Les cent vingt-sept Canons des Apôtres
Les soixante et onze canons ecclésiastiques et les cinquante-six canons apostoliques, édités et traduits par Jean et Augustin Périer
- 01 — Introduction de l’édition
- 02 — Livre premier — les soixante et onze canons ecclésiastiques
- 2.I — — Commencement du canon des Apôtres et mention de plusieurs d’entre eux
- 2.II — — De la réprimande de celui qui tient des propos qui ne conviennent pas. De l’amour de Dieu et du prochain
- 2.III — — Que tu ne dois pas faire à autrui ce que tu hais [pour toi-même]
- 2.IV — — Des commandements
- 2.V — — Contient une exhortation et interdit la colère, l’envie et l’obstination
- 2.VI — — Contre la convoitise. Encore de la colère
- 2.VII — — Contre ceux qui tiennent de mauvais propos
- 2.VIII — — Contre ceux qui professent les vaines observances, l’astrologie, la magie et autres choses de ce genre
- 2.IX — — Contre le mensonge, l’amour de l’or et la vaine gloire
- 2.X — — Celui qui t’annonce la parole de Dieu et qui est devenu pour toi un instrument de vie, tu l’honoreras et tu le nourriras de ton labeur (litt. de ta sueur)
- 2.XI — — Ne cause point de désunion, mais réconcilie ceux qui sont divisés
- 2.XIV — — De l’ordination du lecteur
- 2.XV — — De l’ordination des diacres
- 2.XVI — — Des veuves
- 2.XVII — — Des diacres : qu’ils doivent faire de bonnes œuvres
- 2.XVIII — — Le statut des laïques
- 2.XIX — — Où il est rappelé que le sacrifice est le corps du Christ. — Autre question
- 2.XX — — Que les femmes ne doivent pas prier debout, ni avoir d’autre ministère que le soin des indigents. — De la charité et d’autres sujets
- 2.XXI — — De l’ordination des évêques et du commencement de la messe
- 2.XXII — — De l’ordination des prêtres
- 2.XXIII — — De l’ordination des diacres
- 2.XXIV — — Des confesseurs qui souffrent des tourments pour le nom du Christ ; qu’ils doivent avoir la dignité du diaconat et du sacerdoce
- 2.XXV — — De l’institution des veuves
- 2.XXVI — — Des lecteurs, des vierges, des sous-diacres et du don de guérison
- 2.XXVII — — Des nouveaux venus qui veulent entrer dans la foi et des occupations auxquelles ils doivent renoncer
- 2.XXVIII — — De celui qui se revêt de pourpre ; que les fidèles qui entrent dans la milice ou se font astrologues, sorciers, etc., doivent cesser, sinon ils seront exclus
- 2.XXIX — — Des concubines. — Que si nous avons omis quelque chose, vous devez prendre vous-mêmes la décision qui convient
- 2.XXX — — Pendant combien de temps il faut se faire instruire après avoir renoncé aux occupations [énumérées dans les canons précédents]
- 2.XXXI — — De la prière des catéchumènes et du baiser de paix
- 2.XXXII — — De ceux qui vont être baptisés
- 2.XXXIV — — De l’ordre [des cérémonies] du baptême, de la profession de foi et de la confession au baptistère. — De la messe. — Du lait et du miel
- 2.XXXV — — Des veuves et des vierges
- 2.XXXVI — — Du temps où il convient de manger
- 2.XXXVII — — Du festin des veuves
- 2.XL — — Qu’à la fête de Pâques personne ne doit prendre aucun aliment avant le temps où il est permis de manger
- 2.XLI — — Que les diacres doivent obtempérer aux ordres de l’évêque
- 2.XLII — — Du temps où il faut prier
- 2.XLIII — — Que les fidèles doivent recevoir l’Eucharistie en premier lieu, au moment convenable, et avant d’avoir pris aucun aliment
- 2.XLIV — — Qu’il faut garder avec grand soin les Mystères et qu’il ne faut rien répandre du calice
- 2.XLV — — Que les diacres et les prêtres doivent s’assembler
- 2.XLVI — — Des cimetières
- 2.XLVII — — À quels moments il faut prier, écouter les instructions et faire sur le front le signe de la croix
- 2.XLVIII — — Des dons et des ordinations
- 2.XLIX — — Au sujet des actions que nous avons déjà mentionnées
