Ceci est le premier discours que prononça saint Sévère, lorsqu'il fut ordonné archevêque de l'Église de la ville d'Antioche, et qu'il prononça encore une fois deux jours après dans le lieu du saint martyr Romain, à la demande d'un grand nombre qui n'avaient pu l'entendre à cause du tumulte et des clameurs de la foule nombreuse qui s'était réunie le jour où il fut ordonné, le 21 du mois de Kiahk, au temps de la 6ᵉ année du cycle.
Jadis, dans son voyage vers la Mésopotamie, le patriarche admirable par ses vertus, Jacob, après avoir fait une partie du chemin, s'arrêta un soir et se coucha : car la fatigue du chemin l'y engageait. S'étant endormi, il eut une vision : il vit une grande échelle qui s'élevait jusqu'au ciel ; son pied s'appuyait sur la terre, tandis que sa tête atteignait le ciel. Et le Seigneur était appuyé sur le haut, comme l'a dit la Sainte Écriture. Or le bienheureux Jacob, qui fut digne de cette vision, et qui profita de cette grande grâce, comprit par cette révélation le mystère plein de merveilles, qui avait été figuré dès le principe.
Il prit une pierre, la dressa en colonne rappelant un lieu sanctifié et la voix de Dieu qui lui avait expliqué la vision ; il ne s'en tint pas là simplement, mais il répandit de l'huile sur la pierre, puis dit ainsi : « Ceci est la maison de Dieu ; ceci est la porte du ciel. »
Avec de telles paroles, n'était-il pas près de s'écrier : Quand brillera sur les habitants de la terre le soleil de justice, le Verbe de Dieu le Père, la pierre angulaire choisie et précieuse, selon le mot d'Isaïe, celui qui a été oint de l'huile d'allégresse de préférence à ceux de son entourage, et qui s'est humilié de lui-même et s'est fait chair pour nous ? Alors il sera pour nous une échelle ; il nous fera monter au ciel, nous qui gisons sur la terre, par le péché de transgression d'Adam ; il sera pour nous la porte du ciel : il nous révélera la gloire de son Père, et se montrera lui-même à nous avec l'Esprit Saint, nous enseignera la souveraineté une et la divinité une dans la Trinité sainte établie sur l'échelle, qui est notre Sauveur Jésus-Christ, celui par qui ceux du ciel sont réunis à ceux qui sont sur la terre.
C'est pourquoi Notre-Seigneur lui-même dit dans l'Évangile à Nathanaël : « En vérité, je te le dis, vous verrez le ciel ouvert, les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l'Homme. » Et encore dans un autre endroit, il dit : « Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira et trouvera un pâturage. »
Et maintenant, moi, pécheur chétif, j'ignorais le dessein qui a été formé sur moi par la prescience et la sagesse de Dieu dépassant toute pensée, jusqu'à ce que je sois placé, au-delà de mes mérites, sur cette chaire sacrée. Et voici que maintenant je contemple cette grande église pleine de monde, effervescente par l'Esprit et resplendissant de tous côtés par les rayons de lumière de la foi régulière (orthodoxie).
C'est le moment pour moi de vous rappeler les paroles du patriarche Jacob, et de dire : Voici la maison de Dieu, et voici la porte du ciel. Voici le troupeau spirituel que le plus grand des apôtres, Pierre, a fait paître en le nourrissant des dogmes sains de la religion. Voici la pierre sur laquelle le Christ Dieu de tout l'univers a établi la base de l'Église qui est partout (catholique). Voici le peuple sur lequel a été écrit le saint nom du Christ, et qu'avant tous les autres on a appelé les Chrétiens : nom nouveau qui sera béni sur la terre, et qu'Isaïe le prophète a indiqué à l'avance.
Mais cette ville, si peuplée d'amis du Christ, portant à tel point toutes les grâces spirituelles, a été troublée par la tempête de l'impiété, qui fut d'abord soulevée par Diodore et Théodore, les promoteurs de l'hérésie impure produite par les esprits de la perversité ; laquelle fut excitée encore davantage par leur disciple du même type, Nestorius, quand il s'écarta comme eux par la folie du diable. Après lui, le synode qui se réunit à Chalcédoine l'excita encore plus haut, à la façon de la mer, lorsque, agitée par une grande tempête, elle devient plus sauvage et soulève très haut ses flots.
