Les Dix Concepts
Par Sa Sainteté le pape Chenouda III, 117ᵉ patriarche d’Alexandrie
- 01 — Chapitre I — La force
- 1.1 — La force est un attribut de Dieu
- 1.2 — Les sources de la force
- 1.3 — La force de l’esprit
- 1.4 — La force de l’âme
- 1.5 — La force des nerfs
- 1.6 — La force de l’amour
- 1.7 — La force de caractère
- 1.8 — La force de la volonté
- 1.9 — La puissance de la prière et la puissance de la foi
- 02 — Chapitre II — La liberté
- 2.1 — Dieu désire que tout homme soit libre
- 2.2 — À la liberté répondent responsabilité et reddition de comptes
- 2.3 — Tu n’as absolument pas le droit d’obtenir une liberté absolue
- 2.4 — Les limites imposées à la liberté sont pour ton bien et non pour te restreindre
- 2.5 — La vraie liberté consiste à s’affranchir de la faute
- 2.6 — Celui qui est libéré intérieurement du péché peut user sainement de la liberté extérieure
- 2.7 — Certains se contraignent pour parvenir à la véritable liberté
- 03 — Chapitre III — Le repos et la fatigue
- 3.1 — Différentes formes de repos
- 3.2 — Le repos du corps
- 3.3 — La fatigue entre l’âme et l’esprit
- 3.4 — La fatigue intérieure
- 3.5 — Le repos de la conscience
- 3.6 — Le service
- 04 — Chapitre IV — L’ambition
- 4.1 — L’ambition
- 4.2 — La fausse ambition
- 4.3 — La différence entre les deux types
- 05 — Chapitre V — Le péché
- 5.1 — Le péché
- 5.2 — Le péché contre Dieu
- 5.3 — Le péché par rapport à l’homme
- 06 — Chapitre VI — L’amour et l’amitié
- 6.1 — L’amour d’abord pour Dieu
- 6.2 — Différentes formes d’amour
- 6.3 — L’amitié
- 6.4 — L’amour erroné
- 6.5 — L’amour en actes
- 6.6 — La relation avec Dieu
- 07 — Chapitre VII — Le scandale
- 7.1 — Qu’est-ce que le scandale ?
- 7.2 — La connaissance du péché
- 7.3 — Faciliter le péché
- 7.4 — Le goût du péché
- 7.5 — Un autre nom du péché
- 7.6 — Différents types d’occasions de chute
- 7.7 — Le mauvais exemple
- 7.8 — La culture et les médias
- 7.9 — Le grand et le petit
- 7.10 — La conscience
- 7.11 — L’hypocrisie
- 08 — Chapitre VIII — La douceur
- 8.1 — L’importance de la douceur
- 8.2 — Qu’est-ce que la douceur ?
- 8.3 — La perte de la douceur
- 8.4 — La douceur et le courage
- 09 — Chapitre IX — Le droit et la justice
- 9.1 — C’est la sincérité
- 9.2 — Le danger des demi-vérités
- 9.3 — Les droits d’autrui
- 9.4 — La vérité contre le faux
- 9.5 — La perte du droit
- 9.6 — La Vérité est Dieu
- 10 — Chapitre X — La connaissance
- 10.1 — La Connaissance
- 10.2 — Différents types de connaissance
- 10.3 — La connaissance nuisible
- 10.4 — La connaissance des futilités

Les Dix Concepts
Par Sa Sainteté le pape Chenouda III, 117ᵉ patriarche d’Alexandrie
Sa Sainteté Chenouda III · 05 novembre 2026 · 141 min de lecture · 1 vue
La force est un attribut de Dieu§
Certes, la force est une qualité aimée de tous. Tout être humain aime être fort, et les enfants de Dieu sont précisément censés être forts.
