La recension copte de la vie d’Abba Martyrianos de Césarée
L’édition bohaïrique de Marius Chaîne d’après le Vatican copte LXII
- 01 — Introduction
- 02 — Le combat contre le dragon
- 03 — Le défi de la courtisane
- 04 — La femme à la porte de la cellule
- 05 — L’épreuve du feu
- 06 — La conversion de la pécheresse
- 07 — Le départ vers Bethléem et la bienheureuse Palatia
- 08 — Le rocher au milieu de la mer
- 09 — La vierge naufragée
- 10 — Les derniers jours et la mort à Athènes
- 11 — La bienheureuse femme sur le rocher
- 12 — Le trépas et la sépulture de la bienheureuse

La recension copte de la vie d’Abba Martyrianos de Césarée
L’édition bohaïrique de Marius Chaîne d’après le Vatican copte LXII
Sources liturgiques et manuscrites · 02 septembre 2026 · 43 min de lecture · 12 vues
MARTYRIANOS DE CÉSARÉE
Au temps de la grande efflorescence de la vie monastique en Orient, les moines égyptiens disciples d’Antoine et de Pacôme n’oublièrent jamais la mémoire des syriens Hilarion et Épiphane venus jadis dans la Vallée du Nil pour s’initier à la vie d’anachorète et de cénobite. Les moines établis en Palestine, en Syrie et dans toutes les régions de l’Asie Mineure, de leur côté, ne perdirent jamais le souvenir de ce dont ils étaient redevables à l’Égypte, et les relations les plus cordiales ne cessèrent dès lors d’unir les grandes familles monacales de ces deux régions. On lisait, chez les moines syriens de langue syriaque ou de langue grecque, les vies des Pères de Scété et de la Thébaïde. Certains d’entre eux venaient même de temps à autre visiter les lieux de la Vallée du Nil sanctifiés par les ascètes, et avec le temps, l’affluence de ces moines pèlerins donna lieu à la fondation d’un couvent syrien à Scété. Le moine égyptien, aussi sédentaire que son confrère d’Orient était d’humeur voyageuse et d’esprit aventureux, ne se déplaça guère pour des visites ou des pèlerinages, on ne le vit que très rarement en Palestine ou en Syrie. Il ne s’intéressait pas moins cependant à l’œuvre de perfection et de sanctification poursuivie par ses frères d’Orient, et lui aussi lisait les vies des saints ascètes et thaumaturges de ce pays traduits en copte afin de se nourrir de leur doctrine et de leurs exemples.
Les biographies des Pères d’Égypte rédigées en syriaque ou en grec nous sont parvenues en grand nombre. On ne relève, au contraire, jusqu’ici, dans les fonds coptes que nous possédons, que quelques unités des biographies des Pères d’Orient. Le sort fait à ces deux régions au cours de l’histoire, depuis les âges monastiques, est la cause de ce contraste ; le malheur des temps et, pour l’Égypte, son isolement expliquent cette pénurie. D’autre part, il y a lieu de tenir compte aussi de la différence qui exista entre ces deux régions touchant la conception de la vie monastique. Chez tous les moines égyptiens réunis dans la même vallée, en un territoire à l’aspect uniforme, la vie était à peu près identique : vie commune, cénobitisme, avec aspiration à la vie solitaire : anachorétisme. Dans les monastères d’Orient, cette conception fut des plus diverses et elle offrit, suivant les régions, les physionomies les plus variées. En face de cette diversité, les moines de la vallée du Nil s’attachèrent seulement, on le conçoit, aux biographies dont ceux qui en étaient l’objet leur apparaissaient des émules et dont l’idéal de vie ressemblait au leur ou s’en rapprochait. La vie du personnage désigné sous le nom de Martyrianos que nous publions ici et celle de saint Simon le Stylite que nous donnerons à sa suite nous sont un exemple de ce choix. Le premier, né à Césarée de Palestine, avait opté dès son jeune âge pour la vie érémitique ; le second, originaire de la Syrie du Nord, après quelque temps de vie commune, se fit anachorète.
La vie d’Abba Martyrianos nous est déjà connue. On trouve ses actes dans les Bollandistes du XVIe siècle sous le nom de Martinien 9, et plus récemment, une nouvelle recension grecque de sa vie a été publiée par Rabbow 10. Son nom n’a point de place au martyrologe romain mais il figure dans les Ménées des Grecs.
Le récit que nous donnons ici dérivé et traduit du grec est acéphale. Le premier folio (pages 1 et 2) du cahier qui le contient a disparu ; ce cahier appartient au manuscrit du Vatican coté sous le numéro LXII suivant la notation de Zoega ; il y occupe les folios 277-298v. La langue en est pure, le style clair, la syntaxe correcte ; à peine relève-t-on çà et là quelques méprises de copistes. Ce texte semble avoir été revu ou collationné avec une autre copie ; une main différente de celle du scribe qui l’a transcrit y a fait quelques ajoutes ; nous les avons indiquées en les mettant entre parenthèses.
