Les cinq livres contre Nestorius
Réfutation des blasphèmes de Nestorius, en cinq tomes
- 01 — Livre I — CEUX qui désirent scruter la sainte Écriture et qui, ce faisant, chassent loin d’eux la…
- 02 — Livre II — La langue est un feu et un mal indomptable, ainsi qu’il est écrit ; repoussant loin de…
- 03 — Livre III — Grand est, de l’aveu de tous, le mystère de la piété, et admiré même par les saints…
- 04 — Livre IV — Le divin Paul, montrant que l’ombre de la Loi n’est pas sans profit pour ceux qui ont…
- 05 — Livre V — LE Bienheureux Paul, à la voix inspirée par Dieu, se glorifie dans les souffrances du…

Les cinq livres contre Nestorius
Réfutation des blasphèmes de Nestorius, en cinq tomes
Saint Cyrille d’Alexandrie · 20 septembre 2026 · 385 min de lecture · 12 vues
CEUX qui désirent scruter la sainte Écriture et qui, ce faisant, chassent loin d’eux la négligence, et qui, au contraire, ont soif de la parvenir, et s’y appliquent vigoureusement et sans nulle indolence — la possession de tout bien sera leur partage, car ils remplissent leur esprit de la Lumière divine ; et l’appliquant ensuite aux doctrines de l’Église, ils accueillent tout ce qui est droit et sans mélange, et cela très volontiers, et le déposent dans les trésors cachés de leur âme, et se réjouissent autant de ce qu’ils ont, dans leur désir de science, amassé, que d’autres, gens du monde, se réjouissent d’amasser insatiablement des gemmes indiennes ou de l’or — bien plus, davantage encore : car la sagesse vaut mieux que les pierres précieuses, et rien de précieux n’est digne d’elle, comme il est écrit. Car je dis que ceux qui sont sages et prudents et habiles dans les doctrines divines doivent se souvenir de ce qui a été utilement écrit par l’un des saints disciples : Frères, éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu. Et le divin Paul dit qu’aux saints a été donné le discernement des esprits.
Car celui qui dit « Seigneur Jésus » ne le dira que par l’Esprit-Saint ; et ceux qui, par ignorance, lâchent une langue de contradiction contre ceux qui pensent droitement en cela, ceux-là disent presque « Jésus, anathème », et c’est de Béelzébub qu’ils tiennent cela. Il nous faut donc, nous appliquant à tout éprouver avec subtilité, d’une manière achevée et l’esprit en éveil, tomber sur les écrits de certains, et examiner avec habileté quels termes ils emploient au sujet du Christ, Sauveur de nous tous, et imiter, et cela justement, les changeurs d’argent les plus expérimentés et les plus éprouvés, qui reçoivent la monnaie authentique et rejettent soigneusement la fausse et la mauvaise. Et à cela le bienheureux Paul nous invite en disant : Soyez des changeurs habiles, éprouvez tout, retenez ce qui est bon, abstenez-vous de toute forme de mal. Et c’est chose aussi, à d’autres égards, tout à fait honteuse et inconvenante, que dans les affaires de cette vie nous nous montrions sans nulle épargne pour ce qui contribue au profit, et que nous mettions au contraire notre zèle à rechercher et poursuivre ce par quoi nous pourrions vivre splendidement, tandis que nous négligeons des choses si sacrées et comptons pour rien le salut de l’âme, le laissant s’enfoncer en des fosses et des marécages, exposant parfois notre esprit, non vigilant pour la vérité, au pur plaisir de ceux qui choisissent de dire ce qu’ils ne devraient pas, sans vouloir rechercher diligemment quel est le sens vrai et profitable de ce qui a été lu, quel est le sens perverti qui s’écarte de l’exactitude de la doctrine et cause dommage à l’âme qui s’y attache. Or pour l’âme il n’est rien d’égale valeur, aux yeux de ceux qui sont parfaits en intelligence.
Il nous faut donc examiner, et cela très strictement, les écrits sur les doctrines divines, et si l’un d’eux marche de concert avec les saintes Écritures et suit avec elles sa route claire et très sûre, qu’il soit acclamé par nous aussi avec des témoignages de son orthodoxie ; mais s’il forme son langage froidement, de travers et à faux, donnant plutôt la mort à ses lecteurs, qu’il entende de toute bouche : « Mais vous proférez et nous enseignez une autre erreur. »
Que l’on fasse donc, ou bien l’arbre bon et son fruit bon, ou bien l’arbre mauvais et son fruit mauvais ; car l’homme bon, du bon trésor de son cœur, tire de bonnes choses, et l’homme mauvais, du mauvais trésor de son cœur, tire de mauvaises choses, selon la parole véridique du Sauveur. Car le dieu de ce monde a aveuglé les entendements des hérétiques incrédules, afin que la lumière de l’évangile de la gloire du Christ ne resplendît point : et ils ont été trompés de bien des manières. Car les uns (misérables !) disent que le Verbe issu de Dieu le Père est moindre que Celui qui l’a engendré, et n’ont pas frémi de Lui attribuer une mesure étrangère et digne d’un esclave ; d’autres, aiguisant contre le Saint-Esprit leur bouche impie et intempérante, entendent à bon droit le Prophète dire : Mais approchez ici, fils impies, race d’adultères et de la prostituée, contre qui vous êtes-vous joués ? et contre qui avez-vous ouvert la bouche et lâché la langue ? N’êtes-vous pas des enfants de perdition, une race sans loi ? Mais ceux-là marcheront dans leur propre lumière et trouveront les flammes qu’eux-mêmes ont allumées : pour nous dont le souci est l’orthodoxie, il convient que nous rendions un compte sage et exact de chacune des doctrines divines et que nous fuyions les accusations [proférées par] leur bouche sans frein, de peur qu’en quelque chose bronchant et péchant contre les frères et blessant leur conscience faible, nous ne péchions contre le Christ. Écoutons donc Celui qui dit : Si mon ennemi m’avait outragé, je l’aurais supporté, et si celui qui me haïssait avait parlé fièrement contre moi, je me serais caché de lui ; mais TOI, un homme mon intime, mon guide et mon ami, qui adoucissais avec moi la nourriture, dans la maison de Dieu nous marchions en harmonie. Mais que ces choses retombent sur la tête des ennemis qui font la guerre à la gloire de notre Sauveur, et estiment le blasphème contre Lui comme leur mets délicat : pour nous, il convient et il est nécessaire (comme je l’ai dit) que, zélés à goûter ce qui Lui plaît, nous ne suivions point [une doctrine] étrangère à la vérité ou qui dévie en quelque autre direction, et tend à la corruption, [mais que nous suivions] ce qui est pour le bien de notre troupeau et que la Vérité elle-même couronne par des témoignages de sa justesse.
Et je dis cela pour être tombé sur un certain livre composé par quelqu’un, contenant un large recueil d’homélies, disposées avec ordre et méthode et ne manquant d’aucune des ressources voulues pour le lecteur. Et si quelque chose avait été dit par son auteur qui, tombant dans l’oubli, dût s’évanouir, j’aurais estimé un devoir de me taire moi-même et de conseiller aux autres d’en faire autant ; de peur que des choses dites si inconsidérément et si étourdiment ne vinssent à la connaissance de beaucoup d’autres, et de ceux qui viendront après nous. Mais puisqu’une multitude de blasphèmes a été entassée dans ce livre, et qu’une grande accusation y a été portée, aboyant contre les doctrines de la vérité, comment n’eût-il pas fallu que nous, à notre tour, nous nous préparions (pour ainsi dire) au combat et combattissions en faveur de ses lecteurs, afin qu’ils n’en reçussent point de dommage, mais qu’ils sussent au contraire repousser vaillamment le tort de ce qui est dit à faux ? Car le divin Jean fut appelé par le Christ, Sauveur de nous tous, Fils du tonnerre, et à bon droit, car il retentit, pour ainsi dire, sur toute la terre sous le ciel et tonna sur le monde, proférant quelque chose de vaste et d’immense. Car il fait pleinement connaître le mystère vraiment redoutable et puissant de l’Incarnation de l’Unique-Engendré : car il a dit, Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu ; toutes choses ont été faites par lui, et sans lui rien n’a été fait (Jn 1, 1-3). Mais après avoir fait une initiation exacte et complète, et déclaré que l’Unique-Engendré, étant Dieu et engendré de Dieu ineffablement par nature, est Auteur et Créateur de toutes choses ; alors, alors, au moment convenable, il commence enfin à exposer la très sage économie qui fut accomplie pour nous et en notre faveur, et il dit, Et le Verbe a été fait chair, et il a habité parmi nous (et nous avons vu sa gloire, gloire comme du Fils unique du Père), plein de grâce et de vérité (Jn 1, 14). Car il a dit que le Verbe était chair, montrant la force de la véritable union, entendue comme une union « de personne » ; et en disant qu’il a habité parmi nous, il ne nous permet pas de concevoir que le Verbe, qui est issu de Dieu selon la Nature, ait passé en chair, laquelle est de la terre. Car celui qui n’est pas tout à fait exact quant à ce qu’est la Nature divine, laquelle surpasse tout ce qui est engendré, aurait pu (je suppose) estimer qu’elle était sujette au changement et pouvait devenir insoucieuse de ses biens propres et essentiels, et se changer (pour ainsi dire) en quelque chose d’autre que ce qu’elle est, et être abaissée aux mesures de la création, soumise de manière imprévue à des changements et des altérations. Mais que cela soit tout à fait impossible (car la Nature de Dieu est établie et demeure inébranlablement en ce qu’elle est), il l’a attesté en disant que le Verbe a habité parmi nous, quoiqu’il fût fait chair : expliquant habilement la sagesse de l’Économie et prenant bien garde que la Nature du Verbe ne fût accusée par personne d’être devenue chair par changement et détournement.
