Vous n'ignorez pas, mes frères, quelle crainte, quelle frayeur et quelle nécessité s'offrent à nos yeux au moment où l'âme est séparée du corps. En effet, les armées et les milices ennemies, ainsi que les princes des ténèbres qui gouvernent le monde mauvais – autorités, dominations et esprits du mal – se réunissent près de nous et retiennent dans une sorte de frayeur l'âme, accompagnée de tous les péchés qu'elle a commis sciemment et inconsciemment depuis son enfance jusqu'à l'âge où elle a été prise. Toutes ses actions se dressent alors pour l'accuser. Et concevez dès lors dans quel tremblement l'âme se trouve à cette heure, jusqu'à ce que vienne la sentence et que sonne sa délivrance. C'est pour elle l'heure de l'angoisse, jusqu'à ce qu'elle voie ce qui va lui arriver.
De leur côté, les armées de Dieu se tiennent en face de ces ennemis, et les bonnes actions aussi sont là, près de l'âme. Elle, qui se trouve entre ces deux camps, se demande quelle crainte et quel effroi il va y avoir, jusqu'à ce que son jugement reçoive une sentence du juste juge. Si elle le mérite, ces princes la prennent et l'entraînent, et désormais elle demeure sans inquiétude, selon qu'il est écrit : « En toi se réjouiront tous tes habitants. » C'est alors que s'accomplit ce qui est écrit : « Les douleurs, les peines et les gémissements ont fui. » En cet instant, aussitôt après sa délivrance, elle part pour jouir de la joie, au-dessus de toute louange et de toute parole qu'elle a acquise.
Mais si elle se lève dans la négligence, elle entend la parole très douloureuse : « Que l'impie soit enlevé, afin qu'il ne voie point la gloire du Seigneur. » C'est alors qu'elle est atteinte par le jour de la colère, le jour de l'angoisse et de la nécessité, le jour des ténèbres et de l'obscurité. Elle est livrée aux ténèbres extérieures et au feu éternel, et elle est condamnée à être jugée dans le siècle sans fin. À ce moment-là, où est la vanité du siècle ? Où la vaine gloire ? Où le plaisir ? Où l'attrait des divertissements ? Où l'imagination des plaisirs ? Où l'orgueil ? Où l'abondance des biens ? Où la famille ? Où le père, la mère et les frères ? Parmi tout cela, qui peut l'arracher au feu ardent et aux tourments cruels qui la retiennent ?
Et s'il en est ainsi, combien devons-nous être dans une sainte manière de vivre et nous conduire heureusement dans la crainte de Dieu ! Quelle charité nous devons posséder ! Quelle vie, quelle conduite, quelle carrière, quel modèle accompli et quelle vigilance devons-nous présenter ! Aussi, si nous désirons posséder de tels biens, mettons tous nos soins à paraître sans blessure et sans tache à la fin de notre vie, et à être dignes d'entendre la parole de celui qui a dit : « Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. »
Qu'il en soit ainsi par la grâce et la miséricorde de Dieu, à qui sied la louange dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il !


