qu’il est plus utile d’accomplir, ou plus à propos de suspendre, de sacrifier même. Impuissants à découvrir les mérites que nos obligés ont aux yeux de Dieu, nous ne comprenons pas, nous conjecturons d’après les indices les plus obscurs et les plus vagues, quels sont les services que nous devons leur rendre selon les circonstances. Par conséquent, réglons la suite de nos actions selon la portée de notre esprit. Si nous pouvons accomplir nos devoirs dans l’ordre même que nous nous sommes tracé, applaudissons-nous de voir que nos projets ont été conformes aux desseins de Dieu; survient-il une conjoncture qui dérange notre plan de conduite? plions-nous à la circonstance au lieu de nous décourager, et puisque Dieu a préféré un autre ordre, hâtons-nous de l’adopter. Dieu ne doit pas suivre notre volonté, nous devons nous soumettre à la sienne. L’ordre que nous prétendons suivre à notre gré ne peut être excellent qu’à la condition d’être subordonné à un ordre supérieur. Pourquoi donc nous plaindre, faibles mortels que nous sommes, d’être devancés par la sagesse de ce grand Dieu, Notre-Seigneur tout-puissant, et vouloir tomber dans le désordre par le désir même de nous attacher à l’ordre qu’il nous a plu d’adopter?

Le véritable plan de conduite, c’est d’être résolu à ne jamais lutter contre la puissance de Dieu, et de ne point se passionner pour accomplir un dessein conçu dans une tête humaine : « Le coeur de l’homme conçoit bien des projets, les conseils de Dieu seuls sont immuables et éternels (1)».

21. Notre esprit troublé par quelque scandale ne peut-il trouver des paroles pleines de calme et d’agrément? Concevons pour les âmes que Jésus-Christ a voulu sauver par sa mort et délivrer au prix de tout son sang des fatales erreurs du monde, une charité si vive que, si l’on vient nous avertir de l’arrivée d’un catéchumène, à l’instant où nous sommes tout affligés, cette bonne nouvelle serve à soulager notre douleur et à la dissiper; c’est ainsi que les plaisirs du gain balancent le chagrin que causent les pertes. Un scandale nous afflige à la vue ou à la pensée qu’une âme se perd ou entraîne dans sa perte les âmes faibles; l’arrivée d’un catéchumène dont nous attendons quelque succès, doit affaiblir les regrets que nous causent les âmes infidèles. Si la crainte de voir notre prosélyte devenir fils de l’enfer (2) naît en nous à la pensée des nombreux catéchumènes qui ont fini pardonner les scandales dont nous gémissons, cette triste réflexion doit nous animer au lieu de nous abattre : elle doit nous engager à avertir notre auditeur de ne point imiter ceux qui n’ont de chrétien que le nom, de ne jamais se laisser entraîner, par leur nombre, à les suivre ou à quitter Jésus-Christ pour leur plaire; enfin, de renoncer à entrer avec eux dans l’Eglise de Dieu, s’il n’est pas résolu à ne jamais les prendre pour modèles. Dans ces sortes d’exhortations, la parole qu’anime une douleur encore cuisante, acquiert, je ne sais comment, une vivacité nouvelle : loin d’être froids, nous développons avec verve et enthousiasme un sujet que nous aurions traité d’un ton monotone et languissant, si nous avions été plus calmes; et c’est un bonheur pour nous d’avoir pu trouver l’occasion de faire servir à l’édification des âmes nos sentiments personnels.

Avons-nous commis une erreur, une faute même qui nous accable de douleur? Songeons « qu’un coeur contrit est un sacrifice agréable à Dieu (3)»; songeons surtout que « si l’eau éteint le feu, l’aumône éteint le péché (4)». et que « Dieu aime mieux la miséricorde que le sacrifice (5) ». Qu’un incendie nous menace, nous savons courir, aller chercher de l’eau pour l’éteindre, ou remercier les voisins qui nous en apportent. De même, quand le péché allume dans notre coeur desséché un feu qui nous épouvante, applaudissons-nous de trouver dans une oeuvre charitable, que l’occasion se présente d’accomplir, une source assez abondante pour éteindre l’incendie qui nous consume. Nous ne pousserons pas, j’imagine, la folie jusqu’à croire que le pain avec lequel nous apaisons la faim d’un pauvre, aurait plus de vertu pour relever notre courage que la parole même de Dieu, distribuée à un esprit affamé de l’entendre. A supposer même qu’il n’y eût pas d’inconvénient à se dispenser d’un devoir, d’ailleurs utile à remplir, nous aurions toujours le tort de dédaigner le moyen qui nous est offert d’échapper au péril où notre salut et non celui d’autrui, est malheureusement engagé. Ne connaissons-nous pas cet arrêt terrible du Seigneur: « Serviteur méchant et paresseux, tu aurais dû mettre mon argent entre les mains des banquiers (1)? » Quel serait donc notre aveuglement, si la douleur de nos fautes nous entraînait dans une nouvelle faute, celle de refuser le trésor du Seigneur à qui le demande avec instance?

Voilà par quelles réflexions on peut dissiper l’ennui avec tous ses nuages et se porter tout entier à remplir les fonctions de catéchiste, Voilà comment on réussit à faire doucement entrer dans les coeurs un enseignement qui découle avec autant de facilité que de grâce des sources fécondes de la charité. Ce n’est pas moi qui te tiens ce langage; c’est -plutôt l’amour qui nous l’adresse à tous, « cet amour répandu jusqu’au fond de nos coeurs par d’Esprit-Saint qui nous a été donné (2)».

CHAPITRE XV. NÉCESSITÉ D’APPROPRIER SON LANGAGE AUX CIRCONSTANCES ET AUX PERSONNES.

23. Je t’ai fait une promesse et tu en réclames peut-être l’accomplissement, comme si c’était une dette : il me faut prendre le rôle de catéchiste et composer un entretien qui puisse te servir de modèle. Soit; mais figure-toi bien qu’un écrivain qui compose dans son cabinet pour être lu, se place à un tout autre point de vue que l’orateur qui parle devant un auditoire attentif; et pour l’orateur, que de points de vue divers! Tantôt il donne des instructions en particulier, sans témoins qui contrôlent son langage; tantôt il parle sous les yeux d’une assemblée qui représente les goûts les plus divers. Parle-t-il en public? tantôt il n’adresse ses instructions qu’à une seule personne, et l’assemblée ne fait que le juger ou rendre témoignage à la vérité de ses paroles; tantôt l’auditoire attend un discours qui s’adresse à tous indistinctement. Dans ce dernier cas, la méthode doit encore changer selon que le public est pour ainsi dire réuni en famille et n’attend qu’une conférence, ou qu’il est suspendu en silence aux lèvres de l’orateur, parlant du haut d’une tribune. Et même alors, le ton doit varier, si l’auditoire est plus ou moins nombreux, s’il est composé de savants ou d’ignorants, de gens de la ville ou de la campagne, enfin, s’il représente le peuple entier avec ses différentes classes. En effet, si l’orateur n’est pas capable d’éprouver les émotions les plus diverses, son âme ne saurait se peindre dans son discours ni sa parole exprimer des sentiments assez variés pour répondre aux mille impressions que provoque la sympathie dans une foule nombreuse.

Il n’est ici question que d’initier à la foi des esprits novices : toutefois, je puis t’assurer, d’après mon expérience personnelle, que je ressens une émotion toute différente selon que je vois dans le catéchumène un savant, un ignorant, un étranger, un concitoyen,un riche, un pauvre,un particulier,un magistrat; dignité, famille, âge, sexe, système philosophique, font autant d’impressions sur mon coeur, et, sous l’empire du sentiment que j’éprouve, mon discours commence, se continue et s’achève. On doit à tous une égale charité; mais ce n’est pas une raison pour appliquer à tous le même remède. La charité sait enfanter les uns et se rendre faible avec les autres; elle travaille à édifier ceux-ci, elle a peur d’offenser ceux-là; tantôt elle s’abaisse, tantôt elle s’élève, tour à tour indulgente et sévère, jamais ennemie, toujours maternelle. Quand on n’a point éprouvé ces mouvements de la charité, on croit que notre bonheur est attaché au faible talent qui nous vaut les éloges de la multitude et les douces émotions de la gloire. Mais que Dieu, en « présence duquel montent les gémissements des captifs (1) », voie notre humilité et nos peines, et qu’il nous remette tous nos péchés (2). Si ma parole a eu pour toi quelque agrément, si elle t’a inspiré le désir d’apprendre de moi quelques règles pour vivifier tes discours, je te le répète, tu aurais été plus vite initié à ces secrets en me voyant exercer les fonctions de catéchiste qu’en me lisant.

CHAPITRE XVI. DISCOURS QUE L’ON PEUT TENIR A UN CATÉCHUMÈNE. EXORDE TIRÉ DE LA RÉSOLUTION QU’A PRISE L’AUDITEUR D’EMBRASSER LA FOI CHRÉTIENNE POUR TROUVER ENFIN LA PAIX : LES HONNEURS, LES RICHESSES, LES PLAISIRS, LES SPECTACLES, NE FONT QUE TROUBLER LE COEUR.