Nous-mêmes donc, suivant la pensée des inspirés, et sans nullement outrepasser la définition de la Foi, nous disons que Celui qui est issu de Dieu par nature, l’Unique-Engendré, Celui qui est dans le sein du Père, Celui par qui sont toutes choses et en qui sont toutes choses, tout en ayant, avant tout siècle et tout temps, sa propre existence, et coexistant toujours avec Celui qui l’a engendré, descendit à un anéantissement volontaire dans les derniers temps du monde, et prit la forme de serviteur, c’est-à-dire devint, selon notre condition, homme économiquement, et fut fait semblable en toutes choses à ses frères, participant pareillement au sang et à la chair, et qu’il subit ainsi avec nous et comme nous la naissance, et prit en lui-même l’entrée en existence de sa propre chair, non qu’il eût besoin d’un second commencement d’être (car le Verbe était au commencement, et le Verbe était Dieu), mais afin de rassembler en lui le genre humain, en une seconde prémice de toutes choses après la première, né selon la chair d’une femme, selon les Écritures. Car étant ainsi Riche, il s’est fait pauvre pour nous ramener à sa propre richesse et avoir tout en lui-même par la chair qui lui fut unie. Car c’est ainsi que nous avons été ensevelis avec le Christ par le saint Baptême, et avons été ressuscités et faits asseoir avec lui dans les lieux célestes. Car ainsi l’a écrit l’intendant de ses mystères, le héraut et apôtre, et ministre des oracles de l’Évangile, le très sage Paul. Nécessaire donc, tant pour la foi du Mystère que pour son exacte démonstration, est le fait de la véritable union, j’entends de personne, afin que le mode de la génération selon la chair de l’Unique-Engendré soit sans reproche, lui qui n’a pas été (comme je l’ai dit) appelé à une seconde existence (car lui-même est l’Auteur des siècles), mais s’est abaissé économiquement à l’humanité pour nous, et n’a pas méprisé les lois de la nature humaine, mais a voulu avoir en propre, avec la chair, la génération charnelle aussi. C’est pourquoi nous disons qu’il est né selon la chair, celui qui coexiste toujours avec le Père. Car ainsi il a condamné le péché dans la chair, et il a anéanti en nous la puissance de la mort, ayant été fait comme nous, lui qui n’a point connu le péché, lui en qui nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes.
Mais certains (je ne sais comment) font tort à la très sacrée beauté des dogmes de l’Église et flétrissent la sainte et toute pure Vierge, l’abaissant à la difformité malséante de leurs propres imaginations, et armant contre nous une multitude d’inventions nouvelles. Car ils accusent, comme quelque chose de bâtard et d’inconvenant, bien plus, comme allant au-delà de tout langage convenable, le mot « Mère de Dieu », que les saints Pères avant nous ont formé pour la sainte Vierge ; et ils séparent, divisant en deux fils distincts, l’unique Seigneur Jésus-Christ, et ôtent à Dieu le Verbe les souffrances de la chair, quoique nous-mêmes n’ayons pas dit qu’il a souffert dans sa propre Nature, en tant que Dieu, mais nous lui attribuons plutôt, avec la chair, les souffrances aussi qui sont advenues à la chair, afin que lui aussi soit confessé être Sauveur (car c’est par ses meurtrissures que nous avons été guéris, comme il est écrit, et il a été blessé pour nos transgressions — Is 53, 5 —, bien qu’incapable de recevoir aucune blessure) : et NOUS avons été sauvés par le fait qu’il a subi pour nous la mort par son propre corps.
Mais je m’essaierai à démontrer clairement ce que j’ai dit, car je vais maintenant lire les paroles de celui qui a composé ce livre, et d’abord celles qu’il a proférées, s’élevant en termes fort peu ménagés contre le mot « Mère de Dieu ». Mais comme il repasse à plusieurs reprises sur les mêmes paroles, il est nécessaire que nous aussi nous repassions à plusieurs reprises sur les mêmes pensées ; pardonnez, je vous prie, pardonnez-nous, à nous qui ne nous répétons pas de propos délibéré, mais qui avons résolu que, en quelque direction que se porte le dessein de ses paroles, là aussi nous devions opposer notre réponse. Il a donc parlé ainsi, avilissant le titre de la sainte Vierge, je veux dire « Mère de Dieu » :
Nestorius. « J’ai souvent (dit-il) demandé » (c’est-à-dire à ceux qui le contredisent) « dites-vous que la Divinité a été engendrée de la sainte Vierge ? Ils reculent aussitôt devant cette parole : qui (dit l’un) serait assez malade d’un tel excès de blasphème pour dire qu’en celle qui a porté le temple par l’Esprit, en elle Dieu ait été formé ? Puis, quand je réponds à cela, Qu’y a-t-il donc d’incongru en ce que nous disons, en conseillant de fuir ce mot, et de venir à l’expression commune, signifiant les deux natures ? alors il leur semble que ce qui est dit est un blasphème. Ou bien reconnaissez clairement que la Divinité est née de la bienheureuse Marie, ou, si vous fuyez cette expression comme blasphème, pourquoi, disant la même chose que moi, fais-tu semblant de ne pas la dire ? »
§1. Ceux donc qui pensent le contraire de ce que tu as toi-même dit et jugent bon (je ne sais comment) de le tenir, ceux-là ont été clairement attestés par ta propre bouche comme ayant, à l’égard du Christ, Sauveur de nous tous, une opinion droite et très sûre, et tenant dans leur esprit la foi qu’ils avaient reçue transmise aux Églises qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et ministres de la parole et prêtres de nos mystères et fidèles intendants. Car ils rejettent (et cela très justement) comme une preuve manifeste d’ignorance et d’impiété extrême, la simple pensée que le Verbe issu de Dieu le Père ait été appelé à un second commencement d’être, ou ait pris chair de la sainte Vierge comme racine de sa propre existence ; ils l’appellent néanmoins Mère de Dieu, comme ayant enfanté l’Emmanuel, qui est par nature Dieu : car le Verbe a été fait avec nous, étant Dieu par nature et au-dessus de nous. Disent-ils donc le contraire de ce qu’ils pensent ? Car quelqu’un de ceux qui pensent comme toi dira sans doute : « Si tu dis que la Nature du Verbe n’est pas issue de la chair, et si tu te libères de cette accusation, comment affirmes-tu que la sainte Vierge a enfanté Dieu ? » Mais toi, tu entendras de nous à ton tour : l’Écriture inspirée de Dieu dit que le Verbe issu de Dieu le Père a été fait chair, c’est-à-dire a été uni sans confusion et personnellement à la chair ; car le corps qui lui a été uni et né d’une femme ne lui est pas étranger, mais, de même que pour chacun de nous son corps lui est propre, de la même manière le corps de l’Unique-Engendré est le sien propre et d’aucun autre : car c’est ainsi qu’il est né aussi selon la chair. Comment donc (dis-moi) aurait-il été fait chair, s’il n’avait reçu naissance d’une femme, les lois de la nature humaine l’y appelant, et l’existence corporelle ne pouvant avoir d’autre commencement ? Car ce n’est pas (je suppose), en prêtant attention aux jongleries des Grecs, que nous irons aussi raconter en fable que les corps des hommes naissent du chêne ou du rocher : mais nos lois, c’est la nature qui nous les a fixées, ou plutôt le Créateur de la nature, car de même que chacune des choses existantes naît de ce qui lui est apparenté, ainsi en est-il de nous-mêmes, et non autrement (comment le pourrait-il ?). Car rien de ce qu’elle veut accomplir n’est impraticable à la puissance divine et ineffable, pourtant elle procède par ce qui convient à la nature des choses qui sont, sans déshonorer les lois qu’elle a elle-même établies. Et il n’eût pas été impraticable au Verbe, qui peut tout, ayant déterminé, il est vrai, pour nous, de devenir comme nous, de refuser cependant la naissance d’une femme, et de se façonner à lui-même de l’extérieur, par sa propre puissance, un corps, comme nous disons qu’il en fut ainsi pour notre premier père Adam : car Dieu prit (dit-il) de la poussière de la terre et forma l’homme (Gn 2, 7). Mais puisque cela eût donné occasion aux incrédules qui désirent accuser le Mystère de l’Incarnation, et (avant tous) aux impies Manichéens, que tu dis à maintes reprises craindre voir bondir sur ceux qui appellent la sainte Vierge Mère de Dieu, comme s’ils affirmaient que l’Incarnation du Verbe n’exista qu’en pur fantasme ; il fallut qu’il progressât par les lois de la nature humaine, et puisque son dessein était d’assurer à tous qu’il est devenu véritablement homme, il a pris la semence d’Abraham, et la bienheureuse Vierge étant le moyen de cette même fin, il a pris part comme nous au sang et à la chair ; car ainsi, et non autrement, pouvait-il devenir Dieu avec nous. Nécessaire d’une autre manière encore, pour ceux qui sont sur la terre, était l’Incarnation ou l’Inhumanation du Verbe. Car s’il n’était pas né comme nous selon la chair, s’il n’avait pas pris part comme nous à la même nature, il n’aurait pas affranchi la nature de l’homme du blâme contracté en Adam, il n’aurait pas chassé de nos corps la corruption, ni n’aurait cessé la force de la malédiction qui, disons-nous, vint sur la première femme ; car il lui fut dit : Tu enfanteras des fils dans la douleur.
