Lettre pascale de l’an 402
Aux évêques de toute l’Égypte, sur la lumière de la solennité pascale

Lettre pascale de l’an 402
Aux évêques de toute l’Égypte, sur la lumière de la solennité pascale
Saint Théophile d’Alexandrie · 16 septembre 2026 · 50 min de lecture · 0 vue
1. Tout d’abord, la parole divine de cette auguste solennité, resplendissant depuis les régions célestes et surpassant en éclat la splendeur du soleil, répand une très claire lumière dans les âmes qui la désirent. Et lorsque, du regard plein du cœur, elles ont pu en soutenir les rayons, elle les entraîne jusque dans les pénétrales intérieures mêmes de la Jérusalem céleste, et, pour ainsi dire, jusque dans le Saint des saints. C’est pourquoi, si nous voulons participer au salut, et, attachés au zèle des vertus, purifier les vices de nos âmes, et laver, par la méditation assidue des Écritures, tout ce qu’il y a de souillure en nous : contemplant, comme sous un ciel serein, la claire science des doctrines, hâtons-nous de célébrer les fêtes de la joie céleste, et de nous joindre aux chœurs des anges, là où sont les couronnes, les récompenses, la victoire assurée, et où la palme désirée est proposée à ceux qui triomphent. Ne tardons pas, une fois libérés des flots gonflés de la chair, au milieu des naufrages divers des voluptés qui nous menacent de toutes parts, à tenir le gouvernail des vertus, et, après les grands périls de la mer, à entrer au port très sûr des cieux.
2. C’est pourquoi, ceux que sollicite le vain souci de cette vie présente, et qu’assourdissent, comme des gouffres mugissants, les profondeurs des troubles, arrachons-les, en quelque sorte, à un sommeil pesant, et appelons-les aux gains de la sagesse : montrons-leur les véritables richesses des sentiments divins, et les joies inspirées de la sainte fête ; et que tout le labeur du présent soit employé à cela, afin de préparer à la gloire éternelle et ceux qui sont un peu négligents, et nous-mêmes. C’est pourquoi, dans les Proverbes, la Sagesse, appelant à son banquet ceux qui manquent d’intelligence, s’écrie : « Venez, mangez de mon pain, et buvez le vin que je vous ai préparé. » Car ce ciel même que nous contemplons n’est pas illuminé par les chœurs des étoiles, et le soleil et la lune, ces deux yeux si brillants du monde, pour ainsi dire, par le cours desquels l’année s’accomplit et les temps se changent en leurs vicissitudes, ne répandent pas sur la terre une lumière aussi claire que celle dont resplendit et rayonne notre solennité par le chœur des vertus. Ceux qui recherchent ses trésors et ses richesses chantent d’une voix accordée à celle de David : « Qui me donnera des ailes comme à la colombe ?
Je m’envolerai et je me reposerai. « Et, exultant et tressaillant d’une sorte de danse, et, selon qu’il est écrit, le cœur inondé d’une joie ineffable, ils s’écrient de nouveau : « Nous n’avons pas ici de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir, dont Dieu est l’architecte et le fondateur. » Ils savent en effet que de tous leurs travaux, par lesquels on combat et on court dans ce monde, cette espérance est réservée, et que ces récompenses sont établies pour l’avenir ; pour elles, ne redoutant aucun péril, ils dirigent chaque jour le cours de leur vie, évitant surtout l’impiété des hérétiques et leurs pièges, par lesquels des aveugles conduisent des aveugles dans la fosse, et souillent, comme d’une gangrène vieillie et très immonde, les cœurs des trompés : et non contents de cette chaux, ils boivent les moelles les plus intimes des Écritures, condamnant la vérité des dogmes par une science au faux nom.
3. C’est ce que comprenant, le patriarche Jacob voit en songe une échelle dont le sommet touchait le ciel, par laquelle, à travers divers degrés de vertus, on monte vers les hauteurs, et par laquelle les hommes sont invités, abandonnant les bassesses de la terre, à célébrer avec l’Église des premiers-nés les fêtes de la passion du Seigneur. « Ce lieu, dit-il, n’est autre que la maison de Dieu, et c’est ici la porte du ciel. » Ce que David, contemplant plus pénétrant encore, et recherchant de tout le désir de son esprit, méditant en ses pensées les raisons de ce chemin, et broyant et pilant plus fortement, pour ainsi dire, de précieux aromates, afin qu’ils répandent au loin la senteur d’un très doux parfum, il presse ceux qui se hâtent vers la solennité, disant : « Ouvrez-moi les portes de la justice, et, y étant entré, je louerai le Seigneur : c’est ici la porte du Seigneur, les justes y entreront » (Ps 117, 19-20). Il n’y a donc, il n’y a aucune solennité pour les hérétiques ; et ceux qui sont trompés par l’erreur ne peuvent se réjouir de sa communion. Car il est écrit : « Si une bête touche la montagne, elle sera lapidée » (Ex 19, 12-13).
Et ils ne peuvent recevoir les sacrements des paroles célestes, ceux qui contredisent les divins dogmes de l’Église. Purifiant donc de toutes nos forces nos âmes de toute contagion, préparons-les dignes de la fête qui approche, afin que nous puissions chanter avec les saints : « Le Seigneur est Dieu, et il a resplendi sur nous » (Ps 117, 27). C’est d’elle aussi qu’un autre Prophète, connaissant l’avenir, témoigne d’une voix mystique : « Le Seigneur apparaîtra en eux, et il détruira tous les dieux des nations » (cf. So 2, 11). Lorsque les paroles ont été changées en œuvres, et que la vérité des choses est démontrée aux yeux de ceux qui hésitent, afin que par l’accomplissement de ce qui avait été prédit, la vérité des paroles fût confirmée, que Dieu nous fasse participants de sa victoire, afin que nous puissions avoir avec les saints la communion de cette solennité, et célébrer fréquemment la proclamation de son illustre avènement. Car toute la terre avait été dépravée par diverses séductions, estimant les vices pour des vertus, et à l’inverse les vertus pour des vices, tandis que, le temps s’écoulant, elle prenait la coutume pour une loi de la nature, et que l’orgueil tyrannique des méchants avait pris les devants, et affermi par le temps le mensonge, on tenait les méchants pour des pères et des maîtres de la vérité : d’où il advint que l’erreur des hommes s’accrut, et que, ignorant ce qui leur était utile, à la manière des bêtes brutes, ils méprisèrent le véritable pasteur, le Seigneur, et, emportés par leur fureur, adorèrent comme des dieux les tyrans et les princes, consacrant leur propre faiblesse en des hommes de même nature qu’eux. Par quoi il arrivait qu’ils échappaient au péril présent de la mort, et se concilaient ceux dont la clémence était plus cruelle que la cruauté même.
4. C’est pourquoi, tous étant séduits par l’erreur, le Verbe vivant de Dieu vint à notre secours sur la terre, qui ignorait le culte de Dieu et supportait la solitude de la vérité. Ce dont témoigne celui qui dit : « Tous se sont égarés, ils sont devenus ensemble inutiles » (Ps 13, 3). Et les Prophètes, implorant le secours du Christ : « Seigneur, inclinez vos cieux, et descendez » (Ps 143, 5). Non pour changer de lieu, lui en qui sont toutes choses, mais pour assumer, à cause de notre salut, la chair de la fragilité humaine, Paul chantant la même chose : « Alors qu’il était riche, il s’est fait pauvre pour nous, afin que nous fussions enrichis par sa pauvreté » (2 Co 8, 9). Et il vint sur la terre, et, sorti, homme, du sein virginal qu’il sanctifia, confirmant par cette dispensation l’interprétation de son nom, Emmanuel, c’est-à-dire, Dieu avec nous, il commença, d’une manière admirable, à être ce que nous sommes, sans cesser d’être ce qu’il était : assumant ainsi la nature humaine, de sorte qu’il ne perdît point ce qu’il était lui-même. Bien que Jean écrive : « Le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14), c’est-à-dire, en d’autres termes, homme, il ne fut cependant pas changé en chair, parce que jamais il ne cessa d’être Dieu.
