
Les églises de la Sainte Vierge Marie « Haret El Roum » et « Haret Zouila »
Naguib Mahfouz Naguib · 8 min de lecture · 2 vues
Deux des plus anciennes églises du Caire portent le nom de la Sainte Vierge Marie: celle de « Haret El Roum » (la ruelle des Grecs) et celle de « Haret Zouila ». Toutes deux ont abrité, à des époques différentes, le siège patriarcal de saint Marc, et toutes deux conservent un patrimoine iconographique remarquable. Cette notice en décrit l’architecture, les sanctuaires et les icônes, ainsi que les églises annexes qui leur sont rattachées.
I. L’église de la Sainte Vierge Marie « Haret El Roum »
La date de construction de l’église demeure inconnue: elle remonterait au VIe siècle de notre ère, ou peut-être seulement au Xe siècle. Démolie, reconstruite et restaurée à plusieurs reprises, elle fut l’une des églises les plus importantes du Caire et abrita durant un temps le Saint-Siège de saint Marc.
Le saint chrême y fut consacré à trois reprises: une première fois sous le pontificat du pape Matthieu (90e patriarche) en 1460, une deuxième fois sous celui du pape Jean (103e patriarche) en 1703, et une troisième fois sous celui du pape Jean (107e patriarche) en 1785.
#### La structure de l’édifice
L’intérieur se compose d’une salle d’entrée, de deux ailes — nord et sud —, d’un khorus et de trois sanctuaires. La toiture est formée de douze coupoles: trois surmontent les sanctuaires, à raison d’une par sanctuaire, et les neuf autres couvrent le reste de l’église, c’est-à-dire la nef centrale et les deux ailes.
L’ambon de bois se dresse dans la nef; il est orné d’icônes représentant le Christ, les quatre évangélistes, saint Jean Chrysostome et saint Grégoire.
#### Le khorus et le sanctuaire central
Dans le khorus, un support de bois placé devant le sanctuaire central porte, sur une face, une grande icône de la Crucifixion et, sur l’autre, une icône de la Résurrection; de part et d’autre, deux icônes plus petites figurent les saintes femmes au Saint-Sépulcre et la Sainte Vierge Marie avec l’Ange.
Devant le sanctuaire central se dresse une iconostase de bois surmontée d’une rangée d’icônes, au centre desquelles la Sainte Vierge Marie est entourée des douze disciples. À l’intérieur du sanctuaire, l’autel de marbre est couronné d’un baldaquin de bois orné d’images variées, à l’intérieur comme à l’extérieur. Derrière l’autel, une estrade de marbre compte sept degrés sculptés.
Au milieu du mur oriental s’ouvre une absidiole en cul-de-four, au centre de laquelle apparaît le Christ en gloire. Les murs du sanctuaire central sont décorés des vingt-quatre prêtres de l’Apocalypse et de nombreuses autres figures. À droite et à gauche du sanctuaire central, deux icônes représentent la Sainte Vierge Marie et le grand martyr saint Georges.
#### L’aile sud
Le mur de l’aile sud porte les icônes de l’archange Michel, du grand martyr saint Georges, de la Sainte Vierge Marie et de saint Abonofer l’Ermite.
Le sanctuaire sud est dédié aux quatre Vivants; il est précédé d’une iconostase de bois surmontée d’icônes variées dues au peintre Anastasi Al Roumi. Une porte, à droite du sanctuaire, ouvre sur un long couloir menant à l’ancien baptistère, au-dessus duquel figure l’icône du Baptême. Sur le mur oriental de ce couloir, un cadre réunit d’anciens dessins représentant le grand martyr saint Georges, les quatre archanges — Michel, Gabriel, Raphaël et Souriel — et saint Philopater Mercure.
#### L’aile nord
Au mur de l’aile nord sont accrochées les icônes de sainte Marine, de saint Marc et des patriarches Abraham, Isaac et Jacob.
Le sanctuaire nord est dédié à sainte Marine. L’iconostase de bois qui le précède est surmontée des icônes de sainte Marine, sainte Barbara, sainte Sophie, saint Isidore, saint Cyrille, saint Panteleimon, saint Chenouda et son disciple saint Wissa. À gauche du sanctuaire nord, d’autres icônes figurent saint Pacôme, l’entrée à Jérusalem, les patriarches Abraham, Isaac et Jacob, saint Marc et sainte Demiana; la plupart d’entre elles sont l’œuvre du peintre Anastasi Al Roumi.
Depuis l’aile nord, une porte conduit à une petite église dédiée à saint Théodore: une iconostase de bois fait face à son sanctuaire, et le baptistère se trouve à droite de celui-ci.
#### L’église Saint-Georges, à l’étage
À l’étage supérieur s’élève l’église du grand martyr saint Georges, semblable à celle de la Sainte Vierge Marie dans son plan général, et dont la toiture compte également douze coupoles.
Elle comprend une salle d’entrée réservée au baptistère, une nef centrale, deux ailes — nord et sud —, un khorus doté d’un ambon simple, et trois sanctuaires, chacun précédé d’une iconostase de bois surmontée d’icônes diverses. Dans le sanctuaire central, le mur oriental s’ouvre sur une absidiole où figure le Christ en gloire. L’église conserve en outre deux icônes représentant sainte Demiana et saint Chenouda.
