Les Moyens spirituels
Par Sa Sainteté le pape Chenouda III, 117ᵉ patriarche d’Alexandrie
- 01 — I. La prière
- 1.1 — Chapitre 1. La prière : qu’est-elle et comment doit-elle être ?
- 1.2 — Chapitre 4. L’importance de la sainte Bible
- 1.3 — Chapitre 6. Ta relation avec la sainte Bible
- 1.4 — Chapitre 7. L’effet de la sainte Bible
- 1.5 — Chapitre 8. L’œuvre de la sainte Bible en toi
- 02 — III. La lecture des vies des saints
- 2.1 — Chapitre 11. La lecture des vies des saints
- 2.2 — Chapitre 12. La contemplation
- 2.3 — Chapitre 13. La contemplation de la sainte Bible
- 2.4 — Chapitre 15. La contemplation des événements
- 2.5 — Chapitre 16. La contemplation dans la prière
- 2.6 — Chapitre 17. La contemplation de la mort et du jugement
- 2.7 — Chapitre 18. La contemplation des attributs de Dieu
- 2.8 — Chapitre 19. Autres sujets de contemplation : les vies des saints
- 03 — V. L’entraînement spirituel
- 3.1 — Chapitre 20. Les bienfaits de l’entraînement spirituel
- 3.2 — Chapitre 22. L’importance de rendre compte de soi-même
- 3.3 — Chapitre 23. Comment rendre compte de toi-même
- 04 — VII. La confession
- 4.1 — Chapitre 25. La confession et ses éléments
- 4.2 — Chapitre 27. La confession et le sang du Christ
- 4.3 — Chapitre 29. L’importance de la sainte communion et ses bienfaits
- 4.4 — Chapitre 30. La préparation à la sainte communion
- 4.5 — Chapitre 31. Les bienfaits et l’importance du jeûne
- 4.6 — Chapitre 32. Le jeûne spirituel agréé
- 4.7 — Chapitre 33. Unir le jeûne aux vertus
- 4.8 — Chapitre 34. La bénédiction du don
- 4.9 — Chapitre 38. Les prémices
- 4.10 — Chapitre 39. Les vœux
- 05 — XI. Le service
- 5.1 — Chapitre 41. L’importance du service et son universalité
- 5.2 — Chapitre 42. Les formes du service
- 5.3 — Chapitre 44. Le service caché
- 5.4 — Chapitre 45. Les conditions d’un service fructueux

Les Moyens spirituels
Par Sa Sainteté le pape Chenouda III, 117ᵉ patriarche d’Alexandrie
Sa Sainteté Chenouda III · 04 novembre 2026 · 79 min de lecture · 2 vues
Chapitre 1. La prière : qu’est-elle et comment doit-elle être ?§
La prière
Qu’est-elle ? Comment conduit-elle à Dieu ?
Toute prière n’est point considérée comme un moyen spirituel propre à te conduire à Dieu… Il me souvient ici de ce qui fut dit d’Élie : « il pria avec ferveur » (Jc 5, 17). La sienne fut une prière véritable, capable de fermer le ciel, puis de l’ouvrir à nouveau. « La prière agissante et fervente du juste a une grande efficace » (Jc 5, 16).
Qu’est donc la prière ? Comment la définir ?
La prière est un pont qui relie l’homme à Dieu. On l’a comparée à l’échelle de Jacob, dressée sur la terre et dont le sommet atteignait le ciel (Gn 28, 12). La prière n’est point de simples paroles, mais une relation… Elle est ta relation avec Dieu, par ton cœur et par tes pensées…
La prière est le sentiment de se trouver en la divine présence.
Sans ce sentiment, la prière ne saurait être prière… C’est le sentiment d’un cœur tourné vers Dieu, éprouvant que Dieu est avec lui ou qu’il se tient devant Dieu. Ainsi que le dit le prophète Élie : « L’Éternel des armées est vivant, devant qui je me tiens » (1 R 18, 15)… Devant Dieu, l’on oublie toute chose et rien ne subsiste dans l’esprit hormis Dieu seul. Tout s’efface et Dieu devient tout ; rien d’autre ne compte auprès de Lui…
La prière est l’œuvre du cœur, qu’elle s’exprime par des paroles ou non.
Elle est l’élévation du cœur vers Dieu, car le cœur s’entretient avec Dieu par les sentiments et les émotions plus encore que la bouche ne le fait par les paroles. Le cœur peut être élevé vers Dieu sans paroles.
Dès lors, le soupir du cœur est une prière devant Dieu. L’élan du cœur vers Dieu est une prière. Les sentiments d’amour envers Dieu sont une prière. Ainsi la prière est-elle une relation entre Dieu et l’homme. Et si cette relation de cœur n’existe point, les paroles ne sont d’aucune utilité.
