Lettres de saint Sévère d’Antioche
Collection de cent dix-huit lettres, extraits et fragments conservés en syriaque
- 01 — Tome I — Lettres I à LXI
- 02 — Lettre I — À Œcuménius le comte
- 03 — Lettre II — À Œcuménius le comte
- 04 — Fragment III — À Œcuménius
- 05 — Fragment IV — À Simus le scriniaire
- 06 — Fragment V — À Eusèbe le scolastique
- 07 — Lettre VI — À Maron
- 08 — Fragment VII — À Maron
- 09 — Fragment VIII — À Maron
- 10 — Fragment IX — À Maron
- 11 — Lettre X — À Éleusinius
- 12 — Lettre XI — À Éleusinos
- 13 — Fragment XII — À Éleusinos
- 14 — Fragment XIII — À Estorechios d’Anazarbe
- 15 — Réponse XIV — Réponse à Thomas le syncelle
- 16 — Lettre XV — À Thomas le syncelle
- 17 — Fragment XVI — À Thomas le syncelle
- 18 — Fragment XVII — À Thomas le presbytre
- 19 — Fragment XVIII — Aux moines de Tufa
- 20 — Fragment XIX — À Isidore
- 21 — Fragment XX — À Isidore le comte
- 22 — Fragment XXI — À Isidore le comte
- 23 — Lettre XXII — À Jean et Jean, presbytres et archimandrites
- 24 — Lettre XXIII — À Jonathan, Samuel et Jean
- 25 — Lettre XXIV — À Jean le Romain
- 25.1 — Le baptême au nom de la Trinité
- 26 — Lettre XXV — Aux Émésiens
- 27 — Fragment XXVI — À Jean, Jean et Théodore
- 28 — Lettre XXVII — À Jean, Théodore et Jean — Contre les codicilles d’Alexandre
- 29 — Fragment XXVIII — Destinataire non indiqué
- 30 — Lettre XXIX — À Antonin de Bérrhée
- 31 — Lettre XXX — À Victor le prêtre
- 32 — Lettre XXXI — À Sergius le médecin et sophiste
- 33 — Fragment XXXII — Aux orthodoxes de Tyr
- 34 — Lettre XXXIII — À Néon le prêtre et archimandrite
- 35 — Lettre XXXIV — À Élisée et aux autres
- 36 — Lettre XXXV — Aux moines d’Orient
- 37 — Lettre XXXVI — À Isaac le scolastique
- 38 — Lettre XXXVII — À Charisius le moine
- 39 — Lettre XXXVIII — À Pierre, Ammonius et Olympiodore
- 40 — Lettre XXXIX — Aux presbytres d’Alexandrie
- 41 — Fragment XL — Aux habitants du couvent de Mar Bassus
- 42 — Lettre XLI — À Musonius de Méloé
- 43 — Lettre XLII — À Théophane le scolastique
- 44 — Fragment XLIII — Suite des extraits de la lettre à Théophane
- 45 — Lettre XLIV — À Urbain le grammairien
- 46 — Lettre XLV — À Sotéric de Césarée
- 47 — Lettre XLVI — À Hippocrate le scolastique
- 48 — Lettre XLVII — À Hippocrate le scolastique
- 49 — Fragment XLVIII — À Hippocrate
- 50 — Lettre XLIX — À Dioscore d’Alexandrie
- 51 — Fragment L — À Dioscore d’Alexandrie
- 52 — Fragment LI — À Amantius le chambellan
- 53 — Lettre LII — À Philippe, prêtre et moine
- 54 — Fragment LIII — À Césarie l’hypatissa
- 55 — Fragment LIV — À Césarie l’hypatissa
- 56 — Fragment LV — À Césarie l’hypatissa
- 57 — Lettre LVI — À Césarie l’hypatissa
- 58 — Fragment LVII — Sur l’ordination
- 59 — Fragment LVIII — À Zénobe
- 60 — Fragment LIX — À André le presbytre
- 61 — Fragment LX — À Jean, archimandrite de Mar Hananya
- 62 — Lettre LXI — Aux couvents de vierges du Christ
- 63 — Tome II — Lettres LXII à CXVIII
- 64 — Fragment LXII (XIX) — À Isidore le comte
- 65 — Fragment LXIII — À Césarie
- 66 — Lettre LXIV — À Œcuménius
- 67 — Lettre LXV — À Eupraxius le chambellan
- 67.1 — Troisième question
- 67.2 — Quatrième question
- 67.3 — Cinquième question
- 67.4 — Sixième question
- 67.5 — Septième question
- 68 — Lettre LXVI — À Eupraxius
- 69 — Lettre LXVII — À Eupraxius le chambellan
- 70 — Lettre LXVIII — À Phocas et Eupranius
- 71 — Lettre LXIX — À Anastasie la diaconesse
- 72 — Lettre LXX — À Anastasie la diaconesse
- 73 — Lettre LXXI — À Anastasie la diaconesse
- 74 — Lettre LXXII — À Anastasie la diaconesse
- 75 — Lettre LXXIII — À Dorothée le comte
- 76 — Fragment LXXIV — À Victor le presbytre
- 77 — Fragment LXXV — À Victor le presbytre
- 78 — Lettre LXXVI — À Georgia et à sa fille
- 79 — Lettre LXXVII — À Philoxène l’évêque
- 80 — Fragment LXXVIII — À Conon le silentiaire
- 81 — Lettre LXXIX — À Prorus le général
- 82 — Lettre LXXX — À Ammonius d’Alexandrie
- 83 — Lettre LXXXI — À Jean de Bostra
- 84 — Fragment LXXXII — À Scholasticus
- 85 — Lettre LXXXIII — À Jean
- 86 — Lettre LXXXIV — Aux moines de Mar Isaac
- 87 — Lettre LXXXV — À Sergius le comte et médecin
- 88 — Lettre LXXXVI — À Sergius le comte et médecin
- 89 — Fragment LXXXVII — À Léonce le prêtre
- 90 — Fragment LXXXVIII — À Serge de Cyrrhus
- 91 — Lettre LXXXIX — À Ammonius de Bostra
- 92 — Lettre XC — À Constantin de Laodicée
- 93 — Lettre XCI — À Constantin de Laodicée
- 94 — Fragment XCII — À Procla
- 95 — Lettre XCIII — À Archélaüs le lecteur
- 96 — Lettre XCIV — À Archélaüs
- 97 — Lettre XCV — À Isidore le comte
- 98 — Lettre XCVI — À Solon d’Isaurie
- 99 — Lettre XCVII — À Césarie l’hypatissa
- 100 — Lettre XCVIII — À Césarie l’hypatissa
- 101 — Lettre XCIX — À Césarie l’hypatissa
- 102 — Lettre C — À Césarie l’hypatissa
- 103 — Lettre CI — À Césarie l’hypatissa
- 104 — Fragment CII — À Césarie
- 105 — Lettre CIII — À Césarie
- 106 — Fragment CIV — À Césarie l’hypatissa
- 107 — Lettre CV — À Césarie l’hypatissa
- 108 — Lettre CVI — À Césarie — Sur le livre de Kohéleth
- 109 — Lettre CVII — Sur ce que l’âme rencontrera
- 110 — Fragment CVIII — À Thomas de Germanicée
- 111 — Fragment CIX — À Théognoste
- 112 — Lettre CX — À Eugénie, diaconesse et archimandritesse
- 113 — Lettre CXI — À Simus le scriniaire
- 114 — Fragment CXII — À Uranius
- 115 — Lettre CXIII — À Zacharie
- 116 — Lettre CXIV — À Mitraeus
- 117 — Lettre CXV — À Héracliane
- 118 — Traité CXVI — Traité contre les codicilles d’Alexandre
- 119 — Fragment CXVII — À Césarie — Sur les défunts
- 120 — Fragment CXVIII — À Sotéric de Césarée
- 121 — Appendice — Canon pour la fête de saint Sévère
- 122 — Manuscrits de l’édition

Lettres de saint Sévère d’Antioche
Collection de cent dix-huit lettres, extraits et fragments conservés en syriaque
Saint Sévère d’Antioche · 02 octobre 2026 · 499 min de lecture · 28 vues
Lettre I — À Œcuménius le comte§
Rubrique de l’édition — DU MÊME1, LETTRE À ŒCUMÉNIUS2 LE COMTE3, AU SUJET DES PROPRIÉTÉS ET DES OPÉRATIONS, QUI EST DU NOMBRE DE CELLES ÉCRITES AVANT L’ÉPISCOPAT.
Nous avons aussi dans l’Écriture inspirée de Dieu des ressources d’humilité, et nul manque d’arguments pour nous abaisser et nous aider à garder le silence. Si vous, comme si vous étiez sur le point de monter sur le mont Sinaï, reculez à l’idée d’écrire « à un tel homme » (faisant allusion à moi), et jugez bon d’utiliser les paroles de David qu’il adresse à ceux qui le pressaient de prendre en mariage la fille de Saül, « Est-ce une petite chose à vos yeux que je devienne le gendre du roi ? »4, moi qui suis un homme pauvre et sans gloire, de même moi, lorsqu’il m’est demandé de répondre à votre question, j’use de ces mots : « Je ne suis ni prophète, ni fils de prophète, mais je suis un berger, et un pinceur de fruits de sycomore »5, si ce n’est pas trop pour moi de dire même cela : car je ne suis pas digne de raconter les justices de Dieu, et de prendre son alliance dans ma bouche6. Cependant, comme le temps des luttes présentes ne permet pas le silence, j’accepte de vous une défaite honorable, et je me tourne vers la question. Et en cela, je vous défais, puisque je montre que vous ne pratiquez pas l’humilité dans un esprit philosophique7. Quant à votre affirmation selon laquelle les saints vieillards appelaient le franc-parler8 feu ou chaleur, je dis ceci, que nous ne devons pas utiliser cette manière de parler sans discernement, mais qu’il y a des occasions pour l’utiliser et des circonstances auxquelles l’appliquer. Notre Seigneur dans les Évangiles, en de nombreuses paraboles, nous enseigne dans le cas des requêtes spirituelles à frapper sans cesse et à faire montre d’une audace louable. Et la parole des Proverbes nous instruit aussi qu’« il y a une honte qui conduit au péché, et il y a une honte qui apporte gloire et grâce »9. Sachez donc, homme puissant, (car je reviens maintenant pour répondre) qu’il ne nous est pas permis d’anathématiser ceux qui parlent des propriétés des natures (j’entends la divinité et l’humanité dont se compose l’unique Christ). La chair ne renonce pas à son existence de chair, même si elle est devenue la chair de Dieu, et le Verbe n’a pas quitté sa nature, même s’il a été uni hypostatiquement à une chair qui possède une âme rationnelle et intelligente : mais la différence est aussi préservée, ainsi que la propriété sous la forme des caractéristiques naturelles des natures dont se compose l’Emmanuel, puisque la chair ne fut pas convertie en la nature du Verbe, ni le Verbe changé en chair. Nous parlons au sujet des caractéristiques naturelles, et non pas que celles qui furent naturellement unies soient séparées et divisées l’une de l’autre singulièrement et individuellement : telle est l’affirmation de ceux qui fendent notre unique Seigneur Jésus-Christ en deux natures. Car, puisque l’union en l’hypostase est reconnue, il s’ensuit que celles qui furent unies ne sont pas séparées l’une de l’autre ; mais il y a un seul Fils, et une seule nature de Dieu le Verbe incarné, comme le dit aussi le saint Cyrille dans l’ouvrage contre Diodore : « Qu’il sache donc que le corps qui est né à Bethléem, même s’il n’est pas le même que le Verbe issu de Dieu et du Père (j’entends par là les caractéristiques naturelles), est néanmoins devenu sien, et non celui de quelqu’un d’autre, séparé du Fils : et l’on reconnaît un seul Fils et Christ et Seigneur et Verbe qui a pris chair »10. Ceux donc qui confessent une seule nature incarnée du Dieu Verbe, et ne confondent pas les éléments dont il se compose, reconnaissent aussi la propriété de celles qui furent conjointes dans l’union (et une propriété est ce qui existe sous la forme d’une manifestation des différences naturelles), et non pas que nous devions attribuer les actes de l’humanité seulement à la nature humaine, et imputer à leur tour ceux de la divinité séparément au Dieu le Verbe, mais ils reconnaissent la différence seulement, sans admettre de division : car le principe de l’union n’admet pas de division. Écoutez ce que le saint et sage docteur Cyrille dit dans le second volume11 de l’ouvrage contre les blasphèmes de Nestorius : « Car entre la divinité et l’humanité, j’admets aussi qu’il y a une grande distinction et distance. Car les choses qui ont été nommées selon le principe de leur manière d’être sont clairement différentes, et ne se ressemblent en aucun point. Mais, lorsque le mystère dans le Christ est introduit parmi nous, le principe de l’union n’oublie pas la différence, mais il rejette la division, non par un mélange ou une confusion des natures entre elles, mais en ce que, après que le Verbe de Dieu a eu part à la chair et au sang, il est encore ainsi compris et nommé comme un seul Fils »12. Mais, si l’Emmanuel est un, se composant de la divinité et de l’humanité qui ont une existence parfaite selon leur propre principe, et si l’union hypostatique sans confusion montre la différence de ce qui a été conjoint en un dans une union économique, mais rejette la division, alors et les éléments qui appartiennent naturellement à l’humanité sont devenus la propriété de la divinité même du Verbe, et ceux qui appartiennent au Verbe lui-même sont devenus la propriété de l’humanité même qu’il s’est unie hypostatiquement. À ce sujet, nous citerons de nouveau les paroles sacrées de Cyrille. Dans le prosphonétique au pieux roi Théodose, il s’est exprimé ainsi : « De même donc qu’il est advenu à l’humanité d’être l’Unique-Engendré, parce qu’elle avait été unie au Verbe dans une union économique, de même il est advenu au Verbe d’être » le premier-né d’entre beaucoup de frères « 13, en raison de l’union avec la chair »14. Grégoire le Théologien15 aussi, dans la lettre à Clédonius, a écrit des paroles qui s’accordent avec lui, comme suit : « Comme les natures sont mêlées, de même le sont aussi les appellations ; et elles s’entrecroisent selon le principe de coalescence »16. Que le terme « mêler » ne vous trouble pas : car il l’a utilisé très clairement et sans danger17 dans l’intention de dénoter l’union première : car, là où il y a union de quelque chose d’incorporel avec un corps, aucun danger ne naît nulle part du mélange. Car c’est manifestement une qualité des corps fluides, d’être confondus ensemble par entrelacement et, pour ainsi dire, de sortir de leur nature. Nous anathématisons donc non pas ceux qui confessent les propriétés des natures dont se compose l’unique Christ, mais ceux qui séparent les propriétés, et les répartissent à chaque nature à part. Une fois que l’unique Christ a été divisé (et il est divisé par le fait qu’ils parlent de deux natures après l’union), avec les natures qui ont été scindées en une dualité et séparées en une diversité distincte, vont les opérations et les propriétés qui sont la progéniture de cette division, comme le déclarent les paroles de l’impie lettre de Léon dans ce qu’il a dit : « Car chacune des formes effectue en partenariat avec l’autre ce qui lui est propre, le Verbe faisant ce qui appartient au Verbe, et le corps accomplissant les choses qui appartiennent au corps »18.
Contre ces choses, il est bon d’opposer les paroles si honorées du saint Cyrille qui réfutent l’impiété. Dans le Scholion au sujet du charbon, il parle ainsi : « Néanmoins, nous pouvons voir dans le charbon comme en une figure que Dieu le Verbe fut uni à l’humanité, mais ne s’est pas dépouillé d’être ce qu’il est, mais a plutôt changé ce qui avait été assumé ou uni en sa gloire et en son opération. Car, de même que le feu, lorsqu’il saisit du bois et y est introduit, l’emporte sur lui, et ne le fait pas cesser d’être du bois, mais le change plutôt en l’apparence et la force du feu, et accomplit en lui tous ses propres actes, et est déjà compté comme un avec lui, comprenez-le ainsi dans le cas du Christ également. Car, puisque Dieu fut uni de manière ineffable à l’humanité, il l’a conservée dans ce que nous disons qu’elle est, et lui-même aussi est demeuré ce qu’il était. Mais, une fois qu’il a été uni, il est compté comme un avec elle, s’appropriant ses qualités, mais lui-même aussi a continué l’opération de sa nature en elle »19.
Si20 donc le Verbe a changé l’humanité qu’il s’était unie hypostatiquement, non pas en sa nature, car il est demeuré ce qu’il était, mais en sa gloire et son opération, et que les choses qui appartiennent manifestement à la chair en sont venues à appartenir au Verbe lui-même, comment admettrons-nous que chacune des formes accomplit ses propres actes ? Mais nous devons anathématiser ceux qui enferment le Christ un en deux natures et disent que chacune des natures accomplit ses propres actes. Entre les choses accomplies et faites par le Christ un, la différence est grande. Certaines d’entre elles sont des actes qui siéent à la divinité, tandis que d’autres sont humains. Par exemple, marcher et se déplacer sous une forme corporelle sur la terre est sans conteste humain ; mais conférer à ceux qui sont estropiés des pieds et ne peuvent aucunement marcher sur le sol le pouvoir de marcher comme des personnes valides est digne de Dieu. Pourtant, le Verbe un incarné a accompli l’une et l’autre, et l’une nature n’a pas accompli l’une, et l’autre l’autre ; ni, parce que les choses accomplies sont différentes, ne définirons-nous pour cette raison à juste titre deux natures ou formes comme opérantes.
De plus, le Tome de Léon dit : « Car chacune des natures conserve sa propre propriété sans diminution »21, distribuant les propriétés aux deux natures séparément, comme quelqu’un qui divise le Christ un et unique en deux natures. Car la propriété des natures dont se compose Emmanuel, qui se montre dans les caractéristiques naturelles, demeure constante et fixe, comme le dit aussi le saint Cyrille dans la seconde lettre à Succensus : « Mais, tandis que chacune d’elles demeure et est perçue dans la propriété qui est par nature, selon le principe que nous venons d’énoncer, l’union ineffable et incompréhensible nous a montré une seule nature du Fils, mais, comme je l’ai dit, une nature incarnée »22. Mais Dieu le Verbe n’a pas permis à sa chair de subir en toutes choses les passions qui lui sont propres, afin que sa propriété soit conservée sans diminution, comme l’a dit l’impie disputeur. Car observez ce que dit le sage docteur Cyrille, en réponse aux objections faites par Théodoret, dans la défense du dixième anathème : « Lorsque la bassesse provenant de l’anéantissement vous semble dure, admirez grandement l’amour du Fils envers nous. Car, ce que vous dites être une chose médiocre, il l’a fait volontairement pour vous. Il a pleuré de manière humaine, afin d’ôter vos pleurs. Il a craint par dispense, dans la mesure où il a parfois permis à sa chair de subir les passions qui lui sont propres, afin de nous rendre vaillants »23.
S’il a parfois permis par dispense à sa chair de subir les passions qui lui sont propres, il n’a pas conservé sa propriété sans diminution : car en de nombreux cas, on voit qu’elle n’a pas subi les choses qui appartiennent manifestement à sa nature ; car elle était unie au Verbe, le Créateur de la nature. Le Verbe donc qui s’était fait chair a marché sur la mer, et après sa mort, sous la blessure de la lance, a fait jaillir de son côté un flot de salut : de même, après la Résurrection, il est entré alors que les portes étaient closes, et est apparu aux disciples dans la maison ; à qui il a aussi permis de le toucher, montrant que sa chair était tangible et solide, et d’une seule essence24 avec nous, et qu’elle était aussi supérieure à la corruption ; et par là il a renversé la théorie de l’apparence illusoire. Il appartient donc à ceux qui séparent le Christ un en deux natures et dissolvent l’unité de dire : « Car chacune des natures conserve sa propriété intacte ». Mais ceux qui croient que, après que Dieu le Verbe se fut uni hypostatiquement à une chair qui possédait une âme intelligente, il a accompli tous ses propres actes en elle, et l’a changée non pas en sa nature (à Dieu ne plaise !), mais en sa gloire et en son opération, ne recherchent plus les choses qui appartiennent manifestement à la chair sans diminution, chair à laquelle les choses qui appartiennent manifestement par nature à la Divinité en sont venues à appartenir en raison de l’union. Mais, s’ils la séparent sans intelligence de Dieu le Verbe en parlant de deux natures après l’union, elle marche alors selon ses propres voies en suivant sa nature, et conserve ses propriétés sans diminution selon le principe des hommes impies.
Mais il n’en va pas ainsi (comment le pourrait-il ?), mais bien tout autrement, car l’union rejette la division, comme l’a dit le saint Cyrille : « Car, bien qu’il soit dit qu’il a eu faim et soif, et qu’il a dormi et s’est lassé d’un voyage, et qu’il a pleuré et craint, ces choses ne lui sont pas arrivées exactement comme à nous, conformément aux décrets obligatoires de la nature ; mais lui-même a volontairement permis à sa chair de suivre les lois de la nature, car il lui permettait parfois même de subir ses propres passions »25. Car des paroles de Cyrille, comme d’une ancre sacrée, je ne m’écarte pas. Et la même affirmation est faite par Grégoire le Théologien26 de Nazianze également dans le sermon sur le baptême : « Car il est la pureté même, et n’avait pas besoin de purification ; mais il est purifié pour vous ; tout comme pour vous il a revêtu un vêtement de chair, alors qu’il est sans chair : et il n’aurait couru absolument aucun danger à différer le baptême ; car il était lui-même à lui-même un gardien de la passion »27. Par conséquent donc28, il était à lui-même un gardien de la faim aussi bien que de la fatigue après un voyage, et de l’acceptation des autres passions humaines, telles qu’elles ne tombent pas sous le péché, afin de montrer l’Humanisation vraiment et sans phantaisie29. De ce que nous avons dit, voici la somme ; que nous devons anathématiser ceux qui divisent le Christ un : et ils le divisent en parlant de deux natures après l’union, et en répartissant par conséquent les opérations et les propriétés entre les natures. Par conséquent, la saine doctrine est contenue dans le30 — du roi serein : car il anathématise ceux qui divisent en deux natures le Fils un qui fut uni hypostatiquement à la chair, ainsi que les opérations et les propriétés des mêmes deux natures : car ainsi parle aussi l’impie Théodoret : « Comment range-t-il sous l’impiété ceux qui divisent les propriétés des natures de Dieu qui est avant les siècles et de l’homme qui fut assumé dans les derniers jours ? »31 J’ai écrit ces choses, bien que je sois pauvre en intellect, et je loue la grandeur de votre intelligence théophile ; et parce que, comme vous êtes sage, je vous donne une occasion d’atteindre à des résultats plus sages. Pardonnez-moi si, en raison du manque de loisir causé par les luttes présentes, j’ai tardé à écrire. Saluez votre honorée épouse, qui est une associée et une aide dans les affaires de Dieu.
Fin de la première lettre à Œcuménius le comte.
Lettre II — À Œcuménius le comte§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DEUXIÈME LETTRE AU MÊME ŒCUMÉNIUS LE COMTE SUR LE MÊME SUJET, ET ELLE EST PARMI CELLES ÉCRITES DURANT L’ÉPISCOPAT.
Je me demande comment il se fait que votre magnificence aimée de Dieu a repris depuis le début la dispute qui avait été réduite au silence. Tout en confessant qu’Emmanuel est de deux natures, supposer que les éléments dont il est composé sont des généralités recouvrant de nombreuses hypostases (c’est ce que signifie la propriété d’une généralité) est une chose très abominable et inepte, et qui confirme l’accusation faussement disséminée contre nous par les impies : car il se trouve que nous imaginons deux natures avant l’union selon leur récit ; car il y aurait l’humanité tout entière et bien sûr la divinité aussi, avant même l’humanisation du Verbe. Et ces questions exigeraient une plus ample conversation de vive voix, non des mots écrits dans une lettre, qui sont soumis à des considérations de brièveté, et apportent un danger32 à celui qui écrit, chaque fois qu’un nom inhabituel ou une expression non développée est inséré dans le document. Vous savez quelles paroles qui mènent aux écueils vous avez utilisées dans votre récent écrit et, bien que vous admettiez le faire par concession, vous l’avez tout de même fait. Mais pour nous, qui par une ordonnance d’en haut et par miséricorde sommes parvenus à cette charge sacerdotale, il n’est pas honorable de prendre de si mauvaises expressions dans notre bouche et de les consigner par écrit : car il est écrit : « Les lèvres du prêtre garderont la science, et c’est de sa bouche qu’on demandera la loi »33. C’est pourquoi Paul aussi, qui fut ravi jusqu’au troisième ciel et entendit des paroles ineffables34, connaissant la difficulté de paroles de ce genre, exhorta les croyants à prier avec ferveur et constance pour que la parole lui soit accordée avec éloquence35. Puisque donc il en est ainsi, et que nous nous refusons à employer une multitude de paroles, qui en règle générale n’échappent pas au péché36, j’userai de brièveté de langage envers votre sagesse et votre connaissance, et je vous poserai une question très facile. Appelez-vous la chair possédant une âme intelligente, que le Dieu le Verbe s’est volontairement unie à lui-même hypostatiquement sans aucun changement, un spécimen ou une généralité, c’est-à-dire une hypostase possédant une âme, ou la généralité humaine tout entière ? Il est manifeste que, si vous souhaitez donner une réponse juste, vous direz un corps possédant une âme. En conséquence, nous disons que c’est d’elle et de l’hypostase du Dieu le Verbe que l’union ineffable a été faite : car ce n’est pas la divinité tout entière ni l’humanité tout entière en général qui ont été jointes dans une union naturelle, mais des hypostases particulières. Et le saint et sage Cyrille nous en témoigne clairement lorsque, dans le troisième chapitre37 ou anathème, il a parlé ainsi : « Si quelqu’un divise l’unique Christ en hypostases après l’union, en les associant par une association d’honneur ou d’autorité seulement, et non plutôt dans une conjonction d’union naturelle, qu’il soit anathème »38. Et de nouveau dans les Scholia, le même dit : « De là nous apprendrons que les hypostases sont demeurées sans confusion »39. En conséquence, l’union naturelle ne fut pas celle de généralités, mais d’hypostases dont Emmanuel était composé. Et ne pensez pas que les hypostases aient dans tous les cas une personne distincte qui leur soit assignée, de sorte que l’on penserait, comme l’impie Nestorius, que nous parlons d’une union de personnes, et que nous allons à l’encontre des paroles inspirées de Dieu du saint Cyrille, qui dans la deuxième lettre au même Nestorius parle ainsi : « Mais qu’il en soit ainsi40 n’aidera en rien le juste principe de la foi, même si certains hommes répandent l’idée d’une union de personnes. Car l’Écriture n’a pas dit que le Dieu le Verbe s’est uni la personne d’un homme, mais qu’il s’est fait chair »41. Lorsque des hypostases subsistent par une subsistance individuelle, comme par exemple, celles de Pierre et de Paul, que l’autorité de l’apostolat unissait, alors il y aura une union de personnes et une association fraternelle, non une conjonction naturelle d’une seule hypostase composée de deux, qui est exempte de confusion. Car c’est ce dont ceux qui adhèrent aux doctrines immondes de Nestorius sont convaincus de dire, également en ce qui concerne l’humanisation divine. Ils font d’abord exister l’enfant par lui-même séparément, de sorte qu’une personne distincte lui est même assignée, puis en lui attachant le Dieu le Verbe, ils introduisent impieusement dans la foi une union de personnes. C’est ce que Grégoire le Théologien42 a également rejeté en disant dans la grande lettre à Clédonius : « Si quelqu’un dit que l’homme a été formé, et que Dieu s’y est glissé ensuite, il est condamné : car ce n’est pas une naissance de Dieu, mais une fuite de la naissance »43. Mais, lorsque les hypostases ne subsistent pas dans une subsistance individuelle, comme aussi dans le cas de l’homme parmi nous, je veux dire celui qui est composé d’âme et de corps, mais sont reconnues sans confusion dans l’union et la composition, n’étant distinguées que par l’intellect et manifestant une seule hypostase faite de deux, une telle union, nul ne sera assez ignorant pour l’appeler une union de personnes. Bien que l’hypostase du Dieu le Verbe existât auparavant, ou plutôt44 fût avant tous les siècles et tous les temps, étant éternellement avec Dieu le Père et le Saint-Esprit, pourtant la chair possédant une âme intelligente qu’il s’est unie n’existait pas avant l’union avec lui, et une personne distincte ne lui fut pas assignée45. Et le grand Athanase en témoigne, qui dans la lettre à l’empereur Jovinien dit : « Aussitôt qu’il y a chair, il y a aussitôt chair du Dieu le Verbe ; » et, aussitôt qu’il y a chair douée d’âme et rationnelle46, il y a aussitôt chair douée d’âme et rationnelle « du Dieu le Verbe2 : car c’est aussi en lui qu’elle a acquis la subsistance »47.