En effet, ce synode, s'il a porté remède à l'hérésie mauvaise d'Eutychès d'une façon, a introduit par ailleurs dans l'Église la folie qui perd les âmes de Nestorius. Et entreprenant de guérir le mal par le mal, selon l'adage, il est devenu cause d'une grande maladie, et non d'une guérison, pour le corps du Christ, qui est l'Église. En effet, le Fils unique, le Verbe de Dieu, celui qui s'est fait chair et s'est fait homme pour nous, sans changement ni transformation, il l'a divisé en deux natures après l'union ineffable et incompréhensible, se prononçant à tort comme si c'était un homme qui aurait souffert la mort avec la croix, et non le Seigneur de gloire qui aurait été crucifié, après avoir souffert pour nous en chair véritablement, quoique Dieu incompréhensible et impassible dans sa nature.
Car si le Verbe immortel de Dieu le Père ne s'était pas fait un seul par l'hypostase avec le mortel, je veux dire le corps appartenant à la même essence que nous, où il y a une âme intelligente, il n'y avait pas moyen du tout que la mort le touchât tout entier. S'étant fait chair et homme, il a continué également à être Dieu sans changement ; lui, le même que le Verbe de Dieu, il a goûté la mort pour nous parce qu'il s'est fait chair pour nous, et il a continué à être immortel parce qu'il était immortel selon sa nature. Aussi, celui qui d'abord confessera avec un cœur droit, une pensée ferme et une foi immuable que le Verbe de Dieu s'est fait chair dans une chair appartenant à la même essence que nous, confessera encore que le même est vraiment Dieu et homme ; il attribuera au même la passibilité et les miracles, les choses qui conviennent à la divinité et celles qui appartiennent à l'humanité : la croix, le tombeau, la résurrection, l'immortalité et la mort. Il ne changera pas du tout les principes de l'immortalité puisque l'immortel par sa nature a identifié avec lui le mortel, c'est-à-dire la chair dans laquelle il a souffert et est mort pour nous.
Fuyons maintenant, ô peuple ami du Christ, la folie des nouveaux Juifs, c'est-à-dire de ceux qui se sont réunis au concile de Chalcédoine, qui ont divisé en deux natures cet indivisible. Recherchant, d'après le tome de Léon le blasphémateur, quelle nature a été clouée sur le bois de la croix, afin d'attribuer la passibilité à la nature de l'humanité seule, ils ne l'attribuent pas au Seigneur de gloire notre Sauveur, le Verbe du Père, et de cette façon ils divisent désormais l'indivisible en deux natures : car ce mot "deux" dissout l'unité, et la thèse entière de l'économie de notre salut, il la détruit complètement. Oui, des idées d'impiété comme celle-ci, fuyons loin d'elles.
Confessons un seul Seigneur de gloire, c'est-à-dire Emmanuel, une seule personne, une seule hypostase, une seule nature de Dieu le Verbe qui s'est fait chair, selon la manière transmise à nous par nos saints pères inspirés. Et ne supportons pas du tout de prier avec ceux qui osent diviser la chair de notre Sauveur en deux natures après l'union ineffable et incompréhensible, pensant ainsi honorer la divinité.
Comme l'a dit le rebelle Eutychès et d'autres hérétiques qui ont divagué avec lui dans la même folie, en disant qu'il ne convient pas que nous abaissions la divinité à une génération selon la chair ; ils n'ont pas reconnu, les insensés, que sa naissance est de la Vierge, qu'elle ne vient pas d'un sperme mâle, mais d'un Esprit Saint. Et trouvant prétexte dans des péchés, insinuant que ce serait chose honteuse si Dieu supportait la génération remplie d'impureté de notre pauvre nature, ils dirent qu'il parut en fantasmagorie ; ils n'ont pas su, ces malheureux, que là où est Dieu avec l'impeccabilité, il y a toute pureté et toute sainteté, car la tache de l'impureté n'est pas autre chose que la souillure venant du péché.
En outre, s'égarant dans des idées aussi vaines, ils osèrent dire que Dieu le Verbe ne s'est pas fait chair en vérité ; mais ils dirent qu'il prit l'apparence d'un homme, qu'il parcourut ce monde comme une vision qu'on voit dans l'imagination du sommeil ; de sorte qu'enfin ils firent de l'économie de notre salut une espèce de songe sans fondement.