- 2.L — — Que tout homme qui prophétise n’est pas un serviteur de Dieu
- 2.LI — — De l’évêque qui se complaît dans son peu d’instruction, son ignorance ou sa haine secrète
- 2.LII — — De l’ordination des évêques et de l’ordo de la messe
- 2.LIII — — De l’ordination des prêtres et des diacres, des diaconesses, des sous-diaconesses et des lectrices
- 2.LIV — — Des confesseurs
- 2.LV — — Des vierges, des veuves et des exorcistes
- 2.LVI — — Combien il doit y avoir d’évêques à l’ordination
- 2.LVII — — Que l’évêque donne la bénédiction, mais ne la reçoit pas, qu’il dépose celui qui mérite d’être déposé ; qu’il ne peut tout seul déposer un autre évêque. — Règles pour la bénédiction
- 2.LVIII — — Que nul clerc d’un ordre inférieur au diaconat ne doit exercer les fonctions du diacre
- 2.LXI — — De ceux qui veulent participer aux mystères
- 2.LXIII — — De la concubine appartenant à un infidèle ou à un fidèle
- 2.LXIV — — De l’ablution des mains et de la prière
- 2.LXV — — Que tout croyant ou toute croyante devront prendre soin de leurs esclaves [et leur procurer] le repos du samedi et du dimanche
- 2.LXVI — — [Que les esclaves] ne devront pas travailler non plus pendant la semaine de Pâques. — Énumération des fêtes
- 2.LXVII — — Heures de la prière
- 2.LXVIII — — Que si vous ne pouvez vous rendre à l’Église, l’évêque devra célébrer la messe dans sa maison ; car c’est l’homme saint qui sanctifie l’Église
- 2.LXIX — — Des jours où il faut faire mémoire des trépassés
- 2.LXX — — De ceux qui sont persécutés pour la foi et de quiconque fuit de ville en ville pour la même cause : qu’ils doivent être assistés
- 2.LXXI — — Des degrés du sacerdoce et de leur réglementation
- 2.64 — I (1)[^57]. — Combien d’évêques doivent assister à l’ordination de l’évêque[^58]
- 2.65 — III (5). — Que l’évêque et le prêtre ne doivent pas renvoyer leur épouse
- 2.66 — IV (7). — Du temps auquel il convient de célébrer la Pâque
- 2.67 — V (6). — Qu’un ecclésiastique ne doit pas se mêler des affaires séculières
- 2.68 — VI (8). — Que si quelqu’un s’abstient de communier, il devra
- 2.69 — VII (9). — Que si tu entres à l’église et entends les prières, tu dois participer aux mystères
- 2.70 — VIII (10). — Qu’il ne faut pas prier avec un infidèle
- 2.71 — IX (11). — Qu’il ne faut pas prier avec un [clerc] déposé
- 2.72 — XI (14). — Qu’un évêque ne doit pas quitter son siège
- 2.73 — XIII (17, 18, 19). — De celui qui se marie en secondes noces, ou épouse une veuve, une courtisane, une esclave, une femme objet de soupçons ou qui va dans les lieux de divertissement, et de celui qui a cohabité avec deux sœurs ou avec sa nièce
- 2.74 — XIV (20). — Du clerc qui se porte caution
- 2.75 — XV (21, 22, 23, 24). — Des eunuques
- 2.76 — XVI (25). — De celui qui est coupable de fornication, parjure
- 2.77 — XVII (26). — Du mariage des lecteurs, des chantres et autres clercs
- 2.78 — XVIII (27). — Du ministre sacré qui frappe ou qui maudit
- 2.79 — XIX (28). — De celui qui a été justement excommunié
- 2.80 — XX (29). — De celui qui est ordonné par simonie
- 2.81 — XXI (30). — De celui qui a recours aux puissances du siècle pour obtenir une église
- 2.82 — XXII (31). — Du prêtre qui méprise son évêque
- 2.83 — XXIV (33). — Qu’un clerc étranger ne doit pas être accueilli
- 2.84 — XXV (34). — Que le primat des évêques doit être connu
- 2.85 — XXVI (35). — De la déposition de celui qui confère les ordres en dehors de son diocèse
- 2.86 — XXVII (36). — De celui qui ayant été ordonné évêque, prêtre ou diacre, n’annonce pas la parole de Dieu
- 2.87 — XXIX (38). — Que l’évêque devra prendre soin des biens de son église
- 2.88 — XXX (39). — Que l’évêque doit être consulté