Mais la nature de l’homme, tombée dans la maladie de la désobéissance en Adam, est devenue désormais approuvée dans le Christ par l’obéissance parfaite : car il est écrit : Comme par la désobéissance d’un seul homme beaucoup ont été rendus pécheurs, ainsi par l’obéissance d’un seul beaucoup seront rendus justes (Rm 5, 19). Car en Adam elle a souffert : Tu es poussière et tu retourneras en poussière (Gn 3, 19), dans le Christ elle a gagné la richesse de pouvoir être supérieure aux peines de la mort, et, pour ainsi dire, de triompher de la corruption, en disant ces paroles du Prophète : O mort, où est ta victoire ? ô tombeau, où est ton aiguillon ? (1 Co 15, 55). Elle était devenue maudite, comme je l’ai dit, mais dans le Christ cela même fut réduit à néant. Et véritablement il fut dit quelque part à la sainte Vierge, Élisabeth prophétisant en esprit : Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni (Lc 1, 42). Le péché a régné sur nous, et l’inventeur et père des péchés s’est comporté avec orgueil envers tous ceux qui vivent sous le ciel, leur objectant la transgression des lois divines : mais dans le Christ nous voyons la nature de l’homme, comme dans des prémices nouvelles de notre race, avoir de la confiance auprès de Dieu. Car il a dit clairement : Le prince de ce monde vient, et il ne trouve rien en moi (Jn 14, 30).
Mais, mon bon monsieur (dirais-je avec raison), à moins que le Fils Unique ne soit devenu comme nous, ne soit devenu comme nous par nul autre moyen que la naissance dans la chair d’une femme, nous n’aurions pas été enrichis de ce qui est à lui. Car ainsi que le très sage Paul nous l’écrit, Emmanuel, le second Adam, nous est apparu, non pas de la terre comme le premier, mais du ciel. Car le Verbe qui est d’en haut et qui vient du Père n’est pas descendu dans la chair de quelqu’un ni dans une chair étrangère (comme je l’ai déjà dit), ni non plus n’est-il descendu sur l’un quelconque de ceux qui nous ressemblent pour habiter en lui, comme il était dans les prophètes ; mais ayant fait sienne la chair qui provenait d’une femme et né d’elle selon la chair, il a récapitulé en lui-même la naissance de l’homme, fait comme nous selon la chair, lui qui est avant tous les siècles issu du Père. C’est cette confession de foi que les divines Écritures nous ont transmise. Mais toi tu feins de craindre que quelqu’un d’entre nous ne suppose que le Verbe engendré de Dieu ait eu le commencement de son être d’une chair terrestre : tu supprimes entièrement le mystère de l’économie avec la chair, disant que la sainte Vierge ne doit pas être appelée par nous Mère de Dieu : tu détournes ceux qui l’appellent Mère de Dieu vers une confession inévitable et comme nécessaire, celle de supposer que le Verbe issu de Dieu est devenu fruit de la chair. Mais il n’en est pas ainsi, loin de là. Car celui qui a son être de Dieu le Père avant tout temps (car il est l’Artisan des siècles), dans les derniers temps du siècle, depuis qu’il s’est fait chair, est dit avoir été engendré selon la chair. Car si le corps est conçu comme le sien propre, comment ne s’appropriera-t-il pas entièrement et totalement la naissance de son propre corps ? Toi-même aussi tu approuverais la foi droite et sans tache de ceux qui pensent ainsi, si tu te persuadais de raisonner et de confesser que le Christ est vraiment Dieu, l’Unique et le Seul, issu de Dieu le Père, non pas divisé séparément en homme et pareillement en Dieu, mais le Même, à la fois Verbe issu de Dieu le Père et homme issu d’une femme comme nous, tout en demeurant Dieu.
Mais que tu accuses la naissance selon la chair du Verbe, déclarant en toute façon deux fils et divisant l’Unique Seigneur Jésus-Christ, cela sera montré non par mes paroles mais par les tiennes propres.
« Vois ce qui suit, hérétique. Je ne refuse pas le mot à la Vierge Mère-du-Christ, mais je sais qu’elle est auguste, elle qui a reçu Dieu, par qui le Seigneur de tous a passé, et par qui le Soleil de justice a resplendi. Encore une fois je me méfie de vos applaudissements : comment avez-vous compris » a passé » ? Je n’ai pas dit « a passé » au sens de « est né », car je n’oublie pas si vite mes propres paroles : que Dieu ait passé par la Vierge Mère du Christ, cela m’a été enseigné par la divine Écriture ; que Dieu soit né d’elle, cela ne m’a jamais été enseigné. « Et un peu plus loin : « Jamais donc la divine Écriture ne dit que Dieu est né de la mère du Christ, mais que Jésus, Christ, Fils, Seigneur, [en] est né. »
Et à cela il ajoute que le Christ n’était pas vraiment Dieu, mais plutôt un homme porteur de Dieu, à ce qu’il suppose, mettant en avant la parole de l’ange dite au bienheureux Joseph : Lève-toi, prends le petit enfant (Mt 2, 13), et il dit que les anges eux-mêmes, quoique plus sages que nous, savaient que c’était un enfant.
§2. En cela donc il traite d’hérétique celui qui tient la foi droite et admirable au sujet du Christ, et qui, parce qu’il est vraiment Dieu, appelle Mère de Dieu celle qui l’a enfanté. Mais il n’y aura aucun doute pour ceux qui pensent droitement, que c’est lui-même qui, faisant peser le blâme des hérésies sur ceux qui choisissent de bien penser, établit la laideur de ses propres paroles, et a presque avoué ouvertement qu’il est emporté hors du droit chemin, et fait des sentiers tortueux. Ensuite, dis-moi comment tu ne refuses pas ce titre à la sainte Vierge, bien que tu retires la dignité de la Naissance divine, et dises qu’elle n’est pas Mère de Dieu ? Mais avilissant l’expression et affirmant qu’elle est pleine de blasphème, comment ordonnes-tu à ceux qui le veulent de l’appliquer à la sainte Vierge (bien que je t’entende l’appeler auguste) ? Et alors tu juges le mot si blasphématoire (comme toi seul le penses) digne d’orner la très auguste, et tu feins de la couronner, en mettant autour d’elle, comme un honneur de choix, une calomnie contre Dieu le Verbe ? Car s’il est entièrement abominable pour le Verbe issu de Dieu de subir la naissance charnelle, et que tu permettes qu’on appelle Mère de Dieu celle qui n’a pas enfanté Dieu, n’est-il pas vrai de dire que tu as ouvertement méprisé la volonté du Seigneur ? Ne seras-tu pas convaincu d’insulter plutôt l’auguste, plutôt que (comme tu le supposes et le dis) de choisir de l’honorer, en lui attribuant un nom haï de Dieu ? Car ce n’est pas à ceux que nous voulons honorer que nous donnons des noms par lesquels la gloire de la Nature suprême est déshonorée ; d’abord nous nous impliquerons nous-mêmes sans le savoir dans l’accusation d’une telle impiété, ensuite nous leur ferons un tort non léger, en parant, comme d’un honneur, ceux que nous louons de ce qui n’est pas louange, et en tissant pour eux une louange haïe de Dieu.
On peut d’ailleurs s’étonner de ceci également : que frappant à droite et à gauche les paroles des hérétiques impies et ne leur permettant en rien de prévaloir, parce qu’ils suppriment la vérité des doctrines divines, ensuite ne concédant pas un mince blâme au mot Mère de Dieu, et l’accusant entre autres choses d’être faux et impie, tu as dit que tu le pardonnes et ne le refuseras pas à la Vierge, même si l’on choisissait de l’appeler Mère de Dieu. Permettras-tu donc aussi à ceux qui sont malades de la folie d’Arius de dire que le Fils est inférieur au Père ? ou encore aux autres qui rabaissent la nature de l’Esprit Saint au-dessous de son excellence digne de Dieu ? Mais tu ne choisirais pas de faire cela ; et si quelqu’un désire en apprendre la raison, tu diras sans doute : je n’endure pas une parole blasphématoire. Dès lors, si elle n’est pas Mère de Dieu, et que tu permettes que cela soit dit, sache que tu abandonnes la vérité, et te soucies peu de paraître encore sage. Car ne dis-tu pas qu’Élisabeth aussi, ou toute autre des saintes femmes, est digne de tout respect ? Ne le refuseras-tu donc pas, si quelqu’un choisissait de les appeler elles aussi mères de Dieu ? Mais je suppose que tu t’y opposeras sûrement et entièrement en disant : il n’en est pas ainsi ; car elles ont enfanté des hommes sanctifiés, et aucune d’elles n’était Dieu par nature. Dès lors, ou bien écarte cela de toute femme ; ou bien, si tu accordes à la seule sainte Vierge parmi toutes de le posséder, quelles paroles emploieras-tu pour ta défense ? Car si cela est vrai d’elle et qu’elle a véritablement enfanté Dieu, en ce que le Verbe de Dieu s’est fait chair, confesse-le avec nous, et tu te libéreras de l’accusation d’impiété : mais si elle n’a pas enfanté Dieu, permettre à quiconque de l’appeler Mère de Dieu, c’est participer à leur impiété. Mais elle est Mère de Dieu, parce que le Fils Unique s’est fait homme comme nous, uni véritablement à la chair, et supportant la naissance charnelle sans déshonorer les lois de notre nature, comme je l’ai dit précédemment.
