Monuments pour servir à l’histoire de l’Égypte chrétienne
Histoire de saint Pakhôme et de ses communautés — Histoire des monastères de la Basse-Égypte
- 01 — Tome premier — Histoire de saint Pakhôme et de ses communautés
- 1.1 — Introduction
- 1.2 — Vie de saint Pakhôme (texte copte)
- 1.3 — Vie de saint Théodore
- 1.4 — Vie de saint Pakhôme (version arabe)
- 02 — Tome second — Histoire des monastères de la Basse-Égypte

Monuments pour servir à l’histoire de l’Égypte chrétienne
Histoire de saint Pakhôme et de ses communautés — Histoire des monastères de la Basse-Égypte
Émile Amélineau · 08 septembre 2026 · 1488 min de lecture · 1 vue
Introduction§
Le but que je poursuis en publiant cette seconde série, qui ne sera pas la dernière, de documents pour servir à l’histoire de l’Égypte chrétienne, est le même que celui que j’ai voulu obtenir en publiant, dans les Mémoires de la mission permanente du Caire, une partie des œuvres qui peuvent être utiles à la connaisance des phénomènes religieux qui parurent en Égypte aux IVe et Ve siècles. Ce but est de venir en aide à ceux qui seraient attirés par une étude attrayante entre toutes et qui veulent s’y livrer sans parti pris et sans idée préconçue. Nul pays ne peut fournir en plus grand nombre, aux méditations du philosophe et de l’historien, des phénomènes moraux et religieux aussi complexes qu’étonnants. Je n’ai aucune envie de prétendre que les autres contrées de l’Orient ne peuvent avoir donné au monde des exemples aussi frappants des aberrations que peut produire le sentiment religieux dans une nation, lorsque cette nation est naturellement portée au mysticisme et que chez elle l’imagination est plus souvent en exercice que la froide raison ; je crois seulement que l’Égypte peut marcher de pair avec les contrées de l’extrême Orient les plus avancées sous ce rapport.
Ce que j’ai lu, dans les ouvrages qui traitent spécialement des religions de l’Inde en l’ancien temps comme dans les siècles modernes, m’a montré qu’au fond il n’y aucune différence dans la cause qui produit les phénomènes vraiment extraordinaires qu’il est d’usage de traiter de miracles, de prodiges ou d’impostures et de charlatanisme, selon l’école ou la secte religieuse à laquelle on appartient. Les unes ou les autres de ces appellations me semblent également exagérées. L’étude approfondie et rationnelle de ces phénomènes montre qu’ils partent de l’un des plus nobles et du plus profonds des sentiments humains, qu’ils ont vraiment, en un sens, une origine divine ; mais, comme pour nous apparaître, ils doivent nécessairement se faire jour par l’intermédiaire de l’homme, ils participent nécessairement à ce qu’il y a de théâtral et d’exagéré, de burlesque et de bas dans l’immense comédie humaine.
De là vient que presque toujours le même événement que nous qualifions de grandiose est à la fois sublime et ridicule : l’idée que que nous nous en faisons dépend de l’angle sous lequel nous le voyons. Il est également à craindre d’avoir trop de mépris ou trop d’admiration pour tout ce qui se rapporte à la manifestation humaine des sentiments religieux. On l’a dit depuis longtemps : l’excès en tout est un défaut, et le trop ne valut jamais rien. Pour ce qui regarde l’Égypte en particulier, jusqu’à notre époque l’Occident a vécu dans une admiration complète et obligatoire de ces ascètes fameux qui, dès la naissance, ou tout au moins dès la jeunesse du Christianisme, remplirent le monde de la renommée de leurs exploits spirituels et de leurs victoires sur le grand ennemi du genre humain, le dragon infernal inventé tout exprès pour perdre les hommes.
Le schisme religieux de l’Égypte, sa séparation éclatante d’avec la religion officielle des Papes et des Empereurs, ne détruisit en rien le culte admirateur que l’on rendait à la mémoire des anciens solitaires de la Thébaïde ou du désert de Nitrie : on se contenta de pleurer sur cette séparation à jamais regrettable, de redire, comme devait le faire plus tard Bossuet, quel état et quel état. On ne manqua pas de tirer de la décadence prétendue de l’Égypte chrétienne les conséquences les plus péremptoires en faveur du Christianisme occidental. Il fut admis, comme un fait indéniable, que l’Égypte, après le schisme qui suivit le concile de Chalcédoine, ne fut plus honorée de ces charismes merveilleux dont elle eut quelque temps le monopole. L’Écriture ne manqua pas de textes pour le prouver : le sarment détaché de la vigne ne peut plus produire de fruits et n’est bon qu’à être jeté au feu.
Ainsi ce qui, avant le schisme, était sans contestation l’effet de la puissance divine libéralement octroyée aux grands serviteurs de Dieu, devint l’effet non moins incontestable de la puissance diabolique se manifestant par les mêmes hommes : une simple distinction scholastique admise ou rejetée avait produit ce grand changement, Et cependant les chrétiens d’Égypte, ou pour nous en tenir aux moines, les moines égyptiens, avaient-ils donc tant changé ! A quiconque voudra lire les œuvres, non des Grecs et des Latins qui devinrent les irréconciliables ennemis et les persécuteurs de l’Égypte, mais les œuvres indigènes et authentiques des chrétiens répandus dans la vallée du Nil, il apparaîtra avec une évidence inéluctable que les Coptes et les moines coptes n’avaient pas changé du tout, qu’ils furent après le concile de Chalcédoine ce qu’ils étaient avant.
Depuis l’établissement du Christianisme en Égypte jusqu’à nos jours, il y a pour être exact, je devrais même dire que ces phénomènes se sont succédé depuis une époque si reculée qu’il est impossible de la religion qui ait dominé en elle, l’Égypte est toujours restée égyptienne. Au dire d’un voyageur moderne, il y avait encore, cinq ou six ans avant le jour présent, dans l’un des quatre monastères subsistant dans la vallée des Natrons, un vieux moine qui faisait revivre l’antique ascétisme des moines vivant au temps de Macaire et d’Antoine1. J’ai vu moi-même dans d’autres couvents des figures qui étaient tout autres que celles des moines rabelaisiens. Il est de mode aujourd’hui que les voyageurs peignent les moines coptes comme des êtres complètement dégradés, sans aucune instruction, adonnés à la boisson et à des vices encore plus bas.
Je ne nie pas qu’il y en ait de semblables, car j’en ai vu ; mais je dois à la vérité de dire aussi que j’ai rencontré, dans certains monastères, des moines fort instruits pour leur pays, prenant leur vocation tout à fait au sérieux et se livrant à des mortifications peu amusantes. De ce côté donc ils n’ont pas dégénéré, et la vérité exige que je dise aussi que, de l’autre côté, ils n’ont pas dégénéré davantage. La grande erreur dans laquelle les auteurs grecs ou latins, en particulier saint Jérôme, ont fait tomber l’Occident tout entier, est qu ’on a considéré la totalité des moines égyptiens avant le concile de Chalcédoine comme une réunion d’hommes en dehors du commun des terre la vie des bienheureux dans la Jérusalem céleste. La vérité vraie est au contraire que ces moines étaient pour la grande majorité, sinon des hommes vicieux, du moins des hommes fort préoccupés des peu ennemis des femmes, se livrant même à des crimes qui, dans nos sociétés actuelles, les auraient à chaque instant amenés devant nos Cours d’assises.
Cela ne les empêchait aucunement d’ailleurs de réciter leurs psaumes et de jeûner fortement entre temps, lorsque l’époque des grands jeunes était arrivée. Est-il donc étonnant qu’il en ait été ainsi ? Jene le crois pas. C’estle contraire qui eût été vraiment étonnant. Le Christianisme, pas plus que toute autre religion, ne pouvait changer une population du jour au lendemain, et, pour employer les expressions de Pascal, faire d’une bête un ange. La plus grande partie des moines égyptiens se recrutait parmi les fellahs ou les gens des classes infimes de la société ; en entrant dans un monastère, ils introduisaient avec eux leurs passions et leur grossièreté. Sous un climat de feu, les ardeurs du sang sont extrêmes ; l’eau du baptême chrétien ne pouvait aucunement les éteindre.
Naturellement, à force d’être comprimées, elles devaient une fois ou l’autre se faire jour avec violence. C’est ce qui arriva parce que ce devait arriver. D’ailleurs l’idée grossière que ces moines se faisaient de la religion, des récompenses ou des peines futures, n’était en aucune façon propre à purifier leurs sentiments : ils n’entraient en religion que pour s’assurer la béatitude céleste, parce que, pour eux, le fait seul de mourir revêtu de l’habit monacal emportait le salut éternel. Les chefs d’ordre eurent beau réagir contre ces idées grossières, ils ne purent jamais les déraciner de l’esprit de leurs moines : elles étaient innées. L’antique Égyptien devait nécessairement arriver au bonheur d’être admis dans la barque lumineuse de Râ, s’il était muni de toutes les pièces et connaissances liturgiques assurant le salut : il fallait bien faire ce qu’on a appelé la confession négative, c’est-à-dire affirmer devant Osiris et ses quarante-deux assesseurs qu’on n’avait ni tué, ni volé, ni usé de la femme de son prochain, ni privé son voisin des eaux du Nil ; mais, au cours du temps, il était arrivé que, dans l’esprit grossier des paysans ou des artisans de l’Égypte, la confession négative s’élait identifiée avec le rouleau de papyrus déposé près de chaque cadavre ou avec la boite à momie toute couverte de prières liturgiques.
Il suffisait que le papyrus contint le chapitre nécessaire, ou que la confession, ou autres formules semblables, fût écrite en beaux caractères sur la boite à momie, pour que le défunt fût censé juste : l’habit monacal avait, pour les moines, remplacé papyrus et ornements des boites à momie. L’important, c ’était de mourir revêtu de l’habit. Pour cela il fallait ne pas se faire chasser en violant trop ouvertement la règle. On en trouvera des preuves et des exemples dans le présent volume. Ces idées, je ne me le cache pas, ne sont pas celles qui ont cours le plus habituellement sur les moines de l’ancienne Égypte, elles vont même à détruire toute l’histoire officielle du monachisme égyptien. Je me suis souvent entretenu des résultats nouveaux qui ressortent des documents que je publie, avec des hommes pour qui j’ai le plus profond respect, si je ne partage pas leur manière de voir.
J’ai pu constater que quelques-uns concevaient des doutes sur les ouvrages mis au jour, et que tous semblaient attristés de certains faits qui sont de nature à troubler les âmes timorées habituées au train ordinaire de leur vie religieuse : pour rien au monde, elles ne voudraient être tirées de leur douce quiétude, et elles ont assez de droiture dans l’esprit pour voir que, si l’un des anneaux de cette chaîne si savamment et si fortement forgée vient à se détacher, tous les autres se détacheront successivement. Je ne suis pas moi-même insensible à ces craintes et, de même, pour rien au monde, je ne voudrais que l’on vît en mes publications autre chose que ce que je prétends en faire, c’est-à-dire un instrument pour aider à la recherche de la vérité.
Mais cette vérité a des droits supérieurs devant lesquels pâlissent et doivent s’effacer les mesquines craintes de l’homme. Je crois que la vérité est toujours bonne à savoir et même à dire, malgré le proverbe ; un auteur qui fait œuvre scientifique ne doit pas considérer les choses ordinaires de la vie, mais s’élever au-dessus des conceptions vulgaires. Si la révélation la complète compréhension du vrai, autant que l’homme peut l’avoir, parce que de cette compréhension naîtraient certaines obligations embarrassantes, ce n’est pas une raison suffisante pour reculer devant cette révélation. Agir autrement serait une trahison véritable. Le savant remplit un véritable sacerdoce ; il est le prêtre de la vérité, déesse fort chère aux antiques Pharaons.
Pour ce qui m’occupe présentement, je ne fais que présenter au public les œuvres où ces moines si vantés se sont eux-mêmes dépeints. Je ne me suis permis aucune réflexion, et surtout aucune induction, qui ne me semblât parfaitement justifiée. Quand un homme vient vous dire : « Voici ce que j’ai fait », il me semble qu’il n’y a aucune raison de ne le pas croire, à moins qu’il ne soit manifestement insensé. C’est ici le cas. Les auteurs coptes ont écrit des choses et rapporté des faits qu’ils regardaient comme parfaitement édifiants : ce n’est pas ma faute s’il se trouve que plusieurs de ces faits, loin d’être édifiants, sont simplements des crimes d’après notre manière actuelle de voir, et si les mœurs générales de ces moines ressemblent si peu à l’idée que nous nous en sommes formée.
Je suis d’avis qu’on peut avoir l’âme délicate, sans aller jusqu’au scandale pharisaïque. Loin de faire du mal, je crois que la publication de ces œuvres peut faire un grand bien, puisqu’elle permettra de saisir plus clairement la vérité dégagée des voiles dont on l’avait soigneusement entourée. Peu à peu cette vérité, apanage de quelques hommes plus éclairés, dépassera les bornes où elle aura d’abord été confinée, s’étendra et tombera dans le domaine humain. De quelque manière qu’on l’accepte d’abord, soit pour en user avec sagesse, soit pour s’en faire une arme contre des institutions éminemment respectables, elle tournera toujours au bien général de l’humanité. C’est tout ce que je demande. Déjà en publiant la première série de ces monuments1, j’avais exprimé de semblables craintes, sans cependant m’y arrêter autant.
Le personnage, sur lequel roulaient la plupart des récits que j’ai publiés, était bien un saint ; mais par une étrange et parfaite prudence, ce saint, resté copte, n’était pas devenu latin, par suite de l’ignorance où l’on s’était trouvé de sa personne et de ses écrits. Pour cette raison, Schnoudi continua d’être vénéré par ses compatriotes et ne le fut pas par les chrétiens d’Occident : ceux qui auront lu les monuments publiés, ou sa vie telle que je l’ai écrite, jugeront qui eut raison de la cour de Rome ou de la vénération populaire des Coptes. Aujourd’hui, au contraire, l’homme qui nous est présenté par les documents coptes qui composent ce volume, est un saint également reconnu par l’église latine et l’église copte : il a été préposé à la vénération de tous les chrétiens du monde ; son nom est resté l’un des plus populaires parmi ceux des moines égyptiens, et, quand on prononce le nom de Pakhôme, l’esprit le moins adonné aux études chrétiennes se représente de suite un personnage qui, dans son temps, fut armé des plus éclatantes vertus.
Il ne m’appartient pas de porter ici un jugement sur cet homme, qui eut de remarquables côtés : le récit de sa vie le fera assez connaître ; mais je dois faire observer cependant que l’on n’a rien à lui reprocher au sujet des mœurs. Je n’en pourrais pas dire autant de sa célèbre congrégation. Ici je dois Cf. Monuments pour servir à éditeur) dans les Mémoires de la mission permanente du Caire, tom. IV. me borner à présenter au public les œuvres que j’ai traduites, de telle sorte qu’avant d’en entreprendre la lecture, on soit à même de les comprendre et de les juger à leur véritable valeur. Je raconterai sans doute ailleurs la vie de Pakhôme telle qu’elle me semble ressortir des monuments indigènes et authentiques ; mais ici, je le répète, ce n’est pas le lieu.
D’ailleurs les faits parleront assez clairement d’eux-mêmes. On pourra dès lors juger quel était le Christianisme de celui que saint Paul aurait nommé l’une des colonnes du monachisme. On pourra de même se faire une idée de la facilité avec laquelle en Égypte quelqu’un était déclaré saint par ces moines, qui ne jugeaient que d’après les apparences chères à leurs habitudes d’esprit : avec une égale facilité, ces saints sont entrés dans les ménologes grecs ou les martyrologes latins, ils ont même été suivis, une fois la porte ouverte, par d’autres personnages qui n’ont jamais existé que dans les contes ou les romans de l’Égypte chrétienne1. Sans doute, au premier abord, ces faits peuvent paraître étonnants et scandaleux ; mais que peut-il bien en résulter pour une âme forte, aux yeux de laquelle le sentiment religieux n’est pas seulement un vain mot, et la religion une affaire de mode et de vogue ?
La vraie religion peut-elle en recevoir quelque atteinte ? Évidemment non. On en conclura seulement que la vraie religion a eu, de par le monde, des manifestations diverses, et que, dans ces manifestations diverses, il est toujours entré quelque chose de la faiblesse humaine, que par conséquent rien n’est absolu sur terre, que tout est relatif, que chaque religion a, de son côté et à sa manière, contribué au progrès de l’humanité et que ce progrès du genre humain vers le beau, le vrai et le bien, est la plus sûre marque de la grandeur d’une religion. À ce compte-là, quelle religion, plus que le Christianisme, a fait progresser l’humanité ? Que si l’on trouve en son sein ou dans son histoire quelques scories, inévitable résidu des passions et de la grossièreté native de l’homme, ce n’est pas une raison pour nier son action bienfaisante.
Mais, par contre, reconnaître ’J’ai développé ces considérations, et apporté des preuves dans l’Introduction aux Contes et Romans de l’Égypte chrétienne, publiés chez l’éditeur Leroux. cette bienfaisante action du Christianisme sur l’humanité n’est pas davantage une raison pour affirmer que le genre humain ne saurait aller plus loin et doit s’arrêter où il en est rendu. C’est le rôle de la science dans toutes ses branches et à tous les degrés de contribuer au progrès lent, mais incessant, de l’esprit humain, à la marche ascensionnelle de la race humaine toute entière. La science est la religion de l’avenir, car la science est l’appréhension de plus en plus complète de la vérité, et le culte de la vérité est la plus haute expression du Les monuments renfermés en ce volume sont au nombre de trois :
Vie de saint Pakhôme (texte copte)§
Pakhôme et de Théodore, dont le texte arabe est une traduction du copte. Il y faut joindre quelques fragments d’une Vie de Pakhôme en dialecte thébain. Comme on le voit, ces différentes Vies se rapportent toutes à Pakhôme et à l’ordre qu’il fonda. Si l’on y ajoute une vie primitivement écrite en grec, et dont il nous est parvenu la traduction latine, attribuée à Denys le Petit, et un texte grec publié par les Bollandistes, on aura toutes les sources dont on peut tirer l’histoire de Pakhôme. Mais toutes ces Vies, reposant sur un fonds unique, n’ont ni la même étendue, ni la même valeur. Pour pouvoir en tirer parti selon les règles de la critique historique, il faut déterminer comment elles ont été composées, dans quel ordre elles se sont succédé, dans quelle dépendance elles se trouvent l’une de l’autre ; il faut rechercher ensuite quels en sont les auteurs et discuter certaines questions préliminaires ; enfin, démontrer comment elles peuvent servir à l’histoire en s’efforçant de trouver quel degré de crédibilité elles comportent.
Sur un certain nombre de ces questions, qui se sont présentées à moi dans l’Introduction placée en tête de la première série de documents publiés, j’ai déjà développé des vues que je crois vraies parce que je les crois conformes au caractère des acteurs de ces vies : je n’aurai à y revenir ici qu’autant que cela me sera indispensable pour ma présente thèse ; les détails qu’on ne trouvera pas ici, on les rencontrera dans l’Introduction à laquelle je fais allusion. disciple Théodore qui s’y rattache, sont multiples comme je viens de il ne nous est parvenu qu’une traduction latine attribuée à Denys le Petit ; 2° une Vie grecque dont le texte s’est conservé en plusieurs manuscrits1 et a été publié dans les Acta Sanctorum des Bollandistes au 14 mai ; 3° une série d’autres documents anecdotiques sur Pakhôme publiés dans la même collection à la suite de la vie grecque, sous le titre de : avec une réponse insignifiante du patriarche accusant réception de l’envoi qui lui a été fait.
Ce sont ces documents que je vais examiner l’un après l’autre afin d’en déterminer la valeur et Le premier est la Vit a, Cette vie commence par un premier prologue de Denys le Petit dédiant son œuvre à une dame qui n’est pas nommée, et un second prologue 1 Ces mss. sont au nombre de trois, l’un de la bibliothèque Laurentienne à Florence, un autre de la biblothèque Vaticane à Rome, un troisième de la bibliothèque Ambroisienne à intitulé prologue auctoris. S’il fallait en croire ce titre, nous aurions vraiment là l’œuvre de l’auteur grec ; mais il se trouve malencontreusement que la vie memphitique contient aussi un prologue, mutilé, il est vrai, et que de même la traduction arabe en contient aussi un qui se trouve intact. Ces trois prologues, pour ne pas parler d’un quatrième placé en tête de la vie grecque publiée par les Bollandistes, ne sont pas évidemment identiques : le prologue latin en particulier est très amplifié, mais les idées sont les mêmes dans les trois, se suivant dans le même ordre, d’où il appert, au premier coup d’œil, que cette œuvre grecque pourrait bien être une œuvre copte.
Cependant il serait trop tôt de porter un pareil jugement, car en quelques passages de son œuvre, l’auteur nous apprend à quelles sources il a puisé ses renseignements, et comment il a composé son eloquio pari depromere ’. « Voilà certes un auteur modeste et intègre : il sent combien ses forces sont insuffisantes pour mener à bonne fin l’œuvre qu’il entreprend, et il nous avertit avec bonne foi que son récit a pour source première les récits que lui ont faits de saintes et pieuses gens, ayant vécu longtemps avec Pakhôme, et tenant leur science de Pakhôme lui-même, car le saint homme ne savait rien de mieux pour exciter ses moines à la sainteté que de se donner en exemple, répétant sans doute la parole de Dans un autre endroit, le même auteur, en parlant de ce qu’il a entrepris de faire, dit : » a une troisième fois à sa manière de faire : « Hæc icjitur nos, dit-il, ex simus-.
« Ainsi il est bien évident que l’auteur a fait un choix dans ce qu’on lui a raconté ; il l’affirme, de même qu’il affirme aussi avoir appris tout ce qu’il raconte de témoins oculaires, ou tout au moins de témoins auriculaires immédiats. Mais n’a-t-il eu, pour le guider dans son récit, que les récits des moines ses amis ? La réponse à cette question n’est pas aussi facile qu’il le pourrait sembler tout d’abord. Dans tout le cours de cette œuvre, assez courte d’ailleurs, rien ne peut faire soupçonner de prime abord que l’auteur a eu connaissance de documents écrits ; il ne le dit nulle part et nulle part on n’en trouve dans son œuvre une preuve péremptoire. Cependant quand on a lu l’œuvre copte que j’examinerai plus loin, on ne peut guère douter que l’auteur grec n’en ait eu connaissance.
En effet, si l’on en excepte certains passages3, la marche des deux œuvres est parallèle, les récits sont agencés de la même manière et racontés presque dans les mêmes expressions. Ce parallélisme et cet ordre ne peuvent guère s’expliquer sans une connaissance du monument indigène. Cependant il n’y a pas eu traduction proprement dite : il y a eu simplement résumé et quelquefois amplification. Les résumés portent en général sur les récits, et quelquefois il y a omission peu judicieuse de certains détails nécessaires à la parfaite compréhension du récit4. Les traits de mœurs purement égyptiennes sont omis comme peu intéressants pour les lecteurs grecs : si le récit emporte nécessairement la mention de coutumes égyptiennes inconnues aux lecteurs 3 On peut par exemple comparer avec les récits de la vie copte les nos raconte du moine qui veut être économe (c’est à tort que le latin parle de cléricature), ne se comprend plus à la fin parce que l’auteur a oublié de dire que le supérieur de ce moine avait été emmené par lui à Pakhôme qui fut injurié de la belle façon par le moine récalcitrant et furieux.
grecs, l’auteur prend la peine de les expliquer. Ainsi jamais un auteur copte n’aurait pensé à expliquer à ses lecteurs ce qu’était le mets que les Coptes nommaient lapsanæ ou d’après un mot grec corrompu Xetyava ; mais les Grecs pouvaient parfaitement ignorer qu’il se composait de plantes sauvages. De même les Coptes savaient parfaitement ce qu’était les moines pakhômiens et nul d’entre eux n’avait besoin de cette explication de la règle pakhômienne.
« Les moines de Tabennîsi gardent encore aujourd’hui cette règle, usant toujours de la même nourriture et des mêmes vêtements, observant les mêmes institutions avec zèle et circonspection. Car les moines qui habitent en cet endroit, ne sont pas seulement très différents des autres par les coutumes, mais encore par la force du corps et le site des lieux : ils ont donc besoin d’observer une règle différente2. » Le plus souvent les indications géographiques sont omises et les indications de mois sont expliquées par rapport aux mois latins ; les premières étaient peu intéressantes pour les Occidentaux qui s’occupaient fort peu des villages de l’Égypte, les secondes auraient été complètement incompréhensibles. En général, tout ce qui est rude dans les mœurs égyptiennes est adouci, le fanatisme des moines est soigneusement présenté sous des couleurs plus plaisantes.
La vie copte raconte que Théodore, le disciple de Pakhôme, répondit à ce saint homme qui le pressait d’aller voir sa mère venue dix ans après que son fils l’avait quittée, que non seulement il n’irait pas, mais qu’il était prêt à la tuer, si le Seigneurie lui ordonnait : cette réponse sauvage a été complètement passée sous silence. Nulle part dans cette vie, il n’est question des vices horribles des moines : après avoir lu de semblables documents, l’Occident pouvait les canoniser sans la moindre défiance, et il n’y a pas manqué : les Coptes moins chatouilleux se sont étendus assez longuement sur ce chapitre et ce qu’ils en ont dit peut faire supposer ce qu’ils en auraient pu dire. Les amplifications ne portent généralement que sur les discours : quelquefois elles consistent en quelques réflexions ajoutées évidemment au texte primitif et presque entièrement empruntées à des textes scripturaires.
Il est facile de comprendre que ces amplifications ou additions aient dû pour ainsi dire nécessairement se borner là : les auteurs grecs ne pouvaient guère amplifier les narrations proprement dites, ils auraient bientôt été arrêtés par l’impossibilité de raconter avec plus de détails des évènements qui exigeaient une intime connaissance des mœurs égyptiennes et monacales. Au contraire, quand il s’agit d’un discours ex professo, ou simplement de raconter une conversation ou de redire les paroles que Pakhôme était dans l’habitude d’adresser chaque soir à ses moines, l’amplification était facile ; on n’avait qu’à laisser cheminer son calame, la bride sur le cou, sans trop s’inquiéter de ce que l’on écrivait, avec la certitude que ces pieux morceaux tout saturés de textes scripturaires seraient d’une édification merveilleuse pour les lecteurs occidentaux fort friands de pareils mets.
J’ai expliqué ailleurs comment les Coptes, ainsi que tous les autres peuples de l’Orient sémitique ou chamitique, n’ont pu arriver à faire de grands discours, quoiqu’ils aient souvent et de préférence employé la forme oratoire : les Grecs, au contraire, ont toujours aimé à parler ore rotundo, comme dit Horace, et à faire de belles phrases bien agencées et des périodes sonores. Aussi les discours sont multipliés et allongés autant que possible dans la vie grecque de Pakhôme : quelques-uns ont pris pour base les paroles du texte copte, d’autres sont entièrement grecs d’aspect et de fonds1. Sous la forme grecque des narrations, on reconnaît facilement la trame copte : dans les discours cela est le plus souvent impossible, pour la raison que je viens de dire.
Il ne sera pas inutile, je crois, de le montrer par un rencontrant un jour le convoi funèbre d’un frère qu’on menait à la montagne comme à sa dernière demeure, fit arrêter le cortège et défendit aux moines de rendre les honneurs suprêmes au défunt. Voici comment la narration copte la plus développée raconte ce fait : « Une autre fois, comme notre père Pakhôme se rendait à un monastère pour visiter les frères, lorsqu’il fut proche du monastère, il trouva qu’un frère était mort, et les moines étaient sortis pour les obsèques, tenant à la main des flambeaux, priant, le conduisant jusque dans la montagne à l’endroit où étaient les tombeaux. Lorsque notre père Pakhôme fut arrivé près d’eux, il leur dit : « Quel est celui qui est mort ? » Ils lui dirent : « C’est un tel.
« Le père du frère qui était mort, ses frères et un grand nombre de ses parents laïques accompagnaient les obsèques. Notre père Pakhôme dit à ceux qui portaient la bière : « Mettez-le à terre. » Alors il ordonna de mettre à nu le cadavre, de brûler ses vêtements, d’éteindre les flambeaux, de cesser les prières, de l’emporter tout nu et de le jeter sans l’enterrer : puis de retourner dans le monastère. Les frères le supplièrent de les laisser prier pour le mort : il ne le voulut point. Quant aux parents de ce frère, ils osèrent blâmer notre père très vivement, et le réprimander de ce qu’il avait fait ; il leur répondit, disant : « Croyez-moi, ô frères, j’aimais ce frère beaucoup plus que vous ne l’aimiez, et j’avais pour lui les soins d’un père pour son fils.
Ce que je viens de faire à son égard sera regardé par les frères comme respect et vénération ; pour vous, c’est honte et confusion, car vous ignorez ce qui est vraiment arrivé. Quelle utilité tire l’âme qui n’est pas morte des honneurs que l’on rend au corps qui est mort et qui va être dissous ? Si son corps avait été honoré, comme vous vouliez le faire, vous auriez augmenté le nombre de ses tortures et de ses châtiments, et moi je serais comme quelqu’un qui n’a pas de jugement ; car il est parti sans être digne de bénédictions et de prières ; mais il s’est conduit d’une mauvaise conduite, obéissant aux passions de son corps, se livrant aux choses mondaines, accomplissant des œuvres de colère, et, par tout cela, il s’est préparé le feu éternel. Je l’ai beaucoup prêché et il ne s’est point converti.
Je suis venu ici à cause de lui, et, lorsqu’à mon arrivée, j’ai vu qu’il était mort d.ins des actions blâmables, cela m’a causé une grande douleur et m’a fait verser des larmes ; mais, comme je sais que le Seigneur, Dieu de miséricorde, ne nous demandera qu’un petit prétexte pour nous sauver, c’est pour cela que j’ai agi ainsi ; afin que le frère obtienne miséricorde, j’ai fait brûler ses habits et j’ai traité son corps avec mépris : il sera ainsi sauvé du feu inextinguible. Et nous qui méritons en Dieu d’être appelés médecins spirituels et docteurs expérimentés, si nous négligions de donner à chacun le remède qui convient à sa maladie, ce qui a été écrit s’accomplirait pour nous : « Si un aveugle guide un autre aveugle, ils tomberont tous deux dans le fossé.
« C’est pour cela que je veux vous voir exécuter ce que j’ai dit, afin que son âme trouve miséricorde près de Notre - Seigneur Jésus le Messie, qui aime l’humanité, et j’espère que, sans doute, grâce à ce mépris qui a atteint son corps, il obtiendra une grande miséricorde. » Et lorsqu’ils eurent tous entendu cette parole, ils surent que toutes ses actions étaient faites avec jugement : ils agirent comme il le leur avait ordonné, ils jetèrent le cadavre sans prières, ils retournèrent à leur monastère. Le reste des frères qui négligeaient leur salut fut rempli de tremblement à ce sujet, et notre père Pakhôme resta dans ce monastère quelques jours, les prêchant, leur apprenant la crainte de Dieu et comment ils devaient résister aux ruses de l’ennemi.
« Voilà qui est bien copte, et je dirai plus, voilà qui est bien du style de Pakhôme à en juger par le ton général de ses paroles. Voyons maintenant comment l’auteur grec, traduit en latin par Denys le Petit, racontait le même récit.
« En ce même temps, dit cet auteur, l’évêque de la ville de Panopolis, homme en tout vénérable et adonné au service de Dieu, très fervent amateur de la foi orthodoxe, entendit parler du régime de vie que menait Pakhôme. Il lui envoya par lettre une invitation, le priant avec beaucoup de paroles de bâtir aux environs de sa ville le monastère qu’il souhaitait. Comme Pakhôme, pour un grand nombre de raisons, avait acquiescé aux prières de l’évêque, comme il se rendait vers lui, il crut juste de faire route par tous ses monastères, afin de les visiter. Comme il approchait de l’un des monastères, il rencontra les obsèques d’un frère qui avait passé sa vie dans la négligence. Les frères de cc monastère suivaient les obsèques pour faire honneur au défunt, chantant les psaumes accoutumés : les parents et les proches du mort étaient aussi présents.
À la vue de Pakhôme, ils déposèrent aussitôt la bière, afin qu’il priât Dieu autant pour eux-mêmes que pour le mort. Lorsqu’il eut achevé à Dieu la prière qu’il devait faire, il se tourna vers les frères et leur dit : « Cessez de chanter. » Puis il ordonna d’enlever les vêtements superbes dont le défunt était revêtu, il les fit brûler devant tous les assistants ; ensuite il donna l’ordre d’emporter le cadavre et de l’enterrer sans la moindre psalmodie. Les frères, les parents du mort et tous ceux qui étaient présents, regardant la nouveauté de ce spectacle et tout stupéfaits, se mirent à prier le vieillard de permettre qu’on chantât pour le mort la psalmodie habituelle. Comme il ne consentait pas, les parents du défunt commencèrent de l’accuser et de dire : « Quel est ce spectacle nouveau ?
Qui n’aurait pas pitié d’un mort, fût-il son ennemi ? Le malheur est assez grand par lui-même. Nous t’en supplions, daigne ne pas traiter un mort de telle manière que les animaux eux-mêmes ne le feraient pas : d’ailleurs cela ne convient pas à à sainteté. Pour nous, nous serons notés du plus grand opprobre, et ce sera pour nous la source d’une foule de soupçons honteux. Plût à Dieu que nous ne fussions jamais venus ici ! Plût à Dieu que jamais le défunt ne se fût fait moine ! il ne nous eût pas infligé cette éternelle douleur. Nous te prions de rendre au mort les honneurs de la psalmodie habituelle. « Il leur répondit en disant : « Vraiment, mes frères et mes fils, j’ai plus que vous pitié du mort que voici ; car vous ne pensez qu’aux choses visibles et temporelles, et moi je prends souci de ce qui est invisible : c’est pourquoi j’ai ordonné qu’on agit ainsi à son égard.
Vous lui préparez de plus grandes souffrances par ce que vous regardez comme un honneur ; moi, par ce traitement injurieux, je lui prépare du repos, si petit doive-t-il être, et de la satisfaction. C’est pourquoi je ne m’inquiète pas de ce pauvre corps sans vie, mais je veille aux intérêts de son âme immortelle qui doit revêtir de nouveau, au jour de la résurrection, cette chair redevenue saine et intacte. Si je consentais à ce que vous me demandez, je passerais pour vouloir plaire aux hommes, et, pour vous faire plaisir présentement, je rejetterais ce qui peut lui être utile éternellement. En effet, lorsque le Christ dit dans l’Évangile qu’à celui qui aura blasphémé contre l’Esprit saint, son péché ne sera remis ni dans ce monde, ni dans l’autre, il donne évidemment à entendre qu’il y a certains péchés qui peuvent être pardonnés après la vie, si l’on en demande le pardon.
Nous donc que Dieu a jugés dignes par la puissance du Christ d’exercer la médecine de ses divins jugements, si nous ne donnons pas à chacun l’aide dont il a besoin, nous serons assurément regardés comme des contempteurs et nous entendrons dire de nous ce qui a été dit dans cette prophétie : « Prenez garde, contempteurs, soyez dans l’admiration et dispersezvous. » C’est pourquoi, je vous en prie, laissez ce défunt être dépouillé quelque temps de ses malheurs et mériter pour le jour futur de ce jugement un repos, quelque petit qu’il doive être. Enterrez-le donc sans psaumes, comme je l’ai dit. Le Dieu bon et clément, rempli de toute miséricorde, peut le placer dans le séjour de son éternel repos, grâce aux supplications de notre petitesse. « Lorsqu’il eut ainsi parlé, ils s’en allèrent et, selon ce que le vénérable Père leur avait ordonné, ils prirent soin de l’enterrer dans la partie de la montagne où les tombeaux étaient préparés.
« Si je ne me trompe, voilà bien de la rhétorique grecque avec ses oppositions et ses contrastes. Quoique l’idée fondamentale des deux discours soit la même, à savoir que le traitement barbare que Pakhôme fait subir au défunt sera salutaire à son âme, la manière dont elle est développée est complètement différente dans l’une et dans l’autre narration, selon le tempérament national de l’auteur. Je n’ai pas à juger ici l’action même que l’on raconte de Pakhôme, ni la doctrine sur laquelle repose le récit ; mais je ne peux m’empêcher de faire observer combien tout est adouci dans la narration grecque, comment le mauvais traitement infligé au cadavre est modifié, puisque dans la seconde narration, Pakhôme se borne à faire cesser les chants et les prières, (curieuse manière, soit dit en passant, de prier pour un mort et de lui venir en aide que de défendre de prier pour lui !
) tandis que dans la narration copte qui porte le cachet vraiment égyptien, le saint homme ordonne de mettre le cadavre à nu et de le jeter sans sépulture à la montagne, ce qui a évidemment paru trop fort à l’auteur grec qui a fait enterrer le moine comme d’habitude. Je me borne pour le moment à cette observation, car je retrouverai plus loin l’occasion de rechercher quel fut le mobile de cet auteur et des autres qui lui ressembleront, en donnant une couleur moins barbare aux faits qu’ils racontent. Je dois cependant constater que toutes les fois que l’auteur inconnu dont il est question traite en passant des mœurs égyptiennes et monacales, il sait parfaitement ce qu’il dit et ne commet aucune erreur1. Je pourrais me demander ici, quel est cet auteur ; mais il vaut mieux renvoyer la solution de cette question après l’examen de la vie grecque, publiée par les Bollandistes, et qui est le second des documents grecs que j’ai à examiner.
Tout d’abord, je dois dire que cette seconde vie grecque olfre dans toute sa première partie, la plus intime ressemblance, avec celle qui fut traduite en latin par Denys le Petit. En la comparant avec celle-ci les en d’autres termes que le style est plus serré, mais que quantité de faits, passés sous silence par le premier auteur, ne l’ont pas été par le second. En effet, l’examen détaillé que j’ai fait de cette seconde vie et la comparaison minutieuse avec la première m’ont démontré qu’il n’y avait presque aucune différence entre l’une et l’autre, dans tous les récits que l’on rencontre dans les deux auteurs. Gomme les Bollandistes l’ont parfaitement observé, le récit du second est toujours plus serré que celui du premier. Le plus petit examen comparatif du même récit dans les deux textes suffira à le démontrer au lecteur, ce qui me laisse la liberté de ne pas trop m’appesantir ici sur ce côté de la question1.
En outre, depuis le de la vie traduite par Denys le Petit, l’auteur de la seconde vie grecque suit la première vie pas à pas et raconte exactement les mêmes choses. Ce n’est qu’à partir de ce n° XXXVII de la première vie, que la seconde s’en écarte sensiblement, car on ne trouve plus guère de suite entre les deux auteurs, quoique les faits soient encore les mêmes, mais ils sont placés dans un ordre différent, et le second ouvrage en contient beaucoup plus que le premier. En effet, les trente-sept numéros de Denys le Petit forment environ les deux tiers de la vie entière ; la partie correspondante de la seconde vie grecque en forme à peu près le quart, autant qu’il est possible de l’apprécier2. De plus, le premier auteur ne poursuit pas son œuvre au delà de la mort de Pakhôme ; le second pousse la sienne jusqu’à la mort de Théodore.
Le second document est donc plus important que le premier. En outre dans la partie commune aux deux auteurs, l’orthographe des noms propres et la nomenclature des noms géographiques sont plus soignées ; certains détails, omis dans la première œuvre et dont l’omission rendait la narration obscure, sont donnés dans la seconde. Il est donc certain que l’auteur de la seconde vie grecque ne s’est pas servi de la première ; mais les deux auteurs ont dû se servir d’un même ouvrage, qu’ils ont analysé chacun à leur manière. Quel est donc cet ouvrage ? La question vaut la peine qu’on cherche à la résoudre. S’il fallait en croire l’auteur de cette seconde vie grecque, il aurait agi absolument comme celui de la première. Tout d’abord, on retrouve dans son œuvre, l’analyse des deux passages que j’ai cités de la première vie, afin de montrer comment avait procédé l’auteur de cette vie3.
Le premier est ainsi résumé : « Nous ne pouvons pas écrire tout ce que nous avons entendu ; mais seulement une partie4 ». Le second 1 On peut en particulier comparer les nos de la vie publiée par les Bollandistes. Certains numéros de la vie traduite par Denys le Petit comme le n° xxi, manquent même complètement chez les Bollandistes. 2 La vie traduite par Denys le Petit renferme cinquante-quatre paragraphes ; la vie grecque en renferme quatre-vingt-seize et la partie qui correspond aux trente-sept premiers paragraphes de Denys le Petit s’arrête au n° xxxi. 3 Voir plus haut. l’est de cette manière : « Je suis dans l’obligation de raconter la vie entière de cet homme, depuis sa jeunesse, pour la plus grande gloire et le plus grand honneur de Dieu, qui appelle tous les hommes à son admirable lumière1 ».
Au fond, ces passages ne signifient pas grand chose : le second surtout n’est que la traduction de ce que l’on trouve ordinairement en tête des œuvres coptes. Mais dans deux autres passages, l’auteur de la seconde vie grecque, est beaucoup plus explicite sur son œuvre, sur les sources d’où il l’a tirée et sur la manière il ajoute : « Si quelqu’un, ignorant la manière dont le saint homme priait, ose nous demander comment cette connaissance nous est venue à nous qui écrivons, que celui-là veuille bien se rappeler que, comme je l’ai dit plus haut, nous avons fait une sérieuse enquête des actions de Pakhôme et que nous les avons apprises par le récit que nous en ont fait les pères plus anciens, car Pakhôme, qui résidait dans le couvent des frères, leur découvrait ses pensées les plus intimes, pour leur en faire retirer quelque profit2 ».
Plus loin, l’auteur est encore plus explicite. Après avoir écrit comment Pakhôme enseignait à ses moines à réprimer l’esprit de blasphème, et comment il avait traité un frère qui s’était fait une petite provision de figues volées, il ajoute : « Pour nous certes qui écrivons, nous n’avons pas connu ce saint homme pendant qu’il était en vie, comme nous l’avons témoigné auparavant ; mais nous avons connu des hommes qui ont vécu de son temps, et qui lui ont survécu : ce sont eux qui nous ont raconté toutes ces choses une à une. Si l’on nous demande pourquoi ils n’ont pas, eux-mêmes, consigné par écrit la vie de Pakhôme, nous devons répondre que nous les avons souvent entendu parler d’écrire une telle œuvre, car c’étaient des hommes prudents, comme leur père : d’ailleurs, ce n’était peut-être pas encore le temps de s’occuper d’une semblable chose.
Mais, comme nous voyions qu’il était nécessaire d’écrire ces choses, alin qu’elles ne tombassent pas dans l’oubli, nous avons écrit quelques-uns des nombreux faits que nous, après tous les autres saints1, nous avons appris sur ce moine très parfait, notre père ; non pas dans le but de le louer, car il n’est guère touché des louanges humaines, quand avec ses pères il se trouve dans ce lieu où la vraie et solide louange, les véritables honneurs sont rendus à chacun2. « Ainsi, d’après ces témoignages explicites, il semblerait bien que 1 auteur de cette vie a écrit très peu de temps après la mort de Pakhôme, alors que les moines cénobites n’avaient pas encore couché par écrit l’admirable vie de leur très saint père. Pour composer son œuvre, il avait interrogé les vieux cénobites qui avaient connu Pakhôme, et, des récits nombreux qu’ils lui avaient faits, il en avait écrit une partie.
Au fond, c’est le système même employé par l’auteur de la première vie. On pourrait donc ajouter foi aux paroles de cet auteur sans trop se compromettre, s’il n’y avait à cela quelques petites difficultés. Tout d’abord, comment se peut-il faire que les deux auteurs se suivent pas à pas ? Cette marche parallèle ne peut guère s’expliquer sans des données communes. On pourrait, il est vrai, répondre à cela que les cénobites pakhômiens savaient la vie de leur père par cœur et qu’ils l’ont racontée aux moines grecs qui les interrogeaient. Pour quiconque connaît l’étonnante mémoire des Coptes, la chose ne peut sembler impossible, elle semble même probable ; mais cette solution n’écarte pas la difficulté, car pour possible et même probable que soit cette unanimité du récit, elle doit être vraisemblable ; 1 C’est-à-dire les moines.
2 ou tout au moins rayer oùx, ce qui donne un sens bien plus satisfaisant. or il ne serait pas vraisemblable que plusieurs moines racontassent les mêmes faits dans le même ordre, si ces faits n’ont pas été placés auparavant dans un ordre quelconque, car l’on ne peut admettre raisonnablement que ces faits arrivés à des moines différents, en des lieux divers situés quelquefois à une grande distance l’un de l’autre, se soient imprimés dans le même ordre en la mémoire de tous ceux qui en avaient connaissance. Cet accord serait trop touchant pour être vraisemblable, je le répète. Donc le parallélisme que l’on remarque dans les deux œuvres grecques, jusqu’au moment où la seconde rapporte de nombreux faits passés sous silence par la première, suppose qu’il V avait déjà une rédaction antérieure des mêmes faits, et qu’elle fut connue des deux écrivains.
Je ne me dissimule pas que cette conclusion est en parfaite contradiction avec les paroles de l’auteur qui semble affirmer qu’alors qu’il composa son ouvrage les cénobites de Pakhôme n’avaient pas encore écrit la vie de leur père, mais outre que le passage semble peu clair, j’ai le regret de dire que la chose me semble raisons pour parler ainsi. En effet dans la vie de Théodore qui fait suite à celle de Pakhôme, il est expressément raconté que ce zélé disciple du saint homme fit écrire la vie de son père sous ses propres yeux, dans son propre monastère. Il ne sera pas inutile de citer ici par s’ouvrir aux frères du dessein qu’il avait formé de faire écrire la vie de son père Pakhôme : il passa lui-même toute une semaine à leur raconter cette vie et, quand il eut fini, il fit une chaleureuse exhortation à tous ses moines et termina en disant:« Maintenant donc, mes frères, disons tous : « Béni soit le Dieu de notre père juste, Pakhôme, qui par ses souffrances et ses prières a été pour nous un guide vers la vie éternelle ! »
Alors tous les frères, d’une seule bouche et d’une seule voix, répondirent en disant : « Béni soit, en toute chose et en toutes ses œuvres, notre père aimant Dieu et juste, notre père Pakhôme. » Lorsqu’ils eurent tous ainsi fait cette confession avec joie et grande confiance en lui, il leur « lit de nouveau : « Souvent il y en a eu parmi vous qui ont pensé qu’agir ainsi était glorifier la chair ; non : car en quoi est placée notre espérance ? Certes ce n’est pas en un homme ; mais nous glorifions et bénissons l’esprit de Dieu qui était en lui, et quand même nous bénirions sa chair, elle en est vraiment digne, puisqu’elle a été le temple du Seigneur. Non seulement il faut faire cela, mais nous savons et nous croyons que son nom est écrit au livre de vie avec ceux de tous les saints.
Maintenant donc, ô mes frères, je vous dis qu’il est nécessaire et juste d’écrire ses souffrances depuis le commencement, ainsi que toute sa perfection, ses pratiques, toutes les ascèses qu’il a faites, afin que sa mémoire reste stable sur la terre ainsi qu’elle est stable dans les cieux en tout temps, comme l’a dit le bienheureux Job en disant : « Qui me donnera que mes paroles soient écrites et qu’on les mette dans un livre pour jamais ! »
Malgré ces paroles du bienheureux Job, les enfants de Pakhôme ne voulaient guère, semble-t-il, se laisser persuader qu’ils devaient écrire la vie de leur père : il fallut un grand nombre d’autres exemples tirés de l’Écriture et des raisonnements quintessenciés pour les amener à entendre raison : tout le répertoire y passa. Enfin sur l’assurance qu’on en avait fait autant pour Abraham, Isaac et Jacob, les moines pakhômiens crurent qu’il leur était permis de glorifier leur fondateur. Il semble bien après cela que la vie de Pakhôme dut être écrite ; mais le texte n’est pas formel pour l’œuvre copte. Au contraire l’affirmation semble formelle pour le texte grec : « Et quand les frères, est-il dit, qui lui servaient d’interprètes pour traduire ses paroles en grec à ceux qui ne savaient pas l’égyptien, parce que c’étaient des étrangers ou des hommes de Rakoti, l’eurent entendu parler une foule de fois des pratiques de notre père Pakhôme, ils s’adonnèrent de tout leur cœur à ce qu’ils avaient entendu dire avec certitude, ils l’écrivirent, parce qu’après avoir fini de leur en parler et de le glorifier en toutes ses souffrances, notre père Théodore avait dit aux frères en soupirant : « Remarquez bien les paroles que je vous dis ; car certes il viendra un temps où vous ne trouverez personne pour vous les dire.
« La conclusion à tirer de ces diverses citations est assez évidente : la vie de Pakhôme fut écrite du vivant de Théodore, et, s’il faut avoir quelque confiance dans la suite des faits tels qu’ils sont enchaînés dans l’œuvre copte, cette vie fut écrite avant que Théodore n’ait été choisi comme coadjuteur d’Horsiîsi, c’est-à-dire environ quinze ans après la mort de Pakhôme1. Personne ne trouvera étonnant, je pense, que cette vie ait été tout d’abord écrite en copte et dans le dialecte en usage dans la Haute-Égypte, puisqu’on l’écrivit pour l’édification des cénobites ; de plus, comme elle fut écrite par les moines qui servaient d’interprètes, qui connaissaient ainsi à la fois le copte et le grec, comme les frères ne sachant pas le copte étaient encore assez nombreux et n’avaient pas moins besoin d’être édifiés que les cénobites de race égyptienne, il y a tout lieu de croire que la vie fut écrite en grec en mêmetemps qu’en copte, et par les mêmes moines.
Que devint alors l’affirmation de l’auteur grec disant que les moines n’avaient pas encore écrit la vie de Pakhôme ? Il est évident qu ’il faut la rejeter complètement. Mais, comme ce traitement serait un manque d’égards complet pour un si saint auteur, il me semble qu’il y a une autre manière d’expliquer les paroles que j’ai citées. Je considère ces paroles comme un écho des objections faites à Théodore par ses moines et j’y vois, non pas une réflexion propre à un auteur individuel, mais une analyse et un souvenir de toutes les discussions qui eurent lieu à Phbôou sur ce grand sujet. Quoiqu’il en soit, à moins d’admettre qu’un moine grec, voyageur en son loisir, ait le premier écrit la vie de Pakhôme moins de quinze ans après sa mort, il faut s’en tenir à la conclusion que je viens d’émettre, à savoir que la vie de Pakhôme fut écrite tout d’abord à Phbôou, et que sans aucun doute elle servit aux auteurs grecs pour leurs ouvrages respectifs.
En effet, non seulement l’ordre de cette seconde vie grecque est le même que dans la vie copte dont je parlerai bientôt ; mais l’on n’y rencontre que deux ou trois faits qui ne se trouvent pas dans l’œuvre 1 Je ne donne ici cette date que comme hypothétique : le problème sera discuté plus loin tout au long. copte. Ceci me porterait assez à croire que les deux œuvres grecques dont je parle ne sont qu’une analyse de la vie elle-même écrite en grec par les moines interprètes de Phbôou, vie qui devait correspondre en tout, ou à peu près, à la vie copte. Ce n’est pas une objection contre cette manière de penser que de dire que l’on trouve, en certains passages de l’œuvre grecque, des explications étrangères à l’œuvre copte : les lecteurs grecs, beaucoup moins ou peu au courant des mœurs monacales de l’Égypte ou des mœurs égyptiennes en général, avaient besoin qu’on leur expliquât les coutumes qu’ils ne connaissaient que peu ou point.
Déplus, le génie grec, plus habitué à la composition, a souvent mieux ordonné et présenté les faits plus clairement que l’original copte. Du reste, on ne peut guère juger que par à peu près de ce que fut cet original, comme j’aurai l’occasion de le montrer plus loin. Cependant, quoiqu’il en soit de cet original, on peut affirmer en toute sûreté qu’il a servi aux rédactions grecques qui en ont été faites, ou, si ce n’est lui, que les rédactions coptes, car nous verrons qu’il y en a, ont servi aux rédactions grecques. Ceci une fois établi, je dois dire que la manière d’agir du second auteur, à l’égard de l’original qu’il a abrégé, ressemble fort à la manière dont avait usé le premier. Les narrations sont encore plus écourtées que dans l’œuvre traduite par Denys le Petit ; de même, les discours sont de préférence allongés autant que possible.
J’en citerai deux exemples, l’un d’événements que l’on trouve dans la vie précédente, l’autre de faits qui se trouve seulement dans le copte. Pour premier exemple, je choisirais encore l’épisode du cénobite décédé auquel Pakhôme refuse les dernières prières ; mais ce fait est passé sous silence par l’auteur de la seconde vie. Je prendrai donc le récit où est raconté comment de prétendus philosophes allaient proposer des énigmes à Pakhôme pour éprouver sa science. Pakhôme avait été appelé par l’èvêque d’Akhmim pour bâtir un monastère de cénobites près de cette ville, il s’y rendit et voici comment le texte copte raconte ce qui arriva.
« Quelque temps après, un évêque orthodoxe de la ville d’Akhmim, nommé Arius, envoya vers notre père Pakhôme lui dire : « Je te prie de venir vers moi pour établir un monastère près de nous, afin que la bénédiction de Dieu soit sur notre terre. » Il se leva, prit des frères avec lui ; ils montèrent dans la barque et descendirent le fleuve. Lorsqu’ils furent arrivés près de l’évêque, celui-ci leur désigna l’endroit qu’ils devaient bâtir et leur fit présent d’une petite barque en leur disant : « Cette petite barque te servira pour ta nécessité. » Notre père Pakhôme bâtit le monastère avec les frères ; il portait la coufïe de mortier comme tous les autres frères. Et voilà qu’il y eut des gens méchants et envieux qui souventes fois lui causèrent des ennuis, si bien qu’ils sortaient pendant la nuit pour démolir ce que les frères avait construit pendant le jour.
Dieu lui donnait la patience et il apprit en songe qu’un ange allait entourer le mur d’enceinte du monastère d’une enceinte de feu. Il travailla ensuite joyeusement avec les frères jusqu’à ce le monastère fût achevé. Alors il établit des maîtres de maison avec leurs seconds, comme dans les autres monastères. Des philosophes envieux allèrent le trouver, pour examiner ce qu’il était et lui envoyèrent dire : « Nous voulons que tu viennes, afin que nous te parlions. » L’homme de Dieu reconnut les pièges que lui tendait Iblis qui était en eux, il fit appeler Corneille et le leur envoya en disant : « Sors et réponds à ces insensés qui ne pensent qu’au corps ce que le Seigneur mettra dans ton cœur. » Corneille sortit vers eux avec deux autres frères, et, lorsque les philosophes le virent, ils lui dirent : « Où est votre père ? »
Corneille leur répondit : « Que lui voulez-vous ? car son esprit est sur nous. Maintenant dites votre parole insignifiante. » Le plus grand dit : « Le bruit s’est répandu que vous êtes des moines excellents et que vous dites des paroles sages ; maintenant avez vous jamais entendu dire à quelqu’un que l’on ait porté des olives à Akhmin pour les y vendre ? » Anba Corneille lui répondit : « Je sais qu’à Akhmin il y a des olives que l’on presse pour en faire sortir l’huile ; mais il y en a aussi que l’on fait confire dans le sel, afin qu’elles ne se perdent pas. Maintenant nous sommes le sel qui doit vous saler, car vous êtes plus corrompus que beaucoup de gens du monde, parce que vous vous vantez d’être des savants, et cependant votre parole est insignifiante.
Or, toute vantardise semblable est une chose mauvaise. « Lorsqu’ils eurent entendu cette parole, ils s’en allèrent pleins de confusion parce qu’ils n’avaient pas pu vaincre ceux qui avaient la vraie science. Et quand le philosophe fut allé trouver ses compagnons, il leur apprit ce qui avait eu lieu. Le chef lui répondit : « Est-ce là seulement votre discussion ? Je vais aller maintenant l’examiner sur les Écritures. » Et sur-le-champ il se leva, plein d’orgueil, accompagné de beaucoup de gens ; ils allèrent au couvent et demandèrent notre père saint, Pakhùme, Il leur envoya Théodore avec deux autres frères. Lorsque Théodore fut arrivé jusqu’à eux, il leur dit : « Que voulez-vous ? »
Ils lui dirent : « Nous voulons ton père, pour parler avec lui. » Théodore répondit avec modestie : « Tu n’as pas de part avec le serviteur du Christ. Dis-nous ta parole charnelle et nous répondrons une parole spirituelle. »
Le chef lui dit : « Vous vous vantez de savoir expliquer les Écritures, dis-moi maintenant quel est celui qui n’est pas né et qui est mort, celui qui est né et n’est pas mort, celui qui est mort et n’a pas été corrompu. »
Théodore répondit : « O homme à la parole vaine1, celui qui n’est pas né et qui est mort, c’est Adam ; celui qui est né et qui n’est pas mort, c’est Énoch ; ce qui est mort et ne s’est pas corrompu, c’est la femme de Lot, qui a été changée en une colonne de sel pour donner de l’esprit à tous ceux qui sont insensés comme vous. » Et lorsque le philosophe eut entendu cette parole, il fut dans la stupéfaction de la réponse pleine de sel faite par Théodore, il lui dit : « Dites à votre père : O toi qui as bâti sur le fondement inébranlable jusqu’à l’éternité, sois béni avec tes enfants, parce qu’il vous a accordé un esprit plein de lumière, et personne parmi les enfants des femmes ne peut lutter contre vous. » Après avoir ainsi parlé notre philosophe inclina la tête devant notre père Théodore, puis il s’en alla avec ceux l’avaient qui accompagné.
Et lorsque notre père Pakhôme apprit cela de Théodore, il fut dans l’admiration et s’écria : « Sois béni, ô Seigneur, car tu as confondu le conseil de Goliath et de quiconque ’Le texte memphitique est autrement énergique : « O toi, y est-il dit, dont l’esprit est percé comme un tonneau, et dont les pensées se dissipent et se perdent comme une nuée. déteste Sion. » Il prit ensuite courage par l’Esprit et il travailla avec les frères jusqu’à ce qu’il eût achevé le monastère en toute chose, selon l’ordre des autres monastères. Il y établit un père nommé anba Samuel tout joyeux dans l’Esprit-Saint. Alors il les remit entre les mains du Seigneur et partit ; et souventes fois il alla les visiter. » L’auteur de la vie grecque traduite par Denys le Petit, après avoir raconté l’appel de l’évêque Arius et la conduite de Pakhôme envers le défunt dont j’ai parlé plus haut, s’exprime ainsi : « Donc le saint Pakhôme, s’étant rendu avec ses moines près du susdit évêque, en fut reçu avec grande vénération, car celui-ci célébra une très grande fête pour son arrivée et lui donna des terrains pour fonder les monastères qu’il désirait, comme il l’en avait prié depuis longtemps par lettre.
L’homme vénérable les construisit avec promptitude. Et lorsqu’il construisit le mur d’enceinte du monastère, afin qu’on ne pût y pénétrer facilement, certains hommes de pestilence, aveuglés par une idée diabolique, venaient pendant la nuit et détruisaient ce qui avait été construit. Mais le châtiment de leur méchanceté ne fut pas longtemps différé. Car comme le vieillard exhortait ses disciples à la patience et que ces méchants, selon leur coutume s ’étaient réunis pour achever leur œuvre commencée, ils furent brûlés vivants par l’ange du Seigneur et réduits à rien comme la cire devant le feu. Les frères donc achevèrent promptement toute la construction ; le bienheureux Pakhôme y plaça des moines, hommes très religieux, et mit à leur tête Samuel, homme hilare et remarquable par sa sobriété.
Comme les susdits monastères avaient été construits dans les faubourgs de la ville, le saint y voulut rester plus longtemps, jusqu’à ce que ceux qu’il y avait placés fussent affermis dans la charge du Christ. Pendant ce temps-là, un philosophe de la même ville, ayant entendu parler des serviteurs de Dieu, se rendit vers eux voulant savoir ce qu’ils étaient et ce qu’ils professaient. Ayant aperçu quelques moines, il leur dit : « Appelez-moi votre père, car je vais discuter avec lui de choses nécessaires. » Le saint, ayant appris que c’était un philosophe, lui envoya Corneille et Théodore en leur recommandant de satisfaire par une réponse sage aux choses qu’il demanderait. Lorsqu’ils furent rendus près du philosophe, il leur dit : « On nous a beaucoup dit que vous aviez le goût de la sagesse, et que, selon votre religion, vous aimiez la tranquillité plus que toute chose, mais cependant vous paraissez satisfaire à ceux qui vous proposent quelque question ; c’est pourquoi j’ai résolu de vous interroger sur ce que vous avez lu. »
Théodore lui dit : « Fais connaître ce que tu veux. »
« Veux-tu, dit le philosophe, discuter avec moi et résoudre les questions que je te poserai ? »
Théodore lui répondit : « Exprime ce que tu as l’intention de dire. »
Alors le philosophe dit : « Quel est celui qui, sans être né, est mort ? par contre quel est celui qui, après être né, n’est pas mort ? Enfin celui qui, après être mort, n’a pas été corrompu ? »
Et Théodore : « Ta demande, dit-il, n’est pas immense, ô philosophe ; je trouverai facilement la solution de ce que tu proposes. Celui qui sans être né est mort, c’est Adam, le protoplaste ; celui qui est né et cependant n’est pas mort, c’est Enoch qui plut à Dieu et qui fut transporté (au ciel) ; ce qui est mort et n’a pas été sujet à aucune corruption, c’est la femme de Loth qui a été changée en une colonne de sel et qui est demeurée en cet état jusqu’à ce jour pour servir d’exemple aux incrédules. C’est pourquoi je te conseille, ô philosophe, de renoncer à ces énigmes ineptes et à ces questions pleines de vide, afin de te convertir sans délai vers le vrai Dieu que nous adorons, recevoir le pardon de tes péchés et mériter ton salut éternel. »
À cette réponse le philosophe resta stupéfait et ne fit plus d’autre question, mais en se retirant il admira l’esprit de cet homme et sa réponse si prompte et si bien appropriée à la question?’« Tel est le second récit : voici le troisième : « Il y avait un évêque de Panopolis, nommé Arius, mais d’une foi tout à fait orthodoxe2, ascète et serviteur vigoureux du Christ sans le moindre doute. Dès qu’il eut perçu le très suave parfum des frères vivant ensemble et de la même manière, il ordonna de lui faire venir Pakhôme et lui 2 Cette réflexion montre bien que le véritable nom de l’évêque est Arius et non Varius, comme écrit à tort le texte arabe. demanda instamment, au nom de Dieu, de lui construire quelques monastères2 sous les murs de sa ville1.
Lorsque Pakhôme, avec les frères qui devaient l’aider dans l’œuvre qui allait se faire, fut proche de la ville, l’évêque lui assigna un endroit propre à la construction et l’on commença la maçonnerie, mais quelques hommes, sans prendre le plus petit souci de l’ordre de la Providence divine, excités en outre par les aiguillons de la jalousie, démolirent pendant la nuit ce qui avait été construit. Mais grâce à la patience invincible de notre saint Père et avec le secours de Dieu qui, sous l’apparence d’un ange, circonscrivit le mur de son doigt comme avec du feu, ils menèrent heureusement à bonne fui la construction du monastère. Notre père y établit un certain Samuel comme économe, homme très hilare d’esprit et d’âme, remarquable par sa continence : il lui adjoignit des compagnons suffisamment armés des qualités nécessaires de l’esprit et du corps, parce qu’il fallait habiter non loin de la ville : lui-même, il voulut rester quelque temps avec eux jusqu’à ce qu’ils fussent pleinement affermis.
Or, l’un des philosophes qui habitaient cette ville vint au monastère et dit : « Appelez-moi ici votre abbé afin que je puisse parler un peu avec lui. » Pakhôme en l’apprenant donna l’ordre à Corneille d’aller répondre à cet homme. Le philosophe lui dit : « On a répandu de vous le bruit que vous êtes des moines qui pouvez comprendre avec perspicacité un grand nombre de choses et en dire avec sagesse. Est-ce qu’un homme venant d’ailleurs a jamais mis en vente des olives à Panopolis, lorsque cette ville a ces fruits en abondance ? »
Alors Corneille : « Il est de notoriété publique que les olives de Panopolis produisent assez d’huile, mais ne sont pas du tout salées. Nous, nous faisons l’office dusel et nous sommes venus ici pour vous saler. » Le philosophe ayant compris la réponse de Corneille s’en retourna vers les siens et leur raconta ce qu’il avait entendu. L’un d’eux dit : « Comment ! tu t’es contenté de poser cette seule question ? j’irai moi-même et je ferai une épreuve 1 II faut entendre ce mot, ici comme plus haut, dans le sens primitif d’habitation solitaire, et non dans le sens collectif d’habitation de moines. s Cette expression est tout à fait impropre : les villes égyptiennes n’avaient pas de murs. remarquable, afin que je me rende compte s’ils comprennent bien les secrets des Écritures.
« Or Pakhôme appela Théodore et l’envoya au-devant du philosophe, comme celui-ci était proche du mur d’enceinte du monastère. Théodore, comme il nous l’a raconté lui-même, en s’avançant pour discuter avec le philosophe était en proie à une crainte non médiocre sur la manière dont il répondrait, car il disait tout haut que Corneille était beaucoup plus savant que lui. Cependant le philosophe lui posa cette question fort difficile, en disant : « Quel est celui qui, sans être jamais né, a cependant subi la mort ? Quel est celui qui, après être né comme tout le monde, n’est jamais mort ? Quel est enfin le mort qui n’a jamais eu de puanteur ? » A cela, comme Théodore avait répondu que l’homme mort sans être né pouvait être Adam ; que l’homme né et non mort était Énoch, et qu’enfin la femme de Lot n’a jamais exhalé aucune puanteur après sa mort, parce quelle avait été changée en une statue de sel ; comme Théodore, dis-je, répondait ces choses, le philosophe le quitta et s’en alla’.
« On peut, ce me semble, après cet exemple en trois parties voir quelle est la manière dont chacun des deux auteurs grecs a traité son modèle. Il est évident au premier abord que le second a suivi ce modèle de plus près et qu’il l’a encore plus abrégé que ne l’avait fait le premier ; que tous les deux ont pris soin d’expliquer ce qui leur semblait d’un sens peu obvie pour leurs lecteurs et ont passé sous silence ce qui leur semblait de peu d’intérêt, sans comprendre sans doute que ces mêmes choses qui leur semblaient peu intéressantes faisaient les délices des Coptes. En outre, les récits sont présentés à la grecque : tout ce qui pourrait scandaliser tant soit peu les âmes naïves, est soigneusement écarté ; Théodore ou Corneille dans le grec ne disent aucune injure au philosophe, tandis que dans le copte ils ne s’en privent aucunement.
Les abréviateurs grecs poussent si loin cette crainte du scandale qu’ils dénaturent les faits ; à lire leurs œuvres, penserait-on que ces philosophes étaient des moines ? non, sans aucun doute ; d’après le premier, on croirait plutôt que le philosophe était païen : en réalité c’étaient des moines jaloux, comme sans doute ceux qui détruisaient pendant la nuit ce que Pakhôme et ses disciples édifiaient pendant le jour. Les vrais philosophes de Panopolis, et il y en avait, ne s’occupaient guère des Écritures chrétiennes : ils avaient les œuvres des auteurs grecs qu’il leur était plus agréable d’étudier ; ceux qui scrutaient les sens cachés des Écritures et en prenaient de si belles énigmes étaient des moines qui avaient tout le loisir de se livrer à cette intéressante étude, toujours si chère à leurs aieux.
Le texte copte le dit clairement en parlant du supérieur de ces philosophes, du « grand d’entre eux. » La chose me semble donc claire ; mais on la chercherait en vain dans ces auteurs grecs dont les œuvres partiales de propos délibéré ont égaré tout l’Occident. Je dois maintenant citer un nouvel exemple d’événements racontés dans le copte et dans la seconde vie grecque seulement : je ne pourrais en choisir un plus frappant que la narration d’un concile tenu à Esneli, et dans lequel Pakhôme fut, ni plus ni moins, condamné à mort par les évêques de la Haute-Égypte et sur le point d’être exécuté séance tenante à coups de matraque. Voici d’abord la narration copte : « Après cela quelques evêques et des moines portèrent envie à notre père Pakhôme ; ils se réunirent dans l’église d’Esneh pour chasser les frères des monastères qui se trouvaient dans leurs diocèses, disant : « Nous ne voulons pas que vous restiez dans un endroit qui nous appartient ; car nous avons entendu dire que votre père tient des discours qui n’ont jamais été tenus par un moine.
« Les frères résistèrent, ils envoyèrent vers notre père Pakhôme et lui apprirent la parole qu’on avait dite. Quand notre père apprit cela, il envoya vers tous les couvents, afm’que les frères se réunissent, et les habitants des villages dans ces parages se joignirent aussi à lui. Alors il se leva, et marcha avec eux vers les frères d’Esneh. Lorsqu’ils furent arrivés au couvent, les adversaires apprirent que Pakhôme était arrivé et avec lui une grande multitude ; ils eurent peur et lui envoyèrent dire avec astuce : « Viens vers nous à l’église, que nous nous joignions à toi, et que nous te disions la parole qui est dans nos cœurs ; tu t’en iras ensuite en paix. » Pakhôme était malade et les frères apprirent aux envoyés qu’il ne pouvait pas aller à l’église.
Les évêques dirent : « Amenez-le-nous sur une monture afin que nous nous joignions à lui, et quand il sera à l’église, il sera guéri. » Lorsque Pakhôme apprit cela, il se rendit à l’église avec les frères, ne connaissant pas leur astuce, car le Seigneur la lui avait cachée. Lorsqu’ils furent entrés dans l’église, ils regardèrent et virent qu’elle était pleine de moines, de gens du monde et de soldats. Le Seigneur lui dévoila alors leur astuce et la méchante résolution qu’ils avaient prise de le tuer. Il pria le Seigneur dans son cœur et dit : « O Seigneur Jésus le Messie, Fils unique de Dieu le Père, sauve-moi de ce malheur, sinon la communauté sera dispersée. » Il était étendu sur son lit et les frères l’entouraient. Les évêques s’assirent ensuite et l’interrogèrent sur la parole qu’on lui attribuait.
Les frères le levèrent et il s’assit pour répondre. Les évêques lui dirent : « Nous avons appris que de toi-même tu dis être monté au ciel, et que tu ajoutes : Je sais ce qu’il y a dans le cœur des hommes. » Ils firent alors avancer un frère moine qui, tout honteux, dit ceci : « En effet je t’ai entendu dire : Le Seigneur me révèle ce qu’il y a dans le cœur des hommes, qu’ils soient honnêtes ou méchants. »
Notre père Pakhôme lui dit : « Pourquoi crains-tu de parler franchement ? j’ai dit la vérité. » Il se retourna ensuite vers quelques évêques qui le connaissaient d’ancienne date et qui avaient adoré1 à Tabennîsi avant d’être faits évêques ; il dit à chacun d’eux en l’appelant par son nom : « Est-ce que vous ne savez pas quelle était ma conduite aux jours où vous étiez près de moi ? »
Les évêques, au nombre de quatre, répondirent en disant : « Nous te connaissons pour un homme pieux et juste ; nous ne t’avons jamais entendu dire : Je suis monté aux cieux, et je connais ce qui est dans le cœur des hommes. »
Pakhôme dit : « C’est précisément la vérité ; je n’ai pas dit que je savais ce qu’il y a dans le cœur des hommes ; mais, lorsque les pères sont devenus nombreux dans la communauté, j’ai dit : Le Seigneur m’a accordé la grâce de distinguer les méchants des bons, lorsqu’ils viennent à 1 C’est-à-dire qu’ils avaient été moines à Tabennîsi. moi pour se faire moines ; et quant à votre parole que je suis monté aux cieux, je ne l’ai jamais dite, mais j’ai dit : J’ai été enlevé au Paradis par l’ordre du Seigneur. J’ai dit la vérité et je ne mentirais point quand même je serais en présence des rois. » Et lorsque les prêtres et les moines entendirent cette parole de notre père Pakhôme, ils s’écrièrent à la foule : « Avez-vous jamais entendu semblable parole d’un homme ? »
Et ils répondirent d’une seule voix : « ’Nous n’avons jamais entendu pareille chose de nos pères, ni des pères de nos pères. » Aussitôt il y eut une grande agitation dans l’église. Des gens crièrent : « Qu’on ne mette la main sur personne autre que Pakhôme. » Les frères l’enlevèrent alors du milieu de la foule, et l’un d’eux, doué d’une grande force, l’emporta sur ses épaules et le fit sortir par une antre porte sans qu’on s’en aperçût : deux frères sortirent aussi seulement, parce que les autres avaient fermé la porte de l’église ; et l’on frappait les frères à coups de matraque. Et quant aux frères qui avaient sorti notre père Pakhôme, voici qu’un homme laïque nommé Saouina1, les précéda : c’était l’intendant des biens des grands personnages de la ville et il allait vers le couvent pour se réunir à notre père Pakhôme et lui apprendre la délibération des évêques qui voulaient le chasser de leurs diocèses.
Et quand notre père Pakhôme eut vu une fois quelle était la droiture de son cœur, il lui dit : « Puisque tu combats pour le droit de Dieu et que tu aimes ses serviteurs, tu auras ce que Dieu t’a préparé : tu te rassasieras des biens de la terre et tu auras les biens incorruptibles de l’autre monde. » Quelque temps après, cet homme sortit vers les frères pour faire des adorations selon ses forces et s’endormit en paix. C’est lui qui marchait devant notre père Pakhôme, pendant que les frères le portaient. Alors, de dessus les terrasses, on se mit à frapper notre père Pakhôme pour le tuer ; et voici que le chef Saouina cria aux gens : « Certes je vous apprendrai qui vous êtes ! Si vous ne craignez pas Dieu, ne craignez-vous pas l’autorité des rois ? Voulez-vous qu’il y ait une sédition dans notre 1 1.0 véritable nom est sans doute Sabinus.
ville ? « Aussitôt ils disparurent. On fit alors monter notre père Pakhôme sur sa monture et on le conduisit au monastère. Puis les autres frères arrivèrent en chantant et en glorifiant Dieu ; la plupart d’entre eux étaient blessés et leurs habits étaient tachés de sang. Et lorsqu’ils furent arrivés au monastère, ils baisèrent tous notre père Pakhôme, tout joyeux de la manière dont le Seigneur l’avait Voici comment cette narration mémorable est présentée par l’auteur grec : « Un jour qu’il y avait eu des paroles imprudentes, qu’on répétait que Pakhôme connaissait les choses secrètes, et qu’un assez grand nombre de moines et d’évêques étaient réunis dans l’église de Latopolis, Pakhôme y fut lui-même présent en compagnie de quelques frères des plus anciens, y ayant été appelé pour éclaircir la chose.
Voyant ceux qui l’accusaient, il garda longtemps le silence. Enfin ayant reçu, des évêques Pliilon et Mobé, l’ordre de se défendre, il répondit ainsi : « Est-ce que vous ne viviez pas avec moi dans un monastère, avant que vous ne prissiez les soucis de 1 épiscopat ? Est-ce que vous ignorez qu’en ce temps-là, par le secours de sa grâce divine, Dieu ne fut pas moins aimé et qu’il ne fut pas pourvu au salut des frères avec moins de soin par moi que par vous-mêmes ? Ne savezvous pas comment Moyse, le fils de celui qui est nommé Madgol, possédé du démon et entraîné dans des grottes souterraines, non sans péril de mort, comment par la grâce de Dieu je l’ai rendu sain et sauf ? Je ne parlerai pas de toutes les autres choses que j ai faites. » Les autres dirent : « Nous ne nions pas que lu ne sois un serviteur de Dieu et nous n’ignorons pas que tu t’es mesuré avec intrépidité contrôles démons, et que tu les as forcés d’abandonner les âmes.
Quant à ce qui regarde la connaissance des choses secrètes, comme c’est quelque chose d’important, apprends-nous ce qu’il en est, afin que nous puissions faire taire ceux qui murmurent. »
Il leur répondit : « Ne m’avez-vous pas souvent entendu dire que j’étais né de parents païens et que j’ignorais complètement ce qu’était Dieu ? Qui m’a donné la grâce de devenir i ce récit ne se trouve pas dans l’abrégé raemphilique tel qu’il nous est parvenu. chrétien ? n’est-ce pas le Dieu très bon lui-même ? En outre, dans les lieux où il y a peu de moines, où l’on en trouve deux ou cinq, ou dix au plus, ces moines ne se gouvernent pas les uns les autres dans la crainte de Dieu sans de grandes peines ; et nous qui sommes une si grande multitude, qui remplissons neuf monastères entiers, nuit et jour nous n’avons d’autre souci que de conserver nos âmes à l’abri de tout reproche par la miséricorde de Dieu ; vous devez l’avouer vousmêmes, vous qui n’ignorez pas ce que nous avons fait contre les esprits impurs.
Or, c’est le même Dieu et Seigneur qui, où et quand il l’a voulu, nous a donné le don particulier de pouvoir reconnaître sans le moindre doute si quelqu’un veut embrasser la vie religieuse sincèrement ou faire semblant. Mais laissons de côté ce don particulier de Dieu ; ne voyons-nous pas se faire que ceux qui sont prudents et perspicaces selon la chair, lorsqu’ils ont passé quelques jours au milieu d’une foule humaine, peuvent porter un jugement sur chacun et connaître quelles sont les dispositions de leurs esprits ? Et celui qui n’a pas hésité à répandre son sang pour nous, celui qui est la suprême Sagesse du Père, s’il voit quelqu’un qui fait tous ses efforts pour empêcher la perte du prochain, et surtout d’un grand nombre d’hommes, ne lui accorderat-il pas de les garder purs de tout reproche, soit que nous disions que cela a lieu par les indications d’un esprit plus saint, soit qu’il n’y ait là que le bon plaisir de la volonté divine ?
Il ne m’est pas accordé de voir toutes les fois que je le voudrais ce qui doit faire notre salut ; mais seulement quand me le concède Celui de la volonté duquel toutes choses dépendent. En effet tout homme abandonné à lui-même devient semblable à sa vanité ; si, au contraire, il se soumet à Dieu, comme il le faut, on ne doit plus dire qu’il est quelque chose de vain, mais qu’il est le sanctuaire de la divinité, car Dieu lui-même l’a dit : J’habiterai en eux. Il n’a pas promis d’habiter dans tout le monde, mais seulement dans les saints ; en vous, dis-je, et en tous, et en Pakhôme même, s’il accomplit sa volonté. « Lorsqu’ils l’entendirent parler ainsi, ils admirèrent la liberté et l’humilité de cet homme. À peine avait-il fini de parler qu’un homme, poussé par le génie du mal et armé d’une épée, se précipita pour tuer le saint homme ; mais Dieu le sauva par l’aide des assistants.
Un tumulte s’éleva alors au milieu de l’assemblée, les uns pensant et parlant d’une manière, les autres d’une autre ; les frères s’échappèrent sains et sauts, ils se rendirent au monastère nouvellement construit, nommé Pachnoum et situé dans la montagne de la ville de LatoTel est le second récit. Je n’ai pas besoin, je pense, de faire ici de nombreuses considérations pour faire ressortir les différences qu’il présente avec la première narration. Ces différences s’offrent d’ellesmêmes aux yeux des lecteurs. L’auteur, cédant à son goût pour la rhétorique, fait prononcer un discours à Pakhôme selon toutes les règles de l’art oratoire monacal et de ce discours, on n’en trouve pas trace dans l’œuvre copte. D’ailleurs, il est beaucoup trop logique et trop bien mené pour être l’œuvre d’un moine copte, le génie copte répugne à des œuvres si parfaites.
En revanche, les faits eux-mêmes sont présentés de manière à faire croire que tout s’arrangea de la meilleure manière possible, à prêter le beau rôle à Pakhôme et à égarer complètement le jugement du lecteur. Je ne crois pas être trop sévère en taxant de trahison et de faux une pareille manière d’écrire. Et cependant c’est sur de semblables témoignages, je ne saurais trop le répéter, c’est sur des témoignages aussi peu acceptables pour l’histoire sérieuse que l’on a bâti cet édifice de vénération élevé à la mémoire de ces moines dont je devrai plus loin détailler les mœurs peu honorables. Pour le moment, il me suffit de dire que les deux vies grecques dont je viens de chercher la valeur historique ne doivent être employées qu’avec les plus grands ménagements, et que toujours il faut avoir recours aux œuvres indigènes sous peine de s’exposer à raconter des faits qui se passèrent, en réalité, tout autrement que les auteurs grecs ne nous les ont présentés.
Je n’ignore pas et je démontrerai plus loin, combien les œuvres coptes qui se rapportent à Pakhôme sont sujettes elles-mêmes à caution ; mais au moins elles ne se parent pas d’un faux air de vérité, elles se donnent au lecteur telles qu’elles sont, et en fait elles sont beaucoup moins propres à égarer 1 histoire que les œuvres grecques. Virgile ne se trompait pas : il faut toujours se méfier des Grecs, même quand ils nous font des présents dont ils sont les premiers à vanter la valeur. Malgré tout, l’on ne peut pas négliger cette source de nos renseignements, car un assez grand nombre de détails qui ont bien l’aspect copte nous ont été conservés par les abréviateurs grecs, alors que les écrivains coptes ne les avaient pas jugés dignes de passer à la postérité ; presque toujours ces détails se rapportent à des noms géographiques, à des noms de personnes et à des traits de mœurs qui ont de l’intérêt pour nous.
Chose étrange ! ces abréviateurs grecs ont été véridiques dans les détails, ils n’ont falsifié l’histoire que dans le dénouement des narrations ; or, il n’est pas difficile de voir à quel mobile ils ont obéi. D’ailleurs les abréviateurs coptes ont fait la même chose de leur côté et l’occasion viendra naturellement plus loin d’indiquer quel fut ce contiennent une sorte de recueil de faits divers qui, dans le manuscrit d’où ils ont été tirés, faisaient suite à la seconde vie1. Ce recueil. Je suppose que le titre de Paralipomènes a été donné par les Bollandistes eux-mêmes, et je dois dire que c’est avec assez peu de raison, comme 011 le verra. L’auteur de ce recueil semble au premier coup d’œil être le même que celui de la vie, car les premières lignes le laisseraient assez clairement entendre : « Ce qui a été écrit sur saint Pakhôme, dit cet auteur, me semble suffire à l’utilité des lecteurs ; cependant il ne sera pas inutile de s’y appesantir un peu ; en effet, si l’on revient aux mêmes choses, cela rend celui qui écoute plus attentif à l’examen des choses racontées, et celui qui refuse par ennui d’écrire de nouveau les mêmes choses se crée un danger.
C’est pourquoi, revenant à notre sujet, nous ajouterons quelques faits de la même nature que ceux qui 1 Acta 333-345. Pour le texte grec voir l’appendice à la fin du précèdent. « Malgré ces paroles, je serais assez porté à croire que ces sentiments sont ceux non pas de l’auteur, mais d’un copiste qui, ayant trouvé une autre narration des mêmes faits, l’a placée à côté de celle qu’il avait copiée d’abord, parce qu’il avait trouvé soit une narration un peu différente, soit des faits nouveaux, sans s’occuper si le nombre de ces faits était relativement très restreint et si la d’authenticité. En effet, sur les quarante et un paragraphes qui composent cette série d’anecdotes ou de discours, le plus grand nombre est le récit redoublé des faits que renfermaient déjà la première ou la seconde vie grecque : les autres sont empruntés au copte, avec certains détails qui parfois ne se trouvent pas dansles œuvres indigènes.
Il n’y a d’exception à faire que pour quelques discours qui ne se rencontrent pas dans les écrits des Coptes, en particulier pour les cinq derniers paragraphes qui annoncent uiie réfutation de l’idolâtrie et où l’on ne trouve qu’un discours dans lequel il n’y a pas la moindre mention, ni la plus légère réfutation du polythéisme. Cet écart du sujet à traiter est bien copte, mais la manière dont le discours est présenté est grecque et non pas copte. Les discours en général sont encore plus développés que dans les œuvres précédentes et, pour preuve, je citerai le trait du frère auquel Pakhôme fit refuser les prières des morts.
« Il arriva une autre fois, dit l’auteur, de ces Paralipomena, que notre père Pakhôme se rendait à un autre monastère pour y visiter les frères qui l’habitaient. Comme il était en route, il rencontra par le chemin le convoi funèbre de je ne sais quel frère qui était mort dans le même monastère, et tous les frères du monastère l’accompagnaient en chantant les psaumes accoutumés : les amis et les parents du frère défunt assistaient aussi aux funérailles. Dès que les frères aperçurent de loin le saint Pakhôme qui se dirigeait vers eux, ils posèrent le cercueil à terre, afin que le saint homme, lorsqu’il serait arrivé, priât pour le défunt. Le bienheureux Pakhôme étant ensuite arrivé et ayant prié quelque temps, ordonna aux frères de n’avoir plus à chanter de psaumes pour le défunt.
Alors il donna l’ordre d’apporter les habits du défunt et de les brûler en présence de tous les assistants ; cela fait, il voulut qu’on prit le cadavre et qu’on l’enterrât sans aucune psalmodie. Mais les frères et ses proches se jetèrent aux pieds de Pakhôme, le suppliant avec les plus instantes prières de ne point laisser le mort être enterré sans le chant habituel des psaumes ; mais Pakhôme ne voulut point les entendre. Les parents du défunt accusèrent alors le saint homme en ces termes : « Que fais-tu, ô père, quelle est cette chose nouvelle et insolite ? Cela ne convient pas à la renommée de à sainteté de te montrer aussi cruel pour un mort dont la vue pourrait fléchir à la pitié les esprits des barbares eux-mêmes ? Bien plus, en voyant ce cadavre gîr à terre, privé de voix et de tout mouvement, son ennemi juré ne pourrait s’empêcher d’être ému.
C’est vraiment une chose nouvelle que nous sommes aujourd’hui contraints de voir parmi les Chrétiens, c’est une sévérité qui ne trouverait pas à se produire chez les Barbares. Tu infliges à notre famille une ignominie dont elle ne pourra jamais se laver. Plût à Dieu que nous ne t’eussions pas vu aujourd’hui et notre maison n’aurait pas encouru une éternelle infamie ! Plût à Dieu que ce fils qui est le nôtre, et si misérable n’eût jamais embrassé un genre de vie aussi dur ! ïl ne nous aurait pas légué à nous et à nos descendants cette douleur éternelle à son endroit. Cependant nous t’en conjurons, maintenant que ses habits sont brûlés par ton ordre, n’empêche pas que l’on chante les psaumes accoutumés. « Lorsqu’ils eurent ainsi parlé, Pakhôme leur dit : « Je vous le dirai avec vérité, mes frères, j’ai plus grande pitié que vous de ce défunt, et c’est parce que j’ai "plus grand soin de lui, comme un père très aimant, que j’ai ordonné de faire ce que vous avez vu.
Vous, en effet, vous n’avez souci que du corps inanimé ; moi, je cherche uniquement à procurer le bonheur à son âme. Si vous vouliez lui témoigner votre affection de parents par le chant des psaumes, vous feriez retomber sur le défunt des tourments plus nombreux et plus cruels, car on demanderait compte des psaumes récités à son intention à celui qui est mort privé de la grâce et de la vertu des psaumes. Si donc vous voulez ajouter, et non un peu, à ses tourments éternels, vous pouvez lui faire l’honneur du chant des psaumes ; car plus il sera tourmenté d’un pareil service, plus il vous poursuivra de ses dures malédictions. Pour moi, comme je n’ignore pas ce qui est le plus utile à son âme, je suis peu inquiet de son corps. A coup sûr, si je vous permettais de chanter des psaumes, je serais jugé plus sévèrement par Dieu pour avoir cherché à plaire aux hommes ; car, par respect humain, je n’aurais pas tenu compte du jugement sévère que doit un jour subir cette âme.
En effet Dieu, qui est la source de toute bonté, cherche des occasions de faire couler sur nous avec plénitude les flots de sa grâce. Si donc nous, qui avons été jugés dignes de recevoir la divine science de guérir, nous négligions d’employer le remède qui convient à la nature du mal, ce qui est écrit nous serait reproché avec raison : Voyez, contempteurs, admirez et restez stupéfaits. C’est pourquoi je vous en prie, si vous voulez rendre les tourments du défunt plus légers, enterrez-le sans psaumes ; car Dieu, qui est bon et miséricordieux, pourrait lui donner quelque repos, à l’occasion de l’ignominie qui lui est faite. S’il se fût montré obéissant aux admonestations que je lui ai faites si souvent, il ne lui serait jamais arrivé un tel malheur.
« Dès que le saint homme eut ainsi parlé, on porta le défunt à la montagne et on l’enterra sans chanter de psaumes1. » Il suffira au lecteur de se reporter aux deux versions que j’ai déjà citées plus haut de ce fait, pour voir combien cette narration est encore plus odieuse que les deux autres. Et cependant on ne peut nier que, les exagérations de rhétorique mises à part, les sentiments énoncés ne durent être ceux de Pakhôme en cette occasion. Ce ton paterne, ces doctrines horribles qui rapetissaient la justice de Dieu jusqu’à la bassesse des vengeances d’un cerveau aussi étroit que celui de Pakhôme, tout est dans la note copte et dans le ton habituel de Pakhôme. Dans ces Paralipomena tout est raconté delà même manière, avec plus d’exagération encore que dans les deux vies précédentes, avec plus de partialité pour Pakhôme, mais aussi avec certains détails tout à fait vraisemblables qui ne se trouvent pas ailleurs.
On doit donc leur accorder encore moins de confiance qu’aux documents précédents ; mais l’on ne peut complètement les laisser de côté pour de Pakhôme. Au fond, ces trois documents, j’espère qu’on l’admettra facilement, ont pour fond presque unique la grande vie de Pakhôme qui dut être écrite peu de temps après sa mort, comme je l’ai déjà dit : les légères divergences que l’on y remarque viennent de ce que le but poursuivi par les auteurs a été, plus ou moins, de pallier certaines choses peu édifiantes, ou de ce que, suivant les moines qui racontèrent les divers traits dont on composa la vie, certaines circonstances qui avaient échappé aux uns s’offrirent à la mémoire des autres. Le principal pour se servir avec un sens critique de ces diverses circonstances, c’est de connaître à fond les habitudes monacales et les mœurs égyptiennes, et d’avoir une connaissance personnelle aussi grande que possible des œuvres sorties du cerveau des moines de l’Égypte chréLe quatrième document qui se présente à notre examen a pour ©sîoôpou1.
Cette lettre fut adressée par l’auteur au patriarche Théophile, pape d’Alexandrie. Ammon nous renseigne lui-même sur le but qu’il s’est proposé, dans le commencement de sa lettre : « Puisque tu as, dit-il à Théophile, un insigne amour pour les serviteurs de Dieu et que tu as toujours cherché à imiter l’innocence et la pureté de leur manière de vivre ; en particulier, puisque tu as pris l’habitude d’admirer le saint Théodore, le père des moines, que dans la Haute-Égypte on appelle Tabennîsiotes, tu m’as chargé d’écrire pour toi, vénérable père, tout ce que, pendant les trois années entières que j’ai passées dans le monastère et la société de ces moines, j’ai appris au sujet de Théodore par les récits de ceux qui ont vécu avec ces saints hommes de Dieu, et ce que je n’ai pas été indigne de voir de mes propres yeux.
« L’auteur ajoute ensuite qu’il s’est acquitté de sa tâche iivec tout le soin dont il était capable1. Pour ma part, je suis persuadé qu’en effet Ammon a voulu de toute la bonne volonté possible écrire un petit chef-d’œuvre ; par malheur, il n’y a guère réussi. Cependant son œuvre est intéressante à plus d’un titre ; car elle a, sans aucun doute, été primitivement écrite en grec et un grand nombre des faits racontés se sont passés devant l’auteur même. Cet auteur dit avoir été âgé dedix-sept ans, lorsqu’il arriva au monastère de Phboou, complètement ignorant de la langue égyptienne, ne sachant que le grec et confié aux soins de Théodore, le citadin, chargé des moines d’origine grecque dès le temps de Pakhôme. S’il faut en croire certains indices du récit, cette arrivée aurait eu lieu en 351, six ans après la mort de Pakhôme.
D’après ce que j’établirai plus loin, l’une de ces dates doit être fausse, car Pakhôme dut mourir vers l’année 347. Par conséquent, en 351, on ne pouvait être que dans la quatrième année après la mort du saint homme. D’un autre côté, il n’est guère possible de concevoir quelques doutes sur la date de 351, car l’auteur dit expressément que ces choses furent dites vers la fin de l’année où Gallus, qui plus tard fut surnommé Constantin le jeune, fut proclamé César, c’est à-dire en 351. Comme la lettre d’Ammon ne fut guère écrite qu’un demi-siècle plus tard, puisque Théophile fut élu patriarche en 387, il n’est pas étonnant que l’évêque égyptien se soit trompé sur la date de la mort de Pakhôme. Ammon, comme le montre son ignorance du copte, avait reçu une éducation grecque : on le sent dans la manière dont sa lettre est composée.
On y trouve en effet un certain nombre d’indications chroLes unes lui ont été fournies par les récits des moines sur Théodore et Pakhôme : la plupart sont fausses, parce que la chronologie a toujours 1 été le dernier souci des conteurs ou des écrivains coptes ; les autres sont le fruit des remarques personnelles de l’auteur et il n’y a nulle raison de s’en défier, elles jettent au contraire un certain jour sur la grande obscurité des principales dates de l’histoire monacale en Haute-Égypte. On doit faire la même distinction dans les récits divers qui composent la lettre : ceux que l’auteur raconte, pour les avoir lui-même entendu raconter à d’autres, diffèrent souvent par quelques circonstances d’avec les narrations des œuvres coptes ; pour ceux dont l’auteur a été témoin oculaire et où il a joué un modeste rôle, on peut les admettre sans crainte en les dépouillant préalablement de tout ornement surnaturel.
Ammon, comme tous ses confrères en hagiographie égyptienne, était allé à Phbôou dans l’intime persuasion que tous les cénobites étaient de grands saints et dans la disposition touchante de tout admirer, de trouver les plus petits actes merveilleux de sainteté et de perfection ; il n’est donc pas étonnant que son œuvre soit sujette à caution. Malgré cette fâcheuse tournure d’esprit, on ne peut raisonnablement refuser toute valeur historique à son œuvre. Les traits de mœurs éminemment coptes qu’on y rencontre prouvent surabondamment que l’œuvre a été écrite par un auteur parfaitement au courant des mœurs des cénobites égyptiens, et je n’y trouve rien qui puisse en faire refuser la paternité à l’évêque Ammon. Quoique cet auteur nous assure avoir appris le copte pendant son séjour à Phbôou, il n’est pas probable qu’il ait pu se servir de la vie de Pakhôme, sans doute parce qu’elle n’avait pas encore été écrite.
D’un autre côté, l’auteur de la lettre ne mentionne pas le schisme qui éclata entre les monastères pakhômiens et le choix que fit Horsiîsi de Théodore, comme son coadjuteur, événement qui dut se passer en 354 ou 355. C’est vraisemblablement à cette époque que le jeune Ammon, rencontré par un ami de sa famille, quitta Phbôou pour redescendre dans la Basse-Égypte. En résumé nous avons dans cette lettre une sorte de journal relatant les faits principaux qui frappèrent Ammon pendant les trois ans qu’il passa dans le monastère de Phbôou. Comme il n’a guère voulu écrire que ce qu’il avait vu, il n’est pas étonnant que le plus grand nombre des faits qu’il rapporte ne se retrouve pas ailleurs ; et grâce à la tournure d esprit de l’auteur, à son éducation grecque, le moins étendu des documents grecs est pour nous le plus important, non pas absolument, mais relativement, parce que nous possédons les originaux dont les œuvres grecques ont été tirées.
De plus rien ne montre dans l’œuvre d’Ammon que les faits aient été présentés sous un jour convenu, quoique l’auteur, comme je l’ai dit, ait eu le parti pris de tout admirer. Et maintenant que j’ai tâché de déterminer la valeur historique des documents grecs, je dois examiner les documents coptes, chercher en quelle relation de ’parenté ils sont entre eux, et discuter les questions qui se rattachent à cet examen. Les sources coptes proprement dites de la vie de Pakhôme sont au nombre de trois : 1 0 une vie de Pakhôme écrite en dialecte thébain ; Théodore également écrite en dialecte memphitique. Aucun de ces documents ne nous est parvenu en entier et l’on ne saurait trop le regretter, surtout pour le premier ; cependant ils sont de très grande utilité pour le sujet qui m’occupe.
La vie de Pakhôme en dialecte thébain ne nous est guère connue que par des fragments. De ces fragments les uns se trouvent à la Bibliothèque de Venise et ont été publiés et traduits par Mingarrelli1; les autres sont conservés à la bibliothèque du Musée de Naples et appartenaient à la fameuse bibliothèque du cardinal Borgia à Velletri ; signalés par Zoëga2, ils sont publiés et traduits ici, pour la première fois ; d’autres enfin ont été découverts en Égypte pendant ces dernières années, acquis pour la Bibliothèque nationale de Paris et doivent être publiés par bien voulu me donner communication de la copie qu’il avait faite de ces fragments et cette communication m’a été très utile, parce que, parmi les pages dépareillées, se trouve la dernière du manuscrit, et que, suivant l’habitude des scribes coptes ou des simples lecteurs, on y a mis des notes contenant des indications chronologiques, lesquelles indications en cette place sont toujours de la plus parfaite exactitude.
Personne ne sera étonné, je pense, si je dis, que la vie de Pakhôme, source unique de toutes les autres vies, a du être écrite en dialecte thébain ; Pakhôme vécut en effet toute sa vie dans la Haute-Égypte, près de la ville actuelle de Qéneh, dans le nome de Dendérah, et dut se servir du dialecte en usage dans son pays. Ainsi a priori nous devons penser que la grande vie de Pakhôme dut être exécutée en thébain ; l’examen de fragments qui nous en sont parvenus ne fait que confirmer cette manière de voir. En effet les trois fragments que je publie dans le présent volume sont plus détaillés que les passages correspondants des textes memphitiques ; le premier qui raconte la visite de saint afin de faire ordonner Pakhôme prêtre, contient quelques légers détails de plus ; le second, qui est l’éloge de Pakhôme par Antoine après la mort du premier, est de même plus détaillé que tous les autres récits ; enfin le troisième qui devait faire partie d’une vie de Théodore, non plus de Pakhôme, renferme des discours qu’on retrouve beaucoup moins étendus en memphitique, et d’autres qu’on Ce dernier fragment me permet même d’affirmer que la vie de Pakhôme et celle de Théodore, qu’on trouve unies ensemble dans la effet, les fragments auxquels je fais allusion 1 sont paginés et le premier porte le chiffre pax.
à sa première page, c’est-à-dire le chiffre 164. Comme d’après la contenance de chaque division de la pagination, il s’agit bien de pages et non de folios, il est indubitable que la vie de Pakhôme ne précédait pas celle de Théodore et ne pouvait pas par conséquent faire un même ouvrage. D’ailleurs les fragments achetés pour la Bibliothèque nationale, qui sont paginés, attestent aussi clairement la chose. D’après la pagination de tous ces fragments, on peut conclure avec autant de certitude qu’il est possible et désirable en l’espèce, que, bien que ces restes de la vie de Pakhôme ou de Théodore aient appartenu à divers manuscrits, les événements étaient racontés dans le même ordre que dans les œuvres mempbitiques ou dans la version arabe. En outre, le lieu d’origine de tous ces fragments qui proviennent d’un pays où il y eut un monastère pakhômien, est une preuve de plus qu’ils représentent bien en partie la grande vie de Pakhôme qui fut écrite par ses enfants peu de temps après sa mort.
La vie memphitique de Pakhôme, comme je l’ai déjà dit, est fruste : il en manque à la fois le commencement et la fin. Du commencement, à en juger par les parties correspondantes des autres vies, il ne doit manquer que la première page ; on ne peut guère conjecturer ce qu’il manque de la fin, parce qu’on ne peut savoir jusqu’à quel point le traducteur memphitique avait raccourci son modèle. Cette vie est conservée en exemplaire unique dans le volume LXIX des manuscrits coptes du Vatican : elle est paginée et va de la page q 94 à la ne remplissait pas à elle seule le volume où elle se trouvait, puisqu’elle ne commençait qu’à la page 92 ou 93. Le manuscrit d’où elle provient appartenait à l’un des monastères de Scété ou de la vallée des Natrons, et en a été rapporté par le célèbre Assemani dans l’un de ses voyages.
C’est tout ce qu’on peut savoir, je crois, de l’histoire du manuscrit. Le texte dans lequel nous est parvenue cette vie nous montre que c’est une traduction. Comme je l’ai dit plus haut, la vie primitive de Pakhôme a dû être écrite en thébain : l’œuvre memphitique n’a donc été qu’une traduction. J’ai déjà montré dans l’Introduction, à la première série de ces monuments, qu’on avait traduit du thébain en memphitique la vie de Schnoudi écrite par son disciple Visa 1; on fit de même pour la vie de Pakhôme. Les raisons qui firent faire la traduction de la vie de Pakhôme sont les mêmes que pour la vie de Cf. E. Amélincau : Mon. pour servir à Schnoudi. La différence qui existait entre les différents dialectes de la langue égyptienne, au temps des Pharaons, était assez grande pour occasionner que souvent un habitant du nord ne pût comprendre un habitant du midi1, ou tout au moins ne pût le comprendre qu’avec assez de difficulté ; cette différence avait dû nécessairement s’accentuer à mesure que la langue elle-même s’était pour ainsi dire décomposée, et l’on ne saurait nullement s’étonner qu’un moine originaire de la Basse-Égypte n’ait pu comprendre les œuvres écrites dans le dialecte de l’Égypte supérieure.
Donc pour les lire il fallait les traduire, et c’est ce qu’on a fait. Si nous possédions le titre memphitique, nous verrions sans doute que l’auteur de cette traduction avait fait plus que traduire, qu’il avait abrégé l’œuvre première, comme cela eut lieu pour la vie de Schnoudi : à défaut d’un aveu formel de la part du traducteur, la plus simple comparaison avec la version arabe, ou avec les fragments thébains qui nous sont parvenus, montrera péremptoirement que la vie abrégé d’une vie plus étendue. L’examen du texte memphitique lui-même prouve qu’il y a eu traduction et abréviation. Quoique le cas soit assez rare, il est évident parfois que le traducteur s’est trouvé assez embarrassé pour rendre en memphitique les expressions de l’original thébain et la traduction a été faite aux dépens de la clarté, sinon aux dépens du sens.
L’abréviation elle-même n’était pas faite pour mettre plus en lumière les événements racontés : cependant je dois dire à la louange du moine qui la mena à bonne fin, que traduction et abrégé eurent pour auteur un moine beaucoup plus intelligent et maître de sa langue que ne le fut le traducteur et abréviateur de la vie de Schnoudi. Il semblera peut-être bien osé à mes lecteurs d’affirmer que cet auteur fut un moine ; mais outre que, comme je l’ai déjà si souvent dit, l’activité littéraire des Coptes était presque tout entière dans les couvents, le fait seul que le manuscrit memphitique provient des monastères de Scété ou de la vallée des Natrons, est une preuve que ’Cela est dit expressément dans la correction du Devoir géographique conservé dans le co manuscrit avait été écrit dans et pour l’un de ces monastères.
Pour avoir dit adieu au monde, à ses œuvres et à ses pompes, les moines de Macaire ne laissaient pas que de s’intéresser encore à la littérature de leur pays, surtout lorsqu’on pouvait à son gré l’orner et l’embellir des couleurs les plus chrétiennes. Une école était toujours attachée à un monastère, même dans le désert, car on y plaçait des enfants pour y parfaire leur instruction, ou les enfants s’y rendaient d’eux-mêmes pour se faire moines, ou bien encore les parents les faisaient religieux, dès le plus bas âge, dès l’âge de trois ans1 2, pour satisfaire à un vœu. Eu outre, parmi les moines d’un monastère quelconque, il y en avait toujours quelques-uns dont Punique office était de copier les manuscrits : ils étaient les successeurs des anciens scribes pharaoniques, et quand on dit scribe, on dit en même temps auteur h Outre cette première raison, il y en a une seconde qui n’est pas la moins forte en faveur de mon sentiment.
Les laïques égyptiens, quoique fort attachés à leurs idées religieuses, l’étaient encore davantage à leurs biens et à leur commerce : ils vénéraient sans doute, comme ils le font encore, tous ces saints personnages dont ils tâchaient d’être les amis, afin de s’assurer le plus possible le bonheur d’outretombe ; mais ils avaient peu de temps pour entretenir ce commerce intime d’admiration et de dévotion que suppose la lecture assidue de la vie de ces saints personnages. Je ne m’écarterai pas beaucoup de la vérité en pensant qu’on faisait autrefois comme on fait aujourd’hui ; or, à notre époque, les livres sont plus ou moins pieusement conservés dans les églises et dans les couvents ; mais on n’en saurait trouver chez les particuliers, même dans les traductions arabes.
Tant que l’enfant est à l’école, il apprend et lit beaucoup ; grâce à sa merveilleuse mémoire, il fait alors provision de science pour toute sa vie, sûr de conserver, tant qu’il vivra, ce qu’il aura logé dans sa cervelle 1 Il y en a un exemple péremptoire dans la Vie du père Mathieu le pauvre. Cf. Zoëga. Cal. 2 J’ai développé déjà plusieurs fois les raisons de cette manière de voir. Cf. Monum. pour pendant son enfance. An contraire dans les monastères, les moines instruits qui auraient eu quelque peine et quelque honte à se livrer à des travaux de grossière culture, trouvaient dans la lecture, l’écriture ou la composition, le plus doux des passe-temps quand ils avaient fini leur travail manuel, s’ils en avaient un chaque jour1. En général, presque tous les moines lisaient, comme ils le font encore aujourd’hui ’.
De plus, si les laïques sentaient peu le besoin de s’édifier par la lecture, il n’en était pas de même des moines. Chaque moine « pii tenait à honneur de bien porter ce nom était possédé du désir d’imiter les grands serviteurs de Dieu autour desquels on avait bâti les légendes les plus compliquées et les plus détaillées : pour les imiter, il fallait connaître leur vie. Ceux qui ne se sentaient aucune envie de jeûner quarante jours de suite, ou de passer tout un carême debout en tressant des feuilles de palmier, trouvaient encore dans la lecture une jouissance d’autant plus grande qu’ils pouvaient s’édifier sans trop se sanctifier, ou pour employer une expression plus juste, sans trop s’annihiler. Ces deux raisons s’accordent donc à montrer que la traduction et l’abréviation de la vie de Pakhôme furent l’œuvre d’un moine, et d’un moine de Scété.
Cette discussion semblerait tout à fait oiseuse, car il importe peu au fond que l’œuvre memphitique soit due à tel ou tel traducteur, si la paternité bien établie de la. traduction abrégée 11’expliquait en grande partie, comme je le montrerai à sa place, la manière dont l’abrégé a été compris et exécuté. Quant à l’époque où cette traduction a été faite, je ne saurais la préciser : rien n’indique à quelle époque l’œuvre fut faite ; mais pour les raisons données plus haut, on ne saurait retarder beaucoup cette époque, car Pakhôme, dès son vivant, fut connu des moines réunis à Scété par le grand Macaire, et certains moines de Scété avaient commencé par être 1 On croit généralement que tous les moines de l’Égypte s’occupaient à tresser des corbeilles ou des nattes : le cas n’était général que dans le désert de Scété ou pour les autres anachorètes.
Cependant, même à Scété, on employait les moines à d’autres travaux. Tous les couvents n’étaient pas dans le désert, et dans certains d’entre eux, tous les corps de métier étaient constitués et en exercice journalier. 2 Encore aujourd’hui, au monastère de Moharraq, chaque moine a dans sa cellule un li re où il lit pour s’édifier. cénobites dans la Haute-Égypte, comme ce fut le cas pour l’évêque Ammon, l’auteur de la lettre grecque au patriarche Théophile. Il me semble donc que, dans la première moitié du Ve siècle, traduction et du IVe siècle et qu’on eût écrit sa vie très peu de temps après sa mort, il ne semble pas que cet ouvrage fût connu à Scété avant la fin du IVe siècle ; car en ce cas l’évêque Ammon en eût eu connaissance. Or, il ne l’a pas connu, comme la chose est évidente d’après sa lettre même.
Je ne peux de même indiquer à quelle date fut écrit le manuscrit de la Bibliothèque vaticane : il ne porte aucune date ; mais d’après le type de l’écriture et la comparaison avec les autres manuscrits de la même bibliothèque, ayant tous la même origine, on peut sans trop de crainte de se tromper, placer la copie du manuscrit vers le xc ou le XIe siècle. La vie de Théodore, comme la vie de Pakhôme, dut être écrite en thébain ; le dernier des fragments du Musée de Naples prouve qu’elle le fût. Elle ne nous est parvenue assez développée que dans la version me m phi tique. Malheureusement, cette version, elle aussi, est mutilée : le commencement fait défaut. Cette vie est conservée en exemplaire unique dans le manuscrit copte de la Bibliothèque vaticane, portant le numéro G9.
C’est le même où se trouve la vie de Pakhôme ; mais au lieu de la suivre, elle la précède et va du folio 1 au folio 39. Il est vrai que cet arrangement est l’œuvre du relieur ou d’un conservateur ne prenant qu’un médiocre intérêt aux œuvres coptes. Cette vie faisait partie d’un manuscrit primitif paginé : elle va de la page tu© à la page c’est-à-dire de la page 459 à la page 540; mais il y a erreur de pagination au cours de l’œuvre, et c’est en réalité la page 536 qu’il faut lire au lieu de 546. La fin est fruste comme le commencement ; mais au lieu que pour le commencement on ne saurait préciser même approximativement combien il manque de feuillets, pour la fin on peut dire hardiment, sans crainte de se tromper, qu’il manque seulement un ou deux feuillets ; car la mort de Théodore est racontée et le manuscrit finit au milieu de la lettre de saint Athanasc au sujet de LUI cette mort, laquelle lettre termine la vie dans tous les autres abrégés qui en ont été faits.
Il serait assez intéressant de savoir si la vie de Théodore faisait suite à la vie de Pakhôme dans le manuscrit primitif. La pagination des deux vies ne s’y opposerait pas, car la vie de Pakhôme finit à la page ti du manuscrit, et celle de Théodore commence à la page Tue, ce qui donne une différence de 149 pages et ce qui semble parfaitement suffisant pour terminer la vie de Pakhôme et commencer celle de Théodore. Cependant je ne peux rien affirmer, et je ne me rappelle pas si l’écriture est la même dans les deux vies. Pour ma part, cependant, je serais assez porté à le croire, car l’abrégé grec le plus développé met la vie de Théodore après celle de Pakhôme, et nous verrons que la version arabe fait de même : on serait donc raisonnablement porté à croire que le même fait s’était produit dans l’abrégé memphitique.
Ce n’est pas cependant une raison de croire qu’il n’y avait pas une vie de Théodore indépendante de la vie de Pakhôme : j’ai fait observer que la pagination de l’un des fragments thébains était en faveur de cette opinion, et le fait que la vie de Pakhôme fut écrite du vivant de Théodore, d’après les récits qu’il en faisait, par les frères interprètes de Phbôou, est une preuve péremptoire que la vie de Théodore, nécessairement écrite après sa mort, dut être indépendante de celle de Pakhôme. D’un autre côté, comme Théodore en faisant écrire l’histoire de son père y avait fait entrer la sienne propre le plus qu’il avait pu, il est facile de comprendre qu’on fut naturellement amené à mettre la vie de Théodore à la suite de celle de Pakhôme, comme cela eut lieu dans le manuscrit, dont les fragments ont été achetés pour la Bibliothèque nationale de Paris.
Les fragments thébains nous montrent aussi que la vie memphitique de Théodore est un abrégé en même temps qu’une traduction : on y trouve en effet certains passages qui manquent dans le texte memphitique ou qui sont abrégés. Traduction et abréviation durent être faites par un moine de Scété ou de la vallée des Natrons, et, pour les mêmes raisons que j’ai exposées plus haut, sans doute aussi à la même époque. Il ne m’est pas possible d’en dire davantage d’après les éléments actuels de la question. Mes lecteurs devront donc s’en contenter, comme je suis obligé de m’en contenter moi-mème. Comme les abrégés memphitiques des vies de Pakhôme et de Théodore, la version arabe de ces deux vies est complètement inédite et n’a attiré jusqu’ici aucune recherche.
Cependant, il n’en est pas de ces vies comme de celle de Schnoudi. Les manuscrits en sont assez nombreux et l’on en trouve en Europe, notamment à la Bibliothèque nationale de Paris et à la Bibliothèque vaticane de Rome : il doit sans doute en exister dans certaines autres grandes bibliothèques européennes. En Égypte, les manuscrits de cette histoire de Pakhôme et de ses premiers successeurs jusqu’à la mort de Théodore, doivent exister en assez grand nombre, et j’en ai eu trois à mon service ; l’un venant de Louqsor, le second du monastère de Moharraq, le troisième de la bibliothèque du patriarche au Caire. J’ai eu de ces trois manuscrits de très bonnes copies, et j’ai constaté que tous les trois étaient identiques, sauf toutefois les fautes légères qui sont dues à l’inadvertence de messieurs les copistes égyptiens, coptes ou musulmans.
Je me suis servi, pour traduire et publier l’œuvre que je présente au public, du plus beau des trois manuscrits, de celui qui est au patriarchat du Caire, parce qu’il est plus soigné et beaucoup mieux écrit que les deux Ce manuscrit n’est pas très ancien, il est daté du 24 baba de l’année des martyrs 1332; c’est-à-dire du 22 septembre 1816; mais il est lui-même la copie d’un autre manuscrit plus ancien, ainsi qu’il appert d’une note mise à la fin du volume par le copiste et que je traduis ici : « Est fini ce livre béni qui est la vie du père saint, Pakhôme, qui a été le flambeau éclairant tous ceux qui sont dans les ténèbres ; qui, par la volonté de Dieu, a édifié cette vie cénobitique ainsi qu’il est écrit au commencement de sa vie, il a inventé cette belle invention qui n’était pas connue avant lui, il a créé cette confrérie J qui ressemble aux œuvres des Apôtres 2, il a imité leur conduite, il a surpassé beaucoup de saints par sa longanimité, la profondeur de sa science, sa bonne conduite et sa bonne direction.
One Dieu prenne pitié de nous par ses prières qui Lui sont agréables, nous fasse sortir de la servitude de Satan par l’intercession de la sainte Vierge, de tous les martyrs et saints. Amen. Et celui qui a pris soin de faire recopier cette vie est le père grand, notre père aimé, miséricordieux, sage, le chef des évêques de l’Égypte, anba Pierre, le cent-neuvième des patriarches d’Alexandrie. Il en a pris la copie dans le monastère du saint Antoine, connu anciennement sous le nom de monastère Araba 3; elle a été copiée au Caire dans le palais archiépiscopal elle a été achevée le vendredi, vingt-quatrième jour du mois béni de baba de l’année copte 1532 des martyrs purs. Elle a été écrite par l’esclave, le pauvre pécheur qui espère en la miséricorde de Dieu, qui avoue son insuffisance, ses défauts, sa paresse, dont les péchés sont aussi nombreux que les gouttes de pluie et les feuilles de palmier.
À cause de sa faiblesse, il a suivi les caprices de son âme, obéi aux Satans, abandonné ce qui contentait Dieu. Il est tombé dans le pire des états, a obéi à son ignorance, s’est mis dans la tête que pour lui le temps durerait toujours ; il s’est mis à rugir comme l’animal sauvage, à piquer comme le serpent, comme s’il eût ignoré que le monde est périssable et qu’il devait se présenter devant Dieu seul ; à cause de sa faiblesse, il a aussi oublié ses prières et ses jeûnes, il s’est livré à ses plaisirs, il n’a pas contenté son maître. Quelle réponse donnera-t-il lorsqu’il lui en sera demandé compte ? Il n’aura plus d’autre moyen de répondre que de prier la miséricordieuse sainte Vierge, la mère du Sauveur du monde, les martyrs et les saints, afin qu’ils interviennent et lui obtiennent le pardon de ses péchés, que Dieu ne le découvre pas en méchant état et cache ses péchés jusqu’au dernier soupir.
Amen. « 1 Ce mol doit être pris dans le sens propre de vie commune comme entre frères. 5 Allusion au célèbre passage des Actes des Apôtres le célèbre monastère de Saint-Antoine près de la mer Rouge. On ne saurait trop louer cet humble moine qui nous a caché son nom et découvert ses péchés, sinon d’avoir rugi comme un animal sauvage et piqué comme un serpent, du moins de nous avoir appris dans cette longue note comment avait été entreprise la copie du manuscrit que je publie aujourd’hui et d’où provenait le manuscrit qu’il avait à sa disposition. On voit par ses paroles qu’à l’époque où il finissait sa copie, l’histoire de Pakhôme et de ses premiers successeurs, semblait avoir été perdue ; car ce ne fut pas sans peine que l’on put arriver à faire copier au Caire le manuscrit du couvent de Saint- Antoine.
Je ne suis pas porté à croire cependant que les manuscrits contenant la version arabe de cette histoire eussent complètement disparu de la llauteEgypte ; s’il semble que, dans la Basse-Égypte, on les eut laissés se perdre ou vendus aux Européens, le même fait ne serait pas aussi vraisemblable pour la Haute-Égypte où monuments et manuscrits se sont mieux conservés, grâce à la décadence plus complète de la race copte en cette partie, aux dévastations des peuplades barbares ou des tribus musulmanes qui obligèrent les moines à cacher de très bonne heure ce qu’ils possédaient de plus précieux, grâce surtout à l’éloignement et aux difficultés d’un voyage qui resta toujours pénible jusqu’au moment où l’on établit sur le Nil un service de bateaux à vapeur.
En outre, quoique les trois manuscrits dont j’ai pris copie soient à peu de chose près identiques, ce n’est pas une raison de croire que les deux manuscrits de la Haute-Égypte soient la copie de celui du Caire ; la chose pourrait paraître vraisemblable à la rigueur pour le manuscrit de Moharraq, car ce riche couvent a toujours été en relations continuelles avec le patriarchat du Caire ; cependant je dois dire qu’il a sa bibliothèque propre et que ses manuscrits ont un âge tout aussi respectable que celui du Caire. Mais la vraisemblance cesse pour les manuscrits conservés dans certaines petites églises de la llaute-Égypte, comme Louqsor et Naggadeh1, qui ont peu ou point de rapports avec le patriarchat, où les livres sont conservés dans les 1 Un exemplaire de la vie de Pakhôme et de Théodore se Irouvait dans ce village : il a été remis aux mains d’un Européen qui n’a su ni en découvrir l’importance, ni en tirer parti.
églises uniquement parce qu’ils y sont et qu’ils y restent. D’ailleurs l’identité des manuscrits entre eux peut très bien provenir de ce qu’on les a copiés, sinon sur un manuscrit unique, du moins sur des copies ayant conservé le texte du manuscrit original. À cette question de l’unité du manuscrit original ayant servi à la copie des autres exemplaires de la vie de Pakhôme, se rattache la question bien plus importante de l’unité de la traduction faite de cette de la même vie, soit en lieux différents, soit à diverses époques, je crois cependant qu’il est plus vraisemblable qu’il n’y eut qu’une seule traduction. Une observation fera même de cette vraisemblance une certitude : dans les trois manuscrits que je connais, la dernière partie, c’est-à-dire la vie de Théodore, n’est pas traduite, mais analysée.
Cette coïncidence prouve bien, il me semble, qu’il n’y eut qu’une seule traduction arabe de la vie de Pakhôme. Il serait intéressant d’établir à quelle époque et en quel endroit fut faite cette traduction ; malheureusement nous n’avons pas une seule donnée précise qui puisse permettre de tenter la solution de ce double problème. Tout ce que je peux dire, c’est que vraisemblablement la traduction fut faite dans la Haute-Égypte au moment où l’usage de la langue copte était sur le point de cesser. On écrivait encore des ouvrages coptes dans la Basse-Égypte an commencement du treizième siècle, et j’ai copié sur les murs d’un couvent copte presque inaccessible des inscriptions en dialecte thébain remontant au onzième siècle. Sans doute, c’est vers le treizième ouïe quatorzième siècle que l’on commença à traduire en arabe les œuvres coptes que l’on ne comprenait plus assez couramment, et ce doit être vers ce temps que la vie de Pakhôme fut traduite.
Je le répète, c’est tout ce que je peux dire et le texte lui-même ne contient aucune particularité qui puisse, comme dans la vie de Schnoudi, me permettre de fixer à quelle époque remonte le manuscrit dont on peut se servir. Je peux ajouter cependant qu’il est plus que vraisemblable que cette traduction fut faite dans la Haute-Égypte, puisque dans les centres religieux ou littéraires (c’est tout un) de la Basse-Égypte, on connaissait seulement l’abrégé qui avait été fait Je la grande vie écrite en thébain. Je suis en effet certain que dans la partie du manuscrit arabe qui raconte la vie de Pakhôme, la traduction ne doit pas avoir été faite sur l’abrégé memphitique ; car la version arabe contient un grand nombre de faits et de discours qu’on chercherait vainement dans l’œuvre copte.
Il serait inutile de le démontrer ici, car la chose sera évidente pour ceux qui voudront se donner la peine de comparer tant soit peu les deux œuvres entre elles. Pour les autres récits que l’on rencontre dans l’abrégé memphitique et dans la version arabe, celle-ci contient souvent des détails omis par l’abréviateur, mais non pas toujours, car l’abréviateur mempbitique a souvent traduit son texte mot pour mot. Des exemples montreront mieux que toute parole la manière dont on a procédé. Voici d’abord un exemple où dans les deux versions, on a suivi mot pour mot le texte primitif ; il est pris des faits que l’on raconte de l’enfance de Pakhôme : « Il y avait dans le nome d’Esneh, dit l’abrégé memphitique, un homme nommé Pakhôme, dont les parents étaient hellénisants : il obtint une grande miséricorde de la part de Dieu, il devint chrétien dans le nome de Diospolis, dans un village nommé Schénésît, Par ses progrès, il prouva qu’il était un moine parfait.
Mais il faut maintenant que nous racontions chacune des actions de sa vie depuis son enfance pour la gloire de Dieu qui, en tout lieu, appelle chacun des ténèbres à sa lumière admirable. Il arriva, lorsqu’il était petit, que ses parents le menaient en un lieu sur le fleuve afin d’y sacrifier à ceux qui habitent les eaux. Mais lorsque ceux qui habitent les eaux eurent regardé, qu’ils eurent vu l’enfant, ils craignirent, ils s’enfuirent et celui qui présidait au sacrifice s’écria : « Chassez d’ici l’ennemi des dieux, afin qu’ils cessent d’être irrités contre nous ; car à cause de lui ils ne monteront pas. » Aussitôt ses parents le grondèrent en disant : « Pourquoi les dieux sont-ils irrités contre toi ? » Mais l’enfant soupira devant Dieu et alla dans sa maison.
Il arriva, un autre jour, qu’ils l’emmenèrent avec eux dans un temple pour y sacrifier. Quand ils eurent fini leur adoration, on lui fit boire du vin qu’on avait offert en libation aux dénions : aussitôt il le rejeta promptement. Ses parents étaient tristes à son sujet parce que les dieux étaient ses ennemis. Il arriva aussi un jour que ses parents lui donnèrent une marmite pleine de viande de bœuf pour la porter aux ouvriers qui travaillaient en un certain endroit. Lorsqu’il marcha dans le chemin, le diable envoya sur lui une multitude de démons sous la forme de chiens qui voulaient le tuer ; mais l’enfant leva les yeux au ciel, il pleura ; aussitôt ils se dispersèrent. Et de suite le diable prit la forme d’un vieillard, il lui dit : « Ces souffrances te sont arrivées dans le chemin, parce que tu es désobéissant envers tes parents.
« Mais l’enfant lui souffla au visage, et aussitôt il disparut. Lorsqu’il fut arrivé à l’endroit où il allait, il donna la marmite de viande aux ouvriers. Il lui fallut coucher en cet endroit. Le soir venu, l’homme qui habitait là avait deux filles très belles ; l’une d’elles le prit et lui dit : « Dors avec moi. » Mais lui, il fut troublé, car il haïssait cette chose, parce c’est une souillure et un péché mauvais devant Dieu et devant les hommes. Il lui dit : « À Dieu ne plaise que je fasse cette chose impure ! est-ce que j’ai des yeux de chien pour dormir avec ma sœur ? » Ainsi Dieu le sauva des mains de la fille, il s’enfuit, il courut jusqu’à ce qu’il fût arrivé à sa maison. Lorsqu’il fut moine, il raconta cela aux frères afin qu’ils se gardassent, et il leur expliqua la chose en disant : « Ne croyez pas que les démons qui ignorent le bien, ayant appris par avance ce qui m’arriverait, m’ont fait chasser de cet endroit parce que l’on devait plus tard me faire miséricorde dans la foi véritable ; non, mais ils ont vu qu’alors je haïssais le mal, car Dieu a créé l’homme droit : c’est pourquoi ils ont poussé ceux qui leur étaient soumis à me chasser de cet endroit, comme chacun dira d’un champ bien nettoyé : En vérité ce champ est bien nettoyé de toutes mauvaises herbes, on y sèmera de bonnes semences.
« Tel est le récit memphitique ; voici comment la version arabe raconte les mêmes évènements : « Et un homme, nommé Pakhôme, lié aux environs d’Esneh, obtint une grande grâce de Dieu ; il devint chrétien dans le pays appelé Daphnis, dans le village nommé Schenasât : quand il eut vieilli, 1 il devint un moine parfait. Nous devons aussi parler de chacune de ses actions depuis son enfance, afin de glorifier Dieu qui, en tout endroit, appelle tous les hommes des ténèbres à sa merveilleuse lumière. Quand il était jeune, on le conduisit dans un endroit près du fleuve pour sacrifier à ceux qui habitent les eaux. Quand ceux qui habitent les eaux le virent, ils furent effrayés ; le chef du sacrifice s’écria : « Chassez d’ici l’ennemi des dieux, afin qu’ils cessent d’être irrités contre nous ; sinon, ils ne monteront plus vers nous.
« Aussitôt ses parents le gourmandèrent disant : « Pourquoi les dieux sont-ils spécialement irrités contre toi ? » Le jeune garçon soupira et marcha vers sa maison. Un autre jour, ses parents l’emmenèrent avec eux au temple afin d’y offrir un sacrifice ; lorsqu’ils eurent fini leur adoration, ils lui donnèrent à boire du vin qu’ils avaient offert aux Satans, et aussitôt il le vomit. Les parents furent remplis de tristesse à son sujet, parce que les dieux étaient ses ennemis. Un jour, ses parents lui donnèrent un vase dans lequel il y avait de la viande cuite pour la porter aux ouvriers qui travaillaient quelque part. En chemin Satan lui apparut avec une foule d’autres Satans, sous la forme de chiens qui voulaient le tuer. Le jeune garçon leva les yeux au ciel et pleura ; en ce moment ils s’enfuirent tous.
Aussitôt Iblis prit la forme d’un vieillard et lui dit : « Ce chagrin t’arrive en ton chemin, parce que tuas désobéi à ton père. » Et voici que le jeune garçon lui souffla au visage, et Iblis disparut sur-le-champ. Lorsqu’il fut arrivé à l’endroit où il allait, il donna le vase aux ouvriers et voulut coucher en ce lieu. Et lorsque le soir fut arrivé, l’homme qui habitait là avait deux filles d’une grande beauté ; l’une d’elles le prit et lui dit : « Couche avec moi. » Et il fut effrayé, parce qu’il détestait cette chose ; il lui dit : « Il est impossible que je fasse cette mauvaise action. Est-ce que mes yeux sont les yeux d’un chien pour que je couche avec ma sœur ? » Ainsi Dieu le sauva 1 Le texte copte dit : quand il eut progressé. La différence de ces deux traductions vient sans doute du mot employé dans le texte primitif.
Ce mot était sans doute le même que dans l’abrégé memphitique epnpoKOïvnit, mot grec qui s’emploie en parlant du soleil et signifie s’avancer, faire des progrès. Le traducteur arabe l’a entendu de l’âge, au lieu que le traducteur memphitique l’a entendu de la vie monacale ; et c’est ce dernier, qui doit avoir raison. des mains de la fille, et il s’en retourna en courant jusqu’à ce qu’il fût arrivé à sa maison. Lorsqu’il se fut fait moine, il raconta cela aux frères afin qu’ils conservassent leurs âmes dans la pureté. Il leur expliqua ce qu’il leur avait appris, disant : « Ne croyez pas que les Satans malgré leur ignorance aient su par avance ce qui m’arriverait, et que, pour cette raison, ils me détestaient et voulaient me chasser de cet endroit, et qu’ils n’agirent ainsi que parce qu’ils savaient qu’en un autre temps je serais admis à miséricorde dans la vraie foi ; non, mais ils virent que je détestais le mal, car Dieu a créé l’homme droit ; c’est pour cette raison qu’ils me firent chasser de cet endroit par ceux qui étaient sous leur puissance.
C’est ainsi que chacun dit d’un champ où il n’y a pas de mauvaises herbes : ce champ est sain de tout principe corrupteur, on l’ensemencera dans la suite d’une semence honnête et Je crois que l’on pourrait difficilement demander plus de ressemblance, plus d’identité. Il est clair que ce passage a été traduit sur un même texte par les deux auteurs, et l’on n’y trouve que les dissemblances que comporte le génie différent des deux langues. Voici maintenant un second exemple, où l’on trouve dans les deux narrations certaines différences assez notables : il s’agit de la visite que la mère de Théodore fit au monastère de Tabennîsi afin de revoir son fils une fois encore.
« Après un certain temps, dit l’abrégé copte, sa mère prit une lettre de l’évêque d’Esneh pour notre père Pakhôme, afin que celui-ci lui envoyât son fils Théodore et qu’elle le vit, car elle avait entendu dire que personne parmi eux n’abordait ses parents. Et lorsqu’elle fut allée vers le nord avec un autre de ses fils nommé Paplmuti, elle lui envoya la lettre par l’entremise du portier. Quand Pakhôme en eut pris lecture, il appela Théodore, lui parla et lui dit : « Peut-être sortiras-tu pour rencontrer ta mère et ton frère, surtout parce que notre père évêque nous a écrit, à ce sujet, de tranquilliser son cœur ? »
Théodore répondit : « Est-ce que, si je vais la voir, je ne me trouverai pas en défaut près du Seigneur pour avoir violé les commandements écrits dans l’Évangile ? si je ne les viole pas, j’irai ; mais si c’est une faiblesse de ma part, non seulement je ne la verrai pas ; mais, s’il me faut la tuer, je ne l’épargnerai pas et je ferai comme ont fait autrefois les fils de Lévi, selon l’ordre du Seigneur transmis par Moyse. En tout cas, je ne pécherai pas contre celui qui m’a créé par amour de parents charnels. »
Notre père Pakhôme répondit et lui dit : « Si tu veux garder les commandements de l’Évangile, à Dieu ne plaise que je te les fasse violer en agissant ainsi ; mais quand on m’a appris qu’elle pleurait à la porte, j’ai craint que tu n’en fusses informé et que ton cœur n’en souffrit ; car mon désir est que tu sois ferme dans les commandements de la vie. Quant au père évêque qui nous a écrit, s’il apprend que tu n’es pas allé la trouver, il n’en sera pas triste ; mais il se réjouira davantage du but que tu cherches, car ce sont eux nos pères les Évêques, qui nous donnent l’enseignement conformément aux Écritures. » Ensuite notre père Pakhôme envoya dire qu’on prît soin d’eux, bellement, à part, dans le lieu convenable et propre à leur habit. Après trois jours, on dit à la femme : « Une viendra pas.
« Alors elle continua à pleurer de grandes et nombreuses larmes. Lorsque les clercs de l’église la virent dans cette grande douleur, ils interrogèrent les frères en disant : « Pourquoi cette vieille femme pleure-t-elle ainsi ? »
On leur dit : « Elle pleure à cause de son fils Théodore qui ne viendra pas vers elle, afin qu’elle le voie et que son cœur soit consolé. » On lui annonça que, le matin, son fils sortirait avec les frères pour aller quelque part faire un travail. Les clercs la menèrent sur la terrasse de la maison ; elle resta debout jusqu’à ce qu’il sortit avec les frères et qu’elle l’eût vu. « La version arabe raconte le même fait de la manière suivante : « La dixième année depuis son arrivée chez les frères, sa mère vint pour le voir. Elle avait pris une lettre du père évêque d’Esneh pour notre père Pakhôme, afin qu’il lui laissât voir Théodore ; car en ce temps-là ils ne se montraient jamais à leurs parents charnels. Lorsque notre père Pakhôme eut lu la lettre, il fit appeler Théodore et lui dit : « Va la trouver, surtout parce que notre père évêque nous a écrit. »
Théodore répondit : « Je te demanderai une seule chose, dis-la moi : si je vais la trouver, ne serai-je pas en défaut devant le Seigneur pour avoir désobéi aux commandements écrits dans l’Évangile ? sinon, j’irai vers elle ; mais s’il doit se trouver en moi un défaut, non seulement je n’irai pas la trouver, mais encore si l’ordre de Dieu l’exigeait de moi, je la tuerais et ne prendrais nulle pitié d’elle. » Lorsque Pakhôme entendit ces paroles, il fut étonné et dit : « Si tu veux suivre le commandement écrit dans l’Évangile, je ne te forcerai point à le violer ; mais je t’ai dit d’aller la voir, parce qu’on m’a appris qu’elle pleurait dans la tristesse de son cœur, et j’ai craint que ton cœur ne s’attristât. Pour moi, ma joie, c’est que tu observes les commandements.
Quant à l’évêque qui nous a écrit la lettre, s’il apprend que tu ne l’as pas vue, il sera plein de joie ; car ce sont les évêques qui nous enseignent ce qui se trouve dans les Écritures. « Et lorsque les prêtres de leglise virent qu’il ne sortait point pour aller la trouver et qu’elle pleurait continuellement, ils prétextèrent un travail à faire au dehors avec les frères ; ils le lui montrèrent à Tabennîsi et lui dirent : « Le voici qui travaille avec les frères ; regarde-le. » Et elle le vit qui travaillait avec les frères en ce jour, elle fut consolée et s’en alla ; quant à lui, il ne le sut pas et ne la vit pas jusqu’au jour où il mourut. » On voit au premier coup d’œil que cette seconde narration, qui représente la vie complète autant qu’on peut le savoir, est plus courte que la première qui représente au contraire l’abrégé memphitique.
Quelle conclusion en peut-on tirer ? Cette conclusion peut avoir un quadruple aspect : ou le traducteur arabe est lui-même un abréviateur, ou le traducteur memphitique a amplifié son texte, ou enfin le traducteur arabe s’est permis avec le texte des libertés qui ne doivent aucunement étonner chez un Copte, à moins qu’il ne faille faire remonter la responsabilité de ces libertés au copiste du manuscrit qui a servi à la traduction arabe. Que si l’on me demandait laquelle de ces quatre conclusions me sourit davantage, j’avouerais que je serais assez porté à en adopter la dernière, sans être assuré cependant de mon fait ; car, avec les Coptes, on peut s’attendre à toutes les supercheries littéraires. La question serait facilement résolue, si nous avions le texte thébain primitif ; malheureusement nous n’en avons que trois fragments, et de ces trois fragments un seul appartient certainement à la vie de Pakhôme.
Il ne sera pas inutile de le citer ici et d’en rapprocher les deux versions arabe et memphitique. Ce fragment raconte comment Saint Athanase fut reçu à Tabennîsi et comment l’évêque Sérapion de Dendérah voulut que l’archevêque ordonnât prêtre Pakhôme qui se cacha. Voici comment le fait est raconté par la version memphitique : « Il arriva vers le sud dans la Thébaïde, voulant avancer au sud jusqu’à Assouan pour affermir les Églises saintes. Lorsque notre père Pakhôme vit qu’une foule d’évêques le précédaient, il prit aussi les frères et s’avança au devant de lui à une grande distance ; ils chantaient des psaumes devant lui, jusqu’à ce qu’ils l’eussent conduit à leur monastère, afin qu’il priât dans leur lieu de réunion et dans toutes leurs habitations.
Mais abba Sérapamon, évêque des habitants de Dendérah, prit la main de l’archevêque, la baisa et lui dit : « J’en prie ta divine charité, ordonne prêtre Pakhôme, le père des moines, afin qu’il ait autorité sur tous les moines de mon diocèse ; car c’est un homme de Dieu et c’est la seule chose en laquelle il ne m’ait pas obéi. » Aussitôt Pakhôme se cacha parmi la foule nombreuse, afin qu’on ne le trouvât pas. L’archevêque s’assit avec la grande foule qui l’accompagait, ouvrit sa bouche, parla et dit à Sérapamon : « Vraiment, l’homme dont tu me parles, ce père Pakhôme, j’ai appris la renommée de sa foi, lorsque j’étais à Alexandrie, avant qu’on ne m’ordonnât. » Ensuite il se leva, pria et dit aux enfants de Pakhôme : « Cherchez votre père et dites-lui : Puisque tu t’es caché de nous et que tu as fui ce qui cause les envies, les luttes et les haines, que tu as choisi la suprême dignité qui durera éternellement avec le Christ et as fui la vaine dignité qui ne dure qu’un temps, non seulement notre Seigneur fera selon ton cœur que cela ne t’arrive pas ; mais encore je tendrai ma main vers le Très-Haut et P Éternel, afin qu’il ne t’arrive pas detre porté au commandement jusqu’aux siècles et aux siècles des siècles ; de plus, avec la volonté de Dieu, si jamais nous revenons un jour vers toi, puissions-nous être digne de voir ta charité divine et célèbre.
« Et aussitôt, il le quitta, il s’en alla vers le sud, accompagné d’une multitude d’évêques et d’une foule nombreuse, avec des lampes, des cierges et des encensoirs innombrables. Et lorsque l’archevêque s’en fut allé, Pakhôme sortit du lieu où il était caché. » La version arabe s’exprime ainsi : « Quand on eut consacré le père Athanase patriarche d’Alexandrie, il se dirigea vers le Sahid les églises. Et Jorsqu’anba Pakhôme vit que beaucoup d’évêques étaient sortis à sa rencontre, il sortit aussi avec les frères au devant de lui : on chantait des psaumes devant l’archevêque, jusqu’à ce qu’il fût entré dans la communauté et eût fait la prière. Et voici que Sérapion, évêque de Dendérah, prit la main du patriarche et lui dit : « Je prie ta charité divine de faire prêtre anba Pakhôme, afin qu’il dirige tous les moines de mon diocèse ; car, pour moi, je ne le peux pas.
« Anba Pakhôme disparut aussitôt du milieu de la foule. Lorsque le patriarche se fut assis, ainsi que la grande foule qui l’accompagnait, il dit à anba Sérapion : « En vérité, j’ai entendu parler de la foi d’anba Pakhôme que tu viens de nommer, pendant que j’étais dans le Sahid2, avant qu’on m’eût imposé les mains. » Il se leva ensuite, pria et dit aux enfants de Pakhôme : « Saluez votre père et dites-lui : Tu t’es caché de moi et tu as fui les choses pour lesquelles il pourrait y avoir de l’envie et de la jalousie, tu t’es choisi la dignité de la vertu qui sera à jamais éternelle avec le Messie. Que Notre Seigneur te donne selon ton cœur, puisque tu as fui la dignité vaine et momentanée. Ce n’est pas toi seul qui ne veux pas cela : moi aussi j’étendrai ma main vers le Très-Haut et l’Éternel, afin qu’il ne te force pas à gouverner et ne t’oblige jamais à cette chose ; mais, avec la volonté de Dieu, lorsque je reviendrai vers toi, je serai digne de voir ta divine charité.
« Alors il les quitta et alla vers le Sahid, accompagné d’évêques nombreux et de foules nom1 Le texte arabe dit Edfou ; niais à partir de cet endroit ii écrit toujours Edfou pour 2 II y a évidemment ici une erreur du copiste, et c’est Alexandrie que l’on doit lire, comme dans la traduction memphitique précédente et le fragment thébain suivant. breuses, portant des flambeaux et des encensoirs innombrables. Après son départ, anba Pakhôme sortit de l’endroit où il s était caché. » Comme il est facile de le voir, ce second récit ne diffère du premier que par quelques légères différences échappées à l’inadvertence du copiste, et cependant il est plus clair et semble mieux traduit de l’original thébain qui doit être représenté par le fragment dont voici la traduction : « L’arclievcque 1 (s’assit) avec la grande foule qui l’accompagnait, il ouvrit la bouche, il parla, il dit à ce père Sarapion : « Vraiment, l’homme dont tu me parles, ce père Pakhôme, j’ai appris la renommée de sa foi, quand j’étais encore à Rakoti, avant qu’on m’imposât les mains.
Maintenant bienheureux est-il, ainsi que ses enfants, et bénie soit la bonne et durable plantation qu’il a plantée ! « Il se leva ensuite, pria et dit aux frères : « Cherchez votre père et dites-lui : Puisque tu t’es caché de nous, que tu as fui ce qui occasionne l’envie, la lutte et la jalousie, que tu t’es choisi de préférence la dignité qui durera éternellement dans le Christ, Notre Seigneur te donnera en effet selon ton cœur. Puisque tu as fui une dignité vaine et qui ne dure qu’un temps, non seulement plaise au ciel qu’elle ne t’arrive pas ; mais moi-même, je tendrai la main vers le Très-Haut à jamais, afin que tu ne commandes jamais dans les siècles des siècles. Mais avec la volonté de Dieu, lorsque nous retournerons vers toi, puissions-nous voir ta célèbre et divine charité.