- 2.89 — XXXI (40). — De la distinction des biens de l’évêque et des biens de l’Église
- 2.90 — XXXIV (46)[^59] — De celui qui va au baptême des hérétiques
- 2.91 — XXXVII (53) — De la déposition de celui qui ne goûte pas un peu de viande et de vin les jours de fête
- 2.92 — XLI (58). — De la déposition de l’évêque ou du prêtre qui n’enseigne pas au peuple le service de Dieu
- 2.93 — XLII (59). — [De l’évêque ou du prêtre] qui n’assiste pas un clerc indigent
- 2.94 — XLIII (60). — De celui qui propage les livres des adversaires
- 2.95 — XLIV (61). — [De l’évêque convaincu de fornication]
- 2.96 — XLV (62). — De celui qui renie le Christ ou le sacerdoce
- 2.97 — XLVI (63). — De celui qui mange de la chair avec le sang
- 2.98 — XLVII (64). — De celui qui jeûne le samedi et le dimanche
- 2.99 — XLVIII (65). — De celui qui entre dans le lieu de réunion des juifs et des infidèles
- 2.100 — XLIX (66, 67). — De celui qui frappe quelqu’un et cause sa mort, ou qui enlève une vierge
- 2.101 — L (68). — De celui qui est ordonné deux fois
- 2.102 — LI (69, 70, 71). — [Du jeûne du carême], ni le mercredi et le vendredi. — De celui qui jeûne en même temps que les juifs ou célèbre leurs fêtes ou accepte de leur pain azyme. — De celui qui porte de l’huile ou une lampe au temple des juifs et des gentils
- 2.103 — LII (74). — De l’évêque incriminé
- 2.104 — LV (85). Des livres de l’Ancien et du Nouveau [Testament] reçus dans l’Église

Les cent vingt-sept Canons des Apôtres
Les soixante et onze canons ecclésiastiques et les cinquante-six canons apostoliques, édités et traduits par Jean et Augustin Périer
Sources liturgiques et manuscrites · 02 septembre 2026 · 138 min de lecture · 12 vues
Introduction de l’édition§
La littérature canonique apocryphe de l’Église primitive est contenue presque tout entière dans les ouvrages suivants qui ont été et seront longtemps encore l’objet de nombreuses recherches : la Didachè ou Doctrine des Apôtres, la Didascalie, les Constitutions apostoliques, le recueil célèbre de 84 ou 85 Canons grecs, les 27 ou 30 Canons apostoliques, les Canons d’Hippolyte et enfin les 127 Canons des Apôtres que nous publions ici. Ces derniers se divisent en deux séries : la première contient les 71 Canons ecclésiastiques, et la seconde, les 56 Canons apostoliques ; c’est une collection précieuse pour l’histoire du droit canonique et de la liturgie des Églises de Syrie et d’Égypte.
Dans cette introduction l’espace nous est forcément mesuré à cause de l’étendue de la publication elle-même : nous ne pouvons donc songer à faire une étude d’ensemble de toute cette littérature canonique où des savants distingués nous ont devancés. Notre unique but est de donner une bonne et commode édition d’un texte arabe fort maltraité par les scribes avec une traduction française claire et fidèle. Nous voulons espérer que la présente publication jointe à l’édition parallèle du texte copte, qui est en préparation et qui paraîtra également dans la Patrologia Orientalis, aidera aux recherches des travailleurs.
Les 71 canons ecclésiastiques.
Ces canons avaient été traduits du grec en latin, sans doute vers la fin du IVᵉ siècle. Les restes de la version latine, conservés dans un palimpseste de Vérone, ont été édités par M. E. Hauler, Didascaliae Apostolorum fragmenta veronensia latina ; accedunt canonum qui dicuntur Apostolorum et Aegyptiorum reliquiae, Leipzig, 1900, p. 91-121.
Cette série se subdivise elle-même en trois parties distinctes :
a) Canons 1 à 20, nommés Le règlement apostolique (Apostolische Kirchenordnung). L’antiquité chrétienne nous en a conservé le texte grec original qui est distribué en 30 canons et qui dépend de la Didachè. Selon l’opinion commune, celui qui l’a rédigé vivait en Égypte au IIIᵉ siècle.