Afin de traiter du concept de force, nous évoquerons les points suivants :
Commençons par le fait que la force est l’un des attributs de Dieu :
Dans le Trisagion, nous disons : « Saint Dieu, saint Fort… », et dans la louange de la Pascha, nous disons : « À Toi la force et la gloire ». Nous concluons également la prière du Seigneur en disant : « Car c’est à Toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire » (Mt 6, 13). Et lorsque l’inspiration divine a parlé de l’Esprit de Dieu, elle a dit : « Esprit de conseil et de force » (Is 11, 2). L’acte de la création, la résurrection des morts et tous les miracles sont autant de preuves de la puissance de Dieu…
Et puisque Dieu est fort et que nous avons été créés à l’image de Dieu et selon Sa ressemblance (Gn 1, 26-27), nous sommes donc censés être forts. Cela nous conduit au second point, à savoir :
C’est pourquoi nous répétons, dans la louange de la Pascha, la parole du psalmiste dans le psaume : « L’Éternel est ma force et le sujet de mes louanges ; c’est lui qui m’a sauvé » (Ps 118, 14). Le psaume dit également : « Je t’aime, ô Dieu, ma force ! » et, dans d’autres traductions : « Je t’aime, ô Éternel, ma force ! » (Ps 18, 1). C’est pour cela que l’inspiration divine déclare dans le livre du prophète Zacharie : « Ce n’est ni par la puissance ni par la force, mais c’est par mon Esprit, dit l’Éternel des armées » (Za 4, 6). Pour toutes ces raisons, l’Écriture affirme : « Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes » (1 Co 1, 27). Pourquoi donc ? Saint Paul répond : « Afin que cette grande puissance soit attribuée à Dieu, et non pas à nous » (2 Co 4, 7). Et pour que Dieu soit la source de notre force, qu’il est beau de dire avec l’apôtre Paul :
« Je puis tout par le Christ qui me fortifie » (Ph 4, 13).
Oui, nous voulons être forts, mais que Dieu soit la source de notre force. C’est lui qui nous fortifie. Ne nous appuyons pas sur notre propre force, mais sur la sienne. Tenons-nous devant lui comme des faibles, afin de puiser la force auprès de lui. Je me souviens avoir écrit un jour dans mon carnet :
« Le diable dit à Dieu : « Laisse-moi les forts, car je me charge d’eux. Quant à ceux qui ressentent leur faiblesse, ils se réfugient auprès de Toi et me combattent avec la force qu’ils reçoivent de Toi, et je ne puis rien contre eux. » »
Les sources de la force§
Naturellement, la source principale est Dieu seul. C’est ainsi que le Seigneur a dit à ses disciples : « Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous » (Ac 1, 8), et l’apôtre Paul a dit : « Je puis tout par le Christ qui me fortifie » (Ph 4, 13).
Toutes les causes que certains mentionnent — qu’il s’agisse de la force de la personnalité, de la force de la pensée, de la force de l’âme, de la force de la volonté ou de la force de l’esprit… — ne mènent à aucun résultat sans Dieu. Car le Seigneur a dit :
« Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5).
Mais si la force de Dieu entre dans ta vie, elle apparaîtra alors dans tous ces aspects… Demande donc la force à Dieu, afin de chanter cette belle louange :
« Le Seigneur est ma force et ma louange, et il est devenu mon salut » (Ps 118, 14).
C’est pourquoi certains peuvent s’étonner lorsqu’ils entendent le Seigneur Jésus dire à ses disciples : « Celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes » (Jn 14, 12) ! Mais il y a une différence essentielle et fondamentale :
Le Seigneur Christ accomplit les miracles par sa propre force.
Tandis que les croyants, eux, accomplissent les miracles par sa force à lui.
Le miracle peut être très grand, mais il ne s’accomplit pas par leur propre force, mais plutôt par la force du Seigneur qui agit en eux, Lui qui leur a dit : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5).
Les enfants de Dieu sont censés être forts, mais à condition que la source de leur force soit Dieu Lui-même, et non pas qu’ils soient forts en comptant sur leur propre force ou en s’en glorifiant…
Regarde David : il était sans doute plus faible que Goliath le géant qui se vantait de sa force. De plus, il attribuait toute la force à Dieu, lorsqu’il dit à ce géant : « Tu viens à moi avec l’épée, la lance et le javelot ; et moi, je viens à toi au nom de l’Éternel des armées… Aujourd’hui l’Éternel te livrera entre mes mains… car la bataille appartient à l’Éternel, et Il vous livre entre nos mains » (1 S 17, 45-47).
