Lettre de saint Athanase à Sérapion sur la mort d’Arius
Le récit d’un témoin de la fin d’Arius à Constantinople

Lettre de saint Athanase à Sérapion sur la mort d’Arius
Le récit d’un témoin de la fin d’Arius à Constantinople
Athanase d’Alexandrie · 15 septembre 2026 · 6 min de lecture · 3 vues
Athanase à Sérapion, frère et compagnon de ministère, salut dans le Seigneur.
J’ai lu les lettres de votre Piété, dans lesquelles vous m’avez demandé de vous faire connaître les événements de mon temps qui me concernent, et de rendre compte de cette très impie hérésie des ariens, à cause de laquelle j’ai enduré ces souffrances, ainsi que de la manière dont mourut Arius. J’ai promptement entrepris de satisfaire à deux de vos trois demandes, et j’ai envoyé à votre Piété ce que j’avais écrit aux moines, d’où vous pourrez apprendre ma propre histoire aussi bien que celle de l’hérésie. Mais quant à l’autre sujet, je veux dire sa mort, j’ai longtemps délibéré en moi-même, craignant que l’on ne supposât que je me réjouissais de la mort de cet homme. Cependant, puisqu’une dispute survenue parmi vous au sujet de l’hérésie a abouti à cette question, à savoir si Arius est mort après avoir préalablement communié avec l’Église, j’ai donc nécessairement désiré faire le récit de sa mort, pensant que la question serait ainsi réglée, et considérant aussi qu’en faisant connaître ces faits, je réduirais en même temps au silence ceux qui aiment la controverse. Car j’estime que lorsque les circonstances admirables liées à sa mort seront connues, même ceux qui en doutaient auparavant n’oseront plus douter que l’hérésie arienne est odieuse aux yeux de Dieu.
2. Je n’étais pas à Constantinople lors qu’il mourut, mais le prêtre Macaire s’y trouvait, et c’est de lui que j’en ai reçu le récit. Arius avait été invité par l’empereur Constantin, grâce à l’intervention d’Eusèbe et de ses partisans ; et lors qu’il parut en sa présence, l’empereur lui demanda s’il professait la foi de l’Église catholique. Il déclara alors sous serment qu’il gardait la droite foi et remit par écrit une profession de foi, dissimulant les motifs pour lesquels il avait été chassé de l’Église par l’évêque Alexandre, et alléguant avec spéciosité des expressions tirées des Écritures. Ainsi, lors qu’il eut juré qu’il ne professait point les opinions pour lesquelles Alexandre l’avait excommunié, l’empereur le congédia en disant : « Si ta foi est droite, tu as bien fait de jurer ; mais si ta foi est impie et que tu as juré, que Dieu te juge selon ton serment ! » Lorsqu’il sortit ainsi de la présence de l’empereur, Eusèbe et ses partisans, avec leur violence coutumière, voulurent l’introduire dans l’Église. Mais Alexandre, évêque de Constantinople, de bienheureuse mémoire, leur résista, affirmant que l’inventeur de l’hérésie ne devait point être admis à la communion ; sur quoi Eusèbe et ses partisans le menacèrent, déclarant : « De même que nous avons obtenu qu’il soit invité par l’empereur contre ta volonté, de même demain, bien que ce soit contraire à ton désir, Arius communiera avec nous dans cette église. » C’était le jour du sabbat lors qu’ils tinrent ces propos.
3. Lorsque l’évêque Alexandre apprit cela, il fut grandement affligé et, entrant dans l’église, il étendit les mains vers Dieu et se lamenta ; se jetant face contre terre dans le sanctuaire, il pria, étendu sur le pavé. Macaire était également présent, priait avec lui et entendit ses paroles. Il sollicita ces deux choses, disant : « Si Arius est admis demain à la communion, laisse partir ton serviteur et ne détruis point le juste avec l’impie ; mais si Tu veux épargner ton Église (et je sais que Tu l’épargneras), considère les paroles d’Eusèbe et de ses partisans, ne livre pas ton héritage à la destruction et à l’opprobre (Jl 2, 17), et fais disparaître Arius, de peur que, s’il entre dans l’Église, l’hérésie ne paraisse y entrer avec lui, et que désormais l’impiété ne soit tenue pour de la piété. »
Après avoir ainsi prié, l’évêque se retira dans une vive anxiété ; et il advint un événement prodigieux et extraordinaire. Tandis qu’Eusèbe et ses partisans proféraient des menaces, l’évêque priait ; quant à Arius, qui plaçait une grande confiance en Eusèbe et ses partisans et tenait des propos inconsidérés, pressé par une nécessité naturelle, il se retira à l’écart et, soudain, selon les termes de l’Écriture, « étant tombé la tête la première, il éclata par le milieu » (Ac 1, 18) ; il expira aussitôt là où il gisait, privé tout ensemble de la communion et de sa propre vie.
