Lettre synodale à Nestorius, avec les douze anathématismes
Le synode d’Alexandrie de 430 et la foi du concile d’Éphèse
- 01 — Les douze anathématismes
- 02 — Appendice — les contre-anathématismes de Nestorius

Lettre synodale à Nestorius, avec les douze anathématismes
Le synode d’Alexandrie de 430 et la foi du concile d’Éphèse
Saint Cyrille d’Alexandrie · 16 septembre 2026 · 25 min de lecture · 2 vues
Au très révérend et très pieux collègue dans le ministère Nestorius, Cyrille et le synode assemblé à Alexandrie, de la province d’Égypte, salut dans le Seigneur.
Lorsque notre Sauveur dit clairement : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi », que deviendrons-nous, à qui ta Sainteté demande d’aimer davantage ta personne que le Christ, Sauveur de nous tous ? Qui pourra nous secourir au jour du jugement, ou quelle excuse trouverons-nous pour avoir gardé si longtemps le silence à l’égard des blasphèmes proférés par toi contre lui ? Si tu ne faisais tort qu’à toi-même en enseignant et en tenant de telles doctrines, la chose serait peut-être moindre ; mais tu as gravement scandalisé toute l’Église, et jeté parmi le peuple le levain d’une hérésie étrange et nouvelle. Et cela, non pas seulement à ceux de là-bas [c’est-à-dire à Constantinople], mais aussi à ceux de partout [les livres de ton exposé ont été envoyés]. Comment pourrions-nous désormais, en de telles circonstances, défendre notre silence, ou comment ne serions-nous pas contraints de nous souvenir que le Christ a dit : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre en désaccord l’homme avec son père, et la fille avec sa mère » ?
Car si la foi est lésée, que se perde l’honneur dû aux parents, comme chose surannée et chancelante ; que se taise même la loi de la tendre affection envers les enfants et les frères ; que la mort soit préférable pour les pieux à la vie, « afin d’obtenir une meilleure résurrection », comme il est écrit.
Voici donc que nous, avec le saint synode qui s’est réuni dans la grande Rome, présidé par notre très saint et très révérend frère et collègue dans le ministère, l’évêque Célestin, nous te témoignons aussi par cette troisième lettre, et te conseillons de t’abstenir de ces dogmes pernicieux et pervertis que tu tiens et enseignes, et de recevoir la foi droite, transmise aux Églises depuis le commencement par les saints Apôtres et Évangélistes, qui « furent témoins oculaires et ministres de la Parole ». Et si ta Sainteté n’a pas l’intention de s’y conformer selon les limites définies dans les écrits de notre bienheureux frère et très révérend collègue dans le ministère Célestin, évêque de l’Église de Rome, sache bien alors que tu n’as ni part ni place ni rang (λόγον) parmi les prêtres et évêques de Dieu. Car il ne nous est pas possible de fermer les yeux sur les Églises ainsi troublées, sur le peuple scandalisé, sur la foi droite mise de côté, et sur les brebis dispersées par toi qui devrais les sauver, si du moins nous sommes nous-mêmes attachés à la foi droite et fidèles à la piété des saints Pères.
Et nous sommes en communion avec tous ces laïcs et clercs chassés ou déposés par ta Sainteté à cause de la foi ; car il n’est pas juste que ceux qui ont résolu de croire droitement souffrent à cause de ton choix, car ils font bien de s’opposer à toi. C’est là précisément ce que tu as mentionné dans ta lettre écrite à notre très saint collègue dans l’épiscopat Célestin de la grande Rome.
Mais il ne suffirait pas à ta révérence de confesser avec nous seulement le symbole de la foi énoncé jadis par le Saint-Esprit au grand et saint synode réuni à Nicée, car tu ne l’as pas tenu et interprété droitement, mais bien plutôt de façon perverse, quand bien même tu en confesses de bouche la formule des mots. Mais, en outre, il te faut confesser par écrit et par serment que tu anathématises aussi tes dogmes souillés et impies, et que tu tiendras et enseigneras ce que nous tenons tous, évêques, docteurs et chefs du peuple, tant en Orient qu’en Occident. Le saint synode de Rome et nous tous nous sommes accordés sur la lettre écrite à ta Sainteté par l’Église d’Alexandrie, comme étant droite et irréprochable. Nous y avons ajouté nos propres lettres et ce qu’il t’est nécessaire de tenir et d’enseigner, ainsi que ce dont tu dois soigneusement te garder.
« Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur de toutes choses visibles et invisibles, et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré de son Père, c’est-à-dire de la substance du Père ; Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non fait, consubstantiel au Père, par qui toutes choses ont été faites, tant celles qui sont dans les cieux que celles qui sont sur la terre. Qui, pour nous les hommes et pour notre salut, est descendu, s’est incarné et s’est fait homme. Il a souffert et il est ressuscité le troisième jour. Il est monté aux cieux, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Et en l’Esprit Saint : Mais ceux qui disent : « Il fut un temps où il n’était pas », et » avant d’être engendré il n’était pas », et qu’il a été fait de ce qui n’existait pas auparavant, ou qu’il était d’une autre substance ou essence, et que le Fils de Dieu était sujet au changement ou à l’altération, ceux-là, l’Église catholique et apostolique les anathématise.
Suivant en tous points les confessions des saints Pères qu’ils ont faites (le Saint-Esprit parlant en eux), et suivant la visée de leurs sentiments, marchant pour ainsi dire par la voie royale, nous confessons que le Verbe de Dieu Fils unique, engendré de la même substance que le Père, vrai Dieu issu du vrai Dieu, Lumière issue de la Lumière, par qui toutes choses ont été faites, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre, descendant pour notre salut, s’étant lui-même anéanti (καθεὶς ἑαυτὸν εἰς κένωσιν), s’est incarné et s’est fait homme ; c’est-à-dire qu’ayant pris chair de la sainte Vierge, et l’ayant faite sienne dès le sein maternel, il s’est soumis pour nous à la naissance, et il est sorti homme d’une femme, sans rejeter ce qu’il était ; mais bien qu’il ait assumé la chair et le sang, il est demeuré ce qu’il était, Dieu en essence et en vérité. Nous ne disons pas non plus que sa chair fut changée en la nature de la divinité, ni que la nature ineffable du Verbe de Dieu fut mise de côté pour la nature de la chair ; car il est immuable et absolument inaltérable, étant toujours le même, selon les Écritures.
Car bien que visible et enfant dans les langes, et même dans le sein de sa Mère vierge, il remplissait toute la création en tant que Dieu, et régnait conjointement avec celui qui l’avait engendré, car la Divinité est sans quantité ni dimension et ne peut avoir de limites.
Confessant que le Verbe s’est fait un avec la chair selon la substance, nous adorons un seul Fils et Seigneur Jésus-Christ ; nous ne séparons pas le Dieu de l’homme, ni ne le divisons en parties, comme si les deux natures n’étaient unies en lui que par un partage de dignité et d’autorité (car cela est une nouveauté et rien de plus) ; nous ne donnons pas non plus séparément au Verbe de Dieu le nom de Christ et le même nom séparément à un autre être né d’une femme ; mais nous ne connaissons qu’un seul Christ, le Verbe issu de Dieu le Père avec sa propre chair. Car en tant qu’homme il a été oint avec nous, bien que ce soit lui-même qui donne l’Esprit à ceux qui en sont dignes, et non avec mesure, selon la parole du bienheureux évangéliste Jean.
Mais nous ne disons pas que le Verbe de Dieu a habité en lui comme en un homme ordinaire né de la sainte Vierge, de peur que le Christ ne soit conçu comme un homme portant Dieu ; car bien que le Verbe ait dressé sa tente parmi nous, il est dit aussi qu’en Christ « habitait toute la plénitude de la Divinité corporellement » ; mais nous comprenons qu’il s’est fait chair, non pas simplement comme il est dit habiter dans les saints, mais nous définissons que cette habitation en lui s’est faite selon l’égalité (κατὰ τὸν ἴσον ἐν αὐτῷ τρόπον). Mais s’étant fait un κατὰ φύσιν, et non converti en chair, il a fait sa demeure en lui de la manière dont, dirions-nous, l’âme de l’homme habite dans son propre corps.