C'est là vraiment un grand et grave péché : et ceux qui entretiennent de pareils blasphèmes ne diffèrent en rien des Juifs qui ont crucifié le Seigneur. Car, s'il en est comme ils disent, alors vraiment notre prédication est vaine, vaine est notre foi ; et nous sommes comme les affamés qui mangent en songe, et qui une fois levés voient que leur songe est une vanité ; ou comme celui qui a soif et qui boit en songe, et qui se lève toujours altéré, alors que son âme croyait à l'irréel.
Le prophète Isaïe a magnifiquement annoncé d'avance l'erreur de ceux qui sont trompés par de telles paroles. Car si le Verbe du Père n'a pas eu en commun avec nous la même essence, en prenant le germe d'Abraham et devenant homme véritablement, comment nous, serons-nous appelés fils de Dieu ? Car si Emmanuel n'avait pas pris notre chair, nous n'aurions pas reçu l'esprit de filiation : s'il ne s'était pas anéanti de sa propre volonté, en se faisant pauvre pour nous, de riche qu'il était selon le témoignage de l'Apôtre, nous n'aurions pas reçu nous tous de sa plénitude la vie et la grâce, comme l'a dit le Saint Évangéliste Jean le Théologien.
Mais en évitant ces expressions remplies d'athéisme des deux parties, je veux dire des Nestoriens qui sont diphysites, et des Eutychiens, confessons qu'Emmanuel est un seul, qu'il est Dieu le Verbe du Père, qui s'est fait homme par son amour des hommes ; qu'il n'est pas du tout possible d'imaginer les deux natures après l'union indissoluble, mais une nature unique de Dieu le Verbe fait chair, celui qui s'est fait homme en étant Dieu également, quand il a pris chair de la Vierge Marie appartenant à la même essence que nous ; confessons cela sans hésitation aucune.
Et puisque la chair qu'il a prise n'a fait qu'un avec le Verbe du Père, pour cela nous disons qu'il est un seul, le Fils de Dieu, et qu'il n'y a qu'une nature de Dieu le Verbe fait chair. Et cette expression « il s'est fait chair » montre manifestement que la divinité ne s'est pas réunie à la chair comme par conjonction simplement, mais qu'elle a fait un avec elle en hypostase ; si bien que ceux qui osent séparer en deux natures le Verbe de Dieu de la chair après l'union ne croient plus en une Trinité, mais c'est une Tétrade qu'ils confessent.
Mais nous, mes Frères, maintenons-nous fermes sur la foi inflexible des saints apôtres, nous mettant en sûreté par elle de tous les côtés, sans être entraînés par les paroles trompeuses des hérétiques, mais croyant et sachant en vérité que celui qui a souffert pour nous dans la chair est le Christ, Fils du Dieu vivant. Les paroles du grand apôtre Pierre, retenons-les comme un héritage de nos pères, car elles ferment sur nous la voie de toute impiété.
Un avec Dieu est le Christ, enfanté par la Mère de Dieu, la Vierge Marie ; il est le Verbe vivant et la sagesse du Père, il est un et aucunement divisé en deux natures. C'est pour cela même que le bienheureux Pierre a estimé qu'il était nécessaire de prêcher à tous le dogme orthodoxe de la religion, quand il a dit que celui qui a souffert pour nous dans la chair était le Christ, désignant ainsi une seule personne et une seule hypostase de Dieu le Verbe fait chair.
Car s'il est divisé en deux natures, il est superflu, bien plus, c'est une grande folie de dire : « Celui qui a souffert pour nous dans la chair est celui qui pouvait souffrir » ; mais comme celui qui, étant Dieu impassible par sa nature, est sans changement devenu homme pouvant souffrir pour nous, pour cela il nous a proclamé Christ celui qui a souffert pour nous dans la chair. Comme si nous avions été dignes donc de cette grande charité de la part de Notre-Seigneur Jésus-Christ notre Sauveur, purifions-nous chaque jour de la souillure de nos péchés et mortifions les membres qui sont sur la terre : la fornication, l'impureté, la passion, la convoitise mauvaise, qui est le service d'idoles, selon l'enseignement de l'Apôtre ; de cette façon en effet nous nous préparerons à parler le langage saint de Dieu. Mais ne répandons pas le parfum de choix sur une boue de mauvaise odeur.
