Apologétique
Apologie du christianisme écrite en l’an 197
- 01 — Chapitre I — Mais, dites-vous, on ne peut préjuger qu’une chose est bonne, de ce qu’elle attire…
- 02 — Chapitre II — Si l’on nous met à la torture quand nous avouons, si l’on nous punit quand nous…
- 03 — Chapitre III — Ou encore, du lieu où ils se réunissent ou séjournent, Stoïciens, Académiciens ?
- 04 — Chapitre IV — Et puis encore, il existait des lois qui permettaient aux créanciers de couper en…
- 05 — Chapitre V
- 06 — Chapitre VI
- 07 — Chapitre VII — Mais on le dit toujours, et cependant, ce que depuis si longtemps on dit de nous, vous…
- 08 — Chapitre VIII — Combien de chrétiens sont seuls de leur famille ?
- 09 — Chapitre IX — Quant à nous, l’homicide nous étant défendu une fois pour toutes, il ne nous est pas…
- 10 — Chapitre X — Si je m’en rapporte à ce que nous apprennent les preuves tirées de faits historiques…
- 11 — Chapitre XI — Le principe qui a donné à tout la perfection ne saurait être imparfait
- 12 — Chapitre XII
- 13 — Chapitre XIII — Et pourtant les terres chargées de tributs perdent de leur prix, les hommes soumis à…
- 14 — Chapitre XIV — L’un voue Apollon à la garde des troupeaux du roi Admète ; l’autre loue Neptune à…
- 15 — Chapitre XV
- 16 — Chapitre XVI — Mais vous adorez aussi les Victoires, bien que dans les trophées il y ait des croix…
- 17 — Chapitre XVII — Ce qui fait comprendre Dieu, c’est l’impossibilité de le comprendre : l’immensité de sa…
- 18 — Chapitre XVIII — Les Juifs aussi les lisent publiquement : c’est une liberté pour laquelle ils paient un…
- 19 — Chapitre XIX
- 20 — Chapitre XX — Pendant que nous les souffrons, nous les lisons ; pendant que nous \|p63 les lisons…
- 21 — Chapitre XXI — En vérité, nous ne rougissons pas du Christ, puisque nous sommes fiers de porter son…
- 22 — Chapitre XXII
- 23 — Chapitre XXIII — Ne convient-il pas de présumer que ce sont les démons qui se font dieux, en opérant ces…
- 24 — Chapitre XXIV
- 25 — Chapitre XXV — Et cette malheureuse, « à la fois épouse et sœur de Jupiter »
- 26 — Chapitre XXVI
- 27 — Chapitre XXVII — Et, cependant, quand ils sont pris, ils sont domptés, ils retombent dans leur…
- 28 — Chapitre XXVIII
- 29 — Chapitre XXIX
- 30 — Chapitre XXX — Que l’empereur déclare donc la guerre au ciel ; qu’il traîne le ciel captif à la suite…
- 31 — Chapitre XXXI
- 32 — Chapitre XXXII
- 33 — Chapitre XXXIII — S’il est homme, il est de son intérêt de le céder à Dieu ; qu’il lui suffise d’être…
- 34 — Chapitre XXXIV — Si, ayant un empereur, vous donnez ce nom à un autre qu’à lui, ne vous attirez-vous pas…
- 35 — Chapitre XXXV — Et le dévergondage sera-t-il de la piété, et une occasion de débauche passera-t-elle…
- 36 — Chapitre XXXVI
- 37 — Chapitre XXXVII — CHAPITRE XXXVIII
- 38 — Chapitre XXXIX — C’est dans ces réunions encore que se font les exhortations, les corrections, les…
- 39 — Chapitre XL — Nous avons lu que les Iles d’Hiéra, et d’Anaphé, et de Délos, et de Rhodes, et de Cos…
- 40 — Chapitre XLI
- 41 — Chapitre XLII — Et quand nous nous servons de fleurs tressées en couronne, c’est avec le nez que nous…
- 42 — Chapitre XLIII
- 43 — Chapitre XLIV — C’est des vôtres que toujours les prisons regorgent ; c’est des gémissements des vôtres…
- 44 — Chapitre XLV — Car enfin, quel est le commandement le plus complet, de dire : « Tu ne tueras point »…
- 45 — Chapitre XLVI — Il éluda plusieurs fois le délai qu’il avait demandé pour réfléchir
- 46 — Chapitre XLVII — Ainsi encore, le monde lui-même est-il né ou n’est-il pas né, aura-t-il une fin ou…
- 47 — Chapitre XLVIII
- 48 — Chapitre XLIX
- 49 — Chapitre L — J’en viens à ceux dont vous couronnez la constance dans la lutte contre les tourments

Apologétique
Apologie du christianisme écrite en l’an 197
Tertullien · 11 juillet 2016 · 182 min de lecture · 6 vues
Les trois premiers chapitres forment l’introduction, la préface, comme dit Tertullien (IV, 1 : quasi praefatus haec).