Et le saint Cyrille témoigne également, s’adressant ainsi à l’impie Diodore : « Mon excellent homme, je dis que tu lances des paroles ignorantes fort empreintes de ce qui est odieux. Car le saint corps était de Marie, mais pourtant, au tout début de sa concrétion ou de sa subsistance dans le sein, il a été sanctifié, en tant que corps du Christ, et personne ne peut voir aucun moment où il n’ait pas été sien, mais plutôt simple, comme tu le dis, et identique à cette chair des autres hommes »48.
Suivant ces paroles des saints Pères, inspirées de Dieu, et confessant que notre Seigneur Jésus-Christ est issu de deux natures, considérez les hypostases distinctes elles-mêmes dont l’Emmanuel fut composé, et leur jonction naturelle, et ne vous élevez pas jusqu’aux généralités et aux essences49, de la Divinité tout entière et de l’humanité en général : car il est manifeste que la Divinité tout entière se voit dans la Trinité, et que l’humanité en général attire l’esprit vers le genre humain tout entier.
Comment donc ne serait-ce pas ridicule et impie de notre part de dire que la Trinité fut unie en hypostase au genre humain, quand les saintes Écritures disent plus clairement qu’une trompette : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous »50, c’est-à-dire que l’une des trois hypostases s’est unie rationnellement et hypostatiquement à une chair pourvue d’une âme ? Mais nous ne nions pas non plus, comme nous l’avons aussi écrit dans d’autres lettres en différentes occasions, que nous trouvons souvent des hommes qui désignent les hypostases par le nom d’essence51. Ainsi, Grégoire le Théologien a nommé l’union hypostatique union en essence51 dans la lettre à Clédonius que nous venons de mentionner, parlant ainsi : « Quiconque dit qu’il a œuvré par la grâce comme en un prophète, mais non pas qu’il a été uni et façonné avec lui en essence, qu’il soit privé de l’opération excellente, ou plutôt qu’il soit rempli du contraire »52. Et le sage Cyrille, dans la seconde lettre à Succensus, appelle essence51 l’humanité qui fut hypostatiquement unie au Dieu le Verbe, en disant : « Car si, après avoir dit » une nature du Verbe », nous nous étions arrêtés sans ajouter « incarnée », mais avions pour ainsi dire mis l’économie au-dehors, ils auraient peut-être en quelque manière un argument plausible en prétendant demander : « Où est la perfection dans l’humanité ? Ou comment l’essence d’après notre modèle a-t-elle été composée ? ». Mais, puisque la perfection dans l’humanité et la caractéristique de notre essence ont été introduites par le fait que nous avons dit « incarnée », qu’ils se taisent, puisqu’ils se sont appuyés sur le bâton d’un roseau « 53. Mais dire que l’Emmanuel est issu de deux essences54 aussi, comme nous confessons qu’il est issu de deux natures, même si l’on comprend les essences comme des hypostases, nous l’évitons, comme une chose qui n’est pas scientifique, et qui n’a été énoncée en autant de mots par aucun des Pères théophores : car en de telles matières nous devons éviter la nouveauté, même si elle a quelque religiosité, et avec le prophète-psalmiste être préservés dans la tente de la prudence, et être cachés par la grâce d’en haut, et même de la dispute des langues55.
Ces choses, nous les avons écrites dans un style épistolaire, bien que nous soyons au milieu de nombreuses tribulations, et de plusieurs dizaines de milliers de sortes de soucis. Mais il appartient à votre âme qui aime la vérité et qui aime Dieu de nous informer par lettre si vous avez abandonné vos doutes, et si ce que nous avons écrit vous a paru bien énoncé. Sachez que le religieux diacre Anatolius56 a abandonné cette opinion et, bien que tardivement, nous a remerciés.
Fragment III — À Œcuménius§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA 5e LETTRE À ŒCUMÉNIUS, QUI COMMENCE PAR : « Quand j’ai lu la lettre adressée au presbytre Pierre, ami de Dieu57 ».
Ce n’est pas de confesser la particularité des natures d’où vient l’Emmanuel que nous évitons, tant que nous maintenons l’unité sans confusion (la particularité est ce qui s’exprime dans les caractéristiques naturelles), mais c’est de distribuer et de diviser les propriétés à chacune des natures58.
Fragment IV — À Simus le scriniaire§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA LETTRE À SIMUS LE SCRINIAIRE, QUI COMMENCE PAR : « À moins que je n’eusse quelque grande affection pour votre illustre personne ».
[Après avoir d’abord cité le passage de Basile qui dit : « « Inengendré » est une caractéristique d’une forme d’être, non de l’essence59 »,60 il parle ainsi]61· Mais, si nous interprétons correctement la parole à partir des enseignements clairs des saints et des autres Pères, le sens devient simple, et il n’y a rien en elle de contradictoire ou de difficile : car l’« être » exprime ici l’hypostase distincte du Père. Car les Pères ont dit que la Sainte Trinité existe à la fois en une seule essence62, et dans l’être de chacun, c’est-à-dire trois hypostases, existant séparément, du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Fragment V — À Eusèbe le scolastique§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE À EUSÈBE LE SCOLASTIQUE, QUI COMMENCE PAR : « Puisque vous avez soulevé une objection contre moi par votre lettre ».
Mais maintenant aussi nous en viendrons à ce qui est requis et, nous le dirons encore, l’« essence »62 signifie une généralité, et l’« hypostase » une particularité, mais l’« être » et la « nature » introduisent tantôt une signification générale, tantôt une signification partielle ou particulière. Ceci est énoncé en raison de l’usage variable que l’on trouve chez les saints Pères : car vous saviez à la fois que l’« essence »62 est parfois employée dans la signification particulière de l’« hypostase », et que l’on trouve aussi occasionnellement l’« hypostase » employée à la place de l’« essence »63. Pour cette raison, nous nous refusons à utiliser une telle signification comme étant non scientifique.
Lettre VI — À Maron§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE À MARON, DONT LE COMMENCEMENT EST : « Lorsque Naaman le Syrien ».
Je pense qu’il a été dit assez de choses sur l’« essence » et l’« hypostase ». Mais le nom de « nature » est parfois pris pour « essence », parfois pour « hypostase ». Car nous appelons aussi collectivement « nature » l’ensemble du genre humain, comme il est en effet écrit : « Car toutes les natures des bêtes et des oiseaux, des reptiles et des créatures qui sont dans l’eau sont domptées et ont été domptées par la nature humaine »2 : et nous parlons aussi d’une seule nature à propos d’un seul homme, Paul par exemple ou Pierre, ou peut-être Jacques. Là donc où nous nommons l’ensemble du genre humain une seule nature, nous utilisons le nom « nature » génériquement, pour « essence »63 ; mais, là où nous disons qu’il y a une seule nature de Paul, le nom « nature » est employé pour « hypostase individuelle ». De même aussi nous appelons la Sainte Trinité une seule nature, en employant le terme « nature » pour la désignation générale d’« essence »64 ; comme Grégoire le Théologien, l’évêque de Nazianze, l’a aussi dit dans le sermon sur la Sainte Pentecôte : « Confessez que la Trinité est d’une seule Divinité, mes amis ; ou, si vous voulez, d’une seule nature ; et nous demanderons pour vous à l’Esprit l’expression « Dieu » »65. Mais, quand nous disons « une seule nature incarnée de Dieu le Verbe », comme l’a dit Athanase, le soutien de la vérité et de la foi apostolique, dans les livres sur l’Incarnation du Verbe66, nous utilisons « nature » pour « désignation individuelle », dénotant l’unique hypostase du Verbe lui-même, comme celle de Pierre aussi ou de Paul, ou de tout autre homme particulier. C’est pourquoi aussi, quand nous disons « une nature qui s’est incarnée », nous ne le disons pas de manière absolue, mais en ajoutant « une seule nature du Verbe lui-même », nous dénotons clairement l’unique hypostase. Mais ces hommes mêmes qui, en blasphémant, appellent le Christ unique deux natures, utilisent le nom « nature » pour « désignation individuelle », disant que le Verbe de Dieu est une nature, et l’homme issu de Marie, comme ils disent, une autre. Car ils n’atteignent pas un tel sommet de fatuité qu’ils en viennent à dire qu’ils utilisent le nom « natures » pour « désignation générale », je veux dire dans le même sens qu’« essence »1 : car, si la Sainte Trinité est une seule nature, et l’ensemble du genre humain une seule nature, dans le même sens que tout ce qui est démontré l’être en vertu de ce principe, on trouvera (pour dire une chose très absurde) que la Sainte Trinité s’est incarnée dans l’ensemble du genre humain, c’est-à-dire la race humaine.
Du même, de la lettre à Maron, qui commence par : « Quand Naaman le Syrien ».
Mais les Saintes Écritures nous instruisent67 autrement, nous enseignant que Dieu le Verbe, une seule des trois hypostases, s’est incarné et s’est fait homme. Car « le Verbe est devenu chair, et a demeuré en nous »68.
Du même, de la lettre à Maron le lecteur, qui commence par : « Quand Naaman le Syrien ».
Mais, en entendant ces choses, vous direz peut-être que nous n’aurions pas dû parler de différence entre les natures dont est issu Emmanuel, de peur que nous ne répétions et n’utilisions nous-mêmes la même expression que ces hommes orgueilleux. En conséquence, abstenons-nous aussi de confesser l’union, parce qu’eux aussi professent parler d’une union qui consiste en une association d’honneur ; et, parce qu’ils parlent de deux natures après l’union, ne disons pas non plus que l’union a été faite à partir de deux natures, rejetant même la simple mention des natures, comme des enfants stupides, qui tremblent à des alarmes terrifiantes qui sont fictives et inventées, comme si elles étaient la vérité, et s’enfuient sur le sein de leur mère. Si, à cause des blasphèmes contenus dans les opinions de ces hommes, nous leur cédons les mots et les noms qui établissent la vérité, avec le son des mots le grand mystère de la religion69 nous échappe. Mais, si nous sommes droits d’esprit, nous nous attacherons religieusement aux mots et nous rejetterons les opinions immondes comme de mauvaises paroles.
Du même, de la lettre à Maron, qui commence par : « Quand Naaman le Syrien ».
Vous voyez que nous devons aussi confesser la différence entre les natures dont est issu le Christ unique, et éviter la division en deux, et exalter un seul Fils et Christ, et une seule nature incarnée de Dieu le Verbe.
Fragment VII — À Maron§
Rubrique de l’édition — DE SÉVÈRE, DE LA LETTRE À MARON, QUI COMMENCE PAR : « Quand, il y a quelque temps, je reçus la lettre de votre religiosité ».
En conséquence, c’est la même chose de dire que Dieu le Verbe a été uni à une chair possédant une âme intellectuelle en nature et en hypostase et en essence.70
Fragment VIII — À Maron§
Rubrique de l’édition — À MARON.
La perfection ne se trouve par nature en aucune chose, sinon en Dieu seul.
Fragment IX — À Maron§
Rubrique de l’édition — DE NOTRE PÈRE SÉVÈRE, DE LA LETTRE À MARON.
Mais la puissance de l’union sans confusion et initiale a préservé ceux qui étaient unis hors de portée de toute perturbation, et a fait que les deux existent en une seule hypostase et une seule personne, et une seule nature incarnée du Verbe.71
Lettre X — À Éleusinius§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE À ÉLEUSINIUS72, QUI COMMENCE PAR : « Comme le grand Moïse apparut ».
Là donc où nous confessons l’unique issu des deux, Seigneur et Fils et Christ, et une seule nature incarnée du Verbe lui-même, nous comprenons la différence pour ainsi dire dans les caractéristiques naturelles des natures dont le Christ est issu. Mais, si nous parlons de deux natures après l’union, qui existent nécessairement dans leur singularité et séparément, comme si elles étaient divisées en une dualité, mais unies par une conjonction de fraternité (s’il nous faut appeler une telle chose une unité), la notion de différence atteint le point de la division, et ne s’arrête pas aux caractéristiques naturelles.
Du saint Sévère, de la lettre à Éleusinius l’évêque, qui commence par : « Comme le grand Moïse apparut ».
Mais, comme c’est une habitude des ennemis de la vérité de nous lancer des accusations sur des choses qui sont à l’opposé de leurs mauvaises opinions, et de nous imputer de tenir quelque mélange ou fusion ou confusion ou phantasme dans la divine et ineffable Humanisation, après délibération commune, nous avons décidé de clarifier par une limitation et une distinction ce que vous avez affirmé sans limitation.
Vous dites du mystère du Christ que vous ne reconnaissez pas la différence des natures, ni non plus leur individualité, puisque par « différence » vous comprenez aussi « division ». C’est pourquoi vous avez aussi clairement établi ce qui suit en guise de canon : « Quand donc nous cherchons à séparer et à distinguer la nature rationnelle de l’irrationnelle, et le suprasensible du perceptible, et le créé de l’incréé, avec la différence entre ces choses nous opérons aussi une séparation et une division ».
Ces déclarations ont été faites par vous de la manière la plus juste et la plus sage qui soit, à savoir que, là où il y a du rationnel et de l’irrationnel, ou du perceptible et du suprasensible, ou du créé et de l’incréé, chacun d’eux demeure en lui-même, et apparaît dans sa propre hypostase, c’est-à-dire, a une existence individuelle, séparée et distincte ; car ici, avec la différence s’entend aussi la division, et de nouveau, à partir de la différence des qualités qui appartiennent naturellement à chacun singulièrement, nous reconnaissons la division. Lorsque donc, à partir de choses qui diffèrent en genre et ne sont pas d’une seule essence73 les unes avec les autres, je veux dire le suprasensible et le perceptible, une combinaison ou une union naturelle a lieu afin de constituer un seul animal, comme nous le voyons dans le cas d’un homme, la division en deux cesse, car la notion d’unité n’admet pas cela, mais la différence et l’individualité, pour ainsi dire, dans les caractéristiques naturelles des éléments qui se sont rassemblés en un, est préservée, puisque le corps n’a pas refusé d’être corps, ni l’âme n’est passée dans la nature du corps. La même chose, et quelque chose de plus élevé, s’entend aussi à l’égard d’Emmanuel.74
Lettre XI — À Éleusinos§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA LETTRE À ÉLEUSINOS L’ÉVÊQUE, QUI COMMENCE PAR : « Dans les combats de lutte ».
Mais, puisque vous avez jugé bon de me demander quelle est la différence qui apparaît dans les caractéristiques naturelles, je veux dire des natures à partir desquelles est Emmanuel, je l’expliquerai clairement et ne le cacherai pas. (Et un peu plus loin.) Car le saint Cyrille, vraiment sage, après avoir écrit dans la lettre à Acace : « La divinité et l’humanité ne sont pas la même chose quant aux caractéristiques naturelles »75, dans le second volume76 contre les blasphèmes de Nestorius, écrit ce qui suit, comme pour expliquer le sens de l’expression : « Car entre la divinité et l’humanité, j’admets aussi qu’il y a une grande distinction et distance : car les choses qui ont été nommées sont clairement différentes, et en aucun point semblables l’une à l’autre »77. Telle est donc la différence qui apparaît dans les caractéristiques naturelles, le principe différent qui sous-tend l’existence de la divinité et de l’humanité4 : car l’une est sans commencement et incréée, et incorporelle, et intangible, tandis que l’autre est créée, et soumise au commencement, et temporelle et tangible, étant chair et solide. Cette différence, nous n’affirmons en aucune manière qu’elle ait été supprimée par l’union.
Du même, de la lettre à Éleusinos qui commence par :
« Dans les combats de lutte ».
Il suffisait, pour bannir cette supposition inconvenante, que la « différence de caractéristiques » n’ait pas été affirmée de manière absolue, mais que le mot « naturel » ait été ajouté, lequel mot déclare qu’il n’y a que par l’intellect et par une investigation subtile que nous pouvons savoir de quelle sorte est chacune des natures qui se sont combinées dans l’unité et ont constitué une seule hypostase, et il déclare manifestement qu’Emmanuel est un à partir de deux choses opposées, je veux dire la divinité et l’humanité, comme Grégoire le Théologien78 l’a dit : « Que la distinction soit maintenue dans l’unité »79.
Du même, d’une autre80 lettre au même Éleusinos, qui commence par : « Dans les combats de lutte ».
Comment donc, après que ces choses ont été écrites par moi, n’est-il pas clair pour chacun, d’après les mots employés par le sage Cyrille, que la division aussi s’entend alors accompagner la différence, quand les natures ou hypostases séparées existent individuellement, et non quand une seule personne et une seule nature ou hypostase incarnée de Dieu le Verbe est constituée par coalescence à partir de deux ? Que le saint Cyrille dise que la séparation ou la division se joint alors à la différence, quand les natures existent à part et par elles-mêmes, cela est attesté par l’addition faite aux paroles citées ci-dessus de l’homélie prosphonétique.
Du même, de la lettre à Éleusinos, qui commence par :
« Dans les combats de lutte ».
Et ne me dites pas que le saint Cyrille a seul utilisé l’expression en ce sens ; mais observez avec une saine intelligence qu’il ne sort pas de la foi apostolique ; car Grégoire le Théologien a aussi prononcé des paroles qui s’accordent avec lui dans le passage que nous venons de citer plus haut. Et, si aucun des pères revêtus de Dieu avant lui n’a en fait parlé en termes exprès d’unité en hypostase à propos de l’Incarnation de Dieu le Verbe, pourtant, tous les amants de la foi droite l’ont acceptée, dans la mesure où elle expose la splendeur du mystère de la divine Humanisation, et qu’elle s’accorde avec l’opinion des docteurs de l’Église. C’est pourquoi aussi ce misérable et impie Théodoret parle ainsi dans l’objection au 2ᵉ anathème : « L’unité en hypostase, nous ne la reconnaissons pas du tout, comme étant étrange et étrangère aux divines Écritures, et aux docteurs qui les ont exposées »81.
Fragment XII — À Éleusinos§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE À ÉLEUSINOS.
Mais peut-être quelqu’un dira-t-il que, lorsque le sage Basile a dit : « La grâce provenant de la dispensation »82, il faisait référence à la venue dans la chair. Mais sachons clairement que le Verbe de Dieu, avant même de se lever sur nous sous une forme charnelle, a constamment gouverné83 notre vie et notre salut ; car « en lui nous vivons, nous nous mouvons et nous existons »3 : car le nom de « dispensation » ne s’applique pas seulement à la grâce de l’Humanisation parmi nous. Et Grégoire le Théologien84 en est un témoin lorsqu’il dit : « Les autres appellations, etc. »82.
Fragment XIII — À Estorechios d’Anazarbe§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE À ESTORECHIOS ( ?)85 ÉVÊQUE D’ANAZARBE, AU SUJET DE LA DISPUTE QUI EUT LIEU DANS LA VILLE ROYALE, DATANT D’AVANT L’ÉPISCOPAT, ALORS QU’IL PARLAIT CONTRE MACEDONIOS, ÉVÊQUE DE CONSTANTINOPLE.
Mais sachez que le grand Basile n’a pas appelé le Christ un homme revêtu de Dieu (à Dieu ne plaise !), mais a appelé la chair du Christ chair revêtue de Dieu. Mais le même, immédiatement après, a appelé la même chair revêtue du Christ86. Mais si l’expression « revêtu de Dieu » et « revêtu du Christ » est la même, la conclusion est que le Christ, le Verbe qui s’est incarné et s’est humanisé pour nous, est vrai Dieu, et non un homme revêtu de Dieu.
Réponse XIV — Réponse à Thomas le syncelle§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA SOLUTION OU DÉFENSE EN RÉPONSE À LA 15ᵉ QUESTION DE CELLES QUI LUI FURENT ENVOYÉES PAR THOMAS SON SYNCELLE87.
Nous jugeons donc abominable et également impie ce qui a été désiré par ceux qui se sont assemblés à Chalcédoine contre la vérité, à savoir bannir la confession que le Christ doit être reconnu d’entre deux natures, et d’introduire à la place la confession qu’il doit être reconnu en deux natures, comme le désire le parti de Nestorius, et nous ne proposerons jamais le même enseignement ( ?) que ceux qui, afin d’ouvrir les portes aux doctrines de Nestorius,…..88 ainsi nous exigeons aussi l’inverse, que l’une soit ouvertement proclamée, et l’autre complètement supprimée et bannie conformément aux lois de la sainte Église. Car que les moyens de remède soient introduits par les mêmes drogues similaires que celles par lesquelles on a désiré produire la maladie ; et ne négligeons pas des choses si manifestes, et n’allons pas choisir çà et là, ou chercher comme parmi des roseaux, et ne cherchons pas si quelque part dans les écrits des saints pères orthodoxes89 nous trouvons occasionnellement « différence » ou « en deux » ou « d’entre deux » énoncés sans discernement et sans précaution. En effet, dans le 11e livre du récit interprétatif de l’Évangile de Jean, le saint Cyrille a utilisé l’expression « en deux » des hypostases séparées comme suit : « Partout et en toutes circonstances suivra et coïncidera avec la connaissance concernant le descendant la connaissance aussi concernant celui qui l’a engendré ; comme en vérité l’inverse est aussi vrai. Mais, si l’affirmation est vraie et est reçue sans hésitation, que le Père est compris avec le Fils et entre avec lui, et le Fils aussi avec le Père, et que la connaissance de chacun d’eux court dans les deux, comment le Fils peut-il être une créature, comme le disent certains hommes impies ? »90 ; de même que personne ne dit que le nom et le fait de la division et de l’union sont la même chose, puisqu’en effet ils ont eux-mêmes supprimé l’un et affirmé l’autre.
Lettre XV — À Thomas le syncelle§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA LETTRE À THOMAS SON SYNCELLE, DANS LAQUELLE IL MONTRE QUE C’EST LA MÊME CHOSE DE PARLER DE L’UNION DANS LE CHRIST COMME PROVENANT DE DEUX NATURES ET DE DEUX HYPOSTASES.
Car ces hypostases ou natures, étant en composition sans diminution, et n’existant pas séparément et dans une existence individuelle, constituent une seule personne d’un seul Seigneur et Christ et Fils, et une seule nature et hypostase incarnée du Verbe.
De la même lettre, après une citation[^91] de Cyrille.
D’après ce qui a été énoncé, le docteur enseigne que la particularité de l’union naturelle est que les hypostases sont en composition et sont parfaites sans diminution, mais refusent de continuer une existence individuelle de manière à être dénombrées comme deux, et d’avoir sa propre personne imprimée sur chacune d’elles, ce qu’une conjonction en honneur ne peut aucunement faire.
De la même lettre, après une citation de Cyrille.
Il est donc clair que les natures ou les hypostases, si elles ne sont pas combinées en une seule dans une union hypostatique sans confusion, ne constituent pas un seul Christ et Fils et Seigneur, et une seule nature incarnée du Verbe et une seule personne.
Fragment XVI — À Thomas le syncelle§
Rubrique de l’édition — DE SÉVÈRE, DE LA LETTRE À THOMAS LE SYNCELLE.
Puisque donc ces choses ont ainsi été éclaircies, il a déjà été reconnu qu’il est étranger à ceux qui confessent une union hypostatique d’appeler personnes les hypostases, c’est-à-dire les natures qui d’une manière ineffable se sont unies en une seule, d’où provient Emmanuel, et par conséquent de penser et de dire que l’union provient de deux personnes. Dire cela appartient à ceux qui confessent une union faussement nommée, qui font exister l’homme et Dieu séparément dans une existence individuelle, et qui conçoivent pour eux-mêmes une conjonction fondée sur l’autorité et l’identité de nom.
Fragment XVII — À Thomas le presbytre§
Rubrique de l’édition — À THOMAS LE PRESBYTRE.
Car le vrai jeûne est une vie pure de tout acte mauvais, et que nous rompions le pain pour ceux qui ont faim.
Fragment XVIII — Aux moines de Tufa§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA LETTRE AUX MOINES DE TUFA, QUI COMMENCE PAR : « Quand j’ai lu la lettre de votre amour de Dieu ».