b) Canons 21 à 47, nommés Le règlement ecclésiastique égyptien (Aegyptische Kirchenordnung), qui correspondent au livre VIII des Constitutions apostoliques et aux Canons d’Hippolyte. Sur la date de composition et sur les sources de ces 26 canons les érudits sont partagés : les uns, comme Achelis, Die Canones Hippolyti, p. 27, en placent la rédaction dans le premier quart du IVᵉ siècle et la considèrent comme un remaniement des Canons d’Hippolyte et comme la source du livre VIII des Constitutions ; d’autres, comme Funk, lui refusent une antiquité plus haute que le Vᵉ ou le VIᵉ siècle — ce qui paraît inadmissible — et la font venir du livre VIII. Quant aux Canons d’Hippolyte, ils dépendraient du Règlement et des Constitutions.
c) Canons 48 à 71, qui font parfois double emploi avec les précédents (21 à 47) et sont parallèles au livre VIII des Constitutions. Mais, « dans cette dernière partie, le compilateur a disposé les matières dans un ordre différent ; il a ajouté, retranché ou modifié maints détails concernant les dons surnaturels, la liturgie, la prière, la discipline ; il a multiplié les exemples tirés de l’Écriture.
Toute cette première série nous est parvenue dans des versions coptes, arabes et éthiopiennes, l’éthiopien venant de l’arabe, l’arabe du copte et le copte du grec. La question de la dépendance des versions est souvent délicate, et une démonstration scientifique de ce que nous regardons ici comme une certitude, ne sera tout à fait possible qu’avec le secours d’une édition critique de tous ces textes. Il nous paraît certain, toutefois, que la traduction éthiopienne, de basse époque, a été faite sur un manuscrit arabe quelque peu apparenté à ceux de la recension AAB (Voir ci-dessous, p. 15-18). En effet, dans les passages où le texte arabe est défectueux et difficile à comprendre, l’éthiopien paraphrase, résume ou bien encore traduit obscurum per obscurius. Nous y retrouvons la plupart du temps les contresens, les bizarreries, les inexactitudes de la version arabe.
Dans celle-ci, pareillement, des phénomènes analogues se sont produits. Quand l’auteur ne connaissait pas les équivalents des termes coptes ou qu’il ne les comprenait pas, il les transcrivait dans sa version sans les traduire. (Voir ci-dessous les canons 27 et 62 de la première série, p. 47 et 96, et les comparer avec les canons correspondants de la version copte 41 et 75, dans l’édition de Paul de Lagarde ou dans la traduction anglaise de M. Horner1.)
Les additions considérables de la version éthiopienne consistent surtout dans des prières. Elles prouvent ou que le traducteur interpolait des détails, pris dans sa propre liturgie, ou bien qu’il avait à sa disposition un manuscrit arabe plus développé, dans certaines parties, que les nôtres. En effet, les canons coptes et les canons arabes qui traitent des ordinations, de la messe et du baptême parlent explicitement de prières qu’ils supposent connues, et dont ils ne donnent pas la formule (Voir ci-dessous, p. 40-41, 51, 86-87). Si l’on ne tient pas compte de cette particularité intéressante, la version éthiopienne, considérée en elle-même, ne peut être placée qu’au dernier rang, par ordre de valeur, et à une assez grande distance de sa mère et de sa grand’mère.
Quant au texte même de notre édition, il constitue la version arabe la plus répandue. Il est étroitement apparenté à la version copte publiée par Paul de Lagarde.
Une seconde version arabe de cette première série est celle de l’Octa-teuque de Clément, apocryphe conservé dans plusieurs manuscrits : Biblio-tutes…, translation of the Sahidic, p. 311-313, 351-352. — 2. Cf. Horner, op. cit., Introduction, p. ix. Ce dernier sentiment est celui du savant professeur Guidi, Revue biblique, 1901, Il Canone biblico della chiesa copta, p. 173. Dans les additions de la version éthiopienne, M. E. von der Goltz voyait soit des fragments des écrits liturgiques et canoniques d’Hippolyte, soit du moins des écrits du IIIe ou du IVe siècle. Cf. Unbekannte Fragmente altchristlicher Gemeindeordnungen dans les Sitzungsberichte der kön. Preuss. Akad. der Wissenschaften, 1906, p. 141-157, et Zeitschrift fur Kirchengeschichte, 1906, p. 1-27. Dom Donatien De Bruyne, dans la Revue Bénédictine, t. XXIII (1906), p. 422-429, tient ces hypothèses pour prématurées. — 3. Paul de Lagarde, op. cit.
thèque Nationale, arabes 251, fol. 278 à 299 v°, et 252, pages 539 à 561; Vatican 150, fol. 44 à 57. Elle forme les livres II à VIII de l’Octateuque. Des notes marginales avertissent le lecteur que le contenu de l’ouvrage est identique à celui des 71 canons, mais que la rédaction en est différente et renferme quelques additions. Vérification faite, cette œuvre a des chances de n’être qu’une assez mauvaise version du texte syriaque dont M. Nau publie une traduction française dans le Canoniste contemporain 2. En voici, à titre de spécimen, deux extraits inédits, suivis d’une traduction française : Canon 33 sur l’ordination des prêtres — 22 de notre texte.