Après avoir dit qu’il prend la plume, parce qu’on ne permet pas aux chrétiens de parler en public pour se défendre (I, 1), il montre l’iniquité du traitement dont les chrétiens sont l’objet devant le tribunal du gouverneur
1° Il est inique de condamner une cause sans l’instruire, de haïr ce qu’on ignore, ce qu’on veut ignorer (I, 2-3).
2° Il est à la fois inique et absurde de poursuivre le seul nom de « chrétien », sans dire et sans rechercher ce que ce nom contient de criminel (II-III).
Division (IV, 1-2).
Tertullien réfutera les accusations qui ont rapport : 1° à la vie cachée des chrétiens (in occulto), 2° à leur vie publique (palam).
Ils ne sont pas :
1° scelesti : crimes secrets (VII-IX) ;
2° vani : crime de sacrilège (X-XXVIII) ;
3° damnandi : crime de lèse-majesté, hostilité contre l’Empire et la société (XXIX-XLV) ;
4° inridendi : la morale et les croyances chrétiennes (XLVI-L).
Prémunition (IV, 3 à VI).
Avant d’aborder son sujet, Tertullien veut prévenir une objection (3). On oppose aux chrétiens l’autorité de la loi, qui défend la religion chrétienne et qui dit nettement Non licet esse vos ! (4). S’il existe une loi injuste portée contre les chrétiens, il faut l’abroger, car l’équité seule rend les lois respectables. Les Romains ont abrogé beaucoup d’autres lois, qu’ils ont fini par trouver iniques (IV, 5-10) ; la législation contre les chrétiens n’est pas seulement inique, mais absurde (11-fin). Ce qui prouve que ces lois sont injustes, c’est qu’elles n’ont jamais été exécutées que par les mauvais empereurs (V). D’ailleurs, les Romains eux-mêmes ont renoncé à beaucoup de leurs anciennes institutions (VI).
Sur la législation romaine d’après les chapitres IV-VI, \|px voy. C. Callewaert, Revue d’histoire ecclésiastique, t. II (1901), p. 777-80.
Transition et Division : Nunc enim ad illam occultorum facinorum infamiam respondebo, ut viam mihi ad manifestiora purgem (VI, 11).
Première partie (VII-IX).
Crimes secrets reprochés aux chrétiens.
On leur reproche : 1° des infanticides ; 2° des incestes après leurs banquets.
Réfutation générale (VII). On le dit, mais on ne le prouve pas (1-2) ; les chrétiens n’ont jamais été pris sur le fait (3-5). Où seraient les dénonciateurs (6-7) ? Ce n’est qu’un bruit mensonger (8-13).
Réfutation particulière (VIII-IX).1° Ces accusations monstrueuses sont invraisemblables : appel à la nature (VIII). 2° Accusation rétorquée (IX, 3-18) : ce sont les païens qui commettent ces crimes. Les chrétiens s’en préservent par une vie pure (19-20).
Deuxième partie.
Actes publics des chrétiens.
Deux actes sont reprochés aux chrétiens : 1° deos non colitis, 2° pro imperatoribus sacrificia non penditis. C’est, en d’autres termes, le crime de sacrilège (sacrilegii rei) et celui de lèse-majesté (majestatis rei).
Le sacrilège (X-XXVIII, 1-2).
A. DEOS NON COLITIS. Nous ne commettons pas de sacrilège en n’adorant pas vos dieux, parce que ce ne sont pas des dieux (X, 1-2). Tertullien s’attaque au principe même du polythéisme.