Un seul est donc le Christ, à la fois Fils et Seigneur, non comme si un homme avait obtenu avec Dieu seulement une telle conjonction qui consisterait en une unité de dignité seule ou d’autorité seule. Car ce n’est pas l’égalité d’honneur qui unit les natures ; sinon Pierre et Jean, qui étaient d’égal honneur l’un avec l’autre, étant tous deux apôtres et saints disciples, [seraient un], et pourtant les deux ne sont pas un. Nous ne comprenons pas non plus le mode de conjonction comme une simple juxtaposition, car cela ne suffit pas à une union naturelle (πρὸς ἕνωσιν φυσικήν). Ni non plus selon une participation relative, comme nous sommes aussi joints au Seigneur, ainsi qu’il est écrit : « nous sommes un seul esprit avec lui ». Nous réprouvons plutôt le terme de « conjonction » (συναφείας) comme n’exprimant pas suffisamment l’unité. Mais nous n’appelons pas le Verbe de Dieu le Père, le Dieu ni le Seigneur du Christ, de peur de couper ouvertement en deux le seul Christ, Fils et Seigneur, et de tomber sous l’accusation de blasphème, en faisant de lui son propre Dieu et son propre Seigneur.
Car le Verbe de Dieu, comme nous l’avons déjà dit, s’est fait hypostatiquement un dans la chair, et pourtant il est le Dieu de tous et gouverne tout ; mais il n’est pas l’esclave de lui-même, ni son propre Seigneur. Car il est insensé, ou plutôt impie, de penser ou d’enseigner ainsi. Car il a dit que Dieu était son Père, bien qu’il fût Dieu par nature et de sa substance. Pourtant nous n’ignorons pas que, tout en demeurant Dieu, il est devenu aussi homme et soumis à Dieu, selon la loi convenant à la nature de l’humanité. Mais comment aurait-il pu devenir le Dieu ou le Seigneur de lui-même ? Par conséquent, en tant qu’homme, et selon la mesure de son abaissement, il est dit qu’il est soumis à Dieu à l’égal de nous ; ainsi il est devenu sujet à la Loi, bien que, en tant que Dieu, il ait prononcé la Loi et en fût le Législateur.
Nous prenons garde aussi à la façon dont nous disons du Christ : « J’adore Celui qui revêt à cause de Celui qui est revêtu, et à cause de l’Invisible, j’adore le Visible. » Il est horrible de dire à ce propos ce qui suit : « Celui qui est assumé aussi bien que Celui qui assume ont le nom de Dieu. » Car dire cela divise de nouveau le Christ en deux, et met l’homme séparément à part et Dieu aussi séparément à part. Car ce propos nie ouvertement l’Unité selon laquelle l’un n’est pas adoré dans l’autre, et Dieu n’existe pas non plus conjointement avec l’autre ; mais Jésus-Christ est considéré comme Un, le Fils unique, à honorer d’une seule adoration avec sa propre chair.
Nous confessons qu’il est le Fils, engendré de Dieu le Père, et Dieu unique-engendré ; et bien que selon sa propre nature il ne fût point sujet à la souffrance, il a néanmoins souffert pour nous dans la chair selon les Écritures, et bien qu’impassible, dans son Corps crucifié il a fait siennes les souffrances de sa propre chair ; et par la grâce de Dieu il a goûté la mort pour tous : il a livré son propre Corps à cette fin, bien qu’il fût lui-même par nature la vie et la résurrection, afin que, ayant foulé aux pieds la mort par sa puissance ineffable, premièrement dans sa propre chair, il devînt le premier-né d’entre les morts, et les prémices de ceux qui dormaient. Et afin qu’il ouvrît un chemin à la nature de l’homme pour atteindre l’incorruptibilité, par la grâce de Dieu (comme nous venons de le dire), il a goûté la mort pour tout homme, et après trois jours il est ressuscité, ayant dépouillé l’enfer. Ainsi, bien qu’il soit dit que la résurrection des morts s’est faite par un homme, nous comprenons cependant que cet homme fut le Verbe de Dieu, et que la puissance de la mort fut délivrée par lui, et il viendra dans la plénitude du temps comme le Fils et Seigneur unique, dans la gloire du Père, afin de juger le monde avec justice, ainsi qu’il est écrit.