« Aussitôt il les quitta, il alla vers le sud : de grands évêques l’accompagnaient ainsi qu’une foule nombreuse avec des lampes, des cierges et des encensoirs innombrables. Après que le patriarche fut parti, notre père Pakhôme sortit de l’endroit où il était Ce fragment se continue par un récit qui, dans les deux versions, se trouve aussi à la suite de ce fait et qui est identiquement le même dans les trois œuvres. Comme on l’a pu voir, le fragment qui représente pour nous l’original thébain est à peu de chose près le même que les deux versions. J’en peux donc conclure, autant qu’une conclusion 1 Le commencement de ce récit manque dans le fragment thébain. Il est peu probable que la lacune contint quelques circonstances qui ne se trouvent pas dans les deux versions.
est possible, que la version arabe, représente sans doute la vie originale, mais qn’elle a été traduite avec cette liberté d’allures dont les auteurs coptes ont toujours usé dans tout ce qu’ils faisaient. Cette conclusion est rendue plus évidente par ce fait, que l’ordre des événements racontés n’est pas le même dans les deux versions memphitique et arabe. Mais l’on peut se demander si cette version arabe est bien homogène. On trouve en effet quelques passages où l’auteur emploie des tournures comme celles-ci : « Je vais maintenant vous raconter quelle fut la vie d’un tel Je ne saurais passer sous silence mais il s’en trouve une qui ne peut laisser place au moindre doute. L’auteur de la traduction dit en propres termes : « Je vais vous dire maintenant un fait de notre père Pakhôme que j’ai trouvé dans un autre volume.
« J’attribue, je le répète, ces paroles au traducteur ; mais il ne s’ensuit pas nécessairement qu’il y ait eu plusieurs vies de Pakhôme. L’habitude des auteurs coptes de modifier à leur guise le livre qu’ils traduisaient ou copiaient, peut être seule la cause que le fait en question se soit trouvé dans un exemplaire de cette vie et ne se soit pas trouvé dans un autre. De là, la réflexion du traducteur. Cependant cette réflexion suffit pour nous démontrer que nous ne saurions nous flatter d’avoir la vie entière de Pakhôme telle qu’elle fut écrite par la première génération de ses cénobites. Toutefois c’est l’ensemble le plus complet que nous ayons ; les deux vies grecques et la vie memphitique réunies ensemble ne peuvent nous donner tous les détails que l’on trouve dans la version arabe beaucoup plus détaillée et ne contenant pas le plus petit mot qui puisse nous détourner de la pensée que nous avons bien affaire à une œuvre copte.
Cette version arabe mérite donc à tous égards d’être à son tour traduite et publiée, car c’est le document le plus important que nous ayons sur Pakhôme, et il est Je n’en saurais dire autant de la dernière partie du manuscrit arabe. Soit que le traducteur ait été fatigué de son œuvre qui menaçait de devenir trop longue, soit que le manuscrit dont il servit ne contint luimême qu’un abrégé de la vie de Théodore, il est certain qu’à partir de la mort de Pakhôme les événements sont écourtés et que nous nous trouvons en face d’un abrégé beaucoup moins détaillé que l’abrégé d’autres sont racontés qui ne se trouvent nulle part ailleurs. La réflexion que j’ai citée plus haut que la composition du manuscrit avait donné beaucoup de peine, soit à l’auteur, soit au copiste, ce qu’il est impossible de savoir, pourrait peut-être faire penser qu’en effet le traducteur a reculé devant la longueur de sa tâche.
Toutefois je ne peux l’affirmer. Quoi qu’il en soit de la cause à laquelle nous devons ce résumé de la vie de Théodore, nous ne saurions trop regretter qu’elle ait influencé l’auteur ou le copiste : j’ai l’intime persuasion que l’œuvre complète l’histoire de ces moines de la Thébaïde, et fort édifiants sur leurs mœurs et leurs coutumes. La méthode employée dans ce nouvel abrégé est la même que celle que j’ai déjà signalée plus haut : la fantaisie n’y fait pas défaut et l’on pourra s’en convaincre en comparant, dans les deux versions, la lettre que saint Athanase est censé avoir écrite après la mort de Théodore et qu’il a peut-être écrite en réalité. En cette occasion, le traducteur arabe a vraiment abusé de la liberté qu’il a prise. Je ne citerai pas ici d’exemples, de peur d’allonger outre mesure cette Introduction : ceux que j’ai déjà cités suffisent amplement au but que j’ai Comme conclusion générale de cette revue des documents grecs, coptes et arabe se rapportant à Pakhôme et à ses disciples, on doit considérer le document arabe comme le plus important, mettre ensuite les documents coptes, et n’accorder que la dernière place aux documents grecs.
Tous, à vrai dire, et tout au moins à mon avis, ont pour source première un document copte écrit dans le dialecte thébain dont nous ne possédons plus qu’un petit nombre de fragments, les uns publiés, les autres encore inédits. Après avoir assigné aux divers documents que j’ai passés en revue, la place qu’ils méritent au point de vue de la valeur historique, je dois résoudre certaines questions qui touchent intimement à ces documents et dont la solution montrera encore mieux quelle valeur ils méritent. La solution de ces questions importe d’ailleurs beaucoup à l’usage qu’on doit faire des documents eux-mêmes. Ces questions sont au nombre de trois et comportent rétablissement de la double date de la naissance et de la mort de Pakhôme, la recherche approximative de l’époque à laquelle fut écrite la première vie de Pakhôme, enfin la discussion des raisons pour lesquelles tant de faits ont été omis, soit dans les deux rédactions grecques, soit dans l’abrégé memphitique.
Jusqu’à ce jour aucun document n’a donné la date de la naissance et de la mort de Pakhôme ; en outre, si l’on en excepte la version mentionné l’âge de Pakhôme à l’époque de sa mort. Aujourd’hui, grâce à la version arabe de la vie de Pakhôme, nous savons que ce saint personnage avait soixante ans, lorsque l’heure arriva pour lui de quitter un monde dont il n’avait guère joui. Le texte est formel : « La somme des jours qu’il resta dans le monde est de soixante ans ; il se mit moine à vingt et un ans et demeura dans la vie monastique trente-neuf ans. » Voilà, certes, qui est précis, et l’on ne saurait demander davantage. Malheureusement ce texte, qui semble si clair, est la source des plus grandes difficultés pour résoudre un problème qui paraît déjà tout résolu.
Il semble en effet tout simple de rechercher la date de la mort ; celle-ci une fois trouvée, les autres en découlent naturellement. Or, il semble bien certain que Pakhôme mourut en 348 ou 349. Mais c’est ici que commencent les difficultés, car, si l’on fait les soustractions tout indiquées, on trouve que Pakhôme naquit en 288 ou 289 et qu’il dut se faire moine vers 309 ou 310. Si nos renseignements se bornaient à la phrase citée et au récit des dernières années de Pakhôme, cette solution semblerait évidente ; malheureusement, il est un autre texte se rapportant à l’époque à laquelle Pakhôme se fit moine, et c’est ce texte malencontreux qui est la source de toutes les difficultés. On le rencontre dans tous les documents que j’ai passés en revue, et il dit expressément que Pakhôme, à l’âge de vingt ans, fut enrôlé comme soldat au nom de Constantin, le premier roi chrétien, qui faisait la guerre contre un autre roi, son ennemi.
L’un des documents, la vie grecque, nomme ce roi ennemi Magnence ; le texte copte dit au contraire que le roi ennemi était un roi des Perses, ce qui ajoute encore à la confusion, car il n’est pas fait mention dans l’histoire, que je sache, d’une guerre que Constantin aurait eu à livrer contre un roi des Parthes. La mention de Magnence serait assez opportune, puisque Constantin défit son adversaire au pont Sublicius en l’an 312; malheureusement tous les textes affirment que, si Pakhôme fut enrôlé comme soldat, ce fut au nom de Constantin. Or, pour faire enrôler des soldats en Égypte, il fallait que Constantin fut maître de cette partie de l’empire, ce qui n’eut lieu qu’après la défaite et la mort de Licinius, en Toutes ces difficultés, qui semblent sans issue possible, avaient déjà frappé les Bollandistes dans la notice qu’ils ont consacrée à Pakhôme, comme elles avaient déjà frappé d’autres auteurs qui s’étaient occupés de concilier le texte en question avec les données certaines de l’histoire.
Les uns ont admis que la guerre, à laquelle il était fait allusion dans la vie de Pakhôme, était celle qui se termina par la défaite de Magnence, si célèbre par l’apparition du fameux Lcibarunr, mais ils ont dû admettre en meme temps que l’auteur copte s’était trompé en assurant que Pakhôme avait été enrôlé au nom de Constantin, qu’au contraire il avait dû être enrôlé au nom de Licinius, désireux de porter secours à son allié Magnence, et qu’il avait été congédié lorsque la nouvelle de la victoire du fils de Constance Chlore était parvenue en Égypte. Cette explication n’a pas satisfait les Bollandistes et ils ont cru trouver dans la Chronographie de Théophane la clef qui leur permettait de résoudre le problème à la satisfaction générale. Théophane, dit en effet qu’en l’an 296, un général, nommé xûchille, gouverneur de l’Égypte au nom de Dioclétien, tenta d’arracher cette province au gouvernement de l’empereur.
Celui-ci envoya le combattre et Constantin fit partie de l’expédition. Selon les Bollandistes, ce serait alors que Constantin eut fait faire en Égypte la levée dans laquelle eût été compris Pakhôme. Or, Pakhôme ayant vingt ans à l’époque où il fut enrôlé, devait être né en 276. 1 N’en déplaise aux savants Bollandistes, il y a bien à cela quelques petites difficultés. Tout d’abord, il serait assez étonnant que le général Achille, en se révoltant contre Dioclétien, eût été assez peu maître du pays qu’il prétendait soustraire à la domination du César romain, pour ne pas pouvoir empêcher des levées de soldats dans le pays même qu’il occupait et voulait garder. Bien loin que Constantin, agissant au nom et en faveur de Dioclétien, eût pu faire des levées contre Achille, Achille au contraire eût dû faire des levées pour grossir son armée et rendre plus égales les chances de la lutte qu’il allait engager.
En outre, d’après ce système, Pakhôme fut devenu chrétien avant la persécution même de Dioclétien, tandis que le préambule de tous les monuments ayant trait à Pakhôme laisse supposer que Pakhôme ne se fit chrétien qu’après l’épouvantable persécution qui eut lieu en Égypte sous le règne de Dioclétien. Ce préambule, à peu près le même dans tous les monuments, dit en effet : « Mais après la persécution de Dioclétien et de Maximien, les peuples firent pénitence et commencèrent à fréquenter l’église : les évêques les guidaient dans les voies de Dieu selon les instructions des apôtres purs. Et un homme nommé Pakhôme, né aux environs d’Esneh, obtint une grande grâce de Dieu ; il devint chrétien dans le pays appelé Daphnis, dans le village nommé Schénésît.
« Je le répète, les quatre documents qui contiennent ce préambule, font tous précéder la seconde phrase de la première, ce qui semble bien une preuve que dans l’esprit de l’auteur primitif la conversion de Pakhôme avait suivi la persécution de Dioclétien : d’ailleurs la mention de Constantin, nommé le premier roi chrétien, confirme encore cette interprétation. Or, si Pakhôme avait vingt ans en 296, comme il se convertit, ou pour mieux dire fut converti sans trop le savoir, à l’âge de vingt et un ans, il s’ensuit qu’il se serait converti en l’an 297, c’est-à-dire avant la persécution. Enfin, les Bollandistes placent la mort de Pakhôme en 349, et pour cela, ils sont obligés de faire vivre Pakhôme soixantequatorze ans. Mais Pakhôme ne vécut que soixante ans, et s’il était né en 276, il aurait dû mourir en 336, date qui rendrait tout à fait impossibles plusieurs traits de sa vie dont je vais parler.
En somme, le problème reste tout entier, et le peu que j’en ai dit suffit pour montrer qu’il est complètement insoluble, si l’on cherche à justifier l’une après l’autre toutes les données contradictoires. Aussi pour résoudre ce problème qui a bien son importance, je crois qu’il faut employer une autre méthode, ne prendre qu’une seule de ces données, celle qui semble la plus certaine, c’est-à-dire l’âge de Pakhôme au jour de sa mort, et rechercher en quelle année eut lieu cette mort, si l’on peut arriver à la déterminer. Il sera facile d’échelonner ensuite les autres dates en tenant compte des diverses erreurs qui ont pu se glisser dans l’œuvre première et en les expliquant. Pour déterminer avec toute la précision possible en quelle année mourut Pakhôme, je dois d’abord exposer toutes les données connues et rechercher ensuite à quelle année peuvent se rapporter les événements et les détails connus.
Nous savons d’abord que Pakhôme vécut soixante ans et qu’il mourut le quatorzième jour de Paschons, c’est-à-dire le 9 mai. De plus, nous savons que, la Pâque de l’année où mourut Pakhôme étant à peine passée, une maladie épidémique fit de grands ravages parmi les cénobites pakhômiens, que Pakhôme en fut atteint et qu’il fut malade pendant quarante jours. Il faut donc trouver une année où la fête de Pâques ait été séparée du 9 mai, par mi intervalle de quarante jours. En troisième lien, nous savons encore que cette mort arriva dans une année on saint Athanase était exilé, mais était à la veille de rentrer en la ville d’Alexandrie. En effet, le texte arabe de la vie de Pakhôme dit à ce sujet : « Un peu plus tard, le père Théodore et Zacliée arrivèrent d’Alexandrie dans la petite barque, et cela parce que les cénobites avaient deux barques, la plus grande pour vendre les nattes dans la ville et transporter ce dont ils avaient besoin, la plus petite pour transporter leurs vêtements et leurs couvertures.
Lorsqu’ils eurent salué le père et les frères assemblés, le père leur dit : « Comment va l’Église ? » car il était triste à ce sujet, parce que les Ariens et leur chef Grégoire l’avaient alors attaquée comme des brigands et s en étaient emparés. Le père priait pour elle continuellement et était rempli de crainte pour le peuple de Dieu qu’on traitait avec injustice, parce qu’ils avaient perdu leur pasteur, Athanase l’archevêque, homme Christophore. Les frères lui répondirent en disant : « Jusqu’à présent, les affaires sont agitées, et la situation de l’Église est ébranlée. »
Et il leur répondit : « Je suis assuré en Dieu que ces choses arrivent pour éprouver les croyants et qu’il les vengera. » Il leur raconta alors sa tristesse dans l’église d’Esneh ’, comment Dieu l’avait sauvé du meurtre, et son remerciement continuel ; puis il dit : « Notre seul moyen est de souffrir toutes les épreuves avec courage ; car les épreuves ne nous nuiront pas, mais au contraire elles nous seront utiles, si nous les recevons avec actions de grâces. Et quant à ceux qui s’enquièrent de nos affaires, ils ont été pour nous des pères et des frères, ils ont été comme nous dans la voie droite ; mais l’ennemi, dans sa friponnerie, leur a porté envie, et, s’ils retournent au Seigneur de tout cœur, il les recevra, il les comblera de sa bonté. Quant à notre père, le patriarche Athanase, qui combat l’ennemi depuis longtemps, il est heureux, ses ennemis ne s’empareront jamais de lui, car Dieu le garde à cause de sa foi, 1 Le texte porte l’église latine ; je ne sais trop ce que vient faire ici ce mol.
Je dois dire toutefois que le mot peut avoir été mal écrit par le copiste, ou simplement mal ponctué en ce passage. Le nom de la ville d’Esneh aura été pris de Latopolis, de là l’erreur. A DU MUSÉE GUI MET et ce qui a été écrit s’accomplira en lui : « Toute voix s’élèvera contre toi et l’aide de Dieu viendra sur toi, tu vaincras tes ennemis. » Et il en fut ainsi, Athanase revint sur son siège avec gloire et honneur ». Ce texte qui est formel, est suivi du récit de la mort de Pakhdmc. Ainsi Pakhôme mourut dans un moment où saint Athanase avait été chassé de son trône archiépiscopal par un nommé qui occupa le siège d’Alexandrie de 34 1 à 349, grâce à la protection de l’empereur arien. La mort de Pakhôme doit donc se placer entre ces deux dates, et plutôt plus voisine de la seconde que de la première.
S’il faut môme en croire la rédaction grecque publiée par les Bollandistes, elle aurait eu lieu la veille du retour de saint Athanase, car Pakhôme prédit le retour de saint Athanase et le texte ajoute : « Il en fut ainsi, et peu de temps après, Athanase fut rendu à son église avec gloire1 ». La concordance de tous les documents est une preuve que nous sommes ici en présence La question se résume donc en ceci : il faut trouver assez près de l’année 349, époque à laquelle saint Athanase rentra dans sa ville d’Alexandrie, une année où la fôte de Pâques ait été célébrée en tel jour que, de ce jour au 9 mai, on puisse placer un intervalle d’environ quarante jours. Ici doit trouver place une nouvelle donnée du problème. L’évêque Ammon dans sa lettre à Théophile d’Alexandrie nous apprend qu’il arriva au monastère de montre que la traduction arabe a été ici faite avec soin, car il n’y a aucune différence dans le fond.
le jeune Gallus fut proclamé César, c’est-à-dire en 35 I ; il y passa trois années, qui ne peuvent être que les années 351, 352 et 353, et dès le cinquième paragraphe de sa lettre, cet évêque à l’éducation grecque, qui ne laisse pas échapper une occasion d’écrire une date, dit que Pakhôme était mort déjà depuis six ans1. La difficulté est de savoir si ces six ans doivent se compter en prenant pour terme de la première, la seconde ou la troisième année du séjour d’Ammon à Phbôou. De plus, Théodore, dans toute la lettre d’Ammon, est donné, semble-t-il, comme supérieur général de l’ordre pakhômien ; il n’y est fait aucune mention de son élévation au gouvernement de l’ordre, comme coadjuteur d’IIorsiisi. Or, il est dit expressément dans le monument arabe que Théodore fut pris comme coadjuteur par Horsiîsi pour mettre fin à un schisme qui s’était produit entre les divers monastères établis par Pakhôme, lequel schisme se produisit cinq ans seulement après la mort du fondateur ; si bien que nous sommes mis en demeure de conclure que les six ans doivent prendre ternie à l’année 351, car s’ils se terminaient en 352, Ammon eût assisté à l’élection de Théodore et en eût parlé, ou bien qu’en 353 cette élection n’était pas encore faite et qu’il y a quelque exagération dans la manière dont cet auteur a parlé.
Le cas semble donc assez embarrassant ; cependant il se peut faire que l’évêque Ammon en écrivant six ans ait voulu simplement écrire que c’était la sixième année, et je dois dire que cette manière de parler était tout à fait conforme aux usages coptes ; de plus, si le schisme eut lieu cinq ans après la mort de Pakhôme, comme Horsiîsi a dit avoir usé d’une grande longanimité, l’élection encore l’écrivain copte peut avoir compté les cinq ans en entier et avoir ainsi désigné la même année que l’écrivain grec. De toute façon, la mort de Pakhôme doit se placer en l’une des années 346, 347 et 348. Le jour auquel fut célébrée la fête de Pâques en ces trois années nous reste donc comme le véritable critérium de la bonne solution du problème. En recourant aux tables du comput pascal, je trouve qu’en et le 3 avril en 348.
L’année 347 doit être écartée de prime abord, car il est impossible de trouver entre le 1 2 avril et le 9 mai les quarante jours pendant lesquels Pakliômc fut malade. Restent donc les années 346 et 348: entre la fête de Pâques et le 9 mai, on compte, pour la première année, quarante-huit jours, et seulement trente-six pour la seconde. Il semblerait donc que je dusse choisir l’année 346 comme date de la mort de Pakhôme ; mais alors en 351, s’il y a six ans que Pakhôme est mort, Théodore aurait dû être reconnu comme le coadjuteur d’Horsiîsi, et de plus, si cette date est bien celle de la mort de Pakhôme, il faut placer sa naissance en 286, lui donner vingt-six ans en 312 et reculer sa vocation religieuse jusqu’à l’âge de vingt-sept ans. Si, au contraire, Pakhôme est mort en 348, il est né en 288 et n’avait que vingt-quatre ans en 312.
Il est vrai qu’en ce dernier cas, les quarante jours ne sont pas complets ; mais ils sont dépassés dans le premier. Il est donc assez difficile de se prononcer, car quelle que soit la solution adoptée, il devient évident que les données du problème sont contradictoires. Quoique je ne regarde la prédiction que lit Pakhôme du prochain retour de saint Athanase en Égypte que comme lune de ces paroles d’espérance dont on se sert pour se consoler soi-même et les autres, je suis cependant plus porté à adopter l’année 348 comme celle de la mort de Pakhôme, et dans ce cas il faut entendre les cinq années du schisme et les six années d’Ammon comme je l’ai expliqué plus haut. Peu importe en ce cas que l’évêque Ammon nous assure que les récits qu’il raconte lui furent faits en 351; car, comme il écrivit au plus tôt quarante ans après, sans l’accuser de supercherie, on peut croire que sa mémoire l’induisit en erreur.
D’ailleurs il s’est trompé plusieurs autres fois et il peut s’être trompé dans le cas présent. Je placerai donc la mort de Pakhôme en l’an 348, le 9 mai. Je suis ainsi arrivé à la même date que les Bollandistes, mais d’une autre manière qui me paraît plus certaine. En outre, c’est la seule date de la vie de Pakhôme pour laquelle nous soyons d’accord, puisque, comme je l’ai dit, Pakhôme ne vécut que soixante ans et que les Bollandistes sont obligés de le faire vivre soixante-quatorze ans pour atteindre cette année 348. Il s’ensuit donc que Pakhôme naquit en 288, avait vingt-quatre ans lors de la victoire de Constantin et ving-cinq quand il se fit moine. Peu m’importe que les divers monuments assurent tous que Pakhôme n’avait que vingt ans lorsqu’il fut enrôlé : tous ces monuments dérivent d’un seul et le premier auteur qui ne connaissait cet âge que par ouï-dire et a bien pu se tromper de quatre ans.
Quant au texte arabe, s’il donne un si juste partage de la vie de Pakhôme, vingt-deux ans dans le monde, trente-neuf dans la vie religieuse, je n’y vois qu’un calcul fort facile à faire, étant donnés les deux nombres extrêmes de vingt et un et de soixante. Évidemment cette solution du problème n’est pas aussi rigoureuse qu’on pourrait le souhaiter ; mais à quiconque connaît le peu de fondement solide et historique que présentent les œuvres coptes, il paraîtra encore étonnant qu’on puisse arriver à une Un autre problème dont je dois aussi chercher la solution, concerne l’époque à laquelle ont été écrites les vies primitives de Pakhôme et de Théodore. La solution de ce nouveau problème ne comporte pas d’aussi longs développements et ne repose pas sur des données aussi contradictoires que le précédent.
J’ai déjà dit plus haut que la vie de Pakhôme avait été composée du vivant de Théodore, quinze ans environ après la mort du fondateur du cénobitisme : je dois donner ici les preuves de mon assertion et pour cela citer en entier les passages sur lesquels je m’appuie et qui sont empruntés à l’abrégé memphitique, le document le plus détaillé que nous ayons sur la vie de Théodore après la mort de Pakhôme. Le premier de ces passages, dont j’ai déjà cité quelques lignes, a trait à la manière dont Théodore s’y prit pour amener les cénobites pakhômiens à laisser écrire la vie de leur fondateur ; le voici : « Mais lui, notre père apa Théodore, il se coucha, il fut malade à cause de l’affliction qui était dans son cœur, il gémissait sur toute règle où il n’y avait pas de profit pour les frères, parce qu’ils s’étaient endurcis dans leur négligence et leur mépris et qu’il ne pouvait pas les affermir dans leur résolution première à cause du relâchement où ils se trouvaient ; car il voyait que la plupart des frères étaient froids dans leur volonté pour essayer de pratiquer les commandements que l’homme parfait, notre père Pakhôme, leur avait donnés, afin qu’ils les accomplissent avec soin.
Mais quand les hégoumènes des monastères eurent tous appris que notre père Théodore était malade, ils vinrent tous le visiter, surtout parce que les jours de la Pâque étaient proches et que les frères avaient coutume de se réunir à Phboou, pour le baptême des catéchumènes et afin de prendre leurs dispositions en toute chose selon les règles imposées. Et lorsqu’ils furent tous venus vers Théodore et lui eurent vu un visage triste, ils furent grandement troublés et craignirent de s’approcher de lui. Pour lui, il souffrait de tout ce qui était arrivé. Après quelques jours, Dieu lui donna le repos et Théodore fut guéri de sa maladie. Lorsqu’il fut guéri, il s’assit, il leur parla la parole de Dieu d’après les Écritures saintes. Il s’asseyait tous les jours pour les encourager, depuis de la réunion.
Il fit ainsi toute la Pâque. Les frères remerciaient et bénissaient Notre Seigneur Jésus le Christ. Ensuite, il commença de leur raconter la vie de notre père Pakhôme depuis son enfance, avec les souffrances qu’il avait endurées pour eux depuis le commencement qu’il avait établi le cénobitisme saint, les tentations des démons, la manière dont il leur avait arraché les âmes que le Seigneur lui avait confiées, les visions que le Seigneur lui avait révélées, car il les avait apprises de la bouche même de ce saint, enfin tout ce qu’il avait vu de ses propres yeux. Et il leur parlait ainsi : « Écoutez-moi, mes frères, et comprenez bien ce que je vous dis, car l’homme dont nous racontons la vie est notre père à tous, après Dieu. En effet, Dieu a fait un pacte avec lui pour sauver une foule d’âmes par son entremise, et nous aussi, le Seigneur nous a sauvés par ses prières saintes ; car lui, je veux dire notre père juste, Pakhôme, est l’un des saints de Dieu, il prend soin des frères qui sont en tout lieu, et je crains que nous n’oubliions ses souffrances, que nous ne sachions pas qui a fait de cette foule un seul esprit et un seul corps, par lui et nos autres pères saints qui l’ont aidé à établir cette œuvre sainte.
Le Seigneur a béni la maison de Jonadab, fils de Réchab, par Jérémie qui a dit : « Les enfants de Réchab ne cesseront pas d’exister en ma présence tant que durera la terre, parce qu’ils ont gardé les commandements de leur père. » Et nous aussi, nous croyons que la bénédiction donnée à notre père demeura avec nous et avec tous ceux qui viendront après nous, en la présence de Dieu et en tout temps. Maintenant donc, ne soyons pas négligents, n’oublions pas les ordres et les commandements qu’il nous a donnés alors qu’il était encore avec nous dans le corps ; car qu avons-nous de plus que les autres hommes ? Ce que nous avons de plus, est-ce que nous portons un habit différent, que nous avons les reins ceints d’une ceinture, que nous sommes réunis dans une seule communauté ?
Dans une foule d’endroits on porte les mêmes habits que nous, car la gloire de Dieu et sa grâce ont rempli le monde entier. Mais ce que le Seigneur nous a donné en plus, c’est ce que notre père juste nous a donné, lui qui a suivi toute voie dans laquelle ont vécu les prophètes, qui a imité la servitude pratiquée par le Seigneur selon l’Évangile, qui n’est jamais tombé en notre présence à tous, selon que vous pouvez le témoigner vous-mêmes. Vous n’ignorez pas qu’il nous a enseignés une foule de fois dans les larmes, ainsi que Paul dans le livre des Actes le dit à ceux qu’il instruit ; vous savez comment il nous réunissait chaque jour et nous parlait des règles saintes, afin que nous pussions observer chaque commandement qui est dans les Écritures saintes du Christ, comme il les avait d’abord observés dans ses actions avant de nous les donner.
Ainsi c’est un homme juste que nous avons rencontré, de sorte que par lui nous connaissons la volonté de Dieu ; jusqu’à la manière dont il faut que nous élevions les mains et priions Dieu, il nous a tout appris. N’est-il pas juste qu’après le Dieu qui nous a créés nous le bénissions ? Est-ce que Dieu n’a pas parlé à Abraham, qui accomplit sa volonté, en lui disant : « Je bénirai celui qui te bénira et maudirai celui qui te maudira ? » Maintenant donc, mes frères, disons tous : « Béni soit le Dieu de notre père juste, Pakhôme, qui, par ses souffrances et ses prières, a été pour nous un guide vers la vie éternelle ! »
Alors tous les frères d’une seule bouche et d’une seule voix répondirent : « Béni soit en toute chose et en toutes ses œuvres notre père aimant Dieu et juste, notre père « Lorsqu’ils eurent tous fait ainsi cette confession avec joie et avec grande confiance en lui, il leur dit de nouveau : « Souvent il y en a eu parmi nous qui ont pensé qu’agir ainsi était glorifier leur chair ; non ! car en quoi est placée notre espérance ? Certes, ce n’est pas en un homme ; mais nous glorifions et bénissons l’esprit de Dieu qui était en lui, et quand môme nous bénirions sa chair, elle en est vraiment digne, car elle a été le temple du Seigneur. Non seulement il faut faire cela, mais nous savons et croyons que son nom est écrit au livre de vie avec ceux de tous les saints.
Maintenant donc, ô mes frères, je vous dis qu’il est juste et nécessaire d’écrire ses souffrances, depuis le commencement, ainsi que toute sa perfection, ses pratiques, toutes les ascèses qu’il a faites, afin que sa mémoire demeure stable sur terre, ainsi qu’elle est stable dans les cieux, en tout temps, comme l’a dit le bienheureux Job en disant : « Qui donnera que mes paroles soient écrites et qu’on les mette dans un livre pour jamais ? » Mais de peur que quelqu’un ne me dise : « Il est écrit aussi : Maudit soit celui qui place son espérance en l’homme ! » je dirai que notre père nous a enseigné une foule de fois que celui qui adhère au Seigneur ne doit pas s’appeler homme, mais esprit, ainsi qu’il est écrit : « Celui qui adhère au Seigneur est un seul esprit avec lui.
« Il a dit aussi : Vous n’êtes pas placés dans la chair, mais dans l’esprit. » Donc, selon ces paroles, celui qui adhère au Seigneur et le sert cesse d’être un homme, parce que la pensée de l’Esprit-Saint habite en lui ; car de même qu’une épée qui est dans le fourreau, on ne la nomme pas épée qui est dans le fourreau, de manière à séparer les deux choses et à leur donner deux noms, mais qu’on l’appelle simplement épée ; de même aussi que personne n’appelle vin avec eau le vin qu’on a mis dans le cratère où il a été mélangé d’eau, mais que ceux qui le boivent appellent simplement vin : de même pour l’homme qui est le temple de Dieu, après avoir purifié son âme, son corps et son esprit. Voyons les saints nommés dans l’Écriture, comme chacun d’eux exalte celui qui est au-dessus de lui, qui l’a gardé dans la vie et lui a fait connaître Dieu !
Ils ont agi ainsi par l’ordre et la volonté du Seigneur. C’est pourquoi, nous aussi, il faut que, sans double cœur, nous bénissions notre père juste qui nous a guidés vers la connaissance de Dieu. Lorsque Dieu parla au patriarche Isaac, il le bénit en disant : « Ne va pas en Égypte, mais habite le pays que je te dirai ; je serai avec toi, te bénirai et ferai que tes descendants se multiplient en leur multitude, comme les étoiles du ciel ; je donnerai cette terre à tes descendants et toutes les nations de la terre me béniront en ta postérité, parce que ton père Abrabam a écouté ma voix, gardé mes commandements, mes vérités et mes lois. » Si Isaac n’eût pas été agréable à Dieu, Dieu ne lui eut pas parlé de la sorte et ne l’eût pas appelé fils d’Abraham, en lui disant : « À cause d’Abraham, ton père, je te bénirai parce que tu as fait ma volonté.
« C’est ainsi que Dieu enseignait son serviteur et lui apprenait ce qui est juste et sans dommage, afin d’exalter ce qu’il aurait engendré soit dans la chair, soit dans l’esprit. Mais le juste Loth qui a pratiqué l’hospitalité et la justice, comme il l’avait appris d’Abraham au temps où il était avec lui, avant que chacun d’eux ne se séparât de son voisin, lorsqu’il habita Sodome, il continua de les pratiquer et fit le bien en tout temps envers quiconque allait à lui ; on a dit de même à son sujet : « Dieu se souvint d’Abraham, il fit sortir Loth de la ville qui allait être détruite. » Cette destruction fut merveilleuse, et l’on a proclamé Loth bienheureux dans une foule de passages de l’Écriture, parce qu’il avait écouté l’enseignement d’Abraham.
Nous trouvons encore, que Jacob bénit les fils de Joseph en exaltant ses pères et en disant : « Que le Dieu auquel nos pères. Abraham et Isaac, ont été agréables, bénisse ces enfants. » Joseph étant sur le point de mourir parla à ses fils et leur dit : « Dieu vous fera monter de cette terre en la terre qu’il a promise avec serment à vos pères, Abraham, Isaac etJacob et à leurs descendants. » Et voici que par cette foule de témoignages tirés de l’Écriture sainte, nous vous démontrons comment tous les saints ont exalté et glorifié tous leurs pères qui les avaient précédés : est-ce qu’il n’est pas juste aussi pour nous d’exalter et de louer un homme juste et prophète que le Seigneur nous a donné pour notre gloire, afin que nous le connussions par sa sainteté ? »
« Notre père Théodore avait un grand souci au cœur, le jour et la nuit, à cause des âmes que le Seigneur lui avait confiées pour les garder en toute sûreté, selon toutes les règles et canons que notre père juste nous a donnés comme lois dans la communauté des frères. À ceux d’entre eux qui étaient tristes, il donnait courage ; il en réprimandait d’autres selon leur dignité et l’état de leurs âmes en présence de Notre Seigneur Jésus, il changeait les autres d’un couvent en un autre couvent, ou d’une maison en une autre maison, se faisant tout à eux, cherchant le salut de leurs âmes ; il en exhortait d’autres à l’ascèse et à s’affliger pour la pureté de leur chair ; il en obligeait d’autres à jeûner afin de vaincre ceux qui combattaient contre eux ; en un mot, il leur parlait à chacun en particulier, jugeant leurs pensées et leurs œuvres par l’Esprit de Dieu qui était en lui.
S’il voyait quelqu’un le cœur indolent pour son propre salut, il priait Dieu pour lui, ou le chassait de la communauté des frères, craignant que d’autres ne fussent perdus à cette occasion, et que lui-même il ne fût susceptible d’être jugé par Dieu pour avoir négligé des âmes au point de les avoir laissées se perdre et pour ne pas les avoir châtiées. Pour tout ce qui regardait les besoins communs et corporels de la foule des frères qui étaient à Phbôou et des autres qui étaient dans tous les monastères, c’est lui qui en toute chose prenait soin de ce qui leur était nécessaire. De même le sexe réuni pour Dieu, c’est-à-dire les religieuses, il les administrait selon des règles et des instructions orales, par le moyen de leur père juste qu’il avait établi sur elles pour les garder en toute pureté, selon les canons de notre père le juste, notre père Pakhôme.
C’est ainsi que notre père Théodore continuait de les encourager par les paroles et renseignement parfait de l’homme juste, notre père Pakhôme, jusqu’à ce qu’ils célébrassent la Pâque sainte du Seigneur qu’il leur faisait faire en tous points selon les traditions de notre père Pakhôme, afin qu’ils fêtassent la Résurrection sainte de Notre Seigneur Jésus le Christ ; il priait ensuite sur eux tous, il les congédiait et changeait un grand nombre d’entre eux d’un couvent dans un autre couvent, pour leur salut. Et quand, les frères qui lui servaient d’interprètes pour traduire ses paroles en grec à ceux qui ne savaient pas l’égyptien, parce que c’étaient des étrangers ou des hommes de Rakoti (Alexandrie), l’eurent entendu parler une foule de fois des pratiques de notre père Pakhôme, ils s’adonnèrent de tout leur cœur à ce qu’ils lui avaient entendu dire avec certitude, ils l’écrivirent, parce qu’après avoir fini de leur parler et de le glorifier en toutes ses souffrances, notre père Théodore avait dit aux frères en soupirant : « Remarquez bien les paroles que je vous dis, car, certes, il viendra un temps où vous ne trouverez personne pour vous les dire.
« Le lecteur me pardonnera cette longue citation en raison de son importance. Je n’entends me porter garant ni de l’éloquence de Théodore, ni des raisons qu’il donne à ses religieux pour les convaincre qu’il devient urgent d’écrire la vie de leur fondateur. Cependant, quelle que soit cette éloquence à la manière copte, quelque puériles et grossières que soient les raisons données par Théodore à ses religieux, éloquence et raisons ont ici leur importance historique. Le lecteur verra en effet de lui-même, sans que j’ai besoin de le lui faire observer, que les cénobites pakhômiens avaient leurs idées bien arrêtées sur la question de savoir s’il était permis d’écrire la vie d’un homme à sa louange. Le discours de Théodore laisse supposer que cette question fut souvent agitée parmi les frères et que la grande majorité des cénobites était d’avis qu’on ne devait pas écrire une pareille vie : ces braves gens se reposaient sur leur mémoire du soin de conserver intact le souvenir des actions et des recommandations de leur père.
Ils avaient jusqu’à un certain point raison, mais ils n’y voyaient pas très loin ; car quelque vive que soit la mémoire, après une ou deux A générations, le contour des objets se ressent des effets de l’éloignement, tout se mêle et se confond, surtout quand l’esprit est naturellement porté à embellir ce qu’il ne regarde pas comme assez beau. Théodore le comprenait mieux, et il avait déjà vu le relâchement, même le schisme s’introduire dans la communauté cénobitique. Il savait qu’une fois écrite, la vie de son père Pakhôme resterait comme un témoin et un accusateur immortel de la vie des moines qui se succéderaient dans les monastères. Il gagna la cause qu’il plaidait : la vie fut écrite. À quelle époque fut faite cette relation et composée cette histoire, il n’est pas bien facile de le dire : il est au contraire beaucoup plus facile de dire qui en fut l’auteur, et quels en furent les rédacteurs.
L’auteur en fut Théodore lui-même, les paroles que j’ai citées le disent expressément : les rédacteurs en furent les frères interprètes qui connaissaient à la fois le copte et le grec. Ces interprètes devaient évidemment être les plus intelligents et les plus instruits des cénobites pakbômiens : il est tout naturel que la rédaction des souvenirs de Théodore leur ait été confiée, et c’est une raison pour croire qu’une rédaction grecque fut faite pour les frères qui ne comprenaient que le grec, en même temps que la rédaction copte en dialecte thébain. Quant à l’époque où fut faite cette rédaction, je le répète, il n’est pas très facile de le dire. La dernière phrase de ma citation laisse à entendre qu’elle fut faite peu de temps avant la mort de Théodore, et, en outre, la place qu’occupent les pages citées dans l’œuvre memphitique est une preuve en faveur de cette manière de voir.
En effet, on ne trouve plus après ces pages dans le reste de la vie de Théodore, que deux ou trois faits, dont l’un est la visite de Théodore au patriarche saint Athanase qui se trouvait près d’Antinoë. Cette fut donc faite avant cette année-là. En outre, un autre fait qui a rapport à l’exil de saint Athanase sous Julien l’Apostat, à la fuite du patriarche qui se cacha chez les moines jusqu’à la fin du règne de Julien, et à la poursuite qu’en fit le préfet Arménios, est raconté avant ce qui a trait à la rédaction de la vie de Pakhôme. Or, Arménios fut nommé préfet d’Égypte en 359 et Julien mourut en 364. Je sais bien qn’il ne faut pas attacher trop d’importance à l’ordre dans lequel se trouvent rangés les divers récits qui forment l’œuvre copte ; mais, qu’on me pardonne ce qui semblera peut-être paradoxal, le peu de souci que les Coptes avaient de la chronologie nous est un assez bon garant qu’ils ont le plus souvent raconté les faits dans l’ordre où ils se sont passés.
Il s’agit donc de déterminer l’époque à laquelle mourut Théodore. C’est un nouveau problème dont il me faut exposer et discuter les données. Aucun des monuments qui nous parlent de Théodore ne nous a donné la somme des années de sa vie et l’année de sa mort : ceux qui racontent la mort du disciple de Pakhôme disent simplement que trois jours après la fête de Pâques il tomba malade, qu’il fut malade trois jours et qu’il mourut le deuxième jour du mois de Paschons, c’est-à-dire le 27 avril. Si nous n’avions que ces simples données, ainsi que les Bollandistes, le problème ne serait pas difficile à résoudre, car il sagirait simplement de chercher après le règne de Julien l’Apostat et avant la mort de saint Athanase, c’est-à-dire entre 364 et 373, une année ou le 27 avril tombe le vendredi ou le samedi de la semaine de Pâques.
Cette année, comme l’ont parfaitement calculé les Bollandistes, est l’année 368. Mais ici surviennent les difficultés qui naissent de données paraissant contradictoires et dont les Bollandistes ne pouvaient avoir connaissance puisqu’elles se trouvent seulement dans l’abrégé memphitique de la vie de Théodore. Cet abrégé raconte en effet ce qui suit : « Il arriva un jour, qu’étant assis et parlant aux frères la parole de Dieu, ses larmes (à Théodore) coulaient sur ses joues : les frères pleuraient aussi. Il leur dit ensuite : « Écoutez-moi, mes frères, Jacob a passé dix-sept ans à nourrir Joseph ; Joseph passa aussi dixsept ans à nourrir Jacob et ses frères, De même aussi j’ai passé dixhuit ans pendant que mon père me nourrissait dans les commandements de Dieu, et voici que pareillement, selon mes forces, je suis avec vous depuis dix-huit ans.
D’après l’ordre de Dieu et de notre père, apa Horsiîsi. « Ces paroles semblent dites la veille de la visite au patriarche saint Athanase. S’il en était ainsi, elles auraient été prononcées l’année même de la mort, dix-huit ans après que Théodore avait été élu coadjuteur d’Horsiîsi, et comme cette élection avait eu lieu cinq ans après la mort de Pakhôme, Théodore serait mort vingt-trois ans après son maître, c’est-à-dire en 371. Or, en 371, Pâques tomba le 17 avril, et d’aucune façon le vingt-septième jour du même mois ne peut trouver place dans la semaine de Pâques, tandis qu’en 368, Pâques étant tombé le 20 avril, le 27 se trouve le dimanche même de l’octave de Pâques, ce qui est plus satisfaisant. Mais si l’année 371 était celle de la mort de Théodore et si nous admettions la justesse du calcul de Théodore, il faudrait aussi admettre que Théodore n’avait vécu que dix-huit ans avec Pakhôme, et comme il avait quatorze ans lorsqu’il quitta ses parents et se fit cénobite, il aurait eu trente-deux ans à la mort de Pakhôme et aurait vécu en tout cinquante-cinq ans : par conséquent il serait né en 316 et se serait fait moine en 330.
Tout cela serait très possible, si l’évêque Ammon, dans sa lettre à Théophile, ne nous apprenait que Théodore avait déjà passé huit ans avec Pakhôme, lorsqu’un jour il l’entendit prier pour les hérétiques, les Ariens qui venaient d’être condamnés au concile de Nicée, et demander au Seigneur quelle voie il fallait suivre. Un ange répondit à mourut au commencement de l’anl’année 326, cinq mois seulement après la clôture du concile de Nicée. Ainsi, d’après Ammon, Théodore aurait eu vingt-deux ans en 325 et, par conséquent, serait né vers l’an 303 ou 304, comme l’ont admis les Bollandistes, et aurait vécu soixante-quatre ans. On voit que les fats sont assez différents. Toute la question consiste à savoir si, dans sa comparaison, Théodore a englobé toutes les années qu’il a passées dans la vie religieuse.
Je dois dire que je ne le crois pas : le dernier chiffre de dix-huit ans me paraît probable et pour en trouver la période correspondante avant la mort de Pakhôme, il a pris une somme de dix-huit autres années, comme il aurait pris toute autre somme qui lui comme réels, je les considérerai comme l’espace de temps que Théodore passa dans le service de Pakhôme, jusqu’à ce que celui-ci en fit un supérieur de monastère. La contexture générale des récits ne permet pas en effet de croire que Théodore fût moine seulement depuis dix-huit ans et n’ait eu que trente-deux ans à la mort de Pakhôme, car il était depuis longtemps supérieur et les frères qui s’étaient révoltés contre sa trop grande jeunesse lorsqu’il fut nommé supérieur (ce que je place à un âge de trente-deux ans) se fussent révoltés à bien plus forte raison si Théodore n’avait été qu’un petit garçon de vingt-trois les cinq ans qui s’écoulèrent entre la mort de Pakhôme et l’élection de Théodore comme coadjuteur d’Horsiîsi dans la somme des derniers dix-huit ans.
J’ai une double raison de penser ainsi : la première vient de l’époque à laquelle fut célébrée la fête de Pâques, la seconde de la présence de saint Athanase dans la Haute-Égypte en cette même année ; car il est peu vraisemblable que, deux années seulement avant sa mort, alors qu’il était brisé par toutes les vicissitudes de son long épiscopat, saint Athanase ait fait le fatigant voyage de la Haute-Égypte pendant le carême qu’il avait observé très sévèrement. Pour toutes ces raisons, je me rattache au sentiment des Bollandistes, et, après avoir expliqué le texte copte comme je viens de le faire j’admets que 1 La Genèse donne 16 ans cà Joseph avant que ses frères le vendissent, et rapporte en effet que Jacob passa 17 ans en Égypte. Je suis assez porté à croire que le chiffre de dix-huit est réel, mais en le comptant depuis la mort de Pakhôme.
Théodore, dit le texte arabe, avait trente ans lorsqu’on le mit à la tête du monastère de Tabennîsi, Ce chiffre concorde assez bien avec celui de trente-deux ans que j’ai donné plus haut. Dans l’autre hypothèse un que fut rédigée la vie de Pakhôme en quelque sorte sous la dictée de Théodore, moins de vingt ans après la mort de Pakhôine. On voit dès lors ce qu’il faut penser de l’affirmation de l’abréviateur grec, disant qu’au moment où il écrivait, personne n’avait pensé à rédiger les souvenirs conservés de la vie de leur père par ses enfants : cet auteur ayant abrégé la vie de Théodore en même temps que la vie de Pakhôme a nécessairement du écrire après la mort de Théodore, et Théodore, avant de mourir, avait fait rédiger sous ses yeux tous les souvenirs qu’il avait conservés de son père.
sion de la valeur générale des vies de Pakhôme et de Théodore telles qu’elles furent primitivement composées, je dois chercher quelle fut la pensée qui présida aux abréviations grecques et memphitique du grand ouvrage écrit en thébain. Cette pensée, si je ne me trompe, fut la même pour les abréviateurs grecs et pour l’abréviateur memphitique ; ce fut la même aussi qui présida à l’abréviation de la vie de Schnoudi, comme je l’ai montré dans l’Introduction au premier volume de cette publication de documents sur l’Égypte chrétienne ‘. Pour dire toute ma pensée en un mot, outre que l’œuvre complète était trop longue et contenait une foule de récits et de versions dont les abréviateurs ne voyaient pas l’utilité, on chercha avant tout à éliminer des abrégés tout ce qui pouvait aller à l’encontre du but poursuivi, c’est-à-dire de la glorification de Pakhôme, comme un grand saint, et de ses disciples comme des saints ordinaires ou tout au moins comme des religieux très mortifiés et observant très strictement leurs règles.
La chose se fit d’une double manière, parce que les milieux étaient différents et les besoins divers ; mais quelque moyen qu’on employât, le but fut identique : les faits le montreront. Comme je l’ai dit ailleurs, si dans les monastères de Scété on traduisait les vies des grands moines de la ment pour tirer édification des récits qu’on y trouvai h Or, les moines de Scété et de Nitrie n’avaient pas le même tempérament que ceux de la Haute-Égypte ; ils étaient moins ardents et moins idéalistes, s’il m’est permis de parler de la sorte. Encore de nos jours, malgré tous les frottements de la civilisation, la plus grande rapidité et partant la plus grande fréquence des communications, le Copte de la IlauteÉgypte est resté plus sauvage et plus rapproché de son ancien état que celui de la Basse-Égypte.
De plus, le climat est beaucoup moins torride et par conséquent les ardeurs du sang beaucoup moins grandes. Pour cette raison, les règles monacales étaient mieux observées et les mœurs, si je ne me trompe, plus sévères et plus pures, ce qui d’ailleurs n’était pas le moins du monde difficile, comme on pourra s’en convaincre plus loin. En outre, les règles monastiques différaient sensiblement : ce qui dominait à Nitrie et à Scété, c était le moine au sens propre de ce mot ; en Thébaïde, c’est-à-dire depuis le cénobite. Il fallait donc éviter tout ce qui pouvait paraître différer des règles en usage à Nitrie et à Scété, et tout ce qui était contraire aux bonnes mœurs : si l’on avait semblé faire l’éloge des usages cénobitiques en contradiction avec les règles monacales, les esprits étroits des moines n’auraient pas manqué d’en tirer une conclusion propre à mettre le trouble dans ces saintes aggrégations où l’on menait sur terre la vie des anges dans les cieux ; si l’on avait raconté les horribles traits de mœurs qu’on trouve en assez grand nombre dans les vies des Pères de la Thébaïde, les lecteurs auraient été scandalisés et pas du tout édifiés.
Aussi ne rencontre-t-on dans l’abrégé memphitique aucun trait qui soit la condamnation des coutumes monacales, aucun récit des actes scandaleux et infâmes que renfermait la première vie. L’abréviateur a omis de propos délibéré tout ce qui aurait montré que les cénobites n’étaient pas des anges, et que Pakhôme n’avait pas été aussi honoré et estimé qu’il le fallait croire et qu’il convenait à un aussi saint homme. Cet auteur, dis-je, s’est contenté tout simplement de passer sous silence, il n’a point défiguré, hormis en un passage où le texte arabe lui-même laisse à peine entrevoir la vérité1. En agissant ainsi, il n’a sans doute pas été très fidèle au devoir d’un traducteur et d’un historien ; mais les conséquences de sa trahison n’ont pas été de très grande importance, car l’œuvre memphitique n’a pas dépassé les limites de l’Égypte.
Pakhôme, quand même la traduction eût été exacte, n’eût en aucune manière perdu la place qu’on lui a donnée sur les autels de l’Égypte chrétienne. Il en est tout autrement de la rédaction grecque de la vie de Pakhôme. L’abréviateur grec (je parle surtout de la seconde rédaction), devait, lui aussi, édifier ses lecteurs et proposer, à l’admiration des Occidentaux qui connaissaient le grec, la vie sainte du bienheureux Pakhôme et les mœurs édifiantes des cénobites de la Haute-Égypte, de ces Pères de la Théhaïde dont le nom est encore le synonyme de la plus extraordinaire vertu. Cet abréviateur n’a pas eu besoin de passer sous silence les récits où il s’agissait de règles cénobitiques par trop particulières, ces récits concourant d’ordinaire au but qu’il poursuivait ; il n’a omis que certains faits qui lui paraissaient peu importants, certaines paroles qu’il ne comprenait pas, ou certaines visions qui l’ont évidemment choqué, comme celle où Pakhôme raconte comment les Anges lui ont montré la manière dont on fait sortir, au moyen d’un hameçon, les âmes pécheresses du corps des mourants.
Cette théorie un peu trop matérielle sur la nature de l’âme ne cadrait guère avec les idées spiritualistes du Phédon que le Christianisme était en train de faire siennes et de propager ; elle aurait paru surprenante et même scandaleuse, provenant de la bouche d’un homme aussi vertueux dont les paroles étaient citées comme des échantillons d’une sagesse vraiment merveilleuse dans les voies divines. De même on chercherait vainement dans l’œuvre grecque, comme dans l’œuvre memphitique, le récit si caractéristique où l’on voit Théodore faire abattre un superbe taureau de peur que ses cénobites ne l’adorent. Eh quoi ! de si parfaits chrétiens, des moines si célèbres par leur vertu adorer le bœuf Apis ! Évidemment il fallait ne pas porter un pareil fait à la connaissance des âmes vulgaires qui s’en seraient scandalisées.
U s’agit du récit où Théodore porte la main sur Pakhôme. Et encore si l’abréviateur grec s’en fût tenu à ces simples omissions, on pourrait le lui pardonner comme à l’un de ces hommes timorés qui ont toujours peur que la vérité reconnue fasse plus de mal que de bien ; mais, non seulement il a passé sous silence des faits caractéristiques, il a de plus falsifié nombre d’autres récits où son héros n’aurait pas fait aussi bonne figure qu’il le souhaitait. Un homme façonné à la grecque n’abdiquait pas, en se faisant religieux, toute espèce de sens commun ; malgré lui, il conservait de ces idées telles qu’il ne pouvait admirer ce qui choquait par trop le bon sens. Alors il ombrait le tableau et changeait même les couleurs. Pour l’auteur copte, au contraire, plus la chose est extraordinaire, invraisemblable, plus la bonté de Dieu apparaît grande et la sainteté des cénobites, Pakhôme ou autres, merveilleuse.
On a déjà pu voir d’après la manière dont cet abréviateur raconte le concile d’Esneh qu’on ne se douterait guère que Pakhôme y ait été condamné à mort par une réunion d’évêques et qu’il ait failli être assommé par une foule de chrétiens très fidèles, trop fidèles même envers leurs pasteurs. De même, si Théodore, dans un mouvement de colère, lève la main sur Pakhôme, le fait est tellement défiguré qu’on a peine à le reconnaître1. Si quelque vieux frère, après un discours de Pakhôme sur la pureté et la continence, se met en fureur contre son père saint, le bienheureux Pakhôme, et refuse de l’accompagner le lendemain, le fait est mis sur le compte de la maladie et de la tristesse2. Si Pakhôme chasse un frère pris en flagrant délit de sodomie, le texte grec dit simplement que Pakhôme chassa un frère qui ne l’écoutait pas3.
Si un certain nombre de moines, lassés de Pakhôme, prennent la résolution de s’en défaire et que l’un d’eux se précipite un couteau à la main pour mettre fin à la vin du saint homme, le fait est tellement dénaturé que l’on ne sait si l’abréviateur y a fait allusion ou l’a confondu dans un autre récit4. De même, les intrigues de Théodore pour obtenir la succession de Pakhôme, quand celui-ci est malade et qu’on le croit mourant, les reproches de Pakhôme, les dernières paroles de Pakhôme à son lit de mort, quand il voit que Théodore pense toujours à lui succéder, la manière dont Pakhôme s’y prend pour faire avouer son péché à Théodore, tout est affaibli à un point qui attire nécessairement l’observation du critique1. Et il faut bien le dire, tous ces traits ne sont pas précisément à la louange de Pakhôme, de Théodore ou des saints nettement d’horribles crimes.
Il serait bien étonnant que ces omissions qui vont toutes au môme but fussent uniquement l’œuvre du hasard : ce hasard aurait été par trop intelligent et ce n’est pas la qualité qu’on lui attribue d’ordinaire. Pour moi, au lieu d’accuser le hasard, auquel je ne crois pas, persuadé que je suis que dans le monde tout arrive d’après d’inéluctables lois, que les causes soient libres ou ne le soient pas, je suis d’avis qu’en présence d’un effet bien accusé, je dois en rechercher la cause, et que cette cause doit-elle même être non moins caractérisée. Ma propre expérience m’apprend chaque jour que l’homme n’agit jamais sans raison ; quoique la raison de tel ou tel acte ne soit pas toujours apparente, il reste à la chercher. Ici, il n’est pas besoin d’un grand effort d’esprit pour la trouver ; elle saute aux yeux, pour employer l’expression vulgaire.
Quand un auteur, quel qu’il soit, prend grand soin de narrer ce qui est favorable à son héros, d’omettre ou de défigurer ce qui lui serait contraire, il n’y a pas à s’y tromper, cet auteur trahit la vérité. Je ne prétends pas que son but premier et unique soit de trahir cette vérité ; non, ce but n’est que secondaire et adventice, l’auteur voulant tout d’abord honorer, glorifier son héros et lui attirer la vénération des lecteurs ; mais pour arriver à ce but premier et final, il doit employer certains moyens qui constituent le but secondaire et adventice, et ces moyens consistent à trahir la vérité. Un tel auteur est donc passible de toute la sévérité de l’histoire qu’il induit en erreur. En l’espèce, l’abréviateur de la vie grecque de Pakhôme est d’autant plus coupable qu’il s’adresse à ce qu’il y a (le plus respectable en l’homme, au sentiment religieux, qu’il égare ce sentiment en le faisant se reposer avec amour sur des personnages qui n’ont droit qu’à sa répulsion.
En outre, cet auteur ne s’adressait pas qu’aux esprits bornés de l’Égypte, il s’adressait au monde civilisé tout entier, son œuvre devait avoir des conséquences dont le contre-coup se fait sentir de nos jours. Il est probable que le malheureux moine ne se rendit pas un compte très exact de sa conduite en cette circonstance, ses fraudes ne lui semblèrent que pieuses, il ne se douta point que des hommes viendraient qui. dans la suite des âges, trompés par son œuvre, proposeraient ses héros à l’admiration des cœurs honnêtes et des intelligences faibles, comme des modèles accomplis de la merveilleuse perfection à laquelle l’homme peut arriver en renonçant au monde, à ses pompes et à ses œuvres, selon l’expression consacrée, et en se vouant à faire revivre sous d’autres cieux et dans d’autres civilisations ce qui fut ni plus ni moins qu’un phénomène, très curieux à la vérité, de l’aberration mentale où peut jeter un mysticisme mal entendu.
Les pays chrétiens tout entiers ont été trompés de propos délibéré : le but poursuivi ne peut aucunement justifier une semblabl e supercherie. Ce ne sera donc point l’un des moindres services que rendra la publication des documents originaux, telle que je l’ai entreprise et continuée ; on saura du moins à quoi s’en tenir sur une aussi excellente perfection : la vérité est toujours, ou plutôt doit toujours être la bienvenue, quoiqu’elle puisse déranger les habitudes reçues et les croyances toutes faites. Cette vérité, je ne peux l’exposer ici en détail et en quelque sorte par le menu ; ce n’en est ni le temps, ni le lieu. Je ne peux non plus cependant me dispenser de faire connaître quel est mon sentiment sur plusieurs points, car je ne peux me dispenser d’indiquer la valeur historique des documents que je présente au public.
Tous les lecteurs n’ont pas le loisir et le goût de faire une étude approfondie des documents qu’on leur livre : ils aiment mieux suivre comme un guide celui qui se fait l’introducteur des œuvres de l’ancien temps, se réservant de juger de la valeur de ses arguments et de la solidité de ses preuves. Je n’ai pas besoin, il me semble, de répéter ici ce que j’ai dit dans le premier volume de ces documents sur la manière dont les auteurs coptes composaient leurs ouvrages et dont ils comprenaient l’ornementation de leurs au lieu de Sclmoudi, cela ne fait rien à l’affaire et rien n’est changé : c’est toujours le même emploi du merveilleux romanesque, sous prétexte d’édifier les lecteurs et de glorifier Dieu qui opère des merveilles par ses saints. Le résultat est le même pour l’histoire, et les précautions à prendre pour l’historien sont les mêmes pour se prémunir contre cette fantasmagorie hagiographique et copte qu’on a si longtemps prise et qu’on prend encore pour l’expression exacte de la plus sincère vérité.
Cependant pour les présents documents, je dois faire observer que les précautions à prendre sont plus minutieuses encore à cause de l’auteur premier de la vie de Pakhôme. En effet, dans la vie de Sclmoudi, le bon Visa ne voulait que faire un éloquent panégyrique en faveur de son père et propager la légende que, de son vivant, Schnoudi lui-même avait commencée et presque achevée sur sa personne ; il ne prit guère souci de sa propre réputation, et quand il parle de lui-même, ce n’est guère que pour montrer sa faiblesse, sa désobéissance suivie de repentir, et raconter les derniers moments de son maître et prédécesseur ; tout montre qu’il était d’un caractère assez doux, comme son style est sans couleur. Au contraire, dans la vie de Pakhôme, dont l’auteur est bien Théodore, puisque les cénobites-interprètes n’ont fait qu’écrire sous sa dictée, Théodore est presque continuellement mêlé au récit à partir de son arrivée à la communauté de Schénésît, et si l’on ne savait que Pakhôme est le héros de ces récits, on pourrait parfaitement croire un moment que ce héros est bien Théodore, et non Pakhôme, et l’on ne se tromperait pas.
Or, Théodore était un homme peu recommandable, ambitieux, violent et hypocrite. Dès son arrivée près de Pakhôme, il voulut avoir ses visions comme son maître avait les siennes ; plus tard, il n’eut rien plus à cœur que de succéder à Pakhôme dans la direction générale des communautés cénobitiques. Ses desseins ambitieux furent sévèrement réprimés par Pakhôme et son ingratitude punie ; mais sa prétendue pénitence ne fut pour lui qu’un moyen de se faire passer pour un saint, car il y mit autant d’excès et d’ostentation qu’il en avait apporté dans sa brigue du généralat. Au moment où Pakhôme allait quitter la vie, Théodore pensait encore à lui succéder, et lorsqu’il eut vu Pakhôme désigner Pétronios comme son successeur, il eut soin de répandre quelques paroles habiles pour préparer sa candidature, lorsque cette succession s’ouvrirait de nouveau.
Quelques traits qui sont rapportés à sa louange nous montrent en lui un homme artificieux : sa violence est péremptoirement démontrée dans le récit où, malgré l’obscurité qui enveloppe la phrase principale, on le voit lever la main sur Pakhôme. Il y avait en lui un fanatisme étroit, et nulle parole ne le saurait mieux prouver que la réponse qu’il fit à Pakhôme en se déclarant prêt à tuer sa mère, si le Seigneur le lui demandait ; il y avait aussi de l’hypocrisie, car son cœur n’était pas évidemment aussi pur qu’il le disait, ou, pour mieux m’exprimer, il savait à merveille se parer des dehors de la plus profonde humilité, afin de s’attirer l’admiration des frères et de plus sûrement atteindre le but que désirait ardemment son ambition. Si je ne me trompe, voilà bien une orgueilleuse hypocrisie et un hypocrite orgueil.
D’ailleurs, ce n’était pas un homme sans talent, il avait un esprit souple et délié, plus rusé que profond, et il avait reçu plus d éducation que tous les autres cénobites, quoiqu’il ne connût pas le grec. Ses confrères et ses disciples le regardaient comme éloquent, ce qui peut nous faire sourire ; mais il est certain qu’il avait une assez grande faconde, une mémoire assez remplie de textes scripturaires et une cauteleuse habileté à s’en servir au moment opportun, malgré la torture qu’il leur Or, quand un homme de ce caractère écrit un ouvrage où il doit lui-même se mettre souvent en scène et raconter sa vie dans ce qu’elle a de plus intime, on ne peut assez se défier de lui, surtout quand il appartient à une race naturellement portée à l’amplification la plus exagérée.
A de pareils auteurs, la vérité n’apparaît guère que dans leurs misérables conceptions ; ils ne peuvent voir ni la suite et l’enchaînement des faits, ni les causes des événements, ni leur nécessité en vertu des lois qui président an développement d’un homme en particulier comme des hommes en général. Leur fanatisme leur montre les événements sous le jour le plus faux, leur orgueil leur fait craindre de se déshonorer, leur hypocrisie les entraîne au mensonge. Cependant je ne dois pas exagérer, tout n’est pas au pire dans l’œuvre écrite sous la dictée de Théodore : le fait seul qu’il n’a pas rédigé lui-même nos documents nous doit faire espérer que ces documents n’ont pas été aussi falsifiés qu’ils l’auraient été, si Théodore eût lui-même tenu le calame.
En outre, si un auteur en Occident eût été orné des aimables qualités que je viens d’énumérer, on ne saurait trop le redouter et lui refuser créance ; pour un auteur oriental, et surtout pour un auteur copte, il n’en est pas ainsi, car ses défauts trouvent leur remède dans leur excès. En effet, Théodore est tellement fanatique, tellement persuadé que sa fausse humilité n’est point de l’orgueil et ne renferme aucune hypocrisie ; il est tellement loin de douter qu’on peut penser de lui tout autre chose qu’il pense lui-même, ses défauts ont en un mot un tel degré de naïveté, qu’il est intimement convaincu que tout le monde l’admirera, louera sa perfection et son talent et que personne ne pourra lui infliger le moindre blâme. D’ailleurs, il ignore complètement qu’on puisse rechercher le mobile des actions humaines et le trouver par l’analyse.
Aussi, il ne prend aucune précaution pour gazer les choses les plus fortes, les moins pardonnables offenses : sa naïveté lui ferme les yeux et nous garantit sa véracité. S’il n’en eût été ainsi, jamais il n’aurait raconté les choses dans lesquelles il s’est complu. Pour ne citer qu’un exemple, dans le récit du concile d’Esneh jamais l’auteur n’eût raconté ce qui se passa dans ce concile, comme il l’a fait, si, dans son âme et conscience, il n’eût cru Pakhôme à l’abri de tout reproche et s’il n’eût été persuadé que jamais personne n’oserait reprocher à son père d’avoir menti. Or, il n’en est pas moins vrai que la réponse de Pakhôme n’est qu’un mensonge déguisé, car lorsqu’on lui reproche d’avoir dit qu’il était monté aux cieux, Pakhôme nie ce propos et avoue avoir seulement dit qu’on l’avait mené aux cieux : ce qui arrive parfaitement au même.
J’en suis réellement peiné pour la mémoire d’un aussi saint homme, mais je ne suis pas obligé de l’admirer les yeux fermés, et Théodore s’est trompé en pensant que tous ceux qui liraient la vie de Pakhôme seraient disposés à l’admiration envers et contre tous, comme l’étaient les cénobites des couvents Donc, à tout prendre, les inconvénients du caractère de Théodore ne sont pas si dommageables pour l’historien qu’on serait porté à le croire tout d’ahord : car, je le répète, quoique l’Église copte l’ait placé sur les autels, Théodore ne fut qu’un homme très passionné et sans élévation de caractère, rempli des défauts les plus bas. La naïveté de son orgueil a rendu service à l’histoire, malgré ses désirs et ses Il a en outre en sa faveur d’avoir, plus que tout autre, approché la personne de Pakhôme, de lui avoir entendu raconter tout ce dont lui-même n’avait pas été témoin, et d’avoir été le témoin oculaire de la grande majorité des faits qui composent le récit qu’il fit rédiger sous sa direction.
À vrai dire, ce n’est pas là une chose à dédaigner dans un historien, quels qu’aient été les vices de son caractère. Nous aurions bien plus à nous défier encore, si Théodore n’avait été qu’un témoin de troisième ou quatrième main. Une foule de détails dans son récit montrent, sans qu’il nous le dise toujours, qu’il a vu le fait s’accomplir sous ses yeux ; s’il ne l’a pas vu, sa mémoire a été si fidèle qu’elle a retenu jusqu’aux expressions dont Pakhôme s’était servi dans sa narration. D’ailleurs, si j’en juge parce que j’ai vu et entendu moimême, Pakhôme, dans ses entretiens journaliers, devait souvent raconter les mêmes choses et les raconter dans les mêmes termes : il n’est donc en aucune façon surprenant que les auditeurs aient su par cœur ces sortes de narration, ce qui ne les empêchait point de les accueillir aussi avidement et de les goûter autant à la dixième audition, peut-être, qu’à la première.
Le récit est pour les oreilles et l’esprit des Orientaux ce qu’est pour nous la musique, ils peuvent entendre la même narration aussi souvent que l’on veut, et leur plaisir est d’autant plus grand que le narrateur mêle toujours quelque réflexion inédite, ou quelque nouvelle circonstance à son récit : c’est ce qui explique en partie que dans les diverses rédactions d’une même œuvre, on puisse trouver des passages entièrement identiques à S’il en est ainsi, on peut se demander si les nombreux discours qui sont placés dans la bouche de Pakhôrae sont authentiques, ou non. S’il s’agissait d’un auteur d’Occident, je répondrais sans hésiter que ces discours doivent être mis sur le même pied que ceux que TiteLive met dans la bouche des personnages de son histoire ; mais quand il s’agit d’un auteur copte, il faut procéder avec beaucoup de prudence.
Il y a dans toutes les paroles attribuées à Pakhôme un tel air de parenté réciproque, une telle marque d’origine, si je puis ainsi parler, que je ne serais pas le moins du monde surpris qu’elles fussent en effet authentiques. Je ne veux pas prétendre cependant que les termes soient ceux mêmes que Pakhôme ait employés : mais je suis tout porté à croire que le fonds est le même. Si ces discours étaient de véritables discours dans le sens que nous attachons à ce mot, je les rejetterais du premier coup comme apocryphes ; mais ce ne sont que de simples exhortations, de simples moralités basées sur un récit précédent, et de cette sorte de régal oratoire les Orientaux sont fort friands. Aussi, ils se sont donné souvent le plaisir de moraliser et d’allonger ainsi le récit : Pakhôme en particulier avait la maladie delà parole.
Homme sans instruction, il avait une imagination riante et fertile, se laissant aller au doux plaisir de parler, heureux d’avoir trouvé ce qu’il regardait comme un bon mot ou une explication scripturaire bien embrouillée : la plus incompréhensible était la meilleure, car il était d’autant plus sûr de s’attirer l’admiration de ses enfants qu’on le comprendrait moins1. Ces exhortations ne furent sans doute jamais écrites par Pakhôme lui-même, et les lettres qu’on lui attribue sont apocryphes ail premier chef2: il improvisait chaque jour et ne se mettait guère en peine de passer au crible ce qu’il disait, persuadé que tout était bon et que ses paroles étaient l’écho des paroles mêmes de Dieu. La fréquence et la grande austérité de ses mortifications avaient étrangement affaibli son esprit aux premiers jours de sa vie religieuse3; il ne s’en remit jamais entièrement et sa vie ne fut presque toujours que maladie ; aussi n’y a-t-il rien dans les paroles qu’011 lui attribue qui ait quelque vigueur ou qui indique quelque force de pensée.
Il semble s’être laissé aller doucement à la faiblesse de son cerveau et avoir toujours été un visionnaire sans malice. Les visions jouent en effet un grand rôle dans la vie de Pakhôme. Dès le jour de son baptême forcé, il a une vision où on lui apprend quel doit être son avenir : cette vision se répète la même jusqu’à trois fois. À mesure que la vie avance, que son œuvre s’affermit et que son esprit se débilite, les visions augmentent en nombre et en importance ; c’est par une vision qu’il apprend les règles qu’il doit donner à son institut, par une vision qu’il en connaît la destinée future, par des visions sans cesse répétées qu’il est instruit de ce que font ses cénobites, de leur mort, de leurs mérites, des plus secrètes et des plus difficiles questions ayant rapport à la foi et à la destinée de l’homme en général, etc.
Ces visions sont si fréquentes qu’on est amené tout naturellement à se demander si le lecteur ne se trouve pas en 1 Je prie mes lecteurs de croire que ce ne sont pas là des paroles en l’air : l’explication qui fut la cause que Théodore se fit cénobite est tout à fait embrouillée et presque incompréhensible. Le plus souvent il est tout à fait impossible de comprendre pourquoi l’on se trouve en présence de telle ou telle citation de l’Écriture. 2 On trouve cependant dans les parchemins du musée de Naples quelques fragments qui contiennent des discours de Pakhôme. Je ne les connais pas et ne peux les juger. Cf. Zoëga 3 Je ne suis pas le moins du monde partisan de la théorie qui explique tous les phénomènes extatiques par des jeûnes trop prolongés ; cependant, il est hors de doute pour moi que la faiblesse corporelle de Pakhôme n’ait été le produit de ses jeûnes trop rigoureux et la cause présence d’une manière littéraire d’exprimer la pensée.
Les Copies ont tellement usé et abusé de toutes les formes littéraires, que la chose ne serait pas le moins du monde surprenante ; car une apocalypse de plus ou de moins n’était pas faite pour arrêter le besoin d’écrire qu’ils nous n’avons pas affaire à une forme littéraire, mais à un état pathologique tout à fait prononcé. En effet, l’extase surprenait Pakhôme en tout lieu et en toute position, seul ou au milieu de ses religieux : il restait alors comme inerte, les yeux fixés en avant, ou tombait à terre et éprouvait des douleurs mortelles. Ces détails, et d’autres encore que j’omets ici, prouvent bien qu’il y avait en Pakhôme hallucination presque constante, et non manie littéraire. Cela n’empêche pas d’ailleurs que le fondateur du cénobitisme ait eu un sens très droit et très pratique, lorsqu’il s’agissait de sa nombreuse communauté : l’hallucination peut ne porter que sur un ordre d’idées et ne trouble en rien l’économie du reste du cerveau.
La vision était le côté faible du cerveau de Pakhôme. Ce qu’il y a de plus remarquable en cela, c’est que cet amour de la vision ne se retrouve pas chez les autres grands moines ou cénobites de cette époque. Antoine a eu ses célèbres tentations, beaucoup trop célèbres à mon sens, car elles ne lui sont point particulières ; Macaire eut ses combats à livrer et fit ses miracles ; Schnoudi, la figure la plus originale de tout le monachisme égyptien, opéra des merveilles sur la plus large échelle : aucun d’entre eux n’eut de semblables visions, quoique Schnoudi soit descendu en enfer, sans doute pour ne pas rester en arrière de Pakhôme, à la mort duquel il n’avait que seize ans et dont il connut la vie. Pakhôme seul fut en proie à la maladie des visions, ce fut sa note caractéristique.
Tombant de si haut, l’exemple est contagieux : les moines de Schnaudi, à l’exemple de leur supérieur, étaient en rapports fréquents avec les deux, leur père fut obligé de modérer leur ardeur et de leur apprendre que de semblables faveurs ne pouvaient être accordées qu’à certaines 4 L’Égypte a fourni plusieurs Apocalypses, et les contes écrits sous forme de visions sont assez nombreux. On en trouvera des exemples dans mes Contes et Romans de l’Êgypte chrétienne. âmes d’élite, comme la sienne ; les cénobites de Pakhôme voulurent avoir leurs visions à son exemple, et Théodore, tout jeune qu’il était, se paya le luxe d’une vision qui n’est pas la moins extraordinaire de celles qui se rencontrent dans les présents documents. Il va sans dire que ces visions n’ont pour l’historien d’autre valeur que de montrer l’état des esprits parmi les cénobites de la Haute-Égypte.
Je le répète, la vision fut une maladie contagieuse. Il suffisait, d’ailleurs, d’un peu d’imagination pour se parer de cette maladie à la mode, et d’un peu de connaissance des Écritures. Ces visions sont en effet symboliques pour la plupart, rappelant celles d’Isaïe, d’Ézéchiel, et du voyant de l’Apocalypse, et je serais assez porté à croire que les visions de cette catégorie sont le produit d’une imitation littéraire chez les enfants et quelquefois chez le père. Elles contiennent alors une foule de détails sur les croyances répandues chez ces moines regardés comme de parfaits chrétiens, et qui n’étaient avant tout que de parfaits Égyptiens 1; ces détails sont d’autant plus précieux pour l’historien qu’ils en laissent deviner encore plus qu’ils n’en disent.
C’est ainsi que l’histoire peut trouver des renseignements jusque dans les récits qui semblent les plus extraordinaires et invraisemblables. Je ne suis pas le seul à les juger ainsi : on a vu que les évêques d’Esneh, tout égyptiens qu’ils étaient, furent aussi un jour de mon avis ; et si l’on note leur jugement de partialité, si on le récuse, j’en appellerai au tribunal du patriarche d’Alexandrie et je dirai que Théodore ayant appris que ses visions semblaient par trop extraordinaires en haut lieu, s’abstint d’en avoir ou tout au moins de les raconter. Lorsque l’esprit est ainsi tout occupé de chimériques rêveries, il n’a guère le temps de se tourner d’un autre côté, et, si les choses extérieures lui laissent quelques moments de répit, il se hâte de de revenir à sa chère et douce monomanie.
Aussi Pakhôme, tout occupé de ses visions, n’eut-il guère le temps de faire des miracles. Il en fit cependant, 1 C’est la conclusion qui ressort avec éclat pour moi de l’étude des croyances de l’Égypte sous la période chrétienne. On en pourra trouver la preuve dans les deux articles que j’ai publiés sur ce sujet dans la Revue des Religions. mais très peu ; il se borna à chasser quelques démons inofïensifs, ne réussissant pas toujours et avouant candidement, après son insuccès, que sans doute il valait mieux pour le possédé continuer d’être possédé. Ces possédés étaient presque tous des épileptiques : l’accès d’épilepsie passé était pris pour une guérison, et il n’était pas difficile de chasser ainsi les démons. Quelquefois cependant les esprits malins se montraient rétifs et Pakhôme entrait en pourparler avec eux, leur posait des questions qu’il croyait captieuses et que le diable ne manquait jamais de trouver au-dessus de sa portée, ou bien le thaumaturge devait se livrer à des investigations enfantines pour trouver l’endroit où le diable se tenait caché.
Au fond, tous les miracles de Pakhôme ne sont que simples amusettes d’enfants ; une fois seulement il eut affaire à un crocodile qui se montra complaisant. Ce dernier trait plut sans doute beaucoup aux rédacteurs grecs qui avaient une grande frayeur des crocodiles, et, afin de mieux faire valoir leur héros, ils ont écrit que Pakhôme toutes les fois qu’il voulait traverser le Ail1, appelait un crocodile qui le recevait sur son dos écailleux, comme autrefois dans la légende Orion fut reçu par le dauphin. Ce qui manqua à Pakhôme pour devenir un thaumaturge extraordinaire fut la science de la mise en scène : il était trop naïf et n’avait que des procédés puérils. Tout autre devait être Schnoudi, qui grandissait non loin de lui, et qui fut le plus admirable comédien qu’ait produit l’Égypte chrétienne.
L’histoire n’a presque rien à glaner dans les récits des miracles de Pakhôme et ne peut les utiliser que comme un symptôme de la faiblesse et de la naïveté de son esprit. Mes lecteurs verront facilement que dans les récits de visions et de miracles, la vie de Pakhôme ne mérite qu’une confiance modérée, qu’elle doit avant tout être passée au crible de la critique scientifique. Cependant, je l’ai fait observer pour la vie de Schnoudi, tous les récits reposent sur quelques données réelles et peuvent servir à l’historien, quand une fois ils ont été dépouillés de la couche de merveilleux qui 3 Pair, lut., col. 241. Le rédacteur de la grande vie grecque publiée par les Bollandistes ne contient pas ce trait. les recouvre. Pour les faits ordinaires de la vie cénobitique, cette couche de merveilleux est beaucoup moins fréquente et moins épaisse que dans l’œuvre de Visa : souvent elle n’existe pas, et il suffit de corriger tant soit peu l’expositionde l’auteur pour avoir la vérité.
C’est surtout dans ces faits les plus ordinaires de la vie cénobitique des religieux pakhômiens que réside l’importance des documents que je publie, car on y saisit sur le vif les mœurs de ces célèbres religieux. Or, je crois que, dans tous les récits de ce genre, l’œuvre copte mérite la plus entière confiance et que, grâce à elle, on peut connaître l’existence de ces moines, comme si l’on avait vécu parmi eux. Ce n’est pas ici le lieu d’expliquer tout au long ces coutumes et ces usages ; mais puisque je trouve sur mon chemin la question de la moralité des moines égyptiens, représentés comme les plus grands ascètes du monde, je veux une bonne fois m’en expliquer tout au long et détruire cette légende de vertu dont on les a couronnés. Je prie seulement mes lecteurs d’observer que je n’entends ici parler que des moines de la Haute-Égypte, et que je réserve pour plus tard le même examen sur la moralité des moines de la Basse-Égypte, et plus particulièrement des moines de Nitrie et de Scété.
J’ai déjà fait observer, dans l’introduction que j’ai mise en tête de mes Contes et Romans de l’Égypte chrétienne, que les auteurs de cette sorte de littérature étaient très friands des récits croustillants dont les héros se laissaient aller aux tentations de la chair, ou se trouvaient seulement en présence d’une de ces tentations dont la peinture pouvait aviver les sens des lecteurs sans donner le scandale d’une chute. Ces récits sont sans contredit les plus nombreux dans cette littérature aux œuvres plus nombreuses qu’on le pourrait croire. Ce fait est déjà une preuve que les moines égyptiens ne ressentaient pas pour l’œuvre de chair ce dédain farouche qu’on leur a prêté. Leur race, le climat de leur pays, leur grossièreté native, tout s’opposait à ce que, malgré l’habit monacal, ils ne ressentissent pas l’aiguillon de leur chair, comme parle saint Paul, et à ce qu’ils vinssent facilement à bout de vaincre des instincts dont il est presque impossible de triompher.
La race égyptienne n’a jamais été une race bien chaste, elle a toujours beaucoup aimé les plaisirs sensuels et a su trouver pour ses voluptés tous les excitants et tous les raffinements qu’on est trop porté à regarder comme la propriété exclusive de notre époque et de notre civilisation. Le climat de l’Égypte est un climat dévorant ; si l’on juge de ce qui dut se passer autrefois par ce qui se passe aujourd’hui, il faut avouer que la continence ne devait guère être en honneur autrefois, car elle ne l’est guère aujourd’hui. Enfin la très grande majorité des moines appartenait à la plus basse classe, à ces fellahs grossiers qui ont toujours été ce qu’ils sont, gens très durs au travail, aux instincts brutaux et sur lesquels la religion et la civilisation n’ont aucune influence nouvelle : toujours prêts à se plier aux circonstances de temps et de lieu dans lesquelles ils se trouvent, ils ont l’apparence d’embrasser de noupropres à leur race.
Habituée de longue date à la servitude, elle ne s’est jamais senti le courage de résister, mais ses vainqueurs n’ont jamais pu se flatter de l’avoir changée ; chrétienne, musulmane d’apparence selon que ses maîtres étaient chrétiens ou musulmans, elle est toujours au fond restée ce qu’elle était sous les Pharaons. Or, elle a toujours été bestiale, elle l’est encore et rien ne vaut pour elle la possession de l’argent et de la femme. Dès l’Age le plus tendre, ses enfants sont corrompus de la pire des corruptions et ne pensent qu’à l’argent et aux plaisirs charnels, rebelles à toute autre influence qu’à celle du bâton. Il serait complètement injuste de faire remonter cette bestialité à la seule conquête musulmane ; elle existait auparavant et je n’en veux pour preuve que ce fait que chacun peut encore constater aujourd’hui : dans la Haute-Égypte, les Coptes de la plus basse classe 11’ont rien de plus pressé que de marier leurs enfants, et cela àl âge de douze ans pour les garçons, de dix ans pour les filles : tel écolier a déjà femme et enfant à treize ou quatorze ans, Les Coptes du rite catholique ne diffèrent en rien des Coptes schismatiques en ce cas : c’est affaire de race1; on a beau mettre en avant les règlements de l’Église 1 Afin qu’on ne m’accuse pas d’écrire sans preuves, je dois dire que j’ai recueilli tous ces romaine, ils s’en moquent et quand le missionnaire catholique ne veut pas marier les enfants, sous prétexte que les canons s’y opposent, les parents vont trouver les prêtres schismatiques, se passent de la permission de la curie romaine et mettent les enfants dans le même lit.
C’est chose générale, et je suis bien persuadé qu’il en fut toujours ainsi. L’histoire monumentale raconte que Séti Ier a pris soin de donner tout un harem à son fils, le futur Ramsès II, le grand Sésostris, alors que celui-ci n’avait que onze ans. Il serait donc bien étonnant qu’avec de pareils antécédents de race, avec de semblables conditions climatologiques et sous l’ardeur d’un sang qu’on n’a jamais cherché à modérer, les fellahs de la Haute-Égypte ; qui se firent moines fussent devenus, sans coup férir avec leur chair et avec Satan, des modèles de vertu. Qu’on ait pu les discipliner de telle sorte qu’ils soient parvenus à faire certains actes avec assez de perfection, je le croirai sans peine, quoique le cas n’ait pas été général ; mais qu’on les ait tous rendus continents, que la plupart même l’aient été, c’est ce que je ne crois pas.
D’ailleurs, les Coptes n’ont pas dissimulé que la grande lutte à soutenir était contre le corps. À quoi rêvait saint Antoine dans sa caverne près de la mer Rouge ? aux femmes. Que voyait Pakhôme aux heures de souffrance ? des femmes toutes nues qui venaient à lui pour partager son repos et qui l’agaçaient. Quelle ruse extraordinaire imaginait Satan pour faire succomber les moines ? il se déguisait en femme, ou envoyait sa fille, car les moines l’avaient gratifié d’une fille, fort belle personne du reste. Macaire avait failli perdre la vie sous l’accusation calomnieuse d’avoir rendue mère une jeune fille, alors qu’il avait lutté contre lui-même et contre les suggestions de la chair avec toute 1 ardeur dont il était capable. Schnoudi seul paraît avoir fait exception ; il était animé d’une haine quasi sauvage contre les femmes, et cependant vers la vingtième année, lorsqu’il était dans sa caverne du désert, il ne pouvait s’empêcher de jeter un renseignements de la bouche des franciscains qui sont établis depuis Assioiit jusqu à Louxor.
Je les ai interrogés, et l’un d’eux m’a même confié l’embarras où le mettaient les prescriptions romaines. Je ne juge rien ici, je me contente de constater un fait et d’en tirer des conséregard mélancolique sur ce monde qu’il avait abandonné, sur le Nil qu’il aimait, sur son village et sur les aires chargées de blé, c’est-à-dire sur les fêtes de la moisson et les danses qui l’accompagnaient. En admettant que tous ces faits soient de pure invention, ils prouvent cependant une chose, c’est qu’à une certaine époque de la vie, il y avait une poussée du sang et que la nature réclamait ses droits. Je ne crois ni aux visions de Pakhôme, ni aux tentations d’Antoine : d’un autre côté, je n’ai aucune raison de douter de leur vertu pas plus que de celle de Macaire et de Schnoudi ; mais ce sont là les colonnes du monachisme égyptien et les légendes répandues sur leur compte me montrent tout au moins qu’ils eurent à lutter et à lutter violemment contre leur Si donc il en fut ainsi pour des natures d’élite et des volontés fermes, que dut-il en être pour la foule de ces religieux qui ne se faisaient cénobites ou moines que pour s’assurer le Paradis après leur mort et qui ne se souciaient que d’une chose, mourir revêtus de l’habit monacal, parce que cet habit leur ouvrait infailliblement les portes du ciel !
Je pourrais conclure à priori que les mœurs de ces moines furent dissolues, car pour eux il n’y avait pas de milieu, et je ne croirais pas me tromper en concluant ainsi. Mais je n’oublie pas que pour l’histoire il faut des faits précis. Ces faits existent. Rien n’est plus commun dans les ouvrages’coptes, contes ou histoires réelles, que de voir des moines qui succombent à la tentation, quelques-uns avec des raffinements de cruauté, d’autres avec un sans gêne qui fait dégénérer leur faute en habitude, vivant maritalement avec des religieuses pendant de longues années. Si ces faits sont rejetés comme étant du domaine de la légende, je peux répondre que d’habitude 011 ne remplit pas les légendes de coutumes et de mœurs invraisemblables, ou même non réelles ; mais je peux faire bon marché de ces faits, car j’en ai d’autres à citer que d’aucune façon on ne peut faire entrer dans le domaine légendaire, et ces faits sont tout simplement monstrueux.
Schnoudi avait sous sa direction deux mille moines et dix-huit cents religieuses, dont le couvent n’était pas très éloigné de celui des hommes. Dans les deux couvents les rivalités de moines ou de religieuses étaient les memes qu’elles ont toujours été, ce qui ne doit pas surprendre et ce qu’on ne saurait incriminer. On avait établi des clôtures, édicté des lois terribles, car les délinquants étaient impitoyablement chassés, s’ils étaient découverts. Mais les clôtures et les lois n’y faisaient rien ; moines et bonnes sœurs sautaient par-dessus les unes et les autres et se donnaient des rendez-vous peu édifiants. Les suites de ces rendez-vous ne tardaient pas à apparaître, car les religieuses devenaient enceintes. La conception en de pareilles circonstances n était pas un petit embarras : les coupables, qui n’avaient eu en vue que le plaisir et qui trouvaient le déshonneur suivi de la damnation finale par suite de l’expulsion, ne reculaient devant aucun moyen de faire disparaître la preuve de leur inconduite.
L’avortement était le moins coupable de ces moyens ; malheureusement, estimaient les sœurs, il ne réussissait pas toujours et l’enfant venait à terme. Il y avait sans doute quelques facilités pour cacher l’enfantement et ses douleurs, mais cacher l’enfant était plus difficile ; aussi l’infanticide était-il en honneur. Les religieuses étouffaient les pauvres petits êtres, les étranglaient, les enterraient encore tout vivants, les cachaient dans quelque anfractuosité de la montagne, les laissaient exposés au soleil, les donnaient en proie aux chacals, aux chiens et aux éperviers. Voilà bien des crimes, j’imagine ; mais les religieuses égyptiennes n’avaient pas l’air de s’en douter et retournaient avec plus d’ardeur que jamais aux rendez-vous nocturnes, aux plaisirs défendus où elles trouvaient leurs amants et se jetaient dans les bras des moines amoureux.
Si quelqu’un ne croyait pas ses horreurs, je le renverrais à l’histoire que j’ai écrite de Schnoudi et aux parchemins conservés dans le musée de Naples ; il y trouvera des preuves péremptoires, car c’est Schnoudi lui-même qui dénonçait cette conduite de ses moines et de ses religieuses et qui la leur reprochait en termes sanglants ’.Je veux bien 1 Cf. beaucoup plus que Zoëga n’a publié ; dans les parchemins du musée de Naples et de la Rodléienne d’Oxford, ceux de la Bibliothèque nationale de Paris. On trouvera des faits qui corroboreront admettre qu’il y a là quelque exagération oratoire, mais comment ferait-on croire que Schnoudi fût porté au paroxysme de la colère par des faits imaginaires, et que pour des désordres fictifs il ait couvert d’injures ce sexe abhorré qu’il a stigmatisé, ces femmes qui ne le laissaient jamais en repos ?
Assurément ce n’est pas lui qui eût dépeint ses moines comme des modèles de vertu., il les connaissait trop bien, et s’il revenait sur terre il serait bien surpris de l’auréole dont on a paré leurs fronts. Ces faits ne laisseront, j’espère, aucun doute sur la moralité des moines de Schnoudi : les paroles mêmes de ce moine extraordinaire montrent qu’il ne s’agissait pas d’un cas isolé, mais d’un état ordinaire ; autrement il aurait chassé tout simplement les coupables et ne se serait pas mis si fort en colère. Mais chasser les coupables eût été dépeupler son monastère et se vouer lui-même au ridicule. Cependant on pourrait objecter avec une apparente raison que cette corruption put être toute locale et qu’il ne faut pas en faire retomber l’accusation sur tous les moines de la Thébaïde.
Je l’admets, et aussi nous allons étudier les mœurs des monastères pakhômiens. Dans ces monastères des cénobites pakhômiens, il ne paraît pas qu’il y ait eu de grands désordres d’hommes à femmes : le nombre des femmes était relativement petit, et le monastère féminin bâti près de Tabennîsi contenait seulement quatre cents femmes. Sans doute, la clôture était plus sévère, les règles mieux observées, car il n’y a pas vestige de fréquentation entre moines et religieuses. Il ne faut pas oublier cependant que si, dans la vie de Schnoudi, l’on cherchait la moindre trace des mœurs que je viens de relater, on n’en trouverait aucune : Visa a oublié d’en parler et, si les œuvres de Schnoudi ne nous avaient pas été conservées, nous aurions à tout jamais ignoré ces jolies choses.
De même, si, dans les documents relatifs aux cénobites pakhômiens, nous ne trouvons aucun exemple de rapports sexuels entre moines et religieuses, ce n’est pas une preuve qu’il n’y en eut pas ; ce n’est pas même une preuve qu’ils ne furent pas fréquents. D’ailleurs, un fait nous prouve que la chose ne paraissait pas invraisemblable. Un soir, à la porte du couvent de femmes de Tabennîsi, frappa un pauvre tailleur sans ouvrage, et il allait en demander. Une jeune sœur le rencontra et lui demanda ce qui l’amenait au couvent. Le tailleur exposa sa requête à la religieuse ; celle-ci lui répondit que le couvent se suffisait à lui-même et ne pouvait fournir d’ouvrage à l’extérieur. Elle finit en le pressant de partir au plus vite, car on pouvait les apercevoir.
Le tailleur partit, et, de fait, la jeune sœur se crut à l’abri de tout soupçon, n’ayant pas vu une autre sœur qui l’épiait. À quelques jours de là, les deux sœurs se trouvèrent en désaccord et en vinrent aux injures, si bien que la seconde, pour se venger de la première, Y accusa du tailleur, dit le texte. La jeune sœur fut mise en un tel état par la calomnie qu’elle courut au Nil et s’y noya. À son tour, la calomniatrice, regrettant amèrement sa calomnie, se pendit’. Si je ne me trompe, ce fait montre bien que pareille chose ne semblait pas impossible. Mais il y a plus, et la fornication sacrilège était remplacée à Tabennîsi par la sodomie. Je ne me trompe pas, j’écris bien sodomie, et c’est la vie arabe de Pakhôme, c’est-à-dire la version qui se rapproche le plus de la vie primitive, qui me l’apprend.
Les faits où il est question de ce crime contre nature, le crime de l’Orient à toutes les époques, sont nombreux. La présence dans les monastères pakbômiens de jeunes enfants était un excitant et une occasion : les cénobites plus âgés s’en servaient pour leur lubricité et l’on découvrait quelquefois les deux criminels tout souillés encore. Les cénobites les plus âgés, ceux qu’on aurait dû croire à l’abri de tout soupçon, n’échappaient pas à l’ardeur de leur nature bestiale, et Pakhôme dut chasser un supérieur de couvent fort âgé qui avait été pris sur le fait, au moment où il s’apprêtait à violer un jeune garçon. La disposition des monastères pakhômiens prêtait aux crimes de cette nature, car il n’y avait que deux ou trois cénobites par cellule.
D’ailleurs, si l’on ne réussissait pas à la maison, on réussissait ailleurs, Ce f.iit a été connu de Palladius qui le raconte d’un monastère situé près de Panopolis et les tombeaux de la montagne servaient de refuge. Théodore lui-même était accessible à la volupté : la fdle de Satan en personne le lui dit un jour en présence de son père Pakhôme. Il reste donc acquis à l’histoire que les mœurs de ces célèbres moines de la Thébaïde étaient horribles et que ceux que, chez nous, l’on regarde comme des parangons de chasteté, auraient tout bonnement passé en cour d’assises pour être condamnés aux travaux forcés. La lutte pour la continence était donc la chose qui demandait le plus d’efforts, et je ne suis nullement surpris que la plupart aient succombé.
L’existence de cette lutte et de ces chutes est si vraie que, dans le monastère de Schnoudi, ceux qui désespéraient de vaincre s’émasculaient, courant le risque de la mort. Schnoudi était sans pitié pour ces imitateurs d’Origène qu’ils ne connaissaient pas : il les faisait déposer tout nus, tout sanglants encore sur un grossier matelas, les exposait au soleil devant tous les frères et les chassait ignominieusement. Je pourrais parler des autres vices des moines, de leur gourmandise, de leurs vols, de leurs méchancetés ; mais ce n’en est pas ici le lieu. D’ailleurs, je suis prêt aies excuser de tout ce qui n’est pas contre nature. Ils étaient des hommes tout comme les autres, des hommes souvent beaucoup plus grossiers que les autres, et je ne suis pas étonné de rencontrer chez eux les faiblesses humaines.
Ils s’engageaient de bonne foi, ignoraient les difficultés de la lutte, succombaient sans trop se faire prier et ne prenaient soin que de se bien cacher. Ils sont donc pardonnables toutes les fois qu’il s’agit de choses conformes à la nature qui a ses droits. Mais ils sont impardonnables et l’on ne saurait trop les stigmatiser, dès qu’il s’agit de crimes contre nature, d’infanticide et de sodomie ; car ces crimes sont le fruit de l’hypocrisie et rien au monde ne les forçait à être hypocrites, à se parer des dehors de la vertu pour se permettre ce qui a toujours été regardé comme des crimes. Voilà pourquoi j’ai tenu à consigner ici les résultats de mes études sur ces célèbres cénobites, à les découronner de la vertu qu’on leur a prêtée et à crier la vérité assez haut pour que les oreilles les choses encore, mais ce n’est pas le lieu, et je fais une dissertation critique, non une histoire.
Cette histoire, je la ferai sans doute un jour, comme j’ai fait celle de Schnoudi. Il me suffit ici d’avoir montré de quelle utilité peuvent être les documents que je publie. Après avoir lu ce qui précède, j’espère que personne ne contestera l’importance de pareils documents et l’utilité de leur publication 1. Cette publication, je la fais comme j’ai publié le premier volume de ces monuments, d’après la même méthode et par les mêmes raisons. Jusqu’ici, je n’ai aucune raison de penser que je dusse faire autrement. Je désire seulement que mon travail soit utile à l’étude, à la science et à la vérité. Je n’étonnerai personne en disant qu’il m’a coûté beaucoup de peines, et physiques et morales : ce n’est pas sans torture morale que l’on voit crouler une à une les idées de son enfance et les croyances de sa jeunesse : j ’ai cru que les droits de la vérité sont les plus forts.
Me suis-je trompé ? Je ne le crois pas, je crois même que tout homme qui ne met pas ses idées au service de ses intérêts, qui recherche purement et simplement la vérité par amour pour le vrai, sera de mon avis. Servir la vérité, enlever tous les masques dont on l’a voilée, voilà ce que j’ai voulu et cherché. Me dire le serviteur de cette vérité que j’aime parce que je l’aime pour elle seule, c’est l’unique récompense que j’ambitionne, heureux si mes convictions peuvent être partagées par ceux qui ont le même amour et qui se consacrent au même service. VIE DE PAKHÔME TEXTE MEMPHITIQUE ET TRADUCTION… dans les vertus de notre saint père Antoine, comme la vie du grand Élie, d’Elisée et de Jean le Baptiste, nous enseignant aussi cette vie unique de notre père saint abba Amoun, le père des frères qui sont dans la montagne de Pernoudj1, et de Théodore son disciple fidèle.
Car nous savons que la grâce a coulé des lèvres de celui qui est béni et qui bénit chacun, il a visité la terre, il l’a enivrée (de joie) au lieu de tristesse et de gémissements. C’est pourquoi, en tout pays, il y a eu des pères moines dignes d’être admirés, ainsi que nous l’avons dit d’abord : leurs noms sont dans le livre de vie. En Égypte et dans la Thébaïde ils n’étaient pas encore A des multitudes ; mais après la persécution de Dioclétien et de Maximien, la conversion des nations se multiplia en Égypte : les évêques les guidaient vers Dieu selon l’enseignement des apôtres, fructifiant dans les vertus du Saint-Esprit, pleins d’amour pour le Christ. Il y avait dans le nome d’Esneh 1 quelqu’un, nommé Pakhôme, dont les parents étaient hellénisants : il obtint une grande miséricorde de la part de Dieu, il devint chrétien dans le nome de Diospolis2, dans un village appelé Schénésît3: par ses progrès, on trouva qu’il était un moine parfait.
Mais il faut maintenant que nous racontions chacune des actions de sa vie depuis son enfance, pour la gloire de Dieu qui, en tout lieu, appelle chacun des ténèbres à sa lumière admirable. Il arriva, lorsqu’il était petit, que ses parents le menèrent en un lieu sur le fleuve, afin de sacrifier à ceux qui habitent dans les eaux. Mais lorsque ceux qui habitent dans les eaux eurent regardé, qu’ils eurent vu l’enfant, ils craignirent, ils s’enfuirent et celui qui présidait au sacrifice s’écria : « Chassez d’ici l’ennemi des dieux, afin qu’ils cessent d’êlre irrités contre nous ; car à cause de lui ils ne montent pas. » Aussitôt ses parents le grondèrent en disant : « Pourquoi les dieux sont-ils irrités contre loi ? » Mais l’enfant soupira devant Dieu, il alla dans sa maison.
Il arriva un autre jour qu’ils l’emmenèrent avec eux dans le temple pour y sacrifier. Quand ils eurent fini leur adoration, on lui fit boire du vin qu’on avait offert en libation aux démons : aussitôt il le rejeta promptement1. Les parents étaient tristes à son sujet parce que les dieux étaient ses ennemis. Il arriva aussi un jour que ses parents lui donnèrent une marmite (pleine) de viande de bœuf, pour la porter aux ouviiers qui travaillaient en certain endroit. Lorsqu’il marcha dans le chemin, le diable envoya sur lui une multitude de démons sous la forme de chiens qui voulaient le tuer ; mais l’enfant leva ses yeux au ciel, il pleura ; aussitôt ils se dispersèrent. Et de suite le diable prit la forme d’un vieillard, il lui dit : « Ces souffrances te sont arrivées2 dans le chemin parce que tu es désobéissant à tes parents.
« Mais l’enfant lui souffla au visage, et aussitôt il disparut. Lorsqu’il fut arrivé (à l’endroit où il allait, il donna la marmite de viande aux ouvriers. Il lui fallut coucher en cet endroit. Le soir venu, l’homme qui habitait là avait deux filles très belles : l’une d’elles le prit et lui dit : « Dors avec moi. » Mais lui, il fut troublé, car il haïssait cette chose, parce que c’est une souillure et un péché mauvais devant Dieu et devant les hommes. Il lui dit : « À Dieu ne plaise que je fasse cette chose impure : est-ce que j’ai des yeux de chien pour dormir avec ma sœur ? » Ainsi Dieu le sauva des mains de la fille, il s’enfuit, il courut jusqu’à ce qu’il fût arrivé à sa maison. Lorsqu’il fut moine, il raconta cela aux frères afin qu’ils se gardassent et il leur expliqua cette chose, disant : « Ne croyez pas que les démons qui ignorent le bien, ayant appris par avance ce qui m’arriverait, m’ont fait chasser de cet endroit1 parce que plus tard on devait me faire miséricorde dans la foi au ne véritable ; mais ils ont vu qu’alors je haïssais le mal, car Dieu a créé l’homme droit ; c’est pourquoi ils ont poussé ceux qui leur étaient soumis à me chasser de cet endroit, comme chacun dira d’un champ bien nettoyé : en vérité ce champ est bien nettoyé de toutes mauvaises herbes, on y sèmera une bonne semence.
« Après un peu de temps et lorsque la persécution eut cessé, Constantin le Grand fut roi : il fut le premier roi chrétien parmi les rois des Romains, et peu de temps après qu’il fut roi, un tyran des Perses le combattit, voulant lui ravir la royauté. Aussitôt, il ordonna que dans tout le monde de son royaume on rassemblât des recrues nombreuses et robustes, afin de faire la guerre à l’ennemi de Dieu. Et les grands de son palais, avec les ordres du roi, allèrent dans tous les pays ; en chaque ville et village ils prirent les gens robustes, et lui aussi, le jeune Pakhôme, fut pris alors qu’il avait vingt ans ; certes, il n’était pas robuste, mais on le à cause de la multitude de ceux qu’on prenait. Et lorsqu’ils l’emmenèrent pour le faire monter dans la barque avec ceux dont il était le compagnon1, il leva les yeux vers le ciel, il soupira, disant : « Mon Seigneur Jésus-le-Christ, que ta volonté soit faite.
« Et lorsqu’on les eut fait monter (dans la barque), on navigua avec eux vers le nord. Lorsqu’ils furent arrivés à Esneh, la ville de l’ancien royaume, on mena les hommes à la ville et on les jeta en prison. Le soir venu, quelques hommes de la ville apportèrent des pains et des mets à la prison, ils forcèrent ceux qu’on y avait enfermés à les manger, parce qu’ils les voyaient dans une grande tristesse. Et lorsque le jeune Pakhôme les vit, il parla avec ses compagnons et leur dit : « Pourquoi ces hommes font-ils avec nous une si grande charité ; ils ne nous connaissent pas. »
On lui dit : « Ce sont des gens chrétiens : ils agissent ainsi avec nous, par amour pour le Dieu du ciel. » Et lui, il se retira à l’écart, il passa toute la nuit à prier Dieu disant : « Mon Seigneur Jésus le Christ, Dieu de tous les Saints, que ta bonté me secoure ove de cette détresse, et moi aussi je servirai les hommes tous les jours de ma vie. » Et lorsque le matin fut venu, on les emmena, on les fil monter sur des barques, on navigua avec eux jusqu’à ce qu’on fût arrivé à la ville d’Antinoé. El dans toutes les villes où ils passaient, on distribuait à ses compagnons les annones du roi, et ils lui tirent violence une multitude de fois pour l’entraîner dans les mauvais lieux (y chercher) les plaisirs du monde, mais il les réprimandait parce qu’il aimait la pureté chérie de Dieu et de ses anges saints.
Et pendant qu’ils étaient encore enfermés dans la prison d’Antinoé, par le secours de Dieu, le pieux roi Constantin vainquit ceux qui combattaient contre lui : sur-le-champ, il donna des ordres dans le monde entier pour licencier les recrues. Lorsqu’on les eut licenciés, chacun s’en alla vers sa maison avec grande joie ; le jeune Pakhôme tourna son visage vers le sud jusqu’à ce qu’il arrivât à un village désert nommé Schénésît, brûlé par les chaleurs excessives2; il s’y arrêta voyant qu’il n’y avait pas en ce lieu une multitude d’hommes, mais seulement quelques-uns. Il alla sur les bords du lleuve dans un petit temple, nommé par les anciens Temple de Sérapis1, et lorsqu’il fut arrêté, il pria. L’esprit de Dieu le mut, disant : « Combats et reste en ce lieu ».
Et lui. la chose lui plut, il resta dans ce lieu, cultivant quelques légumes et quelques palmiers pour les besoins de sa nourriture, ou pour les pauvres qui étaient dans le village, ou pour l’étranger qui passerait dans une barque ou sur le chemin ; car il parlait avec une foule d’hommes, si bien qu’ils laissaient leurs maisons et venaient habiter dans ce village, tellement il les réjouissait. Et à cause de sa conduite, lorsqu’il y eut une foule de gens dans ce village, après qu’il y eut passé quelques jours, on l’emmena à l’église, on le baptisa afin qu’il fût digne de recevoir les saints mystères, c’est-à-dire le corps et le sang du Christ. Dans la nuit où on le baptisa, il vit un songe comme s’il voyait la rosée du ciel descendre sur sa tête, et, lorsqu’elle fut condensée, elle devint un rayon de miel dans sa main droite ni MI eTCAAAAôvT ee£>HTq.
et pendant qu’il le regardait, le rayon tomba de sa main et se répandit sur toute la face de la terre. Comme son cœur était encore en détresse, une voix se fit (entendre) à lui, disant : « Sache-le, Pakhôme, car cela t’arrivera après quelque temps. » Il progressa en ce lieu dans sa charité pour chacun, il encourageait tous ceux qui venaient à lui, si bien que sa renommée parvint1 à une foule d’hommes et qu’ils allèrent habiter en ce lieu à cause de lui. Après quelque temps, il y eut dans ce village une grande maladie pestilentielle-et une foule d’habitants moururent. Pour lui, il allait, il les servait, il apportait de grandes charges de combustible des épinaies et il les leur distribuait, car il y avait en ce lieu une grande quantité d’arbustes épineux3.
En un mot, il les servit jusqu’à ce que Dieu leur eut donné la grâce de la guérison. Lorsqu’ils furent guéris de leur maladie, il tint conseil en lui-même disant : « Cette œuvre, à savoir soigner les malades dans les villages, ce n’est pas l’œuvre d’un moine, mais celle des clercs et des vieillards fidèles seulement. Je n’entreprendrai donc plus désormais de faire cette chose, afin que personne ne l’entreprenne et n’en éprouve scandale, et que la parole écrite ne se vérifie pour moi1: âme pofir âme ; car il est écrit : c’est une adoration sainte et pure près de Dieu, le père, de visiter les orphelins elles veuves et de se garder immaculé (des souillures) du monde. » Trois ans après qu’il fut (venu) en ce lieu, voyant que de grandes foules l’entouraient et qu’il se trouvait dans une grande angoisse parce qu’on ne le laissait pas mener une vie solitaire, il résolut de se faire moine et d’embrasser la vie anachorétique2.
Il réfléchissait encore à ce dessein de changer de lieu, lorsqu’il entendit parler d’un vieillard (fort) ancien et (grand) ascète, nommé abba Palamon, qui était un grand moine, un peu à l’extérieur du village, exemple et père de grandes foules dans son voisinage. Aussitôt il remit son habitation aux mains d’un autre vieillard, moine, pour prendre soin des quelques légumes et des palmiers pour le 1 M. à M. : et que de la parole écrite ne me prenne pas.
5 M. à M. : et d aller dans la vje ne besoin des pauvres, il se leva, il alla vers le lieu où (habitait) le saint vieillard abba Palamon. Il frappa à la porte de son habitation, et aussitôt le vieillard regarda par la fenêtre, le vit, et lui dit d’un ton dur : « Pourquoi frappes-tu ? » car sa parole était un peu prompte.
Pakhôme lui dit : « Je veux que tu me reçoives pour être moine sous ta (direction), ô mon père. »
Le vieillard abba Palamon lui dit : « Cette chose que tu désires n’est pas telle quelle, car, en un mot, des multitudes d’hommes sont venus ici pour cette œuvre et n’ont pu l’endurer, mais ils s’en sont retournés en arrière avec honte, parce qu’ils n’ont pas voulu souffrir dans la vertu ; car l’Écriture nous ordonne, en une foule d’endroits qui nous (y) exhortent, de souffrir des jeûnes, des veilles, des prières nombreuses pour nous sauver. Maintenant va, reste dans ta demeure, continue ce que tu as entrepris, tu deviendras glorifié en présence de Dieu ; ou bien, examine-toi en toute chose (pourvoir) si tu as la force de souffrir, et alors tu reviendras près de nous. Et à l’heure où tu viendras nous serons prêts à souffrir avec toi, selon la mesure de notre infirmité jusqu’à ce que tu te connaisses toi-même.
Mais cependant nous te dirons quelle est la mesure de la vie monacale, afin que tu ailles t’éprouver d’abord (et voir) si lu peux la supporter, oui ou non. La règle de la vie monacale telle que nous l’ont apprise ceux qui nous ont précédés est celle-ci : en tout temps, passer la moitié de la nuit en veille, en méditant la parole du Seigneur, sans (compter) une foule d’autres fois, du soir au malin ; faire une foule de travaux manuels, soit cordes, soit crins, soit fibres de palmier, afin que le besoin de sommeil ne nous fasse pas souffrir (et) pour la nécessité de sustenter le corps. Ce qui reste de ce dont nous avons besoin, nous le donnons aux pauvres, selon la parole de l’apôtre qui dit : « Non seulement nous penserons aux pauvres. » Quant à manger de l’huile, boire du vin, manger quelque chose de cuit, nous ne connaissons rien de semblable : nous jeûnons tous les jours jusqu’au soir, pendant l’été ; mais dans les jours de l’hiver pendant deux ou trois jours de suite.
Quant à la de prier soixante fois pendant le jour et cinquante fois pendant la nuit, sans compter les prières que nous faisons peu à peu, afin de ne pas mener une vie mensongère, car on nous a ordonné de prier sans cesse et (il est écrit) : « Que celui qui souffre parmi vous, prie » ; et aussi Notre-Seigneur Jésus le Christ exhorta ses apôtres disant : « Priez afin que vous n’entriez pas en tentation » : car la prière est la mère de toutes les vertus. Maintenant, voici que je t’ai appris la règle de la vie monacale. Quant à loi, va, éprouve-toi en toute chose pour voir si tu auras la force de faire ce que je t’ai appris et de ne pas retourner en arrière avec hésitation1. Nous nous réjouirons alors avec toi en toute chose depuis le soir jusqu’au matin en des prières, en des méditations et de nombreux travaux manuels à cause du grand (besoin) de sommeil, afin que nous voyions si tu auras la force de ne point te décourager-.
« Et lorsque le soir fut arrivé ils mangèrent un peu de pain ; puis le vieillard parla avec le jeune Pakhôme et lui dit : « Mouille un peu de joncs, de feuilles de palmier et de fibres de palmier, ce qu’il faut pourlanuit ; car c’est la règle que nous veillions toute la nuit du samedi, depuis le soir jusqu’au matin. » Pakhôme, avec grande obéissance, fit comme le lui avait ordonné son père abba Palamon. Un peu après que le soleil se fut couché, ils se tinrent debout, ils prièrent, ils s’avancèrent dans la veille, bénissant Dieu et faisant leur ouvrage manuel, rejetant le (besoin) pressant du lourd sommeil. Ensuite, lorsqu’ils virent que le besoin de dormir les faisait souffrir, ils se levèrent pour aller vers la montagne, en dehors de leur habitation, et transporter du sable dans des corbeilles d’un endroit à l’autre, fatiguant leurs corps pour rester vigilants à prier Dieu.
Et lorsque le vieillard voyait que le sommeil pressait le jeune homme, il l’encourageait disant « : Sois vigilant, Pakhôme, afin que Satan ne te tente pas, car un nombre se sont endormis dans leur tristesse à cause du grand besoin du lourd sommeil. » Mais lorsque le vieillard vit que Pakhôme avait supporté (la veille) jusqu’à l’heure de la synaxe, il se réjouit grandement de son obéissance et de ses progrès, enchanté pour son salut à lui-même. Il arriva au jour de la fin de la Pâque sainte que le vieillard abba Palamon lui dit : « Mon fils, puisque c’est aujourd’hui un grand jour, lève-toi, prépare-nous quelque chose pour manger à l’heure de midi ; et lorsque le soir sera venu, nous mangerons encore un peu. » Aussitôt Pakhôme se leva, il prépara (le repas), et lorsqu’ils eurent prié, ils s’assirent pour manger.
Lorsque Palamon regarda le sel, il vit un peu d’huile que Pakhôme avait répandu dessus. Alors il se frappa lui-même son visage et dit : « On a crucifié mon Seigneur pour moi, et moi je mangerais de l’huile qui fortifie le corps ! ou mangeons des légumes sans huile ni vinaigre, ou jetons de la cendre sur le sel. Si nous voulons manger et violer la loi de nos pères, mangeons ce qui donne de la force à la chair1. » Aussitôt il se retira pour ne pas manger jusqu’au lendemain. Mais le jeune Pakhôme jeta le sel sur lequel il y avait un peu d’huile, il apporta celui sur lequel il y avait de la cendre ; ensuite il se mit à le prier avec grande humilité en disant : « Pardonne-moi, seigneur mon père2, lève-toi, mange. » Alors le vieillard saint jura et dit : « Si ce n’était à cause de la lampe du sanctuaire et le travail des crins, je n’aurais pas laissé ici cette sorte (de liqueur), je veux dire l’huile.
« Pakhôme répondit en disant : « Pardonne-moi, mon père saint, car j’ai péché. » Alors Palamon se leva, ils s’assirent et mangèrent leur peu de pain, pendant que leurs larmes coulaient sur leurs joues. Et lorsque le jeune Pakhôme eût vu le courage du vieillard, il quittait souvent son habitation pour entrer dans des tombeaux remplis de morts et y passer la nuit entière depuis le soir jusqu’au matin, priant le Seigneur Jésus en sorte que le lieu où il se tenait debout devenait comme de la boue, à cause de la sueur abondante (qui coulait) de son corps. Quatre ans après, Pakhôme vit la vision qu’il avait vue une première fois : la rosée du ciel descendait sur lui, elle tomba et remplit la terre entière : il vit aussi des clefs qu’on lui donnait en secret.
Lorsque le matin fut venu, il raconta la vision qu’il avait vue au saint vieillard abba Palamon. Celui-ci fut en grande indécision et il dit : « Il y a une grande pensée dans la signification de cette chose, ô mon fils Pakhôme, mais que la volonté de Dieu soit faite. » Il arriva un jour, pendant la fête de l’Épiphanie, que Pakhôme, revenant de la ronceraie, regarda et vit le vieillard qui avait fait du feu sous une chaudière. Il fut surpris en lui-même et se dit : « Qu’est-ce que le vieillard fait (donc) cuire aujourd’hui ? » Peu après, le vieillard dit : « Pakhôme, hâte-toi, apporte le plat. » Et lorsqu’il l’eut apporté, Palamon découvrit la chaudière, la vida dans le plat, et voici qu’il y avait des figues dures2, car il y avait en ce lieu, un grand figuier qu’ils arrosaient de leurs mains pour le besoin des malades3.
Ensuite, A ils se levèrent, ils prièrent, ils mangèrent rendant grâces au Seigneur, parce que ce qui est amer devient doux pour celui qui a grand faim. Il arriva un jour, comme ils étaient assis autour de quelques charbons allumés, travaillant à leur ouvrage manuel et méditant l’Écriture sainte par cœur, qu’un frère qui habitait près d’eux arriva tout à coup à la porte : aussitôt Pakhôme ouvrit la porte ; le frère entra et parla avec orgueil. Et lorsqu’il vit les charbons, le diable remplit son cœur, et il leur dit : « Puisque vous vous glorifiez en disant : nous sommes de (bons) serviteurs en présence de Dieu, que celui de vous qui a la foi se lève maintenant et se tienne debout sur ces charbons allumés, pendant qu’il récitera la prière du saint Évangile. »
Le saint vieillard abba Palamon lui répondit avec une grande colère et dit : « Maudit soit le démon qui a jeté cette pensée mauvaise en ton cœur ! et maintenant c’est assez de cela. » Mais lui, il n’écouta pas le saint vieillard, mais par (le secours de) celui qui agissait en lui par il se tint debout sur les charbons allumes, récita la prière et ses pieds ne furent aucunement endommagés. Aussitôt, il marcha avec orgueil, jusqu’à ce qu’il fût arrivé à son habitation. Pakhôme dit alors an vieillard : « Seigneur mon père, Dieu sait que j’ai admiré ce frère lorsqu’il est monté sur ce monceau de feu, et ses pieds n’ont pas été brûlés. »
Le bienheureux abba Palamon lui répondit et dit : « Mon fils Pakhôme, n’admire pas cela, car c’est uniquement par l’action des démons que le Seigneur a permis que ses pieds ne fussent pas brûlés, selon ce qui est écrit : À ceux qui sont pervers, Dieu enverra des voies perverses. Crois-moi, mon fils, si tu connaissais la souffrance qui l’atteindra, tu pleurerais son malheur. » Quelques jours après, comme le frère était encore assis dans son habitation, rempli d’un grand orgueil, le diable prit la forme d’une belle femme et frappa à la porte de l’habitation où était le (moine.) Il sortit aussitôt, ouvrit la porte, et le démon, sous la forme d’une femme, lui dit : « Je t’en prie, Seigneur mon père, aie pitié de moi, reçois-moi chez loi matin, afin que (mes) créanciers ne me tourmentent pas, car je n’ai pas de quoi rendre leur bien1.
« Et lui, dans l’aveuglement de son cœur, il n’eut pas assez de bon sens pour ne pas la recevoir ; mais il la reçut et l’introduisit dans son habitation, se réjouissant grandement. Ensuite, le (diable)se mit à lancer des flèches dans ses propres pensées, à cause du désir mauvais de la chair, et le (moine) s’inclina à pécher avec elle ; mais soudain, le démon le renversa à terre et le roua de coups nombreux jusqu’au lendemain. Et lorsque son cœur lui fut revenu, il courut, il alla vers le saint vieillard abba Palamon, et, s’étant jeté à ses pieds, il lui dit avec des larmes nombreuses et grandement amères : « Seigneur mon père, que les prières saintes viennent à mon secours : prie le Seigneur pour moi, afin qu’il ait pitié de moi en ce que je me suis choisi moi-même : secours-moi, car tu m’as appris une multitude de fois ce qui était bon pour mon âme ; mais mon orgueil ne m’a point laissé t’écouler et me sauver.
Et maintenant malheur à moi, malheureux ! « Mais le saint vieillard anba Palamon et Pakhôme, lorsqu’ils eurent vu sa grande affliction, pleurèrent avec grande douleur ; ils le prirent, ils le relevèrent dans son grand trouble et, comme ils pleuraient ensemble, ce démon le renversa de nouveau à terre, et le frappa à coups redoublés. Mais eux, ils se tinrent au-dessus de lui, il prièrent le Seigneur pour lui avec larmes, jusqu’à ce que son cœur se raffermît, qu’il se tînt sur ses pieds en leur présence ; puis ils commencèrent à le prendre pour l’enfermer dans un lieu solitaire jusqu’à ce que le Seigneur l’eût guéri de cet esprit impur. Mais le (moine), par la force du démon qui était en lui, il prit un grand morceau de bois pour les tuer tous deux.
Ils ne purent le saisir, et aussitôt il courut au nord vers la montagne jusqu’à ce qu’il parvint à Akhmin ; et de lui-même, il se jeta dans le four des bains et fut brûlé misérablement. Mais le vieillard abba Palamon fut grandement attristé au sujet de l’âme de ce malheureux, etsouventesfois il en parla avec Pakhôme, avec les frères qui l’entouraient avec ceux qui se trouvaient dans toute cette montagne, car il était pour eux un père et un consolateur. Souventes fois, il amena au milieu d’eux la pensée de ce malheureux, leur inspirant la crainte (de Dieu) d’après l’Écriture (et leur) disant : « Voyez celui qui a donné place (en lui-même) à l’esprit qui n’a nulle puissance ici : (voyez) ce qu’il lui a fait non seulement en sa pauvre âme, mais aussi en son malheureux corps.
« Et les frères ayant entendu les terribles paroles de leur père abba Palamon furent remplis de trouble pour se garder avec une grande fermeté et se sauver ; surtout ils étaient remplis de crainte en voyant son but, car en tout temps il portait la croix du Christ dans sa chair. Quant à Pakhôme, il se livrait à des exercices excessifs, à de grandes et nombreuses mortifications, à de grandes méditations sur les saintes Écritures, et il gardait ces choses en son cœur afin de les méditer selon leur sens véritable avec soin. Il faisait la plus grande partie de ses œuvres de pénitence dans les lieux déserts, le dans la grande ronceraie qui les environnait (ou) dans le désert (plus) éloigné ; et si de grandes épines entraient1 dans ses pieds, il supportait de ne pas les arracher, pensant aux clous qui avaient cloué notre Seigneur Jésus sur la croix.
Le vieillard abba Palamon et tous ceux qui étaient dans cette montagne l’admiraient, lui et ses actes de courage, car il les faisait avec une grande patience pour ne pas défaillir. Mais le vieillard lui-même, abba Palamon, fut malade à sa rate par suite de la grandeur de ses exercices ascétiques, surtout à cause de sa vieillesse et parce qu’il ne se donnait aucune relâche dans ses mortifications. Ceux qui l’entouraient et d’autres anciens, le voyant dans les souffrances de la maladie, lui amenèrent un grand docteur médecin (pensant que) peut-être il pourrait lui faire remède. Lorsqu’ils furent arrivés vers lui, le médecin leur dit : « Il n’y a point ici œuvre de médecine : ce n’est que la souffrance seule de ses ascèses. Maintenant donc, s’il obéit et mange un peu de bonne nourriture, il guérira.
« Les frères lui conseillèrent avec beaucoup de prières de faire ainsi ; et lui, il obéit, il mangea de quelques-unes des nourritures que mangent les malades. Lorsqu’il en eut mangé pendant quelques jours et qu’il ne fut point guéri, il parla aux frères en disant : « Ne pensez pas que la santé1 vienne des nourritures périssables ; la santé et la. force sont en notre Seigneur Jésus le Christ ; car les martyrs, si on leur a coupé les membres, si on leur a tranché la tête, si on les a brûlés dans les flammes, ils supportaient cela jusqu’à la mort par la foi qu’ils avaient en Dieu ; et moi puis-je me montrer faible sous une minime maladie ? Cependant je vous ai obéi, j’ai aquiescé à votre cœur, j’ai mangé des nourritures dont vous croyez qu’elles donnent la force au corps, et voici que je n’en ai recueilli aucune guérison.
« Et ainsi il retourna à ses ascèses en de grandes souffrances, jusqu’à ce que le Seigneur vît les souffrances de son courage, lui donnât le repos et le guérît de sa maladie. Quant au jeune Pakhôme, il luttait pour l imiter en toute œuvre dont Palamon se revêtait. Il lui arriva un jour de se rendre dans ce désert au milieu des grandes et nombreuses épines, selon sa coutume, et, par l’impulsion de l’Esprit, il marcha environ la distance d’un mille jusqu’à ce qu’il arrivât à un village désert, (situé) sur les bords du fleuve (et) nommé Tabennîsi 1. La pensée lui monta au cœur d’y aller, d’y faire quelques prières. Il suivit celui qui excitait son cœur à faire ainsi, et, lorsqu’il fut arrivé en ce lieu, il étendit les mains, il pria le Seigneur Jésus le Christ de lui apprendre ce qui lui plairait.
Comme il prolongeait sa prière, une voix lui vint du ciel, disant : « Pakhôme, Pakhôme, combats etresteence lieu : bâtis pour toi une cellule et des multitudes d’hommes viendront à toi pour se faire moines près de loi et trouveront profit pour leurs âmes. » Aussitôt il retourna vers son père, le vieillard abba Palamon, et lui apprit ce qu’il avait entendu. Le vieillard pleura et dit : « Est-ce qu’après sept années que lu as souffert sous moi (avec) cette grande obéissance, tu vas te séparer de moi dans ma vieillesse ? Cependant que la volonté de Dieu soit faite en tout temps, car j’ai l’espérance que la vision que tu as eue une première et une seconde fois s’accomplira sur toi en cette œuvre que le Seigneur t’a destinée. Maintenant, mon fils, lève-toi, allons au sud, construisons pour toi une petite habitation ; et toi, viens me voir une fois (par an), et moi j’irai vers loi une autre fois jusqu’à ce que le Seigneur me visite.
« Et ainsi ils allèrent tous deux, ils bâtirent une habitation, et ils allaient se visiter l’un l’autre dans la joie et l’amour de Dieu, Palamon conseillant à Pakhôme une foule de choses. Et avant que la chose n’eût duré longtemps, le vieillard fut malade : aussitôt les frères envoyèrent au sud Mais Jean fut troublé, il s’enfuit vers le rivage en criant à son frère : » llâte-toi, viens vers le rivage de peur que le crocodile ne te prenne et t’entraîne. « Mais Pakhôme rit et lui dit : « Jean, penses-tu que les bêtes sauvages ont seules de la puissance contre eux, ou non ? » Après cela, le crocodile s’avança vers lui avec une grande impudence et à peine en était-il de deux feuillets. éloigné de trois coudées : Pakhôme remplit sa main d’eau, il la lança au visage du crocodile disant : « Que le Seigneur te condamne à ne plus retourner et revenir en ce lieu pour l’éternité.
« Aussitôt le crocodile à lui, lui baisa la bouche, les mains, les pieds avec une grande joie et lui dit : « Le Seigneur sait, mon frère, que chaque jour, je me disais : Je suis plus grand que toi selon la chair ; car chaque jour je t’appelais mon frère : mais à partir de ce jour je t’appellerai mon père à cause de la foi ferme dans le Seigneur. » Quant à Jean, il fît de grandes actions de pénitence et d’ascétisme, jusqu’au jour de sa mort. Quant à Pakhôme il souffrit une foule de tentations des démons parla permission de Dieu pour l’éprouver et pour le bien d’autrui, et le (diable) commença à le combattre ouvertement. Il arriva souventes fois que pendant qu’il priait et allait faire la génuflexion, le diable faisait se creuser devant lui comme un puits dans la pensée que soudain il aurait peur et ne prierait pas le Seigneur ; mais il connaissait les pièges de celui qui le tentait, il faisait ses génuflexions avec foi pour bénir Dieu rendre grâces au Christ ; et il couvrait le démon de confusion.
D’autres fois lorsqu’il marchait pour aller (faire) quelque chose, ils marchaient devant lui de ce côté-ci et del’aulre, comme des soldats qui marchent devant un général, se disant les uns aux autres : « Fais place à l’homme de Dieu ; » désirant le séduire afin qu’il les regardât ; mais lui, l’homme de Dieu, dont l’espérance était dans le Seigneur, il ne les regardait point, comme n’en valant pas la peine, et aussitôt ils disparaissaient de devant lui. D’autres fois ils ébranlaient sa maison, lui faisant craindre qu’elle ne tombât sur sa tête ; aussitôt il ouvrait la bouche et disait : « Notre Dieu est notre refuge et notre force, notre secours dans les tribulations qui nous sont survenues en grand (nombre) ; c’est pourquoi nous ne craindrions pas, quand même la terre serait ébranlée.
« Un jour qu’il était assis à travailler un démon prit la forme d’un coq et lui lança son cri au visage ; mais il ferma les yeux, ne le regarda pas et ne le chassa pas du tout. Quand les méchants virent qu’ils ne le séduisaient pas, ils amenèrent quelque chose ayant la forme d’une feuille d’arbre avec de grandes et grosses cordes, comme des gens qui auraient fait un ouvrage extrêmement fatigant ; ils firent comme s’ils eussent attaché la corde à une grosse pierre pour la traîner et la transporter dans un autre lieu : et tout cela ils le faisaient en poussant de grands cris afin qu’il les regardât, se mît à rire et qu’ils eussent empire sur lui. Aussitôt il étendit les bras, il pria avec gémissement jusqu’à ce qu’ils se fussent évanouis et qu’ils eussent disparu de devant ses yeux.
Une multitude de fois aussi, comme il était assis sur le point de manger son pain, ils venaient à lui sous la forme1 de femmes nues qui s’asseyaient pour manger avec lui ; mais l’homme de Dieu fermait ses yeux et son cœur jusqu’à ce qu’ils se fussent perdus et dissipés. Il demandait au Seigneur de lui enlever le sommeil et (de ne pas le laisser) dormir jusqu’à ce qu’il eût vaincu ceux qui lui faisaient la guerre, selon ce qui est écrit : « Je ne dormirai pas jusqu’à ce que mes ennemis soient sans force. » Et le Seigneur lui accorda un jour sa demande au point qu’ils les renversa à terre avec honte et ils craignirent devant lui. Un jour qu’il était assis quelque part seul, cueillant quelques joncs pour son travail manuel, comme il veillait une fois en ce lieu selon sa coutume, un ange du Seigneur lui apparut et lui dit par trois fois : « Pakhôme, Pakhôme, Pakhôme, la volonté de Dieu est que lu serves la race humaine et que Iules unisses àLui.
« Lorsque l’ange du Seigneur s’en fut allé, notre père Pakhôme resta à le regarder en disant : « Cela est l’œuvre du Seigneur ! » et lorsqu’il eut fini de cueillir ses quelques roseaux, il marcha vers sa cellule. Mais par la prévoyance de Dieu, trois hommes vinrent à lui qui sont : Peschentaîsi, Sourous et Peschoi ; ils lui dirent : « Nous voulons nous faire moines sous à main et travailler pour le Christ. » Il leur demanda s’ils quitteraient leurs parents pour suivre le Christ, il les éprouva et lorsqu’il vit que bonne était leur forme, il les revêtit de l’habit monacal et les reçut avec joie et amour de Dieu. Quand ils furent entrés dans la communauté sainte, ils de grands actes de mortification et de nombreuses ascèses. Et ils le virent se fatiguant seul pour les choses du monastère, cultivant quelques légumes, ou leur préparant à manger, ou répondant quand quelqu’un frappait àla porte, ou si quelqu’un était malade le soignant jusqu’à ce qu’il fût guéri, disant en son cœur à propos de ceux qui vivaient avec lui : « Ce sont des plantes nouvelles, ils ne sont pas encore parvenus à cet étal de (pouvoir) servir les autres ; »
les délivrant de tout souci en leur disant : « Ce qui vous a été destiné, luttez pour le saisir pour votre salut. » Alors ils lui parlèrent et lui dirent : « Notre cœur souffre à ton sujet,, ô notre père, tellement nous te voyons te fatiguer seul dans le monastère. »
Il leur dit : « Quel est l’homme qui attellera son bœuf dans un champ et l’oubliera au point qu’il tombe et meure. De même pour moi, si le Seigneur voit que je me fatigue, il nous enverra d’autres (frères) qui auront la force de nous aider en toute œuvre bonne. »Et il leur donna des règles et une forme (de vie) où il n’y avait point de pierre d’achoppement, ainsi que des traditions utiles pour leurs âmes, des habits et une nourriture exactement semblables avec une couche décente ; et la renommée de son amour pour Dieu se répandit dans toute la terre d’Égypte. Il y avait en un lieu cinq frères vivant en anachorètes, c’étaient des hommes puissants dans l’œuvre de Dieu, qui se nommaient Jean. Ayant appris la nouvelle de sa foi salutaire, ils se levèrent ; ils allèrent le trouver pour rester près de lui.
Il les reçut, se réjouissant d’une allégresse spirituelle. Et d’autres qui étaient au sud dans un endroit nommé Thbakat, ayant entendu parler de lui se levèrent et vinrent le trouver au nombre de quatre-vingts : il les reçut aussi ; mais lorsqu’il vit que la pensée de la chair était en eux, il les renvoya de son habitation. Ensuite le Seigneur travailla des foules (entières) qui vinrent à lui : il les reçut et les édifia dans la loi de Dieu. Lorsqu’il vit que des multitudes d’hommes étaient venus habiter en ce village, il prit les frères, ils allèrent et leur bâtirent une église pour qu’on y communiât et aussi parce qu’il y avait une foule (de gens) aux environs de ce lieu, et c’était lui qui prenait soin de leur oblation, car ils étaient dans une grande pauvreté.
Il prenait aussi les frères pour aller en ce lieu et recevoir la bénédiction le samedi ; mais lui, en leur faisant la lecture, il veillait sur les vues de ses yeux, selon la parole de l’Évangile : « Celui qui regarde une femme pour la désirer, vient de commettre l’adultère avec elle dans son cœur. » Et lorsque les frères furent au nombre de cent hommes, il leur bâtit une église dans son monastère afin qu’ils y bénissent Dieu ; mais il allait aussi au village, le samedi soir, pour faire l’oblation, afin que les clercs vinssent de même au monastère faire l’oblation le dimanche matin, parce qu’il n’y avait personne parmi eux qui fût dans l’ordre de la cléricature de la sainte Église ; car certes notre père Pakhôme ne désirait pas qu’il y eût des clercs dans ses monastères à cause de l’envie et de la vaine gloire.
En effet, il leur dit une multitude de fois à ce sujet : « Il est bon pour nous de ne pas désirer2 une pareille chose dans notre communauté, de peur que pour ce prétexte il n’y ait parmi de nombreux moines, querelle, haine et envie, malgré la volonté de Dieu, et des divisions : comme une étincelle de feu, si on la jette dans une aire et qu’on se se hâte pas de l’éteindre elle fera périr les labeurs d’une année entière ; il en est ainsi de la pensée de la grandeur dans son commencement. Il est bon que nous nous soumettions avec humilité à l’Église de Dieu, et celui que nous trouverons à chaque fois ayant été ordonné par nos pères les évêques nous suffira pour cela. » Et s’il arrivait que quelque clerc vînt à lui pour se faire moine, s’il le voyait droit, il l’admettait à se faire moine ; il se soumettait à la vérité devant le rang ; mais il fallait aussi que le prêtre marchât avec persuasion dans les règles de la constitution des frères, comme chacun.
Il eil établit quelques-uns qui en avaient le pouvoir pour l’aider dans le salut de leurs âmes ; l’un sur la première maison, comme petit économe, avec un second sous lui pour l’aider à préparer la table pour les frères et leur faire la cuisine ; et un autre avec son second, gens fidèles en toute pour faire la cuisine aux malades et les soigner. Celui qui désirait s’abstenir soit dans les choses de table, soit dans les choses (permises) aux malades, personne ne l’empêchait. Quant à d’autres (frères) très sages 1, il les établit au lieu de la porte pour recevoir ceux qui viendraient, chacun selon leur dignité, et pour instruire ceux qui viendraient pour se faire moines, sur leur salut, jusqu’cà ce qu’ils eussent revêtu l’habit monacal ; d’autres (gens) fidèles dans le service de Dieu, il les chargea d’acheter et de vendre.
Toutes les trois semaines, on changeait les frères qui faisaient le service, afin qu’ils fussent destinés à d’autres rangs et à faire ce que les surveillants les chargeraient de faire avec crainte et tremblement. D’autres encore, il les chargea avec leurs surveillants et leurs seconds de travailler aux instruments et aux clôtures, afin qu’ils fussent prêtsen toute obéissance. Il ordonna aussi de faire trois catéchèses par semaine, une le samedi, et deux le dimanche saint, et les surveillants (en faisaient) dans les deux jours de jeune’dans la persuasion de leur avait, elle se nommait Marie et était vierge depuis son enfance, eut appris (tout) cela, elle se leva, elle alla vers lui au nord jusqu’à Tabennîsi, désirant le voir. Lorsqu’on lui eut appris qu’elle (était arrivée), il lui envoya le frère qui veillait à la porte, disant : « Voici, sache que je suis en vie ; mais ne sois point attristée de ne pas m’avoir vu.
Si tu désires entrer dans cette vie sainte afin que lu trouves miséricorde près de Dieu, examine-toi à ce sujet, et les frères te bâtiront une habitation et tu vivras solitaire en ce lieu. Sans doute à cause de toi, le Seigneur en appellera d’autres vers nous pour sauver leurs âmes à ton occasion ; car il n’y a point d’espérance pour l’homme en ce monde, à moins qu’il ne fasse le bien avant de sortir du corps et d’être mené au lieu où on le jugera selon ses œuvres. « Mais elle, en entendant ces paroles du porlier, ses yeux pleurèrent et son cœur acquiesça à la chose. Lorsque notre père Pakhôme vit que son cœur avait incliné à l’œuvre bonne et droite, aussitôt il envoya les frères qui lui bâtirent une cellule dans le village, à quelque distance de son monastère : il y avait un petit autel en cette cellule.
Une foule (de femmes) entendirent ensuite parler d’elle, elles vinrent se mettre sous sa (direction), elles firent des ascèses avec un grand courage. Et lorsque notre père Pakhôme vit qu’elles s’étaient multipliées un peu, il chargea un vieillard, nommé abba Pierre, d’ètre leur père : ses paroles étaient assaisonnées du sel de la sagesse : il devait leur parler des Écritures une multitude de fois, pour le salut de leurs âmes. Il écrivit les règles des frères dans un livre et les leur envoya, afin qu’elles les apprissent. Si quelqu’un des frères, avant d’être arrivé à la perfection, désirait visiter l’une d’entre elles de ses parentes, il l’envoyait par l’ordre de son surveillant vers le saint vieillard abba Pierre : celui-ci envoyait à son tour dans l’intérieur (du monastère des femmes), afin que leur mère sortit avec celle qui (était demandée), en compagnie d’une autre : elles s’asseyaient ensemble jusqu’à ce que le (frère) eût visité la (sœur) avec grande crainte, puis elles se levaient, priaient et se retiraient.
Si l’une d’elles se reposait, on la menait dans le lieu des fêles, afin que leur mère fût la première à jeter sur elle le linceul ; ensuite lorsque le vieillard abba Pierre avait averti notre père Pakhôme, notre père Pakhôme choisissait des hommes sages parmi les frères, les faisait sortir avec lui vers le monastère (des femmes), les faisait entrer dans leur communauté : ils restaient sous le portique et chantaient avec décence placée sur un char et qu’on la menât vers la montagne : les sœurs vierges marchaient derrière le char, leur père marchait derrière elles et leur mère les précédait jusqu’à ce qu’on eût enterré la (morte), qu’on eût prié sur elle et qu’elles fussent retournées dans leur demeure avec grande tristesse. Et lorsque leur père abba Pierre se reposa, il leur destina un autre homme de vertu, nommé apa Titouiî1.
Rien qu’à le regarder, (on voyait) que c’était un compagnon dans sa forme. alla vers le sud dans la Thébaide, voulant avancer au sud jusqu’à Souan pour affermir les Églises saintes. Lorsque notre père Pakhôme vit qu’une grande foule d’évêques le précédaient, il prit lui aussi les frères, il s’avança au-devant de lui à une grande distance : ils chantaient des psaumes devant lui jusqu’à ce qu’ils l’eussent conduit à leur monastère afin qu’il priât dans leur lieu de réunion et dans toutes leurs habitations. Mais abba Sarapamon, évêque des habitants de Denderah 1, prit la main de l’archevêque, la baisa et lui dit : « J’en prie ta divine charité, ordonne prêtre Pakhôme, le père des moines, afin qu’il ait autorité sur tous les moines de mon diocèse, car c’est un homme de Dieu et c’est la seule chose en laquelle il ne m’ait pas obéi.
« Aussitôt Pakhôme se cacha parmi la foule nombreuse afin qu’on ne le trouvât pas. L’archevêque s’assit avec la grande foule qui l’accompagnait, il ouvrit sa houche, parla et dit à Sarapamon : « Vrai » ne appris la renommée il se leva, pria et dit aux enfants de (Pakhôme) : « Cherchez voire père et dites-lui : Puisque lu t’es caché de nous et que lu as fui ce qui cause les envies, les luttes et les haines, que tu as choisi la suprême dignité qui durera éternellement avec le Christ et as fui la dignité vaine qui ne dure qu’un temps, non seulement notre Seigneur te donnera selon ton cœur afin que cela ne t’arrive pas ; mais encore je tendrai ma main vers le Très Haut et l’Éternel pour que cela ne t’arrive pas d’être porté au commandement dans les siècles jusqu’aux siècles des siècles 1; mais avec la volonté de Dieu, lorsque nous reviendrons vers toi, puissions-nous être dignes de voir ta charité divine (et) céleste, »
Et aussitôt il les quitta, il s’en alla vers le sud, accompagné d’une multitude d’évêques et d’une foule nombreuse avec des lampes, des cierges et des encensoirs innombrables. Et lorsque l’archevêque s en fut allé, Pakhôme sortit du lieu où il était caché. Il arriva un jour qu’un frère moine étant venu du nord, et la nuit l’ayant surpris à Tabennîsi, il fallut le loger dans le monastère, et notre père Pakhôme fit en sorte que les frères lui témoignassent une grande charité fraternelle. Lorsque les frères eurent fini de manger leur pain, notre père Pakhôme s’assit, il parla aux frères la parole de Dieu, leur donnant des explications sur l’Écriture : ce frère était assis l’écoutant comme tous les frères. Et lorsqu’il fut allé vers le sud à son monastère, dans le nome d’Esneh, et que, le soir de ce même jour l, les frères se furent réunis selon leur coutume, car en tout temps, lorsqu’ils avaient fini de manger leur peu de pain, ils se réunissaient afin que chacun dit ce qu’il savait des Écritures saintes ; le soir donc de ce jour, lorsqu’ils se furent réunis, chacun dit la parole qu’il avait apprise ou qu’il avait entendue d’autrui.