24. Je suppose donc qu’un homme d’un esprit ordinaire, habitant la ville, tel que tu dois en rencontrer beaucoup à Carthage, vienne te trouver dans l’intention de se faire chrétien. Tu lui demandes s’il a pris cette résolution pour jouir de quelque avantage temporel, ou pour goûter la paix qui nous est promise dans l’autre vie; il répond qu’il n’aspire qu’à la paix éternelle; tu peux alors lui tenir à peu près ce discours :

Grâces soient rendues à Dieu, mon frère je te félicite d’avoir eu le bonheur de songer à t’assurer un port au milieu des orages si terribles et si dangereux du monde. On se dévoue ici-bas aux plus rudes fatigues pour trouver le repos et la sécurité, mais les passions ne permettent pas d’y atteindre. On veut en effet goûter le repos au sein des choses agitées et passagères, et comme le temps les emporte avec lui, la crainte et les regrets troublent le coeur et ne lui laissent aucun moment de calme. L’homme veut-il se reposer au scindes richesses? elles lui donnent plus d’orgueil que de tranquillité. Que de gens, comme nous l’apprend l’expérience; perdent tout à coup leur fortune ou trouvent la mort, soit en courant après les richesses, soit en voulant défendre leurs trésors contre lui rival plus avare! Lors même que la richesse serait fidèle à l’homme toute sa vie et ne quitterait pas son avide possesseur , il faudrait bien qu’il la quitte en mourant. Et quelle est donc la durée de la vie,même quand on atteint la vieillesse ? Désirer la vieillesse, n’est-ce pas désirer une longue maladie ? Quant aux honneurs du monde, qu’impliquent-ils sinon l’orgueil, la vanité, la ruine du salut ? C’est en ce sens que la sainte Ecriture nous dit : « Toute chair est semblable à l’herbe des champs, et la gloire de l’homme est semblable à la fleur d’une herbe: l’herbe se dessèche, la fleur tombe, «la parole de Dieu seule demeure éternellement (1) ». Ainsi, quiconque aspire au bonheur et à la paix inaltérable, doit se détacher des biens passagers et périssables du monde pour ne mettre espoir que dans la parole de Dieu : en s’attachant à l’Etre qui demeure éternellement, il participera à son immutabilité.

25. D’autres ne songent ni à s’enrichir, ni à briguer le vain éclat des honneurs; ils mettent leur félicité et leur repos à hanter les tavernes ou les maisons de débauche, à fréquenter les théâtres et à jouir de ces représentations frivoles qu’on leur donné gratuitement dans les grandes villes. La passion du luxe triomphe vite de leur pauvreté; et, de la misère ils tombent dans le vol, la rapine ou même le brigandage. Ils se trouvent tout à coup en proie à des craintes mortelles : naguère encore ils chantaient dans la taverne, maintenant ils ne rêvent plus que torture et prison. Quant à la passion des spectacles, elle les change en démons : ils encouragent à grands cris les gladiateurs à se tuer réciproquement; si le sang ne coule pas, ils font naître dans leur coeur des sentiments de rivalité et un ardent désir de plaire à un peuple en délire. S’aperçoivent-ils que les combattants sont de connivence, ils- s’indignent, ils s’écrient qu’on doit les frapper de verges, comme s’ils étaient coupables de collusion; ils condamnent le magistrat, né pour venger la justice, à ordonner cette injustice révoltante. Savent-ils au contraire qu’une haine irréconciliable divise les comédiens et les danseurs, les cochers et les dompteurs d’animaux, et tous les malheureux qu’ils engagent dans des luttes à outrance contre leurs semblables ou les bêtes sauvages? plus ils voient les concurrents animés de sentiments hostiles, plus ils leur témoignent de faveur et d’enthousiasme; ils applaudissent à la fureur de la lutte et provoquent les applaudissements; ils se communiquent leur délire, plus insensés encore que les victimes insensées dont ils stimulent l’aveugle courage : la folie fait tout le charme du spectacle. La paix d’un esprit sain pourrait-elle donc remplir un coeur qui se repaît de querelles et de discorde ? La santé n’est-elle pas toujours en rapport avec les aliments?

Enfin, quelque soit le charme attaché à ces joies, si on peut appeler ainsi des joies insensées, que faut-il pour nous rendre insensibles à l’orgueil des richesses, à l’éclat éblouissant des hommes, aux plaisirs ruineux des tavernes, aux luttes sanglantes du théâtre, à la débauche, à l’obscénité des bains publics? Une fièvre légère nous dérobe ces joies, telles qu’elles, et suffit pour saper, même avant la mort, notre prétendue félicité : il ne nous reste qu’un coeur vide et gangrené. qu’attend la justice du Dieu dont il a dédaigné la protection, la sévérité du Maître en qui il n’a pas voulu chercher ni aimer un Père tendre.

Pour toi, mon frère, qui cherches le repos promis aux chrétiens après la mort, tu commenceras à en goûter la douceur dès ici-bas, au sein même des soucis les plus amers de la vie, si tu t’attaches avec amour aux préceptes de Celui qui l’a promis. Tu ne tarderas pas à sentir que les fruits de la justice sont plus doux que ceux de l’iniquité et qu’une conscience pure au milieu des chagrins inspire une joie plus réelle: et plus vive qu’une conscience bourrelée au milieu des voluptés: ce ne sont point en effet les avantages temporels qui t’engagent à entrer dans l’Église de Dieu ».

CHAPITRE XVII. CONDAMNATION DE CEUX QUI EMBRASSENT LA FOI EN VUE D’UN INTÊRET HUMAIN. — LE REPOS ÉTERNEL, BUT DU VRAI CHRÉTIEN. — EXPOSITION DES DOGMES, ET D’ABORD DE L’INCARNATION.

26. Il se rencontre en effet des gens qui embrassent le christianisme pour se concilier certains personnages dont ils attendent des avantages temporels, ou pour éviter de déplaire à des protecteurs puissants. Ce sont de faux chrétiens: l’Eglise les supporte pour un temps comme l’aire garde la paille, jusqu’au jour où le vanneur en sépare le grain ; mais s’ils ne se corrigent pas, s’ils ne songent pas à n’avoir en vue dans le christianisme que le repos à venir, ils seront un jour séparés du bon grain. Qu’ils ne se flattent pas d’être gardés dans l’aire avec le pur froment de Dieu : loin d’être admis dans le grenier céleste, ils iront dans le feu auquel les destinent leurs péchés (1). D’autres, quoique animés d’une espérance plus noble, ne laissent pas de courir un danger aussi grave ; je veux parler de ceux qui, ayant la crainte de Dieu et ne songeant ni à se jouer du nom de chrétien, ni à se couvrir du masque de l’hypocrisie pour entrer dans l’Eglise; attendent le bonheur dès ici-bas: ils voudraient jouir sur la terre d’une prospérité plus brillante que ceux qui ne rendent à Dieu aucun hommage; aussi l’exemple de quelques impies,élevés,malgré leurs crimes, à un degré de gloire et de puissance humaines qu’ils ne peuvent atteindre ou dont-ils se voient précipités, trouble leur imagination, comme Si leur piété ne produisait aucun fruit, et fait chanceler leur foi.

27. Aspirer à devenir chrétien, en vue du bonheur sans fin et de l’inaltérable repos qui est promis aux saints après la mort, sans autre but que d’entrer dans le royaume éternel avec Jésus-Christ et de ne point aller avec Satan au feu éternel (1), voilà le vrai chrétien, vigilant dans les tentations, afin de n’être jamais ni corrompu parla prospérité, ni abattu par les revers; toujours tempérant et maître de lui-même au sein des félicités de ce monde, ferme et résigné dans les tribulations. En avançant dans la pratiqué de la vertu, il finira par aimer Dieu plus: encore qu’il ne craint l’enfer, et si Dieu venait à lui dire : « Jouis éternellement des plaisirs de la chair, pèche en liberté, sans craindre la mort ni le feu éternel, à la seule condition de n’habiter jamais avec moi » ; il reculerait d’horreur et s’abstiendrait du péché, moins pour éviter la peine qu’il redoute que pour ne pas offenser Celui qu’il aime, l’Etre en qui seul réside ce repos « que l’oeil de l’homme n’a point vu, que son oreille n’a point entendu, que son coeur n’a point compris, et que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment (2) ».

28. Ce repos est marqué fort clairement dans l’Ecriture, qui nous apprend que Dieu, à l’origine du monde, quand il créa le ciel et la terre avec tout ce qu’ils renferment, travailla pendant six jours et se reposa le septième (3). Dans sa toute-puissance, Dieu n’avait besoin que d’un instant pour tout créer. Or, il n’a pas travaillé pour rentrer ensuite dans le repos, lui qui « a dit, et tout a été fait, a ordonné, et tout est sorti du néant (4)»; mais pour nous révéler que, les six âges du monde écoulés, il consacrerait le septième au repos avec ses saints, comme il y avait déjà consacré le septième jour, En effet, les saints trouveront le repos au sein du Dieu qu’ils ont servi par les bonnes oeuvres qu’il a lui-même opérées en eux, puisque c’est lui qui appelle, qui choisit; remet les fautes passées et justifie les pécheurs. Si donc on a raison de dire que Dieu agit dans le coeur de ceux qui n’accomplissent le bien que par un don de sa grâce, on doit également dire qu’il se repose avec les bienheureux qui goûtent le repos dans son sein : pour lui, en effet, il est étranger à la fatigue et n’a pas besoin de mettre un terme à ses travaux. C’est par son Verbe qu’il a tout créé, et le Verbe est Jésus-Christ lui-même, en qui les anges et les purs esprits du ciel se reposent et goûtent le silence de la sainteté. Déchu par sa faute, l’homme a perdu la paix qu’il devait au Verbe divin et la recouvre par les mérites du Verbe fait homme: aussi, est-ce au moment marqué dans ses desseins éternels, que le Verbe s’est fait homme et est né d’une femme, sans que la corruption de la chair pût atteindre Celui qui devait la purifier. Les saints de l’Ancien Testament ont été instruits de sa venue par les révélations du Saint-Esprit et l’ont annoncée: ils ont été sauvés en croyant qu’il viendrait, comme nous le sommes en croyant qu’il est venu; ils nous ont ainsi appris à aimer Dieu, qui a poussé l’amour pour nous jusqu’à envoyer son Fils unique revêtir la bassesse de notre humanité, et se sacrifier pour les pécheurs de la main des pécheurs mêmes. Et en effet, dès les temps les plus reculés, ce mystère nous est continuellement révélé dans sa profondeur par des figures et des prophéties.