« Des intercesseurs et [de l’ordination] du prêtre par l’imposition de la main de l’évêque. — Il lui placera la main sur la tête, tous les prêtres le touchant, et il dira comme il a été indiqué ci-dessus ; il dira, comme pour l’évêque, pendant qu’il prie debout et impose les mains au prêtre : Ô Dieu, père de Notre-Seigneur et Roi Jésus-Christ, jette les regards sur ton serviteur… Et la suite. »
Canon 67 sur les sépultures — 46 de notre texte.
« Des cimetières. — Que les pauvres ne soient pas assujettis à un surcroît de travail dans les cimetières établis ; car ce ne peut être que l’œuvre du fossoyeur, moyennant salaire, et du gardien, moyennant une largesse. Que l’évêque nourrisse celui qui s’en occupe et celui qui y reste, en sorte que ceux qui viennent ne soient pas assujettis à des corvées. »
LES 56 CANONS APOSTOLIQUES.
La deuxième série des 127 canons arabes, qui en contient 56, était restée inédite jusqu’à ce jour. Elle constitue un arrangement quelque peu différent — avec des suppressions et des additions — des 85 (ou 84) canons conservés en grec et publiés dans tous les grands recueils de conciles.
Leur lieu d’origine est probablement la Syrie et leur compilateur semble être le rédacteur des Constitutions apostoliques. Il est certain, dans tous les cas, qu’ils ont été tirés en majeure partie du concile d’Antioche de 341 et des Constitutions.
Ces 84 ou 85 canons grecs ont été souvent traduits ; vers l’an 500, Denys le Petit donnait des 50 premiers deux versions latines dont l’une a eu de nombreuses éditions. Puis, parurent les deux versions syriaques, la version copte, les versions arabes et la version éthiopienne. Toutes les versions arabes sont restées jusqu’à ce jour inédites. Nous en connaissons au moins trois, très différentes par leur rédaction :
a) Celle que nous publions, distribuée en 56 canons.
b) Une seconde version, divisée en marge en 86 canons : manuscrits de Paris, arabe 251, fol. 292v à 295v, et du Vatican 150, fol. 55v à 57v. Cette version, en langue barbare, médiocre travail d’écolier, est conforme au syriaque. Elle porte en tête : « Nous commençons, avec l’aide de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à écrire les canons des saints Apôtres qui forment le huitième (livre) de Clément. » Voici le texte arabe inédit et la traduction des canons 46 et 47 à 50 (de cette version) qui manquent tous dans la série des 56. Les numéros de ces cinq canons correspondent exactement avec ceux de l’édition grecque de Funk. Nous y remarquons la longue addition au canon 50 (ou 49). Notre citation comblera en quelque manière une lacune de notre texte.
Manuscrits de Paris 251, fol. 294; 252, p. 564; Vat. 150, fol. 56v :
46. — L’évêque, le prêtre ou le diacre qui feront simplement des prières avec les hérétiques seront chassés ; mais s’ils leur ordonnent de faire [quelque chose] en tant que clercs, ils seront déposés. 47. — L’évêque ou le prêtre qui ne baptise pas d’un baptême véritable, sans souillure — sinon ce serait le baptême des infidèles — sera déposé, comme tournant en dérision la croix sur laquelle le Seigneur est mort et ne discernant pas le sacerdoce du faux sacerdoce. 48. — Si un laïque répudie sa femme et en prend une autre, qui a été elle-même répudiée, qu’il soit excommunié.
49. — Si un évêque ou un prêtre ne baptisent pas selon le règlement du Seigneur, [au nom] du Père et du Fils et de l’Esprit-Saint, et non en trois Pères ni en trois Fils ni en trois Consolateurs, [qu’ils soient déposés].