Nous ajouterons ceci nécessairement encore. Proclamant la mort selon la chair du Fils unique-engendré de Dieu, c’est-à-dire de Jésus-Christ, confessant sa résurrection d’entre les morts et son ascension au ciel, nous offrons le Sacrifice non sanglant dans les églises, et ainsi nous poursuivons vers les actions de grâces mystiques, et nous sommes sanctifiés, ayant reçu sa Chair sainte et le Sang précieux du Christ, Sauveur de nous tous. Et ce n’est pas comme une chair commune que nous la recevons ; à Dieu ne plaise : ni non plus comme celle d’un homme sanctifié et associé au Verbe selon une unité de dignité, ou comme ayant une habitation divine, mais comme étant véritablement vivifiante et propre chair du Verbe lui-même. Car il est la Vie selon sa nature de Dieu, et lorsqu’il s’est uni à sa Chair, il l’a rendue aussi vivifiante, ainsi qu’il nous l’a dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang. Car il ne faut pas penser que ce soit là une chair d’homme semblable à nous (comment en effet la chair d’un homme pourrait-elle être vivifiante par sa propre nature ?)
, mais comme étant devenue véritablement le bien propre de Celui qui, pour nous, est devenu et a été appelé Fils de l’homme. En outre, ce que les Évangiles disent que notre Sauveur a dit de lui-même, nous ne le partageons pas entre deux hypostases ou personnes. Car lui, l’unique et seul Christ, ne doit pas non plus être pensé comme double, bien que composé de deux (ἐκ δύο) et de nature diverse ; il les a néanmoins joints en une union indivisible, tout comme chacun sait qu’un homme n’est pas double bien que composé d’âme et de corps, mais qu’il est un des deux. C’est pourquoi, pensant droitement, nous rapportons l’humain et le divin à la même personne (παρ ἑνὸς εἰρῆσθαι).
Car lorsque, en tant que Dieu, il parle de lui-même : « Celui qui m’a vu a vu le Père », et « Moi et mon Père nous sommes un », nous considérons sa nature divine ineffable selon laquelle il est Un avec son Père par l’identité de l’essence — « l’image, l’empreinte et la splendeur de sa gloire ». Mais lorsque, ne dédaignant pas la mesure de son humanité, il a dit aux Juifs : « Mais maintenant vous cherchez à me tuer, moi, un homme qui vous ai dit la vérité », nous reconnaissons non moins qu’auparavant qu’il est le Verbe de Dieu, tant par son identité et sa ressemblance avec le Père que par les circonstances de son humanité. Car s’il faut croire qu’étant Dieu par nature, il s’est fait chair, c’est-à-dire homme doué d’une âme raisonnable, quelle raison certains pourraient-ils avoir d’avoir honte de ce langage qui convient à lui en tant qu’homme ? Car s’il devait rejeter les paroles qui lui conviennent en tant qu’homme, qui l’a contraint à devenir homme comme nous ? Et puisqu’il s’est humilié à un abaissement volontaire (κένωσις) pour nous, pour quelle cause pourrait-on rejeter les paroles qui conviennent à un tel abaissement ?
Il faut donc appliquer toutes les paroles qu’on lit dans les Évangiles à une seule Personne, à une seule hypostase du Verbe incarné. Car le Seigneur Jésus-Christ est Un, selon les Écritures, bien qu’il soit appelé « l’Apôtre et le Grand-Prêtre de notre profession de foi », comme offrant à Dieu le Père la confession de foi que nous lui faisons, et par lui à Dieu le Père même et aussi à l’Esprit Saint ; nous disons cependant qu’il est, selon la nature, le Fils unique-engendré de Dieu. Et ce n’est à aucun homme différent de lui que nous attribuons le nom de sacerdoce et la chose même, car il est devenu « le Médiateur entre Dieu et les hommes », et un Réconciliateur pour la paix, s’étant offert lui-même à Dieu le Père comme un parfum de bonne odeur. C’est pourquoi aussi il a dit : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps ; tu n’as pris plaisir ni aux holocaustes ni aux sacrifices pour le péché. Alors j’ai dit : Voici, je viens (il est écrit de moi dans le rouleau du livre) pour faire ta volonté, ô Dieu. » Car c’est à cause de nous qu’il a offert son corps comme un parfum de bonne odeur, et non pour lui-même ; car quelle offrande ou quel sacrifice était nécessaire pour lui-même, qui, en tant que Dieu, était au-dessus de tout péché ?
