Tant d’années avec les problèmes des gens, III — Questions spirituelles et générales
Par Sa Sainteté le pape Chenouda III, 117ᵉ patriarche d’Alexandrie
- 01 — Introduction
- 02 — 1. L’origine des mauvaises pensées
- 03 — 2. L’envie
- 04 — 3. Doit-on donner de sa dîme à ses proches ?
- 05 — 4. Mes propres besoins financiers et le paiement de la dîme
- 06 — 5. L’indiscrétion et l’ingérence dans les affaires d’autrui
- 07 — 6. Ce vœu est-il permis ou interdit
- 08 — 7. Le premier péché
- 09 — 8. La responsabilité d’un péché que l’on n’a pas commis
- 10 — 9. Le service social est-il l’œuvre de l’Église ou celle de l’État ?
- 11 — 10. Les hymnes chantés sur des airs populaires
- 12 — 11. Comment résister aux pensées
- 13 — 12. L’amour des ennemis
- 14 — 13. Le châtiment et le temps de la grâce
- 15 — 14. Que signifie « pour les Juifs, je suis devenu comme un Juif » ?
- 16 — 15. Comment faire face aux problèmes
- 17 — 16. Agir avec promptitude ou prendre son temps
- 18 — 17. En secret ou en public
- 19 — 18. Critique et condamnation
- 20 — 19. Les sacrements peuvent-ils être vendus ?
- 21 — 20. Que signifie : « Je t’ai empêché de pécher contre moi » ?
- 22 — 21. Les péchés ne sont égaux ni en degré, ni en châtiment
- 23 — 22. Le point de vue du christianisme concernant les greffes d’organes
- 24 — 23. Comment devons-nous prier ?
- 25 — 24. À propos de la demande des dons
- 26 — 25. La plus haute de toutes les vertus
- 27 — 26. Suivre la vie des saints
- 28 — 27. Faut-il nécessairement savoir lire et écrire pour devenir moine ou moniale ?
- 29 — 28. Les doux hériteront la terre
- 30 — 29. Le temps libre
- 31 — 30. À quiconque a, il sera donné davantage
- 32 — 31. Les véritables éléments de la force
- 33 — 32. Si ton œil ou ta main te fait pécher
- 34 — 33. La simplicité
- 35 — 34. L’attitude du christianisme à l’égard du vin
- 36 — 35. La volonté et la permission de Dieu
- 37 — 36. Les fruits du péché
- 38 — 37. La vie spirituelle et les épreuves
- 39 — 38. Être parfait : que cela signifie-t-il, et quelles en sont les limites ?
- 40 — 39. Les personnes qui se sont confessées mais dont les péchés n’ont pas été pardonnés
- 41 — 40. La spiritualité des moines et des laïcs
- 42 — 41. Jésus-Christ et l’accomplissement de Sa mission
- 43 — 42. Les pensées de propre justice
- 44 — 43. Qui suis-je ? Et pourquoi suis-je venu ici ?
- 45 — 44. Prières et prosternations

Tant d’années avec les problèmes des gens, III — Questions spirituelles et générales
Par Sa Sainteté le pape Chenouda III, 117ᵉ patriarche d’Alexandrie
Sa Sainteté Chenouda III · 05 novembre 2026 · 153 min de lecture · 0 vue
Introduction§
Cette série que je publie pour vous, cher lecteur, sous le titre « Tant d’années avec les problèmes des hommes », contient les questions que j’ai pu choisir pour vous parmi les milliers qui m’ont été posées depuis l’établissement de l’Épiscopat des institutions religieuses et de l’enseignement ecclésiastique en 1962, jusqu’à ce jour.
Sa première partie traite de questions relatives à la Sainte Bible, telles que des versets qui paraissent difficiles à comprendre, ou que certains interprètent mal, ou qui requièrent explication et clarification. Dans cette partie, j’ai répondu à une quarantaine de questions fréquemment posées par beaucoup.
La deuxième partie concerne les questions de théologie et de doctrine qui préoccupent les esprits. J’ai veillé, dans la mesure du possible, à conserver un style facile d’accès pour tous, et j’ai répondu dans cette partie à environ trente-cinq questions susceptibles d’intéresser chacun.
Cette troisième partie concerne toutes sortes de questions spirituelles, ainsi que des questions qui ont cours dans la société et appellent une réponse, telle qu’une question sur l’usage du vin, une autre sur les transplantations d’organes, et une troisième sur la manière de résoudre les problèmes, à laquelle j’ai répondu de manière assez détaillée.
Cette partie comprend quarante-quatre questions, pour la plupart desquelles j’ai pris un soin particulier à apporter une réponse précise. Il y a une quatrième partie qui est actuellement sous presse et qui, si Dieu le veut, paraîtra bientôt, peut-être deux semaines seulement après que ce livre vous sera parvenu entre les mains ! Avec le secours de vos prières, je continuerai à publier les réponses qu’il me sera possible de donner aux questions que j’estime être les plus communes et les plus importantes.
Que tout aille bien pour vous et que le Seigneur soit avec vous.
Février 1990 Pape Chenouda III
1. L’origine des mauvaises pensées§
Question
Toute mauvaise pensée qui traverse mon esprit doit-elle être considérée comme un péché ? D’où viennent ces mauvaises pensées, et comment puis-je les empêcher de survenir ?
Réponse
Toute mauvaise pensée qui traverse votre esprit ne doit pas être considérée comme un péché, car il y a une différence entre être assailli par les pensées et tomber dans le péché par la pensée :
Être assailli par les pensées, c’est lorsqu’une mauvaise pensée vous harcèle, mais que vous ne lui cédez point, vous efforçant plutôt de tout votre cœur et de toutes vos forces de la chasser, quand bien même elle demeurerait quelque temps. Lorsqu’une telle pensée persiste contre votre propre gré, elle n’est point considérée comme un péché. Au contraire, votre résistance pourrait vous être imputée à justice.
Mais tomber dans le péché par la pensée, c’est lorsque vous cédez aux mauvaises pensées et commencez à y prendre plaisir, désirant les retenir, et peut-être même à en concevoir de nouvelles formes…
Tomber dans le péché par la pensée peut avoir pour origine un désir peccamineux en votre cœur ou quelque chose d’enfoui au plus intime de votre esprit. Ou bien cela peut commencer par une attaque de l’ennemi venue du dehors, à laquelle vous résistez d’abord, pour y succomber ensuite, de sorte que vous tombez et vous y empêtrez toujours davantage.
Ou bien vous pouvez vous égarer un moment dans une pensée et vous y complaire ; mais lorsque vous reprenez vos sens et vous réveillez, vous en repentez et lui résistez, et ainsi elle s’enfuit loin de vous.
Plus vous résistez à la pensée, plus vous gagnez d’empire sur elle, de sorte qu’elle s’enfuit loin de vous ou n’ose plus vous assaillir. En revanche, plus vous y abandonnez, plus elle gagne d’empire sur vous, et plus elle s’enhardit à vous attaquer.
Le gouvernail pour diriger le combat est sous votre pouvoir, et non sous celui de vos pensées. Les pensées peuvent certes vous causer un violent ébranlement et de vives inquiétudes, et, selon votre disposition, elles peuvent même vous livrer bataille. Le Seigneur Jésus-Christ a dit cependant : « Le prince de ce monde vient, et il n’a rien en moi » (Jn 14, 30). Mais qu’en est-il de vous ? Quand Satan vous attaque, trouve-t-il quelque prise sur vous ? !
La pensée sondera d’abord votre cœur pour voir s’il s’y trouve quelque chose qui lui soit apparenté — car « le semblable attire son semblable » —, ou si elle peut trouver un point d’accord auquel s’attacher.
Si votre cœur est d’une parfaite droiture au dedans, il ne trahira point son maître par ces pensées, ni ne leur donnera accès. Il n’aura rien de commun avec elles et ne les admettra pas, de sorte que ces pensées finiront par fuir loin de votre esprit et que les démons en concevront de la frayeur…
Si toutefois le cœur ne prend point garde à de telles pensées et use d’indulgence envers elles, elles prennent alors l’audace d’assaillir ce cœur.
Il est de mauvaises pensées qui pénètrent dans un cœur pur en raison de son relâchement ou de dispositions trop complaisantes.
Il y a de mauvaises pensées qui sortent d’un cœur mauvais en raison de son manque de pureté.
C’est-à-dire qu’il y a de mauvaises pensées qui viennent du dehors et d’autres qui viennent du dedans.
Un exemple de mauvaises pensées venant du dehors est l’attaque du serpent contre Ève. Ève avait un cœur pur, mais parce qu’elle ne fut point assez ferme envers le serpent, ces pensées pénétrèrent dans son cœur, se muèrent en désir, puis en acte.
Faisant référence à ces pensées perverses qui viennent du dedans, notre Seigneur a dit : « L’homme mauvais tire le mal du mauvais trésor de son cœur » (Lc 6, 45).
Les pensées peuvent provenir du cœur, de désirs cachés, ou bien elles peuvent venir de l’esprit intérieur, des images, des idées et des informations emmagasinées au-dedans.
De cette masse accumulée au-dedans, les pensées surgissent à la moindre provocation et pour n’importe quelle raison. Veille donc à ce que ce qui s’accumule en toi soit pur.
Cependant, les idées qui proviennent de l’esprit sont moins puissantes.
Elles sont moins puissantes que les pensées qui proviennent du cœur, car celles qui viennent du cœur sont mêlées d’émotion ou de désir, et sont par conséquent plus fortes.
Ainsi est-il aisé pour l’homme de chasser les idées qui proviennent de l’esprit. S’il cherche à les retenir ou consent à les accueillir, et ne leur résiste point, elles peuvent passer dans son cœur, subir l’influence de ses réactions passionnées et acquérir ainsi plus de force…
Pour cette raison, l’homme doit garder son cœur aussi bien que son esprit, et maintenir une ligne de démarcation entre sa tête et son cœur.
« Garde ton cœur plus que toute autre chose, car de lui jaillissent les sources de la vie » (Pr 4, 23). Si la guerre des pensées fond sur toi, et que tu aies le cœur pur et sois fervent par l’Esprit, le combat sera faible et tu pourras t’en échapper. Mais si elle fond sur toi alors que tu te trouves dans un état de tiédeur spirituelle, ou que ton amour pour le Seigneur s’est refroidi, « parce que l’iniquité se sera accrue » (Mt 24, 12), alors le combat sera violent et il te sera difficile d’y échapper. Ainsi, « priez pour que votre fuite n’arrive pas en hiver, ni un jour de sabbat… » (Mt 24, 20).
Garde ton esprit afin que rien de ce qui pourrait troubler sa pureté n’y pénètre. Et garde aussi tes sens, car ils sont les portes qui mènent à la pensée…
Garde tes regards, ton ouïe, ton toucher et le reste de tes sens. Comme tu ne pourras peut-être pas empêcher ton esprit de penser à ce que tu vois et à ce que tu entends, ni d’en être influencé, il vaut mieux te tenir sur tes gardes.
Si quelque chose d’inconvenant parvient à tes oreilles, frappe tes yeux ou entre dans tes pensées, ne le laisse point descendre profondément en toi, mais laisse-le passer outre sans s’arrêter.
Les choses qui ne font que passer n’ont pas un effet très puissant ; mais si elles descendent en profondeur, elles s’établiront au plus intime de l’esprit, étendront leurs racines jusqu’au cœur et pourront en arriver à causer des troubles.
La faculté d’oublier est l’une des bénédictions que Dieu a accordées à l’humanité, par laquelle les pensées passagères et les perceptions sensorielles éphémères peuvent être effacées.
Mais les idées que tu laisses pénétrer profondément en toi s’établissent au plus intime de ton esprit et atteignent le conscient et le subconscient, devenant dès lors difficiles à oublier. Elles peuvent alors fournir matière à une guerre des pensées, faire naître des idées, des soupçons et des songes, devenir la source de désirs et de troubles, et le point de départ de longues histoires…
Il nous faudra peut-être, néanmoins, revenir encore sur le sujet des pensées.
2. L’envie§
Question
Le christianisme croit-il en l’existence de l’envie ?
Réponse
L’envie, en tant que sentiment, existe. Nous savons, par exemple, que Caïn envia son frère Abel, que Joseph le Juste fut envié par ses frères, et que le Seigneur Jésus-Christ fut livré à la mort par les prêtres juifs parce qu’ils Lui portaient envie.
À la fin de la prière d’action de grâces, nous disons : « Garde-nous de toute envie, de toute épreuve et de toute œuvre de Satan ».
L’envie existe, mais nous ne croyons nullement à un « œil envieux » !
Certains croient qu’il existe des individus envieux par nature, de sorte que s’ils jettent leur œil envieux sur quelqu’un, quelque malheur frappera cette personne ; aussi ont-ils peur de l’envie et de ceux qui pourraient être envieux, auxquels ils prêtent le pouvoir de faire le mal. Parfois, ils dissimulent les bénédictions que Dieu leur accorde si généreusement de peur de l’envie, et ils forgent sur cette forme d’envie des récits qui ne relèvent guère que de fadaises superstitieuses.
À cette sorte d’envie, nous ne croyons point, et nous la considérons comme une forme d’intimidation et de soupçon malsain.
L’envie ne nuit point à la personne enviée, mais bien plutôt à celle qui envie.
Elle ne nuit point à celui qui est envié ; autrement, tous ceux qui se sont distingués ou ont occupé les premiers rangs eussent été exposés à l’envie et eussent subi des pertes ; de même, tous ceux qui ont obtenu une charge insigne ou des distinctions honorifiques de l’État fussent devenus la cible de l’envie et eussent été frappés par le malheur ou l’adversité.
Ce que nous voyons pourtant est tout le contraire : celui qui envie mène une vie misérable et malheureuse par l’effet de son envie et de son tourment intérieur, comme l’a dit le poète :
« Supporte avec patience la perfidie de l’envieux, car ton endurance la fera périr ; tout comme le feu assurément se consume lui-même s’il ne trouve rien pour le nourrir. »
Pourquoi donc prions-nous d’être préservés de l’envie, puisqu’elle ne nuit point ?
Nous ne prions point par crainte de ce qu’on nomme le « mauvais œil », mais nous prions afin que Dieu déjoue tout dessein funeste et toute ruse trompeuse que l’envieux pourrait tramer contre nous en raison de la malice de son cœur.
Lorsque les frères de Joseph furent jaloux de lui, ils le jetèrent dans une citerne, puis le vendirent comme esclave, et ils avaient été sur le point de le tuer. Caïn tua son frère Abel par envie, et lorsque les grands prêtres des Juifs furent jaloux du Christ, ils conspirèrent contre Lui et Le livrèrent pour être crucifié.
3. Doit-on donner de sa dîme à ses proches ?§
Question
Bien des personnes m’ont posé cette question : si nous avons des proches indigents — un père, une mère ou une sœur, etc. —, devons-nous leur donner sur notre dîme ?
Réponse
Oui, certes, on doit donner aux proches nécessiteux sur sa dîme. Saint Paul l’Apôtre a dit : « Si quelqu’un n’a pas soin des siens, et principalement de ceux de sa maison, il a renié la foi, et il est pire qu’un infidèle » (1 Tm 5, 8).
Toutefois, il n’est point juste de donner la totalité de sa dîme à ses proches et de négliger les autres pauvres qui ne te sont point apparentés, et cela pour deux raisons :
1. De peur que ce que tu donnes à tes proches ne soit un devoir social auquel tu es tenu, que tu verses ou non la dîme, ou que tu ne le donnes davantage par les liens du sang que par compassion ou miséricorde envers ceux qui sont dans le besoin, ou dans le dessein d’accomplir le commandement.
2. Il arrive parfois que certains pauvres soient plus nécessiteux que tes proches, et il ne te conviendrait point de les délaisser.
Si tu as des proches dans le besoin, une part de ta dîme peut leur être attribuée.
4. Mes propres besoins financiers et le paiement de la dîme§
Question
Je n’ai pu verser la moindre dîme l’année passée, en raison du poids des charges matérielles qui pèsent sur moi et de mes nécessités financières. Que dois-je faire ? Puis-je être dispensé de payer la dîme ?
Réponse
Tu es tenu d’acquitter la dîme quelle que soit ta situation financière. Je voudrais ici soumettre à ton attention quelques observations importantes, qui sont les suivantes :
1. Quiconque paie sa dîme alors qu’il est lui-même dans l’indigence recevra de Dieu une plus grande récompense. Car, agissant ainsi, il préfère autrui à lui-même, à la différence de celui qui paie tout en étant dans l’aisance et en ayant largement de quoi faire, lequel ne sent point qu’il se prive d’aucune chose nécessaire pour subvenir aux besoins d’un autre.
Nous remarquons que le Seigneur Jésus-Christ a loué la pauvre veuve qui offrit les deux petites pièces d’airain, et déclara qu’elle avait mis dans le trésor du temple plus que tous les autres, car : « Tous ceux-là ont mis de leur superflu dans les offrandes à Dieu, mais elle a mis de son indigence tout ce qu’elle avait pour vivre » (Lc 21, 4) ; « elle […] a mis tout ce qu’elle possédait » (Mc 12, 44).
Toi aussi, tu dois t’accoutumer à donner, même si tu es dans le besoin, que tu donnes de ton argent, de ton temps ou de ta santé. La seconde remarque que je désire faire est celle-ci :
2. Lorsque tu donnes, bien que tu sois toi-même dans le besoin, Dieu bénit tout ce que tu possèdes.
Combien de fois l’indigent ne dit-il point : « Si tout mon argent et tout mon salaire ne me suffisent point, qu’adviendra-t-il si je paie encore la dîme, le dixième de mon revenu ? ! Les neuf dixièmes me suffiraient-ils donc ? ! » Mais sur ce point, je voudrais te dire :
Les neuf dixièmes accompagnés de la bénédiction sont plus abondants que le tout dépourvu de bénédiction !
Chaque fois que tu donnes, Dieu bénit le peu qui demeure et le rend bien supérieur à tout cet argent privé de la bénédiction des dîmes. Il t’en dédommage au centuple ; et quoi encore ? La fécondité même de cet argent sera bénie. Cela contraste avec tant d’hommes qui possèdent des richesses en abondance et éprouvent pourtant le sentiment de manquer, parce que leurs richesses sont dépourvues de bénédiction.
La troisième observation que je voudrais formuler est la suivante :
3. Dieu n’a nul besoin de nos dîmes, mais Il nous éduque et nous bénit par leur moyen.
Il nous éduque à donner, à aimer autrui et à renoncer à l’argent. Il nous exerce aussi à la foi : la foi dans la bénédiction divine accordée à la modeste part…
Dieu est capable de pourvoir à tous les besoins du monde entier, sans que nous ne déboursions quoi que ce soit. C’est Lui qui rassasie toute créature de Ses bienfaits, mais Il désire que nous prenions part à l’œuvre de charité, afin que nous ayons part à la bénédiction attachée à cet acte.
4. Je connais ta situation financière. Mais mets Dieu à l’épreuve.
La règle générale est : « Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu » (Mt 4, 7). Mais les dîmes constituent l’unique exception, et c’est à ce propos que notre Souverain Seigneur a dit : « Apportez toutes les dîmes […] et mettez-Moi ainsi à l’épreuve, dit le Seigneur des armées : vous verrez si Je n’ouvre pas pour vous les écluses des cieux, si Je ne répands pas sur vous la bénédiction jusqu’à ce qu’il n’y ait plus assez de place pour la recevoir » (Ml 3, 10).
Mets-Le donc à l’épreuve et vois comment Dieu bénira tes biens, et constate que tu ne seras point dans l’indigence, mais qu’au contraire Dieu pourvoira à tes besoins avec toujours plus d’abondance.
N’acquitte toutefois pas les dîmes dans le seul dessein de recevoir toujours plus…
Car telle n’est point la disposition spirituelle requise dans l’offrande. Verse-les simplement, quand bien même tu traverserais toi-même un temps d’extrême nécessité. Car lorsque Dieu verra la pureté de ton cœur dans le don, ainsi que ton amour pour ton prochain, Il ouvrira alors les écluses des cieux comme Il l’a promis.
Donne-les donc et dis : « Qui suis-je, Seigneur, pour que Tu me permettes de pourvoir aux besoins de Tes enfants ! » « Tout vient de Toi […] tout vient de Ta main, et tout T’appartient » (1 Ch 29, 14-19). « Bénis donc le peu qui nous reste, ô Seigneur, et préserve-nous de tout manque. »
Un autre point que je souhaite aborder est le suivant :
5. Les dîmes que tu ne verses pas sont considérées comme un bien que tu détiens injustement.
C’est un argent dont la possession t’est illégitime, car tu as lésé ses véritables destinataires — les pauvres qui y ont droit. Ce n’est point ton argent, pour que tu le gardes. C’est le bien du Seigneur, et tu L’en as dépouillé ; aussi Dieu le regarde-t-il comme une possession inique.
Vois ce que déclare l’Inspiration divine dans le livre du prophète Malachie : « dit le Seigneur des armées […] Un homme trompera-t-il Dieu ? Car vous Me trompez ! Et vous dites : « En quoi T’avons-nous trompé ? » Dans les dîmes et les offrandes » (Ml 3, 7-8). C’est pourquoi le Seigneur dit :
« Faites-vous des amis avec les richesses d’iniquité » (Lc 16, 9).
Que signifie donc cette parole ? Elle signifie :
6. Avec l’argent des dîmes que tu as retenu pour toi-même et qui est devenu une possession inique puisque tu as spolié les pauvres en refusant de le leur donner… avec cet argent, fais-toi des amis qui prieront pour toi et aux prières desquels Dieu répondra. De même que tu les auras soulagés de leur détresse pécuniaire en t’acquittant des dîmes, de même Dieu te délivrera de tes épreuves matérielles…
Il me reste une dernière parole à t’adresser, qui est celle-ci :
7. Les dîmes que tu n’as pas payées l’an passé, tu les dois encore !
Tu es tenu de les acquitter, ne fût-ce que par versements échelonnés.
5. L’indiscrétion et l’ingérence dans les affaires d’autrui§
Question
J’aimerais que tu me donnes un conseil sur l’attitude à tenir face à l’indiscrétion et à la curiosité déplacée envers les affaires d’autrui, car je souffre de ce penchant et désire m’en libérer. Je voudrais savoir comment renoncer à une telle conduite et comment éviter de retomber dans cette faute.
Réponse
L’indiscrétion, ou l’ingérence, est le désir de percer les secrets et la vie personnelle d’autrui, que ce soit par des écrits, par des ouï-dire ou par des propos tenus, directement ou indirectement.
S’immiscer dans la vie des autres est une faute, tant sur le plan spirituel que sur le plan social.
Chacun est censé respecter les secrets et la sphère privée de son prochain, y compris au sein de la famille. Par exemple, le père ou la mère n’a pas le droit de décacheter les lettres de son fils. Le mari ou la femme n’a pas le droit de fouiller dans les poches, les tiroirs ou les papiers de son conjoint.
Nul n’a le droit d’écouter des paroles qui ne lui sont point destinées. Nous pourrions nommer cela « l’infidélité des oreilles ». Nul n’a davantage le droit de regarder furtivement ce qu’il ne doit pas voir. Tout cela relève d’une manière d’espionnage d’autrui qui ne sied nullement à un homme spirituel…
Cependant, l’ingérence ou l’intrusion dans les affaires d’autrui peut se faire ouvertement, sans être nécessairement dérobée.