C’est à lui que le saint David dit aussi : « Mais toi, tu es le même » (Ps 101, 28). Et le Père, du ciel, en rend témoignage et dit : « Tu es mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute ma complaisance » (Mc 1, 11). Afin que, devenu homme, il demeure, selon notre confession, ce qu’il était avant de devenir homme, Paul proclamant avec nous la même vérité : « Jésus-Christ, hier et aujourd’hui, le même, et pour l’éternité » (He 13, 8). Car en disant « le même », il montre qu’il n’a pas changé sa nature première, ni diminué les richesses de sa divinité, lui qui, s’étant fait pauvre pour nous, avait assumé la pleine ressemblance de notre condition. Il assuma un homme tiré d’éléments aussi nombreux et semblables, hormis le péché seul, que ceux dont nous sommes tous créés, non pas en partie, mais tout entier, médiateur de Dieu et des hommes, l’homme, le Christ Jésus, et il ne fut privé d’aucun des traits de notre ressemblance, sinon du seul péché, qui n’a pas de substance ; car il n’eut pas une chair inanimée, à la place de l’âme raisonnable de laquelle serait le Verbe Dieu lui-même en elle, comme le supposent les disciples assoupis d’Apollinaire.
Et lorsqu’il dit dans l’Évangile : « Maintenant mon âme est troublée » (Jn 12, 27), il ne témoigne pas que sa divinité fut soumise au trouble, ce qui est pourtant la conséquence de ceux qui prétendent que c’est la divinité elle-même qui, à la place de l’âme, était dans son corps ; et il n’accomplit pas non plus la dispensation de son assomption à demi en s’unissant seulement une âme, de peur qu’on croie qu’il aurait rempli l’œuvre d’une assomption à moitié, par la ressemblance de la chair et la dissemblance de l’âme : existant semblable à nous dans la chair, et semblable dans l’âme aux bêtes de somme dépourvues de raison, si toutefois, selon eux, l’âme du Sauveur est sans raison et sans intelligence ni sentiment, ce qu’il est impie de croire, et bien éloigné de la foi de l’Église, de peur qu’aussitôt elle ne soit frappée de cette parole dont le Prophète reprend le pécheur, disant : « Éphraïm est comme une colombe insensée, n’ayant pas de cœur » (Os 7, 11). Et qu’elle n’entende, comme étant sans raison : « Il a été comparé aux bêtes sans intelligence, et il leur est devenu semblable » (Ps 48, 13.
21). Car nul ne doute qu’une âme sans raison, sans sentiment ni intelligence, ne soit comparable aux bêtes de somme dépourvues de raison : c’est pourquoi Moïse écrit aussi : « Tu ne muselleras pas le bœuf qui foule le grain » (Dt 25, 4). Et Paul, expliquant ce texte, dit : « Est-ce des bœufs que Dieu se soucie ? N’est-ce pas plutôt à cause de nous qu’il le dit ? » (1 Co 9, 9-10).
5. C’est donc à cause de nous que le Sauveur s’est fait homme, non à cause des bêtes de somme brutes et dépourvues de raison, pour recevoir la ressemblance d’une âme de bête privée de sentiment et de raison. Mais l’Église ne reçoit pas non plus ce que les sectateurs de la même hérésie chicanent et débitent : que l’on penserait que l’âme du Sauveur doive s’appeler la prudence de la chair, alors que l’Apôtre appelle clairement la prudence de la chair ennemie de Dieu, et la mort ; ce qu’il serait impie de dire du Seigneur, à savoir que son âme serait mort, et croirait pouvoir être ennemie de Dieu. En effet, s’il nous ordonne : « Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps, mais ne peuvent tuer l’âme » (Mt 10, 28), ils seront contraints, par leur stupide raisonnement, d’admettre que nos âmes sont meilleures que l’âme du Sauveur, puisque celle-ci est affirmée être cette prudence de la chair, laquelle est mort et ennemie de Dieu, tandis que la nôtre ne peut pas mourir. Ce qu’il ne faut nullement entendre ainsi, très chers frères, puisque même la prudence de l’âme ne peut être appelée âme, et que ces deux choses diffèrent grandement entre elles : car bien que la prudence de l’âme soit en celle dont elle est la prudence, cependant l’une possède, l’autre est possédée ; et l’âme existe d’abord, ce qui la suit s’exerce dans l’âme.
Que si la prudence de l’âme n’est pas l’âme, à combien plus forte raison la prudence de la chair ne peut-elle être appelée âme ? Qu’ils tendent tant qu’ils voudront les filets de leurs syllogismes, et, proposant les pièges de leurs sophismes, qu’ils s’enlacent eux-mêmes dans leurs propres lacets, sans même connaître ce dont ils se glorifient d’une science vaine : et qu’ils apprennent de nous, que leurs disputes de ce genre contraignent inutilement à entreprendre, qu’autre chose est ce qui goûte, autre chose la sagesse, et autre chose encore ce qui est goûté. Et ces choses diffèrent non seulement entre elles par les mots, mais aussi par le sens : car ce qui goûte, c’est l’âme raisonnable ; ce qui, en revanche, provient d’elle et lui appartient, sans être elle-même ce qui goûte, s’appelle la sagesse ; et ce qui est goûté est la réalité que celle-ci contemple, laquelle est engendrée par la sagesse de celui qui a de la sagesse, sans être elle-même sage, ni la sagesse même. Qu’ils cessent enfin, par les artifices de l’art dialectique, de pervertir les simples décrets de la foi de l’Église, en appelant l’âme du Sauveur la prudence de la chair, que l’Apôtre déclare être mort et ennemie de Dieu.
6. Mais il nous semble aussi qu’il faut disputer contre eux de cette manière. Il est écrit du Verbe de Dieu : « Toutes choses ont été faites par lui » (Jn 1, 3). Est-il donc croyable que la sagesse ou la prudence de la chair, qu’ils entendent être l’âme du Sauveur, ait été créée par le Verbe de Dieu, en sorte que lui-même fût l’auteur de la mort et de l’inimitié contre Dieu, et se les fût unies à lui-même, ce qu’il est sacrilège de dire ? Si donc il est impie de le croire, et si l’âme du Sauveur est pourvue de toutes les vertus, alors la prudence de la chair ne sera pas son âme, de peur qu’on ne croie qu’il se soit uni la mort et l’inimitié contre Dieu. Que les disciples d’Apollinaire cessent de défendre, à cause de ses autres écrits, ce qu’il a dit contre les règles de l’Église : car bien qu’il ait écrit contre les Ariens et les Eunomiens, et qu’il ait renversé par ses disputes Origène et d’autres hérétiques, cependant celui qui se souvient de ce précepte : « Tu n’auras pas égard à la personne dans le jugement » (cf. Lv 19, 15), doit toujours aimer la vérité et non les personnes, et savoir que, dans la dispensation de l’homme que le Fils unique de Dieu a daigné assumer pour notre salut, celui qui a compris et écrit des choses perverses sur son âme n’est pas étranger à la faute.
