TEXTE COPTE
ÉDITÉ ET TRADUIT PAR K. PORCHER
Le volume 131 du fonds copte de la Bibliothèque nationale contient sept pièces portant le nom de Sévère d'Antioche. Après la première homélie cathédrale, publiée dans la Revue de l'Orient Chrétien, t. XIX, 1911, n° 1, p. 99, et n° 2, p. 135, la pièce la plus complète est celle que nous donnons ici.
Elle est inachevée, mais du fait même du scribe, qui s'est arrêté au milieu d'un mot sans finir sa dernière ligne. Le discours occupe les deux pages du feuillet 67. C'est un texte serré, sans colonnes, avec 49 lignes au recto, 18 au verso, et environ 50 lettres par ligne.
L'orthographe en est défectueuse : on trouve souvent q au lieu de v, et b au lieu de q ; la voyelle auxiliaire, représentée dans les textes anciens par un trait au-dessus de la consonne, est transcrite par un e. Quelques passages paraissent incompréhensibles si l'on ne modifie pas le texte ; nous l'avons cependant reproduit tel quel, espérant que d'autres pourront en trouver le vrai sens.
Discours du saint patriarche et évêque d'Antioche, Abba Sévère, prononcé sur celle qui toujours vierge est la sainte Mère de Dieu, Marie, au jour de sa commémoration sainte.
Dans la paix de Dieu. Amen.
Il convient et il est juste qu'on parle en l'honneur de tous les saints, que nous leur rendions gloire, que nous les célébrions en des hymnes, des psaumes et des cantiques spirituels, parce qu'ils ont été les ministres fidèles de la volonté de Dieu et qu'ils ont coopéré avec lui dans l'économie de notre salut. Et d'abord les Prophètes ont un droit à nos éloges, parce qu'ils nous ont signifié les premiers le grand mystère de la religion par leurs propres vertus ; puis les Apôtres, qui nous l'ont prêché ; et aussi les Martyrs, il faut que nous les honorions avec les Prophètes comme ayant confirmé et appuyé la prédication des Apôtres. C'est pour cela même qu'ils ont reçu en legs un tel nom de la part de la Vérité même qui est le Christ. Selon l'usage, en effet, le nom que nous donnons à des hommes qui peuvent être prêts à témoigner par des tortures que nous connaissons, c'est celui de Martyrs.
Le témoignage des Martyrs, c'est l'effusion de leur propre sang, à la suite de l'effusion du premier sang innocent sacré, répandu pour nous tous, celui de l'Agneau de Dieu qui a enlevé le péché du monde, qui a témoigné de lui-même à tous. Certes, il n'a pas besoin d'un autre témoignage, celui qui a témoigné sous Ponce-Pilate ; il a fait la vraie confession, selon la parole de l'Apôtre, et c'est ce qu'il faut surtout. Comment, en effet, celui qui est la Vérité même aurait-il besoin d'un autre témoignage plus digne de foi ? Cependant, il a accepté l'assentiment et la déclaration de ses propres serviteurs, et à eux aussi il a accordé le grand honneur d'être appelés Martyrs.
La Vierge sainte, vierge toujours et en tout, celle qui a enfanté Dieu en toute vérité, Marie, louons-la et glorifions-la : car elle est Prophète, elle est Apôtre, et elle est Martyr. Elle est Prophète, selon la parole d'Isaïe, qu'il a proférée à son sujet : Il s'est approché de la prophétesse ; elle conçut, elle engendra un fils et, ajoute-t-il, le Seigneur m'a dit : Donne-lui ce nom : Enlève en hâte et prends vite ; car avant que l'enfant ne sache appeler son père et sa mère, il prendra la puissance de Damas et les dépouilles de Samarie en face du roi des Assyriens.
Quelle est celle qui est appelée dans l'Écriture sainte : la prophétesse, qui a engendré un fils auquel on a donné un nom pareil : Enlève en hâte et prends vite, lequel aussitôt après sa naissance, avant de connaître son père et sa mère, a enlevé les guerres et aboli les œuvres du diable ? Quelle est-elle, sinon la sainte Mère de Dieu, Marie, qui a enfanté Dieu et donné naissance à Emmanuel, lequel, dès sa naissance selon la chair, a aboli la tyrannie du diable en emportant la puissance de Damas avec les dépouilles de Samarie ? Celles-ci, en quelque sorte, représentent le culte des idoles : car Damas est interprété en général comme la ville des sangs, et de même Samarie, parce qu'on y a fabriqué des veaux d'or auxquels on a donné le nom qui ne convient qu'à Dieu ; on y a établi leur culte qui consiste en deux choses : la fabrication des statues et les libations faites en donnant le nom de Dieu aux œuvres des mains, en se prosternant devant elles et leur offrant des sacrifices par du sang.
Or cette erreur des idoles, il en a emporté les dépouilles au moment où est né Emmanuel ; il a attiré vers lui les Mages, étant encore enveloppé dans les langes de l'enfance. Ensuite, étant allé en Égypte comme l'a prophétisé le prophète Isaïe, il opéra en face du roi des Assyriens : il enleva son armure dans laquelle il mettait sa confiance et il dispersa ses dépouilles comme il est écrit.
C'est le diable que le prophète appelle roi des Assyriens : et non seulement celui-ci, mais en beaucoup d'endroits, d'autres prophètes l'appellent de ce nom. C'est un enfant pareil que la prophétesse nous a enfanté, qui, petit encore et juste au moment de sa naissance, a dépouillé la tyrannie du diable. Et ne vous étonnez pas, ainsi parle le prophète Isaïe : car l'enfant est un Dieu très puissant, l'Ange du grand conseil ; c'est lui qui nous a enseigné la gloire de son Père, il nous l'a fait contempler en lui. Il est le Verbe vivant et l'image de sa fixité ; de plus, l'enfant est un Conseiller admirable, il est avec son Père le démiurge de toutes choses, visibles et invisibles.


