Les Six Jours de la Création
- 01 — Grégoire, élève de Basile
- 02 — Deux objections faites à Basile
- 03 — Basile s’adressait à un auditoire nombreux et peu savant
- 04 — Exposé des problèmes et des objections
- 05 — Grégoire définit le propos de son ouvrage
- 06 — Dieu peut amener ses pensées à l’existence
- 07 — Création de la matière par le concours des qualités
- 08 — La création se développe selon un certain enchaînement
- 09 — Le feu était masqué par la densité du substrat originel
- 10 — La parole impérative de dieu est créatrice
- 11 — La manifestation du feu est une parole divine
- 12 — « Dieu sépara la lumière des ténèbres »
- 13 — La trajectoire du feu l’amène à la limite du monde sensible
- 14 — Création du jour et de la nuit
- 15 — « le ciel et la terre » : par les extrêmes, l’Écriture désigne l’ensemble de la création
- 16 — « la terre était invisible et informe » : elle était en puissance, non en acte
- 16.1 — 80B : Les traductions de Symma que, Théodotion, et Aquila
- 17 — Le firmament est le nom de la limite du monde sensible
- 17.1 — 81B : Le firmament sépare des eaux
- 18 — L’eau : un nom, deux substances
- 18.1 — 81C : Le firmament : résumé de ce qui vient d’être exposé
- 18.2 — 84A : Grégoire pense que l’abîme représente la masse des eaux
- 19 — Le firmament sépare deux sortes d’eaux bien distinctes
- 20 — L’eau d’en haut est hors de l’espace et de la sensibilité
- 21 — Même à l’origine, les deux sortes d’eaux étaient distinctes
- 22 — Apparition du nombre : un jour représente une révolution du feu
- 22.1 — 85D : L’air n’est pas mentionné par Moïse
- 23 — Les autres éléments : l’eau et la terre
- 24 — L’eau ne peut être identique à l’eau d’en haut
- 25 — Les rapports du feu et de l’eau : la transmutation des éléments
- 25.1 — Le feu est-il destructeur ? Grégoire s’excuse de devoir contredire Basile
- 26 — Les qualités s’opposent mais ne se nourrissent pas de leur opposé
- 27 — Preuve par l’expérimentation : le brandon enflammé
- 28 — Preuve par l’Écriture : les créatures sont « tout à fait » belles
- 29 — Preuve par l’absurde
- 30 — Cycle de l’eau ; comparaison avec les plantes
- 30.1 — Objection : disparition de nuages ; la frontière supérieure du ciel ; les étoiles filantes
- 31 — L’huile se change en sécheresse
- 32 — Rien ne se perd : l’eau se change en sec, elle ne disparaît pas
- 33 — La vapeur change l’humide et le froid, mais conserve quantité et poids
- 34 — La continuité de la mer, l’évaporation et l’action des sels
- 34.1 — Objection : si l’eau se change en terre, il devrait y avoir des réservoirs pour compenser la perte qui en découle
- 35 — Réfutation à partir de l’Écriture (I Rois 17-18)
- 36 — D’après l’Écriture (Isaïe 40,12), chaque élément est circonscrit ; il y a nécessairement transmutation
- 37 — Les particules sèches retombent sur la terre où elles sont assimilées
- 37.1 — Objection : cela n’empêche pas qu’il y ait diminution de l’eau
- 38 — La loi de la transmutation des éléments
- 39 — Cas d’humidification d’êtres secs : les sels, le miel
- 40 — Compatibilités de qualités entre éléments ; mais qu’en est-il de la terre et de l’eau ?
- 41 — Les puisatiers : la transmutation de la terre en eau est un fait d’expérience
- 42 — La logique interdit de penser à des réserves d’eau souterraines
- 43 — Cohérence de la théorie de la transmutation
- 44 — La lumière et les luminaires
- 44.1 — le développement dans le temps
- 44.2 — La lumière apparaît en premier et se diversifie suivant son intensité
- 44.3 — Le processus de diversification
- 45 — Pourquoi trois jours ?
- 46 — Récapitulation
- 47 — Comparaison avec les liquides
- 48 — Le troisième ciel : Paul a pénétré le monde intelligible ; le troisième ciel est le sommet du monde sensible
- 49 — Grégoire a résolu les contradictions proposées ; mais son projet reste à améliorer

Les Six Jours de la Création
Saint Grégoire de Nysse · 12 juin 2016 · 94 min de lecture · 3 395 vues
de l’obscure concision de Moïse à l’ampleur de Basile
[61A] Que fais-tu là, homme de Dieu ? Que nous invites-tu à attaquer l’inattaquable, à entreprendre une œuvre dans laquelle non seulement le succès est impossible mais dont l’entreprise n’est pas, à mon sens du moins, irrépréhensible ? Parmi les enseignements philosophiques donnés par le grand Moïse sous l’inspiration divine dans la cosmogonie, certains points semblent contradictoires si l’on s’en tient au sens immédiat de ce qui est écrit : tu nous as enjoint de les mettre en liaison et de montrer que la sainte Écriture est cohérente, et cela après cette étude inspirée de Dieu qu’a déjà donnée notre père sur ce sujet et que tous les lecteurs admirent tout autant que les enseignements philosophiques de Moïse lui-même, à juste titre je crois. [61B] Car le rapport au grain de l’épi qui à la fois sort de lui et n’est pas lui, ou plutôt qui est lui en puissance mais différent de lui en taille, en beauté, en variété, en forme, on pourrait dire qu’il lie de même aux paroles du grand Moïse les pensées élaborées avec tant de soin par le grand Basile : [64A] ce que le premier a dit brièvement et fermement, notre maître l’a développé dans sa philosophie élevée pour en faire, non pas un épi, mais un arbre, suivant la comparaison du grain de sénevé avec le Royaume, ce grain qui pousse dans le cœur de celui qui le cultive, qui devient un arbre déployant en tous sens des pensées, poussant en guise de branches des points de doctrine, et qui se dresse si haut dans sa visée religieuse que même les âmes élevées évoluant dans les hauteurs, les oiseaux du ciel, dit l’Évangile, peuvent faire leur nid dans l’ampleur d’un tel branchage ; car c’est comme un refuge pour l’âme qu’un exposé conséquent sur l’objet de sa recherche : l’activité débordante et inquiète de l’esprit, semblable à un vol errant, y trouve son repos.
[64B]Comment serait-il donc possible de planter face à l’arbre si beau et si grand de ses paroles le chétif rejet de notre pensée ? Tu ne me demandes pas, n’est-ce pas, et je ne saurais accepter de le placer en regard du labeur soutenu de notre père et maître notre propre labeur. Imitons plutôt la pratique merveilleuse des jardiniers, qui peuvent faire qu’un seul plant porte des fruits variés. Voici leur méthode d’arboriculture : ils tranchent sur un premier arbre une petite feuille avec l’écorce sur laquelle elle s’appuie, et sur un point d’un autre plan plus fort adaptent l’écorce à l’incision, afin que la greffe ainsi appliquée, nourrie par la sève du plus fort, se développe en branche. Pour moi, insérant de la même façon ma pensée, comme une petite pousse dans la sève du grand arbre, dans la sagesse de notre maître, [64C]je tenterai d’en devenir une branche, tirant vie autant que je le pourrai de sa réflexion, en étant irrigué et soutenu par le secours qui nous en viendra.