Qu’on songe, par exemple, à une personne qui harcèle autrui de questions sur un sujet qui relève de son intimité et dont cette dernière ne souhaite pas parler ! Pourtant, l’indiscret continue de l’assaillir de questions, parfois jusque dans les moindres détails, pour tenter de tout lui soutirer…
L’indiscret prétextera peut-être, en guise de justification, qu’il entretient des liens étroits avec cette personne, ou qu’il désire s’assurer que tout va bien pour elle.
Toutefois, être lié d’une étroite amitié avec quelqu’un a encore des limites qu’il ne convient pas d’outrepasser. De même, le désir d’être rassuré au sujet de quelqu’un a ses bornes. S’informer ne s’obtient point par la force ni par la contrainte. Il y a une immense différence entre celui qui désire être rassuré au sujet d’un être, et celui qui veut simplement savoir, et tout savoir !
C’est pourquoi mon conseil est que tu ne demandes point, ou que, si tu remarques chez une personne à qui tu as posé une question une réticence à répondre, ou si tu la vois peu disposée à s’étendre davantage ou à entrer dans tous les détails d’une affaire particulière, tu ne la presses point de questions supplémentaires.
L’un des traits caractéristiques de l’indiscret ou du fouineur est son insistance.
Ses amis et connaissances s’efforcent souvent de l’éviter, d’échapper à ses multiples questions et à sa curiosité de connaître leurs affaires. Cela peut l’irriter, et il peut s’en plaindre, tandis qu’eux-mêmes sont embarrassés de lui faire remarquer son indiscrétion et leur répugnance à répondre à ses questions.
La situation la plus embarrassante advient lorsque l’indiscret rencontre un timide.
La personne timide et craintive ne parvient point à l’arrêter et se trouve parfois incapable de détourner le cours de la conversation pour échapper aux questions indiscrètes. Elle est ainsi acculée et troublée. L’indiscret perçoit cet embarras mais ne s’en soucie guère, car il veut savoir et, qui plus est, il désire encore connaître les causes de cet embarras !
L’individu indiscret peut ne point se contenter de connaître les affaires les plus intimes de celui qui se tient devant lui, mais aller jusqu’à le contraindre à dévoiler les secrets d’autrui !
Non seulement il interroge cette personne sur ses propres affaires, mais il l’interroge également sur celles des autres. Ce qu’elle leur a dit, ce qu’ils ont répondu, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont ressenti en telle circonstance, comment ils se sont conduits et quelles furent leurs opinions, quels étaient leurs rapports avec telle autre personne, sans oublier leurs familles, leurs amis et leurs affaires intimes… ! ?
De fait, cela peut également conduire à des confessions d’une manière embarrassante…
Les sens de la personne indiscrète paraissent toujours en perpétuelle agitation…
Son regard n’est jamais fixe, mais toujours effronté, jamais digne de confiance, et il se tient visiblement aux aguets. Il en va de même pour son ouïe et pour ses pas. Il ne demeure jamais en repos, mais s’agite sans cesse, allant çà et là, tandis qu’il interroge ou qu’il écoute, ou qu’il s’insinue dans des conversations où il n’a aucun droit, et tout cela de la façon la plus inconvenante.
Il peut s’immiscer dans des relations dont il n’a nullement le droit de connaître le secret, telles des relations familiales éminemment privées, comme celles qui unissent les époux ou les amis, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, ou encore des secrets d’ordre professionnel qui ne devraient point être divulgués. Il se peut qu’il n’en tire personnellement aucun profit, et il se pourrait bien qu’il soit incapable de garder le secret sur ce qu’il a découvert…
Pour ce qui te concerne, à l’égard de l’indiscrétion, mon conseil est le suivant :
1. Prends l’habitude de respecter les affaires personnelles d’autrui, et tiens pour certain que chacun a le droit d’avoir ses secrets intimes, qu’il n’est point tenu de révéler même à ses plus chers amis, tout comme toi-même tu as tes propres secrets.
2. Demande-toi toujours : en quoi cela me regarde-t-il ? Ai-je le moindre droit d’intervenir en cette affaire ? Dis-le-toi à toi-même, et tu t’épargneras l’embarras qu’un autre ne vienne te le faire remarquer.
3. Fixe des limites à la proximité que tu entretiens dans tes relations avec autrui.
4. Si, interrogeant quelqu’un sur un sujet personnel qui le concerne ou qui regarde autrui, tu t’aperçois qu’il répugne à répondre, ou si tu pressens une dérobade ou une tentative de clore l’entretien, alors ne le presse point davantage.
5. Ne tente point de lire les lettres d’un autre, ni de fouiller dans ses livres ou ses papiers, et s’il arrivait que l’un d’eux tombât entre tes mains, témoigne alors du respect convenable en ne cherchant point à jeter les yeux sur ce qui ne te regarde en rien.
6. Sois honnête et intègre dans tout ce que tu vois, entends ou touches.
7. Prends soin de tes amis et de tes connaissances, afin de ne point les perdre en furetant dans leurs affaires personnelles.
6. Ce vœu est-il permis ou interdit§
Question
J’ai fait le vœu de jeûner continuellement jusqu’à la fin de la guerre, et voilà des années de cela. Ce vœu est-il légitime ou non ?
De même, quel est ton sentiment au sujet de celui qui, par exemple, fait le vœu de faire baptiser son enfant à Jérusalem, ou dans l’un des anciens monastères de Haute-Égypte ? Et encore, quel est ton avis sur un jeune homme qui fait vœu de célibat ?
Réponse
L’Écriture dit en effet : « Mieux vaut pour toi ne point faire de vœu, que d’en faire un et de ne point l’accomplir. » (Eccl 5, 5).
Un vœu est l’expression d’un accord entre un être humain et Dieu, de sorte qu’il n’est plus possible de revenir dessus.
Le vœu doit cependant être sain du point de vue spirituel, car il n’est pas bon de conclure avec Dieu un accord entaché de quelque défaut.
En une circonstance, les Juifs firent le vœu de demeurer à jeun jusqu’à ce qu’ils eussent tué l’apôtre Paul (Ac 23, 12). Leur vœu était mauvais et illégitime…
Ainsi, tout vœu n’est pas selon la volonté de Dieu ; certains vœux peuvent n’être point licites.
Jephté le Galaadite fit le vœu que, s’il était victorieux, il offrirait en holocauste quiconque sortirait le premier de la porte de sa maison à sa rencontre lors de son retour (Jg 11, 30). Et bien que ce fût sa jeune fille qui vînt à sa rencontre, il accomplit son vœu et l’offrit en holocauste au Seigneur ! Assurément, Dieu n’eût point approuvé cette action, car le vœu portait sur une chose illicite. Jamais le Seigneur n’a ordonné dans Sa sainte loi que des êtres humains fussent offerts en holocaustes !
Quant aux parents qui font le vœu de faire baptiser leur enfant dans quelque lieu éloigné, ils risquent en réalité de mettre en péril le salut de leur enfant. Suppose que les circonstances les empêchent, par exemple, d’atteindre ce lieu, ou que l’enfant vienne à mourir avant d’être baptisé, comment pourraient-ils porter la responsabilité de sa vie éternelle ? De plus, le fait que l’enfant soit privé de participer aux saints sacrements, jusqu’au moment où les circonstances permettraient son baptême (selon les souhaits de ses parents), signifierait qu’il serait privé de la grâce et des bénédictions célestes qui pourraient autrement opérer en lui. Et les parents porteraient en ce cas la responsabilité de cela devant Dieu.
Ce genre de vœu est donc tout à fait erroné, d’autant plus que l’effet du baptême ne change pas d’un lieu à un autre, mais demeure le même.
Recevoir la bénédiction d’un lieu particulier, cependant, ou d’un saint particulier, eu égard au risque encouru, doit demeurer une affaire purement restreinte à un souhait personnel. Cela ne devrait jamais être élevé au rang d’un vœu.
C’est le risque encouru qui nous fait juger ce cas du point de vue théologique, en prenant en considération la possibilité que ce vœu soit rompu ; car nos vies sont entre les mains de Dieu, et un enfant peut mourir alors même qu’il est en parfaite santé.
Si la santé de l’enfant était en péril, il faudrait alors rompre le vœu, commettant ainsi le péché de rupture d’un vœu, ce qui est moins grave que la mort d’un enfant sans baptême ; et, en rompant le vœu, nous aurions choisi le moindre de deux maux.
Dans les deux cas, la désapprobation de l’Église est encourue par ceux qui ont fait le vœu, c’est-à-dire les parents.
D’une manière générale, ces choses devraient relever de souhaits personnels plutôt que de vœux. On devrait prier à ce sujet et dire : « Ô Seigneur, nous aimerions beaucoup faire baptiser notre enfant en tel saint lieu ». Mais on ne devrait point faire de vœu. Et en même temps, même s’il ne s’agit que d’un souhait personnel, on ne devrait pas tarder à l’accomplir, car l’Écriture dit : « Lorsque tu as fait un vœu à Dieu, ne tarde point à l’accomplir » (Qo 5, 4)…
Pour ce qui est du vœu de célibat ou du vœu monastique, je ne conseille pas qu’ils soient prononcés par des jeunes gens, ni par ceux qui ne se sont familiarisés que depuis peu avec la vie spirituelle…
Ce n’est point interdit, car il n’y a là rien de mauvais en soi, mais il y a le risque que cette idée ne soit que le fruit d’un enthousiasme passager ou d’une influence éphémère. Ou bien, si celui qui a prononcé un tel vœu venait à être soudainement assailli par de rudes attaques spirituelles touchant son corps, il pourrait regretter d’avoir fait ce vœu, vouloir revenir dessus, désirer ardemment se marier, ou finir par vivre dans le péché.
Au lieu de faire un vœu de célibat, présente ton souhait comme un désir, et fais-en l’objet d’une prière à Dieu.
Dis-Lui : « J’aimerais, ô Seigneur, garder le célibat ou devenir moine. Accorde-moi, je Te prie, ce désir, s’il est selon Ta volonté ».
Quant à ceux qui sont adultes et spirituellement mûrs, qui se sont éprouvés de longue date et que la grâce céleste a secourus sur le chemin de la victoire, rien ne s’oppose alors à ce qu’ils se consacrent à Dieu. Même alors, je leur conseillerais de ne point trop tarder, de peur que l’adversaire ne suscite contre eux des attaques inconsidérées.
Pour ce qui est du vœu de jeûner jusqu’à la fin de la guerre, ce n’est point une chose réalisable.
Qui a jamais dit que les guerres sur la terre prendraient fin ? ! Elles sont toujours présentes et, selon l’Écriture, le demeureront jusqu’à la fin du monde (Mt 24). Si toutefois le vœu concerne une guerre précise en un lieu déterminé, et si celui qui fait le vœu est mûr et capable de jeûner, il n’y a alors aucune objection en ce cas.
Lorsqu’il s’agit du jeûne, cependant, et des vœux de célibat et de monachisme, il est nécessaire de demander conseil à son père spirituel.
Il ne conviendrait pas qu’une personne mène ces affaires selon ses propres idées, sans avoir reçu de direction. Si elle ne demandait pas conseil à son père spirituel en des cas aussi importants que ceux-ci, alors à quel sujet lui demanderait-elle conseil ? !
En règle générale, une personne qui fait un vœu ne doit point le prononcer avec précipitation.
Cela requiert toutefois réflexion, méditation, conseil et prière avant de prononcer le vœu…
7. Le premier péché§
Question
Quel fut le premier péché que le monde connut ?
Réponse
Le premier péché que le monde connut fut celui de l’orgueil…
Ce fut le premier péché dans lequel Satan tomba lorsqu’il dit : « J’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu… Je serai semblable au Très-Haut » (Is 14, 13-14).
Ce fut le premier péché dont l’humanité fut assaillie, lorsque le diable dit à Ève : « Vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal » (Gn 3, 5).
Lorsque le Seigneur S’est incarné, Il a combattu ce péché par Son humilité, en prenant la forme d’un esclave, en devenant semblable à un être humain dans Son apparence, en naissant dans une étable et en permettant au diable de L’éprouver.
8. La responsabilité d’un péché que l’on n’a pas commis§
Question
Si les circonstances m’empêchent de commettre effectivement un péché (que j’avais l’intention de commettre), peut-il néanmoins m’être imputé comme un péché, bien que je ne l’aie pas accompli ?
Réponse
Tu pourrais t’imaginer, mon ami, que l’unique forme du péché est l’acte pécheur ! En réalité, l’acte n’est que l’ultime étape du péché, car le péché commence d’abord dans le cœur, par l’amour du mal et le consentement que le cœur lui donne, puis il entre dans la phase d’exécution. S’il est exécuté, il est alors parvenu à son accomplissement. Mais s’il n’est pas mené à terme, la personne peut néanmoins être tenue pour coupable du péché dans son cœur, de son désir, de son intention et de ses pensées.
Quel fut le péché de Satan, sinon le péché du cœur, lorsque l’Inspiration divine lui dit : « Tu disais en ton cœur : « Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu… Je serai semblable au Très-Haut » » (Is 14, 13-14) ? Le simple fait de dire cela en son cœur suffit à le faire déchoir du sommet de son rang.
9. Le service social est-il l’œuvre de l’Église ou celle de l’État ?§
Question
Si l’Église s’engage dans le domaine du service social, n’entre-t-elle pas dans la sphère d’activité de l’État, et ne perd-elle pas ainsi « son action spirituelle » (comme j’ai lu qu’un des Pères l’a jadis décrit) ? Ne sortirait-elle pas du domaine dont Jésus-Christ Se souciait, puisqu’Il a dit : « Mon royaume n’est pas de ce monde » ? Ne serait-ce pas aussi contredire l’enseignement de l’Évangile ?
Réponse
Le Seigneur Jésus-Christ fut actif dans ces deux domaines de la même manière.
Il Se souciait de l’esprit, et tout autant du corps. L’Écriture dit : « Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, prêchant l’Évangile du royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité parmi le peuple » (Mt 4, 23).
Il a prêché sur la montagne, au désert, dans les maisons et sur le rivage du lac : telle est l’activité missionnaire. L’Écriture dit également : « Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses maladies les Lui amenèrent ; et Il imposa les mains à chacun d’eux et les guérit. Des démons aussi sortirent d’un grand nombre, en criant… » (Lc 4, 40-41).
Ainsi, guérir les malades n’était point chose étrangère à l’œuvre du Christ, et n’entrait pas en conflit avec Sa parole : « Mon royaume n’est pas de ce monde ».
Si l’Église se préoccupe donc de guérir les malades, d’édifier des hôpitaux et des services de santé, elle ne sort nullement de sa mission spirituelle, car la mission de l’Église ne consiste pas seulement en la prédication, comme nous l’appelons, mais aussi à soulager les souffrances des hommes.
Notre Seigneur nous a donné la parabole du bon Samaritain qui, trouvant au bord du chemin un homme qui avait été agressé, banda ses plaies et l’emmena sur sa monture jusqu’à une hôtellerie où, à ses propres frais, il fit prendre soin de lui jusqu’à ce qu’il fût rétabli (Lc 10, 30-37).
Dans cette parabole, le Seigneur adressa Son reproche au prêtre et au lévite, qui tous deux ne manifestèrent aucun souci pour l’homme blessé et sa détresse. Jésus considéra l’acte du bon Samaritain comme une œuvre d’amour et de compassion.
L’Église devrait-elle se retenir d’accomplir des actes d’amour et de compassion en prenant pour prétexte qu’ils relèvent en vérité du rôle de l’État ? Non, aucunement. Les actes de bonté sont requis de tout être humain. L’État doit les accomplir, l’Église également, ainsi que chaque individu.
Nous ne devons point considérer ces choses comme un simple service social, mais plutôt les regarder comme des actes d’amour qui sont, après tout, au nombre des premiers fruits de l’Esprit Saint (Ga 5, 22), et desquels dépendent toute la Loi et les Prophètes, selon le Christ (Mt 22, 40).
Le Seigneur Jésus-Christ se souciait tout autant de nourrir les hommes que de prêcher.
Le miracle des cinq pains et des deux poissons est mentionné dans les quatre Évangiles. Combien étaient belles les paroles du Christ à Ses disciples lorsqu’Il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Lc 9, 13).
Dans ce commandement se trouvait donc un ordre donné à l’Église de nourrir ceux qui ont faim. Bien que Jésus-Christ prêchât aux foules ce jour-là, Il ne se contenta pas de prêcher, comme s’Il considérait cela seul comme Son royaume, ou Son unique préoccupation.
Lorsque Ses disciples Lui demandèrent de renvoyer les foules dans les villages voisins afin qu’elles puissent s’acheter de la nourriture, le Seigneur leur répondit avec fermeté qu’Il ne les renverrait point à jeun, de peur qu’elles «… ne défaillent en chemin » (Mc 8, 3).
C’est là une leçon pour l’Église de ne point se contenter seulement de prédication et de paroles, mais de nourrir aussi ceux qui ont faim, et de ne point s’imaginer qu’en agissant ainsi nous outrepassons la mission du Royaume, ou que nous sortons de la sphère de la religion ou de l’activité spirituelle.
Vois ce que dit l’apôtre Jacques : « La religion pure et sans tache devant Dieu le Père consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leur tribulation, et à se garder pur de toute souillure du monde » (Jc 1, 27).
Si l’Église fonde des orphelinats et se préoccupe de secourir les veuves et les pauvres dans leur détresse, s’écarte-t-elle pour autant de sa mission originelle ? ! N’est-ce pas plutôt là la « religion » que Dieu notre Père agrée comme pure et sans défaut ? ! Tel est l’enseignement de la Bible, et non un enseignement d’hommes.
Essayer de se garder pur de toute souillure du monde ne suffit point, si l’on s’enferme intérieurement pour ne point se soucier du pauvre ou de l’orphelin. Un père sacerdotal ne saurait voir une famille dans le besoin et négliger d’en prendre soin, sous prétexte qu’il incomberait à l’État d’y veiller ! L’État lui-même ne dit point cela…
Vois comme saint Jacques l’Apôtre nous réprimande en disant : « Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, et que l’un d’entre vous leur dise : « Allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous », mais que vous ne leur donniez point ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ? » (Jc 2, 15-16).
Ainsi voyons-nous combien l’Église s’est souciée de ces choses dès l’âge apostolique, comme lors de la consécration des sept diacres parce que l’on avait constaté que « leurs veuves étaient négligées dans la distribution quotidienne » (Ac 6, 1).
Afin que les apôtres pussent se consacrer au ministère de la Parole, ils établirent sept diacres, leur imposant les mains, pour qu’ils prissent en charge ce service. Loin de dire que l’œuvre de l’Église n’avait rien à voir avec l’administration des vivres, ils créèrent véritablement un ordre au sein de l’Église pour accomplir cette charge. Nul n’osa jamais avancer que cette œuvre n’était point l’œuvre de Dieu, mais celle de César !
Le livre des Actes ne dit pas seulement : « Avec une grande force, les apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus… », mais il mentionne immédiatement après : « Il n’y avait d’ailleurs parmi eux aucun indigent ; car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix des choses vendues et le déposaient aux pieds des apôtres ; et l’on distribuait à chacun selon qu’il en avait besoin » (Ac 4, 33-35). Cet enseignement est la saine et pure parole évangélique.
L’Église ne saurait s’abstenir de secourir les pauvres, les orphelins, les veuves, les malades et ceux qui ont faim, comme par une sorte de déférence envers l’État, de peur de l’offenser en empiétant sur son domaine réservé. Ce ne serait point là faire preuve de courtoisie envers l’État, mais plutôt d’un manque de coopération à son égard.
Ce serait aussi faire preuve de désobéissance aux commandements de l’Évangile, et s’écarter du commandement de l’amour, que la Bible déclare être la plus grande des vertus (1 Co 13). Agir de la sorte reviendrait manifestement à combattre l’Église et sa mission, et constituerait une tentative de créer une division entre elle et l’État en ce temps présent, car l’Église est l’institution la plus loyale au sein de l’État, et l’État encourage les œuvres de charité que l’Église entreprend.
Consignons ici que le Seigneur Jésus fit de ces actes d’amour, que l’on pourrait aussi qualifier d’action sociale, l’un des fondements du jugement au Dernier Jour.
Il dira à ceux qui se tiendront à sa gauche, au Jour du Jugement : « Retirez-vous de moi, maudits, allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli ; nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité » (Mt 25, 41-43).
Lui diront-ils : « Nous sommes désolés, mais cela relevait des affaires de César, non de l’œuvre de Dieu, et Tu nous avais dit de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » ? ! Ou bien Lui diront-ils : « Pourquoi te soucies-Tu tant d’eux, Seigneur, puisque Ton royaume n’est pas de ce monde » ? ! Iront-ils véritablement dans le feu préparé pour eux, pour avoir négligé l’œuvre d’amour que la société appelle de nos jours le « service social » ? !
Si ce service est le devoir de toute personne, à combien plus forte raison l’Église doit-elle donner le bon exemple ! Car l’Église, après tout, est constituée des disciples du Christ marchant sur les pas de leur Maître et Enseignant, qui a montré le chemin le premier.
Ce service que nous offrons aux pauvres, c’est véritablement au Christ Lui-même que nous l’offrons, car Il a dit : « En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous avez fait cela à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).
Dans l’Épître de Paul aux Romains, il parle du ministère de l’Église envers les pauvres, et de la coopération des Églises de Macédoine, d’Achaïe et de Jérusalem à cet égard, et il dit : « Mais maintenant je vais à Jérusalem, pour le service des saints. Car la Macédoine et l’Achaïe ont bien voulu faire une collecte pour les pauvres d’entre les saints qui sont à Jérusalem. Elles l’ont bien voulu, et elles le leur devaient ; car si les païens ont eu part à leurs biens spirituels, ils doivent aussi les assister dans les biens matériels » (Rm 15, 25-27).
Et il a dit également : « Pourvoyant aux besoins des saints, exerçant l’hospitalité » (Rm 12, 13).
Servir les pauvres et les nécessiteux n’est pas seulement une œuvre sociale, outre le fait d’être un acte d’amour, mais c’est aussi un moyen de préserver le pauvre du mal.
C’est cet aspect spirituel de ce service qui constitue l’essence même de l’action de l’Église.
La pauvreté peut pousser le pauvre à voler, à mentir ou à tromper, ou encore à se plaindre et à blasphémer contre Dieu et contre l’Église, et laisser ainsi faiblir sa foi. Mais lorsque l’Église donne au pauvre, elle lui fait prendre conscience de l’amour de Dieu pour lui, et lui fait sentir que Dieu a envoyé quelqu’un pour pourvoir à ses besoins, ce qui affermit sa foi.
Pour cette raison, l’œuvre sociale que l’Église entreprend possède un caractère spirituel qui la distingue. La spiritualité du commandement y pénètre et se mêle à la parole de l’enseignement.
La majorité des églises désignent les pauvres comme les « frères du Christ », parce que c’est ainsi que le Christ les a appelés (Mt 25, 40), et elles les traitent comme tels lorsqu’il s’agit de leur donner.
L’Église trouve une bénédiction dans ce service et l’accomplit dans l’esprit d’une église mère avec un prêtre père prenant soin de leurs enfants.
L’Église s’est engagée dans ces services et les a organisés depuis les temps les plus reculés ; elle le fait encore aujourd’hui et continuera de le faire, si Dieu le veut.
Seuls les pays communistes ont restreint l’Église dans son service, ce qu’ils ont fait en la réduisant au seul rôle de la prière, tout en conservant tout entre les mains de l’État, car l’État ne veut pas qu’il y ait le moindre lien entre les croyants et Dieu.