Car « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu », si bien que nous sommes devenus enclins à défaillir, et la nature humaine est tombée dans le péché, mais non pas lui (et c’est pourquoi nous sommes privés de sa gloire). Comment donc pourrait-il subsister encore un doute que le véritable Agneau soit mort pour nous et à cause de nous ? Et dire qu’il s’est offert lui-même pour lui-même et pour nous ne pourrait en aucune façon échapper au reproche d’impiété. Car il n’a jamais commis aucune faute, et il n’a point péché non plus. De quelle offrande donc avait-il besoin, lui qui n’avait pas de péché pour lequel des sacrifices soient offerts à juste titre ? Mais lorsqu’il parla de l’Esprit, il dit : « Il me glorifiera. » Si nous pensons droitement, nous ne disons pas que l’unique Christ et Fils, ayant besoin de gloire d’un autre, ait reçu la gloire de l’Esprit Saint ; car son Esprit n’est ni plus grand que lui ni au-dessus de lui, mais parce qu’il s’est servi de l’Esprit Saint pour manifester sa propre divinité dans ses œuvres puissantes, c’est pourquoi on dit qu’il a été glorifié par lui, tout comme si l’un de nous disait à propos de sa force intérieure, par exemple, ou de sa connaissance de quelque chose : « Ils m’ont glorifié. » Car bien que l’Esprit soit de même essence, nous le pensons pourtant par lui-même, en tant qu’il est l’Esprit et non le Fils ; mais il n’est pas différent de lui, car il est appelé l’Esprit de vérité et le Christ est la Vérité, et il est envoyé par lui, tout comme, d’ailleurs, il procède de Dieu le Père.
Lorsque donc l’Esprit accomplissait des miracles par les mains des saints apôtres après l’Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ au ciel, il le glorifiait. Car on croit que celui qui agit par son propre Esprit est Dieu selon la nature. C’est pourquoi il a dit : « Il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera. » Mais nous ne disons pas cela comme si l’Esprit était sage et puissant par quelque participation à un autre ; car il est tout parfait et n’a besoin d’aucun bien. Puisque donc il est l’Esprit de la Puissance et de la Sagesse du Père (c’est-à-dire du Fils), il est manifestement Sagesse et Puissance.
Et puisque la sainte Vierge a enfanté corporellement Dieu uni selon la nature à la chair, c’est pour cette raison que nous l’appelons aussi Mère de Dieu, non que la nature du Verbe ait pris de la chair le commencement de son existence.
Car « au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu », et il est le Créateur des siècles, coéternel au Père, et Créateur de toutes choses ; mais, comme nous l’avons déjà dit, puisqu’il s’est uni hypostatiquement à lui-même la nature humaine issue de son sein, il s’est aussi soumis lui-même à la naissance en tant qu’homme, non qu’il eût nécessairement besoin, selon sa propre nature, d’une naissance dans le temps et en ces derniers temps du monde, mais afin de bénir le commencement de notre existence, et afin que ce qui envoyait à la mort les corps terrestres de tout notre genre perdît désormais sa puissance, par le fait qu’il naquît d’une femme selon la chair. Et cette parole : « Tu enfanteras tes enfants dans la douleur » ayant été ôtée par lui, il a montré la vérité de ce que le prophète avait dit : « La mort puissante les a engloutis, et de nouveau Dieu a essuyé toute larme de tous les visages. » C’est pour cette raison également que nous disons qu’il assista, ayant été invité, et bénit aussi les noces de Cana en Galilée, avec ses saints Apôtres, selon l’économie. Nous avons été enseignés à tenir ces choses par les saints Apôtres et Évangélistes, et par toutes les Écritures inspirées de Dieu, et dans les vraies confessions des bienheureux Pères.
À tout cela, que ta révérence acquiesce aussi et prenne garde, sans aucune ruse. Et ce qu’il est nécessaire que ta révérence anathématise, nous l’avons joint à notre lettre.
Les douze anathématismes§
I. Si quelqu’un ne confesse pas que l’Emmanuel est vraiment Dieu, et que par conséquent la sainte Vierge est Mère de Dieu (Θεοτόκος), puisque c’est selon la chair qu’elle a enfanté le Verbe de Dieu fait chair [ainsi qu’il est écrit : « le Verbe s’est fait chair »], qu’il soit anathème.
II. Si quelqu’un ne confesse pas que le Verbe de Dieu le Père est uni hypostatiquement à la chair, et qu’il est, avec cette chair qui lui est propre, un seul et même Christ, à la fois Dieu et homme, qu’il soit anathème.
III. Si quelqu’un, après l’union [hypostatique], divise les hypostases dans l’unique Christ, ne les rattachant que par une conjonction qui se ferait selon la dignité, ou même selon l’autorité et la puissance, et non plutôt par une réunion (συνόδῳ) qui s’opère selon une union naturelle (ἕνωσιν φυσικὴν), qu’il soit anathème.