Car, comme dit l’Apôtre : « Quand je distribuerais tout mon bien, et que je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien » (1 Co 13, 3), ainsi, que ce soit celui dont nous parlons maintenant, soit Origène, soit d’autres hérétiques, bien qu’ils aient écrit certaines choses qui ne contredisent pas la foi de l’Église, ils ne seront cependant pas exempts de blâme, dès lors que, dans les points essentiels et qui touchent au salut des croyants, ils contredisent la foi de l’Église. Car ce n’est point, comme lui-même, avec ses sectateurs, s’efforce de le soutenir, que Notre Seigneur et Sauveur ait assumé une âme sans sentiment ni intelligence, ou seulement une partie médiane d’elle, deux parties sur trois, ou un tiers, pour sauver imparfaitement l’homme qu’il avait assumé : car ni la partie médiane, ni les autres portions ne recevront le nom de parfait. Et comme ce qui est parfait est exempt du vice de l’imperfection, ainsi ce qui est imparfait ne peut être dit parfait. Et s’il avait reçu notre ressemblance de manière imparfaite, ou seulement en partie, comment aurait-il pu dire dans l’Évangile : « Nul ne m’ôte mon âme, mais je la dépose de moi-même, et j’ai le pouvoir de la reprendre » (Jn 10, 18) ? Or, ce qui est ôté et déposé ne peut être dit ni sans raison, ni sans intelligence, mais, tout au contraire, raisonnable, intelligible, doué d’intelligence et de sentiment.
7. Et c’est ainsi que l’ordre même de la démonstration établit que rien de ce qui a été assumé par le Seigneur n’est demeuré imparfait, mais que l’homme assumé par lui a été pleinement et parfaitement sauvé. Nul en effet ne doute que les âmes des bêtes sans raison ne soient ni déposées ni reprises, mais périssent avec les corps et se dissolvent en poussière. Or le Sauveur, ôtant son âme et la séparant de son corps au temps de la passion, l’a de nouveau reprise dans la résurrection. Et bien avant de le faire, il disait dans le Psaume : « Tu ne laisseras pas mon âme dans les enfers, et tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption » (Ps 15, 10). Il n’est pas croyable que sa chair soit descendue aux enfers, ni que la sagesse de la chair, qu’on aurait appelée âme, soit apparue aux enfers ; mais son corps fut déposé au tombeau, et lui-même n’a parlé ni du corps ni de la sagesse de la chair, ni de sa divinité, en disant : « Tu ne laisseras pas mon âme dans les enfers », mais bien de l’âme propre à notre nature, afin de montrer qu’une âme parfaite, rationnelle, intelligible et sensible était descendue aux enfers.
Nous exhortons ceux qui pensent de la sorte à abandonner les erreurs des hérétiques, à se ranger à la vérité de l’Église, et à ne pas rendre imparfaite la solennité de la passion du Seigneur, de peur qu’ils ne nient dans le Sauveur la partie principale et la plus grande de l’homme, en affirmant que son corps était dépourvu d’âme et d’esprit. Car s’il en était ainsi, que voulait-il faire entendre de lui-même en disant : « Le bon pasteur donne son âme pour ses brebis » (Jn 10, 11) ? Et s’il n’avait assumé que la chair de l’homme, pourquoi disait-il dans sa passion : « L’esprit est prompt, mais la chair est faible » (Mt 26, 41) ?
8. Il faut donc savoir que, présentant de toutes parts le mystère parfaitement mesuré de la condition humaine, il a assumé la ressemblance parfaite de notre condition, et que, ne s’associant ni la seule chair, ni une âme sans raison et sans sentiment, mais tout le corps et toute l’âme, il a montré en lui-même un homme parfait, afin de dispenser en lui-même et par lui-même le salut parfait à tous les hommes ; et, ayant part à notre condition, nous qui avons été formés de la terre, il n’a fait descendre du ciel ni sa chair, ni une âme qui aurait déjà subsisté et qui aurait été créée avant sa chair, pour l’unir à son corps, comme s’efforcent de l’enseigner les disciples d’Origène. Si en effet l’âme du Sauveur, avant qu’il assumât un corps humain, séjournait dans les régions célestes, et n’était pas encore son âme, il est très impie de dire qu’elle fut avant le corps du Seigneur, agissant et vivant de quelque façon, puis transformée ensuite en son âme. C’est autre chose s’ils peuvent montrer par les Écritures qu’avant de naître de Marie, Dieu le Verbe possédait déjà cette âme, et que celle-ci était appelée son âme avant l’assomption de la chair.
Que s’ils sont contraints, par l’autorité même des Écritures et par la raison, de reconnaître que le Christ n’avait pas d’âme avant de naître de Marie (car dans l’assomption de l’homme son âme aussi fut assumée), ils se trouvent manifestement convaincus de contradiction en disant que cette même âme lui appartenait et ne lui appartenait pas. Mais qu’ils cessent, ces gens qui s’emportent dans l’impiété de dogmes nouveaux. Nous, suivant la règle des Écritures, proclamons avec toute l’assurance du cœur que ni sa chair ni son âme n’existaient avant sa naissance de Marie. Et son âme n’a pas non plus séjourné auparavant dans les cieux avant qu’il ne se l’unît ensuite ; car le Seigneur n’a rien apporté avec lui, venant du ciel, de ce qui appartient à notre condition. C’est pourquoi, tranchant de la faucille évangélique tout ce qui est contraire à la vérité, il dit : « Toute plantation que mon Père céleste n’a pas plantée sera arrachée » (Mt 15, 13). Il accomplit par l’œuvre sa parole, et par l’issue sa menace, prouvant la puissance de ses discours par l’accomplissement des faits, afin que la vérité des événements manifestât tout ce que la parole avait promis.
9. Qu’ils sachent donc, ceux qui sont étrangers à cette solennité, qu’ils ne peuvent célébrer avec nous la passion du Seigneur, eux qui suivent Origène — pour emprunter quelque chose aux fables des poètes — hydre de toutes les hérésies, et qui se glorifient de l’avoir pour maître et prince de l’erreur. Car, bien qu’il ait tissé d’innombrables livres et laissé au monde, comme un héritage funeste, sa loquacité, nous savons pourtant qu’il est prescrit par la loi : « Tu ne pourras établir sur toi un homme étranger, parce qu’il n’est pas ton frère » (Dt 17, 15). Car celui qui s’est écarté, par un chemin différent, des règles des Apôtres, est rejeté de la solennité du Christ comme indigne et profane, exclu du chœur du Christ et de la communion de ses mystères ; il est repoussé loin des pères et des anciens qui ont fondé l’Église du Sauveur, lui qui s’efforce de coudre les haillons déchirés et vieillis des philosophes au vêtement neuf et très solide de l’Église, et d’associer le faux au vrai, afin que, par leur voisinage, la faiblesse paraisse plus forte, et que la beauté de celle-ci en soit outragée.
10. Quelle raison en effet, quel enchaînement de raisonnements l’a conduit à détruire, par les ombres de l’allégorie et par de vaines images, la vérité des Écritures ? Quel prophète a-t-il appris qu’à cause de la ruine et de la chute des âmes tombées des cieux, Dieu aurait été contraint de fabriquer des corps ? Qui, selon le bienheureux Luc, parmi ceux qui virent et furent les ministres de la Parole de Dieu, lui a transmis pour l’enseigner que, provoqué par la négligence, le mouvement et le déclin des créatures raisonnables tombées des régions supérieures, Dieu aurait créé la diversité de ce monde ? — alors que Moïse, exposant la création, ne dit pas, ni n’indique, que pour des causes précédentes des êtres sensibles auraient été produits à partir des êtres raisonnables, des êtres visibles à partir des invisibles, des choses pires à partir des meilleures, comme Origène le prêche très ouvertement. Car il dit qu’à cause des péchés des créatures intelligibles le monde aurait commencé ; refusant ainsi de célébrer la Pâque avec les saints, ni de dire avec Paul : « Les choses invisibles de Dieu, depuis la création du monde, sont connues par les œuvres qu’il a faites, et se laissent voir » (Rm 1, 20), ni de s’écrier avec le prophète : « J’ai considéré tes œuvres, et j’ai été saisi de stupeur » (cf.