La pensée communiste n’admet pas que le nécessiteux reçoive de la maison de Dieu, car s’il le fait, il se souviendra de Dieu et des hommes de Dieu, et il conservera sa foi.
Ils ne veulent pas qu’un croyant rende grâce à Dieu pour Sa grâce et pour Ses dons envers lui. Ils veulent que toute action de grâce soit adressée à l’État seul ; ainsi Dieu disparaît et ne concurrence pas l’État.
Notre intention ici était de mettre en garde contre de telles pensées, de peur qu’elles ne se glissent involontairement dans quelques écrits, ou qu’elles ne soient citées ou admirées par quiconque n’aurait pas conscience de leur danger.
Nous rendons grâce à Dieu de ce que nous soyons dans un pays où Dieu est reconnu comme étant l’origine de toute bénédiction et de tout don. Nous encourageons donc le peuple à entretenir une relation étroite avec Dieu.
L’Église ne participe jamais à l’action de l’État et ne se mêle jamais de politique, car la politique est l’activité de l’État.
L’œuvre pastorale, en revanche, a un caractère qui lui est tout propre : l’Église assume son œuvre pastorale et prend souci de ses enfants. Elle ne conçoit pas la religion comme de simples croyances et idées, ou comme de simples sermons et prédications, car la religion est, avant tout, amour. L’amour consiste à manifester notre souci de pourvoir nos enfants de tous les biens que nous pouvons leur apporter.
10. Les hymnes chantés sur des airs populaires§
Question
Que penses-tu du fait d’adapter des hymnes sur des airs populaires ?
Réponse
Ceux qui adaptent les paroles des hymnes sur des airs populaires ne se préoccupent que de l’idée abstraite d’ajuster des paroles à une musique, tout en ignorant l’effet de la musique sur l’âme.
La musique peut semer certains sentiments dans l’âme. Une pièce de musique instrumentale, c’est-à-dire sans paroles, est capable de rendre une personne heureuse ou triste. Elle peut la stimuler ou l’exciter, ou éveiller en elle quelque désir. Nous ne devons pas oublier l’effet puissant que la musique peut exercer sur l’âme.
Un hymne est un chant spirituel, et sa musique doit être spirituelle, et sa mélodie sacrée.
Il ne nous convient pas de le mêler à un quelconque autre air qui risquerait d’éveiller des sentiments différents des sentiments saints et spirituels que l’hymne a pour but d’éveiller.
Il est également probable que le chanteur se remémore la chanson populaire et ses paroles, et que son esprit ou son cœur s’égare ou se confonde avec ses émotions. Nous devons nous souvenir, frères et sœurs, des paroles de l’Apôtre : « Quelle communion y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? » (2 Co 6, 14).
11. Comment résister aux pensées§
Question
Comment puis-je résister aux pensées qui, de temps à autre, pèsent lourdement sur moi et tentent de me contraindre à leur céder ?
Réponse
Occupe ton loisir par quelque autre pensée plus forte, afin qu’elle prenne la place de ces pensées-là…
N’attends pas que de telles pensées t’aient complètement épuisé avant d’essayer de leur résister, car il vaut mieux — si tu en es capable — ne leur donner dès l’origine aucune occasion de t’atteindre. Mais comment y parvenir ?
Occupe toujours ton esprit de ce qui est utile, de sorte que si le diable veut monter une attaque contre tes pensées, il trouve ton esprit occupé et ne prêtant aucune attention à ses suggestions, et qu’ainsi il passe son chemin. La lutte contre la pensée devient extrêmement ardue dès lors que Satan est venu auprès d’une personne et a trouvé son esprit grand ouvert et disposé à accueillir ses idées !
Si une pensée mauvaise te survient, remplace-la par quelque autre idée, car ton esprit ne saurait penser à deux sujets en même temps avec la même profondeur. Il est par conséquent nécessaire que la nouvelle pensée, par laquelle tu souhaites anéantir la pensée qui t’assaille, soit assez profonde pour bannir l’autre. Il peut s’agir, par exemple, de réfléchir à un problème délicat, à une difficulté ou à une question de foi, ou à un sujet qui t’intéresse, ou encore de te rappeler quelque chose que tu as oublié.
Une réflexion superficielle ne bannira pas les pensées qui t’assaillent. La seule chose capable de le faire consiste à former d’autres genres de pensées qui puissent pénétrer profondément dans ton esprit ou dans ton cœur, comme de réfléchir à un problème familial important, ou à quelque question obscure et difficile à résoudre, ou à un sujet qui est cher à ton cœur et sur lequel tu te plais à t’attarder.
Une autre solution consiste à chasser la pensée par la lecture.
Mais là encore, il doit s’agir d’une lecture d’une nature suffisamment profonde pour occuper pleinement l’esprit, car une lecture légère laisse le champ libre à l’esprit pour vagabonder, si bien qu’il erre sans frein et demeure distrait par ce qui l’assaille.
Dès lors, supposons qu’une personne soit assaillie par la pensée de la concupiscence. Une lecture spirituelle ordinaire ne lui sera pas aussi profitable que de lire, par exemple, sur la résolution de difficultés dans la Bible, ou sur des controverses doctrinales et leurs réfutations, ou sur un sujet nouveau qu’elle n’a jamais étudié auparavant, ou encore sur un problème scientifique qui requiert de la concentration.
Les pensées importunes peuvent également être chassées par les prières et les métanies.
Car tandis que l’homme ressent de la honte ou de la gêne à nourrir des pensées coupables au moment de s’adresser à Dieu, il puise en même temps du secours dans la prière, à condition, bien entendu, que sa prière soit faite avec ferveur et sentiment, et qu’elle résiste à toute tendance à s’écarter de son objet. La prière accompagnée de métanies est plus puissante encore…
Les pensées assaillantes peuvent aussi être repoussées en s’occupant à un travail manuel.
C’est que cette activité occupe de même les pensées et les détourne de l’assaut subi, tout autant qu’une activité exigeant de l’attention et de la concentration.
Le travail occupe aussi l’homme et le soulage de la guerre livrée contre ses pensées, à l’opposé de l’inaction qui ouvre la voie à un assaut contre son esprit. C’est pourquoi les Pères disaient que si une personne travaille, un seul démon l’assaille, mais que si elle ne travaille pas, elle sera assaillie par plusieurs. Remarque bien comment Dieu a donné à notre premier père Adam un travail à faire lorsqu’il était dans le jardin d’Éden, alors même qu’il n’avait pas besoin de travailler pour subvenir à ses besoins.
Si la pensée peccamineuse n’est pas chassée par tout cela, la meilleure chose est alors pour l’homme de rompre son isolement et de parler à quelqu’un d’autre.
Car il lui sera difficile de parler d’un sujet pendant que sa pensée est occupée par un autre. De fait, toute forme de divertissement, qu’on s’y adonne seul ou en compagnie d’autrui, peut également aider à chasser les pensées tenaces.
L’important est de ne point te laisser demeurer seul avec ces pensées, ni de leur permettre d’être ton unique préoccupation.
Détourner ses pensées, ou les remplacer, ou en distraire l’esprit par quelque activité ou divertissement, par la conversation, la lecture, l’écriture ou la prière, tout cela peut affaiblir l’assaut mené contre l’esprit, le bannir ou te le faire oublier.
Il te faut également reconnaître la cause de la pensée et la traiter.
Par exemple, une pensée de colère ou de vengeance peut te survenir à cause d’un certain sujet au-dedans de toi, qu’il convient de traiter et d’éliminer. En effet, tant que les motifs de la colère demeurent en toi, les pensées qui en découlent continueront de t’assaillir, quelque effort que tu fasses pour les bannir.
Si les pensées proviennent de la lecture d’une chose particulière, ou de l’écoute d’autrui, ou de quelque achoppement des sens, ou d’un problème qui te tourmente, efforce-toi de te prémunir contre tout cela, ou d’y trouver une solution, et taris ainsi la cause originelle de ces idées.
Si la pensée d’orgueil ou de vaine gloire te subjugue, et qu’il existe une raison à cela, tu dois combattre cet orgueil dans ton cœur d’une manière spirituelle. Si tu en triomphes, alors ces pensées te quitteront…
Telle est la méthode que tu dois suivre afin de traiter spirituellement les pensées de tout genre de péché par lequel tu es assailli.
En tout cela, il te faut agir promptement, et ne point user d’indulgence envers toi-même face à de telles pensées.
Si tu chasses promptement la pensée, elle faiblira devant toi. Mais si tu lui laisses le champ libre, elle se fortifiera et tu t’affaibliras en tentant de lui résister. Dès lors, elle pourra même s’associer à d’autres idées et se ramifier davantage, tout comme elle peut aussi passer de l’esprit au cœur, et se muer en désir ou en convoitise.
Garde-toi de la manière dont une curiosité excessive peut te tromper et t’égarer.
Quelqu’un peut s’attacher à une idée ou à une pensée, sous prétexte de vouloir savoir à quoi elle aboutira et dans quelle direction elle mène, par une sorte de curiosité ! Toi-même, tu connais en vérité fort bien l’issue probable de bien des idées, et si tu ne la connais point, tu peux du moins la déduire de leur commencement ! À quoi bon dès lors te montrer si curieux, si cela ne fait que t’égarer ?
Il existe une autre voie, qui consiste à contrer la pensée :
Saint Évagre a établi une méthode pour répudier les pensées au moyen de versets de la Bible. Pour chaque péché qui assaille une personne, il existe un verset que l’on peut lui opposer pour le rejeter et l’apaiser. Lors de la tentation sur la montagne, le Seigneur a repoussé les provocations de Satan par des versets des Écritures.
Il est toutefois des pensées qui exigent d’être promptement repoussées, sans nul débat ni discussion.
Car en discuter peut inviter de telles pensées à s’installer plus durablement et prolonger leur séjour, outre le fait de les inciter à se ramifier.
Ainsi, s’il te vient des pensées qu’il te faut bloquer avec promptitude, ne sois point lent ni hésitant à le faire, n’attends pas de voir où elles pourraient mener, ne négocie point avec elles et n’aie rien de commun avec elles. Car plus tu retiens de telles pensées, plus elles se fortifieront et plus elles te domineront, alors que lorsqu’elles surviennent pour la première fois, elles sont encore faibles et tu peux plus aisément les bannir.
Bannir les pensées réclame sagesse, discernement et secours.
Certaines personnes ont l’expérience nécessaire pour discerner et combattre les pensées importunes et, comme le remarquait saint Paul, nous n’ignorons pas les desseins de Satan. Si quelqu’un manque d’expérience en la matière, qu’il consulte un guide spirituel. D’une manière générale, le secours divin, obtenu par la prière et l’abaissement de soi-même, aide à éliminer de telles pensées.
Le Seigneur a le pouvoir de chasser Satan et toutes ses pensées mauvaises.
12. L’amour des ennemis§
Question
Que voulait dire le Seigneur dans l’Évangile par ces paroles : « Aimez vos ennemis » (Mt 5, 44) ? Comment cela peut-il se faire ?
Réponse
Aimer son ami est une chose ordinaire, que l’on retrouve même chez les païens et les incroyants. Aimer son ennemi, en revanche, est la vertu morale la plus haute et la plus noble que le Seigneur exige de nous. Il veut que nous haïssions le mal, mais non ceux qui le commettent. Nous devons haïr le péché, mais non le pécheur. Les pécheurs ne sont que les victimes de l’incompréhension ou du Diable. Nous devons les aimer et prier pour eux, afin qu’ils cessent d’agir de la sorte.
La manière dont nous devons agir consiste à suivre ces points :
1. Ne porter aucune haine en nos cœurs envers quiconque, quelque tort qu’il nous ait fait. Car nulle haine ne saurait demeurer dans le cœur qui abrite l’amour.
2. Ne point nous réjouir, en aucune façon, de tout malheur qui frapperait celui qui nous a nui, car l’Écriture elle-même nous dit : « L’amour ne se réjouit point de l’injustice… » (1 Co 13, 6). Nous devrions plutôt nous affliger de ce qu’un tort soit survenu à notre ennemi.
3. Nous devons répondre au mal par l’amour et la bonté, et par là même changer les sentiments de celui qui veut nous faire du tort. Comme l’a dit saint Jean Chrysostome : « Il existe un moyen d’être délivré de son ennemi, c’est de le changer en ami. »
4. Répondre à l’hostilité par l’hostilité ne fait que l’attiser, tandis que garder le silence face à l’hostilité la laissera simplement en l’état. Mais répondre à l’hostilité par l’amour la guérit et la fait disparaître.
5. Dès lors, ne dis point de mal de ton ennemi, de peur que l’hostilité de son cœur ne s’accroisse. Au contraire, fais l’inverse. Si tu trouves en lui quelque bien, loue-le pour cela, car cela aidera à changer ses sentiments à ton égard.
6. Si ton ennemi tombe dans la détresse, va à son secours, car l’Écriture dit : « Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire » (Rm 12, 20).
7. L’Écriture dit aussi : « Ne te laisse point vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien » (Rm 12, 21). Si tu affrontes l’hostilité par l’hostilité, le mal t’aura vaincu… Tandis que si tu l’affrontes par l’amour, tu auras alors surmonté le mal par le bien.
13. Le châtiment et le temps de la grâce§
Question
Certains prétendent qu’il ne devrait point y avoir de châtiment dans le christianisme, étant donné que nous vivons désormais sous le régime de la grâce, et que si un châtiment existe, ce sera au ciel et non sur la terre. Est-ce vrai ? Le châtiment est-il incompatible avec l’amour et la grâce de Dieu, tels qu’ils se sont manifestés sur la croix ?
Réponse
La grâce divine ne saurait être en conflit avec la justice divine. La grâce de Dieu ne s’exerce point aux dépens de Sa justice, et n’en est pas non plus amoindrie !
Nous ne devons point nous figurer Dieu comme étant aimant dans le Nouveau Testament et vengeur dans l’Ancien. Dieu est le même hier, aujourd’hui et pour l’éternité… Il était aimant dans l’Ancien Testament, tout en châtiant le péché, et Il est aimant dans le Nouveau Testament, où Il châtie également.
David a dit, au sujet du Dieu qui châtiait dans l’Ancien Testament :
« Il ne nous traite point selon nos péchés, Il ne nous punit point selon nos iniquités. Mais autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant Sa miséricorde est grande pour ceux qui Le craignent ; autant l’orient est éloigné de l’occident, autant Il éloigne de nous nos transgressions » (Ps 103, 10-12).
Dans le Nouveau Testament, l’amour de Dieu s’est manifesté sur la croix, parfaitement uni à Sa justice, « plein d’amour et de fidélité » (Ps 86, 5).
La justice de Dieu et Ses châtiments apparaissent dans l’Écriture, au sein de nombreuses paraboles du Nouveau Testament, et se sont manifestés tout au long de l’histoire.
L’un des exemples les plus frappants de Son châtiment envers les hommes est sans doute l’histoire d’Ananie et de Saphire.
Ils reçurent leur châtiment de Dieu par la bouche de l’apôtre Pierre. Ananie tomba mort pour avoir menti au Saint-Esprit ; et lorsque sa femme, Saphire, s’associa à ce mensonge, Pierre lui dit : « Comment vous êtes-vous accordés pour tenter l’Esprit du Seigneur ? Voici, les pieds de ceux qui ont enseveli ton mari sont à la porte, et ils t’emporteront. » Au même instant, elle tomba à ses pieds et rendit l’esprit. Les jeunes gens, étant entrés, la trouvèrent morte ; ils l’emportèrent et l’ensevelirent auprès de son mari. Une grande crainte s’empara de toute l’Église et de tous ceux qui apprirent ces choses (Ac 5, 9-10).
Le châtiment d’Ananie et de Saphire eut lieu sur la terre. Il ne fut point limité à l’au-delà.
Il en va de même pour le châtiment d’Élymas le magicien : parce qu’il s’opposait à Saul et à Barnabé, Saul, rempli du Saint-Esprit, lui dit : « Ennemi de toute justice… voici que la main du Seigneur est sur toi ; tu seras aveugle, et pour un temps tu ne verras point le soleil. » Aussitôt l’obscurité et les ténèbres tombèrent sur lui, et il cherchait en tâtonnant des personnes pour le guider par la main… (Ac 13, 10-12).
L’un des châtiments célèbres dans le christianisme est celui de l’ostracisme.
Saint Paul a repris les fidèles de Corinthe pour n’avoir point châtié le pécheur qui se trouvait au milieu d’eux, leur disant : « Je vous ai écrit de ne pas avoir de relations avec quelqu’un qui, se nommant frère, est impudique, ou cupide, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur, de ne pas même manger avec un tel homme » (1 Co 5, 11). Et il leur dit encore : « Ôtez le méchant du milieu de vous » (1 Co 5, 13).
L’apôtre qui a le plus parlé de l’amour, saint Jean, a également parlé de ce châtiment de l’ostracisme, en disant : « Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et ne lui dites pas : Salut ! Car celui qui lui dit : Salut ! participe à ses mauvaises œuvres… » (2 Jn 1, 10-11).
L’un des châtiments les plus sévères du Nouveau Testament fut celui du pécheur de Corinthe. Car saint Paul a dit : « Pour moi, absent de corps, mais présent d’esprit, j’ai déjà jugé, comme si j’étais présent, celui qui a commis un tel acte. Au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, vous et mon esprit étant assemblés avec la puissance de notre
Seigneur Jésus-Christ, qu’un tel homme soit livré à Satan pour la destruction de la chair, afin que l’esprit soit sauvé au jour du Seigneur Jésus… » (1 Co 5, 3-5).
Voici donc un autre exemple de châtiment s’exerçant sur la terre.
L’un des châtiments célèbres du christianisme fut également celui par lequel Dieu punit le roi Hérode pour son orgueil.
Lorsque le roi approuva les paroles du peuple qui lui disait : « Voix d’un dieu, et non d’un homme ! » Au même instant, un ange du Seigneur le frappa, parce qu’il n’avait pas donné gloire à Dieu. Et il expira, rongé des vers… (Ac 12, 22-23).
Il y a de nombreux châtiments décrits dans le livre de l’Apocalypse, tels que les châtiments qui frapperont la terre lorsque les sept anges sonneront de la trompette. Jean dit qu’après la trompette du quatrième ange : « Je regardai, et j’entendis un ange qui volait au milieu du ciel, disant d’une voix forte : Malheur, malheur, malheur aux habitants de la terre, à cause des autres sons de trompette des trois anges qui vont sonner ! » (Ap 8, 13). Et bien d’autres châtiments encore sont décrits dans ce livre !
Le Seigneur Jésus-Christ a mentionné le châtiment au début de son sermon sur la montagne,
Il a dit : « Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère sans cause sera passible du jugement ; que celui qui dira à son frère : Raca ! sera passible du sanhédrin » (Mt 5, 22). Il y a donc ici une forme de châtiment qui devait être exécutée sur la terre, différente du châtiment de : « mais celui qui lui dira : Insensé ! sera passible de la géhenne du feu » (Mt 5, 22).
Il y a ensuite le châtiment de l’excommunication, ou de la condamnation éternelle.
Selon saint Paul : « Mais, quand nous-mêmes, quand un ange du ciel annoncerait un autre évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème ! Nous l’avons dit précédemment, et je le dis encore maintenant : si quelqu’un vous annonce un autre évangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! » (Ga 1, 8-9).
J’aimerais toutefois ajouter que le châtiment peut être un signe d’amour. L’Écriture dit : « Car le Seigneur châtie celui qu’il aime » (He 12, 6). Ainsi, le châtiment n’est pas incompatible avec l’amour et ne contredit pas l’œuvre de la grâce céleste, car le châtiment a souvent été la cause pour laquelle des âmes ont repris leurs sens, se sont réveillées et ont préservé leur vie éternelle. C’est là le véritable amour, car si le pécheur était laissé sur la terre sans amour, il finirait probablement dans un état d’indifférence et d’insouciance, et périrait ainsi, ce qui ne s’accorderait point avec l’amour de Dieu pour les pécheurs.
Les règles de l’Église sont remplies de peines destinées aux pécheurs.
Ces règles ont ététablies par l’Esprit de Dieu, par l’intermédiaire des Pères apostoliques, des saints conciles et des grands Pères saints. Elles comportent de nombreuses sanctions et s’inscrivent dans le cadre de la foi du chrétien orthodoxe.
Mais elles ne diffèrent point de l’esprit de l’Écriture, comme je l’ai dit.
Le degré le plus élémentaire des châtiments connus est celui de la réprimande.
Saint Paul a dit à son disciple Tite : « exhorte, et reprends avec une pleine autorité » (Tt 2, 15). Et en vérité, il a dit aussi : « Ceux qui pèchent, reprends-les devant tous… » (1 Tm 5, 20). Quant à quiconque répugne à ce châtiment, l’Écriture lui dit ceci : « Ne reprends pas le moqueur, de peur qu’il ne te haïsse ; reprends le sage, et il t’aimera » (Pr 9, 8).
L’œuvre de la grâce divine n’est pas de flatter ni de gâter, mais d’affermir, de corriger, de purifier et de conduire l’âme à l’amour de Dieu.
Le châtiment peut être utile à cette fin, tandis que gâter l’âme en se montrant indulgent envers elle pourrait bien la ruiner.
L’amour du Seigneur, qui s’est manifesté sur la croix, nous conduit aussi à la croix.
14. Que signifie « pour les Juifs, je suis devenu comme un Juif » ?§
Question
Saint Paul a dit : « Avec les Juifs, j’ai été comme Juif… avec ceux qui sont sous la loi, comme sous la loi, afin de gagner ceux qui sont sous la loi ; avec ceux qui sont sans loi, comme sans loi (quoique je ne sois point sans la loi de Dieu, étant sous la loi de Christ), afin de gagner ceux qui sont sans loi » (1 Co 9, 20-21). Que signifient ces paroles ?
Réponse
L’Apôtre parlait de la prédication et du soin apporté à la transmission du message de l’Évangile. Il dit : le Juif croit en la Loi et aux Prophètes. Afin de le convaincre du message du Christ, je lui parle comme un Juif, de la Loi et des Prophètes, et de tout ce qui, en eux, a trait au Christ. Mais lorsqu’il s’agit du Grec, et de ceux qui lui ressemblent, qui n’ont point de loi et ne croient ni à l’Écriture ni aux Prophètes, à moins que je ne leur parle selon leur propre manière, en des termes qu’ils comprendront, et que je ne les attire à la foi par la philosophie, je ne les gagnerai point au Christ.
De même, si je devais leur parler des Prophètes, je ne pourrais pas davantage les gagner au Christ.
Cependant, l’expression : « Avec les Juifs, j’ai été comme Juif », ne signifie point agir comme un Juif, car saint Paul combattit la judaïsation de toutes ses forces.
Certains Juifs qui avaient embrassé le christianisme voulurent y introduire quelques-unes des croyances et pratiques juives, telles que la circoncision, l’observance du sabbat, des fêtes et du calendrier lunaire, ainsi que tout ce qui s’y rattachait quant aux aliments et boissons licites ou illicites, avec le reste des préceptes juifs concernant la pureté et la souillure. Ce mouvement fut connu sous le nom de judaïsation.
Saint Paul, dans ses attaques contre les Juifs, déclara : « Que nul donc ne vous juge sur le manger ou le boire, ou au sujet d’une fête, d’une nouvelle lune, ou des sabbats : c’était l’ombre des choses à venir, mais le corps est en Christ » (Col 2, 16-17).