1. Les dieux sont des hommes divinisés (X et XI). Appel à la conscience des païens et à leur érudition.
a) Démonstration historique concernant Saturne, le plus ancien des dieux (X, 5-11).
b) Argumentation logique. Qui les aurait faits dieux ? Sans doute, un dieu suprême (XI, 1-3). Mais ce dieu n’avait aucune raison de s’adjoindre des dieux inférieurs : 1° avant eux, ce dieu suprême gouvernait l’univers (4-6) ; 2° ils n’ont rien inventé d’utile aux hommes (7-9) ; 3° ils n’ont pas mérité par leur vie de devenir dieux, mais plutôt \|pxi d’être punis pour leurs crimes (10-14) ; 4° il y a une foule d’hommes qui l’auraient mieux mérité (15-16).
2. Comment sont fabriquées les statues et les images des dieux : ce ne sont pas là des dieux et l’on ne peut par conséquent les offenser (XII).
3. Comment les dieux sont traités par les païens eux&endash ;mêmes (XIII et XIV, 1).
4. Comment les poètes et les philosophes ont traité les dieux (XIV, 2-15).
B. LE CULTE DES CHRÉTIENS. a) Ce qu’il n’est pas. Les chrétiens n’adorent pas une tête d’âne, ni une croix, ni le soleil, ni un dieu hybride (XVI).
b) Ce qu’il est. 1. Le Dieu unique (XVII), révélé par les Écritures (XVIII), qui sont plus anciennes que tous les livres des païens (XI X), et dont l’autorité est établie, en outre, par les prophéties déjà réalisées (XX).
2. Nature, naissance, vie et miracles, passion, résurrection et ascension du Christ. Mission des apôtres (XXI).
3. Démonologie : existence et opérations des démons. Identité des dieux et des démons (XXII-XXIII).
LA LIBERTÉ RELIGIEUSE (XXIV). 1. Les dieux païens n’étant pas des dieux, les chrétiens ne se rendent pas coupables de sacrilège en refusant de les adorer ; au contraire, les païens sont coupables d’impiété, eux qui refusent d’adorer le vrai Dieu (1-2).
2. Même si Dieu avait à son service des dieux inférieurs, c’est encore au Dieu suprême que reviendraient les suprêmes honneurs (3-5).
3. Mais qu’on laisse chacun libre d’adorer qui il veut supprimera liberté religieuse, voilà le vrai crime d’irréligion (6).
4. Cette liberté est accordée à tous (7-8), excepté aux chrétiens, à qui on refuse le droit commun (9-10).
L’ARGUMENT POLITIQUE : Ce ne sont pas les dieux qui ont fait la grandeur de Rome (XXV-XXVI).
Ce ne sont pas les dieux étrangers, évidemment (3-9), ni les dieux romains (7-9) qui donnent l’Empire. De qui l’auraient-ils reçu eux-mêmes ? (10-11). Ils sont venus après l’accroissement de la puissance romaine (12-13). Enfin, ce n’est pas par leur pieté, mais par leur impiété que les Romains sont devenus grands (14-17).
Qui donc a donné le pouvoir successivement à tous les peuples, finalement aux Romains ? C’est le seul vrai Dieu, de qui relèvent tous les empires (XXVI).
Conclusion générale des ch. X-XXVI : Puisque les dieux n’existent pas, les chrétiens ne se rendent pas coupables de sacrilège en leur refusant des honneurs qui ne vont qu’aux démons (XXVII, 1). \|pxii
E. RÉFUTATION D’UNE OBJECTION. « Sacrifiez aux dieux, dit&endash ;on aux chrétiens, pour vous sauver et puis pensez ce que vous voulez » (XXVII-XXVIII,1-2).
1. Ce serait une trahison de notre foi, dit Tertullien, et c’est ce que le démon attend. Mourir pour notre foi, c’est le plus beau triomphe que nous puissions remporter sur l’esprit du mal (XXVII).
2. La religion est affaire de bonne volonté et n’admet pas la contrainte. Nouvelle revendication de la liberté religieuse (XXV1I1, 1-2).
Lèse-majesté (XXVIII, 3, à XLV).
Ce crime est plus grand aux yeux des Romains que le sacrilège : pour eux, la majesté Impériale est plus auguste que celle des dieux, parce qu’elle est plus redoutable (XXVIII, 3-4).
A. - Attitude des chrétiens envers l’empereur.
l° Les dieux ne peuvent rien pour l’empereur et ce n’est pas manquer à celui-ci que de ne pas sacrifier pour lui à des dieux impuissants (XXIX).