CHAPITRE XVIII. CRÉATION DU MONDE. — PÉCHÉ ORIGINEL.

29. Le Dieu tout-puissant, bon, juste et miséricordieux, a imprimé le caractère de la bonté à toutes ses oeuvres, quelle que soit leur grandeur ou leur petitesse, à tous les points de l’espace. Après avoir créé le ciel, la terre, la mer; au ciel, le soleil, la lune et tous les astres; sur la terre et dans la mer, les plantes et les diverses espèces d’êtres qui les peuplent; en un mot, le monde des corps et des choses visibles, il a créé les choses invisibles, comme les principes de vie qui animent les corps; puis il a fait l’homme à son image : il a voulu que de même qu’il exerçait par sa toute-puissance un souverain empire sur l’ensemble de la création, l’homme commandât à la terre et aux êtres qu’elle renferme par le privilège de son intelligence qui le rend capable de connaître et d’adorer son Créateur. lia aussi créé à l’homme une compagne: ce n’était pas pour les unir par le lien de la concupiscence, puisque, avant d’être soumis à la mort, qui n’est que le châtiment du péché, leur corps était étranger à toute corruption; son but était de donner à l’homme dans la femme un sujet de se glorifier, en la guidant vers Dieu et en s’offrant à elle comme un miroir de sainteté et de piété, au même titre qu’il faisait lui-même la gloire de Dieu, en obéissant aux inspirations de sa sagesse.

30. Il les plaça dans un séjour de félicité inaltérable, appelé Paradis dans l’Ecriture, en leur imposant un commandement: s’ils l’observaient fidèlement, ils devaient jouir du bonheur de l’immortalité; s’ils le transgressaient, la mort les attendait comme châtiment de leur faute. Dans sa prescience, Dieu voyait bien qu’ils pécheraient : cependant, comme il est le principe et l’auteur de tout bien, il choisit pour les créer le moment où il créa les animaux, afin de multiplier sur la terre les trésors de bonté qui conviennent à ce séjour : car, même après le péché, l’homme est encore supérieur à la bête. Quant au précepte qu’ils ne devaient pas observer, il aima mieux le leur donner, afin de leur enlever toute excuse quand il ferait peser sur eux sa justice. Quelles que soient les actions de l’homme, Dieu y fait toujours éclater sa gloire par la justice des récompenses, si elles sont bonnes, par la justice des châtiments, si elles sont criminelles; enfin, par les bienfaits de sa miséricorde, si le pécheur reconnaît sa faute et retourne au bien. Pourquoi donc n’aurait-il pas créé l’homme, tout en prévoyant sa faute, puisqu’il devait le couronner dans sa victoire, le soumettre à l’ordre dans sa chute, le soutenir dans ses efforts pour se relever, tour à tour bon, juste, clément, et toujours plein de gloire? D’ailleurs ne prévoyait-il pas que de cette tige de mort sortiraient un jour des saints qui rendraient gloire à leur Créateur sans y prétendre pour eux-mêmes, et qui, affranchis par la piété de toute souillure, mériteraient de vivre avec les saints anges d’une vie éternellement heureuse? Le don du libre arbitre, que l’homme avait reçu pour servir Dieu, moins par une fatalité humiliante que par un noble effort de sa volonté, avait été également accordé aux anges. Par conséquent l’ange qui, dans son orgueil, s’est révolté contre Dieu avec ses compagnons, et s’est changé [77] en Satan, s’est nui à lui-même sans faire tort à Dieu : car Dieu a su faire rentrer dans l’ordre les esprits rebelles, et leur châtiment est devenu une décoration pour les parties les plus basses et les plus sombres de la création, par une loi où la justice la plus sévère se joint à la plus merveilleuse harmonie. Satan n’a donc pu atteindre la majesté divine, soit en se révoltant lui-même, soit en entraînant l’homme à la mort par ses séductions: l’homme n’a pas été non plus capable d’altérer la vérité, la puissance ou la félicité de son Créateur, en s’associant librement à la désobéissance de sa femme, tombée la première dans les pièges du tentateur. Condamnés par l’arrêt le plus équitable, la justice de leur châtiment a tourné à la gloire de Dieu, comme l’humiliation de leur peine a tourné à leur honte. Séparé de son Créateur, l’homme a été assujetti à Satan, son vainqueur, et Satan a été pour l’homme revenu à son Créateur, l’ennemi qu’il fallait vaincre: de la sorte, tous ceux qui suivront jusqu’à la fin les inspirations du tentateur, iront avec lui au feu éternel; tous ceux qui s’humilieront en l’honneur de Dieu et triompheront du tentateur avec le secours de la grâce, obtiendront une récompense éternelle.

CHAPITRE XIX. MÉLANGE DES BONS ET DES MÉCHANTS DANS L’ÉGLISE. LES ACTES COMME LES PAROLES DES SAINTS QUI ONT PRÉCÉDÉ JÉSUS-CHRIST, ONT UN CARACTÈRE PROPHÉTIQUE.

31. N’allons pas nous troubler en voyant le grand nombre suivre les inspirations de Satan, tandis que le petit nombre obéit au Seigneur : entre la quantité du grain et celle de la paille, il y a toujours une disproportion considérable; et, si un gros tas de paille n’est point un embarras pour le laboureur, le nombre des coupables n’est rien aux yeux de Celui qui connaît les moyens d’en faire justice et d’empêcher le désordre de s’introduire dans son royaume et d’en troubler l’harmonie. Qu’on ne se figure pas que Satan triomphe, parce que le nombre de ses vainqueurs est inférieur à celui de ses victimes. Il existe deux cités, établies à l’origine du inonde et qui dureront jusqu’à la fin des siècles, celle des méchants et celle des justes : elles ne se distinguent aujourd’hui que par l’esprit qui les anime; mais, au jour du jugement, elles seront séparées de corps comme d’esprit. Les hommes enivrés d’orgueil, que travaille l’ambition de régner sur le monde avec tout le faste et toute la pompe des vanités humaines, forment une société étroite avec les démons qui sont animés des mêmes passions et mettent également leur gloire à soumettre les hommes à leur empire; quoique les biens du monde excitent souvent des luttes entre eux, ils n’en éprouvent pas moins une égale ambition dont le poids les entraîne tous dans le même abîme, où ils se trouvent associés par la ressemblance des caractères et des crimes. Au contraire, les hommes et les purs esprits qui oublient leur gloire pour ne chercher que celle de Dieu et qui s’attachent humblement à lui, ne sont tous non plus qu’une seule société. Et cependant, Dieu est plein de miséricorde et de patience pour les impies : il leur ménage l’occasion de se repentir et de se corriger.

32. Quand Dieu a fait périr les hommes par le déluge, à l’exception d’un seul juste qu’il voulut sauver dans l’arche avec sa famille, il savait qu’aucun d’eux ne reviendrait au bien; toutefois, pendant tout un siècle qu’on mit à bâtir l’arche, il ne cessa de leur faire annoncer que sa colère allait éclater sur eux (1) : s’ils s’étaient convertis, il leur aurait pardonné, comme il pardonna plus tard à Ninive, après lui avoir annoncé sa destruction prochaine par la bouche d’un prophète, en voyant cette grande cité faire pénitence (2). En accordant aux pécheurs dont il prévoit l’endurcissement tout le temps de se repentir, Dieu se propose d’exercer notre patience et nous en donne l’exemple; cet exemple est d’autant plus propre à nous enseigner la condescendance envers les pécheurs, que nous ignorons encore ce qu’ils deviendront, tandis que Dieu, pour qui l’avenir n’a pas de secrets, leur fait grâce et leur laisse la vie. Remarquons encore que l’arche de bois sur laquelle les justes échappèrent au déluge, était la figure de l’Eglise que Jésus-Christ, son roi et son Dieu, a placée, par le mystère de sa croix, au-dessus du gouffre où le monde s’engloutit. Dieu, sans doute, n’ignorait pas que des justes sauvés dans l’arche naîtrait une race coupable, qui couvrirait encore de ses iniquités la face de la terre; il ne laissa pas de donner un exemple du jugement à venir, et de représenter sous un symbole la délivrance future des justes par le mystère du bois sacré. Le déluge n’empêche pas le vice de se multiplier sous toutes les formes de l’orgueil, de la débauche et de l’impiété : après avoir abandonné son Créateur, l’homme ne s’abaissa pas seulement jusqu’à adorer les créatures, l’ouvrage à la place de l’ouvrier; il se dégrada au point de prostituer son culte aux oeuvres de la main des hommes et aux créations de l’art, tour faire ressortir plus honteusement encore le triomphe de Satan et des démons ils s’applaudissent en effet d’être adorés sous de tels emblèmes, et perpétuent leur égarement en entraînant l’homme à leur suite.

