Vie de Sévère d’Antioche
Par Zacharie le Scholastique — texte syriaque, traduction française
- 01 — Prologue : le libelle et la vérité
- 02 — Origine, famille et jeunesse de Sévère
- 03 — Paralios et la fin des idoles de Ménouthis
- 04 — Béryte : le droit et la philosophie chrétienne
- 05 — La lutte contre les livres de magie
- 06 — Le baptême de Sévère au martyrion de Léontios
- 07 — Le renoncement au monde et la vie monastique
- 08 — Néphalios, la controverse et le séjour à Constantinople
- 09 — L’élévation au patriarcat d’Antioche

Vie de Sévère d’Antioche
Par Zacharie le Scholastique — texte syriaque, traduction française
Sources liturgiques et manuscrites · 1903 · 112 min de lecture · 8 vues
Voici ensuite la biographie de saint Mar Sévère, patriarche d’Antioche, qui a été écrite par Zacharie le Scholasti que, lequel étudia avec Sévère [la grammaire et la rhétorique] à Alexandrie et le droit à Béryte.
D’où nous viens-tu aujourd’hui, ô ami et camarade.
Du Portique (στοά) royal, mon cher. Je suis venu auprès de toi pour être renseigné sur les questions que je veux te poser. Mon esprit vient en effet d’être bouleversé par un libelle, qui semble avoir pour auteur un chrétien (Χριστιανός), mais qui, en réalité, vise plutôt à bafouer le christianisme
Et comment cela ? dis-moi. Et de quelle manière en es-tu arrivé à lire ce libelle ?
J’examinais les livres des libraires établis dans le Portique (στοά) royal — tu connais en effet ma passion pour les livres — lorsque l’un de ceux qui sont assis là et qui vendent des livres, me donna le libelle en question pour le lire. Dans ce libelle, on diffame, on calomnie, on outrage, on bafoue un philosophe (φιλόσοφος). Tu l’as connu au début de sa carrière ; il s’est distingué depuis dans l’épiscopat et s’est fait remarquer jusqu’à ce jour par sa conduite et sa science des divines Écritures. J’entends parler de Sévère, dont la réputation est grande auprès de ceux qui savent apprécier le bien sans aucun parti pris. Et voilà pourquoi j’ai le cœur cruellement affligé.
Mais, mon ami, si tu as une si bonne opinion de Sévère, pourquoi te préoccuper de son diffamateur et de son calomniateur, quel qu’il soit ? Il semble, en effet, d’après ce que tu dis, qu’il n’est chrétien (Χριστιανός) que pour la forme et par hypocrisie, qu’en réalité il se donne plutôt (μᾶλλον) pour tâche de glorifier les païens, et n’aspire qu’à les combler de louanges, outrageant de la sorte des personnes qui sont estimées pour leur vertu et à qui il a été donné de servir Dieu depuis tant d’années déjà par cette belle philosophie (φιλοσοφία) qu’elles nous ont fait voir.
Ce n’est pas parce que le doute m’a envahi, ou que j’ajoute foi à des récits dictés par la méchanceté, que je suis venu auprès de toi. Non, mais mon cœur, comme je l’ai dit, est affligé. J’ai peur que des lecteurs à l’esprit simple ne se fassent par hasard une opinion désavantageuse de ce patriarche. Aussi, si tu as le souci de la vérité — et tu l’as, raconte-moi la vie de Sévère depuis sa jeunesse, pour la gloire de Dieu tout-puissant et de notre Sauveur Jésus-Christ, en qui reposent ceux qui se sont voués au sacerdoce et à la philosophie, j’entends la vraie philosophie. Tu m’apprendras de quelle ville il est, de quel peuple, de quelle famille, si toutefois tu connais ces détails. Tu me diras surtout quelle a été sa conduite, et ce qu’ont été, depuis sa jeunesse, ses opinions au sujet de Dieu. Car le diffamateur l’a incriminé non seulement à propos de sa vie et de sa conduite, mais encore parce que, au début de sa carrière, il aurait adoré les démons malfaisants et les idoles. Il a dit en effet : « On l’a aussi surpris offrant des sacrifices païens, en Phénicie, à l’époque où il étudiait les belles-lettres et les lois (νόμοι). »
Mais, si quelqu’un diffame la vie d’autrui, en recueillant des propos futiles et mensongers, nous ne devons pas nous en préoccuper, àmoins que ce qu’on dit ne renferme une part de vérité. Car les mauvais démons et leurs amis calomnient facilement la conduite de ceux qui ont vécu dans la vertu. Il ne faut pas nous étonner si les serviteurs du Christ, Dieu de l’univers, sont traités de Satans par Satan, puisque, quand la cause efficiente et créatrice de toute chose fut venue parmi nous, il poussa les Juifs à blasphémer et à dire : C’est par Belzébuth, prince des démons, qu’il chasse le démon. Cependant, puisque tu m’as dit que tu crains que ce libelle nuise à quelques esprits simples, je vais, par respect pour la vérité et par amour pour toi, raconter la vie de Sévère avec lequel j’ai été, dès sa première jeunesse, à Alexandrie et en Phénicie, entendant les mêmes maîtres que lui, et partageant les mêmes occupations. Ceux qui étudiaient avec nous et qui sont encore en vie — leur nombre est assez considérable — pourront attester la véracité de mon récit.