4. Telle fut la fin d’Arius ; et Eusèbe et ses partisans, accablés de honte, ensevelirent leur complice, tandis que le bienheureux Alexandre, au milieu des réjouissances de l’Église, célébrait la Communion avec piété et orthodoxie, priant avec tous les frères et glorifiant grandement Dieu, non point pour se réjouir de sa mort (à Dieu ne plaise !), car « il est réservé aux hommes de mourir une seule fois » (He 9, 27), mais parce que cet événement s’était manifesté d’une manière qui surpassait les jugements humains. Car le Seigneur lui-même, jugeant entre les menaces d’Eusèbe et de ses partisans et la prière d’Alexandre, condamna l’hérésie arienne, montrant qu’elle était indigne de la communion avec l’Église, et manifestant à tous que, bien qu’elle reçût le soutien de l’Empereur et de tout le genre humain, elle était pourtant condamnée par l’Église elle-même. Ainsi la faction antichrétienne des furieux ariens s’est révélée odieuse à Dieu et impie ; et beaucoup de ceux qui avaient été auparavant séduits par elle changèrent de sentiment. Car nul autre que le Seigneur lui-même, qu’ils avaient blasphémé, ne condamna l’hérésie dressée contre Lui, et Il montra de nouveau que, quelque violence que l’empereur Constance exerce à présent contre les évêques en sa faveur, elle demeure néanmoins exclue de la communion de l’Église, et étrangère au royaume des cieux. C’est pourquoi, que la question qui s’est élevée parmi vous soit désormais apaisée (car tel était l’accord conclu entre vous), et que nul ne s’associe à l’hérésie, mais que ceux-là mêmes qui ont été séduits fassent pénitence. Car qui recevra ce que le Seigneur a condamné ? Et celui qui prend la défense de ce qu’Il a frappé d’excommunication ne sera-t-il pas coupable d’une grande impiété, et manifestement un ennemi du Christ ?
5. Cela suffit désormais à confondre les esprits querelleurs ; lis-le donc à ceux qui avaient auparavant soulevé cette question, de même que ce qui a été brièvement adressé aux moines contre l’hérésie, afin qu’ils soient ainsi conduits à condamner plus fermement encore l’impiété et la malice des fous ariens. Ne consens cependant à en donner copie à personne, et ne les retranscris point pour toi-même (j’ai signifié la même chose aux moines également) ; mais, en ami sincère, si quelque chose fait défaut dans ce que j’ai écrit, ajoute-le et renvoie-moi ces feuillets sur-le-champ. Car tu pourras apprendre, d’après la lettre que j’ai écrite aux frères, combien de peine m’a coûté sa rédaction, et comprendre aussi qu’il n’est point sûr de publier les écrits d’un simple particulier (surtout s’ils ont trait aux dogmes les plus éminents et les plus essentiels), et cela pour la raison suivante : de crainte que ce qui est exprimé imparfaitement, en raison de notre faiblesse ou de l’obscurité du langage, ne nuise au lecteur. Car la plupart des hommes ne considèrent point la foi, ni le dessein de l’auteur, mais, soit par envie, soit par esprit de dispute, accueillent ce qui est conforme à l’opinion qu’ils se sont préalablement formée, et ne l’interprètent que selon leur bon plaisir. Mais veuille le Seigneur accorder que la Vérité et une foi saine en notre Seigneur Jésus-Christ prévalent parmi tous, et tout particulièrement parmi ceux à qui vous donnerez lecture de ceci. Amen.