Mais puisqu’il dit qu’il sait qu’elle, c’est-à-dire la sainte Vierge, est auguste, viens, je t’en prie, viens, considérons aussi la raison du respect qui lui fut rendu : « car je sais (dit-il) qu’elle est auguste, par qui le Seigneur de tous a passé, par qui le Soleil de justice a resplendi. » Comment donc dis-tu qu’elle a reçu Dieu ? ou de quelle manière le Seigneur de tous a-t-il passé par elle ? ou comment le Soleil de justice a-t-il resplendi ? Car si elle n’a pas enfanté Dieu, selon la chair je veux dire, comment a-t-elle reçu Dieu ? comment est-il passé par elle ? Mais peut-être diras-tu cette parole sage qui est tienne, à ce que tu penses et que tu oses dire : « Le Verbe était Dieu à la fois lié à l’homme et l’habitant. » Mais la tradition de la foi se dresse toute prête contre tes paroles à ce sujet : ce n’est pas un homme porteur de Dieu, mais Dieu incarné, que nous avons appris à adorer ; mais tu ne parles pas ainsi : comment donc ne vois-tu pas que tu bavardes et que tu falsifies la vérité qui est dans les dogmes divins ? Car le Verbe s’est fait chair. Comment as-tu dit maintenant qu’elle a reçu Dieu, si tu n’as pas cru qu’elle a enfanté Emmanuel qui est Dieu par nature ? Comment le Seigneur de tous a-t-il passé par elle et comment le Soleil de justice a-t-il resplendi ? Et qui est celui que tu juges bon d’embellir de tels noms ? Est-ce un homme ordinaire, comme l’un de nous, quoique sanctifié, comme ayant en lui le Verbe de Dieu qui habite ? Comment alors un tel homme sera-t-il Seigneur de tous et Soleil de justice ? Car le pouvoir de seigneurie et de domination sur tout, et d’illuminer les êtres doués d’intelligence, n’appartiendra pas à nos mesures, mais sera attribué à la seule Nature suprême et très haute.
Mais puisque, prenant je ne sais d’où le mot « a passé », tu l’as appliqué à Dieu, explique le mot ; le sens du passage ici mentionné, il appartiendra à ta sagesse de nous le dire, à nous qui l’ignorons. Car si le Verbe de Dieu a ainsi passé par elle, en passant d’un lieu à un autre, tu le rabaisses aussitôt ; car tu l’entendras dire par la voix des saints : N’est-ce pas moi qui remplis le ciel et la terre, dit le Seigneur ? (Jr 23, 24). Car la Divinité n’est pas dans le lieu, et elle ne connaît pas les changements corporels de lieu, car elle remplit toutes choses. Mais si, tandis qu’il attendait le moment propice de la naissance, il a fait une habitation passagère dans l’homme, et qu’ainsi tu dises que Dieu a fait passage par la sainte Vierge, ou est passé par elle (car j’emploierai en tout tes propres saintes paroles) : nous ne voyons rien de plus dans la sainte Vierge que dans les autres femmes. Car Élisabeth a enfanté le bienheureux Baptiste, qui avait été sanctifié par l’Esprit, par qui le Fils lui-même aussi fait sa demeure en nous. Et le sage Jean témoignera en disant : Nous savons par ceci qu’il demeure en nous, qu’il nous a donné de son Esprit (1 Jn 4, 13). Le Verbe de Dieu a donc passé aussi par Élisabeth elle-même, habitant dans l’enfant par l’Esprit avant même sa naissance.
Mais tu te méfies des applaudissements, comme s’ils te venaient du peuple pour avoir choisi de dire des choses droites ? pour avoir appelé celui qui est né de la sainte Vierge Soleil de justice et Seigneur de tous ; tu feins ensuite à nouveau de parler avec précision, et tu blâmes l’applaudissement, et tu accuses encore ceux qui se réjouissaient à ton sujet de n’avoir pas compris. Ô grande force qui est dans tes paroles ! Tu n’as pas tardé à les vexer comme il fallait, tu as aussitôt changé leur joie en deuil, tu as arraché leur allégresse et tu les as ceints d’un sac, en ajoutant aussitôt : « Encore une fois, je me méfie de vos applaudissements ; comment avez-vous compris » a passé » ? Je n’ai pas dit « a passé » au sens de « est né », car je n’oublie pas si vite mes propres paroles. Que Dieu ait passé par la Vierge Mère du Christ, cela m’a été enseigné par les divines Écritures ; que Dieu soit né d’elle, cela ne m’a jamais été enseigné. »
Ce sont donc là tes propos dénaturés ; l’applaudissement venait de l’amour, en ce que ton esprit avait quelque apparence d’orthodoxie. Mais je vais insister encore et dire : qu’est-ce donc que « passer », si cela ne signifie pas naître ? Diras-tu que le Verbe issu de Dieu lui-même, par lui-même et hors de la chair, s’est hâté à travers la Vierge ? Or comment cela ne serait-il pas rempli de toute folie ? Car il faudrait alors supposer que la Divinité fût susceptible de quantité et de mouvement qui la porte d’un lieu à un autre ; ou bien si la Divinité est incorporelle, partout présente et sans limites, et non pas localisée et circonscrite, comment passerait-elle à travers un corps unique ? Mais quoi que tu dises, comment n’as-tu pas besoin d’éclaircir cela et de le dire plus ouvertement, si, confiant en tes propres opinions à ce sujet, tu es capable de témoigner de leur incorruptibilité ? Où (je te prie) as-tu entendu l’Écriture inspirée de Dieu dire que le Verbe de Dieu a passé par la sainte Vierge ? Car que la vie de ceux qui sont sur la terre soit brève et limitée, le bienheureux David nous l’a enseigné en disant : L’homme, ses jours sont comme l’herbe, comme la fleur des champs il fleurit ; car le vent passe sur lui et il n’est plus (Ps 102, 15-16 ; Ps 103, 15-16). Mais de la sainte Vierge, quelle chose de ce genre peux-tu dire qu’il ait été écrit ? Que Dieu est né d’elle, selon la chair je veux dire, l’Écriture inspirée de Dieu l’a clairement montré.
Mais je reviens encore à tes propres paroles, ô tout excellent, car toi-même aussi tu as confessé, et cela très souvent, que le Verbe s’est fait chair, et tu ne le rejettes pas. Et tu dis aussi ceci en outre : car tu dis que la Divinité du Fils Unique a été clairement et ouvertement incarnée. Tu as écrit ainsi :
« C’est ainsi qu’il est dit ailleurs encore : Il nous a parlé en son Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles, lui qui, étant la splendeur de sa gloire (He 1, 2-3) », ayant posé « Fils », il l’appelle sans crainte à la fois « splendeur de sa gloire » et « héritier établi » ; « héritier », établi selon la chair, « splendeur de la gloire du Père » selon la Divinité : car il ne s’est point éloigné, en se faisant chair, de la ressemblance avec le Père. Et il dit encore en outre ainsi : Dieu a fermé les yeux sur les temps de l’ignorance, mais maintenant il commande à tous les hommes de se repentir partout, parce qu’il a fixé un jour où il jugera le monde par l’Homme qu’il a établi, en donnant à tous une assurance en cela qu’il l’a ressuscité des morts (Ac 17, 30-31). Ayant d’abord dit « par l’Homme », il ajoute ensuite « en cela qu’il l’a ressuscité des morts », afin que personne ne suppose que la Divinité incarnée fût morte. »
§3. Qui donc est celui qui fut incarné, ou de quelle manière fut-il incarné, quelle Divinité fut incarnée, dis-nous (ô très excellent monsieur), à nous qui voudrions l’apprendre. Accorderons-nous que le Verbe, Dieu issu de Dieu, fut incarné, et dirons-nous qu’il s’est fait homme, comme ayant été fait comme nous et né dans la chair ? ou bien ne l’admettrons-nous en aucune façon, mais supposerons-nous plutôt qu’un homme est survenu, lié à Dieu, selon toi ? Mais tu diras sans doute qu’il est meilleur et plus sage de penser que le Verbe issu de Dieu fut incarné et fait chair, selon les Écritures : car on ne voit pas, je suppose, quelqu’un assumer ce qu’il est déjà ; mais si quelqu’un vient d’une manière ou d’une autre à être ce qu’il n’était pas d’abord, la raison admettra aussitôt que quelque chose de nouveau s’est produit à son sujet. Il est donc ignorant de dire que l’un quelconque d’entre nous, étant sorti des définitions de la nature humaine, se serait incarné et fait chair ; mais l’incarnation, ou le fait de se faire chair, conviendra (et avec grande raison) à la Nature qui est au-dessus de l’humanité. Mais s’il fut véritablement incarné et s’est fait chair, il est reconnu comme homme, et non pas lié à un homme par simple habitation ou relation extérieure ou connexion, comme tu le dis. Pourtant, bien qu’il soit devenu homme, il possède l’être Dieu en toute sécurité, et nous ne disons pas qu’un changement quelconque se soit produit de la chair dans la nature de la Divinité, et nous soutenons que le contraire non plus n’a pas eu lieu, car la nature du Verbe est demeurée ce qu’elle est même unie à la chair. Ce que personne, même en simple pensée, ne songe à soutenir, pourquoi le mets-tu dans ton livre, comme si c’était réellement dit, en feignant de combattre pour les doctrines de la piété ? Car le nom de « mélange », certains des saints Pères aussi l’ont employé : mais puisque tu dis craindre qu’on ne pense qu’il s’y produit une confusion, comme dans le cas de liquides mêlés l’un à l’autre, je te délivre de tes craintes, car ce n’est pas ainsi qu’ils l’entendaient (comment le pourraient-ils ?), mais ils ont employé le mot de manière impropre, soucieux de déclarer l’union extrême des choses qui étaient venues ensemble ; et nous disons que le Verbe de Dieu s’est réuni avec sa propre chair, en une union indissoluble et immuable. Et nous trouvons que l’Écriture inspirée de Dieu elle-même ne regarde pas le mot minutieusement, mais l’emploie plutôt de façon impropre et simple. Et en effet le divin Paul a écrit de certains : Mais la parole prêchée ne leur profita point, parce qu’ils ne furent pas mêlés dans la foi avec ceux qui l’entendent. Ceux dont il parlait allaient-ils se mêler l’un à l’autre, à la façon du vin mêlé à l’eau, et subir une confusion des personnes, ou plutôt devaient-ils être unis en une seule âme, comme il est écrit dans les Actes des saints Apôtres : Et la multitude de ceux qui avaient cru n’avait qu’un cœur et qu’une âme ? Or ceci, je pense, est la vérité, et non l’autre. Sois donc exempt de toute crainte à cet égard, car ferme et bien établi est l’esprit des saints.