Si tu aimes Dieu, tu prieras. Et si tu pries, ton amour pour Dieu grandira. Ainsi la prière est-elle une déclaration d’amour que nous exprimons en paroles.
Nous voyons clairement cet amour et ce sentiment dans les Psaumes de David, lorsqu’il dit : « Ô Dieu, Tu es mon Dieu ; je Te cherche dès l’aurore ; mon âme a soif de Toi » (Ps 63, 1), et : « Comme un cerf soupire après des courants d’eau, ainsi mon âme soupire après Toi, ô Dieu. Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant. Quand viendrai-je et paraîtrai-je devant Dieu ? » (Ps 42, 1-2). C’est le désir ardent de Dieu, la soif de Lui comme une terre aride a soif d’eau…
Nombreux sont ceux qui prient sans éprouver de réconfort, parce que leur prière est dénuée d’amour… Ce ne sont là que de simples paroles !
Dieu a rejeté les prières de ces personnes et a dit à leur sujet : «… ce peuple m’honore de ses lèvres, mais a éloigné son cœur de moi » (Is 29, 13). Et le Seigneur Jésus-Christ a réitéré ce même reproche, touchant les ### Chapitre 2. Les conditions de la prière agréée
Conditions de la prière agréée et exercices de prière
Toute prière n’est point agréée, car toute prière n’est point PRIÈRE.
La prière de l’orgueilleux pharisien ne fut point agréée à l’instar de celle du publicain contrit, qui s’en retourna dans sa maison justifié (Lc 18, 14). Il en est de même de la prière de ceux dont les mains sont pleines de sang. Le Seigneur dit à leur sujet : « Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux ; quand bien même vous multiplieriez les prières, je n’écoute point » (Is 1, 15). Il en va de même de la prière des hypocrites (Mt 6) et de ceux qui, pour la montre, font de longues prières (Mt 23, 14).
Il se peut que tu fasses une prière et que l’un des vingt-quatre vieillards s’avance, la recueille dans son encensoir d’or et la présente à Dieu, en suave odeur d’encens… (Ap 5, 8). Tandis qu’un autre priera tout au long du jour, et les anges s’étonneront à son sujet, car pas une seule de ses prières ne sera montée !
Quelles sont donc les conditions de la prière agréée ? !
Nombreuses en sont les conditions : nous mentionnerons ici qu’elle doit être dans l’esprit. En elle, l’esprit de l’homme s’entretient avec l’Esprit de Dieu, et son cœur s’unit au Cœur de Dieu. Telle est la prière issue de l’esprit et du cœur. C’est elle qui ouvre les portes du ciel, pénètre en la présence du Seigneur, Lui parle avec intimité, jouit de Lui et reçoit de Lui tout ce que l’esprit désire… C’est là la prière qui rassasie l’esprit, ainsi que le disait le Psalmiste :
« J’élèverai mes mains en Ton nom. Mon âme sera rassasiée comme de moelle et de graisse » (Ps 63, 4-5).
### Chapitre 3. Exercices de prière
1. Exerce-toi à prolonger le temps que tu passes en la présence de Dieu.
Combien est belle cette parole de David le psalmiste au Psaume 119, 97 : « Ô combien j’aime Ta loi ! Tout le jour elle est ma méditation. » Demande-toi donc : combien de temps passes-tu avec Dieu ? Nul doute que tu ne passes beaucoup de temps en conversations et en divertissements dont tu ne retires aucun profit… C’est un temps perdu. Puisses-tu consacrer davantage de temps à t’entretenir avec Dieu. Ne relègue point ce temps au terme de ton emploi du temps chargé, mais place-le au premier rang.
2. Exerce-toi à te lever de bon matin et à commencer la journée par la prière.
C’est l’heure où le cœur est limpide, non encombré par les pensées relatives au travail et aux autres charges. La maison est encore silencieuse, le reste de la maisonnée dormant encore et aucun bruit ne se faisant entendre. Tu seras seul avec Dieu, sans aucun obstacle ; Dieu sera le premier auquel tu parleras en ta journée, et tu recevras une bénédiction pour le jour tout entier…
## II. La sainte Bible
Chapitre 4. L’importance de la sainte Bible§
Béni soit-Il, le Seigneur Dieu, qui S’est abaissé pour nous parler, à nous qui ne sommes que poussière et cendre. Et béni soit-Il d’avoir ordonné à Ses saints prophètes de consigner Ses paroles à notre intention, en sorte que tout a été conservé pour nous dans la Sainte Bible, pour le bienfait de nos âmes et la lumière de notre sentier.