2° Les chrétiens invoquent, en faveur de l’empereur, le vrai Dieu, qui est tout-puissant (XXX) ; les Écritures leur en font un devoir (XXXI).
3° Les chrétiens ne peuvent jurer par le génie de l’empereur, car le génie est un démon, mais ils peuvent jurer par le salut de l’empereur (XXVII).
4° Les chrétiens ne peuvent regarder l’empereur comme un dieu, mais ils lui donnent le premier rang après Dieu et ils respectent en lui le souverain choisi par Dieu (XXXIII).
5° Les chrétiens ne peuvent appeler l’empereur ni « seigneur et maître », ni « dieu » : ces appellations appartiennent à Dieu seul (XXXIV).
B. - Les chrétiens et l’État.
l° On ne peut pas accuser les chrétiens d’être les « ennemis de l’État », sous prétexte qu’ils ne prennent aucune part publique aux fêtes impériales (XXXV).
a) Ces fêtes sont une occasion de scandales (1-4).
b) Pour beaucoup, c’est une cérémonie hypocrite : au milieu de l’enthousiasme populaire, ils désirent ou trament la mort de l’empereur (5-13). \|pxiii
2° Les chrétiens veulent du bien à l’empereur comme à tous les hommes : c’est un devoir pour eux (XXXVI).
3° Malgré leur grand nombre, les chrétiens ne songent pas à se venger des persécutions qu’ils subissent (XXXVII, 1-4). Et cependant il leur serait si facile de se venger, soit par une révolte ouverte (4-5), soit par une sécession, qui serait désastreuse pour l’Empire (5-9).
4° Les chrétiens ne troublent pas l’État, parce qu’ils ne briguent pas les honneurs (XXXVIII, l-3). S’ils s’abstiennent des spectacles, c’est que ceux-ci font partie du culte païen : qu’on les laisse libres de chercher leur plaisir où ils veulent (4-5). Ici encore, il revendique le droit commun.
5° Les communautés chrétiennes sont inoffensives (XXXIX). Tertullien trace un admirable tableau de la vie des associations chrétiennes.
6° Les chrétiens ne sont pas la cause des calamités publiques (XLV). Au contraire, ce sont les païens qui les attirent sur l’Empire, en méprisant le vrai Dieu. Pourquoi ces calamités frappent les chrétiens comme les païens (XLVI).
7° Les chrétiens ne sont pas des membres inutiles de la société.
a) Ils s’occupent des affaires humaines, en tant qu’elles ne sont pas contraires à la religion et à la morale (XLII).
b) Ils ne sont inutiles qu’aux gens qui font un commerce infâme ou criminel (XLVIII).
c) Il n’y a pas de chrétiens dans les prisons (XLIV).
d) Les chrétiens seuls s’abstiennent du mal. Pourquoi ? (XLV).
Conclusion : Ergo nos soli innocentes ! Les chrétiens, ces prétendus « ennemis publics », sont au fond les meilleurs citoyens, les plus fidèles sujets de l’empereur.
Les croyances des chrétiens (XLVIII-L).
Transition : Constitimus, ut opinor, adversus omnium criminum intentationem… ; ostendimus totum statum nostrum.
La défense entreprise par Tertullien est finie ; il a réfuté toutes les accusations portées contre les. chrétiens. C’était le but de cette apologie ( ? ? ? ? ? ? ? ?, défense). Mais l’habile avocat a su faire entrer dans son plaidoyer une démonstration assez complète de la doctrine chrétienne (totum statum nostrum). C’est la partie dogmatique, qui est fondue dans la thèse juridique, car elle vient à l’appui de cette thèse. Tertullien n’a pas seulement voulu montrer que les chrétiens ne doivent pas être poursuivis pour des \|pxiv crimes qu’ils ne commettent pas (apologie et thèse juridique) ; il a voulu faire voir aussi que le christianisme est la vérité (veritas nostra, XLVI, 2), et c’est sur la religion des chrétiens qu’il veut maintenant ajouter quelques éclaircissements dans cette troisième partie. P. Monceaux, 1, Histoire littéraire de l’Afrique chrétienne, p. 236-244.
A) LE CHRISTIANISME ET LA PHILOSOPHIE (XLVI-XLVI).