Mais puisque dire que la Nature du Verbe s’est incarnée n’est (à mon sens) rien d’autre que soutenir qu’Il s’est fait homme, et non sans naissance d’une femme (car cette seule voie connaît la nature des corps humains), comment ne t’a-t-on pas enseigné, par l’Écriture divinement inspirée, la Naissance selon la chair de l’Unique-Engendré ? bien que toi-même aussi, ayant sous les yeux les leçons prophétiques : Un Enfant nous est né, un Fils nous a été donné, tu dises ainsi de l’Enfant qui est né : « Grand est le mystère du don, car c’est là le Petit Enfant qu’on voit, c’est là le Nouveau-Né qui paraît, c’est là celui qui eut besoin des langes corporels, c’est là le tout juste-né qui, selon l’Essence, se voit, dans la partie cachée Fils éternel, Fils Créateur de toutes choses, Fils qui, par les langes de son propre secours, enchaîne l’instabilité de la création. » Et ailleurs encore : « Et le Petit Enfant est Dieu tout libre, tant est éloigné Dieu le Verbe, ô Arius, d’être soumis à Dieu. » Par ces paroles il a lui-même appelé Dieu le corps qui lui est uni. Et encore : Nous reconnaissons donc la nature humaine du Petit Enfant et sa Divinité, nous gardons l’unité de la filiation dans la nature de l’humanité et de la Divinité. « Voici donc que, en toute clarté, tu dis que le Petit Enfant, le tout juste-né, le visible, le nouveau-né, l’emmailloté, est Fils et Créateur de toutes choses ; et que le Petit Enfant, la sainte Vierge nous l’a enfanté. Tu sais donc que Dieu est né selon la chair, et cela tu l’as appris de l’Écriture divinement inspirée. Car qui sera conçu comme Créateur de toutes choses, sinon Lui seul par qui le Père a fait toutes choses ?
Mais j’ai dit (diras-tu peut-être) « dans la partie secrète Fils et Créateur de toutes choses. » Eh bien, je l’accorde, mais je te le demanderai : tu dis que le caché est le Verbe de Dieu et que c’est lui le Créateur de toutes choses : comment donc viens-tu de montrer, pour ainsi dire du doigt, le Petit Enfant tout juste-né et nouveau-né et emmailloté, et l’as-tu appelé lui-même Fils de Dieu et Créateur de toutes choses ? ou bien supposes-tu peut-être que le Verbe issu de Dieu s’est transformé en la nature de la chair, et t’accuses-tu toi-même, et non les autres, d’oser le dire ? Assurément si le Petit Enfant est le Fils caché et le Créateur de toutes choses, et qu’il soit né de la sainte Vierge, tu as reconnu avec nous, même malgré toi, qu’elle est en quelque manière inattendue Mère de Dieu, puisque comment un petit enfant serait-il Dieu tout libre ? Car si tu emploies le mot tout libre au sens où chacun de nous aussi pourrait être ainsi conçu, comme confié par Dieu aux rênes de son propre libre arbitre, qu’y a-t-il en Lui de particulier au-delà du reste ? ou pourquoi entoures-tu de liberté cet Être, comme d’une dignité digne de Dieu et véritablement rare ? bien qu’il soit au pouvoir de tous sur la terre de la posséder, et qu’ils l’aient déjà en effet. Mais si la liberté ici signifie n’être point soumis aux lois d’autrui, et qu’Il soit libre de la manière même dont on conçoit la Nature Divine elle-même, comment dis-tu que le Petit Enfant nouveau-né se trouve en un état si auguste et convenable seulement à la Nature et à la gloire suprêmes ? bien que tout ce qui est appelé à l’être soit soumis à Dieu et coure sous le joug de la servitude. Mais tu jugeras peut-être que ce mot vide de toi suffit à tout cela, à savoir en ce qui regarde le lien des natures l’une avec l’autre, non pas selon la Personne, mais plutôt selon une honneur invariable [en chacune] et une égalité de rang : car voilà ce que tu ne cesses de nous dire d’une manière si peu savante. Mais qu’en disant de telles choses tu seras surpris à t’appuyer sur des conceptions pourries et fragiles, cela sera montré, et non longuement, lorsque l’occasion nous sera donnée d’en parler aussi.
Mais à ces propos il en ajoute d’autres par lesquels il pense pouvoir montrer, et avec habileté, que le mode d’une génération semblable à la nôtre est inconvenant et impossible. Et il dresse nos paroles contre lui-même, pensant pouvoir aisément les vaincre et montrer qu’elles ne sont rien, bien qu’elles exposent la vérité. Il dit ainsi :
« Si le Christ (dit-il) est Dieu, et que le Christ soit né de la bienheureuse Marie, comment la Vierge n’est-elle pas mère de Dieu ? Je ne cache aucune de leurs objections : car l’ami de la vérité prend et s’oppose à lui-même tout ce qui vient du mensonge » ; et alors il s’efforce d’en apporter la solution, en usant de conceptions telles que celles-ci. « Car le petit enfant (dit-il) est formé dans le sein, mais tant qu’il n’a pas encore été formé, il n’a pas d’âme ; mais une fois enfin formé, il reçoit une âme que Dieu lui donne. Comme donc la femme porte le corps, Dieu l’anime, et la femme n’est pas appelée mère de l’âme, parce qu’elle a porté un homme doué d’âme, mais plutôt mère de l’homme ; ainsi (dit-il) la bienheureuse Vierge aussi, quoiqu’elle ait porté un homme, le Verbe de Dieu passant en même temps que lui » (car il a employé ce mot), « ce n’est pas pour cela qu’elle est mère de Dieu. »
§4. Est-ce donc (dis-moi) que ce qui est dit par nous mérite d’être blâmé par toi ? Te semble-t-il juste, sans comprendre, de reprendre ce qui est dit si justement et si purement, et n’imputes-tu pas plutôt à ton propre entendement la faute de ne pouvoir penser droitement ? Car à ceux à qui la vérité est odieuse appartient (et trop aisément) la disposition à accueillir ce qui ne l’est pas, et le blâme jeté sur ceux qui ont coutume de parler le plus excellemment ne sera pas sans dommage, mais sera plutôt une manifeste démonstration d’avoir décliné vers le mensonge et d’avoir choisi d’honorer ce qu’il conviendrait bien plutôt de haïr, pour avoir manqué la droite raison. Mais nul homme, ayant conçu des choses si basses… il a dit que lui-même était l’ami de la vérité, et que nous avions forgé le mensonge ; bien qu’on puisse voir au contraire que notre parole est droite et vraie. Car l’avocat du mensonge et de la fraude s’efforce d’attacher le blâme de sa propre fausseté aux champions de la vérité, poussé peut-être à oublier le Prophète qui dit :
Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui mettent les ténèbres pour la lumière et la lumière pour les ténèbres.
Mais je m’efforcerai de montrer, par l’exemple même qu’il apporte, qu’il ne sait même pas clairement ce qu’il dit. Car la chair, on le confesse, naît de la chair, et l’Artisan de toutes choses accomplit l’animation selon le mode et la manière qu’Il connaît. Or la femme qui enfante, bien qu’elle ne soit la source que de la chair seule, est crue enfanter l’homme tout entier, composé (je veux dire) d’âme et de corps, quoiqu’elle ne contribue en rien de son propre fonds à l’être de l’âme. Or lorsqu’on dit « homme », on désigne sûrement l’âme unie au corps. Comme donc la femme, bien qu’elle n’enfante que le corps seul, est dite enfanter celui qui est composé d’âme et de corps, et que cela ne porte en rien préjudice au compte de l’âme, comme si elle trouvait dans la chair l’origine de son être ; ainsi le concevras-tu au sujet de la bienheureuse Vierge aussi : car bien qu’elle soit mère de la sainte Chair, elle a néanmoins enfanté Dieu le Verbe issu de Dieu véritablement uni à celle-ci, et si quelqu’un l’appelle Mère de Dieu, il ne définira pas un commencement plus récent de Dieu le Verbe, ni que la chair aurait été faite le commencement de son Être : mais il comprendra plutôt le mode de l’économie, et, s’en émerveillant, il dira : Seigneur, j’ai entendu ta parole et j’ai eu crainte ; j’ai considéré tes œuvres et j’en ai été frappé d’étonnement.