La Sainte Bible est le Livre des livres, ou encore « Le Livre ».
Lorsque nous disons seulement « Le Livre », nous entendons la Bible de Dieu, Ses paroles par lesquelles Il s’adresse à nous. Elle a été inspirée et énoncée par le Saint-Esprit par la bouche de Ses saints prophètes. « Car ce n’est point par une volonté d’homme qu’une prophétie a jamais été apportée, mais c’est poussés par le Saint-Esprit que de saints hommes de Dieu ont parlé » (2 P 1, 21). C’est pourquoi, dans le Symbole des Apôtres, nous disons du Saint-Esprit : « qui a parlé par les prophètes ». Et comme le dit l’Apôtre : « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice » (2 Tm 3, 16).
La Sainte Bible est un message qui t’est adressé, et qui ne se réjouirait d’un message de Dieu ? !
Saint Antoine le Grand reçut un jour un message de l’empereur Constantin. Ses disciples s’en réjouirent grandement, mais le saint mit le message de côté. Ses disciples furent saisis d’étonnement et brûlaient d’enthousiasme à l’idée de lire cette missive. Alors saint Antoine leur dit : « Mes enfants, pourquoi vous réjouissez-vous à ce point d’un message reçu d’un homme ? Voici que Dieu nous a envoyé de nombreux messages dans la Sainte Bible, et pourquoi ne les recevons-nous pas avec la même joie et le même enthousiasme ? ! » Après cela, il lut la lettre de l’empereur et y répondit afin de le bénir.
Et toi, si tu reçois une lettre d’une personne qui t’est chère, ne te réjouis-tu pas et ne la relis-tu pas maintes et maintes fois… ? Ne convient-il pas que tu fasses de même avec un message que tu reçois de Dieu… ?
Le message de Dieu qui t’est adressé, proféré par l’Esprit et prononcé par les prophètes qui étaient conduits par l’Esprit, est une parole pleine de l’Esprit. Nous la comprenons par l’Esprit et nous la vivons. Elle est, comme l’a dit le Seigneur :
« Les paroles que je vous dis sont esprit et elles sont vie » (Jn 6, 63).
Elle est la nourriture de notre esprit. Nous en sommes nourris et nous avons la vie…
Et comme le Seigneur l’a dit dans le Deutéronome (8, 3), et comme le Seigneur Jésus-Christ l’a répété : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4). Le pain est la nourriture du corps, or l’homme n’est pas seulement un corps, mais il possède un esprit, et l’esprit est nourri par les paroles de Dieu qui se trouvent dans Sa Sainte Bible.
Dans la Sainte Bible, nous avons notre pain quotidien, car nous vivons « […] de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Elle est le pain de vie et la nourriture de l’esprit.
C’est sans doute une part de ce que signifie cette parole : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. »
L’homme de Dieu se réjouit dans la Bible : « […] mais il trouve son plaisir dans la loi du Seigneur » (Ps 1, 2), et il la médite jour et nuit. Le mot « plaisir » indique que les commandements de Dieu ne sont ni un fardeau ni une obligation, mais la cause de ses délices…
Sa relation avec la Bible est permanente et continue. Il la médite jour et nuit.
Ne pense pas que cela n’ait été dit qu’aux seuls moines, mais bien à tous. Le Seigneur l’a dit au chef d’une armée accablé de responsabilités, qui conduisait des centaines de milliers d’hommes… Dans le commandement que le Seigneur adressa à Josué, fils de Nun, successeur de Moïse, Dieu lui dit :
« Que ce livre de la loi ne s’éloigne point de ta bouche ; médite-le jour et nuit, afin d’avoir soin d’agir selon tout ce qui y est écrit ; car alors tu feras réussir tes desseins, et alors tu auras du succès » (Jos 1, 8). Représente-toi un chef si affairé que Josué, chargé de si lourdes responsabilités, auquel Dieu dit pourtant : « Que ce livre de la Loi ne s’éloigne point de ta bouche » !…
Ces paroles ne s’adressent pas à Josué seul, mais à chacun de nous. C’est pourquoi le premier psaume dit de l’homme juste que… « son plaisir est dans la loi du Seigneur, et qu’il médite sa loi jour et nuit » (Ps 1, 2).
Le prophète David était roi, chef et père d’une nombreuse famille, investi de grandes responsabilités. Et malgré tout cela, il dit : « Tes témoignages sont ma méditation », et : « Ta loi est ma méditation ». Et il parle de son rapport au commandement et à la loi de Dieu en disant : « Ta parole est une lampe à mes pieds, et une lumière sur mon sentier », « Je me réjouis de ta parole comme celui qui trouve un grand butin », et : « Tes paroles sont plus douces à ma bouche que le miel ».