Les mots « sur le manger ou le boire » ne désignent point ici le jeûne, mais se rapportent à la pureté ou à l’impureté des aliments, selon les nourritures permises ou défendues dans le judaïsme, lesquelles n’avaient plus cours sous le christianisme.
Saint Paul prêcha parmi les Juifs, tout comme il le fit parmi les païens. Dans son discours à Rome, il s’adressa d’abord aux Juifs. Lorsqu’ils le rejetèrent et se divisèrent, il se tourna alors vers les païens (Ac 28, 17-29).
Afin de gagner les Juifs, il parla dans le Temple et dans les synagogues juives, et s’efforça de les convaincre de ce qui était dit du Christ dans la Loi et les Prophètes.
15. Comment faire face aux problèmes§
Question
Comment faire face aux problèmes ?
Réponse
Tout être humain en ce monde affronte des problèmes dans sa vie. La manière dont les hommes font face à ces problèmes, y réagissent ou s’en laissent affecter, varie. Cela dépend de la personnalité et de la disposition d’esprit de chaque individu, ainsi que de son expérience… Il est des êtres qui sont simplement broyés par leurs problèmes, tandis que d’autres en triomphent. Il y a aussi de bonnes et de mauvaises manières de les aborder. J’essaierai d’examiner les deux sortes :
1. La fuite devant les problèmes :
La voie de la fuite fut celle que suivirent nos premiers parents Adam et Ève lorsqu’ils tombèrent dans le péché. L’Écriture dit : « ils se cachèrent loin de la présence du Seigneur Dieu au milieu des arbres du jardin » (Gn 3, 8).
Cette fuite, toutefois, ne résolut point le problème ; ils eurent encore à y faire face.
Une autre manière dont les hommes réagissent à leurs problèmes réside dans :
2. L’affliction et les larmes :
La manière dont un enfant affronte une difficulté est de pleurer.
Ce comportement enfantin demeure cependant chez certaines personnes, même devenues adultes, et c’est fréquemment le cas des femmes, qui manifestent alors une tendance à affronter toute difficulté par l’affliction et les pleurs, sans tenter de trouver la moindre solution pratique.
Tel fut le cas de sainte Anne lorsque Dieu eut fermé son sein, de sorte que lorsque sa rivale Pennina la provoquait, Anne « ne mangeait point » (1 S 1, 7). Pourtant, son abattement, ses larmes et son refus de manger ne résolurent point son problème, jusqu’à ce qu’enfin elle se réfugiât auprès de Dieu.
Ce qui advint à sainte Anne advint aussi à un roi d’importance tel qu’Achab.
Lorsque Naboth de Jezraël refusa de lui céder sa vigne, l’Écriture dit : « Achab rentra chez lui, triste et irrité » (1 R 21, 4). Toutefois, cet abattement ne résolut point le problème d’Achab, mais conduisit plutôt à une issue dans laquelle sa femme, la reine Jézabel, intervint pour lui offrir une manière pratique d’y faire face — laquelle était mauvaise —, comme nous le verrons… Bien des épouses ont recours à l’affliction et aux larmes pour tenter de résoudre leurs problèmes.
Par exemple, un époux peut rentrer chez lui et trouver sa femme tout éplorée, peut-être pour quelque motif futile ; il tente alors de résoudre le problème, mais elle se met à pleurer pour une autre raison, puis pour une troisième. Ainsi, les pleurs deviennent sa ligne de conduite immuable face à tout ce qui s’oppose à ses désirs. Aux larmes s’ajoutent ses plaintes, son abattement, et le fait de transformer chaque chose en drame. Tout cela porte le mari au désespoir devant une telle situation domestique, et lui donne le désir de fuir cette maison empreinte de tant de morosité. Ainsi la femme lui cause-t-elle du tort, tout comme à elle-même, et tout cela sans parvenir au moindre résultat fécond !
3. La pression et l’insistance :
Une personne peut concevoir un désir qu’elle souhaite assouvir par n’importe quel moyen, mais se heurte à l’opposition de son père, de sa mère ou de son supérieur ; elle ne cesse alors d’insister pour obtenir ce qu’elle veut et d’exercer sur eux une pression dont elle s’imagine qu’elle finira par arracher leur consentement.
Dalila usa de ce genre d’insistance auprès de Samson, jusqu’à ce qu’il lui découvrît son secret ! Elle ne cessait de lui demander de révéler son secret, et chaque fois il lui échappait en ne lui disant point la vérité. Mais elle persévéra à le presser, puis lui fit des reproches en disant : « Comment peux-tu dire : « Je t’aime », quand ton cœur n’est point avec moi ? Voici trois fois que tu t’es joué de moi, et tu ne m’as pas fait savoir d’où vient ta grande force.” Et comme elle le tourmentait chaque jour par ses discours et le pressait, son âme en fut attristée jusqu’à la mort, et il lui ouvrit tout son cœur… » (Jg 16, 15-17).
Ce genre de harcèlement ou d’insistance peut conduire quelqu’un à donner son consentement à contrecœur, sans le vouloir véritablement.
Ce qui est surprenant, pourtant, c’est que celui qui nourrit ce désir se réjouit de ce consentement, sans se soucier de savoir si celui qui a donné cet accord l’approuve réellement au fond de son cœur, ou s’il éprouve de l’amertume d’avoir dû le donner. Les Israélites pressèrent Dieu de leur établir un roi, bien qu’Il ne fût point favorable à ce désir et qu’Il le considérât comme un rejet de Lui-même (1 S 8, 7). Néanmoins, Il céda à leur insistance et leur donna un roi, contre Sa propre volonté. Ce roi fut Saül, et « l’Esprit du Seigneur se retira de Saül » (1 S 16, 14).
La femme de Putiphar tenta de contraindre le juste Joseph à s’unir à elle, mais il s’enfuit loin d’elle (Gn 39, 10) ; et, par suite de cette tentative de séduction, Joseph dut endurer l’exil et des années de prison. Cela valut également à cette femme une détestable réputation pour des générations. Voilà bien un cas où l’insistance entraîna une issue des plus malheureuses !
Les Juifs pressèrent Pilate de crucifier le Christ.
Bien qu’il eût tenté par tous les moyens d’échapper à leurs instances, ils ne firent qu’exercer sur lui une pression plus forte encore. Il leur déclara qu’il ne trouvait aucun grief en Jésus, qu’il reconnaissait en Lui un homme juste et qu’il ne voyait aucune raison de Le crucifier. Pilate leur demanda également s’ils voulaient vraiment qu’il crucifiât leur roi ? !
À quoi ils répondirent : « Nous n’avons de roi que César ». Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l’eau et se lava les mains en présence de la foule, disant : « Je suis innocent du sang de ce Juste… À vous de voir ! » Et tout le peuple répondit : « Que Son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » (Mt 27, 24-25). Ainsi, le résultat de leur insistance fut que le gouverneur leur céda et ordonna que le Christ fût crucifié ! T’imagines-tu qu’ils aient tiré le moindre profit de leur insistance ? !
Certains recourent à la violence comme à une issue pour sortir de leurs difficultés.
4. La violence :
Le prophète David connut un différend avec Nabal de Carmel, lorsque ce dernier refusa de donner des vivres aux troupes de David. David résolut alors de régler le problème par la force. Il ceignit son épée et ordonna à ses hommes d’en faire autant. Puis il menaça de ne laisser en vie jusqu’au matin pas un seul mâle de tout ce qui appartenait à Nabal (1 S 25, 13.22).
La méthode de David était-elle juste ? ! Non, nullement. Abigaïl, la femme de Nabal, l’en reprit, pour avoir résolu de verser le sang et de se venger de sa propre main. Et David la remercia de lui avoir donné ce sage conseil (1 S 25, 33).
L’une des conséquences de l’usage de la force par David fut que le Seigneur ne lui permit point de bâtir le Temple, lui disant : « Mais Dieu m’a dit : « Tu ne bâtiras point de maison à Mon nom, car tu as été un homme de guerre et tu as versé le sang » » (1 Ch 28, 3).
Lorsque Moïse usa de violence pour régler un conflit entre un Égyptien et un Hébreu, en tuant l’Égyptien (Ex 2, 12), Dieu ne l’employa point pendant un temps, mais lui fit passer quarante années à paître des brebis jusqu’à ce qu’il eût appris la douceur, et que l’on pût dire de lui : « Or, Moïse était un homme fort humble, plus que tout homme qui fût sur la face de la terre » (Nb 12, 3). Ce ne fut qu’après que Moïse eut acquis ce dernier trait de caractère que Dieu se servit de lui pour prendre soin de Son peuple.
Pierre eut tort lorsqu’il tira son épée et coupa l’oreille du serviteur du souverain sacrificateur. Confronté au problème de l’arrestation de son Maître, Pierre songea à le résoudre par la violence, mais le Seigneur le reprit en disant : « Remets ton épée à sa place… car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée » (Mt 26, 52).
Un père peut aussi tomber dans la faute de la violence lorsqu’il exerce son autorité avec brutalité au foyer, bat sa femme ou ses enfants et leur cause du tort. Cela peut également valoir pour le prêtre qui use de l’autorité qu’il détient pour excommunier ou frapper d’interdit, en une circonstance inappropriée.
5. Ruse et astuce :
Rébecca usa de ce moyen afin que son fils bien-aimé, Jacob, pût recevoir la bénédiction de son père Isaac.
Elle revêtit Jacob d’une peau de chevreau afin que son corps parût velu, semblable à celui de son frère Ésaü (Gn 27). Isaac, ne s’apercevant point de la ruse, accorda sa bénédiction à Jacob. Mais penses-tu que Jacob ait tiré profit d’avoir ainsi trompé son père ? — Non, certes, bien au contraire ; car il vécut comme un fugitif, dans la crainte de son frère Ésaü, et devint plus tard lui-même victime de tromperie, lorsque son oncle Laban lui fit épouser Léa au lieu de Rachel (Gn 29, 25), et modifia en outre son salaire à dix reprises (Gn 31, 41).
Jacob fut également trompé par ses fils, lorsqu’ils lui annoncèrent que Joseph avait été tué par une bête féroce (Gn 37, 33). Et finalement, Jacob résuma le cours de sa vie en disant : « Les jours des années de mon pèlerinage ont été courts et mauvais… » (Gn 47, 9).
Jézabel recourut à la ruse afin d’acquérir la vigne de Naboth le Jizréélite. Elle trama une accusation perfide contre Naboth, fit proclamer qu’il avait blasphémé contre Dieu, puis suscita de faux témoins pour en déposer. Naboth fut donc mené hors de la ville et lapidé, et Achab hérita ainsi de la vigne de Naboth. Il semblait que la ruse eût apporté une solution au problème, mais Dieu adressa Sa parole au prophète Élie, pour dire à Achab : « As-tu assassiné et prends-tu aussi possession ? Et tu lui parleras, disant : « Ainsi parle le Seigneur : ‘Au lieu même où les chiens ont lapé le sang de Naboth, les chiens laperont aussi ton sang, le tien propre.’ » » (1 R 21, 17-19). Tel fut aussi le sort de Jézabel, la femme d’Achab (2 R 9, 36).
La ruse — tout comme la violence — peut conduire à un prompt résultat et sembler apporter une solution à un problème donné, mais elle ne vient point de Dieu.
Dieu peut permettre l’échec de tels desseins pernicieux, de même qu’Il réduisit à néant le conseil d’Achitophel, de sorte qu’il ne pût nuire à David (2 S 17, 23). David fut ainsi sauvé, mais Achitophel se pendit de douleur en voyant que son conseil avait échoué.
6. Commettre un crime résout-il le problème ?
Certains recourent au crime afin de résoudre leurs problèmes ou d’atteindre leurs desseins. C’est ce que fit Caïn, le premier meurtrier sur la terre. Quel en fut le résultat ? Il en résulta qu’il vécut le reste de ses jours dans la crainte et la terreur, errant et fugitif sur la terre, redoutant que quiconque le trouvât ne le tuât (Gn 4, 14).
Absalom eut également recours au crime lorsqu’il mit le feu au champ de Joab afin de rencontrer le roi (2 S 14, 30).
7. L’arme de la trahison :
Certains recourent à « l’arme de la trahison » pour parvenir à leurs fins. Absalom trahit son père David afin de tenter de s’emparer du pouvoir, mais sa traîtrise ne le mena qu’à sa propre mort (2 S 18, 15). De même, lorsque Judas recourut à la trahison, il n’en retira aucun avantage, mais finit par aller se pendre (Mt 27, 5).
Bien que la trahison ait procuré une certaine satisfaction à quelques-uns, ou qu’elle ait atteint leur but — le plus souvent quelque chose de bien vil ou de méprisable —, tous n’en ont pas moins échoué et ont fini par se mépriser eux-mêmes.
Si l’homme peut parfois supporter le mépris d’autrui à son égard, il est rarement capable de supporter le dégoût de lui-même ! Lorsque la réalité de son être intérieur se dévoile au traître, il la méprise et elle lui devient insupportable.
Pourtant, en dépit de tout cela, l’arme de la trahison subsiste encore. Qu’il est aisé pour le traître d’atteindre son but en trompant ses proches ou ses bienfaiteurs, ou en trahissant un ami s’il voit en lui un rival… et pourtant, cela ne mène à rien.
8. Tenter de résoudre les problèmes par l’agitation nerveuse :
Suppose qu’un homme d’un tempérament nerveux se heurte à un problème et cherche comment le résoudre. Il pourrait tenter d’affronter la chose par des cris, en faisant grand bruit, en s’emportant ou en s’irritant, par des imprécations, des menaces ou des promesses, en usant d’une voix perçante et forte ainsi que d’un ton dur. Mais rien de tout cela ne saurait résoudre son problème.
Entrer dans un état d’agitation nerveuse est un moyen insatisfaisant.
Cela révèle un manque de stratégie, une incapacité à convaincre ou à discuter avec autrui, et une tentative de masquer cet échec par un déploiement extérieur de force, lequel témoigne d’une impuissance intérieure. Ce peut être aussi une manière d’essayer d’inspirer de la crainte à l’autre partie, ou de s’en débarrasser par ce procédé. Ce n’est toutefois point là une méthode spirituelle, ni une conduite socialement honorable, et la difficulté demeure néanmoins tout entière…
Cela peut occasionner à celui qui agit de la sorte divers troubles de santé, tels que l’hypertension artérielle, la tension nerveuse, les ulcères gastriques, le diabète, etc., ainsi que d’autres difficultés psychologiques ; cela peut en outre susciter de nombreuses complications dans les relations sociales, tandis que l’homme s’efforce de réparer les suites néfastes de sa colère et ses effets sur autrui, sans trouver pourtant de solution.
9. Le recours aux drogues et aux moyens semblables :
Un autre genre d’homme, lorsqu’il se trouve confronté à un problème qu’il ne paraît point pouvoir résoudre, en vient à recourir aux drogues, aux diverses sortes de tranquillisants, de sédatifs et de somnifères, tels le Valium, le Librium, etc. À cette catégorie de personnes, nous pouvons ajouter également ceux qui s’imaginent pouvoir résoudre leurs difficultés par l’alcool et l’ivresse, par le tabac ou par l’usage de barbituriques ou de drogues illicites.
Nul ne saurait résoudre ses problèmes par ces sortes de drogues ni par le tabac. L’homme ne cherche alors qu’à faire diversion, ce qui ne constitue nullement une solution à son problème, mais bien plutôt une fuite devant lui. Et le problème demeure toujours là…
Le recours à de telles substances est un aveu de défaite face à la difficulté, une impuissance à la supporter et un échec à la résoudre. Et puisqu’il ne produit aucun résultat positif, celui qui s’adonne aux drogues retrouve son problème exactement dans le même état sitôt que leurs effets se dissipent. Il peut alors tenter d’en accroître la dose, ce qui ne porte pas davantage de fruit ; il finit ainsi dans l’épuisement nerveux et le désespoir, jusqu’à ce qu’il s’applique enfin à chercher une solution pratique et salutaire.
D’aucuns peuvent tenter de résoudre leurs problèmes par une autre voie, qui est :
10. La rupture des amitiés et les querelles :
Lorsqu’un tel homme voit faillir ses relations sociales, il recourt à la rupture de ses amitiés et suscite des querelles, se portant à l’inimitié et semant la division. C’est là ce qui advint à Jéroboam lorsqu’il ne put parvenir à une entente avec Roboam. Les dix tribus firent scission et s’érigèrent en royaumes indépendants (1 R 12). Cette division dura de nombreux siècles, et loin d’être une solution au problème, elle ne fit qu’aggraver la situation. La même chose se produisit entre les Juifs et les habitants de la Samarie, ainsi qu’entre les Juifs et les nations… et Jésus-Christ est venu guérir ce problème demeuré sans issue et rétablir la concorde entre les deux peuples.
Mais qu’en est-il de toi ? Recours-tu à une telle voie ?
11. L’affrontement de la difficulté par le mensonge :
Combien d’hommes, lorsqu’ils font face à un problème, s’efforcent de le résoudre par le mensonge ou en forgeant des fables contraires à la vérité ! Ils s’imaginent que le mensonge dissimulera le problème ! Puis, lorsque l’affaire est découverte, ils couvrent ce mensonge d’un autre, et ainsi de suite… Le mensonge engendre un climat de défiance, et le problème n’en devient que plus inextricable.
Une autre manière dévoyée d’aborder les problèmes consiste en :
12. L’obstination et la rigidité d’esprit :
Un tel homme, devant la difficulté, s’entête dans son opinion et son point de vue, sans nul égard pour les suites funestes et désastreuses qui pourraient en découler ; cela peut transformer la situation en une impasse irréductible et la rendre plus complexe encore.
Tout cela procède d’un orgueil secret et d’une présomption excessive en soi-même. L’obstination ne parvient jamais à une issue favorable, car elle prétend faire violence à la partie adverse ; et si celle-ci ne fléchit point, le heurt devient inévitable.
Le moyen d’y remédier est de chercher à parvenir à une entente mutuelle et de renoncer à toute attitude erronée et inflexible.
Il existe toutefois une conduite tout opposée à l’obstination, et non moins pernicieuse, qui est :
13. La crainte et la soumission :
Certaines personnes, lorsqu’elles sont acculées et éprouvent une insuffisance intérieure, se résignent à leur état particulier et subissent passivement tout ce qui leur advient. Mais ce n’est point là résoudre le problème : ce n’est que capituler devant lui.
Si toutes ces manières d’affronter les problèmes sont erronées, quelles sont donc les voies droites ?
Les voies droites pour traiter les problèmes sont :
A. En premier lieu, efforce-toi de résoudre le problème avec sagesse et intelligence :
Non point par l’emportement des nerfs, ni par obstination, ni en te rendant malade d’angoisse. Fais-le par la sagesse et, selon la parole de l’Écriture, avec la « douceur de la sagesse » (Jc 3, 13). Il est dit dans l’Ecclésiaste : « Le sage a ses yeux à la tête, mais l’insensé marche dans les ténèbres » (Qo 2, 14).
Et au cas où certains viendraient à objecter que tous ne sont point sages et que tous ne possèdent point ce don, la réponse est la suivante :
B. Demande conseil et prends l’avis de ceux qui sont sages et éprouvés par l’expérience :
Là où l’homme ne saurait se suffire de son propre jugement, de son savoir ou de son expérience, il peut y suppléer par l’avis de ses aînés.
Une autre méthode féconde pour résoudre les problèmes est :
La prière et le jeûne :
Ce que l’homme est impuissant à dénouer, Dieu le résout avec une souveraine facilité. Et la prière comme le jeûne sont deux voies pour faire entrer Dieu au cœur de ses propres épreuves.
L’Écriture sainte abonde en récits où Dieu résout les difficultés, et où triomphent le jeûne et la prière. La reine Esther et son peuple y eurent recours, de même que les habitants de Ninive. Pareillement, le prophète David chercha son refuge dans ses psaumes et ses jeûnes, ainsi que Néhémie, qui déclara : « Lorsque j’entendis ces paroles, je m’assis, je pleurai, et je fus plusieurs jours dans le deuil ; jeûnais et je priais devant le Dieu des cieux » (Ne 1, 4).
À vrai dire, cependant, nous devrions placer la prière au premier rang de nos moyens, avant la sagesse et la recherche de conseil, ou la combinaison des deux réunies. Car la Bible nous enseigne avant tout à prier, tout comme elle nous dit d’être sages et de demander conseil.
Mais il est encore un autre point important, à savoir :
La nécessité d’être patient et de laisser au problème le temps de se résoudre :
Cela implique d’attendre patiemment que Dieu dispose la solution du problème, au moment qu’Il juge convenable. Car quiconque n’attend pas avec patience finira dans un état d’anxiété constante et d’épuisement nerveux. De plus, en toutes ces choses, pour qu’un problème soit résolu, un autre facteur encore est requis, à savoir :
E. Le calme :
Cela est nécessaire, parce que nul ne peut résoudre ses problèmes lorsqu’il est troublé.
Des nerfs calmes et paisibles ouvrent la voie à une juste réflexion, tandis qu’un état de trouble épuise l’âme et paralyse la pensée, de sorte que l’on ne sait que faire.
Il reste ensuite à résoudre le problème par une action efficace et positive ; cela ne saurait s’accomplir par de simples vœux pieux.
16. Agir avec promptitude ou prendre son temps§
Question
Qu’est-il préférable de faire : agir avec promptitude, ce qui dénote la résolution, la fermeté et la capacité de trancher, ou bien prendre son temps et délibérer avec calme, avec tout ce que cela comporte de sang-froid, de stabilité et de patience ?
Réponse
Il est des cas où il est juste et nécessaire d’agir avec promptitude, et d’autres, réclamant délibération et patience, où agir avec hâte s’avérerait préjudiciable…
Prends le châtiment, par exemple : lorsqu’il est infligé trop promptement, aucune place n’est laissée à l’enquête, à la justice ou à un examen minutieux, ni à l’évaluation de la gravité de la faute ou du degré de responsabilité. Ainsi, agir avec hâte en matière de punition constitue une erreur, car la chose requiert réflexion.
D’autre part, la lenteur et le retard apporté à l’exécution du châtiment laissent au coupable un répit, de sorte qu’il persiste dans le mal, ce qui entraîne des conséquences plus fâcheuses encore, en incitant autrui à l’imiter sous l’impression qu’il n’existe aucun contrôle ni aucune retenue. En pareil cas, il devient nécessaire d’exécuter le châtiment plus promptement.
Dans un cas comme dans l’autre, la sagesse et l’appréciation des circonstances s’avèrent donc indispensables.
Il apparaît également qu’une enquête approfondie est nécessaire et que, même lorsqu’une prompte sanction s’impose, elle doit être accompagnée d’une justice suffisante, et l’on doit donner à la personne à punir la possibilité d’expliquer sa situation et de répondre aux accusations portées contre elle.
Il est toutefois d’autres situations qu’il convient de traiter avec promptitude, telle la repentance.
Lorsque le fils prodigue prit conscience de sa détresse, il dit : « Je me lèverai et j’irai vers mon père… » (Lc 15, 18), et il se leva aussitôt pour retourner vers son père. En matière de repentance, il ne saurait y avoir ni retard ni atermoiement. Lorsque les cinq jeunes filles insensées revinrent, il était trop tard : elles trouvèrent la porte fermée devant elles, et leur occasion fut perdue.
Il est des situations engageant autrui qui, si l’on tarde trop sous prétexte de mûre réflexion et d’examen minutieux, seront irrémédiablement consommées lorsque l’on interviendra.