Et il y avait un jeune garçon nommé Théodore : c’était le fils de grands (personnages) ; il était assis écoutant ce que chacun disait avec une grande attention et vigilance ; ne parlant pas du tout, mais se tenant dans un grand silence. Le frère qui était venu du nord prit la parole disant : « Pardonnez-moi, mes frères, que je vous dise la parole et l’explication que j’ai entendue d’un homme juste. Car, en venant vers le sud, j’ai passé par Tabennîsi et j’ai logé chez apa Pakhôme : il s’est assis au soir, il a parlé la parole de Dieu aux frères réunis autour de lui. Il a parlé sur le Tabernacle et le Saint des Saints, les expliquant par les deux peuples. Le premier en effet était le Tabernacle extérieur : l’adoration qu’on y faisait consistait en sacrifices et en pains visibles.
Mais le Saint des Saints était la vocation des nations recevant, par l’Évangile, la perfection de la Loi et des biens qu elle renfermait. Le Tabernacle intérieur1 était rempli de gloire, car au lieu des immolations d’animaux (il s’y trouvait) l’encensoir à parfums ; au lieu de la table, l’arche qui renfermait les pains spirituels qui sont la perfection de la Loi et de toutes ces choses, et au lieu de la lumière du chandelier, le propitiatoire, endroit où Dieu, le feu, se découvrait, c’est-à-dire Dieu le Verbe, qui s’est fait homme, qui a habité parmi nous dans son apparition selon la chair pour nous pardonner (nos péchés) ; car le nom du propitiatoire veut dire le lieu où l’on remet les péchés1. « Lorsque le frère eut fini de dire cette parole et son explication, il dit encore : « Je crois que le Seigneur me pardonnera un grand nombre de mes péchés par le souvenir que j’ai de cet homme dont je viens de citer le nom en votre présence.
« Tous les frères qui étaient là admirèrent la grande science qui était en notre père Pakhôme, jusqu’à l’heure où ils allèrent avec joie chacun dans son habitation. Mais quand le jeune garçon Théodore fut entré dans sa demeure, son cœur s’enflamma, comme du feu, sur ce qu’il avait entendu dire au soir de notre père Pakhôme : aussitôt il se leva, il entra dans la cellule de ce frère, il l’interrogea sur apa Pakhôme : le frère lui raconta toutes ses œuvres, comme il recevait à lui chacun et les édifiait en toute œuvre qui plaît au Seigneur. Lorsque Théodore eut appris cela du frère au sujet de notre père Pakhôme, il se leva aussitôt, entra dans sa cellule, il pria Dieu pleurant et disant : « Sei Dieu de tous les saints, que ta volonté soit faite : fais-moi voir cet homme parfait, ton serviteur, apa Pakhôme.
« Et il continua ainsi à faire de grandes prières devant le Seigneur. Et après un certain temps notre père Pakhôme envoya apa Pegôsch au sud pour le service des frères. Lorsque apa Pegôsch fut arrivé dans le sud, par la providence de Dieu, il alla loger dans le monastère où se trouvait le jeune garçon Théodore. Aussitôt le frère qui avait entendu la parole (de Pakhôme), informa Théodore disant : « Ce grand homme qui nous est venu est du le prendre avec lui et de le mener vers notre père afin qu’il le vît. Mais le vieillard apa Pegôsch interrogea les frères à son sujet, et on lui apprit que Théodore était fils de grands (personnages) dans la ville d’Esneh ; il eut peur et lui dit : « Je ne te prendrai pas avec moi à cause de tes parents. » Mais Théodore avait placé cette chose en son cœur.
À l’heure où les frères naviguèrent vers le nord dans la barque, il se leva, marcha au loin jusqu’à ce qu’il fût arrivé à une grande distance. Et lorsque les frères dans la barque regardèrent en haut, le virent et dirent à apa Pegôsch : « Voici le jeune garçon qui t’a dit : Je veux aller avec toi ; il marche en face de nous depuis le commencement. » Aussitôt il leur fit aborder la barque au rivage, ils le prirent et, lorsqu’ils furent arrivés vers le nord, apa Pegôscli informa notre père Pakhôme. Sur-le-champ Théodore lui baisa les pieds et les mains ; il baisa (de même) la porte du monastère avec une grande ardeur de coeur, criant élevant la voix, pleurant et disant : « Sois béni, Seigneur, mon Dieu, parce que tu as entendu le cri de ma prière. »
Quand notre père Pakhôme le vit pleurer, il lui dit : « Ne pleure pas, mon fils, car moi, je suis le serviteur de ton père ; » c’est Dieu qu’il appelait son père. Quand on l’eut introduit dans le monastère et qu’il y fut entré avec droiture, il brûla du désir d’imiter leurs bonnes œuvres et leurs vertus, et il luttait en son cœur pour garder ces trois choses : la pureté du cœur, sa parole patiente1 avec grâce et une obéissance sans duplicité jusqu’à la mort. Il faut que nous racontions maintenant sa vie depuis son enfance, pour la gloire de Dieu. Théodore était fils de grands (personnages) ; sa mère l’aimait beaucoup. Lorsqu’il eut huit ans, on le mit à l’école pour qu’il apprît à écrire. Il y fit des progrès et acquit une grande instruction. Lorsqu’il eut douze ans, il se livra à une grande abstinence, ne mangeant d’autre nourriture que celle que les moines mangeaient : il jeûnait chaque jour jusqu’au soir et plusieurs fois il jeûna deux jours de suite.
Il arriva une fois que sortant de l’école, le jour de l’Épiphanie, qui se célèbre le onze du mois de Tobi, ayant vu sa maison dans une grande allégresse, il fut aussitôt traversé d’un grand sentiment et se dit : « Si tu jouis de ces mets et de ces vins, tu ne jouiras pas de la vie éternelle de Dieu. » Alors il alla dans un lieu solitaire en sa maison, il se jeta sur son visage, pria et pleura en disant : « Mon Seigneur Jésus le Christ, tu sais seul que je ne désire rien de ce monde, que je n’aime que toi et ta grande miséricorde. » Mais lorsque sa mère apprit qu’il était sorti de l’école et qu’elle ne le vit pas, elle se leva aussitôt, le chercha et le trouva seul, en prière, en cet endroit. En le regardant, elle vit ses yeux pleins de larmes et lui dit : « Mon fils, qui t’a fait de la peine, afin que je fasse tomber sur lui une grande colère, bien mauvaise ?
En attendant lève-toi, allons manger, car c’est aujourd’hui (grande) fête et depuis l’aurore nous t’attendons, moi, tes frères et tous ceux qui sont à nous. « Mais il lui dit : « Allez, mangez vous autres ; moi je ne mangerai pas maintenant. » Lorsqu’ils s’en furent allés1, il resta ferme dans la prière jusqu’à l’heure de l’aurore sans manger, ni boire. Lorsque le matin fut arrivé, il quitta sa maison et sa ville, il alla dans un monastère qui se trouvait dans le nome d’Esneh, il se retira près des moines anciens et aimant Dieu : il avait quatorze ans. Il habita en ce lieu, marchant dans une grande humilité. Lorsqu’il eut passé six ans en ce lieu, il mena un régime de vie selon la providence de Dieu ; le Seigneur n’oublie pas ceux qui le cherchent de tout leur cœur et de toute leur âme, et lorsque le vieillard apa Pegôsch alla au sud pour une affaire des frères, Théodore alla au nord avec lui vers notre père Pakhôme : il avait vingt ans.
Mais lorsqu’il fut arrivé à notre père Pakhôme, celui-ci le reçut avec joie parce qu’il voyait son amour pour Dieu. Quand Théodore fut entré dans le monastère, il se livra aux ascèses, aux veilles, aux jeûnes, afin de n’être inférieur à aucun frère : il s’appliqua à acquérir des grâces de sorte qu’il en encourageait une foule (de frères) au-dessus de son âge et qu’il réprimandait avec des paroles sincères tous ceux qui tombaient, selon qui est écrit : « L’esprit souffle où il veut. » Notre père Pakhôme le voyant suivant le chemin en avant de la plupart (des frères), mit cette (pensée) dans son cœur et se dit : « Après quelque temps on lui confiera des multitudes d’âmes, de la part de Dieu qui connaît en tout temps ceux qui lui appartiennent. » Mais notre père Théodore progressait en tout bon progrès, il menait une vie ascétique avec grand courage et il croissait dans les instructionsqu’il entendait (donner) par notre père Pakhôme, marchanda sa ressemblance en toute chose.
Quant aux frères, lorsqu’ils virent qu’il croissait chaque jour comme Samuelet qu’il avait (trouvé) grâce en présence de chacun, ils se mirent à imiterla forme de sa (vie) et notre père Pakhôme leur répondait à tous d’aller vers lui, d’en recevoir consolation dans leurs afflictions et leurs tentations : ils allaient donc vers lui, de sorte qu’on le nommait : Celui qui encourage les frères ; quant à lui, il donnait le repos à chacun par ses paroles grasses, et une multitude de fois il priait avec une foule d’entre eux jusqu’à ce que le Seigneur les eût délivrés de leurs tentations. Il arriva un jour qu’il alla vers notre père Pakhôme pleurant de grandes larmes : il n’y avait pas encore six mois qu’il était parmi les frères. Notre père Pakhôme lui dit : « Pourquoi pleures-tu ?
« Il ôtait étonné parce qu’une foule de fois il le voyait dans ce sentiment de larmes, et cependant c’était un jeune homme. Théodore lui dit : « Je désire, ô mon père, que tu me on fasses l’aveu que je verrai Dieu ; sinon quel profit aurai-je d’avoir été enfanté à ce monde. »
i otre père Pakhôme lui dit : « Veux-tu le voir en ce monde ou dans le monde futur ? »
Il lui dit : « Je désire le voir dans le monde immuable (et) éternel. »
Il lui dit : « Produis donc les fruits dont-il est écrit dans l’Évangile : Bienheureux ceux qui sont purs de cœur, car ils verront Dieu. Si donc une pensée impure monte en ton cœur, une méchanceté, une envie, une haine, un mépris pour ton frère, une gloire vaine et humaine, souviens-toi aussitôt de dire : « Si je laisse aller mon cœur à quelqu’une de ces choses, je ne verrai pas le Seigneur. » Lorsque Théodore eut entendu cela de notre père Pakhôme, il se prépara avec allégresse à marcher dans l’humilité de cœur, dans la pureté, afin que le Seigneur le rendît parfait, sans honte, dans l’autre monde. Théodore étant assis un jour dans sa cellule pendant la première année, tressant des cordes et méditant ce qu’il avait appris par cœur des Écritures saintes, quelquefois il se levait lorsque son cœur l’excitait à prier ; étant encore assis et méditant, la cellule où il se trouvait devint brillante, et il fut troublé grandement, car voici que deux anges tenant des glaives d’homme, brillants, lui apparurent.
Il eut peur, il s’enfuit, il sortit de sa cellule et courut en haut sur la terrasse, parce qu’il n’avait pas vu de vision. Et lorsqu’il s’en fui allé sur la terrasse, ils y allèrent aussi, lui enlevèrent sa frayeur afin qu’il ne craignît pas, et le plus grand d’entre eux lui dit : « Tends à main, ô Théodore. » Et lui, il la tendit comme font ceux qui vont recevoir les saints mystères. L’ange lui mit dans les mains des clefs en grand nombre ; et lorsqu’il les eut reçues, il les mit dans sa main droite. Comme il était étonné de ce qui lui arrivait, il regarda aussitôt et ne vit plus d’anges : il regarda sa main, il ne vit plus de clefs. Par honte, il ne raconta point cette vision à notre père Pakhôme, parce qu’il lui avait souvent entendu dire : « On m’a donné des clefs en secret.
« Il se dit : « Qui suis-je, moi, pour m’égalera l’homme de Dieu ? je ne suis qu’un homme pécheur : ce qu’il me faut, c’est de marcher dans l’humilité tous les jours de ma vie, car nous savons que c’est la volonté de Dieu. » Il alla trouver notre père Pakhôme dans les jours de la (sainte) Quarantaine et lui demanda : « Puisque ce sont les six jours1 de la Pâque où notre pardon et notre salut se sont opérés, ne faut-il donc pas maintenant jeûner les quatre jours après les deux autres ? »
Il lui répondit : « C’est le canon de l’Église que nous jeûnions2 seulement deux jours, afin que nous ayons la force d’accomplir ce qui nous est ordonné, que nous ne nous y relâchions pas, je Yeux dire la prière continuelle, les veilles, la méditation de la loi de Dieu et notre travail manuel qui nous a été ordonné par les Écritures, afin que nous puissions étendre la main vers ceux qui sont indigents. Quant à ceux qui font ainsi et qui mènent seuls une vie retirée, ils n’ont point le poids des hommes sur eux pour les embarrasser ; et tu trouves souvent que d’autres hommes sont des paresseux qui se servent eux-mêmes et que ce sont des orgueilleux et des lâches, des gens aimant la vaine gloire, aimant la gloire futile des hommes. » En d’autres jours il alla (aussi) le trouver et lui demanda : « Que ferai-je au sujet de cette souffrance et maladie que j’ai à la tête ?
« Notre père Paldiôme lui répondit : « Il faut que l’homme fidèle laisse la maladie durer dix ans en son corps sans le dire à personne, à moins que ce ne soit une maladie visible, qu’il n’est pas possible de cacher. » Lorsqu’il eut entendu ces paroles de notre père Pakhôme, il se prépara à souffrir toute chose dans la mort de la croix, avec action de Après un (certain) temps sa mère prit une lettre de l’évêque d Esneh pour notre père Pakhôme, afin que celui-ci lui envoyât son fils Théodore et qu’elle le vît, car elle avait entendu dire que personne parmi eux 11’abordait ses parents. El lorsqu’elle fut allée au nord, avec un autre (de ses) fils, nommé Papnnouli, elle lui envoya la lettre par l’entremise du portier. Quand Pakhôme en eut pris lecture, il appela Théodore, lui parla et lui dit : « Peut-être sortiras-tu pour rencontrer la mère et ton frère, surtout parce que notre père évêque, nous a écrit à, ce sujet, de tranquilliser son cœur. »
Théodore lui répondit : « Je crains que si je vais la voir je ne me trouve en défaut près du Seigneur pour avoir violé les commandements écrits dans l’Évangile ; si (je) ne les viole pas, j’irai ; mais si c’est une faiblesse de ma part, non seulement je ne la verrai pas, mais, s’il me faut la tuer, je ne l’épargnerai pas et (ferai) comme ont fait autrefois les fils de Lévi selon l’ordre du Seigneur (transmis) par Moyse : en tout cas, je ne pécherai pas contre celui qui m’a créé par amour de parents charnels1. »
Notre père Pakhôme répondit et lui dit : « Si tu veux garder les commandements de l’Évangile, à Dieu ne plaise que je le les fasse violer et faire cette chose ; mais quand on m’a appris qu’elle pleurait à la porte, j’ai craint que tu n’en fusses informé et que ton cœur n’en souffrît ; car mon désir est que tu sois ferme dans tous les commandements de la vie. Quant au père évêque qui nous a écrit, s’il apprend que tu n’a pas été la trouver, il n’en sera pas triste ; mais il se réjouira davandu but que lu (cherches), car ce sont eux nos pères (les évêques) qui nous donnent l’enseignement conformément aux Écritures. » Ensuite notre père Pakhôme envoya (dire) que l’on prît soin d’eux bellement, à part, dans le lieu (convenable et propre) à leur habit1.
Après trois jours, on dit à la femme : « Il ne viendra pas. » Alors elle continua à pleurer de grandes et nombreuses larmes. Lorsque les clercs de l’Église la virent dans cette grande douleur, ils interrogèrent les frères, disant : « Pourquoi cette vieille femme pleure-t-elle ainsi ? » On leur dit : « Elle pleure à cause de son fils Théodore qui ne viendra pas vers elle pour qu’elle le voie et que son cœur soit contenté. » On lui annonça que son fils sortirait au matin avec les frères pour aller quelque part faire un travail. Les clercs le menèrent sur la terrasse de la maison, elle resta debout jusqu’à ce qu’il sortît avec les frères et qu’elle l’eût vu. Quant à son frère(Paphnuti), il se mit à suivre Théodore en pleurant et en disant : « Je désire aussi être sous ta (direction) et me faire moine.
« C’était son plus jeune enfant. Il ensuite et pleura ; mais Théodore ne s’arrêta pas pour lui parler et ne le traita pas en frère. Lorsqu’on informa notre père Pakhôme que Théodore avait ainsi parlé à son frère avec dureté il le fit appeler seul à l’écart et lui dit : « 0 Théodore, ne sais-tu pas quelle est la condescendance dans le commencement?(il en est) comme d’une plante qu’on a plantée nouvellement : on en prend soin davantage et on l’arrose jusqu’à ce que ses racines soient fermes : il en est ainsi de ceux (qui arrivent). » Et ainsi il le fit entrer et le forma : il mena une vie (dévote) comme tous les frères. Quant à leur mère, elle s’en alla ainsi vers le sud, dans une grande affliction de cœur et dans des larmes bien amères au sujet de ses enfants ; non seulelement parce que Théodore n’était pas allé la trouver, mais encore parce que son plus jeune fils, Paphnouti s’était fait moine près de lui.
Il arriva une fois qu’on manqua de la farine nécessaire pour leur nourriture : les frères furent tristes jusqu’à la mort à cause de leur pauvreté ; mais notre père Pakhôme leur parla pour les encourager et leur dit : « J’ai confiance que Notre Seigneur Jésus le Christ ne nous abandonnera pas ; mais cependant voici deux bons tapis que quelqu’un a apportés en venant vers les frères ; envoyons-les, vendons-les ce qu’ils valent, jusqu’à ce que Dieu nous ait préparé ce dont nous avons besoin. » Pensant encore à cela dans son cœur, il passa toute la nuit, veillant et priant Dieu à ce sujet. Par la providence de Dieu et la grandeur de son amour pour les hommes, ce jour-là, à l’heure du matin, un magistrat frappa à la porte du monastère et le gardien de la porte lui ouvrit.
Le magistrat lui dit : « Dis à notre père que voici un peu de farine que j’avais promis pour ceux qui sont dans les mines, afin d’obtenir le salut de mon âme et de tous ceux qui sont dans ma maison ; mais on vient de m’apprendre dans une vision que vous en aviez besoin. Maintenant, envoyez des frères, sortez (la farine) de la barque et souvenez-vous de moi (dans vos prières). » Le portier porta la nouvelle à notre père qui s’étonna grandement, se leva, alla et dit au magistrat : « Nous avons en effet besoin de farine ; mais indique nous une époque jusqu’à ce que Dieu nous en donne le prix et que nous le le rendions. »
pas apportée pour que tu l’achètes, mais pour le salut de mon âme, parce que vous êtes des hommes de Dieu ; « puis il la lui donnaainsi qu’aux frères qui étaient avec lui. Pakhôme fit apporter légumes et quelques pains : l’homme les prit avec une grande foi en Dieu et, après avoir reçu la bénédiction de notre père, il le quitta avec grande joie et allégresse. Alors notre père s’assit, il parla aux frères la parole de Dieu au sujet du don qui leur avait été fait en toute hâte, et les frères admirèrent la manière dont Dieu leur avait envoyé promptement la farine dont ils avaient besoin, à cause de son serviteur, le saint apa Pakhôme. Il y avait, après (le temps) des martyrs, un confesseur nommé apa Denys : c’était un prêtre de Dendérah, (homme) rempli de crainte devant Dieu, ami de notre père Pakhôme selon Dieu.
Lorsqu’il apprit que Pakhôme ne laissait pas entrer dans son monastère, comme (cela avait lieu) précédemment, les moines étrangers qui sortent (de leurs cellules) pour visiter les frères, mais qu’on les laissait à l’écart près de la porte, il fut attristé de cœur grandement, il se leva, il alla vers lui à Tabennîsi pour le réprimander à ce sujet. Lorsqu’il lui eût parlé, l’homme de Dieu lui dit : « Ne pense pas, seul homme, ni surtout de contrister le Seigneur qui a dit de sa bouche sainte : « Si vous faites cela à l’un de ces petits frères qui croient en moi, c’est à moi que vous le faites ; » mais sache aussi qu’il y a une foule de degrés parmi les hommes du cénobitisme1, soit vieillards, soit enfants, soit plants nouveaux ; c’est pourquoi je dis qu’il est bon, quand (des frères) viennent à nous, de les mener au lieu de la synaxe à l’heure de la prière, et de les conduire ensuite en un lieu séparé afin qu’ils mangent leur pain, et, je le dis aussi, afin qu’ils ne se mettent pas à entrer dans le monastère pour voir quelques-unes des plantes nouvelles et en être scandalisés.
Voilà pourquoi j’agis ainsi ; car, lorsque le patriarche Abraham servit le Seigneur et ceux qui l’accompagnaient, il les servit sous le chêne, en dehors de la lente. « qcô.-2£i neAiJvq. Et lorsque, apa Denys entendit ces paroles, il fut persuadé que la chose était (bonne), comme il la lui avait dite. Il y avait une femme dont le sang coulait sous elle depuis longtemps : c’était la femme d’un magistrat de Dendérah. Lorsqu’elle apprit qu’apa Denys se rendait vers l’homme de Dieu, apa Pakhôme, elle se leva, alla vers lui et le pria en disant : « Je sais que l’homme de Dieu, apa Pakhôme, est ton ami ; je désire que tu me mènes à lui afin que je le voie ; car j’ai confiance que si je le vois seulement, le Seigneur me donnera guérison. » Denys fut persuadé à ces mots, parce qu’il connaissait la foi qui la remplissait.
On la fit alors monter dans une barque, ils allèrent au nord vers notre frère alla le trouver et lorsqu’il eut fini de lui parler au sujet des frères que Pakhôme recevait à l’écart, il le pria en disant : « Je désire que lu le lèves, que nous allions à la porte pour une chose qui nous est nécessaire. » Et Pakhôme se leva, il le suivit dehors de la porte du monastère : ils s’assirent et parlèrent ensemble. Mais, la femme, dans sa grande foi, vint par derrière et lorsqu’elle eut seulement touché son vêtement, elle fut guérie. L’homme de Dieu, apa Pakhôme, fut triste de cette chose jusqu’à la mort, parce qu’en tout temps il fuyait la gloire des hommes. II y avait un petit monastère à deux milles environ au sud de Tabennîsi : le père de ce monastère venait une foule de fois vers notre père Pakhôme, parce qu’il était son ami et l’aimait beaucoup ; et les paroles de Dieu qu’il lui entendait dire, il les disait à ses moines, afin qu’ils fussent aussi remplis de crainte en présence des commandements de Dieu.
Il arriva qu’un frère de son monastère lui demandant une charge, il lui dit : « Notre père, apa Pakhôme, m’a ordonné de ne pas faire cela, parce que tu n’en es pas digne. » Le frère se mit en colère, il l’entraîna, disant : « Viens, allons vers lui afin qu’il me confirme la chose. » Le supérieur le suivit en hésitant, triste de ce qui allait lui arriver. Lorsqu’au nombre de trois frères, ils furent ils le trouvèrent occupé à bâtir un endroit du mur du couvent. Le frère, s’étant approché de notre père apa Pakhôme, lui dit dans une grande colère : « Descends, confirme-moi mon péché, ô Pakhôme, l’homme menteur ! » L’homme de Dieu, Pakhôme, dans sa longanimité, ne lui répondit pas un seul mot : l’autre continua et dit à notre père Pakhôme : « Qui t’a forcé de dire un mensonge ?
Tu te vantes de voir à l’extérieur, et ton œil est fermé ! « L’homme de Dieu, apa Pakhôme, reconnut les ruses du diable qui était dans le frère, il lui dit avec dignité : fut calmé de sa méchante colère. Alors notre père Pakhôme prit à l’écart le père de ce monastère, il lui demanda : « Qu’est-il arrivé à ce frère ? »
L’autre lui dit : « Pardonne-moi, seigneur mon père, car il m’a demandé une chose dont il n’est pas digne ; comme je savais qu’il ne m’écouterait pas, j’ai prononcé ton nom, pensant que peut-être il se calmerait ; car je sais que rien ne t’est caché. Mais voici qu’il a ajouté l’iniquité à ses autres maux. »
Notre père Pakhôme lui dit : « Écoute-moi, donne-lui cette (charge), afin que par cette occasion nous arrachions son âme des mains de l’ennemi ; car si tu fais du bien à un méchant homme, il revient au sentiment du bien : car l’amour de Dieu (veut) que nous endurions souffrance les uns pour les autres. » Mais lorsque ceux-là eurent entendu les paroles d’enseignement de notre père saint, apa Pakhôme, ils le quittèrent dans une grande consolation, rendant gloire à Dieu. Lorsqu’ils furent arrivés à leur monastère, le père de ce monastère donna la charge au frère qui l’avait demandée, selon la recommandation de notre père Pakhôme. Après quelques jours ce frère vint à résipiscence, il retourna près de notre père saint, apa Pakhôme, il baisa ses mains et ses pieds, lui disant : « Vraiment, homme de Dieu, tu es élevé beaucoup au-dessus de ce que nous avons entendu dire de toi chaque jour ; car le Seigneur sait que si tu n’avais pas été longanime au jour où je t’ai injurié, moi ne oc pécheur, et, si tu m’avais dit une parole dure, j’abandonnais le monachisme et redevenais laïque.
Sois béni, ô homme de Dieu, car le Seigneur m’a vivifié parla longanimité de ta douceur, seigneur mon père. « Il arriva un jour qu’un homme amena sa fille à notre père saint, apa Pakhôme : elle avait une grande maladie, un démon était en elle. (Son père) désirait que Pakhôme la guérît. Lorsqu’on eut envoyé (lui apprendre cela) par l’intermédiaire du frère portier, il manda au père au dehors, disant : « Envoie-moi une robe qui lui appartienne et qu’elle n’ait pas portée depuis qu’on l’a lavée. » On la lui porta propre, et lorsqu’il l’eut regardée, il la renvoya au dehors en disant : « La tunique est certes sienne ; mais elle ne garde pas la pureté de la vie religieuse ; maintenant donc qu’elle confesse qu’elle la gardera, et nous croyons que Dieu la guérira.
« Quand son père entendit ces paroles, il fut troublé grandement : il se mit ensuite à la scruter, et elle lui dit ce qu’elle avait fait, promettant de garder la (pureté) et de ne pas pécher de toute sa vie. Alors Pakhôme pria sur un peu d’huile, la lui envoya pour s’en oindre avec foi : aussitôt elle fut guérie au nom du Seigneur. Un autre (homme) amena aussi son fils à notre père, apa Pakhôme : un démon difficile (à chasser) était en lui, et le père suppliait Pakhôme de prier sur l’enfant, afin que celui-ci fût guéri. Lorsque notre père Pakhôme fut entré dans le monastère, il envoya le frère portier en lui disant : « Va, prends un pain des frères, porle-le dehors à celui dont le fils est malade et dis-lui : Donne de ce pain à ton fils et crois dans le Seigneur et il sera guéri.
« Et lorsque le père du malade eût pris le pain, il le baisa trois fois. Ensuite, à l’heure où son fils avait faim, il prit un peu du pain des frères, il le mélangea avec d’autre pain et le plaça en présence de son fils1. Lorsque l’enfant se fut assis pour manger, il mangea les autres (morceaux de) pain, mais il ne loucha pas au pain des frères. Son père mangea ensuite des dattes et des fromages, il y jeta quelques (bouchées de) pain : l’enfant mangea les dattes et les fromages, mais il rejeta les (bouchées de) pain qui étaient parmi, il mangea seulement les dattes et les fromages. Alors son père le laissa sans manger et sans boire pendant deux jours, si bien qu’il était sans force. Ensuite le père fit cuire un peu de soupe, la plaça devant lui 1: l’enfant s’assit, mangea à la manière dont son cœur était disposé.
Ensuite le père envoya un peu d’huile à notre père Pakhôme qui pria sur elle. Lorsque le malade fut couché, son père l’en oignit au nom du Seigneur Jésus et il fut aussitôt guéri. Ainsi il s’en alla dans sa maison en paix, rendant grâces à Dieu et aux prières de notre père saint, apa Pakhôme, l’homme de Dieu. Le Seigneur opérait par ses mains une foule de guérisons ; et, s’il arrivait qu’il priât sur quelqu’un pour son salut et que le Seigneur ne lui accordât pas sa demande, il ne s’attristait pas de n’avoir pas été exaucé, mais il priait en tout temps et disait : « Que ta volonté soit faite ! » Comme il était assis un jour parlant avec les frères, il dit : « Ne pensez pas que les guérisons corporelles soient des guérisons ; mais les véritables guérisons, ce sont les guérisons par la suite dans le chemin du Seigneur, si bien qu’il voie au dehors et connaisse celui qui l’a créé, n’est-ce pas la guérison, le salut de l’âme et du corps tout à la fois, pour l’éternité, devant le Seigneur ?
Et cet autre que le mensonge rend muet et qui ne dit pas la vérité, si on le prêche et qu’il marche dans la justice, n’est-ce pas encore une guérison ? Et cet autre dont les mains sont mutilées par la négligence à observer les commandements de Dieu, si on le prêche et qu’il fasse le bien, n’est-ce pas aussi une guérison ? Et celui qui est fornicateur, orgueilleux, si on lui indique le chemin et qu’il se repente, n’est-ce pas de même une guérison ? « Il arriva un jour que notre père Pakhôme était quelque part avec les frères à cueillir des roseaux et Théodore préparait aux frères ce dont ils avaient besoin (pour manger). Ensuite un jour notre père Pakhôme rentra au soir et se coucha sur une natte : son corps était fatigué. Théodore prit un vêtement de poils (en) bon (étal), il l’en revêtit ; mais notre père Pakhôme lui dit : « Enlève ce vêtement de dessus moi ; couvre-moi d’une natte, comme (l’on fait) à tous les frères, jusqu’à ce que le Seigneur m’apporte le repos.
« Théodore fit ce qu’il lui avait dit. Il remplit ensuite sa main de dattes et les lui présenta en disant : « Tu n’as rien mangé jusqu’à présent, ô mon père. » Mais Pakhôme ne les prit pas et il lui répondit avec une très grande tristesse : « Si nous devons pourvoir à la souffrance et aux nécessités des frères et que nous nous mettions à l’aise à ce sujet où est la crainte de Dieu ? Est-ce que tu as inspecté les cabanes des frères, pour voir si quelqu’un d’entre eux est malade ? Ne pense pas que ce soient de petites choses que tu m’as présentées, car Dieu est un juge qui recherche toute chose. » Puis il resta malade et couché jusqu’à ce qu’il eût passé deux jours sans manger : il se levait (seulement) un peu pour prier à cause de l’ardeur de son cœur et de son amour pour Dieu.
Le troisième jour il fut soulagé de la maladie, il se leva, marcha et mangea avec tous les frères.
Une autre fois il fut encore malade et triste jusqu’à la mort à cause de ses ascèses excessives ; on le conduisit à l’endroit où étaient couchés les frères malades, afin qu’il mangeât quelques légumes. Il y avait en ce lieu un autre frère couché, si malade que tout son corps ne consistait qu’en os1 par suite de la longueur de la maladie. Ce frère demandait à ceux qui le servaient un peu de viande à manger ; mais ils ne voulaient pas lui donner de viande et lui disaient : « Ce n’est pas notre coutume de faire ainsi. » Lorsque le malade vit qu’on ne lui donnait pas de viande, il dit à ceux qui le servaient : « Prenez-moi et conduisez-moi vers notre père. » Lorsqu’on l’eût mené, Pakhôme fut tout surpris de la manière que sa chair s’était consumée, et, pendant qu’il le regardait, il eut une faiblesse.
Aussitôt on lui apporta quelques légumes pour qu’il les mangeât ; mais il soupira en disant : « O vous qui faites acception des personnes, où est la crainte de Dieu qui dit : Aime ton prochain comme toi-même ? Ne voyez-vous pas ce frère comme il a dépéri,1 pourquoi ne lui avez-vous pas donné la viande qu’il demande ; car Dieu sait que si vous ne donnez pas de viande à celui qui en a demandé, nous ne mangerons, ni ne boirons. Il n’y a pas de différence entre les malades. Est-ce que toute chose n’est pas pure pour les purs ? » Et pendant qu’il parlait ainsi, ses yeux versaient des larmes. Il reprit et leur dit : « Vive le Seigneur ! Si je m’étais trouvé au monastère le jour qu’il a demandé ce qu’il désirait, je ne l’aurais pas laissé dans cette grande douleur, alors qu’il est tellement malade.
« Lorsque les frères eurent entendu cette parole de notre père Pakhôme, ils envoyèrent en toute hâte acheter un petit chevreau, ils le préparèrent bellement et le placèrent devant le frère qui (en) mangea. Ils apportèrent ensuite quelques légumes cuits à notre père Pakhôme, il en mangea aussi comme l’un des frères de son monastère. Il arriva, lorsque les frères se furent multipliés à se mit (à prier le Seigneur cà ce sujet : on lui dit dans une vision : « Lève-toi, va vers le nord, vers ce village désert au nord de ton (couvent), nommé Phbôou ; bâtis en cet endroit un monastère, car il sera pour loi un fondement et un nom glorieux éternellement. » Il se leva aussitôt, prit quelques frères avec lui, marcha au nord vers ce village : il y passa des jours avec les frères jusqu’à ce qu’il eût bâti le mur d’enceinte du monastère.
Il bâtit ensuite une petite église1 selon la pensée de l’évêque de Diospolis ; il bâtit aussi les maisons2. Il (y) établit des surveillants et des seconds, selon les règles du premier monastère, et visita le second, le jour et la nuit, comme c’est l’office d’un bon pasteur. Ensuite, un vieillard ayant appris la réputation de notre père Pakhôme, envoya vers lui le prier et lui dire : « Je désire que mon monastère soit sous la règle1 du cénobitisme que Dieu t’a donnée, et que tu nous donnes les règles que lu as reçues du ciel. » Et lui, il se leva, il alla dans ce lieu avec quelques frères qui l’accompagnaient, il réglala maison, les surveillants et lessecondsselon des autres (couvents). Il leur faisait des recommandations, allant vers eux une multitude de fois, les consolant dans les lois de Dieu et les souffrances des saints.
Quelque temps après, un grand (moine), ancien et puissant (en bonnes œuvres), nommé apa Jonas, père d’une communauté nommée Tmouschons 1 envoya vers notre père Pakhôme. Pakhôme se leva, prit avec lui trois frères et se rendit vers Jouas2. Le plus grand parmi eux prit la parole et dit : « Vous vous glorifiez beaucoup d’être de grands moines et de dire des paroles sages, maintenant avez-vous jamais entendu dire qu’on apporte des olives à Akhmin et qu’on les (y) vende?… Apa Cornelios lui répondit et dit : « Nous avons entendu dire quelquefois qu’on apporte des olives à Akhmin afin qu’elles produisent de l’huile ; mais on les sale aussi avec du sel, afin qu’elles ne se perdent pas. Nous sommes le sel, nous qui sommes venus ici pour vous rendre sapides, vous qui êtes sans saveur plus qu’un grand nombre dans le monde entier, car vous vous glorifiez et dites : Nous sommes des maîtres savants ; et voici que vos paroles sont vaines, car toute parole de cette sorte est mauvaise grandement.
« Pour eux, ils s’en allèrent tout honteux, parce qu’ils n’avaient pas prévalu dans leur vaine science contre ceux qui avaient la vraie science du Seigneur. Mais lorsque le philosophe fut arrivé vers ses compagnons et leur eut dit la manière dont ils avaient été couverts de honte, le plus grand d’entre eux prit la parole, le réprimanda et lui dit : « C’est tout ce que tu as demandé ? C’est moi qui vais aller maintenant discuter avec eux sur les Écritures. » Aussitôt il se leva dans un grand orgueil, et d’autres avec lui : ils allèrent jusqu’au monastère et envoyèrent chercher notre père Pakhôme. Quant à lui, il appela Théodore et l’envoya les trouver avec un autre frère pour répondre à leur aveuglement. Lorsqu’ils furent sortis, le philosophe leur dit : « C’est votre père que je demande pour parler avec lui sur les Écritures.
« Théodore répondit et lui dit avec humilité : « Tu n’as point de part avec le serviteur du Christ. ni donc, dis tes discours charnels et le spirituel te répondra. »
L’autre lui dit alors : « Vous vous glorifiez parce que vous pensez savoir les Écritures et leurs explications tout à la fois ; maintenant donc, dis-moi qui n’a pas été engendré et qui est mort, qui a été engendré et n’est pas mort, qui est mort et n’a pas été corrompu. »
Théodore répondit et dit : « 0 vous dont l’esprit est percé comme un tonneau, (vous dont les pensées) se dissipent comme une nuée et se perdent, celui qui n’a pas été engendré et qui est mort, c’est Adam ; celui qui a été engendré et qui n’est pas mort, c’est Enoch ; ce qui est mort et n’a pas été corrompu, c’est la femme de Loth, qui est devenue une colonne de sel pour rendre sapides tous ceux qui, comme vous, n’ont pas d’esprit et se glorifient de leur vanité. » Et lorsque le philosophe eut entendu ces paroles, il fut grandement troublé en lui-même à cause des paroles sages du juste apa Théodore : le philosophe dit alors à apa Théodore : « Dis à votre père : O toi qui as bâti à maison sur la pierre immuable et inébranlable dans le ciel pour l’éternité, béni sois-tu et (bénies) les générations spirituelles sorties de toi ; car on vous a accordé un esprit lumineux qui atteint démiurge de toute chose : que nul (homme) né de la femme ne s’oppose à votre œuvre qui deviendra puissante, qu’elle s’affermisse, qu’elle s’étende jusqu’aux extrémités de la terre entière.
« Quand le philosophe eut dit ces paroles, il inclina son cou vers apa Théodore, puis s’en alla vers sa maison avec ceux qui l’accompagnaient, admirant la grâce de Dieu qui avait parlé par Théodore. Quand notre père Pakhôme apprit ces choses de Théodore, il admira et s’écria, disant : « Sois béni, Seigneur mon Dieu, car tu as couvert de honte Goliath et quiconque hait Sion. » Ensuite il prit force dans l’Esprit-(Sainl), il travailla avec les frères jusqu’à ce qu’il eût parfait le monastère en toute chose selon les règles des autres couvents, élablit sur eux un père, c’est-à-dire apa Samuel, homme allègre dans l’esprit de Dieu. Puis, après les avoir confiés au Seigneur, il s’en alla ; mais une multitude de fois il alla les visiter, parce qu’il était un berger sous le Christ, le bon pasteur par excellence.
Il y avait quelqu’un qui se nommait : parce qu’il était sous le grand pasteur bon, le Christ. important du nome de Hou, l’esprit de Dieu habitait en lui depuis qu’il était dans la maison de ses parents. Ses parents étaient de grands (personnages) et ils possédaient de grands biens. Quant à lui, il désirait se retirer loin des hommes ; il alla dans un endroit, sur la terre de ses parents ; il s’y bâtit un monastère nommé Thebîou 1; tous ceux qui voulaient vivre pour Jésus le Christ s’y réunirent. Et, lorsqu’il entendit parler du parfum du cénobitisme, Pétronios envoya dire à notre père Pakhôme : « Que je sois digne que ta charité vienne vers moi, afin que, nous aussi, nous nous mettions à l’ombre de ce cénobitisme saint qui t’a été donné par Notre-Seigneur Jésus.
« Notre père Pakhôme se leva, il alla en compagnie de frères, il régla ce (couvent) en toute chose, avec les surveillants et leurs seconds, selon la règle des autres (monastères). Quant à apa Pétronios, avec un (autre) qui était leur père et se nommait Peschcnlhebo, et un de ses frères nommé Peschenapahi, c’étaient des hommes craignant Dieu. se mit à leur parler la parole de Dieu, à eux et à toute leur maison ; il les fit moines et ils devinrent accomplis bellement. Ensuite, tout ce qui leur appartenait, soit brebis, soit boucs, soit vaches, soit chameaux, soit ânes, soit chars, soit barques, Pétronios le donna à la communauté de notre père Pakhôme. Ensuite, par la providence de l’Esprit-Saint qui le mouvait, Pakhôme prit des frères, alla vers le nord aux environs de la ville d’Akhmin ; il bâtit un autre monastère en cet endroit qu’on appelle Tesminé3, et il le parfit bellement à la manière de tous les autres monastères.
Il prit le pieux apa Pétronios, il l’établit père en cet endroit, comme il lui avait été ordonné de la part de Dieu. Il lui confia aussi le soin d’un second monastère proche de lui, afin que sa parole les dirigeât, car sa parole était pleine de saveur3. Ensuite, sur Thebîou, il établit un autre père excellent, nommé Apollonios, afin qu’il gouvernât les frères à la manière du saint apa Pétronios. Quelque temps après, on lui dit, dans une vision, de bâtir un autre monastère dans le sud ; il se leva donc, il prit des frères, marcha au sud, vers la montagne d’Esneh, dans un lieu nommé Plienoum et lorsqu’il eut commencé à bâtir le mur d’enceinte du monastère, l’évêque de ce nome-là réunit une grande foule et ils vinrent pour le combattre et le chasser de cet endroit.
Mais l’homme de Dieu, notre père Pakhôme, souffrit les dangers jusqu’à ce que le Seigneur les eut dispersés au-dessus de lui et qu’ils se fussent enfuis devant lui. Il bâtit ensuite le monastère, qui était très grand, il le parfit bellement en toute chose, selon les règles des huit autres monastères qu’il avait bâtis ; il amena un père excellent, nommé Sourous, il l’établit sur eux, car ce père avait la force de les affermir dans les commandements de Noire-Seigneur Jésus. Quant à notre père Pakhôme, il priait pour eux une foule de fois et pour chacun des monastères, les réchauffant tous dans la parole de Dieu, comme une nourrice qui réchauffe ses enfants dans l’amour de son cœur. Il arriva qu’un jour, au temps où ils faisaient leurs petits pains, Pakhôme prit deux autres frères et monta sur une petite barque, afin d’aller à Themouschons visiter les frères.
Quand le soir fut (venu), ils se préparèrent à manger leurs petits pains, et lorsqu’ils se furent assis, ils mangèrent de tout ce qui était devant eux, fromage, olives ou ravenelles. Quant à notre père Pakhôme, il tenait les yeux baissés à terre et versait des larmes ; il ne mangea rien qu’un peu de pain. Quand ils eurent fini de manger, l’un d’eux observa que Pakhôme pleurait, et il lui dit : « Mon père, pourquoi, quand nous mangions, n’as-tu rien mangé que du pain, et pourquoi pleures-tu ? » Notre père Pakhôme lui dit : « Je pleure parce que vous n’avez nulle crainte de Dieu, (à en juger) par la manière dont vous avez mangé avec insatiabilité tout ce qui était devant vous : car il faut que l’homme qui pense aux choses du ciel s’abstienne en toute chose, selon lu parole de l’apôtre Paul.
Pour moi, quand j’ai su que les pains étaient se « Il leur dit de nouveau : « Voulez-vous que nous passions cette nuit dans la veille ? »
Ils lui dirent : « Oui. »
Il leur dit : « Il y a trois manières de veiller, qui m’ont été apprises par le saint vieillard, mon père apa Palamon ; je vous les dirai aussi, afin que vous en choisissiez une. Ou priez depuis le soir jusqu’au milieu de la nuit, et ensuite couchez-vous jusqu’à l’heure de la synaxe ; ou couchez-vous jusqu’au milieu de la nuit et priez jusqu’à l’heure de l’aurore ; ou passez quelque temps à prier et quelque temps à dormir jusqu’à l’aurore. » Eux, ils choisirent de passer quelque temps dans la prière et quelque temps dans le sommeil. L’homme de Dieu se mit à leur fixer les heures de sommeil et (celles) de la prière, comme ils l’avaient dit ; l’un des frères perdit courage ; il se retira dans un lieu solilaire et se coucha ; au contraire, un autre supporta la veille dans la prière, avec notre père Pakhôme, jusqu’à l’aurore.
Lorsque l’heure de la synaxe fut venue, ils réveillèrent celui qui s’en était allé dormir ; ils firent la synaxe ; puis celui qui avait supporté (la veille) jusqu’à l’aurore s’en alla et se coucha dans le ventre de la barque. Quant à celui qui s’était couché, il rama avec notre père Pakhôme jusqu’à ce qu’on fût arrivé à Themouschons. Lorsque Pakhôme fut arrivé au monastère, il embrassa tous les frères, ainsi qu’apa Corneille, qui était hégoumène sur eux, par ordre de notre père. Apa Corneille interrogea les frères qui étaient venus sur la barque, et leur dit : « Qu’a fait notre père, ces jours-ci ? »
Ils lui dirent : « Cette nuit, il nous a donné une leçon1. »
Et il leur dit : « O lâcheté des hommes de ce temps, avez-vous bien pu laisser ce vieillard sans force vous vaincre, vous autres jeunes gens ? » Lorsque le soir fut venu et qu’ils sortirent de manger leurs petits pains, notre père Pakhôme dit à apa Corneille : « Yeux-tu que nous nous mettions à faire quelques prières ? »
Apa Corneille dit : « Fais ce que tu désires. » Ainsi ils se tinrent debout, ils prièrent, ils restèrent à prier sonna pour la synaxe, apa Corneille cessa (sa prière) et dit à notre père Pakhôme : « Mon père, que t’ai-je fait pour que tu me donnes ainsi une leçon ? Tu ne m’as pas (même) laissé boire un peu d’eau lorsque je suis sorti de manger hier au soir. »
Notre père lui dit : « 0 Corneille, est-ce que tu as bien pu laisser un vieillard sans force te vaincre ? » Apa Corneille sut qu’on l’avait instruit de la part de Dieu (de ce qu’il avait dit) à l’heure où il avait réprimandé les frères en disant : « Vous avez laissé un vieillard sans force vous vaincre. » Aussitôt il s’humilia devant lui, disant : « Pardonne-moi, mon père, je sais que j’ai péché, parce que je n’ai pas parlé avec droiture. » Ils allèrent ensuite faire la synaxe. Et lorsqu’ils (en) sortirent, ils allèrent à Thebîou, il visita les frères et retourna à Phbôou en toute hâte. Lorsqu’il arriva à Phbôou, il établit sous lui apa Paphuuli, le frère de Théodore, pour tenir l’économat des monastères, parce que c’était un homme qui avait pour lui la parole et les actions, consommé en toute vertu du Seigneur.
Il arriva qu’un jour notre père Pakhôme étant couché malade, on lui fit un peu de ragoût 1 très bon, afin qu’il le mangeât, parce qu’il était malade. apporté, il le versa dans le ragoût, et le pressa avec la main jusqu’à ce que l’huile qui était dedans se fut écoulée. Il dit ensuite à Théodore : « Verse de l’eau sur mes mains afin que je les lave. » Il lava ses mains et versa l’eau sur les pieds de Théodore. Celui-ci lui demanda ensuite : « Qu’as-tu fait, mon père ? »
Notre père Pakhôme lui dit : « J’ai versé de l’eau dans le petit (plat de) légumes, afin de lui enlever la douceur du plaisir qu’il m’aurait donné1, afin qu’il ne fût pas pour moi comme l’eût désiré mon goût charnel 2; quant à l’eau que tu as versée sur mes mains pour les laver, toi, tu m’as lavé les mains, et moi je t’ai lavé les pieds. Et tout cela, je l’ai fait afin que l’on ne me reproche pas au jugement que tu as été mon serviteur ; car je dois être le serviteur de tout le monde. »
Il y avait dans le monastère un frère, que notre père Pakhôme avait souvent réprimandé pour son salut. Un jour, Théodore lui parla, parce que le cœur de ce frère était à tel point perdu qu’il voulait quitter les frères ; et il dit à Théodore : « Moi aussi, je ne demeurerai pas avec ce vieillard, dont les paroles me transpercent ainsi3. »
Théodore a. répondit avec une malice pleine de sagesse, voulant enlever le fardeau de dessus ce frère, qui disait : « Toi aussi, ton cœur est las1. »
Théodore lui répondit : « Je suis las plus encore que toi ; mais cependant soyons d’accord l’un avec l’autre, jusqu’à ce qu’il s’irrite une autre fois ; mais s’il est doux avec nous, nous resterons avec lui ; sinon, nous nous en irons tout seuls, tous les deux, dans un (autre) endroit. » Lorsque le frère entendit ces paroles, il fut consolé grandement, grandement, de ce que Théodore lui avait dit. Quant à Théodore, il alla trouver notre père Pakhôme en cachette de ce frère, il lui raconta toute chose. Notre père Pakhôme lui répondit : « C’est bien ; mais cependant, lorsque tu auras atteint la nuit, amène-le moi, et viens comme pour me chercher querelle, et moi, (selon) ce que le Seigneur mettra dans ma bouche, je persuaderai son cœur au sujet de ce qu’il désire.
« Cette nuit-là même, Théodore alla trouver ce frère, il lui dit : « Levons-nous, allons vers notre père pour voir nous dira (et) de quelle manière (il nous parlera). » Aussitôt, le frère le suivit avec joie. Dès qu’ils furent arrivés près de notre père Pakhôme, ils commencèrent de lui parler ; mais notre père Pakhôme répondit disant : « Pardonnez-moi, j’ai péché ; car vous êtes dignes d’être traités par votre père comme de bons enfants. » Mais Théodore commença de lui faire des reproches, comme s’il eût vraiment été en colère. Le frère prit la parole et dit à Théodore : « Il nous suffit, c’est assez ; je suis consolé grandement. » Et c’est ainsi que Théodore, par une bonne ruse, rendit service au frère qui était las (de la vie monacale.) Il y avait parmi les frères un frère qui se mit à prier notre père Pakhôme en disant : « Si tu ne me laisses pas aller visiter mes parents1, je m’enirai, je redeviendrai laïque.
« Pakhôme aussitôt appela Théodore et lui dit : « Je connais à sagesse et la manière dont tu t’attristes avec ceux qui sont dans l’angoisse ; maintenant donc tu te soumettras2 à ce frère pour aller avec lui visiter ses parents et employer tous les moyens de le ramener on vers nous ; car il y a en lui une foule de bonnes choses. De plus nous savons que la volonté de Dieu est que nous nous fassions tout à tous pour sauver les âmes des mains de l’ennemi qui combat contre elles ; Dieu te donnera le salaire de tes souffrances. » Théodore obéit avec grande humilité. Il accompagna le frère, et lorsqu’ils furent arrivés à l’endroit (où ils allaient), ils eurent hesoin de manger un peu de pain et de se reposer. Le frère dit à ses parents : « Préparez-nous les nourritures que les moines mangent, cà l’écart.
« Lorsqu’ils les eurent préparées, le frère dit à Théodore : « Lève-toi, mangeons un peu. » Mais Théodore ne voulait manger quelque chose dans aucune maison mondaine, parce que ce n’était pas son habitude ; cependant, lorsqu’il regarda le frère, dont le visage était affligé, il connut son affliction et se dit en lui-même : « Seigneur, si je n’accède pas à son désir en toute chose, il ne viendra pas avec moi ; surtout, comme aucun laïque ne nous verra manger et que nous ne mangerons rien en dehors de la nourriture des moines. » Ainsi il un peu, comme se sacrifiant lui-même, se faisant tout à lui, afin de le ramener au monastère. Et lorsqu’ils furent arrivés au monastère, Théodore apprit à notre père Pakhôme toute chose qui avait eu lieu ; mais notre père ne le réprimanda pas, sachant qu’il avait agi ainsi, non de sa propre volonté, mais à cause de Dieu et pour le salut du frère.
Ensuite Théodore parla seul à seul avec le frère sur les Écritures, afin de lui persuader de ne plus aller visiter ses parents, et il lui dit : « Sais-tu de quelle manière il faut expliquer cette parole qui est dans l’Évangile : « Celui qui me suit et qui ne hait pas son père et sa mère », et le reste qui vient après. »
Le frère lui dit : « L’Écriture emploie des paroles sublimes1, afin que nous puissions en atteindre une partie : comment pourrions-nous haïr nos parents ? »
Théodore lui dit : « Vraiment voilà la foi des hommes de Tabennîsi ! l’Évangile dit ceci, et toi, de loi-même, tu dis autre chose. Mais le Seigneur sait que, si telle est votre foi, je m’en irai dans le petit monastère d’où je suis venu ; car les vieillards que j’y ai laissés ne renient jamais l’Évangile. » Après avoir ainsi parlé, il se retira dans un endroit, faisant semblant de se cacher quelque temps. Le frère alla trouver notre père Pakhôme, il lui apprit tout, et notre pèrePakhôme dit au frère : « Ne sais-tu pas que notre frère Théodore est une plante nouvelle, tandis que tu as vieilli dans la souffrance 1? Maintenant donc, est allé d’ici, nous n’en aurons pas bonne renommée. » Le frère alla chercher Théodore, il (s’efforça de) le persuader par des paroles.
Théodore lui dit : « Si tu veux que je reste ici, confesse-moi en présence du Seigneur et des frères que tu t’en tiendras aux Évangiles en toute chose2. » Le frère promit de ne plus aller voir ses parents à partir de cette heure, et c’est ainsi que Théodore employa une bonne ruse pour amener ce frère à la perfection des saints Évangiles. Il arriva un jour qu’un ange du Seigneur parla à notre père Pakhôme frère qui faisait de grandes dévotions et des ascèses nombreuses, les faisant non pour Dieu, mais par vaine gloire ; (et l’ange lui parla ainsi) afin que Pakhôme prêchât ce frère pour son salut, disant : « Il est écrit : « Je ne suis pas venu du ciel pour accomplir ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. »
« Maintenant donc, écoutemoi, lorsqu’on sonnera les frères pour manger à midi, va aussi manger un peu ; mange un peu de la nourriture dont on mangera, mais ne mange pas à satiété ; et lorsqu’on sonnera au soir, allons, mangeons ce qu’il nous faut. Écoute-moi, car je vois l’ennemi qui te hait et désire la perte de tes souffrances. » Le frère écouta avec joie toutes les paroles que Pakhôme lui dit ; puis, lorsqu’à midi on sonna les frères pour manger, il se leva aussi, il se demanda s’il mangerait avecles frères, il suivit l’erreur se disant en lui-même : « Où est-il écrit : ne jeûne pas ? » Et ainsi il suivit la vaine pensée de son cœur, il n’entra pas pour manger avec les frères. Notre ai père Pakhôme était attristé à son sujet ; ensuite il appela Théodore, l’envoya vers ce frère lui disant : « Va voir ce que ce frère fait ; si tu le trouves à prier, saisis-le (et tiens-le) jusqu’à ce que j’arrive et aussitôt la vaine gloire se montrera promptement en lui.
« Théodore fit comme notre père Pakhôme lui avait ordonné, et lorsqu’il fut arrivé vers le frère, il le trouva en prière, le saisit ; aussitôt le frère se mit en colère comme le démon, il prit une grosse pierre pour la jeter sur la tête de Théodore et le tuer, et il disait à Théodore : « Impie, m’empêcheras-lu de prier le Seigneur Dieu ? » Mais Théodore le réprimanda et aussitôt le démon qui était dans le frère se calma. Le démon dit : « Veux-tu savoir que ceux qui chantent avec plaisir, c’est moi qui agis en eux?Si tu ne me crois pas, écoute ce frère qui chante, car il va répéter ce verset neuf fois. » Or il y avait un frère qui chantait dans sa cellule le commencement du cantique de Moyse, disant : « Chantons le Seigneur, car II s’est glorifié dans la gloire !
« écouta et il en fut comme avait dit le démon. Et il s’étonna pensant aux ruses du démon, (se) disant que l’homme ne pouvait se sauver que par une multitude d’angoisses. Et comme Théodore était assis près du frère, le gardant, notre père Pakhôme vint à lui ; il se tint debout avec Théodore, ils prièrent pour le frère, le Seigneur le guérit, lui ouvrit les yeux du cœur ; le frère vit quelle sorte d’œuvre il avait faite ; non comme un insensé, mais comme un sage, il rendit gloire à Dieu. Il arriva un jour que notre père Pakhôme prit les frères et descendit vers le puits du monastère afin qu’on le curât. Il y avait un vieillard qui s’était retiré du monde, mais il n’y avait pas longtemps qu’il s’était fait moine ; il commença de murmurer disant : « Ce vieillard va-t-il faire descendre les fils des hommes en ce puits pour les tuer !
« Cette nuit même, il se vit dans un songe comme s’il était au-dessus de ce puits ; il regarda, il vit un homme lumineux dans sa gloire qui était au milieu des frères travaillant avec joie et qui leur disait : « Prenez pour vous l’esprit d’obéissance et de force ; mais, toi, vieillard, prends l’esprit d’incroyance dans les saints. » Et lorsque parut l’aurore de ce jour, le vieillard alla au milieu des frères pendant la synaxe, il leur révéla ces choses, prosterné sur son visage en présence de tous les frères.
Une fois notre père étant avec les frères à cueillir des roseaux, ils allaient un jour et se dirigeaient vers la barque, tous chargés de roseaux, suivant notre père Pakhôme, méditant les saintes Écritures. Lorsqu’ils furent arrivés à mi-chemin, il regarda en haut vers le ciel, il vit une grande révélation : il jeta ensuite sa charge de roseaux ainsi que les frères ; ils se tinrent debout, priant. Mais l’homme de Dieu resta une grande heure stupéfait de la terrible vision qu’il avait vue : il se jeta sur son visage et continua de pleurer longtemps, et les frères qui l’accompagnaient pleuraient aussi de nombreuses larmes. Lorsqu’il se fut levé (après être resté) prosterné à terre, les frères l’interrogèrent en disant : « Apprends-nous ce que tu as vu, ô notre père ? »
Pour lui, il s’assit, il leur parla la parole de Dieu et leur dit : « J’ai vu toute la communauté cénobitique dans une grande souffrance ; de grandes flammes de feu environnaient les uns qui n’en pouvaient sortir ; les autres se trouvaient au milieu des épines dont les piquants étaient entrés1 en eux et qu’ils ne pouvaient arracher ; d’autres étaient tombés dans une monter à cause de la hauteur du précipice et ils ne pouvaient se jeter dans le fleuve à cause des crocodiles qui leur dressaient des embûches. Maintenant donc, malheur à moi, mes enfants, car je pense qu’après ma mort toutcela arrivera aux frères. » Il se leva ensuite, pria, chargea son fardeau de roseaux, les frères aussi chargèrent leurs fardeaux, et (ils marchèrent) en méditant jusqu’à ce qu’ils arrivassent à la barque.
Et lorsqu’ils furent arrivés à la barque, un frère ancien et anachorète qui habitait près de cet endroit, vint le visiter lui et tous les frères : après l’avoir embrassé, Pakhôme envoya Théodore en lui disant : « Va, prépare quelque chose à manger dans ta cellule pour ce frère qui est venu vers nous. » Mais Théodore, après être parti, s’assit, pensant que Pakhôme lui avait dit : « Laisse-moi parler avec le frère. » Ensuite Pakhôme envoya un autre frère ; mais celui-ci, sans avoir compris ce qu’il lui avait dit, s’en alla et s’assit. Alors notre père (mauvais), il se leva, prépara lui-même le repas, fit manger le frère et le congédia. Puis, il appela Théodore et lui dit : « Si ton père selon la chair t’ordonnait quelque chose, lui désobéirais-tu ? Pourquoi n’as-tu pas écouté mon ordre de donner à manger à ce frère qui était venu vers nous ? »
Théodore répondit : « que je parle avec ce frère. » Et lorsque l’autre frère eut été appelé, il dit aussi la même chose. Notre père Pakhôme soupira, disant : « Je sais que c’est l’esprit mauvais qui empêche une bonne action, mais béni soit le Seigneur qui donne la sagesse et la longanimité à tous ceux qui l’aiment ; car une multitude de fois j’ai entendu les esprits mauvais se parler les uns aux autres sur les maux de diverses sortes qu’ils fout aux hommes. Un jourj j’ai entendu un démon tout triste dire à un autre démon : « Je suis en ces jours à l’entour d’un homme difficile en tout ce qu’il fait, car au moment même que j’ai jeté en lui une pensée mauvaise, il se lève, prie, pleure vers le Seigneur, et moi je brûle (si bien) que je m’enfuie.
« L’autre démon dit : « Pour moi, tout ce que je conseille à celui en lequel j’habite, il le fait promptement ; (il en fait) même beaucoup plus. » C’est pourquoi gardez-vous maintenant de leurs mauvaises pensées ; car certes aujourd’hui dans une maison qui a cent chambres, si quelqu’un en achète une du maître de la maison, est-ce qu’on peut l’empêcher d’entrer en cette (chambre), quand même elle est au fond de toutes (les chambres). Il en est ainsi de l’homme fidèle : quand même il porterait tous les fruits de l’esprit, s’il en néglige un seul, est-ce qu’il ne sera pas faible près de l’ennemi en ce fruit ? Qu’il soit donc souvent sur ses gardes, qu’il soit victorieux de Satan même en cela, car il n’y a pas qu’une seule mesure pour les adorateurs de Dieu ; l’un est un chef riche de l’esprit, un autre est penlécontarque, un autre hécatontarque, un autre chiliarque, un autre un roi parfait, comme notre père Abraham auquel on a dit : « Tu es un roi devant le Seigneur ; »
et non pas un roi tout simplement, mais le Roi des rois était en lui1. « Et tout cela, notre père Pakhôme le disait dans la hutte sur la rive (du fleuve), en dessus de la barque, inspirant la crainte aux frères pour le salut de leurs âmes. Le lendemain à l’heure de l’aurore, il emmena les frères cueillir des roseaux, parce qu’ils n’avaient pas trouvé ce qu’il leur fallait. Il y avait parmi eux un vieillard qui était surveillant ; il se nommait apa Mauô. Il n’alla pas avec les frères en ce jour (mais il resta couché dans la hutte, comme s’il eût été malade, quoi qu’il ne fût pas malade ; il était en grande colère à cause des discours et des instructions qu’il avait entendus de notre père Pakhôme le soir (précédent) ; il se disait : « Quels sont ces grands discours que ce vieillard nous a dits (hier) au soir ?
Sommes-nous prêts à tomber en tout moment ? « Il était encore dans ces pensées que la bonté de Dieu voulut le guérir. Au même moment, un évêque envoya une lettre à notre père Pakhôme avec un moine portant un habit de poils1, en compagnie d’un autre frère. L’évêque écrivait ceci : « Voici, ce vieillard que je t’ai envoyé et qui a fait de grands actes de mortification, nous l’avons trouvé dans une faute de vol ; nous te l’envoyons afin que tu le juges, car c’est un moine. » Lorsqu’ils furent arrivés à l’endroit où se trouvaient la barque et la hutte, ils demandèrent notre père Pakhôme ; ils trouvèrent qu’il était sorti avec les frères pour cueillir des roseaux. Le vieillard apa Mauô les embrassa et leur dit : « Asseyez-vous un peu jusqu’à ce que notre père soit arrivé.
« Ensuite il dit à Théodore, car c’était lui qui préparait à manger pour les frèress : « Hâte-toi, prépare et donne à manger à ces frères qui nous sont venus, car je vois (à) la figure de ce grand homme que c’est un (moine) craignant Dieu. » À l’heure du soir, notre père Pakhôme revint avec les frères, chargé de roseaux ; lorsqu’il les eut embrassés, (le frère) lui donna la lettre que l’évêque avait écrite. Lorsque l’homme de Dieu eut lu cette (lettre), avec le jugement de Dieu qui était en lui il se châtia lui-même aussitôt à cause du péché que le moine avait commis. Le vieillard priait notre père Pakhôme en pleurant, manifestant son opprobre, avec une grande humilité de cœur. Notre père Pakhôme répondit : « Nous tombons tous une multitude de fois ; mais prions le Dieu miséricordieux et, si nous nous gardons dorénavant, il nous guérira.
« Lorsque Pakhôme eut dit cela, le vieillard s’en alla, le cœur tout consolé, avec le frère qui l’avait accompagné, à cause de la pénitence légère que notre père Pakhôme lui avait imposée. Lorsque le vieillard apa Mauô eut appris ces choses au sujet du vieillard, il fut étonné et rendit gloire à Dieu pour les paroles d’affermissement qu’il avait entendues, le soir, de notre père Pakhôme. Notre père appuyé sur le rocher inébranlable, chacun trouvera ce chemin ? Prions le Seigneur pitoyable et miséricordieux afin qu’il nous sau e des pièges de celui qui tend de mauvais pièges, du diable méchant. » Le vieillard Mauô répondit : « Pardonne-moi, ô mon père saint, ô homme de Dieu, parce que j’ai osé blâmer l’Esprit-Saint qui est en toi, par suite de l’ignorance de mon cœur.
« Ce jour-là était un dimanche ; notre père Pakhôme appela Théodore et lui dit : « Lorsque les frères seront allés manger au soir, remets ta charge à un autre frère, va à l’endroit où l’on se réunit pour (faire) la catéchèse. » Théodore fit ainsi. Et lorsque Théodore se fut approché de lui qui se tenait debout, parlant aux frères la parole de Dieu, aussitôt il le prit par la main au milieu des frères et lui dit : « Reste ici, parle-nous les paroles saintes de Dieu. » Et lorsque Théodore eut commencé de parler malgré lui, pendant que les frères se tenaient debout, quelques-uns d’entre eux se mirent en colère par orgueil, ils s’en retournèrent dans leurs maisons pour ne pas entendre les discours du Seigneur, disant : « Celui-ci est petit d’âge, et nous autres, nous sommes des vieillards ; et il lui a ordonné de nous avait trente-trois ans, le jour où on le mit à faire la catéchèse, et Pakhôme savait qu’il était plus élevé que les autres dans ses progrès (spirituels).
Lorsque notre père Pakhôme vit que quelques-uns s’en étaient allés pour ne pas entendre la parole de Dieu (parlée) par Théodorç, il s’assit et leur parla disant : « Quel est le grand parmi vous (qui dit) que j’ai élevé un jeune garçon pour nous faire la catéchèse ! 0 la grande et vaine insanité ! Les paroles qu’il a dites ne sont-ce pas en somme celles du Seigneur, car nous entendons le Seigneur dire d’un petit garçon : « Quiconque reçoit un petit garçon comme celui-ci en mon nom, c’est » moi-même qu’il reçoit ? » Et n’étais-je pas avec vous, me tenant aussi debout comme l’un d’entre vous ? et je vous dis que je ne faisais pas semblant ; mais j’ai écoulé de tout mon cœur, semblable à quelqu’un qui boit de l’eau fraîche aux jours de l’été, caria parole de Dieu mérite tout honneur, comme il est écrit.
Quant aux malheureux qui se sont retournés en arrière, qui se sont rendus étrangers à la miséricorde de Dieu et à sa bonté, je vous jure que, s’ils ne se repentent pas de leur orgueil, leur vie (n’est qu’) une affliction, car le Seigneur est proche de ceux qui ont le cœur contrit et il à ceux qui ont l’esprit contrit. « Et lorsqu’il eut dit cela, il se leva, il pria, et congédia les frères chacun vers sa demeure, et quand il eut fini de cueillir des roseaux, il alla au monastère. Lorsqu’il vit que Théodore était habile dans l’esprit de Dieu, il l’établit économe à Tabennîsi, afin qu’il administrât aussi les autres : quant à lui, notre père Pakhôme, il resta dans le monastère de Phbôou, lieu où se trouvait l’administration commune1 des huit monastères.
Lorsque Théodore fut mis à la tête de Tabennîsi, il se conduisit comme quelqu’un qui n’aurait eu aucune charge, parce qu’il n’avait en lui aucun désir charnel, car la parole de Dieu l’avait fait passer par le feu 2 et l’avait confirmé à ne penser qu’aux choses du ciel et non à celles de la terre. Il mettait tout son zèle à aimer Dieu de tout son cœur, selon les commandements qu’il nous donnés dans son Évangile, et il progressait bellement se rendant utile aux frères, car sa parole était pleine de grâce en toute chose. De même Pakhôme plaça aussi son frère Paphnouti à Phbôou, sous ses (propres) ordres : c’est lui qui recevait les travaux manuels des autres monastères et qui leur servait tout ce dont ils avaient besoin. Les frères allaient à Phbôou deux fois chaque année, pour faire la Pâque les uns avec les autres selon la parole de Dieu, et à la saison des fruits, vers le vingtième jour de Mésoré, pour rendre leurs comptes à l’économe en chef et afin que notre père Pakhôme donnât à chaque frère toute décision dont celui-ci avait besoin ; puis chacun s’en allait en son couvent avec grande paix.
Notre père Pakhôme entra un jour à Tabennîsi pour visiter les frères et au sujet d’une petite violation (de la règle) commise par un frère. Dès qu’il fut parvenu au monastère, il se hâta tout d’abord de prendre sa natte selon sa coutume ; comme il y travaillait encore, un jeune garçon entra, c’était lui qui était semainier de la communauté et lorsqu’il vit notre père Pakhôme traà la natte, il lui dit : « Ce n’est pas ainsi qu’on travaille ces jours-ci ; mais notre père Théodore nous a donné l’ordre de ne pas trop presser les ficelles afin que les nattes soient souples ( ?) bellement et qu’elles soient belles. » Aussitôt notre père Pakhôme se leva et il dit au frère : « Viens, assieds-toi et montre-moi. » Et lorsque le jeune garçon le lui eut montré, notre père Pakhôme s’assit de nouveau, il travailla avec joie, parce qu’il avait vaincu la pensée d’orgueil et qu’il n’avait pas châtié le jeune garçon qui lui avait parlé d’une manière inconvenante.
Et lorsqu’il eut fini la natte, il s’assit, il parla aux frères la parole de Dieu depuis l’aurore jusqu’au soir. Il leur dit ensuite : « J’ai été envoyé ici aujourd’hui pour le salut d’une âme, et j’ai trouvé ce pour quoi je suis venu dans une cruche de terre. » Il disait cela en énigme pour (dire) un péché d’âme1: et comme il parlait encore, il y avait un frère nommé Élie, homme sans esprit, qui avait pris des figues pour les manger après le jeune. Lorsqu’il eut entendu - « choit. ( q)ï ou » ose les paroles terribles que notre père Pakhôme avait dites, il sut que l’accusation le regardait. Aussitôt il se leva avec hâte, il alla, il apporta au milieu des frères lesfigues qui étaient dans la cruche, et il révéla la chose disant : « Seigneur, mon père, pardonne-moi, j’ai péché : le Seigneur sait que je n’ai pris que celles-ci ; voici que je vous ai révélé mon péché.
« Les frères admirèrent l’esprit de Dieu qui était en notre père Pakhôme, ainsi que sa vue parfaite. Il se leva ensuite, alla cà Phbôou, sans avoir bu ni mangé. Lorsque Théodore fut établi sur Tabennîsi, il prit l’habitude d’aller chaque jour à Phbôou lorsqu’il avait terminé son travail manuel, afin d’entendre de notre père Pakhôme la parole de Dieu ; et, lorsque le même jour il était retourné à Tabennîsi, il édifiait les frères qui se trouvaient à Tabennîsi. Il fit cela longtemps. (Un jour) Théodore alla donc selon sa coutume pour écouter ce que Pakhôme disait ; mais il ne trouva pas notre père Pakhôme, et il monta sur la terrasse de la congrégation pour méditer. Notre père Pakhôme était à prier dans la congrégation ; mais Théodore ne le savait pas.
Et comme notre père Pakhôme priait encore, il vit des visions et des révélations terribles. Aussitôt la congrégation fût agitée comme l’eau, et, lorsque Théodore vit la terrasse remuer, il eut peur, il fut troublé, il se précipita, descendit en toute hâte jusqu’à ce qu’il fût entré dans la congrégation pour y prier à cause de la frayeur où il se trouvait. Comme il avait encore les mains tendues, priant, et qu’il ne pouvait pas se tenir debout en ce lieu, à cause de la frayeur qui remplissait ce lieu, il s’assit. Lorsqu’il se fut assis, il (se sentit) serré comme quelqu’un que deux murs serreraient : en ce moment il courut hors de la congrégation en toute hâte. Et en tout cela, il ne savait pas que notre père Pakhôme était en cet endroit. Voici la vision que vit notre père Pakhôme : Comme il priait encore, il vit le mur à l’orient du sanctuaire, tout (couleur) d’or et une grande figure de gloire était en un grand tableau sur ce mur.
La figure avait une couronne sur la tête. La gloire de cette couronne était incommensurable ; il y avait sur cette couronne des images de diverses couleurs qui en faisaient le tour comme des pierres précieuses : c’étaient les fruits du Saint-Esprit, la foi, la bonté, la crainte, lamiséricorde, la pureté, l’humilité, la justice, la longanimité, la douceur, la prudence, l’abstinence, la joie, l’espérance, la charité parfaite. En sa présence se trouvaient deux grands Archanges couverts d’une grande gloire, qui, ne faisant pas un mouvement, regardaient la figure du Seigneur qui se montrait dans la congrée/ation. Lorsque notre père Pakhômevit cette grande révélation, il continua de prier, suppliant et disant : « Seigneur, que ta crainte descende sur nous tous à jamais, afin que de toute notre vie nous ne péchions pas contre toi.
« Comme il continuait à demander cette seule chose, les Anges lui dirent : « Il ne te serait pas possible de supporter la crainte du Seigneur, comme tu le demandes. » Mais lui, il dit : « Si, cela m’est possible par la grâce de Dieu. » Aussitôt, peu à peu, un rayon de crainte s’avança vers lui sans quitter l’endroit où elle était, comme le soleil, qui envoie sa gloire sur la terre entière ; l’image de ce rayon de lumière était effrayante d’une se manière étonnante et de couleur tout à fait verte1. Lorsque la crainte eut saisi Pakhôme, elle atteignit tous ses membres, ses jointures, sa moelle et tout son corps : aussitôt il tomba à terre et resta tressautant à terre comme un poisson (échoué) qui vit, de sorte que son âme souffrait grandement et qu’elle défaillit vers la mort.
Mais les Anges le regardèrent d’une partie de leur visage, sans le moins du monde détourner leurs yeux de l’image de Notre Seigneur qui se montrait à notre père Pakhôme. Alors les Anges dirent à notre père Pakhôme : « Ne t’avions-nous pas dit que tu ne supporterais pas toute la violence (de la crainte) du Seigneur ? » Pour lui, il s’écria disant : « Aie pitié de moi, mon Seigneur Jésus le Christ. » Aussitôt le rayon de crainte se retira peu à peu, jusqu’à ce qu’il fût retourné au lieu d’où il rayonnait2. Ensuite, la splendeur des miséricordes s’avança vers lui comme une huile sainte (et) grasse. Et quand la miséricorde l’eut saisi et lui eut donné courage, il se tint aussitôt debout tôt sur ses pieds et resta à bénir le Seigneur jusqu’à l’heure où les frères firent la synaxe ; (puis) il se reposa un peu.
Après la synaxe, à l’heure de l’aurore, Théodore trouva notre père racontant ces terreurs à des frères anciens à l’écart, leur disant avec gémissements et aveclarmes : « Un peu plus 1 on m’enlevait mon âme au moment où je suis entré dans la congrégationi, car j’avais levé mes mains en haut, vers le Seigneur ; comme j’étais encore dans cette nécessité de mon âme, un audacieux est entré de sorte qu’on lui a aussi enlevé son âme par suite du spectacle terrible qu’il a vu. »
Théodore répondit et lui dit : « C’est moi, mon père saint ; car, comme j’étais venu au nord hier au soir pour te visiter et recevoir la bénédiction et que je ne t’ai point trouvé, je suis allé sur le toit de la congrégation. Peu après, comme je méditais, la congrégation a été ébranlée et je me suis enfui ; ensuite je suis descendu, j’ai essayé d’entrer dans la congréet mon corps était comme piqué d’épines ; alors je me suis enfui en foule hâte, je suis sorti de cette grande frayeur. » Notre père Pakhôme lui dit : « Le Seigneur sait, mon fils Théodore, que tu as obtenu une grande miséricorde de t’enfuir promptement de ce lieu. » Et lorsque les vieillards anciens eurent entendu ces (choses), ils furent remplis d’une grande crainte et ils disaient : « Ces saints sont comme ceux qui sont dans le ciel, dans une pensée droite en notre Seigneur Jésus le Christ.
« Un jour Théodore alla à Phbôou pour visiter notre père Pakhôme : son corps était sans force. Aussitôt que Théodore fut arrivé vers Pakhôme, celui-ci lui dit : « Va, fais une enquête sur cette violation ; à savoir combien d’hommes ont parlé (hier) au soir dans laboulangerie. » Théodore alla interroger et trouva que deux frères avaient parlé ; il revint l’annoncer à notre père Pakhôme qui lui dit : « Théodore, est-ce qu’ils ont pensé que c’étaient-là des œuvres humaines ? Je te témoigne que quand même on donne un commandement pour une petite chose, c’est cependant une grande (chose) ; car cette grande foule a passé sept jours à m’entourer se taisant et écoutant les commandements qui leur ont été donnés. Après avoir reçu les commandements, ils De nouveau, après avoir écouté, ils ont accompli la parole de Dieu par l’entremise d’un homme qui leur a adressé des ordres.
Cependant que ceux-ci mêmes se gardent dorénavant et on leur pardonnera le péché qu’ils ont fait ; car si cette chose n’était pas bonne pour leurs âmes, je ne la leur aurais pas ordonnée. « Et une multitude de fois il envoya Théodore dans les autres monastères pour les visiter et il dit souvent au milieu des frères : « Moi et Théodore nous remplissons la même charge en servant le Seigneur, car il a puissance sur toute chose, comme maître et seigneur. »
Un jour Théodore alla vers un monastère pour visiter les frères et aussitôt on lui amena un frère qui, lui dit-on, avait commis un vol, afin que pour cette raison il le chassât de parmi les frères. Or, ce n’était pas ce frère qui avait volé, mais un autre dont tous les frères pensaient qu’il était un fidèle 1; et on avait accusé le premier parce qu’il était un peu négligent en leur présence. Lorsque celui qui avait commis le vol vit que non seulement il avait commis le premier péché, mais qu’on chasserait l’autre frère du monastère à cause de lui, il alla trouver Théodore à l’écart et lui dit : « Pardonne-moi, mon père, car c’est moi qui ai fait le vol. »
Théodore lui dit : « Le Seigneur t’a pardonnné le péché que tu as fait, parce que tu as justifié celui qui n’a pas commis le péché 2. » Il fit appeler celui qu’on avait faussement accusé et lui dit : « Je sais que ce n’est pas toi qui as fait ce péché ; mais parce que les frères font un peu tourmenté à cause de ce péché que tu n’as pas fait, ne t’enorgueillis pas (en pensant, que tu es pur de tout péché, car assurément le Seigneur a (barre) sur loi à cause des autres péchés que tu as commis. C’est pour quoi rends-lui grâce et sois rempli de crainte en sa présence tous les jours de ta vie. » Ensuite il parla aussi aux frères sur ce sujet disant : « Ne m’avez-vous pas confié ce jugement pour que je le prononce sans appel ? Maintenant donc c’est la volonté de Dieu qu’on lui pardonne, car nous avons tous besoin des miséricordes de Dieu.
« Il y avait un frère qui était tenté du démon dans la communauté de Tabennîsi : Théodore le fit monter sur un âne et se rendit à Phbôou près de notre père Pakhôme, afin de le faire prier sur lui. Comme il entrait, notre père Pakhôme qui parlait aux frères les paroles de Dieu pour le salut de leurs âmes, le vit de loin : aussitôt il laissa les frères et sortit au devant de Théodore. Et voici que quelques-uns parmi les frères se mirent en colère, disant : « Nous sommes vieux en âge, et quand il a vu Théodore qui n’est qu’un jeune garçon, il nous a abandonnés, il est allé au devant de lui, pour le rencontrer. » Et ceux qui étaient ainsi en colère étaient ceux qui autrefois avaient eu le cœur ému lorsque Pakhôme chargea Théodore de faire la catéchèse aux frères pour le salut de leurs âmes.
Et lorsqu’il eut embrassé Théodore, il lui dit : « On m’avait annoncé de la part de Dieu ton arrivée vers moi aujourd’hui. Maintenant donc va, confie ce frère malade que tu as amené aux mains d’un autre frère et viens vite vers moi dans la congrégation. » Alors, notre père Pakhôme pria sur les frères et les congédia, chacun se retirant dans son habitation. Quant à Théodore, lorsqu’il fut arrivé jusqu’à notre père, il le prit, il entra dans la congrégation ; ils se mirent à prier debout depuis la deuxième heure jusqu’à la neuvième. Lorsqu’ils eurent prié, voici que leur apparut au-dessus d’eux un grand trône, élevé comme une tour : à son sommet était assis le Seigneur dans la forme sous laquelle il avait voulu se manifester : parfois le trône s’élevait dans les airs ; mais au moment où il descendait, notre père Pakhôme prenait Théodore comme pour le porter dans ses mains et le présenter à Celui qui était assis sur le trône, disant : « Seigneur, accepte mon présent de ma main, »
et il continua de parler ainsi une foule de fois, répétant les (mêmes) paroles jusqu’à ce qu’une voix se fit entendre, disant : « On a exaucé ta prière ; prends courage et sois fort. » Après cela, il envoya Théodore chercher le frère malade ; ils prièrent ensemble sur lui, le Seigneur le guérit ainsi de sa maladie et Théodore l’emmena, le conduisit au midi, à Tabennîsi, comme si le frère n’avait pas été malade du tout. Il arriva un jour que notre père Paldiôme était à Tabennîsi, lorsque les frères y faisaient les petits pains dont on avait besoin cette année là à avait pas de boulangerie ; la règle qu’il avait établie pour cela était que personne ne parlât dans la boulangerie, mais que tous méditassent ensemble la parole de Dieu : si quelqu’un avait besoin d’un peu d’eau, il devait frapper sur le pétrin de terre avec la main, tout en pétrissant.
L’un des frères qui pétrissaient dit à d’autres qui servaient : « Donnez-moi un peu d’eau. » Notre père Pakhôme se tenait debout en arrière : aussitôt un Ange du Seigneur lui fit signe, comme ils parlaient encore ensemble, et lui dit : « Vois comme ils transgressent les règles que tu leur as données ; maintenant donc si Théodore vient à toi et remue la main contre toi, est-ce que tu l’oublieras ? »
Il lui dit : « Non. » Lorsque le matin fut (arrivé), notre père Pakhôme appela Théodore, parce que celui-ci était le père du monastère de Tabennîsi et qu’il était chargé du soin de la boulangerie et de tout ce qui se rapporte à la boulangerie, ; Pakhôme lui dit : « Va, sache qui, (hier)au soir, a transgressé les règles du pétrissage. » Théodore fit l’enquête avec tout le soin possible, il trouva que dix-huit hommes avaient commis la transgression ; il retourna vers notre père Pakhôme tout embarrassé, il remua sa main contre lui, comme depuis ici jusque Là. Lorsque notre père Pakhôme vit que Théodore avait remué la main contre lui, il se rappela la parole que l’Ange lui avait dite, il rit aussitôt devant lui d’un rire plein de colère grandement, et quand Théodore vit de quelle sorte était son rire, il fut attristé de cœur à l’excès.
Quelques-uns de ceux qui étaient debout à parler avec Pakhôme lui dirent : « Pourquoi pleures-tu ? Que t’a-t-il dit ? »
Mais notre père Pakhôme leur dit : « Laissezle, qu’il pleure surla négligence qu’il a commise en présence de Dieu ! » Quant à Théodore, il remit le soin de la boulangerie à un autre frère, il se retira dans un endroit de la communauté selon la volonté de notre père Pakhôme, il jeûnait deux jours par deux jours avec gémissements, et il priai t jour et nuit à cause de ce que les frères avaient fait. Après qu’il eut passé trois semaines dans ces grandes ascèses, notre père Pakhôme lui dit : « Assez pour toi, cela suffit, mais prends garde à n’être plus désormais négligent de telle sorte qu’il y ait des transgressions parmi les frères, de peur que tu ne te trouves aussi en (état de) péché en présence du Seigneur Jésus le Christ.
« Et lorsque notre père Pakhôme vit que Théodore avait progressé dans l’œuvre du Seigneur, il l’emmena à Phbôou, il en mit un autre à sa place à la tête de Tabenuîsi à savoir apa Sourous Palaou pour être père sur les frères ; quant à Théodore, il l’emmena à Phbôou, il le plaça sous ses (ordres) pour l’aider comme Jésus, fils de Navé, se tenait près de Moyse ; il l’envoyait une foule de fois dans les monastères visiter les frères, les affermir dans la parole de Dieu. C’était lui qui faisait entrer dans chaque communauté ceux qui voulaient se faire moines ; et, s’il y en avait besoin d’en chasser quelques-uns par l’ordre de Dieu et de notre père Pakhôme, c’est lui qui les chassait. Il arriva, un jour qu’il travaillait quelque part avec les frères que, lorsqu’ils eurent fini de travailler, ils préparèrent leur repas pour manger à l’heure du soir : comme ils mangeaient, Théodore se tenait debout pour les servir.
Parmi ceux qui mangeaient, il en vit un qui mangeait une grande quantité de poireaux sur la table : c’était un jeune homme vigoureux et il n’y avait pas bien longtemps qu’il était arrivé parmi les frères. Lorsque Théodore eut fini de servir les frères, il se retira à l’écart, il s’appuya le dos au mur parce qu’il jeûnait deux jours par deux jours et qu’il faisait grand chaud au dehors ; il parla ensuite avec les frères de celui qu’il avait vu manger une grande quantité de poireaux, et celui-ci était debout écoutant Théodore qui disait : « Un homme moine ne doit pas manger une grande quantité de poireaux parce que cela donne de la force au corps et soulève la guerre contre l’âme. » Comme il parlait encore, notre père Pakhôme arriva voulant voir l’endroit où Théodore travaillait avec les frères, et lorsqu’il vit Théodore appuyé contre le mur, il lui dit avec tristesse.
« Estce que le mur portera ton corps ? » il se leva, fit repentance devant notre père Pakhôme avec humilité, et en toute chose il s’humiliait sans cesse afin de devenir parfait dans la loi du Seigneur. Et Théodore fut triste de cœur grandement au sujet du frère auquel il avait reproché de manger une grande quantité de poireaux, se disant que peut-être ce n’était pas la volonté de Dieu qu’il dît cette parole et il se disait : « Pourquoi n’ai-je pas attendu que le Seigneur ait stimulé seulement sa volonté à apprendre d’humilier son corps dans la vertu de ceux qui le servent bellement ? » Or ce frère, lorsqu’il eut entendu ces paroles1, il n’essaya plus de manger des poireaux jusqu’à sa mort ; et quand Théodore vit que ce frère n’essayait plus de manger des poireaux au point de se garder d’en manger jusqu’à sa mort, il craignit devant le jugement de Dieu ; parce qu’il ne se gardait pas lui-même de l’œuvre qu’il avait reprochée à un autre.
Ayant rencontré un jour un frère sortant d’un endroit, sa natte posée sur son épaule, car le supérieur de cette communauté l’envoyait (remplir) un service, il lui dit : « Notre père Pakhôme se tenait debout en arrière, il l’entendit interroger le (frère). Quand le frère eut marché en avant, il appela Théodore et lui dit : « Théodore, hâte-toi de devenir maître de ton cœur en tout temps par l’abstinence, afin de ne pas prendre l’habitude de demander à quelqu’un : Où vas-tu ? à moins de lui demander seulement pour le salut de son âme. » Théodore, ayant entendu cette parole, la plaça dans son cœur tous les jours de sa vie, disant : « Que ce soit une petite chose ou que ce soit une grande, je n’essaierai pas de la faire. » Il arriva qu’un jour, vers la septième heure du jour, comme il faisait une grande chaleur au dehors, notre père Pakhôme appela Théodore et lui dit : « Allons, mangeons un peu de pain, afin d’aller promptement au monastère de Tmouschons pour un frère catéchumène qui est près de prendre son repos. »
Théodore dit : « Comme tu le veux. » Ils se levèrent aussitôt, ils allèrent au réfectoire : il n’y avait alors au réfectoire personne qu’eux deux, et lorsqu’ils eurent jeté les pains dans l’eau, Pakhôme dit à Théodore : « Prions jusqu’à ce que les pains se soient amollis. » Et lorsqu’ils eurent commencé de prier, une grande crainte descendit sur eux, ils virent un homme lumineux qui se tenait debout en leur présence et qui tendait les mains vers eux, disant : « Donnez-moi vos prières qui sont d’agréable odeur afin que je les présente devant le Seigneur. »
Aussitôt ils se prosternèrent à terre, ils s’écrièrent à Dieu disant avec une grande crainte et avec larmes : « Seigneur, notre Dieu, que ta pitié descende sur nous ! » Ils continuèrent ainsi à prier jusqu’au soir, notre père Pakhôme faisant de grandes supplications pour le frère catéchumène, afin que le Seigneur le laissât dans le corps jusqu’à ce qu’il fût rendu à lui avant sa mort. À l’heure du soir ils s’assirent et mangèrent ; puis ils se levèrent en (toute) hâte et marchèrent, de sorte qu’ils passèrent la moitié de la nuit en chemin avant d’arriver à Tmouschons. Dès qu’ils y furent entrés, ils se rendirent vers le frère qui était malade. L’hégoumène de ce monastère parla avec notre père Pakhôme, lui disant : « Il y a deux jours qu’il est malade ; nous en craint de le faire monter (sur un âne) pour le conduire au sud et le faire baptiser, de peur qu’il ne mourût entre nos mains au milieu du chemin.
« Car c’était leur coutume de conduire les catéchumènes de tous les monastères à Phbôou, pendant la (sainte) quarantaine, pour les baptiser. Notre père Pakhôme lui dit : « Depuis que tu l’as vu souffrant beaucoup, pourquoi ne l’as-tu pas baptisé ici ? » L’hégoumène répondit : « Nous n’avons pas de prêtre ici pour le baptiser. » Comme ils parlaient encore ensemble avant que le malade ne rendit l’âme, les yeux de notre père Pakhôme et de Théodore s’ouvrirent, ils virent les Anges qui vinrent à lui et le baptisèrent secrètement avant qu’il ne mourût. Et voici comment les Anges de lumière visitent les frères de bonne (conduite), comme on le lui révéla une foule de fois de la part du Seigneur. Si c’est un homme bon qui est couché, trois Anges viennent à lui selon le dégré de la conduite de celui qui est couché, s’il est élevé dans ses actions on lui envoie de même des Anges élevés et glorieux pour le conduire à Dieu ; s’il est petit en ses on » cinq iuih vertus, on lui envoie de même des Anges inférieurs.
Dieu fait cela afin que les Anges qui vont vers l’homme pour le faire sortir du corps 1 (le fassent) avec une bonne longanimité, de peur que s’il envoyait des Anges élevés vers un homme inférieur en ses actions, ils ne le traitassent selon la manière propre aux puissances de la terre ; car celles-ci font acception des personnes, en raison de la richesse et de la vaine gloire, et ceux qui sont abjects parmi les pauvres, elles les traitent en raison du mépris qu’elles ont pour leur pauvreté. Mais les puissances de Dieu font toute chose selon un jugement vrai d’après l’ordre du Seigneur et le mérite des œuvres que l’homme a faites. Or, ces trois Anges qui sont envoyés vers l’homme, on les trouve plus élevés les uns que les autres dans la dignité du rang, obéissant à celui qui est plus élevé qu’eux, selon la hiérarchie.
Au moment où l’homme est sur le point de rendre son âme, l’un des Anges se tient près de sa tête, un autre à ses pieds sous la forme d’hommes qui l’oignent d’huile de leurs propres mains, jusqu’à ce que l’âme sorte de son 1 Le verbe est sous-entendu, ou plutôt a été omis par le copiste. déploie un grand vêtement spirituel 1 pour l’en revêtir avec gloire. Et elle, cette âme d’un homme saint, tu la trouves belle de forme et blanche comme la neige. Et lorsque l’âme est sortie du corps dans le vêtement, l’un des Anges prend les deux extrémités du vêtement par derrière, et l’autre par devant, comme pour un corps que lèventles hommes de la terre ; et l’autre Ange chante en avant dans une langue que personne ne connaît, pas même ceux qui virent cette vision, qui sont notre père Pakhôme et Théodore, car ils ne surent pas ce que les Anges chantaient : ils entendirent seulement l’Ange chantant et disant : Alléluia.
C’est ainsi qu’ils marchent avec Pâme, dans l’air, vers l’orient, marchant non à la manière des hommes qui marchent avec leurs pieds, mais glissant 2 dans leur marche comme l’eau qui coule, parce que ce sont des esprits. Us marchent avec l’âme vers les hauteurs, afin qu’elle voie les bornes de la terre habitée depuis une extrémité jusqu’à l’autre, qu’elle voie toute la création et qu’elle rende gloire à Dieu qui l’a créée. Après cela on lui montre le lieu de son repos, selon l’ordre du Seigneur, afin qu’après qu’elle sera allée dans le lieu de son repos à cause des bonnes œuvres qu’elle a faites, elle connaisse aussi les châtiments dont elle a été sauvée et qu’ainsi elle bénisse encore davantage le Seigneur qui l’a sauvée de toutes ces souffrances par les bontés de Notre Seigneur Jésus le Christ.
Ensuite on la remet à l’homme de Dieu qui lui a enseigné la crainte du Seigneur et qui l’a nourrie dans sa loi, afin que lui aussi la présente au Seigneur comme un don et que, désormais, elle apparaisse bénissant le Seigneur et dise : « Je te bénirai, mon Seigneur, avec tous tes saints. » Et lorsqu’on l’a conduite dans le lieu de repos qui lui a été désigné de par le Seigneur, selon la mesure des œuvres qu’elle a faites, puissance lui est donnée de s’approcher de près ou de se tenir au loin 1 selon le mérite des bonnes actions qu’elle a faites sur la terre : car quiconque est digne de la vie 1 II ne faudrait pas entendre que ces élus peuvent à volonté se rapprocher ou s’éloigner : leur séjour plus ou moins rapproché de Dieu dépend du degré de leur perfection.
Le ou est éternelle, chante et bénit le Seigneur avant d’entrer dans le lieu de repos que le Seigneur lui a préparé, et il voit le Seigneur et le bénit à cause de la pureté parfaite de son cœur, disant : « Bienheureux ceux qui sont purs de cœur, car ils verront Dieu. » Mais quiconque a été négligent dans ses œuvres n’est pas digne de voir Dieu dans la gloire de sa divinité, parce qu’il n’a pas la parfaite pureté du cœur ; mais par le fait seul qu’il est digne de la vie, il voit la chair du Fils de Dieu, c’est-à-dire son humanité qui est une avec la divinité sans séparation. Selon la dignité de chacun de ceux qui se sont endormis après avoir plu à Dieu, les saints vont au devant d’eux pour les recevoir avec gloire, selon l’ordre du Seigneur. Pour quelques-uns, ils vont au-devant d’eux jusqu’à la porte de vie et ils les embrassent ; pour d’autres, ils vont au-devant d’eux jusqu’à une distance correspondant à leurs mérites ; ils en laissent d’autres s’approcher, avant de se lever po.ur les embrasser ; d’autres ne sont même pas dignes le moins du monde que les saints les embrassent : ils héritent seulement de la vie dans la mesure de leur petitesse.
Et lorsque les saints sortent pour aller au-devant d’eux, ils portent de brillantes couronnes qui appartiennent à celui qu’ils vont rencontrer, celles qu’il s’est acquises dans les combats où il a été victorieux sur terre en combattant contre le diable. Sans compter la couronne de justice qu’il recevra au jour de la résurrection, de Dieu, le juge véritable, selon ce juste s’approche de la porte de vie, le Seigneur lui mettra dans la bouche les paroles de David pour qu’il les prononce et dise : « Ouvrez-vous, maisons de justice, afin que j’entre et apparaisse devant le Seigneur. » L’Ange qui est préposé à la porte de vie répond alors en disant : « Voici la porte du Seigneur, c’est par elle qu’entrent les justes. » Si l’âme est à quelqu’un qui a été parmi les disciples d’un homme parfait, les Anges qui marchent avec lui s’écrient, lorsqu’ils atteignent la porte : « Ouvrez les portes afin qu’entre le peuple qui garde la justice, qui garde la vérité et la paix, car ils ont espéré en toi, Seigneur », comme il est écrit dans Isaïe.
Notre père Pakhôme vit cette grande vision dans le monastère de Tmouschons au sujet du frère catéchumène, qui fut baptisé en secret avant de mourir ; et lorsqu’il eut vu comment les justes sortaient du corps, il demanda de voir aussi comment est la sortie du corps, de l’âme d’un pécheur. L’Ange lui répondit : « Le Seigneur accédera à ton désir en toute chose. Si une âme est mauvaise, par suite de ses actions, au moment où on la visitera, deux Anges sans pitié viennent à elle ; lorsque l’homme est proche delà mort et qu’il ne connaît plus personne, l’un des Anges sans pitié se tient à sa tête, et l’autre à ses pieds, ils se mettent (alors) ainsi à le fouetter jusqu’à ce que sa pauvre âme soit sur le point de sortir du (corps). Ils lui mettent ensuite dans la bouche quelque chose de recourbé comme un hameçon, afin de tirer sa malheureuse âme en haut de son corps, et ils la trouvent ténébreuse et tout à fait noire.
On l’attache alors derrière un cheval spirituel, parce qu’elle-même est esprit ; on l’emmène ainsi, on la jette dans les tourments au fond de l’Amenti, selon le mérite de ses on Mais une foule d’hommes bons endurent ces souffrances pendant la maladie où on les visitera et à l’heure où ils rendront leurs esprits ; ils ressemblent à un mets que l’on fait cuire, qui a besoin d’être cuit au feu avant qu’on le mange : il est en est ainsi des fidèles que l’on passe au creuset 1 à leurs derniers moments, avant qu’ils n’aient fini (leur vie), afin qu’ils soient exempts de tout (péché) et purs en présence de Dieu. Nous trouvons cependant quelques saints qui ont été dans les souffrances à l’heure où ils se sont reposés, comme Étienne, les autres martyrs et tous ceux qui leur ressemblent ; mais, de même Job, David et les autres multitudes de saints, ont enduré, pendant leur vie, une foule de souffrances et de tribulations, d’autres, à l’heure de la mort ; au contraire, une foule de pécheurs meurent dans le repos, ils n’endurent aucune souffrance en ce monde à cause des afflictions et des châtiments qui leur sont préparés, ainsi qu’il est écrit : « On garde l’impie pour le jour mauvais.
« C’est pour » quoi lorsque l’Écclésiaste vit qu’il en était ainsi, il dit : « C’est un même » événement qui arrive au juste et à l’impie, au pur et à l’impur, au bon ou « au méchant. » Nous voyons, en effet, Notre Sauveur, le Seigneur de toutes choses, qu’on a suspendu à la croix avec deux voleurs, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche, et le Seigneur au milieu. « On apprit ces choses à notre père Pakhôme àTmouschons : il se réjouit grandement au sujet du frère catéchumène parce que ce frère était allé dans le lieu où se reposent les saints du Seigneur. Puis on le porta dans la montagne, on l’enterra près des frères. Pakhôme (alors) fit hâte, il alla au midi, vers Phbôou, lui et Théodore, rendant grâces au Seigneur de ce qu’il avait vu. Il arriva un jour que Théodore étant assis dans un endroit de la congrégation, il entendit la voix des Anges qui chantaient dans l’air un chant plein de douceur.
Aussitôt il se leva, alla vers notre père juste qui est sorti du corps et qu’on conduit en haut. ne le On nous fait la grâce, à nous aussi, d’entendre ceux qui la précèdent en bénissant Dieu. « Comme ils parlaient encore ensemble, ils regardèrent au-dessus d’eux, ils virent celui qu’on avait visité, ils connurent qui c’était. Car une multitude de fois le Seigneur ouvrit leurs yeux et ils virent l’Ange de Dieu dans le sanctuaire près de la table (sainte), distribuant laies mystères saints aux hommes, par la main de celui qui les distribuait, soit prêtre, soit évêque. Si quelqu’un n’était pas digne, mais souillé, et qu’il s’approchât pour recevoir les saints mystères, l’Ange retirait ses mains afin que le prêtre seul les lui donnât. Il arriva, un jour, que notre père Pakhôme se rendit à un monastère, avec un autre, pour une chose concernant l’âme : il ordonna à Théodore de veiller sur les frères jusqu’à ce qu’il revînt.
Or, Théodore, se leva une fois la nuit et parcourut la communauté pour veiller sur les frères. Il se tint debout dans un certain endroit, il pria. Comme il priait encore, une extase le saisit, il vit dans une vision, comme si tous les frères étaient couchés ainsi que des brebis étendues à terre : un Ange ne était au milieu d’eux et les gardait. Lorsque Théodore le vit, il se leva comme pour aller à sa rencontre : l’ange lui fît signe et lui jeta au cœur la parole même qu’il désirait lui dire, avant même que sa bouche ne l’eût prononcée1; il lui dit : « Qui veille sur les frères ? Est-ce toi ou moi ? » Théodore aussitôt fut troublé, il retourna à sa place disant : « Vraiment nous ne sommes que la figure’ ; en réalité ce sont les Anges qui sont nos vrais pasteurs ; nous sommes les brebis du troupeau spirituel du Christ et ce sont eux qui nous gardent des pièges mauvais de l’ennemi.
« L’habillement de cet Ange était semblable9 à un soldat du roi tenant à la main une épée qui brillait grandement, il portait le sticharion, car il n’était pas revêtu de la chlamyde en ce moment ; mais dans 1 esticharion qu’il portait il y avait de grands cercles ; c’était (un vêtement) tout brillant et beau grandement : la largeur de sa ceinture faisait environ un spithame, rouge grande ment etlançant des éclairs à l’excès. ne Il arriva un jour que notre père Pakhôme envoya Théodore dans un monastère (situé) dans la terre d’Akhmim, pour visiter les frères et pour une affaire qui leur était nécessaire. Comme il priait près d’un figuier dans ce monastère, il regarda en arrière, il vit à huit schœnes1, il vit notre père Pakhôme assis à Phbôou parlant aux frères la parole de Dieu avec persévérance ; et les paroles que Pakhôme disait, Théodore les entendait aussi.
Lorsqu’il fut allé au midi et qu’il eut rencontré noire père Pakhôme, il lui apprit comment il l’avait vu prier à Phbôou et les paroles qu’il lui avait entendu dire de sa bouche aux frères. Notre père Pakhôme lui dit : « Elle est vérité, cette parole que tu as entendue, ô Théodore. » Comme notre père Pakhôme priait un jour seul dans un endroit, il tomba dans une extase, comme si les frères se tenaient debout à la synaxe, et Notre Seigneur était assis sur un trône élevé, leur disant les paraboles de l’Évangile saint, et les paroles que le Seigneur disait et expliquait, les entendit de sa bouche dans la vision qu’il vit en ce jour ; et depuis ce jour quand notre père Pakhôme voulait parler aux frères la parole de Dieu, il se plaçait debout à l’endroit où il avait vu le Seigneur assis et parlant aux frères.
Et lorsqu’il leur parla pour leur annoncer les paroles qu’il avait entendues du Seigneur avec leur explication, il arriva qu’il y eut un grand éclair dans les discours, lançant des rayons lumineux, de sorte que tous les frères craignirent grandement, à cause des paroles de notre père Pakhôme qui sortaient de sa bouche comme un éclair U arriva un jour que Théodore se trouvait à travailler avec les frères quelque part : lorsqu’ils eurent fini, ils se firent un peu de bouillie 1 parce qu’il y en avait beaucoup parmi eux qui ne mangeaient pas de pain. Il y avait parmi eux (un frère) nommé Pataoli : c’était un jeune homme vigoureux de corps et il était en butte à la guerre de la jeunesse. Comme la lui vint au cœur de manger un peu de bouillie, aussitôt l’esprit l’enflamma disant : « Cette bouillie qu’on a fait cuire pour ceux qui en ont besoin, tu n’en as pas besoin, toi, parce que la pensée de la chair lutte en toi.
« Mais il n’écouta pas cette pensée qui lui avait été inspirée par Dieu, il alla s’asseoir, mangea et prit même la part de l’économe pour la manger. Lorsque les frères eurent fini de manger, ils allèrent dans la hutte selon leur coutume pour écouter les paroles que Dieu disait et ils demandèrent à Théodore de leur dire leurs défauts. Il réprimanda quelques-uns d’entre eux en disant : « Vous, vous êtes petits de cœur ; » à d’autres (il dit) : « Vous, vous êtes prompts à vous mettre en colère ; » à d’autres : « Vous, vous dites des paroles dures, et j’en vois un parmi vous qui a mis son espoir dans une portion (de bouillie). » Aussitôt le frère comprit qu’il avait dit cette parole énigmatique à son sujet, il se hâta, il se jeta sur son visage au milieu des frères, disant : « Priez pour moi, car j’ai méprisé ma conscience en ce que j’ai mangé ( ?) ; parce que je n’ai pas obéi au bon stimulant de mon cœur, le Seigneur m’a réprimandé en présence (de tous les frères).
« Il arriva un jour que par l’ordre de Dieu on mena notre père Pakhôme voir les châtiments et les tourments dont on tourmentait les lils des hommes ; soit que on l’eût conduit dans le corps, soit en dehors du corps, Dieu sait qu’on le conduisit. Lorsqu’il fut arrivé au nord du Paradis de joie, en arrière de ce monde et du firmament, il vit des fleuves, des ruisseaux, des fossés remplis de feu où se trouvaient les âmes des hommes pécheurs que l’on châtiait, et comme il marchait encore avec les Anges, regardant les tourments, il vit ceux qu’il rencontra extrêmement plus affligés que ceux qu’il avait vus (d’abordj. Des Anges tourmenleurs étaient placés près d’eux, leur figure était terrible grandement, ils avaient à la main des fouets de feu ; si quelques-unes des âmes qu’ils tourmentaient levaient la tête au-dessus du feu, ils les fouettaient à grands coups et l’enfonçaient davantage dans le feu.
Elles gémissaient avec violence et ne pouvaient pas crier de leur voix à cause de leur impuissance et de la manière dont elles souffraient, par suite de l’abondance des tourments dans lesquels elles se trouvaient. Les âmes qu’on châtiait ne pouvaient se compter, elles étaient nombreuses grandement, grandement. Il vit aussi des fosses et des puits pleins de feu, et ce feu était extrêmement puissant dans la manière dont il flambait. Lorsqu’il y regarda, il vit qu’il y avait une seule âme dans chaque fosse : les deux pieds de chaque âme étaient l’un d’un côté de la fosse, l’autre de l’autre, à la manière de la chair dont elles avaient été revêtues dans le monde, et le feu dévorait chacun des membres qu’elle avait souillés dans le monde. Lorsqu’il considéra l’une des fosses, il entendit celui qu’on y châtiait, car c’était l’un de ceux qu’on montre dans le monde et que l’on nomme mous dans les Écritures.
Il vit aussi des moines qu’on châtiait en ce lieu. Il interrogea l’Ange qui l’accompagnait et lui dit : « Quel mal ont fait ceux-là pour qu’on les amène ici ? »
L’Ange lui répondit : « Ceux que tu vois, leurs corps étaient purs en toute chose, mais c’étaient des ours( ?), cherchant en tout endroit des anachorètes, parlant mal des autres parmi ceux qu’ils savaient ne pas être d’accord avec eux, de sorte qu’ils se croyaient aimés pour leurs discours de médisance, pour qu’on leur donnât à manger et à boire. Après avoirquitté ceux-ci, ils s’en allaient en d’autres lieux. Ceuxqu’ils avaient glorifiés d’abord, ils les blâmaient près de ceux qu’ils avaient à peine fini de calomnier près des autres, afin que ceux-là aussi les reçussent bien à cause de leur médisance. On les a donc jetés dans ces tourments douloureux et éternels. » Les Anges tourmenteurs étaient dans une grande joie et dans l’allégresse, comme un intendant, qui se réjouit devoir se multiplier les richesses de son maître : ils se réjouissent ainsi parce que le Seigneuries a créés sans pitié afin qu’ils n’aient nulle compassion pour les hommes impies qu’on leur donne à châtier.
Si les âmes qu’ils tourmentent les prient d’avoir pitié d’elles, ils se mettent en colère contre elles et les tourmentent davantage par des tourments cruels. Si on leur amène d’autres âmes pour les leur livrer, ils se réjouissent comme quelqu’un qui a trouvé un grand profit, contents de la perte des impies. Quant à notre père Pakhôme, il regardait les tourments avec l’Ange qui l’accompagnait. Ensuite l’un des Anges tourmenteurs entraîna notre père Pakhôme, lui disant avec joie : « Viens, ô Pakhôme, que je te montre d’autres châtiments mauvais ! » Notre père Pakhôme ayant vu que cet Ange l’entraînait avec exultation pour lui montrer tous les tourments, il fut rempli d’étonnement au sujet de la nature des Anges sans pitié, (se demandant) comment ils pouvaient ainsi se réjouir des supplices.
Notre père Pakhôme était rempli de tristesse grandement, en voyant les souffrances où se trouvaient les malheureuses âmes des hommes impies qu’on châtiait. Lorsqu’il se fut avancé un peu en avant, il vit une foule innombrable d’âmes de tout âge, que les Anges tourmenteurs et sans pitié chassaient effrayées. Lorsqu’il eut inà leur sujet l’Ange qui l’accompagnait, celui-ci lui dit : « Ce sont les âmes des pécheurs qui sont morts aujourd’hui dans le monde entier. » Et on les séparait pour (les mener) chacune dans les tourments qu’elles avaient mérités. Lorsqu’il eut marché vers le couchant ainsi que l’Ange qui l’accompagnait et qui lui enseignait les tourments, il vit une ouverture en dessous, sur la porte l. Quant àl’Amenti, même sa profondeur s’étend grandement ; ce ne sont que ténèbres brûlantes comme du feu, car ce lieu est la prison de Dieu.
Lorsqu’on y amène des hommes pour les y précipiter, ils s’écrient d’un grand cri, disant : « Malheur à moi, car je n’ai pas connu le Dieu qui in’a créé pour me sauver. » Ensuite, ils ne peuvent plus parler du tout, à cause de la chaleur et des fumées abondantes de cet endroit : ils ne se reconnaissent plus les unslesautres à causedes ténèbres et delà nécessité (qui pèse) sur eux. Il marcha aussi vers le midi de l’ouest, et il y vit d’autres châtiments mauvais, semblables à ceux qu’il avait d’abord vus au nord, où il y avait des âmes qu’on châtiait. On lui montra aussi la forme d’une grande maison de pierre, immense en sa longueur, sa largeur et sa hauteur : cette maison était remplie de feu et on yjetait tout jeune garçon qui avait souillé ses membres en ce monde par la fornication à l’insu de ses parents : c’est pourquoi, ils endurent des tourments cruels pour ces iniquités mauvaises et abominables devant Dieu et devant les hommes.
Or, lorsque l’Ange eut fini de montrer à notre père Pakhôme par l’ordre du Seigneur, tous ces châtiments et les souffrances des tourments qui s’y trouvent, il lui donna un ordre avec force et lui dit : « Pakhôme, tout ce que tu as vu, affirme-le aux frères, afin qu’ils luttent pour ne pas aller dans des châtiments aussi mauvais ; car (comme) Dieu m’a envoyé vers toi pour te montrer tout cela, toi, de ton côté, rends témoignage aux frères et au monde entier, afin qu’ils se convertissent et se sauvent. » Depuis ce jour là, lorsque notre père Pakhôme réunit les frères pour leur faire la catéchèse, il leur parla des Écritures, car elles sont le nécessaire et le souffle de Dieu ; puis il les instruisit de tous les châtiments qu’il avait us, des souffrances qui s’y trouvent, comme il en avait reçu l’ordre de l’Ange, au nom du Seigneur, afin qu’ils fussent remplis de crainte devant Dieu, qu’ils ne commissent point de péchés et qu’ils ne tombassent pas en de pareils châtiments et dans les punitions qu’il avait vues.
Et la réputation de notre père Pakhôme et de sa charité pour les hommes parvint à tout le monde, de sorte qu’on apprit son nom dans les pays étrangers et chez les Romains et qu’on venait (à lui) pour se faire moine ; quant à lui, l’homme de Dieu, Pakhôme, il les nourrissait en tout discours et en toute instruction, comme une nourrice qui prend soin de ses enfants. Il y avait un jeune homme nommé Théodore, habitant de Rakoti, âgé de vingt-sept ans : il était païen et ses parents le gardaient dans la pureté. L’esprit de Dieu le mut à se faire chrétien, et il prit cette résolution en son cœur, disant : « Si le Seigneur me montre le chemin pour me faire chrétien, je me ferai moine et je garderai mon corps sans tache jusqu’au jour où le Seigneur me visitera.
« Quelques jours après, dalla trouver Athanase l’archevêque, et l’informa de tout ce qui était dans son cœur. Aussitôt Athanase le baptisa, le fit anagnoste, lui bâtit une demeure dans l’église où il mena une vie ascétique, n’abordant jamais une femme si ce n’est sa mère et sa sœur seulement ; et quand il lisait à l’église, il s’efforçait de ne pas regarder le peuple de ses yeux, craignant la sentence qui se trouve dans l’Évangile et dit : « Celui qui regardera une femme pour la désirer a commis l’adultère en son cœur, » et encore : « Détournons nos yeux pour ne pas voir les vanités. » Il faisait de grandes mortifications selon ses forces, parce qu’il était à la douce source de la vie, c’est-à-dire près Quand il eut passé douze ans à lire dans l’église de Rakoti, il vit que ceux qui étaient avec lui dans l’église, c’est-à-dire les clercs, vivaient dans les querelles, la vaine gloire, beaucoup de luxe et d’orgueil.
Lorsque Théodore eut vu cela, il soupira devant Dieu avec prières et larmes, disant : « Seigneur, enseigne-moi un homme qui teserve selon à sainte volonté, et j’irai le trouver afin que j’apprenne à te bien connaître par l’entremise de ton serviteur. » Comme il parlait encore et priait en son cœur à ce sujet, il entendit des moines parler de la gloire du cénobititisme que Dieu avait planté par la main de notre père Pakhôme à cause de son amour pour les hommes. Quand Théodore apprit cela, il pria et dit : « Je te supplie, mon Seigneur Jésus le Christ, de me rendre digne de voir cet (homme) saint, ton serviteur, de recevoir sa bénédiction et de vivre sous ses (ordres). » Il arriva après un certain temps que notre père Pakhôme envoya des frères à Rakoti, avec une petite barque, pour visiter l’archevêque et acheter quelques petites choses dont avaient besoin les frères malades.
Théodore s’approcha d’eux, leur parla avec le secours d’un interprète1, disant : 0 Je ivre désire ausssi aller au sud avec vous, afin de voir votre père, l’homme de Dieu, pour qu’il me bénisse. « Mais ils lui dirent : « Nous ne te ferons pas monter avec nous dans la barque à cause de tes parents et à cause de l’archevêque. » Aussitôt Théodore prit permission de l’archevêque, afin qu’ils l’emmenassent avec eux. Lorsqu’il fut arrivé au midi près de notre père Pakhôme, il le salua d’un salut de paix ; quant à notre pèrePakhôme, il le reçut avec joie parce qu’il le voyait humble, et surtout parce que l’archevêque lui avait écrit à son sujet de le recevoir avec joie. Aussi, il le mit dans une maison où habitait un vieillard ancien qui savait le grec, afin que le vieillard lui parlât et le consolât.
Et Théodore fit des progrès bellement, il marcha dans toute œuvre bonne et dans les règles des frères. Un jour, notre père Pakhôme, avec le secours d’un interprète, l’interrogea sur la foi des frères qui menaient la vie anachorélique à Rakoti, sur leurs ascèses et Théodore lui dit : « Grâce à tes prières saintes, ô seigneur mon père, ils sont très fermes dans la foi orthodoxe de la sainte Église catholique du Christ, personne ne pourra les ébranler, et ils accomplissent la parole qui est écrite : « Soyez fermes, afin qu’on ne change point votre foi. » Mais quant à leur manger, il y a un grand nombre de bonnes choses sur leurs tables, ils mangent et boivent bellement, accomplissant ce qui est écrit 1: « C’est ce que le Seigneur a préparé aux fidèles, afin qu’ils le prennent avec » action de grâces ! »
Notre père Pakhôme dit : « Est-ce qu’ils peuvent manger et boire sans mesure, et avec cela supporter la pureté ? »
Théodore dit : « Il n’y a point de mesure à leur pureté à tous égards, et leur savoir s’élève grandement en présence de chacun. » E11 ce moment notre père Pakhôme avait à la main un petit bâton, il en frappa deux fois la terre en disant : « Est-ce que si l’on arrose cette terre et qu’on la fume, il ne poussera pas des herbes parasites ? il en est ainsi de ce corps ; si nous lui donnons joie par des mangers, des boissons et des repos trop nombreux, il ne pourra pas garder la pureté, car la Sainte Écriture dit : « Ceux qui appar » tiennent au Christ Jésus crucifient leur chair, ses passions et ses » désirs. « Lorsque Théodore eut entendu ces paroles il fut dans un grand embarras intérieur. Après un certain temps, les frères allèrent à Rakoti, selon leur coutume, et lorsqu’ils furent de retour au sud, Théodore leur demanda comment étaient quelques-uns des frères qui s’y étaient faits anachorètes.
Les frères lui apprirent que quelques-uns d’entre eux s’étaient fait surprendre dans des impuretés, et que, pour certains autres, ils avaient mauvaise réputation parmi les mondains, à cause de leurs abominations. En apprenant cela ; Théodore fut rempli d’étonnement et admira les paroles qu’il avait entendues de notre père Pakhôme sur la comparaison de la terre avec les moines qui se livrent à la bonne chère. Aussitôt Théodore se leva, il se prosterna sur son visage, adora aux pieds de notre père Pakhôme, admirant la grande science de Dieu qui était en lui à cause de la manière dont notre père avait d’abord dit, qu’il est impossible que ceux qui mangent et boivent aient une pureté parfaite. Aussi, il se livra davantage à la mortification à cause des paroles fermes qu’il avait entendues de l’homme de Dieu, notre père Pakhôme.
Et quand notre père Pakhôme vit que Théodore faisait des progrès dans la science de Dieu, il le fitsupérieur des étrangers qui venaient de môme se faire moines sous ses (ordres) ; et notre père Pakhôme prit soin d’apprendre le grec afin de les encourager souvent, d’après les Écritures, et il enseigna à Théodore la manière d’administrer les frères qui étaient sous sa direction. Un jour, il lui parla sans témoin, lui disant : « C’est une grande chose de voir dans à maison quelqu’un qui néglige son salut et de l’oublier, de ne le point instruire pour son salut et le bien de son âme ; si ce frère se fâche une fois, sois patient, jusqu’à ce que le Seigneur le stimule, comme quelqu’un qui veut tirer du pied d’un homme une épine qui s’y est enfoncée ; s’il la tire et fait aussi sortir du sang, l’homme sera guéri ; s’il ne peut la faire sortir et si elle s’enfonce davantage, on met sur elle un remède ; ainsi de la longanimité de l’homme : l’épine vient en haut toute seule, tranquillement et l’homme est guéri.
Il en est ainsi de l’homme qui se fâche, si tu lui résistes par le moyen de celui qui l’enseigne ; mais si celui-là est patient, l’autre y trouve un grand profit. Si c’est une grande faute, dis-le moi et nous lui ferons selon ce que Dieu nous donnera. Prends soin de ceux qui sont malades plus que de toi-même, sois abstinent en tout temps, porte la croix1 plus qu’eux, parce que c’est toi qui as le rang de père. Sois une édification pour les frères, de sorte que tu leur serves de modèle 2 en toute chose. Si tu désires juger quelque chose etnesaispasceque cela vaut, disle moi, et avec la grâce de Dieu nous y mettrons la main ensemble jusqu’à ce que nous le trouvions avec certitude et que nous l’exécutions. « Un jour Théodore interrogea notre père Pakhôme au sujet d’apa Corneille, disant : entendu dire de lui qu’il tient son cœur pur dans la synaxe, au point de n’avoir aucune vaine pensée jusqu’cà ce qu’il ait achevé la synaxe ; je l’ai essayé aussi une multitude de fois ; à peine dans cette foule de fois, ai-je pu faire trois prières en me gardant des pensées qui luttent en mon cœur contre moi sous une multitude de formes.
« Notre père Pakhôme lui dit : « Théodore, je tranquilliserai ton cœur à ce sujet par une comparaison, afin que tu sois affermi davantage. Aujourd’hui, si un esclave voit un homme libre, même pauvre, il désire aussi (avoir) la liberté comme son compagnon ; semblablement si un pauvre voit un magistrat, il en désire la charge de magistrat ; si un magistrat voit un roi, il désire être roi comme l’autre. C’est ainsi que Corneille a lutté jusqu’à ce qu’il ait acquis tous ces fruits de l’Esprit-Saint : la grâce de Dieu est en lui en toutes ses bonnes œuvres. Toi aussi, Théodore, sois émule de sa bonne forme et remercie le Seigneur en tout temps, gardant ses commandements de tout ton cœur et tu ne tomberas pas du tout dans le péché. » Lorsque Théodore entendit ces paroles de ai ru ne notre père Pakhôme, il admira la grande science de Dieu qui était en lui ; par sa patience et son intelligence, il apprit la langue des Égyptiens, et quand notre père Pakhôme parlait avecles frèreslaparole de Dieu, Théodore gardait et faisait ce qu’il entendait de notre père Pakhôme ; puis, lorsqu’il était allé dans sa maison, il le disait en grec à ceux dont il était le supérieur, et les réchauffait, comme une nourrice réchauffe ses enfants, par les paroles vivifiantes de notre père Pakhôme qu’il leur apprenait en leur ordonnant de les accomplir et de les garder grandement en leur cœur.
Et voici quels furent en sa maison les premiers-nés dans la fructification : des gens venus de Rakoli : Auxonios le grand et un autre Auxonios, et un autre nommé Néon ; de chez les Romains il y avait : Quant, à lui Théodore le citadin, il passa trois ans étant supérieur jusqu’au jour où notre père Pakhôme se reposa ; il leur interprétait toute parole d’instruction qu’il entendait de sa bouche, et il fit ainsi au temps d’Horsiîsi jusqu’au jour où Dieu le visita. Il y avait à Phbôou dix frères anciens qui faisaient une foule de pratiques de dévotion et qui étaient purs de corps ; mais ils murmuraient souvent contre notre père Pakhôme, à cause des paroles qu’il leur disait pour le salut et le bien de leurs âmes. Quant à lui, Pakhôme, l’homme de Dieu, il passait les nuits à veiller et à prier pour eux, il jeûnait, (s’écriant) en haut vers le Seigneur, afin qu’ils fussent vigilants et se guérissent de tous leurs défauts ; et ils se reposèrent tous un à un dans la paix de Dieu.
Amen.
Un jour quelqu’un des frères se reposa et notre père Pakhôme ne laissa les frères ni chanter pour lui, ni le bénir ; mais au milieu des frères assemblés il fit brûler ses vêtements et ses habits de moine, les remplissant de crainte, afin de ne pas traiter leurs âmes avec mépris. De quelle manière il supporta ce (frère) jusqu’à ce que celui-ci mourût dans de tels péchés, nous ne le savons pas ; mais nous savons que les hommes de Dieu ne font rien d ’inutile : leur sévérité et leur douceur sont fondées sur une science parfaite qui plaît à Notre-Seigneur. Il arriva un jour que notre père Pakhôme fut malade au point d’en être triste jusqu’à la mort. Les congrégations des pères se réunirent toutes à Théodore avec les frères qui étaient à Phbôou : ils lui parlèrent et leur dirent : « Confesse-nous que si le Seigneur visite notre père, tu le mettras à notre tête et tu nous serviras de père à sa place, afin que nous ne soyons pas malheureux et ne nous dispersions pas comme des brebis qui n’ont pas de pasteur.
Car ici personne parmi nous ne connaît ses vertus aussi bien que toi. « Théodore ne leur répondit pas une seule parole, parce qu’il ne désirait pas avoir la charge de père et se trouver dans la vaine gloire de ce monde, à cause de sa grande humilité. De nouveau, ils se mirent à le prier jusqu’à ce que son cœur fût d’accord avec eux. Mais la chose ne fut point cachée à notre père Pakhôme, (il sut) la manière dont ils avaient délibéré ensemble, et lorsque notre père Pakhôme fut un peu guéri de sa maladie, il parla aux frères disant : « Que chacun de vous dise quel est son défaut. Pour moi, je néglige souvent de visiter les frères. »
Théodore répondit : « Voici sept ans que je suis sous tes ordres, tu m’as envoyé une foule de fois visiter les frères et je leur ai donné des ordres en toute chose, comme toi-même, et jamais la pensée n’est venue en mon cœur qu’après toi je pouvais être leur père ; mais comme les frères m’ont pressé à ce sujet, j’ai accédé de cœur. Si je niais et disais que je n’ai pas consenti, je serais menteur en ta présence tous les jours de ma vie et la parole écrite trouverait en moi son accomplissement : « Le Seigneur perdra quiconque dit un men » songe. »
Notre père Pakhôme répondit et dit à Théodore en présence de tous les frères : « Voici que désormais, je le le dis, il n’y a pas possibilité que je te charge d’une œuvre quelconque pour les frères ; mais retiretoi dans un lieu solitaire et prie le Seigneur qu’il te pardonne ce à quoi tuas consenti. » Et Théodore se retira dans un lieu écarté, il jeûna une multitude de jours, il pleura devant le Seigneur des larmes abondantes avec de nombreux gémissements, le jour et la nuit. Il ne pleurait pas parce qu’on lui avait enlevé sa charge, mais à cause des mauvaises pensées auxquelles il avait donné place en sou cœur. Un frère l’ayant vu verser de nombreuses larmes et dans une (grande) affliction de cœur, se dit en lui-même : « Pourvu qu’à cause de son affliction il ne se sépare pas des frères et ne s’en aille pas !
« Et lorsque la nuit, pour quelque chose dont il avait besoin, Théodore sortait du lieu écarté où il était, le frère le suivait comme pour le surveiller de peur qu’il ne s’en allât ailleurs ; mais jamais la pensée ne monta au cœur de Théodore de se séparer des frères, et, lorsqu’il sortait de son endroit retiré, il priait Dieu pour ce frère et disait : « Seigneur, Dieu de notre père Pakhôme, donne à ce frère le repos de ces mauvaises pensées qui lui sont montées au cœur à mon sujet, (car) il a peur que je ne quitte les frères pour quelques reproches qui m’ont été faits par mon père : que jamais semblable chose ne m’arrive ! » Ensuite lorsqu’on eut sonné pour la synaxe, Théodore pendant la synaxe vint au milieu des frères et dit : « Priez pour moi afin que le Seigneur me pardonne, car je me suis enivré du vin de l’abomination que j’ai bu sans le savoir.
« Et lorsqu’il eut dit ces paroles, il se jeta sur son visage, il pleura et, à cause de l’abondance de ses larmes, tous les frères pleurèrent aussi grandement ; puis quand il eut fini sa repentance, il se relira dans son endroit écarté, il y resta à pleurer dans le deuil, le jour et la nuit, devant le Seigneur, selon l’ordre de notre père Pakhôme. Beaucoup de frères qui passaient en dehors du lieu écarté où il était l’entendaient pleurer, et ils pleuraient aussi grandement à cause de lui. Un grand nombre de frères anciens allèrent le trouver pour l’encourager ; ils lui dirent : « Peut-être es-tu affligé et pleures-tu parce que notre père t’a enlevé ta charge ! » Mais lui, il ne leur répondait rien quand ils lui disaient ces paroles charnelles ; il leur répondait avec une grande humilité : « Je ne pleure pas à cause de cette pensée que aie.
le diable a jetée dans mon cœur, mais à cause du péché que j’ai commis envers Dieu. « Ils commencèrent alors d’accuser notre père Pakhôme près de lui, pensant ainsi lui donner courage et (lui) disant : « Quel péché as-tu commis pour que notre père agisse ainsi envers toi ? Est-ce qu’il n’est pas charge ? » En entendant ces paroles, à cause de sa grande humilité, Théodore fut comme quelqu’un qu’on transperce de part en part, parce qu’en sa présence on accusait l’homme de Dieu. Il (voulut) alors persuader le cœur des frères, disant : « Ne pensez pas que mon père m’a traité au-delà de ce que je méritais ; mais en toute manière dont il m’a traité, il a agi pour le salut de mon âme, afin que je devienne digne du Seigneur. » C’est ainsi qu’il persuada leur cœur par sa grande humilité ; quant aux frères, ils s’en allèrent rendant gloire à Dieu, ayant trouvé profit en ses discours grandeEnsuite un autre frère qui aimait Dieu et dévot, nommé apa Titouî, vint l’encourager et lui dit : « Ne t’afflige pas, ô Théodore, pour ce que notre père t’a fait, carie Seigneur sait que si tu persévères dans cette humilité et (si lu continues) à rendre grâces au Seigneur pour ce qui t’est arrivé, tu seras heureux comme le juste Job dans le temps (passé).
« Il lui dit encore une foule d’autres paroles encourageantes. Après les lui avoir dites, il le quitta, il alla dans sa maison. Théodore tira profit de ces paroles de Titouî et il y fit attention 2 parce qu’elles venaient du Seigneur. Aussitôt ils se levèrent 3, ils prièrent et Théodore prit un livre qui se trouvait là. L’ayant ouvert, il y trouva ce passage (où il est) écrit : « Après cela, je me retournerai et bâtirai la tente de David qui était tombée : les choses qu’on lui a arrachées, je les bâtirai, et les choses qu’on lui a détruites, je les rétablirai ; » et ce qui vient ensuite. Aussitôt Théodore fut consolé par la manière dont le Seigneur lui donnait courage par (l’entremise) du prophète. Mais un autre frère qui se croyait grand, une pensée mauvaise monta au cœur par (la tentation) du diable, de sorte qu’il se dit en lui-même : « Est-ce que notre père Pakhôme aurait destitué Théodore, si celui-ci n’avait pas du tout commis de péché ?
comme il l’a trouvé dans une œuvre mauvaise, il l’a destitué pour cette raison. « Alors le frère en lequel Satan était (entré), s’approcha (de lui) pour le tenter et lui dit : « Est-elle vraie la parole de notre père Pakhôme à ton sujet ? car je l’ai entendu dire : Je ne l’ai pas destitué pour cette raison seulement, mais parce que je l’ai trouvé dans une impureté. » Lorsque Théodore eut entendu ces paroles, il pleura aussitôt et soupira dans une (grande) affliction de cœur et il pensa en lui-même, disant : « Si je dis que je n’ai rien fait de semblable, je ferai notre père menteur d’après la parole que ce frère a dite : a J’ai entendu notre » père proférant telle parole ». D’un autre côté, il n’est pas juste de dire à celui-ci : « C’est vrai ce que lu as dit », afin que je ne sois pas menteur, puisque je n’ai pas fait ce que l’on me reproche !
« Alors il continua de pleurer et ne répondit pas une parole au frère. Lorsque celui-ci vit que Théodore ne lui avait pas répondu une seule parole et qu’il continuait à pleurer, il se leva, il le quitta couvert de honte. Aussitôt Théodore se leva et pria en disant : « Je te ferai rougir, ô diable, de ce que lu as jeté des mauvaises pensées en ce frère que j’aime beaucoup, car tu l’as fait parler ainsi parce que lu veux m’enlever l’affection que j’ai pour l’homme de Dieu qui me sauve de tes pièges mauvais et remplis d’abominations de tous côtés. » Alors il se leva, il se rendit au lieu où se trouvait notre père Pakhôme ; il y arriva par derrière (lui), il lui prit la tête, la baisa une multitude de fois, et Pakhôme ne savait pas qui c’était. Et notre père Pakhôme dit à ceux qui l’entouraient : « Qui me baise la tête ? »
Ils dirent : « C’est Théoassieds-toi. »
Théodore lui dit : « Ce que j’ai cherché, je l’ai trouvé, ô mon père.
« Il le quitta ainsi, il alla dans le lieu retiré et ne (lit à personne pour quelle cause il avait baisé la tête de notre père Pakhôme qui ne lui demanda pas : « Pourquoi as-tu fait cela ? » Comme Théodore était encore en pénitence, on dit en vision cà notre père dans des monastères qui sont dans les environs ! cela lui donnera de la consolation et du repos. » Notre père Pakhôme l’appela et lui parla en disant : « Théodore, hâte-toi’d’aller au monastère de Tmouschons visiter tous les frères. » Aussitôt il le quitta avec une grande humilité, il alla comme il le lui avait ordonné. Et lorsqu’il fut arrivé à Schénésît, il s’assit sur le bord du fleuve attendant le passeur pour aller à l’ouest. Comme il était encore assis, deux Anges vinrent aussi sous la forme de deux vieux moines ; ils s’assirent près de Théodore et l’un des Anges commença de le glorifier et bénir disant : « Que tu es heureux, mon fils Théodore, d’avoir recouru à Dieu et d’avoir laissé le monde et ses vains soucis.
« L’autre répondit, comme s’il eût été fâché, et dit : « Cesse de donner tous ces éloges à ce malheureux, car il ne mérite pas toutes les louanges que lu lui donnes ; mais lorsque tu auras vu qu’il est arrivé à la perfection 1 de l’homme à la charrette 2, donne-lui toute louange et toute bénédiction spirituelle, il en sera digne en vérité. » Et l’Ange ditàl’(aulre) Ange, son compagnon, tous les deux étant sous la forme de (deux) vieux moines assis avec Théodore : « Et quelle est donc, la perfection de l’homme à la charrette que lu vantes ainsi par des éloges grandement élevés, d’après ce que tu dis 3. Maintenant donc instruis-moi à son sujet, car tu es plus grand que moi. »
Son compagnon lui dit : « Écoute-moi, je t’en informerai comme je l’ai appris par d’autres. On dit qu’il y avait un homme laboureur, fort appliqué à son travail et à toute chose : tout homme qui allait le trouver pour travailler avec lui conàme ouvrier demeurait à travailler avec lui la plus grande partie de l’année, de sorte qu’ils passaient l’année tout Ami entière, sauf un peu, puis ils s’enfuyaient de lui pour ne plus travailler avec lui. Car il leur était méchant jusqu’à ce qu’ils s’en allassent l. Ensuite quelqu’un prit une résolution courageuse dans son cœur, disant : « Puis » que personne n’a la force de rester une année entière à travailler avec » ce laboureur, parce qu’il est méchant avec (ses ouvriers), moi, j’irai « travailler avec lui de manière à passer l’année tout entière et je me » ferai tout à lui en toute chose afin de connaître ce qu’il fait.
« Alors il se » leva, il alla vers lui et lui parla disant : Je désire travailler avec toi, cette « année. »
Et le laboureur dit à l’homme : « Je suis content et mon » cœur accède à ce que tout homme travaille avec moi, s’il se conforme « à mon travail. » Et l’homme travailla avec lui en toute longanimité. Lorsqu’on fut arrivé au temps de travailler aux champs, le laboureur dit à l’homme : « Voici que nous allons aller travailler aux champs : je n’ai » jamais permis à l’un de mes serviteurs d’arroser les champs pendant le « jour, mais la nuit. »
L’homme lui dit : « Très bien ; tu as pensé avec 1 Le texte de tout ce passage est corrompu.
« une grande prudence, car, si nous n’arrosons pas pendant le jour, » aucun oiseau et aucun animal ne boiront à notre rigole, et toute l’eau « servira tranquillement cà aller dans notre champ. » Lorsqu’ils furent arrivés au temps de semer le laboureur lui dit : « Semons un carré ( ?) de » blé, un autre de lentilles, un autre d’orge et (d’autres) d’autres graines : « semons ainsi tout le champ. »
L’homme lui dit : « Cette sagesse est » plus grande que la première, car si nous faisons ainsi, notre champ « sera très beau par la beauté de toute sorte de fleurs. » Lorsqu’ils eurent semé leur champ, qu’il eut poussé, comme il était encore vert et point mûr, le laboureur dit à l’homme : « Lève-toi, allons moissonner le champ, » car il est temps de le moissonner. »
L’homme lui dit avec une grande longanimité : « O la grande sagesse ! elle n’a point de mesure ; car, si nous » faisons ainsi que tu l’as dit en ton cœur et si nous moissonnons le champ « avant qu’il ne soit sec, aucun grain ne tombera à terre et tout sera » conservé. « Et lorsqu’ils eurent fini de moissonner, ils battirent(le grain) dans l’aire et il n’y eut dans l’aire que de la paille. Le laboureur dit à l’homme : « Allons chercher une charrette, mesurons la paille dans cette » charrette et menons-la ainsi au lieu où elle (doit être), afin de la » trouver quand nous en aurons besoin pour notre travail. »
L’homme dit au laboureur : « Cette habileté est beaucoup plus grande que toutes les » premières que tu as imaginées, car si nous faisons cela avec soin, la paille « sera conservée dans nos greniers. » Lorsque le laboureur l’eut éprouvé en tout cela et eut vu que le serviteur n’était pas petit de cœur, ne s’était pas en allé en arrière, mais avait supporté jusqu’à la fin de l’année, il l’admira et lui dit : « Voici que je sais vraiment (maintenant) que tu peux rester » près de moi en tout temps, parce que tu as fait selon mon cœur en toute « chose : tous les deux, nous avons été comme un seul homme. » Il resta ainsi à travailler avec lui en toute chose, toujours d’accord l’un avec l’autre jusqu’à la fin. « Et lorsque l’un des Anges qui avaient l’apparence de vieux moines, eut fini de dire ces choses, l’autre lui dit : « Tu nous as dit aujourd’hui une grande pensée, mais fais-moi l’amitié de m’en dire aussi l’explication.
« L’Ange lui répondit et dit : « Le vrai laboureur, c’est Dieu ; l’application qu’il emploie, ce sont les tentations et les épreuves qu’il envoie à ceux qui désirent le servir bellement ; il les éprouve afin qu’ils souffrent et combattent leur volonté en toute chose, afin qu’ils fassent sa volonté en tout temps. Maintenant donc, si un homme qui se dit son serviteur supporte d’être ainsi éprouvé avec action de grâces, ce sera un élu pour Dieu. Et comment supporterait-il toute souffrance et toute épreuve que Dieu lui fera rencontrer, s’il ne se dit à lui-même : « Je ne suis qu’un sot en toute » chose aux yeux de tous, car j’ai appris qu’il est écrit dans les Écritures : « Que celui qui désire être sage parmi vous se fasse insensé, afin qu’il de » vienne sage à l’excès en présence du Seigneur Jésus le Christ.
« Les deux Anges disaient ces choses en étant sous la forme de vieux moines, etTliéoen dore était un peu en arrière d’eux, assis et la tête penchée sur ses pieds ; il les entendait se parler ainsi l’un à l’autre et il ne savait pas que c’étaient des Anges. Il fut consolé des paroles qu’ils avaient dites à cause de lui. Peu après le passeur aborda, ils montèrent ensemble (dans la barque), les uns avec les autres, et lorsqu’ils furent arrivés à l’endroit d’aborder en haut (de la rive), Théodore regarda et il ne vit plus les deux vieux moines. Aussitôt il comprit en lui-même que c’étaient des Anges, il marcha en pleurant, à cause de la saveur des paroles qu’il avait entendu dire aux Anges, jusqu’à ce qu’il fût arrivé à Tmouschons. Lorsqu’il fut parvenu chez les frères, ils l’embrassèrent tous avec une grande allégresse et se réjouirent avec lui ; il les visita selon l’ordre de notre père Pakhôme et il retourna vers Phbôou dans une grande consolation ; mais cependant il était dans le deuil et il continuait de pleurer et de dire : « J’ai péché, parce que j’ai laissé cette vaine gloire entrer dans mon cœur.
« ne Lorsque la petite barque fut sur le point d’aller à Rakoti, un vieillard ancien, nommé Zachée, s’approcha de notre père Pakhôme : c’était lui qui avait le gouvernement des frères qui montaient la barque ; il supplia Pakhôme d’envoyer Théodore avec lui à Alexandrie, afin qu’il servît les frères qui étaient dans la barque et qu’il fût un peu consolé dans son affliction, de peur que ses yeux ne souffrissent de l’abondance de ses larmes. La chose plut à Pakhôme qui appela Théodore et l’envoya à Rakoti sur la barque, après avoir écrit une lettre à notre père saint, se tenait dans la barque avec les frères en une grande humilité de cœur et tristesse, il se soumettait à eux tous comme un petit enfant ; chaque fois qu’on abordait au rivage avant d’arriver à Rakoti, il sautaitle premier surla rive afin d’attacher la barque à une pierre.
Une multitude de fois il passait la nuit dans la méditation des Écritures, et lorsqu’on l’envoyait pour quelque chose dans un village avec un autre frère, il ordonnait au frère et disait : « Si tu veux me donner repos, lorsque quelque homme nous renet nous dira : « Bonjour », réponds-lui. » Et quand les frères virent que c’était sa volonté à cause de sa grande humilité, ils satisfirent son cœur. Lorsqu’ils furent arrivés à Rakoti, l’archevêque le vit, l’admira et écrivit une lettre à noire père Pakhôme, lui déclarant Théodore bienheureux, en suite de ce que souventes fois il avait entendu dire à son sujet et parce qu’il avait désiré voir quel était son but. Et lorsque la barque fut arrivée au sud, notre père Pakhôme embrassa apa Zachée, Théodore et tous les frères.