Ha 3, 2). Car autrement la beauté du monde n’aurait pu subsister, si la diversité des créatures ne l’avait comblée de son ornement. Enfin le soleil et la lune, ces deux grands luminaires, et les autres étoiles, avant d’être ce que le cours quotidien atteste qu’elles ont été créées pour être, n’existaient pas sans corps, et ce n’est pas pour quelque cause antérieure, abandonnant une simplicité première, qu’elles furent entourées de corps, comme il l’imagine en songe, forgeant des dogmes contraires à la foi. Les âmes n’ont pas non plus péché en quelque manière dans les régions célestes, pour être ensuite reléguées dans des corps. Car s’il en était ainsi, il aurait fallu que le Sauveur lui-même n’assumât pas de corps, et qu’il délivrât les âmes des corps au moment même où, dans le baptême, il remet les péchés ; il aurait dû, aussitôt après le baptême, délier l’homme des liens du corps, dont il rappelle qu’ils ont été faits à cause des péchés dans la condamnation du péché. Mais il promettrait en vain aussi la résurrection des corps, s’il est plus avantageux pour les âmes de s’envoler plus légèrement vers le ciel, sans la pesanteur des corps. Lui-même aussi, en ressuscitant, n’aurait pas dû ressusciter sa chair, mais unir seulement son âme à la divinité, s’il vaut mieux vivre sans corps qu’avec un corps.
11. Que veut-il donc dire, lui qui proclame souvent que les âmes sont liées aux corps et en sont séparées, et qui nous impose ainsi de nombreuses morts ? Il ignore que le Christ est venu, non pour délier après la résurrection les âmes des corps, ni pour revêtir de nouveau de corps différents celles qui auraient été libérées, en les faisant descendre des régions célestes vestues de chair et de sang ; mais pour donner une seule fois aux corps ressuscités l’incorruptibilité et l’éternité. Car de même que le Christ, une fois mort, ne meurt plus, et que la mort ne le dominera plus, ainsi les corps, ressuscités après la résurrection, ne périront plus une seconde fois ni fréquemment, et la mort ne les dominera plus, et ils ne se résoudront pas en néant ; car l’avènement du Christ sauvera l’homme tout entier.
12. Mais ceci encore éloigne Origène de la solennité du Christ : que les Principautés, les Puissances, les Vertus, les Trônes et les Dominations, il ne rapporte pas qu’ils aient été créés tels dès le principe, mais qu’ils aient été, après leur propre création, jugés dignes de quelque honneur, tandis que d’autres, semblables à eux, seraient tombés vers les choses inférieures par négligence, ceux-là ayant reçu ces noms glorieux : de sorte que, selon son erreur, ce n’est pas Dieu qui aurait créé les Principautés et les Puissances et le reste, mais que les péchés des autres leur auraient fourni la matière de leurs gloires. Or, comme l’écrit l’apôtre Paul : « En lui ont été créées toutes choses dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, soit les Trônes, soit les Dominations, soit les Principautés, soit les Puissances ; tout a été créé par lui et en lui, et il est avant toutes choses » (Col 1, 16-17) : s’il comprenait la force de cette parole par laquelle il est dit : « Toutes choses ont été créées », il saurait assurément qu’elles ont été ainsi établies dès le principe, et que ce n’est pas la négligence des autres et leur chute vers les choses inférieures qui a donné à Dieu l’occasion de nommer ceux-là Principautés, Puissances et les autres Vertus, d’autant plus que la beauté des créatures consiste dans l’ordre des dignités.
Car, de même qu’il est écrit du soleil, de la lune et des étoiles : « Dieu fit deux grands luminaires : le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit, et les étoiles ; et il les plaça dans le firmament du ciel pour luire sur la terre » (Gn 1, 16-17), sans qu’ils reçussent une récompense pour de bonnes œuvres, pour luire dans le firmament du ciel après leur création, et se succéder aux jours et aux nuits ; ainsi les Principautés et les Puissances, créées dans les régions célestes, ne sont pas, à notre sens, parvenues à cet état après de bonnes œuvres, mais furent ainsi établies dès le principe. Car nous ne suivons pas l’erreur d’Origène et de ses disciples, qui pensent qu’à la ressemblance des démons et du diable, lesquels ont reçu de leur propre volonté de tels noms et de telles fonctions, les Principautés et les Puissances, les Vertus, les Trônes et les Dominations auraient, après leur création, accompli quelque bien, de sorte que, d’autres étant tombés vers les choses inférieures, elles seraient montées vers les hauteurs et auraient été marquées de ces noms, possédant ensuite ce qu’elles n’avaient pas auparavant.
En disant cela, ils ne comprennent pas qu’ils contredisent la sentence de Paul, qui dit que les Principautés, les Puissances, les Trônes et les Dominations ont été créés dans le Christ. Or, ce qu’il dit — qu’ils ont été créés — ne laisse aucun doute qu’ils ont été ainsi établis dès l’origine, et qu’ils n’ont pas reçu ensuite de telles dignités.
13. Mais qu’il suffise d’avoir traité brièvement ces points ; venons-en à une autre de ses impiétés, qu’il profère comme en l’exhalant des ténèbres les plus profondes, et dont il a laissé au monde le très mauvais souvenir de ses blasphèmes. Il dit en effet que le Saint-Esprit n’opère pas sur les choses inanimées, et n’atteint pas les êtres sans raison. En affirmant cela, il ne considère pas que les eaux mystiques du baptême sont consacrées par la venue du Saint-Esprit ; et que le pain du Seigneur, par lequel est manifesté le Corps du Sauveur et que nous rompons pour notre sanctification, et le calice sacré (qui sont placés sur la table de l’Église et sont certes inanimés) sont sanctifiés par l’invocation et la venue du Saint-Esprit. Si la puissance du Saint-Esprit n’atteint pas les êtres sans raison et ceux qui sont sans âme, pourquoi David chante-t-il : « Où irai-je loin de ton Esprit ? » (Ps 138, 7) ? En disant cela, il montre que toutes choses sont contenues par le Saint-Esprit et environnées de sa majesté ; si toutes choses sont en toutes choses, assurément les êtres sans raison et les êtres inanimés le sont aussi.
Et ailleurs nous lisons : « L’Esprit du Seigneur a rempli l’univers » (Sg 1, 7). Chose que l’Écriture ne rappellerait jamais, si tous les êtres sans raison et inanimés n’étaient remplis de sa divinité. Mais il ne se contente pas de cette limite dans le blasphème ; à la manière des lunatiques, qui témoignent de leur fureur en grinçant des dents et en projetant l’écume de leur salive, il vomit de nouveau et dit que le Fils de Dieu, c’est-à-dire la Raison (τὸν Λόγον) et sa parole et sa vertu, n’atteint que les êtres qui sont raisonnables. En entendant cela, je m’étonne d’où il a tiré cela, ou comment il ignore avoir lu : « Toutes choses ont été faites par lui » (Jn 1, 3) ; d’où il est prouvé que la puissance du Verbe de Dieu atteint toutes choses. Il a peut-être oublié aussi cet épisode où, par la vertu du Christ, Lazare fut ressuscité, dont le corps, au moment où il revenait de la mort à la vie, était certes dépourvu d’âme comme de raison. Il a ignoré aussi que, de cinq pains, cinq mille hommes furent rassasiés, sans compter les femmes et les enfants, et qu’il resta douze corbeilles de morceaux : ce que la puissance du Christ a certes accompli.