Comment David trouva-t-il le temps de méditer les paroles de Dieu jour et nuit, au point que les paroles du Seigneur devinssent son étude et sa méditation ? !
Nos pères les saints apprenaient par cœur de nombreux livres de la Bible, et ainsi la Bible se manifestait dans leur vie. Plût au ciel que nous organisions davantage de concours pour apprendre des versets de la Sainte Écriture ! Je me rappelle avoir dit un jour au peuple :
« Apprends l’Évangile, et l’Évangile te protégera. Apprends les Psaumes, et les Psaumes te protégeront. »
En apprenant des versets, tu pourras les répéter en toi-même, en méditer le sens et la profondeur en tout lieu : à la maison, au travail, en chemin, parmi les hommes… et ainsi nous nous lions d’amitié avec la Bible et ses paroles, et elle devient notre meilleure compagne…
Apprendre des versets, les répéter et les méditer est une vertu, et agir selon eux est une vertu plus grande encore.
C’est pourquoi le Seigneur Jésus-Christ a dit : «… Quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, je le comparerai à un homme sage qui a bâti sa maison sur le roc » (Mt 7, 24). Et le prêtre, dans la litanie de l’Évangile, dit : « Rends-nous dignes d’entendre et d’agir selon tes saints Évangiles »…
Le mot « digne » a un sens profond, car en vérité, qui sommes-nous pour être dignes d’entendre les paroles de Dieu et pour que Ses commandements nous soient confiés ? !
J’aimerais voir tes Bibles personnelles porter la marque de leur usage.
Qu’elles montrent leur vieillissement par des passages soulignés, reflets de tes lectures et de ta fréquentation… Ce sont là autant de souvenirs et de contemplations qui ont pénétré l’esprit et le cœur pour faire partie intégrante de la vie.
Lis et contemple. Mêle la lecture de la Bible à ton âme et pénètre dans ses profondeurs.
Ne te contente point du seul sens littéral… Par la contemplation, tu découvriras qu’un seul verset est semblable à une vaste mer sans rivage. Comme l’a dit David :
« J’ai vu la fin de toute perfection : ton commandement est d’une étendue infinie » (Ps 119, 96).
David disait cela alors qu’il ne possédait qu’environ neuf livres bibliques, tandis que nous disposons de la Bible entière, comprenant le Nouveau Testament et tous les livres des Prophètes. Chaque parole y est emplie de profondeur et constitue un trésor pour la contemplation.
La Sainte Bible n’est pas seulement une source de contemplation, mais aussi une source de consolation.
Quel que soit l’état de l’âme, il se trouve dans la Bible un verset qui console le cœur et le rassasie.
Dans son affliction, l’homme y trouve une parole de réconfort, et dans sa joie, il y puise ses délices. Dans son épreuve, il trouve une issue, et dans sa détresse, la paix. Dans son désespoir, il rencontre des versets d’espérance…
Les paroles de la Sainte Bible sont efficientes. Il t’arrivera d’en lire certaines et de dire à Dieu : « Seigneur, il est indubitable que Tu as prononcé ces paroles pour moi. »
Reçois donc la parole de Dieu comme un message personnel qui t’est directement adressé.
À toi tout particulièrement, et : « Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises. » L’Esprit a parlé par les prophètes précisément à ton intention.
C’est une épître qu’Il t’a envoyée à toi, et non point aux Romains ou aux Corinthiens. Lorsque l’empereur Constantin fit parvenir un message à saint Antoine, les disciples de ce dernier s’en réjouirent. Il leur dit alors : « Dieu, le Roi des rois, nous a envoyé tant de messages. Comment se fait-il que vous ne vous en soyez pas réjouis de la même manière ? »
La Sainte Bible n’est pas uniquement un message de consolation, elle est aussi une arme :
À chaque péché correspond un commandement que tu peux lui opposer. Tu constateras alors que le péché faiblit, tandis que le commandement te fortifie… Combien la parole de Dieu est puissante, même lorsqu’elle est brève !
« Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants » (He 4, 12).
Lors de la tentation sur la montagne, Satan ne put résister aux paroles de Dieu et fut incapable d’y répliquer…
La parole de Dieu témoignera contre nous au dernier jour, si nous ne la mettons pas en pratique.