C’est ainsi que David triompha de Goliath, car Goliath combattait avec sa force humaine, tandis que David combattait avec la force de Dieu.
Lorsque saint Pierre et saint Jean firent lever le boiteux à la porte appelée la Belle, les gens s’attroupèrent autour d’eux, frappés de stupeur devant le miracle. Les deux saints dirent alors au peuple : « Pourquoi vous étonnez-vous de cela ? Pourquoi fixez-vous les regards sur nous, comme si c’était par notre propre puissance ou par notre piété que nous avions fait marcher cet homme ? » (Ac 3, 12). Puis ils orientèrent les regards des gens vers le Seigneur Christ qu’ils avaient crucifié : « Et c’est par la foi en son nom que son nom a raffermi celui que vous voyez… et lui a donné cette entière guérison en présence de vous tous » (Ac 3, 16).
Il y a aussi un passage de l’épître de saint Paul l’Apôtre que nous lisons lors de la consécration des moines, où nous leur disons : « Au reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur, et par sa force souveraine. Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de tenir ferme contre les ruses du diable » (Ép 6, 10-11). C’est comme si nous leur disions : vous apprêtez à livrer contre Satan et ses légions une guerre qui requiert de la force. Et cette force doit nécessairement être la puissance divine qui vous fortifie.
La force de l’esprit§
Certains jeunes pensent que la force désigne la force physique, celle dont font preuve les champions de boxe, de lutte et de karaté. Une force semblable à celle de Samson le héros (Jg 13–16).
Mais la force physique n’est pas tout.
Bien plus, beaucoup de ceux qui étaient forts selon le corps étaient faibles.
Samson le héros, qui avait vaincu tant d’hommes par le corps, fut faible devant la séduction de Dalila et l’amour qu’il lui portait. Il faiblit devant son insistance et lui révéla son secret ; elle lui rasa alors les cheveux et le livra aux mains de ses ennemis, qui lui crevèrent les yeux, le lièrent de chaînes et le réduisirent à moudre dans la prison (Jg 16, 19-21).
Et David, qui avait vaincu le géant Goliath (1 S 17) et qui était dès sa jeunesse « un vaillant héros et un homme de guerre » (1 S 16, 18), ce vaillant héros fut faible devant la beauté de Bethsabée : il tomba, pécha et mérita d’être châtié par le Seigneur, et fit se réjouir les ennemis du Seigneur (2 S 12, 7-14).
C’est ici que nous lisons ce que saint Jean le bien-aimé dit aux jeunes gens dans sa première épître :
« Je vous ai écrit, jeunes gens, parce que vous êtes forts, et que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le Malin » (1 Jn 2, 14).
Il s’agit là d’un autre genre de force : celui de vaincre le Malin (c’est-à-dire le diable).
· Ainsi, le fort est celui qui vainc le péché.
Et il le vainc parce que la parole de Dieu demeure en lui, parce que le commandement de Dieu est affermi dans son cœur. Quant à l’homme vaincu par le péché, nous ne pouvons pas dire de lui qu’il est fort. Il y a en lui un point faible par lequel Satan peut entrer et le vaincre…
Quels que soient les violents combats spirituels auxquels tu es exposé, tu résistes jusqu’au sang (He 12, 4), tu luttes, tu demandes l’aide de Dieu et tu ne te rends jamais, jusqu’à ce que tu triomphes, comme le fit Joseph le juste (Gn 39).
L’esprit fort ne permet pas à lui-même d’être asservi à une quelconque habitude. Il n’accepte pas d’être vaincu, quelle que soit la violence du combat… quelle que soit la tromperie de Satan et quelles que soient ses ruses… Il est plus fort que sa séduction et que toutes ses tromperies et ses ruses.
De même, celui qui est vaincu par une habitude est un homme faible…
Celui qui est vaincu, par exemple, par l’habitude de fumer ou par les boissons enivrantes, ou qui tombe sous l’emprise de la dépendance à la drogue, n’est pas fort, car il est faible devant toutes ces habitudes. Face à elles, il ne peut détenir la maîtrise de sa volonté. Bien plutôt, c’est l’habitude ou la dépendance qui a le pouvoir sur sa volonté et ses actes, et elles peuvent le conduire au crime.