Il dit : « Que fait l’Église ? »
Ils lui dirent : « Par le secours de Dieu et des prières que tu fais en tenant tes mains élevées, la paix commence d’exister. » Carence temps-là il était très affligé au sujet de l’Église, parce que tous les Ariens s’étaient levés contre elle comme des voleurs, et il priait Dieu pour la paix de l’Église catholique, plein de tristesse au sujet des peuples et disant : « Le Seigneur a permis que cela arrivât pour éprouver les fidèles, car eu vérité Dieu tirera promptement vengeance de ceux qui agissent violemment, selon leurs mérites. » Il parla ensuite aux frères sur Théodore et dit : « Est-ce que Théodore a été découragé en présence du Seigneur parce qu’il a été dans une destitution apparente en présence des hommes ? Non ; mais il a fait plus de progrès qu’auparavant dans l’humilité, par suite de ce qu’il a enduré.
Croyons que le mot de l’Évangile s’accomplira pour lui : « Celui qui s’humilie sera élevé » ; car Théodore et moi, nous remplissons un service identique dans un esprit identique. « Et jusqu’au jour de la mort de Pakhôme, Théodore marcha sur ses traces. Et si on l’envoyait visiter les frères1, il s’asseyait pour leur parler la parole de Dieu ; et lorsque les frères le voyaient assis à terre ou quelque part, ils lui apportaient quelque chose afin qu’il s’assit dessus. Mais il n’acceptait pas et disait : « Mon corps est encore sain de maladie, je ne le ferai pas, car je crains d’être un serviteur dans l’autre monde en présence de tous ceux qui m’auraient vu chercher les aises de mon corps ; car il est ainsi écrit dans l’Évangile : « Que celui qui désire être grand parmi vous, se fasse le » serviteur de tous » ; et aussi : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour » être servi, maispour servir et donner sonâme en rançon d’une multitude » ; de sorte que nous devons servir les autres et1 ne pas laisser les autres nous servir.
« Depuis le jour où il donna des ordres aux frères au sujet des serpents, des scorpions et des autresbêtes, afin qu’ils n’eussent point foi en eux, leur disant : « Je sais tout ce que j’ai fait avant que la science me fût révélée », s’il se trouvait à travailler avec les frères, qu’un scorpion le piquât et qu’il en souffrît, il ne cessait pas de travailler ; mais il comptait cette souffrance comme l’une des souffrances qu’il endurait pour le Christ. Si un scorpion le piquait au soir, il se tenait debout et priait jusqu’à ce qu’il fût guéri, disant : « Il n’y a point de remède qui puisse quelque chose, sinon le nom du Seigneur. » Un jour se trouvant debout à lasynaxe, à l’heure de l’aurore, et parlant avec les frères la parole de Dieu, il regarda vers la porte et vit un esprit ténébreux qui s’y tenait debout.
Il y avait une une fenêtre au dessus de lui, recouverte d’une planche et sur la planche deux briques. Et lorsque l’un des frères tira la corde qui l’attachait afin d’ouvrir la fenêtre et d’éclairer le lieu, les briques tombèrent sur Pakhôme et les frères eurent peur ; ils s’écrièrent pensant que sa tête était brisée. Mais l’homme de Dieu savait que nul mal ne lui arriverait de la part de celui qu’il avait vu se tenir debout à la porte ; il fit hâte, plaça ses mains sur sa tête et supporta le coup des briques avec actions de grâces. Peu après les frères l’interrogèrent et dirent : « Ta tête n’est-elle point brisée ?
Pour lui, il leur dit : « Je vous le dis en vérité, avant que cela m’arrivât, ma tête me faisait mal ; maintenant elle est guérie. » Il disait cela en se souvenant des paroles de l’Apôtre : « Rendez grâce en toute chose », et aussi parce qu’il savait que rien ne lui arriverait sans la volonté de Dieu. Comme il était quelque part à cueillir des roseaux avec les frères, lorsque le soir fut arrivé, il parla aux frères la parole de Dieu : comme il parlait encore deux serpents "vinrent s’enrouler autour de ses jambes ; il ne les regarda pas du tout et ne remua pas les pieds de l’endroit où il se trouvait. Quand il eut fini de parler, ils prièrent afin que chacun se retirât dans son habitation. Il ordonna alors de lui apporter une lumière et lorsqu’on l’eut apportée, ils virent les bêtes enroulées autour de ses jambes ; ils les tuèrent aussitôt et rendirent grâces à Dieu qui sauve ceux qui espèrent en lui.
Cette même nuit, il y avait un frère nommé Paul, c’était un grand ascète, et pendant qu’il se tenait debout, méditant, un scorpion le piqua au pied. Il ne cessa pas de méditer depuis le soir jusqu’au matin, de sorte qu’il s’en fallut de peu qu’il ne rendît l’esprit à cause de la souffrance (produite) par le venin qui luimontaitau cœur ; il s’écriait disant : « Je ne cesserai pas de te prier jusqu’à ce que lu m’aies donné repos et guéri du venin mauvais de cette bête, car si 1 on me châtiait dans des persécutions, je ne serais pas submergé à cause des tourments. » Il souffrit ainsi, ordonnant aux frères qui étaient près de lui, et leur disant : « N’apprenez à personne ce qui m’est arrivé, de peur qu’on m’égale à notre père, et que je ne perde (ainsi) la récompense que Dieu m’a préparée pour le moment qui suivra ma mort1.
« Mais l’un des frères révéla la chose à tous (les autres) et lorsque le matin fut (arrivé), les frères se réunirent tous, ils virent le scorpion qui l’avait piqué, gisant mort sous ses pieds, et ils furent saisis d’admiration. Il arriva un jour que les frères sortirent pour un service, ils annoncèrent à notre père Pakhôme qu’une grande famine était par le monde avec la peste, de sorte que la terre approchait de la destruction. Au moment où on lui apprit cela, c’était le second jour qu’il n’avait pas mangé, et il ne mangea pas jusqu’au lendemain, disant : « Moi aussi, je ne mangerai pas, quand mes compagnons2 ont faim et ne trouvent pas de pain à manger. » Et, pendant tout le temps que la famine dura à l’extérieur, il fut dans le deuil et s’affligea extrêmement par des jeûnes et des prières fort nombreuses, accomplissant la parole de l’Apôtre qui a dit : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui.
« Il priait aussi le Seigneur avec une grande ferveur au sujet des eaux du fleuve, afin qu’elles montassent à une bonne mesure, qu’il y eût abondance sur la terre, que les hommes trouvassent du pain pour manger et vivre, qu’ils le bénissent et accomplissent sa volonté. Toutes les fois qu’il priait, il pensait au commandement de l’Apôtre qui dit : « Priez pour chacun, soit roi, soit ceux qui sont dans les dignité sorthodoxes, afin que nous rendions leur vie douce et tranquille, en toute dignité et piété. » C’est pourquoi quand notre père Pakhôme priait, il priait pour le monde entier selon les dignités : tout d’abord pour les moines et les vierges, afin que le Seigneur leur donnât le moyen d’accomplir la promesse qu’ils avaient faite dans le désir de leur cœur, disant : « Seigneur Dieu, Créateur de toutes choses, Dieu béni, donne-nous le moyen d’accomplir ce service que nous avons commencé, moi et mes compagnons1, afin que nous soyons dignes de toi, que tu habites dans notre corps, dans notre âme et dans notre esprit, que nous soyons en tout temps parfaits en ton amour, et que nous marchions en ta présence selon ta volonté, que nous ne péchions pas contre toi, qnenous n’irritions pas ton Esprit-Saint au nom duquel nous avons été signés, mais que nous soyons sains et sans tache en ta présence, tous les jours de notre vie en ce monde, afin que nous soyons dignes des biens de ton royaume qui est dans les cieux, (biens) durables éternellement, par ta miséricorde, ô (Dieu) qui aime les hommes.
« Il priait aussi pour ceux qui sont dans le mariage, afin qu’ils gardassent les commandements de Dieu qui sont en son Évangile, et qu’ils reçussent la vie éternelle. Semblablement il priait pour trois catégories d’hommes : premièrement pour ceux qui avaient commencé à faire le bien, afin que le Seigneur leur donnât le moyen de l’accomplir sans offense ; ensuite, pour ceux qui, ayant commencé à faire le bien, ne pouvaient l’achever, à cause des vains soucis de ce monde, qui reculaient pour ne pas le faire, afin que le Seigneur leur donnâtle moyen de faire le bien, en leur enlevant tout souci de ce monde futile, à l’exception de ce qui est nécessaire pour le besoin du corps, qu’ainsi ils fissent la volonté de Dieu, qu’ils fussent sauvés des châtiments et héritassent son royaume éternel.
Il priait aussi pour ceux qui se trouvaient dans les œuvres du diable en toute nation, pour ceux qui étaient dans les erreurs de l’hérésie sans le savoir, parce que d’autres les avaient égarés, afin que Dieu leur donnât le sentiment (de leur erreur), qu’ils se repentissent afin de faire de dignes fruits de pénitence, surtout à cause des biens que Dieu leur donne en tout temps : ainsi, il fait que le soleil luit sur eux sur la terre, et les éclaire pendant le jour, afin que chacun travaille selon son métier pour trouver ce dont il a besoin, (il a fait) la lune et les étoiles qui nous éclairent pendant la nuit, les saisons qui produisent les fruits, les eaux de pluie, les rosées et les vents, afin que les fruits en sème dans les champs, ainsi que tout ce dont l’homme a besoin avec toutes les autres créatures que Dieu a créées pour le besoin de l’homme, ainsi que l’a dit le chantre David : « Le jour est à ton ordre » ; et aussi : « Toute chose t’obéit.
« Il priait aussi pour les rois, et pour ceux qui sont dans les dignités de la terre, accomplissant la parole de Salomon : « C’est par moi que régnent les rois », afin que le Seigneur les gardât en l’amour de Dieu et des hommes, qu’ils prissent souci de rendre justice à ceux qui agissent avec violence, qu’ils se montrassent avec ceux qui ont plu à Dieu depuis l’éternité, et qu’ils répétassent la parole d’Isaie qui a dit : « Le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est notre juge, le Seigneur est notre chef, le Seigneur est celui qui nous fait vivre » ; qu’ils méprisassent la royauté de ce monde qui n’a qu’un temps, et qu’ils devinssent héritiers du royaume céleste, stable à jamais ; qu’ils imitassent les rois justes, David, Ézéchias, Josias, et ceux qui, comme eux, ont pratiqué la justice.
Il priait aussi pour les clercs de l’Église catholique, disant : « Quoiqu’ils ne soient » ne les frères à cause de ceux-là, de sorte que quelques-uns des Anges de colère s’élancèrent sur notre père Pakhôme qui priait encore, voulant emmener son âme, parce qu’il priait pour ceux qui haïssaient les instructions qu’il leur adressait pour leur salut. Un des (frères) anciens parla à notre père Pakhôme en disant : « Pourquoi souffres-tu ces grandes souffrances à à cause de ceux-ci ? Voici que l’on le châtiera à cause d’eux, car il vaudrait mieux pour toi que tu les chasses de parmi nous, plutôt que Dieu ne s’irrite contre toi à cause d’eux : en effet, tu es longanime à leur sujet, et ils ne font pas pénitence, afin défaire cesser cette colère. »
Notre père Pakhôme N’as-tu pas entendu dire ce que Movse fit autrefois, car les saints sont pour nous des modèles, comment il donna son âme pour le peuple qui avait transgressé, et dit : « Seigneur, si tu les effaces, efface-moi aussi du » livre que lu as écrit. « C’est ainsi que notre père Pakhôme souffrit pour eussent fait pénitence et travaillé au salut de leurs âmes. Quelque temps après notre père Pakhôme rencontra l’un de ces dix frères, il lui dit d’un visage joyeux : « Mon frère, que fais-tu en ce temps-ci, toi et tes frères ? »
Le frère lui dit : « Je rends grâces au Seigneur et à tes prières saintes. » Il dit encore à l’homme de Dieu2: « Les jours où tu penses souffrir pour nous…, les démons luttent contre toi parce qu’ils ne trouvent pas en toi de lieu de repos, comme un soldat qui veut entrer dans une maison et la prendre pour habitation, qui souffre et est troublé à cause de cette maison, voulant y entrer et ne le pouvant pas, parce que la porte est bien solide. Mais si ceux qui sont dans la maison ont peur et lui ouvrent la porte, il n’est plus dans le trouble ; mais il s’y repose avec tranquillité. C’est ainsi que l’esprit impur t’a fait souffrir autrefois parce que tu ne faisais pas ses œuvres ; mais maintenant, tu lui as ouvert la porte et il t’a rempli depuis les ongles ne des pieds jusqu’aux cheveux de ta tête ; et même ainsi, il ne peut pas te faire souffrir1 à cause des œuvres que tu fais. »
Le frère lui dit de nouveau : « Est-ce que je peux faire que ce mauvais démon se retire de moi, accomplir la volonté de Dieu et me sauver des tourments préparés aux pécheurs de ma sorte ? »
Notre père Pakhôme lui dit : « Je le dis, moi, que quand même lu jeûnerais deux jours par deux jours, que tu prierais depuis l’aurore jusqu’au soir, ce démon ne se retirera pas de toi, tant que cette incrédulité restera en toi ; mais, si tu crois que les paroles que je te dis sont vérité, je t’assure qu’avant la moitié d’un seul jour, ce démon t’aura quitté et tu seras en repos. » Lorsque le frère eut entendu cela, il le quitta, il s’en alla, il resta quelque temps à jeûner deux jours par deux jours ; mais il ne cessa pas d’être incrédule envers l’homme de Dieu, notre père Pakhôme, jusqu’au jour de sa mort. Il arriva un jour que le Seigneur fit paraître une vision à notre père Pakhôme, et lorsqu’il regarda, il vit la forme de l’Amenti obscure et té : au milieu s’élevait une colonne et de tous les côtés il y avait des voix qui criaient et disaient : « Voici la lumière ici près de nous.
« Et les hommes qui se trouvaient en ce lieu s’avançaient à tâtons, parce que les ténèbres de ce lieu obscur étaient grandes, et ils craignaient grandement. Et voilà que lorsqu’ils entendirent (crier) : « Voici la lumière près de nous », ils coururent à la recherche de cette lumière, voulant la voir. Comme ils couraient encore devant eux, ils entendirent par derrière une autre voix qui disait : « Voici la lumière par ici : » ils s’en retournèrent aussitôt en arrière, à cause de la voix qu’ils avaient entendue, pour chercher la lumière. Pakhôme vit aussi dans cette vision quelques-uns de ceux qui étaient dans les ténèbres faisant le tour d’une colonne, pensant qu’ils marchaient en avant et ne s’apercevant pas qu’ils faisaient le tour d’une colonne.
Il regarda, il vit la communauté entière des cénobites en ce lieu ; ils marchaient un à un, se tenant les uns les autres de peur de s’égarer en ces ténèbres et de rester seuls. Une petite lumière, comme la lumière d’une lampe, éclairait ceux qui les conduisaient, et il y avait seulement quatre hommes parmi les frères qui voyaient cette lumière : tous les autres ne voyaient aucune lumière. Notre père Pakhôme voyait la manière dont ils marchaient : si quelqu’un cessait de tenir celui qui le précédait, il s’égarait dans les ténèbres avec tous ceux qui le suivaient. Il en vit un qui se nommait Paniski ; c’était un grand parmi les frères, et d’autres avec lui qui cessèrent de suivre celui qui les précédait et les conduisait : et dans son extase, l’homme de Dieu, Pakhôme, leur criait à chacun, (en les appelant) par leur nom, de ne pas s’arrêter et disait : « Tiens celui qui marche devant loi, pour ne pas t’égarer.
« La petite lumière qui marchait devant les frères marcha devant eux jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés à une grande ouverture en dessus de laquelle il y avait une grande lumière : ils y montèrent. Mais cette ouverture avait de grands cercles1, afin que la lumière ne pénétrât pas par elle et que ceux qui étaient dans les ténèbres n’y montassent pas. Et quand notre père Pakhôme eut vu tout cela, on lui en au apprit l’explication de la part de celui qui lui enseignait toutes ces choses.
« La figure de l’Amenti que tu as vue, c’est ce monde : les ténèbres obscures qu’il y a, ce sont toutes les vaines erreurs et les futiles soucis. Les hommes qui s’y trouvent sont les âmes ignorantes, et les voix qui crient : « Voici la lumière près de nous », ce sont les hérésies et les schismes qui disent tous : « Nous sommes des purificateurs », et au contraire, ils font égarer. Les frères qui conduisent (les autres), ce sont tous ceux qui aiment le Seigneur et marchent dans la foi droite, ainsi qu’il est écrit : « Vous n’êtes tous qu’un dans le Christ. » On lui apprit aussi que ceux qui laissent la main des frères ressemblent à des évêques qui sont dans la foi orthodoxe du Christ, mais qui communiquent avec les hérétiques, égarant (ainsi) une foule de gens par ces choses qu’ils enseignent à chacun des hommes sans malice.
Et ceux qui accomplissent bien leur service ne laissent pas la main et ne scandalisent pas les multitudes, ainsi qu’il est écrit : « Malheur à celui par qui le scandale viendra. » C’est pourquoi cette lumière est petite, car il est écrit dans les saints Évangiles au sujet du royaume des deux : « Il ressemble à un grain de sénevé », qui est petit. La lumière abondante qui est au dessus de l’ouverture, c’est la parole que l’Apôtre a dite : « Jusqu’à ce que nous arrivions tous à cette pensée unique de la foi et de la connaissance, le Fils de Dieu, homme parfait selon la mesure de la justification dans la plénitude du Christ Jésus. » Et quand notre père Pakhôme eut vu cela, il appela les frères qui, dans la vision qu’il avait eue, avaient cessé de tenir la main (des autres), il leur ordonna de lutter dans la crainte du Seigneur pour vivre.
Mais quand ils l’eurent quitté, ils ne furent point vigilants à se convertir de leur négligence et de leur mépris ; mais ils persévérèrent dans l’état où ils se trouvaient d’abord, jusqu’à ce qu’ils devinssent étrangers aux frères et à la vie éternelle du Sei Notre père Pakhôme persévérait dans la connaissance des choses saintes, et il travaillait à sauver les âmes des frères comme un bon vigneron, plein de soin, qui travaille à sa vigne et prend soin de la garder en toute sécurité, en toute garde, veillant sur les clôtures et les haies à cause des voleurs et des animaux, effrayant les oiseaux afin qu’ils n’en perdent pas les fruits, ainsi qu’il est écrit : « La vigne du Seigneur Sabaoth, c’est la maison d’Israël. » Il leur donna des règles et des traditions, les unes écrites, les autres apprises par cœur à la manière des saints Évangiles du Christ ; et il ordonna à tous les frères dans les monastères que si quelqu’un transgressait une seule des règles qu’il leur avait données pour le salut de leurs âmes, il reçût un châtiment selon ce que méritait sa transgression, afin que le Seigneur lui pardonnât les négligences qu’il aurait faites par désobéissance.
Il ordonna à ceux qui étaient chargés du service des frères du dehors de n’introduire dans la communauté aucune nouvelle des affaires du monde ; mais si quelqu’un disait quelque chose à un frère, ou lui donnait une lettre pour un parent, quand le frère était arrivé à la communauté, ne devait pas aller trouver l’autre pour lui dire quelque chose de cela ; mais il devait aller trouver le père du couvent et lui dire cette chose : si le supérieur jugeait la chose profitable à entendre, elle était dite au frère ; sinon, on ne lui en parlait pas. Il n’y avait aucune parole étrangère parmi les frères : ils se conduisaient selon les règles saintes, n’avaient aucun souci de ce monde ; mais ils étaient comme si on les eût transportés de la terre au ciel à cause de leur réclusion et des dévotions qu’ils pratiquaient continuellement.
Passant un jour dans la communauté, notre père Pakhôme entendit quelqu’un qui avait des pensées charnelles, parler à d’autres et leur dire : « C’est la saison du raisin. » Lorsque l’homme de Dieu eut entendu ces paroles, il se mit en grande colère et le châtia avec emportement disant : « 0 malheureux, ne sais-tu pas que les prophètes de mensonge sont morts, mais que leurs âmes tournent encore autour des hommes pour y trouver un séjour, comme (autrefois) dans ces (prophètes) ? Pourquoi donc as-tu aux donné place à ce démon, afin qu’il habite en toi et parle par ta bouche ? de sorte que quelques-uns parmi les ignorants t’entendent maintenant prononcer le nom de ce fruit, ton désir reste en eux leur causant de la tristesse et loi-même, tu deviens étranger à Dieu parce que tu as scandalisé leurs âmes, selon qu’il est écrit : « Ame pour âme.
« N’as-tu pas entendu l’Apôtre qui dit : « Que nulle parole mauvaise ne sorte de votre » bouche, mais toute chose bonne, qui soit utile1 àlafoisàceuxquil’enlen » dent et à ceux qui la disent ? « Ne sais-tu pas que la parole que lu as dite ne sera pas à édification pour tes frères, mais à perte et à destruction ? Je vous assure, en effet, que toute vaine parole semblable, toute parole honteuse, toute parole insensée ou plaisanterie, sont des fornications de l’âme par devant le Seigneur. Je vous enseignerai par une parabole quelle colère le Seigneur fera tomber sur l’homme qui prononce des paroles honteuses ou de dispute au milieu des frères. (Il en sera) comme d’un homme riche qui a invité quelques gens à son festin pour qu’ils mangent, boivent et se réjouissent : après avoir mangé, ils se sont levés dans l’ivresse du festin, ils ont jeté à terre les vases de la maison et les ont brisés.
L’homme s’est mis en colère contre eux, il les a châtiés, disant : « Ingrats, malheureux, je vous » ai invités dans ma maison dans l’ivresse de vos âmes et vous avez mangé « avec ingratitude. » Il en sera ainsi de quiconque viendra sous le joug du monachisme et dira des paroles de dispute ; le Seigneur fera tomber sur eux sa colère, car on vous a appelés vous-mêmes à une vocation sainte et vous voulez perdre les âmes qu’on a réunies pour les sauver, vous les arrachez par vos paroles de dispute. Je vous dirai aussi quels sont la gloire et l’honneur de ceux qui se conduisent bien : les souffrances qu’ils endurent dans le cénobitisme sont plus grandes que celles qu’endurent ceux qui se sont faits anachorètes. Je vous enseignerai aussi quels sont la perte, la chute et le détriment de ceux qui ne marchent pas bien dans la vie cénobitique, car un cénobite scandalise plus les autres qu’un anachorète.
Il en est ainsi que d’un négociant qui navigue en tout temps sur la mer et les fleuves, il deviendra riche grandement, s’il échappe au danger de la mer ; mais aussi, si sa barque s’enfonce dans la mer, il perdra non seulement ses richesses, mais encore la vie et sa mémoire pour l’éternité. Écoutez l’explication de ces choses tout à la fois. Celui qui, dans la vie cénobitique, progresse dans la pureté, l’obéissance, l’humilité, la soumission, qui ne donne aux hommes aucune cause d’offense ou de scandale dans ses paroles ou ses actions, celui-là deviendra riche d’une richesse impérissable et éternellement durable ; mais s’il est négligent, si une âme prend occasion d’offense de par lui et qu’elle meure, malheur à cet homme ! car non seulement il a perdu son âme ainsi que les souffrances qu’il a endurées, mais il rendra compte aussi à Dieu de l’âme qui a pris offense de par lui.
Au sujet de ceux qui vivent dans la vie anachorétique, écoutezmoi et je vous enseignerai quels ils sont par une parabole1. Ainsi qu’un homme de place publique qui vend du pain sur la place publique, ou des légumes ou toute autre chose semblable, ne deviendra pas riche par le gain qu’il fait chaque jour, mais ne manquera d’aucune des choses matérielles de ce monde ; ainsi un homme ascète qui s’est fait anachorète, n’ayant point à supporter le fardeau des hommes de son espèce et ne voyant point ceux qui font des dévotions, afin d’être pris d’émulation pour les œuvres et les bonnes pratiques auxquelles ils se livrent et les faire aussi, ne deviendra pas élevé dans le royaume descieuxetne s’élancera pas vers la vie éternelle par la pureté des ascèses qu’il fait ; car le salaire de ses jeunes, de ses prières, des pratiques que le cénobite aura faites au nom du Christ et de son amour pour lui, ainsi que de sa crainte, sera multiplié par le Christ une foule de fois dans la vie future en son royaume.
Je vous montrerai aussi par une parabole ce qui arrive aux frères qui sont les moindres dans le cénobitisme et qui ne se livrent pus à de grandes pratiques et à des ascèses nombreuses à l’excès, mais qui marchent dans la pureté du corps et dans les règles imposées avec obéissance et dans un régime de vie qui n’est pas mis au nombre des dévotions par ceux qui se sont faits anachorètes, mais on les regarde comme minimes : ils ressemblent aux serviteurs élevés du roi et aux eunuques honorés, qui ont plus de franchise dans le palais que tous les grands personnages placés sous les ordres du roi et qui n’ont pas le pouvoir de se présenter devant le roi à moins que les eunuques ne les annoncent et ne les introduisent au dedans du palais ; c’est ainsi qu’on trouvera parfaits dans la loi du Christ, à cause de leur patience, ceux qu’on regarde comme minimes dans le cénobitisme : ceux de cette sorte qui vivent en toute soumission selon Dieu seront des élus préférables aux anachorètes, car ils marchent dans le service que l’Apôtre a suivi, ainsi qu’il est écrit : « Dans la charité spirituelle servez-vous les uns les autres avec esprit de » liberté, en toute longanimité, en présence de Notre Seigneur Jésus.
« oc. Il arriva un jour, comme il était à prier quelque part, que notre père Pakhôme eut la révélation d’une vision au sujet de ceux qui déclineront d’euxmêmes dans le désir de leur cœur et qui sont de l’ivraie, selon ce qui est écrit dans l’Évangile : « L’ivraie, ce sont les enfants du méchant », c’est-à-dire ceux qui ont souillé l’image de Dieu ; l’on ne permettra pas de les arracher du milieu de la bonne semence, sachant qu’il y aura dilatation (de cœur) pour les justes dans la perte de ceux de cette sorte. Mais si quelqu’un, ayant été trompé par l’un des enfants du méchant, sentait son infériorité et avait un pende connaissance, Pakhôme soignait sonâmeetlaguérissait. De même ceux qu’il voyait fils du méchant, il les dépouillait de l’habit monacal, les revêtait des habits mondains et les chassait de parmi les frères.
Avant qu’un grand nombre n’eussent mis à exécution le désir qui était en leur cœur, il les connaissait par l’esprit de Dieu qui était en lui, il les questionnait jusqu’à ce qu’ils lui avouassent de leur bouche ce que pensaient faire leurs alors il les chassait d’entre les frères. Si quelqu’un allait le trouver après être tombé dans une faute, et s’il savait que le (pécheur) ferait pénitence, il se hâtait avec miséricorde de le sauver des mains du diable, se rappelant l’ordre de l’Apôtre qui dit : « Mes frères, si quelqu’un d’entre nous tombe dans une faute, vous, pneumatiques, instruisez-le en esprit de sollicitude, et toi prends garde aussi de n’ètre pas éprouvé. » Il arriva que les frères étant allés à Rakoti avec quelques petites nattes pour les y vendre et acheter ce qu’il fallait pour les frères malades, lorsqu’ils s’en retournèrent vers le sud, trois hommes montèrent avec eux sur la barque, ils allèrent au midi, au monastère de Phbôou dans le désir de se faire moines.
Et lorsque notre père eut embrassé les frères et les eut interrogés sur la paix de la sainte Église catholique du Christ, il dit ensuite au plus grand parmi les frères : « Pourquoi as-tu amené avec toi cette mauvaise herbe en disant : Fais-le moine. »
Le frère lui dit avec grande humilité : « Est-ce que tu t’es dit, ô mon père saint, que j’avais moi aussi grande grâce que Dieu t’a donnée de distinguer les hommes bons et les hommes mauvais. »
Il lui dit : « Cet homme est une mauvaise herbe par ses actions depuis son enfance, à cause des abominations nombreuses qu’il a faites en présence de Dieu ; car il est difficile que les gens de cette sorte vivent à moins qu’ils ne fassent de grandes souffrances, des jeûnes nombreux, des prières continuelles, de nombreuses ascèses et une foule de nuits de veille. Mais puisque tu l’as amené, nous l’introduirons avec les deux autres, de peur que si nous le chassons, les deux autres ne deviennent petits de cœur à cause de lui et ne cessent (de vouloir être moines). Quant à lui, nous le garderons et lui enseignerons la voie pour son salut, afin qu’il ne fasse pas chez nous les actions mauvaises qu’il faisait avant que tu ne nous l’amènes. S’il se convertit et fait pénitence, nous le recevrons à nous bellement et le laisserons près de nous ; mais s’il ne se repent pas de ses péchés, nous le renverrons au lieu d’où tu l’as amené.
Si nous voulions maintenant le chasser, les deux autres seraient affligés, s’en retourneraient et perdraient leurs âmes par notre (faute) à cause de lui, et le Seigneur nous eu rendrait responsables ; mais il n’est pas besoin de prendre avec nous des hommes qui ne sont pas décidés dans leur cœur à faire pénitence envers Dieu, et ceux que nous avons chassés cette année-ci sont au nombre de cent. « Or tous les frères qui menaient la vie cénobitique en ce temps-là étaient à peine au nombre de trois cent soixante. Le frère dit à Pakhôme : « Si tu n’avais pas chassé les hommes dont tu parles, les frères se seraient multipliés et le cénobitisme se serait dilaté avec allégresse. »
Notre père Pakhôme lui dit : « Non ; mais si je n’avais pas agi ainsi, le nombre des frères diminuerait ; car si les hommes méchants se multipliaient parmi nous, la colère de Dieu descendrait aussi sur les bons, et ils seraient tous sous (le coup de) la malédiction, comme il est écrit : « Le péché fera diminuer la a tribu par suite delamalédiction de Dieu ; mais, si l’on chasse les méchants » du peuple du Seigneur, la bénédiction descendra sur tout le peuple du Sei » gneur ; ils se multiplieront à l’excès et fructifieront en Dieu. »
Le frère dit : « Je voudrais que tu m’apprisses la valeur de cette parole que tu as dite : « L’homme est une mauvaise herbe » ; est-ce que leur nature est mauvaise depuis leur naissance, selon le langage des hommes. Si telle est la nature en laquelle il a été engendré, que peut-il ? »
Notre père Pakhôme lui dit : « Tout homme que Dieu a créé d’Adam a le pouvoir de choisir entre le bien et le mal : si quelqu’un a une nature mauvaise depuis son enfance, assurément il Ta reçue de la mauvaise nature de ses parents et le Seigneur est en cela inaccusable, parce que l’homme a la liberté de se dompter lui-même dans une passion, en se combattant lui-même ; car une foule de femmes ont dompté elles-mêmes leur nature en vivant sévèrement dans la virginité, jusqu’à la consommation (de leur vie) ; cependant il n’y avait point en elles de nature mâle. À combien plus forte raison l’homme que Dieu a créé à son image et ressemblance, à qui il a donné une nature mâle (peut-il faire de même !). Si une passion de ce genre combat contre lui, selon le langage des hommes, est-ce qu’il n’a pas puissance lui-même sa volonté et le jugement de sa raison pour dominer la passion qui le combat et la chasser loin de lui ?
Car l’Écriture nous enseigne que l’homme créé par Dieu est droit ; mais par sa volonté même il a incliné du côté des pensées mauvaises, il a irrité le Dieu qui l’a créé ; par sa volonté même, il a incliné son cœur vers des pensées mauvaises et impures, des désirs abominables, des paroles honteuses et des disputes, comme le dit Salomon : « L’homme, je l’ai vu droit, mais il a tourné son cœur vers des pensées » mauvaises en présence du Seigneur. « Ézéchiel, le prophète, nous enseigne aussi la confirmation de cette parole, quand il dit : « Si un homme » impie, qui verse le sang, engendre un fils et que celui-ci, voyant les ini » quités de son père, soit rempli de crainte et ne marche pas en elles, mais « pratique la justice en présence du Seigneur Sabaoth, manifestement il » vivra et ne mourra pas dans les péchés que fait son père.
« Et quand même l’homme est une progéniture mauvaise de ses parents, il peut, par sa volonté et sa liberté même, se changer, quand même il est en toute ne nature (mauvaise). Et l’homme qui n’a point semblable nature en lui ou aucune passion, s’il veut travailler sans craindre sa nature en laquelle le Seigneur l’a créé, en tant que mâle, il commettra des iniquités abominables, mais s’il se marche dans la crainte et le respect du Seigneur, il vivra dans la pureté du mariage, ne commettra point de fornication ou d’adultère ; mais il s’en tiendra à sa seule femme. S’il est envieux de la perfection, selon la parole de l’apôtre saint Paul disant : « Enviez des grâces qui soient grandes », il sera envieux aussi de la pureté des Anges et le Seigneur habitera en lui, il se purifiera, il ira se faire moine et servir le Seigneur en toute pureté et vérité. »
Lorsque notre père Pakhôme eut dit cela, le frère répondit et lui dit : « Seigneur, mon père, voici que tu as persuadé mon cœur parles saintes Écritures au sujet de la parole que je t’ai demandée. Je voudrais aussi que tu m’apprisses pourquoi une foule d’hommes sont venus à nous pour se faire moines et pourquoi lu en as rejeté la plupart pour ne pas les recevoir à toi, afin qu’ils se fissent moines. Pour quelle raison donc ne reçois-tu pas ces hommes avec nous, disant : Il n’y a pas pour eux ; ou disant encore : Ils ne sont pas venus pour se faire moines de tout leur cœur. »
Notre père Pakhôme lui dit : « Tu crois (peut-être) en ton cœur que nous haïssons l’homme. À Dieu ne plaise que je haïsse quelque homme que ce soit ; mais tous ceux que je ne reçois pas à moi sont de mauvaises herbes, comme celui dont je t’ai dit qu’il était une mauvaise herbe ; car aux gens de cette sorte il est difficile de se sauver dans le cénobitisme à cause des passions qui les dominent ; car il est impossible que quelqu’un les réprimande, sinon quelque homme en qui le Seigneur habiterait, afin qu’ils soient remplis de crainte pour leurs péchés et les abominations qu’ils ont faites. Je te dis que si je dévoilais aux frères les actions de ces hommes, afin que les frères priassent pour eux devant le Seigneur, non seulement ils ne prieraient pas pour eux, mais les haïraient, les bafoueraient, ne mangeraient ni ne boiraient avec eux.
C’est pourquoi nous ne les recevons pas chez nous de peur que quelque frère ne tombe en des œuvres mauvaises, que son cœur ne soit pas endurci à l’occasion d’autrui, et qu’il ne tombe dans les pièges du diable. Si reçu à moi tous ceux qui appartiennent à cette catégorie d’hommes, j’ai dû combattre grandement avec eux jusqu’à ce que je les eusse sauvés des mains de l’ennemi, car il a fallu les visiter une foule de fois nuit et jour, jusqu’à ce qu’ils eussent été sauvés, ou même que le Seigneur les eût visités et qu’ils se fussent reposés dans le Seigneur. En agissant ainsi, j’accomplis la parole de l’Apôtre saint qui dit : « Souffrez les uns » pour les autres, afin que vous soyez sauvés. « Quant à ceux que je ne reçois pas, je crains de ressembler au laboureur qui veut rendre propre un champ inculte et aride, rempli d’épines et qui laisse en jachère le champ qui est propre, parce qu’il ne peut suffire aux deux : c’est ainsi que je fais.
Je dis en effet dans mon cœur que je (dois prendre garde) de rester à m’occuper des hommes impurs et d’abandonner ceux qui (marchent) avec pureté dans les commandements de la vie éternelle. Ceux que je crois pouvoir sauver parmi ces gens, je m’empresse de les convertir de leurs actions mauvaises et de les rendre serviteurs du Seigneur. Mais à ces hommes que j’ai convertis, je dis : a Si lu as fait tous ces péchés par aveuglement de et ignorance, il y a repentir pour toi ; mais tu ne peux pas te sauver u dans le cénobitisme ; va (vivre) seul quelque part, fais-toi anachorète, pra« tique des ascèses continuelles à l’excès, jeune, prie devant le Seigneur » jour et nuit, avec des larmes abondantes sur les péchés que lu as faits, afin « qu’il te pardonne.
Prends bien garde (surtout) de ne pas habiter dans ces « impuretés une autre fois et de ne pas consentir aux pensées mauvaises » que le diable lancera dans ton cœur, afin que lu les mettes en œuvre. « Ces paroles, je les ai dites à chacun des hommes de cette catégorie, afin que je fusse pur de leur sang en présence de Dieu, au jour de son grand jugement de vérité, afin qu’ils ne puissent dire : « Il n’a pas voulu nous laisser place » pour nous repentir au Seigneur. »
Quant à l’homme de Rakoti dont il avait dit que c’était une mauvaise herbe, il le prit à l’écart et, après l’avoir introduit parmi les frères, il lui donna à faire des ascèses et des pratiques continuelles, afin qu’il se sauvât des châtiments (futurs). Il lui ordonna surtout de jeûner chaque jour jusqu’au soir et de ne rien manger de cuit et lui dit : « S’il l’arrive une maladie, ne t’y fie pas avant que tu ne m’en aies d’abord informé, afin que j’examine si elle vient de Dieu ou des démons qui te tendent des pièges et veulent te dominer pat les œuvres que tu as faites, lorsque tu étais dans le monde. Si nous voyons que c’est une maladie selon Dieu, j’ordonnerai à celui qui est proposé aux malades de prendre grand soin de toi, jusqu’à ce que tu sois guéri ; seulement, de ce jour en avant, garde ton âme et ton corps en toute pureté, afin de ne point consentir aux pensées mauvaises que le diable le lancera au cœur ; empressetoi de veiller dans la prière de Dieu avec larmes, de toute ta force, afin que tu ne sois plus un lieu d’habitation pour l’esprit mauvais et que tu le fasses sortir de toi.
Sois humble de cœur etdis-toi : « Quand même j’aurai observé » toutes les choses que l’on m’a ordonnées, c’est à peine si je serai digne de « vivre et d’être sauvé des tourments du feu inextinguible et des vers qui ne » meurent pas. « Et si quelques-uns des frères te voient faire ces ascèses ne et te louent, dans l’ignorance où ils sont des actions que tu as faites tout d’abord, dis aussitôt en ton cœur : « Mon Seigneur Jésus, si ceux-Là savaient » les œuvres mauvaises que j’ai faites en la présence, le jour et la nuit, les » impuretés et les souillures que je commets encore maintenant, ils ne me « loueraient pas dans leurs paroles, mais ils ne voudraient même pas regar » der mon visage à cause de la mauvaise odeur des péchés que j’ai commis « devant le Seigneur.
« Vois donc et prends garde de ne laisser aucune pensée d’orgueil et de vaine gloire monter en ton cœur, de peur que tu n’ajoutes péché à péché et que tu ne te jettes dans les tourments éternels. Si quelqu’un te maudit ou te fait quelque mal, supporte-le avec action de grâces, et dis en ton cœur : « Voici qu’une multitude de fois j’ai irrité le « Seigneur, par mes œuvres mauvaises et impures ! » Soumets-toi et obéis aux frères en toute humilité de cœur, toute liberté, sans murmure, selon les règles qui nous ont été imposées dans le cénobitisme, afin que Dieu voie ton humilité et tes souffrances, qu’il te pardonne les fautes, les iniet les abominations que tu as faites en sa présence, le jour et la nuit, afin qu’il ne te jette pas dans les châtiments douloureux qui dureront pendant toute l’éternité.
Tout ce que tu feras, fais-le dans la crainte du Seigneur ; ne fais aucune chose par gloire humaine, de peur que tes souffrances ne soient vaines, que le diable ne te domine une autre fois et que tu ne le serves. « Quand cet homme eut entendu toutes ces choses de notre père Pakhôme, il se livra aux ascèses grandement, si bien que tous les frères étaient dans l’admiration de ses ascèses et des souffrances qu’il endurait ; car personne ne savait que notre père Pakhôme lui avait ainsi ordonné de se livrer aux ascèses ; mais l’on pensait qu’il agissait ainsi de son propre choix et personne parmi eux ne savait qu’il avait vécu dans les œuvres impures qu’il avait commises avant de se faire moine, à l’exception de notre père Pakhôme et du frère qui l’avait amené de Rakoti : et notre père Pakhôme, vraiment juste, avait ordonné au frère qui l’avait avait amené de Rakoti, de ne dire à aucun frère les péchés et les abominations que cet homme avait commis à Rakoti.
Quant à cet homme de Rakoti, il était jeune et vigoureux dans sa force ; il passa neuf ans à faire des ascèses grandement et bellement, mais non dans la crainte du Seigneur et non en mangeant son cœur. Il prit plaisir aux œuvres de ses passions mauvaises et à ses plaisirs impurs. Il arriva qu’après avoir passé neuf ans à faire des ascèses, il inclina, par sa volonté impure, cà tendre des pièges à une âme pour la tuer ; mais notre père Pakhôme Payant appris par l’esprit de Dieu qui était en lui, il ville démon habitant en cet homme qui avait reçu ses pensées mauvaises et commencé d’accomplir une grande et méchante iniquité par le conseil de son père le diable. Aussitôt notre père Pakhôme le fit venir au milieu de tous les frères et il l’interrogea sur la pensée qui lui était venue au cœur (avec le désir) de l’accomplir, sans craindre le Dieu vivant.
Cet homme fut troublé à cause de la crainte de Dieu qu’il avait vue sur le visage de notre père Pakhôme ; aussitôt il avoua le péché qu’il avait consenti de faire sans crainte, et sur-le-champ Pakhôme (-Te in le chassa de parmi les frères. Et tous les frères, lorsqu’ils entendirent cela, furent remplis de frayeur grandement devant la grâce de Dieu qui était en notre père Pakhôme, et ils rendirent gloire à Dieu. Il arriva un jour que notre père Pakhôme revenait du sud, de cueillir des joncs avec d’autres frères ; lorsqu’ils furent arrivés au couvent de Tabennîsi, il voulut visiter les frères. Lorsqu’il fut entré avec les frères, méditant ensemble, et qu’il eut embrassé tous les moines, il vit un frère qui avait été blessé par un péché du diable.
La nuit suivante, il pria le Seigneur à ce sujet, disant : « Seigneur Dieu, créateur de toutes choses, père de Notre Seigneur Jésus le Christ, (Dieu) béni, qui as réuni en ce lieu saint la sainte communauté qui a existé dès le commencement, par nos pères, les saints apôtres que tu as choisis et que tu as aimés, et qui nous as ensuite destinés, nous tes serviteurs, à vivre en toute pureté, pour glorifier et bénir ton saint nom jusqu’aux siècles des siècles : Amen Nous prions ta bonté, ô Dieu qui aimes les hommes, au sujet de ce malheureux qui est nous, qui s’est montré ingrat envers ta bonté bienfaisante, qui s’est choisi pour lui-même d’être un vase du diable, plutôt que d’être un vase d’élection et l’habitation de l’Espril-Saint qui sauve tous les hommes.
Il a commis un meurtre sur un autre dans à maison sainte, en acceptant les pensées mauvaises que le diable méchant lui a lancées au cœur et il est devenu son enfant, quoiqu’il ne fût pas dans l’ignorance des Écritures, afin que je fasse monter mes prières vers toi pour lui, car il a la véritable science et c’est lui qui enseigne les autres à marcher dans la volonté sainte. Les impuretés et les péchés qu’il apprenait aux autres à ne pas commettre sont ceux où il se trouve, qu’il a commis et accomplis avec impiété. Pour cette raison, il est digne de mort 1; mais il m’est impossible de faire quelque chose en dehors de ta volonté sainte. Maintenant donc, Seigneur, Dieu de tous les saints, comme lu m’as révélé ses iniquités mauvaises, enseigne-moi ce que je dois lui faire.
« Comme il priait encore, l’Ange du Seigneur lui apparut (sous un aspect) terrible grandement, tenant une épée nue et flamboyante en sa main ; il dit à noire père Pakhôme : « De même que le Seigneur a effacé son nom du livre divin, toi aussi chasse-les de parmi les frères, parce que ce ne sont pas des ignorants ; quant aux autres hommes qui ne connaissent pas ces impiétés, apprends-leur que ce sont des abominations près de Dieu. » El lorsque fut le matin, il les revêtit d’habits mondains et leur dit : « Allez, faites selon l’habit dont vous avez fait les œuvres. » Et il les chassa de parmi les frères, et ainsi s’accomplit pour eux la parole du prophète : « Je les chasserai de ma maison et je ne continuerai plus à les aimer. » Il s’assit ensuite, parla aux frères de la parole du Seigneur, les remplit de crainte à cause de la négligence de ceux qu’il avait chassés, pleurant grandement et avec abondance de larmes sur la misère qui les avait atteints, par suite des abominations qu’ils avaient faites en présence de Dieu, le jour et la nuit.
Il se leva ensuite, il pria avec eux tous, chacun se relira dans sa maison, méditant la parole de Dieu avec tranQuant à noire père Pakhôme, il s’en alla avec les frères avec lesquels il était venu pour cueillir des roseaux, méditant la parole de Dieu jusqu’à ce qu’ils furent arrivés au nord, à Phbôou. Le lendemain on amena à la porte du monastère un homme possédé du démon et qui souffrait grandement. Lorsqu’on eut envoyé dans l’intérieur du monastère le prier, par l’entremise du frère qui veillait à la porte du couvent, il se leva promptement, alla les trouver avec deux autres frères qui l’accompagnèrent. Lorsqu’ils furent parvenus au possédé, Pakhôme interrogea les hommes qui l’avaient accompagné, disant : « Quel est son nom ? » Le démoniaque répondit : « Cent1, voilà mon nom. »
Notre père Pakhôme lui dit : « 0 misérable, d’où sais-tu la valeur du nombre cent ? »
Ayant incliné la tête, il lui dit : « Tu m’as pris par cette parole. »
Notre père lui dit : « Où as-tu bu de à la mer. »
Noire père lui dit encore : « Esprit impur, dis-moi vraiment 1 Le texte arabe met : Je me nomme morceau de bois, car uje signifie les deux. Mais ici I orthographe p ne laisse place à aucun doute, sans que je puisse savoir quelle est la véritable leçon. Les deux leçons sont d’ailleurs aussi extraordinaires. Il y a jeu de mots. »
Il lui dit avec humilité : « J’ai bu de l’eau au fond de la mer. »
Notre père lui dit : « Apprends-moi qui t’a donné puissance d’entrer en cet homme et de le tourmenter ? » L’esprit impur lui dit : « Celui qu’on a crucifié, c’est lui qui m’a donné puissance sur celui-ci. »
Pakhôme lui dit pour la cinquième fois : « Esprit mauvais, puisque c’est lui qui t’a donné puissance d’habiter en cet homme, apprendsmoi (le nombre) des clous dont on a percé celui qui a été crucifié sur la croix. »
Aussitôt il grinça des dents et dit : « En cela tu m’as vaincu et couvert de honte. » Alors notre père étendit ses mains, pria le Seigneur avec de grandes supplications et des larmes abondantes, disant : « Je te supplie, mon Seigneur Jésus le Christ, en faveur de ton serviteur, afin que tu jettes sur lui un regard de pitié et de grande miséricorde, ô Dieu qui aimes les hommes, que tu le guérisses de ce démon méchant, car il a été fait à ton image et à ta ressemblance, et c’est à toi seul que convient la 1 gloire, l’honneur et la puissance, avec ton Père plein de bonté et ton Esprit-Saint, maintenant, en tout temps et jusqu’aux siècles des siècles. Amen. » Et lorsqu’il eut dit : Amen, il signa l’homme au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, il gourmanda l’esprit mauvais qui sortit aussitôt de l’homme, et celui-ci fut guéri par la vertu du Christ et les prières de notre père Pakhôme.
On lui amena aussi d’un monastère un frère qui était tenté du démon, et lorsque Pakhôme lui eut parlé, le frère lui répondit comme quelqu’un qui n’est pas du tout tenté parles démons. Pakhôme adressa la parole aux frères qui le lui avaient amené et leur dit : « Je vous dis que ce démon se cache en lui pour ne pas me parler par la voix de cet homme ; mais j’examinerai tout son corps pour savoir dans quel membre il est caché. » Comme il examinait le corps, il arriva aux doigts des mains et dit aux frères : « Voici par où est entré le démon, je l’ai trouvé dans les doigts de ses mains ; » et lorsqu’il fut arrivé au cou, endroit où se trouvait le démon, celui-ci jeta un grand cri et l’homme sauta en haut avec une si grande force que quatre hommes pouvaient à peine le tenir.
Alors notre père Pakhôme saisit l’endroit où était le diable, il pria le Christ pour le frère, afin d’obtenir sa guérison, et, comme il priait, le démon sortit de l’homme qui fut aussitôt guéri par les prières de notre père Pakhôme. Et tous les frères, voyant ce qui était arrivé, rendirent gloire à Dieu pour les merveilles qu’il manifeste par ses saints. Il arriva qu’un homme se présenta à la porte du monastère pour se faire moine ; il avait en lui un démon qui le tourmentait une multitude de fois ; mais c’était un homme honnête et très humble. Lorsque notre père Pakhôme eut regardé son visage, il vit le démon qui était en lui ; il le mena aussitôt à l’écart, pria le Seigneur pour lui afin de le guérir de ce démon. L’esprit impur prit la parole en disant : « Qu’as-tu à faire avec moi, Pakhôme ?
tu cherches à me chasser de cet homme ! Est-ce que je l’empêche en quoi que ce soit de faire la volonté de Dieu ? Le Seigneur m’a donné ce séjour jusqu’à l’heure de sa mort ; mais puisque lu me poursuis me chasser de lui, je ne t’obéirai pas, mais je le tuerai et sortirai de lui, parce qu’on m’a donné pouvoir sur lui pour agir ainsi à son égard. « Lorsque notre père Pakhôme eut entendu ces paroles, il commença de prier le Seigneur pour l’homme afin de le guérir de ce démon mauvais ; et comme notre père priait encore pour l’homme afin que le Seigneur prît pitié de lui, chassât de lui l’esprit méchant et le
Vie de saint Théodore§
DISCIPLE DE… notre père Théodore disant : « Notre père, peut-être mourrons-nous tous dans cette visite1. » Il leur dit : « Non, mais jusqu’à trente hommes que j’ai vus endormis parmi vous. » Et il arriva en vérité comme il l’avait dit. Il y eut une grande maladie parmi eux et les frères lui dirent : « Peut-être mourrons-nous et que nous arrivera-t-il ? car voici que l’eau monte et commence à couvrir2 le chemin qui mène à la montagne. » Il leur dit : « J’ai confiance que si l’eau couvre le chemin qui mène à la montagne, le Seigneur empêchera qu’il n’arrive que quelqu’un meure, à cause de la tribulation des frères. » Quelques-uns des frères lui dirent : « Le Seigneur prend donc souci même de cette minime chose ? »
Notre père Théodore leur dit : « Je vous dis qu’il prend soin de nous en tout temps ; car, s’il nous afflige une foule de fois en prenant soin de nous, c’est qu’en cela il reconnaît notre bien. Nous aussi, soyons-lui reconnaissants en tout temps et en toute chose ; mais la parole que j’ai dite se réalisera, car nous avons pleine confiance 1 dans la parole de l’Évangile : « Demandez et vous recevrez. » Et il arriva en somme que, selon qu’il avait dit, pas un frère ne mourut depuis ce jour jusqu’au moment où les eaux furent séchées sur la terre, et il y eut trente frères que le Seigneur visita. Et les frères admirèrent l’Esprit de Dieu qui était en lui, car rien de ce qu’il avait dit ne manquait de se réaliser. Notre père Théodore était un jour à travailler avec les frères quelque part : comme ils travaillaient encore, une crainte descendit sur eux.
Lorsque notre père Théodore vit qu’ils avaient peur, il leur fit signe et leur dit : « Prions le Seigneur ! » et lorsqu’ils priaient (tous), il leva ses yeux au ciel, il vit une âme que les Anges précédaient en chantant pour la conduire au lieu de son repos. En voyant cela, il se retourna vers les frères, et comme il leur parlait encore la parole du Seigneur, on lui apporta du monastère la nouvelle que le jeune Paphnuti s’était endormi. Aussitôt il retourna au monastère avec le frère pour voir celui que le Seigneur avait visité, l’ensevelir et le conduire à la montagne, près des frères du couvent qui étaient entrés dans leur repos.
Il arriva un jour que, passant près des animaux (du couvent), il vit un taureau de belle forme et qui était un sujet de vanité pour quelques-uns qui étaient charnels, avant que la crainte du Seigneur n’eût dominé en eux, et qui n’avaient pas d’intelligence. Il pensa alors comment l’Apôtre exhorte ceux qui servent le Seigneur à faire disparaître les maux et à enseigner avec liberté ceux qui contredisent, afin que le Seigneur les convertît à la connaissance de la vérité et qu’ils fussent vigilants (à se tirer) des pièges du diable et de ses démons. Notre père Théodore fut longanime pour ceux-là ; il ne les réprimanda point selon la puissance pour enlever ce qui leur causait scandale ; mais il pria en disant : « Mon Seigneur Jésus, c’est toi qui, en toute chose, opères le salut de nos âmes ; maintenant frappe cette bête afin qu’elle meure et qu’on ne trouve pas que ces malheureux sont idolâtres, après qu’ils se sont retirés du monde et de ses désirs mauvais !
« Et le lendemain, le taureau tomba dans un (mal) soudain et mourut. Il arriva une fois qu’une barque des frères sombra au temps où elle était chargée de toile ( ?) pour leurs vêtements, et lorsqu’on lui eut apporté la nouvelle que la barque avait sombré, les frères furent grandement affligés. En ce jour-là, selon sa coutume, il parla avec les frères d’après les Écritures et leur dit : « Il y en a quelques-uns parmi vous qui sont tristes parce qu’ils ont appris que la barque chargée de toile ( ?) a sombré. Puisque nous avons laissé les biens de nos parents qui nous appartenaient pour le nom de Notre Seigneur Jésus le Christ, alors que nous étions encore ignorants, serons-nous donc chagrinés maintenant au sujet de ce qui nous a été enlevé lorsque nous avons reçu la véritable connaissance du Seigneur, que nous lisons à chaque instant les Écritures et que nous les méditons ?
Ne sommes-nous pas persuadés de la parole que Job a dite : « Le Seigneur me » l’adonné, le Seigneur me l’a ôté ; ainsi qu’il a plu au Seigneur, ainsi il « a été fait ; que le nom du Seigneur soit béni ? » Et puisque le temps est venu de nous montrer les enfants du juste Job, en bénissant le Seigneur des épreuves où il nous a placés, maintenant donc, ô mes frères, ne soyons pas infirmes de cœur au point de méconnaître Dieu qui nous a éprouvés ; car tout ce qui appartient à la communauté, n’appartient ni à nous ni à nos parents selon la chair qui sont dans le monde, mais cela appartient à Notre Seigneur Jésus le Christ qui nous a réunis les uns avec les autres ; et s’il nous les laisse pour notre besoin, ce sont des pitiés et des miséricordes qu’il nous fait par amour ; mais s’il nous les enlève, remercions-le et que sa volonté soit faite en nous, car nous savons avec certitude que rien ne nous arrivera qui ne soit bon pour nous.
Donc, mes frères, ne soyons pas tristes de cœur à cause de ce qui peut nous arriver, mais soyons affligés au sujet de l’indigence de nos âmes, faisons la volonté de Dieu et il prendra soin de nous en toute chose, selon qu’il est écrit : « Cherchez son royaume et sa justice, et toutes ces choses vous seront » données pas surcroît » ; et nous ne manquerons de rien. « Car la parole que Notre Sauveur a dite dans l’Évangile s’est accomplie sur notre père Théodore lui-même dans l’observance des commandements que nous a donnés Notre Seigneur Jésus le Christ, comme il a dit à ses disciples : « Celui qui reçoit mes commandements et les observe, celui-là m’aime, et celui qui m’aime, mon père l’aimera, et moi, aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui.
« Il arriva au jour que notre père Théodore étant couché et dormant, un Ange le réveilla, disant : « Lève-toi vite, va vers l’église, voici que le Seigneur s’v trouve. » Il se leva, il marcha comme la voix le lui avait dit ; car il marchait dans une grande vigilance de sa conscience et dans une foi inébranlable : sa pensée à toute heure était en haut dans le ciel, il voyait la gloire de Dieu, comme l’a dit David le psalmiste par ces paroles : « J’ai d’abord vu le Seigneur devant moi en tout temps, placé à ma droite, afin que je ne sois pas ébranlé. » Et lorsque Théodore fut arrivé à la porte de l’église, il regarda au dedans, il eut une vision au lieu où étaient ses pieds : selon Informe qui lui apparut, elle était comme une pierre de saphir, et il ne pouvait regarder son visage à cause de la grande lumière qui lançait des éclairs en sa présence à tout instant.
Un des Anges qui se tenaient debout devant le Seigneur lui dit : « Théodore, pourquoi n’excitestu pas une foule de fois les frères à ne pas être négligents à la synaxe, à l’heure de la prière, pour présenter leurs prières au Seigneur ? Ne sais-tu pas que le Seigneur vient souvent au milieu d’eux, afin de bander (les plaies) de ceux qui ont été blessés et de pardonner leurs péchés à ceux qui en ont commis ? » Notre père Théodore, entendant cela, fut troublé par la crainte qui était descendue sur lui, il dit : « Pardonne-moi, mon Seigneur ; jusqu’à ce jour j’ai été négligent, mais je n’aurai plus d’oubli dès cette ne heure. » Et après avoir vu cette vision, il continua d’être dans la crainte, troublé, pensant cà Israël tout entier, lorsque ce (peuple) était autrefois dans le désert, eux, leurs fils, leurs femmes et leurs filles, à la crainte qu’ils eurent lorsque le Seigneur se révéla à eux et les effraya, afin qu’ils ne péchassent plus contre lui aprèsl’avoir vu sur la montagne du Sinaï : lamontagne entièreétait remplie de feux, d’éclairs, de nuées, d’orages, de sons de trompettes au bruit éclatant ‘, de sorte que le peuple s’écria à Moyse, à cause de la grande crainte qui était subitement descendue sur eux, et lui dit : « Parle-nous, toi, et ne laisse pas Dieu nous parler, de peur que nous ne mourions tous et que le feu ne nous brûle. »
Un autre jour, notre père Théodore apprit aux frères une vision qu’il avait eue au sujet d’un stratélate du roi qui devait venir au monastère de Phbôou avec toute sa foule en grand trouble. Quand il eut vu cela, il l’apprit aux frères en disant : « Il faut que le stratélate du roi vienne à nous avec sa foule, qu’il cause parmi nous trouble et affliction ; mais ayez courage et que votre ne soit ferme ; ne craignez rien car le Seigneur rendra vaines ses pensées ; on m’a en effet annoncé qu’il ne ferait rien de mal parmi nous. » Cette (même) année il arriva qu’étant allé sur une barque en compagnie d’autres frères pour visiter les frères, il approcha des monastères où il voulait aller et qui étaient situés dans le nome de Schmoun la ville, et voici que le duc passa près d’eux en allant vers le sud, à cause des ordres qu’il avait reçus et qu’il devait exécuter.
Notre père Théodore dit aux frères qui étaient avec lui : « Retournons ver le sud, car il faut que ce duc se rende au monastère de Phbôou selon la vision que je vous ai dite ces derniers jours, en vous disant que cela nous arriverait. » Mais les frères, quand ils apprirent cela, ils ne furent point persuadés de le faire retourner, disant : « Après les fatigues de cette sorte que nous avons endurées avant de parvenir ici, voici que nous approchons des frères vers lesquels nous désirions aller, nous en retournerons-nous donc sans les avoir rencontrés ? » Comme les frères qui étaient avec lui n’étaient pas persuadés, il fit aborder la barque, se retira à l’écart et pria eu compagnie de quelques frères. Comme il priait encore, on lui annonça avec certitude de la part du Seigneur que le duc entrerait dans le monastère, mais qu’il le quitterait en paix.
Et ainsi il alla vers les frères avec ceux qui l’accompagnaient. Et le nom de ce duc était Artémius1. Et en effet lorsqu’il fut arrivé et qu’il eut vu le monastère, il ordonna à sa troupe de prendre leurs flèches de combat, de monter sur leurs chevaux comme pour aller quelque part ; puis il s’avança secrètement pendant la nuit, il fit entourer le monastère par son armée avec rigueur et donna cet ordre à ses troupes en disant : « Si quelque moine entre, ne l’empêchez pas ; mais s’il veut sortir, ne le laissez pas sortir : si quelques-uns vous désobéissent, tuez-les avec votre épée. » Et lorsqu’il fut arrivé au milieu du monastère, il s’assit, tenant une pique à la main : les officiers et les archers se tenaient près de lui. Il dit aux frères par (le moyen d’un) interprète : « Amenez-moi votre père !
« Ils répondirent et lui dirent : « Il n’est pas ici, il est allé visiter les frères. » Il leur dit de nouveau : « Amenez-moi celui qui vient après lui. » Pour eux, ils l’appelèrent, et son nom était Pesahref : c’était un ancien. Le duc dit : « Je suis venu ici pour accomplir un ordre du roi, car j’ai appris qu’un ennemi du roi est caché parmi vous : c’est un Persan. Maintenant donc livrez-le-moi et je ne vous ferai aucun mal ; mais si vous ne me le livrez pas, je détruirai tous vos monastères et je vous disperserai. »
Apa Pesahref lui dit : « Nous sommes des hommes séparés du monde : nous sommes réunis les uns avec les autres au nom du Seigneur, il n’y a point d’ennemi du roi de caché parmi nous. Voici que toutes nos demeures sont devant toi, envoie les inspecter toutes, comme il te plaira. » Alors le duc ordonna d’inspecter toutes les habitations des frères. Lorsqu’il eut inspecté tout le monastère, un frère qui craignait Dieu et qui était ascète, nommé Domnios, Arménien de race, dit en grec au duc : « Nous te prions de faire venir trois hommes anciens parmi nous, afin qu’ils te jurent en présence du Seigneur que l’homme que tu cherches n’est pas parmi nous. »
Le duc répondit et dit à ceux qui l’entouraient : « Ce moine étranger a parlé avec rectitude. » Alors sur l’heure il se leva avec ceux qui étaient grands parmi les frères, c’est-à-dire apa Pesahref et trois autres frères, ils entrèrent dans l’église pour faire serment. Lorsqu’ils furent rentrés, le duc leur dit : « Athanase, l’archevêque, voilà l’ennemi du roi et celui que je cherche ; car le roi nous a envoyés à son sujet, nous ne le trouvons pas et nous avons appris qu’il est caché parmi vous. »
Le vieillard répondit et dit au duc : « Certes, l’archevêque Athanase est notre père après Dieu, mais nous te jurons en présence de Dieu que non seulement il n’est pas caché parmi nous, mais que je n’ai jamais vu son visage. » Et lorsqu’ils lui eurent rendu ce témoignage, il leur dit : « Priez pour moi, avant que je ne vous quitte. »
Mais ils lui dirent : « Notre père nous a donné l’ordre de ne prier avec personne à cause des Ariens, jusqu’à ce que l’Église soit de nouveau tranquille. »
Le duc leur dit : « Est-ce que je suis un évêque hérétique ? est-ce que je ne suis pas un pécheur ? pourquoi ne priez-vous pas pour moi qui suis un pécheur ? » Ils lui dirent : « Nous ne pouvons pas transgresser les ordres que notre père nous a donnés. » Lorsque le duc vit qu’il ne pouvait les persuader, il les pria de sortir de l’église, afin qu’il y fit une prière avec ceux qui l’accompagnaient ; puis, lorsqu’il eut fini de prier, il sortit, il visita le réfectoire des frères et fut dans l’étonnement à la vue de la nourriture que les frères mangeaient, parce qu’ils mangeaient pauvrement et se mortifiaient en toute chose. Cependant le gouverneur de la Thébaïde l’attendait avec toute son armée sur la rive du fleuve jusqu’à ce qu’il fût retourné vers lui, car ils naviguaient ensemble tous les deux à la fois.
Lorsque le duc l’eut abordé, il lui dit : « Vraiment, s’il y a des ascètes sur la terre, j’en ai vu quelques-uns : ce sont les moines de la congrégation de Pakhôme chez lesquels je suis allé, car je lésai vus : ils n’ont point d’habit convenable, point de chaussures à leurs pieds, et en ces jours il où faisait ce grand froid ; vraiment j’ai eu beaucoup de peine à leur sujet, si bien que j’eusse voulu leur donner par charité l’habit que je portais. Et lorsque j’ai vu le lieu où ils mangeaient, j’ai vu qu’ils ne mangeaient autre chose que de l’herbe. » Et quand le gouverneur eut entendu cela, il fut lui aussi grandement triste à leur sujet, et surtout parce qu’il n’était pas lui-même allé au monastère y prier et voir la vie des frères saints de la communauté de notre père Pakhôme.
Or le jour où le et parla aux frères ; il leur annonça au sujet du slratélate royal que : « Grâce à la bonté de Dieu, et aux prières de notre père saint qui est devant Dieu (Pakhôme,) et des prières de notre père pieuxenvers Dieu, Horsiîsi, toutes les pensées mauvaises qui se trouvaient dans le cœur du duc contre nous ont été rendues vaines, et il est parti de Phbôou sans avoir fait de mal aux frères. Maintenant donc, puisqu’il est écrit : « Que rendrai-je au Seigneur pour tous les dons qu’il m’a faits ? » maintenant donc rendons grâces à notre Dieu rempli de bonté et qui a fait le bien à cause de nous. » Et les frères furent remplis d’admiration (en voyant) l’esprit plein de lumière qui était en notre père Théodore, d’après la manière qu’il avait eu cette grande révélation à une aussi grande distance.
El lorsqu’il eut fini de visiter les frères de tous les monastères, il se hâta de retourner au midi vers Phbôou. Ensuite il parla aux frères la parole de Dieu et dit ainsi : « Je vous assure, ô mes frères, que si nous ne veillons pas à toute heure selon les paroles des Écritures Saintes, l’ennemi nous enlèvera la crainte du Seigneur, et fera en sorte que nous n’ayons aucune frayeur en sa présence, que nous fassions les œuvres mauvaises et que nous irritions le Dieu qui nous a créés. Du reste, je vais vous dire une parabole, afin de vous apprendre à craindre en présence ce Dieu en toute heure et à ne point pécher contre le Seigneur qui nous a créés. C’est comme un rocher élevé jusqu’aux nuages, dont la largeur, ici et là, est réduite à quatre coudées et dont la profondeur n’a point de limites.
Le rocher s’élève depuis l’Orient du soleil son coucher, s’étendant grandement. Si l’on baptise un homme et qu’il se voue au monachisme, il reçoit le sceau de la marche en avant vers l’Orient. Maintenant pensons à la profondeur et à l’étroitesse du chemin : car si quelqu’un dévie un peu, il cessera de paraître et son souvenir même aura disparu 1; car celui qui déviera du chemin qui se trouve au milieu du rocher et qui s’avancera vers la gauche, courra un grand danger, parce qu’à sa gauche se trouve la concupiscence de la chair ; de même celui qui marchera à droite du rocher sera en danger, car là est l’orgueil du cœur : ce sont là les précipices qui se trouvent de chaque côté et qui précipiteront l’âme qui y marchera dans le Tartare de l’Àmenti et le feu inextinguible.
Quant à celui qui marche dansle bon chemin, lorsqu’il arrivera à l’Orient, il trouvera le Sauveur assis sur un trône élevé : une grande armée d’Anges se tiendra de chaque côté de lui avec des couronnes immortelles pour les donner à celui qui a marché bellement jusqu’à ce qu’il fût arrivé près de lui dans la joie. Mais si quelqu’un dit ainsi : Si un frère est séduit une fois et entraîné dans l’une de ces choses, à savoir la concupiscence et l’orgueil, est-ce qu’il est perdu à jamais et n’y a-t-il plus pour lui de pénitence ? Moi, je lui dirai : L’homme peut faire pénitence, quand même il s’est approché de tomber par ignorance, car Dieu ne permettra pas qu’il soit tout à fait perdu selon qu’il est écrit : « Un peu plus mes pieds étaient ébranlés », et le reste ; puis Dieu lui enseignera la grâce qu’il lui a faite par le coup de fouet d’une maladie, une affliction ou quelque honte provenant du péché commis, afin que le pécheur rende grâces au Seigneur, soit pénétré de sentiment et marche dans le milieu du chemin étroit jusqu’à ce qu’il ait passé (le danger), et qu’il n’entreprenne plus de s’écarter, d’un pas ’, du sentier frayé, parce que le chemin n’a que quatre coudées (en largeur).
Celui qui s’écarte du chemin est semblable à Judas auquel le Seigneur fit une foule de biens, qui vit une multitude de merveilles, même la résurrection des morts, qui eut la bourse, qui mangea avec le Seigneur, et avec tout cela il ne comprit pas les grâces, les honneurs et les gloires dont Notre Seigneur 1 M. à M. : d’une trace d’un pied. Toute cette parabole est obscure parce qu’elle est mal résumée. Jésus le Christ, l’avait comblé et dont il n’était pas digne. D’ailleurs lorsqu’il se fut écarté de la voie droite, il se perdit dans l’avarice et il devint traître. Quant aux bons, lorsqu’ils sont un peu négligents, le Seigneur les éprouve 1 à la manière de l’argent et les purifie de leurs scories, afin qu’ils soient purs. C’est pourquoi le bienheureux David a dit : « Grâce à l’étendue » de ta grande miséricorde, j’entrerai dans à maison et, plein de crainte, « j’adorerai dans ton temple saint : Seigneur, conduis-moi dans tes vérités ».
Puisque cet homme juste et prophète a parlé ainsi, à combien plus forte raison nous, infirmes pécheurs, (devons-nous parler de même !) Comprenons donc aussi cette chose qui sera profitable à nos âmes et que nous avons entendue de notre père saint qui l’avait tirée des pensées des Saintes Écritures, d’où son esprit avait reçu la lumière par la grâce de Dieu, car il a dit : « Si un homme veut se purifier d’un grand péché, quand on le » blâme une fois, qu’il se dise en lui-même : j’ai gagné une pièce d’or ; si on « le blâme une seconde fois, qu’il dise : j’en ai gagné une autre ; et ainsi peu à peu il arrivera à une grande richesse ; car, s’il n’affermit pas cette pensée en son cœur, il ne lui est pas possible de dominer la colère ni tous les autres péchés que le diable lance en notre cœur, désirant que nous les commettions, afin de nous rendre étrangers à Dieu comme lui.
Mais il est comme quelqu’un qui ne supporte pas ceux qui le réprimandent une première ou une seconde fois ; que fera-t-il à la seconde fois ? surtout, si on lui dit des paroles dures une foule de fois, que fera-t-il ? Car vraiment les commandements de Dieu soûl plus précieux que l’or et l’argent et les pierreries ; ils sont plus doux que le miel et le rayon, comme il est écrit. Quel est l’homme instruit et sage qui dira jamais à quelqu’un qui lui a envoyé des pains purs : « Je te supporterai cette fois-ci ; mais si lu le » fais une autre fois, je t’arracherai les yeux ? « Est-ce qu’il ne l’aimera pas à cause de ce qu’il lui a envoyé ? Il en est ainsi des hommes qui aiment Dieu ; car non seulement ils ont de la longanimité pour ceux qui les perIl ; mais encore ils prient pour eux, selon le commandement de Notre Seigneur Jésus le Christ, celui dont ils hériteront la gloire, les bénédictions elles biens durables éternellement qui sont en son royaume avec les saints.
0 homme, qu’as-tu fait qui te mérite d’être l’héritier du Christ ? t’a-t-on persécuté comme lui, couvert d’opprohres comme lui, tué comme lui ? et as-tu rendu grâce pour tout cela ? Évidemment la gloire et le repos que tu reçois en ce monde te suffisent pour salaire des quelques souffrances que tu as endurées sur cette terre ; mais la honté de Dieu pour nous est grande. Dieu ressemble à un homme qui nous dirait : « Apportez-moi tous les vases » de terre que vous avez en votre maison, afin que je les brise et que je vous « donne en échange de l’or, de l’argent, des pierres précieuses » ; et si nous ne comprenons pas ces choses, le mot qui est écrit était honoré, ne l’a pas compris, mais il est « devenu semblable aux animaux sans intelligence et les a imités.
« Le Seigneur peut nous aider par sa grâce à devenir vigilants, afin que nous fassions sa volonté en tout temps, que nous gardions ses commandements et que nous obtenions ses biens éternellement durables. Lorsque notre père Théodore eut dit ces paroles, l’un des frères qui était ancien lui répondit, disant : « Mon père saint, pourquoi, si l’on me dit une parole dure, me trouvé-je aussitôt en colère ? »
Notre père Théodore répondit : « Cela n’est pas étonnant, car si l’on donne un coup de hache à une épine, elle laisse aussitôt découler de la gomme. »
Les frères répondirent, disant : « Quelle est cette parole ? »
Il leur dit : « On a pensé que l’homme de Dieu était une vigne qui, lorsque quelqu’un prend son fruit pour le presser, ne laisse couler autre chose que du vin doux ; c’est-à-dire que si quelque fidèle est comprimé dans ses pensées, il ne laisse sortir rien autre chose que la douceur des paroles de Dieu qui sont dans les Écritures ; un homme charnel et colère ne laisse sortir rien autre chose que de l’amertume et des paroles en lesquelles il n’y a pas de profit pour les hommes fidèles qui supportent tout ce qui leur vient de la part de Dieu. Je vous le dis, mes frères, moi qui vous parle ainsi, je crains d’être rejeté de devant Dieu, me trouvant sans force devant la rigueur des combats que l’ennemi me livre, car le prophète dit : « On m’a pressé dans le » combat tout le jour », depuis que les Anges sont tombés ainsi que les autres, soit parmi les prophètes, soit parmi les apôtres qui ont suivi Notre Seigneur Jésus le Christ, tels que Judas et ceux que Paul sépara des bonnes actions.
Nous aussi, mes frères, ne porte pas envie aux pécheurs, mais sois constant « dans l’amour de Dieu et demeure dans la crainte du Seigneur toute la » journée. « Et ainsi la plupart des frères prenaient la parole une foule de fois pour l’interroger sur ce qu’il disait, quand ils ne le comprenaient pas dans leurs cœurs. Quand il était assis pour faire la catéchèse aux frères, ils l’interrogeaient sur l’explication d’une foule de paroles qu’il avait dites, parce qu’ils ne les comprenaient pas à cause de la profondeur des pensées ; mais s’il se tenait debout, personne ne l’interrogeait, sinon l’interprète, selon en la règle posée dès le commencement ; mais ils restaient debout en toute science comprenant ce qu’il avait dit. Chaque maison se tenait à sa place et à son rang, les supérieurs en tête de leurs hommes, et les seconds en arrière, veillant sur les frères, afin que personne ne se tînt à l’écart : c’est ainsi qu’ils se tenaient selon la règle écoutant la parole de Dieu, et c’était vraiment merveille de voir comme ils brûlaient d’entendre la parole de Dieu qu’il leur disait ; en effet les frères cénobites sont semblables à une assemblée d’Anges qui se tiennent les uns près des autres, chacun apprenant ce qui lui manquait ou ce qui remplissait1 son cœur, les uns ayant les yeux pleins de larmes à cause des reproches qu’ils recevaient, résolus dans leurs cœurs à s’élever jusqu’à Dieu, purs en sa présence ; d’autres, le cœur tranquille à cause de leur bonne marche, selon leurs forces, excités parla parole divine à faire des pratiques de dévotion et à contenter Dieu.
Ensuite lorsqu’il avait fini de faire la catéchèse, la plupart se prosternaient le visage terre pendant que les frères priaient, pleurant abondamment et disant en leurs cœurs : « Nous ne sommes pas dignes de nous tenir debout pour prier avec les frères. » Ensuite il leur parla disant : « Voyons la grande confirmation que nous a écrite cette année dans sa lettre pascale le bienheureux père abba Athanase, le saint archevêque de Rakoti, d’après la manière dont il explique les Livres des Saintes-Écritures et leur nombre : comme il est, lui aussi, un fils des saints apôtres, il prend soin bellement des brebis du Seigneur, leur donnant la nourriture, quand il la faut leur donner. Pour moi, quand j’a ; lu cette lettre je me suis réjoui et j’ai été rempli d’admiration : je me suis réjoui sur le profit de ceux qui l’entendront et l’observeront ; j’ai été rempli d’admiration véritable au sujet de la parole que le Seigneur autrefois a jurée1 en testament à ses apôtres et qui est demeurée stable sur terre jusqu’à nos jours, ainsi qu’il leur a dit : « Je suis avec vous tous les jours de la consommation de ce siècle, et pour » jamais » ; nous suscitant maintenant en chaque génération des docteurs parfaits en lesquels il habite, nous sauvant de toutes les malices du diable.
Maintenant donc, mes frères, il y a grand profit et guérison pour nos âmes dans la lettre qu’il nous a écrite cette année et dans la manière dont il nous a établi les sources de l’eau vivifiante dont il nous faut boire, afin que nous soyons sauvés par la grâce de Dieu et les grâces qu’il nous donne ; car ces eaux sont nombreuses ainsi que ceux qui en boivent, c’est-à-dire ceux dont il parle dans cette lettre en disant : « Ils ont fabriqué des livres qu’ils nom » ment Livres de Dessins, y montrant des étoiles auxquelles ils donnent les « noms des saints, et en cela vraiment ils se sont infligé à eux-mêmes deux » blâmes, ceux qui ont écrit de semblables livres, parce qu’ils se sontpar« faits dans une ’science mensongère et méprisable, et que les ignorants » et les gens du peuple sans malice, ils les ont égarés par des pensées mau« valses sur la foi orthodoxe, affermie en toute vérité et droite en la préde Dieu.
« C’est pourquoi, mes frères bien-aimés, remercions Dieu en tout temps, car il prend soin de nous maintenant et toujours par ses grandes (et) nombreuses miséricordes ; soyons enracinés (dans la foi) et veillons sur nous, afin de ne pas lire ces livres fabriqués par des hérétiques impurs, des alliées et des impies véritables, et ne pas désobéir au Seigneur qui dit maintenant de notre père Athanase, de tous ceux qui lui ressemblent etqui lui succéderont : « Celui qui vous reçoit me reçoit ! » et ces saints sont affermis dans la foi droite qu’ils nous ont apprise. Maintenant donc, ô mes frères, je vous prendsà témoin en présence de Dieu et de sa bonté qu’un seul psaume peut suffire à nous sauver, si nous le savons bien, le gardons et l’observons bien : à plus forte raison quand les Évangiles saints de Notre Seigneur Jésus le Christ sont placés en vos mains à toute heure, ainsi que les Écritures saintes en entier avec leurs pensées, selon la parabole qu’il a dite lui-même de sa bouche sainte à propos de la perle précieuse pour laquelle le négociant vend tout ce qu’il possède, afin de l’acheter et de tirer le profit qu’elle est capable (de donner).
« Lorsque notre père Théodore leur eut dit cela, il leur fut utile (et) il ordonna qu’on traduisît la lettre de la plaçât dans le monastère pour leur servir de loi. Il se leva ensuite, pria sur les frères et chacun s’en alla dans son habitation, admirant ce qu’il avait entendu de notre père Théodore sur les Écritures saintes de Dieu, et ils se disaient les uns aux autres : « Vraiment, il n’y a eu, parmi les anciens, pas un autre fils qui ait accompli les souffrances et les pratiques de notre père Pakhôme, comme notre père Théodore », à (voir) la manière dont il marcha dans une grande pureté pendant toute sa vie jusqu’au moment où il plut à Dieu de le visiter, de le transporter de ce monde vain et de l’introduire dans ses tabernacles lumineux, pleins d’allégresse et de toute joie, de le faire héritier des biens éternels.
Notre père Théodore veillait une foule de fois et priait la nuit entière, depuis le soir jusqu’au matin, se rendant semblable en toute chose à notre con père Pakhôme, lui qui avait été son fils ; et toutes les fois qu’il priait, il faisait une demande : d’abord il priait au nom du Christ selon l’ordre de l’Évangile, selon que le Christ l’a ordonné à ses disciples en disant : « Toute chose que vous demanderez à mon père en mon nom, il vous l’accordera. » Ainsi faisait notre père Théodore en ses prières et ses supplications. Quand Théodore avait prononcé le nom du Seigneur, il priait en disant : « Seigneur, souviens-toi de ton serviteur, c’est-à-dire de notre père qui nous a rassemblés ici en ton saint nom, de ses souffrances et de ses larmes saintes !
« Il le nommait une multitude de fois dans ses prières, croyant que miséricorde lui serait faite, grâce à la pitié du Seigneur, aux larmes de notre père Pakhôme et à ses justices ; car c’était par lui qu’il avait appris à connaître Dieu, se rappelant ce qui est écrit : « Dieu se souvint d’Abraham, il fit passer Lot hors de la perte. » Et toutes les fois qu’il parlait avec les frères des Écritures saintes du Seigneur, il leur expliquait aussi dans leur sens spirituelles paroles qu’il leur avait dites, disant : ainsi qu’autrefois nous les expliquait notre père, quand il était avec nous dans la chair. » Une foule de fois il appela deux frères fidèles, afin qu’il inspectât avec eux toutes les habitations des frères en secret, veillant sur eux, afin qu’il n’y eût pas un seul frère qui se laissât aller à la négligence dans les lieux où ils se livraient au sommeil.
Il rivalisait avec les surveillants et leurs seconds, afin qu’il n’y eût pas nn seul frère affligé ou chagrin par suite des tentations des démons, il leur donnait conseil seul à seul1 dans la charité de Dieu. Et quant aux frères qui l’accompagnaient, il les faisait éloigner un peu de lui, afin qu’ils ne l’entendissent pas parler avec les frères et les gronder, afin qu’ils résistassent aux pensées mauvaises. Il leur donnait ainsi le repos dans leurs afflictions par l’esprit de miséricorde qui était en lui : les frères l’écoutaient en ce qu’il leur ordonnait avec fermeté, soit prière, soit ascèse, soit nuit de veille, car il prenait soin de leurs âmes le jour et la nuit, comme il est écrit de Notre Seigneur en tant qu’homme, car, dans les souffrances qu’il endura, il fut tenté pour porter secours à ceux que l’on tente.
Pour d’autres, comme il savait que les paroles de consolation ne leur faisaient aucun bien, il les châtiait avec force et veillait sur eux dans la pensée de (faire) un bon jugement en Dieu, afin qu’ils gardassent ses commandements et accomplissent sa volonté en tout temps et en toute chose. De même, s’il en voyait d’autres dans l’endurcissement du cœur, il les chassait du milieu des frères, afin qu’ils n’en perdissent pas d’autres et qu’il ne fût pas responsable devant Dieu à leur sujet. C’est ainsi qu’il agissait en tout temps, purifiant la terre de son peuple, selon qu’il est écrit dans le prophète Isaïe : « Le Seigneur purifiera la terre de son peuple. » Une foule de fois il s’empressait de faire le tour de tous les monastères, pour les visiter, les affermir, leur enseigner à garder les commandements du Seigneur en toute pureté et tranquillité : il parlait aux frères un à un, se les faisant amener par leurs surveillants, afin que l’ennemi ne lançât pas de mauvaises pensées en leur cœur secrètement, par désir de perdre leurs âmes, et il leur enseignait par les Écritures à mépriser leurs mauvaises et vaines pensées.
Ensuite il les quittait, et ils le conduisaient comme un ange de Dieu. Il arriva que l’une des barques fut usée et devint vieille : notre père Théodore, par l’ordre de notre père apa Horsilsi, la répara et lorsqu’il alla pour la lancer à l’eau, les frères poussèrent des cris aigus à la manière des autres hommes qui se disputent sur des chars avec une grande dispute, les uns disant : « C’est nous qui délierons le nôtre avant vous ! » les autres répondant : « Pointdu tout, ce sera nous ! » Lorsque notre père Théodore vit la dispute qui (avait éclaté) au milieu d’eux et le trouble énorme (qu’elle avait occasionné), l’homme de Dieu poussa des cris pour les empêcher de se disputer dans une chose où il n’y avait nul profit pour leurs âmes. Mais les frères ne l’écoutèrent point et Thédore se tut dans une grande tristesse, jetant tout son souci sur le Seigneur ; il s’en retourna et s’assit grandement triste jusqu’cà ce qu’ils eussent fini de lancer la barque à l’eau avec de grands cris de joie.
Ensuite il s’assit, il leur parla la parole de Dieu jusqu’à l’heure du soir, et, au milieu d’eux, il leur fit cet aveu en disant : « À l’heure où vous avez poussé ces grands cris, j’ai cessé de voir en vous des hommes en ce moment, surtout à cause des mondains qui vous voyaient et entendaient vos cris. Maintenant donc, si vous (voulez) continuera vous tenir ainsi, vous pleurerez et serez tristes de cœur, vous gémirez à cause de la joie que vous avez fait (paraître) ; mais afin que personne n’ignore ma parole, s’il m’écoute parler et qu’il ne dise en son infidélité : « Si tu mourais, le » monde serait-il détruit à cause de toi ? » non ; nous savons tous cela, que Dieu n’abandonnera pas toutes les créatures qu’il a créées ; mais le Seigneur sait que si vous continuez à vous tenir dans cette grande infidélité, vous pleurerez, vous pleurerez, vous pleurerez avec gémissement.
Où donc est maintenant la crainte de Dieu qui a cessé d’être chez ceux qui, parmi vous, ne m’ont pas obéi alors que ma gorge était partie, (tant) je vous criais1? Maintenant donc, mes frères, que ferons-nous d’une barque, char ou du reste des choses matérielles de ce monde qui ne sont d’aucun profit pour l’âme, qui ne dureront qu’un temps et périront, puisque notre âme périra pour s’être enivrée de vanités ? En quoi différons-nous de ceux qui se sont amusés devant le veau (d’or) à Horeb, qui ont mangé, bu et l’ont adoré, oubliant le Dieu qui les avait créés ? Mais si vous ne m’écoutez pas et ne recevez pas mes instructions, c’est Dieu qui pourvoira pour vous ; car quelle est ma puissance à moi ? « Quand il eut dit cela, la plupart des frères pleurèrent, pensant aux souffrances qu’il avait endurées pour leur salut et le bien de leur âme à chacun.
Ensuite il se leva, il pria avec tristesse pour ceux d’entre eux qui négligeaient le salut de leurs âmes, et chacun se retira dans son habitation ayant trouvé grand profit (en ses paroles). Mais lui, notre père Théodore, il se coucha, il fut malade, à cause de l’affliction qui était dans son cœur ; il gémissait sur toute règle où il n’y avait pas de profit pour les frères, parce qu’ils s’étaient endurcis dans leur négligence et leur mépris et qu’il ne pouvait pas les affermir dans leur résolution première à cause du relâchement où ils se trouvaient ; car il voyait que la plupart des frères étaient froids dans leur volonté pour essayer de pratiquer les commandements que l’homme parfait, notre père Pakhôme, leur avait donnés, afin qu’ils les accomplissent avec soin.
Mais quand les hégoumènes des monastères eurent tous appris que notre père Théodore était malade, ils vinrent tous le visiter, surtout parce que les jours de la Pâque sainte était proche et que tous les frères avaient coutume de se réunir à Phbôou pour le baptême des catéchumènes et afin de prendre leurs dispositions en toute chose selon les règles imposées. Et lorsqu’ils furent tous venus vers Théodore et lui eurent vu un visage triste, ils furent grandement troublés et craignirent de s’approcher de lui. Pour lui, il souffrait de tout ce qui était arrivé. Après quelques jours, Dieu lui donna le repos et Théodore fut guéri de sa maladie. Lorsqu’il fut guéri, il s’assit, il leur parla la parole de Dieu d’après les Écritures saintes. Il s’asseyait tous les jours pour les encourager, depuis l’heure de l’aurore jusqu’à l’heure de la réunion.
Il fit ainsi toute la Pâque. Les frères remerciaient et bénissaient Notre Seigneur Jésus le Christ. Ensuite Théodore commença de leur raconter la vie de notre père Pakhôme depuis son enfance, avec les souffrances qu’il avait endurées pour eux depuis le commencement qu’il avait établi le cénobitisme saint, les tentations des démons, la manière dont il leur avait arraché les âmes que le Seigneur lui avait confiées, les visions que le Seigneur lui avaient révélées, car il les avait apprises de la bouche même de ce saint, et (enfin) tout ce qu’il avait vu de ses propres yeux. Et il leur parlait ainsi : « Écoutez-moi, mes frères, et comprenez bien ce que je vous dis, car l’homme dont nous racontons (la vie) est notre père à tous après Dieu. En effet Dieu a fait un pacte avec lui pour sauver par lui une foule d’âmes, et nous aussi le Seigneur nous a sauvés par ses prières saintes ; car lui, je veux dire notre père juste Pakhôme, est un des saints de Dieu, il prend des frères qui sont en tout lieu, et je crains que nous n’oubliions ses souffrances, que nous ne sachions pas qui a fait de cette foule un seul esprit et un seul corps par lui et nos autres pères saints qui l’ont aidé à établir cette œuvre sainte.
Le Seigneur a béni la maison de Jonadab, fils de Réchab, par Jérémie qui a dit : « Les enfants de Réchab ne cesse » ront pas d’exister en ma présence tant que durera la terre, parce qu’ils ont gardé les commandements de leur père. « Et nous aussi, nous croyons que la bénédiction (donnée) à notre père demeurera avec nous et avec tous ceux qui viendront après nous, en la présence de Dieu et en tout temps Maintenant donc, ne soyons pas négligents, n’oublions pas les commandements et les ordres qu’il nous a donnés, alors qu’il était encore avec nous dans le corps ; car, qu’avons-nous de plus que les autres hommes ? Ce que nous avons de plus, est-ce que nous portons un habit différent, que nous avons les reins ceints par une ceinture, que nous sommes réunis dans une seule communauté ?
Dans une foule d’endroits on porte les mêmes habits que nous, car la gloire de Dieu et sa grâce ont rempli le monde entier. Mais ce que le Seigneur nous a donné en plus, c’est ce que notre père juste nous a donné, lui qui a suivi toute la voie où ont vécu les prophètes, (qui a imité) la servitude qu’a pratiquée le Seigneur selon l’Évangile, qui n’est jamais tombé en notre présence à tous, selon que vous pouvez le témoigner vous-mêmes. Vous n’ignorez pas qu’il nous a enseignés une foule de fois dans les larmes, ainsi que Paul, dans le livre des Actes, le dit à ceux qu’il instruit. ; vous savez comment il nous réunissait chaque jour et nous parlait des règles saintes, afin que nous pussions observer chaque commandement qui est dans les Écritures saintes du Christ, comme il les avait d’abord observés dans ses actions avant de nous les donner.
C’est aussi un homme juste que nous avons rencontré, de sorte que, par lui, nous connaissons la volonté de Dieu : jusqu’à la manière dont il faut que nous élevions les mains en haut et priions Dieu, il nous a (tout) appris. N’est-il pas juste, qu’après le Dieu qui nous a créés, nous le bénissions ? Est-ce que Dieu n’a ne parlé à Abraham qui accomplit sa volonté, en lui disant : « Je bénirai » celui qui te bénira, je maudirai celui qui te maudira. « Maintenant donc, mes frères, disons tous : « Béni soit le Dieu de notre père juste, Pakhôme » qui, par ses souffrances et ses prières, a été pour nous un guide vers la » vie éternelle. « Alors, tous les frères, d’une seule bouche et d’une seule voix, répondirent en disant : « Béni soit en toute chose et en toutes ses œuvres, notre père aimant Dieu et juste, notre père Pakhôme.
« Lorsqu’ils eurent tous ainsi fait cette confession avec joie et avec grande confiance en lui, il leur dit de nouveau : « Souvent, il y en a eu parmi vous qui ont pensé (qu’agir ainsi) était glorifier leur chair ; non : car, en quoi est placée notre espérance ? certes, ce n’est pas en un homme, mais nous glorifions et bénissons l’esprit de Dieu qui était en lui, et quand même nous bénirions aussi sa chair, elle en est vraiment digne parce qu’elle a été le temple du Seigneur. Non seulement il faut faire cela, mais nous savons et croyons que son nom est écrit au livre de vie avec (ceux de) tous les saints. Maintenant donc, ô mes frères, je vous dis qu’il est nécessaire et juste d’écrire ses souffrances depuis le commencement, ainsi que toute sa perfection, ses pratiques, toutes les ascèses qu’il a faites, afin que sa mémoire demeure stable sur la terre, ainsi qu’elle est stable dans les cieux en tout temps.
Comme l’a dit le bienheureux Job, en disant : « Qui donnera » que mes paroles soient écrites et qu’on les mette dans un livre pour « jamais ! » Mais, de peur que quelqu’un ne dise : « Il est écrit aussi : « Maudit soit celui qui place son espérance en l’homme ! » (Je dirai) que notre père nous a enseigné une foule de fois que celui qui adhère au Seigneur ne doit pas s’appeler homme, mais esprit, ainsi qu’il est écrit : « Celui qui adhère au Seigneur est un seul esprit (avec lui). » Il a dit aussi : « Vous n’êtes pas placés dans la chair, mais dans l’esprit. » Donc, selon ces paroles, l’homme qui adhère au Seigneur et le sert, cesse d’être un homme parce que la pensée de l’Esprit-Saint habite en lui : car, de même qu’une épée qui est dans le fourreau on ne la nomme pas : épée qui est dans le fourreau, de manière à séparer les deux choses et cà lui donner deux noms, mais qu’on l’appelle simplement épée ; de même aussi que personne n’appelle vin avec eau le vin qu’on a mis dans le cratère où il a été mélangé d’eau, mais que ceux qui le boivent l’appellent simplement vin ; de même pour l’homme qui est le temple de Dieu après avoir purifié son âme, son corps et son esprit.
Voyons les Saints (nommés) dans les Écritures comme chacun d’eux élève celui qui est au-dessus de lui, qui l’a gardé dans la vie et lui a fait connaître Dieu : ils ont agi ainsi par la volonté du Seigneur. C’est pourquoi, nous aussi, il faut que, sans double cœur, nous bénissions notre père juste qni nous a guidés vers la connaissance de Dieu. Lorsque Dieu parla au patriache Isaac, il le bénit en disant : « Ne va pas en Égypte, » mais habite le pays que je te dirai, je serai avec toi, te bénirai et ferai « que ta descendance se multiplie comme les étoiles du ciel en leur multi » lude, je donnerai cette terre à tes descendants, et toutes les nations « de la terre me béniront en ta postérité, parce que ton père Abraham a » écouté ma voix, garde mes commandements, mes vérités et mes lois.
« Si Isaac n’eût pas été agréable à Dieu, Dieu ne lui aurait pas parlé ainsi et ne l’eût pas appelé fils d’Abraham, en lui disant : « À cause d’Abraham » ton père, je te bénirai parce que tu as fait ma volonté ; »et (ainsi) Dieu enseignait son serviteur et lui apprenait ce qui est juste sans dommage, afin d’élever ce qu’il aurait engendré, soit dans ta chair, soit dans l’esprit. Mais Lotie Juste qui a pratiqué l’amour des étrangers et la justice, comme il l’avait appris d’Abraliam au temps où il était avec lui avant que chacun d’eux ne se séparât de son compagnon, lorsqu’il habita Sodome, il continua de les pratiquer et fit le bien en tout temps envers quiconque allait cà lui. On a de même écrit cà son sujet : « Dieu se souvint d’Abraham et fit sortir « Lot de la ville qui allait être détruite1 » ; cette destruction fut merveilleuse, et l’on a proclamé Lot bienheureux dans une foule de passages de l’Écriture Sainte parce qu’il avait écouté l’enseignement d’Abraham.
Nous encore que Jacob bénit les fils de Joseph en exaltant ses pères te disant ; « Que le Dieu auquel nos pères Abraham et Isaac ont été agréables » bénisse ces enfants. « Joseph étant sur le point de mourir parla à ses frères et leur dit : « Dieu vous fera monter de cette terre en la terre qu’il a » promise avec serment à vos pères Abraham, Isaac et Jacob et à leurs » descendants. « Et voici que, par cette foule de témoignages tirés de l’Écriture Sainte, nous vous démontrons comment tous les Saints ont exalté et glorifié tous leurs pères qui les avaient précédés : est-ce qu’il n’est pas juste aussi pour nous d’exalter et de louer un homme juste et prophète que le Seigneur nous adonné, pour (notre) gloire, afin que nous le connussions par sa sainteté ?
« Notre père Théodore avait un grand souci au cœur le jour et la nuit, à cause des âmes que le Seigneur lui avait confiées à garder en toute sûreté, selon toutes les règles et canons que notre père juste nous a donnés comme lois dans la communauté des frères. À ceux d’entre eux qui étaient tristes il donnait courage ; il en réprimandait d’autres selon leur dignité et l’état de leurs âmes en présence de Noire-Seigneur Jésus ; il changeait les autres d’un couvent à un autre couvent, ou d’une maison en une autre maison, se faisant tout à eux, cherchant le salut de leurs âmes ; il en exhortait d’autres à l’ascèse et à s’affliger pour la pureté de leur chair ; il en obligeait d’autres à jeûner afin de vaincre ceux qui combattaient contre eux ; en un mot, il parlait à chacun en particulier, jugeant leurs pensées et leurs œuvres par l’esprit de Dieu qui était en lui.
S’il voyait quelqu’un le cœur indolent pour son propre salut, il priait Dieu pour lui ou le chassait de la communauté des frères, craignant que d’autres ne fussent perdus à cette occasion, et que lui-même il ne fût susceptible d’être jugé par Dieu pour avoir négligé des âmes au point de les avoir laissées se perdre et pour ne pas les avoir châtiées. Pour tout ce qui regardait les besoins communs et corporels de la foule des frères qui étaient à Phbôou et des autres qui étaient dans tous les monastères, c’est lui qui, en toute chose, prenait soin de ce qui leur était nécessaire. De même le sexe réuni pour Dieu, c’est-à-dire les religieuses, il les administrait selonles règles et les instructions oralespar le moyen de leur père juste qu’il avait établi père sur elles pour les garder en toute pureté, selon les canons de notre père le juste, notre père Pakhôme.
C’estainsi que notre père Théodore continuait de les encourager par les paroles etl’enseignement parfait de l’homme juste, notre père Pakhôme, jusqu’càce qu’ilscélébrassentla Pâque sainte du Seigneur qu’il leur faisait faire, en tous points, selonles traditions de notre père Pakhôme, afin qu’ils fêtassentlaRésurrectionsainte de Noire-Seigneur Jésusle Christ ; il priai t ensuite sur eux tous, il les congédiait et changeait un grand nombre d’entre eux d’un couvent dans un autre couvent pour leur salut. Et quand les frères qui lui servaient d’interprètes pour traduire ses paroles en grec à ceux qui ne savaient pas l’égyptien, parce que c’étaient des étrangers ou des hommes de Rakoti, l’eurent entendu parler une foule de fois des pratiques de notre père Pakhôme, ils s’adonnèrent de tout leur cœur à ce qu’il avait dit à son sujet avec certitude ; ils l’écrivirent, parce qu’après avoir fini de leur en parler et de le glorifier en toutes ses souffrances, notre père Théodore avait dit aux frères en soupirant : « Remarquez bien les paroles que je vous dis, car certes il viendra un temps où vous ne trouverez personne pour vous les dire.
« Notre père Théodore était dans le deuil en tout temps en présence de Dieu, craignant qu’une âme ne pérît de celles qui lui avait été données par Notre-Seigneur, leur enseignant à abandonner les œuvres mauvaises et à faire le bien en présence du Seigneur. Lorsqu’il vit qu’à cause de leur nourriture et de leurs besoins corporels, les monastères possédaient en grand nombre1 de vastes champs, des animaux, des barques, en un mot toutes les autres choses matérielles en fort grand nombre, il fut attristé grandement, grandement, sachant avec certitude que les pieds d’un grand nombre failliraient à cause de la matière et des vains soucis de ce monde ; il résolut d’aller à Scbénésît pour interroger notre père apa Horsiîsi sur cela ; aussitôt il se leva dans l’ardeur de son cœur, se mit en marche la nuit, en compagnie de deux autres frères, jusqu a ce qu’il fût arrivé à Schénésît.
Lorsqu’il futarrivé près de lui, il l’embrassa ; puis pl se mit sur-le-champs une grande heure à pleurer l’un avec l’autre, apa Théodore prit la main d’apa Horsiîsi, il l’emmena seul à l’écart, il lui parla pendant que ses yeux laissaient couler des larmes à terre, il lui dit : « Seigneur, mon père saint, c’est toi qui m’as imposé ce soin par l’ordre du Seigneur, et tu sais que jusqu’à ce moment j’ai employé toute ma force à le remplir. Tu sais que je n’ai rien fait sans que lu le connusses ; en toute chose nous n’avons en Dieu qu’un seul corps, une seule âme et un seul esprit. Maintenant je te le demande, ô Seigneur mon père, que dois-je faire de cette grande richesse, de toutes ces choses matérielles qui se sont ainsi multipliées ? Nous n’y savons aucun profit.
« Il dit ces paroles avec tristesse de cœur, voulant diminuer grandement les choses matérielles. Notre père apa le Seigneur qui a béni le cénobitisme et qui l’a dilaté : c’est lui qui a le pouvoir de le rassembler1 d’après ses décisions bonnes et ses jugements vrais et droits. »
Apa Théodore dit à apa Horsiîsi : « Tu as bien parlé ; tout ce que tu me diras je l’exécuterai et je l’observerai, comme si le Seigneur lui même me l’eût dit. » Et, après s’être levé, il pria pour lui et Théodore le quitta, triste de cœur, pour se rendre au midi, à Phbôou, vers les frères qui étaient dans le monastère. Mais il resta dans la détresse en sorte qu’il s’écria une foule de fois ’au Seigneur, le suppliant avec larmes et disant : « Je t’en supplie, mon Seigneur Jésus le Christ, prends mon âme hors de moi, afin que je n’en voie pas d’autre perdition des âmes qui se perdront à cause des choses matérielles et des vains soucis de ce monde. » Une foule de fois il se revêtit d’un cilice pour monter à la montagne et y passer la nuit en prières vers le Seigneur avec larmes ; il descendait au monastère vers l’aurore.
Ensuite l’un des frères anciens marcha un soir derrière lui à une irai certaine distance, et lorsque apa Théodore fut arrivé à l’endroit où le corps de notre père Pakhôme était enterré dans la montagne, il se tint par dessus et il pria vers le Christ en versant de nombreuses larmes et en disant : « Seigneur, Dieu miséricordieux et pitoyable, seul juge des vivants et des morts, tu connais, Seigneur, mon coeur et mes pensées, ma conscience et mon but. Que ta pitié et ta bonté nous atteignent à cause de toute la misère où nous nous mettons en déclinant du chemin de la vie, de tes lois et des commandements que tu nous as ordonnés par l’entremise de notre père juste, sur le corps duquel je me tiens debout maintenant ; car nous sommes comme ceux qui sont sur la mer au moment de la tempête, ne veillant pas à suivre la bonne voie que nous a indiquée ton serviteur et notre père saint.
0 douleur, ne nous rends pas étrangers à toi à cause de nos péchés de peur que nous ne soyons pauvres en présence de notre père et de tous les justes que nous avons de nos yeux, crucifiés avec lui sur la croix en toute innocence, selon l’Évangile de ton Fils béni, Jésus le Christ. Maintenant je te supplie de nous épargner à cause des larmes de notre père juste avec lequel tu as fais un pacte ; ne verse pas ta colère sur nous à cause des œuvres mauvaises que nous avons faites et des mépris dont nous nous sommes rendus coupables par négligence, de peur que nous ne persévérions dans la dureté de notre cœur mauvais et que nous ne perdions (le mérite) des souffrances que notre père a endurées la nuit et le jour, de ses jeûnes, prières, larmes abondantes, puisque de tout lieu lu as réuni toute cette foule d’âmes afin qu’elles se sauvent et bénissent en tout temps ton saint nom ; car tu es notre secours et notre espoir.
Maintenant donc, mon Seigneur Jésus le Christ, il serait bon pour moi que tu me visites promptement et m’enlèves mon âme, plutôt que je voie le diable se glorifier des peines de notre père, afin que je ne me trouve pas en danger à cause de ta créature et que je remette sans tache en tes mains ceux dont tu m’as confié les âmes. « Notre père Théodore continua tonte la nuit à prier Dieu en ces termes jusqu’à l’heure de la synaxe du matin, le frère qui l’avait accompagné se tenant derrière lui ; et Théodore ne savait pas que ce frère se tenait derrière lui et écoutait toutes les paroles qu’il disait, en pleurant dans la douleur de son cœur et en poussant des soupirs. Et lorsqu’il fut descendu de la montagne, ce frère instruisit tous les frères en secret de toutes les paroles que notre père Théodore avait dites en présence du Seigneur avec larmes.
Dans la suite, lorsqu’une foule de fois il s’asseyait pour parler aux frères, quand ceux-ci se réunissaient les uns avec les autres, il leur donnait à entendre que sa mort arriverait promptement1. Mais ils ne comprenaient pas ce qu’il leur disait. Quelquefois il leur disait : « Il y a parmi nous un frère que le Seigneur visitera cette année intérieurement On les a menés au pressoir afin de les fouler aux pieds, afin que nous pressions leur vin2 ». Une foule de fois il dit à quelques-uns ’en secret : M. à M. : il leur faisait signe que sa visite etc.
2 Ce passage est très difficile, et le mot ne se trouve pas dans les dictionnaires ; je l’ai rapproché de-xto’A. se « Je suis sur le point d’aller devant mon Seigneur Jésus. » D’autres fois il dit ouvertement : « Je pense que Dieu me visitera cette année ! » non parce qu’il se voyait dans la vieillesse, ou qu’il avait perdu ses forces, ou qu’il avait perdu courage1 parce qu’il approchait de la mort ; mais parce qu’on l’avait averti de par le Seigneur que le temps approchait où il devait se reposer et se joindre aux pères qui l’avaient précédé et dont il avait pratiqué toutes les vertus. Il arriva qu’un jour, étant assis et parlant aux frères la parole de Dieu, ses larmes coulaient sur ses joues ; les frères pleuraient aussi. Il leur dit ensuite : « Écoutez-moi, mes frères : Jacob a passé dix-sept ans à nourrir Joseph.
Joseph passa aussi dix-sept ans à nourrir Jacob et ses frères ; de même aussi j’ai passé dix-huit ans pendant que mon père me nourrissait dans les commandements de Dieu, et voici que pareillement, selon mes forces, je suis avec vous depuis dix-huit ans d’après l’ordre de Dieu et de notre père apa Horsiîsi, car il est notre père à tous ; si nous l’écoutons et gardons les commandements qu’il nous a donnés, je crois certes que Dieu est et sera avec nous éternellement. Si je commençais à parler des autres hommes de vertu qui ont succédé cà notre père Pakhôme, le discours se prolongerait grandement, grandement, surtout sur notre père saint, apa Horsiîsi ; la plupart d’entre vous ayant entendu notre père juste dire de lui de grandes louanges, l’honorer grandement du temps où Pakhôme l’avait fait supérieur de Schénésît, le comparant à une lampe d’or qui éclaire la maison du Seigneur et disant encore : « On a introduit aujourd’hui » une fiancée pour le Christ » ; parce qu’il savait que c’était un homme bon pour chacun, qu’il était sans malice comme une brebis, lui obéissant de tout son cœur, comme deux hommes qui travaillent aux affaires des frères.
Ces choses, je vous les ai dites une foule de fois, parce que notre père saint l’aimait. « Quant à notre père Théodore, il parlait à chacun des frères, le consolant en toute chose avec allégresse, comme s’il se préparait à aller devant le Seigneur, persuadé qu’il serait irrépréhensible sur eux tous, parce qu’il enseignait à chacun d’eux le salut de son âme. Ensuite il se leva, pria avec les frères et chacun s’en alla dans son habitation, (tous) affligés de ce qu’il leur avait dit être sur le point de s’en aller vers le Seigneur et de les laisser orphelins. Il arriva quelque temps après, comme en cette année on s’avançait dans les quaranle jours saints que Notre Seigneur Jésus a jeûné pour notre salut, que, comme Théodore était à Schénésît, il apprit que le bienheureux était allé au sud, dans laThébaïde, affermissant toutes les églises dans la foi du Christ.
Aussitôt il envoya au midi, à Phbôou, vers notre père Théodore, afin que celui-ci allât cà sa rencontre : sur-le-champ Théodore se leva, prit dix autres frères avec lui ; ils montèrent dans la petite barque et allèrent au nord à Schénésît. Lorsque Théodore eut abordé notre père apa Horsiîsi, il le supplia d’aller lui-même à la rencontre de l’archevêque ; mais Horsiîsi ne voulut pas, surtout parce qu’on avait souventes fois entendu notre père Pakhôme le glorifier et le nommer à chaque instant le Père de la foi orthodoxe du Christ. Quand ne consentait pas à aller à cause de sa grande humilité de cœur, mais l’exhortait à aller lui-même près de l’archevêque, en disant : « Si tu vas, c’est moi qui vais, car nous ne faisons pas deux, nous ne faisons qu’un seul homme, une seule âme et un même esprit » ; il dit alors à apa Horsiîsi : « Fais souvenir de nous en tes prières saintes, afin que le Seigneur nous ramène vers toi en bien et en paix.
« Alors il le quitta avec les frères ; apa Horsiîsi et d’autres frères qui l’accompagnaient le conduisirent jusqu’à la barque, en lui disant : « Salue l’archevêque et le père de la foi. » Apa Théodore se mit en marche vers le nord avec les frères ; ils trouvèrent le patriarche au nord du nome de Schmoun, monté sur un âne, etavec lui il y avait une grande foule innombrable le suivant avec des évêques, des clercs sans nombre qui tenaient des flambeaux et des cierges, et d’autres moines de tout endroit chantant des psaumes et des cantiques devant lui. Apa Théodore sauta sur le rivage en face des monastères du nome de Schmoun, emmenant avec lui tous les frères de ces monastères, allant à pied vers le nord à la rencontre d’Athan ase, méditant tous à la fois les paroles des Saintes Écritures avec les Évangiles de Notre Seigneur Jésus le Christ.
Lorsque l’archevêque les vit de loin, il reconnut que c’étaient les fils de Pakhôme, celui à qui Dieu avait fait la grâce de réunir les saintes communautés cénobiliques, et aussitôt, pendant qu’ils étaient encore loin de lui, il prononça à leur sujet cette parole et dit : « Qui sont ceux qui volent au dessus de moi comme des nuées ou comme des colombes avec leurs petits en bon état ? » Lorsqu’ils furent arrivés, apa Théodore se fit précéder des frères anciens, afin qu’ils fussent les premiers à baiser l’archevêque, parce qu’il fuyait la vaine gloire ; mais l’archevêque le reconnut au milieu des frères par l’esprit qui était en lui, et c’est Théodore qu’il baisa le premier, et après lui les frères. Quand il eut prié avec eux, ils s’assirent et il leur dit : « Que fait ce véritable ne Israélite en lequel il n’y a point de ruse, notre père apa Horsiîsi.
« Apa Théodore lui répondit et dit : « Grâce au secours de Dieu et de tes prières saintes, nous sommes tous bien portants, et notre père saint, ainsi que tous ceux qui sont avec lui, te saluent. » Théodore prit alors les rênes de l’âne que montait l’archevêque pour le conduire ; mais mon père saint, n’est-ce pas une grâce pour nous d’agir ainsi ? car nous nous humilions pour celui qui est mort pour nous une foule de fois, afin d’affermir la foi du Christ. » Ainsi Athanase le laissa et Théodore prit les rênes. Ensuite les frères, au nombre de cent hommes, chantèrent en le précédant. L’archevêque vit alors que notre père apa Théodore était tout bouillant de l’Esprit Saint qui était en lui, qu’il marchait avec une grande allégresse (et grand) courage ; il n’y avait pas d’espace libre pour lui devant la foule qui le pressait, et, par dessus, la flamme ardente de la muldes lampes allumées le brûlait.
L’archevêque dit alors aux évêques qui l’accompagnaient : « Est-ce que nous méritons d’être appelés les pères du monde ? Non, vraiment ; mais voici nos pères véritables qui sont ici en toute humilité et soumission selon Dieu. Ils sont vraiment heureux et bénis ceux qui portent la croix en tout temps, qui ont une grande gloire dans leur humilité ; un grand repos suivra leurs souffrances jusqu’à ce qu’ils reçoivent la couronne impérissable. » Et ils chantèrent devant lui jusqu’à ce qu’ils l’eussent fait entrer dans l’église de la ville de Shmoun : alors l’archevêque pria sur la foule qui l’avait accompagné et chacun s’en alla dans sa demeure. Apa Théodore et les frères qui étaient avec lui reçurent la bénédiction de l’archevêque et se retirèrent dans les monastères qui étaient en cet endroit, pendant qu’il les exhortait par la parole de Dieu.
Athanase se leva avec les frères qui l’accompagnaient, il alla dans le monastère de Nouoi et Kahior, pour voir quel était l’état des frères, et lorsqu’il fut arrivé vers eux, il vit Au pH leur discernement, leur liberté et la perfection où ils se trouvaient ; il se réjouit grandement, glorifia le Seigneur, puis entra dans l’Église, y pria pendant qu’ils chantaient devant lui. Et quand il eut vu leurs règles et leur chameunie, il fut rempli d’admiration et bénit Dieu, glorifiant la vie des frères et leurs pratiques. Ensuite l’archevêque dit à notre père Théodore : « Vous avez établi dans le monde une chose bonne, capable de donner le repos à toute âme qui ira vers vous. » Apa Théodore dit à l’archevêque : « Cette grande faveur de Dieu nous est venue grâce à notre père juste et surtout à les prières saintes, car Dieu sait, notre père, qu’en voyant à sainteté nous avons cru voir Notre Seigneur Jésus le Christ dans la Jérusalem céleste, à cause de la grande foi que nous avons en toi, car tu es notre père.
« Et après avoir passé quelques jours dans le monastère, les faisant profiter de la parole de Dieu, il dit à apa Théodore : « Avec la volonté de Dieu, nous désirons rester ici quelques jours, car le temps de la Pâque de notre salut est proche. Pour toi, prends de nous une lettre pour apa Horsiîsi, afin qu’il vienne vers nous et que nous recevions sa bénédiction sainte : va (donc), prends soin de tes monastères, comme lu sais le (faire). » El lorsque le soir fut (arrivé), notre père Théodore s’assit, parla aux frères la parole de Dieu et dit ensuite aux frères de la barque : « Puisque l’archevêque nous a avertis qu’il restera (ici) quelques jours, avant d’aller au sud jusqu’à nous pour nous visiter, maintenant je vous prie de rester près de lui avec la barque pour tout ce dont il aura besoin, car il est notre père après Dieu, et non seulement il est le maître de notre petite barque, mais il a pouvoir sur notre corps afin que nous servions Dieu avec lui.
Et nous aussi, nous devons aller au sud parce que les jours de la Pâque approchent, où le Christ a souffert pour nous afin de nous sauver du diable. « Et lorsque le malin eut paru, il prit les frères, marcha avec eux, il se rendit avec eux à la ville près de l’archevêque, le baisa, reçut de lui la lettre (adressée) à après avoir reçu la bénédiction de l’archevêque, il lui dit : « Souviens-toi de moi dans tes prières saintes, Seigneur notre père ! »
Et l’archevêque lui dit : « Si j’oublie Jérusalem, c’est-à-dire (si je) vous (oublie), que j’oublie ma main droite ! » Ainsi Théodore le quitta en paix, lui laissant la barque et les frères. Quant à lui, apa Théodore, il marcha à pied jusqu’à ce qu’il fût arrivé au sud, car il ne voulut pas monter dans une des barques que possédaient les monastères, parce qu’il ne voulait pas qu’on lit semblable chose dans les monastères. Lorsqu’il fut arrivé à Schénésît, il rencontra apa Horsiîsi, le baisa ainsi que tous les frères ; ensuite il lui donna la lettre de l’archevêqueLorsque Horsiîsi l’eut prise, il la baisa avant de la lire aux frères. Voici ce qui était écrit dans la lettre : « Athanase, archevêque de Rakoti, écrit pour saluer son bien-aimé fils, apa Horsiîsi, el tous les frères avec lui aime dans le Seigneur : salut !
Vraiment lorsque j’ai vu votre compagnon de travail dans le Seigneur, Théodore qui est rempli de toutes les vertus divines dont il brille 1 et que j’ai vu l’esprit2 de notre père Pakhôme qui habile en dedans de lui (et se manifeste) par un visage joyeux, qui lui donne courage en toutes les œuvres qu’il fait, moi aussi, je me suis réjoui grandement en voyant les enfants de l’Église qui nous donnent sujet de joie en leur présence glorieuse. Que Notre Seigneur Jésus le Christ leur donne la récompense dans le séjour de ses saints, que Dieu, notre espoir, nous fasse abonder dans sa paix, son amour, sa patience, jusqu’aux siècles des siècles. Amen. Nous prions (Dieu) afin que nous vous voyions en tout temps. « Et lorsqu’ils eurent fini de lire cette lettre, ils se levèrent, ils prièrent avec les frères, et chacun se retira dans son habitation, remerciant le Seigneur et bénissant l’archevêque saint, abba Athanase.
Du reste apa Théodore parla à part avec apa Horsiîsi, le consolant de avait éprouvée autrefois au sujet d’Apollonios, le supérieur de Tmouschons qui, ayant envoyé à Rakoli, avait fait acheter pour lui des achats dispendieux pour les malades ; apa Horsiîsi n’avait point consenti à ce qu’il emporta cela dans un lieu sous son pouvoir, parce qu’il savait que notre père Pakhôme ne le voulait pas. Théodore pria Horsiîsi de venir à Phbôou, au sud, avec lui, afin d’y donner consolation aux frères, parce qu’il savait que le temps approchait pour lui-même d’aller en présence du Seigneur, comme tous ses pères. À cause de l’abondance des prières de Théodore, apa Horsiîsi consentit ; il se leva, il suivit apa Théodore et les frères jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés au sud.
Lorsqu’ils approchèrent du monastère, notre père Théodore envoya l’un de ceux qui l’accompagnaient, lui disant : « Va vite, qu’on réunisse les frères pour venir au devant de notre père saint. » Le frère alla aussitôt, fit réunir les frères parle semainier ; ils vinrent tous au devant d’IIorsiîsi en chantant et le baisèrent d’un saint ensuite, en les accompagnant, jusqu’à ce qu’ils fussent entrés dans le monastère avec ordre, humilité, sagesse et souci ; puis ils prièrent dans l’église du monastère avec les frères. Ensuite notre père Théodore persuada à apa Horsiîsi de s’asseoir, de parler aux frères la parole de Dieu, comme primitivement. Pour lui, il l’écouta avec grande humilité. Horsiîsi s’assit et il leur expliqua de grandes questions sur les Saintes Écritures.
Apa Théodore était assis, l’écoutant comme tous les frères, le visage baissé, pleurant par suite delà douceur des paroles qu’il entendait dire à notre père Horsiîsi ; et il disait de bouche et de cœur : « Je suis le fils d’apa Horsiîsi et son remplaçant ! » Ils étaient tous deux comme un seul homme1, chacun les admirait et les glorifiait à cause de la douceur de leur affection l’un pour l’autre ; ils aimaient Dieu de tout leur cœur et de toute leur âme, comme notre père parfait Pakhôme le leur avait ordonné. Apa Théodore était comme un second sous Horsiîsi dans sa grande humilité ; il ne faisait rien sans son avis, même la plus petite chose. Une multitude de fois, on l’entendait pleurer et dire : « Mon temps approche d’être séparé de mon père Horsiîsi et d’aller dans le chemin de tous mes pères.
« Et lorsque notre père apa Horsiîsi leur eut dit une foule de paroles, les remplissant d’émulation pour la vie de notre père Théodore, sa palience, son humilité selon Dieu, il se leva ensuite, il pria et chacun se retira dans son habitation, méditant la parole de Dieu et faisant continuellement une foule d’actes de vertu. Quatre jours après arriva la Pâque et tous les frères se réunirent à Phbôou pour la célébrer, les uns avec les autres, selon les règles de notre père de parler chaque jour aux frères la parole de Dieu jusqu’à ce qu’ils eussent achevé la Pâque ; mais Horsiîsi ne consentit pas à le faire continuellement à cause de son humilité ; mais quelquefois apa Horsiîsi faisait la catéchèse aux frères, et parce qu’ils étaient tous deux comme un seul homme.
Et c’est ainsi qu’ils firent jusqu’à ce que la Pâque fut achevée. Et le soir de la fin de la Pâque sainte, comme tous les frères étaient rassemblés dans l’église afin de recevoir les mystères saints, le sang et le corps de Notre Seigneur Jésus le Christ, il y avait un frère ancien, nommé apa Héron, couché et malade dans le lieu où tous les frères malades étaient couchés : c’était le second d’apa Théodore le Citadin, le surveillant des Grecs. Le frère chargé des frères malades alla avertir Théodore que le frère ancien était sur le point de se reposer ; aussitôt apa Théodore sortit de l’église, se rendit à l’endroit où étaient les frères malades, il vit le frère qui était près de rendre l’esprit, il se jeta sur lui, il lui dit de grandes paroles pendant que tous les frères écoutaient.
Peu après le frère rendit l’esprit, et aussitôt une grande crainte s’empara des frères, car personne parmi eux ne savait les paroles que Théodore lui avait dites, mais nous pensons en nous-mêmes qu’il lui avait dit ceci : « Si lu vas vers notre père Pakhôme, (l’homme) juste et parfait, prie-le de ta propre bouche et dis-lui : Théodore, ton enfant, prie son père saint de demander au Seigneur pour lui qu’il lui 1 donne le moyen de te suivre. » Nous pensons cela parce que nous le voyions attristé plus que nous ne le connaissions, en voyant comment chaque jour il se conduisait et parlait. Mais apa Théodore s’assit en versant de grandes larmes et des pleurs abondants, triste de cœur ainsi qu’apa Horsiîsi et les frères qui l’environnaient. Apa Théodore leur dit : « Ce frère qui s’est endormi aujourd’hui est une annonce et un signe pour un autre qui s’endormira après lui et dont vous ne pensez pas qu’il mourra en ces jours.
« Tous les frères passèrent cette nuit-là dans la veille, faisant la méditation autour de lui jusqu’à ce que la lumière parût à la première heure. De grand matin, le jour du Dimanche saint qui est la Résurrection de Notre Seigneur Jésus le Christ, ils ensevelirent son corps saint. Ensuite Théodore s’assit, il leur soit aux surveillants, soit à leurs seconds, selon les traditions de notre père juste Pakhôme. Lorsqu’il eut fini de dire à tous ce qu’il leur fallait1, alors ils chantèrent après cela (des psaumes) en avant d’apa Héron : tous les hégoumènes des monastères ainsi que les frères le suivirent jusqu’à ce qu’ils l’eussent conduit à la montagne et qu’ils l’eussent enterré avec grand honneur en présence de tous les frères. Et lorsqu’ils furent descendus de la montagne et qu’il eut prié sureux, Théodore les accompagna pour faire que chaque hégoumène se dirigeât du côté de son monastère vers les frères : notre père apa Horsiîsi les accompagna pour aller à Schénésît, et il disait aux frères : « Souvenez-vous de nous.
« Et notre père apa Théodore dit à notre père apa Horsiîsi : « JN’e va pas au loin, car il y a chez nous un frère qui est élevé et sujet 2, et qui est sur le point de se reposer. » Lorsqu’il eut.6 cela, chacun des frères alla vers son monastère, et lui aussi rentra dans son monastère avec les frères qui l’avaient accompagné. Trois jours après il se coucha, il fut malade et il envoya des frères qui lui amenèrent apa Horsiîsi ; les frères qui étaient dans les monastères aux environs de Phbôou vinrent aussi. Lorsqu’apa Horsiîsi vit que la fièvre de la maladie avait pouvoir sur Théodore à l’excès, il fut triste grandement ; il emmena tous les frères, ils entrèrent dans l’église, ils se prosternèrent devant l’autel en pleurant et priant Notre-Seigneur Jésus le Christ pour lui, afin qu’il lui accordât la faveur de la guérison grâce aux prières de notre père Pakhôme.
Notre père Horsiîsi s’écria au Seigneur disant : « Dieu de l’univers et Seigneur de notre père Pakhôme, si tu nous enlèves Théodore, nous serons désormais indigents ; mais il me serait bon, à moi, de mourir le premier, car je suis devenu vieux, et tu le laisserais en vie afin que par lui tous (les frères soient affermis. » Ensuite tous les frères élevèrent leurs voix au ciel, pleurant des larmes grandement amères disant : « Seigneur, aie pitié de nous et sois miséricordieux pour nous, reçois nos supplications et ne nous enlève pas le juste, notre père apa Théodore, car il vaut mieux que tu nous enlèves la plupart d’entre nous et que tu nous laisses celui qui nourrit nos âmes dans ta loi et tes commandements vivifiants. » Ils furent ensuite dans le deuil une multitude de jours à son sujet, priant le Seigneur de lui accorder la grâce de la guérison pendant quelque temps, afin qu’il les guidât pour le salut de leurs âmes.
Apa Théodore envoya vers l’église, il appela apa Horsiîsi et lui dit : « Ne te fatigue pas, toi et les frères, à prier le Seigneur pour moi : car certes il est décidé que j’irai vers le Seigneur, comme mes pères saints qui ont été avant moi. » Apa Horsiîsi continua de pleurer dans une grande affliction, ses larmes coulaient sur ses joues. Apa Théodore se retourna vers apa Sclientaîsi, Pakhôme et tous les anciens rassemblés autour de lui, dans sa chambre, et leur dit : « Voici que je m’en vais vers le Seigneur et vers notre père juste Pakhôme, selon la destinée de tout homme. Quant à vous désormais, venez en aide à notre père apa Horsiîsi en toute obéissance, en toute humilité de cœur, sans le moindre murmure ; car il est la loi, moi je ne suis que son lieutenant 2.
Le Seigneur sait que mon désir n’était pas d’accepter cette charge3, car je suis pécheur plus que tout homme sur terre ; mais cependant grâces soient rendues à Dieu à mon sujet en tout temps, puisque je ne me suis montré désobéissant en nulle chose que Dieu m’a fait arriver ; ainsi je ne serai pas perdu4. Quant à présent je vous assure, et mon témoin est dans les cieux, que pas un seul jour je n’ai oublié les péchés de mon âme pendant tout le temps que j’ai vécu en ce monde, et je ne crois pas que j’aie fait quelque chose contrairement à son ordre béni et à ses commandements pleins de bonté 5; car voici dix-huit ans que son âme souffre à cause de nous. Maintenant donc, je vous en prie, ô mes frères qui aimez Dieu, ô mes bien-aimés, si le Seigneur me visite, transportez mon corps de l’endroit où on le déposera d’abord et placez mes ossements dans le lieu où se trouvent ceux de mon père.
« Et lorsque notre père Théodore eut dit ces paroles, l’homme de Dieu ouvrit sa bouche, il rendit l’âme dans un grand calme et sans trouble, le deuxième jour du mois de Paschons, en paix. Alors une grande frayeur eut lieu en ce moment et un parfum (se fit sentir) ; tous les frères se jetèrent sur leur visage et s’écrièrent en pleurant avec amertume et en disant : « Malheur à nous ! nous sommes véritablement orphelins nous sommes maintenanlpauvres et malheureux au souvenir des bonnes démarches, de sa douce parole, de sa grande humilité, delà charité (qu’il témoignait) à chacun de nous sans hypocrisie, en toute franchise2! » Et lorsque notre père apa Horsiîsi, ainsi que tous les frères, eut passé toute la nuit à méditer autour de son corps glorieux, au moment où l’aurore parut, à l’heure de la synaxe, ils ensevelirent son corps dans de beaux linceuls, ils célébrèrent pour lui le service saint, le sang et le corps de Notre-Seigneur Jésus le Christ ; ensuite ils chantèrent (des psaumes) en avant de lui jusqu’à ce qu’ils l’eussent conduit à la montagne, qu’ils l’eussent enterré avec gloire et honneur, puis ils retournèrent au monastère dans une grande affliction, avec des larmes " abondantes.
En cette (même) nuit, notre père apa Horsiîsi prit avec lui trois frères, il se rendit à la montagne à l’endroit où l’on avait enterré le corps de notre père Théodore, il l’ôta de ce lieu, l’emmena, l’enterra près des ossements de notre père juste Pakhôme, le père du cénobitisme saint, à l’endroit où l’on avait enterré son frère Paphnuli ; puis il retournèrent au monastère secrètement, personne ne sut (ce qu’ils avaient fait.) Trois jours après que notre père Théodore se fut reposé, lorsque tous les frères étaient dans une grande, grande affliction, notre père apa Horsiîsi se coucha ; il fut malade à cause de la douleur que (lui avait causée) la translation2 de notre Théodore de bonne mémoire. Ensuite, quelques frères anse mirent à prier apa Horsiîsi de sortir, de dire aux frères quelques paroles d’encouragement ; il condescendit (au désir de) leur cœur, il se leva, sortit pleurant, s’assit au milieu des frères réunis, tous en larmes, tous attristés à cause de notre père Théodore ; il commença de leur parler avec tristesse et avec larmes, disant : « Vraiment Dieu nous a enlevé un père juste : c’est apa Théodore qui nous consolait dans la parole du Seigneur, et c’est notre grande et excessive affliction que nous l’ayons fait souffrir au point qu’il a demandé au Seigneur de l’enlever rapidement ; ainsi nous sommes devenus orphelins ; car nous savons tous quelle grande bonté il avait pour nous, comme à chaque instant il priait Dieu pour nous, afin de nous sauver du diable qui nous hait.
Maintenant, ô mes frères bien-aimés, rappelons-nous en tout temps ses souffrances, ses ascèses, les larmes qu’il a versées pour nous devant le Seigneur, le jour et la nuit, afin que ce qui est écrit ne s’accomplisse pas sur nous 1: « Ils se sont hâtés, ils ont oublié ses œuvres, ils n’ont luxe nenReio » pas écouté sesconseils, « et que nous soyons sujets au au jugement ; car je crois que si nous suivons ses préceptes, il sera un précurseur2 pour nous près de Dieu avecnotrepèrePakhôme, comme Notre-Seigneur Jésusle Christ l’a dit à ses disciples et à ses apôtres saints : « J’irai avant vous pour vous pré » parer un endroit3 » et (l’apôtre) a dit aussi : « Il y a quelqu’un qui prie pour » nous prèsdu Père, c’est Jésus le Christ, Notre Seigneur qui nous a aimés et « s’est donné comme rachat de nos péchés, non pas seulement pour les nôtres, » mais pour ceux du monde entier et il a souffert pour nous4.
« Car pendant tous les jours qu’a été avec nous dans le corps notre père juste apa Pakhôme, il a prié le Seigneur le jour et la nuit pour le salut de nos âmes et de celles du monde entier, ce qu’ont fait aussi nos autres pères saints qui lui ont succédé, : ils ont été ses enfants, ils ont imité ses œuvres dans une grande croix. Maintenant, mes frères et hégoumènes des monastères, vous qui êtes les membres de notre père, les lois que nous ont imposées nos pères, les commandements qu’ils nous ont donnés à observer, afin que dans les séjours de repos où ils se trouvent ils aient le cœur tranquille (à notre égard), comme le Christ l’a dit à son Père au sujet de ses apôtres : « Ce que tu m’as donné, je le leur » ai donné ; eux aussi, ils ont reçu et gardé ta parole.
« Puisse-t-il nous être dit à nous aussi : Vous êtes les bienvenus2, ô enfants qui avez écouté votre père et gardé les commandements qu’il vous a donnés ; venez, héritez la vie éternelle avec vos pères, car vous avez suivi leurs traces et (observé) les règles qu’ils vous ont imposées. Voici qu’en ce jour les ossements de notre père juste sont placés au milieu de nous : ce sont les lois qu’il nous a données, afin que par elles nous vainquions leméchant et que le cœur de nos pères se repose sur nous en voyant leur race produire des fruits spirituels pour Dieu leur Créateur, comme il est écrit des arbres plantés sur le bord des canaux. Maintenant, mes frères, ne soyons pas négligents de peur que les souffrances de nos pères ne soient inutiles et perdues et que nous aussi nous ne soyons sujets au danger et au jugement de Dieu, si nous marchons en présence de nos pères, comme le Seigneur m’a destiné, moi ainsi que nos pères pour vous servir (tous) à la fois, selon ce que le Seigneur a dit dans l’Évangile : « Je suis au milieu de vous, comme celui qui » sert1.
« Abigail2 dit aussi au bienheureux David : « Que je sois ta servante » et lave les pieds de tes serviteurs 3 » ; par son humilité, elle sauva tout ce qui était à elle. « Et lorsque notre père apa Horsiîsi cul dit ces paroles aux hégoumènes des monastères et à tous les frères rassemblés, il se leva, il pria sur eux : ils le baisèrent avec une grande joie comme s’ils eussent vu notre père Pakhôme et notre père Théodore au milieu d’eux. Et lorsqu’ils eurent reçu l’offrande des trois 4 pour apa Théodore, Horsiîsi marcha avec les pères jusqu’à ce qu’il les eût conduits tous en dehors (du coune vent) ; chacun alla en paix dans son monastère. Pour lui, il allait vers eux une multitude de fois, les visiter, les affermir dans la loi du Seigneur at les commandements de notre père.
Il arriva un jour qu’étant assis, et parlant aux frères la parole de Dieu, il leur dit : « Notre père nous a affermis dans les Écritures saintes et la sagesse parfaite de Dieu ; mais moi, je pense que si l’homme ne garde pas bien son cœur, il oubliera tout ce qu’il aura appris ; puis, par suite de sa négligence, l’ennemi prévaudra contre lui et le jettera à terre. Je vous dirai une parabole, afin que vous soyez dans l’admiration. De même qu’une lampe allumée et dont la lumière est forte, si nous la négligeons, sa lumière brûle un peu, puis les ténèbres envahissent la maison : les rats viennent alors à l’entour, ils voient qu’il n’y a dans la lampe ni lumière, ni chaleur, tirent la mèche, la mangent et renversent aussi la lampe pour la casser. Si cette lampe est d’airain, le maître de la maison la trouvera, il l’allumera une autre fois, afin qu’elle éclaire dans la maison ; mais si la lampe a.
À la marge uja,. est de terre, elle se casse et on la jette dehors ; il en est ainsi d’une âme. Si elle se néglige un peu, l’Esprit-Saint se relire d’elle, si bien que, privée de sa lumière, elle devient toute ténébreuse ; l’ennemi dévore ensuite la vivacité de cette âme, il perd aussi le corps par la méchanceté, les impuretés, les abominations, les désirs mauvais, afin que l’âme ne se réveille pas et ne combatte pas son ennemi ; mais elle est devenue négligente, si bien qu’elle se fait étrangère au royaume de Dieu et à ses biens éternellement durables. Mais si cet homme est bon dans sa manière (de vivre) près de Dieu et qu’il a été simplement entraîné dans cette négligence, le Dieu miséricordieux jettera en lui sa chaleur et le souvenir des tourments, afin qu’il soit vigilant et se garde avec grand soin jusqu’au jour où on le visitera.
« Puis après leur avoir été utile en leur expliquant la parole qu’il leur avait dite, il se leva, pria sur eux tous et chacun se retira dans son habitation en méditant la parole de Dieu. reposé, il se hâta, il écrivit une lettre à apa Horsiîsi pour l’encourager, lui et les frères avec lui, disant ainsi : « Athanase, archevêque de Rakoti, écrit pour saluer son fils bien-aimé Horsiîsi et tous les frères qui sont avec toi affermis dans la foi de Notre-Seigneur Jésus le Christ : salut. Lorsque j’ai appris au sujet du bienheureux Théodore qu’il s’était réposé, j’ai été consolé grandement de ce que j’ai appris, sachant que sa bienfaisance est avec vous toujours, comme l’était d’abord (celle de) Théodore, je veux parler de notre bien-aimé Horsiîsi. Je vous aurais écrit des discours nombreux avec des larmes abondantes sur ce qui arrivera après sa mort ; mais Théodore est maintenant au milieu de vous : c’est celui que vous connaissez, Horsiîsi, car tous les deux ne faisaient qu’un, et quoique l’un s’en soit allé en terre étrangère, ce qui est nécessaire aux deux s’accomplit ici-(bas)1.
Obienheupoint allé dans le conseil des méchants, qui est le diable avec ses méchants démons ! Maintenant ne pleurons pas celui qui s’en est allé dans le lieu d’où se sont enfuis les larmes, la tristesse et le gémissement, qui se repose avec ses pères et qui dit : « Je serai dans ce lieu parce que » je l’ai désiré1. « Ne soyons pas tristes sur celui qui a fait aborder sa barque à un bon port, où l’on trouve2 le salut, tout repos du cœur et toute joie. Allons que chacun de nous se hâte jusqu’à ce qu’il fasse aborder sa barque à ce lieu où l’on doit aborder ! Théodore n’est pas mort, mais il s’est endormi d’un bon sommeil en présence du Seigneur… Sic exit…l’archevêque avec la grande foule qui l’accompagnait, il ouvrit la bouche, il parla et dit à apa Sarapion : « Vraiment, l’homme dont tu me parles, apa Pakhôme, j’ai appris, quand j’étais à Rakoti, la renommée de sa foi, avant qu’on m’imposât les mains.
Maintenant bienheureux est-il avec ses enfants, et bénie soit la bonne et durable plantation qu’il a faite ! « Ensuite il se leva, pria et dit aux frères : « Saluez votre père et dites-lui : Puisque tu t’es caché de nous, que tu a fuis ce qui engendre envie, lutte et jalousie, que tu t’es choisi de préférence la dignité qui durera éternellement dans le Christ, Notre-Seigneur te donnera en effet selon ton cœur. Et puisque tu as fui la vaine dignité qui ne dure qu’un temps, que non seulement elle ne pas désormais ; mais je tendrai mes mains vers le Très-Haut à jamais, afin que jamais il ne t’arrive de commander dans les siècles des siècles. Mais par la volonté de Dieu, quand nous retournerons vers toi, puissions-nous être digne de voir la charité célèbre (et) divine.
« Aussitôt il les quitta, il alla vers le sud : de grands évêques étaient avec lui, et une foule nombreuse avec des lampes, des cierges, des encensoirs innombrables. Lorsqu’il fut parti, notre père Pakhôme sortit de l’endroit où il était caché.
Il arriva un jour qu’un frère moine vint du côté du nord : le soir le surprit dans l’endroit de Tabennîsi. Il fut nécessaire qu’il logeât dans le monastère et notre père Pakhôme donna l’ordre que les frères agissent envers lui avec une grande charité fraternelle. Lorsque les frères eurent fini de manger leur pain, notre père Pakhôme s’assit ; il dit aux frères la parole de Dieu, leur expliquant les Écritures 2: ce frère était assis et l’écoutait comme les (autres) frères. Et lorsqu’il fut arrivé au sud, dans son Deuxième fragment CLXXV6 du Musée de monastère (situé) dans le nome d’Esneb. Au soir de ce jour, quand les frères se furent réunis selon leur coutume, car, en tout temps, lorsqu’ils avaient fini de manger leur pain, ils se réunissaient ensemble, afin que chacun dît ce qu’il savait des Écritures ; donc le soir de ce jour-là, lorsqu’ils se furent assis…
Et ils le saisirent, ils se mirent en marche ; il arriva jusqu’à l’extérieur de la porte de son monastère, il les baisa d’un saint baiser. Ensuite apa Théodore lui prit la main droite, apa Zachée lui prit la main gauche, ils marchèrent avec lui — tous les frères les suivaient — jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés à l’endroit où il (Pakhôme) reposait. Alors ils prièrent, ils s’assirent et tous les frères s’assirent autour de lui (Antoine) : une grande joie était (répandue) sur son visage, comme (sur celui) d’un ange de Dieu. Et il commença de leur parler et de les consoler en disant : « Ne soyez pas dans le deuil, ô mes enfants, au sujet de l’homme juste, apa Pakhôme, parce qu’il s’est reposé ; car vous êtes son corps, vous êtes ses membres et vous avez reçu son esprit.
Vraiment, j’ai beaucoup désiré le voir pendant qu’il était dans le corps ; peut-être n’en ai-je pas été digne ! car les âmes qu’il a rassemblées près de lui pour les présenter pures au Seigneur nous ont montré une œuvre plus élevée que nous, et c’est dans la voie apostolique qu’il marchait, c’est-à-dire le cénobitisme saint. »
Apa Théodore répondit avec une grande douceur : « Tu es plus glorieux que nous, car tu es le dernier des prophètes. »
Mais apa Zachée ne put se contenir, il lui adressa la parole avec simplicité, disant : « Tu nous a beaucoup flattés ; si le cénobitisme dans lequel a marché notre père est la voie sublime des apôtres, pourquoi n’as-tu pas aussi marché dans le cénobitisme, afin de vivifier une foule d’âmes, comme tu l’as dit. Nous savons que tu es aussi un homme juste, Troisième fragment Cad. n° CLXXVI6 du Musée de Naples parfait en toute bonne œuvre et en tout(austère) régime. Le Seigneur sait que notre père n’a cessé de nous parler de toi à tout moment, nous excitant à imiter ta vie, aux jours où il était avec nous dans le corps. » Apa Antoine répondit : « Je te persuaderai, petit Zachée, au sujet de ce que tu me demande, car tu es digne que l’on te persuade. »
Il dit : petit Zachée, parce qu’en ce temps-là, Zachée était peu (avancé) en âge… car ce sont eux qui la nuit veillent sur vos âmes, afin de rendre compte pour vous, de le faire avec joie et sans soupirer, car c’est là votre avantage. Souvenez-vous aussi de vos supérieurs 1, de ceux qui vous ont parlé la parole du Seigneur, de ceux dont en admirant la sublime conduite2 vous (devez) imiter la foi. Nous disons ces. choses afin que perde raison pour avoir ici le possessif de la troisième personne du pluriel. — : leurs grands.