IV. Si quelqu’un répartit entre deux personnes ou hypostases les expressions (φωνάς) contenues dans les écrits évangéliques et apostoliques, ou qui ont été dites au sujet du Christ par les saints, ou par lui-même, et applique les unes à un homme conçu séparément du Verbe de Dieu, et les autres au seul Verbe de Dieu le Père, sous prétexte qu’elles conviennent à Dieu, qu’il soit anathème.
V. Si quelqu’un ose dire que le Christ est un homme théophore [c’est-à-dire porteur de Dieu], et non plutôt qu’il est vraiment Dieu, comme Fils unique par nature, parce que « le Verbe s’est fait chair » et qu’il « a eu part à la chair et au sang comme nous », qu’il soit anathème.
VI. Si quelqu’un ose dire que le Verbe de Dieu le Père est le Dieu du Christ ou le Seigneur du Christ, et ne confesse pas plutôt qu’il est en même temps Dieu et homme, puisque, selon les Écritures, « le Verbe s’est fait chair », qu’il soit anathème.
VII. Si quelqu’un dit que Jésus, en tant qu’homme, n’est que mû par l’énergie du Verbe de Dieu, et que la gloire de l’Unique-Engendré lui est attribuée comme n’étant pas proprement sienne, qu’il soit anathème.
VIII. Si quelqu’un ose dire que l’homme assumé (ἀναληφθέντα) doit être adoré avec Dieu le Verbe, et glorifié avec lui, et reconnu comme Dieu avec lui, mais comme deux choses distinctes l’une de l’autre (car ce « avec » est ajouté [c’est-à-dire par les nestoriens] pour signifier cela), et ne confesse pas plutôt que l’Emmanuel doit être adoré d’une seule adoration, et glorifié d’une seule glorification, ainsi qu’il est écrit : « le Verbe s’est fait chair », qu’il soit anathème.
IX. Si quelqu’un dit que l’unique Seigneur Jésus-Christ a été glorifié par l’Esprit Saint, de sorte qu’il aurait usé par lui d’une puissance qui ne lui était pas propre, et qu’il aurait reçu de lui le pouvoir sur les esprits impurs et le pouvoir d’opérer des miracles devant les hommes, et ne confesse pas plutôt que c’est par son propre Esprit qu’il a accompli ces signes divins, qu’il soit anathème.
X. Si quelqu’un dit que ce n’est pas le Verbe divin lui-même qui, s’étant fait chair et étant devenu homme comme nous, mais un autre que lui, un homme né d’une femme, mais distinct de lui (ἰδικῶς ἄνθρωπον), qui est devenu notre grand Prêtre et notre Apôtre ; ou si quelqu’un dit qu’il s’est offert en sacrifice pour lui-même et non plutôt pour nous, alors que, étant sans péché, il n’avait besoin ni d’offrande ni de sacrifice, qu’il soit anathème.
XI. Si quelqu’un ne confesse pas que la chair du Seigneur donne la vie et qu’elle appartient en propre au Verbe de Dieu le Père, mais prétend qu’elle appartient à une autre personne, unie à lui [c’est-à-dire au Verbe] seulement selon l’honneur, et qui n’a servi que de demeure à la divinité, et ne confesse pas plutôt, comme nous le disons, que cette chair donne la vie parce qu’elle est celle du Verbe qui donne la vie à tous, qu’il soit anathème.
XII. Si quelqu’un ne reconnaît pas que le Verbe de Dieu a souffert dans la chair, qu’il a été crucifié dans la chair, et que, de même, dans cette même chair, il a goûté la mort, et qu’il est devenu le premier-né d’entre les morts, car, en tant que Dieu, il est la vie et c’est lui qui donne la vie, qu’il soit anathème.
Appendice — les contre-anathématismes de Nestorius§
L’édition des Nicene and Post-Nicene Fathers fait suivre chaque anathématisme de saint Cyrille du contre-anathématisme que Nestorius lui opposa, conservé par Marius Mercator. Ils sont donnés ici à la suite, pour l’intelligence du débat christologique.