Mais notre très sage et prudent commentateur, ayant médité la force de cet exemple, dit : « Ainsi la sainte Vierge aussi, quoiqu’elle ait porté un homme, Dieu le Verbe passant avec lui, elle n’est pas pour autant Mère de Dieu : car ce n’est pas de la bienheureuse Vierge que provenait la Dignité du Verbe, mais Il était Dieu par Nature. »
Ce que signifie donc que le Verbe soit passé en même temps que la chair, lui seul le sait, mais je m’émerveille grandement de sa subtile finesse. Car la parole de vérité expose que le Verbe de Dieu a été uni personnellement à la Chair ; et lui ne cesse d’affirmer ce passage-avec, entendant je ne sais quoi. Ensuite, alors que notre discussion portait tout entière sur la nature et l’union personnelle, et visait à examiner non ce qu’est le Verbe issu de Dieu quant à la Dignité, mais s’Il s’est fait homme selon l’économie, en s’appropriant la chair née d’une femme : lui, transportant la question vers de tout autres matières, dit : « Ce n’est point de la sainte Vierge que provenait la Dignité du Verbe, mais Il était Dieu par Nature » ; or comment la Dignité et la Nature ne seraient-elles pas deux choses entièrement différentes ? Mais notre discours à ce sujet n’a pas besoin d’une trop grande subtilité : voyons donc ce qui suit. Car il fortifie encore un autre avant-poste contre ce que nous avons dit, le croyant invincible et propre à montrer avec toute force que la Naissance d’une femme d’Emmanuel n’est qu’un vain propos de notre part ; il dit encore ainsi :
« Le bienheureux Jean-Baptiste est annoncé d’avance par les saints Anges, à savoir que l’enfant serait rempli de l’Esprit-Saint dès le sein de sa mère, et ayant l’Esprit-Saint, ce bienheureux Baptiste est né. Quoi donc ? appelez-vous Élisabeth mère de l’Esprit ? appliquez ici votre esprit, quoiqu’il y en ait parmi vous qui s’étonnent de ce qui est dit ; pardonnez leur inexpérience. »
§5. Et qui, en entendant de telles paroles, ne dira point aussitôt, avec la voix du Prophète : Car l’insensé dira des folies et son cœur concevra la vanité, pour accomplir l’iniquité et proférer l’erreur contre le Seigneur ? Car c’est bien là, on le reconnaît, une erreur et rien d’autre, que de se fier à des pensées si froides et si puériles comme si elles étaient vraies. On peut donc s’étonner de sa douceur, pour avoir dit qu’il fallait juger dignes de pardon et de clémence ceux qui n’avaient nulle connaissance de ces paroles siennes : et pourtant ce serait pour nous-mêmes une chose trois fois désirée (s’il en était ainsi), et plus encore pour tous les chrétiens ; car comment tous ne désireraient-ils pas être délivrés de propos si pesants et si pervers ? Mais nous disons ceci :
Élisabeth, on le reconnaît, a enfanté le bienheureux Baptiste, oint dans le sein maternel de l’Esprit-Saint : et si quelque part les Écritures divinement inspirées avaient dit que l’Esprit aussi s’était fait chair, tu aurais eu raison de dire qu’elle devrait être appelée par nous mère de l’Esprit ; mais si l’on dit de l’enfant qu’il fut honoré d’une simple onction, pourquoi juges-tu bon de mettre le fait de l’incarnation sur le même pied que la grâce de la participation ? car ce n’est pas la même chose de dire que le Verbe s’est fait chair et que l’on a été oint par l’Esprit d’un esprit prophétique. Car de la sainte Vierge il est écrit : Voici qu’une Vierge concevra et enfantera un Fils, et celui qui est né est appelé le fruit et de plus Emmanuel, ce qui, étant interprété, signifie : Dieu avec nous ; mais d’Élisabeth : elle enfantera un fils qui ira devant Lui dans l’esprit et la puissance d’Élie, et ira devant la face du Seigneur pour préparer ses voies. Nullement donc Élisabeth n’est mère de l’Esprit, car elle a enfanté un prophète du Très-Haut : mais la sainte Vierge est vraiment mère de Dieu, car elle a enfanté charnellement, c’est-à-dire selon la chair, Dieu uni à la chair. Car puisque celle qui a enfanté est humaine, c’est à bon droit que nous disons que le mode de la génération s’est accompli à la manière humaine ; car ainsi et non autrement il était possible que Celui qui est au-dessus de toute nature devînt comme nous, non pas en négligeant d’être ce qu’Il est (comment le pourrait-Il ?) mais en demeurant plutôt ce qu’Il était, ce qu’Il est et ce qu’Il sera : car supérieure au changement est la Nature Divine et Très-Haute.
Que nous pensions donc droitement en affirmant que Dieu est né selon la chair pour le salut de tous… l’Écriture divinement inspirée en a témoigné : mais puisqu’il oppose à ses très nouveaux dogmes la vérité et le symbole même de la Foi de l’Église, que les Pères jadis rassemblés à Nicée, par l’illumination de l’Esprit, ont défini ; lui, craignant que quelqu’un ne garde intacte la Foi, instruit à la vérité par leurs paroles, s’efforce de la calomnier et en altère le sens des mots, et ose forger d’une fausse empreinte la force même de ses idées. Car tandis que lui-même, au sein de l’Église, tenait des propos profanes et bavards, un certain homme d’entre ceux qui étaient d’une grande piété et pourtant laïcs, mais qui avait acquis en lui-même une science non médiocre, fut animé d’un zèle fervent et pieux, et s’écria d’une voix perçante que le Verbe Lui-même, qui est avant les siècles, avait subi une seconde Génération aussi, celle-là selon la chair et issue d’une femme ; le peuple s’en étant ému, et la plupart, les plus sages, l’ayant honoré d’éloges non médiocres, comme pieux et fort rempli de sagesse et non étranger à la droiture de la doctrine, tandis que les autres s’emportaient contre lui, lui [Nestorius], l’interrompant, approuve aussitôt ceux que par son propre enseignement il avait perdus, et aiguise sa langue contre celui qui ne pouvait supporter ses paroles, et même contre les saints Pères qui ont décrété pour nous la pieuse définition de la Foi, que nous avons comme une ancre de l’âme, sûre et ferme, ainsi qu’il est écrit.
« Car (dit-il) je me réjouis de voir votre zèle ; mais la chose même apporte une claire réfutation de ce qui a été dit par la souillure de ce misérable ; car là où les naissances sont deux, deux fils il y a, mais l’Église ne connaît qu’un seul Fils, le Christ Seigneur. »
§6. Bien follement donc a-t-il exposé la définition de ses idées sur ce point en disant : « car là où les naissances sont deux, deux fils il y a. » Mais laissant un moment de côté cette subtile exactitude de sa part, venez, venez, rassemblons ce qui touche à un examen exact pour la considération de la question. Il a donc rendu inadmissible [de parler de deux générations], mais il dit qu’on doit confesser par nous une seule chose, à savoir que nous ne concevions pas deux fils (comme s’il fallait nécessairement, si les naissances sont deux, introduire aussi deux fils) : qu’il vienne donc et nous dise laquelle des générations il admettra, celle d’avant les siècles issue du Père, où le Verbe était Dieu non encore incarné, ou celle-ci, récente et issue d’une femme.
S’il dit donc que seule celle-là, je veux dire celle d’avant les siècles issue du Père, est admise, celle-là seule sera Fils, celui qui est issu de Lui par Nature et n’est pas encore participant de la chair et du sang : et c’est en vain (semble-t-il) que le Mystère de l’Incarnation est proclamé, et en rien Il ne s’est anéanti Lui-même ni fait dans la forme d’un serviteur, mais Il est demeuré ainsi, rejetant jusqu’à maintenant la véritable union avec la chair. Mais celui qui, dans les derniers temps, est issu d’une femme, sera appelé par lui-même fils, et nous admettrons cette seule génération, je veux dire celle issue d’une femme ; il faut alors que le Verbe issu de Dieu le Père ait cessé d’être par Nature Fils.
Mais l’homme pieux voit fort bien l’absurdité de telles idées et leur extrême inclination vers l’impiété. Afin donc que nous avancions par la voie royale, nous disons que deux furent les Naissances, un seul le Fils à travers l’une et l’autre, le Verbe issu de Dieu non encore fait chair, ce Même ensuite incarné et supportant pour nous la naissance d’une femme selon la chair. Car si quelqu’un disait, à propos des hommes, qu’il faut sûrement concevoir deux fils si l’on parle de deux naissances, il dirait juste et ce serait vrai ; mais puisque le Mystère du Christ et le mode de l’Incarnation suivent une autre voie, et ne se conçoivent pas de la même manière que ce qui est nôtre, pourquoi lui, regardant nos habitudes, puis attachant son esprit sur ce qui est merveilleux et au-dessus de toute parole, se laisse-t-il surprendre tombant dans la plus faible et la plus ignorante petitesse de croyance ? Voici ce qui me surprend : lui, confessant en cela que l’Église ne connaît qu’un seul Fils, et ajoutant, le Seigneur Christ, n’a plus gardé cette unité, car il sépare l’un de l’autre des choses unies, et met chacune à part, sans rechercher ce qu’est le Verbe par Nature, ce qu’est aussi la chair ; mais rassemblant plutôt en un seul, l’homme et Dieu, en une égalité de gloire seulement, comme il le pense, ce qui est chose tout à fait invraisemblable, ou plutôt impossible, il précipite le dessein du mystère dans l’inconvenance. Ainsi dit-il :
« Mais il nous faut (car cela me vient maintenant à l’esprit) apprendre que le Concile de Nicée non plus n’a osé nulle part dire que Dieu était né de Marie ; car il a dit : Nous croyons en un seul Dieu le Père Tout-Puissant, et en un seul Seigneur Jésus-Christ. Observez qu’ayant d’abord posé le mot Christ, qui est l’indication des deux natures, ils n’ont pas dit : en un seul Dieu le Verbe, mais ils ont pris le nom qui signifie l’un et l’autre, afin que, lorsque plus bas vous entendrez parler de mort, vous ne le trouviez pas étrange ; afin que les mots crucifié et enseveli ne frappent pas l’oreille comme si la Divinité avait souffert ces choses. » Puis il continue : « Nous croyons en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils Unique-Engendré, engendré du Père, consubstantiel au Père, qui est descendu des cieux pour nous, et s’est incarné de l’Esprit-Saint.