4 M. à M. : dont regardant la sublimité de leur conduite, imitez leur foi. sonne ne dise : « À la vérité il est permis de glorifier les saints, parce que » l’esprit de Dieu est en eux » ; mais les autres qui ont été leurs disciples, il faut les glorifier aussi, comme (on glorifie) les saints avec lesquels le Seigneur a fait alliance. C’est pourquoi (je vais) vous dire d’autres témoignages de l’Écriture, afin que vous sachiez que celui qui aujourd’hui glorifie un homme de Dieu lui ayant enseigné la crainte du Seigneur et (la manière) de se conduire avec humilité pour lui plaire, celui-là glorifie Dieu et tous les saints, car il est écrit dans l’Évangile que le Seigneur a dit à ses disciples : « Celui qui vous reçoit me reçoit, et celui qui vous méprise me » méprise.
« En outre, quand il prie son père dans l’(évangile) selon saint Jean, il dit en parlant de ses disciples : « Je ne prie pas seulement pour » ceux-ci, mais encore pour les autres qui croiront en moi par leur parole, afin qu’ils soient un comme nous sommes un. » Et cette parole : afin qu’ils soient un comme nous sommes un, n’est rien autre chose que la parole que nous vous avons dite une foule de fois, à savoir que : celui qui adhère se au Seigneur est un seul esprit (avec lui). Au sujet de cette unité de l’esprit dont tous ceux qui aiment Dieu sont dignes, l’Apôtre a dit ainsi : « On » nous a tous fait boire le même esprit » ; parce qu’aujourd’hui l’esprit du Seigneur habite en ceux qui aiment le Seigneur et qui font sa volonté. Paul nous enseignera cela en disant : « Celui quia l’esprit du Christ ne s’appar » tient plus », voulant dire que l’esprit habite en eux, afin que chacun les connaisse.
Il dit maintenant : « Si le Christ est en vous, que le corps soit » mort au péché, et que l’esprit, vive à la justice » ; car vraiment c’est la marque de ceux en lesquels habite le Seigneur, d’avoir tué en eux les pas sions du péché selon la parole de Paul qui dit : « Faites mourir vos » membres à la fornication, à l’impureté, cà la passion, au désir mauvais, à la « cupidiléqui est servir les idoles », et ce qui suit ; de même qu’il a dit : « Que » la colère, la fureur, la méchanceté, le blasphème, les paroles mauvaises « ne sortent pas de votre bouche ; ne mentez pas les uns aux autres, dé » pouillez-vous du vieil homme et de ses œuvres, revêtez-vous du nouveau -) « (qui est) le Christ. » Donc (au sujet de) tous ces membres qui sont le vieil homme, ce saint dit : « Que le corps soit mort au péché » ; et s’il dit que : « l’esprit est vie par la justice »
il veut parler des fruits du Saint-Esprit après qu’on a fait mourir en soi les passions : ce sont-là les hommes dans lesquels habitent le Christ et son esprit, c’est l’homme nouveau dont ils ont été revêtus après avoir dépouillé le vieil homme. (Maintenant) que nous avons cité cette foule de témoignages d’après les Écritures, n’est-il pas digne et juste de glorifier un tel homme, un serviteur de Dieu, un fils des saints, c’est-à-dire notre père, celui que le Seigneur nous a donné pour le connaître par son entremise ? « Et les frères interprètes, qui traduisaient ses paroles en grec à ceux qui ne savaient pas l’égyptien, parce que c’étaient des étrangers ou des hommes de Rakoti, lorsqu’ils l’eurent entendu une foule de fois parler du genre de vie de notre père Pakhôme, ils appliquèrent leur cœur à tout ce qu’il disait de lui avec vérité, ils l’écrivirent, parce qu’après avoir fini de glorifier ainsi que ses souffrances, il soupirait en disant aux frères : « Remarquez bien ces paroles, car un temps viendra où vous ne trouverez personne pour vous les dire.
« Alors notre père Théodore commença de parler des hégoumènes qui étaient dans la voie droite, mais qui ne faisaient pas les œuvres qu’ils enseign aient, leur disant : « Prenez gardeque le Seigneur ne nous donne occasion en partie de les glorifier seulement de bouche », à cause du canon d’après lequel ils ne s’étaient pas purifiés, comme le Seigneur l’enseigne dans l’Évangile à ses disciples et et aux foules au sujet des Scribes et des Pharisiens, en disant : « Tout » ce qu’ils vous diront, faites-le, observez-le ; mais n’agissez pas selon leurs » œuvres, car ils disent (de faire) et ne font pas. « Et de même lorsqu’un lépreux qu’il guérit s’approcha de lui, il lui dit après l’avoir rendu sain : « Va, montre-toiau prêtre, offre pour toi l’offrande que Moyse a ordonné « (de faire) comme un témoignage pour eux.
« En agissant ainsi, il leur enseignait l’obligation imposée à ceux qui enseignent véritablement, car il manifesté à personne qu’il était la lumière du monde, pas même à ses apôtres qui devaient prendre de sa lumière pour en éclairer le monde tout entier. C’est pourquoi dans le commencement ceux qui dirigeaient le peuple agissaient ainsi et donnaient ces ordres, jusqu’à ce que le Seigneur leur eut envoyé un juge qui devait juger d’un juste jugement et avec jus tice, comme David glorifiant Saül une foule de fois de sa bouche en disant : « Le Christ du Seigneur », parce que c’était le Seigneur qui l’avait oint ; en le réprimandant aussi une fois à cause de la persécution qu’il lui faisait (subir) sans cause, il ne commit aucune faute, en disant : « Que le « Seigneur juge entre moi et entre toi !
Que le Seigneur tire de toi ma « vengeance, mais ma main ne s’approchera pas de toi ! » comme il est dit dans le proverbe antique : Le péché viendra des impies. Celui-ci (Saül) montre qu’il était un pécheur en poursuivant un homme en qui reposait le Seigneur, qui ne lui avait fait aucun mal, en qui était son amour. De même Samuel, lorsqu’il était petit, fut soumis à Héli et à ses enfants pour un comme tout le peuple, jusqu’à ce que le Seigneur les eût (pris) en abomination à cause de leur mépris (de ses lois). Remarquez la manière dont le Seigneur confirma la parole sortie delà bouche d’Héli, à cause de la dignité sacerdotale où il se trouvait et du mérite de la femme qui priait, c’est-à-dire Anne, à laquelle Héli dit : « Va, ma fille, que le Seigneur, Dieu » d’Israël, te donne ce que tu demandes », et le Seigneur le lui donna selon sa parole.
Et cependant Héli était un indigne, car il avait méprisé Dieu en honorant ses enfants plus que Dieu. De même aussi pour Saül combattant avec Israël contre les étrangers, lorsqu’il eut dit : « Maudit soit celui qui » mangera aujourd’hui du pain avant l’heure du soir, (car) je vengerai ma « parole » ; le Seigneur confirma sa parole, et cependant en ce même passage il est écrit de lui : « Saül agit comme un ignorant en obligeant à » cela le peuple par serment. « La manière dont le Seigneur confirma pour ceux-ci leur parole nous enseigne, à nous aussi aujourd’hui, que quand même les évêques et les prêtres ne seraient pas droits dans leurs actes, s’ils sont dans le canon de l’Église catholique et de l’orthodoxie, le baptême que ta. ne quelques-uns recevraient d’eux serait bon pour ceux-là ; tant qu’il n’ont pas été excommuniés par l’archevêque, ils sont encore dans le canon des Apôtres du Seigneur.
Puisque nous parlons du Seigneur qui est un avec son Père, ainsi qu’il l’a dit : « Moi et mon Père, nous sommes un », lui aussi il a glorifié les saints qui étaient avant lui comme homme. C’est pourquoi il faut que nous purifiions notre cœur bellement, afin que nous produisions des fruits par notre obéissance, surtout si nous parlons du Fils de Dieu et de sa sainte économie. « Et ainsi ils prièrent, ils allèrent dans leurs habitations, remplis d’admiration, se disant les uns auxautres : « Vraiment ! parmi tous les anciens, un autre fils ne s’est pas levé accomplissant les souffrances de notre père Pakhôme, sinon notre père Théodore : il connait toute sa conduite, (il sait) comme (notre père) Pakhôme a marché dans une grande pureté pendant toute sa vie jusqu’au jour où Dieu l’a visité.
« Il arriva une foule de fois que, pendant la nuit, appelant deux frères, ou un seul, de ceux qui craignaient Dieu, qui étaient fidèles, parmi les seconds de la congrégation, il faisait le tour des maisons des frères, veillant de peur que quelques-uns ne fussent négligents dans leurs habitations, dans le lieu où ils (devaient) dormir ou qu’ils ne dormissent pas revêtus de leur peau (de mouton), selon la règle. Il luttait (de zèle) avec leurs maîtres de maison ou leurs seconds : ou même si quelques-uns étaient (en butte) à des afflictions et à des angoisses de cœur à cause des tentations des démons, il parlait de Dieu avec eux, seul à seuls, et ceux qui l’accompagnaient se tenaient un peu à l’écart afin de ne pas entendre : ainsi, il donnait repos à leur cœur par cet esprit de mansuétude qui était en lui, leur enseignant la manière de vaincre ceux qui leur livraient combat, s’ils recevaient sa parole avec foi, surtout s’ils faisaient des jeûnes et jeûnaient deux jours de suite une foule de fois et (s’ils faisaient) d’autres ascèses nombreuses, s’ils prenaient souci de leurs âmes, nuit et jour, comme il est écrit de Notre-Seigneur en tant qu’homme : « Par la souffrance qu’il endura lorsqu’il fut tenté, il a la puissance de secourir ceux qui sont tentés.
« Pour d’autres, sachant qu’une parole de consolation ne leur ferait pas de bien, il les réprimandait, il les excitait dans la pensée du jugement futur. Pour d’autres, il les frappait, il les chassait. C’est ainsi qu’il fit en toute sa vie, purifiant la terre de son De temps en temps, il prenait soin de faire le tour des monastères, les visitant, les affermissant à marcher dans la loi du Seigneur avec pureté et paix : il leur parlait tout le jour, le maître de maison de chaque maison les lui amenant un à un, afin que l’ennemi ne les affligeât pas en cachette et afin qu’il leur apprît d’après les Écritures à mépriser leurs vaines et notre père Théodore s’asseyait aussi, écoutant comme un petit enfant (bien) simple, disant en lui-même : « Je ne sais rien, sinon que j’ai chagriné Dieu et notre père par ce que j’ai fait autrefois.
« Il s’humiliait ainsi, et notre père Pakhôme avait témoigné à son sujet qu’il avait plus profité dans le châtiment Moi, Horsiîsi, je vous dis qu’il y en a parmi vous qui désirent prendre pour eux des commandements, devenir des maîtres de maison ou autre chose. Car dans le temps que notre père le dernier dans le royaume des cieux. Et moi, lorsqu’apa Pétronios me désigna en ce tempslà, je pleurai, je fus troublé, de sorte que je m’enfuis et que personne ne me trouva : je craignais le danger des âmes qu’il m’avait confiées 2. Et non seulement moi (j’avais cette crainte), mais tous les saints l’ont eue (aussi). Le premier fut Moyse quand il fut envoyé au sujet du peuple humilité de cœur apa Paphnuti, le grand économe du monastère de Phbôou fut mort de la maladie dont mourut notre père Pakhôme, notre père Horsiîsi en mit aussi un à sa place ; on le nommait apa Psahref, afin qu’il les administrât.
C’était un homme joyeux, endurant toute souffrance, c’était aussi un ancien. Et dans les jours où vivait apa Théodore, les frères l’interrogèrent une foule de fois, en disant : « Pourquoi, ô notre père (notre) père Horsiîsi, demandons-lui Te ce que nous voudrons, il nous le dira. » Et lui, notre père Horsiîsi, il était assis un jour et leur parlait, car depuis le commencement c’est leur coutume, chaque jour, à l’heure du soir après leur travail et leur repas, ils s’asseoient ensemble, scrutant les Écritures. Ils sont sans souci de toute (autre) chose et n’ont de souci que pour leur salut. Il agissait comme serviteur de Dieu, car le Seigneur a dit : « En tant que vous aurez fait cela pour l’un de ces petits qui croient en moi, c’est à moi que vous l’aurez fait.
« Et apa Horsiîsi était… toutes leurs âmes dans les paroles des Évangiles et les commandements de nos pères, prenant soin de leurs corps selon de justes mesures : c’était un homme bon en qui le Seigneur fut pendant toute sa vie.
Ensuite le saint archevêque, apa Athanase, apprit que le saint père apa Théodore s’était reposé et que Dieu avait fait asseoir apa Horsiîsi à sa place pour vivifier les âmes des frères, et dans un grand souci il envoya une lettre à apa Horsiîsi et aux frères. La voici : « Athanase, l’archevêque, écrit à son bien-aimé fils et frère, apa Horsiîsi, le père des moines de Tabennîsi qui mènent la vie ascétique des moines et qui sont affermis dans la foi de Dieu, et aux frères bien-aimés qui sont avec toi et que nous désirons (voir) se réjouir dans le Seigneur, salut. J’ai appris au sujet du bienheureux Théodore, qu’il s’est reposé, et, dans un grand souci, j’ai beaucoup souffert de ce que j’ai appris, connaissant son utilité à votre égard. S’il n’y avait plus d’apa Théodore — c’est maintenant notre bien-aimé apaHorsiîsi, — je vous aurais écrit des (paroles) pleines de larmes, en pensant à ce qui arrivera après sa mort.
Mais puisque apa Théodore est pour vous celui que vous connaissez, c’est-à-dire apa Horsiîsi, comment ne vous écrirais-je pas ainsi : Bienheureux est ce Théodore qui n’est pas allé dans le conseil des impies ! mais ce fut un bienheureux en tout temps, craignant le Seigneur. Maintenant donc ne craignons pas de le glorifier, ayant ici une parole sûre, car il a abordé au bon port oü se trouve la vie assurée. Plaise au ciel qu’il arrive ainsi à chacun de vous ! plaise au ciel que chacun de vous coure ainsi nos pères en disant : J’habiterai dans ce lieu, celui que j’ai choisi. Donc, mes frères bien-aimés et très désirés ne pleurez pas Théodore, car il n’est pas mort, il est endormi : que nul ne verse des larmes en pensant à lui, mais que chacun imite sa vie.
Il ne nous convient pas en effet de pleurer celui qui est allé au lieu où il n’y a plus de deuil. Je vous écris cela, à vous tous à la fois, ô frères bien-aimés, mais principalement à toi, mon bien-aimé que je désire, apa Horsiîsi, afin que celui-là s’étant reposé lorsque Théodore vivait tous les deux vous étiez comme un seul, et si quelqu’un s’absentait, l’œuvre nécessaire des deux s’accomplissait, car au lieu d’être deux, vous étiez un seul pour les bien-aimés auxquels vous parliez de ce qui leur était utile ’. Fais ainsi, écris-nous et informe-nous de ta bonne santé et de celle des frères. Je vous engage tous à prier à la fois, afin que le Seigneur affermisse encore plus la paix de l’Église, car maintenant la Pâque nous nous sommes réjouis de la bonté du Seigneur, nous vous avons écrit.
Je salue quiconque craint le Seigneur : ceux qui sont avec moi vous saluent. Je prie que vous soyez tous sains et sauts dans le Seigneur, ô frères bien-aimés et très désirés. « Telle est la lettre se fut reposé. Notre père Horsiîsi nourrit les frères (de sa parole) selon la grâce que Dieu lui avait accordée, il parla davantage, consolant les frères ; et non seulement les paroles qu’il leur adressait étaient des paraboles et les lois de la communauté que notre père Pakhôme avait établies pendant qu’il vivait encore pour les affermir ; il les exhortait aies observer ainsi que les ordres des supérieurs de monastères et des maîtres de maison qu’il établissait pour eux à deux époques, à la Pâque et à la grande reddition des comptes pour ce qui avait été nécessaire au corps, leurs achats et leurs ventes, afin que l’économe du grand monastère sût de quelle manière il devait administrer.
Ainsi le Seigneur les conservait dans l’unité de cœur et la charité, comme cela était primitivement ; car jusqu’alors n’étaient pas morts la plupart des nous avons dit plus haut que par lui le Seigneur consola notre père Pakhôme dans ses afflictions, le grand Titoué, Jouas et d’autres en grand nombre, et Théodore l’Alexandrin, et aussi notre père Théodore, celui que le Seigneurvisita. C’est pourquoi lorsque cette multitude de lampes étaient parmi les frères, il n’y avait point de ténèbres, car l’ordre… sur lui de nombreux démons sous la forme de chiens qui voulaient le mettre à mort ; mais le petit enfant leva ses yeux au ciel, il pleura, les démons s’enfuirent aussitôt et se dispersèrent. En (toute) hâte, le diable prit la forme d’un vieillard, il lui dit : « Ces ennuis t’arrivent en chemin parce que tu n’obéis pas à tes parents.
Le petit enfant lui souffla au visage, mené dans le lieu où il allait, il donna la marmite de viande aux ouvriers. Nécessité lui fut de coucher en ce lieu. Mais le diable le tenta 1 par l’une des filles de son hôte. Pour lui, il fut troublé parce qu’il haïssait cette chose, à savoir l’impureté, et il lui dit : « À Dieu ne plaise que cela m’arrive ! Est-ce que j’ai des yeux impudents ou (des yeux) de chien pour faire ce péché avec ma sœur ? » Et ainsi Dieu le sauva de ses mains, il courut jusqu’à ce qu’il fut arrivé à sa maison. Lorsqu’il fut devenu moine, il raconta ces choses aux frères, afin qu’ils se gardassent, et pour l’intelligence de cette chose il leur dit : « Ne croyez pas que les démons qui ignorent le bien savaient par avance ce qui arriverait, de sorte qu’ils me poursuivirent hors de ce lieu parce qu’on devait me faire miséricorde en un autre temps dans la véritable foi ; non, ils ne le savaient pas ; mais ils voyaient qu’en ce temps-là je haïssais le mal, car Dieu a créé l’homme droit : c’est pourquoi ils firent en sorte que les chefs me chassèrent de cet endroit, comme chacun dira d’un champ bien nettoyé : Ce champ est nettoyé (le toute herbe mauvaise, on y sèmera dorénavant de bonne semence à tout moment.
« Et peu de temps après que la persécution eut cessé et que le grand Constantin fut devenu roi, car ce fut le premier des rois romains, comme il n’y avait pas encore longtemps qu’il régnait, un tyran lui fit la guerre, voulant lui enlever son royaume. Aussitôt il ordonna, dans tout son royaume, qu’on levât des recrues vigoureuses afin qu’il partît pour la guerre contre les ennemis de Dieu. En un mot, les grands du palais allèrent dans le monde entier avec les ordres du roi, levant des recrues dans chaque ville et chaque village. Et lui aussi, le jeune homme Pakhôme, se trouvant dans la vingtième année, on l’enrôla parmi les recrues ; non qu’il fut trop vigoureux, mais on l’enrôla à cause du nombre de ceux qu’on enrôlait. Et lorsqu’on l’emmena pour le faire monter dans la barque, il leva les yeux au ciel, il soupira, disant : « Mon Seigneur, que ta volonté soit (faite).
« Lorsqu’on l’eut fait monter avec ceux qu’on enrôlait, on navigua avec eux vers le nord. Quand on eut atteint Esneh, la capitale de l’ancien royaume, on les fit monter à la ville des hommes, on les enferma dans la prison. Le soir venu, des hommes chrétiens et miséricordieux de cette ville apportèrent des pains et des mets dans la prison ; ils forcèrent ceux qu’on avait enrôlés à manger, parce qu’ils les voyaient dans une grande affliction de cœur. Lorsque le jeune homme Pakhôme les vit, il dit à ses compagnons : « Comment ces hommes nous font-ils cette grande charité, quand ils ne nous connaissent même pas ? »
Ils lui répondirent : « Ce sont des chrétiens et ils sont charitables pour nous à cause du Dieu du ciel. » Pour lui, il se relira à l’écart, il passa toute la nuit à prier Dieu, disant : « Mon Seigneur Jésus-Christ, Dieu de tous les saints, que ta bonté me saisisse promptement, fais-moi sortir de cette aftlicl ion et moi aussi je serai le serviteur de la race humaine tous les jours… Sic exit… il se vit en songe, comme s’il se tenait au-dessus de ce puits, regarni… dant en bas, voyant un homme à la gloire multiple1 lequel se tenait au milieu des frères qui travaillaient et disait : « Recevez l’esprit d’obéissance et de vertu, et toi vieillard, reçois l’esprit d’incrédulité. » Au malin de ce jour, il alla au milieu de la synaxe, il confessa ses choses, étendu sur sa face.
Comme notre père Pakhôme se trouvait une fois à recueillir des roseaux avec les frères, ils revenaient un jour vers la barque, tous chargés de roseaux, marchant derrière notre père Pakhôme en méditant. Et lorsqu’ils furent arrivés au milieu du chemin, notre père Pakhôme regarda vers le ciel, il vit de grandes révélations. Ensuite il jeta son fardeau de roseaux, ainsi que les frères, ils se tinrent debout, ils prièrent. Mais lui, l’homme de Dieu, il demeura une grande heure ravi dans la vision glorieuse qu’il voyait, puis il s’étendit sur son visage, il pleura longtemps et les frères étaient couverts de larmes nombreuses 2. Lorsqu’il se fut relevé de sa prostration à terre, les frères l’interrogèrent disant : « Dis-nous ce que tu as vu, ô notre père !
« Il s’assit, il leur parla la parole de Dieu et il leur dit : « J’ai vu tout le faisceau du cénobitisme dans une grande affliction : les uns étaient entourés d’un grand brasier, sans qu’ils pussent en sortir ; les autres étaient dans les épines, les pointes des épines les perçaient et il n’y avait pas moyen qu’ils en sortissent ; d’autres étaient au bas d’une grande falaise très élevée, se donnant de la peine, s’affligeant ; ils ne pouvaient pas monter à cause de la hauteur de la difficile falaise et ils ne se jetaient pas dans le fleuve à cause des crocodiles qui les guettaient. Et maintenant, mes enfants, malheur à moi ! car après ma mort il arrivera ainsi aux frères, de sorte qu’on ne trouvera personne pour les consoler dans leurs afflictions.
« Et lorsqu’il eut dit cela, il y eut un grand sanglot parmi eux jusqu’à la mort h Ensuite il se leva, il pria, il chargea son fardeau de joncs, et eux, ils chargèrent les leurs, ils continuèrent de méditer jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés à la barque. Au moment où ils arrivèrent à la barque, un frère anachorète de cet endroit vint lui rendre visite ainsi qu’aux frères ; lorsqu’il l’eut embrassé, il envoya Théodore en disant : « Va préparer quelque chose pour faire manger ce frère qui est venu à nous. » Théodore le quitta, s’assit, pensant qu’il lui avait dit1: « Laissemoi parler avec le frère. » Ensuite il envoya un autre frère, et celui-ci, n’ayant pas compris ce qu’il lui avait dit, alla s’asseoir. Notre père Pakhôme sut que c’était une œuvre des esprits : il se leva, il prépara (quelque chose), il fît manger le frère et le congédia.
Puis il appela Théodore et lui dit : « Si c’était ton père selon la chair qui t’eût dit quelque chose, lu ne lui aurais pas désobéi ; eh bien ! pourquoi n’as-lu pas obéi à l’ordre (que je t’ai donné) : Prépare quelque chose pour faire manger le frère qui est venu à nous ? » Théodore répondit : « Pardonne-moi, ô mon père, car je pensais que tu m’avais dit : Retire-toi pourque je parle avec lefrère. » El après avoir appelé l’autre frère, celui-ci aussi dit la même chose. Notre père Pakhôme soupira et dit : « Je sais que c’est un esprit mauvais qui a empêché ceci, mais béni soit le Seigneur qui donne la patience et la sagesse. Et vous, apprenez à être patients par ce qui est arrivé, car souvent j’ai entendu les mauvais se raconter les uns aux autres les divers maux qu’ils font aux hommes.
Un jour, j’en ai entendu un qui disait avec douleur à un autre : Ces jours-ci, je suis à l’entour d’un homme qui est difficile en toutes ses actions. À l’heure même où je jette en lui une mauvaise pensée, il se lève, il prie en pleurant, et aussitôt je suis tellement brûlé que je m’enfuis.
L’autre démon lui répondit : — Pour moi, toute chose que je conseille à celui dans lequel j’habite, il la fait et même davantage.
C’est pourquoi donc gardez-vous désormais de leurs pensées mauvaises, car aujourd’hui (dans) une maison qui a cent chambres, si quelqu’un en reçoit une du maître de la maison, est-ce que celui-ci pourra l’empêcher d’y entrer, quand même elle se trouverait au fond de toutes les autres ? Il en est ainsi de l’homme fidèle, quand même il a tous les fruits de l’Esprit, s’il est négligent en l’un d’eux, ne sera-t-il pas faible avec ces fruits près de l’ennemi ? Mais il doit souvent veiller et être victorieux aussi en ce (fruit) ; car il n’y a pas une seule mesure de la piété : il y a de riches magistrats dans (les œuvres) de l’Esprit, il y a des centeniers, des cinq-centeniers, des et il y a enfin le roi 1, comme notre père Abraham, auquel on a dit : « Tu es roi de par Dieu !
« non pas un roi tel quel, mais le Roi des rois habitait en lui, comme assis sur un trône. » Et tout cela, notre père Pakhôme le dit dans la hutte sur la rive de l’endroit où la barque avait abordé, et ensuite il se leva de bonne heure le lendemain, il prit les frères, il alla recueillir des roseaux, parce qu’ils n’avaient pas encore trouvé ce qu’il leur fallait. Il y avait parmi eux un vieillard, chef de maison, nommé apa Mauô ; il ne monta pas avec les frères en ce jour-là, mais il (resta) couché dans la hutte, comme s’il eût été malade ; car il était très irrité à cause des paroles de diligence qu’il avait entendues au soir de notre père Pakhôme, et il se dit : « Ce vieillard a prononcé ces grandes paroles au soir ! Nous ne sommes pas prêts à tomber à toute heure !
« Et comme il réfléchissait à cela, la bonté de Dieu voulut lui donner repos : sur-le-champ, un évêque envoya à Pakhôme une lettre avec un vieux moine, qui portait un habit de poil, accompagné d’un frère ; il lui écrivait ainsi : « Voici que ce vieillard il a fait de grandes ascèses et nous l’avons trouvé dans une action de vol. Nous te l’envoyons afin que tu le juges, car il est moine. » Lorsqu’ils furent arrivés à l’endroit où étaient la barque et la hutte, ils s’informèrent de notre père Pakhôme et trouvèrent qu’il était avec les frères à cueillir des roseaux. Mais le vieillard apa Mauô les embrassa et leur dit : « Asseyez-vous un peu jusqu’à ce que notre père revienne, après quelque temps. » Ensuite il dit à Théodore, car c’était lui qui préparait à manger aux frères : « Ilâte-toi, prépare de quoi faire manger les frères jusqu’à ce ce que notre père soit venu du dehors, car je vois à l’apparence de ce grand homme que c’est un grand homme plein de la crainte (de Dieu).
« Vers l’heure du soir, notre père Pakhôme arriva chargé de roseaux, avec les frères, et lorsqu’il les eut embrassés, ils lui donnèrent la lettre de l’évêque. Lorsque l’homme de Dieu en eut fait la lecture avec le discernement de l’Esprit divin qui était en lui, il le réprimanda sur-le-champ de son action. Le vieillard se prosterna devant notre père Pakhôme, il pleura et confessa sa faute avec une grande humilité. Notre père Pakhôme lui répondit : « Nous tombons tous ainsi une foule de fois, mais prions le Miséricordieux et gardons-nous dorénavant, et il nous guérira. » Ainsi il le congédia avec son compagnon, grandement consolé de cœurparla pénitence légère qu’il lu i avait donnée. Lorsque le vieillard apa Mauô apprit la chose au sujet de ce vieillard, il fut étonné et rendit gloire à Dieu à cause des paroles de diligence qu’il avait entendues de notre père Pakhôme au soir.
Notre père lui dit : « Mauô, tu penses que, comme lu es affermi sur la pierre inébranlable, chacun trouvera ce chemin. Prions le Miséricordieux de nous sauver de celui qui a ébranlé les rois et a rendu la terre déserte. » Le vieillard, apa Mauô, répondit : « Pardonne-moi, ô homme de Dieu, car j’ai osé, dans (mon) ignorance, mépriser l’esprit de Dieu qui est en toi. » Ce jour était un dimanche et notre père Pakhôme appela Théodore, et lui dit : « Lorsque ce soir les frères sortiront de manger leur pain, tu remettras ton service aux mains d’un autre frère, pour aller au lieu où nous nous rassemblons près de celui qui fait la catachèse. » Théodore fit comme il le lui avait dit et à son arrivée près de lui qui se tenait debout et parlait aux frères la parole de Dieu, Pakhôme le prit par la main au milieu des frères et lui dit : « Tiens-toi ici, parle-nous la parole de Dieu.
« Et lorsqu’il eut commencé de parler malgré lui, les frères se tenaient debout et notre père Pakhôme se tenait aussi debout, l’écoulant avec plaisir. Aussitôt quelques-uns s’irritèrent dans leur orgueil, ils retournèrent dans leur habitation pour pas entendre, disant : « Il est petit par l’âge ! » Car il était en sa trentième année lorsqu’il fut chargé de faire la catéchèse, mais Pakhôme savait qu’il était plus élevé qu’eux dans le progrès. Et lorsque notre père Pakhôme vit que quélques-uns s’en étaient allés pour ne pas entendre la parole de Dieu, il s’assit et leur parla en disant : « Pourquoi pensez-vous en vous-mêmes : Il a chargé un petit enfant de nous faire la catéchèse ! O la grande (et) vaine stupidité ! Est-ce que ses paroles ne sont pas celles du Dieu de l’univers ?
Car nous voyons Notre-Seigneur dire d’un petit enfant : « Celui qui reçoit ainsi un petit enfant en mon nom, me reçoit », pas debout au milieu de vous comme l’un de vous ? et je vous dis que je ne faisais pas semblant, mais j’écoulais de tout mon cœur comme celui qui a soif d’eau, car la parole de Dieu est digne de tout honneur, comme il est écrit. Ce sont des malheureux, ceux qui se sont retirés, se rendant étrangers aux miséricordes de Dieu. Voici que je vous le jure, s’ils ne se convertissent pas, il leur est difficile de vivre, car le Seigneur est proche de ceux qui le désirent de (tout) leur cœur et il les vivifie en leur esprit. « Après avoir ainsi parlé, il se leva, il pria, il congédia les frères, chacun dans sa demeure. Quand il eut fini de recueillir les roseaux, qu’il fut allé au couvent, voyant que Théodore était capable dans l’esprit divin, il le plaça comme économe à Tabennîsi, afin d’administrer les autres ; pour lui, il resta dans le grand couvent où se trouvait l’économat des huit couvents.
Et quand on l’eut désigné pour Tabennîsi, Théodore se conduisit comme s’il n’eût pas été désigné (pour celle charge) le moins du monde, son désir n’étant point sur terre, car la parole de Dieu l’avait purifié ’et affermi à ne penser qu’aux choses du ciel, tout son zèle ne consistant sur la terre à aimer Dieu de tout son cœur, selon le commandement, et il progressait bellement, se rendant utile aux frères, carsaparole était grâce en toute chose. De même son frère Paphnuti, notre père Pakhôme le plaça sous ses (ordres) cà Phbôou, et c’était lui qui recevait les travaux manuels des autres couvents, les dirigeant en toute chose. Ils venaient à Phbôou deux fois chaque année, afin de faire la Pâque les uns avec les autres dans la parole du Seigneur, et aussi au temps de la germination, arrivant le 20 Mésoré, pour rendre leurs comptes au grand économe ; et les décisions dont quelqu’un avait besoin, notre père Pakhôme les leur donnait, afin que chacun retournât en son endroit avec grande gloire et en paix.
Notre père Pakhôme alla un jour à Tabennîsi pour visiter les frères et au sujet d’une petite violation de la règle qu’avait faite un frère. Dès qu’il fut entré dans le couvent, en premier lieu, il tressa 1 sa natte selon sa coutume. Comme il travaillait encore, un petit enfant entra : c’était le semainier de cette pas la manière de travailler ces jours-ci, car notre père Théodore nous a ordonné de ne point fatiguer beaucoup les cordes de roseau, afin que les « C’est bien ! » Et aussitôt il se leva et lui dit : « Viens me le montrer. » Lorsque l’enfant le lui eut montré, il s’assit, il travailla avec une grande joie parce qu’il avait vaincu la pensée d’orgueil et n’avait pas châtié le petit pour lui avoir parlé sans tenir compte de sa dignité. Quand il eut fini la natte, il s’assit, il parla aux frères la parole de Dieu depuis le matin jusqu’au soir ; ensuite il leur dit : « On m’a envoyé ici aujourd’hui pour une chose nécessaire à une âme et celui pour lequel je suis venu ici, je l’ai trouvé dans un vase d’argile.
Il parlait ainsi en énigme au sujet du péché d’une il n’en retirera pas profit, car chacun ne peut pas supporter ces paroles, à moins que ce ne soient des hommes dans lesquels habite l’esprit de Dieu. C’est ainsi qu’il est écrit : « Toi, tu fais action de grâces bellement. à savoir que ceux qui sont dans ce degré élevé, selon ce que nous avons dit, doivent faire que l’homme qui se repent leur avoue ses péchés, il 1 dit : « Confessez vos péchés les uns aux autres » et encore : « Lapiière des » justes a beaucoup de force etd’énergie », car Élie était un homme de notre sorte, il fit une prière afin que le ciel ne (donnât) pas de pluie, et il ne plut pas pendant trois ans et six mois. Il pria de nouveau ensuite et le ciel donna sa pluie, la terre produisit ses fruits.
Je dis ces choses, ô frères, afin que, si le Seigneur désire guérir les plaies qui ont été faites en vous par le diable, ceux qui ont péché confessent leur iniquité, car il est écrit ’« Celui qui cache son impiété, ne sera pas droit. » Maintenant donc, mes frères, qui êtes hégoumènes sur les endroits saints de Dieu qu’il a donnés à notre juste père, j’entends dire que vous prononcez de votre bouche des perverses ; quelques-uns disent : Ce couvent est à moi ; d’autres disent : Ceci est à moi. Or désormais qu’il n’y ait plus rien de semblable ici, mais si vous êtes vraiment préparés de tout votre cœur cà être des abstinents à la manière de notre juste père, eh bien ! que chacun de vous confesse et dise : Moi, je ne suis point hégoumène de couvent, mais nous sommes prêts à nous soumettre à toute chose qu’on nous ordonnera.
« Lorsqu ils eurent entendu ces paroles, ils répondirent avec actionsde grâces : « Nous sommes prêts à agir ainsi que tu nous l’ordonneras ; n’aie soin seulement que de faire exôculerles règles de notre juste père et les lois saintes qu’il nous a données, afin que nous les observions. Car nous l’avons un jour entendu te bénir de la bénédiction dont Jacob bénit son fils Joseph. Ainsi que Joseph qui fut en de grandes épreuves au commencement de sa (vie), et qui, à la fin, fut en de grands honneurs et nourrit ses frères pendant la famine ; ainsi lu as été dans l’opprobre et la petitesse en présence de chacun par suite de ta grande humilité et maintenant le Seigneur t’a élevé, afin que lu nousnourrisses tous dans la science et les traditions saintes que notre père nous a données pour le salut de nos âmes.
« Lorsqu’ils eurent faitcetle confession, en disant : « Nous sommes prêts à nous soumettre avec soumission », il laissa les huit liégoumènes à Phbôou faire des nattes comme tous les frères. Puis, il se rendit dans leurs couvents avec les frères de chaque couvent, accompagné de deux autres frères, il les visita tous, il les affermit dans la parole de Dieu et les lois de notre père. Quand il les eut tous confirmés 1 dans la crainte du Seigneur, il se hâta de retourner à Phbôou. Quand les hégoumènes des couvents qu’il avait laissés à Phbôou apprirent qu’il revenait vers eux, ils se levèrent, ils se rendirent tous au-devant de lui à une grande distance du couvent, avec une grande humilité, à cause de la grâce du Christ qui était sur lui, comme ils avaient fait pour notre père Pakhôme, lorsque celui-ci se rendait vers eux dans les couvents ou même en d’autres lieux.
Quand il les eut embrassés, il marcha avec eux, méditant ensemble jusqu’à ce qu’ils fussent entrés dans le couvent, et il marchait avec eux en une grande humilité de cœur, le visage triste, parce qu’il ne voulait pas que les hommes lui rendissent gloire. Il arriva ensuite qu’il pria le Seigneur de lui montrer comment il devait faire au sujet de ceux qui étaient les pères des couvents. Comme il priait, il vit une vision et une extase le ravit1. Il vit le fantôme de notre père Pakhôme revêtu d’une robe blanche comme la neige et accompagné de deux anges du Seigneur. Lorsqu’il l’eut vu, il eut peur de s’approcher de lui ; un ange lui fit signe d’approcher : quant à lui, il s’approcha d’eux dans une grande stupéfaction. Chacun des anges prit la robe qui revêtait notre père Pakhôme etlaleva.
Après avoir fait cela, il lui fit signeen disant : « jVois de quelle sorte est la robe dont il est revêtu » ; lui montrant par là que Pakhôme était dans la gloire, comme chacun des saints, ainsi qu’on a dit d’Abraham : c’était un roi de par Dieu. En effet, la robe dont il était revêtu au moment de la vision avait l’apparence des vêlements de pourpre royaux, lumineux comme des éclairs. Lorsque Théodore eut vu cette gloire, Pakhôme lui dit la décision à l’égard des chefs de couvent, nommant chacun par son nom et le couvent qu’il devait lui assigner, lui ordonde ne pas les laisser dans l’endroit où ils étaient d’abord, mais de les faire habiter dans un endroit nouveau, afin qu’ils fussent dans l’abstinence. Ap rès la vision, il réunit les hégoumènes avec les anciens qui étaient à Phbôou, il fit un tribunal1 et il leur assigna (des places) selon ce qu’on lui avait montré de la part du Seigneur.
Après qu’il leur eut assigné (leurs places), il fit témoignage et dit : « Ce n’est pas de moi seul que j’ai ainsi décidé à votre égard ; mais d’après la manière que l’on m’a montrée de la part du Seigneur et de notre père, ainsi j’ai fait. » Il faisait ainsi deux fois chaque année pour leur bien et leur salut, transportant une foule de frères d’un lieu à un autre lieu et d’un couvent à un autre couvent, soit aux jours de la Pâque, les frères se rassemblaient toujours aux jours de la Pâque, comme je l’ai dit précédemment, soit aux jours qu’on nomme jours des comptes où les frères apportaient les comptes de leurs travaux manuels Or, il arriva une fois dans leur réunion qu’il les distribua ainsi. Comme quelques-uns d’entre eux avaient bâti de nouvelles maisons et des congrégations 2 selon le besoin des frères, après les avoir distribués, il leur dit : « Voici que je vous ai distribués (dans les couvents) de la manière que vous regardez en Dieu comme le salut de nos âmes et (des âmes) des autres frères qui sont avec nous.
Si donc nous avons nommé quelqu’un qui se trouvait dans un couvent où la vie est pénible pour habiter dans un couvent où la vie est douce et qu’il s’est réjoui dans son cœur en l’entendant, je vous témoigne que le frère de cette sorte Sic exit.
Vie de saint Pakhôme (version arabe)§
TEXTE ARABE ET TRADUCTION Au nom du Père, du Fils el du Saint-Esprit, un seul Dieu, Amen. Nous commençons avec l’aide de Dieu, qu’il soit exalté, et la beauté de sa direction, à copier l’histoire du père vertueux, grand parmi les saints, anba Pakhôme, père du cénobitisme saint, et ses instructions utiles. Que par ses prières le Seigneur ait pitié de nous : Amen. Que Dieu prenne pitié de nous, nous bénisse et pardonne nos péchés, ceux du copiste et ceux de tous les enfants du baptême : Amen1. C’est le Verbe de Dieu, le Créateur de toute chose, qui alla vers notre père Abraham, lorsqu’il lui ordonna de sacrifier son fils unique ; il lui dit alors : « Je te comblerai de bénédictions, et je te multiplierai1 comme les étoiles du ciel dans leur nombre ; en ta semence seront bénies toutes les générations de la terre.
« Et après le père Abraham, il parla à Moyse, son prophète et son serviteur, et cà tous les prophètes ; puis il se montra et 1 Ce préambule est l’œuvre des copistes : c’est une formule qui commence à peu près tous les mss.
M. à m. : je te bénirai par les bénédictions, et par l’abondance je t’accroîtrai. conversa sous la forme d’un homme de la semence d’Abraham, car il lui avait promis une bénédiction pour le peuple. Il donna (alors) ces instructions à ses disciples, disant : « Allez, enseignez toutes les nations, baptisezles au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Ainsi son évangile1 se répandit par toute la terre par la grâce de Dieu. Et, quand ils eurent, éprouvé la force de sa foi, les rois infidèles excitèrent la persécution contre les chrétiens qui se trouvaient partout ; un grand nombre de martyrs se livrèrent aux nombreux tourments jusqu’à la mort, et obtinrent la couronne : le dernier d’entre eux fut le valeureux Pierre, patriarche d’Alexandrie. Et voici que la foi s’accrut grandement par tout le pays dans les Églises saintes, et alors commencèrent (d’être bâtis) les monastères et les habitations des dévots, car ceux qui furent les premiers moines furent témoins de ce que les martyrs eurent à endurer.
Pour cela, ils renouvelèrent la conduite du prophète Élie et de ceux dont a parlé l’apôtre Paul : ils étaient tristes, opprimés, errant dans les déserts et les montagnes, (habitant) les grottes et les trous de la terre. Et ainsi ils offrirent à Dieu leurs âmes et leurs corps en de pénibles dévotions et dans une crainte 1 M. à m. : sa nouvelle. Les auteurs coptes emploient habituellement eu arabe le mot J l pour l’Évangile. J’ai cependant cru pouvoir traduire ici par évangile, car le sens des deux mots est le même. (de Dieu) convenable, non seulement parce qu’ils regardaient la croix divine nuit et jour, mais encore parce qu’ils voyaient les martyrs livrer leurs combats. Ils les voyaient et les imitaient, et c’est vraiment ainsi que la conduite du dévot Antoine, le dévot, le fort, ressembla à la vie du prophète Élie, d’Élisée et de Jean le Baptiste.
Le saint anba Amoun, le père des frères qui habitent la montagne de Pernoudj 1 suivit le même chemin ; nous le savons parce que la grâce lui fut versée de Celui qui est la source de toute bénédiction, le vrai Dieu qui bénit tout, car il a visité la terre et l’a désaltérée en lui enlevant la tristesse et les soupirs. Et c’est pour cela que nos pères les moines qu’on admire en tous pays furent, comme nous l’avons dit, ceux dont les noms sont écrits au livre de vie. Or il n’y en avait pas beaucoup au pays d’Égypte, ni dans le Sahid. Mais après la persécution de Dioclétien et de Maximien, les peuples firent pénitence (et) commencèrent cà fréquenter l’église, et les évêques les guidaient dans les voies de Dieu, selon les instructions des apôtres purs.
Et un (homme) nommé Pakhôme, (né) aux environs d’Esneh, obtint une grande grâce2 de Dieu et il devint chrétien dans le pays appelé Montagne de la région de : un grand degré (de faveur). Dafnis1, dans le illage nommé Schénasat2: quand il eut vieilli, il devint un moine parfait. Nous devons aussi parler de chacune de ses actions depuis son enfance, afin de glorifier Dieu qui, en tout endroit, appelle tous les hommes des ténèbres à sa merveilleuse lumière. Quand il était jeune, on le conduisit dans un endroit près du fleuve pour sacrifier à ceux qui habitent les eaux3. Quand ceux qui habitent les eaux le virent, ils furent effrayés ; le chef du sacrifice s’écria : « Chassez d’ici l’ennemi des dieux, afin qu’ils cessent d’être irrités contre nous ; sinon ils ne monteront plus vers nous.
« Aussitôt, ses parents le gourmandèrent disant : « Pourquoi les dieux sont-ils spécialement irrités contre toi ? » Le jeune garçon soupira et marcha vers sa maison. Un autre jour, ses parents l’emmenèrent avec eux au temple afin d’y offrir un sacrifice, et lorsqu’ils eurent fini leur adoration, ils lui donnèrent à boire du vin qu’ils avaient offert aux Satans4, et aussitôt il le vomit. Ses parents furent remplis de tristesse à son sujet, parce que leurs dieux étaient ses ennemis. Un jour ses parents lui donnèrent un pot dans lequel il y avait de la C’est la transcription arabe du mot copte Tô.îiermHci.
s C’est le village appelé par les grecs Xy]vo6ô<tx!ov, ujenecHT.
3 Je crois qu’il s’agit de crocodiles ou des poissons sacrés. Dans un autre monument la même expression est expliquée par Poséidon : mais le monument est du viig siècle. Ici je crois que cette expression doit s’entendre à la manière égyptienne et non grecque.
4 Ce pluriel barbare rend mieux la nuance arabe et copte : qu’on me le pardonne. viande cuite pour la porter aux ouvriers qui travaillaient quelque part. En chemin Satan lui apparut avec une foule d’(autres) Satans, sous la forme de chiens qui voulaient le tuer : le jeune garçon leva les yeux au ciel et pleura ; en ce moment ils s’enfuirent tous. Aussitôt Iblis prit la forme d’un vieillard et lui dit : « Ce chagrin t’arrive en ton chemin parce que tu as désobéi à ton père. » Et voici que le jeune garçon lui souffla au visage, et Iblis disparut sur-le-champ. Lorsqu’il fut ensuite arrivé à l’endroit (où il allait), il donna le pot aux ouvriers et voulut coucher en ce lieu. Et lorsque le soir fut arrivé, l’homme qui habitait là avait deux filles d’une grande beauté ; l’une d’elles le prit et lui dit : « Couche avec moi.
« Et il fut effrayé parce qu’il détestait cette chose, il lui dit : « Il est impossible que je fasse cette mauvaise action. Est-ce que mes yeux sont les yeux d’un chien pour que je couche avec ma sœur ? » Ainsi Dieu le sauva des mains de la fille, et il s’en retourna en courant jusqu’à ce qu’il fût arrivé à sa maison. Et lorsqu’il se fut fait moine, il raconta cela aux frères afin qu’ils conservassent leurs âmes dans la pureté. Il leur expliqua ce qu’il leur avait appris, disant : « Ne croyez pas que les Satans dans leur ignorance avaient su par avance ce qui m’arriverait, et (que, pour cette raison), ils me détestaient et voulaient me chasser de cet endroit et qu’ils n’agirent ainsi que parce qu’ils savaient qu’en un autre temps je serais admis à miséricorde dans la vraie foi ; (non)1, mais ils virent que je détestais le mal, car Dieu a créé l’homme droit ; c’est pourquoi ils firent que ceux qui étaient sous leur puissance me chassèrent de cet endroit.
C’est ainsi que chacun dit d’un champ où il n’y a pas de mauvaises herbes2: « Ce » champ est sain de tout principe corrupteur : on l’ensemencera dans la « suite d’une semence honnête et pure. » Peu de temps après que la persécution fut finie, le grand roi Constantin (régna) ; il fut le premier roi chrétien des Grecs. Il n’y avait pas longtemps qu’il était en possession de la royauté, lorsqu’un roi violent de Perse lui fit la guerre pour lui enlever le royaume. Il envoya (alors), dans toutes les frontières de son royaume, l’ordre de rassembler des gens robustes, afin de combattre l’ennemi de Dieu ; les grands du palais partirent dans tout le pays avec les ordres du roi et ils prirent des gens robustes dans toutes les villes et dans tous les villages.
Ils prirent avec eux le jeune Pakhôme, qui était alors âgé de vingt ans : il n’était pas bien fort, mais on le prit à cause du grand nombre qu’on rassemblait. Et lorsqu’on voulut le ‘ Le texte doit être altéré en cet endroit : la négation ne se trouve pas, mais le texte copte ne laisse aucun doute sur le sens de tout ce passage et la corrélation des phrases.
M. à ni. : pur. faire monter dans la barque, il leva les yeux au ciel et soupira, disant : « 0 mon Seigneur Jésus le Messie, que ta volonté soit faite ! » Et, après qu’on les eût fait embarquer, on se dirigea avec eux vers le nord. Quand ils furent arrivés à Esneh, l’ancienne capitale, on fit monter les hommes dans la ville, et on les enferma dans la prison. Vers le soir, des hommes chrétiens allèrent de la ville vers la prison, portant du pain et des mets : ils invitèrent les prisonniers qui mangèrent, parce qu’ils les voyaient très tristes. El lorsque anba Pakhôme les vit, il interrogea ceux qui se trouvaient avec lui et leur dit : « Comment ces hommes nous font-ils une si grande charité sans nous connaître le moins du monde ? »
On lui répondit : « Ce sont des chrétiens ; ils agissent ainsi avec charité à cause du Dieu du ciel. » Pakhôme se retira dans un coin et resta toute la nuit à prier, disant : « 0 Notre Seigneur Jésus le Messie, Dieu des saints, que ta miséricorde m’atteigne promptement et fais-moi sortir de cette détresse, afin que je t’adore, comme ces hommes, tous les jours de ma vie. » Le lendemain, on les fit sortir, on les fit monter dans la barque et l’on descendit avec eux jusqu’à ce que l’on fût arrivé dans la ville’d’Antinoé. Et quand on passait par une ville pour les besoins du corps, on leur distribuait les provisions du roi et souventes fois, ils l’obligeaient à courir avec eux dans les endroits mauvais pour les voluptés du monde ; mais lui, il les réprimandait parce qu’il aimait la pureté.
Et pendant qu’il était enfermé à Antinoé, par l’ordre de Dieu, le pieux roi Constantin vainquit ceux qui combattaient contre lui. Aussitôt il envoya des ordres par tous les pays afin qu’on licenciât ceux qu’on avait rassemblés. Et lorsqu’on les eût licenciés, chacun s’en alla vers sa maison avec grande joie. Et anba Pakhôme de son côté se dirigea vers le Sahid. jusqu’à ce qu’il fût arrivé à un village désert, nommé Schénasat : il y resta à examiner cet endroit où il n’y avait pas beaucoup d’hommes, mais seulement un petit nombre. Et il entra, près du fleuve, dans un temple appelé depuis l’ancien temps : temple de Sérapis ; et lorsqu’il s’y fut arrêté, il pria et le Saint-Esprit l’excita (en lui) disant : « Combats et reste ici. » Cela lui plut et il resta en cet endroit, s’occupant à cultiver quelques légumes et quelques palmiers pour les besoins de sa nourriture, ceux des pauvres du village et des étrangers qui passaient par là en barque ou par terre.
Il parlait à beaucoup de gens, et l’on venait habiter dans ce village, parce qu’il les engageait à venir ; ainsi beaucoup de gens habitaient ce village à cause de lui. Et quelques jours s’étant passés, ils le menèrent à l’église, ils le baptisèrent, afin qu’il fût digne (de recevoir) les saints mystères. Et la nuit de son baptême, il vit un songe comme s’il voyait une rosée céleste qui tombait sur sa tête : puis elle se condensa1 et devint comme un rayon de miel dans sa main droite : pendant qu’il le regardait, le rayon tomba à terre et se répandit sur (le sol). Pendant qu’il était inquiet, en son cœur, il entendit une voix du ciel qui lui disait : « O Pakhôme, sache qu’il t’arrivera ainsi après quelque temps. » Il progressait en ce lieu dans sa charité pour les hommes et consolait quiconque passait en cet endroit, si bien que sa réputation se répandit partout et qu’on venait habiter ce village à cause de lui.
Par la suite, une maladie terrible s’empara du village, et un grand nombre d’habitants moururent ; et il allait les servir, il leur portait un grand nombre de bûches, qu’il leur distribuait, car près de cet endroit il y avait une forêt d’arbres épineux. Il continua de les servir jusqu’à ce que le Seigneur leur eût donné la santé. Alors il réfléchit en lui-même et se dit : « Cette action de servir beaucoup de gens dans un village n’est pas le fait d’un moine, mais celle des prêtres et des vieillards fidèles : je ne ferai plus ainsi afin que personne ne m’imite en cela et n’en éprouve scandale ; car la parole écrite tomberait sur moi : âme pour âme. Il est écrit aussi : « C’est » une chose pure, innocente, sans souillure près de Dieu que de rendre » visite aux veuves et aux orphelins, quand ils en ont besoin, et de se « conserver purs de toutes les souillures du monde1.
« Après avoir séjourné trois ans en cet endroit, voyant qu’il était entouré d’une foule d’habitants qui le gênaient et ne lui permettaient pas de rester seul, il demanda (au Seigneur) de le faire moine, et pendant qu’il pensait à cela, il entendit moine (qui vivait) un peu à l’écart de la ville et qui était devenu le père d’un grand nombre d’hommes (fixés) autour de lui. Aussitôt il céda sa place à un autre moine (déjà) vieux, pour prendre soin des quelques légumes et des palmiers, en vue des pauvres passants ; il se leva et se rendit au lieu où habitait le vieillard anba Palamon, frappa à la porte de son habitation. Palamon regarda par la fenêtre et lui dit : « Pourquoi frappes-tu ? » car il avait la parole dure.
Pakhôme répondit : « Je veux que tu me fasses moine près de toi. »
Le vieillard reprit : « Ce que tu demandes n’est pas peu de chose ; car un grand nombre d’hommes sont venus ici pour la même chose et ils n’ont pu l’endurer ; mais ils s’en sont retournés avec confusion, car ils ne désiraient pas faire souffrir leurs âmes. Cependant l’Écriture ordonne 1 Le texte doit être de nouveau corrompu.
1 Ce mot signifie ici vie monacale. en plusieurs endroits de se livrer à de nombreuses et fatigantes pratiques, à des jeûnes, à des veilles nombreuses, à des prières assidues et de nous haïr pour nous sauver. Maintenant reste dans ton habitation, fais ce que tu faisais et tu seras agréable à Dieu ; ou bien examine-toi en toute chose pour voir si tu peux souffrir : viens alors vers nous, nous serons prêts à te recevoir, quand tu te seras connu toi-même. Mais je dois te dire tout d’abord quelle est la mesure delà vie monacale : tu iras (ensuite) t’éprouver toi-même, (pour voir) si tu peux la supporter ou non. La règle de la vie monacale, telle que nous l’ont apprise nos prédécesseurs, est celle-ci : En tout temps, nous veillons la moitié de la nuit, méditant toujours la parole de Dieu ; maintes fois nous restons depuis le soir jusqu’au matin, à travailler de nos mains, à faire des cordes de poils ou de fibres de feuilles de palmier, afin de combattre le sommeil et de (nous procurer) de quoi faire subsister nos corps.
Ce qui est en plus de notre besoin, nous le donnons aux pauvres, selon la parole de l’Apôtre qui dit : Pensez aux pauvres. Quant à manger de l’huile ou quelque chose de cuit, à boire du vin, nous ne savons pas ce que c’est ; nous jeûnons tous les jours jusqu’au soir pendant la saison de l’été ; pendant l’hiver, nous jeûnons deux jours de suite1 et quelquefois trois jours. Quant aux règles de la synaxe2, nous prions soixante fois pendant le jour et cinquante fois pendant la nuit, sans compter les prières que nous faisons à chaque instant et dont nous ne savons pas le nombre, afin de ne pas mener une conduite trompeuse3, car on nous a ordonné de prier sans relâche. Et il est dit encore : « Si quelqu’un est fatigué, » qu’il prie3 », et Notre-Seigneur commande aussi à ses disciples (de prier) en disant : « Priez, de peur d’entrer en tentation5.
« Et maintenant que nous t’avons dit quelles sont les règles de la vie monacale, va, éprouve ton âme ; et si tu peux endurer ce que nous t’avons dit, ne reste pas en arrière, n’hésite pas6 et nous nous réjouirons avec loi en toute chose. » Lorsque Pakhôme eût entendu ces paroles de la bouche du vieillard Palamon et qu’il l’eût vu, il répondit avec modestie : « Je me suis examiné en toute chose pendant des jours (nombreux) avant de venirvers ta charité. » Aussitôt Palamon descendit, lui ouvrit la porte, le baisa d’un baiser pur et lui dit : « Ne pense pas, mon fils, que tout ce que je t’ai dit au sujet des dévotions, des prières et des veilles, je l’ai dit par vaine gloire humaine, ne pense pas aussi que nous en imposions aux hommes ; nous t’apprenons 1 M.
à m. : de deux jours eu deux jours, mais le sens est tout à fait different de celui de l’expression française.
Par synaxe, il faut entendre ici la prière eu commun.
3 M. à m. : afin seulement à travailler à ton salut afin que tu n’aies aucun prétexte (à opposer), car il a été écrit pour nous : « Toute chose pure est lumineuse », et c’est à force de te faire violence que tu entreras dans le royaume des cieux. Maintenant j’espère que tu vas retourner dans la demeure pour éprouver ton âme pendant quelques jours, car ce n’est pas peu de chose que tu demandes. »
Pakhôme lui répondit : « J’ai déjà éprouvé mon âme en toute chose, et j’ai confiance qu’avec le secours de Dieu et de tes saintes prières, ton cœur sera tranquille à mon sujet1. »
Le vieillard lui répondit : « Très bien. » Sur l’heure il le reçut avec joie, et le garda près de lui pendant des jours (et des jours) pour l’éprouver dans la prière, les veilles et le jeûne. Au moment où ils mangeaient leur pain, le vieillard le laissait manger à part tout seul. Et lorsque le vieillard l’eut éprouvé pendant trois mois entiers et qu’il eut vu son courage et sa ferme résolution, il prit des habits de moine avec la ceinture, les plaça devant l’autel et ils restèrent toute la nuit à prier sur eux : après cela, il l’en revêtit à l’heure de la lumière. Ils firent ensuite la prière du matin ensemble (et) avec joie, puis ils habitèrent en commun l’un avec l’autre, comme un seul (homme), se livrant à des exercices de dévotion pénibles et fatigants.
Et dès que Pakhôme fut moine, Palamon voulut l’éprouver dans des veilles depuis le ’C’est-à-dire que tu u’auras rien à me reprocher et tu n’auras pas lieu de te repentir de soir jusqu’au matin avec des prières, des chants et des travaux manuels à cause du trop grand hesoiu de dormir, pour voir s’il les supporterait sans ennui. Et le soir quand ils avaient mangé leur petite (ration) de pain, le vieillard disait au jeune homme : « Mouille un peu d’halfa, de feuilles de palmier et de fibres, ce qu’il nous faut pour la nuit entière, car il faut que nous veillions depuis le soir jusqu’au matin. » Et voici que Pakhôme le faisait avec grande obéissance. Un peu après le coucher du soleil, ils se tenaient debout pour prier et ils continuaient à veiller, glorifiant Dieu.
Ensuite ils se mettaient à travailler de leurs mains, sans négligence ; et, si le sommeil les oppressait pendant qu’ils travaillaient, ils changeaient le travail de leurs mains pour chasser la pesanteur du sommeil. Et si Palamon voyait que le besoin de dormir continuait à faire souffrir Pakhôme, ils se levaient, couraient hors de leur habitation vers la montagne, portant du sable dans des couffes d’un endroit à l’autre, afin de rester éveillés pour la prière. Et quand le vieillard voyait que le sommeil oppressait le jeune homme, il lui fortifiait le cœur en disant : « Éveille-toi, Pakhôme, sinon Satan te tentera, car il y en a beaucoup qui sont morts pour avoir trop dormi1. » Et lorsque le vieillard vit que Pakhôme avait attendu jusqu’à 1 II faut entendre cette mort de la mort spirituelle.
l’heure de la prière, il se réjouit de son obéissance, de ses progrès, et fut assuré de son salut. Et lorsque vint la fête de Pâques, le vieillard lui dit : « C’est pour nous jour de grande fête : lève toi, prépare-nous quelque chose à manger pour le milieu du jour, et quand sera venu le soir, nous mangerons encore un peu. » Aussitôt Pakhôme se leva et prépara (le repas) ; puis ils se levèrent, prièrent et s’assirent pour manger. Le vieillard, en regardant, vit que Pakhôme avait versé un peu d’huile sur le sel, il se mit à frapper son propre visage et dit : « Mon Dieu a été crucifié pour moi et je mangerais de l’huile qui donne de la force au corps ! ou bien nous mangerons les légumes sans huile ni vinaigre, ou bien nous y placerons dessus un peu de sel seulement:, peut-être les mangerons-nous ainsi sans violer le règlement et sans manger quelque chose qui fortifie le corps.
« Il refusa ensuite de manger jusqu’au lendemain. Le jeune homme jeta dans la cendre le sel qui contenait un peu d’huile, et il ne cessa de le prier avec modestie, disant : « Pardonne-moi, lève-toi et mange. » Le saint vieillard jura en disant : « Dieu sait que, sans la nécessité d’éclairer l’autel et aussi si elle n’était nécessaire pour notre travail1, je n’aurais pas conservé cette 1 II fallait souvent humecter les joncs ou les poils ou les fibres du palmier : quand l’eau ne liqueur, l’huile. »
Pakhôme répondit en disant : « Pardonne-moi, car j’ai péché. » Et ils se levèrent, ils s’assirent et mangèrent un peu de pain : leurs larmes coulaient sur leurs joues. Et lorsque le jeune homme eut vu l’héroïsme du vieillard, il sortit souventes fois de son habitation et se rendait dans les tombeaux pleins de morts : il y passait toute la nuit du soir au matin à prier le Seigneur, si bien que l’endroit où il se tenait devenait comme delà boue à cause de la sueur abondante de son corps (occasionnée) par la chaleur de la saison d’été. Trois ans après, il vit la vision qu’il avait vue une première fois : la rosée du ciel descendait sur lui et on lui donnait des clefs en secret. Le lendemain, il en informa le vieillard anba Palamon : celui-ci fut inquiet en son âme et dit : « Cette chose1 a un grand sens : que la volonté de Dieu soit faite.
« Le jour de l’Épiphanie, c’est-à-dire le jour de la fête du baptême (de Notre-Seigneur), comme Pakhôme arrivait du côté du plateau montagneux, il vit le vieillard qui avait allumé du feu sous un chaudron, il s’en étonna en lui-même disant : « Qui sait ce que fait cuire ce vieillard aujourd’hui ? » Peu après Palamon lui dit : « Dépêche-toi d’apporter un plat. » Et quand Pakhôme fut arrivé avec le plat, le (vieillard) découvrit le chaudron et en 1 Le mot arabe est employé pour traduire le mot copte côcxj : or ce mot cacxi signifie quelquefois chose ; c’est ici le cas. versa le (contenu) et voici qu’il contenait des figues dures, car il y avait en cet endroit un immense figuier qu’ils arrosaient de leurs propres mains pour les besoins des malades. Alors, ils mangèrent avec action de grâces, car ce qui est amer devient doux à celui qui a besoin (de manger).
Un autre jour pendant qu’ils étaient assis près du feu, à l’heure du matin, pour faire leur travail manuel et réciter ce qu’ils avaient appris par cœur, un frère, qui habitait près d’eux, frappa à la porte. Pakhôme se leva, lui ouvrit la porte et lorsque le frère fut entré il parla avec orgueil en voyant la grande quantité de feu (allumé), lblis le remplit et il leur dit : « Si vous pensez que vous êtes des adorateurs (fervents), que parmi vous celui qui a de la foi se lève et se tienne sur ces charbons pendant qu’il récitera la prière de l’Évangile1. »
Le vieillard lui répondit avec grande colère : « Maudit soit Satan qui a jeté cette vaine pensée en ton cœur. Cesse maintenant de (vouloir faire) ainsi. » Et le frère n’obéit point ; mais celui qui faisait travailler l’orgueil en lui le fit se tenir sur les charbons et réciter la prière de l’Évangile ; et ses pieds n’eurent aucun mal. Alors il marcha avec orgueil jusqu’à sa demeure. Pakhôme dit au vieillard : « Le Seigneur sait que je suis étonné que ce frère soit monté sur cette grande quantité de charbons sans se brûler les pieds. »
Anba Palamon 1 C’est-à-dire le Pater. répondit et dit : « Ne t’en étonne point, mon fils, car c’est sans doute une action de Satan, et le Seigneur a permis que ses pieds ne fussent pas brûlés, selon ce qui est écrit : Dieu envoie à ceux qui sont tortueux des chemins tortueux. Crois-moi, mon fils, si tu savais les peines dont il s’est rendu digne, tu serais étonné et pleurerais sur son malheur. » Peu de jours après, pendant que le frère était dans sa demeure, tout rempli séduit d’abord, entra sous la forme d’une belle femme ; il frappa à la porte de la demeure où était ce frère : celui-ci sortit à la hâte et ouvrit la porte. La femme lui dit : « Je te prie de me recevoir (près de toi) jusqu’à demain, car je suis chargée d’une dette dont les créanciers demandent paiement : maintenant je n’ai pas de quoi les rembourser à cause de ma pauvreté.
« Par suite de l’aveuglement de son cœur, il ne put pas la repousser ; mais il l’introduisit sur-le-champ dans sa maison. Après cela, il se mit à lancer des flèches dans ses pensées par des désirs mauvais1 et il se sentit porté à jouir avec elle ; mais quand il fut sur le point de le faire, Satan le jeta à terre et le frappa jusqu’au lendemain malin. Lorqu’il fut un peu revenu à lui, il se hâta d’aller trouver le vieillard anba « Quoique la chose soit assez bizarre, c’est bien le moine qui se lance à lui-même des flèches dans sa propre pensée. Palamon, il se prosterna devant lui1 et pria avec larmes en disant : « 0 mon seigneur, que ta prière vienne à mon secours2 afin que le Seigneur me fasse miséricorde pour ce que je me suis choisi à moi-même.
Je suis la cause de ma perte : tu m’as réprimandé plusieurs fois ; mais ma sottise ne t’a pas écouté. Malheur à moi ! « Le vieillard se mit à pleurer, ainsi que Pakhôme, avec douleur de cœur ; ils le prirent et le firent relever de terre, pendant qu’il était (encore) tout tremblant. Mais comme ils faisaient ainsi, cet esprit le jeta à terre, le roula une grande heure : quant à eux deux, ils se tinrent debout et prièrent pour lui avec grande imploration jusqu’à ce que son cœur fût apaisé et qu’il se tînt debout devant eux. Ils le saisirent et voulurent le faire entrer dans une chambre intérieure, afin que le Seigneur lui accordât la guérison ; et, par la grande force de l’esprit qui était en lui, il prit un morceau de bois pour les tuer. Ils ne purent s’emparer de lui et sur-le-champ il se mi t à courir dans la montagne depuis Akhmin, pendant cinquante-quatre milles, jusqu’à Esehmouneïn3 où il entra, se jeta dans une fournaise et fut brûlé avec grande confusion.
Le cœur d’anba Palamon fut attristé au sujet de l’âme de ce malheureux, et souventes fois mss. arabe est évidemment fautif. Le texte copte donnant ujAurt, le traducteur aura lu ujaiotii qui est beaucoup trop éloigné. ANNULES DU MUSÉE GUI MET il en parlait avec Pakhôme, avec tous ceux qui étaient autour de lui et tous ceux qui étaient dans cette montagne ; car il était pour eux tous un père qui les consolait. Et au milieu de ses discours, il amenait souvent la mention de ce malheureux, il les réprimandait avec des paroles de l’Écriture disant : « Voyez celui qui a donné place en lui à l’esprit qui n’a de puissance sur personne, (voyez) ce que cet esprit lui a fait, non seulement en son âme misérable, mais aussi en tout son corps. » Quand les frères eurent entendu cette parole effrayante de leur père anba Palamon, ils furent remplis de crainte pour veiller dès lors sur leurs âmes avec une grande force, surtout quands ils eurent vu sa droiture, car à chaque instant il portait la croix du Messie sur son corps.
De même, Pakhôme se livrait à une grande dévotion, à des adorations nombreuses, à des lectures nombreuses dans les livres saints1, et il conserva avec soin cette histoire en son cœur. La plus grande partie de ses exercices de pénible dévotion se pratiquaient dans le désert au milieu de grandes montagnes, et si une épine lui entrait dans le pied, il la souffrait et ne la retirait pas, en souvenir des clous qui furent enfoncés dans le corps du Seigneur sur la croix, si bien que le vieillard anba Palamon et tous ceux qui se trouvaient dans la montagne, étaient dans l’admiration à 1 M. à m. : à des chants, parce que la lecture faite à haute voix est une sorte de mélopée son sujet et au sujet de la force avec laquelle il agissait, quoiqu’il ne fût pas très fort.
Et le vieillard anba Palamon tomba malade d’une violente maladie : il ne voulut point cesser la foule de ses dévotions, et surtout parce qu’il fatiguait trop sa vieillesse, et on le voyait dans les souffrances de la maladie, je veux dire ceux qui étaient autour de lui. Mais d’autres chefs (de monastères) arrivèrent de loin avec un habile médecin pour le soigner. Le médecin leur dit : « Il n’a rien qui demande médecine ; ce n’est que la fatigue des dévotions ; s’il obéit et prend un peu de nourriture, j’espère qu’il guérira. » Les frères l’exhortèrent et le prièrent avec insistance à ce sujet, il leur obéit, et prit un peu de la nourriture que prennent les malades. Après avoir passé des jours en se nourrissant ainsi1, comme il vit qu’il n’était pas guéri, il dit aux frères : « Ne pensez pas que la santé2 vienne des mets corruptibles ; mais la force et la santé viennent du Messie, car les martyrs du Messie, laissaient couper leurs membres, souffraient le feu et toutes sortes de tourments jusqu’à ce qu’enfîn on leur tranchât la tête : et moi, je ne puis pas supporter une maladie facile, j’ai demandé au médecin de me soigner, je me suis servi de remèdes ; ensuite, 1 M.
à m. : après avoir passé des jours à manger de cela.
2 M. à m. : le repos, le repos de la maladie, d’où la santé. après y avoir consenti de m’en être servi, je n’en ai reçu aucun profit. Je n’ai donc qu’à recommencer1 mes dévotions : c’est le meilleur remède, et celui-là certes saura mou dessein, dans le chemin duquel je me trouve, il s’inquiétera et prendra soin de moi plus que je ne le ferais moi-même. « Il recommença ensuite ses dévotions avec énergie et activité, et Dieu lui accorda la santé pour quelque temps. Et un jour que Pakhôme marchait dans le désert, il s’éloigna de son maître ; après une heure de marche il arriva dans un village détruit, nommé Tabennîsi. Il commença de prier par amour de Dieu et aussitôt il entendit une voix qui lui dit : « Pakhôme, hâte-toi de construire un monastère à l’endroit où tu te tiens2, car une grande foule viendra vers toi chercher la vie monacale.
« Lorsqu’il eut entendu ces (paroles), il fut assuré que c’était une chose (venant) de Dieu, et quand il fut retourné près de son maître, il l’informa de la voix qui s’était fait entendre à lui. Ils se transportèrent ensuite à Tabennîsi, ils construisirent une belle petite cellule, et lorsqu’elle fut achevée, le vieillard dit à Pakhôme : « Sache, ô entant, que mon âme me dit de retourner vers ma cellule et le lieu de ma solitude, car j’ai appris que Dieu l’a chargé de construire ici un monastère 3 qui M. à m. : le seul moyen pour moi est de recommencer mes dévotions.
M. à m. : à l’endroit sous tes pieds.
Tabennîsi était un village un peu au sud de Schénésit : il est aussi disparu.
3 M. à m. : de construire ce monastère. Comme il est question de l’avenir, j’ai traduit par l’adverbe deviendra grand, se remplira d’hommes contentant Dieu, et sera le salut des âmes. Sois assuré que Dieu te donnera force et patience pour les (bien) garder. Quant à moi, je suis avancé en âge et ma force s’est épuisée : mon départ est prochain, et je vois que dans ma solitude je serai plus à l’aise. « Ils se séparèrent ensuite après de nombreuses prières. Cela avait coïncidé avec l’arrivée de quelques-uns de ses disciples venus pour lui faire visite : le vieillard les prit avec lui et ils allèrent ensemble en grande joie et amour de Dieu bâtir l’habitation. Peu après, le vieillard fut malade et les frères envoyèrent vite dans le Sahid chercher Pakhôme : il se leva promptement, descendit et resta à servir Palamon jusqu’à ce que Dieu eût fait mourir le vieillard en paix, à la dixième heure du vingt-cinquième jour du mois d’Abib.
Ils passèrent toute la nuit à réciter et à chanter des psaumes autour de lui, jusqu’au moment de la synaxe du matin : ils célébrèrent alors la messe en sa présence, le portèrent à la montagne à une certaine distance de sa demeure, l’enterrèrent, prièrent sur lui et retournèrent chacun dans leur habitation, tout tristes d’avoir perdu les consolations du saint vieillard anba Palamon. Un grand nombre d’entre eux disaient : « Nous sommes M. à ni. : sur lui ; mais ou ne peut entendre pour lui, selon le sens chrétien ordinaire. devenus aujourd’hui orphelins. » Et Pakhôme retourna dans le Saliid vers son habitation, dolent de cœur à cause de la mort de son généreux père : il se livra (alors) à des dévotions très grandes. Lorsque Jean, le frère aîné de Pakhôme, apprit que Pakhôme était dans un endroit solitaire, il monta dans une barque et descendit vers lui, car ils ne s’étaient pas vus depuis le jour où Pakhôme avait quitté la maison, le jour où on l’avait pris pour le service militaire.
Quand il se rencontra avec lui à Tabennîsi1, il le salua : alors Pakhôme lui parla la parole de Dieu et il le fit moine, puis ils restèrent tous deux adonnés à des dévotions nombreuses, portant la croix du Messie, comme l’Apôtre qui dit : « À chaque instant je porte la croix du Messie, » et « la mort de Jésus est en nos corps, afin que la vie de Jésus se manifeste en nos corps mortifiés2. » Ils menaient une vie occupée3, et tout ce qu’ils gagnaient du travail de leurs mains, ils le donnaient aux besogneux, à l’exception de ce qu’il leur fallait. Ils portaient des habits de poils et ils se rendaient vers des endroits chauds pour prier du soir au matin ; ils se fatiguaient dans leurs prières, ne remuant ni leurs pieds, ni leurs mains dès qu’ils les avaient étendues, afin que le 1 Le texte arabe emploie ici et presque toujours désormais le mot Doimasa : ce doit être une corruption de ils suivirent un chemin VIE DE PAR HOME sommeil ne s’appesantît pas sur eux : souventes fois ils n’abaissaient pas leurs genoux pendant toute la nuit, leurs pieds enflaient de fatigue, parce qu’ils restaient debout sur eux la nuit entière.
Leurs mains étaient couvertes de sangà cause du grand nombre de moustiques et ils ne les joignaient pas du tout ; quand ils étaient obligés de prendre un peu de sommeil, ils s’asseyaient au milieu de l’endroit où ils priaient et n’appuyaient point leur corps contre le mur. Pendant le jour, s’ils travaillaient à un travail corporel, que le soleil se levait et que la chaleur devenait excessive, ils ne changeaient de place qu’après avoir achevé leur travail, pour accomplir le mot de l’Évangile : « Quiconque veut me suivre, qu’il se renonce lui-même, porte sa croix et me suive1. » (Jn jour qu’ils bâtissaient un endroit dans leur habitation, Pakhôme voulait le rendre plus large à cause des grandes foules qui viendraient à lui, mais Jean était dans l’intention qu’ils restassent seuls.
Lorsque Pakhôme vit que Jean gâtait la muraille2 qu’il bâtissait, il lui dit : « Assez de folie ! » Aussitôt Jean se mit en colère et s’attrista. Pakhôme lui dit : « Pardonne-moi, car je me suis irrité contre toi. » Vers le soir Pakhôme descendit3 et pria du soir jusqu’au matin. Avec douleur de cœur, 1 Luc, ix, 23; Malt., x, 38.
Le mot signifie forteresse : je crois qu’ici il est employé pour désigner la muraille d’enceinte qui défendait en effet le monastère.
3 II faut entendre sans doute : descendit du mur qu’il construisait. il s’écriait disant : « Malheur à moi ! je mourrai comme il est écrit : Le désir du corps mène à la mort 1; et si je me suis mis en colère, aie pitié de moi, Seigneur ; ne me laisse égarer par l’ennemi, s’il trouve en moi une toute petite part, car si je ne me dompte pas moi-même, il me fera périr ; et l’homme qui suit sa loi et tombe dans une seule petite chose, devra en rendre compte. J’ai confiance que par ta miséricorde, si lu viens à mon secours, j’apprendrai à suivre le chemin de la sainteté, j’(y) parferai des progrès, car (si) les saints ont confondu confondu. Comment saurai-je que tu les as appelés à cette vie2, si je ne progresse pas d’abord et ne l’emporte pas sur les mouvements du corps ?
« Et il resta priant ainsi du soir jusqu’au matin. Il sortit ensuite de cet endroit, appela son frère et ils firent la prière ensemble ; et Pakhôme se châtia lui-même jusqu’à la fin de la prière, puis il s’humilia disant : « Pardonne-moi, car je me suis mis en colère contre toi. » Un autre jour, pendant qu’ils tressaient un peu d’halfa pour faire des 1 Cette parole ne se trouve pas textuellement dans l’Écriture.
Il parle par avance des moines qui viendront à lui : c’est une preuve que tous ces discours ont été fabriqués par l’auteur de sa vie. cordes, un crocodile sauta dans cet endroit. Jean eut peur, s’enfuit et appela son frère disant : « Hâte-toi vers la terre, sinon le crocodile se saisira de toi. » Pakhôme lui dit : « 0 Jean, crois-tu qu’ils ont de la puissance?.Non, ils n’en ont aucune. » Le crocodile sauta ensuite et s’approcha de lui à environ trois coudées. Pakhôme remplit d’eau le creux de sa main et la versa sur la tête1 du (monstre) en disant : « Que le Seigneur te condamne à ne plus revenir ici jusqu’à l’éternité. » Aussitôt le crocodile plongea et s’en alla. Quand Pakhôme fut sorti de l’eau, Jean tomba à genoux devant lui, l’embrassa, baisases mains et ses pieds.
Il lui dit : « Dieu sait que jusqu’à ce jour je disais. Je suis ton aîné de corps ; mais maintenant je t’appellerai non seulement mon père, mais mon maître, à cause de la force de ta foi en le Messie. » Et Jean s’affermit dans une grande adoration et de grandes dévotions jusqu’au jour de sa mort. Quant à anba Pakhôme, il souffrit des tentations innombrables de la part des Satans que Dieu excitait contre lui pour l’éprouver et consoler autrui ; et ils se mirent à le combattre ouvertement. Souventes fois, pendant qu’il priait, au moment où il voulait faire la génuflexion, il voyait devant lui une fosse en vision, afin qu’il eût peur et ne se prosternât pas ; mais lui, il reconnaissait les ruses du tenture texte dit : « sur le visage » du crocodile.
lateur, il faisait les génuflexions, se prosternait, glorifiait Dieu et confondait les (Satans). Souventes fois quand il était en marche pour une affaire, ils marchaient devant lui de tous côtés, comme une armée devant un général criant : « Laissez le chemin libre à l’homme de Dieu ! » voulant (ainsi) lui inspirer de l’orgueil et attirer ses regards vers eux. Mais l’homme de Dieu, par la confiance qu’il avait en Dieu, ne les regardait même pas, il les méprisait et se moquait d’eux comme ne réussissant pas, et aussitôt ils se dispersaient. Et d’autres fois encore, ils faisaient trembler sa demeure et menaçaient de la faire tomber sur lui, il ouvrait la bouche et disait : « Notre Dieu est notre refuge et notre force, notre aide dans les détresses qui nous menacent : c’est pourquoi nous ne craindrions pas quand même la terre tremblerait et que les montagnes se transporteraient1 ».
Un jour pendant qu’il était à travailler, Satan prit la forme d’un coq et lui chanta en plein visage : il ferma les yeux et ne le regarda pas. Quand les méchants Satans eurent vu qu’ils ne pouvaient le séduire, ils apportèrent des choses ressemblant à des feuilles de palmier et de grandes cordes tordues comme avec de Décore de salb 2; ils se mirent à faire comme des gens qui veulent exécuter un ouvrage, qui attachent des cordes à une grosse pierre pour la 1 un arbre spécial dont on emploie l’écorce pour tresser des cordes tirer et la transporter dans un autre endroit ; ils criaient de leur plus haute voix afin qu’il les regardât, et qu’il rît et qu’ils eussent pouvoir sur lui. Aussitôt il étendit les mains et pria avec gémissement jusqu’à ce qu’ils se fussent dispersés et évanouis.
Plusieurs fois, lorsqu’il s’asseyait pour manger son pain, ils venaient à lui sous la forme de femmes toutes nues qui mangeaient avec lui : il fermait ses yeux et son cœur jusqu’à ce qu’ils se fussent dispersés. Il priait le Seigneur de chasser de lui le sommeil, afin qu’il restât éveillé et vainquît ceux qui lui faisaient la guerre, selon qu’il est écrit : « Je ne retournerai pas (du combat), avant qu’ils soient dispersés1. » Dieu lui accorda sa demande, si bien qu’il les chassa avec Un jour un moine vertueux d’entre les pères, nommé Amriaragaboulos, lui dit : « Prends courage, des esprits (malins), car l’aide de Dieu te donnera la victoire sur eux. » Il resta près d’eux des jours peu nombreux et mourut : notre père Pakhôme fut attristé de sa mort.
Un jour qu’il était quelque part à couper de l’halfa pour son travail manuel et qu’il passait la nuit à veiller, l’Ange du Seigneur lui apparut au soir selon sa coutume et lui dit par trois fois : « Pakhôme, Pakhôme, Pakhôme, la volonté de Dieu est que tu guides le genre humain, que tu t’interposes entre lui et l’homme, que lu reçoives tous ceux qui viendront à toi et que lu les disposes comme il est écrit dans ce livre. » Ensuite il lui donna un livre dont les feuilles étaient de cuivre, et il y était écrit ainsi : « Bâtis dans ton monastère des cellules nombreuses et place dans chaque cellule trois personnes qui l’habiteront : tu les réuniras à une seule table pour manger. Permets à chacun de manger et de boire ce qu’il lui faudra, ne les empêche pas de jeûner ; mais laisse cela à leur choix et donne à ceux qui sont robustes de corps les travaux pénibles et difficiles, et à ceux qui sont faibles et dévots ce qui est facile et léger.
Qu’ils dorment dans leurs cellules, non pas sur leur dos, ni sur leurs flancs, étendus de tout leur long ; mais faisleur faire des sièges bas sur lesquels ils se reposeront et dormiront suffisamment assis. Pendant la nuit, qu’ils portent un habit de lin et qu’ils aient la taille ceinte : pendant le jour, que chacun d’eux soit vêtu d’une peau de mouton ou de chèvre tannée, et il ne leur sera permis de manger qu’en étant recouverts de ces peaux susdites qui leur serviront (encore) de couvertures pendant leur sommeil. Et s’ils veulent recevoir les saints mystères le samedi et le dimanche, qu’ils se dépouillent de ces peaux qu’ils porteront et qu’ils mettent sur leur tête des cueillies semblables à celles que portent les enfants qui n’onl pas fait de mal ; alors, qu’ils se présentent à l’offrande.
Range-les en vingt-quatre degrés et donne à chaque degré le nom d’une lettre grecque, en commençant par l’alpha et terminant par l’oméga, afin que cette lettre (leur) soit un surnom connu. « Et notre père Pakhôme dit à l’Ange pour lui demander explication : « F.n quoi consiste la différence entre le premier et second degré, c’est-à-dire entre celui dont la conduite est droite et celui dont la conduite est blâmable, entre celui qui est obéissant et celui qui ne l’est pas ? »
L’Ange lui répondit : « À ceux qui sont doux et simples donne la lettre convenable à leur rang, c’est-à-dire Y iota, car cette lettre est droite dans sa forme (i) ; à ceux qui sont difficiles, tortueux et désobéissants, donne la lettre convenable à leur rang, c’est-à-dire le xi ( J, car cette lettre dans sa forme et sa structure esl tortueuse et en zigzags. De cette manière donne un nom à chaque rang, par celui de la lettre qui lui convient, afin que par la forme de la lettre qui leur est imposée, ils considèrent leurs œuvres, reconnaissent leur conduite, se gardent de leurs habitudes mauvaises et se transportent au rang désigné dunomdïota, parleur zèle et leur émulation dans leur conduite. Et quand à la lettre ro (p), prends-y bien garde et fais selon le signe qu’elle représente.
« Et il lui apprit ce qu’il en était1 afin que Pakhôme en instruisit les pères spirituels : (et d’après) l’explication de la lettre ro, (cette lettre) ressemble à une massue, ce qui signifie la force. Dieu y fait allusion disant : « Je t’ai donné la puissance, corrige et réprimande ceux qui viennent vers loi-. » Il était (aussi) écrit dans ce livre de cuivre : « Ne reçois pas un frère (venant) d’un autre monastère, quand surtout il a pris des habitudes autres que les tiennes ; mais reçois les étrangers, console-les et prends pitié des pauvres dans un endroit isolé (de ton monastère), de manière à ne manger ni boire avec eux. Quiconque viendra à toi pour se faire moine et habiter longtemps près de toi3, reçois-le, coupe-lui les cheveux de sa tête, éprouve-le pendant trois ans, avant que tu ne le fasses moine, emploiele dans les affaires du monastère et, après cela, s’il le veut, fais-le moine ; sinon, laisse-le partir.
Quand les frères mangeront, qu’ils portent la cuculle sur leur tête afin que leur visage soit caché et qu’ils ne se voient pas manger les uns les autres ; qu’ils baissent la tête et qu’ils regardent seulement en avant d’eux. Qu’ils ne parlent pas à table, mais qu’ils glorifient Dieu et le remercient de ses grâces. Que chacun des frères fasse 1 M. à m. : et il lui enseigne ses affaires.
5 Cette parole n’est pas textuelle.
3 M. à in. : pour prolonger la vie monacale et le séjour près de toi. pendant le jour douze prières : et, à l’heure du soir où ils se réuniront tous pour prendre leur nourriture, que chacun d’eux fassent trois prières avant de manger et six avant de dormir, et avec toute prière (qu’ils disent) un psaume. Qu’ils dorment la première moitié de la nuit et qu’ils veillent l’autre moitié pour prier avec constance et glorifier (Dieu). « Pakhôme répondit à l’Ange et lui dit : « Je crois que les prières du jour sont peu nombreuses. » L’Ange lui répondit : « Elles ne sont pas peu nombreuses pour ceux qui sont restés peu de temps dans cette vie : sans cela, l’ennui les atteindrait ; et c’est la règle qui est imposée aux commençants et non pas à ceux qui sont parfaits ; car, pour les parfaits, il n’y aura point de loi, mais je sais que leurs jours et leurs nuits seront sans cesse employés dans les lois de Dieu.
« Après cela, l’Ange le quiltaet Pakhôme commença ensuite d’examiner son âme et de penser à cette chose. Et lorsqu’il eut fini de couper de l’halfa, il alla dans son habitation et par la direction de Dieu vinrent à lui trois hommes qui sont un tel1, Sourous et Bischaï, qui lui dirent : « Nous voulons être moines près de toi. » Il leur demanda s’ils pouvaient quitter leurs pères et suivre le Sauveur, et 1 Le scribe, 11’ayant pas pu lire le nom, a mis le mot qui signifie un tel. Le texte copte nomme ce frère Schentaisi. quand il les eut éprouvés et reconnu leur honnêteté, il les reçut avec joie et les revêtit de l’habit monacal. Lorsqu’ils furent entrés dans cette vocation sainte, ils marchèrent avec grande joie en de grandes dévotions ; et quand ils eurent vu qu’il se fatiguait tout seul pour les choses de la maison et pour leur préparer quelques légumes, car pour cela il allait au jardin, le nettoyait, l’arrosait, portait aux frères ce dont ils avaient besoin, leur préparait à manger et, si quelqu’un frappait à la porte, c’est lui qui répondait, et si quelqu’un était malade, c’est lui qui le servait jusqu’à ce qu’il fût guéri, disant en lui-même de ces trois (frères) qui étaient avec lui : « Ce sont des plantes nouvelles, ils ne sont pas encore arrivés à pouvoir servir les autres 1 », et il les délivrait de tout souci en toute chose, leur disant : « Appliquez-vous à faire ce à quoi vous êtes appelés » ; (quand donc ils l’eurent vu ainsi) ils lui dirent : « Notre cœur souffre à ton sujet, car nous te voyons le fatiguer tout seul pour le service2 de la maison. »
Il leur dit : « Quel est l’homme qui peut attacher une bête à la saqyelr1 et la négliger jusqu’à ce qu’elle tombe et meure ? Quand le Seigneur aura vu que je suis fatigué, il nous enverra des gens qui pourront nous aider en toute bonne action. » Puis il leur imposa des règles et des commandements utiles à leurs âmes, tirés des chine hydraulique à laquelle on attelle un animal pour faire tourner la roue qui fait monter l’eau. Livres saints : leur costume et leur nourriture étaient égaux, leur couche était danslameilleure forme. Lanouvelle de son amour pour Dieu se répandit alors dans toute l’Égypte. Il y avait cinq frères solitaires, très courageux dans les œuvres de Dieu, anba Jean, anba Corneille, et (un autre) anba Jean. Lorsqu’ils eurent entendu parler de sa foi véritable, ils allèrent le trouver pour rester près de lui et il les reçut avec grande joie ; puis d’autres gens d’une naliieh du Sahid, en ayant entendu parler, vinrent à lui et il les reçut (aussi) ; mais voyant que la pensée de la chair habitait en eux, il les fit sortir de sa demeure.
Dieu excita ensuite beaucoup d’autres gens ; il les reçut et les édifia dans la parole de Dieu. Et lorsqu’il vit que beaucoup de gens venaient habiter dans ce village, il prit les frères, sortit et leur bâtit une église, afin qu’ils y participassent (aux saints mystères) ; (comme) autour de cet endroit il y avait une foule de gens, il prenait soin de leur offrande, car ils étaient dans une grande pauvreté : il prenait les frères et se rendait en ce lieu pour faire l’offrande 1 le samedi, illeur faisaitlecture et gardait ses yeux selon la parole de l’Évangile : « Celui qui voit une femme et la désire, certes il a forniqué avec elle dans son cœur2. » Quand le nombre des frères atteignit cent hommes, il leur bâtit 1 Par l’offrande il faut entendre ici et partout dans cet ouvrage le sacrifice eucharistique.
une église dans son monastère pour y bénir Dieu : il allait au village pour faire l’offrande le samedi, et le dimanche les prêtres entraient dans son monastère et faisaient l’offrande ; car personne parmi eux n’était prêtre dans l’église. Et souventes fois il parla aux frères à ce sujet et leur dit : « Il est bon pour nous de ne pas demander pareille chose, afin que parmi les moines il n’y ait ni envie, ni dispute, ni désobéissance contre l’adoration de Dieu, et après cela des divisions ; comme le feu dans les aires, si l’on ne se dépêchait pas de l’éteindre, il perdrait le travail d’une année ; il en est ainsi de la pensée d’orgueil dans ses commencements. Il est bon que nous nous soumettions à l’Église de Dieu avec fermeté et tranquillité ; et en tout temps, quiconque nous trouverons ayant été consacré par les évêques, il nous suffira pour cette chose.
« Et si un prêtre venait pour se faire moine, il le recevait s’il lui voyait un cœur droit : quant au costume, le prêtre devait s’y soumettre. Il faisait suivre les canons de la vie des Pères avec douceur de cœur, comme pour la nourriture, et il ordonna à quelques-uns de ceux qui étaient obéissants, de l’aider dans le salut de leurs âmes ; l’un (fut établi) sur la première maison, (comme) petit intendant ; un autre fut mis au-dessous de lui pour l’aider, pour préparer la table et faire la cuisine aux frères ; un autre, fidèle en toute chose, devait prendre soin des frères malades. Quiconque voulait faire des dévotions, de ceux qui étaient à table ou de ceux qui étaient malades, personne ne l’empêchait. Il plaça d’autres hommes sages 1 à la porte pour recevoir ceux qui venaient et pour instruire sur leur salut ceux qui voulaient se faire moines, pour les polir pendant trois ans pendant lesquels on les éprouvait, jusqu’à ce qu’ils eussent revêtu l’habit monacal.
Et d’autres gens, ornés des adorations de Dieu2, ils les chargea’de vendre et d’acheter. Toutes les trois semaines, il changeait les frères qui servaient à table, il en mettait d’autres à leur place pour faire avec crainte et tremblement ce que leur aurait ordonné l’intendant de la maison. Il établit d’autres maisons ainsi que des intendants pour ces (maisons) et des seconds, afin de faire des métiers de nattes et se tenir prêts à toute obéissance. Il établit trois sermons par semaine, un (le samedi) et deux (le dimanche)3: les intendants de maison, devaient faire l’instruction les mercredis et les vendredis. Et si quelqu’un des frères tombait malade, vieillard ou jeune 1 M. à m. : des gens salés de sel.
2 C’est-à-dire se livrant aux actes de dévotion les plus pieux et excellents.
3 Ces mots ont été sautés par le copiste : mais la suite montre qu’ils devaient se trouver en cet endroit. homme, le saint prenant soin de sauver son âme, restait près de lui et ne le quittait pas pour l’exhorter à remercier Dieu en secret et en public ; il éveillait ses pensées pour qu’elles ne fussent pas occupées de choses mondaines ou de visions mauvaises, l’obligeait à demander pardon (à Dieu) ; et c’est ainsi que le frère malade se fortifiait dans sa résolution quand il lui disait : « Prie, mon fils, sans ennui, demande miséricorde à Dieu. » Mais en outre, il ne négligeait pas de soigner le corps du malade. Il se réjouissait beaucoup quand il voyait le succès des commençants et leur zèle pour (arriver à) la perfection de la vertu, il louait l’activité de leurs âmes : pour cette raison leur zèle redoublait ainsi que leur activité.
Ainsi il exhortait les frères saints2 à ne pas manquer leurs prières, à ne pas cesser de prononcer le nom de Dieu de leur bouche, afin de ne pas être surpris par le méchant Satan. Et quand les frères entendaient de lui ces recommandations spirituelles, qu’ils le voyaient leur donner à boire les eaux vivifiantes de ses paroles assaisonnées du sel de la vie, qu’ils voyaient sa paix, sa tranquillité et ses instructions saintes, ils se disaient les uns aux autres : « Nous pensions que les saints et les pécheurs sont créés tels depuis leur naissance2 et ne pouvaient changer leurs dispositions, et nous 1 C’est-à-dire ceux qui étaient depuis plus longtemps au monastère et plus avancés dans les voies de la vertu.
5 C’est-à-dire qu’on naissait prédestiné à la sainteté ou au crime. ne savions pas que le contraire avait lieu, que l’état des saints et des pécheurs dépend de leur propre puissance et de leur volonté ; car nous voyons notre père Pakhôme et sa belle conduite envers Dieu, et ses parents étaient infidèles et adorateurs des idoles. « Notre père Pakhôme était d’avis de changer ceux qui étaient en charge et de les remplacer par d’autres1; il voulait en cela deux choses : premièrement, que le nouveau (frère) en charge profitât des fruits spirituels des peines (attachées à) la charge. et qu’il en obtînt du Seigneur la récompense, c’est-à-dire le pardon de ses péchés, parce que notre père savait qu’une charge remplie avec crainte de Dieu, avec foi, en s’appliquant à ce qui appartient à la charge, aurait une récompense égale à celle de celui qui jeûne, veille et prie pour la gloire de Dieu ; secondement, afin de faire reposer ceux qui avaient d’abord rempli la charge et leur épargner la peine du travail pendant quelque temps.
Et les frères qui étaient occupés aux charges, par le désir de sauver leurs âmes et par l’énergie qu’ils avaient, ne s’accordaient pas à eux-mêmes le repos permis par leur père, pensant que le monde était un lieu de fatigue et de jeûne, et que celui qui s’y donne de la peine M. à m. : il en plaçait d’autres. se reposera dans l’aulre vie, ainsi que le témoigne l’Évangile disant : « Celui qui perd son âme à cause de moi, la retrouvera1. » Et s’il y avait parmi eux quelqu’un qui eût pratiqué un métier (auparavant), il le pratiquait (encore) ; quiconque n’en savait pas, allait s’occuper des choses du monastère, obéissant aux ordres du chef établi sur eux par notre père Pakhôme. Si le père supérieur établi (sur eux) s’absentait, son remplaçant le remplaçait jusqu’à son retour et prenait soin des âmes qui étaient sous ses ordres avec crainte de Dieu, douceur, charité, délicatesse et simplicité.
C’est ainsi que faisaient les frères en charge et les chefs (de maison). Et il ordonna à l’économe du monastère qui était son second, de composer un discours tous les samedis et deux le dimanche, de les prononcer aux frères quand ils assisteraient à la prière : il imposa à ses familiers, de jeûner le mercredi et le vendredi, suivant les règlements des apôtres ; quant au reste des moines, la chose était laissée à leur choix, comme le lui avait dit l’Ange du Seigneur. Les frères chargés du service de la table, la préparaient pendant trois heures du jour, disposaient le pain, les diverses sortes de légumes, les olives ; aux jours convenables, ils servaient du fromage, des œufs, des légumes bouillis, des soupes de grains cuits. Chaque frère allait à table, quand il le voulait et en prenait sa part ; mais ce n’était qu’une seule fois par jour : quelques-uns d’entre eux mangeaient à la sixième heure, d’autres à la septième, d’autres à la huitième, d’autres à la neuvième, d’autres à la dixième, d’autres à la onzième, d’autres vers le soir au moment où les étoiles apparaissaient ; d’autres ne mangeaient qu’une seule fois tous les deux jours.
Ils élevaient des cochons et les nourrissaient des déchets du vannage du blé, des restes du ragoût et des légumes : ils en vendaient la chair et en dépensaient le prix pour les intérêts du monastère : quant aux pattes, on les donnait à manger aux vieillards et aux malades exclusivement. Ce monastère devint grand et les frères qui s’y rassemblaient devinrent tellement nombreux, qu’ils atteignirent au nombre de deux il y eu avait une foule qui pratiquaient différents métiers pour (les besoins) de la communauté sainte ; entre autres, il y avait quinze tailleurs, sept forde couffes, dix ghafirs1, cinquante cultivateurs pour cinquante feddans. Quand notre père Pakhôme eût vu la multitude des hommes qui venait à lui pour (embrasser) la vie monacale, il fit construire un second monastère dans une terre déserte appelée Bafoua2, et il se mit à recevoir quiconque venait à lui pour habiter là.
Il fit transporter, du premier monastère dans le second, plusieurs frères habitués à se conduire d’après ses règles pour apprendre aux nouveaux frères le chemin du salut et les guider selon l’ordre (établi) dans le premier monastère, c’est-à-dire celui qui est connu (sous le nom) de Tabennîsi. Il mit parmi eux un chef du monastère, un économe et des frères en charge ; il fixa à chacun d’eux des limites, il leur recommanda de ne pas les transgresser, d’obéir les uns aux autres sans négligence, sans prétendre que les règlements et les lois étaient faits pour les seuls novices et qu’il n’y en a point pour ceux qui sont parfaits, selon la parole de l’apôtre Paul : « Toutes choses aident ceux qui veillent à faire le bien3; » car pour celui qui est parfait, expérimenté et actif, ses pieds ne feront pas un faux pas, quand même il aurait oublié les 1 Ce sont des gens spécialement chargés de veiller à la sûreté des autres peudaut la uuit.
! Petit village encore existant sous le nom de Faou, situé sur vin, 28; mais la parole n’est pas textuelle. règlements, l’organisation, ainsi que le dit le psaume trente-sixième : « Dieu connaît les voies des purs et il leur servira d’héritage à jamais ; dans le temps du malheur ils ne seront pas confondus et au temps de la famine ils seront rassasiés1. » Notre père Pakhôme allait fréquemment dans ce monastère, nuit et jour, comme un serviteur fidèle et un bon Et lorsque les frères furent devenus nombreux dans ce monastère de Bafoua et qu’il fut étroit pour eux, un vieillard dévot et saint, nommé le père Nougous, vint trouver le saint (homme) et voulut lui confier un monastère qu’il avait bâti pour lui même dans la terre de Schinoubeskia2, c’està-dire l’endroit où paissent les oies : c’est le village où le grand (homme) avait reçu le baptême, ainsi que nous l’avons dit.
Pakhôme devait le faire à la mode du cénobitisme, car ce monastère était grand, spacieux et ne renfermait qu’un petit nombre de moines. Le grand père l’accepta de lui et remerçia Dieu. Il y fit ensuite transporter de son premier monastère une foule de frères dévots, après leur avoir désigné un père du monastère et un second (pour être) économe ; il leur ordonna d’apprendre aux moines de ce monastère (les règles de) leur coutume et de leur conduite. Et ainsi qu’est transcrit le grec Xï)vo66<mov : c’est un nouvel exemple du changement du -/ en çy. quand ce monastère fut rempli de frères et ne fut plus assez grand pour eux, notre père Pakhôme bâtit un quatrième monastère dans la terre appelée Mankhousim, et sous ce nom est connu ce monastère ; il y établit des frères bénis d’entre les moines les plus parfaits, contentant Dieu par leurs bonnes actions.
Et ils marchèrent dans les voies du cénobitisme spirituel. De ces monastères en dérivèrent plusieurs autres, si bien que le nombre des frères atteignît sept mille hommes. Et le père Pakhôme les visitait et les soulageait de leurs fardeaux, comme un père pitoyable envers ses propres enfants. apprit (tout cela), elle descendit vers lui à Tabennîsi pour le voir. Quand on le lui apprit, il envoya vers elle le frère portier du monastère pour lui dire : « Certes, tu as entendu dire que je suis vivant : ne t’attriste point de ne pas m’avoir vu ; mais si tu veux échanger la vie du monde pour trouver miséricorde près de Dieu, examine-toi à ce sujet et les frères te bâtiront une demeure où tu seras seule ; par ton moyen, le Seigneur appellera d’autres personnes qui seront sauvées à cause de loi ; car il n’est pour l’homme d’autre espoir en ce monde que de faire le bien, avant qu’il sorte du corps et qu’on le conduise au lieu où on ne peut le secourir.
« Et lorsqu’elle eut entendu ces (paroles) sur la rive du fleuve, elle pleura, (puis) elle consentit. Lorsque notre père Pakhôme vit que son cœur inclinait vers la vie sainte, il envoya des frères pour lui bâtir un monastère près du village, un peu loin de son propre monastère. Peu après un grand nombre (de femmes) ayant appris la nouvelle vinrent habiter près d’elle ; elle fut leur mère et une bonne vieille (sœur)1 jusqu’au jour de sa mort. Lorsque notre père Pakhôme vit qu’elles étaient devenues nombreuses, il leur désigna un vieillard, nommé anba Pierre, pour leur servir de père, leur parler souvent des Écritures et sauver (ainsi) leurs âmes. Il leur écrivit les règles des frères dans un livre et le leur envoya comme une nourriture véritable, afin qu’elles les accomplissent.
Si parmi les frères, quelqu’un non encore parvenu à la perfection2 voulait rendre visite à au père Pierre ; celui-ci envoyait chercher la mère des religieuses avec cette autre sœur et une (troisième) : ils s’asseyaient tous avec grande crainte jusqu’à ce que la visite fût (terminée) ; alors elles se levaient et s’en allaient. Si quelqu’une 1 Le mot employé est spécial aux femmes : il correspond au copte £5eAA(u. C’est un titre qu’on acquérait autant par la perfection que par l’âge.
Ce sont les profès modernes : leur perfection était nécessairement très relative. d’entre elles mourait, elles la portaient au lieu de leur adoration1; leur mère la revêtait du linceul. Alors le vieillard anba Pierre informait le père Pakhôme de la chose : celui-ci choisissait des gens de bonne conduite et les envoyait : ils entraient dans leur communauté, s’arrêtaient sous le portique, chantaient doucement des psaumes jusqu’à ce qu’on l’eût ensevelie et mise dans le cercueil : leur père était derrière elles, et leur mère devant elles et fait la prière sur elle. Bit lorsque le vieillard, leur père, mourut, Pakhôme leur en désigna un autre nommé anba Didouia, fort vertueux. Quand on avait besoin de restaurer quelque bâtiment dans le monastère de femmes, le père (Pakhôme) leur envoyait des frères sur lesquels il pouvait compter, et le père anba Pierre les surveillait jusqu’à la fin du travail.
Elles enterraient quelques-unes d’entre elles dans des tombeaux isolés, dans le monastère (même), et elles en portaient d’autres vers la montagne ; toutes suivaient avec des chants. Elles atteignirent le nombre de quatre cents religieuses. Leur nourriture habituelle, leurs jeûnes, leurs habits, le voile excepté, corres C’est-à-dire dans leur oratoire ou leur église.
Il semble que le texte soit ici écourté. pondaient à ceux du grand monastère. Il arriva dans ce monastère de femmes une chose attristante : un tailleur laïque, dans son ignorance, frappa à la porte du monastère voulant travailler (et) demandant du travail. Il arriva qu’une sœur sortit du monastère pour quelque besoin : comme l’endroit était désert, elle rencontra le tailleur et lui dit avec frayeur et crainte : « Que veux-tu ici, ô frère ? »
Il lui dit : « Je suis un tailleur, je demande du travail. »
Elle lui répondit en disant : « 0 frère, nous avons des tailleurs qui nous sont propres. » Et le tailleur s’en alla et la vierge marcha dans son chemin. Pendant que la vierge causait avec le tailleur, l’une des sœurs la vit. Quelque temps après, ces deux vierges, par suite d’une ruse de Satan, eurent une dispute : la sœur, excitée par Iblis, se mit en colère contre la seconde, la maudit et lui reprocha le tailleur. Quant à la jeune sœur, comme elle était encore novice, le mensonge de la sœur lui fit mal, elle pleura d’abondantes larmes ; et, dans la grandeur de sa honte en présence des sœurs, elle alla secrètement vers le fleuve, se jeta dedans, fut asphyxiée et quitta la vie. Quand la sœur qui lui avait fait des reproches apprit la chose, elle s’attrista grandement de lui avoir fait perdre la vie et avoir causé du trouble aux sœurs : elle alla de son côté et s’étrangla avec une corde.
Et quand la nouvelle de ce qu’elles avaient fait parvint au père Pakhôme, il fut grandement affligé et il ordonna de ne pas prononcer leurs noms dans la prière et de ne pas célébrer la messe pour elles, de ne point recevoir d’offrandes et faire d’aumônes pour elles. Quant aux sœurs, comme elles n’avaient pas cherché à savoir celle qui avait été injuste et celle qui avait été traitée injustement, comme elles n’avaient pas fait la paix entre les deux religieuses, mais les avaient négligées croyant peut-être à la calomnie et à l’injure de l’autre sœur, elles furent privées de recevoir le corps pur, spirituel et le sang pur (du Seigneur) pendant Quand on eut consacré le père Athanase patriarche d’Alexandrie, il se dirigea vers le Sa’id jusqu’à Bafoua1 voulant aller jusqu’à Assouan pour encourager les églises.
Et lorsque anba Pakhôme vit que beaucoup d’évêques étaient sortis à sa rencontre, il sortit aussi avec les frères au-devant de lui ; on chantait des psaumes devant l’archevêque jusqu’à ce qu’il fût entré dans la communauté y eût fait la prière et dans toute leur habitation. Et voici que Sérapion, évêque de Dendérah, prit la main du 1 À partir de cet endroit le mss. écrit toujours Edfou pour Bafoua. patriarche et lui dit : « Je prie ta charité divine de faire prêtre anba Pakhôme, le père des moines, afin qu’il dirige tous les moines de mon diocèse : car pour moi, je ne le peux pas. » Anba Pakhôme disparut aussitôt du milieu de la foule. Lorsque le patriarche se fut assis, ainsi que la grande foule qui l’accompagnait, il dit à anba Sérapion : « En vérité, j’ai entendu parler de la foi d’anba Pakhôme que tu viens de nommer, pendant que j’étais dans le Sa’id 1, avant qu’on ne m’eût imposé les mains.
« Il se leva ensuite, pria et dit aux enfants de Pakhôme : « Saluez votre père et dites-lui : Tu t’es caché de moi et tu as fui les choses sur lesquelles il pourrait y avoir de l’envie et de la jalousie, tu t’es choisi la dignité de la vertu qui sera à jamais éternelle avec le Messie. Que Notre-Seigneur le donne selon ton cœur puisque, lu as fui la dignité vaine et momentanée. Ce n’est pas toi seul qui ne veux pas cela : moi aussi, j’étendrai la main devant le Très-IIaut et l’Éternel pour ne pas te forcer à gouverner et t’obliger jamais à cette chose ; mais, avec la volonté de Dieu, lorsque je reviendrai vers toi, je serai digne de voir ta charité divine. » Alors il les quitta, alla vers le Sa’id, accompagné d’évêques ‘ Le texte copte dit à Alexandrie : peut-être y a-t-il faute, peut-être qu’est-ce qu’une version diffénombreux et de foules nombreuses, portant des flambeaux et des encensoirs innombrables.
Après son départ, anba Pakhôme sortit de l’endroit où il s’était caché. Un jour un frère moine arriva du nord, et, comme il était arrivé tard au soir àTabennîsi, il fut obligé de passer la nuit au monastère. Anba Pakhôme fit en sorte que les frères lui témoignassent une grande amitié1; et lorsqu’ils eurent fini de manger, anba Pakhôme s’assit pour parler aux frères la parole de Dieu et leur expliquer les Écritures. Ce frère s’assit et écouta. Et lorsque ce frère se fut rendu à son monastère dans le Sa’id, aux environs d’Esneh, le soir du jour de son arrivée2, les frères se réunirent comme d’habitude après avoir mangé, afin que chacun dît ce qu’il savait des Écritures ; et (ce soir-là aussi) chacun dit la parole qu’il avait apprise ou qu’il avait entendue d’autrui.
Il y avait un jeune garçon, nommé Théodore, fils de grands personnages, qui écoutait avec attention ce que chacun disait, ne disant rien (lui-même), mais gardant le silence. Nous devons commencer l’histoire de notre père Théodore avant d’achever celle de notre père Pakhôme, à cause des actions nombreuses qu’il a faites 1 C’est-à-dire qu’on le fit bien manger.
2 M. à ni. : de ce même jour. en sa compagnie et des nombreuses révélations que le Seigneur leur découvrit à tous deux. Et voici sa vie. À la douzième année de son âge, pendant qu’il était jeune dans la maison de son père, il allait tous les jours à l’école pour lire, car son père désirait qu’il apprît les écritures, car c’était (un homme) riche. Son épouse, femme fidèle, aimait Théodore plus que tous ses autres enfants, car il était intelligent et plein de foi. Le onzième jour du mois de Touba1 qui est la fête de l’Epiphanie, ses parents avaient fait cuire les mets, préparé les vins, fait étendre les tapis dans les salles et dans les chambres. Le jeune garçon sortit du bain, car il était malade, il vit les tapis étendus et la maison pleine de bonnes choses.
Aussitôt cette pensée lui vint : « Si tu manges de ces mets. Dieu ne t’accordera pas les biens de l’autre vie. » Sur-le-champ il alla dans un endroit isolé de la maison, s’agenouilla, pria en pleurant vers le Seigneur, sans que personne l’entendit en cet endroit, et disant : « Je ne veux point de ces mets corruptibles qui font périr ; mais c’est toi seul que je désire avec les biens que tu as destinés aux fidèles dans l’autre monde. » Il continua longtemps de prier en répétant ces mots et de pleurer. Cependant sa mère le cherchait Qui correspond au 7 janvier. dans la maison : personne n’avait mangé parce qu’on l’attendait. Quand elle l’eut trouvé, elle vit qu’il avait pleuré, elle lui dit : « Tu as pleuré, mon fils ! où étais-tu ? nous te cherchions. »
Alors il lui dit : « Je n’ai rien. »
Elle lui dit : « Viens avec nous manger : ne sais-tu pas que si tu ne manges pas, nous ne goûterons rien. »
Et il dit : « Je ne goûterai rien en ce moment. » Et il ne voulut point lui obéir. Ce fut la première action que lui inspira et lui fit sentir le Seigneur : de ce jour il fit des dévotions comme les moines, il ne mangea rien d’où sortait du sang, il ne but point de vin ; chaque jour, il jeûnait jusqu’au soir, et à chaque instant il pleurait vers le Seigneur, comme il avait fait aux premiers jours, au moment où il avait eu le bon sentiment et sentit si bien l’idée de ce qu’il avait l’intention de faire, en fait de bonnes actions, qu’à cause de l’abondance de ses larmes, il en eut mal aux yeux. Il allait à l’école tous les jours. Mais au bout d’une année, il y avait en dehors du village un monastère dans lequel habitaient des frères, vivant séparés chacun dans sa cellule : il entra lui aussi dans cet endroit et vécut solitaire.
Tous les frères l’aimaient, parce qu’il avait (trouvé) grâce près d’eux tous, à cause de son intelligence, de sa crainte de Dieu et de sa modestie. C’était l’habitude des frères qui se trouvaient dans ce monastère de se réunir les uns aux autres chaque jour au soir, après qu’ils avaient mangé, pour parler des Écritures et dire ce que chacun savait, soit qu’il l’eût appris par cœur, soit qu’il l’eût entendu dire : en un mot chacun disait ce qu’il avait entendu ou appris. Et un jour parmi les jours, comme ils étaient réunis, s’interrogeant les uns les autres, selon leur habitude, sur la parole de Dieu et l’approfondissant, quelqu’un dit : « Écoulez-moi, et je vous dirai cette parole avec son explication : je l’ai entendue de notre père Pakhôme, l’homme de Dieu.
Il est écrit dans les Proverbes que Dieu aime les purs, et quiconque est pur à ses yeux est élu : il (veut) dire les cœurs des purs, qu’il les aime ainsi que tous ceux qui marchent dans la loi du Seigneur, celle qui a été donnée par l’entremise de Moyse, comme l’a dit Paul : « Voici que je suis devenu » sans faute, et dans les bonnes choses de la loi je suis sans défaut1. « Et s’il dit que tous les justes sont élus près de lui, il veut seulement parler de ceux qui ont pratiqué la loi sans défaut, comme il convient à l’Évangile du Fils de Dieu. » Et lorsque le frère eut dit cette parole et son explication, il dit : « Dieu me pardonnera, parce que j’ai parlé en ce moment de l’homme juste et de ce que je lui ai entendu dire. » Et lorsque Théodore l’eut entendu, son cœur s’emflamma comme le feu.
Quand il fut tout seul, il pria vers le Seigneur disant : « 0 Dieu, Seigneur, Créateur de toute chose, si tu m’exauces et m’accordes ce que je te demande, si tu me fais voir ton Ep. ad Rom. ; mais la citation ne répond pas au texte. serviteur Pakhôme, je te servirai tous les jours de ma vie et je ne m’écarterai point de toi jusqu’au jour de ma mort. Que ta volonté soit faite, et rends-moi digne de voir ton serviteur ! » Quand il eût fini sa prière, le sentiment qui (remplissait) son cœur ne le laissa point dormir cette nuit, il se levait à chaque moment et pleurait vers Dieu disant : « Rends-moi digne de voir ton serviteur ! » et il continua ainsi jusqu’au malin. Puis il appela ce frère qui au soir avait cité la parole, il entra dans sa cellule et lui dit : « Je te prie de m’apprendre la vie de cet homme dont tu as parlé hier. »
Et le frère dit : « Quant aux peines de cet homme, elles sont nombreuses d’après ce que j’ai entendu dire ; mais je t’apprendrai ses actions principales. Tout jeune garçon qui se rend près de lui pour se faire moine ou pour faire des dévotions, il s’applique à le garder pur et sans péché. » -= Théodore lui dit : « Apprends-moi les règles qu’il a données aux frères pour leur travail et pour leur nourriture, en un mot tout ce qu’il leur a imposé. »
Le frère lui apprit aussitôt toutes les règles données aux frères, et lorsque Théodore les eût apprises, il fut assidu à prier jour et nuit, demandant au Seigneur de lui rendre facile le chemin qui le réunirait à notre père anba Pakhôme, et il disait : « O (Dieu) miséricordieux, qui exauces tous ceux qui le prient, rends-moi digne de parvenir à ton serviteur pour que je mérite de te connaître par son entremise. » Et une fois qu’il était tombé malade, ses parents lui apportèrent de la nourriture dans le monastère où il se trouvait ; mais il n’en voulut point, craignant de désobéir aux règles qu’il avait apprises de ce frère, parce qu’ainsi agissaient les frères d’anba Pakhôme. Comme sa maladie devint plus grave, ses parents le prirent et l’emmenèrent chez eux, et il ne le sut pas, tellement il était malade ; quand il eut recouvré un peu de connaissance, il l’apprit.
On lui demanda de manger un peu : il ne le voulut point disant : « Dussé-je en mourir, je ne goûterai rien chez vous. » Quand ses parents virent qu’il ne leur obéirait pas et ne mangerait pas, ils le retournèrent au monastère, et les frères le servirent jusqu’à ce qu’il fût guéri de sa maladie. Après quatre mois d’implorations vers Dieu afin qu’il exauçât sa prière, un grand frère dévot descendit chez eux : il était de la communauté de Pakhôme et avait été désigné pour servir les frères, il se nommait Athanase1 et était étonnant dans sa conduite et ses prières. Lorsque le jeune Théodore l’eut vu, la pensée lui vint aussitôt, comme si quelqu’un lui disait de la part de Dieu : « Voici l’homme par la main 1 Le texte copte nomme ce père apa Pegôsch : je ne sais pourquoi le texte arabe met Athanase.
Je suppose qu’il doit y avoir eu corruption du texte par suite de mauvaise lecture du nom copte duquel Dieu accomplira ce que tu as demandé et qui te conduira vers l’homme pieux. « Et alors il alla le trouver et lui parla de cette affaire. Mais lorsque Athanase l’eût entendu, il craignit de le faire, de peur que les parents du jeune homme ne le battissent à son sujet. Et voici que Théodore cacha son dessein dans son cœur, jusqu’au moment où le moine devait s’embarquer ; il les suivit ’à pied jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés vers le nord1. Et lorsque les frères qui étaient dans la barque le virent, ils dirent à Athanase : « Est-ce que ce (n’)est (pas) le jeune homme qui t’a dit : Je veux aller avec vous ? Depuis ce matin jusqu’à ce moment il marche parallèlement à nous.
« Ils firent accoster la barque, le prirent et admirèrent le bon désir qui était dans le cœur du jeune homme. C’est ainsi qu’ils le conduisirent à la communauté. Et lorsqu’il fut proche des murs du couvent, il les baisa disant : « Seigneur, sois béni, tu m’as accordé ce que je t’ai demandé. » Quand il fut réuni à notre père Pakhôme, il pleura et le salua. Pakhôme le voyant pleurer, lui dit : « Ne pleure pas, mon fils ? Celui pour lequel tu as fui et vers lequel tu t’es réfugié est le Seigneur Jésus le Messie : il accomplira pour toi tout ce que lu as conçu dans ton cœur. » Et. lorsque Théodore fut entré parmi les frères, il allait trouver les grands afin qu’ils lui apprissent la conduite qu’il devait mener. Il avait alors quatorze 1 C’est-à-dire jusqu’à ce qu’ils eussent un peu descendu le Nil.
ans, et c’était la cinquième année depuis l’établissement de la communauté à Tabennîsi. Un jour, il entendit notre père Pakhôme qui enseignait les frères et disait : « Si l’homme possédait la science véritable, il ne pécherait ni contre Dieu, ni contre son prochain. » Lorsqu’il eut entendu ces paroles, il s’attrista et pria vers Dieu, disant : « 0 Seigneur vers lequel je me suis enfui, je croyais t’avoir trouvé, mais te voici bien loin, et je ne le sais point, parce que je n’ai pas la véritable science, afin de ne pas pécher contre toi. Mais maintenant, ô (Dieu) béni, accorde-moi ta science comme tu l’as promis à quiconque t’aimerait, afin que je fasse tout ce qui peut te contenter. » Anba Pakhôme ayant vu que Théodore pleurait souvent à ce sujet lui disait quand il le rencontrait : « Applique-toi, mon fils, à acquérir la science véritable.
« Il l’appela ensuite pendant la nuit, au moment où la lune brillait ; il lui dit : « Lève les yeux pour voir comme cet astre brillant éclaire toute la terre, et cependant c’est une créature de Dieu ; celui qui l’a créée avec le soleil et toutes les créatures, est invisible, et tu vois sa clarté et sa gloire. Crains-le tous les jours de ta vie : sache que c’est lui qui nous a créés avec toutes les autres créatures et que nous sommes dans sa main. Quand tu auras sa crainte et croiras qu’il te voit à chaque instant, prends garde de pécher contre lui, et ainsi le vrai secours te sera envoyé de sa part. Rends-lui gloire chaque jour. » Pendant qu’ils parlaient ainsi, ils pleuraient tous les deux : ils prièrent (ensuite) et s’en allèrent. Lorsque les jours de la Pâque1 arrivèrent, Théodore alla trouver Pakhôme et lui dit : « O mon père, lorsque j’étais du monde, je jeûnais deux jours de suite2: et maintenant que faut-il faire, lorsque Dieu m’a fait entrer dans cette (vie) parfaite ?
Faut-il que je jeune jusqu’au quatrième jour de la Pâque, et les deux autres jours je travaillerai ? »
Il lui dit : « Pendant toute ta vie, ne dépasse pas les canons de nos pères. Ils nous ont recommandé de jeûner deux jours de suite, de veiller dans la prière, de travailler de nos mains pendant le jour, à cause du commandement de Dieu, tant que nous serons dans les tourments du corps ; (et nous ferons ainsi) plus que ceux qui jeûnent quatre jours de suite et toute la Pâque, car ils ne peuvent continuer leurs prières, ni s’efforcer d’accomplir les deux commandements qui sont l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Et quel profit ont ceux qui agissent de la sorte ? Mais l’homme pur doit examiner toute action, avant de la commencer, (et voir) si elle est profitable. Nous entendons dire de ceux qui agissent ainsi3, qu’ils causent de la peine aux autres qui sont sous leur service, qu’ils leur causent de l’ennui, à cause de la faiblesse de 1 Par la Pâque, il faut euteudre ici le carême tout entier.
Ce qui siguiue rester deux jours sans manger : de même plus bas il faut entendre quatre jours sans manger.
J C’est-à-dire ceux qui jeûnent comme il vient d’être dit. leur corps causée par l’excès du jeûne. Après la Pâque, ils se préparent des mets nombreux pour se fortifier. Et si quelqu’un me dit : « Je suis » assez fort de corps pour jeûner toute la Pâque, continuer mes prières, « garder mon âme de la vaine gloire, ne pas la laisser entrer en moi 1; et » quand j’aurai rompu le jeûne, je me garderai de me préparer ni mets ni « boissons ; » nous lui dirons : « Si tu es fort, tu le feras (en effet) ; mais si » quelqu’un de faible te voit et t’imite en cela, il se faliguera beaucoup et « en empêchera beaucoup d’autres de continuer leurs prières : les parfaits » dévots ne se mortifient pas pendant six jours seulement ; mais toute leur « vie leur sert de Pâque jusqu’au jour de leur mort, et ils recevront le » corps du Seigneur, c’est-à-dire les saints mystères, à chaque fois, aux « jours fixés2; car c’est par eux que nous sommes purifiés et vivons, sans » cela nous serions comme les hérétiques qui jeûnent le dimanche sans « recevoir le corps du Seigneur et disent : « Si nous le recevions, nous » romprions et nous adoucirions le jeûne.
« C’est pourquoi nous devons » le recevoir à chaque fois, sans rompre le jeûne par le manger et le boire, 1 M. à m. : la recevoir eu moi.
Ou peut voir d’après ce passage et ce qui suit, que communier, c’était rompre le jeûne.
« car cela convient à la fête du Messie. » Et quand Théodore entendit ces paroles, il les accepta comme si elles venaient du Saint-Esprit. Un certain jour, pendant que les frères mangeaient, le chef de la maison les servait : c’était pendant le temps du khamsin et il leur donna du fromage à manger. Quand Théodore eut fini, le chef lui donna encore d’autre fromage à manger : il ne voulut pas le prendre et dit : « Jen’enveux pas. » Comme l’autre le pressait, il dit : « Non. » Et notre père Pakhôme dit : « Quelle est cette parole que lu viens de dire : non ? Par ce mot, tu as donné lieu à Satan de te faire pécher. Si tu veux dire : non, dis : Je neveux pas : et ne prends point ce mot pour habitude, car ce n’est pas un bon fruit. » Et quand Théodore eut entendu cela, il s’attrista beaucoup et ne le dit plus : c’est ainsi que (le père) édifiait Théodore et tous les frères dans la crainte de Dieu en toute bonne intention.
Notre père Pakhôme avait un habit dont il avait cousu (toutes les parties) ensemble, et qu’il portait chaque jour au soir, à cause de l’hiver et du froid, et parce qu’il ne se servait jamais de couverture. Si un prêtre ou un frère venaient à lui, il sortait les recevoir portant cet (habit). Et lorsqu’un des frères qui tra’Veut brûlant du midi, qui peut souffler peudaut une période de cinquante jours, de la un de mars au commencement de mai. vaillaient à la barque, il se nommait anba Thanasia et c’était un ancien parmi les frères, vit cela, il dit à Théodore : « Il n’est pas convenable que notre père reçoive les frères visiteurs en portant cet habit misérable : donne-le moi, que je le porte au magasin1 et qu’il ne le trouve point : et quand il le cherchera, je lui en donnerai un autre à la place.
« Quand Théodore entendit ces paroles, elles lui plurent, il lui donna l’habit et en mit un autre à la place. Le soir venu, Pakhôme chercha son habit et ne le trouva point. Il dit à Théodore : « Où est mon habit ? »
Théodore lui dit : « Prends celui qu’on a mis à la place. »
Pakhôme lui dit : « O simple, donne-moi mon habit. »
Théodore répondit : « Prends celui qu’on a placé (ici). »
Et lorsque Pakhôme (l’)eut demandé une troisième fois, Théodore s’attrista et se (repentit) de ce qu’il avait fait, surtout quand il vit que Pakhôme avait besoin de l’habit à cause de l’hiver : ses larmes coulèrent sur ses joues et il dit : « Tu ne le trouveras pas maintenant. » Notre père Pakhôme resta ensuite sept ans à parler de cette chose devant le Seigneur, (disant) en sa prière : « Pardonne-moi l’échange que j’ai fait, car il m’a fallu lui obéir et prendre le vêtement qu’il m’avait présenté ; 1 Le mot employé ici dans le texte est &’qui signifie réunion. Le contexte semble bien iudi quer le sens de magasin général des habits. autrement je me serais rendu responsable d’un doux échange1 à cause de cet habit, surtout parce qu’il était chargé de ce service.
Je devais donc lui obéir, car moi-même j’enseigne l’obéissance et je serais devenu désobéissant. « Et une fois que notre père Pakhôme tomba malade, Théodore le mena à l’endroit où mangeaient les frères malades pour lui donner à manger. Le frère chargé du service lui fit cuire un peu de bon bouillon, et quand Pakôrne l’eût goûté, il vit que le bouillon était bien cuit, il dit au frère : « Tu ne sais pas faire cuire les mets, donne-moi un peu d’eau. » Lorsque le frère lui eu eut donné, il versa l’eau dans le plat et l’en remplit. Théodore lui versa ensuite un peu d’eau sur les mains afin de les laver avant qu’il ne mangeât, et pendant qu’il lavait ses mains, il jeta l’eau sur les pieds de Théodore, comme s’il les lavait. Lorsqu’il eut fini de manger, Théodore lui dit : « Qu’est-ce que tu as fait en versant de l’eau dans le mets, si bien qu’il en a été gâté ? »
Pakhôme lui répondit : « Pendant toute ta vie, en toute chose que tu feras, garde ton cœur de la tentation, afin que tu ne t’écartes pas du bon chemin ; car le frère qui m’a préparé à manger, me l’a préparé avec beaucoup d’ardeur, et l’ardeur n’est pas durable parmi les hommes. Et je me suis dit : je vais manger 1 M. à ni. : je tomberai sous le jugement de l’échange. VIE DE PAKHÔME bon cette fois-ci, et demain viendra, je serai malade et j’attendrai encore que le frère me donne bon à manger, et pour cette cause, mon cœur sera dans le trouble. C’est pourquoi j’ai gâté ce qu’il m’a donné de bon, afin qu’un autre jour, s’il est négligent et ne me prépare pas aussi bon, cela me soit indifférent ; car nous n’ignorons pas que le tentateur tente l’homme croyant. »
Théodore lui demanda alors : « Pourquoi, au moment où je t’ai lavé les mains, as-tu versé l’eau sur mes pieds comme si tu les lavais ? »
Il lui dit : « J’ai fait ainsi afin que si dans l’autre monde on me dit : « Théodore a versé l’eau sur les mains, je puisse dire aussi : Je lui ai de même lavé les pieds ; car je vous le dis, les actions même les plus viles qu’on fait, on les citera dans l’autre monde. »
Un jour qu’on avait donné à manger aux frères quelque chose dont chacun devait avoir une partie, il demanda : « Qui est-ce qui va la partager entre eux ? » Lorsqu’on lui en eut appris le nom, il dit : « Ce frère est juste, car il ne m’a pas donné une plus grosse part qu’aux autres frères. » Comme il allait un jour au travail avec les frères, et que chacun avec son compagnon devait porter un peu de pain, un frère lui dit : « Toi, tu ne porteras rien, car je porterai ce qu’il nous faut à nous deux. »
Il répondit : « Il n’en sera pas ainsi, car il est écrit au sujet du supérieur qu’il doit ressembler aux frères en toute chose ; et moi, je laisserais mes frères porter une chose pour moi, ou faire quelque chose sans que je fasse comme eux ? C’est pour cela que les autres monastères sont dans le relâchement, car parmi eux les grands se font servir par les petits. Il ne convient pas de faire ainsi, car il est écrit : « Que quiconque veut être grand parmi vous soit comme Un jour le frère de Théodore vint à la porte du monastère pour se faire moine et Théodore n’était pas là, mais il avait été envoyé à son service. Son frère disait aux moines : « Si je ne me réunis pas à Théodore, je ne serai pas moine. » Et lorsque Théodore fut revenu, ils lui dirent : » l’on frère a parlé ainsi.
« Il ne voulut pas le voir. Et lorsque notre père Pakhôme l’eut exhorté à aller lui parler2, il alla le (voir) et après l’avoir salué, il lui dit : « Si lu es venu ici pour moi, retourne d’ou tu es venu ; si tu es venu à cause de Dieu, pourquoi n’as-tu pas consenti à te faire moine avant que je ne fusse venu vers toi ? » Après lui avoir ainsi parlé, il le quitta et s’en retourna. Son frère le saisit au passage et lui dit en pleurant : « Combien (n’)y a-t-il (pas) de jours que j’attends ton arrivée ! et lorsque tu viens tu me dis une parole dure. »
Il lui dit : « Si c’est à cause de moi que tu es venu te faire moine aujourd’hui, tu quitterais donc aussi la vie monaallât lui parler. cale si je l’abandonnais ! Mais si c’est par suite de la crainte de Dieu que tu agis ainsi, que je supporte ou ne supporte pas cette vie, toi, tu resteras continuellement. » Après cela, on le fit entrer vers les frères : il demanda (où était) la cellule de Théodore, et lorsqu’on la lui eut fait connaître, il y entra et s’assit. Quand Théodore vint et le vit, il lui dit en plein visage : « Reste au lieu où tu es ; mais moi, je ne veux point habiter ici, de peur que nous ne ressemblions à des gens qui ont une parenté corporelle. Laisse-moi habiter près de toi comme tous les frères ; car en cette habitation il n’y a pas de différence, nous sommes tous serviteurs de Dieu et fils de notre père.
« Et lorsque son frère eut entendu ces paroles, il alla trouver notre père Pakhômeen pleurant et lui dit : « Renvoie-moi vers ma maison : je ne veux plus être moine, car lorsque Théodore m’a parlé la première fois près de la porte, il m’a dit une parole dure comme à un étranger, et pu supporter sa parole en aucune manière. » Et voici que noire père Pakhôme fit appeler Théodore et lui dit : « Pourquoi lui as-tu parlé avec dureté ? Ne sais-tu pas que c’est une plante nouvelle et penses-tu que quiconque viendra pour être moine aura la crainte du Saint-Esprit ? car il y a des gens qui viennent pour sauver leurs âmes, d’autres viennent pour d’autres motifs. Ces derniers, les frères fidèles les supportent en tout jusqu’à ce qu’ils aient appris le chemin de Dieu et qu’ils aient laissé leurs pensées corporelles : c’est ainsi qu’ont fait les saints, si bien qu’ils ont sauvé ceux qui le voulaient parmi le genre humain.
Et toi, ait appris la science Un jour Théodore alla trouver anba Pakhôme, pleurant de grandes larmes, et il n’y avait pas plus de six mois qu’il était avec les frères. Pakhôme lui dit : « Pourquoi pleures-tu ? » Il était tout surpris de le voir pleurer bellement souventes fois malgré sa jeunesse. Théodore lui dit : « Je veux que tu me confesses si je verrai le Seigneur ou non ; si je ne suis pas digne de voir mon Créateur quel profit aurai-je d’être né en ce monde ? »
Pakhôme lui dit : « Fais tout ton possible pour observer les commandements écrits dans l’Évangile qui dit : « Heureuxceux quisontpurs, car ils verront Dieu1. » Si une pensée impure, commeunepenséedehaineoude fornication, ou autre chose semblable, comme de mépris pour les frères ou de vaine gloire monte en ton cœur, pense et dis-toi en ce moment : Si je donne l’acquiescement de mon cœur à l’une de ces pensées, je ne verrai pas Dieu. Et si tu veux ôter de ton cœur toutes ces pensées, fais croître en toi-même un fruit pur (de ceux dont il est) parlé dans les Écritures et prends la résolution ferme de faire tout ton possible pour t’y conformer1 selon ta force. Ainsi les mauvaises pensées diminueront en toi peu à peu. Tout d’abord, l’homme qui s’avance pour marcher dans le contentement de Dieu doit purifier sa conscience de tout ce qu’il pense être un mal, car tout homme possède une conscience, une libre volonté, un bon discernement et un (certain) savoir.
La conscience pique l’homme qui fait le mal2 et lui dit : « Ce que tu viens de faire est mal ; » et à ceux qui connaissent les commandements de Dieu, la conscience, lorsqu’ils pèchent, témoigne qu’ils ont désobéi à ces commandements. Et si l’homme désobéit aux commandements écrits et que sa conscience ne puisse (réussir) à le piquer dans ses actions, il perd sa conscience et la brûle3, si bien qu’une seconde fois elle ne le réprimandera pas. Si l’homme, au contraire, garde sa conscience pure, le Saint-Esprit descend en lui comme en un vase garni d’or. Si le Saint-Esprit descend ainsi en l’homme, il rendra les membres4 de l’âme manifestes et élèvera sa conscience : quant à ceux qui ne possèdent pas 1 M. à m. : Rassure ton cœur que tu feras ton possible pour marcher en eux selon ta force.
M. à m. : pique l’homme à cause du mal.
3 La conscience est comparée ici, je crois, à une fleur que le vent brûle.
4 Ce mot membres doit être entendu dans le sens philosophique que nous attachons au mot faculté : comme les Coptes matérialisaient l’âme, ainsi qu’on le verra plus loin, ils matérialisaient aussi ses facultés. l’Esprit de Dieu, ces membres se trouvent dans leur cœur, je veux dire la conscience et l’intelligence, mais ils ne sont pas visibles. « Et lorsque Théodore entendit ces paroles, il fut dans l’admiration et se prépara avec joie à marcher dans la pureté de cœur, afin que le Seigneur accomplit son désir. El en cette année, et c’était la première depuis qu’il était venu parmi les frères, pendant qu’il était assis dans sa cellule à tresser.des cordes, comme sa pensée le piquait, il se leva pour prier. Après cela il regarda et vit sa cellule illuminée : et voici qu’il vit deux Anges sous la forme de deux hommes ; et, lorsque ce jeune homme les eut vus, il fut rempli de crainte, parce que rien ne lui était encore apparu venant de Dieu.
Aussitôt il sortit et se jeta sur la terrasse ; mais les deux hommes se dirigèrent vers la terrasse et lui enlevèrent sa frayeur. Alors le plus grand d’entre eux lui dit : « Tends à main. » Il l’étendit comme il le faisait au moment de recevoir les mystères, et on lui mit dans les mains un grand nombre de clefs. Il les prit de ses deux mains : alors il ne vit plus les deux hommes. Il ne parla point de cette vision à notre père anba Pakhôme par honte, se disant : « Qui suis-je pour que je m’égale à mon père, l’homme de En la dixième année depuis son arrivée chez les frères, sa mère vint pour le voir. Elle avait pris une lettre du père évêque (d’Esneh) pour notre père anba Pakhôme, afin qu’il lui laissât voir Théodore ; car en ce tempslà ilsne se montraient jamais à leurs parents charnels.
Lorsque notre père Pakhôme eut lu la lettre, il lit appeler Théodore et lui dit : « Va la trouver 1; surtout parce que l’évêque nous a écrit. »
Théodore répondit : « Je le demanderai une seule chose, dis-la moi : si je vais la trouver, ne me trouverai-je pas en défaut devant le Seigneur pour avoir désobéi aux commandements écrits dans l’Évangile ? sinon, j’irai vers elle ; mais s’il doit se trouver en moi un défaut, non seulement je n’irai pas la trouver, mais encore, si l’ordre de Dieu l’exigeait de moi, je la tuerais et ne prendrais nulle pitié d’elle. » Lorsque Pakhôme entendit ces paroles, il fut étonné et dit : « Si tu veux suivre le commandement écrit dans l’Évangile, je ne te forcerai point à le violer ; mais je t’ai dit d’aller la voir) parce qu’on m’a appris qu’elle pleurait dans la tristesse de son cœur et j’ai craint que ton cœur ne s’attristât. Pour moi, ma joie c’est que tu observes les commandements.
Quant à l’évêque qui nous a écrit la lettre, s’il apprend que tu ne l’as pas 1 M. à m. ici et plus loin : va te réunir à elle. vue, il sera plein de joie, car ce sont les évêques qui nous enseignent ce qui se trouve dans les Écritures. « Et lorsque les prêtres de l’église virent qu’il ne sortait point pour aller la trouver et qu’elle pleurait continuellement, ils prétextèrent un travail au dehors avec les frères et le lui montrèrent à Tabennîsi ; ils lui dirent : « Le voici qui travaille avec les frères : regarde-le. » Et elle le vit qui travaillait avec les frères en ce jour, elle fut consolée et s’en alla : quant à lui il ne le sut pas et ne la vit pas jusqu’au jour où il mourut. Etlorsque notre père Pakhôme vit que les gens causaient beaucoup de peines aux frères en voulant voir leurs enfants, il fit réunir les frères et leur parla ainsi : « Toute chose est bonne en son temps ; car nous suivons un chemin sévère et difficile, nous faisons plus qu’il n’est écrit dans les Écritures ; maintenant je vous apprendrai ce que nous devons faire : c’est d’aller et de marcher un peu avec les gens du dehors.
« Et Théodore progressait chaque jour en toute chose, suivant son chemin avec courage et beaucoup d’adorations, observant les instructions qu’il entendait de notre père Pakhôme et l’imitant. Et lorsque les frères virent qu’il progressait tous les jours, comme Samuel, comme il était en faveur près d’eux tous, ils se mirent à marcher sur ses traces avec émulation. Notre père Pakhôme les exhortait à l’aller trouver et à recevoir de lui consolation et encouragement dans leurs soucis. Quant à lui, il priait avec un grand nombre de frères jusqu’à ce que le Seigneur les eût apaisés. Et pendant qu’il parlait avec notre père Pakhôme et l’interrogeait sur une parole des Écritures, un des frères les plus dévots passa près d’eux : notre père Pakhôme dit : « Je m’étonne beaucoup que les Satans séduisent ce frère qui fait des adorations depuis des années, car il va souvent vers la maison de ses parents.