I. Si quelqu’un dit que l’Emmanuel est Dieu vrai, et non plutôt Dieu avec nous, c’est-à-dire qu’il s’est uni à une nature semblable à la nôtre, qu’il a assumée de la Vierge Marie, et qu’il a habitée ; et si quelqu’un appelle Marie mère de Dieu le Verbe, et non plutôt mère de celui qui est l’Emmanuel ; et s’il soutient que Dieu le Verbe s’est changé lui-même en chair, chair qu’il n’a assumée que pour rendre sa divinité visible et pour se trouver sous la forme d’un homme, qu’il soit anathème.
II. Si quelqu’un affirme que, lors de l’union du Logos avec la chair, l’essence divine s’est déplacée d’un lieu à un autre ; ou dit que la chair est capable de recevoir la nature divine, et qu’elle a été unie en partie à la chair ; ou attribue à la chair, en raison de sa réception de Dieu, une extension à l’infini et à l’illimité, et dit que Dieu et l’homme sont une seule et même chose selon la nature, qu’il soit anathème.
III. Si quelqu’un dit que le Christ, qui est aussi l’Emmanuel, est un, non [seulement] par suite d’une conjonction, mais [aussi] par nature, et ne reconnaît pas la conjonction (συνάφεια) des deux natures, celle du Logos et celle de l’humanité assumée, en un seul Fils, subsistant toujours sans mélange, qu’il soit anathème.
IV. Si quelqu’un attribue les expressions des Évangiles et des lettres apostoliques, qui se rapportent aux deux natures du Christ, à l’une seulement de ces natures, et va même jusqu’à attribuer la souffrance au Verbe divin, à la fois dans la chair et dans la divinité, qu’il soit anathème.
V. Si quelqu’un ose dire que, même après l’assomption de la nature humaine, il n’y a qu’un seul Fils de Dieu, à savoir celui qui l’est par nature ( naturaliter filius = Logos), tandis que lui-même (depuis l’assomption de la chair) est assurément l’Emmanuel, qu’il soit anathème.
VI. Si quelqu’un, après l’Incarnation, appelle Verbe un autre que le Christ, et ose dire que la forme d’esclave est également, avec le Verbe de Dieu, sans commencement et incréée, et non plutôt qu’elle a été faite par lui comme son Seigneur, son Créateur et son Dieu naturels, et qu’il a promis de la relever de nouveau par ces paroles : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai », qu’il soit anathème.
VII. Si quelqu’un dit que l’homme formé de la Vierge est l’Unique-Engendré, né du sein du Père avant que l’étoile du matin ne fût (Ps 109, 3), et ne confesse pas plutôt qu’il a obtenu la désignation d’Unique-Engendré en raison de sa conjonction avec celui qui est par nature l’Unique-Engendré du Père ; et si, de plus, quelqu’un appelle Christ un autre que l’Emmanuel, qu’il soit anathème.
VIII. Si quelqu’un dit que la forme d’esclave doit être révérée pour elle-même, c’est-à-dire en raison de sa propre nature, et qu’elle est la souveraine de toutes choses, et non plutôt qu’elle doit être révérée [seulement] en raison de sa conjonction avec la nature sainte et universellement souveraine de l’Unique-Engendré, qu’il soit anathème.
IX. Si quelqu’un dit que la forme d’esclave est de même nature que le Saint-Esprit, et non plutôt qu’elle doit à sa médiation son union avec le Verbe, union qui existe depuis la conception, et par laquelle elle opère des guérisons miraculeuses parmi les hommes et possède le pouvoir de chasser les démons, qu’il soit anathème.
X. Si quelqu’un soutient que le Verbe, qui est dès le commencement, est devenu le grand prêtre et l’apôtre de notre confession, et s’est offert lui-même pour nous, et ne dit pas plutôt que c’est l’œuvre de l’Emmanuel d’être apôtre ; et si quelqu’un divise ainsi le sacrifice entre celui qui a uni [le Verbe] et celui qui a été uni [l’humanité], en le rapportant à une filiation commune, c’est-à-dire en ne rendant pas à Dieu ce qui est de Dieu, et à l’homme ce qui est de l’homme, qu’il soit anathème.
XI. Si quelqu’un soutient que la chair unie à Dieu le Verbe est, par la puissance de sa propre nature, vivifiante, alors que le Seigneur lui-même dit : « C’est l’Esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien » (Jn 6, 63), qu’il soit anathème.
XII. Si quelqu’un, en confessant les souffrances de la chair, les attribue aussi au Verbe de Dieu en tant que chair sous laquelle il est apparu, et ne distingue ainsi pas la dignité des natures, qu’il soit anathème.
