Sur les Morts
- 01 — Discours sur « ceux qui SE sont endormis dans LA mort » (1 Thes. 4,13)
- 1.1 — L’affliction du deuil, due à l’habitude du présent, n’est pas raisonnable
- 1.2 — But du discours : la conversion au vrai bien
- 02 — Premiere partie : recherche du vrai bien
- 2.1 — Définition du vrai bien
- 2.2 — Caractérisation de la vie corporelle
- 2.3 — La mort est libération du mal et passage vers le vrai bien
- 2.4 — La prison du monde et la beauté du ciel
- 03 — Deuxieme partie : exhortation à la connaissance de la vie incorporelle
- 3.1 — Début de la prosopopée de l’esprit : la connaissance de soi par la connaissance de Dieu
- 3.2 — L’incorporéité est la vraie nature de l’homme
- 3.3 — Ampleur de l’ignorance humaine
- 3.4 — L’irrationalité de la crainte
- 3.5 — L’infantilité due à l’habitude
- 3.6 — La mort est une seconde naissance
- 3.7 — Rétablissement du jugement de l’âme, troublé par les sens
- 04 — Troisieme partie : défense du corps
- 4.1 — Le corps, moyen de maturation : comparaison avec l’épi de blé (cf. Mc 4,27sq ; cf. 1 Cor. 15, 35-49)
- 4.2 — Rôle de la mort au sein même de la vie
- 4.3 — La sauvegarde de la liberté humaine : la « tunique de peau » comme antidote
- 4.4 — La perversion de la nature est provisoire. Cécité de l’âme
- 4.5 — La chair n’est pas la cause du mal. Sens des besoins corporels
- 4.6 — La perversion des besoins en passions insatiables est la véritable cause du mal
- 05 — Quatrieme partie : la résurrection du corps
- 5.1 — Dignité du corps purifié par la mort. Image du bloc de fer
- 5.2 — Assurance de la transformation du corps, mystère de la divinisation de ses attributs
- 5.3 — Spiritualisation de la sexualité
- 5.4 — Abolition des particularités dues à l’âge ou à la maladie
- 5.5 — Le corps, expression de l’âme
- 5.6 — L’union des corps glorieux en Dieu
- 06 — Péroraison
- 6.1 — Tristesse du monde et tristesse selon Dieu
- 6.2 — L’ultime Consolation

Sur les Morts
Saint Grégoire de Nysse · 27 juin 2016 · 59 min de lecture · 2 788 vues
L’affliction du deuil, due à l’habitude du présent, n’est pas raisonnable§
Ceux pour qui la suite que prend nécessairement notre nature au sortir de la vie est un malheur, et qui sont accablés par le deuil de ceux qui passent de la vie d’ici-bas à la vie spirituelle et incorporelle, ne se sont pas demandé, me semble-t-il, ce qu’est notre vie, mais ont réagi comme la plupart des gens, qui, par une habitude sans raison, chérissent la réalité présente comme si elle était bonne quelle qu’elle soit. Or celui que la raison et la pensée placent devant la nature dénuée de raison doit pencher uniquement vers ce qui semble bon et souhaitable au jugement de sa raison ; il ne doit en aucun cas choisir ce que les gens, du fait d’une certaine habitude et d’une inclination insensée, trouvent agréable et conforme à leur désir. C’est pourquoi, à mon sens, il est bon d’écarter les gens de leur disposition habituelle par quelque méditation, pour les tourner, autant que possible, vers la pensée, qui est meilleure et plus appropriée aux hommes de raison. Car ainsi serait bannie de la vie humaine la déraison que les gens mettent à leurs passions.
But du discours : la conversion au vrai bien§
Notre effort de réflexion s’accorderait logiquement avec le sujet que nous nous proposons, si nous examinions d’abord ce qu’est le vrai bien, si ensuite nous considérions quel est le propre de la vie corporelle et, enfin, si nous opposions par une comparaison les biens présents à ceux que l’espérance nous réserve (cf. 2 Tim. 4,8).
Ainsi nos considérations parviendraient au but de ce discours : ramener de leur habitude la pensée des gens vers le bien. En effet, comme tout homme a en lui une propension naturelle au bien, et que toute décision y tend et se le propose comme but dans tout effort de la vie, c’est la méprise sur le bien véritable qui provoque d’ordinaire la plupart des fautes humaines ; car si le bien véritable était évident pour tous, nous ne manquerions pas de l’atteindre, lui qui a pour nature la bonté, et nous ne ferions pas volontairement l’expérience du mal, si la réalité n’était pas teintée d’une représentation mensongère du bien. Appliquons donc avant tout notre réflexion à ce qu’est le véritable bien, afin qu’aucune erreur à son sujet ne tourne nos efforts vers le moins bon plutôt que vers le meilleur ; aussi faut-il, à mon avis, mettre en préambule à notre discours une sorte de définition et de caractérisation de l’objet que nous cherchons : de cette manière, notre saisie du bien sera exempte d’erreur.