Je pense qu’il ne s’est pas non plus souvenu de ce miracle où, foulant de son pied divin les flots insensés de la mer, il rendit le calme à ceux qui naviguaient : œuvre que la vertu du Christ, et non d’un autre, a réalisée par son commandement. Comment donc ne frémit-il pas de tout son cœur, de toute son âme et de tout son corps, en disant que la puissance du Verbe de Dieu ne peut atteindre les créatures sans raison ? Et lui qui se vante de sa science des Écritures et pense en avoir lu autant qu’aucun homme n’en a jamais lu, qu’il sache qu’il est écrit que les malades qu’on portait sur des lits, on les déposait aux carrefours et sur les places, pour que l’ombre de Pierre les touchât et les guérît, comme en témoignent les saints Actes des Apôtres, qui convainquent de sottise Origène : par quoi il est prouvé que l’ombre des Apôtres a fait ce qu’il atteste que le Fils de Dieu, le Verbe de Dieu, n’a pu faire.
14. Trompé par une erreur semblable, et ne sachant ce qu’il dit, il est de ceux qui ne veulent pas que la providence de Dieu descende jusqu’à toutes les créatures et jusqu’aux régions inférieures du monde, mais qui prétendent qu’elle demeure seulement dans les régions des cieux, comme si l’ombre de Pierre avait pu accomplir ce que la puissance du Sauveur n’aurait pas pu réaliser. Mais venons-en encore à ceci : l’Apôtre, en effet, proclame clairement du Fils premier-né de Dieu : « Que chacun de nous ait ce sentiment qui était aussi dans le Christ Jésus, lequel, existant en forme de Dieu, n’a pas regardé comme une usurpation d’être égal à Dieu, mais s’est anéanti lui-même, en prenant la forme d’esclave » ; or cet homme a osé dire que c’est l’âme du Sauveur qui s’est anéantie elle-même et a pris la forme d’esclave, faisant ainsi passer Jean pour menteur, lui qui dit : Le Verbe s’est fait chair, en assimilant le Sauveur à notre condition, comme si ce n’était pas lui-même qui s’est anéanti et a pris la forme d’esclave, mais son âme ; et il dissout par son impiété la foi qu’a affermie la confession de tous.
Si en effet, selon la folie d’Origène, c’est l’âme du Sauveur qui était en forme de Dieu et égale à Dieu, et que le Fils de Dieu soit égal à Dieu, et que ce qui est égal à Dieu se trouve être de la même substance, l’ordre même du raisonnement nous conduit à croire que l’âme et Dieu sont d’une seule et même nature. Et s’il dit cela, il s’ensuit qu’il doit soutenir que nos âmes aussi ne sont pas d’une nature autre que celle de Dieu (nul ne doute en effet que nos âmes et l’âme du Sauveur soient d’une seule et même substance), en sorte que le créateur et la créature seraient désormais d’une seule nature. Et comment toutes choses ont-elles été créées dans le Christ, si les âmes des hommes sont de même substance que le Créateur ? Mais il n’en est pas ainsi, mes frères : ce n’est pas l’âme du Sauveur, mais le Fils de Dieu lui-même qui, existant en forme de Dieu et égal à Dieu, s’est anéanti en prenant la forme d’esclave. Mais Origène, plongé dans le bourbier profond de l’impiété, ne comprend pas qu’il se fait le compagnon des Gentils, qui, vénérant les idoles à la place de Dieu, « se disant sages, sont devenus fous, et ont changé la gloire du Dieu incorruptible en une ressemblance d’image d’homme corruptible » (Rm 1, 22-23) ; en tombant dans une erreur semblable, il encourt le même reproche : en effet, en affirmant que l’âme du Sauveur est en forme de Dieu et son égale, comme l’a rappelé le discours précédent, il est égal à l’impiété des païens.
Car de même que ceux-là ont changé la gloire du Dieu incorruptible en une ressemblance d’image d’homme corruptible, en disant que des dieux étaient là où il n’y en avait pas, ainsi celui-ci a changé la gloire du Dieu incorruptible, en affirmant que l’âme du Sauveur, qui a été créée, est en sa forme et son égalité ; et que c’est elle qui s’est anéantie, et non le Verbe de Dieu qui est venu vers les choses terrestres, comme l’affirme l’autorité de l’Apôtre.
15. Et il ne rougit pas, oublieux de lui-même dans son abondance de paroles, de refuser que l’âme de l’homme ait été appelée ainsi dès l’origine de sa création, mais de prétendre que ce qui était auparavant esprit et sentiment aurait reçu le froid de la négligence et de l’infidélité. Or cette étymologie convient davantage à la langue grecque qu’à la langue latine. Mais s’il affirme que l’âme du Sauveur est égale à Dieu et établie en sa forme, alors elle aussi aurait reçu son nom du refroidissement de la charité, et aurait perdu la dignité de son nom antérieur. Car sa thèse générale est que les âmes des hommes ont été appelées ainsi parce qu’elles ont perdu la chaleur de leur ferveur première. Donc si toutes les âmes, ayant reçu le froid, ont été ainsi nommées, et qu’il confesse que le Sauveur a eu une âme, il s’ensuit qu’il doit dire aussi que celle-ci est passée, de l’esprit et du sentiment, à un tel nom. Bien qu’il n’en parle pas expressément, et que son impiété manifeste réprime sa démence, il est cependant contraint par nécessité de le dire, lui dont les propos antérieurs enchaînent avec ceux qui suivent.
Car ou bien il doit nier que le Sauveur ait eu une âme, ce qui irait très ouvertement contre l’autorité des Évangiles ; ou bien, s’il ne peut se contredire, il devra confesser que cette âme aussi a été nommée, à partir de l’esprit et du sentiment, du fait du refroidissement de la charité ; car il estime que les âmes de tous ceux qui se sont éloignés de Dieu et ont perdu la chaleur de la charité divine sont ainsi appelées à partir du froid. Qui ne croirait qu’il se contente de cette limite du sacrilège ?
16. Il forge encore contre le Fils de Dieu un autre blasphème, et il parle en ces termes : De même que le Père et le Fils sont un, ainsi l’âme que le Fils a assumée et le Fils de Dieu lui-même sont un. Et il ne comprend pas que le Père et le Fils sont un à cause de la communion de substance et de la même divinité, tandis que le Fils de Dieu et son âme sont de nature diverse et fort éloignée l’une de l’autre. En effet, si, comme le Père et le Fils sont un, ainsi l’âme du Fils et le Fils lui-même sont un, le Père sera un avec l’âme du Sauveur, et elle pourra dire : Celui qui me voit voit aussi le Père. Mais il n’en est pas ainsi ; loin de la foi de l’Église une telle idée ! Le Fils et le Père en effet sont un, parce qu’il n’y a pas entre eux de nature diverse ; mais l’âme et le Fils de Dieu diffèrent entre eux par la nature et la substance, du fait que cette âme elle-même, créée par le Fils, est de notre condition et de notre nature. Car si, comme le Père et le Fils sont un, ainsi l’âme du Fils de Dieu et le Fils lui-même sont un, il n’y aura, comme nous l’avons déjà dit, qu’un seul être, l’âme et Dieu le Père ; et l’on croira que l’âme du Sauveur est la splendeur de la gloire et la figure de sa substance.
Mais dire cela est impie et blasphématoire. C’est donc la même impiété de dire que le Fils et son âme sont un, et de nier que le Père et le Fils soient un. Encore une fois, oublieux de lui-même, il se contredit, car il dit : L’âme qui a été troublée et devenue triste n’était pas le Fils unique et premier-né de toute créature, ni le Verbe de Dieu, qui, dépassant la condition de l’âme et étant véritablement le Fils de Dieu, disait dans l’Évangile : J’ai le pouvoir de la déposer, et j’ai le pouvoir de la reprendre. Donc si le Fils de Dieu est meilleur et plus puissant que son âme, ce dont nul ne doute, comment son âme pourrait-elle être en la forme de Dieu et égale à Dieu, alors qu’il dit que c’est elle qui s’est anéantie et a pris la forme d’esclave ? Il dépasse tous les hérétiques par la grandeur de son blasphème. Car si le Verbe de Dieu est en forme de Dieu et égal à Dieu, et que l’âme du Sauveur est en la forme de Dieu et son égalité, comment, parmi des êtres égaux, l’un pourrait-il être plus grand et l’autre plus petit ? En effet, les choses qui sont de nature inférieure attestent, par leur propre abaissement, l’existence d’une nature et d’une substance plus élevée.