La force de l’âme§
Elle est semblable aux rochers dans le fleuve, que heurtent les eaux et les vagues au fil des ans et des siècles, tandis qu’ils demeurent inébranlables à leur place ; ou aux montagnes que battent les vents, les pluies et les torrents sans en être affectées. Tel est l’homme fort dans son âme : il dit avec le prophète David : « Si une armée campait contre moi, mon cœur n’aurait aucune crainte ; si une guerre s’élevait contre moi, je serais malgré cela plein de confiance » (Ps 27, 3).
L’homme fort est un homme inébranlable face aux problèmes insolubles et face aux menaces. Il est fort de l’intérieur, quelle que soit la pression venue de l’extérieur.
Quant au faible, il imagine des sujets de frayeur et s’en trouble.
Peut-être même n’ont-ils aucune existence ! Mais, en raison de sa peur intérieure, il s’attend à voir survenir les tourments, et il s’angoisse ainsi sans raison !
L’homme fort n’envisage point l’éventualité de l’échec ou de la défaite. Comme l’a dit saint Paul l’Apôtre : « Car ce n’est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais un esprit de force » (2 Tm 1, 7) et : « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage » (2 Co 4, 16). Quels que soient les combats, les peines et les tribulations… rien de tout cela ne pénètre dans son cœur pour l’accabler.
L’homme fort affronte les tribulations en les maintenant à l’extérieur de lui-même.
Quant au faible, il les laisse pénétrer dans son cœur et dans ses nerfs, et elles l’épuisent.
L’étudiant faible entre à l’examen. S’il trouve une question difficile, il transpire, est en nage, a le vertige et oublie tout ce qu’il avait appris ! Quant à l’étudiant fort, il réfléchit à la solution, commence par ce qui est facile pour prendre des forces, puis revient à ce qui est difficile pour le résoudre…
En réalité, la véritable notion de la force doit être centrée sur la force intérieure.
Certains peuvent sembler forts de l’extérieur, alors qu’ils sont totalement perdus de l’intérieur. Quelqu’un peut entendre une parole blessante et dire extérieurement : « Que Dieu te pardonne… », tandis qu’à l’intérieur, il brûle de colère et de rancœur… Présenter l’autre joue (Mt 5, 39) — comme l’a dit un saint — c’est présenter la joue intérieure, c’est-à-dire l’endurance au-dedans, le pardon intérieur et le blâme de soi-même.
De plus, la force intérieure est la victoire sur soi-même du dedans.
Le fort n’est pas celui qui triomphe des autres, mais celui qui triomphe de lui-même.
Et comme l’a dit un saint : la faculté d’irascibilité a été placée dans l’homme non pour qu’il se mette en colère contre les autres, mais pour qu’il se mette en colère contre lui-même s’il commet une faute.
Et il est bien dit dans le Psaume : « Toute resplendissante est la fille du roi au-dedans » (Ps 45). Si donc tu triomphes de toi-même du dedans, tu pourras triompher de toutes les choses extérieures… Dès lors, tu pourras vaincre tous les ennemis extérieurs. Et saint Jean Chrysostome a dit vrai lorsqu’il affirmait : « Nul ne peut faire de tort à un homme, à moins que cet homme ne se fasse du tort à lui-même ».
Ainsi, l’un des éléments de la force est la maîtrise de soi.
Celui qui maîtrise sa langue est un homme fort, selon le témoignage de saint Jacques l’Apôtre (Jc 3, 2). Et que de personnes ont pour point faible les fautes de la langue, et en paient chèrement le prix !
De même, l’homme fort est celui qui sait maîtriser ses pensées, afin qu’elles ne le terrassent point, ne l’égarent pas au gré de leurs caprices et ne le fassent pas tomber dans une multitude de péchés.
L’homme fort est aussi celui qui se maîtrise au temps de la colère. Il se maîtrise au temps du jeûne, quant à la nourriture et à la boisson. Il se maîtrise enfin quant au temps, afin de ne point le gaspiller dans le plaisir et le divertissement, et de ne pas faillir à ses responsabilités…
La force des nerfs§
Il existe une autre forme de force : la force des nerfs.