Enseignez donc3 au baptisé que le Père n’a pas été crucifié, qu’il n’est pas né, ne s’est pas fait homme, que le Saint-Esprit non plus ne s’est pas fait homme et n’a pas souffert, parce que celui qui s’est fait homme et a soustrait le monde à la colère, c’est celui qui est engendré, le Fils unique. C’est lui en effet qui s’est incarné par amour des hommes et a pris un corps [dans le sein] de la Vierge, suivant ces paroles : La Sagesse, [comme] l’ouvrier, s’est bâti une maison ; il a enduré le supplice de la croix et a, par son obéissance, racheté le monde de la colère à laquelle il était en butte. Nous sommes baptisés au nom du Père, mais non parce qu’il s’est fait homme ou qu’il a souffert, et au nom du Fils, parce qu’il s’est incarné en personne et qu’il a supporté la croix, a souffert, est ressuscité, et au nom du Saint-Esprit égal au Père et au Fils. Que ceux donc qui baptisent comme s’ils ignoraient ce mystère de piété soient déposés.
Celui qui dit : Le Père a souffert, commet une impiété plus grande que les Juifs à l’égard du Christ, et est étranger au Père ; celui qui nie l’incarnation du Fils unique et ses souffrances sur la croix est un adversaire de Dieu et un ennemi des Saints ; celui qui appelle le Saint-Esprit : Père, est un ignorant et un insensé. Car le Fils opère avec le Père, partage son trône, commande avec lui, est l’auteur de la résurrection. Le Saint-Esprit lui est égal, car ce sont trois personnes égales en divinité.
Simon le magicien s’est répandu en injures contre nous, [lui] qui s’est attribué l’Esprit devant le peuple égaré, qui est agité et méchant, qui déraisonne quand il dit que les trois noms [sont seulement des manières différentes de désigner] Dieu, et qui enlève aussi toute réalité à la passion du Christ et à sa naissance.
Pour vous qui croyez en un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, baptisez par triple immersion, selon la science de Dieu et nos règlements dans l’Esprit.
c) Signalons enfin une troisième version en 81 ou 82 canons : mss. de Paris, arabes 234, fol. 23 à 34; 251, fol. 11 à 17 et carchouni 223, fol. 119 à 126 (Zotenberg, Catalogue, p. 169, col. 2).
Dans 251 nous lisons : « Voici les Absatlousât (apostolica) susdits que les disciples ont composés et que Clément a publiés. Les Apôtres les avaient réunis et arrêtés avec l’assistance du Saint-Esprit pendant qu’ils étaient dans le cénacle de Sion… » Les titres diffèrent quelque peu avec les manus-crits. Ainsi, 234 appelle ce recueil Titlasât (tituli), au lieu de Absatlousât. Ces canons, appelés aussi Canons des Disciples, par exemple dans le manuscrit carchouni de Paris, n° 223, ne sont qu’une traduction nouvelle et paraphrasée des 85 canons grecs. À remarquer que les numéros 47, 49 et 50 du grec n’ont pas d’équivalent dans cette version qui donne, par contre, les numéros 45 et 48, omis, ainsi qu’on l’a vu plus haut, dans la série des 56.
Canon 43 (= 45 du texte grec). — Tout évêque, prêtre ou diacre qui aura prié avec les hérétiques sera destitué par son patriarche ; les prêtres et les clercs inférieurs seront destitués par l’évêque. Et si ce dernier leur permet d’entrer avec lui à l’autel et les maintient au nombre des clercs, il sera lui-même privé de sa dignité.
Canon 45 (— 48 du texte grec). — Si un croyant laïque expulse sa femme de chez lui, sans raison ni témoignage probant, sans qu’une vilenie ait mérité cette mesure, [mais] dans le dessein d’épouser encore une autre femme, par exemple une répudiée pour adultère ou autre, qu’il soit chassé de l’Église de Dieu.
D’autre part, la rédaction des trois manuscrits 251, 234 et carchouni 223 présente des différences assez importantes pour qu’on y puisse voir trois recensions d’une même traduction. Le manuscrit 234 reproduit mieux, sans doute, le type de la version primitive4 ; dans le manuscrit 251, le texte est parfois amplifié ; dans 223, la rédaction présente quelques variantes et surtout des additions et des suppressions : les titres des canons manquent. Dans tous les trois, la longue addition au canon 50 (ou 49) est omise. Le style est plus soigné que dans la version précédente.