513-8( ?). Car nous devons confesser l’unique notre Seigneur Jésus-Christ, d’entre deux natures, la divinité et l’humanité, comme étant un seul et même, invariablement et sans confusion, Dieu et homme, n’étant plus divisé après l’union ; car la dualité est ce qui dissout l’unité, bien qu’elle soit obscurcie par d’innombrables artifices. Car celui qui a été uni est fixement un, et ne redevient pas deux. Car le Christ n’est pas divisé, mais il est une seule personne, une seule hypostase, une seule nature incarnée de Dieu le Verbe.
Fragment XIX — À Isidore§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE À ISIDORE, DONT LE COMMENCEMENT EST : « Je me suis grandement réjoui quand j’ai reçu la lettre de [votre] illustre personne aimant le Christ ».
Les docteurs ont appelé la Sainte Trinité coessentielle, afin que par ce mot, composé d’une manière si polie et très sublime, ils puissent exprimer à la fois le fait de l’unité d’essence92 et celui de la division des hypostases, par la même expression à la fois l’union et la division, en un seul mot. Car, lorsqu’on dit que le Fils est coessentiel au Père et au Saint-Esprit, il revendique de partager l’essence92 avec ceux qui sont énumérés, mais de différer en hypostase.93
Fragment XX — À Isidore le comte§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE À ISIDORE LE COMTE.
Sur ce point, nous trouvons que les docteurs précis célèbrent la Trinité en une seule essence92 qui est la Divinité, mais confessent par conséquent que celle-ci consiste en trois hypostases.
Fragment XXI — À Isidore le comte§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA LETTRE À ISIDORE LE COMTE, QUI COMMENCE PAR : « De la lettre de votre magnificence religieuse et amie du savoir ».
Mais que le Seigneur des semences, qui en venant dans la chair a brillé sur nous, et qui est venu jeter la bonne semence sur la terre, l’un de la Sainte Trinité, qui avec le Père et le Saint-Esprit est théologiquement défini94 et glorifié (car en ces choses la Divinité consiste pour nous, ou plutôt95 ces choses sont la Divinité) multiplie en vous de nombreuses fois la semence de la religion, surtout parce que vous êtes enflammé de vigilance, brûlant de zèle divin, contre la semence de l’ivraie hérétique.
Lettre XXII — À Jean et Jean, presbytres et archimandrites§
Rubrique de l’édition — LE DOCTEUR DE LA VÉRITÉ A DONC DIT DANS LA LETTRE À JEAN ET JEAN, PRESBYTRES ET ARCHIMANDRITES96 ET AUX AUTRES, DONT LE COMMENCEMENT EST : « Après que j’eus écrit en réponse à la précédente communication de vos saintetés ce qui suit ».
Mais j’entends que les Romains disent : « Nous craignons d’appeler celui qui a souffert pour nous dans la chair l’un de la Trinité, de peur de soumettre la Sainte Trinité à la numération ». Mais cela est plein d’une ignorance et d’une impiété totales, et c’est un prétexte d’hommes qui saisissent des prétextes pour les péchés, ou de ceux qui ne savent pas ce qu’ils disent ni ce sur quoi ils affirment97, comme l’apôtre Paul le dit quelque part à propos de certaines personnes. La Sainte Trinité est capable de numération quant aux hypostases ; mais, en ce qu’elle est une et de même essence98, elle se tient hors du nombre.
(Et de nouveau, un peu plus bas.) En conséquence donc, les Romains, qui sont très sages, sont infectés d’une profonde erreur, ne sachant pas qu’en essence la Trinité est incapable soit de numération, soit de division, mais que, quant aux hypostases, elle est à la fois divisée et séparée, afin que la distinction soit maintenue dans les ressemblances individuelles du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Mais au sujet de ceux qui ressemblent aux Romains, tant par leur impiété que par leur ignorance, les Jébusites99, je suis grandement surpris, puisqu’ils ont, de façon maladroite et par une expression nouvelle et très grossière, nommé la Sainte Trinité une « Trinité d’hypostases »100. Un mot ainsi composé, je ne l’ai jamais entendu jusqu’à ce jour ; car il nous conduit à comprendre que trois hypostases glorifiées n’existent pas séparément, mais une seule qui prend trois formes et se change tantôt en l’hypostase du Père, tantôt en celle du Fils, tantôt en l’hypostase du Saint-Esprit, et qu’elle est une, mais change de personne101 comme au théâtre99, et parle ou agit tantôt depuis la personne du Père, tantôt depuis celle du Fils, tantôt depuis celle du Saint-Esprit, comme il a plu à l’insensé Sabellius le Libyen de le soutenir.
Lettre XXIII — À Jonathan, Samuel et Jean§
Rubrique de l’édition — DE NOUVEAU DU MÊME, DE LA LETTRE AUX PRÊTRES ET ARCHIMANDRITES, JONATHAN, SAMUEL ET JEAN, QUI SE TENAIENT SUR DES COLONNES, ET À TOUT LE RESTE DES ORTHODOXES102 QUI SE SONT ASSEMBLÉS DANS L’ÉGLISE DE LA VILLE D’ANBAR, ET DANS L’ÉGLISE DE ḤIRTHA DNUʿMAN.
Car il a dit : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au 519-38 ( ?) nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit »103 ; de sorte qu’il y a une Sainte Trinité, divisée et distincte en hypostases, mais non divisée en une seule essence104 et divinité, et royauté, et gloire, et éternité, et les autres attributs que Dieu possède par nature. Car le Père a une chose hypostatiquement, la paternité, et le fait qu’il est inengendré ; et le Fils a de même une chose hypostatiquement, la filiation, et le fait qu’il a été engendré par le Père ; et le Saint-Esprit a de même une chose, le fait qu’il n’a pas été engendré, mais procède éternellement et sans commencement du Père : car en vertu de ces choses, la distinction de personne appartient à chacun d’eux, c’est-à-dire qu’elle est marquée et définie pour les hypostases, mais tous les autres attributs sont, comme je l’ai dit, communs, égaux en honneur et indivis, et tels qu’ils montrent que pour notre part, nous avons cru en un seul Dieu, et en une seule essence105, et il existe et se fait connaître en trois hypostases. Car le Fils a été engendré par le Père, et l’Esprit procède du Père, bien qu’éternellement et sans temps, et leur remontée est vers lui, comme vers une racine et une source, et c’est de lui qu’ils sont, bien qu’ils ne soient pas après lui. Et pour cette raison, bien que nous confessions trois hypostases, nous ne croyons pas en trois causes premières, mais en une seule cause première, et une seule royauté. Après avoir mené la question jusqu’à ce point, nous ne faisons que louer et nous n’examinons pas ce qu’est l’inengendrement du Père, ou ce qu’est la génération du Fils, ou ce qu’est la procession du Saint-Esprit ; car ces choses ne sont connues que du Père qui a engendré et du Fils qui a été engendré, et du Saint-Esprit qui procède du Père : mais il exige de nous que nous sachions par ces choses que nous devons confesser une seule essence105 et une seule Divinité, manifestée en trois hypostases distinctes.
Lettre XXIV — À Jean le Romain§
Rubrique de l’édition — DU SAINT MAR SÉVÈRE, DE LA LETTRE QU’IL ÉCRIVIT À JEAN LE ROMAIN AIMANT LE CHRIST106, MONTRANT CE QUI EST SIGNIFIÉ PAR LE FAIT QU’UNE PERSONNE SOIT PLONGÉE TROIS FOIS, ET POURQUOI LE CHRIST VINT AU BAPTÊME À L’ÂGE DE 30 ANS ; ET IL MONTRE EN OUTRE QUELLE EST LA NATURE DE LA CONFIRMATION PAR L’ONCTION107 PAR LAQUELLE CEUX QUI ONT ÉTÉ BAPTISÉS SONT CONFIRMÉS APRÈS LE BAPTÊME.
Car le même baptême est à la fois accompli au nom de la Sainte Trinité, et par la triple immersion il est en outre signifié que l’homme qui est baptisé est enseveli avec le Christ.
Le baptême au nom de la Trinité§
Rubrique de l’édition — Du même à Jean le Romain, sur le fait que le saint baptême est accompli au nom de la Trinité, et que, par le fait que la personne soit immergée trois fois dans l’eau, il est signifié qu’elle est ensevelie avec le Christ, et pourquoi le Christ vint au baptême à l’âge de 30 ans.
Car que le Père, le Fils et le Saint-Esprit soient nommés à l’occasion du baptême… Car comment [peuvent-ils], eux qui n’ont pas participé à la chair ni n’ont été humanisés… le Fils unique et Verbe qui a été engendré par le Père ? Car il y a en effet de nombreux rites qui sont accomplis, et… qui regardent vers la même origine.
Mais chacune… de sorte que même les intelligences sont confondues.
À ce sujet, j’ai… dans un de mes traités que j’ai écrits… au sujet des interprétations. Là, après avoir examiné la question de savoir pourquoi le Seigneur est venu au baptême à l’âge de 30 ans dans la chair, j’ai dit à un moment que c’était afin de montrer que la nouvelle naissance engendre des hommes parvenus à maturité dans l’âge de raison, car de même le premier homme fut créé parvenu à maturité et, immédiatement parvenu à maturité, il reçut un commandement et une loi, et il lui fut donné la permission de cultiver et de garder le Paradis, et les paroles qui suivent108 ; et à un autre moment que par le moyen de trois périodes comprises en trois décades qui font 30 ans, il signifiait le mystère qui fut révélé sur le Jourdain, qu’une seule Divinité est manifestée en trois hypostases complètes, par lesquelles le saint baptême dans le Père et le Fils et le Saint-Esprit devait être accompli. Que ces choses n’introduisent aucune confusion, Grégoire le Théologien, dans le sermon sur la Pâque, l’affirme comme suit : « La passion du Seigneur109, la passion109, et je dis encore la passion109, en l’honneur de la Sainte Trinité »110 ; bien que je sache que nul autre n’a entrepris la passion salvifique pour nous dans la chair, sinon Dieu le Verbe, qui s’est incarné pour notre race. Car l’entièreté de l’Humanisation salvifique a cet effet, que le mystère de la Sainte Trinité nous est révélé, bien que l’on parle de la naissance dans la chair, ou de la Croix, ou de la sépulture, ou de la Résurrection d’entre les morts, en divisant l’Humanisation en de nombreux éléments. Car en vérité, en chacune de ces choses, nous confessons que nous connaissons la Trinité, en ce que nous indiquons sur nos visages que le signe de la Croix vénérée est ce qui dissout toute influence maléfique ; et, par conséquent, lorsque nous nous signons, nous nous signons trois fois, et nous montrons que c’est par la Croix que nous avons obtenu la connaissance dans la Trinité. Et ce signe est une chose qui fait connaître et accomplit toutes les choses qui se font parmi les chrétiens ; et il est adopté partout, lors de l’accomplissement du baptême, lors de la consécration de l’eau, lors de la célébration du sacrifice rationnel et spirituel, et lors des ordinations symboliques et ineffables à la prêtrise de ceux qui sont dûment établis dans le ministère sacré, bien que dans toutes ces choses nous n’invoquions pas une seule des hypostases, c’est-à-dire Dieu le Verbe qui s’est humanisé, mais les trois ensemble, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, indiquant que c’est par la puissance de la Croix que nous avons eu part à toutes ces choses et que nous avons obtenu la connaissance en elles111.
Lettre XXV — Aux Émésiens§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, LA LETTRE ÉCRITE PAR LUI AUX ÉMÉSIENS.
Aux pieux presbytres et aux diacres orthodoxes112, et au reste de ceux qui composent l’ordre sacré113 du clergé114, et aux magnifiques magistrats de la cité, aimant le Christ, et à tout le peuple de la sainte Église, Sévère, salut dans notre Seigneur.
À ceux qui ne sont pas sages d’esprit ou qui sont autrement sans intelligence, et manquent de véritable instruction, la sainte Écriture donne la règle et la place qui conviennent, afin que leur vide d’esprit et leur manque d’instruction se tournent en sagesse : car en vérité elle ordonne à ceux qui sont tels d’apprendre et de demander, ou de se taire tout à fait ; car le saint livre des Proverbes a dit quelque part : « À l’insensé qui demande, la sagesse sera imputée : mais, lorsqu’un homme se fait silencieux, il est réputé sage »115. Mais l’homme qui garde cette règle, elle l’élève et le fait progresser, et l’incite à apprendre les choses qui sont utiles et profitables, et elle dit : « Donne ton cœur à la sagesse, et prépare tes oreilles aux paroles d’intelligence »116. Je suis donc surpris que le frère que vous mentionnez (par tendresse pour son âme, je ne mentionne pas son nom) n’ait pas connu sa propre mesure, et, qu’en plus d’ignorer à l’origine le sujet dont il parlait, il ait négligé cette règle légalement établie et salutaire ; et, alors qu’il aurait dû prêter une oreille d’intelligence à ceux qui sont plus sages que lui, il a au contraire menacé de porter l’ignorance qui est en lui jusqu’à la ville d’Alexandrie, tel un guerrier invincible, capable de vaincre et de faire captifs tous ceux qui le rencontrent, et de les vendre où il lui plaît. C’est pourquoi j’ai à la fois accepté votre sagesse dans le Seigneur, qui est digne de l’Église et très honorable, et votre patience, qui est telle qu’elle convient à des chrétiens, et je les ai aussi couronnées d’un décret de maintes louanges, puisque, conformément au modèle apostolique, vous l’avez à la fois reçu et averti comme votre membre et votre frère117, et que vous avez présenté les enseignements des saints Pères. Et, alors que par une ou deux fois, secrètement et ouvertement, vous l’avez réfuté et corrigé sur les points dont il parlait sans savoir, et qu’il est retombé dans les mêmes erreurs, vous vous êtes comportés comme des médecins et des hommes d’Église, et vous cherchez de toutes parts à gagner son salut, et par des actes concrets vous montrez que vous regardez au commandement apostolique qui ordonne : « Que tout se fasse décemment et avec ordre »118, mais lui, bien qu’il ait été jugé digne de recevoir tant d’attention, n’a eu aucune pitié de son âme, et ne s’est pas contenu de manière à faire preuve de modération et d’humilité. J’ai exprimé le blâme et en même temps j’ai montré de la miséricorde et j’en montre encore, puisque l’ignorance est exempte de danger119, car un homme n’est pas blâmé parce qu’il ne sait pas. Il s’efforce d’attirer sur lui-même le péché qui ne mérite pas le pardon, en ce qu’il ne cède pas à ceux qui sont sages parmi les frères, ni ne cherche auprès d’hommes plus sages un remède à son ignorance par le désir d’apprendre, mais scrute mesquinement des choses inconnues et incertaines, et fait de son mieux pour trouver des hommes qui partagent ses opinions, afin qu’il puisse paraître dire quelque chose alors qu’il ne dit rien de solide.
Mais les autres choses qu’il a dites sans savoir, il en est venu avec difficulté à les honorer par le silence, en ce qu’il a acquiescé aux passages des saints Pères qui lui furent présentés : et il en fut réduit à un seul passage, les mots employés par le saint Cyrille dans le second volume120 contre les blasphèmes de Nestorius, qui sont les suivants : « Car, parce que le Verbe qui est de Dieu le Père a pris chair et s’est manifesté comme un homme semblable à nous, il ne serait pas pour cette raison également qualifié de chose double. Car il est un, et non sans chair, lui qui dans sa propre nature est sans chair et sans sang »121. Après que vous lui eûtes cité la parole employée par le docteur, il122 persista et dit123 qu’après sa propre Résurrection, nous devons confesser que le Dieu le Verbe est sans chair124, en tant qu’il a dépouillé ce qui était sans variation et sans125 séparation126 hypostatiquement uni à lui, chose qui dépasse toute impiété et profanation, de sorte que quiconque possède une intelligence naturelle (je ne dirai pas spirituelle) doit se demander si un fait si universellement admis a jamais été un sujet de controverse, et a127 franchi les lèvres de quiconque a dûment cru en notre unique Seigneur, Dieu et Sauveur128 Jésus-Christ.
S’il avait été versé dans la doctrine divine, il aurait dû (pour omettre tout le reste) considérer les anathèmes de Grégoire le Théologien, qui, dans la grande lettre à Clédonius qui commence par « Je m’étonne de ce qu’est cette innovation », expose clairement ces principes. « Si quelqu’un dit que la chair129 a maintenant été déposée par lui, et que la Divinité est dépouillée d’un corps, et ne confesse pas qu’il est et viendra avec la chose même qui a été assumée, puisse-t-il ne pas voir la gloire de sa venue. Car où est le corps maintenant, sinon avec celui qui l’a assumé ? Car il n’a pas été déposé dans le soleil, comme le veut le conte stupide des Manichéens, afin qu’il soit honoré par l’objet du mépris, ni diffusé et dissous dans l’air, comme la nature d’une voix et l’effluve d’une odeur, et la course de l’éclair qui ne s’arrête pas. Mais qu’advient-il du fait qu’il a été réellement touché après la Résurrection, ou qu’il sera un jour revu par ceux qui l’ont percé ? Car la Divinité par elle-même est invisible. Mais il viendra avec le corps, selon mon exposé, et tel qu’il a été vu par les disciples sur la montagne, ou qu’il leur a été montré, en tant que la Divinité surpasse aisément la chair »130.
Qui, lisant ces paroles resplendissantes de vérité et fulgurantes des rayons du Saint-Esprit, osera dire que le Verbe de Dieu, qui s’est humanisé immuablement et sans aucune phantaisie131, est sans chair après l’union inexplicable et incompréhensible ? Par conséquent, il est clair que vous n’avez pas non plus outrepassé ce qui est convenable en vous opposant à l’erreur précipitée de cet homme et en disant, afin de l’ôter de cette erreur : « Les paroles employées par le docteur au sujet du Verbe de Dieu, « Dans sa propre nature il est sans chair et sans sang », se rapportent au temps antérieur à l’humanisation ».
En effet, puisqu’il a dit lui-même qu’« il est un, et non sans chair », comment ne serait-il pas entièrement déraisonnable, présomptueux et irrévérencieux de notre part de le contredire, et de soutenir qu’il est sans chair ? Mais les paroles qu’il ajouta par la suite, « qui en sa propre nature est sans chair et sans sang », introduisent clairement cette pensée, qu’en sa propre nature, c’est-à-dire dans la Divinité, il n’a aucune association avec la chair et le sang. Il n’a pas assumé la chair dans la plénitude de sa propre nature divine pour l’y mélanger, ni ne l’a mêlée à sa propre Divinité, mais [il a fait cela] afin que, dans l’assomption oikonomique, nous puissions comprendre qu’il n’est pas sans chair, Emmanuel étant merveilleusement composé et constitué de deux éléments, la Divinité et l’humanité : mais même ainsi, il préserva l’absence de mélange dans l’essence132 divine, et ne changea pas l’essence132 de la Divinité en nature de chair. Et pour preuve qu’il en est ainsi, j’amène comme témoin de l’exactitude de ses doctrines le docteur lui-même, qui par l’opération de l’Esprit Saint est un docteur exact. Dans la première lettre à Succensus, lorsque certains hommes avaient avancé une objection semblable, il s’exprima ainsi : « Puisque j’ai trouvé dans le mémoire une affirmation de ce genre, à savoir que depuis la Résurrection le saint corps du Christ, Sauveur de nous tous, est passé dans la nature de la Divinité, de sorte qu’il n’est plus que Divinité seule, j’ai jugé bon de m’élever aussi contre cela ». Et là-dessus, après avoir parcouru plus haut, en un bref exposé, toute la déclaration de l’économie de l’Humanisation, il oppose à cela cet argument : « Il est impossible pour un corps pris de la terre de supporter le changement en nature divine. Et, si ce n’est pas le cas, nous portons contre la Divinité l’accusation d’être comme une chose qui est faite et comme une chose qui a accueilli en elle quelque chose qui ne lui appartient pas par nature »133. Voyez ! Comme il nie clairement que la divinité du Verbe ait accueilli quoi que ce soit dans son essence134 qui ne lui appartienne pas par nature, bien que nous confessions que la chair possédant une âme intelligente a été assumée par Dieu le Verbe, et qu’il l’a unie à lui hypostatiquement, mais non pas de sorte que quelque chose soit ajouté à son essence134 divine, comme si elle était déficiente (car il est vraiment complet en tout), mais afin que de l’union sans mélange de l’Incarnation, et de la composition à partir de deux éléments, la Divinité et l’humanité, fût constitué l’Emmanuel, qui en une seule hypostase est ineffablement composé ; non pas simple, mais composé : comme l’âme d’un homme tel que nous, qui par nature est incorporelle et rationnelle, qui est naturellement entrelacée avec le corps, demeure dans sa nature suprasensible et incorporelle, mais en raison de la composition avec le corps constitue un animal composé unique, l’homme.
En conséquence, l’assomption du corps n’apporte aucune addition à l’essence135 de l’âme, mais constitue l’animal composé, comme il est raisonnable de le comprendre également en ce qui concerne la théorie136 de l’Emmanuel. Le Verbe n’a pas assumé la chair intelligemment possédée d’une âme afin de parachever son être de Dieu, comme nous l’avons dit, mais afin qu’une seule hypostase soit merveilleusement et immuablement constituée à partir de deux éléments, la Divinité et l’humanité que nous voulons dire, et l’unique nature incarnée du Verbe lui-même, et une seule personne : car le Verbe de Dieu, selon la parole de l’apôtre Paul, a pris part au sang et à la chair à notre semblance137. Et qu’il en est ainsi, le très approuvé Cyrille le montre en outre dans la lettre à Valérien, évêque d’Iconium ; il écrivit ce qui suit : « Car Dieu et homme ne se sont pas réunis, comme ils disent, pour constituer un seul Christ ; mais, comme je l’ai déjà dit, le Verbe, étant Dieu, a pris part au sang et à la chair comme nous, afin qu’il soit connu comme étant Dieu qui s’est humanisé, qui a assumé notre chair, et l’a faite sienne, parce que, de même que l’homme qui a été composé d’une âme et d’un corps est connu pour être un, de même aussi maintenant138 il est reconnu comme un seul Fils et Seigneur. Car une seule nature et hypostase d’un homme est reconnue, bien qu’il soit connu comme étant fait d’éléments divers et hétérogènes : car le corps est vraiment de nature différente de l’âme ; mais il lui appartient, et avec elle il constitue l’hypostase de l’unique homme.
Et dans la conception mentale et dans la théorie, la différence des choses qui ont été nommées n’est pas obscure, mais par une combinaison et un concours qui ne peuvent être séparés, un animal unique, l’homme, est constitué. Le Verbe donc, l’Unique de Dieu, n’est pas apparu comme un homme en assumant un homme, mais, bien que sa naissance du Père soit ineffable, il est devenu homme en se formant un homme139 par l’Esprit Saint qui est d’une seule essence avec lui. En conséquence, il est connu pour être un, bien que dans la théorie qui est selon la raison, son propre corps soit de nature différente de lui-même. Qu’il soit donc partout reconnu qu’il n’était pas sans âme, mais qu’il était possédé d’une âme intelligente « 140. De même aussi, dans le second volume141 contre les blasphèmes de Nestorius, il enseigne clairement que l’assomption de la chair n’est pas passée dans la Divinité du Verbe, mais que le Verbe de Dieu est demeuré dans sa propre nature, et en dehors de la chair, mais que par la combinaison immuable avec la chair, il a été sagement et au-delà de toute raison et de toute intelligence opéré qu’un seul Christ fût merveilleusement constitué ; car il parle ainsi : « Confessez donc un seul, ne divisant pas les natures, tout en sachant et comprenant qu’à la chair appartient un principe, et à la Divinité ce qui lui convient à elle seule. Car nous ne disons pas que la chair du Verbe est devenue Divinité, mais plutôt qu’elle est divine comme étant sienne. Car, de même que la chair d’un homme est appelée sienne, pour quelle raison ne serait-il pas juste que nous appelions aussi divine celle du Verbe ? » Et encore plus loin : « Si donc il était un homme tant soit peu sage et intelligent, il devrait dire que le corps vient d’une femme, mais confesser en outre qu’en étant combiné en union hypostatique avec le Verbe, il a constitué un seul Christ et un seul Fils, et un seul Seigneur, qui, étant le même, est Dieu et homme »142.
Les expressions donc qui sont employées par ce père authentique et très exact, « car il est un, et non sans chair », et, « celui qui, en sa propre nature, est séparé de la chair et du sang », démontrent cela, comme il est évident d’après ce que nous avons démontré, que dans la conjonction économique il n’est pas sans chair : car il est un, composé de deux éléments, la divinité et l’humanité, qui ont une existence parfaite dans leur propre sphère ; mais en sa propre nature, il est connu comme étant séparé de la chair et du sang, et sans corps ; non qu’il ait mélangé la chair à la nature ou à l’essence143 de la divinité, mais qu’il a gardé la divinité sublime, pure et sans mélange, dans les caractéristiques de son propre caractère incorporel, de même qu’il n’a pas changé l’humanité qui lui était unie hypostatiquement, mais l’a gardée libre et sans changement dans ses propres caractéristiques. C’est pourquoi aussi l’on peut voir que Nestorius et ceux qui, à la manière des Juifs, professent ses opinions, veulent rejeter l’absence de changement de l’union hypostatique, et jeter la confusion dans l’esprit des croyants, tandis qu’ils portent partout cette accusation, que nous confessons que le corps a été changé en l’essence divine143, et que par là nous tenons une seule nature incarnée du Dieu le Verbe, et ils disent qu’eux seuls, les malheureux et misérables, gardent la divinité de la sainte Trinité sans mélange et pure, en confessant que l’homme né de Marie, comme ils le disent eux-mêmes, par une miséricorde aimante a été conjoint au Dieu le Verbe et partage avec lui la filiation et l’autorité divine, et par ce [scrupule qu’ils se sont eux-mêmes créé[^144]] ils font de la Trinité une quaternitée. Et pour cette raison, le sage Cyrille montre aussi Nestorius, qui fut leur chef dans cette folie, parlant ainsi : « C’est pourquoi le Dieu le Verbe est aussi nommé Christ, parce qu’il a la conjonction éternelle avec le Christ, et le Dieu le Verbe ne peut rien faire sans l’humanité : [car il connaît la coalescence exactement[^145], non avec la divinité, comme le disent les nouveaux sages parmi les docteurs] »146. Et le même homme au petit intellect tisse la même accusation, et dans le traité intitulé « Contre les Théopaschites ou Cyrilliens », qu’il composa sous forme de questions et de réponses, il s’exprime ainsi :
« Le théopaschite dit : « Et comment peut-on nous accuser de la composition des Diphysites, nous qui appelons le Christ une seule nature incarnée de Dieu ? »
L’orthodoxe147 dit : “Votre propre réfutation, que vous croyez être une défense, vous réfute elle-même. Car vous avez confessé qu’une seule nature est préparée pour le Christ, à partir de l’incorporéité et d’un corps, et une hypostase avec une seule nature de l’incarnation de la divinité. Mais c’est là la confusion de ceux qui ont deux natures, que les natures elles-mêmes sont privées des hypostases qu’elles possèdent séparément, qui sont confondues l’une avec l’autre” « 148.