33. Dans ces temps primitifs, il se rencontra toutefois des justes pour rendre à Dieu un hommage pur et triompher de l’orgueil du tentateur; c’étaient des membres de la cité sainte, guéris de la maladie de l’orgueil par l’humilité de leur roi, Jésus-Christ, dont le Saint-Esprit leur avait révélé l’abaissement. Parmi eux se distingue Abraham, pieux et fidèle serviteur que Dieu se choisit pour lui révéler les mystères qui devaient s’accomplir en son Fils : sa foi a fait de lui le père de tous les croyants, chez tous les peuples. De ce patriarche sortit le peuple appelé à adorer l’unique et véritable Dieu, Créateur du ciel et de la terre, pendant que le reste des nations se prosternerait servilement devant les idoles et les démons. Ce peuple est une nouvelle figure plus frappante encore de l’Eglise future : il renfermait une multitude toute charnelle,.qui n’adorait Dieu qu’en vue de ses bienfaits temporels et visibles; au milieu d’elle, quelques âmes songeaient seules au repos de l’éternité et aspiraient à la céleste patrie: les prophéties apprenaient à celles-ci les abaissements de Jésus-Christ, notre Roi et Seigneur. et la foi en ce mystère les guérissait de l’orgueil dont elle dissipait toutes les fumées. Chez ces saints personnages qui ont précédé la venue de Jésus-Christ, paroles, conduite, mariage, postérité, en un mot, tous les actes de la vie renferment une prophétie du temps où l’Eglise devait se former de tous les peuples par la foi en la passion en Jésus-Christ. C’est par 1’entremise de ces patriarches et de ces prophètes que le peuple d’Israël, nommé dans la suite le peuple Juif, recevait et les bienfaits visibles que, dans ses désirs charnels, il implorait du Seigneur, et les châtiments matériels destinés à l’épouvanter quelque temps, et appropriés à sa dureté de coeur. Là encore on retrouve la figure des mystères spirituels qui devaient s’accomplir dans le Christ et son Eglise : et en réalité tous ces saints étaient membres de l’Eglise, quoiqu’ils eussent précédé la naissance de Jésus-Christ selon la chair. Car, le Fils unique de Dieu, le Verbe du Père, égal et co-éternel à son Père, par qui tout a été fait, s’est incarné pour nous, afin d’être le chef de l’Eglise et comme la tête du corps tout entier. Quand un homme naît en prenant d’abord la main, cet organe, ne fait pas moins partie de l’ensemble, que domine la tête et à laquelle il est subordonné : c’est la figure, telle que nous la retrouvons dans la naissance de quelques patriarches (1): ainsi les saints qui ont paru sur la terre avant Jésus-Christ, quoiqu’ils raient précédé, font partie du corps de l’Eglise dont il est la tête, parce qu’ils sont nés sous sa dépendance.

CHAPITRE XX. SERVITUDE DES ISRAËLITES EN ÉGYPTE. — LEUR DELIVRANCE À TRAVERS LA MER ROUGE, SYMBOLE DU BAPTÊME. — DE L’AGNEAU PASCAL, FIGURE DE LA PASSION DU CHRIST. — DU DOIGT, DE DIEU. — DE JÉRUSALEM, COMME EMBLÈME DE LÀ CITÉ CÉLESTE.

34. Transporté en Egypte, le peuple d’Israël fut soumis au joug d’un tyran farouche ; instruit à l’école des plus rudes souffrances, il chercha en Dieu son libérateur. Dieu choisit dans son peuple même et fit paraître son pieux serviteur Moïse qui, après avoir épouvanté les superstitieux Egyptiens par des prodiges redoutables, accomplis au nom de la puissance divine, tira le peuple de l’Egypte et lui fit traverser la mer Rouge: là, les eaux se séparèrent ,pour ouvrir un passage aux Hébreux, tandis qu’elles se refermèrent sur les Egyptiens qui poursuivaient les fugitifs, et les engloutirent. Ainsi, de même que le déluge a effacé sur la terre les crimes des pécheurs qui ont péri dans les flots, tandis que les justes trouvaient dans le bois un moyen de salut, de même les eaux livrèrent passage au peuple de Dieu, à sa sortie d’Egypte, et engloutirent ses ennemis. On retrouve, en effet, dans ce prodige, le bois mystérieux: Moïse, pour opérer ce miracle, frappa les eaux de sa verge. Voilà le symbole du baptême : les fidèles y passent à une nouvelle vie, et leurs péchés, comme autant d’ennemis, y demeurent anéantis. La passion de Jésus-Christ a été plus clairement encore figurée chez ce peuple, lorsqu’il reçut l’ordre d’immoler un agneau et de le manger, de frotter les portes de son sang, et de célébrer chaque année ce mystère, sous le nom de pâque du Seigneur. C’est de Jésus-Christ, en effet, qu’il a été si clairement prédit : « Il a été conduit comme un agneau à l’immolation (1)». Tu dois imprimer aujourd’hui même sur ton front, comme les Hébreux sur leurs portes, le signe de la passion et de la croix: voilà pourquoi tous les chrétiens se signent.

35. De là le peuple fut conduit dans le désert; il y erra pendant quarante ans et reçut la loi gravée du doigt même de Dieu (2). Le mot doigt désigne ici le Saint-Esprit, selon l’expression formelle de l’Evangile (3). Dieu n’est borné par aucune enveloppe matérielle, et il ne faut pas se figurer qu’il y ait en lui comme en nous des organes et des doigts; si donc le Saint-Esprit a été nommé le doigt de Dieu, c’est parce que les dons divins sont distribués parle Saint-Esprit entre tous les saints,et que ceux-ci ont des aptitudes diverses, sans toutefois cesser d’être unis par la charité, comme les doigts, sans cesser d’appartenir à un seul organe, offrent des divisions multipliées; du reste, que ce soit pour cette raison ou pour une autre, cette expression ne doit jamais éveiller en nous une idée sensible.

La loi était gravée sur des tables de pierre, pour représenter cette dureté de coeur qui devait empêcher le peuple d’en observer les commandements. Car, n’attendant du Seigneur que des bienfaits temporels, il était esclave de la crainte charnelle plutôt qu’il n’obéissait aux inspirations d’e la vraie charité; or, c’est la charité seule qui peut accomplir les commandements. Aussi furent-ils courbés, comme des esclaves, sous le joug de rites sans nombre qui devaient présider aux repas, aux sacrifices. Toutes ces cérémonies sensibles étaient. sans doute un symbole des mystères spirituels de Jésus-Christ et de son Eglise; mais quelques saints en petit nombre découvraient seuls dans ces pratiques le sens caché qui sauvait, et s’y soumettaient pour obéir aux exigences des temps: la multitude les observait sans les comprendre.

36. Ce fut ainsi qu’au milieu des prodiges de toute sorte, symboles de l’avenir devenus aujourd’hui des réalités dans l’Eglise, et dont le récit nous entraînerait trop loin; ce fut ainsi, dis-je, que le peuple parvint à la terre promise où il devait fonder un empire temporel selon ses désirs grossiers: néanmoins ce royaume terrestre, fut comme élevé sur le plan de la Jérusalem céleste. C’est là, en effet, que fut fondée la célèbre cité de Dieu, Jérusalem, cité esclave qui représentait la cité libre d’en haut (1), ou la céleste Jérusalem, expression hébraïque qui signifie littéralement « vision de la paix ». Elle a pour citoyens tous les hommes marqués du sceau de la sainteté, soit dans le passé, soit dans le présent ou dans l’avenir, et tous les esprits purs qui, fussent-ils au sommet de la hiérarchie céleste, s’empressent d’obéir à Dieu avec un dévouement absolu, loin d’imiter l’orgueil impie de Satan et de ses anges. Pour roi, elle a Notre-Seigneur Jésus-Christ : comme Verbe, il règne sur les chefs même des anges; comme Verbe incarné, il domine sur les hommes qui régneront avec lui dans une éternelle paix. Nulle figure plus frappante de sa royauté n’a brillé dans le royaume terrestre d’Israël que David, de la race duquel devait naître selon la chair le vrai monarque, Notre-Seigneur Jésus-Christ, « qui est béni dans les siècles des siècles (2)». Mille faits se sont accomplis dans la terre promise pour désigner l’avènement de Jésus-Christ et de son Eglise: tu pourras les apprendre peu à peu dans les saints livres.

CHAPITRE XXI. CAPTIVITÉ DE BABYLONE. — LES JUIFS N’ONT JAMAIS DEPUIS RECOUVRÉ LEUR INDÉPENDANCE NATIONALE.

37. Plusieurs générations après David, Dieu fit voir en figure le mystère le plus profond. La cité sainte fut réduite en captivité et la plupart de ses enfants emmenés à Babylone. Or, si Jérusalem désigne la société formée par les saints, Babylone qui, dit-on, signifie confusion, désigne la société formée par les méchants. Nous avons déjà parlé de ces deux cités qui doivent subsister ensemble à travers les vicissitudes des âges, depuis l’origine du monde jusqu’à la fin des siècles, et au jour du jugement où elles seront à jamais séparées.