Cette troisième version des 81 ou 82 canons grecs a été faite sur un texte syriaque. Nous la trouvons en effet dans le Nomocanon de David, table des canons. — : Même texte dans le ms. 252 de la B. N., page 19 à 37.
contenu dans le manuscrit déjà cité, carchouni 223. Ce David était métropolitain des Maronites ; son ouvrage fut « traduit du syriaque en arabe par Thomas, évêque de Kaphartab, avec des additions et des corrections con-formes à la doctrine monothélite ».
Après ces considérations générales, nous allons caractériser notre propre travail.
Nous avons déjà signalé l’édition des 71 premiers canons arabes publiés, avec une traduction anglaise très littérale, par le Rev. G. Horner en 1904. Le texte, resté jusqu’alors inédit, a été tiré du manuscrit 149 du Vatican. À la fin du volume, M. Horner ajoute la collation en anglais du manuscrit de la Bodléienne, Huntington 458, restauré en 1667. Le traducteur a tiré assez bon parti du texte médiocre qu’il avait sous les yeux et si son œuvre contient des obscurités et pas mal de fautes, elles sont imputables principalement au manuscrit dont il se servait. Publier et traduire de tels ouvrages d’après une seule copie est une entreprise difficile. Les copistes, ne comprenant pas toujours le texte, aiment à le modifier pour lui donner un sens, et ils n’arrivent trop souvent qu’à le défigurer au point de le rendre inintelligible. Quant à la contribution de M. Horner, elle suppose un labeur considérable. La réunion des trois versions éthiopienne, arabe et copte des 71 premiers canons en un seul volume a été pour nous d’un grand secours. Et toutefois l’imperfection du manuscrit 149, les fautes nombreuses qui se sont glissées dans l’édition du savant anglais justifient, croyons-nous, notre entreprise de donner une édition basée sur de meilleures et plus abondantes sources.
Voici, à l’usage des arabisants, quelques-unes des inexactitudes (nous pourrions aisément allonger cette liste) relevées dans The Statutes of the Apostles, au hasard de notre lecture. Nous les signalons maintenant pour n’avoir pas à les introduire dans notre apparat critique et nous plaçons entre parenthèses la leçon correcte, en rectifiant le sens quand il y a lieu :
Canon II, p. 89, l. 16, nous lisons dans Horner au lieu de
Can. IV, p. 90, l. 8, le mot la est imprimé deux fois de suite ; l. 11,.9 (pour ΕΥ̓). Can. VI, p. 91, l. 3, \,& 13! (au lieu de 1;!>N). Cette dernière leçon est donnée par tous les mss. Can. X, p. 91, l. 21, Lu. (au lieu de l Lu).
Can. XI, p. 92, l. 11, Igiso, (au lieu de Igissn3).
été rejeté en note par Horn. : l. 5, iu (au lieu de _we2) ; l. 6, zen (au lieu de zen qui est dans tous les mss.) ; l. 18, 5, (au lieu de Sir qui est dans les mss.) ; l. 19, N als 3; « not make an end » (au lieu de ᾿υΔ δὰ « et qu’ils soient sans trouble »).
Can. XV, p. 94, l. 5, le ms. 149 du Vatican et Horn. à sa suite omettent la phrase : [« diacres, qu’ils soient institués comme il est écrit : Toute affaire sera établie sur la déposition de deux ou de trois témoins »] ; l. 7, Vat. _uow, Hor. 3 « irritates » (au lieu de δὰ » « déprave ») ; l. 10, Its ; (au lieu de ll) ; l. 12, les mots 5}. 1; Hp etc. sont traduits, p. 242, l. 5: « Those who are rejected they shall expel at once »
(au lieu de : « quant aux in…s, ils les a une bonne fois »).
Can. XVI, p. 94, l. 6, b (au lieu de WS, tous les mss.) ; Vat. et Horn. omettent „ul « deux » après MR et la phrase est obscure.
Can. XVII, p. 95, l. 3, et (au lieu de ler, tous les mss.) ; l. 7, sl, (au lieu de Ida).
Can. XIX, p. 95, l. 13, ae ! « the Teacher » (au lieu de a ! « la doctrine », tous les mss.) ; dans la même ligne est omise la conjonction SL ὅτι, quia, « que », qui se trouve dans tous les mss.
Can. XX, p. 95, l. 16, ‚o N) au lieu de N) ; passim (au lieu de „S, tous les mss.) ; 2 « we find » (au lieu de 2? « nous assignons » ou « nous fixons ») ; l. 19, les mots pe ss sont traduits « a good work » (au lieu de « un bon ouvrier ») ; l. 20, Vat. et Horn. „> « we assure you » (au lieu de „23 « nous avons reçu l’ordre »).