« Et lorsque Théodore entendit cette parole de notre père Pakhôme tout attristé de cela, aussitôt il se rendit à sa cellule et pria, disant : « O mon Seigneur, je ne suis pas aussi méritant que ce grand et ancien frère, à cause des grandes peines qu’il a souffertes ; monlre-lui le chemin de la purification par mon intercession, afin que je trouve miséricorde près de toi. » Après avoir fini sa prière, il trouvai’occasion d’aller interroger ce frère sur un mot écrit dans l’Évangile et il lui dit : « Pourquoi le Seigneur ne permet-il pas à son disciple d’aller enterrer son père. »
Le frère répondit en disant : « Il ne le permet pas de peur que le disciple ne s’en aille et ne revienne pas. »
Théodore lui dit encore : « Et aujourd’hui si quelqu’un allait chez ses parents charnels, est-ce qu’il ne désobéirait pas au commandement de l’Évangile ? »
L’autre répondit : « S’ilyvaseulement pour demander de leurs nouvelles, ce n’est pas un péché. »
Théodore lui dit : « Voilà donc la foi de Tabennîsi ! on y dit que désobéir aux commandements de l’Évangile n’est pas un péché. Et moi, avant de venir ici, je m’efforçais autant que me le permettaient mes forces et ma faiblesse, de faire ce qui me paraissait être la volonté de Dieu ; lorsque j’eus appris que vous marchiez dans la perfection selon les commandements de l’Évangile, je suis venu ici ; mais je n’y resterai plus maintenant et j’irai au lieu d’où je suis venu. » Théodore se retourna ensuite et se mit à pleurer tout triste. Lorsque le frère vit que Théodore pleurait, il en informa notre père Pakhôme et lui dit : « Viens consoler ce petit frère, sinon il doutera ; explique-lui le mot qui cause ses doutes. » Lorsque notre père Pakhôme connut la ruse qu’avait employée Théodore par la grâce de l’Esprit, il dit au frère : « C’est une plante nouvelle ; il ne fallait pas lui parler ainsi ; mais appelle-le afin que je tranquillise son cœur, sinon il s’attristera de ce qu’il t’a entendu dire.
« Et lorsque le frère eut appelé Théodore, Pakhôme dit à celui-ci : « Le frère, en causant avec toi, a seulement voulu plaisanter ; car ce n’est pas sa foi. »
Théodore lui répondit en disant : « Tu ne peux, mon père, tranquilliser mon cœur en me disant que ce n’est pas sa foi, à moins qu’il ne me le confesse de sa propre bouche : si je l’entends le confesser, je saurai qu’il ne croit pas de la sorte. » Et lorsque ce frère vit qu’il ne pouvait consoler Théodore à moins d’avouer que l’homme qui agit ainsi désobéit à l’Évangile, (il l’avoua)1; et ainsi à cause de l’aveu qu’il fit, ce frère ne revit plus ses parents jusqu’à sa mort. Un autre jour Théodore trouva un frère triste de cœur parce que, pour une certaine chose qui devait lui sauver l’âme, notre père Pakhôme l’avait réprimandé si fort que son cœur eut envie de se séparer de la communauté des frères. Théodore, pour sauver l’âme de ce frère, lui dit : « Ce n’est pas toi seulement qui souffres ; moi aussi, je suis triste de cœur par son fait, car il m’a réprimandé souventes fois.
Maintenant restons ensemble pour nous consoler l’un l’autre jusqu’à ce que nous voyions s’il cessera de nous réprimander ; sinon nous irons dans un autre endroit et nous nous retirerons. « Et lorsque le frère eut entendu ces paroles, il résolut en son cœur de faire ce que Théodore lui avait dit. Et si les frères se réunissaient pour entendre la parole de Dieu, ’Le texte est fautif, il doit y avoir eu plus un mot comme j jCà. Théodore n’y allait pas et ne parlait pas à notre père Pakhôme en apparence : mais la nuit, il allait souvent le trouver pour lui apprendre la tristesse de ce frère, et il le priait disant : « Prête-nous secours, ô notre père, afin de nous protéger contre les entreprises d’Iblis qui veut dévorer nos âmes : j’ai confiance que le Messie qui habite en toi peut nous sauver.
« Un mois après, Théodore dit à ce frère : « Allons voir le père encore une fois, et s’il nous parle avec dureté nous nous en irons ailleurs et nous nous séparerons de lui ; mais s’il nous supporte avec douceur et amour, nous le supporterons (aussi). » Et lorsqu’ils furent allés trouver Pakhôme, celui-ci leur parla avec douceur, si bien que leur cœur à tous deux fut en repos. C’est ainsi que Théodore le sauva par une ruse honnête.
Un jeune homme dit à notre père Pakhôme qu’il voulait aller voir ses parents, et Pakhôme sut que s’il l’envoyait, le frère quitterait la vie monacale. Il sut aussi que c’était un moine courageux qui pouvait être sauvé. Il fit venir Théodore, le lui confia et lui fit cette recommandation, disant : « Tu seras de son avis en toute chose, afin qu’il revienne ici avec toi. » Et lorsque le frère fut entré dans sa maison, ses parents se réunirent à lui ; puis on leur prépara une chambre pour y manger et on leur servit quelque chose de ce que mangent les moines. Le cœur du jeune homme désira manger et il fit signe à Théodore de manger avec lui. Théodore lui dit : « Mange, toi ; pour moi, je ne veux pas manger maintenant. »
Le frère lui dit : « Si tu ne manges pas avec moi, je ne retournerai pas vers les frères. » Lorsque Théodore eut entendu cela, il se rappela la parole de notre père Pakhôme, il étendit la main, il mangea un peu avec le frère. Et voici que pour cette raison Théodore resta longtemps, priant Dieu et disant : « Pardonne-moi cette action que j’ai faite ; elle n’est pas moindre que celle d’un homme qui a forniqué, car j’ai désobéi aux lois qui m’ont été données par l’entremise de ton serviteur ! » et cela parce qu’il avait entendu dire un jour à notre père Pakhôme:« Depuis le jour que je me suis fait moine, je n’ai permis à aucun laïque, même à mes connaissances, de me voir manger, afin qu’en cela aussi soit glorifié le nom du Seigneur. » Et le Seigneur était avec notre père Pakhôme en toutes ses actions, il le glorifiait et montrait à tous les frères que c’était son serviteur.
Un jour, pendant qu’on curait le puits du monastère, il appela quelques frères vigoureux qui descendirent dans l’eau. Or, c’était le soir, et il y avait un vieux frère qui n’avait pas en lui la crainte du Seigneur, parce qu’il était depuis peu avec les frères ; lorsqu’il apprit que les frères étaient descendus dans l’eau il murmura et dit : « Cet homme a peu de pitié ; il fait souffrir les enfants des hommes. » Tout à coup il vit l’Ange de Dieu qui travaillait avec eux et leur disait : « Recevez le Saint-Esprit ; car vous ne travaillez pas pour un homme, mais pour le serviteur de Dieu. » Ensuite il se retourna vers le vieillard et lui dit : « 0 vieillard qui murmures et qui n’as que peu de foi, reçois l’esprit du peu de foi. » Au matin comme les frères priaient dans l’intérieur de la congrégation1, cet homme entra au milieu d’eux et s’écria disant : « Priez pour moi afin que le Seigneur enlève de moi l’esprit du peu de foi ; car j’ai murmuré contre l’homme de Dieu, je n’ai pas cru que tout ce qu’il faisait, il le faisait avec droiture de cœur.
« Et une autre fois que les frères étaient allés couper de T h alfa, Pakhôme étant avec eux, comme les frères sortaient pour leur faire la conduite et que Théodore les accompagnait, au moment où ils voulurent pousser la barque pour se mettre en marche, notre père dit à Théodore : « Hâte-toi de monter dans la barque. » Mais Théodore ne demanda rien et ne refusa point, mais il monta dans la barque et il ne prit pas avec lui le livre dans lequel il étudiait, mais il bénit aussitôt (le Seigneur) dans son cœur disant : « Sois béni, ô Seigneur, qui m’as rendu digne d’être le fils d’Abraham pour ce qui me de réunion ou réunion. Le mot congrégation a les deux sens dans le français mystique. VIE DE PAKHÔME regarde : car de même que celui-là esl sorti de son pays sans savoir où il allait, de même je fais en ta présence.
« Et lorsqu’ils chargèrent la barque d’halfa dans le lieu où ils l’avaient coupé, pendant que notre père Pakhùme et les frères qui l’accompagnaient chargaient la barque, Pakhôme regarda et vit un spectacle épouvantable ; il vit quelques-uns des frères dans la gueule des lions, d’autres dans la gueule des crocodiles, d’autres au milieu du feu, d’autres sous la berge rongée par l’eau, qui voulaient monter et ne le pouvaient pas. Ils s’écriaient tous : « 0 Seigneur, secours-nous. » El lorsqu’on cette vision, il les vit dans cette grande détresse, il jeta à terre l’halfa qu’il avait sur l’épaule, resta débout étendit les mains et se mit à s’écrier du plushaut de sa voix, priant le Seigneur de les secourir. Et, enle vovantainsi, chaque frère jeta sa charge et se mit à prier : ils continuèrent de la sorte jusqu’à l’heure du soir.
Pendant qu’il priait au sujet de cette vision, on lui apprit que cela arriverait après sa mort. Quand on eut préparé le manger aux frères à l’heure du soir, il ne mangea point ; et Théodore ne savait pas ce qui était arrivé, car il avait été envoyé à une besogne avec un autre frère. Lorsqu’il fut de retour, on lui apprit tout ce qui avait eu lieu au sujet de la vision que Pakhôme avait vue ; et lorsqu’il apprit que celui-ci n’avait pas mangé, il prépara aussitôt du pain et quelque chose de ce que mangent les moines, puis il envoya un frère lui dire : « Théodore t’appelle. » Dès qu’il eut entendu ces paroles, il se leva, alla vers Théodore, se mit à lui parler avec tristesse et à le réprimander. Le cœur de notre père Théodore s’attrista, il le quitta et pleura parce que Pakhôme lui avait dit : « Va aussi, toi, et pleure devant le Seigneur comme j’ai pleuré.
« L’un des frères l’entendit et dit à notre père de commun avec lui ? laissez-le ne pas manger et pleurer. » Pour lui, il resta à manger avec tristesse.
Un jour que Théodore était retiré triste, deux frères qui l’avaient appris se présentèrent devant lui et lui dirent : « Dis-nous une parole. »
Il leur dit : « J’ai besoin que vous me donniez conseil. »
Ils lui dirent : « Est-il possible que les pères soient conseillés par les fils ? dis-nous seulement (ce qui cause) la tristesse de ton cœur et nous te consolerons. »
Il leur dit : « Vous ne pouvez me consoler à deux, à moins qu’em seul ne le fasse. » Et ils ne comprirent point ce qu’il voulait dire. Et pendant qu’il parlait voici que quelqu’un sous la forme d’un homme s’assit devant lui et se mit à parler en injuriant1 notre père Pakhôme et en disant : « N’est-ce 1 M. à m. : comme quelqu’un qui aurait injurié. pas un homme ignorant et ne sachant rien ? »
Théodore discuta et dit : « Est-ce que notre père Pakhôme ne sait rien ? S’il en est ainsi, peut-être diras-tu des Apôtres qu’ils ne savaient rien, parce qu’ils ne savaient ni lire ni écrire. Il nous explique les mystères des Livres saints ; il nous apprend les Livres saints et il est plus savant que toi. » Et lorsque Théodore eut achevé ces paroles, l’autre lui fit comprendre qu’il était l’Ange de Dieu. Alors Théodore eut honte de le voir devant lui, mais l’Ange lui dit : « Ne crains rien ; conserve sans défaillance la foi que tu as en ton père Pakhôme. Tout ce que tu as dit de lui est vrai. » Aussitôt il monta vers les cieux. Et l’un des frères qui lui parlaient lui dit : « Aqui as-tu parlé ? » car ils n’avaient pas vu celui auquel il avait parlé ; mais l’autre le réprimanda et le poussa (de la main) pour le faire taire, car il savait que Théodore avait eu une vision.
Une autre fois qu’ils eurent besoin de pain pendant qu’ils coupaient l’halfa en cet endroit, Pakhôme fit appeler Théodore et lui apprit comment il devait agir avec chaque frère pour le garder dans le contentement de Dieu, et il lui dit : « Fais ainsi jusqu’à ce que je retourne au couvent, car nous sommes déme’urés (ici) trop longtemps pour eux ; avec la volonté de Dieu je reviendrai et nous apporterons du pain ; car nous en avons besoin. » Et lorsqu’il eut fini de lui parler ainsi, il lui dit aussitôt : « Mais si tu vas au couvent toi-même, ô Théodore, n’y reste pas trop longtemps, prends le pain et reviens vite. » Théodore lui dit : « Bien. » Et lorsque Théodore fut sur le point de le quitter pour faire ce qui lui avait été dit, notre père Pakhôme lui dit encore : « Je te disais tout à l’heure que j’irais moi-même, comment y vas-tu ?
« Théodore lui dit : « Certes, j’y allais par obéissance. Quand tu m’as dit : Ne reste pas trop longtemps, je me suis dit : Je ferai comme il dit. » Et lorsque notre père Pakhôme eut entendu cette parole de Théodore, il fut content en esprit et lui dit : « Bien, tu étais prêt à le faire, mais je dois t’appprendre ce qui s’est passé afin de tranquilliser ton cœur. Pendant que je te parlais de ce que tu devais faire avec les frères jusqu’à mon retour, l’Ange dn Seigneur m’a dit : « N’y va pas, laisse Théodore y aller » ; c’est pourquoi je t’ai dit : « Si tu y vas, ne reste pas longtemps. »
Un certain jour, un frère anachorète vint rencontrer notre père et lorsqu’il voulut le quitter Pakhôme lui dit : « Attends qu’on nous ait préparé à manger ; » car on était au soir. Les frères avaient fini de manger. Pakhôme appela Théodore et lui dit : « Prépare du pain1 afin que ce frère mange avant de partir. » Alors Théodore crut qu’il lui disait : « Retire-toi pour que je parle à ce frère. » Il sortit sans avoir compris ce que Pakhôme avait dit, et le laissa assis. C’était l’hiver. Comme Théodore tardait de revenir, Pakhôme vit un autre frère en charge qui venait d’entrer ; il lui parla de même, pendant que le (moine) était assis près de lui, disant : « Prépare au frère de quoi manger. » L’autre crut que Pakhôme lui disait : « Retire-toi dans ta cellule » ; et il se retira.
Lorsque Pakhôme vit que le (second) frère ne revenait pas, il avisa un (troisième) frère et lui dit la même chose : cet autre sortit sans avoir compris ce qu’il lui disait. Et lorsqu’il vit le grand embarras qui se produisait, il se leva lui-même et fit préparer quelque chose pour le moine. Quand celui-ci eut mangé, il le congédia et le moine partit. Mais au moment où notre père Pakhôme parlait à l’homme2, il leva (les yeux) et vit un esprit de ténèbres debout près de la porte. Il rencontra ensuite Théodore et lui dit : « Quel (acte de) mépris viens-tu de faire, surtout quand le frère m’a entendu te parler ; est-ce que si ton père corporel t’avait dit une parole, tu l’aurais méprisée, comme tu viens de le faire (pour moi) ? » Lorsque Théodore 1 Cette expression, qui reviendra souvent, signifie mettre du pain à tremper dans l’eau, afin qu il devienne tendre et mangeable.
On ne boulangeait que deux ou trois fois l’année : maintenant encore, on ne fait du pain qu’à de longs intervalles.
C’est-à-dire au moine qui était avec lui. entendit ces paroles, il pleura. Notre père Pakhôme lui dit : « Si cela te fait pleurer, qui est-ce qui t’a fait mépriser (mon ordre) ? »
Théodore lui dit : « Apprends-moi dans quelle chose je t’ai méprisé ? »
Il lui dit : « Que t’ai-je dit tout à l’heure au moment où l’autre homme était près de moi ? »
Théodore lui dit : « Tu m’as dit de me retirer de ce côté, et je suis aussitôt sorti. » Pakhôme dit : « Appelle un tel et un tel. » Lorsqu’ils furent venus, il leur dit : « Que vous ai-je dit, à vous aussi. »
Ils répondirent tous deux : « Tu nous as dit de nous retirer. » Et lorsqu’il entendit cela, il soupira et dit : « Au moment où je vous parlais, j’ai vu un esprit de ténèbres debout et je me suis dit en mon âme : C’est Satan qui se montre, il ne fera pas de bien. » Alors il se tourna vers Théodore et lui dit : « À cause du péché que tu as commis sans le savoir, fais (désormais) ton possible pour être exempt de péché en tout moment. Et de même quand, tu appelleras quelqu’un qui te méprisera et ne viendra pas, ne te mets pas en colère contre lui, mais dis-toi en toi-même : Il n’a pas compris ce que je lui ai dit. Et si tu dis à un autre frère : fais ceci ; compte encore sur cela pour confondre l’ennemi en toute chose. » Noire père Pakhôme édifiait les frères en toute bonne action : il voyait VIE DE PAKHÔME les esprits mauvais tourner autour des frères cherchant une place : il les devançait alors et apprenait aux frères à se protéger contre les ruses de chacun d’eux.
Les esprits mauvais s’irritaient contre lui, si bien que leurs chefs, qui sont les princes de ce monde ténébreux, comme dit l’Apôtre, se montraient à lui et lui disaient : « Meurs donc, pour que la chose soit connue et que les gens ne restent pas dans le chemin de la crainte de Dieu, car tu les surveilles à chaque instant. » Et un jour parmi les jours, il entendit des esprits se dire (à tenter) un homme de peu de pitié et méchant ; je le déteste beaucoup parce qu’au moment où je jette en son cœur une toute petite chose, il se lève, étend ses mains, prie et la fumée de ses prières me brûle. Aussitôt je m’éloigne de lui. « Un autre Satan lui répondit : « Mon homme à moi est plein de générosité et d’un cœur obéissant : tout désir, toute passion que je jette en son cœur, il les reçoit avec joie.
C’est pour cela que je l’aime beaucoup. « Il les entendit se parler ainsi plusieurs fois, et il apprenait ce que chacun des frères faisait. Et souvent il voyait dans les airs les Anges du Seigneur réprimandant les esprits méchants qui séduisaient les hommes : quand les esprits méchants avaient séduit un homme si bien qu’ils l’avaient fait tomber dans l’erreur, ; ils se réjouissaient beaucoup, injuriaient les Anges et disaient : « En voici un autre qui est de notre parti ! » Mais si un pécheur se convertissait, les Anges se réjouissaient ainsi qu’il est écrit dans l’Évangile : « Il y aura joie chez les Anges de Dieu à cause d’un pécheur qui fait pénitence1. » Et il y avait parmi les frères un homme faisant beaucoup d’adorations et de dévotions, sans négligence, passant des nuits nombreuses dans la veille et la prière : il ne faisait pas tout cela pour l’amour de Dieu, mais pour être respecté des hommes.
Et lorsque notre père Pakhôme vit que l’esprit de vaine gloire agissait en lui, il le fit appeler et lui dit : « l’on adoration est bonne ; mais je ne veux pas que lu agisses ainsi : obéis-moi, car l’esprit de vaine gloire a trouvé place en toi ; pour cette cause, ne jeûne pas jusqu’au soir ; mais à l’heure où, pendant le jour, on appelle les frères, va manger un peu pour vaincre ton ennemi, mais ne mange pas de manière à rassasier ton corps, de peur que tu ne négliges les luttes qui sont parmi les hommes2, surtout parce que tu es jeune. El si tous les jours on sert aux frères quelques légumes, mangesen quelques-uns pour montrer que tu ne fais pas de dévotion, mais ne mange pas de manière à te rassasier : ne fais pas beaucoup de prières en dehors des règles imposées aux frères : prie dans l’intérieur de ta cellule, 1 Luc., xv, 10.
C’est-à-dire les tentations de la chair, qui ont leur source dans l’homme même. et quand tu sors, ne fronce pas les sourcils, mais laisse ton visage paraître affable et aimable : si lu fais deux ou trois coussins, ne les sors pas (à la fois), pour les étendre au soleil ; mais sors-lesl’un après l’autre, afin que personne ne le sache : je te dis cela, parce que tu as donné en toi place à l’esprit (mauvais), et afin qu’il ne s’empare pas de toi éternellement. Mais nous savons que pour ceux qui font des adorations de manière à contenler Dieu, il n’y a pas moyen que la vaine gloire s’empare de leur cœur. Nous ne devons pas cesser notre adoration pour cette raison ; mais nous devons (quand même) rester assidus dans notre dévotion, afin que l’ennemi tentateur ne gagne rien en nous ; car si nous faisons attention à ce genre de Satan et si nous cessons notre dévotion dès qu’il nous apporte cette pensée de vaine gloire, il ne nous laissera plus faire quelque chose de bon.
Mais toi, tu lui as donné place en toi-même, et je veux que tu fasses ce que je t’ai dit : sinon, cet esprit régnera en toi. « Et lorsque ce frère sortit d’auprès du vieillard pour faire ce que celui-ci lui avait ordonné, l’esprit de vaine gloire tranquillisa son cœur en disant : « Où est-il écrit dans les Écritures qu’il ne faut pas jeûner, prier, faire des ascèses ? car si tu fais ce qu’il t’a dit, tu paraîtras aux frères faible et misérable. » Il continua (donc) ce qu’il faisait auparavant et n’obéit point à la leçon qui lui avait été donnée. Et lorsque notre père Pakhôme vit que le frère ne lui obéissait pas à son dire, il s’attrista parce qu’il savait le malheur qui l’allait atteindre. Il allait à lui souventes fois pour lui rappeler ce qu’il lui avait dit, afin que le (moine) ne fût pas séduit par cet esprit d’orgueil : enfin, lorsqu’il vit que ce frère continuait sa désobéissance, il lui dit avec assurance : « Si tu continues ainsi, voici que cet esprit te rendra fou et tu seras confondu.
« Mais le frère ne (le) crut point. Un jour notre père Pakhôme appela Théodore et l’envoya vers ce frère pour voir ce qu’il faisait ; lorsque Théodore arriva près de lui, il le trouva qui priait, si bien qu’au moment où Théodore resta près de lui, son cœur l’excita1 de faire beaucoup de prières. Théodore retourna ensuite près de notre père Pakhôme et lui apprit tout ce que faisait le frère. Notre père Pakhôme lui dit : « Va vile l’empêcher de prier, sinon il deviendra fou : reste près de lui jusqu’à ce que j’aille à toi. » Et quand Théodore fut arrivé près du frère, celui-ci lui dit : « Prions ! », et Théodore le saisit et ne laissa pas faire la prière : le frère se mit à crier C’est-à-dire : il eut envie de, etc. du plus haut de sa voix disant : « Qui es-tu, loi qui m’empêches de prier, ô ennemi de Dieu !
« Aussitôt il devint fou. Et pendant que Théodore était assis près de lui à le garder, le frère sauta sur lui à l’improviste, prit un gros morceau de bois et voulut le tuer ; mais le Seigneur ne lui permit pas de le toucher de sa main : ses mains restèrent suspendues en haut, tenant le morceau de bois pour le tuer. Et près de l’endroit où ils étaient, il y avait un frère qui se mit à chanter avec complaisance le mot écrit dans le cantique de Moyse : « Nous glorifions Dieu, car il s’est glorifié dans sa gloire 1. » Le fou dit alors à Théodore : « Sais-tu que ceux qui chantent et qui s’en amusent sans crainte de Dieu, mais par complaisance, c’est moi qui les fais chanter ? et pour te prouver la vérité de ce que je le dis, combien de fois veux-tu que j’agisse en celui qui chante ?
neuf fois ? »
Théodore le gourmandaen disant : « Ferme ta bouche, ô méchant2. » Et Théodore se disait en son cœur : « (Voyons) si vraiment ce chanteur répétera jusqu’à la neuvième fois, comme l’a dit Satan ! » Comme il en fut ainsi, il s’étonna beaucoup et se rappela la parole qu’a dite le livre de l’Écclésiaste : « Cette chose est encore vaine et désir de l’âme3 » ; car tout ce que l’homme ne fait pas par crainte de Dieu, c’est fantaisie de l’esprit. Quant au frère qui était devenu fou, notre père Pakhôme pria pour lui, et on lui apprit qu’il demeurerait longtemps tourmenté de cet esprit à cause de sa désobéissance. Après cela, il guérit. Un jour notre père Pakhôme vit un esprit impur qui passait près des frères pendant qu’il travaillait quelque part : lorsque le soir fut (venu), il les rassembla et leur dit : « J’ai vu un diable1 marcher parmi vous, afin de trouver une place où se reposer : je sais que ceux qui parmi vous sont courageux ne donneront pas place à un diable de cette sorte ; mais ce qui vaut mieux pour eux, c’est de porter les fardeaux les uns des autres.
Je vais vous dire comment Satan entre dans l’homme pur qui ne fait pas attention. Cet homme ressemble à une grande maison qui contient cent chambres, des corridors, des salles, des cabinets, comme tous les édifices que l’ou bâtit. Si le maître de la maison, par indigence, vend l’une des cent chambres, alors il ne pourra plus empêcher l’homme (qui a acheté) d’entrer et de passer par toutes les chambres pour entrer dans l’endroit qu’il vient d’acheter, quand même cet endroit serait tout au fond. Il en est ainsi de l’homme : s’il fait fructifier son âme2, mais néglige une 1 Le mot employé par le texte : est le célèbre mot porte des fruits. Tout ce passage, qui est très alambiqué, repose sur un amalgame de paraboles évangéliques et de paroles de saint Paul.
Les figures sont si heurtées, qu’on ne peut les faire seule chose de manière à être impatient au lieu d’être longanime, à se disputer au lieu de montrer de la douceur, cet homme ne produit-il pas des fruits faibles en présence de l’ennemi ? Si quelqu’un lutte pour se défaire de la négligence qui s’est emparée de lui, cette négligence s’éloignera ; mais s’il la continue, l’esprit méchant raccompagnera peu à peu jusqu’à ce qu’il le possède tout entier et que le Saint-Esprit s’éloigne de lui. Quanta ceux qui sont justes, qui ne permettent à aucune méchante volonté de s’emparer d’eux, ils seront semblables au Seigneur, parce qu’ils sont assurés d’avoir parlé devant le Seigneur avec une conscience juste et ferme : « Si tu nous laisses sur la terre jusqu’à la fin, nous ne négligerons » point ta volonté, mais nous continuerons de l’(accomplir) en tout temps « sur la terre.
« Et ceux-là, s’ils soutirent pour le Seigneur une seule année, ou le reste de leur vie, ou quinze ans, ou davantage, ne dépassant point les limites qu’ils se sont tracées dans leur cœur ‘, ils ne recevront pas de salaire d’après les actions qu’ils auront faites ; mais ils recevront en salaire la vie éternelle dans le royaume des cieux qui leur a été préparé avant la création du monde, car ils ont été fidèles devant le Seigneur, 1 M. à m. : se conduisant selon les frontières tracées par le cœur. selon l’engagement qu’ils avaient (pris) avec lui. De même, les pécheurs qui se sont décidés à pécher (et à commettre) des impuretés par lesquelles Iblis et les Satans qui sont ses enfants, se sont emparés d’eux, ils seront les enfants d’Iblis pour les tourments éternels ; car, quand même le Seigneur les laisserait sur la terre jusqu’à la fin des temps, ils ne cesseraient pas leurs impuretés, à l’imitation de leur père Satan qui ne cesse pas de pécher : c’est pourquoi ils seront traités comme lui dans les tourments éternels.
Je vais vous dire maintenant des règlements que vous apprendrez tous (à observer), pour sauver et affermir vos âmes, afin que ceux qui ne sont pas forts dans la foi et l’action ne tombent pas dans les pièges d’Iblis ; mais prenez garde de douter de la parole que je vais vous dire, pensez à ce qui a été écrit : « Si vous ne croyez pas, vous ne com » prendrez pas. « Voici cette parole que je veux que vous appreniez : que personne parmi vous ne reste seul avec son compagnon dans une chambre, si le travail ne l’exige pas ; que personne parmi vous ne prenne la main de son compagnon ou ne touche quelque endroit de son corps sans nécessité, comme si quelqu’un est malade ou qu’il soit tombé à terre et qu’un autre lui porte secours pour le relever ; dans ce cas, il y a nécessité à cause de la maladie ou de la chute, et alors on doit agir avec précaution et ménagement.
Que personne parmi vous ne se tienne sur le même siège que son compagnon pour lui parler ; mais tenez-vous éloignés l’un de l’autre au moment où vous parlez. Que nul d’entre vous ne dorme sur la couche qui ne lui appartient pas. Que nul d’entre vous n’entre dans la cellule de son compagnon, sans ordre ou cause (légitime), pour lui demander ce dont il a besoin, afin que l’ennemi ne trouve point place en nous, comme il est écrit. « Et quand les frères entendirent ces paroles, quelques-uns d’entre eux, qui avaient été anachorètes avant d’entrer dans la communauté, furent attristés et se dirent : « Est-ce qu’il y a parmi nous une femme ? n’avons-nous pas tous la même forme et la même nature ? Et si quelqu’un de ce monde tombe en ces actions méchantes1, plaise à Dieu que ce ne soit pas nous qui tombions dans cette impureté après l’avoir connu !
« Ils passèrent toute la nuit tristes de cœur, murmurant à cause de la parole qu’ils avaient entendue. Le lendemain, lorsque les frères allèrent travailler, ils n’allèrent pas avec eux parce qu’ils étaient fâchés de la parole qu’ils avaient entendue de notre père Pakhôme. À la quatrième heure, des moines arrivèrent pour Il s’agit ici des actions contre nature. voir notre père Pakhôme, apportant une lettre de l’évêque : l’un de ces deux frères était vieux de taille, avait une grande barbe et portait intérieurement un cilice. C’était Théodore qui préparait le repas des frères. Lorsque les deux frères entrèrent, Théodore les reçut et leur dit : « Restez ici jusqu’à ce que les frères aient fini leur travail, et vous le trouverez. » Et l’un des frères qui avaient murmuré à cause de la parole qu’ils avaient entendue et qui n’étaient pas allés travailler, vieux de taille, simple, nommé Maios, en voyant les deux moines arriver et le vieil homme qui les accompagnait1, courut à Théodore et lui dit : « Prends bien soin des deux frères qui sont arrivés, car je vois que la figure de cet homme est celle d’un Ange. »
Théodore répondit : « Les hommes ne voient que l’apparence, mais Dieu regarde les cœurs. » Et lorsque notre père Pakhôme fut de retour, ils allèrent le trouver et lui donnèrent la lettre ; il la trouva écrite ainsi, l’évêque la lui envoyait lui disant : « Le frère que je t’envoie et qui porte un cilice est un prêtre, il dirige une communauté sous mes ordres ; on l’a trouvé cherchant à saisir l’impureté et voulant souiller un garçon. Quand D’après ce passage on pourrait comprendre que ces deux moines étaient en réalité trois ; mais il n’y a là qu’une négligence de style. D’ailleurs les auteurs coptes ne regardent pas à si peu. la nouvelle m’en est parvenue, je n’ai pas voulu le condamner., car c’est un moine ; mais je te l’ai envoyé parce que tu es un homme de Dieu, et je sais que la condamnation que tu porteras viendra de Dieu.
Et si tu l’admets à pénitence, je l’y admettrai aussi : si tu le chasses, le Seigneur le chassera de même. « Et lorsque Pakhôme eut lu cette lettre, il conversa avec l’homme et examina bien son affaire ; ensuite il porta la sentence, disant : « Comme le garçon n’a pas été souillé, qu’on prive cet homme de son gouvernement et de son sacerdoce, qu’on le chasse de sa congrégation, qu’il aille dans un autre endroit, qu’il y reste seul une année, qu’il ne fasse la prière avec personne, qu’il ne mange avec personne, que toute l’année il ne lise point les Écritures ; mais qu’il jeûne et fasse des dévotions, jusqu’à ce que le Seigneur lui ait pardonné ce qu’il avait conçu. » Lorsque les deux frères qui étaient venus furent partis et que Maïos eut appris ce que contenait la lettre, il se mit en grande colère et dit : « Je croyais que cet homme était un ange et c’est un diable, et je ne l’ai pas su.
« Il voulut alors courir après lui pour le confondre ; mais les frères l’en empêchèrent. À la neuvième heure du même jour, on amena d’autres moines qui avaient commis le même péché dans un endroit où ils s’étaient retirés, proche de celui où les frères travaillaient, afin qu’il les condamnât ; et voici la condamnation qu’il porta sur ces jeunes hommes. Au plus grand d’entre eux, il fit enlever les habits monastiques, le fit revêtir d’habits laïques et le chassa1; puis il ordonna de lui apporter des branches de palmier et il frappa le plus petit jusqu’à ce que celui-ci fut sur le point d’en mourir. Il donna (cet) ordre aux frères qui l’avaient amené, disant : « Ne restez pas avec lui, ne priez pas avec lui pendant quelque temps : ce qui lui est arrivé n’a pas été volontaire, mais il a été opprimé, car il est petit de taille ; et quand vous aurez vu qu’il aura retrouvé la tranquillité, pardonnez-lui et conseillez-lui de ne plus marcher avec quelqu’un qui puisse lui nuire.
S’il ne vous obéit pas, chassez-le et ne le gardez point chez vous. « Et ce même jour, pendant que les frères étaient réunis pour la prière, ceux qui avaient murmuré vinrent et se prosternèrent en disant : « Prie pour nous, ô notre père, afin que le Seigneur nous pardonne nos péchés, car ce que nous avons vu aujourd’hui nous a enlevé notre manque de foi : en effet, nous avons manqué de foi en celui qui cherche le salut de nos âmes. » Un jour à l’heure du soir, notre père Pakhôme appela Théodore et le fit placer dans l’endroit où il se plaçait lui-même, afin qu’il parlât aux frères la parole de Dieu et les prêchât à son exemple : c’était la première fois qu’il l’appelait à prêcher les frères. Lorsque ceux-ci se furent réunis, ils virent Théodore se tenant à la place de notre père, et notre père Pakhôme se tenant comme l’un des auditeurs : quelques-uns murmurèrent et Satan alluma l’esprit de jalousie en leur cœur, si bien qu’il les fit retourner chacun dans sa demeure.
Quant à Théodore, il ne lui vint à l’esprit aucune pensée d’orgueil, mais (comme) il marchait dans l’obéissance à chaque instant, il se mit à prêcher les frères, et voici la première parole qu’il dit de l’Écriture : « Appelez les pleureuses, qu’elles viennent ; envoyez chercher les sages, qu’ils ouvrent leur bouche et qu’ils nous pleurent1. » Et lorsqu’il eut fini de parler, notre père Pakhôme appela les frères et leur dit : « Me voici : je me suis fait modeste parmi vous comme un enfant ; pour quelle raison avez-vous été orgueilleux dans votre cœur et vous en êtes-vous allés en arrière pour ne pas écouter sa parole ? N’avez-vous pas entendu dire que le Seigneur plaça un jeune enfant au milieu de ses disciples et leur dit : « Quiconque reçoit un enfant, comme celui-ci, en mon nom, me reçoit2.
« Et si vous ne vous le rappelez pas, ne voyez-vous pas comment je me tiens ANN A. LES DU MUSÉE GUI MET parmi tous les frères ? Pourquoi ne terrassez-vous pas l’esprit mauvais qui opère en vous ? Si vous étiez ignorants, je ne vous parlerais pas (ainsi) ; maintenant je vous dis que le péché que vous avez commis ne vous sera pardonné, ni dans ce monde-ci, ni dans l’autre.
« Après cela, quelques-uns de ceux qui s’en étaient allés en arrière se mirent à haïr Théodore et à le jalouser : ils ne voulaient point voir sa figure ; quant à lui, il était en paix avec eux, demandait au Seigneur de leur pardonner et de chasser la haine de leur cœur, disant : « Ce sont mes frères et mes membres1. »
Un jour pendant qu’il priait, voici que deux Anges (se tinrent à ses côtés), l’un à droite, l’autre à gauche ; une extase le saisit : il vit son âme quitter son corps, puis il la vit aussi y rentrer. Et parmi les grands frères2, beaucoup à cause de la pureté de leur cœur voyaient des visions et parlaient aux Anges, entre autres celui qui s’appelait Corneille et dont nous avons parlé plus haut. Ce frère priait Dieu de tranquilliser son cœur et de lui faire croire que souventes fois les actions des hommes apparaissaient à notre 1 Cette figure qui revient souvent est empruntée à saint Paul.
C’est-à-dire ceux qui étaient avancés dans la vertu, les parfaits. père Pakhôme, car il ne le croyait point et en doutait. Un jour, à la fin de la prière du matin, Dieu lui ouvrit les yeux un moment et il vit que toutes les actions des frères apparaissaient à notre père. À partir de ce jour, notre père Pakhôme fut regardé par lui comme l’Ange de Dieu, si bien qu’il disait aux frères : « Le Seigneur est en cet homme, et s’il me dit : Vis, je vivrai, et s’il me dit : Meurs ; je mourrai, et (cela) à cause delà vision qui m’a été montrée à son sujet de la part de Dieu. » Corneille parlait au milieu des frères, sans orgueil, mais avec un cœur honnête et pur, disant : « Je veux lutter de dévotions, afin que le Seigneur me donne assez de vertu pour m’asseoir à côté de notre père Pakhôme dans l’autre monde, et que personne ne s’assiée entre lui et moi.
« Quelque temps après, Corneille voyant les progrès de Théodore, sa modestie, ses actions sublimes pour rendre meilleures les âmes des hommes, comme (en faisait) notre père Pakhôme, dit aux frères : « Je disais jusqu’cà ce jour que je lutterais pour ne laisser personne me séparer de mon père dans l’autre monde, et maintenant je vois que les actions de Théodore sont plus vertueuses que les nôtres : je vous le dis sans emie, je ne quitterai point le combat, afin que je (puisse) m’asseoir à côté de Théodore dans le séjour du repos. » Notre père Pakhôme nomma ensuite Théodore père de la communauté qui était à Tabennîsi, et lui était dans le couvent de Faou1. Un jour que Corneille était allé au monastère de Tabennîsi avec quelques frères pour un travail, lorsqu’il salua Théodore, il se prosterna devant lui ; cela fut pénible à Théodore qui en conçut une telle honte qu’il se retira.
Lorsque Corneille fut seul avec lui, il lui dit : « Que cela ne te soit pas pénible, ô Théodore, car je ne l’ai pas fait de moi-même. Il m’a été dit en vision : a Si tu vas vers Théodore, prosterne-toi devant lui. » Ainsi je n’ai pas agi par ignorance, ni d’après un ordre terrestre, mais volontairement ; car le Seigneur m’a appris quel est mon degré par rapport à toi. « Et lorsque notre père Pakhôme vit qu’un grand nombre de frères avaient eu des manifestations et des visions venant du Seigneur, il raconta celle qu’il avait eue tout d’abord au jour où on l’avait jugé digne de voir la rosée du ciel descendre sur lui, d’avoir ensuite dans la main un rayon de miel qui était tombé à terre et de s’entendre dire en la vision : « Regarde cela ; c’est ce que tu auras dans quelque temps » ; puis il avait appris en esprit que : « Ce rayon de miel qui s’était condensé dans la main, ce sont les présents ’Le texte donne bien Faou, leçon très importante, pour identifier Phbôou.
Faou est un village sur la rive orientale, tout près du désert. qui te seront donnés de la part du Seigneur, et on les fera (aussi) à tes frères qui sont sur la terre, lorsqu’ils auront purifié leurs âmes et seront nés de nouveau, qu’ils seront purs de tout orgueil et de toute vaine gloire : c’est ainsi qu’ils arriveront à purifier leur cœur de toute mauvaise intention et cà distinguer entre le bien et le mal. « Et lorsqu’un jeune garçon, beau de figure, fut malade en son corps, on le mena dans le lieu où étaient les frères malades, afin de lui donner un peu de nourriture. Le frère qui les servait s’appelait Douidouna : c’était un homme très pieux. Et lorsqu’il vit que son cœur l’excitait à se montrer actif et à servir le jeune garçon avec zèle1, il soupira et se mit à dire : « O mon Dieu, quelle activité ai-je dans le cœur ?
Ce garçon est-il un élu préférable aux autres (frères), ou plus malade qu’eux ? Je te prie de me découvrir (la raison) de cette chose, ô mon Dieu ; car je suis aveugle et je ne vois pas que cette activité que j’ai dans le cœur soit droite, conformément aux instructions que de ta part nous adonnées notre père. « Lorsque le jeune homme eut mangé, le frère s’en alla et resta sans prendre de nourriture. Quand le soir fut venu, c’était pendant l’été, il ne mangea rien ; mais après avoir fini de servir les M. à m. : qu’il devait être actif pour servir le jeune homme avec zèle. malades, il se retira et pria toute la nuit, disant : « 0 mon Seigneur Jésus le Messie, découvre-moi cette affaire, afin que je sache ce qui en est. » Et lorsque le matin fut proche, il vit un esprit debout devant lui sous la forme d’une femme belle de forme et de séduction : l’esprit lui dit : « Qu’as-tu à prier toujours si bien qu’on m’a obligé de venir à toi.
Je suis l’esprit de fornication : c’est moi qui ai fait naître1 en ton cœur la pensée de servir le jeune garçon comme il faut, et c’est l’action que je pratique sans cesse de cultiver, dans le cœur des grands dévots, la pensée de l’amour charnel, tout d’abord pour une femme, ensuite pour un jeune garçon. Quand ils ont une fois accepté cette pensée, la croyant bonne, je les entraîne peu à peu dans les délices du désir, et finalement je les fais tomber elles rends inutiles « Après avoir dit ces paroles, l’esprit disparut de devant le frère qui admira et bénit Dieu de lui avoir découvert le piège de Satan et de l’avoir sauvé. Aux jours où les Barbares vainquirent les Grecs à la guerre, les gens des eux. Notre père Pakhôme priait le Seigneur de resserrerles liens de la communauté et (de maintenir) les réunions des frères, de peur qu’ils ne se séparassent.
Le Seigneurnelui découvrit M. à in. : qui ai semé.
8 M. à m. : sans profit ; c’est-à-dire que toutes leurs bonnes œuvres accomplies ; ne leur servent de rien.
3 Cette expression est très obscure. Elle signifie ordinairement la liasse-Égypte ; mais ici, elle a un sens relatif, qui dépend de la position de la personne eu question. Ce nord est encore dans le Sa’id, mais plus bas que les Barbares. rien ; et lorsque notre père Pakhôme vit cela, il agit selon ce qu’il savait : il envoya le plus grand nombre des frères dans les monastères de l’ordre cénobilique qui étaient (situés) au nord et faisaient partie de la grande communauté : quant à lui, il resta dans le couvent où il se trouvait avec tous ceux des frères qui avaient de la force, priant continuellement le Seigneur de lui apprendre ce qu’il devait faire. Il fit ensuite appeler Théodore et lui remit les livres dans lesquelles frères devaient lire, afin qu’il se hâtât de les porter vers les couvents qui étaient plus au nord.
Théodore lui dit : « Qu’as-tu appris de Dieu sur cette chose et son résultat, sinon, nous serons dans la peine ? »
Il lui répondit : « Sommes-nous meilleurs que le roi-prophète David, au sujet duquel les Écritures nous témoignent que Dieu était avec lui dans tout ce qu’il entreprenait ? Lorsque son fils le chassa, il envoya Iioushi pour donner conseil et lui dit : « Va trouver « Absalon pour rendre vains les conseils d’Achitophel, c’est-à-dire tous les » conseils qu’il avait fait parvenir par l’entremise de Jonathan et d’Ischnas, » fils du prêtre. » Et David dit encore : « Rends vain à mon égard, ô mon « Dieu, le conseil d’Achitophel. » Est-ce que Dieu n’aurait pas trouvé un Ange pour le lui envoyer et lui faire savoir ce qui devait arriver, lorsque David envoya Koushi pour rendre vains les conseils d’Achitophel ? Je te dis cela, afin que tu saches comment Dieu se conduit avec ses serviteurs à chaque instant : quelquefois il leur découvre ce qu’ils lui demandent, d’autres fois il le leur cache.
Je vais t’apprendre ce que le Seigneur m’a découvert pendant que je priais : tu trouveras dans le chemin un homme qui ressemblera à un voleur1: sur son épaule, il portera un cilice, et dans sa main une arme2: n’aie pas peur de lui, il 11’a aucun pouvoir sur toi. « Puis Pakhôme appela un autre frère et l’envoya avec Théodore. Et lorsqu’ils furent au milieu du chemin, ils virent un jeune homme sortant du désert, comme notre père vu, apprit au frère, son compagnon, comment s’était accomplie la parole que Pakhôme lui avait dite : il lui apprit aussi que Pakhôme lui avait dit encore : « Ne crains rien, il ne peut pas nous faire de mal. » L’homme marcha derrière eux pendant environ deux milles, puis il s’en retourna. Après cela, notre père Pakhôme pria (de nouveau) et voici que l’Ange du Seigneur lui apparut, disant : « Qu’as-tu à offrir en présent, si le Seigneur calme sa colère et qu’il détourne les Barbares ? »
Il dit : « J’enverrai cà l’église de la ville qui a été pillée, cent ardebs de blé, des livres et d’autres choses encore, dont elle a besoin. » Après avoir entendu cela de l’Ange de Dieu, il en 1 M. à m. : sous la forme d’un voleur.
Je ne sais ce que fait ici ce cilice ; peut-être le VIE DE PAKUÔME informa les frères, et c’est ainsi que les Barbares furent vaincus le lendemain, comme le lui avait dit l’ange. Et pendant que les Barbares étaient vainqueurs, ils trouvèrent un moine solitaire en un (certain) endroit, ils le dépouillèrent et pendant qu’ils buvaient du vin, ils lui dirent : « Ceins la ceinture et donne-nous cà boire. » Puis, lorsqu’il fut sur le point de leur verser à boire, ils lui dirent : « Sacrifie d’abord à nos dieux ! » Il ne le fit point ; mais lorsqu’ils virent qu’il ne leur obéissait point, ils prirent une lance et lui dirent : « Fais l’offrande1 ci nos dieux ; sinon, nous te tuerons. » Et le moine craignit qu’ils ne le tuassent, il sacrifia. Puis, il leur donna tant à boire qu’ils s’enivrèrent et dormirent.
Alors le moine se leva, s’enfuit et son cœur fut si désespéré qu’il ne put étendre ses mains pour prier et disait : « Comment pourrais-je prier quelqu’un que j’ai renié ? » Alors il réfléchit en son âme et dit : « J’ai entendu parler d’un homme, père de la communauté de Tabennîsi et qu’on nomme Pakhôme, j’irai vers lui, je lui apprendrai tout ce que j’ai fait et s’il me reçoit à pénitence, je suis sûr que Dieu en fera autant ; et s’il me dit : « Il n’y a point de pénitence pour toi, » c’est que vraiment il n’y en a pas pour moi. » Il se leva alors, alla trouver Pakhôme, lui parla de ce qui avait eu lieu et lui dit : « Il y a un mois que je n’ai pas fait de prière en présence du Seigneur, me disant : « Il n’y a » point de pénitence pour moi » : si bien que je suis venu me présenter devant la paternité, afin que tu ordinairement de brûler de l’encens.
Pakhôme lui dit : « 0 malheureux ! alors que l’Archange de Dieu se tenait près de toi, la couronne à la main, prêt à la poser sur la tête, tu la lui as enlevée et jetée dans le feu. » Et lorsque le moine entendit ces paroles, il pleura ainsi que les frères qui se tenaient debout (autour de lui). Alors Pakhôme lui ordonna de faire plusieurs prières le jour et la nuit, de jeûner jusqu’au soir tous les jours et de ne manger rien de cuit sans nécessité de maladie. Puis il lui dit : « Si tu fais ainsi, les saints seront la cause de ton salut, et moi aussi avec eux, au moment où l’ennemi se réjouissait à ton Dans les commencements qu’il eut été placé comme supérieur à Tabennîsi ; Théodore apprit que notre père Pakhôme, parlait tous les jours aux frères ; dès qu’il avait fini son travail manuel, car il faisait des nattes, Théodore allait à Phbôou1 pour entendre sa parole et revenait àTabennîsi raconter aux frères, avant de dormir, ce qu’il avait entendu.
Quand il avait fini de parler, Pakhôme demandait aux auditeurs de lui répéter ce qu’il avait dit. Alors Théodore retournait selon sa coutume vers les frères, et il leur parlait ainsi : et il fit cela pendant longtemps avec assiduité, caria parole de Dieu était douce pour lui, ainsi qu’il est écrit : « Ta parole est douce à ma gorge, plus que le miel à ma bouche2. » Notre père Pakhôme de son côlé, quand il allait à Tabennîsi visiter les frères, parlait à chacun pour le salut de son âme. Un jour parmi les jours, notre père Pakhôme vint alors que Théodore avait ordonné aux frères de ne pas trop serrer les cordes des mazdya 1, mais de faire le contraire de ce qu’on faisait tous les jours, afin de glorifier Dieu aux yeux des gens du dehors par le travail de leurs mains.
Et lorsque notre père Pakhôme arriva, on lui présenta une mazdya, comme d’habitude, et il travailla selon la précédente coutume des frères. Un jeune garçon, étant entré près de lui pour le trouver, le vit travailler et lui dit : « O notre père, pourquoi ne fais-tu pas selon la recommandation de notre père Théodore, de ne pas trop serrer les cordes ? Tu ne te fatigueras pas beaucoup et la natte sera bien faite. » Lorsque le vieillard l’eut entendu, il eut peur (tout d’abord) de ressentir de la peine de ce qu’un jeune garçon l’eût réprimandé ; puis notre père Pakhôme avec une grande joie, comme quelqu’un qui écoute un Ange, dit au jeune garçon : « Apprends-moi quelle est la recommandation de Théodore, afin que je fasse aussi comme il faut. » Et voici que le jeune garçon lui apprit de quelle manière il fallait s’y prendre, et Pakhôme travailla avec joie, ‘ Le mot 4j est inconnu en ce sens, à ce que je crois ; du moins il ne se trouve pas dans les mot avec le sens de manteau de femme.
après avoir accepté la réprimande du jeune garçon. Et lorsqu’il entra dans le lieu où était Théodore, celui-ci pensa qu’il avait eu une vision et lui dit : « Apprends-moi aussi ce qui t’a réjoui, afin que j’en profite ! »
Pakhôme lui dit : « Assieds-toi que je te raconte cette vision. Pendant que je travaillais un jeune garçon est entré et m’a dit : « Ce n’est pas ainsi qu’on » nous a commandé de faire. » Aussitôt je me suis levé, comme quelqu’un qui entend « Et depuis ce moment, je suis bien content que tous les frères écoutent ce qu’on leur commande et l’exécutent. Moi aussi je mérite d’écouter les réprimandes au sujet des règles imposées. » Un jour Théodore alla (à Pbbôou) pour se réunir à notre père Pakhôme : comme il ne le trouva pas, il monta sur la terrasse de la Congrégation 1 récitant les paroles (de l’Écriture) qu’il avait apprises par cœur. Notre père Pakhôme était à prier dans la Congrégation, et Théodore ne le savait pas. Pendant qu’il priait, une vision se montra à lui, si bien que l’endroit fut ébranlé.
Lorsque Théodore vit que la terrasse était agitée, il eut peur, il descendit à la hâte, entra dans la Congrégation et pria à cause J’emploie ce mot dans le sens de lieu de reunion, oratoire ou église. VIE DE PAKHÔME de sa frayeur. Mais lorsqu’il étendit les mains, il ne put pas se tenir debout par suite de son effroi : puis s’étant assis de nouveau, il souffrit d’un tremblement. Il se leva alors et courut hors de la Congrégation, ne sachant pas que notre père Pakhôme était au dedans à prier. Et voici la vision que vit notre père Pakhôme. Il vit le mur oriental tout entier d’or, et la forme que Dieu lui montra était celle d’un grand tableau : sur le mur d’or il y avait le visage d’un homme sur la tête duquel était une grande couronne ; et, tout autour de la couronne, il y avait des couleurs différentes comme celles des pierres précieuses qui sont les fruits du Saint-Esprit, à savoir : l’honnêteté, la fidélité, la miséricorde, la pureté, la modestie, la douceur, la dévotion, la joie, l’espérance et la charité.
D’entre les plus grands Archanges deux se tenaient debout près de lui et ne bougeaient pas, regardant l’image de Dieu qui se montrait. Et notre père Pakhôme priait ainsi : « O Seigneur, que la crainte descende sur nous, afin que nous ne péchions plus contre toi tous les jours de notre vie. » Et il répétait (sans cesse) les mêmes paroles. Les deux Anges lui répondirent : « Tu ne pourrais pas supporter sa crainte, ainsi que tu le demandes. » Mais Pakhôme répétait sa prière et disait : « O Seigneur, je peux la supporter ; que la crainte descende sur nous, afin que nous te craignions tous les jours de notre vie. » Pendant qu’il priait ainsi, les rayons de la crainte s’avancèrent peu à peu : ils ne quittaient pas leur place, mais ils ressemblaient à (ceux du) soleil qui éclaire la terre : leur couleur était verte, et lorsqu’ils furent parvenus jusqu’à Pakhôme, celui-ci tomba à terre et se mit à tressauter comme un poisson vivant.
Ses membres, ses os, sa moelle, tout son corps tremblait sous l’action des rayons. Lorsqu’il souffrit tant qu’il était sur le point de mourir et que les deux Angesle virent, ils tournèrent leurs yeux vers l’image du Seigneur qui se montrait, puis ils dirent à notre père Pakhôme : « Ne t’avions-nous pas dit que tu ne pourrais supporter toute la crainte de Dieu ? »
Il s’écria, disant : « Aie pitié de moi, mon Seigneur ! » Aussitôt les rayons de la crainte disparurent. Alors l’image de la miséricorde se mit à s’avancer peu à peu et à venir vers lui : elle ressemblait à une flamme d’or épaisse : et lorsqu’elle fut parvenue jusqu’à lui, il recouvra ses forces sur-le-champ, il se tint debout sur ses pieds, glorifiant Dieu jusqu’au moment où l’on fit la synaxe. Ainsi Dieu lui montra cette image ou vision, afin qu’il sût que tous les fruits du Saint-Esprit qui sont dans les hommes viennent de lui. Et lorsque le matin fut arrivé, Théodore alla le trouver dans l’endroit où il travaillait pour lui apprendre la frayeur qui l’avait saisi sur la terrasse, comment il avait été dans la détresse et n’avait pas pu prier : il trouva notre père Pakhôme qui parlait à quelques-uns des frères de la vision qu’il avait eue, et qui leur disait : « Il est entré un nigaud au moment où je me trouvais dans la détresse : je ne sais pas qui c’est, car il s’est enfui au dehors, et, s’il n’avait pas couru avec vitesse, les deux Anges auraient mis la main sur lui. »
Théodore répondit : « C’était moi ; c’est pourquoi je suis venu t’apprendre ce qui m’est arrivé. »
Pakhôme lui dit : « Dieu t’a fait une grande grâce en te laissant t’enfuir et ne pas rester1. » Une fois il y avait à Tabennîsi un frère que les diables tentaient d’une grande tentation : Théodore le fit monter sur un âne et le conduisit vers le monastère de Phbôou2, et lorsque Théodore entrait, notre père Pakhôme le vit de loin, pendant qu’il parlait la parole de Dieu avec des (frères) dévots. Et notre père Pakhôme alla à sa rencontre, quittant les frères auxquels il parlait. Ceux-ci murmurèrent et dirent : « Nous sommes plus âgés que lui et il nous quitte pour aller au devant de Théodore. » Ceux qui murmuraient ainsi étaient les mêmes qui avaient été mus par la jalousie au jour où on l’avait désigné pour prêcher les frères. Lorsque Pakhôme salua Théodore, il lui dit : « On m’avait informé de ton arrivée.
Mainte M. à m. : tu as trouvé grâce près de Dieu eu t’eufuyant. — ! Le texte porte Edfou. liant va confier ce frère malade à un tel, pour qu’il le soigne, et viens vite dans la Congrégation. « Et lorsque Théodore y fut venu, ils restèrent debout à prier jusqu’à la neuvième heure. Pendant qu’ils priaient, leur apparut un trône au dessus d’eux, aussi haut et élevé qu’une tour : le Seigneur y était assis dans la forme sous laquelle il voulait se présenter. Parfois le trône montait si haut qu’il était sur le point de disparaître à leurs yeux1; d’autrefois il descendait si bas qu’ils le touchaient presque. Il resta ainsi trois heures. El pendant que le trône faisait ainsi, notre père Pakhôme saisissait Théodore au moment où le trône descendait, comme s’il eût voulu l’élever près de Celui qui y était assis, il disait : « Accepte mon offrande, ô mon Seigneur !
« Il pria de la sorte plusieurs fois. Et lorsqu’ils eurent fini leur prière, il envoya Théodore chercher le malade, ils prièrent pour lui tous les deux et le Seigneur, exauçant leur prière, guérit le malade. Tout d’abord les frères qui étaient à Phbôou2 faisaient leur pain à Tabennîsi, et ils y allaient pour faire le pain qui leur était nécessaire. Et voici les règles que Pakhôme avait apprises aux frères pour faire leur 1 et toujours par la suite. pain, les rassemblant pour qu’ils les lussent dans le livre de Dieu : « Personne ne doit parler le moins du monde avec son compagnon au moment du pétrissage : si l’on a besoin d’un peu d’eau pour la pâte ou d’un peu de farine, on doit frapper sur le pétrin et les frères servants apporteront ce dont on a besoin.
De même quand on fait cuire le pain, on ne doit point causer l’un avec l’autre, mais réciter ce que l’on aura appris par cœur. « Or, une fois pendant qu’ils pétrissaient, l’un des frères boulangers parla avec un autre (frère) et lui dit : « Donne-moi un peu d’eau. » Notre père Pakhôme était un peu éloigné. L’Ange du Seigneur lui fit signe : « Vois ce qu’ils font et comment ils violent le règlement ! Et toi tu le souffriras ! » Il répondit : « Non. » L’Ange lui dit ensuite : « Si Théodore vient cà toi, et te frappe seulement de la main, le supporteras-tu ? »
Pakhôme lui répondit : « Non. » Le matin, il fit appeler Théodore qui était le père du couvent de Tabennîsi, et qui pétrissait avec les frères dans la boulangerie ; il lui dit : « Recherche un peules hommes qui ont violé hier le règlement, en se parlant l’un à l’autre. » Quand Théodore eut fait son enquête, il trouva que dix-huit frères étaient tombés dans cette faute. Comme il n’était pas sur quel était celui qui avait le premier commis la faute, ni de la manière dont cela avait eu lieu, il revint tout inquiet près de notre père Pakhôme et il le frappa de la main. Alors Pakhôme se souvint de la parole que l’Ange lui avait dite : « Si Théodore te frappe seulement de la main, le supporleras-lu ? » Il baissa la tête en bas, rit d’un rire plein de colère et ne parla pas.
Et lorsque Théodore vit la manière dont Pakhôme riait, il pleura comme quelqu’un qui est transpercé de douleur ; quelques frères lui dirent : « Pourquoi pleures-tu ? »
Notre père Pakhôme leur dit : « Allez-vous en, laissez-le pleurer sur la négligence qu’il a faite. » Théodore confia la boulangerie à un autre frère et se relira dans un endroit du couvent, selon l’ordre de notre père Pakhôme : il y resta jeûnant deux jours de suite, priant et pleurant nuit et jour, car il savait que la négligence est la cause de la désobéissance à la règle, non seulement de celle-ci, mais encore des autres. Il resta trois semaines à pleurer. Après cela Pakhôme lui dit : « Cela te suffit ; mais garde-toi bien désormais d’être négligent, sinon la désobéissance s’emparera des frères, et tu seras responsable de leur péché devant Dieu. » Et lorsque Théodore eut fait des progrès dans les œuvres du Seigneur à Tabennîsi, Pakhôme l’enleva de ce couvent, mit à sa place un autre frère nommé Soursanala et fit venir Théodore près de lui à Phbôou, comme Josué fils de Noun près de Moyse.
Souventes fois il l’envoyait vers les autres monastères pour visiter les frères, et guérir les douleurs de leurs âmes, par l’esprit que Dieu lui avait donné. Dans tous les couvents, c’était lui qui recevait ceux qui voulaient se faire moines et qui chassait ceux qu’il voulait chasser, d’après l’ordre de Dieu et avec le consentement de notre père Pakhôme. Et quand notre père Pakhôme parlait aux frères sur les Écritures, il laissait Théodore s’asseoir à côté de lui et quelquefois à sa place, si la nécessité l’exigeait, car la grâce de Dieu était en lui. Il avait une grande affabilité pour tous les frères, et non seulement pour tous les frères, mais pour chacun ; et notre père Pakhôme lui expliquait toute chose et le réprimandait en ce qu’il faisait, afin qu’il fût pur en tout.
Lorsque fut (arrivée) la saison d’été, pendant qu’il travaillait avec les frères dans les champs et qu’il jeûnait de deux jours en deux jours, la chaleur l’atteignit un jour, et après que le travail fut fini il s’assit à l’ombre, au pied d’un mur. Notre père Pakhôme alla vers lui et lui dit avec douleur de cœur : « O Théodore, est-ce que le mur porte ton corps ? » À ces paroles, Théodore se retira aussitôt. Une autre fois Théodore rencontra un frère, son tapis sur son épaule et qu’on envoyait pour remplir une charge, il lui dit : « D’où viens-tu ? » Notre père Pakhôme était un peu en arrière et écoutait. Lorsqu’il se fut approché de prends bien garde d’être maître de ton cœur à chaque instant. Ne demande plus à un frère : D’où viens-tu ? cela deviendrait une habitude.
Qu’as-tu besoin de parler ainsi ? car ce n’est pas une parole de consolation ni de salut. « Et lorsque Théodore entendit ces paroles, il les plaça dans son cœur pour s’en souvenir comme d’une loi, disant en son âme : « Peut-être cette œuvre est-elle petite : mais n’est-il pas écrit dans l’Évangile : « Celui qui est fidèle dans les petites choses est fidèle dans » les grandes1. » Théodore s’approcha de notre père Pakhôme et lui dit : « O mon père, ma tête me fait mal. » Pakhôme lui dit : « O Théodore, un homme croyant, qui suit le chemin de la perfection, ne doit dire son mal à personne, quand même ce mal resterait caché en lui pendant dix ans pour le faire souffrir, excepté les maladies qu’il ne peut cacher aux hommes ; et ces autres maladies, il les doit supporter autant que possible et ne pas se donner de repos, excepté dans une chose extraordinaire, car il il est écrit : « L’esprit est prompt et la chair est faible2.
« Est-ce que tu penses que les dévotions, les mortifications et les coups dont les Satans frappent l’homme seront seulement comptés comme martyres ? Non, je te le dis ; mais aussi les maux et les maladies ; car quiconque peut les souffrir, celui-là est un martyr qui confesse (son Dieu) ; sans cela, pourquoi Paul, le serviteur du Messie, aurait-il écrit ainsi, pour nous instruire : « Je meurs chaque jour 1 » ; car il ne mourait évidemment pas tous les jours, mais il souffrait et supportait toute fatigue qui lui venait, les peines, les douleurs et les angoisses jusqu’à lamort, comme dit le Seigneur : « Quiconque veut me suivre, qu’il se renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive2. » Considère encore cette parole : « L’Ange de Satan me soufflette, afin que je ne » me perde pas par orgueil3.
« Et voici que l’Ange de Satan le souffleta, comme il m’est arrivé autrefois par la permission de Dieu, et l’esprit de fornication m’a tourmenté pour me faire la guerre ; mais la parole est une parole spirituelle à cause de la douleur dont a été frappé l’Apôtre dans son corps, et il a éprouvé une maladie ; carie Seigneur donne pouvoir au diable de tourmenter ses serviteurs, comme Satan demanda autrefois au Seigneur de faire descendre sur Job cette grande et longue maladie. Il est donc vrai qu’en toute maladie qui descend sur l’homme, si l’homme la reçoit avec action de grâces jusqu’à ce que le Seigneur lui en donne guérison, il est martyr ; car Paul quand la douleur le frappa et que l’Ange de Satan le souffleta, il en guérissait les (autres) hommes.
De même, quand les hommes de Dieu sont malades et qu’ils le cachent aux autres, ils sont martyrs aux yeux de Dieu, mais non aux yeux des hommes, parce que ceux-ci ne savent pas les fatigues ou la maladie qu’ils endurent ; et euxmêmes ils en guérissent d’autres par l’esprit de Dieu, afin que ceux qui sont guéris par les serviteurs de Dieu soient sans péché. Si Dieu envoie une douleur ou une maladie à un homme et que cet homme ne fasse pas pénitence, ce qui est écrit en Jérémie s’accomplira sur lui : « Je les ai » encouragés, et ils ne l’ont pas souffert ; je les ai caressés, et ils n’ont pas « accepté la politesse1. » Et toi, mon fils Théodore, si tu sais ces choses et si tu les observes selon ta force, si tu crois fermement que tu seras récompensé pour tout ce que tu auras fait, tu contenteras aussi le Seigneur, parce qu’il te verra te donner de la peine et crucifier ton corps par l’amour que tu as pour lui.
« Et lorsque Théodore eut entendu ces paroles, il les accepta avec une grande foi ; et à partir de ce jour il cacha le mal dont il souffrait à la tête, comme s’il eût été en bonne santé. Il resta vingt autres années avec cette maladie, souffrant sans le dire à personne. Et souventes fois il souffrit de différentes maladies qui atteignent les hommes, comme le mal d’oreilles, la fièvre qui se met dans les membres et qui fait Cette citation ne se trouve pas textuellement dans Jérémie. souffrir pendant dix ans, cinq ans ou trois ans ; malgré cela, il ne le dit à personne ; mais il considérait la maladie comme une mortification propre à dompter son corps. S’il avait mal aux yeux, il les soignait lui-même, et cela lui arrivait souvent parce qu’il pleurait continuellement.
S’il éprouvait des vomissements, il les soignait suivant les conseils que notre père Pakhôme lui avait donnés ; il faisait beaucoup d’adorations pour lesquelles il avait appris que d’aulres s’étaient donné de la peine ; personne parmilesfrères ne se mortifiait commelui, et il le faisait en cachette. Chaque jour il jeûnait jusqu’au soir, et la plupart du temps il jeûnait pendant deux jours de suite ; d’autre fois il mangeait et ne buvait pas d’eau pendant deux jours sans le dire à personne ; il ne mangeait rien de cuit à moins qu’il ne fût malade ou ne (voulût) se mettre d’accord avec d’autres personnes pour le bien de leurs âmes. Il s’abstenait des fruits ; il en goûtait quelquefois, mais il n’en mangeait pas ou en mangeait peu, comme il le voyait faire à notre père Pakhôme.
Si les frères servaient des dattes ou choses semblables, il en mangeait avec eux, il en prenait ses pleines mains comme s’il avait voulu les manger toutes ; mais il n’en mangeait que deux et laissait secrètement le reste. Souvent aussi, il refusait de se mettre d’accord avec ceux qui mangeaient pour ne pas rompre sa dévotion, ainsi qu’il est écrit : « Je me suis fait tout à tous pour sauver quelques-uns d’entre eux1. » À chaque instant il passait la nuit dans la veille avec des prières et des fatigues devant le Seigneur : il était revêtu de tous les fruits de l’Esprit-Saint comme d’un vêtement royal, comme il est écrit : « Revêtez-vous de Noire-Seigneur Jésus le Messie 2. » Une fois, il alla dans les couvents, visiter les frères comme d’habitude : lorsqu’il les eut salués, l’un des frères lui dit : « 0 mon père, on m’a volé mon livre. »
Il lui répondit : « Ne te désespère pas, le livre est ici, je te le rendrai » ; et cependant il ne savait pas qui l’avait pris. En cette même nuit, celui qui avait pris le livre, vint dire à Théodore : « C’est moi qui ai péché et pris le livre. » Il lui donna alors le livre en disant : « Pardonne-moi. » Théodore prit le livre et le rendit à son possesseur. Quelquesuns des frères l’interrogèrent sur une parole écrite dans l’Évangile : « Un grand nombre des corps des saints ressuscitèrent au moment où Notre Seigneur rendit l’âme sur la croix3; » lui demandant qu’il la leur expliquât au sens spirituel. Les frères qui l’avaient interrogé étaient au nombre de dix, et c’était pendant la nuit ; pendant qu’ils se questionnaient les uns les autres sur le sens spirituel du mot corps, Théodore vit douze jeunes garçons du même âge ; c’étaient des âmes pures1 et une voix d’entre eux dit : « O Théodore, ces frères que tu vois, ce sont les corps des saints. »
Il leur dit : « Très bien » ; et aussitôt ils disparurent à sa vue. Les frères qui étaient assis lui dirent : « À qui as-tu parlé ? »
Il leur dit : « IN’avez-vous pas vu ceux qui étaient debout au milieu de vous ? »
Ils lui dirent : « Nous n’avons rien vu. » Il leur apprit alors l’explication de la parole et ils furent remplis d’admiration. Une fois encore que Théodore était dans l’église d’un village, pendant que les frères faisaient l’offrande, c’était le samedi, et que le chantre chantait, une extase descendit sur lui ; il vit en vision l’image du fils de Dieu, sous la forme en laquelle il était venu dans le monde, assis sur un trône, les douze Apôtres autour de lui. L’Ange du Seigneur parlait à Théodore et lui désignait par son nom chacun des douze.
Il y avait dans le couvent un jeune garçon qui avait fait une action malhonnête : le supérieur du couvent et les frères ne sachant pas qui l’avaient faite, soupçonnèrent l’un des frères qui était négligent en ses actions et dirent : « Personne n’a fait cela que lui. » Ils lui dirent : « Personne n’a fait cela que toi » ; car il était près d’eux comme un petit garçon 1 C’est-à-dire des âmes réelles, non de purs esprits, mais des doubles du corps. sans application aux œuvres de Dieu. Et le jeune garçon savait que s’il leur disait : « Ce n’est pas moi qui l’ai fait », ils le frapperaient et le chasseraient du couvent. Mais celui qui avait commis l’action malhonnête, sachant qu’on allait chasser quelqu’un qui ne l’avait pas faite, dit aux autres frères : « Il n’est pas convenable de le chasser sans l’ordre de notre père Théodore, car nous savons qu’il est arrivé dans le couvent voisin.
Ne le chassez (donc) pas avant qu’il ne soit arrivé ; quand il saura le péché du frère, il le chassera lui-même. « Lorsqu’ils eurent entendu ces paroles, ils consentirent à Quand il fut arrivé, le frère qui avait conseillé d’épargner l’autre, prit les devants et alla trouver Théodore pendant la nuit ; il lui apprit tout ce qui était arrivé, qu’il avait lui-même commis le péché, et que celui qu’on avait soupçonné était innocent : » et maintenant, (dit-il), fais de moi ce que tu voudras. Si tu me veux chasser, chasse-moi, et si tu veux m’imposer pénitence, imposemoi pénitence. « Lorsque Théodore apprit cela, il dit : « Il est écrit : âme pour âme ; comme tu as sauvé une âme qu’on allait condamner pour une faute qu’elle n’avait pas commise, de même le Seigneur te sauvera, loi aussi, et l’admettra à pénitence pour ce qui a eu lieu1.
« Lorsque le malin C’est la première fois, à ma connaissance, que la loi du talion reçoit une application semblable. fut (arrivé), les frères se rassemblèrent et parlèrent à Théodore du frère qu’ils avaient soupçonné, afin qu’il fût chassé, lui disant : « Il n’est pas digne de rester avec nous.
« Ils le tirent alors avancer vers lui : Théodore le prit et lui dit : « Est-ce toi qui as fait cela ? »
Le frère lui dit : « Non. » Théodore lui dit : « Pourquoi as-tu souffert leur accusation et as-tu dit : « C’est moi qui l’ai fait ? »
Il dit : « Parce que je savais que si je disais : Ce n’est pas moi qui l’ai fait, ils me frapperaient et me chasseraient ; j’ai eu peur et je leur ai dit : « Faites comme vous voudrez. » Et Théodore lui parla d’un péché que le frère avait commis, et personne ne le savait que Dieu qui avait découvert à Théodore l’action que le frère avait faite ; il lui dit donc : « Tu dis : je n’ai pas fait cela ; mais certes tu as fait telle autre action en secret. »
Le frère répondit : « C’est vrai, j’ai fait ce que tu dis, et fais tout ce que tu voudras me faire pour cela ; mais ce qu’on dit que j’ai fait, je ne l’ai pas fait. »
Théodore lui dit : « Parce que tu as commis ce péché en secret, sans qu’homme au monde le sût, et que lu as irrité Dieu, ce malheur est tombé sur toi, si bien que les frères se sont élevés contre toi ; mais désormais, garde ton âme et n’irrite pas le Seigneur une autre fois. » Lorsque Théodore eut fini de parler, les frères s’avancèrent et lui dirent : « Est-ce que tu as donné l’ordre de le chasser ? »
Il leur dit : « (Ne) me l’avez-vous (pas) amené pour que je prononce sa sentence ? Qu’avez-vous à y voir?1 Allez-vous en. » Il ne voulut pas leur apprendre que ce frère n’était pas le coupable, de peur qu’ils n’en soupçonnassent un autre ; il se tut et il ne leur dit point d’autre parole que celle-ci : « J’ai arrangé la chose que vous demandez : taisez-vous. » Et après avoir entendu ces paroles, ils se turent, parce qu’ils savaient que tout ce que Théodore connaissait venait de Dieu, de même que pour notre père Pakhôme. Un jour qu’il travaillait quelque part avec les frères, lorsqu’il eut fini de travailler, il les mit, à l’heure du soir, à préparer leur repas pour qu’ils mangeassent. Théodore resta debout pour les servir, et il remarqua que l’un de ceux qui étaient à table mangeait beaucoup de poireaux : c’était un jeune homme vigoureux, depuis peu de temps venu vers les frères.
Théodore pensa en lui-même et se dit : « Il n’est pas bon pour ce frère, de manger beaucoup de poireaux, car il est jeune, et l’on dit de cette sorte de légume qu’elle fortifie le corps. » Quelques jours après, comme Théodore parlait avec les frères, et que ce frère était aussi debout près de lui, il dit : « Il ne convient point qu’un moine mange tant de poireaux, ’M. à m. : Qu’est-ce que cela vous fait à vous ? qu’il s’en rassasie et fortifie son corps. » Mais quand il eut dit cette parole, Théodore s’attrista beaucoup en son cœur, disant : « Peut-être n’était-ce point la volonté de Dieu que je disse cette parole ! car je n’ai pas été assez longanime (et n’ai pas attendu) qu’il se corrigeât lui-même par sa propre résolution, et qu’il apprît à se guérir lui-même d’une bonne manière.
« Après avoir entendu les paroles de Théodore, ce frère ne recommença plus à manger de poireaux à partir de ce jour jusqu’au jour de sa mort ; et les années qu’il resta ainsi sans manger de poireaux, sont au nombre de vingt-neuf. Lorsque Théodore apprit que ce frère n’avait pas recommencé à manger de poireaux, à cause de la parole qu’il lui avait dite, il se garda lui-même d’en manger jusqu’au jour où le Seigneurie fit mourir, craignant qu’il fut responsable près du Seigneur, s’il n’observait la règle qu’il avait lui-même enseignée aux autres. C’est ainsi que la crainte de Dieu faisait des progrès en eux, car même dans les petites choses, Théodore avait une conscience pure, en vertu de cette parole qu’a dite David : « J’ai oublié de manger mon pain, à cause de la voix de mes soupirs1; »
comme cela s’accomplit pour notre père Pakhôme et notre père Théodore. Et souventes fois, au soir, ils ne savaient pas qu’ils n’avaient pas mangé, Ps. ci, 5. La citation est faussée. mais ils sentaient un peu de faiblesse en leur corps ; souvent aussi, si on leur avait servi quelque chose de cuit, ils se levaient (de table) sans savoir ce qu’on leur avait servi à cause de la crainte de Dieu qui était dans leur cœur. Un jour qu’il faisait une grande chaleur, notre père Pakhôme dit à Théodore : « Mangeons aujour d’hui, car nous devons aller à Tmouschons pour un frère qui est sur le point de mourir. »
Théodore lui dit : « Fais ce que tu veux. » Et lorsqu’ils eurent placé le pain dans l’eau pour l’amollir, noire père Pakhôme dit à Théodore : « Prions jusqu’à ce que le pain soit trempé. » Personne qu’eux n’était entré (au réfectoire.) Et lorsqu’ils eurent commencé de prier, la crainte descendit sur eux, ils virent un homme lumineux se tenant devant eux, étendant les mains vers eux et disant : « Donnez-moi votre prière, afin que je la porte comme un encens devant le Seigneur. » Notre père Pakhôme, en entendant ces paroles se prosterna la face contre terre, et de même Théodore, puis ils s’écrièrent à Dieu avec prières, lui demandant d’étendre sa miséricorde sur chacun, afin qu’ils fissent sa volonté et obtinssent leur salut. Ils restèrent ensuite à prier (ainsi) jusqu’à l’heure du soir.
Alors ils s’assirent et mangèrent ; puis, ils se levèrent à la hâte et se mirent en marche. Ils continuèrent de marcher dans le chemin jusqu’à la moitié de la nuit : ils arrivèrent ainsi à Tmouschons : ils entrèrent près du malade, et avec eux le supérieur de cet endroit. Ce supérieur dit à notre père : « Il y a deux jours que le frère est malade ; mais nous craignions qu’en allant vers le Sa’id, pour le faire baptiser, il ne mourût en chemin ; » car c’élait la coutume que tous les catéchumènes des monastères vinssent à Phbôou, pendant le jeune quadragésimal et y fussent baptisés.
Notre père Pakhôme lui dit : « Puisque tu l’as vu très malade, pourquoi ne l’as-tu pas fait baptiser ici ? »
Le supérieur lui répondit, disant : « Nous n’avons point de prêtre. » El ‘ pendant qu’ils parlaient ainsi entre eux, avant que le frère malade ne remît son âme (entre les mains de Dieu), les yeux de Pakhôme et de Théodore s’ouvrirent ; ils virent les Anges qui le baptisaient en secret, avant qu’il ne sortît du corps ; car les Anges de lumière, visitent les frères vertueux qui sont proches de la mort, comme Dieu l’a souvent révélé ; mais d’autres fois il le cache. Si le mourant est un homme vertueux, trois Anges viennent à lui, au dessus de sa tête ; s’il a fait des actions élevées, les Anges qui lui sont envoyés sont d’un rang élevé ; s’il a fait des actions moindres, des Anges moins élevés lui sont envoyés ; et Dieu fait cela, afin que ceux qui viennent pour faire sortir l’homme (de ce monde) le fassent avec douceur, car si des Anges élevés emportaient un homme inférieur, ils le traiteraient comme (font) les puissants de la terre, qui font acception des gouvernements et des craintes apparentes1, des richesses et de la vaine gloire, et ils traitent les pauvres et les faibles en raison de leur misère ; mais les puissances célestes de Dieu agissent toujours selon la vérité, d’après la volonté de Dieu.
Et ces trois Anges, qu’on envoie derrière l’homme pour le visiter, sont plus élevés l’un que l’autre, et ils obéissent à celui qui est le plus élevé. Quand l’homme est sur le point de mourir, l’un se place à sa tête, un autre à ses pieds, semblables à des hommes qui vêlement comme un linceul spirituel 2, afin qu’au moment où l’âme sortira du corps, elle se pose sur ce vêtement. L’âme d’un homme pur est très belle et blanche comme de la neige : telle la pureté de chaque âme et de ses actions, telles sa beauté et sa blancheur3; de même que sur terre, un homme est plus beau et plus blanc que son compagnon, ainsi l’âme belle est (encore) embellie par le Saint-Esprit qu’elle a reçu. Les âmes, de même ’C’est-à-dire des hommes qui ont des charges et inspirent de la crainte.
Ce mot doit s’entendre dans le sens du double égyptien : tout était double après la mort, linceul, chevaux, barques, etc.
3 Ce qui veut dire que la beauté et la blancheur de l’âme, dépendent de ses vertus. que les corps, se connaîtront les unes les autres. Lorsque l’âme est sortie que les hommes portent en terre après sa mort : l’autre Ange les précède en chantant dans une langue inconnue des hommes, même de ceux qui ont vu cette vision, Pakhôme et Théodore, qui ne la connaissaient point ; mais ils entendaient les Anges chanter : Alléluia. Les Anges marchaient terre, mais ils couraient comme des oiseaux, car ce sont des esprits ; ils marchaient (donc) avec elle, s’élevant dans les airs, pour lui faire voir les deux extrémités du monde. Ils lui montrent ensuite l’endroit de son repos, afin qu’après qu’elle y sera entrée en récompense de ses actions honnêtes, elle connaisse (mieux) les tourments dont elle a été sauvée et qu’elle rende gloire au Seigneur qui l’en a sauvée.
Après cela, on la conduit devant l’homme de Dieu qui l’a instruite et l’a fait vivre dans la loi de Dieu : il la prend et la présente à Dieu comme un don (qu’il lui fait) : alors elle gloridu corps et arrivée au vêlement, l’un des Anges prend l’extrémité du vêtement à l’arrière, et l’autre par devant, comme (s’il s’agissait d’)un corps ainsi avec l’âme dans l’air ; ils ne marchaient pas comme les hommes sur fie Dieu en disant : « Gloire à Dieu. » On la mène ensuite dans le lieu du repos qui lui est destiné ; en raison du nombre des œuvres de chacune, ce lieu sera proche ou éloigné de Dieu ; car tous ceux qui auront mérité la vie, béniront et glorifieront Dieu avant d’aller au lieu de leur repos. Il y a des gens qui voient Dieu et le glorifient à cause de la pureté de leur cœur car il est écrit : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu1 » ; en effet celui qui a fait un manquement dans ses œuvres ne mérite pas de voir Dieu, parce qu’il n’est pas parfaitement pur de cœur.
S’il est seulement digne de la vie, il verra le Fils de Dieu dans son humanité, qui est unie à sa divinité2. D’après la grandeur de ceux qui meurent et qui ont contenté Dieu, les saints et les justes, vont au devant d’eux dans des barques ou sur des chevaux spirituels 3: pour certains d’entre eux, on sort au devant d’eux jusqu’à la porte de vie, et on les salue comme des familiers4: pour d’autres, on sort au devant d’eux, mais on les reçoit de loin, selon leurs mérites ; pour d’autres, (on attend) qu’ils soient proches avant de les saluer : mais tous hériteront la vie. Et quand les saints sortent pour recevoir les (âmes), ils portent des couronnes spéciales : à l’homme qu’ils 1 Malt., v, 3.
4 Ces mots : qui est unie à sa divinité, sont une addition postérieure au concile de Chalcédoine ; ils n’ont aucune raison d’être ici.
3 Même observation qu’à la note 2 de la page 462.
1 M. à m. : les saluent comme s’ils étaient quelqu’un d’entre eux. VIE DE PAKHÔME reçoivent (ils donnent) les couronnes pour lesquelles il a travaillé en faisant des actions héroïques, en étant vainqueur sur terre, soit en combattant Iblis, ou la couronne de piété qu’il recevra de Dieu, au jour de la résurrection, comme a dit l’Apôtre. Au moment où l’âme de l’homme pur arrive à la porte de la vie, le Seigneur lui met dans la bouche la parole qu’a dite David : « Ouvrez-moi les portes de la justice, afin que j’entre et que je confesse le Seigneur1. » Aussitôt les Anges qui sont à la porte répondent : « Voici la porte du Seigneur, c’est par elle que les justes feront leur entrée2. » Et s’il se rencontre quelques disciples d’un homme parfait, les Anges qui sont avec eux crieront le mot d’Isaie : « Ouvrez les portes, afin que ce peuple observateur de l’équité et de la paix (puisse) entrer3.
« Et notre père Pakhôme vit cette grande vision, dans le monastère de Tmouschons, au sujet du frère que les Anges baptisèrent avant sa mort. Après avoir vu comment les justes sortaient du corps, il pria de nouveau, afin qu’on lui montrât comment les pécheurs sortaient (de la vie). Si l’âme se trouve en des actions mauvaises au moment où l’on vient la visiter, deux Anges sans pitié4 arrivent, et, quand l’homme est sur le point de spéciale d’Anges véritables, créés pour tourmenter les damnés dans l’enfer : ils ne souffrent point eux-mêmes et remplacent les génies tourmenteurs que l’on voit dans les tombes égyptiennes. mourir, un Ange se place près de sa tête, l’autre à ses pieds, et ils se mettent à le tourmenter jusqu’à ce que son âme monte. Ils font ensuite descendre en sa bouche quelque ’chose de recourbé comme un hameçon : c’est ainsi qu’ils lui arrachent Taine.
Quand ils la lui ont arrachée, ils l’attachent à un cheval spirituel, car elle aussi est un esprit : son aspect est noir et très horrible : ainsi sera l’aspect de tous les pécheurs en raison de leurs actions mauvaises. On la conduit ensuite, selon ses mérites, vers les tourments et on la jette dans les ténèbres sans lumière. Beaucoup d’hommes bons souffrent dans la maladie, pendant laquelle on les prend, et au moment où l’âme sort, ces hommes ressemblent à un ragoût (qui doit être) des épreuves1. S’ils ne sont pas parfaitement purifiés, ils ont besoin de quelques souffrances pour être parfaits et obtenir tous les biens prèsde Dieu. Quelques saints se sont trouvés dans des tourments immenses àl’heure de leur mort, comme Étienne et tous les martyrs ; d’autres aussi, je veux dire, Job, David et d’autres encore, ont enduré des tourments pendant leur vie et à l’heure de leur mort ils se sont endormi en paix.
Quant aux pécheurs, 4 Il y a ici un jeu « le mots impossible à traduire, car il faudrait dire que les justes out été cuits dans les épreuves. VIE DE PAKHÔME quelques-uns d’entre eux meurent en paix et n’endurent aucune souffrance, à cause des tourments qui leur sont destinés, selon qu’il est écrit : « Le pécheur est gardé pour le jour du mal. » Voilà pourquoi l’auteur de l’Ecclésiaste ayant vu beaucoup de (cas) semblables a dit : « La fin du juste et du pécheur est la même, du pur et de l’impur, du bon et du méchant1 » ; il veut dire dans le monde seulement, et c’est pour cela que nous voyons Notre Seigneur crucifié sur la croix avec des voleurs.
Et notre père Pakhôme voyait comment les Anges transportaient, dans l’autre monde, les frères qui étaient entrés dans la communauté près de l’apôtre Paul, qui lui avait parlé en songe et dit : « J’accomplirai le reste de mon service. » Ainsi il les conduisait près du Seigneur, pour le glorifier et le bénir ; après l’avoir béni, ils seront dans le lieu de repos, qui leur a été donné comme un dépôt, jusqu’au jour où devait mourir notre père Pakhôme. Lorsque notre père Pakhôme fut mort, le Seigneur dévoila à Théodore (le sort) de ceux qui mouraient, afin qu’il sût qu’on les menait devant notre père Pakhôme, qui les conduisait (à son tour) devant le Seigneur pour le confesser et le bénir, parce qu’il est leur père et leur intercesseur. Quand ils l’ont confessé, on les conduit dans la ville qui leur a été donnée comme héritage.
Un jour que Théodore ôtait assis dans la congrégation, il entendit la voix des Anges qui chantaient : il se leva aussitôt, alla trouver notre père Pakhôme et lui juste que l’on conduit dans les airs au dessus de notre tête. « Et pendant qu’ils parlaient ensemble, ils regardèrent en haut, ils virent l’âme que l’on conduisait. Le Seigneur ouvrit de même leurs yeux souventes fois ; ils virent l’Ange du Seigneur en haut, dans le sanctuaire, à la table sainte et il distribuait les mystères saints à ceux qui les méritaient, par la main de celui qui les distribuait, que ce fût un évêque ou un prêtre ; mais si pour les recevoir, l’Ange fermait la main et le prêtre (seul) les lui donnait. Un jour que notre père Pakhôme alla vers un monastère, pour (le salut d’)une âme, en compagnie d’un autre frère, il confia à Théodore le soin de veiller sur les frères jusqu’à son retour.
Théodore s’étant levé pendant la nuit pour parcourir le monastère et veiller sur les frères, comme il se tenait debout en un certain endroit, priant, il vil les frères couchés à terre, dormant comme des brebis : l’Ange du Seigneur se tenait debout au milieu, (veillant) sur eux. À sa vue, Théodore s’avança de son côté pour Taborder ; mais avant qu’il ne fût arrivé près de lui, l’Ange lui dit : « Qui veille sur les frères ? est-ce disant : « En vérité, nous ne sommes que des apparences (de bergers), car les (vrais) bergers qui nous gardent, ce sont les Anges du Seigneur. » Et l’extérieur de l’Ange qui lui était apparu ressemblait à (celui d’)un soldat revêtu d’une forte cuirasse, garnie de larges plaques ; il était beau grandement, lumineux ; sa ceinture était large d’un empan, très belle et resplendissante.
Un autre jour, lorsque Théodore dans l’un des couvents priait près d’un figuier, le Seigneur ouvrit ses yeux, et, cà une distance de huit milles de marche, il vit notre père Pakhôme assis, parlant aux frères la parole de Dieu ; et Théodore entendit ce que Pakhôme leur disait et quand il l’eut rejoint, il l’informa qu’il avait eu une vision pendant sa prière, et lui raconta les paroles qu’il avait entendues de lui, (Pakhôme), parlant aux frères. Notre père Pakhôme lui répondit : « Vraiment, c’est bien la parole que j’ai dite. » Un jour que notre père Pakhôme priait seul quelque part, il eut une extase ; il vit tous les frères qui se trouvaient au couvent, se tenant debout et le Seigneur assis sur un trône élevé, disant aux frères une parabole de l’Évangile.
Pakhôme écoutait les paroles que le Seigneur prononçait et expliquait, et voici ce que disait le Seigneur : « C’est ce que j’ai dit dans l’Évangile de Matthieu en telle parabole » ; et il leur parlait de beaucoup d’endroits de l’Évangile, s’énonçant ainsi 1: « Comme j’ai dit. » Depuis ce jour, quand notre père Pakhôme se présentait pour parler aux frères, la parole de Dieu, il s’arrêtait à l’endroit où il avait vu le Seigneur assis et parlant, et il leur disait la parole qu’il avait entendue et son explication ; et (apparaissait) en cet endroit un grand éclair qui (r)illluminait si bien que les frères étaient terrifiés par la parole de notre père Pakhôme ; ils voyaient les paroles sortir de sa bouche semblables à des anneaux d’or et d’argent, à des pierres précieuses qui volaient secrètement au dessus des frères et entraient dans les oreilles des assistants.
Et quand notre père Pakhôme vit ce (prodige), il se rappela le mot de l’Écriture : « La parole que je vous ai dite est esprit et vie. » Et voici que quelques frères d’entre les premiers, voyant notre père Pakhôme se livrant assidûment à des fatigues nombreuses, portant sa croix chaque jour et suivant le Seigneur avec une conscience pure, lui dirent : « Certes tu te fatigues plus que ne l’ont fait tous les saints, car nous ne le voyons donner de repos à (on corps ni jour ni nuit. »
Il les réprimanda avec modestie, (disant) : « Vous êtes sans compréhension, vous ne savez pas ce que vous dites. Croyez-moi ; souventes fois pendant 1 M. à m. : à la ressemblance de cette parole. que je priais, j’ai demandé dans mes prières et j’ai dit : « O messeigneurs » les saints, priez le Seigneur pour moi, car vous êtes ses élus, et intercédez » pour moi près de lui, afin qu’il m’accorde à moi aussi, un peu de l’esprit « qui est en vous. »
Et il y avait dans le couvent de Tabennîsi, un frère droit, honnête, et il était tombé dans une pensée diabolique, si bien qu’il cueillait les figues et les plaçait dans des pots. Lorsque notre père Pakhôme alla à Tabennîsi pour visiter les frères, ce frère vint à passer pendant qu’il leur parlait la parole de Dieu ; il l’appela par son nom disant : « Élie, ce que tu cherches, nous l’avons trouvé dans un pot. » Élie rentra aussitôt, apporta les figues qu’il avait cachées et se prosterna devant lui en disant : « Pardonne-moi, mon père, car j’ai péché, et en agissant ainsi, j’ai violé la loi et la règle, qui nous a été imposée pour notre édification, de ne rien manger avant d’en donner à tous les frères. » Et voici que notre père Pakhôme dit aux frères : « Le Seigneur me découvre beaucoup de choses en secret, et je vous dis que je ne savais point cette affaire ; mais c’est le Seigneur qui a mis cette parole dans ma bouche pour corriger ce frère et sauver son âme.
« Un autre jour que les frères étaient quelque part cà travailler avec Théodore, lorsqu’ils eurent fini de manger leur pain au soir, il leur fit cuire un peu de bousch 1. Un grand nombre de frères ne mangeaient rien de cuit, car ils suivaient leur chemin avec mortification ; mais il y avait un frère jeune, vigoureux de corps, nommé Badola, en butte aux combats de la jeunesse1 2: il lui vint à l’esprit de manger de ce plat. Mais l’esprit de Dieu piqua sa conscience (lui disant) : « Ce mets a été préparé pour ceux qui en ont besoin ; mais toi, tu n’en as pas besoin à cause de la guerre que te fait ton corps. » Il n’obéit pas à l’éveil de sa conscience3; mais il alla s’asseoir et manger : celui qui servait lui donna le plat et il le vida. Lorsqu’ils eurent fini de manger, ils entrèrent dans la hutte comme d’hahitude pour entendre de Théodore la parole de Dieu : les frères lui demandèrent de leur dire ce qui les arrêtait (dans le chemin de la perfection), et il leur dit ce qui les arrêtait.
Il leur dit ensuite : « Vous, vous êtes impatients, petits de cœur 4 » : à d’autres : « Vous, vous êtes emportés » ; à d’autres : « Vous, vous avez la parole dure » ; et à d’autres, autre chose. Quelques frères l’interrogèrent au sujet d’autres frères qui n’étaient pas dans la hutte, et il les renseigna. Il en était ainsi souventes fois. Et lorsqu’ils l’eurent interrogé au sujet du frère susdit, il leur parla comme 1 Sorte de bouillie de froment et de lentilles.
4 C’est-à-dire aux tentations de la chair.
3 M. à m. : à la piqûre qui l’avait éveillé.
4 C’est-à-dire lâches, sans courage. dans les Écritures disant : « Le frère dont vous parlez, son espoir est dans un plat. » Or le frère l’entendait, car la hutte où mangeaient les frères était proche de l’endroit où se trouvait Théodore ; et lorsqu’il eut entendu ces paroles, il se leva et alla se prosterner au milieu des frères, disant : « Priez pour moi, mes frères, car je suis tombé dans la faute qui m’a été découverte, et au moment où j’ai désobéi à la suggestion de mon cœur, le Seigneur m’a réprimandé dans une vision. » Et lorsque les frères virent cela, ils s’étonnèrent de la parole du frère, ne sachant ’pas ce dont il Lorsque notre père Pakhôme fit bâtir des cellules, c’est-à-dire des maisons pour les frères, il y plaça (comme supérieurs), des gens pieux pour les diriger dans la justice : il mit les gens d’Alexandrie dans la même maison que les Grecs étrangers (à l’Égypte), et plaça à leur tête un frère d’Alexandrie : c’est le premier qui fut appelé par le Seigneur dans la communauté : il se nommait Théodore.
Ce frère, alors qu’il était jeune, à douze ans, qu’il était idolâtre et que ses parents adoraient les idoles, il lui vint à l’esprit dès l’enfance, qu’il devait se faire chrétien et devenir moine. Il prit en son cœur cette résolution devant Dieu alors qu’il était idolâtre : « Si je deviens chrétien, je me ferai moine et je garderai mon corps pur jusqu’à ma mort. Lors donc qu’il fut devenu chrétien, il se fit moine et, lorsqu’il fut morne, il resta douze ans, menant une vie retirée dans Alexandrie, puis il devint anagnoste1 dans l’église, et vécut retiré dans son habitation, se gardant par le mot que dans l’Évangile a dit le Sauveur : « Celui qui voit une femme et la désire, a forniqué avec elle2. » Et il garda si bien son âme qu’il ne parla jamais à une femme, sinon à sa mère et à sa sœur.
Voyant quelques prêtres qui marchaient dans la vaine gloire et les faveurs (du monde), il se mit à prier souvent le Seigneur, disant en suppliant : « Montre-moi seulement, Seigneur, un homme qui marche selon les Écritures, afin que je me mortifie et fasse comme lui. Tant que je n’aurai vu personne de la sorte, il me sera difficile de les suivre. » Et il fit toujours ainsi pendant qu’il mena sa vie retirée. Lorsque les frères allèrent à Alexandrie pour une affaire, il lui vint à l’esprit de sortir (de la ville) avec eux et de se rendre au couvent, quand ils y retourneraient. Ils l’emmenèrent avec eux et notre père Pakhôme le salua ainsi que les frères qui l’accompagnaient. Lorsque Théodore eut appris que c’était notre père, la lumière se fit3 dans son cœur que c’était l’homme de Dieu, qui menait une conduite selon les Écritures.
Lorsqu’il fut entré dans le monastère, 1 C’est le terme employé dans l’Église orientale grecque, pour désigner les Lecteurs de l’Occident. notre père Pakhôme lui parla par interprète, l’interrogea sur les frères qui menaient une vie retirée à Alexandrie, sur les prêtres, leur foi et leurs actions. Il lui répondit : « Quant à leur foi, elle est forte, belle selon les ordres des Apôtres : outre cela, leur connaissance des Écritures est véritable. »
Notre père Pakhôme dit : « Et comment est la dévotion de leurs âmes ? »
Il lui dit : « Quant au manger et au boire, ils mangent et boivent convenablement, selon qu’il est écrit : « Quant à ces choses, « Dieu les a faites pour que les croyants, qui connaissent la vérité, s’en » servent avec action de grâces. »
Notre père Pakhôme dit : « Et quels sont les mets qu’ils mangent ? »
Il lui dit : « Ils se nourrissent de toutes les bonnes choses, surtout les prêtres. »
Notre père Pakhôme lui dit la pureté de leur corps ? »
Il lui dit : « Pour ce qui est de la pureté de leur corps, elle n’a pas de limite : leurs actions sont grandement élevées ; mais quant à leur manger et à leur boire, ils mangent et ils boivent. » Notre père Pakhôme avait alors en sa main un bâton, il en frappa deux fois la terre en disant : « Est-ce que cette terre, si elle est arrosée et engraissée, ne produira pas des herbes parasites : ainsi du corps ; si on lui donne en abondance manger, boire et repos, il ne lui est pas possible d’être pur, car les Écritures disent : « Ceux qui appartiennent à Jésus le Messie, » ont crucifié leurs corps et leurs concupiscences1. » Et lorsque le frère entendit ces paroles, il fut dans l’embarras. Quelque temps après il interrogea l’un des frères qui étaient allés à Alexandrie pour le service des moines, et il apprit que tous (les moines d’Alexandrie) avaient été surpris en des actions mauvaises qu’ils avaient faites, et sur d’autres, on disait des choses honteuses.
Il se rappela la parole de notre père Pakhôme : « Celui qui traite bien son corps, ne peut le garder pur éternellement. » Et quand il eut fait des progrès dans une conduite honnête, le père Pakhôme le mita la tête des frères d’origine grecque. Quand notre père Pakhôme parlait aux frères la parole de Dieu, c’est lui qui la traduisait en grec, car les autres ne connaissaient pas la langue copte, et lui l’avait apprise pendant son séjour (dans le monastère). Il est compté parmi les frères grands et pieux : il édifiait dans la loi de Dieu, les âmes que le Seigneur lui avait confiées par l’entremise de notre père Pakhôme, ainsi que dans les règles imposées aux frères pour leur salut. Après la mort de notre père Pakhôme, il fit de même aux jours d’Horsiési et de Théodore qui succédèrent à notre père, et leur expliquait la parole de Dieu.
Un jour que notre père Pakhôme était allé visiter les frères de Schénésît, lorsqu’il entra dans le couvent, il sentit une odeur fétide, comme l’odeur d’un cadavre, et il sut que Satan avait commis le meurtre de quelqu’un des frères ; mais il ne savait pas qui eu avait été la victime. Après avoir salué les frères, il entra le soir dans un endroit isolé et pria toute la nuit, afin que le Seigneur lui découvrît (la cause de) cette odeur fétide, et l’homme qui avait fait ce péché était le supérieur du couvent, nommé Apollonios ; et celui-ci avait aussi passé la nuit tout entière à lire à voix haute les saintes Écritures, à cause de la mollesse de son cœur. Lorsque notre père Pakhôme eut prié, le Seigneur lui découvrit ce qui avait eu lieu : le matin arrivé, il fit appeler le jeune garçon pour lequel Satan avait tué cet homme, il le questionna bien, puis il fit appeler l’autre et lui parla de la faute en laquelle celui-ci était tombé : l’homme avoua et demanda pénitence, disant : « Si j’ai commis un péché, je n’ai pas achevé ce que j’avais conçu. »
Et notre père Pakhôme lui dit : « Le jugement que Dieu a porté dans l’Écriture, ne te suffit-il pas : « Celui qui regarde une femme et la désire, a » forniqué avec elle en son cœur ? » S’il a parlé ainsi seulement à cause du désir des yeux, à combien plus forte raison n’es-lu pas digne de ce (jugement), toi qui as accepté la volonté d’iblis pour approcher ton corps d’une personne mâle comme toi et commettre une action contre nature ? « Mais notre père Pakhôme connaissait les peines et les fatigues que cet homme avait endurées depuis son enfance ; il fut rempli de tristesse et l’emmena avec lui dans le grand couvent de Phbôou. Il y avait près de ce lieu un puits d’eau ; Pakhôme quitta le moine en cet endroit et lui dit : « Reste ici et pleure sur toi-même devant le Seigneur, afin qu’il prenne pitié de toi et te donne pénitence, car tu n’as pas achevé ce que Satan t’avait inspiré.
« Et voici que notre père Pakhôme, après l’avoir quitté, jeûna et fit de nombreuses prières pendant quatre mois : quant à l’autre, il resta dans l’endroit désert, jeûna deux jours par deux jours, buvant de l’eau de ce puits qui était puante ; le jour où il rompait le jeûne, il ne mangeait que du pain et du sel. Il portait un cilice, couchait sur la cendre1 (sic) et personne d’entre les frères n’allait le voir, sinon l’homme qui lui portait du pain. Et notre père Pakhôme était assidu dans ses prières et ses implorations, comme il faisait tous les jours, pour lui obtenir (la grâce de) la On s’attendrait plutôt à trouver sur le sable ; mais je pense que cet endroit se trouvait dans pénitence ; mais un jour il vit l’Ange du Seigneur qui lui dit : « Cet homme pour qui tu pries, afin qu’il fasse pénitence, il ne manque point de connaissance el tu ne le guides point avec tes larmes nombreuses pour sauver son âme et le faire échapper aux pièges de Satan ; chasse-le maintenant et sépare-le de toi.
« Quand notre père Pakhôme vit cela, il cria à haute voix, pleura et pria pour tous les frères, afin que personne parmi eux ne mourut ainsi de mâle mort, et que la crainte de Dieu fût en eux, qu’ils n’inclinassent point vers un chemin mauvais, (mais) fissent la volonté de Dieu et le contentassent. Lorsqu’il eut fini sa prière, il fit appeler tous les grands (frères) du monastère, leur apprit ce que le Seigneur lui avait révélé, les prit avec lui et alla trouver le (frère pénitent) ; quand celui-ci les vit, il s’avança1, se prosterna devant eux. Les frères le voyant pleurer, furent surpris comme il ressemblait à un cadavre, car tout son corps, à l’exception de ses yeux, était devenu de la couleur d’un cilice, car il était assimilé à son corps à cause de ses larmes2.
Notre père Pakhôme lui dit en face : « Pourquoi n’ai-je pas appris que tu étais tombé du haut d’une terrasse et que tu étais devenu boiteux, afin que je pusse te porter et te soigner avec bonté de cœur tous les jours de ta vie ? Pourquoi n’es-tu 1 M. à m. : il sortit, ce qui ferait bien croire qu’il était dans une cellule.
5 C’est-à-dire qu’il était devenu tout noir. pas devenu aveugle pour que je pusse te guider et prendre soin de toi ? Plût à Dieu que tu eusses une plaie incurable en ton corps ! je t’aurais soigné jusqu’à ce que tu fusses guéri ; mais maintenant que pourrais-je faire pour ta chute en présence de Dieu ? Que t’ai-je fait de mal depuis ton enfance jusqu’à ce jour, pour que je te livre au Satan, l’ennemi qui me confondra à cause de toi ? « Il disait tout cela en pleurant, et les frères qui l’écoutaient pleuraient aussi. Il ordonna ensuite au portier de lui donner ses habits (laïques) et sa natte, du pain et de l’argent, puis de le chasser. Ainsi il le rendit étranger aux frères. Un jour aussi qu’il était debout dans la Congrégation, à l’heure du soir, pour parler aux frères la parole de Dieu, selon sa coutume de chaque jour, avant de commencer, il regarda vers la porte de la Congrégation et vit un esprit méchant qui se tenait debout.
Et il y avait deux briques à la voûte de l’endroit par où descendait la lumière ; et quand les frères tirèrent la corde pour l’éclairer et faire descendre la lumière, les deux briques tombèrent sur lui. Dès qu’ils virent cela, quelques frères poussèrent des cris ; quant à l’homme de Dieu, vigilant en toute affaire, dès qu’il eût senti que quelque chose tombait sur sa tête, il fit un mouvement rapide et mit sa main sur sa tête, avant qu’elle ne fût frappée par la brique qui descendait sur elle. Alors il dit aux frères : « Taisez-vous », et il se mit à parler la parole de l’instruction. Quand il eut fini de parler et de prier après avoir parlé, les frères l’interrogèrent disant : « Vois, ta tête est-elle blessée ? »
Il leur répondit : « Je vous disque j’avais mal à la tête avant ce moment, et lorsque la brique est tombée sur moi, elle m’a guéri. » En parlant ainsi, il se rappela la parole de l’Apôtre qui dit : « Remerciez pour toute chose1 » ; car il savait que rien ne lui arrivait sans la volonté de Dieu. L’un des frères, nommé Paul et grand dévot, ayant appris que si notre père Pakhôme était piqué par un scorpion, il restait à prier jusqu’à ce qu’il fut guéri, sans s’émouvoir, fut aussi un jour piqué par un scorpion vers le soir. Aussitôt il posa le pied sur le scorpion, comme s’il eût voulu l’écraser ; il resta ainsi à’prier depuis le soir jusqu’à ce que la lumière parût. Pendant qu’il priait, le venin monta dans tout son corps, si bien qu’il fut sur le point de rendre l’âme.
Mais avec tout cela, il ne se dérangea point de sa prière, et, dans sa souffrance, il s’écria vers Dieu disant : « Je ne me dérangerai point jusqu’à ce que mon âme sorte de mon corps, si tu le veux ; car sans doute tu me châties pour infidélité et si je me dérangeais pour cela, je te renierais à cause des tourments et des douleurs du corps. » Lorsque le matin fut (arrivé) et que le soleil parut et devint chaud, le frère acheva sa prière, puis il trouva le scorpion mort sous ses pieds. Il ne raconta la chose à personne, sinon à un frère, en lui ordonnant de ne le dire cà personne et en lui disant : « Je craindrais que quelqu’un ne me louât et je perdrais la récompense que me donnera le Seigneur. » Et lorsqu’il fut mort, le frère apprit cela aux moines.
De même aussi un jour, au soir, que notre père Pakhôme était debout dans les champs parlant aux frères, il fit bientôt nuit et voici que deux gros serpents sortirent de l’halfa et se glissèrent entre ses pieds, pendant qu’il parlait aux frères. Pour lui, il ne regarda pas du tout en bas de leur côté, et ne remua pas le moins du monde ses pieds de l’endroit où ils étaient, quoiqu’il sut que quelque chose s’était enroulé à ses pieds. Lorsqu’il eut fini de parler, ils prièrent, il se mit cà genoux et frappa du pied sur les serpents ; et la prière finie, il commanda aux frères d’apporter une lampe allumée, et lorsqu’ils virent les deux serpents, ils les tuèrent. Les frères admirèrent la protection de Dieu sur lui, caries serpents ne l’avaient point touché.
Notre père Pakhôme priait continuellement, faisait des dévotions sans jamais reposer son âme par le manger et le boire, quoiqu’il fût certes avancé en âge ; s’il voulait dormir après être resté debout à prier la moitié de la nuit, selon sa coutume, il ne dormait point couché, ni (assis) sur son banc, VIE DE mais il s’asseyait, s’appuyant à la muraille et dormait ainsi que tous les frères, car il leur avait donné l’ordre de dormir dans cette position1. Et s’il avait besoin qu’on lui bâtît un banc2, il ne le laissait point bâtir beau ; si au contraire on le bâtissait pour un frère, il leur ordonnait de le faire beau avec de la boue détrempée et de le polir après que le banc avait été bâti, car en toute chose il prenait grand soin de son prochain de préférence à lui-même, même dans les choses les plus viles.
Et si le supérieur de la maison où il se trouvait ordonnait qu’on lui bâtît un banc d’une belle construction, il obéissait et disait en son cœur : « Je ne voudrais pas qu’il fut beau et poli, mais il me faut aussi obéir comme tous les frères, si, dans ce qu’on m’ordonne, il n’y a point de dérogation à la règle ni de scandale. De même s’il allait quelque part avec les frères en dehors du monastère et qu’il eût besoin d’y passer la nuit, il ordonnait que chacun se creusât pour lui-même une fosse dans la terre, en la forme de leur couche dans la communauté, disant : « L’homme fidèle doit se mortifier dans sa couche, car l’esprit de fornication s’élancerait sur l’homme pour le tenter davantage, si l’on dormait étendu et bien à l’aise. » Avant ce temps, au commencement 1 M.
à m. : ainsi. — ! C’est encore l’habitude de faire en avant des maisons de ces sortes de bancs de terre, où l’on s’asseoit comme sur un divan. On en fait aussi dans les cellules. de ses dévotions, il avait supporté une grande souffrance, car il avait passé quinze ans sans appuyer son corps au mur, ni le jour ni la nuit, et quand il avait besoin de dormir un peu, il s’asseyait à terre loin du mur : et souventes fois, outre les prières habituelles1, il priait du soir au matin. Quand il se tenait debout à prier, il se tourmentait dans sa prière, ne remuant pas les mains après les avoir étendues, ni ses pieds, se tenant ferme comme un rocher et ne bougeant pas jusqu’à ce que la lumière parût. Il agissait ainsi pour chasser le sommeil et toute pensée mondaine, (et ne recevoir) que les seules pensées du Seigneur.
Pendant qu’il priait, ses mains se remplissaient de sang à cause des moustiques qui le dévoraient pendant l’été, il restait aussi à genoux toute la nuit pour se tourmenter à cause du sommeil. Ses pieds enflaient, parce qu’il restait debout toute la nuit ; et si parfois il voulait courber ses pieds2, il s’asseyait un peu ; puis après il se tenait debout jusqu’à ce que la lumière parût et qu’on appelât les frères à la synaxe. Il ne se fatiguait pas seulement dans la prière, mais aussi dans l’action : si le soleil tombait sur lui et si la chaleur l’accablait, il ne se transportait point d’un endroit à l’autre, mais il restait (où il se 1 M. à ni. : ses prières de chaque instant.
C’est-à-dire les détendre pour les reposer. trouvait), jusqu’à ce qu’il eût fini, quand même il avait un besoin absolu de se lever. Il faisait ainsi parce qu’il pensait à la parole du Sauveur : « Quiconque veut me suivre, qu’il se renonce lui-même, prenne sa croix et me suive1. » Et si quelqu’un des frères lui apportait quelque chose pour s’appuyer dessus, il ne le voulait point prendre disant : « Quand mon corps est sain de maladie, je (dois) craindre de m’asseoir sur quelque chose qui m’est apporté par un autre, et de devenir esclave, car il est écrit : « Le « Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et se » donner en rançon 2 » : il me faut donc servir les autres, et ne pas les laisser me servir. » Il apprenait aux frères à ne pas penser avec crainte et peu de foi aux vipères, aux scorpions ou aux autres bêtes féroces ; il leur disait : « Je me repens de ce que j’ai fait avant que la connaissance ne m’eût apparu3.
« Quelquefois pendant qu’il travaillait avec les frères, si un scorpion le piquait et qu’il souffrît, il ne cessait point son travail, mais il acceptait la piqûre comme une souffrance ordinaire à son corps, pour le nom du Seigneur, jusqu’à ce qu’il fût guéri ; et si un scorpion le piquait au soir, il restait debout à prier, disant : « Il n’y a pas de remède meilleur que de prier au nom du Seigneur. » Dans ses prières, il ne demandait pas sans doute d’avoir été comme eux autrefois, et il leur faisait cette réponse. la guérison ; mais il demandait de la volonté de Dieu à être proposé comme un bon exemple pour être imité en tout temps par quiconque l’aimait. Il continuait de prier ainsi jusqu’à ce qu’il eût oublié la douleur. Et notre père Pakhôme priait à chaque instant avec larmes, non seulement pour les frères de la communauté, mais encore pour le monde tout entier ; car il était arrivé que la colère du Seigneur était tombée sur le monde à cause des péchés commis par les hommes, et un fléau du Seigneur arrivait soit par des pillages, soit par des famines.
Quelques-uns des frères se rassemblèrent près de lui après avoir fini leur service, et lui apprirent que la famine régnait dans le monde. À partir du jour où on lui eut appris cette nouvelle, il ne mangea plus même le second jour de son jeûne : il s’attristait, disant : « Comment pourrais-je manger, pendant que mon prochain et mes semblables1 ont faim, et ne trouvent pas de pain. » Et il passa tout le temps de la famine à se mortifier plus (encore) qu’auparavant, se rappelant la parole qui est écrite : « Si un seul membre du corps souffre, tous les membres souffrent avec lui2. » Et il continuait de prier davantage, afin que les créatures (de Dieu) eussent les biens (de la terre), qu’on leur donnât (l’inondation) du Nil pour trouver ce dont elles avaient besoin, afin de faire sa volonté.
Toutes les fois qu’il priait, il se rappelait le commandement du serviteur du Messie, Paul, qui dit : « Je te recommande avant tout que tu fasses des prières et des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont en charge, afin qu’ils restent dans un bon état en toute adoration de Dieu et rectitude h » C’est pourquoi il priait d’abord pour tous les frères et toutes les vierges qui sont en tout lieu, afin qu’ils accomplissent leur vœu et leur dessein, qu’ils fussent purs, sans souillure de corps, et qu’ils fussent le temple du Saint-Esprit. Il priait pour eux, parce qu’il savait que s’ils manquaient à l’accomplissement de leur vœu sublime, leur chute serait immense, car ils ne feraient pas seulement périr leurs âmes mais serait un scandale pour les autres, et qu’il leur eût été meilleur de n’avoir pas commencé (de marcher) dans la vertu.
El il s’exprimait ainsi dans sa prière pour eux : « À nous tous qui portons l’habit monacal dans le moud entier, ô Seigneur Dieu, maître béni de tout, donne-nous le moyen d’accomplir cette grande œuvre que nous avons entreprise, moi et mes compagnons qui sont en tout endroit, comme je viens de le dire, afin que nous soyons dignes de toi, que lu habites en nos corps, nos âmes et nos esprits, ici et dans l’autre monde, et que nous méritions le royaume que tu as préparé à tous les saints et à tous ceux qui t’aiment et observent tes commandements, par l’intercession de ton Fils aimé, Jésus le Messie ; pour nous, ô Seigneur béni, si nous péchions après nous être réfugiés vers loi, notre malheur serait plus grand que celui de tous les hommes, car le serviteur qui connaît la volonté de son maître et ne se dispose pas à la suivre, sera châtié grandement.
El si dans le cœur d’une femme veuve vient lapensée de rester telle, et qu’ensuite elle y renonce et se moque de la promesse qu’elle avait faite à ton Fils unique Jésus le Messie, comme il est écrit, elle sera responsable si elle se remarie ; ainsi de nous, qui nous sommes unis à toi parla pureté que nous avons pratiquée selon cette parole : « Soyez purs devant le Seigneur votre Dieu 1 » ; si nous nous éloignons de loi et donnons occasion à d’autres de violer les commandements en nous éloignant de loi, comme il est écrit : « Ils inventent » quelque chose contre le nom saint cà cause de notre désobéissance. « Maintenant, ô Seigneur, Dieu béni, Dieu de gloire, prolège-nous de toute protection par le sang de ton Fils unique, qui a été versé pour nous, ton Verbe qui s’est incarné pour notre salut, et par ton Esprit-Saint, afin que nous soyons parfaits en ton amour, que nous ne péchions pas contre toi tous les jours de notre vie jusqu’au jour de notre mort.
« Quand il avait fini sa prière pour les moines et les religieuses, il priait pour ceux qui étaient mariés, afin que le Seigneur les gardât dans la pureté du mariage et leur donnât le moyen de suivre les commandements écrits dans l’Évan-gile, et au sujet desquels le jeune homme interrogea le Seigneur., disant : « Que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ? » Il lui répondit : « Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements : ne tue pas, ne fornique pas, ne porte pas un faux témoignage, respecte ton père et ta mère, aime Ion prochain comme toi-même1. »
Il priait alors de nouveauetfaisait souvenir des autres gens : il priait d’abord pour ceux qui faisaient le bien, afin que le Seigneur leur donnât le moyen d’en faire (encore), enlevât de leur cœur tout souci de ce monde, excepté pour ce dont ils avaient besoin, afin qu’ils pussent accomplir la volonté de notre Sauveur, notre Créateur, et qu’ils fussent sauvés. Il priait aussi pour ceux qui continuaient les actions d’Iblis pour contenter leur cœur et pour ceux qui sont dans l’erreur des hérétiques, par suite de leur peu de savoir, afin que le Seigneur leur envoyât un éveil qui les éveillât et qu’ils fissent de dignes fruits de pénitence, surtout en considération des biens que Dieu leur faisait en faisant briller le soleil sur la terre pendant le jour, la lune et les étoiles pendant la nuit, (en leur donnant) les arbres à fruit, la pluie, la rosée et les vents pour faire pousser toutes les cultures des champs et tout ce dont les hommes ont besoin, ainsi que le dit David : « Le jour continue par tes ordres1, car tout t’obéit » : afin que ces hommes connussent ensuite le grand don que le Seigneur leur avait fait en livrant son Fils bien-aimé pour nous tous, pécheurs.
Il priait aussi pour les rois et tous ceux qui ont part au gouvernement, comme je l’ai déjà dit, en se rappelant le mot que Dieu dit dans les Proverbes : « Les rois régnent d’après moi, par moi les forts s’emparent de la terre et par moi les chefs s’agrandissent2. » Il priait afin que le Seigneur les protégeât lui-même et qu’ils vécussent dans l’amour de Dieu et l’amour des hommes, qu’ils exerçassent la justice envers ceux qui sont traités injustement, qu’ils fussent en faveur près de tous les saints et répétassent le mot d’Isaïe le prophète : « Le Seigneur est notre père, le Seigneur est notre gouverneur, le Seigneur est notre chef, le Seigneur est notre roi, c’est lui qui nous a sauvés3 » ; ils renonceraient (ainsi) avec gloire au royaume qu’ils ne peuvent posséder que peu de temps, à la gloire vaine el périssable de ce monde pour hériter le royaume des cieux, et ils ressembleraient aux rois dont Dieu a dit dans l’Écriture qu’ils avaient fait sa volonté et l’avaient contenté, David, Ezéckias et Josias.
Il priait ensuite pour tous les prêtres de l’Église, en quelque endroit qu’ils fussent, disant : « Quoiqu’ils soient nos pères etplus élevés que nous-mêmes, il faut prier pour eux ; car je sais que l’apôtre Paul nous amis en garde à ce sujet et a insisté pour nous, ainsi qu’il l’a écrit à ceux qu’il enseignait, disant : « O mes frères, priez aussi pour nous, afin que le Seigneur nous ouvre la » porte de la parole et soyez assurés que je me montrerai généreux pour » vous avec l’aumône de vos prières 1. « C’est pourquoi notre père Pakhôme priait aussi pour eux, afin que le Seigneur leur donnât le moyen de mener une conduite pure en toute chose, qu’ils fussent eux aussi les fils des Apôtres dont ils étaient les successeurs en ce monde et dans l’autre, qu’ils marchassent dans toutes les justices de Dieu, ornés des nombreuses connaissances de la vérité, de la foi durable et apostolique, en toute pureté et piété.
Théodore était aux yeux de notre père Pakhôme vierge par l’Espril Saint, car la pureté de cœur et de corps se montrait en toutes ses actions. Souventes fois, si Pakhôme lui ordonnait de faire quelque action en sa présence pour le salut des âmes, Théodore ne s’enorgueillissait point et jamais cette pensée ne s’élevait dans son esprit, qu’il était préféré et honoré ; mais il agissait dans cette seule intention (se disant) : « Si j’obéis à l’homme de Dieu, je serai sauvé et je contenterai le Seigneur Jésus le Messie. » Et si Pakhôme le trouvait encore et lui donnait l’ordre de servir les moindres des frères, une suis méprisé ! », il se disait seulement : « Si l’on me méprise (en cela), j’obéirai (quand même) au serviteur de Dieu pour contenter ainsi le Seigneur.
« Il resta ainsi sept ans parmi les frères, agissant en cette intention, sans qu’une mauvaise pensée ou une vaine gloire lui montât au cœur. Et lorqu’il y eut sept ans qu’il eut paru devant les frères, il fut le plus grand des fils de notre père Pakhôme, et il a témoigné et dit : « Cette pensée n’est point entrée dans mon cœur. » Avec cela il demanda l’esprit au Seigneur, afin qu’il en fut éprouvé en secret, sans qu’il s’en aperçût et que cette pensée ne lui vint pas : « C’est toi qui remplaceras notre père Pakhôme après sa mort et qui seras (élevé) à sa place » ; quoiqu’il entendît souventes fois les frères se dire : « Après notre père Pakhôme, ce sera Théodore ; car c’est lui qui travaille avec notre père et participe h tous les travaux qui se font dans toute la communauté.
« Et au moment où, contrairement à sa coutume, cette pensée lui montait au cœur, aussitôt il se hâtait de s’écrier au Seigneur avec des larmes nombreuses, comme quelqu’un, dans le cœur duquel serait entrée une pensée de fornication, surtout parce qu’il avait souvent entendu dire à notre père Pakhôme : « Cette pensée n’est point du tout montée en mon cœur, que je suis le père des frères dont je prends soin ; comme si jamais la pensée venait au cœur d’un mort qu’il est le père des autres morts, car cette pensée est entrée dans mon cœur aussi, que nous sommes tous des morts et des riens près du Seigneur Dieu. » Et il l’entendait dire aussi : « Souventes fois je ne m’endors point sans m’être écrié au Seigneur et lui avoir dit : « O Seigneur, ne laisse pas cette impureté » me monter au cœur, ni cette méchante pensée que je suis le père et le » chef des frères, car c’est toi seul qui es notre père, notre Dieu honnête » et bon, notre chef et notre gouverneur.
« À cause de tout cela, Théodore souffrait de cœur et disait : « Pour quelle raison une telle pensée n’est-elle pas montée en mon cœur pendant ces sept années que j’ai travaillé avec notre père, et maintenant elle m’emporte ? » Et s’il allait parler aux frères pour les enseigner, il pensait en son âme et se disait : « Qu’est cela ? j’enseigne d’autres gens quand je suis impur, car cette pensée impure, qui est de vaine gloire, a passé sur moi ! » Et s’il priait le Seigneur avec d’abondantes larmes de lui enlever cette pensée, elle se manifestait aussitôt de plus en plus ; et lorsqu’il vit que cette pensée était entrée dans son cœur malgré ses prières, ses mortifications et ses larmes, il pensa souvent en son âme et se dit : « Peut-être cette pensée est-elle difficile à arracher de moi ?
« À partir de ce jour, il recommença de penser et de se dire : « Il est écrit dans l’Évangile : « Ce qui est impossible aux » hommes, est possible à Dieu 1. » Ainsi il continua toujours d’implorer Dieu et de le prier d’enlever de lui cette pensée mauvaise. Et lorsque notre père Pakhôme vit que la pensée de vaine gloire était passée par le cœur de Théodore, souventes fois, pendant que les grands de la communauté étaient assis près de lui, il voulut le réprimander, et il dit en sa présence : « Qu’est-ce qui empêche que chacun de nous dise ses défauts en présence les uns des autres ? » Alors il dit : « 0 mes enfants, pour moi, je néglige souventes fois de parler aux frères la parole de Dieu, à cause de mes soucis corporels. » Puis il se retourna vers Théodore et lui dit : « Toi aussi, Théodore, dis-nous ce que tu ne peux vaincre2. »
Théodore répondit et dit : « Je suis resté sept ans sans que montât en mon cœur la pensée de la grandeur, et maintenant elle traverse mon (esprit) souventes fois. »
Notre père Pakhôme répondit : « Tu es tombé dans une grande VIE DE PARHÔME faute en laissant cette pensée monter en ton cœur. » Puis, après avoir dit ces paroles, il dit aux frères : « Levez-vous, allons-nous-en ; car nous avons trouvé ce que nous cherchions. » Il y avait parmi les plus grands frères, dix hommes qui marchaient avec négligence, impurs de cœur, ils ne croyaient pas à la vertu de notre père et ils le contredisaient en beaucoup de choses. Pour lui, il pleurait sur eux, il priait souventes fois pour eux, afin que le Seigneur les sauvât et se rappelât les souffrances qu’il avait endurées pour eux dès leur enfance, surtout parce qu’il voyait qu’ils ne souillaient leurs corps avec personne. Comme il continuait à prier pour eux, une colère du Seigneur se montra1, entoura les frères, car comme notre père Pakhôme priait souvent pour eux pendant la nuit, les Anges de colère se tinrent debout près de lui et voulurent lui enlever son âme.
Et sitôt que Phomme de Dieu les voyait venir, il s’écriait vers Dieu de les éloigner ; et lorsque ces Anges le voyaient prier, ils s’éloignaient et se tenaient comme des serviteurs ou des soldats à qui leur chef ordonnerait de punir quelqu’un et ordonnerait ensuite de surseoir au châtiment : alors ils restaient debout attendant qu’on leur donnât un nouvel ordre ; c’est ainsi que faisaient les Anges, lorsqu’ils le M. àm. : sortit. La suite montre quelle était cette grande colère. voyaient prier le Seigneur, ils s’éloignaient de lui, attendant l’ordre qui devait venir de la part du Seigneur. Il resta ainsi, je veux dire notre père Pakhôme, cinquante jours à pleurer et à jeûner, ne mangeant que le second jour et quelquefois le troisième. Et les plus grands frères se joignaient souvent à lui, sachant qu’il pleurait.
Il leur apprit pourquoi il pleurait, et l’un des frères lui dit : « Si ton âme doit t’abandonner pour ces hommes, il vaut mieux les chasser, sinon Dieu te rendra responsable à leur occasion ; car leur expulsion et ta vie sont préférables à ta mort ; autrement nous deviendrons tous sujets à la contagion. »
Et il lui dit : « O méchant, quel mot viens-tu de dire ? que je dois les chasser ? N’as-tu pas entendu parler de ce qu’a fait Moyse en se livrant pour le peuple désobéissant, (quand) il dit au Seigneur : « Si tu les fais périr, efface-moi du livre où » tu as écrit mon nom l. » Telle est ma volonté, je veux souffrir en priant pour eux près du Seigneur Jésus le Messie ; et quand même tous ne seraient pas éveillés2, une partie au moins sera sauvée en renonçant à la souillure de leurs cœurs. « Ensuite quelques frères allèrent àlui un jour qu’il pleurait, et l’un d’eux était au nombre de ceux pour lesquels il pleurait : il lui dit 1 Exod., xxxii, 32.
2 C’est-à-dire ne se convertiraient pas à de meilleures pensées. pendant que tous les (autres) frères écoutaient : « Qu’est-ce que tu fais en ces jours-ci ? »
Le frère lui dit : « Je rends grâce à Dieu, car mon cœur est tranquille en ces jours. »
Pakhôme lui dit : « Les jours où tu pensais que ton cœur était fatigué et que tu étais embarrassé, Satan ton ennemi, était hors de toi pour le persécuter, parce qu’il ne trouvait pas de place en toi, semblable à un soldat qui veut entrer dans une maison pour la piller et qui ne le peut pas parce que la porte est fermée ; alors il se met à effrayer ceux qui sont dans la maison en frappant à la porte ; si ceux qui sont à l’intérieur lui ouvrent, il entre et ne fait plus rien qui (puisse inspirer de la) terreur, mais il s’assied et se repose. Ainsi de toi : cet esprit te causait de la peine parce que tu n’acceptais pas ses méchantes pensées, et maintenant que tu lui as ouvert la porte et qu’il habite en toi, il s’est emparé de toi, depuis les ongles des pieds jusqu’aux cheveux de ta tête.
C’est pourquoi il ne te fait plus de mal, car tu as obéi à tous ses caprices. »
Et le frère dit à notre père : « Que puis-je faire pour vivre à partir de ce moment ? apprends-moi comment je ferai sortir de moi cet esprit mauvais. »
Notre père Pakhôme lui répondit : « Moi, je t’assure que quand même tu jeûnerais deux jours par deux jours et prierais souventes fois du soir au matin, ce Satan ne s’éloignera jamais de toi, à cause du manque de foi ; mais si lu crois à la vérité de la parole que je te dis, je t’assure que l’esprit s’éloignera de toi, avant seulement la moitié d’un jour. » Et après l’avoir quitté, ce frère resta pendant quelque temps à jeûner deux jours par deux jours ; mais le manque de foi ne le quitta point. Un jour une vision se montra à notre père Pakhôme ; il vil l’image de la Géhenne, ténébreuse, obscure, remplie d’un grand nombre de colonnes. Des voix nombreuses y criaient de toutes parts : « Voici la lumière chez nous. » Et tous ceux qui se trouvaient dans ces ténèbres en entendant cette voix couraient d’un endroit à l’autre pour chercher la lumière ; et comme ils couraient en avaul à la poursuite de la voix, ils en entendaient une autre qui criait en arrière : « Voici que la lumière est chez nous.
« Ils croyaient alors que c’était la première voix entendue par eux et ils revenaient pour la suivre ; car plusieurs voix arrivaient à leurs oreilles. Et dans cette même vision, il vit un par un ceux qui se trouvaient au milieu des ténèbres et restaient bien longtemps à faire le tour d’une seule colonne, pensant qu’ils avaient parcouru un grand trajet et s’étaient approchés de la lumière, et ils ne savaient pas, qu’ils avaient fait le tour d’une colonne. Il vit encore en cet endroit toute la communauté des frères se suivant les uus les autres, se tenant les uns les autres pour ne pas errer à cause des grandes ténèbres. Une petite lueur comme celle d’une lampe éclairait ceux qui marchaient devant les frères pour les guider, et il y en avait seulement quatre parmi les frères qui voyaient cette lueur ; les autres ne la voyaient pas ; mais ils se tenaient les uns les autres et suivaient ceux qui voyaient la lueur.
Notre père les regardait et voyait comment ils marchaient. Si quelqu’un lâchait celui qu’il tenait, il errait dans les ténèbres avec tous ceux qui le suivaient : et Pakhôme vit un moine, grand ’parmi les frères, nommé Baniskos, et d’autres qui avaient lâché ceux qui les précédaient, et lui leur criait en sa vision" : « Tiens bon celui qui est devant loi, sinon tu t’égareras. » Et la petite lueur qui guidait les frères, marchait devant eux jusqu’à ce qu’elle les eût fait arriver dans un lieu immense où descendait la lumière : un grand nombre de spectres empêchaient la lumière d’arriver en bas de peur que ceux qui étaient dans les ténèbres ne montassent. Quand Pakhôme eut vu cela, on lui en donna l’explication : L’image de la Géhenne qu’il avait vue, est le monde ; les ténèbres qui sont dans le monde, ce sont les hommes qui s’y égarent et les âmes de peu de connaissance.
Les voix nombreuses qui crient : « Voici la lumière chez nous », ce sont les schismes et les hérésies, car chacun d’eux dit : « Nous sommes la tribu orthodoxe. » Les colonnes autour desquelles on tourne, ce sont les chefs de l’erreur, ceux qui ont jeté les simples dans l’erreur, en disant : « C’est nous qui donnons le salut. » Les frères qui marchent devant les autres, ce sont ceux qui aiment le Seigneur et qui suivent la foi droite, ainsi qu’il est écrit : « Vous êtes tous un en Jésus le Messie1. » On apprit encore à Pakhôme, que ceux qui détachent les frères ce sont les évêques qui ont la foi orthodoxe et sont en communion avec les schismatiques ; ils font ainsi avec un grand nombre de ceux qu’ils enseignent et qui se conduisent bien, ils les détachent, les font s’égarer et leur donnent beaucoup de doutes, ainsi qu’il est écrit : « Malheur à celui de la part duquel vient le scandale2.
« La lueur qui guide les frères, c’est la bonne nouvelle de l’Évangile, car elle n’appartient pas à tout homme pur, à cause de l’erreur et de la tromperie, qui séduisent les hommes par suite de leurs passions et de leurs désirs. C’est à cause de cette petite lumière qu’il est écrit dans l’Évangile : « Le royaume des cieux ressemble à un grain de sénevé3. » Et la lumière qui est au dessus d’eux, c’est la parole de l’Apôtre : « Afin que nous arrivions tous par cette pensée unique de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu VIE DE PAR MÔME vers l’homme parfait selon la perfection de la grandeur du Messie1. » Et lorsque notre père Pakhôme eut vu cela, il fit appeler les frères qu’il avait vus en vision et leur ordonna de lutter dans la crainte de Dieu, afin de vivre.
Et il disait au milieu des frères : « Si je vous ai vus lâcher la suite de celui qui vous guidait, c’est à cause de la négligence de vos actions, car le Seigneur n’ohlige personne à agir autrement que d’après sa volonté (personnelle) : si vous voulez être sauvés après que je vous ai vus séparés des frères, vous le pouvez, et je vous ai parlé ainsi, afin que vous sachiez qu’il n’y a pas de prétexte devant Dieu. Ce qui sépare l’homme de la vie, ce sont ses actions. Et afin que vous sachiez bien la vérité de cela, nous voyons que la pénitence des habitants de Ninive a rendu vaine la parole de Dieu, car il avait dit : « Encore trois jours, et je ferai périr Ninive2 » ; car si le Seigneur eut voulu la faire périr, il ne lui aurait pas fait dire parle prophète : « Ninive sera détruite en trois jours », mais il l’aurait détruite à l’improviste.
Comme il voulait les sauver, il leur parla ainsi par la bouche de son serviteur, afin qu’ils entendissent cette parole épouvantable, qu’ils renonçassent à leurs actions mauvaises et qu’ils vécussent ; sans cela des gens droits de cœur, mais de peu de connaissance, croiraient que Dieu a voulu que les pécheurs pèchent, et qu’il a voulu aussi que les justes fussent justes, comme le disent un grand nombre d’hommes qui n’ont ni morale, ni instruction, et qui ont le cœur tortueux. Mais comme le Seigneur a dévoilé sa justice dans les Écritures, ainsi que nous l’avons dit, l’homme est libre, il a la volonté et peut se dominer lui-même : s’il a un penchant vers le Seigneur, le Seigneur en aura un pour lui ; mais s’il s’éloigne du Seigneur, le Seigneur en fera autant.
« Et notre père Pakhôme était assidu à la parole et aux instructions saintes, améliorant les âmes des frères comme une bonne vigne que cultive un vigneron diligent : celui qui s’efforce de bien garder sa vigne, garde (aussi) sa tour contre les voleurs et les bêtes sauvages, il effraie les oiseaux, ainsi qu’il est écrit : « La vigne de Sabaoth, c’est la maison d’Israël1 » ; car Pakhôme leur avait donné des loiset des commandements dont les uns étaient écrits, et dont les autres étaient (dispensés) par sa bouche ; il commandait aux frères de telle sorte qui si l’un d’eux.violait une règle imposée, il recevait un châtiment réglé pour sa désobéissance, en raison de la chose en laquelle il avait désobéi, afin qu’il obtînt pardon près du Seigneur, que les autres fussent effrayés, qu’ils ne désobéissent pas aux règles imposées à tout l’édifice, afin que toute la communauté fût, dans son ensemble, ferme et sans agitation.
Il avait aussi ordonné aux frères chargés du service des frères du dehors, de n’apporter aucune nouvelle dans la communauté, de sorte que si quelqu’un du dehors disait un mol à l’un d’eux pour un frère de corps et s’il lui avait remis une lettre pour celui-là, le frère devait aller au père de la communauté pour lui apprendre la chose et lui parler de la lettre. Alors le père examinait cette affaire, si la lettre serait profitable à la personne à laquelle on l’envoyait, quand elle l’aurait entendue ; et, s’il n’y avait nulle ulili té(à tirer) de cette lettre, il la cachait et ne l’envoyait pas au destinataire. De même si les frères en charge sortaient pour leur service, toute nouvelle qu’ils apprenaient, (ils la disaient) si elle était profitable, si elle ne l’était pas, ils ne la disaient à personne parmi les frères, mais ils la disaient à notre père Pakhôme ou au père des frères qui étaient dans ce monastère : celui-ci leur apprenait ce qu’il convenait et, quand ils étaient rassemblés, leur disait de ne point incliner leur ouïe aux paroles du dehors eide ne point laisser venir à leurs oreilles quelque chose des nouvelles du dehors ; ainsi ils étaient semblables à des hommes transportés de la terre au ciel, car il ne leur arrivait point de ne pas être d’accord sur la parole de Dieu et les histoires des saints.
Si quelqu’un rencontrait son compagnon dans le monastère, et que celui-ci fut un grand du monastère par sa patience et sa science de Dieu, il interrogeait celui qu’il avait rencontré, sur la parole qu’il portait en son cœur, afin que l’autre la lui expliquât ; si au contraire, le frère rencontré était un jeune ou un égal en âge, il lui demandait : « As-tu entendu l’explication de cette parole ? dis-moi quelle elle est. » Ainsi chacun disait à son compagnon ce qu’il avait appris ou entendu ; marchaient dans le couvent, ils récitaient en eux-mêmes ce qu’ils avaient appris et ils méditaient dans leur cœur sur la parole de Dieu et ses justices, même au moment de manger le pain : ils faisaient ainsi de peur qu’Iblis ne trouvât que leur cœur était mauvais et qu’il n’y semât de méchantes pensées.
Et si quelqu’un avait besoin de monter une monture, les autres frères le suivaient dans la crainte du Seigneur, si bien que quiconque les voyait, glorifiait Dieu au sujet de leur bonne éducation en toute chose. Quiconque montait un âne, le poussait avec ménagement ; et s’ils rencontraient en chemin une femme qui voulût leur parler, le plus âgé s’avançait vers elle et lui parlait avec douceur, sans lever les yeux pour la voir, craignant ce qui est écrit : « Quiconque voit une femme et la désire, a forniqué avec elle1. » Si les frères montaient une barque, ils se préparaient à tout ce qu’ils devaient faire et ils le faisaient en récitant ce qu’ils avaient appris, s’efforçant de ne rien oublier pour les frères qui étaient dans la communauté. Si quelqu’un d’eux montant une monture, rencontrait un chef ou un soldat, il rendait le chemin libre pour les laisser passer et descendait de son âne pour glorifier Dieu.
Beaucoup d’entre eux étaient entrés dans la communauté avec leurs parents, pendant qu’ils étaient petits ; et lorsqu’ils avaient grandi, ils ne savaient pas distinguer l’or de l’argent : ni drachme, ni pièce de monnaie n’apparaissait entre les mains des frères, mais tout cela était placé dans l’endroit où ce devait être, selon l’ordre de notre père Pakhôme. Et si Pakhôme entendait un frère de peu de connaissance dire des paroles inutiles, il l’enfermait dans une chambre, lui enseignait les Écritures aveclonganimité, disant : « L’homme fidèle doit savoir si le mot qu’il veut dire lui sera profitable ou non ; de même ce qu’il entend, comme il est écrit : « L’homme sage doit savoir ce qui sortira de sa bouche2. » Et s’il voyait quelqu’un qui n’eût pas peu de connaissance, mais qui parlât avec peu de crainte, il le réprimandait devant tout le monde, afin que la crainte Matt. v, 28.
Cette citation qu’est pas textuelle. tombât sur les autres. Un jour il entendit un frère qui parlait avec des enfants et leur disait : « C’est la saison du raisin » ; et quand il entendit cela, il réprimanda le frère, disant : « Les disciples des faux prophètes sont morts ; mais leurs âmes font le tour des hommes pour y trouver une place. Pourquoi as-tu donné à ce Satan lieu de parler, de manière à scandaliser ceux qui ont peu de connaissance, par la parole que tu as dite, par désir d’un fruit périssable que tu as nommé de ta bouche, à cause du peu de foi de ton cœur, ce dont tu as l’habitude : tu t’égareras et tu t’éloigneras de Dieu à cause de ce mets misérable. l’on âme ne sera-t-elle pas prise à la place de la sienne car âme pour âme ? N’as-tu pas entendu l’Apôtre qui dit : « Toute parole » ne doit pas sortir de votre bouche, mais toute parole honnête qui puisse » donner grâce à celui qui l’entend ‘ ?
« Ne sais-tu pas que la parole que tu as dite n’édifiera pas ton compagnon, mais le perdra ? Pourquoi l’as-tu dite ? Je vous assure que toute parole (dite) par plaisanterie, jeu, ignorance ou joie, est une fornication pour l’âme charnelle. Je vous apprendrai en quelle mesure la colère de Dieu tombera sur l’homme qui aura dit une parole mauvaise, soit par jeu, soit par plaisanterie ; il en sera comme d’un homme riche qui a invité des gens à un festin pour manger, boire et se réjouir. Et quand les invités ont eu fini, chacun d’eux s’est levé pour jouer, ils ont cassé les ustensiles qui se trouvaient dans la maison de cet homme ; celui-ci ne se mettra-t-il pas en colère contre eux et (ne) leur dira-t-il (pas) : « O ingrats, je vous ai invités pour manger et hoire, pour quelle raison avez-vous cassé mes ustensiles ?