L’homme aux nerfs faibles : le moindre mot le provoque et l’irrite, lui fait perdre son calme et la maîtrise de lui-même, l’entraîne à pécher dans ses actes et dans ses paroles, et fait de lui la cible des critiques d’autrui… car ses nerfs, trop fragiles, n’ont pas su endurer, quelle que soit sa force dans d’autres domaines.
Certes, les nerfs relèvent du corps, mais le facteur psychologique exerce sur eux une réelle influence. Ainsi, l’homme en proie au péché de la colère voit ses nerfs s’enflammer promptement. Il en va de même pour l’homme dominé par l’amour-propre et le souci de sa dignité personnelle : le moindre mot qui effleure sa dignité — ou qu’il croit l’effleurer — éprouve ses nerfs qui s’avèrent incapables de supporter.
Cette fragilité nerveuse constitue chez lui un point faible.
C’est pourquoi l’Apôtre a dit : « Nous devons, nous qui sommes forts, supporter les faiblesses des faibles » (Rm 15, 1). Ainsi, celui qui agresse autrui est l’être faible, tandis que celui qui supporte est le fort. Il est semblable à la montagne inébranlable que n’émeuvent pas les fautes commises contre lui par autrui.
Cette montagne, quand bien même on lui jetterait des pierres, demeure ferme et ne vacille point.
Quant à celui qui s’emporte, cherche à se venger et fait du mal à autrui, c’est un homme vaincu par lui-même, et non par autrui. Le moindre mot le trouble, lui fait perdre son calme et met ses nerfs à vif.
Quant à l’homme fort, il a des nerfs solides et une grande endurance.
Ainsi, celui qui supporte est le fort, et celui qui offense autrui est le faible.
Puisses-tu donc t’examiner toi-même, voir quelles sont tes faiblesses et déployer tous tes efforts pour en triompher… L’homme fort n’est pas celui qui l’emporte sur les autres, mais plutôt celui qui parvient à triompher de lui-même. En effet, certains s’imaginent être victorieux et forts extérieurement, alors qu’au-dedans ils sont faibles et vaincus.
Non seulement il supporte les offenses des gens, mais il endure également les événements et les épreuves.
Il supporte les difficultés qui accablent les autres. Il supporte les maladies, les détresses et les accidents.
Le Seigneur Christ était fort dans Son endurance. Il était fort dans Son endurance face au défi alors qu’Il était sur la croix, lorsqu’ils Lui disaient : « Si Tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! » Et c’est ainsi que nous Lui disons dans la divine liturgie : « Tu as supporté l’injustice des méchants. »
L’agression est facile. N’importe quel homme psychologiquement faible ou sans force de caractère peut agresser autrui. Mais le fort, c’est celui qui supporte.
Dans la vie conjugale : si les deux conjoints sont faibles et incapables d’endurer, le foyer peut être détruit ! En revanche, si l’un d’eux au moins est fort, il peut supporter l’autre, et la paix peut alors subsister entre eux…
Il se peut qu’un homme soit faible, incapable d’endurer. Une certaine nouvelle peut suffire à le faire s’effondrer : elle ébranle ses nerfs, son moral, ses pensées. Sa santé ne le supporte pas, sa tension monte, ou son cœur ne tient pas le coup. Et peut-être tombe-t-il à terre, faute d’avoir eu la force d’endurer cette nouvelle !
Passons à un autre point : la force de l’amour.
La force de l’amour§
L’Écriture dit : « L’amour est fort comme la mort… Les grandes eaux ne peuvent éteindre l’amour, et les fleuves ne le submergeraient point » (Ct 8, 6-7).
L’amour est fort sur le plan positif, par le sacrifice et le don qu’il offre, allant jusqu’au don de soi pour celui qu’il aime…
Et il est fort — sur le plan passif — par sa patience envers les fautes de celui qu’il aime, quoi qu’il fasse ; c’est pourquoi l’Apôtre a dit de lui : « L’amour ne périt jamais » (1 Co 13, 8).