Si nous ne savions pas, nous aurions une excuse. Mais quelle excuse nous reste-t-il désormais, alors que les paroles de Dieu nous ont tout expliqué ? ! Les paroles de Dieu n’ont jamais été données pour la simple connaissance, mais pour la vie… Agissons donc selon Ses paroles…
La parole de Dieu nous suivra en tout lieu où nous irons, résonnant à nos oreilles et troublant notre conscience si nous n’agissons point selon elle. Toutes les excuses forgées par l’esprit soumis aux désirs de l’âme ne nous seront d’aucun secours :
En même temps, la parole de Dieu dans notre bouche est le témoignage de notre spiritualité et de notre foi.
Il est des gens dont les propos, lorsqu’ils parlent, sont saturés des paroles de ce monde. Mais il en est un autre dont le langage trahit la présence de la Bible lorsqu’il s’exprime. À force de répéter des sentences de l’Écriture, son expression s’en imprègne et son style s’en trouve façonné, de sorte que « le livre de la loi ne s’éloigne point de sa bouche ». Et quiconque l’entend s’écrie : « Ton langage te fait reconnaître » (Mt 26, 73).
Accoutumons nos enfants à employer et à réciter des versets de la Bible, en citant une parole scripturaire à propos de tout ce qu’ils aperçoivent — qu’il s’agisse d’un livre, d’un arbre, d’un calame, d’une terre, d’une porte, d’une table… quoi que ce soit…
L’enfant accoutumé à cela fait sien le langage de la Bible dans son commerce et dans sa vie. Dès lors, il ignore le langage des pécheurs, le langage du monde, et ainsi il ne pèche point…
David disait : « J’ai serré Ta parole dans mon cœur, afin de ne point pécher contre Toi » (Ps 119, 11).
Il convient de déposer les paroles dans le cœur, centre des émotions, de l’amour et des sentiments, et non point seulement dans la bouche ou dans l’esprit, centre de la connaissance. Lorsque les paroles de Dieu reposent dans le cœur, nul ne pèche, car le commandement de Dieu s’est mêlé à nos sentiments. Combien est belle cette parole de l’Écriture au sujet de la Vierge Marie : « Elle conservait toutes ces choses et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19) !
Notre mère Ève compte parmi ceux qui ont péché pour avoir gardé les paroles de Dieu dans leur esprit et non dans leur cœur. Notre mère Ève fut interrogée par le serpent sur le commandement de Dieu. Sa réponse fut exacte et fort précise, mais, dans le même temps, elle transgressa le commandement et pécha.
Lis la Sainte Bible et sois certain qu’à chaque lecture, tu y découvriras quelque chose de nouveau, car les paroles de Dieu sont riches et pleines de bonté. Elles sont une source intarissable de contemplation ; c’est pourquoi nous voyons que David, qui en fit l’expérience, déclare :
« J’ai vu des bornes à tout ce qui est parfait, mais Ton commandement est infiniment vaste » (Ps 119, 96).
Cela signifie qu’il est une limite à toute perfection, mais que pour le commandement de Dieu, il n’en existe aucune en raison de sa profondeur. De même que Dieu est sans limites, de même l’est la profondeur de Sa parole. Quelque ardeur que tu mettes à la méditer, tu constateras que ces contemplations ouvrent devant toi des horizons sans bornes… Elle est perpétuellement nouvelle ; nouvelle en ton esprit et pour ton intelligence. C’est pourquoi le prophète Jérémie a dit : « Tes paroles se sont présentées, et je les ai dévorées » (Jr 15, 16).
Le prophète David déclare : « La loi du Seigneur est parfaite, restaurant l’âme ; le témoignage du Seigneur est sûr, rendant sage le simple ; les ordonnances du Seigneur sont droites, réjouissant le cœur ; le commandement du Seigneur est pur, éclairant les yeux… Les jugements du Seigneur sont vérité, tous ensemble justes. Ils sont plus désirables que l’or, oui, que beaucoup d’or pur ; plus doux que le miel et que le rayon qui s’égoutte » (Ps 19, 7-8.10).
Sois certain que chaque parole de la Bible que tu liras exercera son effet sur toi par sa vigueur et son autorité, même sans explication ni prédication.
Il suffit que la parole de Dieu soit énoncée pour convaincre quiconque, sans controverse ni grand effort. Il suffit de faire entendre la parole de Dieu pour que l’on ressente que Dieu se tient au milieu de nous et pour éprouver une grâce toute singulière. Cette parole illumine le sentier de l’homme.
L’Esprit Saint qui a inspiré la parole donne la force nécessaire pour qu’elle s’accomplisse. Souvenons-nous que lorsque la multitude entendit la parole au jour de la Pentecôte, il fut dit d’eux qu’« ils eurent le cœur transpercé » (Ac 2, 37).