La partie de Jérusalem et du peuple vouée à l’exil, reçut l’ordre du Seigneur de partir pour Babylone, par la bouche de Jérémie, le prophète de cette époque.

Parmi les monarques babyloniens , leurs maîtres, il s’en rencontra qui, frappés des miracles accomplis à l’occasion des Israélites, reconnurent le vrai Dieu, l’unique Créateur de toute créature, l’adorèrent et le firent adorer (1). Le Seigneur commanda encore aux Israélites de prier pour ceux qui les retenaient en captivité, de fonder l’espoir de leur tranquillité sur celle de leurs maîtres, afin de pouvoir élever leurs familles, bâtir des maisons, planter des jardins et des vignes. C’est après une période de 70 ans que Jérémie promit la fin de la captivité (2). Or c’était là une allégorie qui désignait la soumission que doit aux monarques du monde l’Eglise avec tous les saints, qui sont les citoyens de la Jérusalem d’en haut: car, d’après la doctrine de l’Apôtre, « toute personne doit être soumise aux puissances souveraines »; et plus loin : « Rendez à chacun ce que vous lui devez, le tribut à qui vous devez le payer, l’impôt, à qui doit le lever sur vous (3)». Et ainsi de tous les devoirs auxquels nous sommes obligés envers les puissances humaines, sauf le culte que nous devons à notre Dieu. Notre-Seigneur lui-même a voulu nous enseigner par son exemple ces sages principes et n’a pas dédaigné de payer la capitation pour sa personne (4), Les serviteurs chrétiens et les pieux fidèles doivent obéir à leurs maîtres selon la chair avec autant de docilité que de dévouement (5); ils les jugeront un jour, si leur iniquité ne se dément pas; ils régneront fraternellement avec eux , s’ils se convertissent au vrai Dieu. C’est à tous les chrétiens que s’adresse le commandement d’être soumis aux puissances de la terre et du monde, jusqu’au moment, figuré par le terme de 70 ans, où l’Eglise sera arrachée à la confusion du monde, comme Jérusalem fut affranchie de la captivité de Babylone. La captivité de l’Eglise a aussi été cause que les rois de la terre ont enfin abandonné les idoles au nom desquelles ils persécutaient les chrétiens : ils ont reconnu, ils adorent le vrai Dieu et le souverain Seigneur Jésus-Christ. Il faut également prier pour eux, lors même qu’ils persécuteraient l’Eglise, comme nous le commande l’apôtre Paul, qui s’exprime ainsi: « Je vous recommande avant tout de faire des supplications, des prières, des demandes et des actions de grâces pour tous les hommes, pour tous les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie heureuse et tranquille en toute piété et honnêteté (1) ». Ce sont eux, en effet, qui ont donné à l’Eglise la paix et cette tranquillité matérielle nécessaire pour bâtir des édifices spirituels, pour féconder les jardins et les vignes du Seigneur. Vois plutôt: dans cet entretien, j’édifie et je plante en ton âme, et ce travail s’accomplit dans tout l’univers, grâce à la paix que nous donnent les rois chrétiens. « Vous êtes le champ que Dieu cultive, dit encore l’Apôtre, et l’édifice que Dieu bâtit (2)».

38. Au bout de 70 ans, figure mystique de la fin des temps, le temple fut rebâti à Jérusalem, afin de compléter la figure ; mais comme tous ces événements n’étaient que des symboles, les Juifs ne purent jamais recouvrer ni paix solide ni indépendance. Plus tard, ils furent vaincus par les Romains et soumis au tribut. Du reste, à partir du moment où ils entrèrent dans la terre promise, et quand ils eurent des chefs à leur tête, le Christ ne cessa d’être annoncé dans une foule de prophéties, d’une clarté plus frappante encore que par le -passé, de peur qu’ils ne crussent voir la pro. messe d’un Messie libérateur accomplie dans la personne d’un de leurs rois. Outre David, dans le livre des Psaumes, une foule de prophètes, pleins d’élévation et de sainteté, le prédirent jusqu’à la captivité de Babylone. Durant la captivité, il parut encore des prophètes qui annoncèrent la venue du Seigneur Jésus-Christ, libérateur du genre humain. Lorsque le temple eût été reconstruit, après la période des 70 années, les Juifs furent soumis par les rois étrangers à une tyrannie si effroyable, qu’ils n’eurent pas de peine à sentir que le Libérateur n’avait pas encore paru: car, ne comprenant pas que ce Libérateur n’affranchirait que les âmes, le désir de la liberté charnelle leur faisait implorer sa venue.

CHAPITRE XXII. LES SIX ÉPOQUES DE L’HISTOIRE DU MONDE. — DE L’ESPRIT DU NOUVEAU TESTAMENT. — NAISSANCE, VIE ET MORT DE JÉSUS-CHRIST.

39. Voici donc les cinq premiers âges du monde : le premier s’étend d’Adam, le père du genre humain, jusqu’à Noé et à la construction de l’arche (1) ; le second s’étend de Noé à Abraham, le père de toutes les nations qui devaient imiter sa foi (2): c’est du sang d’Abraham que devait sortir la race juive, la seule qui, parmi tous les peuples du monde, avant la diffusion de la foi chrétienne, ait adoré l’unique et véritable Dieu, et de qui devait naître selon la chair le Messie Sauveur. Ces deux premières époques sont mises en relief dans l’Ancien Testament; quant aux trois autres, l’Evangile même les distingue dans la généalogie de Notre-Seigneur (3). Le troisième âge s’étend depuis Abraham jusqu’au roi David; le quatrième, depuis David jusqu’à la captivité qui transporta le peuple de Dieu à Babylone; le cinquième, depuis la transmigration de Babylone jusqu’à l’avènement de Jésus-Christ; le sixième commence avec Jésus-Christ. C’est dans ce dernier âge que la grâce toute spirituelle, connue jusque-là d’un petit nombre de prophètes et de patriarches, devait être révélée à toutes les nations, que les hommages rendus à Dieu devaient être désintéressés; en d’autres termes, n’avoir plus pour but la récompense matérielle d’un culte mercenaire et les prospérités de la vie présente, mais la vie éternelle et la possession de Dieu; enfin, c’est dans ce sixième âge que l’âme humaine devait être renouvelée à l’image de Dieu, de même qu’au sixième jour l’homme avait été fait à son image (4). Car la loi est remplie, quand ce n’est plus par passion pour les biens temporels, mais par amour pour lé législateur, qu’on exécute tout ce qu’elle commande. Et comment ne pas payer de retour le Dieu si juste et si miséricordieux qui a le premier aimé les hommes, malgré leur injustice et leur orgueil, au point de leur envoyer son Fils unique, par qui il avait tout créé? Et ce Fils n’a-t-il pas, sans changer de nature, adopté l’humanité, revêtu la chair, et consenti, non-seulement à vivre avec les hommes, mais encore à être immolé par eux et pour eux?

40. En promulguant le Nouveau Testament, titre d’un éternel héritage, Jésus-Christ renouvelait l’homme et lui enseignait à vivre, avec le secours de la grâce, de la vie nouvelle de l’esprit; du même coup il déclarait suranné l’Ancien Testament, sous la loi duquel un peuple grossier, animé des instincts du vieil homme, à l’exception des patriarches, des prophètes ou des saints inconnus qui comprenaient en petit nombre le sens caché de l’Ecriture, ne connaissait que la vie des sens, n’attendait du Seigneur que des récompenses matérielles, et les recevait en figure des biens spirituels. Jésus-Christ fait homme a donc méprisé tous les biens d’ici-bas, afin de nous apprendre le mépris que nous en devions faire, et s’est chargé des maux qu’il nous engageait à supporter; par là il nous a montré qu’il ne fallait ni mettre le bonheur dans les uns, ni craindre les autres comme une cause de malheur. Né d’une Mère qui, quoique conservant toute sa vie la fleur de son intégrité, Vierge quand elle conçoit, Vierge quand elle enfante, Vierge quand elle meurt, ne laissait pas d’être la fiancée d’un charpentier, il a sans retour anéanti l’orgueil attaché à la noblesse du sang. Né à Bethléem, la plus petite des villes de Juda, et si faible qu’aujourd’hui même on l’appelle un hameau, il nous a appris à ne plus tirer vanité de notre cité terrestre, quelle qu’en soit la grandeur. Il a même voulu devenir pauvre, lui qui possède tout et qui a tout créé, afin d’empêcher ceux qui croiraient en lui de s’enorgueillir des richesses d’ici-bas. Il a refusé la royauté que lui offraient les hommes, quoique la création entière publie sa royauté éternelle, parce qu’il montrait le chemin de l’humilité aux malheureux que l’orgueil avait séparés de lui. Il donne à tous les êtres les aliments et le breuvage; il est le pain des esprits et la source où ils viennent se désaltérer. Et cependant, il s’est condamné à la faim comme à la soif. Il a supporté les fatigues du voyage, et c’est lui qui s’est fait notre voie pour nous conduire au ciel; il s’est tu, il a semblé fermer les oreilles devant ceux qui l’outrageaient, et c’est lui qui a rendu l’ouïe aux sourds et la parole aux muets; il a brisé les entraves du péché, et il s’est laissé enchaîner; il a soustrait les malades aux aiguillons de la douleur, et il a été flagellé; il a fini nos tourments, et il a enduré celui de la croix; enfin il a ressuscité les morts, et il a voulu mourir. Mais il est ressuscité pour ne [82] plus mourir, afin d’empêcher l’homme de mépriser la mort en s’imaginant qu’il ne saurait plus revivre.