Ils n’ont pas dit : « et engendré de l’Esprit Saint. » Et il dit que les saints Pères, interprétant ce que signifie « Incarné », disent : « fait homme ». Et ce que signifie « être fait homme », le rendant lui-même clair, il a dit encore : « sa propre nature ne subissant pas de changement en chair, mais une inhabitation dans l’homme. »
§7. Quelqu’un de ceux qui se rangent au nombre des chrétiens supportera-t-il soit l’égarement qu’il y a dans ces paroles, soit l’impiété de ses idées ? Pour les esprits vraiment sains, ces choses ne sont-elles pas une manifeste bouffonnerie, et une grossièreté d’un genre non médiocre contre le Christ ? Car il calomnie la vérité, il dit qu’il n’est pas véritablement Fils, attribuant cela à un autre (car, dit-il, « observez qu’ayant d’abord posé le mot Christ, qui est l’indication des deux natures, ils n’ont pas dit : Nous croyons en un seul Dieu le Verbe »). Et quant au Nom, je veux dire Christ, 16 j’examinerai tout à l’heure s’il est significatif des deux natures ou non, mais ce qui est devant nous, nous nous y exercerons, autant que nous le pouvons. Car il n’est en aucune façon supportable ce qui est ainsi absurdement et étourdiment bredouillé par lui ; mais on pourrait, je pense, dire, parlant au nom des saints Pères : Que fais-tu, noble seigneur, en dressant une langue grossière contre des hommes saints, à qui conviendra ce qui a été dit par le Christ lui-même, Sauveur de nous tous : Ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit de votre Père qui parle en vous ? Car qu’est-ce qui n’a pas été conçu par eux, parmi les choses les plus finement travaillées jusqu’à une admirable subtilité ? Quelle doctrine nécessaire a été négligée par eux, ou quelle mesure de sauvegarde omise ? « Ils n’ont pas osé, dit-il, insérer dans leurs paroles touchant la Foi que Dieu le Verbe est né de Marie. » Si donc c’est pour cette raison que tu accuses ceux qui nous ont précédés, et que tu dis être offensé de ce qu’on ne les trouve pas user de tes expressions exactes, il est temps, je suppose, d’accuser avec eux aussi les saints Apôtres et Évangélistes, car ils ont composé les livres d’instruction touchant le Christ, et pourtant on ne les trouvera pas user, mot pour mot, de tes expressions. Mais, s’il te plaît, passe cela outre comme 17… mais considère plutôt qu’ils ont bien élaboré leur explication de cette matière, car la foi en la Trinité sainte et consubstantielle nous est exigée. Mais puisqu’ils disent croire en un seul Dieu le Père Tout-Puissant, Créateur de toutes choses visibles et invisibles, et en un seul Seigneur Jésus-Christ son Fils, et que Jésus-Christ le Seigneur n’est autre (selon nous) que Celui qui est, un et unique, par nature et véritablement Fils, lequel, resplendissant hors de Dieu et étant Dieu le Verbe, a été fait homme, c’est-à-dire par naissance d’une femme, comment ceux qui proclament le mode de l’économie ne se trouveront-ils pas parler aussi de sa naissance d’une femme selon la chair ? Car c’est alors, en vérité, que le Verbe, qui est Dieu et Sagesse et Vie et Lumière, le Fils, a été nommé Christ Jésus. Il est donc manifeste que le temps d’une telle dénomination a concomitant avec lui la naissance, celle-là, je veux dire, par la sainte Vierge. Que croyant au Christ Jésus, nous croyons en Celui qui est, un et unique, par nature et véritablement Fils, notre foi montant vers le Père par lui, cela sera clair, en ce qu’il a lui-même crié à haute voix au monde entier : Celui qui croit en moi ne croit pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé, et celui qui me voit voit celui qui m’a envoyé, et encore : Croyez en Dieu, et croyez en moi. Et nous ne disons pas, je suppose, qu’il nous demande deux fois de croire, mais il enseigne plutôt que si quelqu’un admet la foi en lui, il a cru au Père lui-même.
Mais puisque (comme il est probable) il fera usage de la communauté des noms, disant que Christ et Seigneur, oui et Fils, sont des titres communs, et affirmera qu’ils conviennent au Verbe issu du Père, même conçu comme seul et ne participant pas encore de la chair, et également au Temple issu d’une vierge, cette matière a besoin, je pense, d’une considérable investigation : la remettant pour le présent à une saison (comme je l’ai dit) qui lui convient, allons à une autre parole du saint Synode, que cet homme, pervertissant à son gré, fait violence à la force de la vérité. Car il dit que les Pères ont écrit : Nous croyons en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils Unique-Engendré, engendré du Père, consubstantiel au Père, qui est descendu pour nous, et s’est incarné de l’Esprit Saint. Il ajoute à cela et dit des saints Pères : « plus bas ils interprètent que celui qui a été fait homme, c’est celui-là même qu’on dit s’être incarné, la Nature divine ne subissant pas de changement en chair, mais une inhabitation dans l’homme. » Dans son explication, il garde encore la même pensée et dit en outre ceci :
« Ils ont suivi l’Évangéliste, car l’Évangéliste aussi, lorsqu’il en vient à parler de ce qui fut fait homme, a évité de dire Naissance à propos de Dieu le Verbe, et a mis Incarnation. Où ? Écoute : Et le Verbe fut fait chair ; il n’a pas dit Il naquit par la chair. Car là où les Apôtres ou les Évangélistes font mention du Fils, ils posent qu’il est né d’une femme. Prêtez attention, je vous en prie, à ce qui est dit ; car là où ils prononcent le nom du Fils, et qu’il fut porté d’une femme, ils mettent le mot Né ; là où ils mentionnent le Verbe, aucun d’eux n’a osé parler de naissance par la nature humaine. Car le bienheureux Jean l’Évangéliste, lorsqu’il en vint au Verbe et à son Incarnation, écoutez ce qu’il dit : Le Verbe fut fait chair. »
§8. Venez donc, posant à côté de ce qu’il a dit la définition de notre Credo, voyons si quelque chose a été innové par cet homme touchant celle-ci également.
NOUS CROYONS EN UN SEUL DIEU LE PÈRE TOUT-PUISSANT, CRÉATEUR DE TOUTES CHOSES VISIBLES ET INVISIBLES, ET EN UN SEUL SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST, LE FILS DE DIEU, ENGENDRÉ DU PÈRE, FILS UNIQUE, C’EST-À-DIRE DE SON ESSENCE, DIEU DE DIEU, LUMIÈRE DE LUMIÈRE, VRAI DIEU DE VRAI DIEU, ENGENDRÉ NON CRÉÉ, CONSUBSTANTIEL AU PÈRE, PAR QUI TOUTES CHOSES ONT ÉTÉ FAITES, CELLES QUI SONT AU CIEL ET CELLES QUI SONT SUR LA TERRE : QUI POUR NOUS LES HOMMES ET POUR NOTRE SALUT EST DESCENDU ET S’EST INCARNÉ ET S’EST FAIT HOMME, A SOUFFERT ET EST RESSUSCITÉ LE TROISIÈME JOUR, EST MONTÉ AUX CIEUX, VIENDRA JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS, ET EN L’ESPRIT SAINT.
Venez donc maintenant, noble seigneur, où (dites-moi) ont-ils placé, à propos du Fils, « incarné de l’Esprit Saint et de la Vierge Marie » 18 ? mais cela, il ne pourra en aucune façon le montrer. Mais considère ceci. Ils disent que le Verbe issu de Dieu, le Fils Unique, celui qui est de l’Essence du Père, celui par qui sont toutes choses, la Lumière très véritable, s’est à la fois incarné et fait homme, a souffert et est ressuscité, et de plus qu’en son temps il reviendra en Juge.
Mais afin que, soumettant aussi ses paroles à un examen exact, nous voyions quelle est l’étendue de l’ignorance qui s’y trouve, il affirme en termes clairs qu’ils disent que le Verbe issu de Dieu a été à la fois incarné et fait homme, et il les couronne de son suffrage comme ayant dit ce qui convenait. Disent-ils donc (dites-moi), en disant qu’il a été à la fois incarné et fait homme, autre chose que ceci, qu’il a été engendré selon la chair ? Car ce serait là (et seulement là) le mode d’incarnation pour celui qui a son existence à la fois extérieure à la chair et dans sa propre nature ; car personne ne dirait, je suppose, que la chair a été faite chair, ni que quelqu’un sera fait ce qu’il était déjà. Mais si l’on conçoit qu’un certain changement économique a été opéré en lui vers quelque chose qu’il n’était pas, l’expression aura alors une grande justesse. Donc si l’on dit que le Fils Unique s’est incarné, et que cela s’est fait, je suppose, par une génération charnelle et d’aucune autre façon, comment n’ont-ils pas clairement dit que le Verbe, étant Dieu, a été engendré selon la chair ?