Prends un malade, par exemple : si tu le prends à temps et le soignes promptement, il pourra être guéri. Mais si tu tardes, sous prétexte d’effectuer davantage d’examens, son état risque de devenir désespéré. Tu dois faire les examens nécessaires, mais fais-les promptement.
Que de fois s’est-il trouvé des malfaiteurs que nous avons trop tardé à réprimer, de sorte que leur méfait est devenu une habitude courante et s’est propagé ! Et que de situations ont abouti à des conséquences aussi graves que l’apostasie de quelqu’un, uniquement parce que nous avons trop tardé à les traiter !
Certains problèmes familiaux et certains problèmes financiers exigent une action prompte.
Il est des situations qui ont abouti au divorce, alors qu’il eût été possible de les prévenir si des mesures avaient été prises dès le début, avant qu’elles ne dégénèrent en conflits et ne s’enveniment, avant qu’elles n’atteignent une impasse ou la haine, pour finir devant les tribunaux et les audiences…
L’accomplissement des devoirs exige souvent de la promptitude.
Suppose que tu sois lent à présenter tes condoléances ou tes félicitations, à visiter les malades ou à répondre lors d’occasions importantes : ces atermoiements pourraient altérer les sentiments de l’autre à ton égard, de sorte qu’il s’imaginera que tu ne te soucies point de lui, ce qui affectera votre relation de part et d’autre.
Si tu tardes également à te réconcilier avec lui, tu pourrais bien découvrir par la suite que tu ne figures plus sur la liste de ses amis !
Cela ne signifie point toutefois qu’une action prompte soit ce qu’il y a de mieux en toute circonstance et pour quiconque…
C’est une condition nécessaire, lorsqu’il s’agit d’exécuter promptement une chose, qu’elle ne soit pas faite sans préparation ou de manière improvisée, ni comme une simple réaction. Il ne doit pas non plus y avoir de risque d’erreur, ni de besoin d’un réexamen ultérieur. Car si tel était le cas, il y aurait lieu de ralentir et de ne point agir avec tant de précipitation.
Plus importants encore que le facteur de la rapidité sont ceux de l’habileté et de l’utilité ; car si la rapidité s’allie à une exécution habile, la perfection est alors atteinte.
Ce que l’on entend par rapidité n’est point la témérité ni l’impétuosité. Ce n’est point une perte d’équilibre, ni une conduite sans réflexion ou sans étude préalable, ce qui serait non seulement erroné, mais causerait également d’immenses ravages.
De là devient manifeste l’importance de la réflexion et du calme pour aboutir à la juste décision.
Examiner une affaire ou y réfléchir ne relève point d’une incapacité à prendre une décision, ni d’une impuissance à trancher pour régler les litiges, mais plutôt d’un effort pour imprégner toute chose d’une sage conduite. Une pensée calme est plus salutaire, et une attitude paisible constitue une approche plus fructueuse pour traiter une difficulté. Les mesures prises dans le calme sont plus durables et moins sujettes à l’ébranlement…
Le scalpel du chirurgien, malgré toute sa promptitude, n’est pas toujours la solution idéale.
Entre l’action prompte et la lenteur, il existe toutefois un juste milieu préférable.
Une action rapide sera blâmée à moins d’être étayée par une étude et une recherche préalables. Et prendre son temps pour une chose ne signifie pas simplement la différer… cela aussi doit être le fruit de la délibération…
La patience est une vertu si elle aboutit à un résultat salutaire ; mais si je ne l’exerce pas à propos, les qualités plus appropriées d’un autre prendront le dessus !
Agir avec lenteur n’est pas toujours le fait d’un naturel doux ou pacifique ; cela peut parfois relever de la négligence, de l’indifférence ou de la sottise.
Sois donc sage dans ta conduite, et ne verse dans aucun des deux extrêmes. La voie moyenne a sauvé bien des hommes, et la meilleure voie, comme on dit, est souvent une position intermédiaire entre deux extrêmes opposés, entre l’excès et le défaut.
Accorde à chaque activité le temps qui lui convient, et traite chaque affaire d’une manière qui la mène au succès, par une action prompte ou par une calme délibération, selon ce qui est nécessaire.
17. En secret ou en public§
Question
Vaut-il mieux reprendre les personnes en public ou en particulier si elles sont tombées dans une erreur doctrinale ou théologique ? Et de même, vaut-il mieux qu’une sanction soit infligée en particulier ou en public si quelqu’un a commis un acte passible de châtiment ?
Réponse
Le péché commis en public, punis-le en public. Et l’erreur théologique qui est ouvertement diffusée en public doit être réfutée publiquement.
Et inversement, les fautes commises en particulier, ou les erreurs théologiques dans lesquelles une personne tombe à l’insu de tous, peuvent toutes être traitées ou sanctionnées en secret, parce qu’elles ne se sont pas répandues dans la société.
Mais quelle sagesse y a-t-il en tout cela ? Pourquoi punir en public, et pourquoi corriger en public ?
C’est parce qu’une chose accomplie publiquement a un retentissement sur autrui, ou risque d’être pour lui une occasion de chute… Il nous faut donc prendre en compte ces autres personnes.
Car le châtiment public ne circonscrit point la faute au seul coupable, mais il s’étend au-delà de lui pour exercer une influence sur les autres, qui auraient pu imiter l’acte de cet homme, ou n’y point voir de gravité, ou le traiter avec légèreté s’il avait été laissé sans châtiment ni blâme. Saint Paul disait à ce propos à son disciple l’évêque Timothée :
« Ceux qui pèchent, reprends-les devant tous, afin que les autres aussi éprouvent de la crainte. » (1 Tm 5, 20).
S’il arrive, par exemple, que des personnes causent du désordre ou du tumulte dans l’église, elles doivent être réprimandées devant tous, comme le dit l’Apôtre, en raison de la pierre d’achoppement que cela pourrait constituer pour autrui, afin qu’on ne soit pas tenté d’agir de même et que l’assemblée en tire instruction. Cette situation diffère de la faute personnelle ignorée de tous, à laquelle notre Seigneur faisait référence lorsqu’Il disait :
« Si ton frère a péché contre toi, va et reprends-le entre toi et lui seul. » (Mt 18, 15).
Quant à l’erreur commune, j’entends par là une faute largement répandue, elle doit aussi être châtiée devant tout le monde. Nombreux sont les exemples de ce genre de châtiment public par lequel Dieu a corrigé Son peuple, ou que les prophètes et les apôtres ont infligé aux coupables.
Et selon cette même logique, nous pouvons parler de l’enseignement erroné ; car garder le silence au sujet d’un enseignement hétérodoxe ou inexact, en particulier s’il se propage, peut amener certaines personnes à y croire, faute d’avoir trouvé le moyen de le réfuter.
Cela pourrait également troubler les fidèles à l’égard de l’Église, et les amener à se demander comment elle, l’Église, peut garder le silence face à un enseignement incorrect qui gagne du terrain, que ce soit par des livres, des revues ou des journaux !
Ils estimeraient alors que l’Église a failli à sa mission d’enseignement. L’histoire nous offre une succession ininterrompue d’exemples illustrant la position adoptée par l’Église face aux erreurs théologiques.
L’Église convoquait des conciles locaux et des conciles œcuméniques pour combattre les erreurs théologiques, et cela se faisait publiquement, au vu et au su de tous.
Dès lors que des erreurs doctrinales et théologiques s’enhardissent et revêtent une forme ouvertement publique, sans nul égard pour le moindre contrôle ou la moindre censure ecclésiale, il devient nécessaire de les réfuter publiquement, afin de sauver ceux qui se sont laissé séduire par ces idées, et de réfréner également les auteurs de ces pensées, en les empêchant de commettre de nouvelles erreurs — ce qui ne manquerait pas d’arriver s’ils constataient que l’Église ignore ou tait les erreurs ainsi propagées.
L’Église reçoit en outre de nombreuses plaintes contre toute idée hétérodoxe ou étrange qui se diffuse, et ceux qui formulent ces plaintes attendent une réponse.
L’Église ne saurait garder le silence lorsqu’elle voit la pierre d’achoppement dressée là, devant elle, ni se désintéresser des plaintes du peuple, surtout si elles se répètent et se multiplient. Car l’Église se trouve alors devant un devoir qu’elle est tenue d’accomplir…
En tant qu’individus, il se peut que nous devions renoncer à notre droit personnel de riposter ou de répondre lorsque des personnes nous blessent à titre individuel ; mais lorsqu’il s’agit d’accomplir notre devoir d’enseigner ou de préserver la foi, nous ne saurions assurément céder ni laisser aucun abus passer sans contestation.
Saint Paul réprimanda publiquement saint Pierre lorsque ce dernier était dans l’erreur, et bien plus encore, il lui résista en face (Ga 2, 11).
Et ce, bien que Pierre, l’une des colonnes de l’Église, à qui l’on avait donné la main d’association (Ga 2, 9), fût un apôtre plus ancien que Paul. Pierre était aussi l’un de ceux auxquels Paul avait exposé son Évangile (j’entends par là la prédication qu’il portait aux gentils) (Ga 2, 2). Mais lorsque Paul vit Pierre et ceux qui l’accompagnaient agir mal — « les autres Juifs usèrent aussi de dissimulation avec lui, en sorte que Barnabé même fut entraîné par leur hypocrisie » (Ga 2, 13) —, Paul déclara : « Voyant qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Pierre en présence de tous : Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens et non des Juifs, pourquoi forces-tu les païens à judaïser ? Nous, nous sommes Juifs de naissance, et non pécheurs d’entre les païens… » (Ga 2, 14-15).
En matière de foi, l’Église ne tend point l’autre joue comme la Bible nous commande de le faire ; c’est-à-dire qu’elle ne sacrifie point l’enseignement véritable par simple souci de politesse.
Lorsqu’il s’agit de choses qui surviennent en privé ou à l’abri des regards du public, l’Église ne les divulgue point, mais les laisse ignorées du grand nombre — et les cas de cette nature sont fort nombreux.
18. Critique et condamnation§
Question
Quelle est la différence entre la critique et la condamnation ? Et moi qui exerce le métier de critique, est-ce que je commets un péché en critiquant ?
Réponse
La différence fondamentale entre la critique et la condamnation réside dans le fait que la critique est objective, tandis que la condamnation s’attaque à des aspects plus personnels.
Une critique saine est une forme d’analyse et une démarche d’évaluation attentive qui met en lumière aussi bien les bons côtés que les mauvais, rend pleinement justice à son objet et trouve des circonstances atténuantes aux faiblesses s’il y a lieu de le faire.
La condamnation, en revanche, qui ne relève que les défauts, est une sorte d’attaque, et quiconque agit de la sorte manque d’équité.
De même, il existe divers genres et divers degrés de critique : il y a la critique sereine, sérieuse, au ton mesuré, et il y a la critique mordante, malveillante et blessante. Chaque critique possède son propre style et se distingue par le choix de ses termes. Vois donc à quelle catégorie tu appartiens !
Sois objectif et équitable, et ne sois point dur dans tes critiques.
Si ta profession officielle est précisément celle de critique, il n’y a aucun mal à cela ; il arrive parfois qu’un auteur fasse la critique d’un livre et que sa critique ne soit qu’éloges pour cet ouvrage, si celui-ci le mérite.
La critique exige elle aussi de l’étude et du savoir ; elle a ses propres principes, et tout le monde ne peut s’élever au rang de véritable critique, ni s’attribuer une telle qualité.
Les lecteurs tirent profit de la critique émise par un critique instruit et équitable, tout comme la personne critiquée elle-même ; dès lors, le critique contribue au progrès des lettres et du savoir.
19. Les sacrements peuvent-ils être vendus ?§
Question
Les sacrements de l’Église peuvent-ils être vendus, de sorte qu’un prix soit fixé, par exemple pour le baptême ou pour l’onction des malades ?
Réponse
Les sacrements ne peuvent être vendus, car ils procèdent de l’œuvre du Saint-Esprit. Or, les dons du Saint-Esprit ne sauraient s’acquérir à prix d’argent (Ac 8, 20).
Néanmoins, si, à l’occasion d’un baptême, une personne souhaite faire un don à l’Église, non à titre de rétribution mais comme une offrande, à l’instar d’un sacrifice de louange, il se trouve dans l’église un tronc destiné à de telles contributions, où chacun peut déposer ce qui lui plaît, sans que rien ne soit exigé de lui. Et l’Église ne saurait sans doute savoir si cette personne a donné ou non, et même si elle savait qu’elle a déposé une offrande dans le tronc, elle ne pourrait savoir s’il s’agissait d’une grande ou d’une modeste somme.
D’une manière générale, nous exhortons au baptême comme à une chose nécessaire au salut (Mc 16, 16) ; il serait donc inconcevable que l’Église réclame une contrepartie matérielle en échange…
En outre, nous invitons instamment les fidèles à faire baptiser leurs enfants, et nous les reprenons s’ils tardent à le faire. Nous nous réjouissons avec eux le jour du baptême, car c’est en ce jour que le baptisé devient membre de l’Église, membre du corps du Christ et enfant de Dieu.
Si quelqu’un, en ce jour bienheureux, désire présenter une offrande à Dieu, cela procède du cœur et de la piété de cette personne.
Il n’y a nulle contrainte ni obligation d’agir ainsi, et aucun tarif n’est exigé, à Dieu ne plaise !
Nous pouvons en dire autant des autres sacrements semblables.
Prenez, par exemple, l’onction des malades : c’est un acte de charité et une prière en faveur du malade.
Il serait inconcevable que cela devienne l’occasion d’amasser de l’argent ! S’il en était ainsi, l’acte perdrait toute charité et toute sollicitude, et le malade ne ressentirait point le prix d’une prière qu’il aurait payée, et qui n’eût pas été prononcée sans salaire.
Puissions-nous toujours nous souvenir de ce que notre Seigneur a dit à Ses disciples : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8).
Ce qui est remis à l’Église en certaines occasions n’est point le tarif d’un sacrement, mais une oblation volontaire offerte au Seigneur. Les sacrements ne sont point à vendre : aucun prix ne saurait leur être fixé.
20. Que signifie : « Je t’ai empêché de pécher contre moi » ?§
La question me fut un jour posée :
Question
Que signifient les paroles du Seigneur souverain à Abimélek, lorsque celui-ci prit Sara, femme d’Abraham : « Moi aussi, je t’ai empêché de pécher contre moi ; c’est pourquoi je ne t’ai pas laissé la toucher » (Gn 20, 6) ? Cela s’opposait-il au libre arbitre de l’homme ?
Réponse
Dieu a accordé la liberté à l’homme, mais ce n’est point une liberté absolue.
Si cette liberté est dévoyée vers le mal, mettant en péril la vie éternelle de cette personne ou celle d’autrui, Dieu peut alors intervenir pour assigner une limite à ce mal, châtier le malfaiteur ou l’arrêter, car Dieu est le Tout-Puissant.
Si Dieu ne réfrénait jamais cette liberté, mais la laissait commettre absolument tout mal, elle anéantirait purement et simplement les pauvres et les faibles.
En vérité, Dieu a fixé une limite au mal de Satan lui-même, comme cela apparaît manifestement dans l’histoire du juste Job (Jb 1, 12 ; 2, 6). Et dans le Psaume 125, il est également dit : « Car le sceptre de la méchanceté ne reposera point sur l’héritage des justes » (Ps 125, 3). Dieu intervint aussi pour borner la cruauté de Pharaon. Et combien admirables sont ces paroles du Psaume 12 : « À cause de l’oppression des pauvres, à cause du gémissement des indigents, maintenant Je me lèverai, dit le Seigneur ; Je mettrai en sûreté celui auquel on tend des pièges » (Ps 12, 5).
Dieu accorde la liberté même aux pécheurs, et s’ils outrepassent la mesure au point de menacer les justes, Il intervient alors pour sauver les justes et faire régner la justice.
Il existe d’innombrables exemples de cela dans l’Écriture sainte et à travers l’histoire, attestant la sollicitude et la providence divines.
Dans le cas d’Abimélek, Dieu intervint par une profonde sollicitude pour la chasteté de Sara et les sentiments d’Abraham, mais aussi pour préserver Abimélek de commettre un péché immense. En effet, Abimélek avait pris Sara en toute bonne foi, car Abraham lui avait affirmé qu’elle était sa sœur et non sa femme (Gn 20, 11-12).
Nous n’appelons pas cela intervenir pour restreindre la liberté de quelqu’un, mais bien plutôt intervenir afin de sauver cette personne du péché. N’oublions pas que Sara était l’épouse d’un prophète, et que c’est de sa descendance que devait naître le Messie !
21. Les péchés ne sont égaux ni en degré, ni en châtiment§
Question
Les péchés sont-ils égaux ou diffèrent-ils en degré ? Les réprouvés en enfer subiront-ils tous le même châtiment ? Ou bien existe-t-il différents degrés de peine ? Et quels versets de la Bible viennent appuyer cela ?
Réponse
Le Seigneur a déclaré qu’Il viendrait et « rendrait à chacun selon son œuvre » (Ap 22, 12). De toute évidence, les actes des hommes diffèrent, et par conséquent leur châtiment différera de même. Même sur terre, le Seigneur a dit dans le Sermon sur la montagne : « Et quiconque dira à son frère : Raca !# sera passible du sanhédrin ; et quiconque lui dira : Insensé ! sera passible de la géhenne du feu » (Mt 5, 22). Il ressort clairement de cela que le châtiment diffère selon la gravité de la faute. Saint Augustin a fait lui aussi cette observation. Touchant cette différence de degré dans le péché et l’attitude de l’Église à cet égard, saint Jean a dit : « Il y a un péché qui mène à la mort ; ce n’est point pour ce péché-là que je dis de prier.
Terme araméen marquant le mépris§
Toute iniquité est un péché, et il y a tel péché qui ne mène point à la mort » (1 Jn 5, 16-17). Ainsi, pour un péché qui ne mène point à la mort, on peut prier afin que la vie soit accordée à celui qui l’a commis. Les péchés qui ne mènent point à la mort relèvent des péchés involontaires, des péchés d’ignorance et des péchés de négligence.
De toute évidence, il y a une grande différence entre le péché involontaire et celui qui est perpétré avec pleine intention et détermination. De même, il existe une profonde différence entre les péchés commis par ignorance et ceux commis en pleine connaissance de cause. La justice de Dieu exige que la peine soit proportionnée au forfait.
Les péchés sont assurément semblables en ce qu’ils excluent tous du Royaume des Cieux ; néanmoins, ceux-là mêmes qui vont en enfer subissent différents degrés de tourments. C’est pourquoi le Seigneur a dit, en se référant à toutes les villes qui L’avaient rejeté, qui avaient rejeté la foi et rejeté Ses disciples : « En vérité, Je vous le dis, au jour du jugement, le pays de Sodome et de Gomorrhe sera traité moins rigoureusement que cette ville-là ! » (Mt 10, 15).
Les mots « traité moins rigoureusement… que » prouvent la disparité de châtiment fondée sur la différence de gravité de la faute.
La différence entre les péchés’observe nettement d’un point de vue pratique. Celui qui commet l’adultère en pensée, par exemple, n’est point semblable à celui qui accomplit l’acte d’adultère, car ce dernier, en agissant ainsi, a souillé son propre corps et celui d’autrui avec lui. Et celui qui commet l’acte d’adultère n’est point semblable à celui qui perpètre un viol avec violence, ce qui constitue une faute d’autant plus abominable. Et tout autre encore est le cas de celui qui commet l’adultère avec une parente que la loi lui interdisait d’épouser (Lv 20).
Celui qui désire commettre un acte de violence, mais ne le fait point et le garde seulement dans son esprit, n’est point semblable à celui qui exécute réellement cette violence, sous forme physique ou verbale, qui cause un préjudice effectif à autrui et, par son action, devient une occasion de chute pour d’autres. Celui qui se contente de songer au vol est différent de celui qui dérobe effectivement avec violence.
À ce stade, toutefois, le péché devient multiple ou composé, c’est-à-dire qu’il est constitué d’un ensemble de péchés réunis.
Le châtiment d’un péché multiple est plus grand parce qu’il ne compte point comme un péché unique, mais comme une accumulation de péchés. Celui qui outrage un homme commet le péché d’outrage ; mais celui qui outrage son père ou sa mère ajoute à son péché d’outrage un autre péché, qui est la transgression du commandement d’honorer ses parents. Son péché est donc composé, et en conséquence son châtiment sera plus rigoureux. L’Écriture déclare dans la loi de Moïse : « Si un homme maudit son père ou sa mère, il sera puni de mort ; son sang retombera sur lui » (Lv 20, 9).
De même, quiconque frappait autrui, sans lien de parenté avec lui, était soumis, après jugement, à la règle : « Œil pour œil, dent pour dent » (Lv 24, 19-20). Mais celui qui frappait son père ou sa mère était lapidé, et une lapidation plus sévère encore était infligée pour les fautes commises contre ce qui est sacré.
Si quelqu’un pèche un jour saint — un jour de jeûne, par exemple, ou un jour où il communie —, on considère qu’il a commis un péché plus grave ; c’est pourquoi le châtiment fut plus rigoureux pour les péchés des fils du prêtre Éli (1 S 2).
22. Le point de vue du christianisme concernant les greffes d’organes§
Question
Est-il permis de transplanter l’organe du corps d’un être humain (qu’il provienne d’un corps vivant ou mort) dans celui d’un autre ? Et la greffe d’organes constituerait-elle une profanation des corps et un manque du respect qui leur est dû ? Est-il également permis à une personne de donner une partie de son propre corps puisqu’elle n’en est pas propriétaire ?
Réponse
Le christianisme n’interdit pas la transplantation d’organes, qu’ils proviennent d’un corps vivant ou d’un corps mort.
La Sainte Écriture ne donne pas d’instructions expresses sur la greffe d’organes, ni ne l’interdit, que ce soit dans le Nouveau ou dans l’Ancien Testament, car cette question ne se posait pas à cette époque. Mais l’esprit de la Bible appelle au don et au sacrifice de soi, au salut d’autrui et au plus grand souci possible pour la vie de nos semblables.
Ainsi, selon l’enseignement de la Bible, la greffe d’organes est permise, qu’elle provienne d’un corps vivant ou d’un corps mort, afin d’être profitable à un autre être humain.
Le christianisme ne considère nullement cela comme une atteinte indiscrète portée à un corps accordé à l’homme par Dieu, ni comme un tort qui lui serait causé, ni comme une tentative d’échafauder une nouvelle forme humaine, ni comme une violation de sa dignité.
Le corps n’est détruit que par le péché, par les habitudes nuisibles, par la négligence des règles de santé, par le suicide ou par des actes semblables.
Mais perdre un membre en accomplissant une action noble, telle que la défense de sa patrie… ou donner un organe pour sauver un être humain lors d’une opération chirurgicale, est une sorte de sacrifice et un don de soi pour les autres, qui élève la dignité de l’être humain et n’est en rien contraire à la religion.
C’est ce qu’ont accompli les martyrs, qu’ils fussent martyrs de leur patrie ou de la religion. Ils ont livré leur vie à la mort et exposé leurs corps aux déchirements et aux mutilations. Nous honorons les martyrs dont les membres ont été taillés en pièces et dont les corps ont été défigurés, et nous considérons que la perte de leurs membres est une gloire qui accroît leur honneur, tant aux yeux de Dieu qu’à ceux des hommes. Nous n’appelons point cela une défiguration de leurs corps, mais quelque chose qui ajoute à leur dignité.