Et plus loin dans le même traité :
« Le théopaschite dit : « Que pensez-vous d’une coquille d’œuf ( ?) d’eau qui a été versée dans la mer ? » L’orthodoxe149 dit : « Quoi d’autre, sinon que l’ajout instable de l’eau a disparu dans le grand volume de la mer ? »
Le théopaschite dit : « Quelque chose de semblable est arrivé aussi à la chair : car ne pensez pas que la divinité est plus petite que la mer par rapport à la chair, comparée au caractère changeant de la coquille d’œuf ».
L’orthodoxe149 dit : « Par ‘caractère changeant entendez-vous une sorte d’instabilité, ou le changement de ce qui a été englouti en ce qui l’a englouti ? »
Le théopaschite dit : « Le changement de l’essence150 du corps en la divinité ».
L’orthodoxe149 dit : « La nature du corps demeurant, ou étant dissoute dans le néant ? » Le théopaschite dit : « La chair passant dans la nature de la divinité au lieu de l’essence151 de la chair » « 152.
Tout en rassemblant très vainement de telles raisons contre la juste confession de l’Humanisation, comme je l’ai dit auparavant, des raisons qui combattent Dieu, et en disant qu’un homme devrait être adoré avec la Trinité, Nestorius et ceux qui pensent comme lui affirment d’eux-mêmes qu’ils préservent l’unité de nature des trois hypostases sans mélange, en ce qu’ils ne confessent pas que Dieu le Verbe fut hypostatiquement uni à une chair possédant une âme intelligente, et appellent « mélange » l’union qui est si au-dessus de la nature, immuable et admirable. C’est pourquoi aussi Dorothée, qui devint évêque de Marcianopolis153, et qui appartenait à la même compagnie et au même parti juifs, présenta une pétition à Marcien lui-même au tout début de son règne, et critiqua la position154 tenue par les évêques, et la saine opinion des saintes Églises ; et il parle ainsi : « Donc, rois miséricordieux, en considération de leurs opinions si ridicules, c’est-à-dire lamentables, renouvelez le ferme maintien de la connaturalité pendant que c’est possible, pendant qu’il est temps, en rappelant Nestorius d’exil155, et réunissez le peuple du Christ qui est divisé, de peur que, ce que je prie ne puisse arriver, le passé ne se répète »156. Le saint Cyrille donc, ayant exposé de telles fables de vieilles gens et de tels contes juifs157 dans toutes les parties de ses écrits, dans la première lettre à Succensus également, que j’ai mentionnée plus haut, dit ainsi : « Mais il est impossible pour un corps tiré de la terre de supporter le changement en la nature divine ; car cela ne peut se faire. Et, sinon, nous parlons de la Divinité comme d’une chose qui est faite, et comme d’une chose qui a pris en elle quelque chose qui ne lui appartient pas par nature. Car sur le plan de l’impropriété, il est égal pour nous de dire que le corps fut changé en la nature de la Divinité, et aussi l’autre chose également, que le Verbe fut changé en la nature de la chair. Car, comme cela est impossible (car il est invariable et immuable), de même l’est aussi l’autre. Car il n’est pas dans les possibilités qu’une chose créée puisse passer dans l’essence ou la nature de la Divinité. Or le corps aussi est une chose créée. En conséquence, nous disons que le corps du Christ est divin, parce qu’il est aussi le corps de Dieu, et resplendissant d’une gloire ineffable, incorruptible, saint, vivifiant : mais, qu’il ait été changé en la nature de la Divinité, aucun des saints Pères ne l’a pensé ni dit, et nous-mêmes ne le soutenons pas ainsi »158. Ce fait donc, selon l’expression du docteur, que le corps du Verbe est resplendissant d’une gloire ineffable, incorruptible, saint et vivifiant, Grégoire le Théologien l’a aussi démontré dans la démonstration contenue dans la lettre à Clédonius, en disant que la Divinité a vaincu l’incarnation159. En conséquence, la chair demeura chair, même après la Résurrection et l’Ascension qui conviennent à Dieu, mais parée d’une gloire divine et ineffable, et de toutes les excellences qui siéent à Dieu ; et elle est divine en tant que corps de Dieu, et elle ne fut pas changée en l’essence160 de la Divinité. C’est dans ce sens que doit aussi être comprise à juste titre l’expression du docteur qui nous occupe maintenant, à savoir que Dieu le Verbe est un et non sans chair : car il est incarné par union hypostatique dans une chair possédant une âme intelligente (mais dans sa propre nature il est sans chair et sans sang), c’est-à-dire, sans mélange avec ce qu’il possède dans son essence161 et sa nature, c’est-à-dire la Divinité incorporelle, immuable et incompréhensible.
Quant à ce que vous dites à la fin, que l’homme qui suit facilement les illusions( ?)162 et change largement de position a dit, sur le conseil de certaines personnes, que nous devons penser au Verbe de Dieu dans l’infinité de son essence161 divine sans chair, cela est très sot et insensé. Bien que le Verbe de Dieu soit infini, lui tout entier fut uni à la chair qui fut reçue de la sainte Vierge, la Mère de Dieu et toujours vierge Marie, la personne même du Verbe et non une opération partielle comme dans les prophètes. Comment donc n’est-il pas ridicule pour nous de dire que celui qui, dans la véritable hypostase divine, fut entièrement uni à un corps naturellement aussi bien que miraculeusement, est sans chair, même dans [la grandeur de sa Divinité infinie[^163]] ? Car « il n’y a pas de limite à sa grandeur »164, comme l’a dit David, et il remplit tout, et est au-dessus de tout, et ne peut être contenu par personne. Et la subtilité du mystère ne peut être explorée par la raison et l’intellect, comment lui tout entier était dans la chair, et lui tout entier est en toutes choses et lui tout entier est supérieur à toutes choses et lui-même est Maître de tout dans l’infinité. Mais, que nous croyions que l’hypostase même de Dieu le Verbe s’est incarnée, selon la tradition apostolique de l’Église qui a été transmise depuis les temps anciens, il est superflu pour nous de le démontrer par des témoignages à ceux qui ont une fois cru à l’Évangile, quand Jean, qui fut divin en paroles au-delà des évangélistes, a dit : « Le Verbe s’est fait chair et il est venu habiter parmi nous »165. Cependant, puisqu’il y a un doute à ce sujet, et afin que nous puissions fermer les portes à toute contestation, sur ce point aussi, que les paroles du Père lui-même, je veux dire le saint Cyrille, viennent à notre aide, qui, dans la défense du deuxième chapitre166 adressée à Théodoret le trompeur, écrivit ainsi : « Puisque Nestorius donc élimine partout la naissance dans la chair, et introduit parmi nous une union d’autorité seulement, et dit qu’un homme fut conjoint à Dieu, qui est honoré par une identité de nom de filiation, en luttant contre ses propositions, nous fûmes contraints de dire que l’union hypostatique eut lieu, expression dans laquelle le mot » hypostatique « ne dénote rien d’autre que ceci seulement, que la nature elle-même ou son hypostase, qui est le Verbe lui-même, après avoir été unie à la nature humaine sans variation et sans confusion, comme nous l’avons souvent dit, est reconnue comme un seul Christ [et] l’est, le même Dieu et homme »167.
De la même manière, dans les Scholies également, il s’exprime dans les mêmes termes, comme suit : « ‘Car en lui a habité corporellement toute la plénitude de la Divinité’, c’est-à-dire non par une simple assomption168, comme la lumière qui brille, ou le feu qui communique sa chaleur [aux] objets qui lui sont proches, mais, si l’on peut dire, que la nature divine et incontaminable elle-même, par une union véritable comme je l’ai dit, a fait du temple issu de la Vierge une demeure pour ce qu’il est reconnu être. Car c’est ainsi que le Christ Jésus est reconnu être un »169. Mais, que lui tout entier fût dans un corps, et qu’il lui fût hypostatiquement uni, lui de qui toutes choses étaient divinement remplies, il le confirme lui-même par ses propres paroles. Car il est aussi écrit dans l’Évangile de Jean qu’il dit à Nicodème : « Nul homme n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel »170 ; bien qu’il ne soit pas descendu du ciel en tant qu’il est devenu homme, car il n’a pas fait descendre la chair du ciel, mais il l’a reçue de la sainte Vierge, une chair qui est de notre race et de notre nature. Et de plus, lorsqu’il parlait à Nicodème, il n’était pas corporellement au ciel ; mais incorporellement, en tant qu’il est Dieu, le ciel et la terre et ce qui est au-dessus du ciel étaient perpétuellement remplis de lui. Et dans la huitième section du second des livres contre Julien le grand dans le culte des démons, qui furent écrits par lui pour la défense de la religion chrétienne, le docteur montre comment le Verbe de Dieu, alors qu’il est tout en tous, fut hypostatiquement uni à la chair provenant de la sainte Marie, et, au-delà de toute créature, remplissait toutes choses par réception de lui (en un sens suprasensible, rien n’est vide de lui), bien que l’infinité de sa grandeur surpasse et s’élève au-dessus de toutes les choses qui existent avec un grand espace intermédiaire (dont il est impossible de dire la grandeur) : par qui, selon les paroles d’Isaïe, « toutes les nations ont été comptées comme une goutte d’un pot, et comme le sable d’une balance »171. Mais le saint Cyrille parle encore ainsi : « Il est devenu, comme je l’ai dit, à la ressemblance des hommes, comme il est écrit, et véritablement dans notre apparence humaine. Néanmoins, nous n’avons pas dit que celui qui ne peut être contenu était confiné, ni qu’il était enfermé dans les limites du corps. Car il est tout à fait absurde et d’une folie complète de dire quoi que ce soit de ce genre de celui qui est par nature et en vérité Dieu. Car, alors qu’il est un et le Fils unique, et complètement au-dessus de toute imagination humaine, lui tout entier est en vertu d’un don en chaque homme, et en chacun [d’eux] par sa présence, n’étant ni divisé ni fendu, mais [au-dessus] de toute chose par nature, et en toute chose en tant que Dieu. Mais en ce corps tout pur et saint » toute la plénitude de la Divinité corporellement est venue habiter », comme il est écrit. Et il était comme dans sa propre chair, mais même ainsi il remplissait toutes choses de lui « 172. Et dans le traité adressé aux reines, dont les premiers mots sont : « Ceux qui administrent la prédication divine et céleste », il explique le sens de l’affirmation selon laquelle le Verbe de Dieu et toute la plénitude de la Divinité vinrent habiter dans la chair, comme l’a écrit Paul, de cette manière : « Mais nous croyons que le Verbe est devenu chair, non par manière de déplacement ou de changement, mais plutôt qu’il est venu habiter en nous, et, pour parler correctement, a fait du corps qui lui était véritablement uni, possédant une âme intelligente, son propre temple. Et le divin Paul, déclarant l’inhabitation du Verbe dans la sainte chair, ou l’union véritable, a dit qu’en lui toute la plénitude de la Divinité est venue habiter, non pas tant par manière d’assomption ou de présence, ou par manière d’un don de grâce, mais corporellement, c’est-à-dire en essence ; comme dans le cas d’un homme aussi, il est dit [que] son esprit habite en lui, bien qu’il ne soit pas quelque chose de différent de lui »173. Comment alors dirons-nous [qu’]il est sans sa propre chair, celui qui est entièrement en toute chose par manière de don, et en chaque homme par sa présence (car il reçoit toutes choses de lui et elles dépendent de sa présence), et qui de plus est aussi en toute chose et n’est nulle part fendu ni divisé, et de plus est entièrement dans la chair toute sainte en essence, et lui est ainsi uni, à la manière dont l’âme d’un homme comme nous est unie à son propre corps, comment dirons-nous qu’il est sans sa propre chair, parce qu’il a rempli toutes ces choses du don de lui-même, lui qui est infini, et qui est entièrement en toute chose ? Mais s’enquérir d’un sujet si merveilleux est une marque de folie totale : car les choses glorieuses sont scellées par la foi seule. Dans l’autre traité adressé aux religieuses reines vierges, Arcade et Marine, qui commence par « L’orgueil du monde », le même sage Cyrille a inséré une démonstration du saint Jean qui devint évêque de Constantinople, qui parla de la Mère de Dieu Marie, et de la naissance de Dieu le Verbe, comme suit : « ‘Et au lieu d’un soleil, elle contenait sans le contenir le Soleil de justice. Et ne demandez pas comment : car, là où Dieu veut, l’ordre de la nature est vaincu. Car il a voulu, il a pu, il est descendu, et il a sauvé. Toutes choses concourent en une pour Dieu. Aujourd’hui, celui qui est naît, et celui qui est est devenu ce qu’il n’était pas. Car, étant Dieu, il est devenu homme, non en se départant d’être Dieu ; car il n’est pas devenu homme par abandon de la Divinité, ni n’est-il devenu Dieu par croissance à partir de l’homme : mais, étant le Verbe, il est devenu chair à cause de la souffrance’, tandis qu’il demeurait invariable dans sa nature174. Et il ajoute à ces choses : ‘Celui qui est assis sur un trône haut et élevé est couché dans une mangeoire. Celui qui est intangible et simple et sans corps est saisi par des mains humaines. Celui qui tranche les liens du péché est enveloppé de langes »175.
Et le saint Proclus, qui devint évêque de la même cité, dans l’exposé qu’il prononça en l’église d’Anthime pour la fête de la Résurrection, s’exprima dans le même sens en ces termes : « Le ciel s’écrie : Celui qui s’est fait homme, qui a été crucifié dans la chair, est Dieu : car en tant que Dieu il m’a fait pencher et il est descendu. Le soleil aussi s’écrie : Celui qui a été crucifié dans la chair est mon Seigneur : car dans la crainte de la lumière de la Divinité j’ai retenu mes rayons. La terre aussi s’écrie : Celui qui s’est revêtu d’un corps, qui a été crucifié dans la chair, est le Créateur : car, bien que j’aie étreint sa chair dans une crèche, je n’ai pourtant pas enfermé la puissance de sa Divinité »176. Il eût été possible d’ajouter aussi d’autres choses qui sont semblables à celles-ci et leur ressemblent, mais il est superflu d’ajouter à ce qui a été si sagement dit, et de rendre la discussion excessivement longue. Mais je prie votre sainte assemblée et votre Église légitime d’être d’un même sentiment, comme l’a dit l’apôtre177, et de vous conformer à la même règle178, et, si quelque point de dispute s’élève, de ne pas en faire une cause de querelle et de division, et de contentions inutiles, mais de vous joindre les uns aux autres avec amour dans la recherche. Mais, si l’un de vous a quelque chose à dire, qu’il parle avec un esprit humble, comme paroles de Dieu, selon l’avertissement que donna Pierre, l’apôtre élu179. Si quelque chose aussi a besoin de plus ample explication, vous ne devez pas agir avec précipitation, ni vous hâter, mais attendre le moment opportun, et le porter devant les saints évêques, et accepter le remède qu’ils appliqueront. Quant au frère qui a donné lieu à cette dispute, puisque nous avons écrit ces quelques mots, recevez-le avec amour, fortifiez-le, et reconnaissez-le comme l’un de vos membres. Et, qu’il soit un seul homme, ou plusieurs qui se sont associés à lui dans cette dispute ou cette ignorance, agissez de la même manière envers eux : car au sujet de ceux qui sont tels, l’apôtre nous commande et dit, tantôt : « Celui qui est faible dans la foi, rapprochez-le de vous »180, et tantôt : « Et ne les considérez pas comme des ennemis, mais admonestez-les comme des frères »181. Ce n’est pas parce qu’ils ont fait des recherches, ou parce qu’ils étaient ignorants, qu’ils sont blâmables ; au contraire, ils auraient même été loués, s’ils avaient discuté le point avec humilité, et non avec hâte et confusion, et avec le désir d’ajouter à l’ignorance ; car c’est cela qui les a empêchés d’être reçus quant à la discussion qu’ils ont soulevée. Cependant, maintenant que nous avons tant écrit, que l’amour vainque toute chose, et que ces sujets pénibles ne reviennent même pas en mémoire : car l’« amour » aussi, comme il est écrit, « couvre une multitude de péchés »182 ; que ce même amour, le Dieu d’amour et le Christ législateur le fortifient aussi en vous.
La signature. Puissiez-vous être rendus parfaits dans le Seigneur, étant sains, et vivant dans l’Esprit, et vous souvenant de moi, nos frères religieux et aimant le Christ.
Fin.
Fragment XXVI — À Jean, Jean et Théodore§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA LETTRE À JEAN ET JEAN ET THÉODORE183 LES ARCHIMANDRITES.
Car la Divinité existe avant les mondes et éternellement en trois hypostases.
Lettre XXVII — À Jean, Théodore et Jean — Contre les codicilles d’Alexandre§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE À JEAN ET THÉODORE ET JEAN, LES PRÊTRES ET ARCHIMANDRITES AIMANT DIEU, CONTRE LES CODICILLES184 DE L’ALEXANDRIN.
On trouve manifestement qu’Alexandre dit que [l’homme] est à la forme des anges, en ce qu’il soutient que les corps saints deviennent des corps spirituels, niant la résurrection de la chair et des os ; puisque « un esprit (n’a ni chair ni os »185, selon la parole infaillible du Seigneur. Par conséquent, il apparaît manifestement qu’il prêche contrairement aux prophètes et aux apôtres et aux saints docteurs de l’Église, qui, de manière révélatrice, ont enseigné les paroles de la foi et ont exposé les Écritures inspirées de Dieu, et en dehors de ce que nous recevons, selon l’ordonnance de l’apôtre186 ; et il est sous l’anathème, même si nous gardons le silence.
Du saint Sévère, patriarche d’Antioche, de la lettre à Jean et Théodore et Jean, les prêtres et archimandrites aimant Dieu, qui fut écrite en réponse aux Codicilles187 de l’Alexandrin.
Car nous pouvons aussi entendre des sages du dehors dire : « Ne pas pécher188 du tout, et faire toute chose droitement est le propre de Dieu »189. Et nous voyons aussi la divine Écriture dire de chaque chose créée : « Que la lumière soit, et la lumière fut : et Dieu vit que la lumière était bonne » ; et encore : « Que telle ou telle chose soit, et elle fut ; et Dieu vit qu’elle était bonne » ; et après que toute chose ensemble, pour ainsi dire, qu’il a appelée et qui a répondu : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici ! c’était très bon »190. Comment donc quelqu’un peut-il dire que des choses qui sont bonnes à la fois en elles-mêmes, séparément, et parce qu’elles s’ajustent les unes aux autres et composent un seul monde, sont un péché de la part de Dieu ? S’il se trouve qu’elles sont un péché, elles не sont pas bonnes : mais si elles sont bonnes, elles ne sont pas un péché. Mais si, au motif qu’elles sont corruptibles, elles sont donc un péché, pourtant, bien plutôt, comme le dit un certain sage : « Dieu a tout créé pour que cela vienne à l’être, et salutaires sont les créations du monde, et il n’y a en elles aucun poison de corruption ; et le Shéol n’a pas de royaume sur la terre »191. De plus, si le premier homme avait gardé le commandement, et ne s’était pas égaré vers le péché par la fourberie du serpent, et n’avait pas perdu la grâce de l’immortalité, ayant volontairement attiré la mort sur lui-même, alors la création elle-même aussi aurait continué, acquérant pour elle-même la grâce de l’immortalité de la part de Dieu : car c’est selon la condition192 dans laquelle nous sommes, nous pour qui elle a été créée, que ses parties aussi disparaissent. C’est pour cette raison donc, lorsque l’homme lui-même fut condamné à mort, qu’elle aussi servit la corruption et « fut soumise à la vanité »193, comme le dit l’apôtre ; mais elle espère en outre gagner avec nous ce qu’elle avait depuis le commencement : et elle aura la permanence sans corruptibilité lorsque nous serons admis à la résurrection et au royaume des cieux : car le très sage Paul lui-même s’écrie aussi : « La création elle-même sera aussi libérée de la servitude de la corruption, pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu »194.
(Et après d’autres choses).
Mais, mon bon ami, Dieu n’a pas non plus fait le monde afin qu’il fût corrompu, car « salutaires sont les créations du monde », comme vous l’avez entendu ; mais, puisqu’il est d’une nature très fluide, il l’a au contraire amené à l’être afin qu’il participât à l’incorruption ; car en vérité, « la création elle-même sera libérée de la servitude de la corruption pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu ». Car quelle logique y a-t-il, dites-moi, à ce que l’homme rationnel qui a péché de son propre chef soit, selon votre argumentation, élevé à l’incorruption, tandis que la création, qui est inanimée et sans perception, et qui à cause de lui fut soumise à la vanité, serait livrée à la destruction finale, et ne participerait pas à l’incorruptibilité et à la gloire de ceux à cause de qui elle fut soumise à la corruption ? Car il est manifeste, selon la foi aux divines Écritures, que le monde sera consommé : en ce que les rudiments qui composent cette création visible ne passeront pas à l’inexistence absolue, mais seront changés en quelque chose de meilleur. Paul en témoigne quand il dit : « La figure de ce monde passe »195, et non pas « ce monde », et Pierre témoigne aussi lorsqu’il écrit : « Les cieux se dissoudront dans une chaleur ardente, et les éléments brûleront et s’effondreront »196. (Mais ceux en qui la justice habite attendent de nouveaux cieux et une nouvelle terre selon ses promesses.) Et avant lui, David chante aussi à propos des cieux ce passage : « Ils vieilliront tous comme un vêtement, et comme un habit tu les ploieras, et ils seront changés »197. Des paroles en accord avec celles-ci furent aussi écrites par le Théologien Grégoire, dans le sermon sur les funérailles de son frère Césaire, comme suit : « Mais pourquoi suis-je pusillanime quant aux espérances ? Pourquoi deviens-je un homme du temps ? J’attends la voix de l’archange, la dernière trompette, la transformation du ciel, le changement de la terre, l’émancipation des éléments, la rénovation du monde entier. Alors je verrai Césaire, ne partant plus, n’étant plus emporté, n’étant plus pleuré, n’étant plus plaint, brillant, glorieux, exalté, tel que tu m’es souvent apparu en songe, ô toi le plus aimant des frères198, et le plus aimant des frères ; soit comme j’ai voulu te dépeindre, soit en réalité »199. Et le très sage Jean, l’interprète des paroles divines, dans le commentaire de l’épître aux Hébreux, parle ainsi : « Et en plus de cela, il a démontré une autre chose aussi [digne d’attention]200 sous une forme parabolique : car il a aussi indiqué la transformation du monde en disant : « Comme un vêtement, ils vieilliront ; et comme un habit, tu les ploieras, et ils seront changés » ; chose qu’il déclare aussi dans l’épître aux Romains, qu’il transformera le monde : et exposant la facilité, il ajouta que, comme un homme peut ployer un habit, ainsi il les ploiera et les changera. Mais, s’il a effectué la transformation et la création en quelque chose de meilleur et de plus élevé si facilement, pour la création de quelque chose de pire il avait besoin d’un autre ; combien de temps encore n’aurez-vous pas honte ? »201. Et dans le commentaire de l’épître aux Romains, il rend compte de cette matière de manière très complète, écrivant comme suit : « « Car l’attente de la création », dit-il, “aspire à la révélation des fils de Dieu.
Car la création a été soumise à la vanité, non de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a soumise dans l’espérance«. Car ce qu’il dit est quelque chose comme ceci. »Cette même création souffre une grande douleur, attendant et espérant les biens que nous venons de mentionner. Mais l’attente est un regard ardent”. Mais, afin que le récit soit plus clair, il personnifie aussi le monde tout entier, comme le font aussi les prophètes, lorsqu’ils introduisent des fleuves qui battent des mains, des hauts lieux qui bondissent et des montagnes qui dansent ; non pas pour que nous comprenions que ceux-ci sont animés, ni que nous leur assignions une raison quelconque ; mais pour que nous apprenions l’abondance des biens, de sorte qu’elle atteint même les choses sans perception. Et ils font souvent la même chose aussi dans le cas des choses affligeantes, introduisant une vigne qui se lamente et le vin et les montagnes, et les toits du temple qui crient, afin que de là encore nous comprenions la grandeur des maux. Mais, imitant ceux-ci, l’apôtre personnifie202 la création et dit qu’elle gémit et souffre ; non parce qu’il aurait entendu un gémissement venir de la terre et du ciel ; mais pour montrer l’abondance des biens futurs, et le désir d’échapper aux maux qui prévalent. « Car la création a été soumise à la vanité, non de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a soumise ».
Qu’est-ce que : « La création a été soumise à la vanité » ? Elle a été rendue corruptible. Pourquoi et pour quelle raison ? À cause de toi, l’homme. Car, puisque tu as reçu un corps mortel et passible, la terre aussi a reçu une malédiction, et a produit des ronces et des épines. Mais, que le ciel avec la terre vieillira et passera finalement à une fin meilleure, écoute le prophète qui dit : « Au commencement, Seigneur, tu as posé les fondements de la terre, et les cieux sont l’œuvre de tes mains. Ils périront, mais toi, tu subsistes ; et ils vieilliront tous comme un vêtement ; et comme un habit, tu les ploieras, et ils seront changés ». Et Isaïe, démontrant ces choses, a dit : « Observez le ciel en haut et la terre en bas ; car le ciel a été solidifié comme de la fumée, et la terre vieillira comme un vêtement ; et ceux qui y habitent périront comme eux ».
Vous avez vu comment « la création a été soumise à la vanité », comment aussi elle sera libérée de la corruption ; car le premier a dit : « Comme un habit tu les ploieras, et ils seront changés », et Isaïe a dit : « Ceux qui y habitent périront comme eux », ne parlant pas203 d’une destruction complète, car les hommes qui y habitent ne subiront pas non plus une telle chose, mais la destruction temporaire, et par cela même ils passeront à l’incorruption, de même en vérité qu’en disant « comme ces choses » il désignait la création elle-même, c’est-à-dire l’univers « 204, de même en vérité que Paul le dit aussi plus loin.
Cependant, pour le moment, il parle de sa sujétion et montre pourquoi elle a été faite de cette sorte, et nous donne comme raison.