1) Le christianisme n’est pas une philosophie entre autres : c’est une affaire divine (XLVI. 2).
La doctrine des chrétiens comparée à celle des philosophes :
a) On traite les philosophes autrement que les chrétiens : pourquoi ? (3-6).
b) Les chrétiens seuls et jusqu’au moindre d’entre eux connaissent la vérité complète. Exemples (7-9).
c) Parallèle moral (10-16).
d) Réponse à une objection (17-18).
2) Les vérités connues des philosophes et des poètes ont été puisées dans l’écriture, qui leur est antérieure et qu’ils ont souvent défigurée (XLVI, 1-8).
Les hérétiques ont défiguré de même le Nouveau Testament en mêlant à la vérité les théories des philosophes (9-10).
Les démons ont inspiré aux poètes et aux philosophes des fables qui ressemblent aux dogmes chrétiens, pour empêcher de croire ceux-ci. Exemples (11-14).
B) LA RÉSURRECTION DES CORPS ET LA VIE FUTURE. Preuves de cette croyance (XLVIII).
Elle est salutaire, car elle rend les hommes meilleurs et par conséquent elle n’est pas absurde. Elle est, en tout cas, inoffensive et il est injuste de la persécuter (XLIX).
LE MARTYRE CHRÉTIEN (L). Conclusion. - Le martyre c’est la victoire, parce qu’il conduit au but (1-2).
Héroïsme des martyrs chrétiens : ils meurent pour Dieu, comme tant de héros païens sont morts pour leur patrie : de là vient leur énergie, et non pas du désespoir ni du fanatisme (3-11).
Double effet du martyre : 1° il produit des conversions Semen est sanguis Christianorum (12-15) ; 2° il vaut au chrétien le pardon et la grâce de Dieu. C’est pourquoi le martyr remercie ses juges (16).
« Sur ce cri de triomphe se termine l’Apologétique. Ce plaidoyer, qui avait tourné vite au réquisitoire, puis au pamphlet, s’achève par un défi. On dirait que Tertullien, désespérant de convaincre la justice humaine, a voulu d’avance en appeler à la justice divine. » P. Monceaux, 1, p. 243-4.
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L’APOLOGÉTIQUE
DE
TERTULLIEN
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1. Magistrats de l’Empire romain, qui présidez, pour rendre la justice, dans un lieu découvert et éminent, presque au sommet même de la cité, s’il ne vous est pas permis d’examiner devant tout le monde et de peser sous les yeux de tous la cause des chrétiens pour la tirer au clair ; si, dans cette espèce seule, votre autorité craint ou rougit d’informer en public, avec une attentive justice ; si enfin, comme il est arrivé naguère, la haine pour notre secte, trop occupée des jugements domestiques, ferme la bouche à la défense, qu’il soit du moins permis à la vérité de parvenir à vos oreilles, silencieusement, par la voie secrète d’un plaidoyer écrit.
2. La vérité ne demande point grâce pour elle, parce qu’aussi bien elle ne s’étonne pas de sa condition. Elle sait qu’elle vit dans ce monde en étrangère ; que, parmi des étrangers, elle trouve facilement des ennemis, que d’ailleurs c’est dans les cieux qu’elle a sa famille, sa demeure, son espérance, son crédit et sa gloire. En attendant, elle n’a qu’un désir, c’est de ne pas être condamnée sans être connue. - 3. Qu’ont ici à perdre vos lois, qui commandent souverainement dans leur propre empire, si la vérité était étendue ? Est-ce que par hasard leur puissance éclatera mieux, si elles condamnent la vérité, même sans l’entendre ? Mais, si elles la condamnent sans l’entendre, outre l’odieux de \|p16 l’iniquité, ne s’attireront-elles pas le soupçon d’une arrière&endash ; pensée, en refusant d’entendre une chose qu’elles ne pourraient plus condamner après l’avoir entendue ?