Dans une certaine mesure, sacrifier des organes pour sauver la vie de nos semblables, ou en faire don après la mort au bénéfice de la médecine ou de la science en général, ressemble à cela.
Ainsi, donner volontairement un organe du corps humain ne viole nullement la dignité du corps, car la dignité du corps ne réside pas dans sa forme, mais dans le fait d’être sacrifié pour le bien d’autrui.
L’Évangile nous appelle à nous sacrifier nous-mêmes, lorsque Jésus a dit : « Il n’y a point de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13).
Si l’Évangile demande de donner sa vie tout entière pour les autres, il y a d’autant plus de raison de consentir au sacrifice d’un seul organe du corps humain.
Notre souci de voir nos corps être des instruments au service de l’esprit, et être aptes à l’accompagner dans le pèlerinage de cette vie, ne signifie nullement que nous devions être poussés par l’égoïsme à préserver ces corps à tout prix ! Non, bien au contraire : car en faisant don d’une partie du corps, l’esprit s’élèvera plus haut encore.
Il est écrit dans la Bible que l’amour « ne cherche point son intérêt » (1 Co 13, 5). Et saint Paul disait également aux Galates : « Je vous rends ce témoignage que, s’il eût été possible, vous seriez arraché les yeux pour me les donner » (Ga 4, 15). Une telle opération, toutefois, n’était point réalisable il y a vingt siècles. Nous espérons que la science contribuera à rendre possibles de telles œuvres, et que l’amour aidera à les mettre en pratique à l’avenir…
Nous pouvons donc nous demander ce qui est le meilleur : qu’un être humain vive avec deux reins, ou qu’il en donne un à autrui afin que tous deux vivent ? Car par ce sacrifice et par cet amour, une personne apporte son aide à la vie d’une autre, en l’arrachant à la mort et à l’angoisse de la maladie.
On peut en dire autant, dans une certaine mesure, de la transfusion sanguine ou de la greffe de toute partie du corps sur un autre être humain. Dans le cas d’un même individu, nous constatons que divers organes ou parties de son corps peuvent être reçus par lui ou prélevés sur lui lors de certaines opérations : par exemple, la greffe d’une artère, de la peau, d’un nerf ou d’un tissu… sans que personne ne soulève la moindre objection ni ne conteste ce principe.
En ce qui concerne une personne décédée, le prélèvement de l’un de ses organes ne lui causera aucun tort, mais pourra fort bien sauver la vie de quelqu’un d’autre !
Je me demande si une personne qui ne désire faire don d’aucun de ses organes au profit d’autrui peut empêcher les vers de dévorer son cadavre ? ! Penses-tu qu’elle puisse empêcher la pourriture ou la décomposition de son corps après son trépas ? ! Et que devient alors, au sein de toute cette déliquescence, tout ce qui a été affirmé touchant le respect du corps humain, l’interdiction d’y toucher de manière indiscrète ou d’y opérer des altérations ? !
Dans la Bible, il fut dit à l’homme dès le commencement : « Tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes à la terre, car c’est d’elle que tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras à la poussière » (Gn 3, 19). Et il est dit également : « La poussière retourne à la terre, comme elle y était, et l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné » (Qo 12, 7).
Puisque le corps retournera à la terre après la mort, il n’y a donc aucun irrespect à ce qu’un organe de ce corps soit greffé ou transplanté dans un autre corps, et continue ainsi d’avoir la vie !
Nous n’avons rien à craindre pour le corps lorsqu’il est mort, quoi qu’il puisse advenir de ses organes, puisque nous croyons tous à la résurrection du corps après la mort.
Je soutiens également l’idée de créer une banque d’organes, et la religion ne s’oppose nullement à cette conception.
La religion nous commande de faire le bien, et quelle chose admirable pour une personne que de faire le bien au cours de sa vie en faisant don généreusement d’un organe, ou d’une partie de son corps dont elle peut se passer pour vivre, ou de même après sa mort, en promettant certains de ses organes (soit par une disposition écrite telle qu’un testament, soit par une parole prononcée) afin de sauver autrui, ou pour le bien de la science ! Et cette autre personne qui a bénéficié de la transplantation pourrait à son tour désirer rendre cette faveur en disposant que ses organes soient utilisés après sa mort pour en sauver d’autres.
C’est ainsi que tourne le cycle de la bonté, par les mains des vivants comme des morts, et chacun recevra une récompense de Dieu selon le bien qu’il aura accompli pour autrui.
Quant à l’idée que nos corps ne nous appartiennent pas pour que nous puissions les donner à d’autres, nous pouvons y répondre en disant que nos âmes non plus ne sont pas notre propriété, et pourtant nous les sacrifions pour autrui, par amour, ou conformément au commandement de la religion, et c’est une vertu pour nous de le faire.
Dès lors, nous avons encore plus de raison de sacrifier un organe ou une partie du corps.
Nous pouvons certes affirmer que nos âmes ne nous appartiennent pas pour en disposer à notre guise en les détruisant, par le suicide par exemple, ou en les ruinant par l’usage des drogues.
Mais employer le corps et l’âme pour accomplir le bien et être utile à autrui est une chose que la religion bénit et que Dieu prescrit.
23. Comment devons-nous prier ?§
Question
Parfois, lorsque je me tiens debout pour prier, je ne sais que dire, ou bien je prononce quelques mots et je m’arrête. Comment dois-je prier, et que dois-je dire ?
Réponse
Il existe de nombreux éléments dans la prière qui, si tu en as conscience, peuvent t’aider à prolonger ton temps en présence de Dieu.
Bien des gens se contentent seulement de l’élément de la demande, de sorte qu’ils confondent la prière avec la requête, avec pour conséquence que s’ils n’ont rien à demander, ils ne prient pas !
Même sur le plan de la demande, cependant, la prière peut être élargie, afin que nous « demandions » en faveur d’autrui. Tu peux adresser des requêtes à Dieu pour l’Église et pour la société dans laquelle tu vis, pour tous ceux que tu connais et qui sont dans le besoin, pour chacun selon ses nécessités, qu’il soit malade ou dans une situation difficile, en voyage ou dans ses études.
Il y a aussi l’élément de l’action de grâces dans la prière. Rends grâce à Dieu pour toute Sa bonté envers toi, et envers ceux que tu connais et que tu aimes, fais-le en détail. L’Église a établi pour nous la Prière d’action de grâces, au commencement de chaque section des prières des heures.
Il y a aussi dans la prière l’élément de la confession, dans lequel tu confesses à Dieu tes péchés et tes manquements, et demandes Son pardon et Sa rémission, tout comme tu Lui demandes la force ou la guérison… mais fais tout cela avec humilité et soumission.
Dans la prière se trouvent également les éléments de la louange, de la glorification et de la contemplation des admirables perfections de Dieu. Prends par exemple la formule : « Saint, Saint, Saint est le Seigneur Dieu des armées. Les cieux et la terre sont remplis de Ta gloire » ; cela ne jaillit point de la pénitence, mais de la contemplation des attributs de Dieu.
Voici quelques conseils que je puis te donner si tu as le sentiment de ne pas savoir comment prier :
Tu disposes déjà de prières qui ont été rédigées par écrit, et que tu as peut-être apprises par cœur. Le Seigneur nous en a donné un exemple dans l’Oraison dominicale, le « Notre Père… ». Il y a aussi les Psaumes et l’Agpieh (nom donné au livre des prières assignées aux diverses heures du jour, en usage dans l’Église copte orthodoxe), les cantiques de louange et la Psalmodie.
Tu peux prier à partir de ces textes comme il te plaira ; ils sont un maître pour t’enseigner à prier et pour t’instruire de la meilleure manière de t’adresser à Dieu, de ce qu’il faut dire, de la façon de le dire, et de la manière d’ouvrir ton cœur à la méditation dans la prière.
24. À propos de la demande des dons§
Question
Pourquoi ne devrions-nous pas demander au Seigneur de nous accorder des dons surnaturels, tels que parler en langues, guérir les malades et accomplir des miracles ? L’apôtre Paul ne dit-il pas : « Aspirez aux dons spirituels » (1 Co 14, 1) et « aspirez avec ardeur aux dons les meilleurs » (1 Co 12, 31) ?
Réponse
Les fruits de l’Esprit sont plus importants pour toi et plus profitables que les dons de l’Esprit.
Saint Paul a également dit au sujet des fruits de l’Esprit : « Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi. Contre de telles choses, il n’y a point de loi. » (Ga 5, 22-23).
Ces fruits sont avantageux pour ta vie éternelle, et c’est pourquoi l’Apôtre les appelle « une voie par excellence », lorsqu’il dit : « Aspirez avec ardeur aux dons les meilleurs. Et je vais encore vous montrer une voie par excellence. » (1 Co 12, 31).
Il explique combien l’amour est le premier des fruits de l’Esprit, supérieur au parler dans les langues des hommes ou des anges, meilleur que toute science ou tous les mystères, meilleur que la prophétie et meilleur que la foi capable de transporter les montagnes (1 Co 13, 1-3).
Il a dit que les prophéties disparaîtront, que les langues cesseront, et que la science passera, mais que l’amour demeurera, et qu’il est plus grand que la foi et l’espérance.
Quant aux miracles, ils ne sauvent pas nécessairement l’âme. Beaucoup de ceux qui ont accompli des miracles ont péri, et de même, des miracles ont été attribués à Satan et à ses partisans.
Regarde ce que le Seigneur a dit dans Son Sermon sur la montagne : « Plusieurs Me diront en ce jour-là : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé en Ton nom, n’avons-nous pas chassé des démons en Ton nom, et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles en Ton nom ? » Alors Je leur déclarerai : « Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous de Moi, vous qui commettez l’iniquité ! » » (Mt 7, 22).
Voilà une bien grande surprise ! Ces hommes se sont donc révélés être des artisans d’iniquité, et ils ont péri, et le Seigneur a refusé de les reconnaître, bien qu’ils eussent chassé des démons, prophétisé, et attribué tout cela au nom du Seigneur !
Lorsque les disciples se réjouirent des miracles qu’il leur avait été donné d’accomplir, le Seigneur leur dit de ne point s’en réjouir.
Les disciples « revinrent avec joie, disant : « Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en Ton nom. » » Mais Jésus leur dit : « Ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. » (Lc 10, 20).
Et lorsqu’Il fut tenté par le diable sur la montagne, le Seigneur refusa d’accomplir des miracles.
Il refusa de changer les pierres en pains, et refusa de Se jeter du haut du pinacle pour prouver que les anges Le porteraient… — car le Seigneur ne voulait point accomplir de miracles par complaisance ou pour une gloire mondaine. C’est pourquoi, lorsque les Juifs Lui demandaient un signe, Il avait coutume de leur dire : « Une génération méchante et adultère demande un signe, et il ne lui sera point donné d’autre signe que celui du prophète Jonas. » (Mt 12, 39). Ainsi Jésus les amenait-Il à méditer sur Sa croix, Sa mort et Sa résurrection, plutôt que sur le spectacle de miracles ou de signes.
Désirer des dons et vouloir accomplir des miracles pourrait être une guerre par laquelle Satan t’attaque et te trompe en flattant ton orgueil, pour ensuite t’égarer.
L’Écriture dit au sujet de l’Antéchrist, le séducteur, qu’il est l’homme du péché, l’homme voué à la perdition, qu’il s’opposera et s’élèvera contre tout ce qui est appelé Dieu, et qu’il s’assiéra dans le temple de Dieu, se proclamant lui-même Dieu, qu’il en égarera un grand nombre et les mènera à l’apostasie… Et elle dit que : « L’avènement de cet impie se produira […] avec toutes sortes de faux miracles, de signes et de prodiges trompeurs, et avec toutes les séductions de l’iniquité pour ceux qui périssent. » (2 Th 2, 3-10).
Combien il est aisé à Satan d’égarer les hommes par des miracles, ou de les amener à l’orgueil en les séduisant par de faux prodiges !
Si Satan voit en toi quelqu’un qui affectionne les visions et les songes, il peut t’apparaître dans de fausses visions et de faux songes… Et s’il voit en toi quelqu’un qui a le zèle de chasser les démons, il peut sortir d’une personne et y rentrer de nouveau, et se jouer ainsi de toi et te tromper en te faisant croire que tu possèdes un don pour une telle œuvre. Le diable est capable de se déguiser en ange de lumière, comme nous l’enseigne l’Écriture. Ainsi, s’il voit en toi quelqu’un qui aime les prodiges et les merveilles, il peut te combattre sur ce terrain. Tu peux en trouver des exemples dans le livre du « Paradis des Pères ».
Toutefois, la guerre de l’orgueil peut survenir même à l’occasion de véritables miracles.
Considère saint Paul, figure monumentale dans l’Église, et vois comme il dit : « Et pour que je ne sois pas enflé d’orgueil par l’excellence des révélations, il m’a été mis une écharde dans la chair, un messager de Satan pour me souffleter, afin que je ne sois pas enflé d’orgueil. » (2 Co 12, 7). Dieu a assurément jugé que cette épreuve était profitable à Paul, et n’a point accédé à la prière de l’Apôtre qui Lui demandait de l’en délivrer.
Ainsi, si saint Paul lui-même se méfiait de ces miracles, de peur qu’ils ne lui fissent concevoir de lui-même une trop haute opinion, ne devrais-tu pas, toi aussi, t’en méfier ? !
« Ne t’enorgueillis point, mais crains » (Rm 11, 20), dit Paul ; et de fait, il poursuit en te donnant un autre conseil qui s’applique à tous les hommes à l’égard des dons spirituels :
« […] de ne pas avoir de lui-même une plus haute opinion qu’il ne doit, mais d’avoir des sentiments modestes, selon la mesure de foi que Dieu a départie à chacun » (Rm 12, 3).
Pourquoi as-tu de toi-même une plus haute opinion que tu ne le dois ? Pourquoi demandes-tu d’accomplir des miracles, chose qu’aucun des saints n’a jamais demandée ? Pourquoi ne te soucies-tu pas des fruits de l’Esprit plutôt que des dons ?
N’est-ce point parfois un combat d’orgueil qui te séduit et te pousse à réclamer des dons ? Le verset : « aspirez aux dons spirituels » (1 Co 14, 1) ne signifie nullement, pour autant, que tu doives les demander.
Il signifie plutôt que tu dois rendre ton cœur digne de les recevoir. Dieu ne saurait te donner de pouvoirs miraculeux à moins que tu ne sois humble, car seul l’homme humble garde une juste circonspection à l’égard des miracles.
L’humilité n’exige pas de miracles, mais elle les accueille avec le sentiment de ne point les avoir mérités, tout en reconnaissant que le Seigneur, en Sa sagesse, a dû les accomplir parce qu’Il a jugé cela profitable à Sa création d’une manière ou d’une autre.
Jean le Baptiste fut le plus grand homme né d’une femme, et pourtant il ne fut point renommé pour avoir accompli des miracles, et il ne demanda point non plus d’en accomplir.
25. La plus haute de toutes les vertus§
Question
Quelle est la plus haute de toutes les vertus ?
Réponse
La vertu qui englobe toutes les vertus est celle de l’amour, puisque de l’amour dépendent toute la Loi et les Prophètes.
Mais le fondement de toutes les vertus, le fondement sur lequel repose toute bonne œuvre, est la vertu d’humilité, car toute vertu qui n’est point fondée sur l’humilité peut conduire à la propre justice et à la vaine gloire, par lesquelles l’homme peut périr.
Même l’amour lui-même, qui est la plus grande des vertus, peut causer la perte de l’homme s’il n’est pas édifié sur l’humilité. En ce cas, il ne saurait véritablement être nommé « amour », au sens exact du terme.
26. Suivre la vie des saints§
Question
Chaque fois que je lis des livres sur la vie des saints, mon âme commence à brûler du désir de devenir comme eux, bien que malheureusement je sois incapable de faire ce qu’ils ont fait. Que me conseilleriez-vous ?
Réponse
Bien des auteurs qui ont écrit sur les exemples des saints ont mentionné des pratiques auxquelles les saints ne sont parvenus — peut-être — qu’après des décennies de luttes, sans faire mention des exercices qu’ils ont pratiqués, ni des degrés successifs qu’ils ont gravis jusqu’à atteindre ce niveau.
Veux-tu, par la simple lecture et d’un seul bond soudain, accomplir ce qu’il a fallu aux saints des années et des années pour acquérir ? !
Fixe-toi l’excellence devant les yeux, assurément, mais souviens-toi qu’il te faut deux choses pour l’atteindre :
a) une démarche progressive, pas à pas ; b) une direction spirituelle.
Et tu as également besoin de considérer un troisième point, à savoir : en quoi cette vertu particulière est-elle adaptée à ta personne et à ton genre de vie, qui peut être fort différent du genre de vie du saint dont tu lis l’histoire.
Par exemple, le silence et la prière continuelle conviennent à la vie de réclusion, mais ils sont difficiles à pratiquer lorsque l’on doit vivre au milieu des autres. Si quelqu’un tentait de les mettre en pratique en de telles circonstances, il tomberait assurément dans des difficultés d’ordre pratique, et entrerait peut-être en conflit avec autrui.
De même, un jeûne très rigoureux ou total convient davantage à ceux qui mènent une vie solitaire qu’à ceux qui doivent fournir de plus grands efforts physiques, ou à ceux qui sont jeunes et encore en pleine croissance.
D’une manière générale, dans tes pratiques spirituelles, tu es censé être sous la conduite d’un père sage et expérimenté, et non suivre tes propres caprices, car ceux qui n’ont point de guide tombent comme les feuilles des arbres.
Ton guide te préservera de tomber dans les extrêmes, de devenir trop fanatique ou excessif, et de faire des bonds soudains qui manquent d’un fondement assuré.
Ne sois donc point triste si tu ne peux faire maintenant ce que les saints faisaient jadis. Peut-être le pourras-tu plus tard, mais tu n’y parviendras qu’un pas après l’autre, par une progression graduelle.
Nous remarquons aussi que chaque saint possédait sa propre vertu particulière ; voudrais-tu donc posséder toutes les vertus de tous les saints réunis — chose qui serait assurément fort rare ? ! Garde le sens de la mesure !
27. Faut-il nécessairement savoir lire et écrire pour devenir moine ou moniale ?§
Question
Je suis une jeune femme de vingt-trois ans qui ne sait ni lire ni écrire, mais je sais coudre et broder. M’est-il possible de devenir moniale, ou le monachisme n’est-il ouvert qu’à ceux qui sont allés à l’école et savent lire et écrire ?
Réponse
Tout le monde peut entrer dans la vie monastique, qu’il soit instruit ou non. Cela dépend du renoncement au monde, du fait de se consacrer au culte et à la prière, de s’exercer à la vie de sainteté et à la pureté du cœur, tout en perdant sa vie quant à ce monde… Mais ce qui importe, en ce qui te concerne, c’est la manière dont tu pries et dont tu passes ton temps.
Peut-être n’as-tu pas encore la capacité d’une prière continuelle et de prières profondes du cœur, qui occuperaient tout ton temps.
Le livre de prières de l’Agpeya, ainsi que les prières des saints, peuvent t’aider à remplir ton temps de prière. Mais comment pourras-tu apprendre les Psaumes et les prières de ce livre sans savoir ni lire ni écrire ?
La seule chose que tu pourrais faire serait de trouver quelqu’un pour t’enseigner tous ces psaumes et ces prières, afin que tu puisses les mémoriser, tout comme les maîtres des hymnes de l’Église ont la charge de les transmettre à d’autres. Mais cela devrait se faire avant d’entrer dans un ordre monastique.
Nous pouvons dire de même des hymnes de louange que les moniales récitent à l’église après la prière de minuit. Cela requiert de savoir lire et écrire la langue copte, et non pas seulement l’arabe.
Dans la vie monastique, une certaine part du temps est consacrée à la lecture de la Bible et de livres spirituels, de la vie des saints et d’autres ouvrages profitables.
La lecture n’est pas seulement une occupation pour ton temps, mais elle a pour but de te faire bénéficier des pensées spirituelles, des sentiments, des méditations et de l’amour du bien que certains écrits peuvent inspirer dans le cœur.
Tout cela te manquera si tu ne sais ni lire ni écrire, et je ne veux pas seulement dire que tu perdras quelque chose en ne les possédant pas sur le plan du savoir, mais tu ne pourras pas goûter aux bienfaits de leur effet sur ta vie spirituelle.
Le fait de ne savoir ni lire ni écrire pourrait peut-être faire naître en toi un complexe d’infériorité, surtout si tu te compares aux autres moniales qui possèdent ce potentiel spirituel.
Mais tout cela signifie-t-il que tu doives renoncer à l’idée d’entrer dans la vie religieuse pour ces motifs, ou pourrions-nous chercher un remède ? La solution pourrait être que tu mettes fin à ton analphabétisme, car il existe désormais des écoles établies à cette fin.
Ou bien le remède pourrait consister à apprendre les Psaumes, les prières et des parties de l’Agpeya, ainsi que les mélodies de la Psalmodie, et à commencer aussitôt à les mémoriser, tout comme les maîtres spécialisés de l’Église les apprennent par cœur.
Tu peux aussi t’exercer à prier du cœur, ou à prier sans cesse, ou encore à répéter de courtes prières ou des oraisons particulières, afin de ne pas perdre l’élément essentiel de la prière, qui est le fondement de la vie monastique.
Tâche de compenser ton incapacité à lire par quelque autre moyen, par exemple en t’efforçant de t’appliquer à l’élément de la prière par la mémorisation et l’entraînement.
Si une personne prend au sérieux sa vie spirituelle et son orientation vers la vie religieuse, même si elle est illettrée, elle peut tirer grand profit des lectures faites à l’église, tirées des Livres de la Bible et du Synaxaire (l’histoire des saints célébrés par l’Église copte
), ainsi qu’en écoutant ce que récitent ses compagnons dans l’ordre monastique.
On peut enregistrer la Bible sur des cassettes pour l’écouter. Bien que ce soit une manière assez ardue d’apprendre, elle mène à de bons résultats, en ce sens qu’elle vaut mieux que d’être privé à jamais de lire la Bible ou de l’écouter chaque fois qu’on le désire.
Tout cela s’applique si l’on est résolu à entrer dans cet ordre et que son dessein y soit entièrement consacré. La vie de celui qui aspire au monachisme doit être sainte aux yeux de Dieu, agréable aux autres moines ou moniales du monastère et recevoir l’approbation du supérieur responsable.
La vie monastique n’est pas faite uniquement d’instruction et de savoir. Il en est qui compensent le manque de connaissance par la pureté du cœur, comme le firent certains saints.
Si toutefois l’ignorance de la vie spirituelle s’ajoute à l’incapacité de lire et d’écrire, il serait alors préférable d’abandonner l’idée de s’engager dans le monachisme.
28. Les doux hériteront la terre§
Question
Que signifie : « Heureux les doux, car ils hériteront la terre » (Mt 5, 5) ?
Réponse
L’homme doux est une personne paisible, bienveillante et simple, qui ne se querelle ni ne crie — on n’entend jamais sa voix s’élever dans la rue. Il se tient bien à l’écart des disputes, des conflits et des contestations sans fin. Il est pacifique, ne cherche pas à imposer sa volonté, se montre prévenant et bon de cœur ; il s’entend bien avec autrui, et possède une nature délicate et un sourire chaleureux.
Ces qualités le rendent populaire et aimé de tous. Et de ce fait — outre qu’il hérite le royaume de Dieu —, il hérite la terre, puisque ceux qui habitent sur la terre l’aiment, et qu’il vit avec eux dans la paix et la tranquillité.