Quoi donc ? Lui a-t-on fait violence en ce qu’elle a subi ces choses pour un autre ? Pas du tout ; car elle a en effet été faite pour moi. Comment donc une chose qui a été faite pour moi est-elle lésée lorsqu’elle subit ces choses pour ma réformation ?
Mais, pour l’envisager d’une autre manière, nous ne devrions même pas soulever la question de la justice et de l’injustice à l’égard des choses sans vie et sans perception.
Mais Paul, parce qu’il l’a personnifiée, n’utilise aucun des arguments que j’ai énoncés, mais par une autre méthode de raisonnement, il s’emploie de manière superflue à réconforter l’auditeur. Mais quelle était-elle ? « Que dis-tu ? Elle a subi des maux pour toi et est devenue corruptible. Mais elle n’a rien perdu ; car elle deviendra aussi incorruptible de nouveau par toi » : car c’est là le sens de « en espérance ».
Mais, quand il dit : « Ce n’est pas de sa propre volonté qu’elle a été assujettie », il ne dit pas cela pour montrer qu’elle est douée de pensée, mais afin que tu apprennes que tout a été accompli par la volonté du Christ, et que l’un n’est pas une réforme de l’autre. Mais il a aussi déclaré en quelle espérance. « Parce que la création elle-même aussi sera libérée ». Qu’est-ce que « elle-même aussi » ? Que ce n’est pas toi, mais elle aussi, même une chose qui t’est de loin inférieure, et qui n’a part ni à la raison ni à la perception, celle-ci aussi aura part avec toi aux biens. Car « elle sera délivrée », dit-il, « de la servitude de la corruption » ; c’est-à-dire qu’elle ne sera plus corruptible ; mais elle suivra la beauté de ton corps. Car, de même que, lorsqu’il est devenu corruptible, la création est aussi devenue la même, de même, lorsqu’il sera rendu incorruptible, la création aussi suivra de nouveau ; pour indiquer cela, il a en effet ajouté : « dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu »205.
Mais, dans la mesure où l’Alexandrin est un étranger et un barbare à la divine Écriture, et n’est pas accoutumé aux enseignements de cette Écriture, il pense que Dieu est un créateur de corruption, et il appelle le monde son péché ; une chose qui est de nature fluide, mais qui est honorée par la grâce de l’incorruptibilité avec l’homme pour qui elle a aussi été faite. Ce n’est pas comme un péché de Dieu que le Christ a aussi réformé la sujétion du monde qui était pour l’homme, afin d’introduire un ensemble de choses à la place d’un autre, comme le dit cet homme méchant et trompeur ; à la place des corps qui avaient été livrés à la mort, l’immortalité des esprits, et à la place de la corruption du monde, l’incorruptibilité éternelle, et à la place de l’abondance des péchés, l’abondance des actes justes : mais afin de relever l’homme, qui était tombé et qui, en errant, avait été dépouillé de la grâce de Dieu par laquelle il avait l’immortalité, à l’état originel, par la résurrection des corps dans l’incorruption, par laquelle ce monde aussi aura part à la liberté et à la gloire, comme nous l’avons écrit.
(Et après d’autres choses.)
Mais d’après l’enquête, tu as clairement reconnu sa corruption sur chaque point, et sa fausseté en matière de foi ; dans la théologie qui concerne le Père et le Fils, le mélange des hypostases (puisqu’il a rejeté derrière lui l’impiété de Sabellius le Libyen) ; dans l’Incarnation de l’Unique, phantasme et changement, et les autres choses qui anéantissent la véritable Humanisation et combattent notre salut ; dans la Résurrection, l’amoindrissement de l’espérance et la négation de la résurrection des corps ; dans la création du monde visible, une langue blasphématoire qui, sous l’apparence de la bonne volonté, s’arme contre le sage Créateur et Auteur, et qui profère des folies semblables à celles de Mani l’insensé et de Marcion (car il fut bien nommé Mani d’après la manie, c’est-à-dire la folie, lui qui est le fondateur des Manichéens, qui sont excessivement immondes). Mais que ces opinions confuses soient rejetées et anathématisées par la sainte Église, ainsi que ceux qui en furent les initiateurs, il n’est personne parmi les chrétiens qui ne le confesse. En conséquence, il est donc manifeste qu’Alexandre, dans la mesure où il a souscrit à toutes ces opinions, partage l’anathème de chacun d’eux, étant soumis à de nombreuses sentences ou châtiments206.
Fragment XXVIII — Destinataire non indiqué§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA 7e LETTRE DU 1er LIVRE DE CELLES D’AVANT L’ÉPISCOPAT, DANS LAQUELLE EST CONTENU UN PRINCIPE SELON LEQUEL CEUX QUI DISENT QUE DIEU EXISTE SOUS FORME HUMAINE SONT APPROUVÉS DANS LEUR ACTION ( ?).
Mais, si nous entendons en quelque endroit l’Écriture dire « les yeux du Seigneur », nous comprenons l’activité de Dieu, qui est signifiée par le terme « yeux ». Et, lorsque de nouveau nous entendons parler d’oreilles, nous comprenons la propension et l’inclination qu’il a envers nous, et qu’il a l’attribut de la miséricorde, et qu’il mène notre service à son achèvement ; car l’Écriture parle à notre faiblesse d’une manière humaine et condescendante. Et, parce qu’il est dit que Dieu a aussi des ailes, nous ne comprenons pourtant pas qu’il ait des ailes, mais que son pouvoir protecteur est signifié par celles-ci ; car, puisque nous sommes chrétiens, nous devons comprendre les divines Écritures spirituellement, non selon la lettre.
Lettre XXIX — À Antonin de Bérrhée§
Rubrique de l’édition — DE SAINT SÉVÈRE, DE LA 63e LETTRE DU 2e LIVRE DE CELLES ÉCRITES DURANT L’ÉPISCOPAT, À ANTONIN, ÉVÊQUE DE BÉRRHÉE207.
Mais nous entendons dire dudit Mara qu’il a dit aussi ceci, que la sainte Vierge n’a pas senti la naissance, en opposition manifeste à l’Esprit Saint et aux Écritures qui ont été prononcées par lui. Celui des prophètes à la voix puissante, Isaïe, montre qu’il est sorti du lien de la virginité comme toute autre chose, et qu’il est né ineffablement sans la déchirer, de Marie, celle qui a enfanté Dieu, disant ainsi : « Avant que celle qui est en travail n’enfantât, et avant que ne vienne la douleur de l’enfantement, elle a échappé et enfanté un enfant mâle »208. Le fait qu’elle ait échappé montre que la naissance a eu lieu avec perception de la part de celle qui enfantait, et non dans le phantasme209. Ainsi Grégoire le Théologien, dans le sermon sur Pâques, dit aussi de la naissance de l’enfant lorsqu’il naît : « Mais elle aussi a crié210 sous la contrainte des liens virginals et maternels, avec une grande puissance, quand un enfant mâle est né de la prophétesse, comme l’annonce Isaïe »211. Comment le fait qu’elle ait crié sous la contrainte et n’ait pas déchiré le lien de la virginité a-t-il pu se produire sans perception, et non avec une perception aussi grande que celle-ci de la part de celle qui enfantait ? Et ces choses ont eu lieu de manière ineffable et au-delà de tout. Celui qui a voulu venir vraiment dans tous nos attributs, et être rendu semblable à nous, ses frères, sans le péché, est certainement né d’une manière charnelle par une naissance manifeste et véritable, provoquant une perception chez celle qui enfantait, exempte de toute douleur et souffrance ; car le prophète proclame qu’elle a enfanté avant que ne vienne la douleur de l’enfantement. Car comment aurait-elle été soumise à l’épreuve des douleurs et de l’angoisse, elle qui a mis fin à l’enfantement des enfants dans l’angoisse par le fait que la joie est née pour toute la race des hommes ? Car, « Voici », dit-il, « je vous annonce une grande joie, qui est pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur »212.
Lettre XXX — À Victor le prêtre§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE AU PRÊTRE VICTOR213, PARCE QUE QUELQU’UN, LISANT AVEC CE MÊME VICTOR DANS LE LIVRE DU MÊME PATRIARCHE, LUI DIT QU’IL N’EST PAS CONVENABLE DE DIRE QUE LE PAIN QUI EST CONSACRÉ SUR LES SAINTS AUTELS, QUI EST LE CORPS D’EMMANUEL, EST IMPASSIBLE ET IMMORTEL, ET EST DONATEUR D’IMPASSIBILITÉ ET D’IMMORTALITÉ À CEUX QUI Y COMMUNIENT, BIEN QUE LUI-MÊME DÎT ET CONFESSÂT QUE LE PAIN QUI A ÉTÉ TRANSMUÉ EST LE CORPS, MAIS NON IMPASSIBLE, PARCE QU’IL EST ROMPU ET DIVISÉ ; CE À QUOI LE SAINT HOMME LUI-MÊME PARLE AINSI.
Car le pain qui est consacré sur les saintes tables et mystiquement transmué est lui-même véritablement le corps, le corps de celui au nom de qui il fut en fait transmué, c’est-à-dire de celui qui est volontairement mort et ressuscité pour nous. Mais, s’il est le corps de celui qui est ressuscité, il est clair qu’il est impassible et immortel. Si nous ne regardons pas le pain qui est mystiquement transmué, mais celui qui tombe sous les yeux des sens, et que, le voyant rompu, nous ne confessions pas qu’il est en vérité immortel, il est temps pour nous de dire qu’il n’est pas non plus le corps de Dieu : car ce qui est vu est en vérité du pain. Par la foi donc par laquelle nous comprenons et croyons qu’il est le corps de Dieu qui s’est incarné sans variation pour nous, et qui a volontairement souffert et est ressuscité, par cette même foi nous comprenons et confessons qu’il est aussi immortel et impassible, et qu’il nous confère l’impassibilité et l’immortalité. Car celui qui a permis qu’il soit coupé et divisé, parce qu’en vérité il nous était autrement impossible d’y communier, dans la même miséricorde permet aussi que le corps de Dieu qui a déjà été transmué apparaisse comme du pain. Et pour confirmation de la transmutation qui s’accomplit, cela a été vu par beaucoup, même des yeux de leurs sens, et ils ont vu de la chair ensanglantée être rompue, non le pain qui est posé sur l’autel.
Lettre XXXI — À Sergius le médecin et sophiste§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE À SERGIUS LE MÉDECIN ET SOPHISTE.
Mais quant à la réception d’Eutychès, qu’elle fut faite de manière canonique, et qu’elle ne jette aucune flétrissure sur le saint Dioscore et sur le synode qui s’assembla avec lui à Éphèse, j’ai adressé il y a quelque temps les arguments sur ce point à certaines personnes, et je l’ai aussi traité complètement comme la vérité l’exige ; et j’ai pensé qu’il était bon et urgent d’envoyer une copie de ces choses à votre science. Non seulement le misérable de Scythopolis214, mais bien d’autres aussi avant lui et après lui, ont employé les mêmes absurdités blasphématoires, ne sachant pas ce qu’ils disent215, mais ont fait de la vacuité de leur esprit la plénitude du blasphème contre Dieu. Le saint synode qui s’assembla à Éphèse avec le saint témoin de la vérité Dioscore n’enseigna absolument rien de nouveau quant à la foi, mais effectua seulement la déposition216 de ceux qui étaient infectés par le poison judaïque de Nestorius et les rejeta : mais Eutychès, qui présenta une supplique et anathématisa son hérésie, à cause de laquelle il était accusé, il l’accepta sur la base de la supplique elle-même et sur la base des minutes217 qui furent écrites à Constantinople devant Flavien, puisqu’il ne reconnut pas le poison qui était dans son cœur, et que la maladie difficile à découvrir lui fut, selon la norme humaine, convenablement cachée ; car la divine Écriture enseigne clairement que « l’homme regarde au visage, mais Dieu regarde au cœur »218.
Mais que dira-t-on de ceux qui se sont assemblés à Chalcédoine, qui ont reçu Théodoret et Ibas, qui non seulement cachaient l’infâme hérésie de Nestorius dans leur cœur, mais l’affichaient en fait au grand jour. Quand le contenu des minutes217 à cause desquelles la déposition219 d’Ibas eut lieu eut été lu, ainsi que sa lettre à Mari le Perse, qui était pleine de nombreux blasphèmes (dont je vous ai aussi envoyé une copie), les représentants de Léon, qui était devenu prélat de l’Église des Romains, le déclarèrent sans blâme, faisant la déclaration suivante4 : Pascasinus et Lucentius, les révérends évêques, et Boniface, le prêtre, représentant le trône apostolique220, dirent par la bouche de Pascasinus : « D’après la lecture des documents221, et d’après la déclaration222 des révérends évêques, nous savons que le révérend Ibas a été montré innocent. Car, lorsque sa lettre fut lue, nous avons reconnu qu’elle est orthodoxe223 ; et c’est pourquoi notre décision est que le rang épiscopal ainsi que l’Église dont il a été injustement chassé en son absence lui soient restitués »224. Et à ces choses, le synode tout entier consentit ; et ils promulguèrent la même décision. Comment donc ceux qui défendent ces hommes osent-ils faire de la réception d’Eutychès, qui eut lieu selon les canons, une accusation contre le saint Dioscore et le synode qui s’assembla avec lui ?
Fragment XXXII — Aux orthodoxes de Tyr§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA LETTRE AUX FRÈRES ORTHODOXES225 DE LA VILLE DE TYR, QUI EST SOUR.
Puisque vous avez jugé bon de me demander pour quelle raison Eutychès est anathématisé, cet homme de mauvaise réputation226 et impie, et comment il se fait qu’il fut reçu par Dioscore de sainte mémoire, nous disons en quelques mots qu’il fut reçu en présentant un document227 qui contenait une juste confession de foi et anathématisait Mani et Valentin, et Apollinaire, et ceux qui disent que la chair de notre Seigneur et Dieu Jésus-Christ est descendue du ciel ; à quoi il ajouta en outre les paroles qui suivent (bien que ceux qui s’assemblèrent à Chalcédoine aient interrompu la lecture, lorsque les choses qui furent écrites à Éphèse dans les actes228 le concernant furent produites), à savoir que les choses qu’ils voulaient lui imputer étaient des calomnies229. Mais l’homme de mauvaise réputation semble avoir de nouveau « retourné à son vomissement »230. Et que231…
Lettre XXXIII — À Néon le prêtre et archimandrite§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE À NÉON LE PRÊTRE ET ARCHIMANDRITE232, AU SUJET DE LA RÉCEPTION D’EUTYCHÈS.
Et, afin de ne pas étendre la lettre sur une grande longueur, de ces déclarations233 il a été clairement manifesté que, comme nous l’avons dit, en conséquence du document227 et des minutes234 écrites dans la cité royale, et des dépositions235 en faveur d’Eutychès qui y sont contenues, le saint synode qui s’assembla alors dans la ville des Éphésiens rendit une décision par laquelle il déclara cet homme innocent ; et il ne peut jamais être accusé du fait qu’après cela, le même Eutychès est retourné en courant au vomissement236 de sa propre opinion mauvaise. Car cela n’a pas non plus attiré de reproche sur les saints pères, parce que de nombreux hérétiques ont consenti à une hypocrisie temporaire, et sont de nouveau retournés à leur impiété ; puisque même avec les 318 saints pères, Eusèbe Pamphile siégea en assemblée avec eux et fut l’un de leur nombre ; et il lutta avec ceux-ci pour la folie d’Arius, et s’arma contre ceux qui tenaient les opinions droites.
(Et un peu plus loin.)
Mais, au synode de Chalcédoine, Dioscore dit ceci : « Mais, si Eutychès professe quoi que ce soit en dehors des doctrines de l’Église, il mérite non seulement le châtiment, mais même le feu. Quant à moi, je me soucie de la foi catholique et apostolique, et non d’un homme, quel qu’il soit »237. Mais, que le saint homme de sainte mémoire ait reconnu qu’Emmanuel, qui est de la nature du Père dans la Divinité même, est devenu aussi de notre nature dans l’humanité, en quoi aurions-nous besoin d’un autre témoignage, puisque les actes238 qui furent rédigés à Constantinople devant Flavien, et présentés de nouveau à Éphèse, contiennent clairement cette expression, qui fut confessée par Eutychès et confirmée par lui, en ce qu’il demanda à ce synode : « Sommes-nous aussi tous d’accord sur ces choses ? », et qu’ils répondirent : « Nous sommes d’accord »239 ?
Lettre XXXIV — À Élisée et aux autres§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, LETTRE À ÉLISÉE LE PRÊTRE ET ARCHIMANDRITE, ET AUX AUTRES ³.
Le saint prêtre Jean s’en est allé et a gagné le lieu de lumière des justes, et le repos d’en haut où demeurent ceux qui ont ainsi vécu, attendant le jour de la promesse parfaite et plénière, et de n’être pas rendus parfaits sans nous, comme le dit quelque part Paul, qui fut initié aux choses profondes et ineffables de la prescience de Dieu240. Quel besoin y a-t-il même de dire quel chagrin poignant et lourd a secoué mon âme ? Car c’est une grande perte que cette misérable tourmente des temps où nous avons été laissés en vie soit, par l’enlèvement de tels hommes, progressivement mise à nu et réduite, pour ainsi dire, à la lie la plus vile. À son sujet, il y a beaucoup de choses que je pourrais écrire à sa louange, mais, dépassé par la multitude des sujets, je dis ceci brièvement : lui seul nous a enseigné et fait voir sous nos yeux ce qu’est le royaume des cieux qui subit la violence, et que les violents ravissent241. D’une telle manière, revêtu du corps fragile comme d’une chaîne de plomb, il a séparé et dispersé toutes les choses extérieures, et en se souciant peu des choses qui tirent vers le bas, et en recevant la force par le désir des choses célestes, il s’est entièrement ajusté aux choses d’en haut, vers lesquelles il est maintenant parti sans peine. C’est pourquoi nous devons à la fois pleurer et gémir sur notre solitude, qui a été entièrement privée d’un tel modèle et d’un si honorable exemple. Mais, puisque nous devons courber la nuque devant la juste balance des jugements de Dieu, nous le louons, lui qui ordonne ainsi ces choses et les accomplit : car le sage et courageux Job dit quelque part : « Mais s’il a lui aussi ainsi jugé, qui est celui qui le contredit ? Car ce qu’il a lui-même voulu, il l’a aussi fait »242. Et pour le reste, nous prions pour que, par les saintes prières de ceux qui sont partis d’ici saintement, nous puissions être sauvés, et, autant que possible, être gardés indemnes, et ne pas nous écarter de la foi de ces hommes, et être élevés jusqu’à eux en mémoire.
Qu’il en soit ainsi. Mais, quant à ce qui a été écrit par votre amour de Dieu au sujet de la subsistance des pauvres, et de notre nécessité ou de notre réconfort, et que vous souhaitez tout partager avec nous, et donner volontiers, sachez ceci : nous acceptons la pleine intention de votre esprit, mais, étant petits et faibles, nous nous tournons vers Paul, le docteur de l’Église, et, en ce qui concerne nos besoins, nous nous imposons la honte et la retenue, et nous regardons celui qui dit : « En toutes choses, je me suis gardé d’être à votre charge, et je m’en garderai »243. Mais, en ce qui concerne le secours de nos frères qui peinent sous les mêmes détresses dont la vie est accablée, je m’efforcerai, et je serai importun, ou plutôt244 j’userai d’une légitime liberté de parole245, et je mendierai, et je saisirai246, et j’inciterai à la générosité ; et j’emploierai de nouveau ses paroles et dirai : « Celui qui sème peu moissonnera peu ; et celui qui sème abondamment moissonnera abondamment » ; et il scelle cela par cet ajout très sage et plein de discernement : « Chacun selon la décision de son cœur, non à contrecœur ni par contrainte : car Dieu aime celui qui donne avec joie »247.
Quant au livre que j’ai composé contre l’hérétique stupidité du méchant grammairien, en écrivant souvent et en demandant qu’il vous soit envoyé avant qu’il ne soit complètement achevé, vous agissiez comme des hommes qui pressent un jeune garçon bien portant et bien préparé, et instruit dans les affaires militaires, d’apparaître sur la ligne de bataille alors qu’il n’a pas encore revêtu son armure. Mais, maintenant que par l’aide de Dieu il a été achevé, autant que le permet notre faible pouvoir, et qu’il a été dûment écrit, et dûment collationné autant que possible, il a été envoyé. C’était une tâche très difficile qui nécessitait une grande réserve de livres, et il était pour ainsi dire difficile pour moi de la corriger, car je me déplace de lieu en lieu, et je n’ai pas partout sous la main les témoignages et les démonstrations appropriés tirés des Écritures. Car j’ai jugé bon de contrer non seulement les lamentables balbutiements du grammairien, mais aussi toute la trame d’impiété contenue dans ce qui a été défini et accompli de façon novatrice à Chalcédoine par le synode qui s’y est réuni, et dans l’impie Tome de Léon, saisissant l’occasion des choses mêmes déclarées par lui (je veux dire ce grammairien) pour exposer la malhonnêteté des adversaires, et de couper pour ainsi dire la racine même de l’amertume248, et de montrer d’où elle a jailli, et que ces choses ne sont pas nouvelles, mais qu’elles ont été développées il y a longtemps par la compagnie impie de ceux qui, sans science, professaient cette opinion mauvaise ; et non seulement cela, mais aussi de montrer l’accord des docteurs des orthodoxes249, et des choses qui, pour les hommes qui ne sont pas exercés dans les doctrines divines, semblent être contraires, et ont le même but devant elles, et de me garder autant que possible de la controverse de toutes parts.
Aussitôt donc après que le saint Cyrille et Grégoire le Théologien, et tous ceux qui, pour ainsi dire, enseignèrent les mêmes choses, eurent aussi dit que nous devons noter la distinction en théorie250 et en pensée des natures dont l’Emmanuel est composé, natures d’après lesquelles on reconnaît le caractère différent et l’essence251 diverse des éléments qui furent unis en une union, Théodote de sainte mémoire, évêque d’Ancyre en Galatie, semble nier cela et ne pas accepter la division en pensée252. C’est pourquoi beaucoup d’orthodoxes249 furent aussi confondus par les hérétiques, comme s’ils citaient des Pères qui disaient des choses contradictoires, bien que les contradicteurs ne pussent discerner la lecture même des paroles de Théodote, mais les lisaient différemment, non pas comme les paroles sont écrites. Ce point, donc, et tous les points semblables, nous les avons rassemblés de toutes parts et, Dieu étendant sa main, nous les avons expliqués, et avons ainsi montré que les objections des impies sont vaines. Les démonstrations qu’ils allèguent sont d’ancienne date et non d’hier et d’avant-hier, et elles ont été élaborées au moyen d’inventions et de fausses attributions et de dizaines de milliers d’artifices, puisqu’ils veulent de toutes parts montrer que la réfutation de l’impiété est futile. C’était donc en vérité une tâche remplie de grandes difficultés que de trouver ces passages, de mettre à nu la mauvaise pratique et d’exposer la tromperie qu’ils contenaient. À ces choses s’ajustent les paroles du prophète, qui furent dites au nom de Dieu à ceux d’Israël : « Éphraïm m’a environné de mensonge, et la maison d’Israël et de Juda d’impiété »253 ; et mieux encore ce qui est aussi écrit en Daniel : « Ils s’efforcèrent avec zèle d’affermir leur tromperie qui consistait en des transgressions »254. Ayant donc, autant que possible, lu tous les livres, à fond et non avec négligence, je me suis familiarisé avec leur mauvais dessein après beaucoup de labeur et après avoir cherché chacun d’eux (souvent il était impossible de le trouver), et ce, bien que je sois dans une condition255 d’exil, et que je fuie d’un lieu à l’autre pour trouver refuge, comme des barques256 sur la mer. Il me fut aussi agréable que le sage Zacharie le scolastique257, ami du Christ, lise la dissertation mentionnée : car dans la cité royale aussi, je lui apportais mes ouvrages, qu’il écoutait attentivement avec le plus grand soin, et il reçut de Dieu le privilège d’être un sage auditeur de Jérusalem, je veux dire de l’Église de Dieu, et ne recula pas devant le fait d’être un admirable conseiller, en raison de la grande expérience et de l’instruction dans les livres sacrés dont il jouit depuis son enfance. Et nous croyons que sur vous, le religieux prêtre Victor258, la même grâce fleurit, et qu’elle n’est en rien inférieure à celle qui lui fut donnée, ou certainement qu’elle fut même plus grande, et atteint un niveau encore plus élevé en raison de l’ordre du presbytérat, et du siège presbytéral auquel vous avez été appelé par Dieu. Je vous prie donc tous de lire la composition avec diligence et avec des pensées attentives et, comme c’est votre habitude, avec sagesse, et si, en hommes faibles, nous nous sommes trompés quelque part, de le signaler. « Qu’un frère soit aidé par un frère, c’est là aussi la force solide d’une cité fortifiée »259, enseignent les paroles inspirées de Dieu. C’est pourquoi nous nous sommes aussi efforcés, autant que possible, d’apporter cette dissertation à certains hommes d’intelligence et habiles dans l’argumentation, qui ne sont pas sans part dans la science divine et profane, et de la leur lire, saisissant généralement une occasion pour la lecture, et faisant cela en secret, en raison du temps présent. J’ai mis le début de ce traité sous une telle forme260 afin qu’il puisse sembler que je l’aie préparé pendant que je vivais à Antioche, de peur que peut-être ces adversaires n’allument une plus grande flamme de préjugé contre moi, s’ils s’apercevaient que cela avait été composé par moi en exil : et en vérité, quand j’étais là-bas, j’ai commencé à préparer des matériaux pour une réponse, bien que, lorsque la persécution est venue, elle ait dispersé ces choses.
Puisque vous, le prêtre Philippe261 ami de Dieu, avez souvent demandé que le Livre des Dispensations, comme vous dites, vous soit envoyé, la seule raison pour laquelle nous avons différé de le faire est que nous désirons d’abord exécuter votre demande, et jeter un œil critique sur ce qui y est écrit ; ce que jusqu’à ce jour nous avons été confiants de pouvoir faire, bien que toute notre attention fût occupée par ladite composition. Par conséquent, lorsque nous aurons lu aussi hâtivement votre livre, nous l’enverrons dès que possible.