4. Voici donc le premier grief que nous formulons devant vous : l’iniquité de la haine que vous avez du nom de chrétien. Le motif qui parait excuser cette iniquité est précisément celui qui l’aggrave et qui la prouve, à savoir votre ignorance. Car quoi de plus inique que de haïr une chose qu’on ignore, même si la chose mérite la haine ? En effet, elle ne mérite votre haine que si vous savez si elle la mérite. - 5. Si la connaissance de sa valeur réelle fait défaut, comment prouver que la haine est juste ? Cette justice, en effet, ne peut se prouver par le fait seul, mais par la connaissance que nous en avons. Puisque donc les hommes haïssent parce qu’ils ne connaissent pas l’objet de leur haine, pourquoi cet objet ne serait-il pas tel qu’ils ne doivent pas le haïr ? Par conséquent, nous confondons à la fois leur haine et leur ignorance, l’une par l’autre : ils restent dans l’ignorance, parce qu’ils haïssent, et ils haïssent injustement, parce qu’ils ignorent.
6. La preuve de leur ignorance, qui condamne leur iniquité précisément en lui servant d’excuse, est fournie par ce fait que tous ceux qui jusqu’ici haïssaient parce qu’ils ignoraient, cessent de haïr aussitôt qu’ils cessent d’ignorer. Ceux-là deviennent chrétiens, et ils le deviennent assurément en connaissance de cause ; et alors ils commencent à haïr ce qu’ils étaient et à professer ce qu’ils haïssaient, et ils sont aussi nombreux que vous voyez que nous sommes. - 7. L’État, s’écrie-t-on, est assiégé ; jusque dans les campagnes, dans les bourgs fortifiés, dans les îles, il n’y a que des chrétiens ; des personnes de tout sexe, de tout âge, de toute condition, de tout rang même, passent au nom chrétien, et l’on s’en afflige comme d’un dommage ! \|p17
8. Et pourtant, malgré ce fait, ils ne s’avisent pas de présumer l’existence de quelque bien caché. Il ne leur est pas permis d’être plus justes dans leurs soupçons ; il ne leur plaît pas de s’assurer de plus près. En cette occasion seule, la curiosité humaine est engourdie. Ils aiment à ignorer, alors que d’autres sont ravis de connaître ! Anacharsis blâmait les illettrés qui se font juges des lettrés : combien plus aurait-il blâmé ceux qui ne savent pas et qui se font juges de ceux qui savent ! - 9. Ils aiment mieux ne pas connaître, parce que déjà ils haïssent. Ils préjugent ainsi que ce qu’ils ne connaissent pas est tel que, s’ils le connaissaient, ils ne pourraient pas le haïr. En effet, si l’on ne découvre aucun juste motif de haïr, le mieux est, à coup sûr, de renoncer â une haine injuste ; si, au contraire, on acquiert la certitude que le juste motif existe, non seulement la haine ne perd rien de sa force, mais on trouve une raison de plus pour persévérer, précisément parce qu’on peut se glorifier d’être juste. - 10.
Mais, dites-vous, on ne peut préjuger qu’une chose est bonne, de ce qu’elle attire beaucoup d’hommes ; que de gens, en effet, se laissent façonner au mal, que de gens passent au vice comme des transfuges ? - Qui le nie ? Mais pourtant ce qui est vraiment mauvais, ceux-là mêmes que le mal entraîne n’osent pas le défendre comme bien. La nature a rempli de crainte ou couvert de honte tout ce qui est mal.
11. Après tout, les méchants cherchent à se cacher, ils évitent de se montrer ; pris sur le fait, ils tremblent ; accusés, ils nient ; même si on les met à la torture, ils n’avouent pas facilement ni toujours ; condamnés sans espoir, ils sont tristes, ils se reprochent en eux-mêmes leurs actes, ils imputent au destin ou aux astres les égarements de leur esprit malfaisant. En effet, ils ne veulent pas être les auteurs du mal, parce qu’ils \|p18 reconnaissent que c’est le mal. - 12. Chez un chrétien, que voit-on de semblable ? Aucun chrétien ne rougit, aucun ne se repent, si ce n’est, naturellement, de ne pas avoir été chrétien auparavant. S’il est dénoncé, le chrétien s’en fait gloire ; s’il est accusé, il ne se défend pas ; interrogé, il confesse de lui-même sa foi ; condamné, il rend grâces. - 13. Quel est donc ce mal, qui n’a pas les caractères naturels du mal, ni crainte, ni honte, ni faux-fuyants, ni repentir, ni regret ? Quel est ce mal, dont l’accusé se réjouit, dont l’accusation est l’objet de ses vœux et dont le châtiment fait son bonheur ? Tu ne peux appeler folie ce que tu es convaincu d’ignorer.