17. Ce blasphème ne lui suffit pas ; mais, dirigeant au-delà des fleuves d’Éthiopie le char de sa folie, il exulte de nouveau avec fureur, disant que Dieu a créé de sa volonté autant de créatures raisonnables qu’il pouvait en gouverner : comparant ainsi la puissance de Dieu à la faiblesse des hommes et des autres choses créées. Car dans le corps humain, autant sa force soutient et régit de membres qu’elle peut en vivifier par son influx ; et elle nous accorde autant de tempérament qu’elle peut en régir par sa présence, et elle soutient par sa vigueur autant que les membres de l’homme peuvent le supporter. Mais Dieu, lui, est plus grand que ce qu’il a lui-même fabriqué, puisqu’il a donné aux choses, dans leur création, la mesure que l’ordre des choses exigeait, et là où il n’a pas pu en soutenir davantage, il peut plus que ce que les choses faites ne peuvent contenir. Mais lui, cette colonne de vérité, affirme que la force de Dieu est bornée, et moindre que les arts des hommes. Car les maçons, et ceux qui possèdent la science de construire des maisons, peuvent bâtir plus grand qu’ils ne l’ont fait, pourvu que les fondations qu’il faut surélever puissent le supporter ; et la conception de leur art n’a pas de limite.
Et lorsqu’ils ont réalisé une œuvre aussi grande que le réclamait la nécessité des choses, et qu’ils ont atteint une mesure au-delà de laquelle il aurait été inconvenant et inutile de construire davantage, l’art lui-même contient dans l’esprit plus qu’il n’en a montré dans l’œuvre ; et la fin des choses n’impose pas de fin à la science, pourvu, comme je l’ai dit, que ce que l’esprit a conçu et que la pensée a étendu dans la grandeur des œuvres, les matériaux soumis puissent le soutenir. Et comment n’est-il pas impie de ne pas fixer de limite à l’art humain, ni d’égaler la science des artisans à leurs propres œuvres, et de dire que Dieu a fait autant de créatures raisonnables qu’il pouvait en faire ? Qu’il entende donc l’impie, et qu’il apprenne : la puissance de Dieu n’est pas égale au nombre des créatures raisonnables qu’on dit qu’il a faites ; mais, imposant une mesure à ses œuvres au-delà de laquelle elles ne pouvaient exister, et enfermant le nombre des choses par l’art de sa disposition, lui-même n’est retenu ni par la mesure ni par le nombre. D’où il apparaît clairement qu’il n’a pas fait autant qu’il le pouvait, mais qu’il a fait autant que la nécessité des choses le requérait, en y employant sa puissance.
Donnons un exemple, afin que ce que nous disons soit plus manifeste. Si un père de famille riche voulait inviter des convives à un festin, et offrir des mets en telle quantité qu’ils puissent rassasier l’appétit des convives, il n’aurait pas eu, pour autant, seulement le pouvoir de posséder juste autant qu’ils en auraient mangé et qu’on leur aurait préparé ; mais il leur aurait offert autant que l’exigeait la dignité du festin ; ainsi Dieu tout-puissant, dépassant l’exemple de la comparaison, n’a pas fait les créatures aussi nombreuses qu’il le pouvait, mais elles ont été faites par lui en aussi grand nombre qu’il fallait qu’elles fussent. Mais lui tresse une nouvelle pépinière de verbosité, et répète, et dit : Dieu a fait autant qu’il pouvait comprendre et tenir soumis à lui, et gouverner par sa providence. Et il n’écoute pas le Prophète qui dit : « Si toutes les nations sont comptées comme une goutte tombant d’un seau, et comme un grain sur la balance, et si elles seront estimées comme de la salive, etc., à qui avez-vous comparé Dieu ? » (cf. Is 40, 15.18). Et encore : « Qui a mesuré l’eau dans le creux de sa main, et le ciel avec l’empan, et toute la terre avec trois doigts ?
» (Is 40, 12). Si, pour comparer à la force de Dieu, l’eau est mesurée par la main, le ciel par l’empan, et toute la terre par trois doigts (ces expressions étant employées par métaphore, afin que la petitesse des choses créées mette en évidence, par contraste, la grandeur du Créateur ; car Dieu n’est pas composé de membres divers), comment peut-on dire qu’il a fait autant qu’il pouvait comprendre par sa puissance ?
18. Poursuivons ce que nous avons commencé, et exposons plus pleinement notre pensée. « Si toutes les nations sont comme une goutte tombant d’un seau, et comme un grain sur la balance, et seront estimées comme de la salive » (Is 40, 15) : par ces paroles est démontrée la petitesse et la faible substance de toutes les créatures, afin que paraisse l’incomparable sublimité de Dieu ; donc sa force aussi serait, comme une goutte tombant d’un seau, comme un grain sur la balance, et comme la salive d’un homme, si, selon Origène, il a fabriqué autant qu’il pouvait comprendre par sa puissance ; et il faudrait alors que la puissance de Dieu soit égale au nombre et à la mesure de ses œuvres, s’il n’a pas pu faire plus grand qu’il n’a fait. Or je ne pense pas que quiconque, je ne dis pas parmi les hommes, mais même parmi les démons, ose imaginer de Dieu ce que celui-là a pensé et écrit, à savoir que Dieu a fait autant de matière qu’il pouvait en orner et répartir en formes des choses. Que celui qui pense ainsi apprenne donc de nous que Dieu n’a pas fait autant qu’il pouvait faire, mais que, selon la mesure que réclamait l’ordre des choses, Dieu a fabriqué autant, ayant un art et une force bien plus grands que le nombre et la mesure des choses faites.
Et qu’il sache que cela est confirmé par les témoignages des Prophètes, dont l’un dit : Sa puissance a couvert les cieux (Ha 3, 3), et un autre s’écrie : Il a fait la terre comme un néant (Is 40, 17), afin de proclamer que la puissance de Dieu est plus grande que ce qu’il a fait. Or ce qu’il dit, il a fait la terre comme un néant, l’Apôtre l’interprète en parlant de toutes les créatures : Qui appelle ce qui n’est pas comme si cela était (Rm 4, 17). Afin que par ces paroles aussi nous apprenions que la force de Dieu est plus grande que ce qui a été fait par lui. Et il ne rougit pas de dire, en disputant contre la puissance de Dieu, que Dieu ne peut faire qu’autant que la matière le lui a permis pour opérer ! Et il ne comprend pas qu’il y a une nature différente entre la chose faite et Dieu, qui en est l’auteur, ni que la matière à partir de laquelle une chose se fait puisse être aussi puissante que celui qui, à partir d’elle, fabrique quelque chose ; car des substances diverses ont une force et une condition diverses.
19. C’est pourquoi, si ceux qui préfèrent les divagations d’Origène à l’autorité des Écritures veulent célébrer avec l’Église la Pâque du Seigneur, qu’ils écoutent Dieu s’écrier : Et je ne t’ai pas montré ces choses pour que tu marches après elles ; et qu’ils écoutent le Prophète les avertir avec larmes : Ô, ô, fuyez de la terre de l’Aquilon, dit le Seigneur, car je vous rassemblerai des quatre vents ; sauvez-vous en Sion, vous qui habitez la fille de Babylone (cf. Za 2, 6-7). Afin que, abandonnant les ténèbres de l’erreur et le froid de l’ignorance, ils se tournent, unis au zèle des mages, vers le lever du soleil de justice, et que, habitant la région la plus chaude du ciel, celle que l’on ressent dans l’ardeur des Écritures, ils interrogent les pasteurs de l’Église, en rejetant la démence d’Origène, et qu’ils disent : Où est celui qui est né roi des Juifs ? Et lorsqu’ils l’auront trouvé couché dans une crèche, c’est-à-dire dans l’humble parole des Écritures, qu’ils lui offrent l’or, l’encens et la myrrhe : c’est-à-dire une foi éprouvée et resplendissante de tout l’éclat de la vérité, le parfum d’une conduite embaumée, et la continence, qui dessèche le luxe de la volupté et les incitations mouvantes de la chair.
