Questions sur l’Evangile selon Saint Luc
- 01 — II. — Jésus enseignant sur la barque. » —
- 02 — III. — Va, montre-toi au prêtre. » —
- 03 — IV. — Paralytique descendu par la toiture. —
- 04 — V. — Comment Joseph put-il avoir deux pères. —
- 05 — VI. — Des soixante-dix-sept générations. —
- 06 — VII. — Main droite desséché. —
- 07 — VIII. — Mesure bonne, pressée, entassée et comble. —
- 08 — IX. — Jésus dit : « Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? » —
- 09 — X. — Bâtir sur la pierre. —
- 10 — XI. — Enfants assis sur la place publique et criant les uns aux autres. —
- 11 — XII. — Lampe sous le boisseau. —
- 12 — XIII. — De celui que possédait une légion de démons. —
- 13 — XIV. — Des soixante-douze disciples. —
- 14 — XV. — Lumière et ténèbres. —
- 15 — XVI. — Reproches aux Pharisiens. —
- 16 — XVII. — Pourquoi le Saint-Esprit est-il appelé le doigt de Dieu ? —
- 17 — Xviii.— Du jeûne des fils de l’Époux. —
- 18 — XIX. — Le bon samaritain. —
- 19 — XX. — Marthe et Marie. —
- 20 — XXI. — Les trois pains demandés au milieu de la nuit. —
- 21 — XXII. — Le pain, le poisson et l’oeuf. —
- 22 — XXIII. — La clef de la science. —
- 23 — XXIV. — La vie est plus que la nourriture. —
- 24 — XXV. — Les reins ceints et les lampes allumées. —
- 25 — XXVI. — De la mesure de froment. —
- 26 — XXVII. — La nuée s’élevant du côté de l’Occident. —
- 27 — XXVIII. — Impossible d’ajouter à sa taille. —
- 28 — XXIX. — Contre l’orgueil. —
- 28.1 — — De l’hydropique et de la femme courbée. —
- 29 — XXX. — Des invités au repas du soir. —
- 30 — XXXI. — Bâtir une tour, et se préparer à la guerre. —
- 31 — Xxxii.— Le sel affadi et la brebis perdue. —
- 32 — XXXIII. — L’enfant prodigue. —
- 33 — XXXIV. — Se faire des amis avec des richesses d’iniquité. —
- 34 — XXXV. — Le bien étranger. —
- 35 — XXXVI. — Nul ne peut servir deux maîtres. » —
- 36 — XXXVII. — Le royaume des cieux souffre violente. —
- 37 — XXXVIII. — Le mauvais riche. —
- 38 — XXXIX. — Augmentez-nous la foi. » —
- 39 — XL. — Les dix lépreux. —
- 40 — XLI. — Être sur le toit. —
- 41 — XLII. — Être dans les champs. —
- 42 — XLIII. — La femme de Loth.-
- 43 — XLIV. — Le lit, le moulin et le champ. —
- 44 — XLV. — Du juge inique importuné par une veuve. —
- 45 — XLVI. — Le prince qui va prendre possession de son royaume. —
- 46 — XLVII. — Du chameau qui passe par le trou d’une aiguille. —
- 47 — XLVIII. — Aveugles de Jéricho. —
- 47.1 — — Le temple
- 48 — XLIX. — De la vie des justes ressuscités. —
- 49 — L. — Prier pour n’entrer point en tentation. —
- 50 — LI. — Il fit semblant d’aller plus loin. » -

Questions sur l’Evangile selon Saint Luc
Saint Augustin · 15 juin 2016 · 92 min de lecture · 5 065 vues
QUESTION PREMIÈRE. — « Ta prière a été exaucée. »
Zacharie priant pour le peuple entend un Ange lui dire : « Ta prière a été exaucée : voilà qu’Élisabeth ton épouse concevra, » et enfantera un fils ; et tu appelleras ce fils du nom de Jean. n Zacharie offrait le sacrifice pour les péchés, le salut et la rédemption du peuple : puisque le peuple attendait qu’il eût achevé l’oblation. Or il n’est pas vraisemblable qu’il aurait interrompu la prière publique pour demander à Dieu des enfants, lui vieillard dont l’épouse était fort âgée. On ne demande pas d’ailleurs ce qu’on n’espère aucunement obtenir, et Zacharie avait tellement perdu toute espérance d’avoir jamais des enfants, qu’il ne crut point à la promesse de l’ange lui annonçant un fils. Cette parole : « Ta prière a été exaucée, » se rapporte donc à la prière qu’il faisait pour le peuple.