CHAPITRE XXIII. DESCENTE DU SAINT-ESPRIT. — CONVERSIONS OPÉRÉES CHEZ LES JUIFS ET CHEZ LES GENTILS.

41. Après avoir affermi la foi chez ses disciples et s’être montré à eux pendant quarante jours, Jésus-Christ monta au ciel en leur présence. Cinquante jours après la Résurrection, il leur envoya, selon sa promesse, le Saint-Esprit, pour répandre dans leur coeur la charité qui devait non-seulement alléger, mais encore faire aimer l’accomplissement de la loi. Cette loi avait été donnée aux Juifs sous la forme de dix commandements, ce qu’on appelle le Décalogue :- mais elle se réduit à deux préceptes qui sont d’aimer Dieu de tout notre coeur, de toute notre âme-, de tout notre esprit, et d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. Ces deux commandements renferment la Loi et les Prophètes, comme le Seigneur l’a déclaré expressément dans l’Evangile (1), et l’a du reste prouvé par son exemple. Cinquante jours après avoir célébré la pâque symbolique, immolé et mangé l’agneau dont le sang marqua leurs portes comme gage de salut (2), le peuple d’Israël reçut la loi gravée du doigt de Dieu (3), figure du Saint-Esprit, comme nous l’avons déjà remarqué (4): de même, ce fut le cinquantième jour après la passion de Notre-Seigneur, la véritable pâque, que le Saint-Esprit fut envoyé aux disciples. Ici, plus de tables de pierre pour figurer la dureté des coeurs : les disciples étaient tous assemblés en un même lieu, à Jérusalem, quand on entendit soudain un bruit sourd venait du ciel, semblable à celui d’un vent impétueux; et ils virent des langues de feu qui se partagèrent et s’arrêtèrent sur chacun d’eux: puis ils commencèrent à parler diverses langues. Tous les Juifs venus à Jérusalem des différents pays où ils étaient dispersés et dont ils avaient appris la langue, reconnaissaient leur idiome particulier dans le langage des disciples (5). Prêchant alors Jésus-Christ avec tout l’enthousiasme de la foi, ils opéraient en son nom une foule de prodiges, au point que Pierre, ayant passé près d’un mort et l’ayant couvert de son ombre, le ressuscita (1).

42. A la vue des prodiges éclatants qui s’accomplissaient au nom de celui qu’ils avaient crucifié, les uns par haine, les autres par erreur, les Juifs se divisèrent : les uns s’acharnèrent à poursuivre les Apôtres qui l’annonçaient; les. autres, étonnés de voir s’accomplir tant de merveilles au nom de Celui qu’ils avaient tourné en dérision et dont ils se flattaient d’avoir consommé la défaite et la ruine, se repentirent par milliers et crurent en lui. Ce n’étaient plus ces Juifs qui demandaient à Dieu des prospérités mondaines et un royaume temporel, ou qui attendaient dans le Messie un monarque glorieux selon la chair : se plaçant au point de vue de l’éternité, ils comprenaient, ils aimaient Celui qui s’était condamné à souffrir par eux et pour eux tant de supplices dans le temps, qui avait effacé généreusement tous les crimes de leur race, et, par l’exemple de sa résurrection, leur avait appris à attendre de lui le don de l’immortalité. Ils mortifiaient donc en eux les désirs du vieil homme, et dans leur enthousiasme pour la vie spirituelle dont ils avaient jusqu’alors ignoré les merveilles, ils s’empressaient, selon le précepte évangélique, de vendre ce qu’ils possédaient et d’en déposer le prix aux pieds des Apôtres : ensuite on le distribuait à chacun selon ses besoins (2). Ils vivaient dans l’union de la charité chrétienne: aucun ne considérait comme à lui ce qu’il possédait; toutes choses étaient communes entre eux et ils ne formaient qu’un coeur et qu’une âme (3). Leurs concitoyens ne tardèrent pas à les persécuter, au mépris de la voix du sang, si puissante sur ces esprits charnels, et les dispersèrent. Les chrétiens trouvèrent ainsi l’occasion de propager au loin l’Evangile et d’imiter la patience de leur Maître : après avoir souffert pour eux avec douceur, il les invitait à prendre un esprit de douceur et à souffrir pour lui.

43. Parmi les persécuteurs des chrétiens, Paul avait montré le plus d’acharnement. Appelé à la foi et à l’apostolat, il reçut la mission d’annoncer l’Evangile aux Gentils et souffrit pour le nom de Jésus-Christ plus de maux qu’il n’en avait fait pour le combattre. En fondant des églises chez toutes les nations où il semait la parole évangélique , il sentait bien que les fidèles qui venaient de renoncer au culte des idoles et qui étaient peu initiés encore à l’esprit de la religion, avaient de la peine à vendre et à distribuer leurs biens pour ne servir que Dieu; aussi leur recommandait-il instamment d’envoyer des offrandes aux chrétiens pauvres des- églises de Judée. D’après les principes de l’Apôtre, les uns remplissaient le rôle de soldats, les autres étaient chargés dans les provinces de solder leur paie. Il posait parmi eux Jésus-Christ comme la principale pierre de l’angle, selon l’expression du prophète (1), afin d’y rattacher, comme deux murailles opposées les Juifs et les Gentils, et de les confondre dans une charité toute fraternelle. Dans la suite, les peuples païens suscitèrent à 1’Eglise de Jésus-Christ des persécutions à la fois plus fréquentes et plus cruelles, et l’on voyait de jour en jour s’accomplir cette prédiction du Seigneur: « Voilà que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups (2) ».

CHAPITRE XXIV. L’ÉGLISE EST UNE VIGNE QUI SE CHARGE DE BRANCHES ET QU’ON ÉMONDE. — LES PRÉDICTIONS DÉJÀ ACCOMPLIES DOIVENT FAIRE CROIRE À CELLES QUI NE LE SONT PAS ENCORE, SURTOUT À CELLE DU JUGEMENT DERNIER.

44. Or, cette vigne merveilleuse, pour employer la comparaison des prophètes et du Seigneur lui-même, dont les sarments chargés de fruits se multipliaient dans tout l’univers, était d’autant plus féconde qu’elle était abondamment arrosée du sang des martyrs. La multitude innombrable des victimes de la foi lassa les princes persécuteurs ; leur orgueil fut abattu, ils se convertirent enfin à Jésus-Christ et l’adorèrent. Il fallait encore que cette vigne fût émondée, selon la prédiction plusieurs fois renouvelée du Seigneur, et qu’elle fût débarrassée de toutes ses branches stériles (4), en d’autres termes, des schismes et des hérésies provoquées dans le inonde, au nom de Jésus-Christ, par des esprits superbes qui consultaient moins sa gloire que leur vanité, et dont l’opposition, en ne cessant d’exercer l’Eglise , devait mettre à l’épreuve sa doctrine et sa patience, et leur donner un nouveau lustre.

45. Ainsi nous voyons l’accomplissement fidèle d’événements prédits tant d’années auparavant. Si donc les miracles faisaient naître la foi chez les premiers chrétiens et Suppléaient à cette preuve renfermée dans l’avenir; l’accomplissement littéral des prédictions consignées dans les livres écrits longtemps auparavant, et où l’on fait l’histoire de l’avenir comme s’il était présent, doit servir à édifier notre foi et à nous faire croire, sans le plus léger doute, aux vérités qui ne sont pas encore réalisées, en nous attachant fermement à la parole du Seigneur. Bien des événements terribles se trouvent encore prédits dans les Ecritures, entre autres, le dernier jour du jugement, où les enfants de la double cité dont nous avons parlé, doivent ressusciter en reprenant leur corps et venir rendre compte de leur vie au pied du tribunal de Jésus-Christ. Car il viendra dans tout l’éclat de sa puissance, après avoir daigné descendre sur la terre sous les humbles dehors de l’humanité; il fera le discernement des bons et des méchants, soit que ceux-ci aient refusé de croire en lui, soit qu’ils n’aient eu qu’une foi morte et stérile; il emmènera les premiers avec lui dans son royaume éternel; un supplice éternel avec Satan sera. le partage des autres. De même qu’aucune joie humaine ne peut même donner l’idée des délices de la vie éternelle, réservée aux saints; de même il n’est pas de tourments ici-bas qui puissent être comparés aux peines éternelles des impies.

CHAPITRE XXV. RÉSURRECTION. — MORT ÉTERNELLE EN ENFER. VIE ÉTERNELLE AU CIEL. — SE TENIR EN GARDE CONTRE LES PAÏENS, LES JUIFS, LES HÉRÉTIQUES, ET MÊME LES MAUVAIS CHRÉTIENS : FAIRE DES BONS SA SOCIÉTÉ, SANS METTRE EN EUX SES ESPÉRANCES.