Quant à l’homme qui perd son amour pour un ami ou un être cher à cause d’une parole prononcée ou d’un faux pas, son amour pourrait bien être faible.
L’amour a su monter sur la croix afin de sauver et de racheter.
L’amour fort a supporté le reniement de Pierre, le doute de Thomas et la fuite des disciples au moment de l’arrestation du Bon Maître. L’amour fort peut s’étendre aux ennemis et à ceux qui maltraitent, et bénir ceux qui le maudissent (Mt 5).
La force de caractère§
· L’un de ses traits les plus marquants est la force de l’esprit et de la pensée.
C’est un homme fort par son intelligence, par la vivacité de son esprit, par sa puissance de persuasion, par la remarquable profondeur de sa compréhension et de ses déductions. Il possède la force du style et la force de la mémoire… C’est pourquoi, lorsqu’il aborde un sujet quelconque, il l’étaye par une pensée vigoureuse, capable d’attirer les autres de telle sorte qu’ils adhèrent à sa logique.
Il ne court point après chaque rumeur, ni après chaque doctrine. Au contraire, il réfléchit, examine soigneusement les choses avec intelligence et s’attache à ce qui est le meilleur… Par son intelligence et son discernement, il réussit dans toute responsabilité qui lui est confiée. Il se tient fort face au problème : celui-ci ne le terrasse point, mais il le résout, ou le supporte jusqu’à ce qu’il soit résolu.
Quant à celui qui s’effondre devant les problèmes, il n’est point fort.
· La personnalité forte est celle qui ne se laisse point entraîner par un mauvais conseil. C’est celle qui influence autrui sans subir l’influence d’autrui, hormis le conseil des hommes spirituels… Avoir une forte personnalité ne signifie point être obstiné et intraitable dans son opinion, mais plutôt être fort dans le bien : facile d’entente, mais sans être un jouet entre les mains d’autrui.
Il y a des personnes qui ont la force d’influencer les autres. Ce sont elles qui conviennent au service et à la direction. Au contraire de l’homme faible dans sa pensée : si fort soit-il dans son corps, ou éminent dans sa position, il peut être guidé par une autre personne à ses côtés, plus intelligente et plus profonde de pensée que lui…
Un problème peut survenir à un homme, et il refuse tout conseil ; quoi qu’on lui dise, il ne se laisse pas convaincre… jusqu’à ce qu’une autre personne lui parle et l’influence. Il écoute alors son conseil. Ses paroles sont puissantes et agissantes, elles ont leur impact et ne reviennent pas sans effet…
Cela est également utile dans le cercle de l’amitié, dans le domaine de l’action sociale, et pour quiconque assume une direction et une conduite. Cela sert aussi à l’écrivain et au journaliste, car la personnalité possède alors de la force, de l’attrait et de l’influence.
• Il y a un autre homme, fort dans son service et sa prédication.
Il a la puissance de la parole et la force d’influencer les autres, et il peut attirer les âmes vers Dieu…
Et sa parole ne revient point sans effet (Is 55, 11), mais elle porte continuellement du fruit. Parmi les exemples de ce genre, il y eut saint Paul l’Apôtre, saint Marc, et saint Athanase l’Apostolique qui se dressa contre les ariens et répandit la foi véritable… Il en va de même de tout père prêtre spirituel, profond dans son rayonnement spirituel, ainsi que de tout prédicateur et serviteur qui réussit dans son ministère.
Et nous tenons à préciser que la douceur ne s’oppose nullement à la force.
Car le Seigneur Christ était à la fois fort et doux.
Il « ne contestait point et ne criait point », tout en possédant la force de persuasion et la puissance de la personnalité. Et Il réduisait au silence Ses contradicteurs dans chaque débat.
La force de la volonté§
L’une des manifestations de la force est d’avoir une force de volonté, une force de détermination. Si la personne le veut, elle peut accomplir… Si elle s’engage dans un exercice spirituel, par exemple, dès lors qu’elle commence, elle peut persévérer et mener la tâche à bien. Quant à l’homme faible, il se peut qu’il veuille sans pouvoir ; il se peut qu’il commence sans persévérer.