Ceux en effet qui, après de fréquents avertissements, contredisent la foi de l’Église, sont retenus par une double langueur, la malice et l’ignorance, et, tout entiers tournés vers les choses terrestres à la manière des serpents, et attachés à la terre, préfèrent le mal au bien, et ne connaissent pas la différence entre les vices et les vertus ; ils méprisent les remèdes que leur offrent les saintes Écritures pour leur correction et leur guérison, à la manière des femmes enceintes, qui, éprouvant un dégoût pour la vérité, rejettent leurs mets habituels et recherchent tout ce qui est nuisible ; et ils ne peuvent, contre les rayons de la vérité, diriger la lumière éclatante de leur âme ; méprisant la discipline ecclésiastique, ils se vautrent comme des porcs dans la boue, et méprisent les parfums. Mais il est juste qu’au moins, par les exemples que nous apportons, ils recouvrent la santé. Car de même que la chassie nuit à l’œil, et que la fièvre ravage tout le corps, et que la rouille consume peu à peu le bronze et le fer, ainsi la contagion pernicieuse des dogmes pervers viole la beauté des âmes négligentes, et les couvre de la pâleur difforme du mensonge.
Je vous supplie, mes frères, de pardonner ma douleur, moi qui mets au jour ces doctrines criminelles. Car bien que nous ayons traversé les fleuves de Babylone, pour engager les captifs qui y demeuraient à se rendre à la fête de Jérusalem, cependant, par la miséricorde de Dieu, nous n’avons pas nous-mêmes ressenti la captivité, ayant déployé au vent favorable des Écritures les voiles de notre navire. Et les gouffres grossissants des doctrines hérétiques ne nous ont pas engloutis, la tempête des mensonges ne nous a pas effrayés, et les torrents de l’iniquité ne nous ont pas entraînés au milieu de leur mer, là où, selon le Psalmiste qui chante, se trouvent des reptiles sans nombre, et le dragon, le diable, animal très venimeux, ouvert aux jeux des saints ; et, pour tout conclure en peu de mots, les souffles des vents se levant de toutes parts n’ont pu renverser la nef de l’Église, ni recouvrir sous un tourbillon cruel la rame de nos travaux. Et avec le Seigneur Sauveur, à l’image de ses disciples, naviguant, nous avons traversé, et entrant dans le port du repos, nous embrassons le très beau rivage des divins volumes ; cueillant les diverses fleurs de la science, et pressant de nos baisers les membres de neige de la sagesse, nous demeurons attachés à ses embrassements, et, si le Seigneur nous l’accorde, vivant avec elle et persévérant dans son amour, nous chanterons : J’ai été l’amant de sa beauté.
Tous ceux en effet qui lisent avec plus d’application les saintes Écritures, et qui parcourent les prairies émaillées des paroles célestes, jouissent de cette béatitude. Mais ceux qui, abandonnant la verdeur de la solennité du Seigneur, passent vers les déserts, subissent, à la manière des villes sans murailles, les assauts hostiles des démons.
20. C’est pourquoi, en célébrant les fêtes qui approchent, comprenons-nous nous-mêmes ainsi que tout ce qui est nôtre ; et embrassons de tout notre zèle la science et notre âme raisonnable comme une mère, ayant la parole comme racine et l’intelligence de la science comme fondement de la raison, la parole étant, pour ainsi dire, le vestibule de l’œuvre. Or l’œuvre est, par rapport à la parole et à la science, le toit achevé de l’édifice et le faîte très solide de la maison mis en place. Car la parole, la raison, la science et la foi, sans l’œuvre, sont vaines et instables. Et pour paraître emprunter quelque chose à cette doctrine, à cause de ceux qui sont formés aux arts dialectiques : de même que si l’on joint le verbe au nom, un sens parfait se forme, tandis que le verbe seul, ou le nom sans le verbe, ne signifie rien du tout ; ainsi la science sans l’œuvre, et l’œuvre sans la foi, sont faibles et caduques ; et, au contraire, la science unie à l’œuvre est l’indice d’une vertu parfaite. La pensée tacite de l’âme est en effet sa parole secrète, laquelle, résonnant au dehors par la langue, exprime la sentence de l’esprit.
Et lorsque la parole aura été consommée par l’œuvre, un terme est mis à notre science et à notre pensée. Or nous rendrons compte au jugement de notre pensée, de notre parole et de notre œuvre, nos pensées s’accusant mutuellement ou se défendant, au jour où Dieu jugera les choses cachées des hommes, par Jésus-Christ, comme l’écrit l’apôtre Paul.
21. Cela étant, comme approche la fête du Seigneur, disons à ceux qu’enveloppe l’erreur d’Origène et que retient captifs sa fraude : Fuyez du milieu de Babylone, et sauvez chacun son âme. Car bien que, selon la prophétie du prophète, Babylone soit appelée une coupe d’or, et qu’elle affecte, par l’arrangement et la grâce des mots, la beauté de la vérité, se transfigurant en ange de lumière, il faut savoir cependant que tous ceux qui boivent de son vin sont ébranlés et tombent, et sont dignes de gémissements, tout brisés qu’ils sont. Pour nous, résistant aux troubles mortifères, entourons notre âme du mur de la continence, et gardons sa liberté par un exercice quotidien des vertus. En effet, de même que les esclaves vendus sont appelés serviteurs et valets de ceux qui ont payé leur prix, ainsi ceux qui ont vendu leur âme à des désirs divers sont appelés serviteurs de ceux à qui ils se sont livrés, et obéissent comme à de cruels maîtres. Et lorsque, d’un front rigide, ils méprisent ceux qui voudraient corriger leur erreur, défendant leur folie par la témérité, ils ignorent que l’audace n’est rien d’autre, à mon avis, qu’une sentence dépourvue de sens et de réflexion, chassant loin de soi l’esprit qui gouverne les passions.
Et lorsque l’âme se trouve dépouillée d’un tel secours, elle est emportée précipitamment dans l’abîme de l’impiété, et comme sous l’effet d’un très amer catarrhe, elle obscurcit la lumière de l’esprit, et entoure son œil, selon la parole des Écritures, d’une nuit de ténèbres impénétrables.
22. C’est pourquoi, que ceux qui se complaisent dans les erreurs d’Origène n’espèrent pas les proclamations de la fête dominicale ; qu’ils ne cherchent pas des parfums, de l’or et des perles dans la boue, et qu’ils ne déchirent pas, dans les grandes villes, leur mère l’Église qui les a engendrés et nourris, eux qui, jadis, à cause de lui et de ses disciples, ont surpassé la haine des païens contre nous, et qui, dans leur affection pour ceux-ci, redoublent les malédictions contre nous, et assiègent les portes des riches, ne craignant pas d’entendre, avec les Juifs : J’ai engendré et élevé des fils, mais eux m’ont méprisé (Is 1, 2). Ceux-là, me semble-t-il, ignorent que toute parole de vérité qui n’a pas de fondement, même si, pour un moment, elle séduit celui qui l’écoute en lui faisant croire vrai ce qui ne l’est pas, se dissout peu à peu et se réduit à néant ; et que toute sentence, jaillie comme un torrent d’un esprit très mauvais, accable son propre auteur ; et que, perdant les lettres et les syllabes dont elle était tissée, elle est abandonnée sans sens, sans son et sans image aucune, et, à la manière d’un serpent très venimeux, frappe celui qui l’a proférée, retire aussitôt sa tête, et se consume et se dissout comme dans le trou de l’esprit.