46. Appuie-toi donc fermement, ô mon frère, sur le nom et sur le bras de Celui en qui tu crois, implore son secours contre les railleries des incrédules, dont le diable emprunte la langue pour déverser un faux ridicule sur nos dogmes et en particulier sur celui de la résurrection. Juge d’après toi-même, tu verras qu’on peut revenir de la mort à la vie, quand on est passé du néant à l’existence. Où était donc la matière de ton corps, la disposition harmonieuse de tes membres, quelques [84] années avant d’être né ou d’avoir été conçu dans le sein de ta mère ? Où était ton corps, dis-je, avec son volume et sa taille? N’est-ce pas sous l’action invisible de Dieu qu’il s’est formé dans les profondeurs de l’organisme, qu’il a vu le jour, et que selon le progrès régulier des divers âges de la vie humaine, il a pris son développement et ses proportions? Or, est-il bien difficile au Dieu qui, en un clin d’oeil, amoncelle les nuages des bouts de l’horizon et obscurcit le ciel dans toute son étendue, de rendre à ton corps la somme des éléments dont il était composé, quand il a pu lui donner une forme qu’il n’avait pas? Crois donc avec une foi inébranlable que les molécules qui semblent s’anéantir et disparaissent aux regards de l’homme, subsistent indestructibles, inaltérables pour la Toute-Puissance créatrice; que Dieu les recomposera quand il le voudra, sans délai comme sans obstacle, dans la proportion que leur assignera sa justice. Ainsi les âmes seront réunies aux organes avec lesquels elles ont agi, pour rendre compte de leurs actes, et elles verront les corps qu’elles animaient, selon leur mérite ou leur démérite, transformés en une substance incorruptible, ou condamnés à une corruption physique qui, loin d’aboutir à la mort, fournira matière à un éternel supplice.

47. Cherche donc, mon frère, dans une foi inébranlable et dans une vie pure, le moyen d’échapper à ces tourments où les bourreaux sont infatigables et les victimes immortelles c’est pour elles une mort dont le terme recule sans cesse, que de ne pouvoir mourir au milieu des souffrances. Attache-toi avec tout l’enthousiasme de l’amour à la vie éternelle des saints, également étrangère aux fatigués de l’action et à l’oisiveté du repos : là, on louera Dieu, sans fin comme sans monotonie; plus de tristesse dans le coeur, plus de souffrances dans le corps, plus de ces besoins qui forcent à invoquer le secours d’autrui ou qu’on est heureux de soulager chez le prochain. Nous deviendrons, selon la promesse du Seigneur et selon notre espoir, les égaux des anges de Dieu (1) et nous leur serons associés pour jouir de la vision béatifique de la Trinité, dont la grâce nous aide « à marcher ici-bas dans la foi (2) ». Nous croyons, en effet, ce que nous ne voyons pas, afin d’arriver par les mérites de notre foi à voir, à posséder ce que nous avons cru. Désormais, loin de bégayer dans le langage de la foi que le Père est égal au Fils et au Saint-Esprit, que la Trinité est une, et que les trois personnes ne sont qu’un Dieu, nous verrons ce mystère sans voile, et nous nous perdrons avec transport dans une muette extase.

48. Grave ces principes au fond de ton coeur et prie le Dieu auquel tu crois de te protéger contre les pièges du Tentateur. Prends garde aux séductions, quelles qu’elles soient, de cet ennemi dont la rage cherche à se soulager dans ses supplices en multipliant les compagnons de ses tourments. Car il ose attaquer les chrétiens, non-seulement par le ministère de ceux qui ont en horreur le nom du Christ, qui se désolent de le voir dominer sur tout l’uni. vers et qui voudraient s’affilier de nouveau au culte des idoles et aux mystères des démons mais encore, de temps à autre, par l’organe de ces hommes dont nous venons de parler et qui, pareils à des rameaux séparés du tronc, ont rompu avec l’unité de l’Eglise et portent le titre d’hérétiques ou de schismatiques. Les Juifs, sans doute, sont aussi pour lui des instruments dont il se sert parfois dans ses essais d’attaques et de séductions; mais chacun doit se prémunir principalement contre les assauts et les piéges de ces catholiques que l’Eglise souffre dans son sein comme on souffre la paille sur l’aire jusqu’au moment de ta vanner. Si le Ciel use de patience envers eux, c’est tout à la fois pour exercer et pour affermir, à l’aide de leur méchanceté, la prudence et la foi de ses élus, et parce que beaucoup d’entre eux s’améliorent, et, touchés de compassion pour leur âme en vue de plaire à Dieu (1), se convertissent à lui avec une vive ardeur. Non, tous n’abusent pas de la patience divine jusqu’à s’amasser des trésors de colère pour le jour de la colère et du juste jugement de Dieu; beaucoup, au contraire, sont amenés par la patience du Tout-Puissant à l’heureuse douleur de là pénitence (2); et en attendant ils servent à exercer non-seulement la patience, mais encore la compassion de ceux qui marchent dans la droite voie.

Tu rencontreras donc des ivrognes, des avares, des trompeurs, des joueurs, des adultères, des fornicateurs, des hommes qui recourent à des remèdes impies, qui s’abandonnent aux enchanteurs, aux astrologues ou à toute autre espèce de devins; tu remarqueras aussi qu’aux jours de fête des chrétiens les églises sont remplies des mêmes multitudes qui se pressent dans les théâtres aux jours de fête des païens, et ce spectacle te portera à faire ce que tu vois. Que dire encore ? Tu verras ce que tu sais dès maintenant, car tu n’ignores point que plusieurs se livrent aux excès que je viens de rappeler brièvement, tout en portant le nom de chrétiens. Ne sais-tu pas même encore que des désordres plus graves sont commis de temps à autre par des gens que tu entends également appeler chrétiens?

Or, ce serait t’abuser étrangement que de venir dans l’intention de commettre, en quelque sorte impunément, ces fautes. A quoi te servira le nom du Christ, quand, après avoir daigné nous secourir dans son infinie miséricorde, le Christ se mettra à nous juger dans sa sévère justice ? N’a-t-il pas prédit, n’a-t-il pas dit dans l’Evangile: « Ce ne sont pas tous ceux qui me crient: Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté de mon Père? Beaucoup effectivement me diront en ce jour-là:

Seigneur, Seigneur, c’est en votre nom que nous avons mangé et bu (1) ». Ainsi donc, persévérer dans des oeuvres de cette nature, c’est aboutir à la damnation. Par conséquent, lorsque tu verras la multitude s’y livrer, les justifier, y attirer même, attache-toi à la loi de Dieu, et garde-toi d’en imiter les violateurs: tu seras jugé, non sur leur sentiment, mais sur sa vérité.

49. Unis-toi aux bons, à ceux que tu vois enflammés comme tu l’es d’amour pour ton Roi. Eh ! si tu cherchais, dans les théâtres, à t’approcher, pour ne pas les quitter, de ceux qui aimaient le même cocher, le même gladiateur, le même histrion que toi; à combien plus forte raison ne dois-tu pas être heureux de faire société avec ceux qui aiment Dieu avec toi; car on ne saurait rougir de Dieu quand on l’aime; loin de se laisser vaincre, il rend invincibles ses amis. Prends garde toutefois de placer ton espoir dans ces hommes de bien qui te précèdent ou qui t’accompagnent dans l’amour de Dieu : quelques progrès que tu aies faits, tu ne saurais en effet t’appuyer sur toi mais sur Celui-là seul qui les rend bons comme toi en leur communiquant sa sainteté. Tu es sûr que Dieu ne change pas: la prudence t’interdit d’avoir pour aucun homme la même certitude. Si néanmoins nous devons aimer ceux qui ne sont pas justifiés encore, afin qu’ils le soient; quel amour plus ardent ne nous faut-il pas pour ceux qui le sont déjà? Autre chose est donc d’aimer un homme, et autre chose d’espérer en lui; la différence est si grande que Dieu défend le dernier acte et commande le premier. T’arrive-t-il d’endurer pour le nom du Christ des outrages et des afflictions? N’abandonne pas la foi, ne quitte pas le droit chemin, et tu recevras la grande récompense. Céder alors aux efforts du démon, c’est perdre jusqu’à la moindre. Mais sois humble devant Dieu, et il ne souffrira point que tu sois tenté au-dessus de tes forces.

CHAPITRE XXVI. EXPLIQUER LA SIGNIFICATION DES SACREMENTS.

50. Après ces paroles, on doit demander au postulant s’il croit ces vérités et s’il désire y conformer sa conduite. Sur sa réponse affirmative, on le marquera solennellement du sceau sacré, et on le traitera comme le fait l’Eglise. A propos du sacrement qui lui est conféré, on lui fera comprendre avec soin que si les signes des grâces divines sont visibles on honore dans ces signes d’invisibles réalités, et qu’une fois sanctifiée par la bénédiction cette matière ne peut plus servir comme une matière profane. On expliquera ensuite et le sens des paroles sacramentelles et les effets produits intérieurement et analogues à la matière du sacrement.

C’est l’occasion, et il faut en profiter, de rappeler que si, dans l’Ecriture même, on remarque des traits qui semblent trop charnels, on doit, tout en ne les comprenant pas, se persuader qu’ils renferment un sens tout spirituel, un sens relatif à la sainteté des moeurs et à la vie future. Voici la règle exprimée en quelques mots: Aperçoit-on, dans les livres canoniques, des traits que l’on ne saurait rapporter ni à l’amour de l’éternité, de la vérité et de la sainteté, ni à l’amour du prochain? on doit croire que ces paroles ou ces actes sont figurés, et essayer d’y voir lé double amour de Dieu et du prochain; mais sans prendre ce dernier terme dans un sens grossier. Le prochain est quiconque peut arriver comme nous dans la sainte cité, quelles que soient d’ailleurs les moeurs qu’on voit en lui ; car on ne doit désespérer de la conversion de personne, puisque [86] que la patience de Dieu ne laisse vivre le pécheur, comme l’enseigne l’Apôtre, que pour l’amener à faire pénitence (1).