« Ainsi le Seigneur sera contre les hommes qu’il avait invités à sa vocation et leur dira : « Je vous ai invités » pour faire pénitence, et vous avez perdu vos âmes, ainsi que celles de » ceux que j’avais réunis près de moi pour les sauver ! « Et moi je vous apprendrai encore que la vénération et l’élévation des frères qui auront fait de grandes dévotions dans la vie cénohitique seront plus grandes et d’un plus grand prix que la vénération qu’on aura pour ceux qui auront fait de grandes dévotions dans la solitude. Je vous apprendrai aussi quelles seront la chute et la perdition de ceux qui ne se conduisent pas bien dans la vie commune. Ainsi qu’un marchand qui s’expose sur la mer, s’il échappe à la violence de la mer, il deviendra très riche : mais si la barque fait naufrage avec lui, non seulement il perdra ses biens, mais sa vie : de même, l’homme qui progresse en pureté dans la vie commune et qui ne scandalise personne par sa conduite, celui-là deviendra riche dans le Seigneur Dieu ; mais s’il rejette la crainte de Dieu et qu’une autre âme soit scandalisée à cause de lui, malheur à lui !
parce qu’il n’a pas séduit seulement son âme, mais encore l’âme de celui qu’il a scandalisé. De même qu’un marchand qui vend du pain au marché ne deviendra jamais riche, mais ne manquera non plus jamais de rien pour le corps : de même1 le dévot qui supporte le fardeau d’autres gens, celui-là sera élevé et son habitation sera dans le royaume des cieux et le Seigneur ne le laissera pas privé de la vie éternelle, à cause de la pureté de dévotion dans laquelle il a vécu, car il recevra la récompense de ses jeûnes et de ses prières au nom du Seigneur, en sa crainte, et il obtiendra de nombreuses récompenses dans l’autre monde. Et je vous instruirai encore par un autre parabole au sujet des frères humbles qui font partie de la communauté et ne sont pas parfaits dans les adorations, mais se conduisent simplement avec pureté de corps observant avec obéissance et soumission les règles imposées, comme les autres gens qui sont parmi les frères.
Ils sont comme les serviteurs du roi ou ses courtisans qui ont de la faveur dans le palais royal plus que tous les autres ; car ceux qui sont sous la main du roi, sultans ou émirs, ne 1 La comparaison suppose tout un membre d’omis ; il faut comprendre ainsi : de même que le marchand en détail ne s’enrichit pas, mais le marchand eu gros ; ainsi le solitaire ne s’enrichira pas, mais bien le cénobite. Peut-être la partie supposée ne manquait-elle pas dans les plus anciens manuscrits ; mais cette manière de procéder n’est pas étonnante chez les auteurs coptes. Les œuvres de Schnoudi présentent des constructions bien plus elliptiques encore. peuvent entrer pour aborder le roi, à moins que ces serviteurs et ces courtisans ne leur permettent ; et il leur donne l’ordre de les faire entrer et de les lui présenter.
Ainsi ceux qui dans la communauté paraissent faire des adorations petites et méprisables, mais qu’on trouve parfaits dans la loi du Seigneur par leur modestie et leur obéissance, seront préférables à ceux qui se mortifient beaucoup, mais non conformément à l’adoration indiquée par Paul disant : « Pour l’amour du Messie, servez-vous les uns les autres1. » Et Dieu découvrait à notre père Pakhôme ceux dont le cœur inclinait vers la fornication, comme il est écrit dans l’Évangile : « Les fornicateurs sont les enfants du méchant qui souillent la ressemblance de Dieu2. » Il ne les négligeait point, mais il les ôtait du milieu de la bonne culture ; car il savait que ceux qui marchent droit seraient en repos, séparés d’eux. Et s’il trouvait un jeune garçon égaré parles enfants du méchant3, si personne ne savait ce qui était arrivé au garçon, il soignait son âme en secret.
Si quelqu’un tombait dans le péché et que Pakhôme vit la possibilité de le soigner, il s’efforçait de le guider contre Iblis pensant à l’ordre de l’Apôtre qui dit : « 0 mes frères, si la main d’un homme est étendue vers un péché, vous qui êtes spirituels redressez-le en esprit de douceur ; pour toi, Cette citation n’est pas textuelle.
Ce texte n’est pas dans l’Évangile.
3 C’est-à-dire du diable, le malin esprit. examine-toi toi-même et lâche de ne pas être tenté1. « Ceux qu’il trouvait fils d’iblis, il les dégradait de l’habit monacal, les revêtait d’habits laïques, puis les chassait de parmi les frères. Et un grand nombre de ceux qui inclinaient à commettre le péché, il les connaissait par l’esprit de Dieu qui était en lui, il les questionnait jusqu’à ce qu’ils eussent avoué ce qu’ils avaient pensé et il les chassait de même. Un jour il trouva un jeune garçon dans un étal mauvais d’impureté, comme il est écrit au sujet d’autres gens : « Il est mauvais de dire ce qu’ils font en secret 2. » Il prit les vêtements de ce jeune garçon, sa natte, sa calotte, ses sandales, son cilice, les fit consumer par le feu au milieu des frères, en fit jeter la cendre loin du monastère et le chassa.
Les frères étant allés à Alexandrie pour (vendre) leur travail manuel, lorsqu’ils retournèrent dans le Sa’id, ils amenèrent avec eux trois hommes qui voulaient se faire moines. Lorsque notre père Pakhômeles vit, il dit au plus âgé de ceux qui les avaient amenés avec eux pour se faire moines : « Pourquoi, parmi ces trois hommes, as-tu amené cet homme de fornication ? » Le frère lui dit : « Est-ce que j’ai aussi cette faveur que Dieu t’a accordée de distinguer les bons d’avecles méchants ? »
Pakhôme lui dit : « Cet homme 1 Cette citation n’est pas textuelle.
Je ne sais où a été prise cette citation. est un fornicateur dès son enfance, il a fait de nombreuses impuretés et il est difficile de le changer de son état pour (le mettre) dans un autre où il relève son âme de la mort et se sauve ; mais, puisque tu l’as amené avec ces deux (autres), nous l’admettrons à se faire moine et nous le surveillerons, afin qu’il ne mène pas une mauvaise conduite. S’il fait pénitence nous le garderons chez nous ; sinon, nous l’enverrons à l’endroit d’où il vient ; mais, si nous le renvoyions (maintenant), les autres se scandaliseraient et s’en retourneraient. Quel besoin avons-nous de ramasser de méchantes gens qui n’ont pas (le désir de faire) pénitence en leurs cœurs ? car ceux que nous avons chassés de chez nous cette année sont (au nombre d’)environ cent hommes.
« Or les frères en ce moment étaient environ trois cents hommes. Ce frère répondit et dit : « Si tous ces hommes que tu viens de dire n’avaient pas été chassés de chez nous, les frères seraient très nombreux. »
Pakhôme lui dit : « Non : leur nombre diminuerait au contraire ; car, si les hommes méchants sont nombreux, la colère du Seigneur descend (en même temps) à cause d’eux sur les autres qui sont bons, ils seront damnés et ne progresseront pas, comme il est écrit : « Le péché » diminue la descendance L » Et si ces méchants sont chassés du peuple du Cette citation n’est pas textuelle. Seigneur Jésus le Messie, la bénédiction de Dieu descendra sur eux et ils fructifieront dans le bien. »
Le frère répondit et dit : « Je veux, mon père, que tu m’expliques la parole que tu viens de dire : Cet homme est est mauvaise dès son enfance ? S’il en est ainsi, que peut-il faire ? »
Il répondit : « À tous les hommes que Dieu a créés d’Adam, il a donné la puissance sur eux-mêmes, afin qu’ils puissent choisir ce qu’ils veulent, soit le bien, soit le mal. Si, comme tu le dis, quelqu’un a dès son enfance une mauvaise nature et l’a reçue de ses parents, Dieu n’est pas à en blâmer, parce que l’homme a la liberté de faire effort contre tout mal qui lui fait obstacle. Un grand nombre de femmes qui n’ont pas la (forte) nature de l’homme font de grande dévotions 1 quand elles veulent (garder) leur virginité, si bien qu’elles accomplissent (leur dessein) ; à combien plus forte raison peut le faire l’homme que Dieu a créé à son image et ressemblance et auquel il adonné la nature mâle ? Et si Satan commence de s’opposer à lui, ne le peut-il pas dompter avec la puissance de sa volonté toutes les fois que le diable lui fait opposition, quand l’Écriture nous apprend que » tout « homme né d’Adam a été créé droit par Dieu » ; mais il s’incline vers les 1 M.
à m. : s’appliquent dévotement. VIE DE PAR HOME pensées mauvaises comme le dit Salomon : « J’ai trouvé l’homme droit ; » mais ils ont cherché beaucoup de pensées 1. « Ézéchiel nous apprend (aussi) combien cette parole est vraie que l’homme peut par la force et la puissance de sa volonté changerions méchante nature en laquelle il est né, lorsque ce (prophète) dit : « Si un méchant homme répand le sang et » engendre un fils et que celui-ci voit tous les péchés de son père, il aura » peur et ne l’imitera point : mais il fera le bien et par ce bien il vivra, et « il ne mourra pas à cause du péché de son père2. » Mais si l’homme qui n’a pas une nature méchante veut user avec peu de crainte de la nature en laquelle Dieu l’a créé, il commettra beaucoup de péchés ; mais s’il se conduit convenablement dans la crainte de Dieu, il vivra dans la pureté du mariage, ne commettra ni libertinage ni fornication ; mais il se contentera de sa femme, ainsi qu’il est écrit.
Et si cet homme a la passion d’arriver à un degré élevé3, comme dit l’Apôtre : « Ayez envie des biens » de la vertu4 », il aura la pureté des Anges si bien qu’il deviendra le temple du Christ pendant qu’il est dans le corps, c’est-à-dire dans la vie monacale. »
Ce frère répondit encore et lui dit : « Puisque lu as tranquillisé mon cœur sur la parole au sujet de laquelle je t’ai interrogé, je veux encore que tu m’apprennes ceci, ô mon père, pourquoi (quand) xn, 31. Le texte est altéré. un grand nombre d’hommes veulent se faire moines, regardes-lu leur visage el ne les reçois-tu pas, quoi qu’ils soient laïques ? Pour quelle cause ne les reçois-tu pas ? est-ce parce qu’ils n’ont pas la pensée de faire pénitence ou parce qu’ils ne sont pas venus de tout leur cœur ? »
Il lui dit : « Une partie des hommes sont comme ceux dont nous avons dit précédemment qu’ils sont de l’ivraie ; pour ceux-là il est difficile de faire leur salut dans la vie cénobitique ; à cause des souffrances du péché qui règne en eux, personne ne peut leur venir en aide, si ce n’est un seul homme avec qui soit le Seigneur. En effet, si je voulais découvrir à quelques-uns des frères la conduite de ces hommes, afin qu’ils leur portent secours dans les actions de Dieu, ils les détesteraient, se moqueraient d’eux, si bien qu’ils ne voudraient ni manger, ni boire avec eux, après avoir appris le mauvais état dans lequel ceux-là se trouvent, ou bien quelque autre, par son peu de crainte et de foi, tomberait avec eux dans les pièges d’Iblis. C’est pour cela que je les reçois un à un et que je me donne de grandes peines pour eux, afin de les sauver du méchant, car il faut que j’aille les trouver souventes fois, la nuit et le jour, jusqu’à ce qu’ils soient sauvés de la mort.
Je fais cela pour imiter l’apôtre Paul et me montrer son disciple, car il dit à leur sujet : « Ni les libertins, ni les sodomistes n’hériteront le royaume des » deux1. « Puis il dit après cela : « Vous vous êtes trouvés dans ces péchés, » mais vous en avez été purifiés au nom de Notre Seigneur Jésus le Messie, » et par l’esprit de notre Dieu. « C’est ainsi que je discerne ceux que je chasse, de peur de ressembler à un laboureur qui veut rendre propre un champ où poussent les chardons et qui laisse un champ tout propre devenir inculte, car il n’aura pas le temps de s’occuper des deux à la fois. C’est ainsi que je fais, je me dis en moi-même que je ne dois pas m’adonner tout entier à ces hommes méchants et laisser les bons sans les visiter, car ils sont libres de se rendre impurs ; mais avec la grâce de Dieu je travaille d’abord ainsi pour ceux qui sont pieux, afin de sauver leurs âmes ; puis tous ceux des autres que je peux sauver, je les garde, afin de changer leur mauvaise conduite et (les empêcher) de pécher contre le Seigneur.
Quant à ceux que je ne fais pas entrer chez moi, je disk chacun d’eux : « Si tu as commis ce péché sans con » naissance, tu peux faire pénitence, mais tu ne peux faire ton salut dans « la vie cénobilique ; va donc en un lieu solitaire, vis retiré dans la patience, » la dévotion, le jeûne, la prière, les larmes devant le Seigneur en tout « temps, la nuit et le jour, à cause du péché que tu as commis, afin qu’il » te soit pardonné ; mais prends garde de recommencer ces actions, ne « consens pas à ces mauvaises pensées et quand quelque chose de ainsi que je parle à chacun, afin de ne pas être responsable de leur sang au jour du jugement équitable de Dieu et pour qu’on ne dise pas que je ne leur ai pas donné (le moyen) de faire pénitence. » Pakhôme prit alors l’Alexandrin, lui parla en secret, et lorsqu’il l’eut introduit parmi les frères, il lui donna à faire des dévotions et des œuvres ascétiques, afin que cet homme les acceptât et vécût pour l’éternité, car il lui ordonna de jeûner tous les jours jusqu’au soir et de ne rien manger de cuit ni de mets où on aurait graissé le pain ; puis il lui dit : « Si tu es malade, ne crois pas que c’est une maladie avant de me l’avoir demandé, afin que j’examine si c’est une maladie, ou si ce (n’)est (pas plutôt) un esprit méchant qui essaie de s’emparer de toi par suite de tes mauvaises actions d’autrefois.
Et si je vois que tu es vraiment malade, j’ordonnerai aux frères de te soigner jusqu’à ce que tu sois guéri. Garde ton cœur pur à partir de ce jour, ne consens pas aux mauvaises pensées qui le viendront au cœur ; prends soin de veiller souventes fois dans la prière pour éloigner de toi cet esprit méchant dont tu es devenu l’esclave. Et quand lu feras des dévotions et des adorations, fais-les avec modestie, disant en ton âme : « Certes, j’ai mécontenté Dieu bien souvent ! mais si j’observe tout ce » qui m’a été ordonné, je serai digne de la vie, je serai sauvé du feu inexlin« guible et des vers qui ne meurent point. » Si quelques autres voient tes dévotions et qu’ils te traitent avec égards, parce qu’ils ignorent les péchés que lu as commis, dis en ton cœur : « 0 mon Seigneur, si ceux-là connais » salent les péchés que j’ai commis, ils ne me traiteraient pas avec respect « ils ne voudraient même pas me parler » !
et cela pour empêchr la vaine gloire de monter en ton avec action de grâces et dis en toi-même : « J’ai mécontenté bien souvent le « Seigneur et je lui ai fait injure par mes actions mauvaises ; il faut que » je sois soumis et obéissant aux frères sous l’obéissance desquels je me » trouve d’après les règles imposées », et cela, afin que Dieu voie la modestie et tes peines, qu’il te pardonne tes péchés selon qu’il est écrit. Tout ce que tu feras, fais-le avec crainte de Dieu et non pas par gloire humaine, sinon tes peines seront inutiles. « Et lorsque cet homme sorti ! d’auprès de lui, il se fatigua beaucoup dans la pureté, si bien que les frères étaient dans l’admiration de ses dévotions et de ses peines ; mais ils peusalent que cet homme les faisait de lui-même, personne ne savait ce qu’il était, à l’exception de notre père Pakhôme et du frère auquel Pakhôme avait dit que c’était un fornicateur et auquel il avait ordonné de ne le dire à personne.
Cet Alexandrin était jeune et vigoureux de corps : il resta neuf ans à se fatiguer beaucoup, mais sans crainte de Dieu, et la pensée des passions ne le quittait pas. À la fin de la neuvième année de ses peines, son cœur inclina vers la résolution mauvaise de prendre une âme et de la tuer1. Et lorsque notre père Pakhôme, par l’esprit, vit que Satan était en lui et que ses pensées étaient acceptées de lui pour la perpétration du péché, il l’appela etle questionna. Cet homme avoua la pensée dans laquelle son cœur s’était complu pour l’accomplir, et Pakhôme le chassa de parmi les frères. Et lorsque deux jeunes garçons voulaient se faire moines, notre père Pakhôme vit que l’un d’eux avait vécu dans les impuretés, comme celui dont nous venons de parler ; ce jeune garçon avait seize ou dix-sept ans et se nommait Silvanus.
L’homme de Dieu réfléchit et se dit : « Je les ferai moines, et, si le jeune garçon qui a mené une mauvaise conduite fait pénitence, je le garderai ; s’il ne fait point pénitence et si je vois que celui qui est venu avec lui est fort, je le chasserai. » Il lui parla alors en 1 C’est-à-dire de la faire succomber à une tentation de la chair. secret, et le jeune garçon lui apprit tout ce qui lui était arrivé dans le monde et lui promit de ne pas recommencer ses actions, mais d’être un autre homme, agissant honnêtement. Aussitôt il les fil entrer tous deux dans la communauté. Peu de temps après, comme notre père Pakhôme priait, il vit que l’esprit mauvais, auquel le jeune garçon avait obéi d’abord, avait trouvé place en lui de nouveau, car il avait eu soin de lui donner souvent des ordres, après son entrée chez les frères, sur la conduite qu’il devait tenir selon les ordres qu’avait reçus celui dont nous avons parlé précédemment, afin de faire selon son pouvoir, car c’était un jeune garçon et il pouvait faire ainsi ; et Pakhôme lui avait ordonné toutes ces choses, afin qu’il ne s’égarât pas une autre fois dans les passions qui l’avaient séduit tout d’abord, avant qu’il ne se fût fait moine.
Et notre père Pakhôme regarda et vit que ce jeune homme avait donné place à Satan (en lui-même), il pensa de le chasser, afin qu’une seconde âme ne fût pas séduite. Il fit appeler un grand frère dévot et lui dit : « Prends ce jeune homme, et cinq autres hommes dont voici les noms, va en tel couvent et restes-y jusqu’à ce que j ’aille vers vous. » Il voulait y aller le lendemain, afin de chasser le jeune garçon de là-bas. Mais en cette même nuit, l’esprit du Seigneur excita1 le cœur du jeune garçon à faire pénitence de ses méchantes pensées ; il se leva pendant la nuit, alla trouver le frère dévot qui l’avait accompagnédans ce monastère, s’assit près de lui et pleurabeaucoup. Le frère lui demanda : « Pourquoi pleures-tu ? »
Il répondit : « Je pleure parce que je ne suis pas dans la crainte du Seigneur, et cependant je me suis réjoui plusieurs fois, car si je craignais le Seigneur, j’observerais les paroles de notre père Pakhôme, l’homme de Dieu. »
Le frère lui dit : « Jusqu’à ce jour lu as été sans crainte de Dieu, mais livre (maintenant) ton âme à ce qu’il t’a ordonné, afin que tu sois dans la crainte de Dieu, si tu l’observes. » Lorsque le matin eut paru, notre père Pakhôme arriva et avec lui deux (autres) frères ; il fit appeler Silvanus en secret, et lui parla depuis le matin jusqu’à la septième heure et lui apprit quels châtiments avaient été mérités parlui pourn’avoirpasfaitpénitence ; puisill’informaqu’il le chassait d’entre les frères. El lorsque le jeune garçon entendit cela, il se jeta aux pieds de Pakhôme, pleura et se couvrit la tête dépoussiéré. Il lui dit alors : « Aie patience à mon égard, ô mon père ; cette fois-ci je ferai pénitence et j’observerai tout ce que tu m’ordonneras, non à cause de toi seul, mais à cause de Dieu qui habite en loi et qui La montré toute ma méchanceté et les autres pensées que mon cœur aurait pris complaisance à exécuter.
Maintenant aie pitié de moi, éprouve-moi (encore) cette fois-ci, et si tu vois dans la suite que je n’ai pas changé, chasse-moi de parmi les frères. « Quand Pakhôme vit la manière dont le jeune garçon le priait et implorait pénitence, il entra seul dans un endroit et pria quelque temps, afin que le Seigneur lui donnât le moyen de se repentir et de vivre. Ensuite il envoya chercher le vieux frère, dont nous avons déjà parlé, nommé Sanamon, qui était très dévot, et il lui dit : « Je veux te communiquer quelque chose de ce que je découvre à beaucoup d’hommes1, car tous les hommes ne Irouvent pas profit à les entendre. Si tu veux, fais attention à ce que je vais te dire. Ce frère Silvanus, il est en telle conduite ; pour cette sorte d’hommes qui ont vécu dans des impuretés mauvaises, il est difficile de se sauver à moins qu’ils ne livrent leurs âmes à des dévotions et à des fatigues jusqu’à ce qu’ils aient pu échapper aux passions mauvaises qui régnent en eux.
J’avais décidé de chasser ce frère, parce qu’il n’a pas changé ses méchantes pensées ; mais quand je l’ai vu se repentir, confesser de sa bouche et promettre avec beaucoup de larmes qu’il se convertirait et deviendrait Le texte me semble fautif, il devrait V avoir une négation ; mais cette négation ne se trouve pas. un autre homme aux actions honnêtes, à cause de cela je t’ai appelé et je te demande si tu consentiras à livrer ton âme avec lui jusqu’à la mort, afin qu’il soit sauvé ; car ces hommes-là ne pourront jamais avoir la vie, à moins qu’il n’y ait quelqu’un qui les prêche et tu sais que je ne suis pas libre pour lui, à cause du soin que je dois prendre de tous les frères. Mais toi, si tu le veux, tu pourras te donner de la peine avec ce frère, afin que tu en obtiennes récompense près de Dieu.
Et si tu consens à ce que je dis, je le ferai venir devant loi et lui ordonnerai de t’obéir dans tout ce que tu feras, et vous resterez dans ce monastère, toi et ceux qui sont venus avec toi, car on a besoin de vous. Et prends garde de ne rien dire à personne de ce que je t’ai appris sur ce jeune homme jusqu’à sa mort. »
Le frère lui répondit : « Je consens à tout ce que tu me dis et je m’appliquerai à observer tes ordres. » Ainsi Pakhôme fit appeler le jeune garçon et lui dit en la présence du frère : « Voici ton père après Dieu ; fais tout ce qu’il fera : quand il se mettra à table pour manger, tu t’y mettras aussi jusqu’au moment où il se lèvera, et tu te lèveras aussi avec lui. Ne fais rien sans lui, et ne va nulle part sans sa permission. »
Le jeune homme lui dit : « Tout ce que tu m’ordonnes, je le ferai avec joie ; mais prête-moi ton secours pour sauver mon âme de la mort. » Et lorsqu’il eut fini de lui parler, il le quitta ; puis notre père Pakhôme dit au frère qui était le père de ce couvent de ne point les séparer tous les deux « et (dit-il), si tu as besoin de désigner l’un d’eux pour faire quelque chose, désigne-les tous deux à la fois, comme (s’ils n’étaient qu’)un seul homme » ; mais il ne lui apprit rien au sujet du jeune garçon. En ce lemps-là les frères n’étaient point assez nombreux pour qu’un père fût désigné pour chaque maison. Quant au jeune homme, il prit un engagement avec Dieu dans sa prière disant : « O mon Seigneur, si tu me donnes le moyen de garder non seulement ce que notre père Pakhôme m’a ordonné, mais encore ce que m’ordonnera ce frère auquel il m’a confié, à partir de ce jour je me considérerai comme décédé et mort aux actions que j’ai faites.
Désormais je vais travailler à garder mon cœur contre toute pensée impure, afin de ne plus les tolérer ; toute fatigue, toute détresse qui me viendra, je les supporterai avec joie, afin de mériter la vie et d’échapper aux tourments douloureux dont je suis digne par suite des mauvaises actions que j’ai faites. Maintenant (donc), ô Seigneur, Dieu de toute chose, c’est par la grâce que je suis dans ce chemin, aie pitié de ton serviteur ; sans cela, certes je finirai par être responsable d’actions" mauvaises, je serai chassé du milieu de ces hommes saints el je souffrirai au milieu du feu pour l’éternité. Et puisque tu m’as fait une si grande grâce par l’entremise de ton serviteur, pourquoi ne me résoudrais-je pas à supporter toutes les fatigues, à ne les compter pour rien, après les tourments que j’ai mérités, et dont tu me sauves ?
Et si quelqu’un me fait de la peine pour ton nom, à cause de la vie que tu me désires, je le regarderai comme quelqu’un qui me donne consolation ; et si quelqu’un m’insulte, je ferai de sorte qu’il soit pour moi comme quelqu’un qui me bénirait, moi misérable pécheur qui ne mérite pas de suivre ce chemin, dans l’espérance que tu me donneras la faveur que je désire en ta présence, que tu regarderas mes fatigues et ma modestie et que tu me pardonneras tous mes péchés. « Après cela, le jeune garçon se conduisit selon l’engagement qu’il avait pris devant le Seigneur, faisant toutes les dévotions qu’il voyait pratiquer au frère. Lorsque le dimanche fut arrivé, le frère lui dit au moment où les frères étaient appelés pour manger au milieu du jour : « Viens que nous mangions un peu !
mais nous ne mangerons pas de manière à nous rassasier, sinon nos cœurs seraient pesants et nous manquerions de crainte. À l’heure du soir nous irons manger d’une manière suffisante à la subsistance du corps. « Lorsqu’ils eurent mangé, le cœur du jeune homme se réjouit de telle sorte qu’il perdit le sentiment et la crainte de Dieu : puis, lorsqu’il eut vu que son cœur était dans l’erreur, il entra aussitôt dans son habitation, il pria environ trois heures, en disant : « O Seigneur, j’ai mangé un peu de pain, je me suis conduit sans crainte, si bien que j’ai oublié ce que m’avait ordonné ton serviteur et ce grand engagement que j’ai pris en ta présence, lorsque j’ai dit : O Seigneur, si je n’observe pas cet engagement que j’ai pris en ta présence, non seulement lu me livreras aux tourments malgré moi pour l’éternité, comme l’ont mérité mes actions ; mais encore tu ordonneras à un méchant esprit de s’emparer de moi sur terre et de me tourmenter en ce monde toute ma vie, afin que je n’aie aucun bien dans l’autre.
Et maintenant, Seigneur, donne-moi le moyen de rester vigilant, afin que je puisse observer tout l’engagement que j’ai prononcé de ma bouche devant loi et les commandements que ton serviteur m’a donnés, découvre à mon cœur ta volonté, afin que je l’accomplisse et que je trouve miséricorde en ce que je t’ai demandé par la prière et les fatigues de ton serviteur qui t’a contenté. « Et lorsqu’il eut prolongé ainsi sa prière, la pensée lui vint au cœur que s’il mangeait du pain une seule fois par jour et qu’il restât altéré par dévotion, ne buvant pas d’eau plusieurs fois (par ’M à ni.:.qui est sorti de ma bouche entre tes mains. jour), mais s’abstenant d’en boire jusqu’à ce qu’il en souffrît, il serait vigilant à chaque instant dans la crainte de Dieu.
Et lorsque cette pensée lui fut venue au cœur, il se conduisit selon sa force, non seulement en des dévotions apparentes, mais en des actions secrètes : tout ce qu’il faisait, il le faisait avec modestie, et il n’avait aucune intention qui l’occupât, sinon celle de sauver son âme des tourments douloureux et de mériter la vie éternelle. Il était assidu à la prière, aux veilles de nuit, et s’il voulait dormir un peu la nuit, il mettait sous lui quelque chose, ou s’asseyait au milieu de sa natte et dormait sans s’appuyer jamais contre le mur. Un jour, il alla trouver le frère qui l’instruisait et lui t.J : « Mon père, si je me mets à table, et si je vois devant moi de bons légumes et de mauvais légumes, lesquels me conseilles-tu de manger ? »
Le frère lui dit : « Mange les bons. »
Il lui dit : « Si je mange les bons et que les frères mangent ce que j’ai laissé, parce que c’est mauvais, Dieu ne me jettera-t-il pas dans le feu pour cette raison ? » Lorsque son maître entendit cela, il fut rempli de crainte et dit : « S’il en est ainsi, mange un peu des bons et un peu des mauvais. » Une autre jour, il se présenta (encore) à lui et lui dit : « Quand je vais ramasser de l’halfa, s’il y a de l’halfa long et de l’halfa petil, quel est le meilleur pour moi ? »
Le frère lui dit : « Prends le bon. » Ce frère parlait ainsi sans savoir quelle était l’intention du jeune homme en son cœur, car celui-ci avait préparé son cœur de manière à avoir une bonne intention en toutes les actions, comme il est écrit : « Si nos cœurs ne nous blâment pas, nous avons la grâce près de Dieu1. » Et le jeune homme dit au frère : « Si je prends l’halfa qui est long et que les frères ramassent ce que j’ai laissé, est-ce que Dieu ne me tourmentera pas pour ne pas avoir eu un cœur modeste en toute chose et pour avoir péché contre lui ? » Lorsque le frère entenditeela, ilfutrempli d’étonnementetdecrainle, puis il lui dit : « Quand tu en auras pris un peu de long, prends-en un peu de petil. » Une autre fois, lorsqu’il se présenta devant lui pour semblable chose, le frère lui dit : « Toute chose sur laquelle se portera ton intention, fais-la suivant celle intention 2; car c’est la volonté de Dieu que chacun de nous purifie son cœur, ainsi qu’il est dit dans les Écritures.
« Et quand le jeune homme eut entendu ces paroles, il ne demanda plus rien au frère à partir de ce jour : mais toute pensée qui lui paraissait être la volonté de Dieu, il l’accomplissait. Et une fois, il fut malade, en même temps que Corneille, père de ce couvent, était aussi malade couché sur un lit dans le lieu où cou1 Citation non textuelle.
t M. à ni. : toute chose sur qui ton intention se sera éveillée, fais-la et suis-la. chaienl lesfrères malades ; quand celui-ci apprit que Silvanus était malade, il l’envoya chercher pour venir manger avec lui ; mais Silvanus ne le voulut pas, et il dit au frère chargé du service des frères : « Quand tu mouilleras l’halfa pour les frères, mouille pour moi ce qu’il faut pour une natte, en plus de ce que tu m’en mouillais chaque jour » ; et il ne mangea pas au moment où les frères mangeaient. Corneille l’envoya chercher, mais il ne voulut point aller ; le père l’envoya chercher une autre fois disant : « Amenez-lc de force. » Quand on l’eut amené, il lui dit : « Tu dis que tu ne manges pas le jour, quoique tu sois malade, et maintenant ne mangeras-tu pas au soir ? »
Silvanus lui dit : « Je ne veux point manger. »
Corneille lui-dit : Ecoutemoi et ne me désobéis pas. »
Il lui dit : « Pardonne-moi, ô père, je ne suis point désobéissant : je t’obéis en toute chose, excepté en celle-ci » ; car il savait qu’en agissant ainsi il ne désobéissait point, parce que notre père Pakhôme lui avait donné cet ordre : « Si tu es malade, ne crois pas en à maladie, de peur que ce ne soit Satan qui se soit alors emparé de toute ta personne et qui veuille trouver place en toi. » Et le frère chargé de la communauté dit à Corneille : « Ne sois pas étonné qu’il soit malade, ne mange point et veuille jeûner deux jours de suite, car il m’a dit de lui mouiller de l’halfa pour faire une autre nalte, en plus de celle qu’il fait tous les jours. » Et lorsque Corneille eut entendu (cela), il dit : « C’est mon intention à chaque instant de me fatiguer, afin que le Seigneur me donne le moyen de m’asseoir près de notre père Pakhôme dans l’autre monde, et voici qu’étant tombé malade je suis resté dans mon lit à manger et à boire, tandis que ce jeune homme jeûne deux jours par deux jours pendant sa maladie et tresse deux nattes chaque jour.
« Et lorsqu’il eut dit cela, il se leva aussitôt de son lit, mouilla de l’halfa et se mit à tresser des cordes, répétant cette parole et disant : « Ce jeune homme est plus vaillant que moi dans les œuvres de Dieu. » Et lorsque, le lendemain, on demanda à Silvanus:« Pourquoi as-tu agi ainsi pendant que tu étais malade ? » il répondit : « Ce n’était pas une maladie, mais une séduction de Satan. » Peu de temps après, les frères du couvent allèrent ramasser de l’halfa ; notre père Pakhôme était avec eux en cet endroit pour les tenir vigilants par la parole de Dieu. Il leur dit : « Je veux vous apprendre cette merveille que Dieu a opérée parmi vous. Il y a quelqu’un parmi vous qui s’est converti et est devenu un homme nouveau, par une seconde naissance, si bien qu’il est devenu parfait en pureté de cœur par les fruits du Saint-Esprit ; et à partir de ce jour l’orgueil du cœur ne lui est jamais AUl A venu à l’esprit, ni les mauvaises pensées, car tout ce qu’il faut faire dans la crainte de Dieu, il le fait toujours et sans cesse, si bien qu’à cause de la pureté de son intention en toute sa conduite, le Saint-Esprit l’a rempli depuis les ongles des pieds jusqu’aux cheveux de sa tête.
Il n’y a personne parmi vous qui lui ressemble ; mais lui, il me ressemble par la pureté de sa conscience et de la direction de son cœur. Et j’ai dit cela de moi-même sans orgueil ; et celui au sujet duquel j’ai parlé ainsi, si je le nomme au milieu de vous et s’il entend toutes ces louanges dites à son sujet, il n’aura ni orgueil de cœur, ni vaine gloire, mais (il n’aura) que la pensée de souffrir, afin que le Seigneur lui donne la vie éternelle et le sauve des tourments. S’il est loué ou admiré par d’autres, voici la pensée qui lui monte aussitôt au cœur : « Est-ce que je mérite la vie ? serai-je sauvé des tourments ? » et s’il est injurié par d’autres gens, il pense en lui-même et se dit : « Si je souffre » tout ce qui frappe, ce sera un signe que je mérite la vie de Dieu.
« Ne croyez pas que cette grâce lui a été donnée à cause de sa dévotion ; car il y a beaucoup de frères qui font plus de dévotion que lui. Ce n’est pas non plus à cause de la longue durée de sa patience, comme pour quelques-uns parmi vous, ni à cause de sa connaissance des Écritures ; mais c’est une grâce de Dieu parce qu’il a tué des actions mauvaises, (comme) avec un glaive tranchant, par les prières qu’il a faites au Seigneur nuit et jour, par ses veilles secrètes et les dévotions qu’il a endurées selon sa force dans la crainte de Dieu avec pureté de cœur. » Et lorsque les frères eurent entendu (ces paroles), ils cherchèrent à savoirqui c’était. Pakhôme continua pendant trois jours à leur parler de lui sans leur apprendre qui c’était ; le troisième jour, il leur dit que entendu, ils furent dans un grand étonnement, car il ne leur était pas venu tà l’esprit que c’était lui ; mais il était méprisé par eux.
Et les plus âgés parmi les pères dirent à Pakhôme : « Est-ce que ce jeune homme est préférable à nous tous ? Et personne parmi nous ne te ressemble-t-il, sinon lui ? »
Il leur dit : « Pour la patience, le savoir et la conduite, vous êtes ses pères ; mais pour la pureté de cœur, il est plus élevé que vous. Je dois vous dire une comparaison pour vous expliquer cela : Deux hommes combattent leur ennemi ; l’un a prévalu contre son ennemi, si bien qu’il lui a lié les mains et les pieds et l’a placé sous ses pieds ; mais celui qui est dans cette disposition n’attend qu’une chose, être délié pour aller combattre (de nouveau) et tuer (celui qui l’a vaincu), s’il en trouve l’occasion une autre fois 1. Quand 1 Toute cette phrase est assez embrouillée à cause de la répétition du pronom de la troisième personne ; cependant le sens en est assez clair. au second, après avoir jeté son ennemi par terre, il ne s’est pas contenté de l’attacher, mais il l’a égorgé et l’a tué.
Ainsi, vous avez prévalu contre l’esprit de fornication qui luttait contre vous : soyez encore plus forts dans les combats, égorgez-le pour qu’il ne se relève pas contre vous et ne vous fasse pas souffrir une autre fois, car avec un peu de négligence les liens se détacheront et il se lèvera contre vous. C’est ainsi que Silvanus a égorgé son adversaire après s’être emparé de lui ; il souffre comme un martyr tout ce qui provient d’une fatigue corporelle, de la chaleur et du froid, car, en toute chose, il place la mort devant ses yeux, pour (mériter) la vie durable ; c’est pourquoi il a mérité cette faveur d’être le temple de l’Esprit-Saint. Maintenant, vous tous, grands et petits, considérez ce qu’il fait, car il le fait dans l’Esprit-Saint. »
Le frère dévot auquel avait été confié le jeune homme dit (alors) à Pakhôme en secret : « Ce jeune homme dont lu dis qu’il a mérité toutes ces faveurs au point que le Saint-Esprit habite en lui, ne m’as-tu pas appris d’abord qu’il vivait dans des impuretés mauvaises ? »
Pakhôme lui-dit : « Autrefois il était misérable, méchant en ses actions méchantes, mais maintenant la parole écrite par l’Apôtre s’est vérifiée pour lui : « Autrefois ces péchés » ont été parmi vous, mais vous VIE DE PAR HOME » vous êtes lavés et purifiés au nom de Notre Seigneur Jésus le Messie 1. « Dans le temps, lu as été son père ; mais maintenant, par les progrès qu’il a faits grâce au Seigneur, il est plus élevé que toi, il est ton père. » Et un grand nombre parmi les frères, voyant que notre père Pakhôme l’honorait et le respectait dans ce qu’il disait, allaient le trouver un à un et lui disaient : « 0 notre père anba Silvanus, dis-moi une parole qui me soit profitable ! » Pour lui il ne voulait point être appelé père, sans se fâcher pour cela ; mais il répondait avec douceur et modestie : « Est-ce que je suis votre père ?
« Les souffrances qu’il avait supportées parmi les frères jusqu’au jour où notre père Pakhôme fit son éloge avaient duré trois ans. Après cela il mourut près d’anba Paul, chef de Tmouschons, en la paix de Dieu. Amen. Il arriva que quelqu’un entra dans la communauté après avoir été moine ailleurs : il était dévot en apparence plus que tous ceux qui se trouvaient dans son couvent, car il jeûnait deux jours par deux jours et faisait deux nattes ou trois chaque jour ; il était modeste dans sa parole. Et quand les frères le virent, ils se dirent : « Si le père Pakhôme vient nous visiter, sans doute il nommera ce frère grand parmi les frères. » Mais lorsque le père de la maison où se trouvait ce frère les entendit parler ainsi, il s’attrista grandement disant : « C’est lui qui édifie tous les frères par ses dévotions ; certes il me sera pénible qu’on l’enlève de ma maison.
« Et lorsque notre père Pakhôme vint pour visiter les couvents selon son habitude, car il avait soin de les visiter une fois par an, et que les frères l’eurent appris, ils sortirent tous pour aller à sa rencontre ; mais ce frère ne sortit point pour le saluer, il alla quelque part et s’y cacha, parce qu’il avait entendu les frères dire chaque jour que notre père Pakhôme discernait tous les bons d’avec les mauvais : c’est pourquoi il ne voulut point aller à sa rencontre. Et voici que tous les frères, voyant qu’il ne sortait point avec eux, s’étonnèrent et dirent : « Voyez combien est grande l’humilité de ce frère, car il ne veut point sortir pour aller à la rencontre de (notre père) Pakhôme, de peur que celui-ci ne Ehonore devant tous les frères à cause de ses bonnes actions !
« Quand notre père Pakhôme fut entré dans l’intérieur du monastère, les frères cherchèrent ce moine, afin qu’il vînt aussi saluer notre père Pakhôme. et ils ne le trouvèrent point. Lorsque le soir fut venu et que l’obscurité fut grande, ils le trouvèrent elle forcèrent d’aller saluer Pakhôme. Aussitôt notre père Pakhôme fit appeler le chef du couvent et les autres grands frères, il leur dit : « Où avez-vous trouvé cet homme ? »
Ils lui dirent : « C’est un très grand homme, il n’y a personne parmi nous qui se livre à la dévotion comme lui, et à cause de ses adorations la nouvelle s’est répandue parmi les pères que si notre père Pakhôme venait, il en ferait un supérieur ’. »
Il leur dit : « 0 simples, en qui il n’y a pas dejugement pour connaître les gens de la droite des gens de la gauche, cet homme est l’un de ceux au sujet desquels notre Seigneur a dit dans l’Évangile : « Prenez garde » aux faux prophètes qui viennent à vous revêtus de peaux de brebis et qui » à l’intérieur sont des loups dévorants 2. « Cet homme a en lui l’âme d’un loup, et certes il a tué un grand nombre de frères ; il est resté dans des impuretés jusqu’à ce jour et fait (encore) des actions mauvaises. Dès qu’il m’a salué, j’ai senti une odeur comme celle d’un cadavre. Et pour savoir la vérité de ce que je dis, allez vers lui, apprenez-lui ce que je viens de dire ; s’il avoue, donnez-lui du pain et envoyez-le dehors aussitôt, ne le laissez pas passer ici la nuit jusqu’à demain, car il y aurait une grande malédiction dans le lieu où il serait.
« El lorsque les frères entendirent cela, ils furent remplis d’étonnement et stupéfaits : ils allèrent alors vers le frère, et lui dirent : « Notre père nous a ordonné de te chasser, disant que lu n’es pas un élu comme (le montre) la conduite, viens le réprimander. »
Il leur dit : « Tout ce qu’il a dit est vérité ; laissez-moi partir, je ne veux plus le voir. » C’est ainsi qu’ils le congédièrent. El lorsque tous les frères apprirent cela, une grande crainte s’empara d’eux, parce que le Seigueur lui avait dévoilé cela. Un autre jour pendant qu’il travaillait avec les frères qui ramassaient de de l’halfa, on distribua à chacun des frères une mesure de dattes et l’un d’eux ne voulut pas en prendre. Ils prièrent Pakhôme de lui ordonner d’en prendre sa part et ils pensaient qu’il lui ordonnerait d’en prendre sa part ; et lorsqu’on eut appelé ce frère, Pakhôme lui dit : « Si tu as l’habitude d’en manger quand on en distribue dans le couvent n’aie pas honte, prends-en comme tous, car tous (les frères) sont égaux ; mais si tu es dans les jours où tu fais tes dévotions, prends-garde de commettre le péché de rompre la dévotion par honte des gens qui mangent en ta présence, et ainsi tu accompliras le commandement de l’Évangile,.
en faisant tes dévotions en secret sans que personne le sache, comme il est dit : « Fais tes bonnes actions en secret. Tout ce que tu feras en secret » sera accepté et ton père qui voit dans le secret te récompensera1. « 1 Cf. Malt., vi. La citation n’est pas textuelle. II est bon aussi que tu accomplisses cet autre commandement ; s’il arrive par hasard que les frères fassent des dévotions, afin que ce soit un secours pour d’autres gens à faire le bien, qu’ils les fassent ainsi qu’il est écrit : « Que votre lumière brille aux yeux des hommes, afin qu’ils voient vos » bonnes actions et qu’ils glorifient votre Père céleste qui est dans les » cieux1. « Et maintenant, mon fils, fais selon ton possible, car nous tous, nous nous réjouirons avec toi lorsque tu auras fait des dévotions : faisles avec un cœur modeste, et le Seigneur te récompensera pendant l’éternité2 des jeûnes que tu auras faits dans la crainte de Dieu.
« Les frères se rassemblèrent ensuite selon leur coutume pour qu’il les prêchât sur les Écritures ; il commença de leur parler de ce frère, disant : « Gardez vos âmes de ce péché pendant toute votre vie, à savoir d’obliger un homme à rompre ses dévotions, de peur que celui qui a commencé de faire des dévotions ne les interrompe, que vous ne lui causiez du mal et qu’Iblis ne règne sur lui par les concupiscences, car l’homme ne peut vivre sans dévotions, et vos âmes auraient mérité la mort en échange de son âme. Quand un petit arbre a été planté, il est facile de le déraciner ; il en est de même de l’homme qui commence à faire des dévotions, et qu’un frère 1 Malt., v, 16.
M. à m. : Pendant le temps éternel. Les auteurs ou les traducteurs coptes 11’étaient pas, on le voit, grands métaphysiciens. qui n’est pas dévot veut l’en empêcher et que l’autre lui obéisse, pensant faire une bonne action : c’est un grand péché devant le Saint-Esprit. Si tu vois un frère qui fait des dévotions, honore-le plus que toi-même, ne l’empêche pas de faire des progrès et lu auras la récompense près du Seigneur, car celui qui fait des dévotions plus que toi, peut-être a-t-il reçu du Seigneur cinq talents ; c’est pour cela qu’il se fatigue pour les doubler et en avoir dix1, ce qui veut dire qu’il a reçu du Seigneur un corps plus vigoureux que le tien et qu’il voudra faire des dévotions selon sa force et offrir son désir dans la force de son corps.
Et toi, lu as reçu deux (talents) et tu opères avec eux de manière à ce qu’ils deviennent quatre, ce qui veut dire que tu fais des efforts selon la force que Dieu t’a donnée, car il est ainsi écrit dans l’Évangile : « À l’un, il donna cinq talents, à un autre » deux, à un troisième un seul, à chacun selon sa force2. « Et ceux qui ont vraiment travaillé à doubler ce qu’ils ont reçu du Seigneur ont également entendu cette parole : « Entrez dans la joie de votre Seigneur 3. » Ainsi, ô homme, si tu ne veux pas faire de dévotions comme ton frère, sois au moins un homme honnête, déracine de ton cœur le mal et l’envie, réjouis-toi au sujet de celui qui fait des dévotions plus que toi, fais-en selon ta force et tu seras son égal par la bonté de l’Esprit divin que tu auras possédé parla volonté de ton cœur honnête ; car il en est comme des gens de belle figure, de haute taille et stature : ainsi diffèrent entre eux tous ceux qui font des adorations, les uns endurent des dévotions et des peines, les autres qui sont faibles de corps font des dévotions par les fruits du Saint-Esprit, je veux dire les vertus intérieures et spirituelles ; car Lazare qui était infirme de corps fut reçu dans le sein d’Abraham à cause de l’adoration de sa patience et de l’action de grâces qu’il avait faite tous les jours de sa vie.
Et comme il peut se trouver qu’un homme beau soit tout entier beau, il peut aussi se trouver un homme qui soit parfait en toute chose, soit dans sa conduite apparente, soit dans ses progrès dans les fruits del’Esprit Saint. Et si tu vois quelqu’un faire des dévotions, ne l’oblige pas à les rompre, car en vérité il fait des dévotions pour éloigner de lui le péché qui agit en nos corps ; et toi, par (on peu de connaissance et ta stupidité, tu l’obligerais à les rompre pour qu’il soit sous le joug de la mort ! Et maintenant, frères, si vous voyez quelqu’un pratiquer des dévotions, encouragez-le, dites-lui que son fruit se trouvera près de Dieu pour les jeûnes qu’il aura soufferts ; mais toi. veille sur ton âme pour ne pas transgresser par suite de l’hypocrisie des hommes.
Mais si vous voyez quelqu’un faire des dévotions, réciter la parole de Dieu et manquer dans le reste de la conduite vertueuse, je veux dire s’il est morose, grossier de paroles ou paresseux, ne lui dites pas en (plein) visage : « À quoi bon cette adoration » ou la parole de Dieu que tu récites à chaque instant, si tu es colère, « bavard ? » car celui qui agit ainsi ressemble à un homme qui passe par une vigne et voyant une grappe de raisin qui est au soleil ou au froid et couverte d’une feuille de pampre qui l’abrite, étend la main pour ôter la feuille et laisser la grappe se gâter au soleil ; car si cet homme eût été sage, il n’aurait pas seulement laissé la feuille, mais il aurait encore protégé la grappe par une seconde feuille. Il en est ainsi de vous, si vous voyez quelqu’un qui fait des dévotions et qui manque (dans le reste), louez sa dévotion et dites-lui : « Heureux que tu es !
toi qui fais des « dévotions et qui récites la parole de Dieu ! tâche de prier le Seigneur » qu’il ôte de toi l’ennui, ou tel défaut, afin que tu sois compté parmi « les saints et que tu deviennes le serviteur du Christ. » Et comme nous avons parlé précédemment des serviteurs qui, dans l’Évangile, après avoir reçu de l’argent chacun selon sa force, se sont efforcés de doubler ce que chacun avait reçu,, et chacun entendit le Seigneur lui dire : « C’est » bien, ô serviteur honnête ! puisque tu as été fidèle en peu de chose, je « t’établirai sur un grand nombre (de biens) : entre dans la joie de ton « Seigneur1 », je dois vous apprendre l’explication du mot (qui se trouve) écrit dans l’évangile de Luc, afin que vous connaissiez le juste jugement de Dieu.
Lorsque les serviteurs eurent reçu chacun avec égalité, celui qui avait travaillé de tout son cœur si bien que la mine avait produit dix mines, entendit du Seigneur cette parole : « Tu auras le pouvoir sur » dix villes2 », afin que le mot écrit soit accompli : « Chacun recevra » selon ses fatigues3. « En effet les serviteurs cités dans la parabole ressemblent à des gens invités au festin de Dieu : ce sont ceux que Dieu a fortifiés dans leur corps, et ils ont gagné seulement la science de la connaissance des Livres saints. Et celui qui fait des adorations avec plus de zèle que son prochain, mérite plus que celui-ci près du Seigneur, selon qu’il est écrit : « N’accusez personne avant le moment où le Seigneur » viendra manifester les secrets des cœurs et alors chacun sera honoré » par devant le Seigneur4.
« Un jour que notre père Pakhôme était assis travaillant à une natte : Satan lui apparut et il avait pris la forme sous laquelle Dieu s’était montré à lui. Il lui dit : « Réjouis-toi, Pakhôme ! » Et lorsque Pakhôme le vit, il pensa en son âme : « Qu’est cela ? » puis il le distingua de lui-même et dit : « J’ai pensé comme d’habitude. » Quant Satan vit ses pensées, il commença de les arracher de son cœur. L’homme de Dieu dit en lui-même : « Jusqu’à présent j’avais encore des pensées ; mais maintenant elles sont finies ! » Aussitôt il fit un saut, se tint debout comme le Seigneur le lui avait révélé et saisit la main du fantôme de Satan qui s’évanouit sur-le-champ comme de la fumée. Pakhôme pria ensuite, disant : « Bénis sois-tu, ô Dieu de tous les saints, qui m’as sauvé de toute détresse et de tout malheur de Satan.
« Une autre fois qu’il tomba malade, il souffrit beaucoup, si bien qu’il s’en fallut de peu qu’il ne rendît son âme au Seigneur ; il resta un grand nombre de jours sans parler à personne, car certes il avait été ravi dans l’autre vie par l’ordre du Seigneur. Et lorsqu’il fut arrivé à la porte de vie, un ordre vint du Seigneur de le faire retourner dans le corps. Il fut grandement attristé, car il avait vu de ces lieux la lumière merveilleuse et indescriptible en sa grandeur. Pendant qu’il souffrait de cœur, il fut regardé par un homme lumineux qui était debout à VIE DE PAKHÔME la porte de vie et dont le visage ressemblait à la rondeur d’une grande table plein de la gloire de Dieu et qui lui dit : « Va, mon fils, il te reste encore (à supporter) un petit martyre pour que tu aies accompli tout mon service2.
« Et lorsque notre père Pakhôme entendit cela, il se réjouit beaucoup, parce qu’il désirait à chaque instant être martyr pour le nom du Messie. Les Anges qui l’accompagnaient lui dirent que l’homme qui lui avait parlé était l’apôtre Paul. Une autre fois qu’il était malade, on le mena dans le Paradis. Comment y fut-il mené ? Dieu le sait, comme l’a dit l’Apôtre : « Je ne sais si ce fut dans le corps ou sans le corps, Dieu le sait ; mais il fut ravi au troisième ciel et il entendit des paroles secrètes qu’il n’est pas permis à l’homme de répéter3. » Ainsi lorsqu’on eut mené notre père Pakhôme en cet endroit, il vit les villes des saints dont la gloire ne peut être décrite et qui ont été préparées par Dieu pour ceux qui l’aiment. Et quand il vit ces villes, il se rappela la parabole de l’Évangile et ce qu’avait dit le Sauveur au sujet des serviteurs qui avaient fait le commerce avec les mines, disant à celui dont la mine avait produit dix mines : « Entre danslajoiedeton Seigneur, tu auras puissance sur dix villes4 », et à l’autre sur cinq villes5.
Encore maintenant, la parfaite beauté d’une femme dépend de la rondeur de son visage : plus le visage s’approche de la rondeur de la pleine lune, plus il est considéré comme beau.
M. Cet endroit et ses pareils étaient bien meublés, bien éclairés : les arbres fruitiers et les vignes y fournissaient une nourriture spirituelle1; les arbres de ce monde sont vils auprès de ceux-là, car à tout arbre qui a été planté dans le Paradis de Dieu les fruits ne manquent jamais ; ils ont une odeur exquise et très agréable, si bien que personne ne peut rester debout près de cette odeur sans en avoir reçu la force de Dieu. Cet autre monde se trouve sur la terre, mais en dehors du ciel du firmament qui a été créé de l’eau, quand Dieu a dit : « Qu’il y ait un firmament entre l’eau et l’eau2. » Ce monde est sur la terre au delà de ce firmament et cette terre est très élevée, plus (élevée) que tous les (autres) lieux. Tous les luminaires qui éclairent la terre, comme le soleil, la lune et les étoiles, ne sont pas les mêmes qui éclairent ce monde ; mais c’est le Seigneur qui l’éclaire, ainsi qu’il est écrit : « Ce n’est pas la lumière du soleil qui nous éclaire pendant le jour, ni la lumière de la lune qui nous éclaire pendant la nuit ; mais c’est le Seigneur qui sera pour nous une lumière éternellement ; car il n’y a là ni jour ni nuit, mais une lumière qui ne finit point3!
« Elle éclaire cet endroit parce qu’elle est immense et n’a point de limite, si bien que celle du monde n’est rien auprès d’elle. En dehors du Paradis il y a aussi des arbres peu nombreux chargés de fruits et des vignes semblables à celles de ce monde ; et lorsque notre père Pakhôme les vit, il pensa que peut-être après le déluge Noé en avait pris et en avait planté dans le monde une autre fois, comme il est écrit dans le livre de la Création. Entre nous et ce lieu il y a une obscurité très épaisse qui l’entoure et elle est remplie de bêtes fauves terribles : personne ne peut aller en ce lieu à moins que l’Ange du Seigneur ne l’accompagne. Il y eut un homme qui alla (frapper) à la porte du monastère avant que notre père Pakhôme n’eût été ravi en extase.
Quand notre père Pakhôme lui eut demandé : « Veux-tu te faire moine ? » il répondit : « J’y pensais avant ce jour ; mais les pensées mondaines et la paresse m’ont entraîné versles œuvres du monde. Or, pendant que je marchais dans le chemin, j’ai entendu au-dessus de moi une voix qui m’appelait par mon nom, et j’ai répondu : « Qui es-tu ? » La voix me dit : « Quand feras-tu pénitence de tes » péchés ? lève-toi, va te faire moine près de Pakhôme, le supérieur de Ta » bennîsi ; tu vivras, et lui, il se préoccupera de ton âme jusqu’à la mort. « Et maintenant, ô mon père saint, voici que je suis venu vers loi. »
Notre père Pakhômelui dit : « En vérité, si tu veux te sauver comme te l’a dit la voix qui s’est fait entendre de la part du Seigneur, nous aussi nous en serons contents et nous souffrirons pour loi ; car si je te vois te conduire selon la conduite qui t’a été ordonnée, je suis prêt à m’occuper de toi pour tous les besoins du corps, comme un bon père ; n’aie (donc) aucun autre souci que celui de (contenter) le Seigneur. »
Cet homme lui dit : « Si tu m’éprouves, je suis assuré que ton cœur sera tranquille à mon sujet, grâce à tes prières saintes. » Notre père Pakhômele fit moine, et lorsque l’homme fut entré dans le couvent et eut vu les actions des frères et leur bonne édification, il livra son âme à des dévotions nombreuses selon sa force ; il jeûnait chaque jour jusqu’au soir, modeste comme un petit garçon très simple. Si quelqu’un lui disait un mot grossier ou même le frappait, il ne s’attristait pas le moins du monde, mais il disait : « Moi aussi, j’ai agi autrefois selon ma passion et j’ai irrité le Seigneur par mes actions ; cependant il ne m’a pas puni, mais il m’a fait miséricorde et m’a placé dans le chemin de la vie. Ne dois-je pas souffrir ce peu de peine que mon frère me fait endurer ?
« S’il voyait les frères se disputer, il se jetait au milieu d’eux avec simplicité et disait : « Pardonnez-moi, j’ai péché. » Aussitôt la dispute cessait et se changeait en paix. Ainsi il mena une bonne conduile conformément à la parole qu’il avait entendue de notre père Pakhôme. Après avoir passé seulement quatre mois dans la dévotion, il mourut en paix. Il y avait en ce temps parmi les frères un vieillard qui certes était parmi les frères depuis longtemps : il jeûnait deux jours par deux jours ou trois jours par trois jours, il portait un cilice tous les jours et ne mangeait que du pain et du sel ; mais si quelque frère le faisait souffrir, il le détestait et faisait durer sa colère contre lui jusqu’à ce qu’il eût trouvé l’occasion de lui faire du mal.
Or, en ce temps, le vieillard mourut ; et lorsque notre père Pakhôme fut ra i dans l’autre monde, comme nous l’avons dit, il vit ce frère simple qui avait fait des dévotions pendant quatre mois(et) qui était dans le repos et en grande joie. Quand il vit notre père Pakhôme marcher avec l’Ange, il se hâta d’aller à la rencontre de notre père Pakhôme et il l’attira (à lui) en disant : « Viens voir la faveur qui m’a été faite par Dieu à cause de tes instructions honnêtes. » Il se mit alors à lui montrer les endroits spirituels remplis de la gloire de Dieu avec leur beauté et leur éclat. Lorsque notre père Pakhôme vil toutes ces choses, il se réjouit beaucoup. Puis, lorsqu’ils furent sortis du Paradis, il vit le vieillard dévot qui était dans un lieu moins beau, attaché à un arbre comme un chien, sans avoir le pouvoir de quitter cet arbre.
Lorsque le vieillard les vit, il baissa la tête et resta honteux jusqu’à ce qu’ils l’eussent quitté. Quand notre père Pakhôme le vit, son cœur fut dans une grande souffrance. Le frère simple dit à notre père Pakhôme : « Vois-tu ce vieillard dévot pour lequel tu l’es donné de la peine et qui ne t’a pas obéi ? vois maintenant le châtiment que Dieu lui a destiné en place de sa désobéissance ! » Et quand notre père Pakhôme eut achevé de parcourir le Paradis et tous les lieux du repos, l’Ange le conduisit alors pour lui faire voir le séjour des châtiments et des tortures. Quand il fut bien loin à gauche du Paradis, en dehors du monde, à l’extérieur du firmament, il vit des fleuves, des canaux et des puits pleins de feu : les âmes des pécheurs s’y trouvaient.
Pendant qu’il marchait avec l’Ange, il voyait ceux près desquels il arrivait en de plus grands tourments que les premiers. Les Anges tourmenteurs avaient une figure épouvantable et tenaient en leurs mains des fouets de feu. Quand ceux qui souffraient les tourments levaient leurs têtes au-dessus du feu, ils les frappaient, les enfonçaient plus bas et les répriVIE DE PAKHÔME mandaient avec amertume ; mais les (malheureux) ne pouvaiant pas criera cause de la grandeur des peinesoù ils se trouvaient. Les âmes châtiées(ainsi) ne sont pas en très grand nombre. Il vit encore des fosses et des puits dont les flammes étaient très fortes, dans chaque puits se trouvait une seule âme et les pieds de l’âme étaient l’un de ce côté du puits et l’autre de l’autre côté, selon la forme du corps qu’elle avait eu dans le monde : les flammes du feu brûlaient le membre avec lequel les âmes s’étaient souillées.
Pakhôme distingua dans l’un des puits un homme que l’on tourmentait ; il avait été connu dans la ville à cause de ses péchés : il avait eu ce qu’on nomme dans les livres écoulement du sperme 1 Pakhôme vit encore des moines que l’on torturait dans ces tourments et il demanda à l’Ange qui L’Ange lui dit : « Ceux-ci ont été purs de corps ; mais ils ont été paresseux. Ils allaient dans les habitations des frères dévots et leur parlaient des autres frères chez lesquels ils étaient allés, parce qu’ils savaient que les cœurs de ceux chez lesquels ils se trouvaient n’étaient pas contents des 1 Le mot qui est rendu ainsi est le grec fxaXaxoi, le latin mollis : le traducteur n’a pas bien autres et ils pensaient qu’ils seraient bien traités par eux s’ils leur disaient des calomnies.
Quand ils avaient quitté ceux-ci, ils allaient ailleurs et injuriaient ceux qui les avaient bien reçus, afin d’être bien traités encore : c’est pourquoi ils ont trouvé des tourments impérissables. « Les Anges qui s’occupaient de les torturer étaient joyeux, comme un intendant qui est content de ce qu’il a sous la main quand il le voit augmenter ; ils n’ont point de pitié ainsi qu’il est écrit : « Personne ne prendra pitié des âmes des pécheurs 1. » Il est écrit aussi : « Tous les méchants seront dans la tristesse ; Dieu leur enverra un Ange sans pitié 2. » Si les âmes les prient de prendre pitié d’elles, ils se courroucent et les châtient davantage. Toutes les fois qu’on leur amenait d’autres âmes, ils se réjouissaient comme quelqu’un qui a trouvé un grand butin.
Comme notre père Pakhôme parcourait les lieux de tourments avec l’Ange qui l’accompagnait, l’un des Anges qui châtient l’entraîna avec une grande joie, en lui disant : « Viens voir cette torture horrible, ô Pakhôme ! » Et lorsque notre père Pakhôme la vit, il s’étonna de la nature des Anges tourmenteurs qui se réjouissent des tourments, pendant que lui-même était triste en voyant les peines qu’enduraient les âmes malheureuses. Quand il se fut un peu avancé, il vit VIE DE PAR HOME beaucoup d’âmes de tout âge tourmentées par les Anges ; il interrogea à leur sujet l’Ange qui l’accompagnait et celui-ci lui apprit que c’étaient les âmes des pécheurs morts ce jour-là dans le monde entier : on châtiait chacune selon ses mérites. Pendant qu’il marchait du côté de l’ouest, il vit une porte en bas : c’était la porte de la Géhenne profonde, ténébreuse ; car c’est la prison du Seigneur.
Quand on amenait des gens qu’on y devait jeter, ils criaient à haute voix : « Malheur à moi pour n’avoir pas connu le Seigneur Dieu qui m’a créé ! » Puis ils ne pouvaient plus parler à cause de la grande chaleur et des ténèbres tellement épaisses qu’ils ne pouvaient se voir l’un l’autre. On lui montra ensuite une grande maison d’une seule pierre, immense en sa longueur, largeur et hauteur : cette maison était pleine de feu et l’on y jetait tous les jeunes gens qui avaient souillé leur corps par la fornication, à l’insu de leurs parents. C’est pour cette raison qu’ils endurent ces tourments en raison de leurs mauvaises actions. Lorsque l’Ange eut achevé, selon l’ordre du Seigneur, de lui montrer tous ces tourments, il lui donna l’ordre (suivant) et dit : « O Pakhôme, raconte à tous les frères ce que tu as vu, afin qu’ils soient courageux pour ne point être jetés dans ces tourments, car Dieu m’a envoyé pour le montrer toutes ces choses, afin que tu en rendes témoignage.
« Et lorsque notre père Pakhôme réunissait les frères pour leur parler des Écritures1 qui sont (inspirées) par le souffle de Dieu et des instructions nécessaires, il les informait ensuite de tous les tourments dont il avait été témoin, afin qu’ils craignissent, qu’ils ne commissent plus de péchés afin de n’y être pas jetés. (Un jour) pendant que les frères ramassaient de l’halfa, Théodore leur préparait à manger. Lorsque le soir fut arrivé, notre père Pakhôme avait la fièvre et il était étendu dans la hutte où étaient les frères. Il dit à Théodore : « Prends une natte et couvre-moi avec. » Théodore apporta un tapis de poils et l’en couvrit. Pakhôme le rejeta sur-le-champ loin de lui en disant : « Enlève cela et couvre-moi avec une natte, comme tous les frères.
« Lorsque Théodore l’eut recouvert de la natte, il mit sa main dans un vase plein de dattes, la remplit et la lui présenta pour qu’il en mangeât. Pakhôme n’en prit point et ne lui dit point : « Retire à main » ; mais ses larmes coulaient. Et lorsque Théodore vit que ses yeux laissaient couler des larmes, il pleura aussi ; notre père Pakhôme lui dit : « Pourquoi pleures-tu ? »
Théodore lui dit : « Parce que je te vois malade et que tu ne veux pas te couvrir d’une couverture de poils ; lu ne veux même pas recevoir de ma (main) une poignée de dattes.
Pakhôme lui dit : « Oui, La phrase semble avoir été mal comprise par le traducteur, qui a omis quelque chose. Le texte copte dit : Quand il parlait aux frères, il commençait par leur parler des Écritures, etc., puis il leur parlait, etc. (je ne veux pas), parce queje crains le jugement du Messie qui m’en rendrait responsable ; car il peut arriver qu’il se trouve quelqu’un de plus malade que moi sans le savoir et que nous ayons en nos mains ce dont les frères auraient besoin, et nous aurions par la couverture plus d’aise qu’eux : cela ne sera jamais. » Et lorsqu’au soir les frères arrivèrent pour charger, la barque d’halfa, Théodore, ce jour-là, avait fait un ragoût pour les frères Quand il vit les frères, il pensa que le ragoût ne leur suffirait pas ; notre père Pakhôme le regarda et sut quelle pensée il avait à l’esprit.
Il lui dit alors : « Quelle est cette pensée présente en ton esprit, ô Théodore ? Tu devrais dire en voyant les frères : « O Seigneur, puisque tu as conduit les » frères vers nous, afin que nous puissions nous voiries uns les autres, rends » nous dignes de nous voir dans l’autre monde ! « Et selon sa parole le ragoût leur suffit et il en resta. C’est ainsi que Pakhôme édifiait Théodore et les frères par la crainte de Dieu et le souvenir du repos de l’autre monde. Lorsque vint un certain temps, ils eurent besoin de froment pour leur nourriture : les frères furent très tristes à cause de leur pauvreté. Notre père Pakhôme leur parla et les consola : « Je suis sûr que Dieu ne nous négligera point : voici deux beaux tapis qu’un homme a apportés aux frères ; nous allons les vendre et nous les dépenserons jusqu’à ce que le Seigneur nous ait donné ce dont nousavons besoin.
« Il passa ensuite toute la nuit à prier Dieu et à l’implorer pour bien diriger la communauté. Lorsque le matin fut arrivé, par la bonne providence de Dieu et son amour pour l’humanité, le gouverneur de la ville frappa à la porte. Lorsque le frère en charge lui eut ouvert, il lui dit : « Dis à ton père que j’avais voué un peu de blé pour les indigents à cause de mon salut, et cette nuit j’ai appris en songe que vous en aviez besoin : envoyez quelqu’un le prendre. » Lorsque le portier eut appris la nouvelle à notre père, celui-ci s’étonna, se leva et parla au gouverneur en disant : « Nous avons besoin de blé, mais donne-nous un délai jusqu’à ce que Dieu nous en ait donné le prix. »
L’homme lui dit : « Moi, je ne te l’ai pas apporté pour de l’argent ; mais parce que vous êtes des hommes de Dieu. Envoie donc les frères pour l’apporter. » Et Pakhôme lui donna quelques eulogies 1 qui consistaient en légumes et en pains. Le gouverneur les reçut avec une foi ferme ; alors notre père Pakhôme le bénit et l’homme le quitta tout joyeux dans sa foi. Notre père Pakhôme s’assit alors et parla aux frères la parole de Dieu et au sujet du don qu’il leur avait envoyé en toute hâte. Et les frères admirèrent comment Dieu leur avait donné cela à l’improviste à cause de son serviteur notre père Pakhôme. 1 C’est-à-dire du pain et des légumes bénits. Il y avait un petit couvent à deux milles à droite de Tabennîsi : le père de ce petit couvent venait souvent vers notre père Pakhôme, parce qu’il était son ami, pour entendre la parole de Dieu et la redire à ses moines, afin qu’ils fussent remplis de crainte et qu’ils observassent les commandements du Seigneur.
Un frère de ce monastère lui ayant demandé une charge qu’il ne méritait pas, le supérieur lui dit : « Notre père Pakhôme m’a ordonné de ne pas te la donner parce que tu n’en es pas digne. » Le frère se mit en colère et l’entraîna disant : « Viens que nous allions vérifier la chose. » Celui-là le suivit pâle et triste de cœur, ne sachant pas ce qui allait arriver. Lorsqu’ils furent parvenus à Tabennîsi, il y avait avec eux trois frères, ils trouvèrent Pakhôme qui bâtissait l’enceinte du couvent. Le frère se mit alors en grande colère contre lui et lui dit : « Descends pour prouver mon péché, ô Pakhôme le menteur ! » Et voici que l’homme de Dieu fut patient, il ne lui répondit rien. Le frère lui dit : « Qu’est-ce qui t’a obligé de mentir ? El tu dis que tu vois, mais ta lumière est obscure !
« Alors l’homme de Dieu anba Pakhôme reconnut les ruses d’Iblis et dit : « Pardonne-moi, j’ai péché ; n’as-tu jamais péché, toi ? » Et sa colère se calma sur-le-champ 1. Quant à notre père Pakhôme, il prit à l’écart le 1 Le texte à Ua, ce qui est évidemment une faute pour père de ce monastère et lui dit : « Quelle est ta nouvelle 1? »
L’autre lui dit : « Pardonne-moi, seigneur mon père ; il m’a demandé une chose dont il n’est pas digne, et comme je savais qu’il ne m’obéirait point, j’ai prononcé ton nom afin qu’il obéît, car je sais que rien ne t’est caché des actions des âmes. Mais ce frère a redoublé ses mauvaises actions. »
L’homme de Dieu répondit et lui dit : « Obéis-moi et accorde-lui sa demande pour arracher son âme des mains de l’ennemi, car si tu fais le bien à l’homme méchant, il viendra (lui-même) au bien, et c’est l’amour de Dieu, que nous nous fatiguions les uns pour les autres. »
Et lorsque ceux-là eurent entendu la parole de notre père Pakhôme, ils s’en allèrent et furent consolés. Quand ils furent arrivés au couvent, le père de ce monastère prit ce frère et lui donna la charge comme le lui avait ordonné le père Pakhôme. Quelques jours après le frère fut éveillé2 et retourna vers notre père Pakhôme ; il se prosterna à ses pieds et lui dit : « Tu t’es exhaussé, ô homme de Dieu, plus qu’on ne m’avait dit de toi. L’autre jour quand je t’ai injurié dans mon ignorance, Dieu sait que si lu n’avais pas été longanime pour moi et si tu m’avais dit un seul mot grossier, j’aurais, moi pécheur, laissé le monachisme et je serais redevenu qu’il se fut repenti. séculier. Sois-donc béni, ô homme de Dieu, car le Seigneur m’a vivifié par fa longuanimité.
« Il y avait un confesseur qui avait survécu aux jours des martyrs ; il se nommait Denys. C’était un prêtre de l’église de Dendéra, craignant Dieu et ami de notre père Pakhôme. Lorsqu’il eut appris que Pakhôme ne permettait pas aux moines étrangers qui venaient visiter les frères d’entrer dans le monastère et les plaçait dans un endroit isolé, près de la porte, il fut dolent de cœur à ce sujet et il se leva pour se rendre à Tabennîsi et lui faire des remontrances. Lorsqu’il eut parlé, l’homme de Dieu répondit : « Ne pense pas, Denys, que je veuille attrister ton âme ; car si je le faisais, j’attristerais aussi le cœur du Seigneur qui de sa bouche sainte a dit : « Ce que vous faites à l’un de » mes petits frères, c’est à moi que vous le faites1. »
Tu sais que la communauté se compose de plusieurs sortes de gens, de vieillards, de jeunes gens, de plants nouveaux2; c’est pourquoi au sujet des frères qui viennent à nous, je dis : Il vaut mieux pour nous (ne) les introduire dans le couvent (qu’)au moment de la prière et de les placer ensuite dans un endroit isolé, afin qu’ils mangent leur pain et ne se mêlent pas au monastère, car en voyant les nouveaux plants, ils pourraient se scandaliser. C’est pourquoi j’ai agi ainsi et le patriarche Abraham servit Dieu et ceux qui raccompagnaient en dehors de sa tente. « Et lorsque Denys eut entendu ces paroles, il fut tranquillisé. Il y avait une femme qui depuis longtemps avait un flux de sang : c’était une femme des plus riches de Dendéra. Lorsqu’elle apprit qu’anba Denys se rendait près de l’homme de Dieu, anba Pakhôme, elle se leva et lui dit : « Je sais que l’homme de Dieu, anba Pakhôme, est ton ami ; je veux que tu m’emmènes vers lui pour le voir, car je suis sûre que si je le vois, le Seigneur me guérira.
« Et il accéda à sa demande, parce qu’il savait la maladie dont elle souffrait ; on la lit donc monter dans la barque et on la conduisit vers Pakhôme. Et lorsque Denys eut fini de parler avec Pakhôme au sujet des frères que celui-ci isolait, il lui dit : « Je veux que tu sortes avec moi au dehors pour une chose très importante. » Pakhôme le suivit jusqu’à la porte du monastère, et ils se parlaient l’un à l’autre. La femme vint par derrière lui avec une grande foi : dès qu’elle eut touché l’extrémité de son vêtement, elle fut aussitôt guérie. Et voici que l’homme de Dieu, anba Pakhôme, fut triste de cœur jusqu’à la mort, parce qu’il ne voulait pas se faire glorifier des hommes. Un jour un homme lui amena sa fille que Satan rendait très malade. Y I E DE PAKHÔME Lorsque cet homme eut envoyé l’informer par le frère portier, notre père lui envoya dire : « Envoie-moi un de ses vêtements qu’elle n’ait pas porté depuis qu’elle est malade.
« Et lorsqu’on eut apporté la robe, il la regarda et envoya dire au père : « La robe est à elle, maiselle n’a pas pu observer la pureté de la vie monacale ; qu’elle promette de l’observer désormais et je suis sûr qu’elle sera guérie. » Lorsque son père entendit ces paroles, il fut effrayé ; puis il se mit à l’interroger, elle lui apprit ce qu’elle avait fait et promit de garder la (chasteté) à partir de ce jour et de ne pas pécher contre le Seigneur. Alors Pakhôme pria sur un peu d’huile et la lui envoya avec foi ; lorsqu’elle s’en fut ointe avec confiance, elle fut guérie au nom du Seigneur.
Un autre homme lui amena son fils possédé d’un esprit et lui demanda de prier pour le (malade). Notre père Pakhôme envoya dire au portier : « Va prendre un pain des frères, donne-le à l’homme dont le fils est malade, dis-lui : « Fais manger ce pain à ton fils, et Dieu le » guérira. » Le père de l’enfant prit le pain, se proslerna et pria par trois fois. Quand le jeune garçon eut faim, le père prit un peu de ce pain, le mélangea avec d’autre et le présenta à son fils qui mangea l’autre pain sans rien manger du pain des frères. Le père prit ensuite des dattes et du fromage, il y mêla un peu de ce pain : le jeune garçon mangeaseulement des dattes et du fromage, laissant le pain. Son père le laissa deux jours sans manger jusqu’à ce que le jeune garçon eut grand faim il ; fit ensuite bouillir un peu de pain et en fit une soupe qu’il plaça devant lui.
Le jeune homme s’assit, en mangea et aussitôt son cœur fut tranquille. Son père envoya alors un peu d’huile à noire père Pakhôme qui la bénit ; puis quand le jeune homme se fut endormi, son père l’en oignit et il fut guéri au nom de Notre-Seigneur Jésus le Messie, il alla en paix dans sa maison. Le lendemain arriva à la porte du monastère un homme fou qui souffrait beaucoup. Lorsqu’on eut envoyé informer Pakhôme par l’entremise du portier, il se leva aussitôt et se dirigea vers le fou avec deux autres frères, il lui dit : « Quel est ton nom ? »
Le malade dit : « Mon nom est Khaschnba (morceau de bois.) »
Pakhôme lui dit : « 0 imbécile1, comment sais-tu la vertu du bois ? » Le malade baissa la figure à terre, puis il dit : « Tu m’as vaincu par cette parole. »
Mon père lui dit : « Où bois-tu de l’eau ? »
Il lui dit : « Je la bois dans la mer salée. »
Mon père lui dit ; « Apprendsmoi qui t’a donné le pouvoir d’entrer dans cette maison 2. »
L’esprit impur lui dit : « C’est le crucifié qui me l’a donné. »
Il lui dit pour la cinquième fois : « Esprit impur, si le crucifié t’adonné le pouvoir d’entrer dans cet homme, montre-moi les clous de sa croix avec lesquels on l’a cloué au moment de la crucifixion. »
Aussitôt le démon dit : « Avec cela tu m’as vaincu et aussi confondu. » Le père Pakhôme étendit les mains, pria et gourmanda l’esprit qui sortit aussitôt de l’homme. Tousles assistants furent dans l’étonnement, et Pakhôme rentra ensuite dans le monastère avec les deux frères qui étaient sortis avec lui.
On lui amena une autre fois un frère qui était tenté par Satan. Lorsque notre père Pakhôme lui parla, le frère lui répondit très bien comme quelqu’un d’intelligent qui n’est pas du tout tenté. Notre père Pakhôme dit aux frères qui l’entouraient : « Je vous dis que l’esprit est caché en lui et ne parlera pas ; mais je vais inspecter son corps pour savoir dans quel membre il est caché. » Quand il fut arrivé aux doigts de la main, il dit aux frères : « J’ai trouvé que l’esprit est entré par sa main » ; puis lorsqu’il fut arrivé au cou, l’esprit s’écria d’une grande voix, se précipita sur les hommes et ce fut avec peine que quatre hommes purent le tenir. Et voici que notre père saisit l’endroit où se tenait l’esprit et demanda au Seigneur de guérir le frère, et pendant qu’il priait, Satan sortit du frère qui fut guéri au nom du Seigneur.
Tous les frères furent dans l’étonnement et glorifièrent le Seigneur qui opère des merveilles par ses saints et la main de notre père Pakhôme : que ses prières soient avec nous. A men.
Un homme se présenta à la porte du monastère pour se faire moine : il était possédé de Satan qui le jetait à terre souventes fois. Et cet homme était modeste et pieux. En le voyant, notre père Pakhôme vit (aussi) le Satan qui était en lui, il s’écarta de lui et pria afin que le Seigneur le guérît. L’esprit répondit et dit : « Qu’as-tu à faire avec moi, ô Pakhôme ? Tu veux me chasser de cet homme ! Est-ce que je l’empêche en quoi que ce soit de faire la volonté du Seigneur ? Le Seigneur m’a transporté dans cette demeure jusqu’au jour de la mort de cet homme. Si tu m’obliges d’en sortir, j’aurai pouvoir sur cet homme ’. » Et lorsque notre père entendit cela, il pria le Seigneur de guérir l’(homme) ; et pendant qu’il priait l’Ange du Seigneur lui apparut et lui dit : « Cesse ta prière, Pakhôme, carie Seigneur l’a frappé ainsi pour le sauver, et s’il guérit, il perdra beaucoup.
« Quand Pakhôme eut fini sa prière, il fit venir le frère et lui dit : « Ne t’inquiète pas de cela, car le Seigneur te l’a donné pour ton salut ; remercie-le maintenant et dis : « Sois béni, ô Seigneur, qui tra » vailles pour mon salut. » À partir de ce jour quand Pakhôme savait qu’il 1 Ce qui signifie : Je le tuerai, d’après le texte copte. n’y avait aucune utilité à leur guérison, il disait à ceux qui le venaient trouver avec cette maladie : « Ceci est pour votre salut, rendez grâce au Seigneur pour mériter la vie éternelle. » Dans le couvent de Faou 1, il y avait un frère qui était malade tous les trois jours ; il se présenta devant notre père Pakhôme en pleurant et le pria, disant : « Tu guéris beaucoup de mondains, et moi qui suis avec toi à chaque instant, lu ne pries point pourmoi, afin que je sois guéri de cette maladie. »
Notre père lui répondit : « C’est la foi des mondains qui donne la guérison à leur corps, et parla guérison que Dieu leur donne ils sont disposés à faire le bien. Quant à nous, serviteurs du Messie, notre foi c’est le repos impérissable que Dieu nous accordera dans l’autre monde ; sans maladie, sans douleur, nous nous conduirions contre le commandement ainsi qu’il est écrit dans l’Évangile : « Celui qui aime son âme la perd, et celui qui la dé » teste la conserve pour la vie éternelle 2. » Et lorsque le frère entendit cela de l’homme de Dieu, il fut grandement consolé. Quelque temps après voyant que sa maladie continuait, il se fit accompagner des grands hommes du monastère et il s’avança près d’anba Pakhôme : tous, ils lui demandèrent de prier pour la guérison du frère.
Et quand il vit qu’ils l’obligeaient à prier ’Le texte porte bien Faou ce qui est d’une grande importance pour l’identification de Phbôou pour le frère, il les prit et entra dans un endroit afin de prier pour lui ; mais lorsqu’il eut commencé de prier, il lui vint une voix du ciel, disant : « Ne prie pas pour cet homme, car le Seigneur lui a envoyé cetle maladie pour le sauver des pièges par lesquels Iblis tente ceux qui sont encore jeunes dans leur éducation. » Il cessa aussitôt de prier et sortit avec les frères qui étaient entrés avec lui pourse rendre vers lesautres frères, etil croyait qu’ils avaient entendu la voix Ils lui dirent : « Pourquoi sors-tu si vite et ne pries-tu pas sur le malade ? »
Il leur dit : « Est-ce que vous autres, vous n’avez pas entendu la voix qui s’est fait entendre ?
Ils lui dirent : « Non. »
Et ceux qui étaient entrés avec lui dirent : « Nous autres, nous avons entendu la voix quand nous priions avec lui. » Et Pakhôme raconta ce qu’on lui avait dit pendant qu’il priait. Et quand ils eurent appris cela, les frères s’étonnèrent et dirent : « Grande est l’action du Seigneur, car il est doué de générosité et il s’inquiète de ceux qui le cherchent ; sans lui rien ne serait. »
Il arriva qu’un autre frère fut malade aux jours de la Pâque, il fit des dévotions et ne voulut rien manger de cuit, ni boire de vin, disant : « Il vaut mieux pour moi mourir que de manger ou de boire en ces jours. » Notre père Pakhôme alla le trouver et lui dit : « Tous les jours sont à Dieu ; car celui qui a ordonné aux hommes de faire la Pâque est aussi celui qui a VIE DE PAKUÔME donné à la maladie ordre de te (saisir) : n’aie pas peur et ne crois pas qu’il y ait péché pour toi si tu manges des choses permises aux malades, car il est écrit dans le livre des Nombres : « Lorsque quelqu’un ne pourra pas » sacrifier au Seigneur ou faire la Pâque au premier mois, qu’il la fasse » au second mois1. « Et maintenant puisque tu ne peux pas faire la Pâque à cause de à maladie, lorsque lu seras guéri, si le Seigneur le veut, tu pourras la faire après que tu auras mortifié ton âme un nombre de jours égal à celui des jours de la Pâque 2.
« El le Seigneur opéra de nombreuses guérisons par la main de Pakhôme. S’il priait pour le salut de quelqu’un et si le Seigneur ne lui accordait pas sa demande, son cœur ne souffrait point de n’avoir point été exaucé, mais il priait à chaque instant en disant : « Que la volonté soit faite ! » Un jour qu’il était assis parlant avec les frères, il leur dit : « Ne pensez pas que les guérisons corporelles soient des guérisons : mais les vraies guérisons sont les guérisons de l’âme. S’il se trouve un jour un homme malade de l’adoration des idoles et si quelqu’un le guide dans le chemin de Dieu, s’il devient clairvoyant et reconnaisse le Dieu créateur, n’est-ce point une guérison (qui donne) la santé éternelle ? Et un autre qui dit de nombreux mensonges et qui ne prononce pas un seul mot de vérité, si quelqu’un le prêche de telle sorte qu’il dise toujours la vérité par la suite, n’est-ce pas encore une guérison ?
Et un autre qui est boiteux, 1: tu te tourmenteras ce nombre des jours de la Pâque. qui ne marche pas droit dans les commandements de Dieu, si on le prêche de telle sorte qu’il fasse le bien, n’est-ce pas encore une guérison ? Et un autre qui est adultère, impur, si on le guide vers le (bon) chemin de telle sorte qu’il fasse pénitence, n’est-ce pas encore une guérison ? « Et notre père Pakhôme devint malade à cause du nombre de ses dévotions, si bien qu’il fut triste jusqu’à la mort ; on le porta à l’endroit où étaient les malades, afin qu’il y mangeât un peu de légumes bouillis. Il y avait là un frère couché dont le corps n’était plus qu’ossement à cause de la longueur de la maladie ; il demanda aux frères un peu de viande à manger et ils ne voulurent pas lui en apporter, disant : « Ce n’est pas notre coutume !
« Lorsqu’il vit qu’on ne lui en apportait pas, il dit à ceux qui le servaient : « Portez-moi à notre père Pakhôme. » Lorsqu’ils le lui eurent conduit, il fut dans l’étonnement (en voyant) combien son corps avait dépéri, et pendant qu’il le regardait avec pitié on lui apporta un peu de légumes pour manger, et il soupira disant : « O insensés ! où est la crainte de Dieu qui a dit : « Aime ton prochain comme toi-même 1? » Ne voyez-vous pas que ce frère est presque mort ? Pourquoi ne lui avez-vous pas donné ce qu’il vous a demandé ? Je ne mangerai ni ne boirai, car il y a différence entre les maladies et l’une est plus violente que l’autre. Est-ce que tout n’est pas pur pour les purs ? » Pendant qu’il parlait, ses yeux laissaient couler des larmes. Il dit alors : « Vive le Seigneur !
si j’eusse été au monastère le jour où ce frère a demandé ce qu’il voulait, je ne l’aurais pas laissé dans cette grande souffrance. « Et lorsque les frères entendirent cela de notre père Pakhôme, ils envoyèrent aussitôt avec hâte acheter un petit chevreau, ils le préparèrent et l’apportèrent au frère qui le mangea ; puis ils apportèrent un peu de bouillon à notre Pakhôme qui mangea avec action de grâces. Lorsque les frères se furent multipliés et qu’ils se trouvèrent à l’étroit, il interrogea Dieu à ce sujet et Dieu lui apprit en songe de descendre vers le village qui était près de lui du côté du nord et qu’on nommait Phbôou, d’y bâtir un monastère qui serait le fondement (de l’ordre entier). Il prit d’autres frères avec lui, il s’y rendit et resta quelques jours avec les frères jusqu’à ce qu’il eût construit le mur d’enceinte du monastère.
Il bâtit ensuite un endroit (séparé) pour les frères adorateurs sur l’avis de l’évêque de cette ville : il construisit aussi des maisons sur le modèle du premier monastère, et il allait les visiter deux fois, la nuit et le jour, parce qu’il était serviteur du bon Pasteur. Après cela un père ancien, un vieillard nommé anba Ounakh, père du couvent de Schénésît, entendit parler de notre père. Il envoya vers notre père Pakhôme, afin de mettre son monastère sous le pouvoir de la communauté et afin qu’on lui donnât la règle divine venue du ciel. Pakhôme se leva, il alla en ce lieu avec d’autres frères, il y établit des maîtres de maison et des seconds, selon la règle des autres monastères. Puis il se rendit souvent vers eux pour les affermir dans la loi du Seigneur.
Quelque temps après, un grand vieillard, doué de (beaucoup de) force, nommé anba Jonas, père du couvent de Tmousclions, envoya chercher notre père. Celui-ci se leva, prit avec lui trois frères et alla le saluer. Jonas lui dit : « Puisque Dieu en notre temps a fait paraître les choses bonnes et honnêtes par ton entremise, je veux aussi participer à ce bien. »
Pakhôme lui répondit en disant : « Tu as bien fait ! » Alors il disposa les frères selon l’ordre des autres monastères : puis il allait les visiter à cause de ce dont ils avaient besoin, soit pour le corps, soit pour l’âme. Il arrangea aussi le petit monastère où il avait vécu pendant qu’il était laïque, et il recommanda à ceux (qui l’habitaient) de prendre soin de quelques palmiers qui s’y trouvaient. Après un certain temps, on lui dit en songe qu’il devait bâtir un couvent aux environs d’Akhmim et réunir des gens en cet endroit. Il bâtit avec les frères le monastère et les habitations ; puis il établit des maîtres de maison et des seconds selon l’ordre des autres monastères et il leur désigna un père grand, doué de force, nommé anba Besoua, pour les diriger ; ce monastère fut appelé Sckedsina.
El notre père Pakhôme allait vers eux pour les visiter et les rendre vigilants par la parole de Dieu. Et lorsqu’un grand homme des chefs de la ville, aimant Dieu, et il était de la ville de Qous du Sa’id, entendit son histoire, il lui envoya une barque chargée de blé et lui écrivit une lettre où il lui disait : « Comme j’ai entendu parler de ton amour pour Dieu et dire que tu te fatigues pour aller au sud et au nord visiter tes monastères et tes enfants en Dieu, ô seigneur mon père, voilà que je t’envoie cette barque, afin que tu prennes ce qu’elle contient et que tu le dépenses pour les frères : la barque demeurera en ton pouvoir jusqu’à l’éternité, afin que tu pries pour moi et que je trouve miséricorde devant le Roi du ciel ; car ce n’est pas moi qui le la donne, mais celui que tu sers avec tes communautés saintes.
« Quelque temps après un évêque dévot, orthodoxe, de la ville d’Eschmin, nommé Airios l, envoya vers notre père Pakhôme lui dire : « Je le prie de venir vers moi pour établir un monastère près de nous, afin que la bénédiction de Dieu soit sur notre terre. » Il se leva, prit des frères avec lui, montèrent dans la barque et descendirent le lleuve. Lorsqu’ils furent 1 Le nom est écrit y j. Sans le yé qui suit Vélif ou pourrait croire que c’est le nom d’Arius. arrivés près de l’évêque, celui-ci leur désigna l’endroit et leur fit présent d’une autre petite barque, disant : « Cette petite barque te servira pour ta nécessité. » Notre père Pakhôme bâtit le monastère avec les frères ; il portait la couffe de mortier comme tous les autres frères. Et voilà qu’il y eut des gens méchants et envieux, qui souventes fois lui causèrent des ennuis, si bien qu’ils sortaient la nuit pour détruire ce que les frères avaient construit pendant le jour : Dieu lui donnait la patience et il apprit en songe qu’un Ange allait entourer le mur d’enceinte du monastère comme d’une enceinte de feu.
Il travailla ensuite joyeusement avec les frères jusqu’à ce que le monastère fût achevé. Alors il établit des maîtres de maison et leurs seconds comme dans les autres monastères. Des philosophes envieux allèrent le trouver pour examiner ce qu’il était et ils lui envoyèrent dire : « Nous voulons que lu viennes pour que nous te parlions. » L’homme de Dieu reconnut les pièges que lui tendait Iblis qui était en eux, il fit appeler Corneille et le leur envoya en disant : « Sors et réponds à ces insensés qui ne pensent qu’au corps ce que le Seigneur mettra dans ton cœur. » Corneille sortit vers eux avec deux autres frères et lorsque les philosophes les virent, il lui dirent : « Où est votre père ? »
Corneille leur répondit avec douceur : « Que lui voulez-vous ? car son esprit est sur nous ; maintenant dites votre parole insignifiante. »
Le plus grand d’entre eux dit : « Le bruit est répandu que vous êtes des moines excellents et que vous que quelqu’un a apporté à Eschmin1 des olives pour les vendre ? »
Anba Corneille lui répondit : « Et toi as-tu seulement entendu dire qu’à Eschmin il y a des olives que l’on presse et qu’on en fait sortir de l’huile ; mais il y en a aussi que l’on sale, afin qu’elles ne se perdent pas. Maintenant nous sommes le sel qui doit vous saler, car vous êtes plus corrompus que beaucoup de gens du monde, parce que vous vous vantez d’être des savants, et cependant votre parole est insignifiante : or, toute ces paroles, ils s’en allèrent pleins de confusion parce qu’ils n’avaient pu vaincre ceux qui avaient la vraie science. Et quand le philosophe fut allé trouver ses compagnons, il leur apprit ce qui avait eu lieu. Le chef lui répondit : « Est-ce là seulement votre discussion ? Je vais aller maintenant l’examiner sur les Écritures.
« Et sur-le-champ il se leva plein d’orgueil, accompagné de beaucoup de gens ; ils allèrent au couvent et firent demander notre père saint, Pakhôme. Il leur envoya Théodore avec deuxau1 Le texte copte met ici uj.wist, c’est-à-dire Akhmim, et la version arabe Eschmin. Il s’agit bien d’Akhmim. La ressemblance des noms pourrait faire penser à Eschmouneiu, mais les textes grecs et coptes donnent Akmim. La transcription est exacte et a été faite à une époque où le ty n’était pas prononcé très frères. Lorsque Théodore fut arrivé jusqu’à eux, il leur dit : « Que voulez-vous ? »
Ils répondirent : « Nous voulons ton père pour parler avec lui. »
Théodore répondit alors avec modestie : « T11 n’as pas de part avec le serviteur du Christ 1. Dis-nous la parole charnelle et nous répondrons une parole spirituelle. »
Lecheflui dit : « Vous vous vantez de savoir expliquer les Écritures, dis-moi maintenant quel est celui qui n’est jamais né et qui est mort, celui qui est né et n’est pas mort, celui qui est mort et n’a pas été corrompu. »
Théodore répondit : « O hommes à la parole qui se dissipe et est mince comme une nuée, celui qui n’est pas né et qui est mort, c’est Adam ; celui qui est né et qui n’est pas mort, c’est Enoch ; ce qui est mort et ne s’est pas corrompu, c’est la femme de Lotli qui a été changée en une colonne de sel pour donner de l’esprit2 à tous ceux qui sont insensés comme vous. » Et lorsque le philosophe entendit ces paroles, il fut dans la stupéfaction de la réponse pleine de sel faite par Théodore, il lui dit : « Dites à votre père : O toi qui as bâti sur le fondement inébranlable jusqu’à l’éternité, sois béni avec les enfants, parce qu’il vous a été accordé un esprit plein de lumière, et personne parmi les enfants des C’est-à-dire : tu u’as rien de commun avec le serviteur du Christ.
M. à m. : pour le saler. femmes ne peut lutter contre vous. « Après avoir ainsi parlé, le philosophe inclina la tête devant notre père Théodore, puis il s’en alla avec ceux qui l’avaient accompagné. Et lorsque notre père Pakhôme apprit cela de Théodore, il fut dans l’admiration et s’écria : « Sois béni, ô Seigneur, car tu as confondu le conseil de Goliath et de quiconque déteste Sion. » Il prit ensuite courage par l’Esprit et travailla avec les pères jusqu’à ce qu’il eût achevé le monastère en toute chose, selon l’ordre des autres monastères. Il y établit un père nommé auba Samuel, tout joyeux dans l’Espri t-Saint. Alors il les remit entre les mains du Seigneur et partit, et souventes fois il venait les visiter, car il était un berger aimant le grand et bon Pasteur.
Il y avait un (homme) nommé Pélronios, des grands de ces parages, sur lequel l’Esprit de Dieu était descendu dès le temps où il vivait dans la maison de ses parents. Ses parents étaient des principaux (du pays), ils avaient de grandes richesses ; mais lui, il aima la solitude, il se retira dans un certain endroit de la terre de ses parents, il y fonda un monastère nommé Etouaoui 1 et il y rassembla tous ceux qui vinrent pour servir le Messie. Lorsqu’il entendit parler du parfum du cénobitisme, il envoya dire à notre père Pakhôme : « Rends-moi digne que tu viennes vers moi, afin que nous soyons aussi à l’ombre de la communauté qui t’a été accordée 1 C’est la transcription de Thbiou, le b est devenu ou. aîu y, du ciel. » Notre père Pakhôme se leva, il y alla avec quelques frères, il y établit les maisons selon l’ordre des autres monastères.
Anba Pétronios avait un père selon le corps et un frère qui craignaient Dieu : il leur parla la parole de Dieu jusqu’à ce qu’il les eût faits moines et qu’ils fussent devenus parfaits. Il fît présent à notre père Pakhôme de tout ce qu’il avait, brebis, vaches, chameaux, ânes, bêtes de somme, tous ses biens et ses barques. Ensuite, par la providence de Dieu, Pakhôme prit les frères et descendit vers la ville d’Eschmin, il y bâtit dans les environs un autre monastère appelé Tismini 1, et il l’acheva en toute chose, selon l’ordre des autres monastères. Alors il prit anba Pétronios qui aimait Dieu, était un homme vertueux et se trouvait dans le monastère ’d’Etouaoui, il le plaça en cet endroit comme le Seigneur le lui avait dit, il le chargea de s’occuper des deux monastères voisins, car sa parole était pleine de sel ; puis après cela il fut d’avis d’établir un homme honnête, nommé Ainas, sur le monastère d’Etouaoui, afin qu’il fût le gardien des frères pendant l’absence de Pétronios.
Quelque temps après on avertit Pakhôme en songe d’établir un autre monastère dans le Sa’id : il se leva, prit des frères En copte Tsminé. avec lui et monta vers la montagne d’Esneh à un endroit nommé Ebnoum. Mais lorsqu’il eut commencé de bâtir l’enceinte du monastère, les évêques de cesparages se rassemblèrent enune grande réunion et ledisputèrent, afin de le chasser de cet endroit : il souffrit leur persécution jusqu’à ce que Dieu les eût dispersés loin de lui. Après cela, il bâtit un grand monastère et le parfit en toute chose, comme les autres monastères : il y établit un père honnête, nommé Sévère, qui pouvait les bien diriger dans les commandements de Dieu. Notre père Pakhôme se rendait vers eux comme dans tous les autres couvents et les affermissait tous dans la parole de Dieu, comme une bonne nourrice qui élève ses enfants.
Un jour qu’ils avaient faille pain, notre père Pakhôme prit avec lui deux frères et ils montèrent dans une petite barque pour aller à Tmouschons visiter les frères : vers le soir ils se préparèrent à manger leur pain. Et lorsqu’ils se furent assis, ils se mirent à manger de tout ce qui était placé devant eux, soit fromages, soit olives. Les yeux de notre père Pakhôme étaient baissés à terre et laissaient couler des larmes : il ne mangea que du pain. Les frères lui dirent : « Qu’avais-lu pendant que nous mangions ? lu n’as mangé que du pain et tu pleurais. » Il leur dit : « Je pleurais parce que vous n’avez pas la crainte de Dieu : vous mangez sans retenue de tout ce qui se trouve devant vous. Quiconque pense aux choses célestes doit être dévot en toute chose selon la parole de l’Apôtre.
Lorsque j’ai vu que le pain était tendre, cela m’a suffi. »
Il leur dit alors : « Voulezvous que nous passions cette nuit dans la veille et la prière ? »
Ils répondirent : « Oui. »
Il leur dit : « Il y a trois manières de veiller, comme me l’a appris le saint vieillard, anba Palamon ; je vais vous les dire et vous choisirez l’une d’elles : ou bien vous prierez auprès demoi jusqu’au milieu de lanuit et vous vous coucherez ensuite jusqu’au moment de la prière du matin ; ou bien vous dormirez jusqu’au milieu de la nuit et vous prierez (ensuite) jusqu’au lendemain ; ou bien vous dormirez et vous prierez un peu (successivement) et vous passerez ainsi la nuit. » Ils choisirent de dormir un peu et de veiller un peu (successivement), et l’homme de Dieu régla les heures du sommeil et de la prière. Un frère fut lassé et alla se coucher : un autre frère endura (la veille) jusqu’au matin. Lorsqu’au matin fut (arrivée) l’heure de la prière de la communauté, celui qui avait dormi se leva et celui qui avait veillé alla se coucher dans le fond de la barque.
Quant à celui qui avait prolongé le sommeil durant toute la nuit, il se mit au matin à se fatiguer avec notre père en ramant, jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés à Tmouschons. Lorsqu’ils furent montés au monastère, Pakhôme salua tous les frères d’un saint baiser avec anba Corneille, qui était leur supérieur. Alors voici qu’anba Corneille demanda aux frères qui étaient venus dans la barque avec notre père : « Qu’est-ce qu’a fait notre père, ces jours-ci ? » Ils lui dirent : « Quant à nous, la nuit dernière, nous nous sommes épuisés. »
Corneille leur dit : « O hommes faibles, est-ce que vous avez pu vous laisser vaincre par un vieillard sans force, vous qui êtes des jeunes gens ! » Et lorsque le soir fut venu, au moment où ils mangeaient leur pain, notre père Pakhôme dit à anba Corneille : « Yeux-tu rester debout que nous priions quelques moments ? »
Corneille lui répondit et lui dit : « Je ferai comme tu voudras. » Ainsi ils restèrent debout, ils prièrent et Pakhôme continua de prier avec Corneille jusqu’à l’heure du malin ; lorsqu’on sonna pour la communauté pour faire la prière du matin, il cessa de prier et anba Corneille dit à fait, mon père, pour que tu me fasses faire ainsi des prières surérogatoires ? Tu ne m’as pas même laissé boire un peu d’eau, lorsque je suis sorti de manger hier au soir. »
Anba Pakhôme lui répondit : « O Corneille, est-ce que tu as pu laisser un vieillard sans force te surpasser ? » Corneille sut alors qu’il avait connu, de la part de Dieu, le moment où lui-même avait fait des reproches aux frères et dit : « Est-ce que vous avez pu laisser un vieillard sans force vous surpasser ? » Aussitôt il s’inclina disant : « Pardonne-moi, mon père saint, j’ai péché, car je n’ai pas parlé avec droiture. » Alors ils allèrent et firent la prière du matin. Et lorsque Pakhôme fut allé de nouveau vers Atouaouy, il visita les frères, puis il retourna à Pkbôou ; il établit anba Paphnuli, frère de Théodore, intendant sous ses ordres pour diriger les monastères, parce que c’était un homme de parole et d’action, parfait en toute bonne chose.
Puis, notre père Pakhôme étant malade, Théodore le conduisit à la maison des malades ; là, il fut très malade, si bien qu’il fut sur le point de mourir. Et les frères pensèrent tous dans leurs âmes, comme ils le faisaient tous les jours, que sans doute Théodore le remplacerait. Les (plus) grands parmi les frères se présentèrent devant lui et lui dirent : « Voici que notre père Pakhôme est malade à mourir, et si le Seigneur le visite, nous n’aurons point d’autre père que toi ; car, Dieu le sait, tu es instruit en toute chose. » Et lorsque Théodore entendit ces paroles, il s’oublia, comme les saints dont les Écritures ont dit que les péchés commis par eux l’ont été sans conscience, qu’ils s’oublièrent et pensèrent faire une bonne action, comme le dit David dans les Psaumes après s’être réveillé de son oubli : « J’ai dit dans mon oubli : Ai-je été rejeté de devant ton visage ?
« Ainsi Théodore, lorsque les frères lui parlèrent ainsi, il pensa que le Seigneur avait semé dans leur cœur la parole qu’ils avaient dite pour la consolidation de la communauté que le Seigneur avait réunie sous la main de notre père Pakhôme, de peur qu’elle ne fût dispersée ; car au moment où les frères lui parlèrent, il oublia la pensée de grandeur avec laquelle le méchant Satan le tentait et pour laquelle il avait imploré Dieu. Ainsi, il se mit d’accord avec eux et ne les réprimanda point. Et lorsque notre père Pakhôme fut guéri, il fît appeler Théodore, lui parla et le réprimanda, disant : « Pourquoi as-tu donné place chaque jour à l’esprit tentateur par une pensée de grandeur ? Comment as-tu ajouté foi1 à la parole des frères qu’il avait te fût destinée par Dieu ?
N’as-tu pas entendu la parole écrite par l’Apôtre : « Personne ne doit prendre l’honneur de lui-même, mais celui qui y est » appelé par Dieu, comme Aaron2. »
Théodore lui répondit, disant : « J’ai péché, parce que l’amour du commandement se trouve toujours en moi ! C’est pourquoi, lorsque les frères m’ont parlé, mon cœur a acquiescé de suite (à leur parole) ; mais commande, et je ferai tout ce que tu voudras que je fasse : impose-moi pénitence afin que je vive. »
Pakhôme lui dit : « Va et retire-toi dans le couvent. »
Théodore lui dit : « Où ? » Et Pakhôme lui ordonna d’aller en dehors de Phbôou dans le couvent de Tmouschons, et de servir dans la première chose (venue) avant de se retirer. Etlorsque Théodore fut arrivé à un bac, deux Anges vinrent à lui sous l’apparence de deux vieux moines, pour traverser aussi (le fleuve) ; s’assirent près de Théodore, et l’un des deux vieillards se mit à bénir et à louer Théodore, disant : « Heureux tu es ! car tu t’es réfugié vers Dieu et as abandonné monde. » L’autre répondit, comme quelqu’un qui est irrité : « Cesse tes paroles, car il n’est pas arrivé à ce degré ; mais quand tu le verras arrivé à la perfection du maître delà charrette, tu pourras lui donner toutes les louanges. »
L’autre lui dit : « Quel est ce maître de la charrette ? apprendsle moi, car lu es plus grand que moi. »
Il lui dit : « Écoute, que je te l’apprenne comme je l’ai entendu. On dit qu’un laboureur était grossier de caractère, d’action et en toute chose : quiconque venait travailler avec lui n’y restait qu’une année, ou, peu s’en fallait, la plus grande partie ; mais il ne pouvait la passer tout entière avec lui, s’enfuyait et ne retournait plus travailler chez lui. Et voici que quelqu’un prit la résolution de trouver la force » de lui, j’irai travailler chez lui, j’y resterai toute l’année, je le seconderai « en toute manière et chose, et, tout ce qu’il m’ordonnera, je le ferai. » Il se leva, alla trouver le laboureur et lui dit : « Je veux travailler avec toi, cette » année. »
Le laboureur lui répondit : « Je veux bien et mon cœur est » content que tout homme travaille avec moi. »
L’homme dit : « Très » bien. « Alors il travailla avec le laboureur en toute patience. Lorsque vint le moment de travailler aux champs, le laboureur lui dit : « Voici que nous » allons aller travailler aux champs ; ne fais pas tourner la sakyeh 1 pendant le » jour, mais pendant la nuit. »
L’homme lui dit : « Tu as pensé avecsa » gesse et intelligence ; ainsi il n’y aura ni bêteni oiseau qui viendront boire, « notre eau sera conservée et entrera dans le champ. » Lorsqu’ils furent arrivés au moment de labourer, le laboureur lui dit : « Semons une partie » avec du blé, une autre avec des lentilles, une autre avec de l’orge, et ainsi « du reste. »
L’homme lui dit : « C’estune sagesse encore plus grande que » la première, car si nous faisons ainsi, notre champ sera dans une grande quand il eut poussé et qu’il fut tout en herbe, le laboureur lui dit : « Allons » grande et infinie sagesse, car si nous faisons ainsi, nul épi ne tombera à « terre ; ils seront tous intacts. » Et lorsqu’ils eurent fini de moissonner, ils portèrent (leur moisson) dans les aires et la battirent : il n’y eut rien que 4 La sakyeh est une machine hydraulique avec des pots de terre, mise en mouvement par un âne, un chameau ou une vache et qui fait monter l’eau de la citerne dans un bassin d’où elle se répand dans les champs. de la paille. Le laboureur lui dit : « Va chercher une charrette 1 afin d’y » charger la paille et de la conduire où elle doit être 2. »
L’homme lui dit : « Cette manière de faire vaut mieux que tout ce que nous avons fait » auparavant, car si nous faisons ainsi, la paille seraintacte et personne n’en « pourra prendre 3. » Et quand le laboureur eut éprouvé cet homme ainsi en toute chose, et qu’il eut vu que l’homme n’en prenait point ennui et ne reculait pas, mais avait patienté toute l’année, il fut rempli d’admiration et lui dit : « En vérité, tu peux travailler avec moi en tout temps, car tu es » selon mon cœur et nous sommes tous deux comme un seul homme. « Et ils continuèrent ainsi de travailler ensemble. » Quand le vieillard eut achevé cette parabole, l’autre lui dit : « Tu viens de dire aujourd’hui quelque chose d’excellent, mais donne-nous-en l’explication. »
L’Ange lui répondit et lui dit : « Le vrai laboureur, c’est Dieu ; la grossièreté avec laquelle il agit, ce sont les épreuves par lesquelles il éprouve les hommes pour leur enseigner lapatience et mettre un terme4 àleurs désirs en toute chose, afin que sa volonté opère en eux. Et si l’homme qui se dit serviteur de Dieu, 1 Le mot employé en arabe est le même qu’en copte.ua.pr’umi : je ne suis pas sûr du sens.
5 M. à m. : en son endroit.
3 J’avoue que la raison de cette phrase m’échappe complètement, sans doute à cause de mon incertitude du sens du mot Ai pciom.
M. à m. : coupe leurs souffre avec patience, accepte les épreuves avec action de grâces de la part de Dieu, il sera élu et il ne pourra souffrir toutes cos peines sans se considérer lui-même comme un ignorant en toute chose, car il est écrit : « Que celui qui désire être savant se considère comme un ignorant en ce » monde pour être sage 1. « Et si ce moine souffre tout ce que son père lui fait endurer, il sera élu près de Dieu. » Voilà ce qu’ils se disaient l’un à l’autre pendant que Théodore était loin d’eux et les écoutait ; et il commença d’être consolé par ces paroles. Alors la barque aborda, puis lors qu’ils arrivèrent à l’autre rive, Théodore regarda et ne vit plus les deux vieillards ; il comprit que c’étaient des Anges du Seigneur et il marcha en pleurant et en pensant à ce qu’ils avaient dit jusqu’à ce qu’il fut arrivé à Tmouschons.
Et lorsqu’il fut arrivé près des frères, ils le saluèrent ; puis, lorsqu’il les eut visités, il retourna à Phbôou. Quand il fût retourné au couvent de Phbôou, il se retira dans un endroit où il pleurait devant le Seigneur, nuit et jour. Il ne pleurait point parce qu’on lui avait enlevé sa charge, mais parce qu’il avait été séduit par l’esprit tentateur. Et lorsque l’un des frères l’eut vu pleurer sans cesse, il pensa que Théodore était triste parce qu’on l’avait rejeté ; il se mit à le garder la nuit de peur 18. Le texte est falsifié. cause de son affliction Théodore ne quittât les frères. Aussi toutes les fois que Théodore sortait de l’endroit où il se trouvait, ce frère le suivait, quoique pareille pensée ne vînt jamais au cœur de Théodore. Et lorsque Théodore vit ce frère agir ainsi, il entra dans son habitation et pria le Seigneur, disant : « O Seigneur, Dieu béni, père de tous les saints et Dieu de notre père Pakhôme, qui t’a contenté de notre temps, garde notre frère de tout mal, afin qu’il hérite le séjour du repos pour l’éternité, à cause de cette pitié qu’il a pour moi, car il craint que je ne m’éloigne des frères.
« Et pendant ces jours, comme les frères priaient dans la Congrégation. Théodore arriva au milieu d’eux et avoua (sa faute) en présence de Dieu et de la communauté, disant : « Priez pour moi, ô mes frères, afin que le Seigneur me pardonne tous mes péchés, car la séduction qui a eu lieu pour moi ne date pas d’aujourd’hui seulement ; mais elle est venue du désir de la grandeur qui était en moi chaque jour, car je désirais cette chose depuis longtemps. Aussi quand les frères m’en eurent parlé, je tombai d’accord avec eux aussitôt. Maintenant donc, priez tous pour moi, ô mes frères, car je suis plein de l’ivresse du vin impur que j’ai bu. » Après avoir ainsi parlé, il se prosterna et pleura si bien que la plupart des frères pleurèrent à cause de lui.
Lorsqu’il eut fini de faire confession et pénitence au milieu des frères, il se relira dans son babilalion. Toutes les fois que les frères passaient près de l’endroit où il se trouvait, le malin ou le soir, ils l’entendaient pleurer et pleuraient aussi. Un grand nombre de frères allaient le trouver pour lui parler et le consoler, pensant qu’il pleurait parce qu’on lui avait enlevé sa charge ; mais lui, il n’apprenait à personne pourquoi il pleurait, mais il disait : « J’ai péché contre le Seigneur. » Quelques-uns de ceux qui lui parlaient, blâmaient notre père Pakhôme en sa présence et pensaient lui faire plaisir, disant : « Quel péché as-tu commis pour qu’il le punisse ainsi ? j ’est-ce pas une chose visible pour tous qu’aprèsle Seigneur vient notre père Pakhôme, et après notre père Pakhôme, c’est toi ?
Pourquoi donc a-t-il osé faire ainsi ? « Lorsque Théodore entendait ces paroles, il soupirait et considérait ce qu’ils disaient comme venant d’iblis, qui leur avait inspiré de parler ainsi ; et les paroles que les frères pensaient devoir le consoler, il les considérait comme égorgement et non comme une consolation, car ils avaient méprisé l’homme de Dieu en sa présence. Il leur disait : « Tout ce qu’il a fait, il l’a fait pour l’utilité de mon âme, afin que je mérite la vie. » Et il arriva qu’un bon frère nommé Didoua, vint à lui et lui dit : « 0 Théodore, ne pleure pas, mais remercie Dieu en toute chose pour ce qui l’est arrivé, afin que tu sois compté, loi aussi, dans la semence de Job le juste, qui, en tout ce qui lui arriva, dit : « Qu’il soit fait » comme le Seigneur a voulu et que le nom de Dieu soit éternellement » béni 1.
« Car le Seigneur qui autrefois a éprouvé Job, l’a aussi éprouvé aujourd’hui par le moyen de son serviteur. Si lu continues à remercier Dieu, il doublera ta gloire de sa part, comme il a autrefois glorifié Job. » Et lorsque ce frère sortit d’auprès de lui, Théodore se leva, pria avec une grande abondance de larmes, comme s’il eût reçu consolation de la part du Seigneur, par la parole qu’il avait entendue du frère. Lorsqu’il eut fini de prier, il prit un livre, l’ouvrit et trouva le passage où il est écrit : « Après cela, je retournerai, je bâtirai la tour de David qui sera tombée et je restaurerai ce qui aura été démoli2. » Il prit courage par la parole qu’il avait lue ; alors il se leva, pria et bénit le Seigneur qui lui avait donné repos par la parole du frère et celle du livre.
L’un de ceux qui le voyaient et qui le croyaient grand, (laissa) entrer en lui une pensée mauvaise de Satan, si bien qu’il se dit en son âme que si Théodore n’avait pas commis quelque péché, notre père ne l’aurait pas séparé ‘ (des frères) ; que Pakhôme l’avait sans doute surpris dans une action mauvaise et que pour celle raison il l’avait séparé pour ne pas faire savoir sa chute. Le frère alla trouver Théodore et lui dit : « Est-ce vrai ce que j’ai entendu dire à notre père Pakhôme à ton sujet ? il a dit : « Je ne l’ai pas destitué de sa charge à » cause de cela seulement, mais parce que je l’ai surpris faisant une chose » impure. « Et lorsque Théodore eut entendu cela, il pleura et réfléchit en son âme, disant : « Si je dis que je n’ai pas agi ainsi, je ferai mon père menteur d’après ce que dit ce frère, et il n’est pas convenable non plus que je dise que c’est vrai !
« Ainsi il continua de pleurer sans lui répondre. Lorsque le frère l’eut quitté, Théodore dit : « Je te confondrai, ô Iblis, ennemi de la vérité, car tu veux m’ôter l’affection que j’ai pour l’homme de Dieu qui m’a sauvé de tes pièges. » Il se leva alors, entra dans l’endroit où se trouvait notre père Pakhôme, vint par derrière, prit sa tête et la baisa maintes fois sans que Pakhôme sût qui c’était. Pakhôme dit (alors) à ceux qui l’entouraient : « Qui m’a pris la tête ? »
Ils lui dirent : « C’est 1 Ce mot de séparé, employé seul ici semblerait faire croire qu il y avait excommunication contre Théodore : je ne pourrais l’affirmer, mais les conséquences étaient les mêmes. que nous cherchions, nous l’avons trouvé, ô notre père. » Alors il le quitta, et se rendit à l’endroit où il se retirait : Pakhôme ne lui demanda point pourquoi il lui avait pris la tête et Théodore, (de son côté), ne fit aucune interrogation au sujet de la parole qu’il avait entendu (dire) au frère. Il ne la dit que quinze ans après, lorsqu’il parlait aux frères et qu’il leur apprenait comment on l’emporte sur Satan dans les tentations : il la leur dit en ce temps-là pour leur utilité. Quelque temps après, comme Théodore pleurait dans son habitation, Zachée, qui était le chef des frères employés au service de la barque, vint pour le besoin du monastère, se présenta devant notre père Pakhôme, et lui dit : « O mon père, envoie Théodore servir dans la barque avec les frères, afin qu’il se console un peu : sinon ses yeux s’affaibliront à cause de l’abondance de ses larmes.
« Pakhôme consentit à celle parole et l’envoya avec eux. Il fit des humilités nombreuses, se faisant petit devant eux tous, comme un petit garçon, si bien que lorsqu’il s’asseyait pour manger avec eux et qu’ils lui laissaient la place pour étendre sa main le premier1, il ne le faisait point avant qu’ils n’eussent d’abord mangé ; il Ce passage est une preuve que les moines égyptiens, au IVe siècle comme de nos jours, mangeaient avec les doigts. mangeait alors avec eux. En tout temps, il récitait la parole de Dieu, et si l’on abordait à terre, c’était lui qui sautait le premier (à terre) pour attacher la barque. Si on l’envoyait avec un autre (frère) dans un village pour quelque affaire, il disait au frère : « Si tu veux me faire plaisir, lorsqu’un homme nous rencontrera et nous saluera, réponds-lui, toi, et parle-lui.
« Lorsque les frères virent que cette volonté lui était (inspirée) par son humilité, ils s’y conformèrent et agirent ainsi avec lui. Ils rentrèrent dans le couvent pour se réunir à notre père Pakhôme, il marchait derrière eux 1. Les frères le prièrent de marcher le premier et il répondit : « Notre père m’a envoyé pour vous obéir ; comment donc marcherais-je devant vous ? » Et en ce temps Théodore faisait assidûment des dévotions nombreuses, ainsi tous les jours. Lorsqu’au soir on avait fait aborder la barque, il s’éloignait un peu de la barque pour prier, et souventes fois il restait à peu près jusqu’à l’heure du matin, heure à laquelle les frères bénissaient (Dieu). Et lorsqu’ils voulurent se mettre en route avec la barque pour Alexandrie, Théodore alla aussi avec eux : ils prirent de notre père Pakhôme une lettre pour le grand Athanase, le père patriarche.
Lorsqu’ils furent arrivés à Alexandrie et que le patriarche eut vu Théodore, il fut rempli d’admiration sur la grâce de Dieu L’imparfait d’habitude et la place de cette phrase montrent que Théodore fut employé un certain temps à la barque avant de faire le voyage d’Alexandrie. qui était en lui et son humilité : il écrivit alors une lettre à notre père Pakhôme et le loua parce qu’il avait entendu plusieurs fois parler de lui. Lorsque les frères furent arrivés, notre père Pakhôme embrassa et tous les frères. Il leur dit alors : « Comment va le salut de l’Église ? »
Ils lui dirent alors : « Grâce à les prières1, elle commence d’être en paix. » Il était en effet triste au sujet de l’Église, car les Ariens s’étaient levés contre elle comme des brigands, et il priait le Seigneur pour elle, souffrait de cœur pour le peuple qui avait dépouillé le saint Athanase, le patriarche, de l’habi t du Messie et il disait : « Dieu a permis cela pour éprouver les fidèles, et bientôt viendra une prompte vengeance. » El lorsqu’ensuile les frères se furent rassemblés, il leur parla au sujet de Théodore, qui n’était pas présent, il leur dit : « Ne croyez pas que Théodore ait perdu toute faveur près du Seigneur parce qu’il a été en apparence séparé (des frères) ; pas du tout, mais je vous dis qu’au contraire il a fait plus de progrès qu’auparavant, à cause de son humilité.
Voyez le mot de l’Évangile, il s’est accompli en lui : « Celui qui humilie son âme sera élevé. » Théodore et moi, nous remplissons la même charge, nous la remplissons M. à ni. : à l’élévation de tes mains. loue les deux également et nous avons le même esprit. « Sept ans après que Théodore eut été ainsi puni, notre père le prit près de lui et le fit travailler sous sa main comme auparavant, jusqu’au jour de sa mort, comme Josué fils de Nun qui travaillait sous la main de Moyse. Après cela, quelques évêques et des moines portèrent envie à notre père Pakhôme ; ils se réunirent dans l’église d’Esneh pour chasser les frères des monastères qui se trouvaient dans leurs diocèses, disant : « Nous ne voulons pas que vous restiez dans un endroit qui nous appartient, car nous avons entendu dire que votre père dit des paroles qui n’ont jamais été dites par un moine.
« Les frères résistèrent ; ils envoyèrent vers notre père Pakhôme et lui apprirent la parole qu’on avait dite. Quand notre père Pakhôme apprit cela, il envoya vers loue les couvents afin que les frères se réunissent, et les habitants des villages dans ces parages se joignirent aussi à lui. Alors il se leva, marcha avec eux vers les frères (d’Esneh). Lorsqu’ils furent arrivés au couvent, les (adversaires) apprirent que Pakhôme était arrivé et avec lui une grande multitude ; ils eurent peur et lui envoyèrent dire avec astuce : « Viens vers nous à l’église, que nous nous joignions à toi et que nous te disions la parole qui est dans nos cœurs ; tu t’en iras ensuite en paix. » Pakhôme était malade et les frères apprirent aux (envoyés) qu’il ne pouvait pas aller (à l’église).
Les( évêques) dirent : « Amenez-nous-le sur une monture, afin que nous nous joignions à lui, et quand il sera à l’église, il sera guéri. » Lorsque Pakhôme apprit cela, il se rendit (à l’église) avec les frères, ne connaissant pas leur astuce, car le Seigneur la lui avait cachée. Lorsqu’ils furent entrés dans l’église, ils regardèrent et (virent) qu’elle était (pleine) de moines, de gens du monde et de soldats. Le Seigneur lui dévoila alors leur astuce et la méchante résolution qu’ils avaient prise de le tuer. Il pria le Seigneur dans son cœur, et dit : « 0 Seigneur Jésus le Messie, Fils unique de Dieu le Père, sauve-moi de ce malheur, sinon la communauté sera dispersée. » Il était étendu sur un lit et les frères l’entouraient. Les évêques s’assirent ensuite pour l’interroger sur la parole qu’on lui attribuait.
Les frères se levèrent et il s’assit pour leur répondre. Les évêques lui dirent : « Nous avons appris que tu dis de toi-même être monté au ciel et (que tu ajoutes) : « Je » sais ce qu’il y a dans les cœurs des hommes. » Ils firent alors avancer un frère moine qui, tout honteux, dit ceci : « En effet, je l’ai entendu dire : M. à ni. : que l’ou disait qu’il avait dite.
« Le Seigneur me révèle ce qu’il y a dans les cœurs des hommes, qu’ils » soient honnêtes ou méchants. »
Notre père Pakhôme lui dit : « Pourquoi crains-tu de parler franchement : j’ai dit la vérité. » Il se tourna ensuite vers quelques évêques qui le connaissaient d’ancienne date et qui avaient adoré 1 à Tabennîsi avant d’être faits évêques ; il dit à chacun d’eux en l’appelant par son nom : « Est-ce que vous ne savez pas quelle était ma conduite aux jours où vous étiez près de moi. » Les évêques, au nombre de quatre, répondirent en disant : « Nous te connaissons pour un homme pieux et juste, nous ne t’avons jamais entendu dire : Je suis monté aux cieux et je connais ce qui est dans les cœurs des hommes. »
Pakhôme dit : « C’est précisément la vérité : je n’ai pas dit que je savais ce qu’il y avait dans les cœurs des hommes ; mais j’ai dit, lorsque les frères sont devenus nombreux dans la communauté : « Le Seigneur m’a accordé cette » grâce de distinguer les méchants des bons, lorsqu’ils viennent vers moi » pour se faire moines » ; et quant à votre parole que je suis monté aux cieux, je ne l’ai jamais dite ; mais j’ai dit : « J’ai été enlevé au paradis par » l’ordre du Seigneur. « J’ai dit la vérité et je ne mentirais point quand même je serais en présence des rois. » Et lorsque les prêtres el les moines entendirent cette parole de notre père Pakhôme, ils s’écrièrent à la foule : 1 C’est-à-dire avaient été moines à Tabennîsi.
« Avez-vous jamais entendu semblable parole d’unhomme ? »
Et ils répondirent d’une seule voix : « Nous n’avons jamais entendu pareille chose de nos pères, ni des pères de nos pères. » Aussitôt il y eut une grande agitation dans l’église. Des gens crièrent : « Qu’on ne mette la main sur personne autre que Pakhôme. » Les frères l’enlevèrent alors du milieu de la foule et l’un deux, doué d’unegrande force, l’emporlasur ses épaules et le fit sortirpar uneautre porte, sans qu’on s’en aperçut : deux frères sortirent aussi (seulement), parce que les autres avaient fermé la porte de l’église, et l’on frappait les frères à coups de matraque. Et quant aux frères qui avaient sorti notre père Pakhôme, voici qu’un homme laïque, nommé Saouina1, les précéda : c’était l’intendant des biens des grands personnages de la ville et il allait vers le couvent pour se réunir à notre père Pakhôme et lui apprendre la délibération des (évêques) qui voulaient le chasser de leurs diocèses.
Et quand notre père eut vu une fois quelle était la droiture de son cœur, il lui dit : « Puisque tu combats pour le droit de Dieu et que tu aimes ses serviteurs, tu auras ce que Dieu l’a préparé : tu te rassassieras des biens de la terre et tu auras les biens incorruptibles de l’autre monde. Quelque temps après, cet homme sortit vers les frères Le véritable nom est sans doute Sabiuus. pour faire des adorations selon ses forces et s’endormit en paix. C’est lui qui marchait devant notre père Pakhôme pendant qne les frères le portaient. Alors, de dessus les terrasses, on se milàfrapper notre père Pakhôme pour le tuer, et voici que le chef Saouina cria aux (gens) : « Certes, je vous apprendrai qui vous êtes ! Si vous ne craignez pas Dieu, ne craignezvous pas l’autorité des rois ?
Voulez-vous qu’il y ait une sédition dans notre ville. « Aussitôt ils disparurent. On fit alors monter notre père Pakhôme sur sa monture et on le conduisit au monastère ; puis les autres frères arrivèrent en chantant et en glorifiant Dieu : la plupart d’entre eux étaient blessés et leurs habits étaient tachés de sang. Et lorsqu’ils furent arrivés au monastère, ils baisèrent tous notre père Pakhôme, tout joyeux de la manière dont Dieu l’avait sauvé. Cette même année, lorsque les frères se rendirent à Alexandrie avec la barque, notre père Pakhôme dit à Théodore : « Par la grâce de Dieu, j’ai accompli la confession du martyre dont on m’a parlé, comme je vous l’ai appris J lorsqu’on voulait me faire sortir du corps, si bien que j’allai et que pour tranquilliser mon : joyeux de sou salut par le Seigneur.
Ce mot montre que Pakhôme s’adresse à tous les frères. la porte de vie : « Retourne une autre fois dans le monde, quitte cette » douce et ineffable lumière. « Et comme je ne voulais pas retourner dans le monde, il apaisa mon cœur en me disant : « Va, aie bon courage, retourne » dans le monde, car il te reste (à endurer) quelque martyre avant que le « Seigneur le visite. » Je pense maintenant que les jours de ma mort sont proches. » Et lorsque la dernière semaine des jours du jeûne fut arrivée et que tous les frères qui se trouvaient dans le monastère se furent réunis à Phbôou pour célébrer la Pâque, l’Auge du Seigneur lui apparut et lui dit : « Prépare-toi, car le Seigneur a décidé de demander1 un grand sacrifice à la maison au jour delà fête de la Résurrection.
« Pakhôme pensa alors que le Seigneur allait le visiter par la mort. Pour cette raison, il resta quatre jours sans manger jusqu’au jour de cette (fête), pleurant et soupirant à cause de la communauté, afin qu’elle ne fût pas dispersée. El le soir du vendredi, c’était le troisième jour que l’Ange lui avait apparu, il rassembla tous les frères et leur parla, comme Samuel parla jadis au peuple, et leur dit tous les jugements de Dieu. Or, anba Paphnuti, l’économe des frères, le frère de Théodore, était malade ; le soir du samedi, fête de la Résurrection, il mourut en paix. Pakhôme se souvint alors du mot de l’Ange : « On demandera à ta M. à ni. : de prendre un grand sacrifice de à maison. maison un grand sacrifice. » Il rassembla les frères et leur dit : « Je pensais, mes frères et mes enfants, que le temps était accompli pour moi de prendre le chemin que prend tout homme qui est sur terre ; et vous, mes frères, vous savez quelle a été ma conduite, comment j’ai agi avec humilité et honnêteté ; vous savez encore qu’en nulle chose je n’ai demandé mes aises plus que vous et que nous avons (tous) été comme un seul homme en ce lieu saint.
Et quand je vous dis cela, le Seigneur est témoin de ma pensée : je ne vous le dis point par orgueil et vanité ; car je ne vous parle pas de ce que vous avez pu voir des actions que j’ai faites pour contenter vos cœurs, mais je vous parle de ce que vous n’avez pas pu voir, afin que vos cœurs soient tranquilles ; jamais je n’ai été pour vous une (pierre de) scandale devant le Seigneur1. Et maintenant, je vous prie d’observer toutes les règles que je vous ai imposées, afin que vous les accomplissiez, et que vous obteniez (ainsi) l’éternelle vie avec ses biens éternels. Si quelqu’un de vous les transgresse parce qu’il manque de crainte de (Dieu), et s’il ne se convertit pas et ne fait pas pénitence, je vous dis qu’il sera puni dans le temps à venir.
Je vous le dis, parce que j’ignore ce que sera le jugement, car le 1 M. à m. : je u’ai pas placé de scandale devant vous. Sauveur notre Dieu, Jésus le Messie, ordonne et dit dans l’Évangile : « Veillez, car vous ne savez ni ce jour, ni cette heure ’. » Vous savez quelles ont été mes intentions, comment je me suis conduit avec vous : je n’ai traité personne parmi vous avec dureté, comme si j’eusse eu de l’autorité sur lui, mais je me suis appliqué à sauver vos âmes. Je n’ai transféré personne parmi vous d’un endroit à un autre, ou d’une charge à une autre, sans avoir su que cela lui serait utile. Je n’ai pas rendu le mal pour le mal, je n’ai pas maudit celui qui m’avait maudit ; mais je l’ai réprimandé avec douceur et patience, en lui disant : « Si tu as péché envers moi, je suis un homme ; mais garde-toi bien de pécher envers le Dieu qui t’a créé.
« Je ne me suis jamais irrité contre quelqu’un de vous, parce qu’il m’avait réprimandé, quand même c’était un jeune garçon ; j’ai accepté ses réprimandes pour le Seigneur, comme si le Seigneur m’eût lui-même réprimandé. Je ne suis jamais allé dans un couvent pour y exercer de l’autorité ; je n’ai jamais demandé de monture pour chevaucher d’un endroit dans un autre ; je suis allé àpied avec action de grâces et humilité. Si quelqu’un de vous courait après moi avec une monture, pour me la faire monter, je l’ai montée quand j’étais faible de corps et sans force ; quand j’étais vigoureux, je ne l’ai pas prise. Quant au manger et au boire, le bon état du corps et les autres aises, vous n’êtes pas sans savoir combien peu je m’en suis soucié. » Et lorsque notre père Pakhôme parla ainsi aux frères assis autour de lui, Théodore était assis un peu à l’écart ; son visage laissait couler des larmes sur ses genoux et il pleura beaucoup.
Un grand nombre de frères pleurèrent avec lui, parce qu’ils connaissaient la grandeur des adorations et des humilités que Pakhôme avait faites parmi eux, ses nombreuses dévotions et sa douceur, car il avait accompli ce qui est écrit : « J’ai été doux parmi vous, comme u ne mère qui élève ses enfants, et je ne vous ai pas annoncé seulement la nouvelle de Dieu, mais aussi celle de vos âmes, parce que vous êtes nos amis dans le Seigneur1 2. » Ainsi faisait notre père. Et voici que je vous raconterai une autre histoire de notre père que j’ai trouvée dans un autre volume 3 dans la paix du Seigneur : Amen. Notre père haïssait Origène, non parce qu’il avait été chassé de l’Église, mais à cause de ses hérésies, avant Arius et Mélétius qu’il avait égalés dans ses blasphèmes contre l’Église du Messie, et car il avait laissé des ouvrages mauvais con1 M.
à 111. : la graisse, l’embonpoint.
5 Ne se trouve pas dans l’Écriture.
3 Ce passage prouve que cette vie de Pakhôme a été faite un peu de pièces et de morceaux. tenant des blasphèmes et des infidélités, il avait mélangé ses paroles diaboliques avec les paroles des Livres saints pour faire périr les ignorants qui n’ont aucune expérience dans les sciences spirituelles, comme si l’on mélangeait une liqueurempoisonnéeavecdu miel. C’est pourquoi il recommandait aux frères de son monastère de ne pas lire et de ne pas écouler les livres de cet infidèle Origène, et une fois que ce père trouva un de ces livres, il le jeta dans l’eau, disant : « Si le nom de Dieu n’y était pas cité, je l’aurais brûlé dans le feu ! » Il gardait son cœur contre les pensées mauvaises1 et les conclusions blâmables ; il réprimandait les calomniateurs et chassait de sa présence celui qui trouvait un défaut chez son frère et qui calomniait son prochain, leur rappelant le passage où le Saint-Esprit ditdanslePsaume centième : « J’ai chassé celui qui parle mal de son prochain2.
« Nous regardons ce père Pakhôme comme unique, et il nous a raconté (ceci) : « Un jour, un frère m’interrogea en disant : « Dis-nous l’une des visions que lu » as vues, afin que nous fassions des progrès dans la modestie et la vigi » lance. » Je lui répondis en disant : « Celui qui est rempli de péchés ne » recevrapas(la grâce)de visions spirituelles ; mais si tu veux avoir une vision « belle et intéressante, je t’en indiquerai une quand tu verras un homme » pieux, modeste de cœur, pur, voilà la plus belle des visions et elle dépasse « toutes les manifestations amusantes, car tu vois le Dieu invisible en cet » homme visible : ne demande pas d’autre vision préférable à celle-là. « L’un des moines qui était chargé de raccommoderles habits des frères, quand ils étaient troués ou déchirés, les lavait (aussi) et les gardait ensuite dans une maison à part ; quand l’un des frères avait un habit sale et qu’il voulait le laver, il allait prendre un de ces habits raccommodés, jusqu’à ce qu’il eût lavé le sien qu’il revêtait alors, en rendant l’ancien au frère magasinier ; car chacun d’eux ne possédait qu’un seul habit et une couverture de peau de mouton ou de chèvre.
La chaleur de cet endroit leur permettait d’ailleurs de n’avoir pas de vêtements. Quant à l’or, à l’argent, ou quelque ustensile, on dit que personne ne possédait rien en propre ; un grand nombre de frères passèrent leur vie sans avoir tenu un (seul) dinar dans leurs mains, ils ne connaissaient ni la figure gravée sur la pièce, ni ce qu’il y avait d’écrit. Quand les frères en charge dans un monastère avaient un dinar, ils le donnaient au premier économe qui le dépensait pour le besoin du monastère. Un jour que noire père Pakhôme était en chemin avec Théodore, ils passèrent près de tombeaux près desquels des femmes se lamentaient et pleuraient, laissant tomber les larmes de leurs yeux comme des gouttes de pluie. Il dit à Théodore : « Ne vois-tu pas ces femmes qui laissent couler leurs larmes pour des morts qu’elles n’ont pas le moyen de ressussiter ?
à combien plus forte raison, nous qu’on appelle moines, ne devons-nous pas nous lamenter sur nos âmes qui sont mortes de leurs péchés et que le Messie fera ressusciter par sa miséricorde ? En tous les cas, les larmes sont louables, si elles sont versées pour une bonne intention, comme celles des Pères saints et comme a dit David dans le Psaume sixième : « Chaque » nuit je laverai mon lit et j’arroserai ma couche de larmes 1; « et il dit encore dans le Psaume vingt-quatrième : « Le soir, il y aura des pleurs et, » le matin, de la joie2 » ; par le soir, il veut dire ce monde, et par le matin l’autre (vie). Joseph pleura sur ses frères et se lamenta souventes fois. Jérémie fit des lamentations sur la ruine du peuple et tous nos pères ont progressé dans les larmes. »
Une fois notre père Pakhôme fut malade et resta plusieurs jours sans manger de pain ; quand il fut un peu guéri, il demanda du pain et son disciple voulut le consoler à cause de la faiblesse de son corps par suite de la maladie et du jeûne, il lui servit du pain et du sel dans un grand plat ; après avoir versé sur le sel un peu servit point, il n’étendit point sa main vers le plat. Il dit au frère : « Donne la tasse en fer blanc, verse de l’eau dessus jusqu’à ce que l’huile soit inondée et tombe à terre. » Et lorsque le disciple eut fait cela et qu’il resta seulement de l’eau et du sel, Pakhôme y approcha sa main1 et mangea.
Une autre fois notre père Pakhôme ordonna de réunir les frères près de lui et il commença à leur apprendre les paroles divines. Eu ce moment il fut ravi pendant quelque temps, et, de la vue de l’esprit, il vit une vision divine. Quand il fut revenu à lui, il fit appeler l’économe du monastère et lui dit : « Va dans la cellule de tel frère et vois ce qu’il fait, afin que tu sois témoin contre lui. » L’économe alla et trouva que le frèredormait ; il retourna et l’appritaupère. Notre père Pakhôme dit alors : « Ne voyez-vous pas la paresse de ce frère et la négligence qu’il a poulie salut de son âme ? D’abord il a désobéi et n’est pas venu avec les frères pour écouter les bonnes instructions, afin d’affermir son âme et de se fortifier contre l’esprit méchant et invisible ; puis, secondement, il a négligé la prière dans sa cellule et il a dormi.
Ne croyez pas que celui-là continue d’être moine. « Et il en fut ainsi, car peu après il fut séparé des frères, quitta le monastère et retourna dans le monde. Lorsque le moment fut venu pour cueillir le bourdi 1, notre père Pakhôme sortit du monastère, comme d’habitude, avec les frères. Or il y avait, dans ce monastère, un vieillard simple qui avait coutume de sortir avec les frères pour cueillir le bourdi ; mais cette année-là, il ne sortit point pour deux raisons : la première, parce qu’il était malade, et la seconde, parce que l’ennemi avait éloigné son cœur de notre père Pakhôme qui prêchait souvent les frères avec assiduité. Le vieillard disait en son âme : « Quel besoin avons-nous de tant de prédications et de réprimandes. » Et deux jours après, les frères allèrent le chercher et lorsqu’il fut arrivé, notre père l’examina et dit à l’économe : « Fais attention à ce vieillard, examine son état et prends soin de lui jusqu’à ce qu’il soit de retour vers les frères, car je vois qu’il est simple, pur et n’ayant aucune ruse.
« L’économe obéit à l’ordre de notre père. Et, lorsque notre père fut revenu au monastère avec les frères, il se joignit à ce vieillard en présence de quelques frères et lui révéla que son cœur avait eu de tristes pensées pour lui et il dit : « Tu es excusable parce que tu es simple » ; et il lui persuada quel’homme avait besoin d’instructions à chaque 1 Le buurdi est une sorte de roseau dont ou l’ait des nattes. instant. Le vieillard alors avoua sa faute et fut assuré que l’esprit de Dieu était en Pakhôme. Et certes, il sortit de dessous la main de notre père des ci étaient courageux en leur esprit et se montraient guerriers pourle Christ. Lorsque notre père eut appris leur bonne conduite, il les nomma chefs de monastères, premiers et chefs de ceux qui venaient après eux dans le second degré : ils aimaient beaucoup Dieu et ils étaient remplis de la crainte (du Seigneur).
Parmi eux se trouvait Bontouis, qui fut nommé père des vierges après le père Pierre, dont nous avons déjà parlé ; c’était un père saint, surpassant les autres en honnêteté et rempli de la miséricorde de Dieu. Le nombre de ces guerriers était de soixante-dix : chacun d’eux dormait à terre, ou sur de l’herbe, ou sur des nattes, et si on le priait de monter sur un lit jusqu’à ce qu’il fût guéri d’une maladie et recommença sa conduite, il ne le faisait pas.
Une autrefois, comme notre père Pakhôme se rendait à un monastère, pour visiter les frères, lorsqu’il fut proche du monastère, il trouva qu’un frère était mort et les moines étaient sortis pour les obsèques, tenant à la main des flambeaux, priant et le conduisant jusque près de la montagne à l’endroit où étaient les tombeaux. Lorsque notre père Pakhôme fut arrivé (près d’eux), il leur dit : « Quel est celui qui est mort ? »
Ils lui dirent : « C’est un tel. » Le père du frère qui était mort, ses frères et un grand nombre de ses parents laïques accompagnaient les obsèques. Notre père Pakhôme dit à ceux qui portaient la bière : « Placez-le à terre. » Alors il ordonna de mettre à nu le (cadavre), de brûler ses vêtements, d’éteindre les flambeaux, de cesser les prières, de l’emporter tout nu et de le jeter sans l’enterrer, puis de retourner dans le monastère. Les frères le supplièrent de les laisser prier pour le (mort), il ne le voulut point. Et quant aux parents de ce frère, ils osèrent blâmer notre père très vivement et le réprimander de ce qu’il avait lait ; il leur répondit, disant : « Croyez-moi, ô frères, j’aimais ce frère beaucoup plus que vous (ne l’aimiez), etj ’avais pour lui le soin d’un père pour son fils.