Mais, dit-il, la Naissance n’est pas nommée en termes clairs. Oui, mais la nature de la chose ne connaît (comme je l’ai déjà dit) aucun autre moyen de s’incarner. Ainsi, bien que cela ne soit pas dit en termes formels dans ce genre de matières, nous ne délaisserons pas pour autant la seule voie reconnue par la nature, pour aller à une autre. Car il est écrit dans le livre de la Genèse :
Et à Seth naquit un fils, et il appela son nom Énos. Devrons-nous donc, parce que l’Écriture a mis « naquit », ne pas admettre le mode de naissance ? Comment cela ne serait-il pas de l’ignorance ? Car la nature même de la chose nous forcera presque, même malgré nous, à confesser l’idée de naissance. Comment donc, en entendant parler d’Incarnation, ne reconnaît-il pas d’emblée l’idée de Naissance ? et lorsque « être fait homme » a été clairement mentionné, comment n’a-t-il pas aussitôt compris qu’« être fait homme » ne conviendrait pas à un homme, de peur qu’il ne semble être fait ce qu’il était déjà, mais au Verbe qui a son origine en Dieu ? Mais là où l’on croit qu’il y a véritablement un « être fait homme », là il y a assurément la naissance par laquelle on peut voir qu’il a été fait homme.
Mais ce n’est pas ainsi, semble-t-il, qu’il faut concevoir cette parole, que le Verbe de Dieu a été à la fois incarné et fait homme ; car tu as dit encore, t’efforçant de contredire l’avis de tout autre, que « être fait homme » signifie, non le changement en chair de la nature divine 19, mais son inhabitation dans l’homme. Il dit donc que la conversion en chair de la Nature divine est à la fois impossible et qu’elle ne lui arrive en aucune manière (et fort justement, car nous approuverons celui qui aura choisi ici de parler droitement ; car je dis qu’Elle est stable et qu’Elle ne se transformera en rien d’autre que ce qu’on croit qu’Elle est) : mais que son discours a manqué du convenable et du vrai, en ce qu’il a soutenu que « être fait homme » est l’inhabitation dans l’homme, je m’essaierai à le montrer. Car s’il dit que cette chose est vraie seulement et uniquement de l’Emmanuel, qu’il enseigne la raison pourquoi (car je ne puis l’apprendre), sinon personne ne le tolérera comme définisseur et législateur en ces matières dont il lui plaît de parler sans réflexion. Mais peut-être la force des choses définies ne s’étend-elle pas à lui seul, il n’y aura alors nul blâme, même si elle s’étend à tous. Aussi, non pas une fois pour toutes, mais bien des fois, nous trouverons que Dieu a été fait homme, et non seulement le Verbe issu de Dieu le Père, mais j’ajouterai et le Père lui-même, et de plus l’Esprit Saint. Car il a dit, par l’un des saints Prophètes, à propos de ceux qui ont été justifiés par la foi : J’habiterai en eux et je marcherai en eux, et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Et le Christ lui-même a dit aussi : Et si quelqu’un m’entend, nous viendrons, moi et mon Père, et nous ferons chez lui notre demeure et logerons en lui 20. Le très sage Paul a écrit quelque part aussi : Et Moïse fut fidèle dans toute sa maison comme serviteur, en témoignage des choses qui devaient être dites, mais le Christ comme Fils sur sa propre maison, dont la maison, c’est NOUS ; et en outre, à propos de l’Esprit Saint : Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Donc, si l’on dit que le Dieu de toutes choses habite en quelqu’un, si cela est « être fait homme » ou l’incarnation, qu’on le dise aussi à propos de chacun de ceux qui ont été faits participants de la Nature divine et qui, de plus, l’ont eue habitant en eux, qu’il a été à la fois fait homme et incarné. Cela étant ainsi, et admis comme vrai, le Verbe issu de Dieu le Père pourrait même être dit avoir été le plus souvent fait chair, et oui, il habite même maintenant en beaucoup de ceux qui le craignent.
Oui, dit-il, car il est écrit de Dieu le Verbe qu’il a tabernaclé en nous ; et le divinement inspiré Paul a dit aussi du Christ, Sauveur de nous tous, qu’en lui a habité toute la plénitude de la Divinité corporellement.
Il a tabernaclé en nous, assurément, car ainsi il est écrit ; et en outre qu’il a habité : je ne m’opposerai pas à ce que tu le dises, mais je rechercherai plutôt les paroles des Docteurs divins. Car le bienheureux Évangéliste, ayant dit auparavant : Et le Verbe fut fait chair, a utilement ajouté aussi : il a tabernaclé en nous, afin que par l’un et l’autre il opère en nous, sans mutilation, la connaissance du mystère relatif au Christ. Car que le Verbe issu de Dieu le Père fut uni personnellement à la chair, il l’a ouvertement déclaré 21 en disant qu’il fut fait chair : que, fait chair, il n’est pas passé dans la nature de la chair, subissant un changement vers ce qu’il n’était pas, mais qu’en même temps qu’il devenait comme nous, il est demeuré ce qu’il était, il le déclare de nouveau clairement, en ajoutant, à ce qui précède, « il a tabernaclé en nous ». Et le divinement inspiré Paul dit qu’en Christ a habité toute la plénitude de la Divinité corporellement, afin que personne ne suppose que l’inhabitation fût simple ou accidentelle, mais (comme je l’ai dit tout à l’heure) véritable et personnelle. Car que le Verbe de Dieu soit incorporel et non sujet au toucher, celui qui était revêtu de l’Esprit ne l’ignorait pas ; mais puisqu’il était nécessaire que la déclaration du mystère parût n’être en rien matière à blâme, mais fût rendue aussi précise et exacte quant au droit et au vrai qu’elle en fût au-delà de toute critique — il fait, semble-t-il, violence et néglige presque ce qui convient à la Nature incorporelle et suprême, car il a ajouté « corporellement », ne pouvant parler autrement que par ce qui peut être atteint par notre esprit et notre langue.
Ne pense donc pas, lorsqu’il nous parle de simple inhabitation, qu’il dit quelque chose qui n’ait pas besoin de la plus vigoureuse réprobation. Car, renversant, comme il le croit, et cela avec vigueur, la naissance selon la chair du Fils, il compose un raisonnement digne des vieilles femmes et des insensés, n’ayant aucun fondement de vérité. Car il écrit encore de cette manière ; son discours était dirigé contre les Ariens :
« Pourtant 22, quoiqu’ils bavardent que Dieu le Verbe est cadet de la plus grande Divinité, ceux-ci le font second à la bienheureuse Marie, et au-dessus de la Divinité, Créateur des temps, ils placent une mère née dans le temps ; ou plutôt ils n’admettent même pas que celle qui a porté le Christ soit mère du Christ. Car si ce n’est pas la nature de l’homme, mais Dieu le Verbe, comme ils le disent, qui est issu d’elle, celle qui a enfanté n’était mère de rien de ce qui est né. Car comment quelqu’un sera-t-il mère de celui qui est étranger à sa nature ? Mais si elle est appelée mère par eux, ce qui est né est humanité, non Divinité, car c’est le propre de toute mère d’enfanter ce qui lui est consubstantiel. Ou donc elle ne sera pas mère, n’enfantant pas ce qui lui est consubstantiel, ou, étant appelée mère par eux, elle a enfanté ce qui était en essence semblable à elle-même. »
§9. Combien profonde est la matière de ses cogitations ! Redoutable et difficile à échapper est manifestement la contrainte résultant des raisonnements de celui qui a composé de telles choses ! D’où lui vient-il, ayant rassemblé pour nous de telles fables ? ou qui jamais sombra à ce point d’ignorance dans ses conceptions, pour penser ou dire que la Divinité du Fils Unique n’a pas son existence avant les siècles issue du Père, mais fait plutôt de la chair et du sang le commencement de son passage à l’être ? Qui est si égaré et de si mince intelligence, et tout à fait sans oreille pour les saintes Écritures ? Qui ne se souvient pas d’Ésaïe, qui a crié à haute voix de lui : Qui racontera sa génération ? Jean aussi, qui a écrit clairement : Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu ; toutes choses ont été faites par lui, et sans lui rien de ce qui a été fait n’a été fait ? Et si toutes choses ont été faites par lui, comment celui qui est avant tout siècle et tout temps sera-t-il postérieur en naissance à ce qui a été fait par lui ? Pourquoi donc apportes-tu ce qui est répudié par tous, comme si cela avait été dit ? Cesse d’accuser ceux qui blâment à bon droit ce que tu dis, et qui rient de la vastitude de l’ignorance qui s’y trouve. Puisque donc il n’y a personne qui dise que la Vierge a enfanté de sa propre chair la nature de la Divinité, ne t’efforce pas en vain de tresser pour nous des raisonnements non tirés de prémisses vraies et reconnues de tous.
Mais qu’est-ce qui t’a persuadé de lâcher une langue si effrontée et si peu réservée contre ceux qui s’appliquent avec zèle à penser droitement, et de déverser une accusation redoutable et toute cruelle sur chaque adorateur de Dieu ? Car tu as dit encore, dans l’Église, « Mais j’ai déjà bien souvent dit que si quelque simple, soit parmi nous soit ailleurs, se réjouit du mot Mère de Dieu, je n’ai aucun grief contre ce mot ; seulement, qu’il ne fasse pas de la Vierge une déesse. »
§10. Nous invectives-tu de nouveau, et poses-tu une bouche si amère ? et outrages-tu l’assemblée du Seigneur, comme il est écrit ? Mais NOUS, mon ami, qui l’appelons Mère de Dieu, n’avons jamais du tout déifié aucun de ceux qui sont comptés parmi les créatures, mais avons coutume de connaître comme Dieu celui qui est, un et unique, par nature et véritablement tel ; et nous savons que la bienheureuse Vierge était femme comme nous. Mais toi-même seras pris sur le fait, et cela sans long délai, nous représentant l’Emmanuel comme un homme porteur de Dieu, et imputant à un autre la condamnation qui revient à tes propres essais.