Saint Augustin, toutefois, a interprété l’expression « hériteront la terre » comme signifiant « la terre des vivants », selon ce qui est dit au Psaume 27 (v. 13) : « Je verrai les biens du Seigneur sur la
terre des vivants ». Cette « terre des vivants » est celle dont saint Jean le Voyant a parlé lorsqu’il a dit : « Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre » (Ap 21, 1), et elle symbolise la terre qui ruisselle de lait et de miel.
29. Le temps libre§
Question
Comment un jeune doit-il occuper son temps libre, en particulier durant les vacances d’été ?
Réponse
Disposer de temps libre, ou de loisir, et ne point savoir quoi en faire est un problème auquel il convient de remédier ; car quiconque a conscience de n’avoir rien à faire est quelqu’un qui, d’une part, ignore le prix du temps et, d’autre part, ne sait comment occuper ce temps de manière utile.
Il y a deux manières d’occuper son temps libre : soit pour le profit personnel de celui qui en dispose, soit au service de ceux qui l’entourent et pour leur bien.
Occuper son temps pour son propre profit peut se faire par la lecture ou l’étude, afin d’accroître son savoir ou son instruction et d’étendre ses facultés intellectuelles, à la condition expresse de choisir le genre de lecture qui lui sera profitable en ce sens.
On peut tirer profit à s’adonner à divers centres d’intérêt ou à pratiquer certains loisirs selon ses talents, ou encore à employer son temps libre à acquérir des compétences nouvelles et utiles, ou à apprendre quelque chose de pratique, que ce soit chez soi, dans une institution, ou auprès d’amis ou de conseillers.
Un jeune peut prendre part à toute activité sportive pour fortifier son corps, pourvu que cela ne dévore point tout son temps.
Mais quelle belle chose que d’occuper son temps libre dans un service spirituel, ou dans une œuvre sociale au profit d’autrui ! En servant les autres, on en tire soi-même profit au même instant.
En outre, il est des tâches que l’Église peut offrir pour occuper le temps libre des jeunes, dans le cadre d’un programme conçu pour leur bien. Cela peut se faire par l’intérêt porté aux auxiliaires pédagogiques visuels ou oraux, par l’organisation de réunions d’échange, de réjouissances fraternelles et de conférences, ainsi que par divers divertissements qui procurent en même temps un bénéfice spirituel.
Il convient de manifester de l’intérêt et de déployer des efforts afin d’établir des cercles et des bibliothèques de livres religieux, pour développer des manières constructives d’employer le temps de loisir et les énergies des jeunes d’une façon qui leur soit profitable et favorise l’épanouissement de leurs talents, tout en prenant part à l’accomplissement des projets de l’Église et en participant à ses activités.
30. À quiconque a, il sera donné davantage§
Question
Quel est le sens de ce verset : « Car à tout homme qui a, l’on donnera, et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré » (Mt 25, 29) ? Que signifie le fait qu’une personne n’ait rien et que pourtant cela lui soit retiré ?
Réponse
Cela signifie qu’à quiconque a la foi et l’amour du bien, ou à quiconque fait le bien, Dieu accordera une bénédiction afin d’accroître la foi de cette personne, ou ses bonnes œuvres, ou toutes deux ensemble.
Mais quiconque n’a pas la foi, et dont les œuvres sont accomplies sans la foi, se verra retirer ces œuvres, et elles n’auront aucune valeur puisqu’elles n’auront point été faites dans la foi.
Il en va de même pour celui qui n’accomplit point de bonnes œuvres et dont la foi est sans œuvres, auquel on pourrait appliquer ces paroles : « La foi de même, si elle n’a pas les œuvres, est morte en elle-même » (Jc 2, 17). Cette foi « morte » sera retirée à cette personne. Cette foi qui n’est que de nom, ou purement intellectuelle, ou formelle, lui sera ôtée.
31. Les véritables éléments de la force§
Question
Je désire avoir une personnalité forte. Quels sont les éléments de la force de caractère par lesquels je puis devenir fort ?
Réponse
L’apôtre saint Jean a dit : « Je vous ai écrit, pères, parce que vous avez connu Celui qui est dès le commencement. Je vous ai écrit, jeunes gens, parce que vous êtes forts, et que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le malin » (1 Jn 2, 14).
Ainsi, l’homme fort est celui qui a vaincu le mal, parce que la parole de Dieu demeure en lui. Un chef assez grand pour défaire l’armée ennemie et conquérir des cités peut être vaincu par sa convoitise, et n’est donc pas nécessairement fort en vérité. C’est pourquoi le sage dit : « Celui qui est maître de lui-même vaut mieux que celui qui prend une ville. »
Telle est la force spirituelle par laquelle l’homme peut vaincre ses passions et ses convoitises, et peut aussi guider autrui spirituellement.
Il existe une autre sorte de force de caractère qui procède certaines qualités de la personnalité, telles que l’intelligence, la sagesse, l’esprit d’organisation, l’aptitude à gagner les cœurs, une bonne mémoire, l’énergie et la vitalité. La force véritable de l’homme jaillit du dedans de lui-même, de sa victoire sur lui-même, de son ascendant sur autrui, de sa relation étroite avec Dieu, de ses talents et de sa bonne conduite. Elle peut aussi provenir de ses succès ou de son aptitude à accomplir une œuvre féconde en divers domaines.
La force n’est point une vaine apparence extérieure de puissance, ni une autorité issue d’un rang, d’une charge officielle ou de la richesse.
32. Si ton œil ou ta main te fait pécher§
Question
Convient-il qu’un homme s’arrache l’œil ou se coupe la main si cela le fait tomber dans le péché, comme la Bible le prescrit ? (Mt 5, 29-30).
Réponse
Le Seigneur entendait souligner la nécessité de se tenir bien éloigné de tout ce qui peut être une occasion de chute, lorsqu’il déclara : « car il est plus avantageux pour toi qu’un seul de tes membres périsse, que de voir tout ton corps jeté dans la géhenne. » (Mt 5, 30).
Ce commandement, toutefois, ne doit point être pris à la lettre, mais selon son sens spirituel. Il serait bien redoutable s’il était littéral !
Certains saints, pourtant, accomplirent ce précepte à la lettre, tel Simon le Tanneur (al-Kharraz), ainsi que certaines saintes femmes mentionnées dans le livre du Bustan al-Ruhban [Le Paradis des Pères].
Mais il serait impossible et irréalisable d’accomplir ce commandement à la lettre comme règle générale ; autrement, la majorité des hommes en ce monde seraient borgnes ou manchots, car nos yeux et nos mains nous font si souvent pécher ou trébucher, particulièrement à un certain âge et en des circonstances ou situations précises.
Néanmoins, nombre de saints ont interprété l’« œil », en ce passage, comme désignant la personne qui nous est la plus chère, et la « main », comme la personne qui nous est du plus grand secours. De sorte que si l’une ou l’autre devient pour toi une occasion de péché, tu dois te retrancher de toute fréquentation intime avec elle.
Nous constatons également que, dans certains de ses saints canons, l’Église a interdit de retrancher des membres du corps humain par crainte qu’ils ne fassent tomber dans le péché ; ainsi de la règle qui interdit de se châtrer soi-même.
En tout état de cause, couper matériellement la main ou arracher l’œil n’empêche point nécessairement de trébucher ou de pécher, car le péché prend souvent naissance au dedans du cœur.
Si le cœur est pur, l’homme peut voir sans trébucher. Il est donc préférable de comprendre ce commandement en son sens spirituel plutôt qu’au sens littéral.
Un autre passage où cette vérité doit être soulignée regarde ce que notre Seigneur a dit dans l’Évangile selon saint Marc : « Il vaut mieux pour toi entrer manchot dans la vie, […] boiteux, […] avec un seul œil, […] que d’être jeté dans la géhenne. » (Mc 9, 43-47)
Naturellement, nous ne saurions entendre ces paroles à la lettre, car un homme ne saurait être « manchot, boiteux ou borgne » dans le ciel ? !
Nous ne pouvons concevoir un juste dans le ciel affligé d’une quelconque infirmité, de même que cela ne saurait être la récompense accordée aux justes pour leur piété et pour s’être gardés de choir, quel qu’en fût le prix… !
L’Écriture nous enseigne que « la lettre tue, mais l’Esprit vivifie. » (2 Co 3, 6).
Dès lors, nous ne pouvons prendre à la lettre tous les commandements de la Bible. Le Seigneur a voulu nous manifester par ce précepte le péril de tomber dans le péché et la nécessité de le fuir, dût-on y perdre ce que l’on a de plus précieux.
33. La simplicité§
Question
Qu’entend-on par « simplicité » dans le christianisme ?
Réponse
La simplicité consiste à n’être point compliqué ; et dans le christianisme, elle signifie également n’être point naïf.
Le chrétien peut être simple, c’est-à-dire droit et modeste de caractère, tout en demeurant sage en même temps. La simplicité chrétienne est une sage simplicité. La sagesse chrétienne est une sagesse exempte de complication, j’entends par là sans détour, non point obscure comme le sont certaines philosophies. C’est pourquoi le Seigneur a dit : « soyez prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. » (Mt 10, 16).
34. L’attitude du christianisme à l’égard du vin§
Question
Quelle est la doctrine du christianisme touchant le vin ? Est-il permis ou défendu ? Ou bien quand est-il permis ou défendu ?
Réponse
En réponse à cette question, je voudrais soumettre à votre attention trois points, qui sont les suivants :
1. Le christianisme ne proscrit point la substance en tant que substance, mais il en proscrit plutôt l’abus.
2. Le christianisme orthodoxe distingue entre le vin et les boissons enivrantes ou spiritueuses, et il prohibe ces dernières.
3. Il existe des situations où le christianisme condamne le vin. Abordons le premier point : 1. Le christianisme n’interdit pas la substance :
La substance en elle-même n’est pas défendue, autrement Dieu ne l’aurait pas créée. Mais dans quelle mesure devons-nous appliquer cette règle au vin ?
Ce qu’il y a de plus dangereux dans le vin, c’est sa teneur en alcool, et le christianisme n’interdit pas l’alcool en tant que substance.
L’alcool est utilisé en médecine, dans les produits de nettoyage, dans les parfums, et entre dans la composition de nombreux médicaments, outre d’autres usages salutaires. Par conséquent, il n’est pas prohibé en lui-même, et nous ne pouvons l’interdire. Mais lorsqu’on abuse de l’alcool, cela est défendu.
L’interdiction porte sur le mauvais usage de la substance et non sur la substance elle-même.
Prenons l’exemple des drogues :
Nous en interdisons l’abus, car les drogues ruinent la vie, la santé et la dignité d’une personne, dissipent son argent et la poussent à commettre des crimes. Les drogues, en tant que substances, ne sont pourtant pas interdites en elles-mêmes, car on en a besoin pour anesthésier lors des interventions chirurgicales ; mais c’est là employer les propriétés des drogues à une fin bonne, de manière salutaire et sans que cela conduise à l’accoutumance. De fait, utilisée de la sorte, la drogue pénètre dans le subconscient, bien loin de la volonté, du désir ou des convoitises du patient que le médecin anesthésie.
Même les poisons ne sont pas « mauvais » en eux-mêmes, puisque certains sont employés en médecine dans le cadre d’un traitement.
Selon l’un de nos poètes :
« Un poison peut être le contrepoison d’un autre, et ce qui pourrait empoisonner peut fort bien guérir ce qui est incurable. »
À partir de ce principe, et selon ce raisonnement, nous pouvons poursuivre et parler du vin : nous ne prohibons pas le vin en lui-même en tant que substance, mais seulement son abus ; ainsi que je l’ai dit plus haut, je vais maintenant expliquer en quoi consiste exactement cet abus.
Le vin était utilisé autrefois pour traiter les maladies, avant que la science pharmaceutique ne se développât.
Nous le remarquons dans le récit du bon Samaritain (Lc 10, 34), et dans le conseil donné par Paul à son disciple Timothée, lorsqu’il dit : « Cesse de ne boire que de l’eau ; mais use d’un peu de vin, à cause de ton estomac et de tes fréquentes indispositions » (1 Tm 5, 23).
Et à certaines personnes âgées dont le corps avait perdu beaucoup de sa chaleur naturelle, on avait coutume de donner un peu de vin — à titre de remède — pour aider à restaurer la chaleur dont leur corps avait besoin.
De même, les habitants de certains pays au froid glacial prennent un peu de vin pour se réchauffer, ce qui est le contraire de notre pays chaud, où le corps de nombreuses personnes est grandement éprouvé par la chaleur excessive.
2. Le vin et les boissons enivrantes :
La Sainte Écriture établit une distinction claire entre le vin et les liqueurs enivrantes.
Parmi les nombreux versets qui le montrent, je pourrais mentionner :
1. « Tu ne boiras ni vin, ni boisson enivrante, toi et tes fils avec toi, lorsque vous entrerez dans la tente d’assignation, de peur que vous ne mouriez » (Lv 10, 9).
2. Et il dit à la mère de ce géant, Samson, lors qu’elle le portait en son sein : « Maintenant prends bien garde de ne boire ni vin ni boisson similaire, et de ne rien manger d’impur » (Jg 13, 4). Et il dit aussi à son mari, le père de Samson : « Ta femme […] ne mangera rien de ce qui provient de la vigne, elle ne boira ni vin ni boisson similaire, et ne mangera rien d’impur ; qu’elle observe tout ce que je lui ai prescrit » (Jg 13, 14).
3. Et il fut dit de Jean le Baptiste : « Il ne boira ni vin, ni boisson forte… » (Lc 1, 15).
Ainsi, dans chaque cas, il y avait une distinction nette entre le vin et les boissons plus fortes.
Mais quelle est la différence fondamentale entre eux ? Et comment pouvons-nous les distinguer ?
La différence essentielle réside dans la quantité d’alcool que chacun renferme, et c’est par là que nous pouvons distinguer deux sortes de vin : celui produit par fermentation, et celui produit par distillation.
Le vin produit par fermentation naturelle ne contient guère plus de 5 ou 6 % d’alcool, et c’est ce que nous employons à l’Église durant l’Eucharistie, ce qui relève de l’appellation de « vin ». Nous entendons par là cette sorte de vin qui n’est pas enivrante, et dont on ne prend que de très rares gouttes, une fraction de petite cuillère mêlée d’eau durant l’office.
En revanche, les liqueurs ou spiritueux préparés par distillation peuvent parfois contenir jusqu’à 50 % d’alcool, ou environ. C’est cela qui relève de la désignation de « boissons enivrantes », et nous les prohibons parce que l’Écriture le fait, comme je l’ai montré plus haut.
3. L’abus du vin :
C’est là une chose défendue, et voici quelques cas et exemples d’un tel mauvais usage : a) S’il est nuisible à la santé d’une personne, à la vigueur de son esprit et à sa personnalité.
b) S’il conduit à l’ivrognerie, à la perte de la maîtrise de son corps, à une mauvaise conduite ou à des débordements immoraux.
c) S’il crée une accoutumance, poussant la personne à boire toujours davantage jusqu’à ce que cela devienne une habitude difficile à rompre, ou une dépendance qui la subjugue, au point qu’elle en vienne à boire sans motif et sans nécessité.
d) S’il entraîne des conséquences sociales néfastes, ce qui arrive fréquemment.
e) Lorsqu’il constitue une pierre d’achoppement pour autrui (Rm 14, 12).
f) Si l’on en use lors de circonstances saintes ou en des lieux saints (en dehors de l’Eucharistie, bien entendu), pour venir ensuite servir Dieu après avoir absorbé de l’alcool. La Sainte Écriture défend de boire du vin pour toutes les raisons susmentionnées. Il existe à travers le monde des associations chrétiennes pour la prohibition des boissons enivrantes.
L’une des raisons de prohiber ces boissons enivrantes réside dans le tort qu’elles peuvent causer à la santé de l’homme.
L’Écriture dit : « Ne sois point parmi les buveurs de vin… car l’ivrogne… s’appauvrit » (Pr 23, 20).
Et quant à leur interdiction en raison de leur pouvoir de causer l’ivresse, la défaillance physique et de conduire à la dépravation :
L’apôtre Paul dit : « Ne vous enivrez point de vin : c’est de la débauche » (Ep 5, 18). Paul mentionne ici deux conséquences funestes de la consommation d’alcool : l’ivresse et la débauche. L’Écriture déclare également : « Le vin est moqueur, la boisson forte est tumultueuse ; quiconque s’y égare n’est point sage » (Pr 20, 1).
Une distinction est établie ici entre le vin et la bière. Toutefois, l’expression « quiconque s’y égare » s’applique à quiconque boit avec trop d’excès pour demeurer sobre ; car, même si le degré d’alcool d’un vin ou d’une boisson alcoolisée n’est pas très élevé, il s’accroît manifestement lorsqu’on en absorbe une grande quantité, ce qui conduit alors à l’ivresse. L’Écriture réprouve quiconque enivre son compagnon en lui versant un excès d’alcool (Ha 2, 15).
L’Écriture refuse aux ivrognes l’accès au royaume des cieux (1 Co 6, 10), et proscrit toute fréquentation avec les ivrognes (1 Co 5, 11).
Lorsqu’il s’agit de proscrire le vin en raison de ses effets délétères, l’Écriture dit : « Pour qui les gémissements ? Pour qui les peines ? Pour qui les querelles ? Pour qui les plaintes ? Pour qui les blessures sans cause ? Pour qui les yeux troubles ? Pour ceux qui s’attardent auprès du vin, pour ceux qui vont s’enquérir de vin frelaté » (Pr 23, 29-30).
Nous voyons ici de quelle manière l’Écriture fait peser le malheur et la ruine sur quiconque est asservi au vin.
L’Écriture dit encore : « Ne regarde point le vin quand il rougeoie, quand il étincelle dans la coupe, quand il coule avec douceur ; à la fin, il mord comme un serpent, et il pique comme une vipère » (Pr 23, 31-32). Et au sujet du préjudice causé par le vin, elle affirme : « Le vin est moqueur, la boisson forte est tumultueuse » (Pr 20, 1).
Il existe bien d’autres versets touchant la prévention de l’accoutumance et de l’intempérance, à l’instar de ce que déclare Pierre à propos de ceux qui suivent le chemin du mal :
« C’est assez, en effet, d’avoir dans le temps passé… marché dans la dissolution, les convoitises, l’ivrognerie… » (1 P 4, 3) (Voir aussi 1 Tm 3, 8 ; Tt 1, 7 et 2, 3).
Et quant à l’interdiction du vin lors des occasions saintes :
Le Seigneur dit à Aaron : « Vous ne boirez ni vin, ni boisson enivrante, toi et tes fils avec toi, lorsque vous entrerez dans la tente de réunion, de peur que vous ne mouriez » (Lv 10, 9). L’Écriture dit aussi : « Aucun prêtre ne boira de vin lorsqu’il entrera dans le parvis intérieur » (Ez 44, 21).
Le prophète Daniel, évoquant son temps de jeûne, dit : « Je ne mangeai point de mets délicats, il n’entra ni chair ni vin dans ma bouche » (Dn 10, 3). Et l’Écriture rapporte que, lorsque Daniel séjournait dans le palais de Nabuchodonosor, il « résolut de ne point se souiller avec les mets du roi » (Dn 1, 8).
Il était défendu au naziréen de boire du vin. En vérité, il ne lui était même point permis de consommer du jus de raisin (Nb 6, 3).
Il n’était pas non plus permis aux rois de boire du vin.
L’Écriture dit à ce propos :
« Ce n’est point aux rois, ô Lemuel, ce n’est point aux rois de boire du vin, ni aux princes de rechercher la boisson enivrante » (Pr 31, 4).
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35. La volonté et la permission de Dieu§
Question
Si tout advient selon la volonté de Dieu, et que rien ne survient sur la face de la terre sans Son seul commandement, pourquoi alors n’empêche-t-Il point le mal avant qu’il ne s’accomplisse ?
Réponse
Avant d’en venir à la réponse, relevons diverses erreurs contenues dans ta question.
Il est inexact d’affirmer que rien ne survient sur terre sans la volonté de Dieu, car de multiples fautes, maux, crimes et iniquités ne se produisent que trop fréquemment dans le monde ; et comment tout cela pourrait-il être « selon la volonté de Dieu » ? Cela ne saurait aucunement se concevoir. Tous les meurtres, les adultères, les larcins, les fraudes et les mensonges qui ont cours dans le monde pourraient-ils jamais être conformes à la volonté divine ? ! Non, assurément. Et Dieu se complaît-Il à ce que toutes ces choses adviennent ? ! Non, nullement.
Par conséquent, tes paroles « tout arrive selon la volonté de Dieu » sont théologiquement inexactes, car « tout » devrait inclure le mal aussi bien que le bien. Lorsque de mauvaises choses se produisent, cela ne saurait en aucun cas être conforme à la volonté de Dieu, car Dieu ne désire jamais le mal.
Dieu ne veut jamais que ce qui est bon. Il veut que tous soient sauvés et que tous parviennent à la connaissance de la Vérité. Tout le bien qui advient sur la terre aux hommes, ou qui est accompli par eux, s’accomplit conformément à la volonté de Dieu, mais non le mal. Quelle est donc la place du mal par rapport à la volonté de Dieu ?
C’est Dieu qui a accordé le libre arbitre à l’humanité. C’est Dieu qui permet aux êtres humains d’agir à leur guise, en bien ou en mal, sans quoi ils ne seraient rien de plus que des automates.
Le bien que l’homme accomplit, il le fait selon la volonté de Dieu, tandis que les mauvaises actions qu’il commet sont tolérées par Dieu, mais ne rencontrent point Son approbation. Il y a une différence entre ce que Dieu veut et ce que Dieu permet. Sa volonté ne porte jamais que sur ce qui est bon. Mais Il tolère ce qui n’est pas bon, parce que c’est la conséquence inévitable de cette liberté de choix qu’Il a accordée à certaines de Ses créatures.
36. Les fruits du péché§
Question
J’ai été pour certains une occasion de chute, et ils sont tombés lourdement dans le péché à cause de moi. Je me suis repenti par la suite, mais eux ne l’ont pas encore fait. Je vois encore les fruits de ma chute première dans la vie de ces personnes. Mon repentir suffit-il pour que je sois pardonné ?
Réponse
C’est là une question difficile, et dont la portée est considérable. En substance, la voici :
Une personne qui s’est repentie, alors que ceux qui ont péché à cause d’elle ne se sont point repentis, porte-t-elle encore la responsabilité de leur péché ?
Cette question nous montre à quel point, avec quelle profondeur et dans quelle mesure le péché peut affecter personnellement quelqu’un. Une personne a pu délaisser son péché, mais celui-ci peut encore exercer une influence sur autrui, une influence que cette personne a constamment sous les yeux. Elle en sera attristée, elle en souffrira, et éprouvera l’ampleur de sa propre responsabilité. Dès lors, que peut-elle faire ?
Il est concevable qu’elle fasse tout son possible pour tenter d’amener à la repentance ces personnes qu’elle a fait tomber. Mais qu’en est-il si elles ne se repentent point ?
Elle a pouvoir d’agir sur elle-même, mais que peut-elle faire à l’égard des autres ? À l’évidence, une telle personne mènera une vie triste et douloureuse pendant longtemps. Toute joie que son repentir aurait pu lui procurer ne saurait compenser la douleur qu’elle ressent à voir les effets dévastateurs de son péché sur autrui, surtout si ces âmes ont réellement mal tourné ou ont péri.