Car quel est l'avantage de celui qui parle des dogmes sublimes de la religion, et qui ne purifie pas d'abord sa langue du mensonge et de la détraction, ou de l'hypocrisie et de la ruse ? D'après ce qu'a dit un sage : « La bénédiction n'est pas belle dans la bouche du pécheur. » Le bienheureux Jacques dit aussi : « De même que le corps sans l'esprit est mort, de même aussi la foi sans les œuvres est morte. » C'est une chose semblable qui est énoncée ainsi : « De même qu'un homme mort, même s'il a encore sa tête sur lui, ne peut exercer aucun acte, ni parler, ni marcher, de même, si la vie de droiture n'est pas jointe à la foi, celle-ci est morte et sans effet. »
Car si les paroles du Seigneur enflamment comme le feu, comme il a été dit par Jérémie : « Mes paroles sont comme un feu ardent », alors celui qui doit parler des dogmes et des sentences de l'Écriture a besoin aussi d'une langue ardente comme le feu. C'est pour cela même que l'Esprit Saint descendit sur les apôtres sous l'apparence de langues qui se dispersaient comme du feu. C'est une langue semblable dont s'est servi le saint martyr Romain, au nom duquel nous sommes en fête aujourd'hui, dans cette défense devenue célèbre qu'il a prononcée devant le juge. Celui-ci lui ayant dit : « Il est juste d'obéir au souverain », le héros répondit : « Il est juste d'obéir à Dieu, souverain de l'univers, plutôt qu'au souverain » ; et il continua à répéter un tel mot, jusqu'à ce qu'on lui enlevât la tête.
Après avoir allumé leur feu avec une grande quantité de bois, les bourreaux pensaient brûler le corps saint : le Seigneur de l'univers fit honneur à son martyr ; car à l'instant il fit tomber une grande pluie, éteignit le feu et garda le corps de son serviteur sans combustion. Et nous aussi, mes Frères, rendons gloire à Celui qui s'est fait chair pour nous, en mortifiant la pensée de la chair, qui est l'ennemie de l'esprit ; rendons gloire au Verbe du Père en refrénant les élans de révolte des passions honteuses par la continence.
Rendons gloire au Miséricordieux, en devenant nous aussi miséricordieux envers ceux qui ont la même nature que nous. Rendons gloire à l'Ami des hommes, n'étant pas liés dans notre cœur à l'égard de celui qui était notre ennemi. Rendons gloire à Celui qui a souffert pour nous, en nous disposant nous aussi à souffrir pour son nom. Rendons gloire à Celui qui habite dans les cieux et qui est venu sur la terre pour nous, qui est de nouveau remonté aux cieux, qui remplit tous les lieux et les gouverne tous, en abandonnant les soucis de la terre, en nous occupant des choses du ciel, recherchant les choses du ciel, où demeure le Christ, assis à la droite du Père. Là est notre vraie patrie, d'où nous sommes tombés, qui nous a été rendue par grâce par l'amour de l'humanité de Notre-Seigneur. Il s'est fait homme pour nous, jusqu'à nous rétablir dans notre première dignité.
Certes, toutes les œuvres de cette vie n'ont aucune différence avec des songes ou des ombres qui trompent ceux qui sont dans le plaisir, comme ceux qui assistent à un théâtre. Passons devant tout cela, et courons aux choses du ciel avec empressement, comme ceux qui courent dans le stade, avant que tout cela ne passe devant nous. Car la figure de ce monde passera, selon la parole de Paul.
Ne croyons pas avoir fait une grande chose si nous méprisons les choses qui passent ; mais hâtons-nous d'entrer dans le royaume éternel des cieux ! Qu'il arrive que nous l'obtenions tous ! Par la grâce et l'amour de l'humanité de Notre-Seigneur et notre Dieu, notre Sauveur Jésus-Christ ; à qui soit gloire avec son Père plein de bonté, avec le Saint-Esprit vivifiant et consubstantiel, maintenant et en tout temps, jusqu'à tous les siècles des siècles. Amen.