Saint Paul disait également à son disciple Timothée : «… et que, dès l’enfance, tu connais les Saintes Écritures, qui peuvent te rendre sage à salut… » (2 Tm 3, 15). On y puise la conduite divine, ainsi que l’exprimait le prophète David : « Ta parole est une lampe à mes pieds, et une lumière sur mon sentier » (Ps 119, 105). Il est même allé plus loin encore :
« Si Ta loi n’eût été mes délices, j’eusse alors péri dans mon affliction » (Ps 119, 92).
Aussi observons-nous que notre Église copte a toujours porté la plus vive attention à la Sainte Bible.
### Chapitre 5. L’importance de la sainte Bible dans l’Église
La sainte Église porte une attention majeure à la Sainte Bible. À chaque Messe, nous lisons un chapitre de la Sainte Bible au cours de l’offrande de l’encens aux Vêpres, un autre chapitre aux Matines, et un troisième chapitre, qui est l’Évangile de la Messe.
Outre les Évangiles, des leçons sont également proclamées, tirées de l’Épître paulinienne, de l’Épître catholique et des Actes des Apôtres, avec des extraits des Psaumes précédant la lecture évangélique.
Pendant la proclamation de l’Évangile à l’église lors de la Divine Liturgie, deux diacres se tiennent debout, portant des flambeaux, signe figuratif de ce que l’Évangile est une lampe à nos pieds et une lumière sur notre sentier, et que la parole de Dieu resplendit, éclairant les yeux.
Avant la lecture de l’Évangile, l’Église récite la Litanie de l’Évangile, où le prêtre adresse au Seigneur cette supplication : « Rends-nous dignes d’entendre et d’accomplir selon Tes Saints Évangiles, par les prières de Tes saints. » Cela signifie que pour le simple fait d’écouter l’Évangile, nous devons être rendus dignes et avons besoin de l’intercession des saints. L’assemblée tout entière se lève tandis que le diacre s’écrie : « Debout, dans la crainte de Dieu, et écoutez le Saint Évangile »…
Tous les fidèles se lèvent avec révérence et, si un évêque ou le Patriarche est présent, il dépose sa mitre en signe de respect envers la parole de Dieu.
Le prêtre applique la Bible contre sa tête tout en faisant procession autour de l’Autel ; cet acte symbolise la diffusion de la Bonne Nouvelle par toute la terre…
Les homélies ecclésiales sont toutes fondées sur des versets de la Sainte Bible, et il en va de même pour les programmes de transmission spirituelle.
Chapitre 6. Ta relation avec la sainte Bible§
Ta relation avec la Sainte Bible converge vers certains points fondamentaux. Le point suprême consiste à posséder la Bible, à la garder auprès de toi, à la lire, à la comprendre, à la contempler, à l’étudier, à la graver dans ton esprit. Et, au-dessus de tout, à agir selon ses préceptes, à mettre en œuvre ses commandements et à les convertir en vie.
Posséder la Bible
Chacun se doit de posséder la Sainte Bible, soit sous la forme d’un volume important placé sur son bureau pour la lecture et l’étude, soit sous celle d’une édition de poche gardée dans un vêtement ou un sac afin d’être toujours à sa portée. Elle l’accompagne dans tous ses voyages, durant les heures de travail, au moment du repos ou lorsqu’il se trouve au milieu de ses semblables.
La Bible devient une amie et une compagne fidèle à son entrée et à sa sortie, dans ses allées et venues comme dans ses voyages. Il ressent qu’il ne saurait s’en priver en aucun temps. S’il omet de la prendre avec lui, il éprouve le sentiment d’avoir perdu une chose de la plus haute importance.
Je redoute que la Sainte Bible ne soit devenue une étrangère dans nos demeures ou dans notre existence, «… n’ayant pas où reposer Sa tête » (Lc 9, 58), ou bien qu’Elle ne repose que dans ta bibliothèque ou sur ta table, et non point dans ton esprit ni dans ton cœur ! Assurément, je n’entends pas que posséder la Bible revienne à en faire un objet rare en ta maison ou un porte-bonheur dans ta poche. Elle doit être vouée à ton usage continuel. Jamais tu ne parviendras à cette amitié avec la Bible si tu ne nourris envers elle un amour véritable…
Chapitre 7. L’effet de la sainte Bible§
Sa place en ta maison et exercices la concernant
L’un des versets les plus éclatants touchant l’efficace de la parole de Dieu est cette parole de Lui-même — béni soit Son Nom — : « Ainsi en est-il de ma parole qui sort de ma bouche : elle ne retourne point à moi sans effet, sans avoir exécuté ma volonté et accompli le dessein pour lequel je l’ai envoyée » (Is 55, 11).
Oui, la parole de Dieu ne retourne point à vide.