Et l’une des manifestations de la volonté est la maîtrise de soi.
L’homme fort est en mesure de se maîtriser, que ce soit au moment de la colère ou devant le désir de vengeance. Il se maîtrise également face à la convoitise et lorsqu’il est assailli par quelque péché que ce soit… L’homme fort peut maîtriser sa langue, maîtriser ses sens et maîtriser ses pensées.
S’il est diabétique, par exemple, il sait se retenir à l’égard des aliments interdits… Et j’ajoute ici : si quelqu’un ne parvient pas à se maîtriser quant à la nourriture — que ce soit dans la maladie ou durant le jeûne —, comment pourrait-il se maîtriser face à une convoitise ou face au moindre péché ? !
Il est des hommes qui peuvent être faibles devant une tentation particulière.
Devant l’attrait d’un poste, l’attrait de l’argent ou la séduction des désirs charnels… il ne peut résister. Sa faiblesse le terrasse ou sa convoitise l’emporte sur lui : il tombe alors… et peut même apostasier !
D’autres faiblissent devant la vaine gloire, devant les paroles d’éloge et de flatterie.
Quant aux martyrs et aux confesseurs, ils étaient au sommet de la force face à toutes les séductions.
La puissance de la prière et la puissance de la foi§
· Une autre sorte de force est la puissance de la prière…
La prière puissante par sa foi, sa ferveur, son humilité et sa spiritualité, qui peut monter jusqu’au ciel et obtenir l’exaucement.
Beaucoup ressentent la force de la personne qui possède une telle prière, et recourent à elle dans leurs difficultés afin que Dieu les résolve pour eux par son intermédiaire…
La prière des saints apôtres était très puissante, à tel point qu’il a été dit d’eux : « Quand ils eurent prié, le lieu où ils étaient assemblés trembla ; ils furent tous remplis du Saint-Esprit » (Ac 4, 31). C’est la prière puissante qui monte vers les hauteurs, parvient jusqu’au trône de Dieu et obtient de Lui ce qu’elle désire…
Penses-tu avoir une telle prière, vers laquelle les autres pourraient recourir ? Tu peux lire au sujet d’une telle prière dans la vie des saints, à qui furent confiés les trésors de Dieu : ils y puisaient par leurs prières et donnaient aux hommes…
La prière puissante est une prière fervente, remplie de foi.
Une foi forte confère de la puissance à la prière.
Et la force de la prière, jointe à la force de la foi, agissent ensemble.
Par la puissance de la foi, Pierre marcha sur les eaux. Mais lorsque sa foi faiblit, il commença à s’enfoncer. Le Seigneur le sauva alors et le reprit en disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (Mt 14, 31).
Une foi solide peut accomplir des miracles. Il suffit de rappeler cette parole de l’Écriture :
« Tout est possible à celui qui croit » (Mc 9, 23).
Élisée partit avec la femme sunamite, certain qu’il ressusciterait son fils (2 R 4, 35) ; de même fit Élie auprès de la veuve de Sarepta, et il ressuscita son fils (1 R 17, 22).
Une foi vigoureuse croit que le Seigneur viendra, fût-ce à la quatrième veille de la nuit, et qu’Il agira assurément… Elle croit que Lazare ressuscitera, même quatre jours après son ensevelissement.
C’est une foi qui ne chancelle point, quand bien même Dieu « tarderait » à son égard ou qu’elle aurait le sentiment que ses prières ne sont pas exaucées. Une foi qui ne doute nullement de l’amour de Dieu, malgré les afflictions qui l’assaillent et perdurent, et quand bien même « sur son dos les pécheurs l’ont frappé et ont prolongé leur iniquité » (Ps 129).
La force de la foi ne réside pas uniquement dans la confiance envers l’œuvre de Dieu.
Elle se manifeste également face aux hérétiques.
Comme la force de la foi de saint Athanase, qui se dressa contre les idées des ariens et contre tous les doutes qu’ils propageaient. Mais la foi qui était dans son cœur était plus forte que tous leurs doutes…
À l’opposé de la foi faible qui résiste face au doute, mais ne résiste pas face aux hérésies et aux doctrines pernicieuses.