Ce que j’ai fait à son égard sera regardé parles pères comme respect et vénération ; mais pour vous, c’est honte et confusion, car vous ignorez la réalité de la chose. Quelle utilité tire l’âme, qui n’est pas morte, des honneurs que l’on rend au corps qui est mort et qui va être dissous ? Si son corps avait été honoré comme vous vouliez le faire, vous auriez augmenté le nombre de ses tortures et de ses châtiments, et moi je serais comme quelqu’un qui n’a pas de jugement ; car il est parti sans être digne de bénédictions et de prières ; mais il s’est conduit d’une mauvaise conduite, obéissant aux passions de son corps, se livrant aux choses mondaines, accomplissant des(œuvres de)colèreet, par (tout) cela, il s’est préparé le feu éternel. Je l’ai beaucoup prêché et il ne s’est point converti.
Je suis venu ici à cause de lui, et, lorsqu’à mon arrivée, j’ai vu qu’il était mort dans des actions blâmables, cela m’a causé une grande peine et m’a fait verser des larmes ; mais comme je sais que le Seigneur, Dieu de miséricorde, ne nous demande qu’un petit prétexte pour nous sauver, c’est pour cela que j’ai agi ainsi ; afin que le frère obtienne miséricorde, j’ai fait brûler ses habits et j’ai traité son corps avec mépris : ainsi il sera sauvé du feu inextinguible. Et nous, qui méritons en Dieu d’être appelés médecins spirituels et docteurs expérimentés, si nous négligions de donner à chacun le remède qui convient à sa maladie, ce qui a été écrit s’accomplirait pour nous : « Si un aveugle guide un autre aveugle, ils » tomberont tous deux dans le fossé ’.
« C’est pour cela que je veux vous (voir) faire ce que j’ai dit, afin que son âme trouve miséricorde près de Notre-Seigneur Jésus le Messie, qui aime l’humanité, et j’espère que sans doute, grâce à ce mépris qui a atteint son corps, il obtiendra grande miséricorde. » Et lorsqu’ils eurent tous entendu cette parole, ils surent que toutes ses actions étaient faites avec jugement, ils agirent comme il leur avait ordonné, ils jetèrent le cadavre sans prière et retournèrent à leur monastère. Le reste des frères négligeant leur salut furent remplis de tremblement à ce sujet, et notre père Pakhôme resta dans ce monastère quelques jours, les prêchant, leur apprenant la crainte de Dieu et comment ils devaient résister aux ruses de l’ennemi. Lorsque notre père Pakhôme eut fini de prêcher les frères, quelques frères de Schénoboskion, c’est-à-dire du lieu où paissent les oies, vinrent lui apprendre qu’un frère était malade, (disant) : « Il veut te voir avant sa mort.
« Il les suivit et lorsqu’ils eurent marché quelque temps, il entendit dans les airs la voix de ce frère, vers lequel il se rendait, qui chantait avec les Anges le portant au lieu du repos. Pakhôme dit alors aux frères : « Je retourne chez moi, car le frère est mort : j’ai vu son âme avec les Anges lumineux. » Les frères retournèrent dans leur monastère et trouvèrent (que) la chose (avait eu lieu) comme il la leur avait dite.
Et lorsque les frères apprirent l’arrivée 2 de notre père Pakhôme, ils sortirent pour le saluer, et il y avait avec eux un jeune frère qui s’écria, disant : « Depuis le jour où tu nous as quittés jusqu’à ce jour, on ne nous a fait accommoder ni grains’, ni légumes. » Notre père lui répondit : « Ne sois pas triste, mon fils ; désormais je me chargerai de vos affaires et je prendrai soin de votre cuisine. » El lorsqu’il fut entré dans le monastère et qu’il eut prié à l’église, il se rendit àla cuisine et trouvâtes cuisiniersqui faisaientdes nattes. Il dit à leur chef : « Depuis quand n’as-tu pas fait de soupe aux frères ? »
Et celui-là répondit : « Depuis deux mois. » Et notre père lui dit : « Pourquoi as-tu fait cela, quand les règlements de nos pères saints ordonnent de servir du bouillon aux frères tous les samedis et tous les dimanches ? »
Le cuisinier lui répondit en disant : « Crois-moi, mon père, je ne l’ai fait que parce qu’ils ne mangent ni ragoût, ni bouillon ; ils se contentent d’un peu de légumes et d’huile, et c’est dévotion et mortification de leur part, et quelquefois j’ai été obligé de jeter le ragoût dehors et dans chaque ragoût il y avait quarante mesures d’huile : nous avons (alors) nommé un frère pour prendre soin de la table, pour acheter des olives, du vinaigre, de l’ail et ce qu’on peut trouver aisément de légumes verts ou secs, et nous avons travaillé à des nattes pour ne pas rester sans travail. »
Notre père lui dit : « Combien de nattes avez-vous faites, depuis que vous ’L’auteur veut sans doute parler de ces sortes de bouillies de grains dont il a été parlé plus haut. avez cessé votre service ? »
Il lui répondit : « Cinq cents nattes. » Et Pakhôme lui dit : « Apporte-les-moi. » Et lorsqu’il les lui eut apportées, notre père ordonna de les brûler toutes et dit aux frères : « Vous avez agi ainsi par un acte de dévotion mal entendue et surérogatoire, en négligeant le service des frères tel qu’il a été réglé par les pères saints qui l’ont ordonné pour le salut des âmes ; c’est pour cela que je les brûle par punition. Ne savez-vous pas que si l’on sert du ragoût aux frères et qu’ils n’en mangent pas, c’est un bien préférable à l’endurance de n’en pas manger, si on ne leur en sert pas ? En quelle occasion se montre mieux la mortification des désirsaiusiqueles dévotions, sinon quand on leura servi le ragoûtetqu’ils n’en ontpasmangé ? Et vous, pour quarante mesures d’huile, vous avez empêché les frères de porter de beaux fruits !
Ne savez-vous pas que ce monde tout entier est périssable et passager, que la vertu (seule) est durable ? Pour moi, j’eusse mieux aimé préparer des mets de différentes sortes et faire cuire diverses espèces de fruits, mettre le tout devant les frères, afin que s’ils domptaient leurs désirs et refusaient d’en manger par dévotion et volontairement, ils fissent une grande (et) bonne action devant Dieu. Cependant si quelqu’un des frères était tombé malade et qu’il se fût rendu à table pour y prendre ce qui l’aurait fortifié, il n’y aurait pas trouvé ce dont il avait besoin, et nécessairement ses pensées auraient changé et la faiblesse se fût emparée de lui. Ne savez-vous pas que les petits poulains ne peuvent suivre les grands chevaux ? Il en est ainsi des novices ; ils ne peuvent pas suivre les parfaits, mais iis s’exercent peu à peu dans la vertu jusqu’à ce qu’ils deviennent parfaits avec l’aide de Dieu ; et si nous les privons de manger des grains et du bouillonnes samedis, les dimanches et les jours de grandes fêtes, ils s’ennuieront, se dégoûteront, inclineront à retourner en arrière et nous en serons responsables.
Maintenant vous devez prier le Seigneur de vous pardonner le péché que vous avez commis sans en avoir conscience. « Le portier du monastère vint alors vers notre père Pakhôme et lui dit : « De grands moines viennent d’arriver qui veulent se joindre à toi. » Il ordonna de les amener et, quand ils furent présents, ils lui dirent : « Nous voulons jouir à l’écart de la vue et de tes instructions utiles. » Il les prit et les conduisit dans une cellule vide et ils conversèrent surce qui concerne le salut de l’âme d’après les Livres saints. Notre père Pakhôme sentit alors que leur odeurélait puanteet désagréable ; mais il n’en sut pas la cause, et il n’était pas convenable de les laisser seuls pour s’en aller prier le Seigneur à leur sujet. La conversation fut y y longue (et dura) depuis la troisième heure jusqu’à la neuvième : cette mauvaise odeur s’exhalait (toujours) et il en était incommodé.
Iis lui demandèrent de s’en aller, il ne leur permit point et leur dit : « Vous romprez le jeûne ici avant de vous en aller. » Ils n’acceptèrent point, prétextant l’heure tardive et l’éloignement de leurs cellules. Ils prièrent ensuite les uns pour les autres et le quittèrent. Quant à notre père Pakhôme, il se rendit à sa cellule et se mit à prier Dieu de lui dévoiler (d’où venait) cette mauvaise odeur : et Dieu lui dévoila que ces frères avaient cru de mauvaises pensées contraires à la foi. Aussitôt il sortit de sa cellule et courut derrière eux, jusqu’à ce qu’il les eût atteints ; alors il leur dit : « Je vous demanderai une chose, est-ce que vous n’êtes point de ceux qui lisent Origène ? »
Ils répondirent : « Non. »
Il leur dit : « Je vous préviens devant Dieu que quiconque lira les ouvrages impies d’Origène et qui attachera quelque importance à ses paroles, celui-là sera sûr de descendre jusqu’au fond de la géhenne dans les tortures éternelles et dans les ténèbres. Voici que je viens de vous prévenir de ce que le Seigneur m’a révélé après votre départ, et je vous ai dit la vérité. Si vous m’en croyez et si vous préférez contenter Dieu et sauver vos âmes (à toute autre chose), dès que vous serez arrivés dans vos cellules, jetez tous les livres d’Origène dans le fleuve et dans le feu, oubliez ce qu’il y a dedans. Et maintenant, je serai innocent devant Dieu de votre péché. » Et lorsque notre père Pakhôme fut de retour au monastère, il trouva les frères assemblés pour la prière de la neuvième heure ; il se joignit à eux, finit la prière et tous les frères se rendirent cà table.
Quant à lui, il retarda (son repas) et dit à l’économe : « Ne les laisse pas m’attendre. » Il se rendit alors à sa cellule, en ferma la porte et se mit à prier Dieu de lui dévoiler quel serait l’état des frères après lui et ce qui leur arriverait dans l’avenir : il prolongea sa prière depuis la onzième heure du jour jusqu’à la moitié de la nuit. Aussitôt une lumière brillante l’éclaira et il entendit une voix qui disait : « La génération qui te suivra mènera une vie qui contentera Dieu, comme en ces jours-ci. » Puis la voix lui expliqua les grands développements que prendraient les monastères. Pakhôme fut ensuite ravi en esprit, e( il vit un grand nombre de moines qu’on ne pouvait compter, réunis au fond d’une vallée très profonde, escarpée, ténébreuse, où ils marchaient en se heurtant les uns contre les autres, parce qu’ils ne se voyaient pas.
Et il y en avait parmi eux quelques-uns qui cherchaient à monter de cette profondeur, qui faisaient de grands jusqu’à la moitié de la profondeur et retombaient précipités ; d’autres moules uns moins que les autres, et tous retombaient jusqu’au fond. Quelquesuns tombaient de faiblesse ; d’autres s’écriaient avec des voix élevées, afin qu’on leur fit pitié et miséricorde. Quelques-uns parmi eux arrivaient, au sommel de la vallée, à la mort, et parvenus à l’endroit où est la lumière, ils offraient à Dieu des remerciements et des louanges. Quand le père Pakhôme revint à lui-même, il connut en esprit l’explication de ce qu’il avait vu, ce que deviendraient les frères après lui, l’état où ils seraient par suite de leur mauvaise conduite, de celle de leurs bergers et de ceux qui auraient le soin de les guider dans le bon chemin.
Ainsi, ceux qui négligeront de se conduire avec rectitude, ce sont ceux qui aspireront au gouvernement et qui, par l’ordre de Satan, obtiendront l’accomplissement de leurs désirs, parce que la foule ne sera pas digne d’être régie par quelqu’un d’honnête et de bon. S’ils sont ainsi régis, quel profit en peut-on tirer et quelle science acquérir ? Le profit qu’on en peut tirer est un exemple de vanité qui ne mène à aucune action droite. Ils maltraiteront alors ceux qui posséderont la science droite, ils s’efforceront de changer ceux qui leur parleront des commandements divins et mèneront une conduite spirituelle, (pour les tourner) vers une conduite blâmable, vile et charnelle. Et aux jours de ces supérieurs qui se seront emparés du gouvernement par force, les bons seront persécutés par les méchants, et les gens honnêtes seront méprisés.
Et lorsque notre père Pakhôme fut assuré de cela, il pria Dieu, disant : « 0 Seigneur, maître de toutes choses, s’il est certain qu’il en doit arriver ainsi dans l’avenir, pourquoi as-tu permis que les monastères existent, ainsi que la vie commune, pour les faire gouverner par de semblables et méchantes gens ? N’as-tu pas dit : « Si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tomberont » tous deux dans le fossé ’ ? » Ainsi mes efforts auront été vains. Souvienstoi, Seigneur, de ces jeunes plants et de tous les frères qui se sont mortifiés en ton nom ! Souviens-toi, Seigneur, de l’engagement que tu as pris avec moi, Tu sais, Seigneur, que depuis que j’ai revêtu l’habit monacal, je n’ai jamais jouid’aucune des choses qui sont sur laterre, pas même de l’eau.
« El lorsqu’il eut dit tout cela, une voix lui vint (du ciel) disant : « 0 Pakhôme, n’oublie pas que tu es un homme : toutes choses dépendent de ma miséricorde, ne laisse donc aucunepensée d’orgueil régner en toi. » Aussitôt il se prosterna et pria Dieu, en disant : « 0 Seigneur saint, envoie-moi ta miséricorde, car sans elle aucune créature ne subsistera. » Et quand il eut fini sa prière, deux Anges de Dieu lui apparurent, avec un jeune homme qu’aucune langue humaine ne peut décrire : ce jeune homme portait sur sa tête une couronne d’épines et les Anges dirent à Pakhôme : « 0 Pakhôme, tu as demandé la miséricorde de Dieu : voici son Fils unique, Jésus le Messie, le Roi de gloire, qu’il a envoyé dans le monde pour le sauver et que vous autres, hommes, avez crucifié, après avoir mis sur sa tête cette couronne d’épines, comme tu le vois.
« Et notre père Pakhôme regarda le jeune homme et lui dit : « Je ne t’ai pas crucifié, ô Seigneur, et je te demande instamment de ta pure substance la miséricorde elle pardon. » Lejeune homme sourit et lui dit : « Je sais que tu ne m’as pas crucifié, mais ce sont tes pères et tes prédécesseurs ; maintenant prends courage, sois ferme dans ta foi que ta plantation spirituelle durera jusqu’à l’éternité ; elle n’aura besoin de rien et ne périra pas, parce que ceux qui seront connus sous ton nom se seront servis de loi comme d’un flambeau devant leurs yeux, auront pris une partie de la lumière, queleur conduite aura été réglée et leurs mœurs belles ; et ceux qui viendront après eux les imiteront. Mais à la fin des temps, la vertu faiblira et le vice redoublera en ce temps, à cause de la famine qu’il y aura en ce moment par suite du manque d’eau spirituelle etl’épuisementdes sources divines, et cela, parce queles ténèbres régneront sur leur esprit par suite de leur négligence, de leur mollesse et de leurs enfoncements dans les désirs de la chair.
Alors ils lutteront les uns avec les autres pour la possession des choses du monde 1, séduits et trompés ; les dévots et les justesserontalors très peu nombreux, mais ilsserontlesguides el les maîtres de leurs propres âmes et, par l’héroïsme de leurs âmes, ils s’exciteront euxmêmes à faire des actions honnêtes et à éviter le mal. C’est par leurs bonnes pensées qu’ils arriveront à la vérité et hériteront la gloire véritable. La dévotion de ces derniers, leurs peines seront de peu de valeur près de celles des premiers (dévots) ; mais ils recevront la récompens’de leurs jeunes tout comme les premiers, et cela d’après un jugement équitable ; car leur temps sera un temps de faiblesse, de famine et de sécheresse. Cependant ils se seront donné de la peine et auront parachevé leurs souffrances.
« Aussilôtle Seigneur monta versleciel dans une nuée. Quant à notre père 1 M. à ni. : ils se surenchériront les uns les autres pour les choses du monde. Pakhôme, il fut dans une grande admiration, son âme fut pleine de joie et de contentement ; il resta des jours nombreux sans se servir de nourriture. Et quand la cloche de la prière sonna le lendemain et que les frères se furent réunis dans l’église, il n’alla point avec eux, mais resta dans sa demeure à prier jusqu’au matin : alors il se rendit cà l’église et acheva la prière. Ils s’assirent ensuite pour écouter ses instructions saintes comme à l’ordinaire, et lui, il ouvrit sa bouche sainte, disant : « 0 mes frères, la vie s’écoule et la mort arrive : tant que nous resterons en ce corps de poussière, lâchons autant que possible de sauver nos âmes ; en observant les commandementsde Dieu, ne négligeons rien, sinon l’heure de la mortnoussuret nous pleurerons en vain.
Rappelez-vous sans cesse quels biens sonldeslinésdans les cieux à ceuxqui ont du courage, elfigurez-vousles châtiments destinésàceux qui sont négligents, surtout à ceux qui savent discernercequi est bon et honnête et qui ont fait le contraire. Le supplice de ceux-ci sera grand. que vous sachiez ceque deviendrai’hommeen se décomposant et que vous soyez assurés que nous sommes des néants. Quand nous en serons certains, pourquoi serions-nous fiers, puisque nous connaissons l’odeur qui s’exhalera de nos corps. Ces paroles ne nous viennent pas pour les avoir entendues ou apprises ; mais nous les voyons et contemplons. Revenons donc de noire ivresse, ô mes frères, levons-nous de notre sommeil, renonçons à notre ignorance, pleurons sur nos âmes, tant que nous en aurons le temps avant lamorl, pourlaquellenousne sommes pas prêts, sinon les portes seront fermées et personne ne prendra pitié de nous ou intercédera pour nous.
qui, après avoir renoncé aux choses mondaines et cherché Dieu, a fait ensuite le contraire, a donné accès à l’ennemi et lui a obéi. 0 mes frères, ne nous laissons pas séduire parles tromperies de ce temps périssable et passager, plein de ténèbres et de fumée : ne le laissons pas nous enlever cette vie heureuse et durable qui fera disparaîtretouslesmalheurs, lousles soucis, et dans laquelle il n’y aura ni chagrin, ni tristesse, ni douleur. En vérité, mes frères, je suis rempli de crainte et de frayeur que nos pères charnels et nos amis qui se sont convertis dans le monde, en voyant le costume de notre dévotion et de notre douceur, ne nous réprimandent lorsqu’ils nous verront privés et ne nous en rendent responsables, car ils avaient pensé de nous que nous étions les amis particuliers du Messie et ses intimes, que nous avions (déjà) reçu les arrhes des biens éternels et enviables, et ils espéraient notre secours.
C’est pourquoi ils nous réprimanderont ; et moi, mes frères, je vous prie de faire que la chose n’arrive pas ainsi ; mais travaillez à votre salut, à vous aimer, chacun de vous, et le Seigneurie Messie sera pour vous un aide et un salut, car il a dit : « Demandez et vous » recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira ’. « Un jour une grande famine eut lieu, comme il n’y en avait pas eu de semblabledanslepaysd’Égypte, dansAlexandrieetses dépendances, si bien qu’il ne s’y trouva plus de froment, et il ne restait point de blé chez les frères. Notre père Pakhôme donna cent dinars au frère économe et lui ordonna d’aller au village pour y trouver du blé à acheter. Le frère monta dans une barque et parcourut de nombreux endroits sans en trouver ; puis il alla dans un petit village nommé Armoutim et, par la providence de Dieu, il y trouva un homme béni qui avait entendu parler de la conduite de notre père Pakhôme et qui était chargé de vendre le blé mis en commun pour en porter le prix au gouverneur du village, à cause du tribut qu’ils devaient payer 2.
Le frère lui apprit d’où il venait et le pria de lui vendre du froment pour cent dinars. L’homme lui dit : « Si ce blé m’appartenait et que tu en eusses besoin, j’en priverais mes enfants pour te le donner, car je suis très désireux de voir le père Pakhôme et ceux qui vivent avec lui, à cause de ce que j’ai entendu raconter d’eux ; mais ce blé a été mis en commun pour fournir le tribut, le vali ne l’a pas encore réclamé et ne le réclamera pas avant le battage. Si tu le veux, garde tes dinars pour les dépenser à autre chose, et prends en emprunt tout ce que tu voudras, mesure pour mesure, jusqu’à la fin de l’année et tu me donneras du blé selon la quantité que tu prendras. Je peux faire cela pour ce père béni et afin que tous les frères fassent souvenir de moi dans leurs prières. »
Le frère lui dit : « Je le ne veux pas, car emporter le blé d’ici me coûterait de la peine ; mais, si tu veux accepter les cent dinars et m’en donner la valeur en blé, donne-m’en encore pour cent autres dinars payables au moment du battage2. »
Et l’homme lui répondit en disant : « Cela m’est facile, et, si tu le veux, tu peux en prendre encore plus que tu n’en as demandé. Si le vali me le réclame avant que tu ne me l’aies rendu, je lui donnerai du mien, car j’ai (grand) désir de vos prières. »
Le frère le remercia et lui dit : « Nous 1 M. à m. : avant le temps de avec délai pour cent autres n’avons pas besoin de plus que cela. » L’homme lui donna alors pour cent dinars de blé au même prix qu’au temps du battage, treize ardebs ’pour un dinar ; il fit transporter le froment sur ses bêles de somme dans la barque et congédia le frère en paix. Le frère s’en alla joyeux, arriva sain et sauf et envoya l’un des matelots pour apprendre son arrivée au père et aux frères. Les frères se réjouirent, car ils avaient besoin de ce blé ; mais le père fut grandement peiné. Quandles frères viren t sa tristesse, ils lui dirent : « Quelle est la cause de la tristesse ? »
Il leur répondit, disant : « Comment ne m’attristerais-je pas pour quelqu’un qui suit ses caprices et sa volonté, qui désobéit à mes commandements, ne cherche que l’augmentation et le profit, qui a du penchant pour l’amour de l’argent et qui se sert de l’amour pour le Seigneur comme d’un moyen de cupidité ? Il nous a apporté plus que nous n’avions besoin et nous a endettés ; en un mot il a fait sa propre volonté et m’a désobéi. » Alors il lui envoya dire : « Tu as fait une action très mauvaise et comme c’est mal ce que tu as fait ! maintenent ne fais pas porter au monastère même un seul grain et ne me montre pas ton visage avant d’avoir accompli ce que je t’aurai ordonné : c’est de vendre ce blé aux gens du pays pour cent dinars, non pas au prix élevé 1 L ’ardeb qui n’a pas dû changer vaut aujourd’hui 197 litres environ.
Quand au dinar il a valu de 15 à 18 francs selon les époques. d’aujourd’hui, mais au prix que tu l’as acheté. Tu porteras ensuite le reste du froment h son possesseur, tu le remercieras et sauveras ainsi nos têtes de la dette du tribut ; puis, tu en achèteras pour les cent dinars qui nous appartiennent au prix que l’on vend le froment dans l’endroit. « Elle frère fît ce que noire père lui avait ordonné ; quand cet homme lui en demanda la cause, il lui apprit ce qui était arrivé et en l’apprenant l’homme fut rempli d’admiration pour la profondeur du discernement de Pakhôme ; il fut attristé, il prit les cent dinars du frère et lui vendit du blé au prix du moment, qui était d’un dinar pour cinq ardebs : il voulut en donner d’autre au frère comme charité 1, mais le frère n’accepta rien, se rendit près de notre père Pakhôme et lui avoua sa faute.
Pakhôme lui pardonna, le prêcha convenablement, le priva de sa charge dans Je service commun, comme un malade atteint du désir de l’argent, en nomma un autre à sa place et ne lui permit pas de quitter le monastère, mais l’obligea à faire des dévotions seul dans sa cellule. Le savetier du monastère avait près de lui, en superflu du besoin des frères, des sandales à talons2 et autres choses semblables ; il les donna au frère chargé du service commun et lui fixa le prix de chaque objet cà un 1 M. à m. : en bénédiction.
Ce sont des chaussures qui étaient en usage parmi les gens du peuple : j’ignore s’il y en a maintenant encore. taux peu élevé, lui disant de les vendre à la ville. Le frère les prit, les vendit, en reçut le prix et l’apporta au savetier. Lorsque celui-ci eut fait le compte, il trouva que l’argent était plus du double de ce qu’il avait fixé ; il alla aussitôt vers le père et lui dit : « Tu n’as pas bien fait de choisir ce frère pour ce service, car les pensées humaines sont toujours en lui. En effet, je lui ai donné à vendre des sandales toutes faites qui me restaient ; je lui ai fixé le prix et il m’a apporté plus que je ne lui avais fixé. » Notre père Pakhôme fut indigné, il ordonna de faire venir le frère et lui dit : « Pour quelle cause as-tu désobéi à son ordre et as-tu incliné vers un prix plus élevé ? »
Le frère répondit : « J’ai indiqué aux acheteurs le prix qu’il m’avait fixé et ils m’ont répondu : « Si cela ne vient pas d’un vol, cela » vaut davantage. » J’ai été confus de leur réponse et je leur ai dit : « Ce » n’est point un vol, mais c’est l’ordre que j’ai reçu de celui qui me les a « confiées ; maintenant donnez-moi ce que vous voudrez. » Ils se mirent à me payer selon leurs richesses et je n’ai pas compté ce que je recevais ; mais j’ai ramassé le tout et l’ai remis au frère sans savoir ce qu’il y avait. « Et lorsque Pakhôme entendit ses excuses, il lui dit : « Tu as fait un grand péché, car lu as consenti à prendre davantage. » Alors il dit au savetier : « Prends du prix qu’il t’a apporté tout ce que tu voudras, donne-lui le reste et dis-lui de le rendre à ceux auxquels il appartient, autant que le souvenir lui en est demeuré.
Et après cela, (dit-il au frère) garde ta cellule, travaille de tes mains, car cette charge ne te convient pas et elle est un mal pour ton âme. « Ce frère fit comme l’homme de Dieu lui avait ordonné : ensuite notre père fit venir un frère craignant Dieu et le fit surveillant de tous les services pour s’en épargner la peine. Une nuit que notre père Pakhôme et Théodore marchaient en chantant et en parlant des divines Écritures, ils virent un grand fantôme rempli de toute tromperie et séduction : c’était l’apparence d’une femme extrêmement belle (d’une beauté) indescriptible : elle était précédée de gens nombreux portant des flambeaux allumés, et, à cause de leur grande lumière, la nuit était comme le jour. Ils escortaient la femme. Quant à Théodore, quand il vit ce fantôme, son cœur fut agité, et lorsque notre père Pakhôme eut su en esprit ce qui lui était arrivé, il lui dit : « Courage, ô Théodore, n’aie pas peur.
« Ils se mirent ensuite tous deux à demander au Seigneur de les combler de sa miséricorde et d’éloigner d’eux ce faulôme qui les rendait stupéfaits. Cependant le fantôme s’approcha d’eux sans trop de souci et leur dit : « Ne priez pas, ne vous donnez pas de peine en vain, car vous ne pouvez rien contre moi : j’ai pouvoir sur vous de la part de Dieu. »
Notre père Pakhôme lui dit : « Oui es-tu ? »
Elle lui répondit : « Je suis la fille de Satan, et je possède toute sa vertu ; toutes les milices des esprits me servent ; c’est moi qui fais tomber à terre une foule de saints, car je combats et ne languis jamais. C’est moi qui ai séparé Judas des Apôtres. Je ne peux pas supporter qu’on nous injurie, moi et mes compagnons. Et voici qu’on m’a fait des reproches à cause de toi, car personne avant toi ne nous a trouvés faibles : c’est pour cela que j’ai pris la liberté de te combattre, car tu as réuni des jeunes gens et des vieillards dont tu as peuplé les déserts et les campagnes, tu les as fait habiter dans les lieux qui nous appartenaient, tu les as entourés d’une enceinte infranchissable, qui est la crainte de Dieu et la modestie, si bien que personne d’entre nous ne peut approcher de l’un d’eux.
Vous n’avez pu accomplir cela que grâce au Seigneur qui vous a donné le pouvoir sur nous et qui vous a accordé la force de sa croix, grande force qui vous fait vaincre notre force. « Et notre père Pakhôme lui dit : « Dis-moi, fille du mensonge et son refuge, ô bouche impure, est-ce pour moi seul que tu es venue ou pour d’autres que moi ! »
Elle répondit : « Pour toi et pour tous ceux qui sont avec loi et te suivent. »
Et notre père lui dit : « Pour ce Théodore aussi ? »
Elle lui dit ?
« Oui, pour Théodore et ses semblables : je bande mon arc contre eux et j’ai pouvoir contre vous tous, pour vous tenter et faire la guerre. Pour ne pas voir ce mépris qui vient de vous deux et des autres, j’ai peur que la flèche que je vous enverrai ne retourne sur moi, parce que je connais votre force à tous deux, surtout la tienne, ô Pakhôme, car tues dignede la gloire divine ; mais vous ne vivrez pas toujoursetj’espère qu’après vous je trouverai place en ceux qui vous succéderont. »
Et notre père lui dit:« Comment sais-tu cela ? »
Elle lui répondit : « Je sais et suis certaine qu’après vous leur ferveur se refroidira et s’éteindra : la paresse etlamollesse régneront sur eux. »
Il lui dit : « Tu mens en tout cela, car Dieu seul sait ce qui n’est pas encore. »
Elle lui répondit : « Oui, mais nous faisons des conjectures et nous avons l’habitude d’atteindre la vérité, sans faute. » Et elle lui dit (encore) : « Sache que nous ne cesserons de vous livrer combat, parce que notre nature est toujours la même et que les racines de notre mal sont toujours vivantes. A chacun nous proposerons de nous obéir : tous ceux qui inclineront cà cela, nous les enflammerons par le désir et l’amour des voluptés, d’une nourriture abondante qui nous aide à ce que nous voulons. Nous l’attaquerons ; mais s’il ne nous écoute pas, s’il prie Dieuavec un cœur vigilant, nous deviendrons près de lui comme de la fumée qui s’évapore dans l’air. C’est pourquoi je ne peux combattre tout le monde en même temps ; si je le pouvais, je tromperais un grand nombre de tes compagnons.
Et je t’apprends que toute (l’issue) de vos luttes dépend de la volonté de celui qui veut nouscombattre ; celui quile veut, nousreçoilel celui qui neleveut pas, nous chasse. « Alors notre père Pakhôme soufflasur elle et lui dit : « Que la force de Dieu vous disperse complètement ! » et il lui ordonna de s’en aller, lui commanda de ne point approcher de ses monastères. Lorsque le malin fut venu, il fit appeler les grands frères et leur apprit ce qui lui était arrivé : il envoya des lettres dans tous les monastères pour le leur apprendre, pour les exhortera craindre Dieu et à prendre garde aux ruses et aux séductions de Satan. Pendant que notre père Pakhôme faisait le tour des cellules, il arriva à la cellule d’un frère qui était savant à un très haut degré et connaissait parfaitement la langue grecque, il lui demanda de ses nouvelles en copte ; mais le frère ne comprit rien et lui répondit en grec.
Le père ne comprit point et ne pouvant le laisser sans le visiter, il fit venir un frère qui savait les deux langues pour leur servir d’interprète1; et le frère dit à celui-ci : « Dis au père de ma part que je veux lui parler par ma langue et non par celle d’un autre. » Quand notre pèreeut entendu cela, il congédia l’interprète, puis il fit signe au frère d’attendre jusqu’à son retour ; il se rendit à sa cellule, se mit en prière, leva les mains au ciel et dit : « 0 Seigneur, maître de toute chose, si je ne peux être utile aux frères que tu m’envoies des pays éloignés jusqu’à l’horizon, parce que je ne comprends pas leur langue, à quoi bon les faire venir ici ? Je désire, ô (Dieu) bon et miséricordieux, que tu m’accordes la connaissance de (leur langue), afin que je puisse les prêcher et leur être utile.
« Et pendant qu’il insistait dans sa prière, tout à coup fut écrit au ciel un écrit magique avec une lettre qui lui tomba dans la main, et, lorsqu’il en eut pris lecture, il sut parler toutes les langues à la perfection et fut habile à bien parler. Alors il glorifia Dieu et se rendit vers la cellule de ce frère, il commença de lui parler grec ou roumi 2 avec de véritables mots (grecs) et une bonne prononciation. El lorsque le frère entendit sa parole, il lui dit : « Certes, tu as surpassé tout (le monde) par l’excellence de ta parole. » Ensuite il lui fit (son) aveu avec larmes et notre père à sa place fit des expiations pour ses péchés et demanda au Seigneur M. à m. : pour parler entre eux deux.
8 Je considère ces deux mots ou roumi comme une glose ajoutée par le traducteur ou un copiste pour faire comprendre à ses lecteurs l’équivalent du mot grec à son époque. de lui pardonner ses fautes ; puis il lui donna des ordres à observer, le confia au Seigneur et le quitta. Et certes je pense que je dois dire quelque chose de la conduite du bon (frère), qui s’appelait Iounan. Il était dans la vie monacale depuis quatrevingt-cinq ans et faisait des dévotions nombreuses : tous les arbres du jardin avaient été plantés par lui et il cueillait des fruits de diverses espèces de ses propres mains et il n’eugofitajamaispendant toute sa vie. Les frères et ceux qui leurvenaient mangeaient les fruits qu’il avait cueillis : son habillement consistait en un bargoud 1 qui cachait seulement son corps : il ne donnait jamais de repos à son corps, ne mangeait ni ragoût, ni bouillon, ni chose ayant passé par le feu ; sa nourriture se composait de pain et de de vinaigre.
Il jeûnait tous les jours jusqu’au soir, ne mangeait point de manière h se rassasier : s’il tombait malade, il n’entrait point à l’infirmerie et ne connaissait rien de ce dont se servent les malades, il ne dormait point, mais travaillait tout le jour dans le jardin et jeûnait tous les jours jusqu’au coucher du soleil, comme d’habitude ; puis cà la fin du jour, il se rendait à sa cellule, s’asseyait au milieu sur un siège pour tresser des cordes 1 Sorte de vêtement à raies, d’ordinaire ; ici un simple pagne. J’ai corrigé la faute. jusqu’à ce que la cloche du milieu de la nuit eût sonné, pendant que sa bouche et son cœur glorifiaient Dieu ; alors il donnait un peu de temps pour satisfaire le besoin de la nature, assis sur son siège et tenant encore les cordes à la main.
Ensuite il se levait pour prier et travailler.il n’alluma jamais de lampe, mais il tressait (des cordes) et faisait la prière au milieu des ténèbres. Il ne posséda jamais qu’un seul vêtement de laine grossière qu’il revêtait au moment de recevoir les saints mystères, puis il se hâtait de l’enlever ; et ce vêtement lui suffit pendant toute sa vie. Il fit encore beaucoup d’autres choses dignes d’admiration. En jour, pendant qu’il était assis sur son siège, il mourut et rendit son âme entre les mains du Seigneur : les cordes qu’il tressait étaient encore dans sa main. Avant cela, il avait été malade, mais n’avait point consenti à se rendre à l’infirmerie, craignant d’être servi par un autre ou bien d’être obligé de manger quelque chose, comme le font d’ordinaire les malades, lût lorsque nous voulûmes l’ensevelir, nous ne pûmes point réunir ses deux jambes qui étaient comme du bois dur ; de même les mains, nous ne pûmes point les collera son corps ; nous ne pûmes pas (davantage) lui enlever l’habit de peau qui le couvrait pour le revêtir de son habit de laine : c’est pourquoi nous l’ensevelîmes dans un linceul de poil et nous l’enterrâmes dans une grotte.
Notre père Pakhôme, ayant construit un autel pour la prière en son monastère, y plaça des cylindres et des colonnes : cela lui plut. Ensuite il désapprouva l’idée de trouver belles cette construction et ces colonnes ; à terre, avec ménagement et douceur, afin qu’elles restassent courbées1: son but était de se débarrasser de son admiration pour elles et de dompter les pensées de l’ennemi : on fit comme il avait dit et les colonnes furent penchées, puis l’on bâtit la construction pardessus. Il insistait près des frères, afin qu’ils ne pensassent pas à de beaux bâtiments pour y habiter, car cela était contraire à la conduite des moines.
Un jour, il vint au monastère des gens vêtus d’habits de poils, comme les moines : ils étaient hérétiques dans leur croyance et dirent aux frères : « Dites à votre père Pakhôme que notre père et cheflui a envoyé par nous une parole que nous devons lui répéter. La voici : Si ce que j’entends dire de loi est vrai, viens que nous traversions le fleuveà pied ; alorslemonde saura qui de nous deux est le plus favorisé de Dieu.
« Les frères allèrent lui dire cela, et il leur dit avec tristesse : « Comment avez-vous osé vous charger de cette commission 1 La suite montre qu’il faut comprendre que les colonnes devaient être penchées pour détruire diabolique ? Où est votre intelligence ? »
Et les frères lui dirent : « Il est permis à un adversaire hérétique de te proposer semblable chose. »
Il leur dit : « L’hérétique peut traverser le fleuve à la surface de l’eau (en marchant), comme quelqu’un sur terre, par la permission de Dieu et l’aide de Satan qui veut l’affermir dans sa mauvaise croyance et, par cette ruse, persuader beaucoup d’hommes de peu de connaissance et les entraîner vers lamauvaise croyance. Maintenant allez et dites à ces gens : Le serviteur de Dieu, Pakhôme, dit : Mes fatigues et mes peines ne tendent pas à traverser le fleuve à pied, mais à échapper aux châtiments de Dieu et à traverser ce fleuve de feu que nous tous, humains, nous devons traverser en avant du trône de Notre-Seigneur Jésus le Messie. D’ailleurs l’Évangile saint dit : « Ne lente pas le Seigneur ton Dieu 1. » Après avoir ainsi répondu, il leur recommanda de ne point avoir inclination vers semblable chose, car ce sont des ruses de Satan.
Un jour le saint Pakhôme fut interrogé par l’un des frères qui lui dit : « Pourquoi, au moment où les membres (du corps) sont tranquilles, nos esprits sont-ils bons et pensons-nous à mépriser les choses méprisables, à pratiquer la vertu ? Mais quand le moment d’agir est arrivé, ma pensée change, ma philosophie cesse, et je manque à ma résolution. De même si un frère m’insulte, je l’insulte ; s’il me résiste, je lui résiste ; s’il me fait une injustice, je lui fais une injustice ; s’il me débite des mensonges, je le réprimande, et ainsi je ne dompte ni ma colère, ni ma passion, quand l’occasion s’en présente. De même si quelqu’un me loue, je me trouve grand, et si quelqu’un me blâme, je me mets en colère. Voilà quelle est mon histoire, ô mon père, Réponds-moi donc, ô mon père, pour (l’amour) de Dieu ! »
Et notre père Pakhôme lui répondit : « Cela vient de ce que nous ne suivons pas le droit chemin de tout notre cœur, mais avec partage et distraction ; c’est pourquoi nous manquons à nos résolutions et nos actions ont des hauts et blâmables, notre chemin est de déraciner ces choses en nous, à savoir : l’amour du monde, de ses plaisirs et de tout ce qu’il renferme ; puis, quand nous aurons vu travailler aux actions nobles et divines, nous devons en prendre les semences, les semer en nous, les arroser, les faire croître : voilà ce qu’on appelle abandonner le monde. Ainsi nous l’emporterons sur nos ennemis. Ne sais-tu pas, ô frère, que l’on ne peut pas exercer le métier de bijoutier en se servant des outils du laboureur, ni le métier de menuisier avec les outils du tailleur : à chaque métier ses outils : si quelqu’un connaît tous les métiers et qu’il veut en exercer un, il n’a qu’à prendre l’outil qui correspond (à ce métier).
De même celui qui veut faire le bien doit rejeter les outils du mal et de l’ignorance, à savoir : l’amour du monde, la concupiscence de ce qu’il renferme ; puis prendre les outils de la science et du bien, qui sont : abandonner le monde, se délivrer de ses chaînes, se contenter delà nourriture (nécessaire), supporter toutes les injustices qui nous arrivent. « Un jour, notre père s’assit avec les frères (les plus) vieux dans un lieu solitaire pour leur parler les paroles de Dieu : devant eux, il y avait un frère qui tissait une natte à la porte de sa cellule : ce frère fut atteint d’une mauvaise pensée : il s’apppliqua à travailler eh dans ce même jour, il tressa deux nattes, pensant que le père Pakhôme le louerait. Et voici que notre père dit aux frères qui se trouvaient avec lui : « Ne voyez-vous pas ce malheureux frère, comme il a perdu sa peine aujourd’hui pour avoir aimé la gloire des hommes plus que celle de Dieu : il s’est fatigué lui-même et a privé son âme de tout gain et profit.
« Alors il fit appeler le frère et le réprimanda ; puis il le caressa, lui commanda d’apporter les deux nattes quand les frères seraient réunis dans l’église, d’entrer au milieu d’eux et de dire : « 0 (mes) frères et (mes) pères, je vous demande de prier pour mon âme malheureuse, afin que Dieu en prenne pitié et la guérisse par vos prières, car j’ai préféré ces deux nattes au Roi du ciel. » Il lui ordonna de faire encore la même chose quand les frères seraient à table et de porter les deux nattes jusqu’à ce qu’ils se fussent levés. Puis, quand le frère eut obéi à ce qu’il lui avait dit, il lui commanda de s’enfermer dans une cellule isolée pendant six mois et de faire chaque jour deux nattes au lieu d’une seule, de ne manger que du pain et du sel, de ne parler à personne, sinon au frère qui lui apporterait le pain, et de demander ainsi pardon à Dieu de son péché.
Nous sommes obligédevous raconter l’histoire d’un autre saint béni qui parvint au plus haut degré de la vertu, nommé Entibousoura, et qui était lépreux. Il nous faut décrire un peu sa vie 1. Cet homme digne (qu’on lui garde) un bon souvenir, avait sa cellule à l’écart des autres : sa nourriture consistait en du pain et du sel, et il ne mangeait tous les deux jours qu’une seule fois : il faisait tous les jours une natte comme les autres frères et ses mains M. à m. : il nous faut expliquer ses nouvelles. laissaient couler du sang, parce qu’il travaillait le b ourdi, et ainsi les nattes étaient tachées de sang. Il ne cessait de travailler, de remercier et de glorifier Dieu ; il ne dormit jamais le jour jusqu’au jour de sa mort ; il apprenait par cœur un peu des Livres saints et il s’en servait dans ses prières avant de dormir : alors il se couchait jusqu’au son de la cloche au milieu de la nuit.
Il se levait alors et prenait part cà la prière avec les frères. Le père admirait sa patience dans la maladie et se réjouissait grandement à son sujet, assuré qu’il pratiquait de grandes vertus. C’est pourquoi il l’envoyait vers les monastères continuellement comme messager, voulant faire profiter les frères de sa vue ; car c’était un bon exemple de vertu, car quelle est l’âme dure comme un rocher qui, en voyant un homme dont la chair tombe en lambeaux, dont le sang coule, travaillant, faisant son service avec bonté d’âme et remerciant Dieu, ne se dompterait pas ellemême, 11’amollirait pas sa dureté, ne redoublerait pas d’activité et ne remercierait pas Dieu pour sa santé ? Une fois que ce saint était dans sa cellule, un frère entra près de lui et, voyant ses deux mains tachées de sang à cause du bourdi et de la natte, il eut pitié de lui et lui dit : « O frère, pourquoi souffres-lu, atteint que tu es de cetle maladie incurable ?
Est-ce que Dieu te blâmera si lu abandonnes le travail ? Non, pas du tout, car il continuer de travailler ; et toi, qui est-ce qui t’oblige à travailler ainsi ? Nous prenons soin des pauvres et des étrangers pour l’amour de Dieu, pourquoi ne te servirions-nous pas et ne travaillerions-nous pas pour toi, notre frère ? car il n’y a personne que nous désirions consoler et soulager plus que toi. « Il lui répondit : « Il n’est pas possible, ô mon père, que je cesse de travailler, car le saint apôtre Paul dit : « Que celui qui ne » travaille pas ne mange pas1 » ; et le Seigneur lui-même ditdansle saint » jusqu’à la vie éternelle 2. « Et nous espérons de la miséricorde de Dieu que tout notre travail n’est pas un travail périssable, mais durable. »
Et le frère lui dit : « Frotte tes mains avec de l’huile, le soir, afin qu’elles s’adoucissent pour toi et qu’elles ne soient pas gercées 3. » Et il prit congé de lui et le quitta. Et voilàque le lépreux suivit le conseil du frère et oignit ses mains d’huile ; mais il souffrit de plus en plus ; car, ses mains étant devenues plus tendres et plus délicates, le bourdi lui faisait plus de mal 10.
2 Citation non exacte.
3 Il s’agit des croûtes que produit la lèpre. VIE DE PAR HOME vaut, quand elles étaient dures. Cependant notre père Pakhôme se présenta à lui pour le visiter et lui dit : « 0 Entibousoura, penses-tu que l’huile te fait du bien ? Qui est-ce qui t’a obligé de faire une œuvre par laquelle tu as dirigé tes espérances vers l’utilité de l’huile et tu as négligé d’espérer en ton Dieu qui peut te guérir ? C’est par providence et par désir de faire profiter ton âme qu’il a permis à la maladie de régner en loi. »
Le frère lui répondit en disant : « J’ai péché, mon père, pardonne-moi et prie Dieu pour moi, afin qu’il me pardonne mon péché. » El quelques-uns des frères qui ont connu son état ont rapporté de lui qu’il resta une année entière à se lamenter pour ce péché. C’est ainsi, par de grandes peines, qu’il mérita une grande dignité et il alla vers Noire-Seigneur Jésus le Messie. Notre père Pakhôme, outre les monastères susdits, posséda cinq autres monastères : il y plaça des frères avec les mêmes règles et le même costume que dans les grands monastères : ce dont ils avaient besoin leur venait du grand monastère de Phbôou, dont ils dépendaient. Ils avaient coutume de visiter le grand monastère deux fois chaque année, à la Pâque sainte et à la fête de la Croix : par l’ordre de Dieu, ils s’arrangeaient pour se tenir debout et s’asseoir chacun à saplace, ils faisaient (à Dieu) l’offrande de leurs prières et de leurs glorifications, recevaient la bénédiction de noire père et s’en retournaient.
Quant à notre père Pakhôme, à cause du nombre des frères (rangés), sous son obéissance, il ne connaissait pas les étrangers des frères chargés du service du monastère, car il était semblable à eux tous dans leurs travaux et leurs actions : il écoutait la prédication et la lecture comme les frères ; quand il avait besoin d’un habit, il le demandait à l’économe comme le reste des frères, il ne prenait rien, petit ou grand, sans le demander à l’économe, et cela parce qu’il craignait le feu éternel. Un jour, au soir, notre père Pakhôme alla dans sa cellule : le frère Théodore l’Alexandrin le suivit et lui dit : « J’ai appris du père Corneille qu’il dompte ses pensées : quand il est debout pour faire la prière il ne laisse point son esprit errer ; et voici que maintenant, moi, j’ai essayé mon esprit avec grande attention et c’est à peine si j’ai pu faire trois prières en étant maître de mes pensées.
Apprends-moi, mon père, comment je peux prier et écouter la parole de Dieu sans distraction. « Pakhôme lui dit : « Corneille n’a obtenu cela qu’après de grandes mortifications, fatigue-toi comme lui et tu recevras selon ton mérite. »
Et un jour que notre père Pakhôme marchait dans le chemin, il rencontra des hommes qui portaient le corps mort pour l’enterrer : il vit deux anges marchant en arrière et il fut intrigué de cette chose. Il pria Dieu de lui dévoiler ce qu’il en était : alors les Anges s’approchèrent de lui et lui dirent : « L’un de nous est l’Ange du vendredi et l’autre l’Ange du mercredi : ce mort n’a cessé d’observer le jeune de ces deux jours jusqu’au moment de sa mort ; c’est pour cela que nous avons dû honorer son âme en assistant à ses obsèques. »
Un jour parmi les jours, le grand père Macaire vint trouver notre père Pakhôme, et pendant qu’ils conversaient ensemble sur la parole de Dieu, Pakhôme dit : « 0 père, j’ai ici des frères dont la conduite est déréglée : est-il bon ou non de leur infliger une correction ? » Macaire dit : « Punis et juge avec justice ceux qui sont sous à main et les autres, non ; car il est écrit : « Condamnez ceux qui sont dedans ; mais quant à ceux qui sont dehors, le « Seigneur les condamnera. » Il arriva plus tard que des gens, sous l’action de Satan, portèrent envie h notre père Pakhôme, ils n’écoulèrent pas ses paroles et résolurent de le tuer. L’un d’eux se mit à l’écart, possédé de Satan 2, il alla vers le saint, tenant à la main un couteau et résolu de le tuer ; mais le Seigneur le sauva 1 Citation inexacte.
M. à m. : et Satan était eu lui. par l’entremise des frères qui raccompagnaient. Il se mit alors en marche et arriva dans le monastère qu’il avait bâti en dernier lieu et qui avait nom Bahnoun : ce monastère était situé aux environs de la ville. Un peu plus tard le père Théodore et Zacliée arrivèrent d’Alexandrie dans la petite barque, et cela parce que les cénobites avaient deux barques, la plus grande pour vendre les nattes dans la ville et transporter ce dont ils avaient besoin, la plus petite pour transporter leurs vêtements et leurs couvertures. Lorsqu’ils eurent salué le père et les frères assemblés, le père leur dit : « Comment va l’Église ? » Car il était triste à ce sujet, parce que les Ariens et leur chef, Grégoire l’avaient alors attaquée, comme des brigands, et s’en étaient emparé.
Le père priait pour elle continuellement et était rempli de crainte pour le peuple de Dieu, qu’on traitait avec injustice, parce qu’ils avaient perdu leur pasteur, Athanase l’archevêque, les affaires sont agitées et la situation de l’Église est ébranlée. »
El il leur répondit : « Je suis assuré en Dieu que ces choses arrivent pour éprouver les croyants et qu’il les vengera. » Il leur raconta alors sa tris1 M. à m. : revêtu du Christ ; c’est la traduction du grec Xpnrrôyopoî. (esse pour l’Église de Latopolis( ?) comment Dieu l’avait sauvée du meurtre et son remerciement continuel ; puis il dit : « Notre seul moyen est de souffrir toutes les épreuves avec courage, car les épreuves ne nous nuisent pas ; mais, au contraire, elles nous seront utiles, si nous les recevons avec action de grâces. Et quant à ceux qui s’enquièrent de nos affaires, ils ont été pour nous des pères et des frères, et ils ont été comme nous dans la voie droite, mais l’ennemi, dans sa friponnerie,, leur a porté envie, et, s’ils retournent au Seigneur de tout cœur, il les recevra, il les comblera de sa bonté.
Quant à notre père, le patriarche Athanase, qui combat l’ennemi depuis longtemps, il est heureux ; ses ennemis ne s’empareront jamais de lui, car Dieu le garde à cause de sa foi et ce qui a été écrit s’accomplira en lui : « Toute voix s’élèvera contre loi et l’aide de Dieu viendra sur loi, lu » vaincras tes ennemis2. « Et il en fut ainsi : le père Athanase revint sur son siège avec gloire et honneur. Ap rès la Pâque, Dieu envoya aux frères une maladie qui fut générale pour eux tous : plus de cent frères tombèrent (malades) dans les monastères ; parmi eux fut notre père Pakhôme. Cette maladie était épidémique : dès 1 Je ne sais trop ce que signifie ce membre de phrase.
5 Citation inexacte. que l’un d’eux avait un accès de fièvre, son visage se changeait aussitôt, ses yeux devenaient rouges et il sortait ainsi de la vie. D’un pareil coup mourut Sourous, chef du monastère nommé Bahnoun ; Corneille, chef du monastère connu sous le nom de Mankhousin ; Paphnuti, le grand économe du monastère de Phbôou, et beaucoup d’autres parmi les grands frères. Théodore s’était dévoué au service de notre père Pakhôme et sa maladie dura longtemps et il s’affaiblit à un degré excessif : son cœur et ses yeux étaient comme du feu brûlant : il resta trois jours sans manger ni boire : il leur parlait et tous pleurèrent amèrement, lorsqu’ils eurent appris le grand malheur qui allait les atteindre, si Dieu le visitait. Et il y eut beaucoup de frères malades de cette maladie, si bien que certains étaient jetés à terre depuis longtemps, d’autres depuis deux jours, d’autres depuis trois jours et quatre ; dans tous les monastères il y eut des morts et un grand nombre des (frères les) plus élevés moururent de cette maladie ; car dès que la fièvre les prenait, leur couleur changeait, leurs yeux se remplissaient de sang, ils éprouvaient comme si quelqu’un les étouffait jusqu’à ce qu’ils eussent rendu l’âme.
De cette même manière moururent (sic), anba Corneille, supérieur de Schénésit : ceux qui moururent de cette maladie atteignirent le nombre de cent trente frères. Notre père Pakhôme fut longtemps malade et Théodore le servait : il resta quarante jours dans le lieu où étaient les frères malades, et on le servait comme les (autres) frères malades, selon les règles qu’il leur avait imposées. Son corps était tout changé à cause de la longueur de la maladie et il dit cà Théodore : « Fais-moi une charité et donne-moi un habit léger pour me couvrir, car celui que j’ai est trop épais ; voici que je suis malade depuis quarante jours, mais je remercie le Seigneur de tout ce qu’il veut et désire m’envoyer. » Théodore alla, lui apporta un habit léger (pris) chez le frère qui était en charge et l’en couvrit.
Et quand notre père eut vu : « Quelle est cette injustice que tu viens de faire, ô Théodore ? veux-tu me faire un scandale pour les frères qui viendront après moi, afin qu’ils disent que Pakhôme cherchait ses aises plus que tous les frères, et j’en serai responsable devant le Seigneur. Et maintenant ôte-moi cet habit pour que je sois égal aux frères en toute chose, pour ne pas me présenter devant mon Maître, Jésus le Messie, de manière à m’attirer son blâme. » Théodore lui ôta l’habit neuf et lui en donna un autre en mauvais état, comme celui des frères ; il l’en couvrit. On était aux jours du khamsin. Trois jours avant sa mort, il envoya chercher les grands frères, ainsi que les supérieurs des monastères et leur dit : « Je vais vers le Dieu qui m’a créé et nous a réunis pour faire sa volonté.
Dites-moi maintenant, mes frères, qui vous voulez pour votre supérieur. « Ils pleurèrent tous et personne ne lui répondit à cause de leur tristesse, car ils allaient rester orphelins après lui (et) comme des brebis sans pasteur. Ensuite il parla avec Horsiési et lui dit : « Dis aux frères de m’apprendre quel est celui qu’ils veulent pour leur père ? » Ils lui répondirent en pleurant : « S’il en est ainsi, nous ne connaissons personne que Dieu et loi, et celui que lu nous désigneras, nous serons bons de cœur pour lui et nous l’écoulerons en toute chose qu’il nous dira. » Aussitôt l’homme de Dieu leur dit : « L’homme que Dieu m’a révélé devoir élever vos âmes dans la crainte, c’est anba Pélronios, le père du monastère d’Aschmini l, et il régira vos âmes dans la crainte de Dieu, surtout à cause de la pureté de son cœur ; car souvent il a des visions, il est d’une belle conduite 2 en toute chose.
Mais je dois vous dire qu’il est malade : s’il vit il sera votre Sans doute belle espèce. père. « Aussitôt Pakhôme l’envoya chercher par quelques-uns de ceux qui l’entouraient. Or, avant qu’il réunît les frères et leur parlât, ils étaient restés trois jours à prier Dieu, avec larmes, de l’épargner quelque temps, afin qu’il leur apprît la crainte du Seigneur. Au bout de trois jours, notre père envoya Théodore leur dire : « Dis aux frères : c’est assez pleurer, car l’ordre de Dieu est donné 1 cà mon sujet, pour que je me rende à lui, comme mes pères saints. » Les frères vinrent alors à l’endroit où il était couché, ils pleuraient avec chaleur de cœur ; il se retourna alors vers Théodore et lui dit : « Lorsque Dieu m’aura visité, ne laisse pas mon corps dans le lieu où tu l’auras enterré.
« Théodore lui dit : « Je ferai toute chose que lu me diras. » Théodore pensa qu’il lui parlait ainsi de peur que des gens n’allassent enlever son corps, pour lui bâtir une église, comme cela se pratiquait pour les martyrs ; car souventes fois il avait blâmé ceux qui agissaient de la sorte, disant que les saints n’auraient pas le cœur content d’être traités ainsi, et que quiconque faisait cela faisait, en quelque sorte, commerce du corps des saints. El notre père Pakhôme prit la barbe de Théodore une première et une seconde fois et lui dit : « 0 Théodore, ne laisse pas mon corps où il aura été enterré. »
Théodore lui dit : « Je ferai selon ta parole. »
Alors Pakhôme lui prit la barbe une troisième fois et lui dit : « O Théodore, fais ce que je t’ai dit, et, quand les autres frères auront été négligents, réveille-les par les lois du Seigneur. » Et Théodore pensa en son âme que Pakhôme lui avait ainsi parlé trois fois à cause de son corps et des frères (lui disant) de les réveiller dans la crainte de Dieu, parce qu’après quelque temps, il serait le troisième à qui l’on confierait (le gouvernement) des frères. Et pendant qu’il avait cette pensée, notre père Pakhôme le regarda et lui dit : « Non, il n’en sera pas ainsi. »
Théodore lui répondit : « Tant mieux, et tout ce que tu dis est vrai. » Après avoir ainsi parlé, Pakhôme devint un peu interdit, il resta et ne parla à personne d’entre eux, puis il se signa trois fois le visage et rendit l’âme entre les mains du Seigneur, le quatorzième jour de Paschons, au milieu du jour. Une grande terreur se répandit en cet endroit qui trembla par trois fois. Les vieillards racontent qu’ils virent une foule de visions, des Anges, une multitude de saints purs, rangés ordre par ordre, qui reçurent et entourèrent Pakhôme au moment où il rendit l’âme ; puis ils le précédèrent, glorifiant (le Seigneur) et chantant avec joie, jusqu’à ce qu’ils l’eussent conduit à l’endroit du repos. La chambre où il mourut continua, pendant des jours nombreux, d’exhaler des odeurs agréables et excellentes, si bien qu’aucun parfum ne leur était égal.
Il mourut et la main de Théodore fut sur ses yeux pour les fermer, comme Joseph, lorsque le Seigneur eut dit de lui à Jacob : « N’aie pas peur de descendre en Égypte, tu trouveras Joseph vivant et il te mettra la main sur les yeux ’. » Tous les frères se jetèrent alors sur lui, se mirent à baiser sa bouche, son corps saint ; ils passèrent le reste du jour à lire pour lui devant l’autel, et de même la nuit ; puis, à l’heure de l’aurore, ils célébrèrent la messe ; les frères ensevelirent le corps saint comme ils avaient fait pour tous les frères, ils firent pour lui l’offrande, puis ils chantèrent en le précédant, jusqu’à ce qu’ils l’eussent conduit à la montagne, où ils l’enterrèrent le quinzième jour de Paschons. Les frères rentrèrent alors dans leurs monastères, en se disant les uns aux autres : « Eu vérité, nous sommes aujourd’hui orphelins.
« Et quand ils furent descendus de la montagne, Théodore prit avec lui trois frères et, en cette même nuit, ils se mirent en marche, ils enlevèrent son corps d’en haut et l’enterrèrent à côté ce jour, personne n’a su l’endroit où il avait été enterré. La somme des jours où il resla dans le monde est de soixante ans ; il se fit moine à l’àge de vingt et un ans et demeura, dans la vie monacale, trente-neuf ans. Comme le Seigneur l’avait vu crucifier soncorps en toute chose, pour cette raison, il l’appela vers lui promptement, et il ne le laissapas vivre un long âge de peur qu’il ne s’affaiblit beaucoup ; il le combla de gloire 1 dans le pays des vivants, dans le séjour où il n’y a ni tristesse, ni soupirs, et il l’a éclairé de la lumière des saints.
C’est pourquoi les saints l’ont reçu, parce que de toute sa force il avait suivi leur voie ; les Apôtres l’ont reçu, parce qu’il s’était soumis lui-même aux règles qu’il avait imposées aux cénobites ; les Prophètes l’ont reçu parce que l’esprit de prophétie s’était (reposé) sur lui, qu’il connaissait les actions secrètes et savait les pensées des frères que Dieu avait réunis près de lui : il voyait leurs pensées comme (on voit) de l’huile dans un vase de verre et comme l’homme voit le visage de son frère ; les Martyrs le reçurent parmi eux, parce qu’en tout temps il avait été martyr par la faim, la soif, les veilles, qu’il avait possédé des vertus mystérieuses qui ne sont connues que de Dieu qui les récompensera par les biens célestes M. à ni. : il le glorifia de gloire.
en la place des peines qu’il a enduréees ; les Docleursdel’Église le reçurent 1 parce qu’il avait été comme un Ange sur terre ; en un mot le Seigneur des Anges et le Dieu des saints le reçut à lui, parce qu’il avait observé ses commandements en toute fermeté, et ainsi lui a été donné par Dieu ce que nul œil n’a vu, nulle oreille entendu, ce qui n’est point entré dans le cœur de l’homme, cà savoir ce que Dieu a préparé à ses amis et à ceux qui observent ses commandements : qu’à lui soit la gloire jusqu’à l’éternité, maintenant, toujours et dans tous les siècles des siècles ! Amen. Trois jours après la mort de notre père Pakhôme, les frères firent venir à l’église Pétronios qui était malade ; ils lui demandèrent de remplacer leur père dans sa charge, et, comme il y était obligé d’après l’ordre (de Pakhôme), il leur obéit et ils le consacrèrent avec respect, comme il le fallait.
Ce père, quoiqu’il fût continuellement malade et que son état fût mauvais, était brave, vigilant. Il ne demeura qu’un petit nombre de jours à diriger les affaires des frères de la meilleure manière. Ensuite la maladie s’appesantit sur lui, il fut assuré qu’il allait mourir : il fit alors appeler les frères et leur demanda lequel ils voulaient après lui. Voici qu’ils dirent : « Toi, tu le sais mieux (que nous).
Il leur dit : « Que ce soit ’Ce passage prouve qu’il y a là une interpolation postérieure sans doute, car à l’époque où Pakhôme mourut, il n’y avait pas encore de catégorie de docteurs. Horsiîsi ! » et aussitôt il rendit l’âme entre les mains du Seigneur. Après lui avoir fait des obsèques honorables, avec prières et avec chants, ils le portèrent à la montagne et l’y enterrèrent selon la coutume. Quant au père Horsiîsi, lorsqu’il apprit que la charge du gouvernement lui avait été donnée, il pleura et dit aux frères : « Ce travail est trop grand pour mes forces ; mais, comme obéir c’est vivre et désobéir c’est mourir, je dois obéir en comptant sur la miséricorde de Dieu, sur les prières de notre père Pakhôme, celles d’anba Pétronios et les vôtres.
« Ils le consacrèrent alors selon l’habitude. Le père Horsiîsi était plus modeste que tous (les frères) : il visitait les monastères avec soin, prenant bien garde de ne rien abolir des commandements de notre père Pakhôme ; il enseignait aux frères les lois du Seigneur en se rappelant les paroles que notre père Pakhôme lui avait dites, lorsqu’il l’avait mis à la tête du monastère nommé Schénésît : « Tu n’as certes pas reçu de Dieu une connaissance profonde dans les sciences ; mais dis simplement la parole de Dieu en parabole et parle avec simplicité, et Dieu vérifiera ta parole près d’eux, ils la recevront comme une parole sagement dite, et Dieu la rendra pour eux comme une bonne action. » Et ainsi il leur disait des paraboles et les leur expliquait, et les frères admiraient la simplicité de ses paroles.
Un jour il dit aux frères : « Nous savons tous que notre père Pakhôme nous comblait de ses instructions spirituelles et nous expliquait les difficultés des Livres divins ; mais moi qui ne suis pas savant, je parlerai selon ma faiblesse. Si l’homme ne nettoie pas son cœur des débris des choses (terrestres) et ne s’applique pas à se sauver, les lois de Dieu ne resteront pas en lui, et votre audition des Livres (saints) sera une simple audition qui ne portera pas de fruits et nous serons tout à fait responsables. Levons-nous de notre sommeil, ô frères, appliquons-nous à sauver nos âmes dans les veilles, ne négligeons point ce qu’on nous lit au temps marqué 1; et, comme le pain fait subsister le corps, ainsi la parole de Dieu l’huile, elle ne s’éteindra pas, et tant qu’elle sera allumée aucun rat n’en approchera pour manger la mèche ; mais, quand l’huile manque et que la lampe s’est éteinte, les rats s’en approchent avec audace, parce qu’ils voient qu’elle n’éclaire plus 2, ils en mangent la mèche, la font tomber de l’endroit où elle était allumée.
Si la lampe est en poterie, elle se brise ; si elle est en cuivre, son possesseur en raccommode les bosselures. Ainsi arrive-t-il à l’âme négligente qui ne se nourrit pas des paroles divines. La grâce de l’Espril-Saint, que l’homme avait reçue au moment de son baptême, se sépare de lui, sa chaleur s’éteint, l’ennemi lui dévore son activité, la jette à terre et il sera écrasé par les vices. N’oublions pas, ô amis, que nous parcourons la mer et que chacun de nous a sa barque ; si on la charge trop, elle se submerge ; si on la soulage, elle flotte sur l’eau. Ne perdons pas, ô amis, l’heure que nous avons consacrée à apprendre et à travailler ; nous sommes de la race vivante : Dieu nous a honorés en nous donnant un esprit et la faculté de parler, il nous a glorifiés en prenant notre corps et en se faisant comme l’un de nous.
C’est à cause de son grand amour pour nous qu’il nous a donné le pouvoir d’être ses enfants. Ne négligeons pas cette grande dignité et ne lui préférons pas le monde et le fumier des bêtes, puisque cela dépend de notre libre arbitre ; car alors se vérifierait pour nous ce qui a été écrit par l’Espri t-Saint dans le Psaume quarante-huitième : « L’homme qui a été honoré n’a pas compris « (sa dignité), mais il s’est rendu semblable aux bêtes l. » Sachez que si un aveugle marche (seul) et tombe dans un puits, il a une excuse près de lui-même et près des autres ; mais celui qui voit et qui s’y jette volontairement, quelle excuse peut-il avoir près de lui-même et près d’aulrui ? La détresse de celui qui tombe dans une faute est grande et les tortures de son châtiment sont bien amères ; la cause en est qu’il sait ce qu’il fait volontairement et non malgré lui.
Sachez que les conteurs qui s’asseoient dans les chemins ne parlent pas pour être écoutés des muets et des sourds, mais de ceux qui ont des oreilles : il en est ainsi des sages qui enseignent la sagesse et apprennent la signification (des mots), non pas aux âmes de brutes, mais aux âmes intelligentes qui parlent, qui marchent dans le chemin de la vie où l’homme est volontairement et non malgré lui. Je vous ai expliqué les deux cas selon le degré de ma science, choisissez les choses qui vous sont préférables selon le degré de votre pouvoir. « Après cela, ils se levèrent pour la prière. Et ce père Horsiîsi était demeuré longtemps avec notre père Pakhôme pendant sa vie, il avait appris de lui la dévotion, et lorsqu’on l’établit supérieur au couvent appelé Schénésît, c’est-à-dire le lieu où l’on engraisse les oies ; quelques-uns des frères du monastère murmurèrent en disant : « C’est une plante nouvelle !
« Et lorsque notre père Pakhôme l’apprit, il leur envoya dire : « Ne dites point que le royaume des deux est pour les anciens de ce monastère seulement : il est aussi pour les autres qui se conduisent avec rectitude. Quand un frère ancien dans un monastère murmure, il perd (le mérite) de son ancienneté et de ses fatigues, parce qu’il n’a pas été parfait dans la vie monacale qui ne consiste que dans l’humiliation du cœur et la modestie. Le Seigneur ne nous demande pas d’être anciens et d’avoir séjourné longtemps dans un monastère ; mais il veut de nous que nous observions les commandements, dont le premier est l’amour de l’obéissance, de la modestie et des autres vertus comprises dans la crainte de Dieu. À quoi bon me trouver dans un monastère, si je ne donne de bons exemples !
Ce sera au contraire une honte pour moi. Et je vous dis une parole vraie : Horsiîsi, la plante nouvelle est devenue dans la maison de Dieu comme un chandelier d’or et une étoile lumineuse, et s’est accompli en lui le chapitre écrit dans la seconde Épilre de saint Paul aux Corinthiens, où il est dit : « Je vous ai » fiancés à un seul homme pour vous présenter au Seigneur comme une Il arriva plus tard que le père Athanase, patriarche d’Alexandrie, étant de retour de Constantinople, recouvra son siège et la plupart des hommes allaient le saluer et recevoir sa bénédiction. Il arriva que des frères, moines du monastère de Phbôou, se rendirent à Alexandrie dans leur barque pour les besoins du monastère ; pendant qu’ils voyageaient, ils arrivèrent à la montagne où habitait le père, le grand Antoine ; ils voulurent le voir et recevoir sa bénédiction ; ils montèrent de la barque (à terre), ils allèrent vers la montagne et, lorsqu’ils furent arrivés près de sa grotte, il se donna la peine d’aller au-devant d’eux ; car c’était alors un vieillard.
Alors il leur demanda des nouvelles de Pakhôme, et, quand ils eurent pleuré avec douleur de cœur,, Antoine comprit que Pakhôme avait été transporté vers le Seigneur et il leur dit : « Ne pleurez point, caries Pakhômiens sont devenus nombreux. En vérité, je vous le dis, il a servi le Seigneur dans un grand service en réunissant toutes ces foules et en les soumettant à une seule règle dans l’adoration de Dieu ; il a marché dans la voie des Apôtres, il a imité leur conduite, il a été une lampe lumineuse pour quiconque était dans les ténèbres. »
Et le père Zachée répondit, car il était chef de Tabennîsi et il était au nombre des frères qui allaient à Alexandrie, il dit : « C’est toi, ô père, qui es le chandelier de cette montagne et du monde entier : car, certes, ta nouvelle s’est répandue même dans les palais des rois et Dieu a été glorifié par la beauté de ta conduite. »
Et le père Antoine répondit : « Sache, ô frère, que dans les premiers temps que je me suis fait moine, aucun monastère n’avait été fondé et aucune règle établie pour réunir plusieurs âmes en un seul endroit ; mais, après la persécution, celui qui préférait abandonner le monde, après avoir reconnu ses erreurs et ses fautes, faisait des dévotions à l’écart jusqu’au moment où a paru le père Pakhôme et où il a fait cette bonne œuvre par l’inspiration de Dieu. Avant lui, un homme nommé Aoutos avait commencé ce service, mais comme son intention ne lui venait pas du fond du cœur, il n’obtint pas cette grâce. Quant au père Pakhôme, il a surpassé beaucoup de gens par ses souffrances et par ses connaissances profondes. On m’a raconté ses bonnes coutumes et sa bonne conduite conformes aux Écritures divines et aux canons des Apôtres vertueux, et mon âme en a été grandement réjouie, joyeuse et contente.
J’avais vraiment désiré le voir dans le corps et peut-être en étais-je digne ! mais nous nous verrons dans le royaume des cieux et nous nous réunirons avec tous les saints. Pour vous, frères, fortifiez-vous dans le Seigneur, soyez fermes, devenez parfaits. « Il leur dit ensuite : « Qui a-t-il laissé après lui comme supérieur ? »
Ils lui répondirent : « Le père Pétronios, qui est allé vers le Seigneur et qui a eu comme successeur le père Horsiîsi. »
Il leur répondit: : « Ne l’appelez pas Horsiîsi, mais le père Israélite véritable. » Puis, lorsqu’il apprit qu’ils avaient pour recevoir la bénédiction du père Athanase, le patriarche, et pour d’autres causes, il lui écrivit une lettre pour le féliciter d’être retourné sain et sauf sur son siège et, en lui parlant des frères porteurs de la lettre, il lui disait : « Vois les fils du véritable Israélite ! » Alors il pria sur eux et les congédia. Lorsqu’ils furent arrivés à Alexandrie, le père Athanase leur fit une belle et honorable réception, surtout à cause de la lettre d’anba Antoine digne d’être envié, car il connaissait sa bonne conduite et sa grande dignité. Puis, lorsqu’ils eurent fini leurs affaires, ils retournèrent vers leur couvent. Le père Horsiîsi savait que Théodore pratiquait des vertus et il le nomma chef des boulangers dans le monastère de Phbôou.
Cependant arriva au couvent auba Macaire, chef du monastère deBahnoun avec abba Souroua, et il se plaignit au père Horsiîsi des frères boulangers de son monastère, qui se conduisaient sans politesse, lui demanda d’envoyer anba Théodore pour travailler avec eux pendant quelque temps, afin de leur apprendre comment ils devaient se conduire. Horsiîsi le lui donna, et c’était après la Pâque sainte. Lorsqu’ils furent dans la barque, l’un des frères mariniers regarda Théodore qu’il ne connaissait pas, parce qu’il était novice dans le monastère : il menait une belle conduite, il savait que Théodore allait avec eux pour être boulanger et pensait que c’était un plant nouveau ; il lui dit : « Depuis combien d’années es-tu dans ce monastère avec les frères ? »
Théodore répondit : « Depuis peu de temps. »
Le frère lui dit : « Et, avant d’entrer dans la vie monacale, savais-ln faire certes venu pour boulanger, lu es novice et moi je vais le conseiller ce qui sera bon pour ton âme : peut-être verras-tu quelqu’un des frères qui rira dans la boulangerie d’un rire trop fort et déréglé, ou qui se mettra en colère, comme s’il était dans la salle commune. N’imite pas ceux qui font ainsi ; mais fais bien attention à toi et imite les frères fervents. »
Théodore répondit : « Tu as bien parlé et je t’en remercie. » Et lorsque la barque se fut approchée du monastère et que les frères eurent appris l’arrivée d’anba Théodore avec leur supérieur, ils se réjouirent et sortirent pour le recevoir avec affabilité, se rappelant ses instructions et ses prédications, lorsqu’il allait dans les monastères en remplacement du père Pakhôme. Lorsqu’ils le virent, ils se prosternèrent devant lui et le saluèrent : et quand le frère matelot vit le respect de tous les frèrest et la vénération dont Théodore jouissait près d’eux, il comprit la dignité de Théodore et fut honteux d’avoir osé lui donner des conseils. Quant au père Horsiîsi, il était assidu à nourrir et à désaltérer les frères par ses instructions spirituelles et les grâces que Dieu lui avait accordées : ses paroles les consolaient grandement, car il les instruisait par des paraboles et leur en expliquait le sens ; il leur rappelait d’observer les règles de notre père Pakhôme et les commandements des pères qui avaient été des amis de Dieu et qui avaient été chargés de la direction de monastères.
Il leur fixa deux époques par an pour se procurer ce dont ils avaient besoin et leurs affaires corporelles, pour rendre compte de leurs travaux au grand économe : c’était après la Pâque sainte et dans la saison de l’automne. Le Seigneur guidait leurs affaires avec amour, parce qu’il connaissait leurs bonnes intentions et savait qu’ils étaient tels qu’autrefois pendant la vie de notre père Pakhôme, et cela parce que les vieillards et les anciens du monastère vivaient encore et que c’étaient eux qui encourageaient les frères à observer et à exécuter les commandements de Dieu, du grand père, celui dont on a dit qu’il avait consolé notre père Pakhôme dans les détresses qui lui étaient survenues, le grand, sur lequel le Seigneur avait répandu de son esprit par l’entremise de notre père Pakhôme, et d’autres pères vertueux qui ne permettaient à aucunes ténèbres de s’approcher des frères ; car, si nous observons les commandements, nous aurons la paix et la tranquillité, comme le dit le Psaume dix-huitième : « La loi du Seigneur rend les âmes sans défaut ; les commandements de Dieu sont justes et éclairent les yeux1.
« Lorsque le père Paphnuti, économe du monastère de Phbôou, fut transporté vers Dieu, le père Uorsiîsi mit un autre économe à sa place et ce fut le père Bisarafatîn, homme brave, patient et l’un des anciens du monastère. Et les frères désiraient que Théodore leur expliquât les passages obscurs des Livres saints et leur dit les visions qu’il avait sues de notre père Pakhôme et il leur répondit : « Nous tous, nous devons prier le père Uorsiîsi de nous expliquer les paroles des Livres (saints) ; car il est notre père à tous et quand le père est présent, le fils ne doit pas parler. » C’était leur coutume de s’asseoir après le repas du soir et de parler des saints Livres, s’interrogeant les uns les autres sur ce qui était difficile ; car, en toute chose, ils cherchaient à se contenter et disaient : « Puisque nous avons donné au corps sa nourritureT donnons à l’âme son aliment !
« Car ils n’avaient pour but que de sauver leurs âmes. Ils échangeaient leurs charges comme des serviteurs de Dieu et non comme des serviteurs des hommes, à cause de la parole du Seigneur : « Ce que vous ferez à l’un de ceux qui croient (en moi), c’est à moi que » vous le ferez 1. » Et lorsque le père Horsiîsi leur expliquait la parole de Dieu, Théodore s’asseyait au milieu d’eux et écoutait comme un jeune homme, humiliant son cœur et se rappelant les réprimandes de notre père Pakhôme, lorsqu’il le punit pendant deux ans, pendant lesquels il se conduisit de la meilleure manière et notre père Pakhôme en rendit témoignage en son absence, comme nous l’avons dit plus haut : « Ne croyez pas que Théodore est mal vu par le Seigneur à cause de cette punition ; mais il a fait dans la ferveur de plus grands progrès qu’auparavant en présence du Seigneur.
« Et un jour que le père Horsiîsi nourrissait les frères d’une nourriture spirituelle, invisible, et leur donnait à boire des sources du Saint-Esprit, il leur dit : « 0 mes amis, pères et frères, j’ai appris que quelques-uns parmi vous désiraient le gouvernement et veulent aussi la vaine gloire ; la charge est bonne et louable, mais si l’on demande à quelqu’un de l’accepter et non quand il la cherche lui-même. Ne savez-vous pas que celui qui veut être grand ici-bas sera misérable ensuite dans le royaume des deux ? Pour moi, quand le père Pétronios m’a nommé à cette charge, qui est au-dessus de mes forces, j’y suis resté malgré moi, parce que je connais ma faiblesse et mon peu de savoir : je me suis mis à pleurer nuit et jour, craignant le scandale dont les chefs de monastères seront tout à fait responsables ; car la direction des âmes ne convient pas à chacun, mais aux gens vertueux et expérimentés, et ceux-là la refusent comme le fit le premier Moyse le prophète, lorsque le Seigneur l’envoya en Égypte pour sauver le peuple des mains de Pharaon, et il n’accepta qu’à cause de sa modestie et quand il eut vu que le Seigneur était mécontent de lui.
Devons-nous donc dès lors chercher des charges sans prendre garde aux pierres d’achoppement et aux fossés ? Est-ce que chacun de nous ne connaît pas sa faiblesse à dompter son âme ? Ne savez-vous pas que si l’on place une brique dans les fondations (d’une maison) près d’un fleuve, elle ne reste pas un seul jour sans se dissoudre ? Mais, si on l’introduit d’abord dans le feu et qu’on l’y fasse cuire, sa nature change : de poussière elle devient pierre et elle résiste à l’humidité de l’eau. Il en est ainsi des hommes qui n’ont pas mortifié leur corps et qui ne se sont pas défendus, comme Joseph, par la parole de Dieu, comme le Saint-Esprit l’a rappelé dans les Psaumes. Dès que cet homme aura obtenu l’autorité, il sera perdu ’, parce qu’il sera sujet à beaucoup d’épreuves et de tentations.
Il est mieux pour l’homme de reconnaître sa force et de refuser le gouvernement, de peur qu’il ne fasse un faux pas, et de penser à la parole du saint Évangile : « Tout homme qui s’élèvera sera humilié 2. » Mais ceux qui sont fermes dans la foi et qui ont le désir d’observer les commandements sont remplis de fermeté comme Joseph, au sujet duquel si quelqu’un dit qu’il n’a pas été terrestre, celui-là ne sera pas contraire à la vérité, car il a été éprouvé par des tentations au-dessus de la force humaine ; mais le Dieu de ses pères, sauvé de toutes ses détresses, et il est maintenant dans le royaume des cieux. Et nous, quand même nous aurons su notre valeur et que nous aurons mené une vie retirée pour le salut de nos âmes, c’est à peine si nous échapperons avec l’aide de Dieu à l’épouvantable responsabilité.
« Puis il acheva son discours par des prières, et chacun d’eux se retira dans sa cellule. Et plus tard, les frères se multiplièrent dans le cénobitisme, ils commencèrent cà devenir nombreux et ils possédèrent des champs d’où ils tiraient leur nourriture. Principalement, le supérieur du monastère connu sous le nom Mankhousim, nommé Apollonios, posséda plus que les autres couvents et se mit à changer les règlements et les ordres. Le père Horsiîsi le désapprouva, voulut l’en empêcher ; mais Apollonios n’obéit point. Horsiîsi le punit alors : cela fut pénible à Apollonios, qui voulut séparer son monastère de l’ensemble du cénobitisme, et, par l’aide de l’ennemi, il fit pencher les chefs des autres monastères à agir semblablement. Les règles des autres monastères furent abolies, les âmes en souffrirent et l’on désobéit franchement en disant : « Nous n’obéirons à aucun ordre (venant) du grand monastère de Phbôou.
« Quant à Apollonios qui avait jeté cette émeute dans les autres monastères, la tentation fut forte sur lui et il augmenta le mal qu’il avait fait. Le père Horsiîsi fut rempli de tristesse et demanda à Dieu avec des jeûnes continuels, des prières, des veilles et des vaillances nombreuses de jeler un regard sur les frères et de diriger leurs affaires comme il le voudrait. Ensuite, il vint au père Horsiîsi une idée de Dieu : ce fut de prendre un aide dans le gouvernement. Il se retira un jour (à l’écart), pria et pleura en disant : « O Seigneur Dieu, Créateur de toute créature, loi qui connais tout secret, lu sais que lorsque le père Pétronios m’a donné cette charge, je ne l’ai pas acceptée volontairement ; mais je n’ai voulu qu’obéir. J’espérais être utile à un grand nombre d’àmes par l’ordre de ton Saint-Esprit ; et maintenant je vois que beaucoup de frères sont révoltés contre moi, qu’ils ne m’écoutent pas en ce qui pourrait causer le saint de leurs âmes ; au contraire, chacun agit à son gré ; les (frères) fidèles qui obéissent sont peu nombreux et je suis grandement affligé de la division qui existe entre nos frères et dont je ne suis pas cause, car la faute en est à Satan l’ennemi.
Maintenant à moi seul je ne peux pas les guider, car je suis faible : fais-moi donc connaître qui est capable de celle affaire, afin que je le nomme. « Il ne cessa de prier ainsi jusqu’à la fin de la nuit. Alors il se coucha et vit en songe deux lits très grands, l’un neuf, l’autre vieuv et une voix lui dit : « Ce lit neuf est pour te reposer, et l’autre pour Théodore, le disciple spécial à Pakhôme. » Et lorsqu’il fut réveillé, il comprit en esprit que Dieu avait appelé Théodore à lui succéder, car il aimait Théodore à cause de sa modestie et il savait son habileté à réconcilier ceux qui étaient divisés, avec l’aide de Dieu. Et lorsque le jour brilla, il assembla les grands frères, les supérieurs de quelques monastères et leur parla ainsi en l’absence de Théodore : « Vous n’ignorez pas que les tentations ont vaincu nos frères par le Seigneur en leur état de rébellion et d’hypocrisie contre Dieu et contre notre père Pakhôme ; jusqu’à présent j’ai patienté, espérant que peut-être la chose cesserait ; mais plus elle va, plus elle empire.
Je vous avoue ma faiblesse pour venir à bout de cette affaire à moi seul ; je sais d’un autre côté que vous n’accepterez pas ma démission, et celui que je vois capable de toute chose et pouvant réunir ce peuple dans la tentation qui est tombée sur nous, c’est Théodore qui était notre père à tous, lorsque notre père Pakhôme l’avait nommé son remplaçant ; moi aussi, je veux le nommer mon remplaçant, car je sais que l’occupation est grande et au-dessus de ma force. Obligez-le donc et nommez-le pour cette charge, qu’il le veuille ou ne le veuille pas, sinon le malheur s’aggravera et nous serons tous dispersés. Après cet aveu que je vous ai fait, Dieu ne blâmera ni moi, ni vous. « Et lorsqu’il eut fini de parler ainsi, il alla de nuit vers le monastère de Schénoboskion et il y resta.
Quant aux frères, lorsqu’ils apprirent qu’il avait élu Théodore, ils se réjouirent beaucoup ; car, eux aussi, ils le choisissaient, parce qu’ils connaissaient sa science : ils allèrent alors le chercher, l’emmenèrent de force et le consacrèrent malgré lui. Quant à lui, il n’accepta point, mais il se promit de ne point manger de pain, de ne point boire d’eau avant d’avoir vu le père Horsiîsi et de lui avoir parlé. Alors il se rendit près de lui et lui demanda de l’exempter de cette dignité. Horsiîsi lui répondit en disant : « Ce n’est pas nous qui t’avons choisi, mais notre père, le grand Pakhôme, lorsqu’il loucha ta barbe et te dit : Ne néglige point mes ossements, prends soin d’eux et cache-les. Il voulait, en disant ses os, parler des frères qui sont dispersés, comme tu le vois.
« Quand Théodore entendit cette parole du père Horsiîsi, il se tut, car il savait qu’il n’y avait personne avec lui quand le père Pakhôme lui avait ainsi parlé et lui avait touché la barbe, et lui-même ne l’avait dit à personne : il ne résista point et fut persuadé spirituellement. Les frères qui l’avaient accompagné l’emmenèrent et retournèrent au monastère de Phbôou avec grande joie ; le père Horsiîsi resta où il était. Quant à Théodore, il remplit sa charge à l’imitation de notre père Pakhôme, sans se détourner en rien de ses traditions. Lorsque les frères, qui habitaient les monastères apprirent cette nouvelle, ils furent très contents de l’élection de Théodore comme leur supérieur, surtout ceux qui connaissaient sa vertu et savaient que sa parole était pleine de grâce et capable de guérir les âmes affligées.
Théodore obéit au père Horsiîsi comme il avait obéi au père Pakhôme ; il se mit à ne rien faire sans ses conseils, si bien que le père Horsiîsi dit : « En vérité, c’est le lit neuf dont on m’a dit : « Repose-toi sur lui. » Et Théodore ne se regardait pas comme le premier, comme un père ou comme un supérieur, mais il se conduisait comme l’un des frères, s’imaginant toujours qu’il était disciple : il travaillait nuit et jour dans le Seigneur pour les frères, se rappelant les commandements de notre père Pakhôme dont le père Horsiîsi avait indiqué le sens : il avait déraciné de son âme l’amour du commandement, si bien qu’il en vint à ce degré de la perfection (la plus achevée), redoublant sa douceur et ses bonnes œuvres, et il procura le repos non seulement au père Horsiîsi, mais à tous les frères.
Le père Horsiîsi fil alors cet aveu et dit : « Aujourd’hui, je suis un supérieur plus grand qu’auparavant ! » Et lorsque Théodore prêchait les frères, il commençait par leur dire avec larmes et gémissements : « Où sont nos pères ? où sont nos prédécesseurs ? où est notre père et docteur, le père Pakhôme, qui a construites monastères ? Certes, il est passé maintenant ; et après un peu de temps nous aurons tous passé, comme le Seigneur l’a dit à notre père Adam dans le Paradis : « Tu es terre et tu retourneras dans la terre L » Et si la chose est ainsi, ne négligeons point de penser à la mort, car c’est la première des bonnes œuvres. 0 frères, nous devons supporter le fardeau de nos frères, leurs péchés soit eu actions soit en paroles, assurés que nous serons récompensés doublement près du Seigneur, d’abord si nous souffrons les fatigues, les injures, les réprimandes, les calomnies, d’être regardés comme des misérables, traités avec injustice, toutes les choses attristantes et douloureuses qui nous viennent de nos frères, avec douceur, vaillance, sans murmure, remerciant Dieu pour cela, afin d’être sauvés et délivrés de nos ennemis ; secondement, si celui qui t’attriste voit la fermeté, ta patience, ton courage, la sagesse, en ce qui l’est arrivé de sa part, il sera dans l’admiration, glorifiera Dieu, t’imitera, tu en seras la cause et tu sauveras son âme de la main de son ennemi.
N’oublions pas non plus la conduite de notre père Pakhôme, sa mortification dans le boire, les tristesses que lui causèrent les diables et les hommes. Il y a à peine maintenant cinq ans qu’il est mort et nous pensons déjà à la tranquillité dans laquelle nous nous trouvions pendant sa vie, même quand il était absent de corps, car il était présent d’esprit. Souvenons-nous toujours combien notre père était droit pendant sa vie : il n’y avait en son cœur rien autre chose que la pensée de Dieu et ses paroles qui sont plus douces que le miel et ses rayons : nous ne sentions pas que nous marchions sur la terre, nous étions dans les fêtes du ciel. N’oublions pas que l’homme saisi par le froid s’échauffe tant qu’il marche ou travaille, ne faisant pas attention au froid : si sa marche devient lente, ses membres deviennent froids.
Il en est ainsi de nous : tant que nous observerons les commandements de Dieu, la chaleur de l’esprit ne nous sera pas enlevée ; mais si nous abandonnons le travail, la chaleur du Saint-Esprit s’éloignera de nous et la froideur de l’esprit de Satan viendra en nous. Maintenant, certes, nous connaissons notre état, le froid est sur le point de nous saisir : revenons donc à la bonté de Dieu, soyons assurés de sa miséricorde, afin qu’il nous échauffe de son Esprit-Saint et qu’il renouvelle en nous la chaleur de l’esprit. « Il finissait de parler par une prière el chacun s’en allait en sa demeure. Alors voici que le bienheureux Théodore prit avec lui quelques frères, monta dans une barque et se dirigea vers les monastères pour visiter les frères. En arrivant près d’eux, il les fortifia par l’aide de l’Esprit-Sa int : ils recevaient ses paroles imprégnées de grâce comme les paroles de notre père Pakhôme.
Il alla enfin vers le monastère de Mankhousim et se joignit au père Apollonios, qui le premier avait causé la division ; ils eurent entre eux de nombreuses paroles et discussions ; puis, avec de grands efforts, il le persuada el le ramena à la communauté spirituelle, ainsi qu’aux liens imposés par notre père Pakhôme. La paix fut générale sous le gouvernement de notre père Théodore, l’ennemi fut confus et s’enfuit en courant. Le bienheureux Théodore était très vigilant et s’occupait du salut des âmes, consolant chacun comme un père pitoyable ou un médecin habile : personne parmi les frères n’hésitait à lui avouer ses pensées et ses désirs ; celui qui faisait ainsi obtenait remède et guérison, et Théodore acceptait l’aveu avec affabilité, car un bon maître doit exciter le disciple à découvrir ce qui est en lui, et par sa grande expérience, il savait et connaissait ce en quoi chacun luttait contre l’ennemi et leur disait : « Quand vous aurez combattu selon la loi, le Seigneur Jésus le Messie vous couronnera des couronnes de la piété, comme a dit l’apôtre Paul.
« Quand il voyait quelqu’un négliger sou salut, il quittait toutes ses occupations, il était longanime avec lui, le pêchait, lui apprenait la profondeur de la miséricorde de Dieu pour ceux qui avouaient leur péché et lui disait : « C’est une grande frayeur de tomber entre les mains du Dieu vivant qui punit les pécheurs qui ne reviennent pas à résipiscence ! » Il était charitable, honnête, désirant le salut de tous, et il disait encore : « Lorsqu’un homme est pressé, combattu par les Satans, si je ne suis pas longanime avec lui en tous les moyens possibles et si je le néglige, je serai responsable devant le Seigneur. » C’est pourquoi, il ne rejetait personne, mais il entraînait le pécheur avec l’aide de Dieu, l’arrachait de la main de l’ennemi et priait en disant : « O Seigneur, prolège-nous, ne nous abandonne pas à nous-mêmes, sans cela nous serons perdus. »
Il disait encore : « C’est une chose difficile pour l’homme de se justifier de toutes ses actions devant le Seigneur, comment sera-ce s’il est obligé de fournir des justifications pour des âmes nombreuses. Prends pitié de moi, mon Dieu, car je ne suis pas assez parfait pour prendre soin de nombreuses âmes ; secours-moi par la force de ta droite contre les maux de l’ennemi, garde ces frères et toutes tes créatures ; sauve-les des ruses du Satan, car personne ne peut nous sauver de lui, sinon toi. » La nouvelle de sa sainteté s’était répandue dans tous les pays et les hommes se mirent cà lui apporter les malades et les possédés d’esprits impurs, lui demandant de prier pour eux ; et il leur répondait : « Ne pensez pas, qu’il y ait en nous suffisance pour (guérir) ceux que vous nous avez amenés, car nous sommes pécheurs ; mais c’est le Dieu bon, père des miséricordes et source des pitiés, qui donne la santé et la guérison.
« Et lorsqu’on insistait pour qu’il priât sur les malades, il priait en disant : « 0 Seigneur, accomplis encore ta volonté, au nom des prières de notre père Pakhôme, donne-leur selon leur foi ! » Et aussitôt qu’il avait fini de prier, la guérison leur était accordée et ils s’en allaient glorifiant Dieu. Outre les monaslères susdits, noire père Théodore construisit un aulre monastère dans le territoire de la ville nommée Ilermopolis, selon le conseil de notre père Horsiîsi : il y établit des pères pieux comme dans les autres monastères. Il bâtit ensuite un autre monastère à Armoutim, y plaça des frères, un supérieur, lui donna les règles et les lois des autres monastères. Il construisit un autre couvent pour les vierges dans le village connu sous le nom de Fakhna, et ce monastère est éloigné d’un mille de Phbôou.
Pakhôme avait aussi bâti un monastère pour les vierges : ces deux couvents servaient à fabriquer les vêtements de laine pour les frères, et l’économe prenait soin d’elles par l’entremise du père Bounikhous. Et lorsque le père Théodore apprit les murmures qui avaient eu lieu à Alexandrie à cause du don des visions divines qu’avait possédé notre père Pakhôme, il cacha ce qu’il voyait, persuadé qu’il valait mieux le cacher, et disait aux frères qu’un homme qui a une foi forte et agit selon les commandements de Dieu est préférable à celui qui ale don des visions, car c’est le temple de Dieu, et, où Dieu se trouve, il y a grâce et autorité, car toute les bonnes choses se trouvent dans le palais du roi. Le tabernacle antique construit par Moyse contenait toute bonne chose qui conduisait à Dieu.
Que personne n’ait des doutes au sujet du serviteur de Dieu (Pakhôme), si l’on entend dire qu’il avait des visions divines, car Dieu habitait en lui, et nous avons besoin d’une grande vigilance pour que personne parmi nous ne se croie quelque chose de lui-même, de peur que l’ennemi ne le trompe, ne le jette dans le désir des visions ; Satan se montre alors à lui et le rend stupéfait après la vision qu’il lui fait voir, il en prend possession par le peu de discernement, ainsi qu’il l’a fait avec beaucoup de gens. Mais nous devons humilier nos cœurs, penser à nos péchés, et prier le Seigneur qu’il nous pardonne et nous sauve du feu inextinguible, comme l’ont demandé nos pères saints et comme a dit David le prophète, non dans un seul psaume, mais dans la plupart des psaumes, et entre autres dans le Psaume vingtquatrième : « Ne te rappelle pas, ô mon Dieu, les péchés de ma jeunesse et de mon ignorance ; pardonne mes péchés car ils sont nombreux 1 » ; et dans le Psaume trente-septième : « Mes péchés se sont élevés au-dessus de ma tête et pèsent sur moi comme un fardeau pesant 2.
« L’apôtre Paul a rempli ses Épitres de semblables paroles, il dit : « Je remercierai Dieu qui m’a sauvé de la bouche du lion1 », car c’est un (lion) fripon, aux nombreuses malices et menteur. Si l’homme tenté par lui n’a pas de discernement, il sera trompé ; et nous, ô frères, puisque nous le savons, protégeons-nous nous-mêmes, que chacun de nous connaisse sa force et n’en dépasse point les bornes, ni le berger, ni les brebis, car il n’y a qu’un seul berger, celui qui a dit : « Je suis le bon Pasteur 2; »et cela suffît pour quiconque veut apprendre comment se sauver. Les nouvelles de la belle conduite du bienheureux Théodore parvint jusqu’au père patriarche Athanase qui s’en réjouit, l’aima et désira le voir. Et une fois que l’on parla du père patriarche parmi les frères, ils se mirent à décrire sa patience et ses souffrances dans les persécutions : ils admiraient et glorifiaient Dieu, car ils avaient l’habitude de ne dire que des choses utiles, et Théodore dit : « Moi, j’ai entendu dire à notre père Pakhôme : Il a paru en Égypte de notre temps trois choses qui ont contenté Dieu et fleuri en lui, qui sont : premièrement, le père Athanase, l’homme le plus saint de son époque, qui a combattu pour la foi orthodoxe jusqu’à la mort ; secondement, le père grand Antoine, le modèle de la vie solitaire ; et troisièmement, cette communauté qui marche suivant les ordres de Dieu, chose excellente que doit imiter tout homme qui cherche le salut de son àmeT en se réunissant avec les frères pour servir Dieu, pour prendre soin de leurs affaires corporelles et spirituelles jusqu’à la fin.
« Il arriva alors que le roi de ce temps, Constance, fils de Constantin, eut penchant vers Arius, l’infidèle (blasphémateur) du Fils de Dieu, il excita les Ariens qui étaient près de lui à envoyer chercher et à faire venir Athanase le patriarche sur son siège, et qu’en cas de désobéissance il l’exilerait et en mettrait un autre à sa place. Et voilà que le roi envoya à Artémios, vali d’Alexandrie, qui était aussi arien, un ordre où il lui disait : « Quand tu auras reçu notre lettre, saisis aussitôt l’évêque Athanase et envoie-le-nous avec quelqu’un sur lequel tu puisses compter. » Lorsque le vali eut reçu la lettre, il quitta toutes ses occupations, chercha partout l’évêque sans le trouver ; il se mit à interroger tout le monde à ce sujet et on lui dit : « Il parlait beaucoup des moines de Tabennîsi, peutêtre est-il caché chez eux !
« Et voici que le vali se leva, prit avec lui ses Le ms. met constamment Constantinos. Il en est de même de toutes les œuvres coptes. soldats et ses amis, voyagea sur le Nil et parvint à ce monastère. Le bienheureux Théodore avait alors pris quelques frères de Phbôou, ils s’étaient mis en marche dans une barque pour visiter les monastères. Il rencontra le duc qui se rendait à Tabennîsi, le salua, et Théodore ne savait pas où le duc allait et le duc ne lui dit rien. Et lorsque Théodore fut arrivé près du monastère, connu sous le nom de Kabour, il vit de nouveau le vali qui parcourait le fleuve, il sut ce qui était arrivé, et que le vali s’était rendu à Tabennîsi pour chercher le pape, je veux dire le patriarche. Il annonça alors la chose aux frères qui lui dirent : « Il faut que nous retournions vers notre monastère de Phbôou de peur que le vali n’aille là-bas et n’épouvante les frères. »
Théodore leur répondit : « Certes, nous sommes arrivés jusqu’ici, nous nous trouvons près des frères, achevons, avec l’aide de Dieu, ce que nous avons entrepris, et Dieu est un guide et un protecteur en tout lieu pour nous et pour nos frères qui sont à Tabennîsi. » Et ils continuèrent leur chemin1. Quant au vali, il arriva à Tabennîsi pendant la nuit et campa en dehors du monastère : il fit entourer le couvent par ses soldats archers Cette partie du récit est très mal présentée : le texte copte est de même très mauvais et l’abrégé a été mal fait : quelques phrases ont été placées dans la bouche de personnages auxquels elles ne conviennent évidemment pas, ce qui produit un galimatias inintelligible. Somme toute, c’est encore le texte arabe qui se comprend le mieux.
de peur que quelqu’un ne descendit par les fenêtres : pour lui, il campa avec ses familiers dans un endroit écarté. Quant aux frères qui étaient dans le monastère, ils furent grandement effrayés, car ils ne savaient rien. Lorsque le jour eût paru, le duc fit venir quelques-uns des moines et leur dit, par l’entremise d’un interprète : « Où est votre père ? »
Et le frère Bakisious qui, avant de sortir, avait encouragé les frères et leur avait dit : « Soyez fermes dans le Seigneur et ne craignez pas ! » lui, dit : « O seigneur, notre père est absent, il est allé visiter le reste des monastères. »
Le vali dit : « Où est le second ? » On lui montra le père Besarfitein, et le duc lui dit : « Certes, j’ai reçu du roi était chez vous, amenez-le-moi et vous serez pardonnés. »
Le père Besarfitein lui ’répondit : « Quant à l’évêque Athanase, il est notre père ; mais je n’ai pas vu son visage, je ne le connais pas, et il n’est pas venu chez nous. Le monastère est en ton pouvoir, examine-le pour voir la vérité de ce que je dis. » Le duc ordonna alors de faire l’inspection du monastère, et lorsqu’il ne l’eut pas trouvé, il dit aux moines : « Priez pour moi ! » Or, il y avait avec lui un évêque arien que l’un des moines connaissait et, par l’évêque, ils apprirent que le vali était arien ; ils répondirent : « Cela ne nous est pas permis, car notre père nous a défendu de prier avec aucun arien. » Ils le quittèrent alors et l’évêque fit la prière tout seul. Ensuite le vali et, l’évêque s’assirent avec ses compagnons, et, pendant qu’il était assis, il fut effrayé tout à coup et s’enfuit seul de la foule, comme un fuyard, attristé, rempli de peur, plein de frayeur, et son nez laissant couler du sang, et disant : « C’est à peine si je peux échapper à la mort, à cause de la vision qui m’est apparue, à moins que Dieu ne veuille que je vive.
« Et ainsi, il les quitta. Et quand le père Théodore fut retourné au monastère et eut apprisce qui s’étaitpassé, il glorifia Dieu. Il y eut parmi les frères du monastère de Phbôou des morts subites, et chaque jour il en mourut un ou deux. Les frères se fatiguaient à porter les morts à la montagne, car le fleuve avait tant baissé qu’il ne portait même pas de barque vide, et ils dirent à Théodore : « Qu’est-ce que nous ferons, s’il meurt d’autres gens ? » Il leur dit : « J’espère que dans sa miséricorde, Dieu aura pitié de nous et qu’il ne mourra plus personne parmi nous jusqu’à ce que le fleuve ait sa crue. » Il en fut ainsi ; les frères furent remplis d’admiration et glorifièrent Dieu. Un jour que Théodore avait fini de prêcher les frères, l’un d’eux lui dit : « Pourquoi, ô père Théodore, si je suis interpellé par des gens qui me parlent grossièrement, me mets-je en colère contre eux, si même je ne m’élance pas sur eux ?
Apprendsmoi quelle en est la cause. « Il lui répondit : « Ce que lu dis-là n’est pas étonnant ; ce qui serait étonnant, c’est que lu ne te misses point en colère, car, jusqu’à présent, le monde vit en toi et tu vis en lui. N’oublie pas, ô frère, le proverbe qui dit : « Tout vase laisse couler ce qu’il contient ; » et quand quelqu’un frappe l’épine avec la hache, elle montre sa gomme et lui apparaît tout entière. »
Et les frères lui demandèrent : « Qu’est-ce que cela ? »
Et il leur répondit : « On a comparé l’homme de Dieu à une vigne : si quelqu’un prend l’un de ses fruits et le presse, il n’en sort rien que du vin doux : de même, le moine qui a dépouillé l’ancien habit et qui a revêtu le nouveau, si on le presse en paroles, en actions et en pensées, il sort de lui des fruits pleins de douceur. Quant à l’homme charnel, il ne sort de lui rien de bon ; mais de l’amertume. Et moi je vous dis que je crains de tomber entre les mains de Dieu, si je n’ai pas préparé mon cœur à résister à l’ennemi, soit à Satan, soit à ses familiers. Le prophète David nous a parlé dans les Psaumes de son combat, lorsqu’il a dit : « Ils » sont nombreux ceux qui me combattent d’en haut 1. » Et dans le psaume suivant, il dit encore : « Mon cœur est prêt, ô Dieu, mon cœur est prêt’.
« Et au commencement du Psaume cent septième, il fait encore mention de cette préparation. Due dis-je ? Pourquoi a-t-il préparé son cœur ? Est-ce pour la paix et la tranquillité ? Non, pas du tout ; il l’a préparé aux malheurs, aux pertes, aux injures, aux maladies, à toutes les choses douloureuses, comme il l’a expliqué dans son psaume : « Je suis prêt au fouet3. » Il n’a pas dit : « Je suis prêt au repos. » Écoutons, frère, ce qui a été dit, sinon ce qui se trouve dans le psaume s’accomplira pour nous : « Ne » soyez pas comme la bête de somme et le mulet qui n’ont point d’in » telligence4. « Eaites attention à ce que je vous dis, o frères, et comquelques apôtres chassés, car je ne veux pas parler seulement de Judas, et que beaucoup des disciples du Seigneur le Messie et des disciples de l’apôtre Paul, dont il parle dans sesÉpitres et que mentionne Luc dans les Actes des Apôtres, sont retournés en arrière, noire chemin à nous pécheurs, c’est d’avoir peur et de trembler, de posséder la crainte de Dieu, car c’est le moment d’agir comme l’a dit le Saint-Esprit dans le psaume où il est dit : « La crainte de Dieu est le commencement delà sagesse1.
« Je vous guiderai vers la crainte de Dieu par un autre exemple que nous devons nous proposer comme modèle. Supposons une mer épouvantable, remplie d’animaux voraces et d’une profondeur infinie : au milieu se trouve un rocher sur lequel s’élève une colonne dont le sommet atteint le ciel, la largeur en est de quatre empans. La distance entre la mer et le sommet de la colonne est égale à celle qui sépare l’Orient de l’Occcident. À l’extérieur de cette colonne il y a un escalier rude et mal fait, qui n’est pas en rapport avec la largeur de la colonne et très étroit. Si quelqu’un sous le costume d’un moine veut monter aux cieux par le chemin rude, au commencement desa vie (monacale) et des peines qu’il endure volontairement pour Dieu, le Créateur de toutes choses, il ne doit pas considérer la longueur de la route et son aspérité, se rappeler l’énorme distance et la profondeur de la mer, penser pendant qu’il monte et réfléchir à la manière de remuer les pieds et de se tenir cà la colonne sans regarder ni à droite ni à gauche, ne point A DU MUSÉE OUIMET faire attention à la profondeur de la mer devant lui de peur que la tête ne lui tourne, que la crainte ne s’empare de lui, qu’il ne tombe du haut en bas, qu’il ne soit perdu et qu’on n’en retrouve (même) plus les traces.
Mais il doit toujours regarder en haut, monter peu à peu avec crainte jusqu’il ce qu’il soit parvenu au plus haut du ciel, et qu’il voie le Sauveur sur son tribunal et, devant lui, une foule innombrable d’Anges, qu’il regarde les couronnes angéliques, les festins spirituels et inépuisables. »
Les frères lui dirent : « Explique-nous cette parabole. »
Il leur dit : « La mer sans fond, c’est le monde trompeur, qui n’a pas de stabilité et qui attire à lui les hommes ignorants ; les animaux voraces, ce sont les Satans qui cherchent notre perte ; le rocher, c’est le Seigneur Messie qui est venu pour nous sauver des Satans audacieux, et la colonne, qui sort de lui, s’élevant en montant en lui vers le roi du ciel, c’est l’indication de la nouvelle religion qu’il nous a enseignée ; l’aspérité (du chemin), ce sont les dévotions dont il a parlé dans son saint Évangile : « Le chemin que doit suivre celui qui marche vers » le royaume des cieux est âpre et rude : peu de gens le suivent. » Quand je dis que l’homme ne doit pas regarder à gauche, c’esl qu’il ne doit pas avoir d’inclination pour les choses mondaines ; et quand je dis qu’il ne doit pas pencher à droite, c’esl qu’il ne doit pas chasser, par sa hauteur et sa fierté, l’homme qui est amoureux du monde ou celui qui est échappé cà ses filets, puisque ces deux défauts sont la mort de l’âme et des vertus.
Peut-être y a-t-il quelqu’un parmi vous qui me dira : « Tu nous as dit dans ta parole que la mémoire de celui qui » tombe d’en haut sera oubliée ; alors d’après cela, si quelqu’un commet « un péché, il est perdu, il n’y a plus pour lui de pénitence. » Je lui répondrai : La porte de la pénitence est ouverte à quiconque demande (qu’on) la (lui ouvre), et fermée à celui qui ne la cherche pas. Aucun péché n’est sans pardon, sinon celui dont on ne fait pas pénitence, comme Judas que le Seigneur avait bien traité, devant lequel il avait opéré des miracles et même des résurrections de morts, dont il avait fait son confident et auquel il avait remis le soin du livre des dépenses ; et Judas ne rougit pas de tant de faveurs qu’d avait reçues, il eut de l’inclination pour l’amour de l’argent, il fut malade d’une maladie incurable, il s’est perdu ainsi que son nom.
Mais Dieu a pitié de celui qui cherche (à faire) pénitence après avoir péché, il le reçoit et le pécheur peut même dire ce qu’a dit David dans le Psaume soixante-douxième : « Avec combien de » bonté Dieu (n’)a-l-il(pas) agi envers Israël et avec ceux qui marchent dans « la rectitude du cœur ! quant à moi, peu s’en est fallu que mes pieds » n’aient fait un faux pas1. « Mais quand même les justes font quelques péchés, ils sont comme l’argent purifié au feu, ils rejettent loin d’eux les scories et apparaissent purs : c’est pour cela que l’heureux David dit dans le Psaume cinquième : « Quant à moi, j’entrerai dans à maison par la » grandeur de ta miséricorde2. » Et si ce (roi)vertueux avoue qu’il n’entrera dans la maison de Dieu que par la grandeur de la miséricorde divine, à combien plus forte raison ne devons-nous pas, nous malheureux, faire cet aveu à chaque instant ?
Réfléchissons, ô frères, à ce que nous avons entendu de notre père Pakhôme, lorsqu’il nous expliquait les Livres divins et que nous en recueillions les fruits, car il a dit : « L’homme qui désire » se purifier de son péché, de sa colère malheureuse oud’autre chose sem« blable, doit, quand on le gronde, qu’on le réprimande ou qu’on lui parle » grossièrement, l’endurer avec bonté ; car ainsi il sera sûr que son péché « lui aura été pardonné, qu’une partie de ses maux lui sera enlevée et qu’il » a gagné un dinar ; s’il est injurié une seconde fois, maltraité et qu’il le « supporte, qu’il soit assuré qu’on lui a pardonné une autre (partie) et qu’il a » gagné deux dinars. C’est ainsi qu’il passera sa vie, et il sera heureux, car « il est devenu un homme céleste et un ange terrestre !
« Un jour, le père Théodore fut interrogé par un frère qui lui dit : « Si je mets mon âme en colère et que je l’oblige à supporter les mauvais traitements et à être bonne une fois, que dois-je faire quand on m’injurie pour la seconde, la troisième ou la quatrième fois ? »
Anba Théodore lui répondit : « Le Saint-Esprit a dit dans le psaume par la langue de David : « La loi du Seigneur est sans défaut, elle met les hommes dans la voie » droite, etle témoignage du Seigneur est vrai, il instruit les petits enfants : » les lois imposées par Dieu sont droites, elles réjouissent les cœurs : la « crainte de Dieu est pure, elle demeure jusqu’à l’éternité : les jugements » du Seigneur sont vrais, ils sont plus doux que l’or et les pierreries, le « miel et ses rayons. l’on serviteur les observe et en les observant, il » gagnera une grande récompense1. « Ne vois-tu pasle grand profil que nous aurons à observer les commandements de Dieu ? Mais nous ne les connaissons pas, car nous les lisons ou les écoutons tout simplement, et le penchant que nous avons pour nos passions est plus grand que celui que nous avons pour la volonté de l’esprit.
Et toi, frère, qui es en cet état, car observé le commandement de Dieu une fois ; mais je n’ai « pu les observer une seconde, une troisième et une quatrième fois, » ton histoire ressemble à (celle d’)un homme à qui l’on a apporté un pain comme présent, qui l’a reçu de celui (qui le lui apportait) et lui a dit : « Certes, j’ai accepté ton présent pour cette fois ; mais si tu m’en apportes » un second, je t’enfoncerai mes doigts dans les yeux pour le les arra« cher. » Cependant il devrait le remercier et le traiter avec égards. Et toi, mon frère, si tu étais le serviteur d’un homme qui t’ordonnât de lui faire quelque chose dont tout le profit lui reviendrait, certes lu te hâterais d’obéir à son ordre ; et quand Dieu, le Roi des rois, t’ordonne de faire quelque chose dont tout le profit te revient, tu négliges ses ordres !
Que répondras-tu au jour de la résurrection ? Certes nos péchés se sont multipliés ! Non seulement nos pères saints ont supporté ceux qui les avaient maltraités, mais encore ils ont prié pour eux afin qu’on leur pardonnât, selon le commandement du Sauveur ; et l’apôtre Paul dit à ceux qui observent les commandements de Dieu : « Vous êtes les héritiers de Dieu et » les cohéritiers de Jésus le Messie1. « Dis-moi, toi, homme, qu’as-lu fait » mi à pour mériter l’héritage de Dieu ? As-tu été exilé pour lui, as-tu été martyrisé pour le Messie ? Si tu n’as été ni exilé, ni martyrisé, tu as du moins pu supporter une parole attristante ! »
Alors il dit aux assistants : « En vérité, j’admire la grande bonté de Dieu, car il a récompensé tous les saints martyrs de leurs combats et de leurs peines en les faisant glorifier par les hommes ; car quel est celui qui ne glorifie pas le serviteur de Dieu ou le martyr du Messie ? Et Dieu ne s’est pas contenté de cela, il les a comblés de ses faveurs en les faisant asseoir avec lui dans le royaume céleste et éternel. Ta miséricorde est grande et infinie, ô mon Dieu ! Donnons une comparaison de la miséricorde de Dieu : ce n’esl rien de la lui attribuer, mais autant que nous le pouvons (dire), Dieu ressemble à un homme qui nous dirait : « Donnez-moi tous les vases de terre que vous » avez dans vos maisons, afin que je les casse ; et acceptez de moi (en retour) » des vases d’or incrustés de pierres précieuses.
« Et nous ne voulons pas de cet échange ! Quant h lui, il ne nous le redemande pas seulement une seconde fois, mais plusieurs fois, en se faisant désirer, en nous attirant par des ruses ; et nous, nous faisons les ignorants et les sourds, nous ne nous convertissons pas elnous préférons toujours les vases de terre aux vases d’or, et le verset que nous avons cité plus haut et qui a étédit par le Saint-Esprit s’est accompli parmi nous : « L’homme a été honoré et ne l’a pas » compris, il est devenu semblable aux animaux1. »
Dans une autre occasion les frèreslui dirent : « O père, quels sont les actes propres à l’âme et ceux qui sont particuliers au corps ? »
Il leur répondit : « Tout ce qu’on fait selon la loi de Dieu appartient à l’âme et aussi ce qu’onfait pour faire subsister le corps, comme les choses nécessaires, ce sont desactions de l’âme : tout le reste, ce sont des actes du corps et non pas de l’âme. Nous avons dit des besoins du corps qu’ils sont nécessaires, parce que c’est un animal vorace et qui ne se rassasie pas ; mais nous voyons que ces besoins peuvent suffire à sa subsistance. »
El les frères répondirent en disant : « Ajoute à cette explication. »
Il leur dit : « Lorsque quelqu’un apprend qu’un frère est malade et qu’il veut le visiter pour remplirle commandement, s’il le fait, c’est une action de l’âme ; mais s’il se dit en pensée : « Il le reste » encore un peu de travail à faire, achève-le d’abord et va ensuite visiter le frère » : s’il écoute cette pensée, c’est une action propre au corps. De même si un frère vient te trouver pour que tu ailles l’aider, si tu laisses ton travail pour aller avec lui, c’est une action propre à l’âme ; mais si tu dis : « Je ne » peux pas laisser mon travail qui est nécessaire », et qu’il s’en aille sans avoir réussi, c’est une action propre au corps, car tu auras ainsi négligé le commandement de Dieu qui est action de l’âme, de Dieu qui a donné ce commandement1: « Si quelqu’un te prie de l’accompagner pendant un mille, accompagne-le pendant un autre mille2.
« Etle saint prononçait tous les jours de pareilles instructions, exhortant les frères à le suivre et à résister aux tentations de Satan. Sur ces entrefaites, le père Athanase, le patriarche, alla vers les deux villes d’Antinoéet d’Hermopolis qui étaientproches des monastères de cénobites pour visiter le peuple. Il entendit faire l’éloge du père Théodore (et dire) combien il prenait soin des intérêts des frères, du salut de leurs âmes et comme il les instruisait fréquemment sans ennui. Le patriarche fut très content et dit aux évêques : « Ne voyez-vous pas le père de ces frères 1 M. à m. : et le maître des commandements, c’est-à-dire celui qui les a donnés. — ! Matt., réunis en grand nombre des pays les plus éloignés dans ces monastères, comme il travaille pour eux et s’occupe plus du salut de leurs âmes que du sien propre !
Ne sommes-nous pas les pères d’un peuple ? Qui parmi nous tient au salut de son peuple autant que lui ? Certes, le peuple dont il est le père est heureux, car ils portent avec douceur la croix du Messie ; ils s’occupent du salut de leurs âmes et ils seront couronnés par Dieu. « Alors voici qu’il voulut voir les monastères des cénobites et leurs règles, car il ne les avait jamais vus. Après avoir fini de visiter le peuple des deux villes, il les quitta, se rendit aux monastères, les parcourut tout entiers, vil les églises, les réfectoires, les boulangeries, les maisons des hôtes, les infirmeries, même les lieux d’aisance3 pour les nécessités du corps. La beauté de leur ordonnance lui plut, et, quand il examina leur croyance, il la trouva droite.
Il fut content et se rendit vers le monastère de Phbôou où habitait le père Théodore, il le visita tout entier, examina les autels qui s’y trouvait, toutes les cellules, les costumes des frères, leurs mortifications, et ce qui le frappa le plus, ce fut la concorde de leurs habitudes, car il vit une conduite et des règlements qui n’avaient jamais été vus dans le monde. Il dit à Théodore : « J’avais entendu parler de vous et de votre belle conduite ; maintenant j’ai vu de mes yeux. En vérité le père Pakhôme a fait une belle invention : il a découvert cette communauté qui ressemble à ce que firent les Apôtres, en faisant des âmes l’habitation du Saint-Esprit. Et toi, lu as suivi ses traces, car j’ai vu aujourd’hui les pères et les frères qui sont sous ton commandement bien admirables dans toutes leurs actions, leurs habitudes, et la grâce de Dieu habite en eux par l’entremise de leur père, car ils le regardent tous comme le Messie.
Prends donc courage en Dieu, aie patience, ne l’ennuie pas de les conduire d’une bonne conduite. « Alors voici qu’ils le traitèrent bien et ils préparèrent un repas. Notre pèreAthanase dit ensuite à Théodore : « La Pâque sainte est proche et je désire être près de mes amis ; loi, reste ici près de tes moines, fais mention de moi dans tes prières. » Puis il voulut le quitter ; mais le père Théodore ne l’abandonna pas et le conduisit jusqu’au fleuve ; et lorsqu’il vit la barque chargée, il lui donna celle du monastère et dit aux frères mariniers : « Allez où il voudra aller, car non seulement il a autorité sur la barque, mais aussi sur vos corps. » Et au moment de prendre congé, le père Athanase lui dit : « Je suis triste de ne pas avoir vu Horsiîsi, car j’ai appris qu’il est dans le monastère de Mankhousim qui est éloigné des autres monastères et n’est pas sur notre chemin ; mais prends cette lettre, et donne-la lui.
« Et alors voici qu’il s’assit et écrivit en ces termes : « Que à sainteté et la sainteté de la communauté, que Dieu garde ! ne trouve pas malveillance en moi, si je ne suis pas allé chez vous, ne vous ai pas vus et n’ai pas joui de vos prières que je prie Dieu de m’accorder partout où je serai. (Je ne peux aller vous voir) car votre monastère est bien loin et la fêle de la Pâque est proche ; mais je me suis réjoui de voir le père Théodore, ton collègue et ton successeur, ô père Horsiîsi : en le voyant, j’ai cru voir1 le grand père Pakhôme. J’ai eu grande joie de voir les autres frères, enfants de la sainte Église : que Dieu les bénisse et augmente leur récompense. Et au moment où le père Théodore a pris congé de moi, il m’a dit : « Fais souvenir de moi dans tes » prières, ainsi que des autres frères, et ne nous oublie pas.
« Je lui ai répondu par ce que dit le Saint-Esprit dans le Psaume : « Si oublier ma main droite ; que ma langue s’attache à mon » palais, si je ne me souviens de loi1. » El toi fais souvenir de moi dans tes prières ainsi que la communauté. « Et quand le père patriarche Athanase fut parti, Théodore se rendit près du père Horsiîsi, lui donna la lettre et lui raconta tout ce qui avait eu lieu avec l’archevêque. Théodore dit alors au père Horsiîsi : « Si Dieu, que son nom soit exalté et glorifié, nous a accordé une grâce, a fait incliner (vers la réconciliation) les cœurs des pères divisés, si nous marchons dans l’unité chrétienne et si Satan est confondu, c’est grâce aux prières du grand père Pakhôme et à celles de la sainteté. Et maintenant, je prie ta paternité d’exaucer mes prières et de retourner dans ton monastère, de faire profiter les frères ; ta renommée sera grande et ta vertu connue.
« Le père Horsiîsi accéda à sa parole et ils se mirent en marche tous les deux vers le grand monastère de Phbôou. Et lorsque Théodore fut près du monastère il prit les devants et informa les frères de l’arrivée d’Horsiîsi : l’on sonna la cloche et tous les frères sortirent au-devant de lui en priant, en chantant, en portant des flambeaux allumés et des encensoirs. Et lorsqu’ils furent arrivés près de lui, ils le saluèrent avec des (témoignages de) grand respect, ils entrèrent dans le monastère, puis dans l’église. Après avoir fini la prière, Horsiîsi se tint debout comme d’habitude, il prêcha ; et Théodore se tenait debout derrière lui écoutant la parole du Saint-Esprit. Lorsqu’il eut fini de parler, il se dirigea vers sa cellule. Quant à Théodore, il n’exécutait aucune chose, grande ou petite, sans avoir pris son avis : c’étaient deux hommes en parfait accord en toutes leurs idées et toutes leurs volontés, et les frères tiraient grand profit de leur gouvernement 1; car Théodore avait mis dans sa pensée que le premier père était Horsiîsi et qu’il n’était lui-même que le second.
À une certaine époque, les affaires et les travaux furent nombreux pour Théodore, il ne put pas aller visiter les frères ; alors le père Horsiîsi se mil en marche pour les visiter : il en trouva quelques-uns qui étaient encore occupés de leurs champs et de leurs affaires, ce qui avait été la cause de leur division et leur avait fait oublier le salut de leurs âmes. Horsiîsi s’attrista beaucoup et se mit à leur parler avec ménagement. D’autres avaient obéi aux instructions de Théodore, avaient négligé leurs champs, ils avaient observé les ordonnances du père profitaient d’eux. parole du Seigneur : « Certes, mon joug est doux et mon fardeau est léger. » Et lorsque le père Horsiîsi fut de retour à son monastère, il apprit la chose à Théodore qui s’en attrista beaucoup et chercha son refuge en Dieu par le jeune, la prière et les larmes, afin qu’il fil avec ces frères selon sa volonté.
C’était la prière qu’il faisait nuit et jour. Le soir, il sortait du monastère, et montait à la montagne où se trouvait le cimetière des frères, il se revêtait d’un habit de poils et priait sur le tombeau de Pakhôme, selon ce que m’a raconté quelqu’un qui l’avait vu. Une certaine nuit, un frère le suivit secrètement en dehors du monastère pour s’assurer de la chose et il a dit que Théodore était allé et s’était tenu debout sur la tombe de Pakhôme et qu’il l’avait entendu prier (ainsi) : « O Seigneur, Dieu de ton serviteur Pakhôme sur la tombe duquel je me liens debout, je le prends comme intercesseur près de loi, afin que tu regardes mes frères, tes serviteurs, et que tu accomplisses en eux ta volonté ; car nous, ô Seigneur, depuis (la mort de) notre père nous avons été pleins de négligence : notre paresse s’est augmentée et nous avons désobéi aux ordres de notre père.
Ne nous néglige pas, Seigneur, ne nous laisse pas suivre noire ignorance : mais prends pitié de nous, converlis-nous parta miséricorde et, si nous recommençons, éveille-nous de nouveau. Place la crainte dans nos cœurs, rappelle-nous les tourments éternels, le feu inextinguible, les vers qui ne dorment point ; inspire-nous de suivre le chemin de l’honnêteté, car c’est toi qui nous a créés. À cause du grand amour que tu as pour nous, tu as envoyé ton Fils Jésus le Messie pour nous guider vers la vérité, après que nous avons eu péché : il a pris notre corps, a porté nos fardeaux, nous a rachetés par son sang pur et nous a sauvés de la main de l’ennemi. Maintenant regarde mes hères, car je ne peux ni entendre dire ni voir qu’on viole les lois de ton serviteur, mon maître.
« Et il ne cessa d’implorer le Seigneur jusqu’au matin. Alors il retourna vers le monastère et s’occupa des affaires des frères, et il demeura longtemps en cet état. Lorsque arriva le soir du grand samedi 1, un frère devint gravement malade : il y avait plusieurs jours qu’il était malade et le moment de la séparation était arrivé. Théodore se rendit vers lui avec quelques frères : le malade se nommait Atroun le citadin et c’était le second du père spirituel Théodore l’Alexandrin, et pendant que Théodore2 lui parlait, il ferma les C’est-à-dire le samedi saint.
s Le premier de ces deux Théodores est l’Alexandrin, chef des moines grecs ; celui qui parle au mourant est le disciple de Pakhôrne. yeux et alla vers le Seigneur. Théodore dit alors aux assistants : « Il m’a paru par la mort de ce frère qu’un autre grand frère le suivra ; mais il est pur de toute faute ! » Les frères passèrent la nuit en veille près du corps du défunt ; priant et chantant des psaumes. Le matin du dimanche de la Pâque sainte, après avoir enterré le mort, ils retournèrent au monastère s’occupant de la sainte fête. dans le monde véritable. Alors il agit vivement, fit venir les pères supérieurs de tous les monastères pour leur demander pardon, et, lorsqu’ils furent présents, ainsi que le père Horsiîsi, ils lui trouvèrent la langue pesante.
Ils se mirent alors à pleurer et à gémir ; et Horsiîsi leur dit : « Allons prier le Seigneur, le Dieu de la miséricorde, de nous accorder (la vie de) Théodore et de ne pas nous le faire perdre1. » Alors ils se prosternèrent à terre sur leurs visages, avec larmes, en disant : « 0 Dieu saint, ne nous prive pas de ton serviteur qui avait pitié de nos âmes ! »
Horsiîsi dit : « 0 Seigneur, tu sais que cet homme est notre consolation et notre espoir en toute chose : après loi, c’est lui qui prend soin de nous, et, si lu nous l’enlèves, qui aurons-nous ? Prends-moi à sa place et laisse-le pour M. à m. : pour nous rendre orphelins de lui. encourager les frères dans la crainte, car il connaît leur élat mieux que personne. » Ils ne cessèrent de prier ainsi pendant trois jours. Et lorsque Théodore fut sur le point de mourir, il reprit connaissance une dernière fois ; il vit le père Horsiîsi et lui dit : « Pardonne-moi ce en quoi j’ai pu te désobéir. » Puis il tourna son visage vers les frères et leur dit : « Pardonnez-moi et rendez-moi libre si j’ai attristé quelqu’un de vous, et ne me privez pas du souvenir que vous pouvez avoir pour moi dans vos prières.
« Ils ne purent point lui répondre, tant ils pleuraient. Ensuite Théodore se mit à dire une parole commune à tous : « Je ne me rappelle point, ô pères, avoir voulu attrister quelqu’un parmi vous, ni avoir négligé le salut de son âme ; mais je me suis plus occupé de vos intérêts que je me suis occupé de mon âme, non par ma force, mais par la force de Dieu qui est témoin de ce que je vous dis. Pardonnez-moi tous et priez pour moi ! » Puis il mourut surle-champ, remit son âme entre les mains du Seigneur et alla vers son maître. Ce fut le deuxième jour de Paschons. La tristesse des frères fut redoublée, leurs larmes abondantes ; ils inondèrent la terre de leurs pleurs et leurs cris parvinrent à ceux qui étaient de l’autre côté du fleuve, et ceux-ci vinrent les rejoindre.
Qui pourrait raconter quelles furent leurs larmes et leurs lamentations h son sujet ? Ils passèrent cette nuit à prier et à remercier le Seigneur jusqu’au matin ; puis, avec des chants de joie, des glorifications, (tenant à la main) des encensoirs, ils le portèrent à l’endroit de la montagne où était le cimetière ; ils l’enterrèrent, puis revinrent au monastère. Après cela un vieillard d’entre eux, nommé Baqersaïs, le second supérieur, le plus vieux de tous les moines de Phbôou, prit avec lui deux frères : ils transportèrent le corps du père Théodore et l’enterrèrent près du père Pakhôme. Les frères restèrent ensuite dans la tristesse pendant bien longtemps, surtout ceux qui lui avaient désobéi et n’avaient pas négligé leurs champs, comme avaient fait les autres : certes leur tristesse était grande et ils disaient : « Nous l’avons attristé et nous Pavons tué avant le temps ; nous sommes cause qu’il a redoublé ses prières vers le Seigneur, afin qu’il fût enlevé de ce monde, pour ne pas voir violer les ordres de notre père Pakhôme.
Le Seigneur a exaucé sa prière et l’a transporté du lieu de la tristesse dans le lieu de la joie. Quant à nous, nous sommes dignes de longs malheurs ! « Et cela, parce que le frère qui avait suivi le père Théodore se rendant au tombeau du père Pakhôme pour y prier,, leur avait appris ce qu’il lui avait entendu demander au Seigneur à cause d’eux. Ils s’éveillèrent alors de leur ivresse et se convertirent au Seigneur, laissèrent et abandonnèrent leurs champs et passèrent leur vie en cet état. Quant au père Horsiîsi, il garda sa charge, guidant les frères de tous les monastères selon ses forces. C’était un homme de bien, modeste, appliqué au salut des âmes : le Seigneur l’aidait et l’encourageait en tout ce qu’il faisait à cause de sa bonne volonté, et il continua de guider les frères en paix et en tranquillité.
Lorsque notre père Anatliase apprit la mort de notre père Théodore, il fut tout à fait triste ; il envoya au père Horsiîsi et à tous les frères sous ses ordres une lettre où il les consolait de la perte de ce frère : il adressa la lettre au père Horsiîsi, ensuite il parla des frères. Voici la copie de celle lettre1. L’adresse : « De la part d’Anatliase le pauvre qui a besoin de la miséricorde de Dieu, serviteur de l’Église de Dieu dans (la ville ’Cette lettre diffère sensiblement du texte copte. VIE DE d’)Alexandrie au père saint, Horsiîsi, chef des moines qui mènent une bonne conduite, et à tous les frères qui s’aiment en Dieu. Réjouissez-vous dans le Seigneur ! Fortifie ta patience, ô père qui es le plus saint de ton époque et qui surpasses tes collègues dans la dévotion, qui progresses dans l’échelle spirituelle, qui te rattaches à la substance divine, qui croîs dans la vraie vertu !
C’est par cela qu’il l’emporte 1 sur la puissance de sa colère, qu’il éteint les feux de sa tristesse. 0 homme saint, heureux et vertueux, que Dieu te fasse vivre dans une faveur sans bornes, qu’il fasse prospérer tes affaires en rendant abondante en toi la substance spirituelle, en confondant devant ta perfection ceux qui savent à fond la science, en t’affermissant contre les tristesses ! Que ta patience guérisse les blessures, que la poitrine soit large pour les malheurs du temps ! Ainsi la bonté te consolera et ta science te réjouira. J’ai appris le sommeil heureux2 de Théodore qui, pendant toute sa vie, a suivi le bon chemin, et sa perte m’a fait beaucoup souffrir. J’ai appris quel grand regret vous avez de lui, toi et les frères. Celui qui sait ce qui est caché dans l’avenir, dans les pensées et dans les consciences sait quel grand regret j’éprouve à son sujet, Cette phrase me semble tout à fait inintelligible.
M. à m. : s’est endormi d’un sommeil. combien chaudes sont mes larmes. Il m’est difficile de vous écrire pour vous consoler ; car nous devons savoir tous que nous suivrons ce chemin ; mais il y a avance ou retard. Celui qui est maintenant ne subsistera pas ainsi que le Seigneur, en citant son nom nous devons nous prosterner, l’a dit à notre père Adam dans le Paradis : « Tu es poussière et tu retourneras » en poussière1. « Je vais vous dire une parole de vérité : si la personne de Théodore est éloignée de nous, son âme est présente parmi nous ; s’il n’en était ainsi, j’emploierais différentes méthodes pour vous consoler ; mais puisqu’il en est ainsi, j’abrégerai la parole et je dirai que Théodore est absent de corps, mais présent d’esprit ; il a, d’après le premier Psaume, ou l’un des (autres) Psaumes, perfectionné son âme qui (maintenant) est douée de clarté et de lumière ; il est digne d’envie.
Et voilà le commencement (du Psaume) : « Heureux l’homme qui n’a pas marché dans le conseil » des hypocrites, qui ne s’est pas arrêté dans le chemin des pécheurs et « ne s’est pas assis dans la chaire des méchants, mais qui a marché dans la » loi du Seigneur, qui nuit et jour a récité les commandements ! il res« semble à une plante placée sur le bord des eaux et qui donnera du fruit » en son temps, ses feuilles ne tomberont pas et tout ce qu’elle fait pros« pérera. Il n’en est pas ainsi des méchants ; ils sont comme la poussière » dans la plaine ; le vent la soulève. C’est pourquoi ni les hypocrites, ni les « méchants ne se présenteront devant le jugement du Seigneur, car il » connaît le chemin des justes et le chemin des pécheurs disparaîtra1. »
Et maintenant je l’envie sincèrement2, et je dirai que c’est un marchand qui a fait profit, qui a traversé le monde et qui est parvenu où il n’y a ni tempêtes, ni vagues, dans le séjour où il n’y a plus de soucis. Plaise à Dieu qu’il en soit ainsi de notre état final à chacun de nous ! plaise à Dieu que tous ceux qui ont couru parviennent à ce séjour de délices ! plaise à Dieu que chaque matelot réussisse ainsi et soit glorifié par les puissances spirituelles, chantant en esprit ce passage du Psaume trente-troisième : « Certes » tes demeures sont aimées, ô mon Dieu, et mon âme désire tes habitations.
« Heureux celui qui habite en à maison et qui te glorifie à jamais ! car un » seul jour dans à maison vaut mieux que mille ans dans la maison des « pécheurs 4. » Donc, mes frères et amis, ne pleurez pas Théodore et ne vous lamentez pas à son sujet, car il n’est pas mort : mais il s’est couché en attendant la vie éternelle qui ne finira pas, où toute douleur, tout mal aura disparu, et toute affliction aussi. Soyez dans la tranquillité de l’âme et du corps : faites souvenir de nous dans vos prières, comme nous faisons souvenir de vous et de tous les enfants du baptême qui adhèrent à la religion orthodoxe. Que la paix du Seigneur vous comble ! « Et lorsque le père Horsiîsi eut lu la lettre du père Anatliase, il en trouva bonne la parole, le sens excellent, les phrases belles, et ils se consolèrent d’une grande consolation.
Et le père Horsiîsi se chargea des affaires des frères : il les dirigea de la meilleure manière. Voici ce que nous avons découvert de l’histoire du père Pakhôme, le serviteur de Dieu, de l’histoire de ses disciples, et cela après beaucoup de recherches : c’est peu de chose. Je vous ai montré quels ont été les combats des saints et leurs vertus ; mais le Seigneur a donné cet ordre : « N’apprends pas tà à main gauche ce que fait à main droite 2. » Nous avons (donc) raconté seulement les traits que nous avons vus ; quant à ses dévolions secrètes, à ses visions spirituelles, à ses veilles, à ses prières nocturnes, qui pourrait les savoir ? si ce n’est le Dieu que nous prions par l’intercession de ces pères saints, astres lumineux, étoiles brillantes, le père Horsiîsi, le merveilleux Théodore, le père Baksios, le père Corneille, le père parfait, la beauté des moines, Jonas le jardinier, et tous les saints que nous avons et n’avons pas cités, afin qu’il éveille nos esprits et nous inspire de faire ses volontés, qu’il nous pardonne nos péchés, ne nous impute pas nos fautes, par la protection de la Vierge, mère de Dieu, le Verbe du Père éternel, parla protection du Sauveur.
Et gloire, remerciement, grâce, glorification à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, Trinité égale en divinité, une, sans différence, maintenant, à chaque instant, jusqu’à la fin des temps, des siècles et des années. Amen.
Fini et achevé dans la paix du Seigneur. Et ce livre béni est fini, lequel est la vie du père saint Pakhôme, l’homme vertueux, bienheureux, qui a été le flambeau qui éclaire tous ceux qui sont dans les ténèbres ; il a édifié par la volonté de Dieu cette communauté, comme il est écrit dans le commencement de sa vie ; il a inventé cette belle invention qui n’était pas connue avant lui ; il a créé cette confrérie qui ressemble aux œuvres des apôtres et il a imité leur conduite ; il a surpassé beaucoup de gens saints par sa longanimité, la profondeur de sa science, sa bonne conduite et sa bonne direction : que Dieu prenne pitié de nous par ses prières qui lui sont agréables, nous fasse sortir de la servitude de Satan par l’intercession de la saiule Vierge, de tous les martyrs et saints.
Amen. Et celui qui a pris soin de faire copier cette vie est le père grand, notre père aimé, miséricordieux, sage, le chef des évêques de l’Égypte, anba Pierre, le cent-neuvième patriarche d’Alexandrie : il en a pris la copie dans le monastère de Saint-Antoine, connu anciennement sous le nom de Deir ‘Araba. Il en a été pris copie au Caire pour le palais archiépiscopal, et on a fini le vendredi, vingtquatrième jour du mois de Baba béni de l’année copte 1532 des martyrs purs. Cette vie a été écrite par le serviteur, le pauvre pécheur qui espère en la miséricorde de Dieu, qui avoue son insuffisance et ses défauts, sa paresse, dont le nombre des péchés est comme (celui) des gouttes de pluie, des feuilles de palmier, (des grains) de sable de la mer, des paroles prononcées par les hommes la nuit et le jour ; à cause de sa faiblesse, il a suivi les caprices de son âme, obéi aux Satans, abandonné ce qui contentait Dieu, et il est devenu dans le pire état : il a obéi à son ignorance, il s’est mis dans la tête que le temps durerait pour lui, il s’est mis à rugir comme l’animal sauvage, à piquer comme le serpent, comme s’il ignorait que le monde est périssable et qu’il aurait à se présenter devant un seul (juge) ; et, à cause sa faiblesse, il a laissé de côté ses prières et ses jeûnes, il s’est livré à ses plaisirs et n’a pas contenté sou maître.
Quelle réponse fera-t-il lorsqu’on lui en demandera compte et qu’il n’aura plus d’autre moyen de répondre que de prier la miséricordieuse sainte Vierge, mère du Salut du monde, les martyrs et les saints, d’intervenir pour le pardon de ses péchés, afin que Dieu ne le découvre pas en mauvais état et les cache jusqu’au dernier soupir. Amen. CORRIGENDA ET ADDENDA Page ii, ligne 9, au lieu de : des plus profonds, lire : du plus profond.
xxv, ligne 14, au lieu de : Que devint, lire : Que devient.
lxix, ligne 20, au lieu de : se mit moine, lire : se fit moine.
67, ligne 10 (français), au lieu de : qui est fornicateur, lire : qui est fornicateur.
76, ligne 1 (français), au lieu de : (un homme) de Pedjôdj, lire : (un homme) de Pedjôdj.
118, ligne 6, au lieu de : eTeno<Vireireϙ.i, lire : eTepnoArceTeoo j.
200, ligne 12, au lieu de : nceupreTOTtoAi, lire : nceujTeAioTuxu.
210, ligne 2 (français), au lieu de : venu pour cueillir, lire : venu pour cueillir.
256, ligne 3 (français), ajouter après enfants : et qu’on les nomme de mon nom — 272, ligne 3 (français), après le point, ajouter : « Ensuite ils le conduisirent dans leur réfectoire, leurs maisons et leurs cellules : il pria dans toutes. »
302, ligne 2 (français), au lieu de : « Que le corps soit mort au péché », lire : « Si le Christ est en vous, que le corps, etc. »
329, ligne 15, au lieu de : ctctuo nge, qui est dans le texte, lire : eTCTuoirion egeit.
