La première lettre de saint Antoine
Traduction de la version syriaque, par F. Nau
- 01 — Le propos de la lettre
- 02 — Les manuscrits utilisés
- 03 — Lettre de Mar Antoine adressée aux frères
- 3.I — Trois sortes de vocations
- 3.II — Rôle de l’Esprit Saint
- 3.III — Rôle de la conscience du cœur pour extirper les passions
- 3.IV — Trois genres de passions
- 3.V — Purification des yeux, des oreilles, de la langue
- 3.VI — Purification des mains, du ventre, des pieds
- 3.VII — Purification des passions de l’âme

La première lettre de saint Antoine
Traduction de la version syriaque, par F. Nau
Saint Antoine le Grand · 01 septembre 2026 · 17 min de lecture · 4 vues
Parmi les lettres conservées sous le nom de saint Antoine, la première seule figure sous son nom dans les manuscrits syriaques. D’après saint Jérôme, elle aurait été écrite en copte, puis traduite en grec. Le texte copte n’a pas été retrouvé ; du grec il ne reste qu’un fragment conservé dans les Apophtegmes des Pères1. La lettre n’est donc connue que par une traduction latine faite sur la version grecque2, et par une seconde traduction latine faite sur la version arabe. La première de ces traductions est obscure — les érudits eux-mêmes avouaient qu’à cause de l’enchevêtrement des mots elle ne se comprend pas aisément3 ; la traduction faite sur l’arabe provient sans doute du syriaque. Il n’est donc pas inutile de donner l’édition et la traduction de la version syriaque, qui compte d’ailleurs parmi les plus anciennes : elle est déjà contenue dans un manuscrit daté de 5344.
Les diverses versions, y compris le fragment grec, diffèrent beaucoup les unes des autres ; les manuscrits syriaques eux-mêmes offrent de nombreuses variantes, quelques-unes de peu d’importance, mais d’autres dues probablement à des lecteurs et à des scribes qui cherchaient à rendre ce petit texte plus intelligible.
Saint Antoine se propose d’indiquer aux frères la voie du salut. Il distingue d’abord, parmi les moines, ceux qui ont les vertus innées, ceux qui s’adonnent à la vertu dès qu’ils ont la connaissance des saints Livres, et enfin ceux qui y reviennent après un temps d’endurcissement (chapitre I). Vient ensuite le mécanisme de la pénitence : c’est l’Esprit qui montre la voie et qui aide à se convertir, en commençant par mortifier le corps (chapitre II) ; mais il se sert, comme intermédiaire, du cœur, ou mieux de « la conscience du cœur » : il l’éclaire, et c’est elle ensuite qui doit extirper toutes les mauvaises passions du composé humain, mélangées aux membres du corps (chapitre III). Les passions — toujours appelées « mouvements » — sont de trois sortes : elles sont infuses au corps mais soumises à la volonté, ou bien elles proviennent d’un excès de boire et de manger, ou enfin des esprits mauvais ; il faut lutter contre elles par « la conscience du cœur » soutenue par l’« Esprit » (chapitre IV). Viennent ensuite des conseils pour purifier chacun des sens : les yeux, les oreilles, la langue (chapitre V), puis les mains, le ventre et les pieds ; après quoi tout le corps est purifié et prêt pour la résurrection (chapitre VI). Il y a aussi des passions propres à l’âme, comme l’orgueil ; mais si l’âme a bonne volonté, Dieu lui enverra l’Esprit, et si elle lui obéit, il la sauvera (chapitre VII).
Dans toute cette lettre, c’est « l’esprit » qui joue le principal rôle. Vers la fin, on pourrait l’entendre de l’esprit de l’homme, conçu comme l’intelligence qui dirige la conscience du cœur, c’est-à-dire la volonté ; mais au commencement il s’agit de l’Esprit Saint, comme le porte explicitement un manuscrit : c’est donc à lui qu’il faut sans doute attribuer le principal rôle dans les conversions et les purifications. Vient ensuite « la conscience du cœur », ou « les yeux de l’âme », conçue comme intelligence et volonté.