Elle a sa puissance et son efficace. Quiconque a éprouvé la puissance de la parole divine dans sa propre vie est capable de la communiquer également à autrui… Saint Paul l’Apôtre, exposant la puissance de la parole et son efficace, a dit : « Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus acérée qu’aucune épée à deux tranchants, pénétrant jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles, et discernant les pensées et les intentions du cœur » (He 4, 12).
Peut-être dira-t-on : « Pourquoi donc lis-je sans être touché ? »
Chapitre 8. L’œuvre de la sainte Bible en toi§
Son œuvre en toi
Si tu réponds à la parole de Dieu et que tu la laisses œuvrer en toi, quelle œuvre crois-tu que la divine parole accomplira en ton être ? Les fruits en sont sans doute innombrables. Considérons-les…
1. Elle recueille l’esprit dispersé et l’occupe des choses divines.
Si tes pensées sont dissipées, tu ne sauras jamais vers quelles contrées elles s’égareront. Mais la lecture, d’une manière générale, rassemble l’esprit distrait et le fixe sur le sujet médité. Quant à la lecture particulière de la Sainte Écriture, elle conduit les pensées vers un havre de paix. La componction dans la lecture confère un recueillement accru, né de la vénération de la parole de Dieu. Cette concentration produira son fruit spirituel.
2. La lecture de la Sainte Écriture te confère l’intelligence, l’illumination et la connaissance…
C’est pourquoi le Psalmiste dit : « Ta parole est une lampe à mes pieds, et une lumière sur mon sentier » (Ps 119, 105). Il dit encore : « Le précepte du Seigneur est limpide, il éclaire les yeux » (Ps 19, 8). Voilà pourquoi nous allumons un cierge lors de la lecture de l’Évangile, en mémoire de cette illumination. Touchant l’intelligence, le Psalmiste déclare : « Le témoignage du Seigneur est véridique, il rend sage le simple » (Ps 19, 7).
Il dit aussi : « Je suis plus instruit que tous mes maîtres, car tes témoignages sont ma méditation » (Ps 119, 99). Grâce à cette intelligence, l’homme s’instruit des voies du Seigneur, apprend à agir avec discernement et acquiert la sagesse spirituelle. Il en est d’autant plus ainsi lorsqu’il considère attentivement la conduite des justes de l’Écriture, leur manière d’agir envers Dieu et envers les hommes, « considérant l’issue de leur vie » (He 13, 7).
3. La lecture de l’Écriture te guide en outre vers la foi droite.
Il en est ainsi si la lecture s’accomplit avec intelligence, discernement et sous une sainte conduite. Retiens par cœur un verset ou davantage pour chaque vérité de foi. Chaque verset de l’Écriture devient dès lors un rempart contre les hérésies et les faux enseignements. C’est ainsi que procédaient les grands Pères de l’Église, ces héros de la foi. Ils combattaient les hérésies par leur compréhension profonde des Écritures et la multitude admirable de sentences bibliques gravées dans leur mémoire.
4. L’Écriture conduit également le lecteur à une vie de pénitence et à la croissance spirituelle.
À la lumière de ses commandements, on parvient à faire un examen de conscience rigoureux et à déceler ses faiblesses et ses péchés. L’on comprend dès lors qu’il ne suffit point de faire pénitence pour ses fautes, mais qu’il convient par-dessus tout d’aspirer à une vie de sainteté et de perfection, selon la parole de l’Apôtre : « De même que celui qui vous a appelés est saint, devenez vous aussi saints dans toute votre conduite ; car il est écrit : « Soyez saints, car je suis saint » » (1 P 1, 15-16 ; Lv 11, 44). Et le Seigneur dit également : « Vous serez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48).
L’Écriture explicite les détails de cette vie de pénitence, de sainteté et de perfection, en fournissant des modèles. À l’inverse, le Seigneur déclare : « Vous êtes dans l’erreur, ne connaissant point les Écritures » (Mt 22, 29).
5. La lecture de l’Écriture inspire en outre à l’esprit et à la volonté une sainte pudeur face aux assauts du péché.
Car comment la pensée, sanctifiée par les paroles divines et par l’atmosphère spirituelle de sa lecture, consentirait-elle à se souiller au contact d’une suggestion coupable ? !
6. Dans les combats diaboliques, on peut repousser le péché par un commandement.
C’est ce qu’enseigne Mar Évagre dans son traité sur le combat des pensées : « Si ton temps se consume en vains bavardages et en propos superflus, souviens-toi de cette parole de l’Écriture : « Les paroles abondantes ne sont point exemptes de péché » (Pr 10, 19), ainsi que de l’oraison du Psalmiste : « Pose, Seigneur, une garde à ma bouche, veille sur la porte de mes lèvres ! » (Ps 141, 3). »
Si le démon te combat par la colère, souviens-toi de la parole de l’apôtre Jacques : « Que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, lent à la colère ; car la colère de l’homme n’accomplit point la justice de Dieu » (Jc 1, 19-20). Rappelle-toi aussi ce précepte scripturaire : « Ne sois pas le compagnon d’un homme emporté, et ne chemine point avec un homme colérique » (Pr 22, 24).