Car la fin des mensonges, c’est la ruine. Que ceux qui naguère se vantaient d’être amis de la solitude bâtissent du moins, pour cacher leurs malédictions, une petite cellule sur les lèvres de leur fureur, non point avec les pierres saintes de Jérusalem, mais avec les moellons informes de Babylone, non taillés et inégaux, qui soutiennent les murs d’une maison prête à s’écrouler. Bien qu’ils cherchent à se recommander, auprès des oreilles efféminées et des haines des païens, en nous décriant, en critiquant la discipline ecclésiastique, et en abusant de notre patience comme d’un aliment à leur témérité, qu’ils se taisent pourtant un jour et se reposent, et qu’ils écoutent le prophète disant : Préserve ta langue du mal, et que tes lèvres ne profèrent pas de mensonge (Ps 33, 14). Et qu’ils désirent goûter ce qui est digne d’une vie sainte, et qu’ils n’attristent pas Dieu, le prince et le maître de l’Église.
23. Mais je vous en supplie, frères, prions en commun pour eux, et disons avec la voix du prophète : Qui donnera à ma tête de l’eau, et à mes yeux une source de larmes ? Et je pleurerai jour et nuit les blessés de la fille de mon peuple (Jr 8, 23 ; 9, 1) : implorant la miséricorde de Dieu, afin qu’il les délivre de l’erreur dont ils sont enchaînés, et qu’il change en amour la haine par laquelle ils s’acharnent en vain contre nous. Aussi, oubliant les injures, nous désirons les recevoir dans un sein très indulgent, et nous comptons leur guérison et leur conversion à Dieu comme notre propre guérison et notre propre gloire. Et si, autrement, ils ne peuvent être guéris que par notre humilité, satisfaisons-leur de nous-mêmes ; nous ne leur aurons fait aucune injure, nous ne leur aurons nui en rien, quand bien même ils s’indignent et s’acharnent contre les remèdes de l’Église, par lesquels leurs blessures sont guéries. Nous disons ce que nous savons, et nous prêchons ce que nous avons appris, priant pour que ceux qui méprisent les règles ecclésiastiques reçoivent la norme de la vérité, et que, à cause de la confusion des hommes, par laquelle ceux qui errent ont coutume d’être corrigés difficilement, ils ne perdent pas le bénéfice de la pénitence.
Et maintenant nous le disons, comme nous l’avons dit auparavant, et le répétons souvent : nous ne voulons pas qu’ils errent çà et là, ni qu’ils vaguent à travers des provinces étrangères, mais à ces bannis et à ces insensés nous crions avec le prophète, et nous disons : Sauvez-vous de cette terre, et revenez, et ne vous arrêtez pas ; souvenez-vous, vous qui êtes loin du Seigneur, et que Jérusalem monte jusqu’à votre cœur (cf. Jr 51, 6 ; Jr 51, 50).
24. Peut-être qu’en entendant cela, l’amour de l’assemblée ecclésiale les saisira de nouveau, et qu’ils se souviendront de la joie fraternelle en commun, et des hymnes qu’ils chantaient avec les autres au Seigneur, et qu’ils changeront la froideur de leurs haines en la chaleur de la charité, et comprendront que nous sommes des médecins et non des ennemis, des pères très indulgents et non des adversaires enflés d’une superbe hostile. Car il ne se peut pas que nous désirions la perte de ceux que nous voulons sauver, ni que nous refusions de changer pour eux la verge ecclésiastique en bâton, s’ils veulent, abandonnant l’erreur, suivre la vérité et renoncer à la témérité d’enfants folâtres. Mais s’ils la repoussent, et, méprisant la discipline ecclésiastique, lèvent leur corne contre ses règles, et, dédaignant les conseils salutaires, les rejettent en arrière, qu’ils écoutent le Seigneur menaçant : L’homme qui agira avec orgueil, au point de ne pas écouter le prêtre qui se tient là pour servir au nom de ton Dieu, ou le juge, quel qu’il soit en ces jours-là, cet homme mourra, et tu ôteras le mal du milieu d’Israël ; et tout le peuple, en l’apprenant, craindra, et n’agira plus avec impiété (cf.
Dt 17, 12-13). Mais de peur que, occupés à soigner les blessés, nous ne nous oubliions nous-mêmes et ne négligions ce qui nous est propre, et que, selon ce qui est écrit, prêchant aux autres, nous ne soyons trouvés nous-mêmes réprouvés (cf. 1 Co 9, 27), nous avertissons ceux qui se tiennent debout de prendre garde : de peur qu’en tendant la main à ceux qui gisent, ils ne tombent eux-mêmes, et qu’en gardant la discipline ecclésiastique, ils redoutent le jugement à venir.
25. Célébrant donc la Pâque du Seigneur, purifions-nous par les saintes paroles des Écritures, et, tournant les yeux vers les trophées du Sauveur, écartons de notre chemin tous les obstacles qui retardent le cours de notre vie. Fuyant l’avarice comme le pire des usuriers, égorgeons le désir de vaine gloire comme une bête insatiable, et évitons d’un esprit vigilant le serpent flatteur et glissant de la fornication. Si le vent des choses nous devient plus favorable, tempérons par l’humilité et la douceur l’enflure de notre âme. Si des vents contraires soufflent, relevons par la force notre âme abattue et gisante, et soyons nous-mêmes les accusateurs de notre propre péché : afin que, nous connaissant nous-mêmes, nous nous reprenions, et que, par une méditation assidue, nous recouvrions la liberté des vertus de l’âme qu’oppriment les vices. C’est pourquoi, placés dans le combat, la sueur et le labeur du temps présent, préparant pour nous-mêmes la gloire de la solennité céleste à venir, corrigeons par la pénitence nos péchés passés avant de comparaître devant le tribunal du Christ ; rachetons par les pleurs présents les joies futures, et, par l’aiguillon de la conscience, chassons, à la manière des abeilles, les faux-bourdons nuisibles des péchés, en gardant nos ruches pleines de cire et de miel.
Prenons soin des diverses blessures des vices, et réprimons par de fréquents avertissements les rapines des riches, par lesquelles ce genre d’hommes est surtout pris au piège. Et ainsi nous pourrons entreprendre le chemin des jeûnes qui approchent. Les jours du Carême commenceront le trentième jour du mois de Méchir. Et nous célébrerons la semaine de la Pâque du salut le cinquième jour du mois de Pharmuti, achevant les jeûnes, selon les traditions évangéliques, le soir du sabbat, dixième jour de Pharmuti ; et, dès l’aube du dimanche suivant, nous célébrerons la fête, le onzième jour du même mois, y joignant les sept autres semaines de la sainte Pentecôte ; afin que, avec ceux qui confessent l’unique divinité de la Trinité, nous recevions dans les cieux la récompense, dans le Christ Jésus notre Seigneur, par qui et avec qui, à Dieu le Père, gloire et puissance, avec le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.
26. Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser. Tous les frères qui sont avec moi vous saluent. Et nous écrivons ceci par nécessité, afin que vous sachiez qu’à la place des saints et bienheureux évêques qui se sont endormis dans le Seigneur, ont été ordonnés : à Lemnado, Naséas, à la place d’Héron ; à Érythro, Paul, à la place de Sabbatius ; à Ombos, Verrus, à la place de Silvain. Écrivez donc à ceux-ci, et recevez d’eux, selon l’usage ecclésiastique, des lettres de paix.