II. L’église de la Sainte Vierge Marie « Haret Zouila »
L’église de la Sainte Vierge Marie de Haret Zouila compte parmi les plus anciennes et les plus vastes églises du Caire. Démolie puis reconstruite à plusieurs reprises, elle fut la résidence du siège de saint Marc du XIVe siècle jusqu’en 1660.
#### La structure de l’édifice
L’intérieur se compose d’une salle d’entrée, de deux ailes — nord et sud —, d’un khorus et de trois sanctuaires orientés à l’est. Trois rangées d’anciennes colonnes de marbre séparent la nef centrale des ailes latérales et de la salle d’entrée. La toiture est en forme de pignon. L’ambon, de marbre, repose sur quatre colonnes de marbre.
Une icône moderne de la Cène est installée dans le rideau du chœur. Sur le pilier sud du khorus, une icône rare et remarquable de l’Annonciation remonte à 1355; la colonne opposée porte une icône de saint Marc.
#### Le sanctuaire central
Le sanctuaire central, principal, est dédié à la Sainte Vierge Marie. Il est précédé d’une iconostase de bois surmontée de treize icônes centrées sur celle de la Sainte Vierge Marie, entourée de six disciples de chaque côté. Au-dessus de cet ensemble, une colonne carrée porte une croix ornée de rayons près de la tête et des bras.
À l’intérieur, l’autel de marbre est recouvert d’un baldaquin de bois reposant sur quatre colonnes de marbre; au centre de la coupole se trouve une image acéphale du Christ, accompagnée d’autres figures d’une grande finesse. Derrière l’autel, une estrade de marbre compte six degrés: les trois inférieurs droits, les trois supérieurs semi-circulaires. L’abside occupe le milieu du mur oriental.
#### L’aile sud et le sanctuaire sud
Le mur de l’aile sud réunit des icônes de sujets variés, parmi lesquelles des œuvres de l’artiste Jean l’Arménien datant de 1771.
Le sanctuaire sud est dédié à l’archange Gabriel. L’iconostase qui le précède porte sept icônes anciennes représentant l’Annonciation, la Nativité, le Baptême, l’entrée à Jérusalem, la Résurrection, l’Ascension et la descente du Saint-Esprit sur les disciples.
À gauche du sanctuaire sud, une icône figure saint Théodore l’Oriental; à droite, une porte mène à une chapelle où sont réunies des icônes de sujets divers. La plus importante représente la Sainte Vierge Marie assise sur l’arbre issu de la racine de Jessé, entourée des prophètes et des anges; d’autres icônes figurent des saints.
#### L’aile nord et les sanctuaires orientaux
Le mur de l’aile nord porte des icônes et ouvre sur quatre chapelles, chacune abritant des icônes de la Sainte Vierge Marie, des anges et des saints, ainsi que d’anciennes icônes de saint Barsoum le Nu.
À l’extrémité orientale de l’aile nord se trouvent deux sanctuaires. Le premier est dédié à l’archange Michel; il est précédé d’une iconostase datant de 1779, et l’abside s’ouvre au milieu de son mur oriental. Le second est dédié à saint Jean-Baptiste et précédé, lui aussi, d’une iconostase.
Au bout du côté ouest de l’église, une chapelle abrite en son milieu une icône de la Crucifixion, encadrée à gauche d’une icône de la Sainte Vierge Marie et à droite d’une icône du Baptême.
III. L’église Saint-Philopater Mercure
L’église de saint Philopater Mercure, connue sous le nom d’église d’Abou Seifein, fut fondée par Ibrahim El Gohary en 1777.
Elle se compose d’une nef centrale, de deux ailes — nord et sud —, d’un khorus, de trois sanctuaires et d’un baptistère. Six colonnes, trois de chaque côté, séparent la nef centrale des ailes latérales. La nef est couverte d’une coupole et le sanctuaire du milieu d’une demi-coupole. L’ambon de bois, dans la nef, repose sur six colonnes de bois.
Le sanctuaire central, principal, est dédié à saint Philopater Mercure. Il est précédé d’une iconostase surmontée d’un ensemble d’icônes centré sur la Sainte Vierge Marie portant l’Enfant Jésus, parmi les archanges et les disciples. À l’intérieur, l’autel de marbre est couronné d’un baldaquin porté par quatre colonnes de marbre; derrière l’autel, une estrade de marbre compte cinq degrés, et l’abside occupe le centre du mur oriental.
Les dédicaces des sanctuaires nord et sud ne sont pas connues; ils conservent chacun un ensemble d’icônes. Le baptistère consiste en une fontaine de marbre.
IV. L’église du grand martyr saint Georges
L’église du grand martyr saint Georges est l’église supérieure de l’ensemble et porte le nom du grand martyr saint Georges.
Malgré ses dimensions modestes, elle comprend une nef centrale, deux ailes — nord et sud —, un khorus et trois sanctuaires. Des colonnes séparent la nef des ailes latérales: certaines sont d’anciennes colonnes de marbre, d’autres sont modernes.
À l’extérieur de l’église, une petite salle abrite une chapelle consacrée à la Sainte Vierge Marie, avec une icône de la Sainte Vierge Marie accompagnée de deux icônes de saints. La plus ancienne icône conservée représente le grand martyr saint Georges et date de 1782.