Comme le salut, la rédemption du peuple et l’abolition des péchés devaient s’accomplir par le Christ ; on annonça à Zacharie la naissance d’un Fils dont la destinée serait d’être le Précurseur du Christ. Zacharie ne crut point à la parole de l’Ange et l’Ange ajouta : « Et voilà que tu seras muet jusqu’à ce que ces choses s’accomplissent dans leur temps. » Ceci est la figure de l’état des prophéties qui furent comme muettes jusqu’à la venue de Jean ; ne pouvant alors être comprises. Ce ne fut qu’après leur accomplissement en Notre-Seigneur que leur sens fut découvert.
Jésus enseigne du milieu d’une barque les multitudes : c’est une figure du temps présent, où ce même Jésus enseigne les nations par l’autorité de l’Église. « Montant dans une barque qui était à Pierre, il prie celui-ci de s’éloigner un peu de terre. » Cela peut signifier qu’il faut user de discrétion en prêchant à la foule, qu’il ne faut ni la porter aux choses de la terre, ni l’en éloigner entièrement pour la jeter dans les profondeurs des mystères, dans lesquelles son intelligence ne puisse pénétrer. Cela peut signifier aussi que la prédication du salut doit se faire entendre d’abord aux Gentils des contrées voisines, et ce qui est dit ensuite à Pierre : « Avance en pleine mer, et jette tes filets pour la pêche, » désigne les nations plus éloignées qui reçurent plus tard la bonne nouvelle, selon cet oracle d’Isaïe : « Levez l’étendard au milieu des nations, vers celles qui sont près, et vers celles qui sont éloignées. »
Les filets qui se rompent à cause de l’abondance des poissons, les barques remplies et sur le point d’être submergées, représentent la multitude des hommes charnels qui entreront un jour dans l’Église, multitude immense, même après la rupture de l’unité, et l’expulsion des hérétiques et des schismatiques. C’est pourquoi l’Église humiliée d’une si grande perte de la foi et des bonnes mœurs, semble dire à Jésus. « Éloignez-vous de moi car je suis un homme pécheur. » Remplie de cette foule que tyrannisent les désirs de la chair, presque submergée par le débordement des vices, elle repousse en quelque sorte, la direction des ’hommes spirituels qui sont la vive expression du Christ. Ce n’est point à la vérité par des paroles que les hommes déréglés supplient de s’éloigner d’eux les dignes ministres de Dieu ; mais leur vie et leurs oeuvres font entendre une voix qui les pressé de s’éloigner, et de fuir la direction de ce peuple, tette voix est d’autant plus puissante que fon prodigue des honneurs à ceux que l’on repousse par une conduite criminelle.
Pierre tombant aux pieds du Seigneur nous représente ces hommages, et quand il dit : « Retirez-vous de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur, » c’est la figure de cette vie de licence. Jésus ne fait point ce que Pierre demande ; il ne se retire pas, mais faisant avancer les barques il amène les disciples au rivage. Cette conduite nous apprend que les hommes justes et spirituels ne doivent point se laisser aller à l’abattement à la vue des péchés des peuples, ni renoncer au ministère ecclésiastique pour mener une vie plus sûre et plus tranquille. « Les barques étant à bord, « Pierre, Jacques, et Jean, » quittant tout, le suivirent. » On peut voir ici la figure de ce qui arrivera à la fin des siècles, quand ceux qui s’attacheront à Jésus-Christ se retireront entièrement de la mer de ce monde.