Quant à ceux qui se sont convertis de l’erreur de Théodote262, nous disons ceci : s’il y en a qui ont reçu l’ordination de Théodote lui-même, puisqu’il était un évêque légalement établi, mais fut par la suite perverti au dogme abominable d’une observance qu’il s’est lui-même créée263, je veux dire celle de la ré-onction illégale, et à un changement quant à la foi, de sorte qu’il ne confesse pas que notre Seigneur et Dieu Jésus-Christ, qui est de même essence264 avec le Père dans la divinité, est lui-même devenu aussi de même essence264 avec nous sans variation, et a pris notre ressemblance sauf le péché seul, que ceux-là soient soumis aux périodes de pénitence que Timothée de sainte mémoire, archevêque d’Alexandrie, a établies à l’égard de ceux qui se convertissent de l’hérésie des Diphysites265. Mais, s’il y en a d’autres qui tirent les ordinations prétendument accomplies sur eux de l’homme appelé Grégoire266 ou d’autres, qui ne sont même pas évêques, que ceux-là soient comptés comme des laïcs, et ne rêvent pas du nom de service ou de sacerdoce ; mais finalement, après un certain temps, si certains d’entre eux reçoivent un bon témoignage pour leurs bonnes œuvres, que ceux-là soient ordonnés, comme s’ils avaient été promus de la condition de laïc au chœur presbytéral267. Mais j’ai été surpris de voir que dans votre lettre, bien que vous les ayez qualifiés de laïcs, vous ayez ensuite posé la question : « Quelle durée de temps devrait être fixée pour ces hommes ? », comme s’ils étaient des clercs268, des hommes qui ne le sont jamais devenus. C’est pourquoi j’ai aussi loué l’ignorance du religieux prêtre Victor à propos de ces hommes.
Quant au [manuscrit complet[^269] des divines Écritures qui appartenait à Jean, dont l’âme est au repos, qui peut remplir bien des ventres d’hommes pauvres, vendez-le : car nous, par la grâce de Dieu, avons des livres270, et plût à Dieu que nous en eussions aussi la connaissance parfaite, que nous prions Dieu de nous donner.
Nous n’avons pas été surpris d’entendre que ceux du dehors sont en paix avec vous, puisque nous nous sommes souvenus de la déclaration divine qui dit au juste : « Car les bêtes des champs seront en paix avec toi »271. C’est pourquoi nous avons de nouveau loué celui qui a confessé ces choses sans fausseté.
Fin de la lettre à Élisée le prêtre et archimandrite.
Lettre XXXV — Aux moines d’Orient§
Rubrique de l’édition — DU PATRIARCHE SÉVÈRE AUX MOINES D’ORIENT272
Aux saints pères et archimandrites des saints monastères en Orient, aux presbytres et diacres, et à tous les frères qui pratiquent la vie monastique aimée de Dieu, Sévère, salut en notre Seigneur.
J’ai appris que les grandes communautés des saints monastères en Orient, qui sont honorées pour leur éminence dans la vie et dans l’ascèse, et pour leur ancienneté, se sont retirées, et qu’elles y ont été poussées par la contrainte, par ceux qui sans crainte étendent leurs mains contre tout homme : et j’ai profondément gémi ; et j’ai continué de pleurer jusqu’à ce qu’il ne me restât plus de force pour pleurer davantage, comme le dit quelque part la Sainte Écriture273. Car je ne me suis pas affligé pour vous (nulle larme n’est nécessaire pour vous), mais pour les contrées qui ont été privées de vous, et pour ceux qui y mènent une vie religieuse et, pour parler de manière générale, pour toute cette région274. S’il n’y avait pas une colère universelle, et si la face de Dieu n’était pas détournée, vous au moins seriez demeurés, comme des colonnes de la grande maison qui auraient empêché la ruine qui la menaçait. Ainsi, de même, lorsque Jérusalem était châtiée pour ses péchés, et était livrée à divers châtiments, le Dieu de miséricorde, « celui qui prend plaisir à la miséricorde »275 (car c’est ainsi que les divines Écritures le nomment), l’épargna de nouveau en raison de sa grande miséricorde et, parce qu’il ne voulait pas amener une destruction complète, on le voit adresser, à ceux qui administraient les châtiments à venir, des paroles que Jérémie vit et entendit par perception prophétique, de cette manière : « Montez à ses murailles et renversez ; mais ne faites pas une fin complète. Laissez ses fondations, car elles sont au Seigneur »276. Si donc vous, qui êtes les fondations du Seigneur qui repoussent la destruction, avez maintenant été troublés et ébranlés, que faut-il attendre, sinon de cruels châtiments de la part de Dieu, de grands maux qui ne peuvent être apaisés et une colère qui se déverse, que celui qui l’apporte en un juste jugement déclare en des paroles comme celles-ci : « Voici ! ma colère et ma fureur se déversent sur ce pays, sur les hommes, sur le bétail, sur toutes les choses qui sont dans les champs et sur tous les fruits de la terre ; et ils seront consumés et ne s’éteindront pas »277 ?
Pour ces raisons, je me suis affligé, et je n’ai pas perçu le nombre de mes gémissements, tandis que je contemplais la désolation des chemins qui menaient à vos communautés et vous envoyaient ceux qui avaient un désir zélé de délecter leur âme par le souvenir des choses divines, et pour qui la station continuelle et le chant angélique étaient une fête, ainsi que la vie qui tend vers le haut, laquelle rappelle aux âmes rationnelles l’imitation de Dieu.
Car c’est ainsi que Jérémie aussi se lamenta après la destruction de Jérusalem, et dit comme en figure : « Les chemins de Sion sont en deuil, car il n’y a personne pour venir à la fête. Toutes ses portes sont désolées »278. (Et lui-même dit clairement que sa production est livrée à la destruction). « Ses prêtres iront en captivité en gémissant, et celles qui ont embrassé la vie virginale seront emmenées. Et celle qui fut abandonnée par eux en a de l’amertume ».
Car, afin que personne ne pense que la lamentation qui était faite n’était pas juste, à cause des poutres, des pierres et des grands édifices qui furent rasés jusqu’à terre et jusqu’à la poussière, exaltant clairement par des mots la grandeur du désastre, il proclama et dit : « Ses prêtres gémissent et ses vierges sont emmenées, et elle-même en son sein en a de l’amertume »279.
Et le grand Élisée, qui reçut une double part de l’esprit qui était en Élie, l’homme aux nombreuses visions et miracles, prévoyant ce qui était futur comme s’il était présent, et combien de maux le peuple d’Israël devait endurer, du fait qu’Hazaël, roi de Syrie, devait venir contre eux pour faire la guerre, pleura amèrement en considérant le caractère incurable des maux à venir, et sous la pression de ces choses, il ne put se retenir, ni s’abstenir de larmes et de pitié, bien qu’ils dussent endurer ces châtiments comme ils le méritaient. Et c’est pourquoi aussi la divine Écriture dit comme dans l’étonnement : « Et l’homme de Dieu pleura »280. Mais je prie et je supplie vos saintetés (car vous êtes mon affection non moins que lui281), vous qui souffrez aussi avec vos proches, et qui, pour parler avec les mots de l’apôtre, « avez un cœur de miséricorde et de grâce »282, priez pour les brebis et détournez la colère, et ne cessez pas de lever vos saintes mains vers votre Jésus, lui disant à partir des divines Écritures : « Ces brebis, qu’ont-elles fait ? Aie pitié, Seigneur, de ton peuple, et ne livre pas ton héritage à la honte »283. Peut-être se laissera-t-il fléchir par ces prières et se repentira-t-il, et laissera-t-il dans son pays une bénédiction, un sacrifice et une libation au Seigneur notre Dieu.
Car à votre sujet, je n’ai aucun poids de souci ni aucune anxiété : car je sais bien que tout vous est facile, et qu’il n’y a aucun empêchement ni aucune difficulté à la marche pour vos pieds, qui sont ornés à la manière apostolique par leur nudité, et qui par leurs pas sont capables de bénir même les déserts inhabités et de les rendre habitables ; et que le manque d’argent dans vos ceintures est une plénitude de toute abondance, si bien qu’il pourvoit aussi au superflu pour les autres, et que le bâton dans vos mains est un symbole de la fixité et de la fermeté mêmes de la foi qui est en vous, si bien qu’il soutient aussi ceux qui sont ébranlés et qu’ils ne tombent pas ; mais la terre, le ciel et l’air284 sont votre bourse, et tous les éléments fournissent de la nourriture sous des formes diverses et venant d’elle-même, et font savoir à chacun que « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais aussi de toute parole qui sort de la bouche de Dieu »2 : je m’abstiens de dire, ce qui est une grande chose et très vraie, que, puisque vous avez un rocher spirituel qui marche devant vous (et Paul a dit que le Christ est un rocher285), celui-ci est pour vous nourriture et boisson ; car vous avez été persécutés avec ce même rocher lorsqu’il fut persécuté. Car dans le cas des fils d’Israël d’autrefois, qui voyaient peu, qui avaient l’œil aveuglé par les ténèbres égyptiennes, et qui pouvaient à peine voir l’écriture de la loi et ne pouvaient contempler la profondeur des mystères cachés, l’apôtre écrivit justement que « ce rocher les suivait »286 : car il était juste que ceux qui étaient si imparfaits fussent d’abord exercés dans la loi, et vissent ensuite le Christ les suivre.
C’est pourquoi aussi, dans des contrées sans eau, il leur donna de l’eau sous une forme tangible, apaisant la soif de la chair ; et, chaque fois qu’ils désiraient de la chair, il fit invisiblement venir des oiseaux comme une pluie du ciel286, et d’autres choses semblables et leur ressemblant.
Mais devant vos propres perfections, qui peut contempler la gloire même du Seigneur « à face découverte », comme Paul l’a dit encore287, ce rocher marche continuellement devant, donnant une nourriture et une boisson suprasensibles, et montrant à tous que par les choses que vous avez endurées vous criez et dites : « Qui me séparera de l’amour du Christ ? La tribulation, ou la détresse, ou la persécution, ou la faim ou la nudité ou le péril ou le glaive, comme il est écrit : « Car c’est pour toi que nous mourons chaque jour ; nous avons été considérés comme des brebis pour l’abattage » ; mais dans toutes ces choses nous sommes victorieux par celui qui nous a aimés »288. Car les résultats de votre victoire ne sont pas seulement dans ce monde présent et mauvais, dans lequel vous avez montré votre invincibilité, mais ils sont tous plus véritablement dans le monde à venir. Alors tous ceux qui se sont exercés dans la vie de virginité, et qui ont prévalu sur les passions honteuses et qui sont honorés pour la vieillesse aux cheveux blancs de l’intellect, et pour l’ordre saint, et reçoivent l’honneur qui l’accompagne, seront comblés d’une telle joie que leur âme sera enivrée de biens, au sujet desquels Jérémie le prophète, les dépeignant d’avance, a parlé ainsi : « Alors les vierges se réjouiront dans les assemblées de jeunes gens et les vieillards se réjouiront : et je changerai leur deuil en joie, et je les ferai se réjouir : et je rendrai grande et j’enivrerai l’âme des prêtres, les fils de Lévi, et mon peuple sera rempli de mes biens »289 ; et ces choses ne défaillent pas, sont telles qu’elles sont, et ne sont jamais détruites. Telles sont ces demeures et ces mansions bienheureuses. Mais, s’il y a encore une prolongation et que nous n’avons pas été conduits à la fin des temps, assurément, « celui qui a dispersé Israël le rassemblera, et il le gardera comme un berger qui paît son troupeau » et il dira : « C’est en pleurant qu’ils sont sortis, et avec consolation que je les ramènerai : et je les ferai habiter près des cours d’eau, dans un droit chemin, et ils ne s’égareront plus »290.
Mais priez pour que nous aussi, nous nous tenions au chemin droit et sans erreur, et que notre pied ne dévie ni à droite ni à gauche de la voie royale291 qui fut droitement parcourue par ces voyants et ministres de la parole. Car, dans la mesure où vous vous exercez dans la loi du Seigneur nuit et jour, vous savez bien que, même si un homme combat, il n’est pas couronné s’il n’a pas combattu selon les règles. Car certains hommes se sont introduits parmi nous, voulant entacher la « bonne confession » à laquelle nous avons été appelés et que nous avons confessée « devant beaucoup de témoins »292, comme l’a dit l’apôtre, c’est-à-dire, devant toute l’Église et « les anges élus »293, n’ayant jamais cédé au relâchement. Car que « nous ne sommes pas de ceux qui se relâchent pour se perdre »294, vous le savez bien aussi : car vous êtes les premiers à en témoigner. Car, « n’ayant aucune saine connaissance de ce qu’ils disent ni des choses au sujet desquelles ils s’obstinent »295, ils ne consentent pas à confesser que la vraie chair de Dieu le Verbe, qui est issue de la sainte Mère de Dieu et toujours vierge Marie et du Saint-Esprit, qui lui fut unie hypostatiquement, de sorte que, du fait qu’il est venu être avec nous comme Dieu qui s’est fait homme, il a été nommé Emmanuel, et qu’il a été fait semblable à nous en toutes choses, excepté le péché, souffre comme nous et est susceptible des passions innocentes, mais disent qu’il a souffert en apparence, et que la chair était impassible et immortelle au moment de la Croix volontaire et salvifique ; et outre d’autres choses impossibles, les misérables parlent follement de fausses passions, et par de fausses paroles ils nomment incorruptibilité la fantaisie296, et ils nient la véritable incorruptibilité, et ils ne remarquent pas la sagesse de l’économie par laquelle le Dieu impassible s’est uni celles de nos passions qui ne tombent pas sous la description du péché, voulant en elle goûter volontairement notre mort, détruire sa domination sur nous, et, au moyen de la Résurrection, nous libérer dans l’incorruptibilité, c’est-à-dire dans l’impassibilité et l’immortalité, et nous élever à notre premier état dans lequel nous avons aussi été créés.
Si le Verbe de Dieu avait désiré montrer des passions et une mort sous une forme irréelle, l’Incarnation est tout à fait superflue. Il avait l’impassibilité et l’immortalité divines, et ainsi il aurait pu aussi souffrir en apparence et se montrer à la manière des apparitions antérieures, comme il est apparu en homme qui lutta avec Jacob et fut reçu dans la maison d’Abraham, et fut représenté sous de nombreuses formes par les prophètes : car on voit qu’il l’a dit lui-même dans le prophète Osée297. Mais ce n’était pas ce qu’il désirait, mais que, par le moyen d’une mort réelle, il sauvât l’homme qui était mort par la tromperie du serpent, et fît de sa propre Résurrection la porte et le chemin du retour à la vie éternelle. Pour cette raison, Paul crie plus fort que toutes les trompettes aux oreilles des hommes qui ne veulent pas entendre : « Car, puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. Car, comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ »298. Mais… avec… les Écritures et… ces hommes hâtifs et présomptueux ont présumé dire de manière blasphématoire contre les divines Écritures et contre les saints pères qui les ont interprétées d’une manière approuvée, qui, en divers temps, ont nourri les saintes Églises.
Par ces choses, vous voyez clairement quelle différence et quelle distinction il y a entre la vérité et l’erreur, autant que le ciel est éloigné de la terre, et que de la pensée de leur cœur ils ont « conçu des paroles d’iniquité » et que « la vérité a péri dans leurs voies, et ils n’ont pu marcher dans le droit chemin » et aussi qu’« ils ont éloigné leurs pensées de l’intelligence »299.
Car le prophète Isaïe les a bien démasqués d’avance par ces paroles.
Priez donc, saints personnages (car en vérité je dis la même chose de nombreuses fois), pour que nous soyons délivrés des hommes mauvais et injustes. Car ils ont été incapables non seulement de supporter le reproche à cause de leur méchanceté, mais même de donner à boire à ceux qui ont soif : car, outre leurs pensées qui blasphèment contre Dieu, « leurs conseils » sont aussi des conseils de meurtre300. Car c’est cette même chose qu’Isaïe dit avec moi à leur sujet. Mais que ces mêmes hommes puissent être changés pour ce qui est droit, faites-en le sujet de vos propres prières. Car, pour notre part, nous nous tournons vers celui qui ne veut pas la mort du pécheur, mais plutôt qu’il se convertisse et qu’il vive301.
En vérité, au commencement, à la prière (et, pour dire la vérité, sous la contrainte) de celui qui écrivit sans rectitude et témérairement sur ce même sujet302, alors que j’étais loin et caché, je lui écrivis et l’admonestai fraternellement, et je l’exhortai à tenir compte des saints Pères et des docteurs approuvés, à les suivre et à se corriger. Et sur ce, il attaqua ma bassesse d’une manière féroce, pire que n’importe quelle bête sauvage enragée, et ne cessait de se plaindre amèrement de ne pas m’avoir trouvé complice de son erreur ; et, autant qu’il le put, il envoya et dispersa par le monde entier ce qu’il avait écrit, qui venait de son cœur, « non de la bouche du Seigneur »1 : et nous fûmes livrés en spectacle à ceux qui luttent pour l’impiété de Chalcédoine ; et en Palestine, comme je l’ai appris, et dans d’autres provinces303, ils allaient de-ci de-là, et partout ouvraient et élargissaient leur bouche démesurée en disant : « Voyez ! Ceux qui se glorifient d’être orthodoxes304 se sont manifestement montrés zélés pour l’apparence d’Eutychès, qui est l’erreur des partisans de Mani ».
Alors en vérité, transpercé par les jugements de Dieu à la manière d’aiguillons et étant… dans mon âme parce que je ne pouvais supporter la calomnie et le blasphème contre la gloire du Très-Haut, et le fait que l’erreur d’un seul homme soit une tache sur tout le corps de l’Église, je fis connaître à tous les faits véritables, faits qui vous sont aussi connus et familiers, disant avec courage autant qu’avec foi, conformément à la vérité (car Jésus est vraiment Dieu et Sauveur) : « S’il me faut mourir avec toi, je ne te renierai pas »305, mais : « Je monterai sur les montagnes et je prêcherai à Jérusalem »306. Puissé-je gagner sa liberté de parole307, et puissé-je recevoir de lui de l’aide, par vos saintes prières et supplications.
De la main du patriarche lui-même.
Que la sainte Unité dans la Trinité (car c’est là notre Dieu) garde vos saintetés, et toute la fraternité qui est avec vous, illustres dans les combats divins, dans une concorde et une endurance parfaites, et priant pour notre bassesse. Mon esprit vous salue. « Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser »308. La grâce soit avec vous. Que Dieu soit béni pour toujours, et que son nom soit loué pour toutes les générations.
Lettre XXXVI — À Isaac le scolastique§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE À ISAAC LE SCOLASTIQUE, DONT LE COMMENCEMENT EST : « Moi, qui à cause de mes péchés ai été condamné à vivre longtemps dans la ville royale ».
Car ce n’est pas de dire ce qui s’accorde avec les 318 Pères qui nous est interdit, mais d’ajouter ou de retrancher quoi que ce soit à la rectitude des doctrines309. Sinon, le synode des 150 encourt aussi le blâme, parce qu’il a élargi la théologie310 relative à l’Esprit, et, alors que la confession avait été établie au sujet du Fils unique qui s’est incarné pour nous, il a ajouté les mots « du Saint-Esprit et de Marie la Vierge », et « il a été crucifié au temps de Ponce Pilate » ; car ces choses n’avaient pas été affirmées par les 318.
Et un peu plus loin dans la même lettre.
Mais vous dites que le synode de Chalcédoine a aussi placé la foi des 318 avant sa définition. Mais dans ce cas, l’innovation est évidente. Premièrement, il dit en termes clairs, et cela deux et trois fois, qu’il établit lui-même une définition ; deuxièmement, parce qu’il a dit que notre unique Seigneur Jésus-Christ est connu en deux natures ; troisièmement, pour omettre les autres points, parce qu’il a appelé la lettre de Léon, qui est pleine des blasphèmes de Nestorius, « une colonne de l’orthodoxie »311.
Lettre XXXVII — À Charisius le moine§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA LETTRE À CHARISIUS LE MOINE, DONT LE COMMENCEMENT EST : « Il n’a pas échappé à notre petitesse ».
Qui parmi les orthodoxes312 accepterait que le synode de Chalcédoine soit supprimé conjointement avec tous les saints synodes, de sorte que du silence on puisse déduire qu’il jouit lui aussi d’un honneur égal ? Assurément, ceux qui s’en détournent soulèveraient des arguments contre ceux qui s’y tiennent, et les uns diraient : « Il est supprimé comme impie », tandis que les autres diraient : « Il a subi la même suppression que les autres synodes », et il y aurait de nouveau des querelles et des troubles.
Et de nouveau avant cela, il dit.
Car dire que le synode doit être supprimé, et formuler une confession orthodoxe, mais sans rejeter les blasphèmes avec les personnes elles-mêmes et les paroles, n’est ni légitime ni propice à la paix. Mais, même si nous voulions fermer les yeux, personne parmi les assemblées des orthodoxes313, surtout après tant d’agitation, n’accepterait une union si fausse, puisque l’Apôtre dit clairement : « Si quelqu’un vous prêche en dehors de ce que vous avez reçu, qu’il soit anathème »314. Ce qui a jeté les Églises dans la confusion jusqu’à ce jour, c’est ceci : le fait que ceux qui sont au pouvoir hésitent entre les deux partis, et veulent toujours plaire aux deux partis.
Lettre XXXVIII — À Pierre, Ammonius et Olympiodore§
Rubrique de l’édition — DU SAINT MAR SÉVÈRE LE PATRIARCHE, DE LA LETTRE À PIERRE ET AMMONIUS315 ET OLYMPIODORE, AU SUJET DE LA NOMINATION DE PIERRE COMME ÉVÊQUE D’ALEXANDRIE ; QUI EST LA 10e DU Ier LIVRE DES LETTRES ÉCRITES PENDANT L’OCCUPATION DU SIÈGE.
Car nous pouvons apprendre des faits eux-mêmes que nous, peu nombreux et petits, avec l’aide de Dieu, avons complètement arrêté le synode de Chalcédoine qui agissait déjà comme le pasteur absolu des Églises, nous qui, comme dans la prophétie d’Isaïe, avons été laissés comme une grappe après la récolte des olives, « deux ou trois sur les plus hautes extrémités des branches, ou quatre ou cinq, qui provenaient de cette grappe d’olives »316, Pierre qui était du pays des Ibères, mais qui était citoyen de la Jérusalem d’en haut, et Théodose317 qui orna le trône318 d’Antinoé319, et Isaïe320 le très célèbre, la statue321 de la philosophie et de la vie en Dieu, comme une colonne et un modèle ; des hommes qui, en ce monde même, récoltèrent l’honneur dû à leurs labeurs, leurs prophéties et leurs dons de guérison, et furent illustres en d’autres excellences spirituelles, dont les esprits aussi, j’en suis convaincu, offrent des prières en notre faveur, et sont proches de nous dans les luttes présentes, et se réjouissent de cette union et de cette paix, et de ce lien de la foi, qui a maintenant commencé. Car en plus des autres bonnes choses, ils savaient quel est le temps de la rigueur, et quel est celui de la concession légitime, et ils apprenaient les dispensations de l’Esprit, et suivaient les sages dispensations de Basile et de Grégoire et d’Athanase et des autres Pères théophores : puissions-nous aussi les suivre, nous qui sommes de petits hommes, dont le jugement est un sujet de prière.
Lettre XXXIX — Aux presbytres d’Alexandrie§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE QUI FUT ÉCRITE AUX PRESBYTRES D’ALEXANDRIE.