Il se peut que ces paroles : « vie pour vie » surgissent devant elle, de sorte qu’elle crie vers Dieu en disant : « Délivre-moi du sang versé, ô Dieu, Dieu de mon salut ! » (Ps 51, 14).
Elle peut s’efforcer de faire tout ce qui est en son pouvoir pour les autres, bien qu’elle puisse se trouver dans l’impossibilité de faire quoi que ce soit. De surcroît, renouer le contact avec eux pourrait bien s’avérer dangereux pour elle, et il vaut peut-être mieux qu’elle s’en tienne bien éloignée, de peur d’être elle-même entraînée vers sa perte.
Peut-être ceux qu’elle a fait tomber ont-ils à leur tour fait tomber bien d’autres personnes, si bien que le cercle s’est élargi. Outre les suites directes du péché, il y a également des suites indirectes. N’est-il point vrai que nous ne pouvons mesurer l’étendue de nos péchés, ni le degré de leur influence ?
Le premier conseil que je donnerais à celui qui pose cette question est d’être véritablement et sincèrement contrit, et de s’humilier devant Dieu, en priant pour les âmes des autres, afin que Dieu leur envoie du secours pour qu’elles soient sauvées.
Qu’il s’impose également des jours de jeûne, qu’il demande à l’Église des prières lors de la sainte Messe et qu’il fasse des métanies pour eux. Qu’il verse d’abondantes larmes à leur intention, et qu’il se remémore ce que le Seigneur a dit : « Malheur au monde à cause des scandales ! Car il est nécessaire qu’il arrive des scandales ; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive ! » (Mt 18, 7). Qu’il demande la repentance pour toutes ces personnes, et qu’il agisse en leur faveur, fût-ce de manière indirecte, en leur envoyant des guides ou des pères spirituels.
Et celui qui s’est repenti ne périra point à cause d’eux. Notre exemple en cela est sainte Marie la Copte.
Dans la première partie de sa vie, avant de se repentir, elle fut une occasion de chute pour des milliers de personnes, et certaines ont pu périr à cause d’elle. Mais grâce à sa repentance sincère et véritable, elle devint une grande sainte, et ses péchés passés lui furent pardonnés.
Nous ne devons pas oublier non plus que ceux qui tombent dans le péché y sont entrés de plein gré et en toute connaissance de cause ; par conséquent, l’entière responsabilité de leur chute ne repose point tout entière sur celui qui a été pour eux une occasion de trébucher.
En fait, ils ont cédé à la pierre d’achoppement et l’ont acceptée. Néanmoins, celui qui les a poussés au péché pourrait se dire en lui-même : « Ils sont véritablement faibles et ils sont tombés, mais c’est moi qui ai fourni l’incitation à leur faiblesse, et je n’ai eu ni égard ni pitié pour leur manque de volonté. J’aurais dû les protéger et les fortifier, au lieu d’être pour eux une occasion de chute. Sans moi, peut-être ne seraient-ils jamais tombés. »
Une telle personne ressemble au conducteur d’une automobile qui a renversé quelqu’un et lui a causé une infirmité permanente ; bien qu’il ait exprimé ses regrets pour ce qu’il a commis et que Dieu lui ait pardonné, chaque fois qu’il voit celui qu’il a estropié ou qu’il pense à lui, il éprouve une profonde tristesse.
Cette tristesse, toutefois, contribuerait manifestement à rendre son repentir encore plus agréable à Dieu.
37. La vie spirituelle et les épreuves§
Question
Plus je m’approche de Dieu, plus les épreuves, les problèmes et les difficultés semblent se multiplier pour moi, de sorte que je me lasse et me dégoûte de la vie. Je ne semble trouver d’autre issue que de m’éloigner de Dieu, afin d’obtenir une vie plus aisée et plus paisible, comme tous ces gens qui se tiennent à distance de Dieu ! Pourquoi Dieu permet-il que cela m’arrive ?
Réponse
Chaque fois que tu suis le chemin de Dieu et que tu grandis dans ta vie spirituelle, les démons deviennent jaloux de toi et s’efforcent de t’écarter de Sa voie, ce qu’ils font, par exemple, en suscitant le genre d’épreuves qui t’arrivent présentement.
Si donc tu t’éloignes de Dieu et abandonnes la voie spirituelle, tu auras accompli le désir de Satan, et il t’aura vaincu dans le combat.
Écoute les paroles de saint Paul : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien » (Rm 12, 21).
Ainsi, lorsque les peines commencent, sois patient et efforce-toi d’accomplir encore davantage de bonnes œuvres ; alors Satan désespérera de toi, voyant que les tourments qu’il t’a infligés ont produit l’effet inverse, et il te quittera pour chercher autre chose.
Aie la certitude que la grâce de Dieu se tiendra à tes côtés, te soutiendra et t’accordera la victoire. De cette manière, c’est Satan qui désespérera de toi, au lieu que tu désespères des miséricordes de Dieu. La patience de Dieu et Son absence d’intervention pour te sauver, au commencement de tes épreuves, n’ont eu pour but que d’éprouver ton cœur et de voir quel est son attachement à Dieu !
Et ne t’imagine pas que ceux qui vivent loin de Dieu vivent dans le repos.
Leur conscience au-dedans d’eux les tourmente, et ils n’ont aucune paix de l’esprit. Et dans l’au-delà, ils vivront dans un trouble perpétuel, tandis que sur la terre, leur péché leur cause également bien des tourments. S’ils semblent jouir de la paix et de l’aisance, ce n’est ni une paix véritable ni un repos véritable.
Sois assuré que tout effort accompli pour le Seigneur recevra sa récompense, tant sur la terre que dans les cieux, car « chacun recevra sa propre récompense selon son propre labeur » (1 Co 3, 8).
L’histoire du mauvais riche et du pauvre Lazare nous offre une image claire de ce sujet. Et le Seigneur Jésus-Christ nous a dit : « Vous aurez des tribulations dans le monde » (Jn 16, 33), mais Il nous a également assuré que même les cheveux de notre tête sont tous comptés.
Il nous a promis de nombreuses consolations et de multiples réconforts, et Il a promis de nous conduire dans Son cortège de victoire.
Veille donc à bien comprendre que tes peines ne viennent pas de Dieu, mais de Satan qui est jaloux de toi. Notre père l’apôtre Jacques a dit : « Que personne, lorsqu’il est tenté, ne dise : « C’est Dieu qui me tente » » (Jc 1, 13).
Veux-tu donc abandonner Dieu, qui ne t’a jamais causé la moindre peine, pour t’allier avec Satan, qui t’en suscite tant ? Veux-tu être semblable à celui qui devient l’ennemi de ses amis et se lie d’amitié avec ses ennemis ? !
Prends donc patience, et reçois la bénédiction ainsi que la couronne réservées à l’endurance des épreuves, et aie la foi que Dieu te donnera le repos, car Il a dit : « Venez à Moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et Je vous donnerai le repos » (Mt 11, 28). Et dis-toi en toi-même : « Que sont mes peines en comparaison de celles qu’ont endurées les saints et les martyrs pour le nom du Seigneur ? ! »
38. Être parfait : que cela signifie-t-il, et quelles en sont les limites ?§
Question
La Bible dit : « Vous serez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). Que signifie être « parfait », et comment un être humain peut-il y parvenir ? Quand peut-on dire d’une personne qu’elle est « parfaite » ?
Réponse
La perfection absolue n’appartient qu’à Dieu seul ; aucun être humain ne peut jamais l’atteindre, car nous serons tous trouvés insuffisants, une fois pesés dans la balance.
Ainsi, la perfection qu’un être humain peut atteindre est une perfection relative.
L’état de perfection auquel il peut parvenir sera proportionné à ses capacités, à ses possibilités et à la mesure de la grâce céleste qui lui est accordée.
Le Seigneur Dieu, parlant du juste Job, a dit : « cet homme était intègre et droit ; il craignait Dieu, et se détournait du mal » et « il n’y a personne comme lui sur la terre » (Job 1, 1 et 8). La « perfection » de Job n’était que relative et non absolue.
En ce même sens, il est dit de Noé qu’il était un homme juste et craignant Dieu : « Noétait un homme juste et intègre dans son temps ; Noé marchait avec Dieu » (Gn 6, 9).
Jacob, lui aussi, était intègre, bien qu’il eût diverses faiblesses (Gn 25, 27). Mais Dieu juge chaque être humain eu égard à ses facultés propres, selon l’époque à laquelle il vit, selon sa stature spirituelle et l’œuvre de l’Esprit en lui.
La qualité de perfection peut être relative à un commandement particulier, comme lorsque le Seigneur Jésus dit au jeune homme riche : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres » (Mt 19, 21).
Il est de notre devoir de tendre à la perfection, mais nous ne pouvons jamais prétendre l’avoir atteinte. En tout état de cause, le chemin de la perfection est fait d’étapes, en sorte que dès qu’un homme en atteint une, il en trouve une autre plus élevée et plus lointaine qui l’attend, et il devient semblable à celui qui poursuit l’horizon.
Considère saint Paul, l’apôtre qui fut ravi jusqu’au troisième ciel et qui travailla plus péniblement que tous les autres apôtres, lui qui a dit :
« Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection ; mais je cours pour tâcher de le saisir… mais je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant » (Ph 3, 12-14).
Si le grand saint Paul ne s’estimait pas devenu parfait, mais considérait qu’il lui fallait lutter et tendre de tout son être pour y parvenir, que pourrons-nous dire de nous-mêmes ?
Malgré cela, Paul dit immédiatement après : « Nous tous donc qui sommes parfaits, ayons cette même pensée » (Ph 3, 15), désignant par là tous ceux qui auraient pu s’estimer « parfaits », ou que d’autres auraient pu juger parvenus à un tel état.
Un écolier du cycle primaire peut obtenir la meilleure note en mathématiques, et l’on dira de lui qu’il est parfait à ce niveau. Mais en grandissant, il s’élève ensuite du niveau de « perfection » de l’école primaire à celui de l’école élémentaire supérieure, puis au plus haut niveau de l’enseignement secondaire, et ainsi de suite jusqu’à l’université. Mais chaque degré de « perfection » demeure relatif, et même ainsi, il ne se jugera jamais devenu « parfait » en mathématiques, car il reste toujours des degrés plus élevés à franchir.
39. Les personnes qui se sont confessées mais dont les péchés n’ont pas été pardonnés§
Question
Quel est ton avis sur les personnes qui se sont confessées, mais dont les péchés n’ont pas été pardonnés, comme Pharaon qui confessa son péché à Moïse (Ex 9, 27), Akân fils de Carmi qui se confessa à Josué (Jos 7, 20), et le roi Saül qui se confessa au prophète Samuel (1 S 15, 24-26) ?
Réponse
Le sacrement de la confession dans l’Église est également appelé le sacrement de pénitence. L’homme doit se montrer repentant avant de venir confesser ses péchés. Une confession sans contrition pour ses fautes est sans valeur, et celui qui se confesse ne saurait obtenir le pardon s’il ne fait pénitence.
Ceux que tu as mentionnés se sont confessés, mais sans se repentir. Pharaon s’est écrié : « J’ai péché », mais son cœur demeurait endurci au-dedans de lui. Il n’était pas mû par le remords, mais par la terreur des fléaux ; car aussitôt chaque fléau écarté, il se manifestait sous sa véritable nature.
Akân, fils de Carmi, ne vint point trouver Josué dans la confession et la pénitence : c’est Dieu qui révéla son péché contre son gré, de sorte qu’il fut contraint d’avouer sa faute. Le peuple tout entier essuya la défaite, sans qu’Akân se confessât. Le Seigneur dit : « Israël a péché… ils ont même pris des choses dévouées par interdit, et ils ont dérobé et menti » (Jos 7, 11), et pourtant Akân ne s’accusa point. Alors commencèrent le tirage au sort et les imprécations, sans qu’il admît encore son méfait. Même lorsque le sort désigna sa propre tribu, puis son clan, puis sa propre maison, Akân ne se confessa pas. C’est ainsi qu’à la fin le Seigneur le démasqua nommément, et il fut forcé d’avouer. Était-il pour autant, après tout cela, repentant ?
Le roi Saül n’était point repentant, même lorsqu’il dit : « J’ai péché ». Son unique fin était d’obtenir que Samuel revînt avec lui. Il n’agissait point par regret de ce qu’il avait perpétré, mais pour préserver son prestige, afin de relever le front devant le peuple ! C’est pourquoi il déclara : « honore-moi maintenant, je te prie, en présence des anciens de mon peuple et en présence d’Israël » (1 S 15, 30).
40. La spiritualité des moines et des laïcs§
Question
Dieu exige-t-il davantage, en matière de prières, de jeûnes, de dévotion, etc., de la part des pères moines que de la part des fidèles laïcs ?
Réponse
Oui, indubitablement. Il est exigé davantage des moines parce qu’ils se trouvent dans un état de consécration totale au Seigneur, à la différence des laïcs qui ont d’autres engagements qui les distraient. Néanmoins, il est requis de tous de tendre vers la sainteté et la perfection.
Le Seigneur Jésus a dit : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5, 48) Ce commandement était destiné à tous les hommes, bien avant que n’apparaissent les ordres monastiques.
Toutefois, les degrés de perfection et de sainteté que chacun peut atteindre diffèrent d’un individu à l’autre.
Pour ce qui est des prières, les sept prières sont requises de tout croyant orthodoxe, et le prophète David, bien qu’il eût de nombreuses responsabilités en tant que roi, avait coutume de les prier, comme il le dit dans son psaume : « Sept fois le jour je Te loue, à cause des jugements de Ta justice. » (Ps 119 118, 164) De même, les prières de la nuit sont requises de tous, et David les priait également (Ps 119 118, 148).
La règle des moines, cependant, implique des prières constantes et ininterrompues.
C’est là une chose que les laïcs ne peuvent accomplir, en raison de la nécessité où ils se trouvent de consacrer du temps au travail, à leur famille, ainsi qu’à diverses activités et charges. Néanmoins, le commandement prescrit de « prier sans cesse » (1 Th 5, 17) et qu’« il faut toujours prier, et ne point se relâcher » (Lc 18, 1), et cela s’adressait à tous les hommes, bien avant le monachisme.
Chacun doit persévérer dans la prière autant qu’il le peut.
En ce qui concerne le jeûne, tous les fidèles orthodoxes, à l’exception des nourrissons, des enfants, des femmes enceintes et de celles qui allaitent, des personnes âgées et de ceux qui sont malades, sont tous tenus d’observer tous les jeûnes de l’Église copte.
Les moines, en revanche, ont leur règle propre qui comporte certains degrés d’abstinence. Certains d’entre eux peuvent s’abstenir entièrement de nourriture durant des jours et ne consomment aucun mets agréable au goût. Et il est des monastères où l’on ne mange aucune nourriture carnée.
L’ascèse des moines quant à leurs vêtements diffère également de celle des laïcs, qui vivent dans une société avec toutes ses exigences particulières.
41. Jésus-Christ et l’accomplissement de Sa mission§
Question
Est-il exact que le Seigneur Jésus-Christ n’a point achevé Sa mission, mais qu’Il l’achèvera au jour où Il ressuscitera à la vie ?
Réponse
L’œuvre du Christ, en ce qui concerne Sa divinité, est perpétuelle, éternelle, et à cela s’appliquent ces paroles : « Mon Père agit jusqu’à présent, et Moi aussi J’agis. » (Jn 5, 17)
Quant au temps de Son incarnation, le Seigneur Jésus a achevé l’œuvre pour laquelle Il était venu, qui était de racheter le monde et de nous sauver tous de la condamnation du péché, car : « le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (Lc 19, 10) Touchant cette mission, Il a dit sur la croix : « Tout est accompli » (Jn 19, 30).
L’œuvre du Christ comme médiateur en notre faveur demeure toutefois constante en tout temps, comme l’a dit l’Apôtre (1 Jn 2, 1).
Il est une autre œuvre que le Christ accomplira à la fin des temps, lorsqu’Il viendra dans Son second avènement, à savoir juger les vivants et les morts et rendre à chacun selon ses œuvres (Mt 24, 25 ; Ap 22).
Même dans l’éternité, Son œuvre ne cessera point…
On ne saurait jamais affirmer, à propos d’aucune période de temps, que « la mission du Christ n’a point été achevée » ; ce serait là une déclaration inexacte, qui donnerait à penser qu’Il a échoué en quelque manière. Mais nous pouvons dire qu’Il a eu de multiples missions : la première fut dès le commencement, « par Lui, et sans Lui rien de ce qui a été fait n’a été fait » (Jn 1, 3), suivie de diverses sortes d’œuvres dont chacune fut pleinement accomplie, telle Son œuvre durant la période de Son incarnation sur la terre avant la crucifixion, pour enseigner, guider, former des disciples, propager la foi et préparer la voie afin que le mystère de la croix fût accueilli. C’est à ce propos qu’Il dit au Père : « Je T’ai glorifié sur la terre, J’ai achevé l’œuvre que Tu M’avais donnée à faire » (Jn 17, 4).
Après Son ascension aux cieux, il y eut une autre sorte d’œuvre qu’Il accomplit, qui fut d’envoyer le Saint-Esprit. Et cela advint le jour de la Pentecôte (Ac 2).
Quant à tes paroles : « lorsqu’Il ressuscitera à la vie », la réponse est que le Seigneur Jésus-Christ est déjà ressuscité. Il est ressuscité le troisième jour après Sa crucifixion, et tous les apôtres en ont étémoins. En outre, selon Sa nature divine, le Seigneur a toujours été vivant et ne mourra jamais.
42. Les pensées de propre justice§
Question
Que dois-je faire lorsque Satan m’attaque par des pensées de propre justice ?
Réponse
Il existe deux méthodes fondamentales pour combattre les pensées de propre justice : se souvenir de ses péchés et se rappeler les plus hauts degrés atteints par les saints.
Le souvenir de ses péchés rend l’homme humble, contrit et confus, car un seul péché peut causer sa perte. De même, se remémorer les plus hauts degrés que les saints ont atteints dans chaque vertu fera comprendre à l’homme combien il est insignifiant s’il se compare à un tel niveau.
Nous devons également attribuer à la grâce de Dieu toute vertu ou tout bien que nous aurions pu accomplir, et nous souvenir que la propre justice poussera la grâce de Dieu à nous abandonner et à nous laisser choir… ce qui nous fera promptement prendre conscience de notre faiblesse et revenir à une humble condition.
Tu dois donc te souvenir de craindre la chute chaque fois que tu cèdes à des pensées de propre justice, car « l’orgueil précède la ruine ».
43. Qui suis-je ? Et pourquoi suis-je venu ici ?§
Question
Qui suis-je ? Pourquoi suis-je venu ici ? Et pourquoi dois-je vivre et mourir ?
Réponse
Ce sujet pourrait faire l’objet de tout un livre, mais j’essaierai de te répondre brièvement.
1. Qui suis-je ?
*. Tu es un être humain, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26), et tu dois t’efforcer de préserver cette image divine.
*. Tu es un être vivant doté d’un esprit raisonnable, dont la vie ne s’achève pas avec la mort, mais se poursuivra. Tu as une conscience pour discerner le bien du mal, et tu es éclairé par l’Esprit de Dieu qui habite en toi (1 Co 3, 16).
*. Tu te distingues des autres créatures terrestres par un esprit intelligent, avec tout ce qu’il recèle d’entendement et de perception.
*. Par ton intelligence et ta volonté, tu es responsable de tes actes, premièrement devant Dieu, deuxièmement devant ta propre conscience, et troisièmement devant la société dans laquelle tu vis.
*. Que tu reçoives une récompense ou un châtiment dans l’au-delà, après le jugement devant Dieu, dépendra de la manière dont tu auras exercé ta responsabilité durant ta vie terrestre.
2. Pourquoi suis-je venu ici ?
C’est par Sa bonté que Dieu t’a accordé le don de l’existence.
Par Sa générosité et Son parfait désintéressement, Il t’a donné l’occasion d’exister, de jouir de la vie sur cette terre, et d’avoir la possibilité de vivre dans la félicitéternelle, si tu le désires et si tu agis de manière à la mériter.
3. Pourquoi suis-je vivant ?
Tu es vivant afin d’accomplir une mission, envers toi-même et envers les autres, afin de jouir de Dieu et de faire Son expérience ici-bas, et pour « goûter et voir combien le Seigneur est bon » (Ps 34, 8). De plus, ta volonté est mise à l’épreuve durant ton existence, pour voir dans quelle mesure elle est attirée vers le bien ou vers le mal. Ta vie est un temps d’épreuve pour voir si tu es digne du royaume des cieux, et pour déterminer de quel degré de vie tu jouiras dans l’éternité. Il te faut reconnaître et accomplir ta mission, et être une bénédiction pour la génération au milieu de laquelle tu vis. La mesure dans laquelle ta mission sera féconde et agissante déterminera la grandeur de ta vie sur terre et dans les cieux.
Et pourquoi dois-je mourir ?
Tu dois mourir afin de passer à une vie meilleure, dont il a été dit : « Ce que l’œil n’a point vu, ce que l’oreille n’a point entendu, et ce qui n’est point monté au cœur de l’homme… » (1 Co 2, 9). Tu pourras alors également entrer dans la plus admirable des communions, celle de Dieu, de Ses anges et de Ses saints. La mort n’est donc pas un anéantissement vers la destruction, mais un passage vers une autre vie.
Si ta vie sur terre ne faisait que se prolonger indéfiniment, tu demeurerais attaché aux choses matérielles et uni au corps terrestre, ce qui ne serait point bon pour toi. Il est bien meilleur pour toi de passer de la vie matérielle et corporelle à la vie de l’esprit et de l’éternité, et d’être avec le Christ, ce « qui est de beaucoup le meilleur » (Ph 1, 23). C’est pourquoi les saints aspiraient tant à être délivrés de ce corps terrestre. Ceux qui craignent la mort sont ceux qui ne s’y sont pas préparés, et qui n’ont pas l’assurance de passer à une vie meilleure… ou qui nourrissent des désirs terrestres auxquels ils ne veulent point renoncer !
L’homme meurt parce que la mort est préférable pour le monde. Il serait inconcevable que les hommes vivent sans jamais mourir ; si les générations se succédaient sans fin, la terre manquerait d’espace, les vieillards seraient accablés par le poids croissant de la vieillesse et auraient besoin de personnes pour les servir, prendre soin d’eux et les aider à porter leurs fardeaux. Ainsi, chaque génération doit mourir afin de donner à la génération suivante la possibilité de vivre sur terre et de prendre sa juste place dans l’ordre des choses.
44. Prières et prosternations§
Question
Quelles prières convient-il de réciter lors des prosternations ?
Réponse
Ce peuvent être des prières d’humiliation devant Dieu et de confession de ses péchés en Sa présence, accompagnées d’une demande de miséricorde. À chaque prosternation, le fidèle peut confesser un péché et s’accuser devant Dieu en disant : « Aie pitié de moi, ô Dieu, car j’ai commis telle et telle faute ».
Ce peuvent être des prières d’action de grâce dans lesquelles la personne remet en mémoire les miséricordes de Dieu envers elle ou envers les siens, et, à chaque prosternation, elle peut se rappeler certains des bienfaits de Dieu.
Ce peuvent être des prières de demande, dans lesquelles celui qui prie mentionne ce qu’il désirerait recevoir personnellement, ou ce qu’il souhaite que Dieu accorde à l’Église ou à autrui. En fait, les prosternations peuvent être accompagnées de toute prière appropriée de ce genre.