Et si le démon t’assaille par des convoitises impures, souviens-toi de la sentence du Seigneur : « […] quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur » (Mt 5, 28). Médite également cette parole du juste Job : « J’avais fait un pacte avec mes yeux : comment donc eussé-je arrêté mes regards sur une vierge ? » (Jb 31, 1).
Ainsi, lorsque les versets de l’Écriture demeurent solidement enracinés en ton esprit et en ton cœur, tu es à même de les faire surgir et de les opposer à toute guerre spirituelle fomentée par l’Ennemi… La seule mémoire du commandement te remplira d’une sainte réserve et préservera ton cœur de consommer la faute. Quiconque pèche s’est fort probablement assoupi dans l’oubli des préceptes de Dieu ; l’amour du péché l’a plongé dans la torpeur…
7. Les paroles de l’Écriture t’apportent également la consolation aux jours de détresse et la vigueur aux heures de défaillance.
Bien des fois David le Prophète s’écria dans ses Psaumes vers le Seigneur : « […] j’espère en ta parole » (Ps 119, 81). Il dit encore : « Souviens-toi de ta parole à ton serviteur, par laquelle tu m’as donné l’espérance ! C’est là ma consolation dans mon affliction » (Ps 119, 49-50)… Et chaque fois qu’il essuyait les assauts de l’Adversaire, il chantait : « Si le Seigneur n’eût été pour nous, quand les hommes s’élevèrent contre nous, ils nous auraient engloutis tout vivants… Notre âme s’est échappée comme le passereau du filet des oiseleurs ; le filet s’est rompu, et nous sommes libres ! Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait les cieux et la terre » (Ps 124, 2-3.7-8).
Combien sont nombreuses les paroles de la Bible touchant l’espérance… !
Pour celui qui les lit et les garde en sa mémoire, son cœur sera consolé et trouvera la paix, ainsi que le dit l’Apôtre : «… Joyeux dans l’espérance » (Rm 12, 12)… Les promesses de Dieu dans Sa Sainte Bible accordent à l’âme une admirable tranquillité, comme lorsqu’Il dit : « Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20), ou lorsqu’Il dit : « Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point… » (Mt 10, 30-31), et encore : « Je suis avec toi, et personne ne mettra les mains sur toi pour te faire du mal » (Ac 18, 10)… Nombreux sont les versets de cette sorte… Puisses-tu les rassembler et les apprendre par cœur…
Et pour discourir de tout cela, le temps et l’espace me manqueraient.
La Bible renferme tout, pour chacun et pour toute situation.
Quelles que soient tes circonstances et quel que soit ton état intérieur, tu trouveras dans la Bible un message qui t’apportera la consolation. Tu y trouveras tout ce dont tu as besoin et tout ce qui te convient. Il suffit, par exemple, de prendre le Livre des Psaumes, qui exprime toute forme de sentiments et de prières. Le Livre des Proverbes dispense toutes sortes de conseils. Chaque livre contient un message particulier à ton intention, si tu sais bien le choisir et l’entendre…
### Chapitre 9. L’usage de la Bible : l’apprendre par cœur
1- Tu peux tout d’abord l’utiliser comme matière pour la prière.
Outre ta prière avant et après la lecture, lire la Bible allume en toi des sentiments particuliers que tu éprouveras le besoin de transformer en prière. Ainsi, la lecture du Livre des Psaumes, par exemple, t’enseigne comment prier et de quelle manière tu dois t’adresser à Dieu. Il en va de même lorsque tu lis les prières des hommes de Dieu dans la Bible, telles que la prière du prophète Daniel (Dn 9), la prière d’Esdras (Esd 9), ainsi que la prière de Nahum (Na 1), la prière de Salomon (1 R 8), la prière de Jonas lorsqu’il était dans le ventre du poisson (Jon 2), le cantique de Marie (Lc 1), et le reste des cantiques et des prières qui se trouvent dans la Bible.
2- La Bible peut être une matière pour la contemplation :
En choisissant un événement particulier dans les livres historiques et en le contemplant, ou en méditant sur l’un des miracles ou sur un verset, avec ton cœur et tes pensées.
3- Fais des commandements de la Bible un champ d’exercices spirituels.
### Chapitre 10. La Bible dans ta maison