CHAPITRE XXVII. MANIÈRE PLUS COURTS D’INSTRUIRE UN CATÉCHUMÈNE.

51. Trouves-tu que j’aie passé trop de temps à instruire le catéchumène que je me figurais avoir sous les yeux? Tu peux être plus court, et je crois qu’on ne doit pas être plus long. Observons néanmoins que les auditeurs présents réclament parfois plus que n’exige la fonction sacrée en elle-même. Lors donc qu’il faut être court, vois comme il est facile de tout dire en peu de mots.

Suppose encore une fois que tu es visité par un homme qui demande à devenir chrétien ; tu l’as interrogé et il t’a répondu comme l’autre, car s’il n’avait pas répondu de la sorte, il faudrait l’avertir d’y répondre. Voici maintenant comme toutes les vérités se peuvent enchaîner :

Oui, mon frère, elle est grande, elle est réelle la félicité promise aux saints dans la vie future. Tout ce qui est visible, passe ; toute la pompe du siècle, toutes ses délices et toutes ses curiosités s’évanouiront et entraîneront dans leur ruine leurs malheureux amants. C’est de cette ruine, c’est-à-dire des peines éternelles, que Dieu, dans sa miséricorde, a voulu préserver les hommes, pourvu qu’ils ne demeurent pas leurs propres ennemis et qu’ils ne résistent pas à la tendresse de leur Créateur; et dans ce dessein il leur a envoyé son Fils unique, son Verbe égal à lui-même, le Verbe par qui il a tout fait. Tout en conservant sa divinité, sans quitter le sein de son Père et sans changer en quoi que ce soit, ce Verbe, en venant parmi les hommes, s’est rendu visible à leurs yeux en se faisant homme et en revêtant une chair mortelle. Par là, de même que par un seul homme, le premier homme ou Adam succombant devant sa femme que le serpent avait séduite, et transgressant avec elle le commandement divin, la mort est entrée dans ce inonde; ainsi, par un seul homme encore, lequel est tout à la fois Dieu et Fils de Dieu, par Jésus-Christ, une fois tous leurs anciens péchés effacés, ses fidèles pourront entrer dans l’éternelle vie (2).

53. Aussi bien, tout ce que tu vois maintenant dans l’Eglise, tout ce qui se fait au nom du Christ par tout l’univers, est prédit depuis bien des siècles; nous voyons ce que nous lisons, c’est ce qui affermit notre foi. Le déluge autrefois se répandit sur toute la terre, afin de là débarrasser des pécheurs ; en y échappant dans l’arche, Noé et sa famille n’étaient-ils pas un symbole de l’Eglise à venir, puisqu’aujourd’hui elle vogue sur les flots du siècle et se sauve du naufrage en s’appuyant sur le bois de la croix du Christ? Il fut prédit à Abraham, ce fidèle serviteur de Dieu, que tout seul qu’il était, il deviendrait -le père d’un peuple entier, appelé à adorer le seul vrai Dieu au milieu de toutes les autres nations courbées devant lés idoles; d’autres prédictions furent adressées à ce peuple, et toutes se sont accomplies exactement, A ce peuple il fut annoncé que de la race d’Abraham naîtrait selon la chair le Christ, le Roi de tous les saints, Dieu enfin, pour élever à la dignité d’enfants d’Abraham tous ceux qui imiteraient la foi d’Abraham: c’est ce qui s’est accompli; le Christ est né de la Vierge Marie, l’une des descendantes du patriarche. Les prophètes prédirent aussi qu’il serait attaché à la croix par ce même peuple juif dont il était issu en tant qu’homme : ce qui s’est accompli. Il fut prédit qu’il ressusciterait, il est ressuscité. Conformément encore aux prédictions des prophètes,il est monté au ciel et a envoyé l’Esprit-Saint à ses disciples. Ces mêmes prophètes et Notre Seigneur Jésus-Christ ont prédit que son Église se répandrait dans tout l’univers, qu’elle y serait comme semée par les martyres et les souffrances des saints, et-ils ont prédit cela à l’époque où son nom était tout à la fois ignoré des gentils et tourné en dérision partout où il était connu. Or, grâce à ses miracles, tant à ceux qu’il a faits par lui-même qu’à ceux qu’il a faits par ses serviteurs, aujourd’hui qu’on publie ces prédictions et qu’on y croit, nous en voyons l’accomplissement ; nous voyons même les rois du monde, jadis persécuteurs des chrétiens, courbés maintenant sous le nom du Christ. Il a été prédit encore que de son Eglise sortiraient des schismes et des hérésies, qui partout où ils le pourraient, chercheraient en son nom, non pas sa gloire, mais la leur: nous voyons également l’accomplissement de ces prédictions.

54. Ne doit-on pas en conclure que ce qui [87] reste s’accomplira aussi? Si les premières prédictions se sont réalisées, les dernières se réaliseront; oui viendront les afflictions encore réservées aux justes; viendra aussi ce jour du jugement qui séparera, au moment de la résurrection des morts, les impies des saints, non-seulement les impies qui sont en dehors de l’Eglise du Christ, mais encore ceux qui en sont comme la paille et qu’elle doit endurer avec une invincible patience jusqu’à ce qu’il les vanne enfin et les jette dans le feu qui leur est dû. Quant à ces hommes qui se moquent de la résurrection, qui s’imaginent que cette chair, une fois pourrie, ne saurait se. ranimer, ils la reprendront pour leur malheur, et Dieu leur montrera qu’après avoir pu créer les corps quand ils n’existaient pas, il peut en un clin d’oeil les rétablir tels qu’ils étaient. Pour les fidèles qui doivent régner avec le Christ, ils mériteront, en ressuscitant, d’être transformés, d’être incorruptibles comme les anges, de devenir égaux aux anges (1), pour le louer sans fatigue aucune et sans aucun dégoût, pour vivre éternellement en lui et de lui, avec tant de joie, avec tant de bonheur, que l’homme ne saurait ni dire ni se figurer rien de semblable.

55. Fortement convaincu de ces vérités, prends garde, aux tentations, car le démon cherche à se faire des compagnons d’infortune. Que cet ennemi ne parvienne ni à te séduire par le moyen de ceux qui sont en dehors de l’Eglise, païens, juifs ou hérétiques; ni à te faire imiter ceux qui, devant toi et au sein de l’Eglise catholique, se conduisent mal, s’abandonnent sans frein aux plaisirs de la bouche et du ventre, à l’impudicité, aux vaines et désordonnées curiosités, des spectacles, des enchantements et des présages des démons. Tu les imiterais en t’environnant des pompes et des folles grandeurs de l’avarice et de l’orgueil, ou en menant une vie que condamne et punit la loi divine. Joins-toi plutôt aux bons chrétiens, et tu en découvriras aisément si tu es bon toi-même. Adorez Dieu ensemble et aimez-le d’un amour pur; il sera toute notre récompense, lorsque dans cette autre vie nous jouirons de sa bonté et de ses charmes. Il faut l’aimer, toutefois, non pas comme on aime ce qui est visible, mais comme on aime la sagesse, la vérité, la sainteté, la justice, la charité et autres perfections semblables, considérées, non pas telles qu’elles sont dans l’homme, mais telles qu’elles sont dans la source même de l’incorruptible et immuable sagesse.

A tous ceux donc que tu verras remplis d’amour pour ces perfections, unis-toi, afin de te réconcilier avec Dieu par le Christ, qui s’est incarné pour devenir médiateur entre Dieu et les hommes. Quant aux méchants, tout en les voyant pénétrer dans l’enceinte de l’Eglise, si toutefois ils y pénètrent, ne crois pas qu’ils entreront dans le royaume des cieux.; s’ils ne se convertissent, ils seront rejetés chacun en son temps. Ainsi, prends les bons pour modèles, tolère les méchants, aime tout le monde; car tu ignores ce que sera demain celui qui est aujourd’hui mauvais. N’aime pas dans les méchants leur injustice ; aime leur personne pour qu ils deviennent bons Il ne nous est pas commandé seulement d’aimer Dieu, mais encore d’aimer le prochain, deux préceptes qui résument toute la loi (1). Or, on n’accomplit cette loi qu’après avoir reçu le don de Dieu, l’Esprit-Saint égal au Père et au Fils, car les trois personnes ne font qu’un seul Dieu. C’est en lui qu’il faut placer notre espoir, et non pas dans l’homme, quelque mérite qu’il ait d’ailleurs. Quelle différence, effectivement, entre Celui qui nous justifie, et ceux qui sont justifiés avec nous?

De plus, la cupidité seule ne sert pas au diable d’instrument pour nous tenter; il nous tente encore en nous inspirant la crainte des dérisions, des souffrances et même de,la mort. Néanmoins, plus l’homme souffre pour le nom du Christ et pour l’espoir de la vie éternelle, quand il reste fidèle au milieu de ses afflictions, plus sera grande sa récompense; au lieu qu’en succombant devant le diable, il partagera sa damnation. Or, les oeuvres de miséricorde, jointes à une pieuse humilité, obtiennent de Dieu pour ses serviteurs la grâce de n’être pas tentés au-dessus de leurs forces (2).

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