Quand j’ai pris entre mes mains la lettre qui m’a été maintenant adressée par vos Saintetés, j’ai commencé à la lire avec un plaisir tel que celui d’un fils qui verrait le visage de son père après un long laps de temps. Mais après l’avoir lue, je vous ai mieux connus par son contenu ; car j’ai trouvé que la lettre était en réalité entièrement remplie de reproches paternels ; car c’est souvent une habitude des pères d’adresser aussi des reproches infondés à leurs fils afin de les rendre plus322 zélés et vigilants ; mais, lorsqu’ils les voient présenter une sage défense à l’accusation et dissiper les reproches, alors ils échangent le désir de critiquer pour le désir de l’affection naturelle, sont remplis de larmes et exultent de joie, et se soumettent à une défaite qui a fait l’objet de leurs nombreuses prières, et proclament la victoire des fils comme la leur. En conséquence, écoutez comme des pères la défense de votre fils, rendez un jugement droit, et examinez la question avec soin comme sur les plateaux d’une balance. Vous dites dans la lettre que nous nous sommes écartés de la règle stricte en faisant l’union avec les Isauriens, parce que Philoxène, lorsqu’il leur a écrit au cours de la controverse, a attesté qu’il ne manque rien à l’édit323, et a dit qu’il était en communion avec le prélat d’Alexandrie324, et n’a pas omis les noms des hérétiques. Dites-moi quel blâme cela jette-t-il sur les Isauriens, puisqu’il est démontré qu’ils ont par lettre appelé Philoxène au haut niveau de leur profession, et que, comme il ne voulait pas à ce moment-là s’élever à leur hauteur et se ranger du côté de la stricte observance, ils ont, avec les autres, quitté ceux qui étaient en communion avec Flavien qui détenait auparavant le siège d’Antioche, se sont unis à nous seuls, ont exposé par écrit l’imperfection de l’édit, et ont professé qu’ils n’entreraient pas autrement en communion avec le chef des Alexandrins jusqu’à ce qu’il ait d’abord présenté en commun sa défense aux orthodoxes325 et ôté du milieu les scandales qui nous séparent de lui. Comment donc leur reprochez-vous, comme s’ils avaient négligé ces choses, des choses qu’en fait ils ont pris soin de mettre par écrit ? Si le fait d’écrire à Philoxène et de l’appeler à la norme parfaite est une cause de blâme pour eux, il est temps pour nous de blâmer aussi certains d’entre vous qui, dans la cité royale, nous ont exhortés à aller [trouver] Philoxène et à l’examiner, et à porter de graves accusations contre le [saint] Cyrille parce qu’il a écrit à Acace, le prélat de Berrhée, lorsqu’il lui conseilla de désavouer les 12 chapitres326 et les autres ouvrages contre Nestorius. Mais ce n’est pas le fait de recevoir une lettre d’hommes impliqués dans des hérésies, ou qui ne sont pas d’un esprit parfait, qui nous expose au blâme, mais bien l’adhésion aux choses écrites par [eux], et le fait de ne pas marcher dans une direction contraire. Je suis très étonné de cette partie de votre [lettre où, après] avoir dit que l’édit est imparfait, vous écrivez plus bas : « Nous, [lorsque] dans les chapitres327 que nous avons présentés au prélat des hommes de Jérusalem, nous avons dit que l’édit contient une [juste] profession de foi, nous l’avons dit par concession, non comme la vérité ». Comment donc est-il imparfait, si en vérité il ne contient pas une juste profession, et n’ôte pas les scandales du milieu ? Ce qui est imparfait contient en tout cas une certaine partie [en accord avec] ce qui est parfait, de sorte que ce qui manque à la perfection puisse être restauré : mais ce [qui] ne contient rien de sain [même] en partie n’est pas imparfait mais entièrement [faux]328 et est la même chose que ce qui n’existe pas. [Mais] comment se fait-il que vous, en écrivant au père Étienne l’Isaurien de religieuse mémoire, ayez imité ce qui fut [jadis] dit par concession, et ayez dit : « L’édit contient une juste profession de foi » ? Ou comment se fait-il que les pères théophiles d’Égypte rejettent le testament écrit329 de défense qui leur est resté, comme ils le disent, du père Jean l’archimandrite et évêque qui est parmi les saints, [lequel] est composé des mots nus et réels de l’édit ? Ou plutôt330, pour citer les mots eux-mêmes, que l’on dise quelle hérésie cela introduit quand il est dit : « Car nous disons que les miracles aussi bien que les passions, qu’il a subis volontairement dans la chair, appartiennent à un seul et unique Fils de Dieu », et encore : « Parce que l’Incarnation véritable et sans péché issue de la Mère de Dieu n’a pas entraîné l’addition d’un Seigneur ; car la Trinité est demeurée Trinité même lorsque l’un de la Trinité, Dieu le Verbe, s’est incarné »331. Mais peut-être direz-vous que les mots sont droitement exprimés et exempts de blâme, mais ne sont pas suffisants pour anéantir les scandales ; car, dans la mesure où ils sont exprimés de façon ambigué, ceux-là mêmes qui disent que l’unique Christ est en deux natures les professent, puisque [ils confessent] que la forme332 qu’ils appellent le Fils qui s’est incarné est une seule et même chose en identité d’honneur, en identité de nom en ce qu’il est de la même [essence], en autorité, comme nous l’avons nous-mêmes affirmé ailleurs, en convainquant l’édit d’ambiguïté ; mais nous ne devons pas ouvrir une porte à l’impiété par l’ambiguïté de nos écrits, selon les paroles de Grégoire le Théologien : « Car c’est une sandale commune qui se met aux deux pieds ; c’est une image qui regarde quiconque passe ; un crible qui [crible] tout »333. Mais cet argument est alors [valide].
lorsque l’ambiguïté est introduite et la vérité condamnée, car l’exactitude est alors expulsée et bannie, comme ce qui fut fait par le synode que le saint (Athanase) appela « une assemblée de Caïphe »334, lorsqu’il introduisit l’expression « semblable » et retira « celle de la co-essentialité », afin que les Ariens puissent comprendre le mot « semblable » comme signifiant « ressemblant »… et les orthodoxes335 « ce qui est de la même essence »336 et « ce qui ne varie en rien ». Mais si, lorsqu’il prononça « que le Fils est semblable au Père », il avait ajouté « c’est-à-dire identique en essence au Père », il aurait par cet ajout limité l’expression de la ressemblance qui est « commune » à tous deux et éradiqué l’erreur provenant de l’ambiguïté. Ainsi aussi un homme qui accepte la juste confession de l’édit, si cela lui suffit, et qu’il n’ajoute pas les mots exacts qui ôtent l’hérésie, ouvre une porte à l’impiété par l’ambiguïté des mots écrits, et tombe sous les sentences du saint Grégoire en ce qu’il porte préjudice à la vérité. Mais si, outre l’édit, il confesse une seule nature incarnée du Dieu le Verbe et qu’il anathématise ceux qui parlent de deux natures après l’union, et de leurs opérations et propriétés, et toute l’impiété qui fut confirmée à Chalcédoine, il a ôté le danger337 que l’on attend de l’ambiguïté, et a lié l’entendement des deux partis sous le joug de l’exactitude, et a aussi suivi la loi de Grégoire le Théologien qui, dans la troisième lettre à Clédonius, écrivit ainsi : « Puisque donc les mêmes expressions, lorsqu’elles sont droitement comprises, sont conformes à la religion, mais que, mal interprétées, elles contiennent une infâme impiété, quelle merveille y a-t-il si nous avons aussi accepté les paroles de Vitalis dans un sens plus religieux, car notre but nous y pousse, tandis que d’autres sont furieux contre le sens des choses écrites ? »338 Acquiesçons donc aux distinctions spirituelles de Grégoire le Théologien, et fuyons l’ambiguïté seulement lorsqu’elle se tient seule, et que par son double sens elle blesse la vérité ; mais, lorsqu’elle est subordonnée à l’exactitude par l’ajout de déclarations plus parfaites, acceptons-la. Ce même enseignement est aussi donné par Basile, qui a le même esprit que Grégoire, dans l’épître qu’il écrivit à Maxime le philosophe, en ces termes : « Mais pour ma part, je dois appeler mien ce qui est vôtre339. Quant au terme » semblable en essence », s’il y est ajouté « sans variation », j’accepte l’expression, comme revenant à la même chose que la co-essentialité, c’est-à-dire, selon le sens sain de l’expression « co-essentialité », que ceux de Nicée comprirent aussi, lorsqu’ils appelèrent le Seul-Engendré « Lumière de Lumière », « vrai Dieu de vrai Dieu », et autres choses semblables, et qu’en conséquence ils introduisirent l’expression « co-essentialité ». Mais il ne nous est jamais possible d’imaginer quelque différence entre lumière et lumière, ou entre vérité et vérité, ou entre l’essence du Seul-Engendré et celle du Père. Si donc quelqu’un le prend comme je l’ai dit, j’accepte l’expression.
Mais si quelqu’un sépare « sans variation » de « semblable », comme le firent ceux de Constantinople340, je me méfie de la formule, comme diminuant la gloire du Seul-Engendré. Car même dans le cas des choses qui ne ressemblent qu’en quelques points, et qui sont très inférieures aux originaux, nous avons souvent coutume d’utiliser l’expression « semblable » « 341. En accord donc avec ces décrets des pères, puisqu’une mention de l’édit fut une fois insérée dans la défense des Isauriens, nous l’avons acceptée, car tout le mal qui est machiné par l’ambiguïté était ôté par le fait même que les choses qui manquaient furent ajoutées, et qu’une défense claire nous fut faite, qui exposait l’imperfection de l’édit. J’ai désiré écrire ces choses, non par recherche de moi-même342, mais parce que j’ai inséré dans la lettre une partie de ce qui a souvent été adressé par moi en de laborieux arguments à beaucoup de ceux qui soutenaient que l’édit suffisait comme défense. Ce n’est pas, comme on pourrait le penser, parce que nous nous accrochons au souvenir de l’édit que nous sommes contraints d’employer des mots de cette sorte, ni parce que nous souhaitons nous opposer à vous ; mais, puisque en raison de nos péchés » nous avons été faits un spectacle pour le monde, et pour les anges et pour les hommes », comme le dit le sage Paul343, et que nous sommes dorénavant placés sous les yeux de tous, nous devons dire les paroles de vérité à tous pareillement, et nous garder par avance des motifs de blâme venant de toutes parts, et utiliser les exemples et les enseignements inspirés de Dieu des saints pères pour nous guider dans ce qui est juste, et ne pas aimer le rire et nous montrer traîtres à l’exactitude légitime, ni non plus encourir le blâme pour manque de savoir et bondir hors des limites de l’arène de la lutte, mais considérer sagement la parole de Qohéleth : « Il y a un juste qui périt dans sa justice »344. Maintenant même, nous sommes prêts, et ce, depuis que le saint Jean, prêtre et archimandrite….. nous a écrit, à nous rendre en Égypte, à la seule condition qu’il nous choisisse un lieu tranquille adapté à notre dessein, afin que nous ne soyons pas importunés par des hommes turbulents, ni ne subissions de tort de la part de nos adversaires. Car par vos saintes prières, les orthodoxes345 d’Isaurie, prenant une résolution digne de leur vie passée, et étant les premiers à encourir le danger346 pour l’espérance commune, ont légitimement institué un archevêque orthodoxe3 : et maintenant, et l’homme lui-même qui a été institué [et certains des] évêques aimant Dieu qui ont procédé à son institution, hommes qui étaient en vérité connus de notre bassesse dans la cité royale, nous ont écrit des lettres qui sont très excellentes et pleines d’espoirs propices, que nous vous lirons aussi, à vous nos pères, [lorsque] nous délibérerons [sur] ce qui est profitable. Car vous [verrez] d’après ce qui a été [dit] que nous ne devrions pas [rejeter] un si grand bien, et accepter le contraire, ou plutôt347 de simples [paroles]. Et ceci, je souhaite [de tout cœur] que vos saintetés le croient, que j’aurais choisi d’être brûlé par le feu, [afin] que ce qui vous est agréable soit fait, et spécialement là où, à l’agrément, se combinent la légitimité et le caractère raisonnable. Mais ces choses, [si] Dieu le veut, nous les [considérerons]348 longuement ensemble lorsque nous nous rencontrerons.
Fragment XL — Aux habitants du couvent de Mar Bassus§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA LETTRE AUX HABITANTS DU COUVENT DE LA MAISON DE MAR BASSUS, QUI FUT ÉCRITE AU SUJET DES NOMS349.
Car, si nous devons exiger une rigueur semblable à celle que nous observions lorsque nous vivions reclus dans les monastères, nous ne souffrirons pas que soient nommés les presbytres ou les archimandrites, ou quiconque d’autre ayant pris part au synode de Chalcédoine. Mais, si nous considérons la conjonction et l’unité complètes des saintes Églises, qui s’étend à de nombreux pays et Églises, il n’est pas aisé d’observer ou d’envisager soudainement une telle règle : et, si nous le faisons, nous tomberons involontairement dans une confusion inutile, et bouleverserons tout, puisque de telles choses ne sont pas de nature à faire le moindre obstacle au bienfait général de la paix.
Lettre XLI — À Musonius de Méloé§
Rubrique de l’édition — DE LA LETTRE À MUSONIUS ÉVÊQUE DE MÉLOÉ EN ISAURIE350, DONT LE COMMENCEMENT EST : « Quand je parvins au trône pontifical351 ».
Et sachez ceci : que, lorsqu’il s’agissait d’unions générales, les pères ne voulurent pas enquêter sur l’observance de la règle stricte en ce qui concerne les noms. Beaucoup des 318 qui s’assemblèrent à Nicée, comme le rapportent les histoires ecclésiastiques, furent présents au synode d’Ariminum [sic] et à celui de Sardique352 ; et pourtant, bien que les doctrines qui y furent établies353 n’aient pas été approuvées, personne ne débattit au sujet des noms. Et de la même manière, à Nicée354 en Thrace aussi, le synode des évêques qui prononça que le Père est semblable au Fils, et non coessentiel, fut rejeté à juste titre ; et pourtant il n’y eut aucune question au sujet des noms à cette époque. Il serait long de raconter les autres synodes rejetés, celui de Sirmium, celui de Lampsaque, celui de Rome, celui de Zélos355, celui de votre Séleucie, que le synode des 150 fit tous passer sous silence comme s’il les avait oubliés, n’introduisant parmi nous aucune vaine discussion ni enquête superflue sur les noms, mais affirmant seulement la divinité356 du Saint-Esprit avec le Père et le Fils, et expliquant l’intention des 318.
Et, lorsque le saint Cyrille avec le saint synode d’Éphèse accomplit la déposition357 du méchant Nestorius, les évêques d’Orient, bien qu’ils aient lutté pour ses dogmes rejetés358, acceptèrent par la suite la déposition357 de ce loup et le rejet de ces dogmes odieux358 ; et il n’y eut jamais aucune discussion au sujet des noms, bien que combien, pensez-vous, étaient morts entre-temps, qui avaient lutté pour l’impiété de Nestorius ? Car pour ces choses, comme je l’ai dit, les unions générales n’ont pas de place ; mais elles restèrent sans examen ; puisque beaucoup de choses sont en fait passées sous silence dans les conciles, bien qu’elles aient souvent été impliquées dans des opinions impies. Puisque donc, à l’heure actuelle, un accord commun entre les Églises est espéré, n’abaissez pas votre esprit à des arguties inopportunes. Comme il y a un temps pour parler et un temps pour se taire359, il y a de même un temps pour enquêter sur une affaire de ce genre et un temps pour ne pas enquêter. Gardez ces choses à l’esprit et soyez bien disposé, et n’ayez aucun égard pour les hommes qui s’attachent à la division, et critiquent tout de la même manière, que la sainte Écriture appelle médisants et ennemis de la paix commune, et du Christ le Dieu de paix ¹.
Lettre XLII — À Théophane le scolastique§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA LETTRE À THÉOPHANE LE SCOLASTIQUE,
Car être dépourvu d’économie est une subversion de toute action, c’est ce qu’atteste aussi le texte des Proverbes qui dit ainsi : « Ceux qui n’ont pas d’économie tombent comme des feuilles » ².
Du même, de la même lettre.
Nous voyons que le champion ³ de la vérité aussi, l’homme de bienheureuse et très aimée mémoire, Timothée archevêque d’Alexandrie, marche dans les mêmes sentiers, et que par la Lettre Encyclique il communia avec Paul d’Éphèse et Pierre d’Antioche, et Anastase de Jérusalem, et, pour le dire simplement, avec tous ceux qui signèrent la Lettre Encyclique, et qu’il n’exigea aucun rejet de noms, mais ne se fixa qu’un seul but, déraciner l’hérésie depuis ses fondements, et montrer qu’elle avait été condamnée unanimement, et libérer la juste confession de toute espèce mauvaise d’hérésie, et de la brume qui en émane. Car tous ceux-là, en tant qu’ils furent, comme Moïse, des serviteurs fidèles dans toute la maison de Dieu360, furent instruits par le texte sacré des Proverbes qui enseigne et dit avec sagesse : « Celui qui n’administre pas droitement sa maison hérite des vents »361.
Fragment XLIII — Suite des extraits de la lettre à Théophane§
Car dans les matières où nous avons des exemples patristiques, nous ne sommes pas à blâmer, comme l’enseigne le saint Sévère dans la lettre à Théophane citée plus haut362.
Mais celui qui fait une chose qui fut faite par les pères, celui-là agit de manière canonique et légitime, comme l’enseigne aussi le saint Sévère, dans la lettre à Théophane citée plus haut362.
Lettre XLIV — À Urbain le grammairien§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA LETTRE À URBAIN LE GRAMMAIRIEN, QUI COMMENCE : « Quand j’ai lu la lettre de votre érudition ».
En traitant des abstentions à l’égard des noms conservés dans les tablettes sacrées, il nous faut avec justesse comparer comme il se doit les choses dont l’Écriture sainte a dit que, lorsqu’elles tombent dans l’eau contenue dans de petits vases, elles la souillent, mais que, lorsqu’elles tombent dans des étangs ou des puits ou des citernes contenant de nombreux courants, elles ne causent aucune tache ni aucune souillure. Car la loi de l’Esprit divin dit ainsi : « Et toute boisson que vous boirez dans n’importe quel vase sera souillée : et tout ce sur quoi tombe quelque chose d’un corps mort est souillé. Toutefois, les sources d’eau et les étangs et les citernes d’eau seront purs »363. Ce principe doit donc être observé également dans le cas présent. Si un homme se sépare de beaucoup d’autres au motif qu’ils sont infectés d’hérésie, ou qu’ils communient avec ceux qui sont infectés, qu’il maintienne de tout son pouvoir l’abstention du corps mort, et ne mentionne pas même le nom de ceux qui sont suspects et non authentiques, de peur qu’il ne tombe et ne souille la pureté de la communion. Mais, si la profession de la foi orthodoxe et l’anathème de toute hérésie règnent dans les Églises, et que des pays et des provinces entiers364, et des Églises populeuses, confessent une unique et incorruptible confession, alors les noms que l’on pense souiller sont inondés par la multitude des courants. Il est bon qu’aucune parcelle d’un corps mort ne soit introduite même dans une grande quantité d’eau ; mais si par hasard365 il se trouve en fait qu’elle y soit introduite, elle est purifiée par la quantité des courants, et submergée par la quantité de purification366. Nous trouvons qu’en fait, les saints Pères aussi, qui furent autrefois les défenseurs de la droite parole, gérèrent ces choses de cette manière. Montrez-nous, d’après les écrits des docteurs de l’Église, qu’après qu’un si grand nombre eut réprouvé la foi des 318 à Ariminum [sic], quelque question ait été soulevée au sujet des noms de ceux qui étaient morts. Et, pour ne pas rendre la lettre fastidieuse par de nombreuses paroles, passons en esprit à des temps proches et non éloignés. Nous trouvons que le saint Timothée, celui qui subit de longs exils367, s’unit à tous dans l’Encyclique, et communia avec Paul, évêque de la cité d’Éphèse, et avec Pierre qui était devenu prélat de cette grande cité d’Antioche aimant le Christ, alors que des noms suspects étaient conservés dans les tablettes sacrées ; et le saint Cyrille, lorsqu’il s’unit aux Orientaux après la déposition368 de Nestorius, alors que de nombreux évêques étaient morts et étaient partis sous la tache de l’hérésie nestorienne, ne fit aucune enquête sur les noms. Si donc ceux qui font grand cas de la rigueur à l’égard de tels noms disent que l’oblation n’est pas pure, qu’ils sachent que leur rigueur aussi tire son origine et son existence d’une telle communion, et descend de cette source comme d’une racine. Car le saint Timothée, comme nous l’avons dit, consentit à tenir communion avec ceux de mêmes opinions en compagnie de tels noms, lui dont ils sont les petits-fils, ceux qui maintenant, avec un front orgueilleux, proclament à haute voix : « Ne m’approche pas, car je suis pur ». Et nous disons cela de manière superflue, que certains des évêques dans les cités des Orientaux remirent même cela en ordre, et cessèrent de mentionner tous ces noms, car d’autres trouvèrent impossible de remettre cette même chose en ordre ; et il n’était pas juste pour une telle raison qu’ils entrent dans des querelles369, et se dressent contre l’enthousiasme du peuple des cités, afin qu’ils fissent naufrage dans les choses les plus essentielles.
Lettre XLV — À Sotéric de Césarée§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE À SÉTÉRIC370 ÉVÊQUE DE CÉSARÉE EN CAPPADOCE, QUI COMMENCE PAR : « L’évêque aimant Dieu de la cité des Nysséniens ».
N’agissent pas droitement ceux qui pensent que notre oblation n’est pas pure à cause des noms de ceux qui sont déjà morts, qui sont tombés dans des dogmes hérétiques371, et qui n’ont pas été retirés des tablettes sacrées : parce qu’en fait, de telles matières n’affectèrent pas non plus l’oblation d’orthodoxie372 des saints Pères. Bien qu’Eusèbe Pamphile ait combattu pour la maladie d’Arius, en parole et en acte, les membres de l’Église de Césarée mentionnèrent son nom, jusqu’à ce que le saint Cyrille, passant par là alors qu’il se hâtait vers la cité d’Éphèse, fît retirer ce nom. Que dirons-nous donc ? Que pendant tout le temps où le nom d’Eusèbe figura sur les tablettes sacrées, il a troublé l’oblation des hommes qui tenaient des opinions droites ? ? Quoi ? Lorsque de nouveau le même saint Cyrille de sainte mémoire écrivit au saint Proclus, alors évêque de Constantinople, d’épargner le nom de Théodore de Mopsueste, qui était la source putride des dogmes haïssables et putrides373 de Nestorius, afin de ne pas donner une occasion à ceux qui désiraient troubler l’Église374, penserons-nous que par là quelque souillure et tache d’hérésie fut infligée à l’oblation des orthodoxes375 ? Nullement. Si nous examinons cela, il n’y a aucun temps où nous verrons l’Église être pure. Il est déjà bien connu que de telles choses n’ont causé et ne causeront jamais aucun tort à la plénitude entière du corps du Christ. En fait, dans le Lévitique, nous trouvons quelque chose de semblable écrit, là où il traite de la souillure causée à quoi que ce soit par un corps mort, comme suit : « Et tout aliment que vous mangerez sur lequel viendra de l’eau, et que tombera dessus l’une de ces choses mortes, c’est une souillure ; et toute boisson que vous boirez dans n’importe quel vase est souillée. Cependant des376 sources d’eau et des étangs et des citernes d’eau, ils seront purs »377. Qu’est-ce donc qui nous est manifesté par cela ? Que, lorsque certains hommes sont seuls, dans une Église par exemple ou dans une seule cité, ou peut-être dans des monastères, et font mention des noms de ceux qui sont suspects et des hommes morts, tels la petite quantité d’eau pareillement contenue dans un vase, ils sont souillés par la mention, comme si quelque chose de mort tombait ; mais, lorsque des Églises de nombreuses provinces378 et de diocèses sont tenues dans un seul lien de foi, et ressemblent à de belles fontaines et à des étangs et à des citernes d’eau, la chose morte qui a la propriété de souiller si elle tombe ne peut nuire ; car elle est submergée par le flot, et par l’abondance de nombreux courants. J’ai dit ces choses afin de montrer, par l’Écriture inspirée de Dieu, et par les évêques, les pasteurs, les défenseurs de la droite raison, qu’en de telles matières, l’observance de chaque point est sans fin, et qu’une mention de cette sorte379 ne cause aucun tort au beau corps de l’Église. Mais que votre sainteté sache que nous avons, par une lettre, fait connaître le projet ci-dessus au saint Dioscore aussi, évêque d’Alexandrie380, puisque nous considérions son assentiment aussi comme des plus nécessaires.
Lettre XLVI — À Hippocrate le scolastique§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE, DE LA LETTRE À HIPPOCRATE LE SCOLASTIQUE381, QUI COMMENCE PAR : « Je n’ai pas appris à plaisanter des choses divines comme sur une scène382 ».
Car le saint Cyrille aussi, après avoir écrit un livre de raillerie contre Théodore et Diodore, les docteurs de l’impiété de Nestorius (et il lutte contre eux et dit : « Vous avez surpassé l’effronterie des païens, vous avez montré que les impiétés de l’orgueil juif ne sont rien »383), adressa une lettre à Proclus de sainte mémoire, évêque de Constantinople, afin de ne pas retirer le nom de tels hommes des saints diptyques, parce que ceux d’Orient s’attachaient à la mémoire de cet homme384.
Du saint Sévère, tiré de la lettre à Hippocrate, qui commence par : « Ne pas plaisanter comme sur une scène ».
Car je crois que nous encourons un égal danger385 si nous retranchons quoi que ce soit à la rigueur dans le cas des hommes stricts et parfaits, et si nous montrons une rigueur inopportune dans le cas des hommes qui ont besoin d’une dispense et d’une concession légitime, et donnons à boire à notre prochain, comme il est écrit, une lie trouble386.
Du même, tiré de la lettre à Hippocrate le scolastique, qui commence par : « Je n’ai pas appris à plaisanter des choses divines comme sur une scène ».
Piqué par ces paroles et ces lois divines comme par des aiguillons, et dans la crainte et le tremblement, j’ai mentionné l’affaire de ceux de Cappadoce qui désirent s’unir à nous au saint Dioscore, évêque d’Alexandrie et notre coministre, et j’ai aussi consulté votre science, vous révélant toutes mes affaires depuis le commencement, et ne cachant absolument rien ; et j’ignore comment il se fait que vous ayez rejeté les lettres et les consultations qui ont eu lieu depuis lors, et nous disiez de ne tenir aucun compte de ceux de Cappadoce, ce pays désert, mais de traiter avec mépris les lois divines que je viens de mentionner. En premier lieu, le même compte est dû à une seule âme comme à plusieurs ; et ensuite, comment pouvons-nous appeler les deux Cappadoces et l’Arménie des lieux déserts ? Mais en cela, vous avez pensé ou parlé plutôt387 comme les natifs du pays (permettez-moi de le dire, avec votre pardon), et non en vérité. Car c’est l’habitude des Alexandrins de penser que le soleil ne se lève que pour eux, et que la lampe ne brûle que pour eux, de sorte qu’ils qualifient même en plaisantant les villes extérieures de « villes sans lampe ». Si, pour porter des jugements droits, il est possible de peser le nombre d’un peuple, comme des poids que l’on distingue par les inclinaisons du fléau d’une balance, les habitants de toutes ces contrées ne pèseront pas moins que la ville entière des Alexandrins. Mais vous dites que dans le cas des hommes qui font de justes requêtes, nous devrions tenir compte de notre entendement. Mais en cela aussi, nous avons un meilleur principe, comme nous l’avons montré dans ce que nous avons dit un peu auparavant, ayant aussi d’innombrables autres textes des Écritures inspirées de Dieu qui nous commandent, à nous qui sommes forts, de porter les infirmités des faibles388, et de ne pas regarder à nos propres affaires mais à l’intérêt des autres389, et des textes qui vont dans le même sens. Et, en écrivant et en disant ces choses, j’ai fait preuve de prudence en tout point, et je ne me suis pas fié à moi-même en tout, mais j’ai attendu l’assentiment du saint Dioscore, mon coministre qui partage mes opinions, et j’ai pris dès le début pour comcommuniants Éleusinius390 et Proclus391, les évêques de Cappadoce aimant Dieu, et je les tiens maintenant pour tels, puisqu’ils ont anathématisé le synode de Chalcédoine par de nombreuses signatures dans un nombre non négligeable de tomes : mais Sotéric392, qui nous a offert un pacte d’union et de conjonction, je l’ai laissé de côté, car je n’ai pas voulu le qualifier de comcommuniant par lettre (comment pourrais-je qualifier ainsi celui qui n’est pas lié dans la communion ?) C’est pourquoi aussi Astérius, son frère aimant Dieu et évêque de Nysse, est prêt à quitter son siège. Ainsi, pour notre part, nous nous en sommes tenus à nos propres principes et n’avons donné à personne, pour parler selon les mots de l’Écriture, un motif de scandale393. Car nous savons positivement et nous disons ouvertement394 que vous avez formé un dessein exécrable qui ne plaît pas à Dieu. Et je supplie votre science de ne m’accorder en aucune manière cette faveur insensée, et de ne pas cacher ce qui a été écrit par moi, mais de le faire connaître, si possible, à tout le monde. Quel sens y a-t-il à promettre quelque chose de difficile pour une cause de crainte insignifiante, et en fait à prendre le chemin opposé ?
Du même, tiré de la lettre à Hippocrate le scolastique alexandrin, dont le commencement est : « Et je n’ai pas appris à plaisanter des choses divines comme sur une scène ».
Mais quant à l’édit, j’ai souvent dit à votre sagesse quelle est ma position, et il semble pervers que nous chantions395 en vain sur les mêmes choses ; car que vous vous en souveniez ou non m’est indifférent. Tant que les choses méchamment faites à Chalcédoine contre la foi orthodoxe ne sont pas anathématisées nommément, aucun argument ne peut me persuader, tel un interprète de songes, d’exposer et de comprendre de force le texte de l’édit comme un rejet des choses illégitimes. (Et de nouveau il dit de l’Hénotique.) Car il ne contient qu’une juste confession de foi, bien qu’en lui-même il soit dépourvu du remède pour ce qui est requis.
Du même, tiré de la même lettre.
Et, lorsque tous les évêques d’Orient furent présents à Antioche396, et qu’ils anathématisèrent le synode par écrit, et que nous adressâmes une lettre synodale à Timothée, le prélat de la ville royale, nous avons anathématisé ce qui a été fait à Chalcédoine contre la foi orthodoxe, et le Tome judaïque de Léon, et ceux qui appellent notre unique Seigneur et Dieu Jésus-Christ deux natures après l’union incompréhensible. Et par la suite, lorsque d’innombrables attaques furent portées contre moi, à tel point que le glorieux Astérius, l’ex-préfet397 de la ville, qui détenait l’office appelé a secretis398, fut envoyé à ma poursuite, je ne fus nullement effrayé, ni n’eus peur, ni ne cédai aux circonstances, bien qu’il ait dit : « Le royaume des Romains est en émoi399 à cause de cela », mais je dis clairement : « Je suis prêt à quitter la ville et à résigner mon siège, plutôt que de changer un seul iota de ce que j’ai écrit depuis le début dans les paroles synodales adressées à Timothée » : et cela, je ne l’ai pas dit sans l’écrire, mais je me suis aussi exprimé avec liberté400 par écrit au roi religieux.
Lettre XLVII — À Hippocrate le scolastique§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, D’UNE AUTRE LETTRE AU MÊME HIPPOCRATE, DONT LE COMMENCEMENT EST : « Ce qui amène votre sagesse »
Mais gardez ceci fermement et immuablement à l’esprit : que personne ne sera admis à notre communion, ni ne consentirons-nous à saluer par lettre quiconque reçoit en même temps l’impie synode de Chalcédoine contrairement à la loi, et n’anathématise pas le Tome de Léon. Mais, si quelque concession est nécessaire401, je m’en tiendrai aux ordonnances du saint Timothée402, considérant le bienfait général d’une union des saintes Églises, et exigeant un anathème public des choses qui ont été faites à Chalcédoine contre la foi orthodoxe, de l’impie Tome de Léon, et de ceux qui parlent de deux natures après l’union, ainsi que des opérations de celles-ci et de leurs propriétés. Mais, si ces choses sont renversées, nul argument ni nulle persuasion ne me convaincra d’acquiescer à l’impiété. Car je dis comme Paul : « Il vaut mieux pour moi mourir que de voir quelqu’un réduire à néant mon sujet de gloire : car, si je prêche ainsi, je n’ai pas de sujet de gloire ; car la nécessité m’est imposée, et malheur à moi si je ne prêche pas ainsi, puisque c’est ainsi que je l’ai reçu »403.
Fragment XLVIII — À Hippocrate§
Rubrique de l’édition — CAR LE SAINT SÉVÈRE A DIT DANS UNE LETTRE À HIPPOCRATE.
Ceci donc, je l’atteste à tous ceux qui confessent la foi droite selon le commandement apostolique, devant Dieu et le Christ le Fils, qui jugera les vivants et les morts lors de son apparition et dans son royaume : que pour ma part, même maintenant encore, j’ai cru m’être tenu et me tenir comme un médiateur entre la sainte Église de la cité d’Alexandre et celle de la cité d’Antiochus, tenant la main droite de chacune d’elles, et je m’en tiendrai inséparablement aux confessions dans lesquelles toutes deux ont été unies, même si je devais passer au-delà des limites de Gadès ou des confins de la terre habitée.
Lettre XLIX — À Dioscore d’Alexandrie§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA LETTRE À DIOSCORE, PATRIARCHE D’ALEXANDRIE.
Mais peut-être est-il bon de dire, tant aux nôtres qu’à tous les étrangers, que, si le temps de la concession l’exige, pour rattraper celui qui est séparé et le gagner, je prescris une formule qui n’excède pas ce qui est droit, mais qui marche au milieu de la voie royale404, une formule qui anathématise nommément les choses faites à Chalcédoine contre la foi orthodoxe, et contre ceux qui ont combattu pour sa défense, et l’impie Tome de Léon, qui devint le chef de l’Église des Romains, et ceux qui nomment notre unique Seigneur et Dieu Jésus-Christ deux natures après l’union divine et ineffable, à ces choses étant aussi expressément jointe la confession droite contenue dans l’édit de Zénon de pieuse mémoire, pour le rejet de l’impie synode de Chalcédoine. Si les choses qui ont été faites de manière blasphématoire et illégitime à ce synode, et le Tome souillé de Léon, et ceux qui après l’union divisent l’unique Christ en une dualité de natures, ne sont pas anathématisés, bien que l’édit ou Hénothique soit accepté comme un rejet de ces choses, je ne considère pas cela suffisant pour la persuasion, comme cela a aussi été déclaré dans les actes405 qui se sont tenus parmi vous.
Fragment L — À Dioscore d’Alexandrie§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA LETTRE À DIOSCORE, ÉVÊQUE D’ALEXANDRIE.
Mais je ne puis non plus consentir aux propositions qui viennent de votre religiosité, et il n’est pas raisonnable que je forme un jugement sur les choses écrites par l’autre parti comme s’il s’agissait de quelque chose de certain, même si c’était un ange qui disait ces choses : car puis-je ratifier des paroles sans témoins et sans vérification alors que nous sommes à distance ?
Fragment LI — À Amantius le chambellan§
Rubrique de l’édition — ET CECI ENCORE, LE SAINT SÉVÈRE L’AFFIRME DANS LA LETTRE À AMANTIUS LE CHAMBELLAN, EN RÉFÉRENCE À ÉPIPHANE, MÉTROPOLITAIN DE TYR406, « Même s’il se repent, je ne puis le recevoir, de peur que l’Église ne soit déchirée en ce qu’il a blessé les sentiments de beaucoup » ; CAR IL DIT AINSI :
Maintenant donc, j’ai jugé nécessaire d’écrire cette présente courte lettre et de vous informer que le bon et doux Épiphane de la cité des Tyriens s’est élevé contre ma grande faiblesse, et il est devenu pour d’autres un exemple pour faire sécession ; mais il a aussi blessé les cœurs de tous les croyants, comme si moi, qui confesse la foi droite, je me jetais contre cet homme impie, qui s’élève à la fois contre les commandements divins et contre l’ordre de l’Église ; de sorte que, si je le voulais, il ne m’est plus permis de le recevoir en communion, même s’il se repent, puisque la conscience de chaque homme a déjà été blessée à cause de lui.
Lettre LII — À Philippe, prêtre et moine§
Rubrique de l’édition — DU MÊME, DE LA 2e LETTRE AU MÊME PHILIPPE, PRÊTRE ET MOINE407, SUR LA FORMATION DE L’HOMME, ET SUR LE FAIT QUE L’HABIT MONASTIQUE LIBÈRE DES PÉCHÉS ANTÉRIEURS.
Et maintenant j’en viens à la déclaration faite par votre religiosité, qu’un de ceux qui vivent une vie ascétique de labeur philosophique, après être venu se présenter pour l’ordination408 afin d’officier comme prêtre pour Dieu, s’étant ensuite souvenu de sa vie, et des péchés qu’il avait commis dans son enfance, et dans tout le reste de sa vie, et ayant appris que le canon exige une vie irréprochable, a cherché à se ranger en dehors du ministère presbytéral, et en quelque sorte à renoncer à l’ordination409, et à satisfaire au canon. Comment cela est-il supportable ? dites-moi ; et comment cela est-il autre chose que le résultat d’une fausse modestie ? Vous écrivez que cet homme a vécu à la fois avec ferveur et selon les préceptes de la philosophie410 et, pour parler le langage de l’Écriture, veille sur lui-même411. Si les faits de ce grand péché qui exclut du sacerdoce ou du ministère s’étaient produits après la profession de vie monastique, alors il y aurait eu lieu que la modestie jouât son rôle. Mais, là où les faits du péché se sont produits d’abord, et où l’enrôlement dans la philosophie a suivi, comment est-il juste de ressentir de la crainte là où il n’y a pas de crainte412 ? Nous croyons, non sans l’Esprit divin, que le saint habit de la vie monastique apporte le pardon des péchés, et dépouille le vieil homme « qui se corrompt dans les convoitises de l’erreur », et revêt « l’homme nouveau qui a été créé en Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité »413, comme le sage Paul l’a dit quelque part par écrit. J’apporte, bien que m’adressant à ceux qui savent, en confirmation de ce qui a été dit, la vision que vit cet homme céleste, le grand Antoine. Que dit en effet l’homme qui a raconté sa vie, le divin Athanase qui est au nombre des grands-prêtres ? « Alors qu’il était sur le point de manger, et qu’il s’était levé pour prier à la 9e heure, il sentit sa conscience s’élever et (chose merveilleuse à raconter !) il se sentit debout et se voyant lui-même, comme s’il avait été transporté hors de lui, et comme s’il était conduit dans les airs par quelques hommes, et ensuite que des hommes funestes et cruels se tenaient dans les airs et cherchaient à l’empêcher de passer. Et, comme les conducteurs s’y opposaient, ceux-ci exigèrent des comptes pour savoir s’il ne leur était pas redevable ; mais, comme ils cherchaient à faire le compte depuis sa naissance, ceux qui conduisaient Antoine l’empêchèrent, leur disant : « Ce qui s’est passé depuis sa naissance, le Seigneur l’a effacé ; mais vous pouvez vous enquérir du temps depuis qu’il est devenu moine et a fait profession à Dieu ». Alors, sur leurs accusations et leur incapacité à le convaincre, la route lui fut rendue libre et sans entrave. Et aussitôt il se vit debout, comme s’il était revenu à lui-même, et qu’il était de nouveau entièrement Antoine »414. Guidé donc par ce commandement divin, j’ai répondu à la présente question ; et j’affirme et dis avec confiance que cet homme modeste doit conserver le ministère presbytéral, puisqu’avec sa scrupulosité même et son insouciance il nous a conféré un grand bienfait, et par sa question sage et modeste a resserré avec le sel apostolique ceux qui convoitent les charges presbytérales, et courent après les ordinations415, comme la pompe416 et les honneurs du monde, et ceux dont l’esprit est fixé sur l’orgueil ou sur les visions des choses d’ici-bas, et qui tiennent pour rien les jugements que nous recevrons pour ces choses, lorsque le jour du jugement arrivera, qui viendra assurément, et dont parle la bouche de chacun, mais que peu attendent comme il devrait être attendu.
Fragment LIII — À Césarie l’hypatissa§
Rubrique de l’édition — DE SAINT SÉVÈRE, TIRÉ DE LA LETTRE À CÉSARIE L’HYPATISSA417, QUI COMMENCE PAR : « Que Dieu soit aussi le commencement de cette lettre ».
Vous agissez droitement et comme il convient aux femmes qui professent la religion en demandant tout sans honte ; car il n’y a qu’une seule chose qui apporte la honte : si par le péché nous entrons en conflit avec les lois de Dieu, et tombons sous le jugement de la colère divine. I. Sachez donc qu’une femme qui a le flux de sang habituel ne doit pas communier à la divine communion jusqu’à ce que le sang cesse de couler. II. Selon le même principe, dans le cas également de celle qui a eu le chaste commerce du lit avec un mari légitime, après ce même commerce, il n’est pas conforme à la religion qu’elle reçoive pour l’espace d’un jour la nourriture la plus mystérieuse : car ces choses augmentent la crainte respectueuse et la clarté de vision des hommes en ce qui concerne la pratique de la religion et le culte de Dieu.
Dans les préceptes apostoliques, quelque chose de semblable est écrit au sujet d’une veuve qui est instituée dans les églises : « Mais, après qu’elle est entrée dans ses fonctions, comme il a été dit, qu’elle ne se préoccupe de rien, mais qu’elle soit seule, dans le but de prières ininterrompues ; car pour une telle veuve la solitude est un fondement de sainteté et de vie : car elle n’a eu de plaisir en nul autre que le Dieu des dieux, le Père qui est dans les cieux. Mais à des temps déterminés, qu’elle rende louange à part, la nuit et le matin. Si elle a ses menstruations, qu’elle reste dans l’église, mais ne s’approche pas de l’autel ; non qu’elle soit souillée, mais parce que l’honneur est dû à l’autel »418. Pour la confirmation, nous avons aussi apporté les réponses du bienheureux et saint Timothée, le grand évêque d’Alexandrie, qui était au temps du synode des 150 évêques, lequel, donnant instruction sur de telles matières, écrit pour nous en accord avec les apôtres, et sur le point présent prescrit ce qui suit : Question V ; si une femme est avec son mari la nuit, doit-elle communier ou non ? Réponse. « Ils ne doivent pas communier immédiatement, puisque l’apôtre s’écrie : « Ne vous privez pas l’un de l’autre, si ce n’est d’un commun accord pour un temps » (par » temps », il entend celui qui est occupé par la communion), « afin que vous puissiez vaquer à la prière, et vous retrouver de nouveau, de peur que Satan ne vous tente concernant la convoitise de l’incontinence » » : et encore : Question VII ; si une femme croyante voit ce qui est coutumier chez les femmes, doit-elle s’approcher des mystères le même jour, ou non ? Réponse. « Une femme religieuse donc qui est sur le point de recevoir la divine communion doit se préparer à l’avance avant ce jour, et s’abstenir du lit conjugal, en l’honneur du corps et du sang de Dieu »419.
Fragment LIV — À Césarie l’hypatissa§
Rubrique de l’édition — DE LA LETTRE DE SAINT SÉVÈRE, PATRIARCHE D’ANTIOCHE, À CÉSARIE L’HYPATISSA, DONT LE COMMENCEMENT EST : « Les paroles qui m’ont été adressées par votre altesse aimant Dieu ».
[L’ordo de l’office de moi, Sévère, en Palestine et à Antioche, on continue de le chanter jusqu’à ce jour.
L’office420.
L’office de nuit et du soir]421. Mais je souhaite que votre altesse aimant Dieu sache que l’ordo des hymnes et des odes a été conservé sous une forme chez les Égyptiens, sous une autre chez les Palestiniens et les Phéniciens, et sous une autre encore chez les Syriens, selon la coutume qui a été transmise depuis le commencement dans chacune des régions…..422
Fragment LV — À Césarie l’hypatissa§
Rubrique de l’édition — DE SAINT SÉVÈRE, TIRÉ DU 21e HYPOMNESTIKON À CÉSARIE L’HYPATISSA.
Mais, quant aux rois, écoutez une histoire des saints vieillards qui a été transmise et nous est parvenue. Ils dirent que le pieux roi Théodose envoya secrètement quelqu’un auprès de l’abba Nisthora423, le vieillard vêtu de Dieu, le suppliant de prier pour qu’un enfant mâle lui soit donné : et, le jour où le messager atteignit sa cellule dans le désert, il advint que ce vieillard mourut deux ou trois heures auparavant ; et, quand cet homme frappa à la porte, le vieillard se leva aussitôt et s’assit selon sa coutume pour tresser une corde424 de feuilles de palmier ; et il dit à son disciple : « Fais entrer l’homme qui a frappé » ; et quand il fut entré, il lui dit : « Dis à Théodose : « Parce que Dieu t’aime, il ne te donnera pas de malakion ; car après ton règne la foi sera corrompue, et la foi de Nestorius prévaudra, et Dieu ne veut pas que le mal soit fait par ta postérité » » (Les Égyptiens appellent un enfant mâle malakion, comme les Byzantins l’appellent philikarion) : et, quand cet homme fut sorti, ce vieillard se recoucha, s’endormit et s’en alla vers Dieu. Cet abba Nisthora était un homme célèbre, si bien que ses paroles sont rapportées dans plusieurs des livres qui contiennent les récits des saints vieillards. Aussi longtemps donc que le synode de Chalcédoine sera en vigueur, il est impossible pour un roi d’engendrer des fils425, ou, s’il en engendre un, de laisser le royaume à son fils. Et cela fut à la fois prédit par ces saints hommes, et prouvé par l’expérience aux jours du roi Léon : car Léontarius le jeune fut en effet créé César, et mourut d’une mort prématurée avant son père426. C’est donc en vain que s’égare celui qui se trompe lui-même.
Lettre LVI — À Césarie l’hypatissa§
Rubrique de l’édition — DE MAR SÉVÈRE À CÉSARIE L’HYPATISSA, EN GUISE DE DÉFENSE POUR SA PROPRE CRAINTE ET SA PROPRE TIMIDITÉ, ET SUR LE FAIT QUE CRAINDRE LORSQU’IL NOUS ADVIENT D’ÊTRE ASSAILLIS PAR LES ÉPREUVES PROCURE UNE RÉCOMPENSE ET EST UNE MARQUE D’AMOUR DE DIEU.
David, ce roi, ami de Dieu et prophète, qui était plus humble que tous les hommes, lorsque Saül s’arma par deux fois contre lui, avec plusieurs milliers d’hommes armés et de soldats aguerris, et, après avoir été pour ainsi dire capturé, non seulement il échappa d’une manière merveilleuse au danger427 qui l’environnait, mais il captura même de ses mains l’homme qui s’était armé contre lui, et, ayant en son pouvoir de le tuer, il l’épargna miséricordieusement par deux fois, cet ennemi et ce meurtrier qui était si férocement acharné contre lui. Et pourtant, [après] avoir fait une telle expérience du soutien et de la protection de Dieu, écoutez quelles sortes de choses il médite et dit [dans] son esprit tandis qu’il délibère avec lui-même. « Et David dit dans son cœur : « Maintenant je serai [livré] un jour aux mains de Saül et il n’y a rien de bon pour moi, si ce n’est de m’enfuir au pays des étrangers, et que Saül cesse de me chercher sur toute la frontière d’Israël, et que j’échappe de sa [main] ». Et David se leva, ainsi que les 600 hommes qui étaient avec lui ; et il alla chez Akish, fils de Maaca, [roi de Gath] ; et David s’établit avec Akish à Gath, lui et ses hommes »428.
Où était donc alors Césarie, la plus forte de toutes les personnes dans la foi, pour qu’elle ait pu dire aussi à David qui [méditait] et faisait de telles choses : « Où fuis-tu, ô prophète ? Ou plutôt429, tu oublies la main droite [élevée et] constante de Dieu, qui t’a sauvé et a livré cet adversaire et cet ennemi entre tes mains, des pensées sans foi se sont emparées de toi » ; et : « La terre de la puissance de ce Très-Haut est plus digne de confiance pour ta protection que celle d’Akish le barbare. Il me semble que les paroles que tu as toi-même… chantées par l’Esprit Saint échappent à ta mémoire, et qui, je crois, sont les suivantes : « Nombreuses sont les tribulations des justes, et le Seigneur les délivrera de toutes. Le Seigneur garde tous leurs os, et pas un d’entre eux ne sera brisé » ; et encore : « Le Seigneur délivrera les âmes de ses propres serviteurs »430 » ?
En réponse à ces choses, David dirait : « « Écoute, ma fille, et incline ton oreille »431. Je connais mieux que toi le sens des chants spirituels qui ont été chantés par moi : mais je connais aussi le Dieu de toutes choses, qui, au-delà de toute espérance, arrache ses propres serviteurs à tous les dangers432, et qui, à d’autres moments, pour les exercer, les laisse aussi adopter des plans tirés des pensées humaines, et des armes tirées de la nature, afin qu’ils puissent aussi fuir et choisir de tout souffrir, pour ne pas trahir Dieu, et ne rien faire qui le chagrine. Si nous nous confiions en son aide et étions incapables de tomber, sans faiblir en rien de nous-mêmes ni ne contribuant en rien, la vertu serait sans récompense ; ou plutôt433, il n’y aurait aucune place pour accomplir quoi que ce soit, ou pour montrer quelque sorte de réussite ».
C’est donc pour cette raison que le grand Moïse eut peur du roi d’Égypte et s’enfuit, et séjourna au pays de Madian pendant 40 ans, puis retourna en Égypte, et transfère la crainte au roi, et il châtia cet homme obstiné et désobéissant par des plaies au moyen de signes merveilleux. [Et l’un] était l’effet de la vertu de Moïse, c’est-à-dire [l’affaire] de la fuite par laquelle il s’enfuit, afin d’apporter une juste aide à ses compatriotes qui étaient opprimés, tandis que l’autre était l’effet de la puissance de Dieu, la manifestation des grandes merveilles.
Et Élie le prophète, craignant la menace de Jézabel, la femme de cet homme prodigue434 et impie, fut un fugitif, lui qui lia les nuages pour trois ans et six mois, et assécha la terre par la sécheresse, et de nouveau par une parole fit descendre la pluie. Mais Paul aussi, grand en signes et en prodiges, fut descendu du mur dans un panier435 par les disciples à Damas et s’enfuit, lorsque les Juifs voulurent le tuer ; et ceux qui prenaient plaisir à entendre son enseignement ne dirent pas : « Que le maître reste avec nous afin que nous entendions son très agréable exposé, par lequel il fait fuir les reptiles venimeux comme un cerf » (je veux dire les démons et les mauvais esprits qui sont envieux et hostiles au salut des hommes).
(Après d’autres choses). Et le Seigneur aussi, le Dispensateur des puissances, n’étant pas un maître de timidité, a dit : « Quand on vous persécutera dans cette ville, fuyez dans une autre »436, voulant que nous ne nous confiions pas à notre propre force, mais plutôt437 que nous soyons inquiets de telles choses, et que, lorsque, par sa permission, des conditions d’épreuve nous assaillent, alors seulement nous devions combattre courageusement.
Fragment LVII — Sur l’ordination§
Rubrique de l’édition — DU BIENHEUREUX MAR SÉVÈRE, CONCERNANT L’ORDINATION ³.
L’épreuve de la véritable ordination438 n’est pas l’affaire du siège, mais la possession de la foi droite en Dieu.
Fragment LVIII — À Zénobe§
Rubrique de l’édition — À ZÉNOBE439.
Mais celui qui manque de sagesse et de vertu est sous le blâme ; et celui qui est sous le blâme est sous le péché.
Fragment LIX — À André le presbytre§
Rubrique de l’édition — DE LA LETTRE À ANDRÉ LE PRESBYTRE440.
Car l’esprit qui est accablé par le poids sourd des démons ne reçoit pas la première parole spirituelle.
Fragment LX — À Jean, archimandrite de Mar Hananya§
Rubrique de l’édition — DE MAR SÉVÈRE, DE LA LETTRE À JEAN, ARCHIMANDRITE DE LA MAISON DE MAR HANANYA.
Lorsque j’ai appris que le presbytre et archimandrite Beronicien ( ?) 441 de sainte mémoire s’en était allé et avait migré vers les demeures célestes, en partie par un rapport extérieur, et en partie par sa vénérée lettre, qu’à sa mort il me laissa comme une bénédiction442, laquelle est vraiment remplie de toute bénédiction spirituelle, alors j’ai été affligé et mon cœur a ressenti une douleur amère ; et non seulement ai-je déploré sa mort, mais j’ai aussi levé les yeux de mon esprit avec mon corps vers le ciel, et j’ai élevé la voix vers lui, comme vers quelqu’un qui entend et perçoit ; car en vérité il perçoit même la vérité : « Mon père, mon père, char d’Israël et sa cavalerie ! »443.
Lettre LXI — Aux couvents de vierges du Christ§
Rubrique de l’édition — DU SAINT SÉVÈRE LE PATRIARCHE, LETTRE AUX SAINTS COUVENTS DE VIERGES DU CHRIST.
Copie identique444 pour chacun d’eux.
Que l’Église soit une confession de la foi droite, personne parmi ceux qui sont comptés au nombre des chrétiens et qui ont l’intelligence n’en doute, puisque le Seigneur a dit clairement dans les Évangiles au divin Pierre, le premier des apôtres, lorsqu’il fit cette confession, « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes du Shéol ne prévaudront point contre elle » 445 ; et il a appelé un roc la fermeté et la solidité d’une telle confession. Et, de même que le discours reconnaît comme une Église une opinion droite et saine sur la foi, de même il reconnaît aussi comme une Église les croyants qui la confessent. Et David, admirable entre les prophètes, dépeignant par avance cette Église comme une reine et une vierge vêtue de fleurs variées et parée de royales excellences, et pour cette raison d’autant plus et446 tendrement épousée au roi, et rassemblant de nombreuses âmes virginales, et les attirant à son modèle et à l’exemple de sa vie chaste, a dit : « Des vierges iront à la suite de la reine vers le roi » 447. Vous aussi, par conséquent, vous avez montré par vos écrits et vos actes, après avoir choisi la vie virginale et angélique, qui est libre de toutes choses matérielles, que vous marchez à la suite de la reine et première vierge, l’Église. Veillez donc à ne pas détourner le regard, mais avec toute la diligence, regardez attentivement, sûrement et fixement vers elle, et attachez-vous à elle, afin que, tout près, vous puissiez entrer dans le temple du roi, qui est le repos attendu, et la chambre nuptiale suprasensible, au sujet de laquelle le même prophète a dit encore : « Saint est ton temple, admirable en justice »4 :
Car elle suscite l’admiration comme quelque chose de saint et d’élevé au-dessus des actes et des pensées terrestres, et elle ne peut être exprimée et expliquée par des mots, mais montre par l’expérience à ceux qui en sont dignes ce qu’elle est ; et, regardant la main droite généreuse du Donateur, ils diront : « Il y a des délices à ta droite pour jamais »448. Puissent vos chastetés trouver ces choses, vous qui montrez la lampe de l’ascèse dans son éclat, par la garde de la foi orthodoxe ; car, lorsque celle-ci est absente, la lampe, dans la mesure où elle manque d’huile, ne peut donner de lumière449. Ne soyez donc pas négligentes dans vos labeurs, mais soutenez-vous par l’espérance de la vie future, et attendez une récompense qui s’ajoutera aux tourments présents, et demandez au Dieu de toutes choses de ne pas permettre que nous soyons éprouvés au-delà de ce que nous pouvons supporter, mais avec l’épreuve de donner aussi une issue, afin que nous puissions la supporter450. Et ces choses, nous les avons écrites en peu de mots, nous trouvant comme nous le sommes à distance et en des lieux changeants et inhabituels ; mais chaque jour nous sommes avec vous en esprit, et nous prononçons des paroles semblables.