Can. XXIV, p. 97, l. 9, Horn. 5. 3: (au lieu de =>, tous les mss.), as au lieu de ‚>, tous les mss.).
give up who » (au lieu de ee \gie 1,50.,' « dont ils doivent s’abstenir. Ceux qui »).
Can. XXVII, p. 98, l. 17, ga ur ΛΩΝ (au lieu de pe ur a3 « de celui qui se revêt de pourpre », tous les mss.). La trad. litt. du texte de H. serait : « des gens rouges » ; mais la version anglaise, « persons in red », évite cette bizarrerie.
Horn. omettent le mot er « voile », et la phrase, incomplète, ne présente aucun sens.
Can. XXXIII, p. 100, l. 9, ib (au lieu de aus&.!3, tous les mss.).
Can. XXXIV, p. 100, l. 14, Vat. et Horn. ale 2, » ! « or running (down) upon it »
(au lieu de ale „= οἷ « ou y tombera d’en haut ») ; l. 17, ‚LS Jay ! (au lieu de Ja,
„LS, tous les mss.) ; l. 21, Horn. As, Vat. asus ; p. 101, l. 15, wu (au lieu de
Ibid., p. 102, l. 22,… (au lieu de…, tous les mss.) ; l. 11, Vat. et Horn. remplacent le mot… par… et le texte est inintelligible. Can. XXXV, p. 102, l. 19,… (au lieu de…, tous les mss.). Can. XXXVII, p. 104, l. 2, Horn. ajoute… « let them invite » qui n’est pas dans les mss. ; l. 3,… (au lieu de…, tous les mss.).
Can. XXXIX, p. 104, l. 5,… (au lieu de…, tous les mss.) ; l. 7,… (au lieu de…, tous les mss.). Can. XLI, p. 105, l. 1,… « let… report to » (au lieu de… « qu’ils soient attentifs à », ou « dévoués à… »).
de…, tous les mss.) ; p. 107, l. 12,… « (and) purify. — And those who believe » (au lieu de… « et purifient ceux qui croient »).
Can. XLV, p. 109, l. 5, Vat. et Horn… « as the purifier » (au lieu de… « comme il est évident ») ; l. 7,… (Vat…) « and produces it (sc. the sign) » (au lieu de… « et ils seront admonestés par lui ») ; l. 9, Horn…, Vat… ; l. 17,… (au lieu de…, tous les mss.) ; l. 20,… (Vat…) « the escape » (au lieu de… « l’affranchissement ») ; l. 21,… est traduit « the folly » (au lieu de « voile »).
Can. XLIX, p. 111, l. 9,… (au lieu de…, tous les mss.) ; l. 10,… (au lieu de…).
Can. L, p. 111, l. 11, sont mis entre crochets les mots… « tout homme qui prophétise n’est pas un serviteur de Dieu ». Dans tous les mss. cette phrase est écrite deux fois de suite : elle sert d’abord de titre ; elle forme ensuite les premiers mots du texte de ce canon. Elle est donc supprimée à tort dans la version anglaise. Ibid. l. 13,… (au lieu de…).
Can. LI, p. 112, l. 5, Vat. et Horn… « in (the time of) Adratarsis » (au lieu de… « à l’époque de Josias »).
Can. LIV, p. 115, l. 6,… « and if the confessor is angry with such an ordinance » (au lieu de… « et si un confesseur s’empare d’une telle dignité »)… O presbyters… » (au lieu de… « de ce monde. Vous êtes prêtres ») ; l. 13, Vat.
et Horn… « those who follow the name » (au lieu de…
« ceux qui ont été marqués du nom »).
Can. LXX, p. 122, l. 1, Vat. et Horn… « which are its limits for him »…, tous les mss.) ; l. 8,… (au lieu de…, tous les mss.) ; l. 17,… « in the likeness » (au lieu de… « est comparable », tous les mss.) ; p. 123, l. 8,…
« éclatant dont il frappa Osias », tous les mss.). Etc., etc.
Si établir un texte d’une manière satisfaisante est toujours une rude besogne, ici l’infinie variété des fautes d’accord et de flexion, les perpétuelles inconséquences dans l’orthographe des noms propres, les obscurités de certains passages, mal rendus parce que, visiblement, le traducteur n’en comprenait point le sens, compliquaient singulièrement notre tâche. Pour ce qui est des noms propres, nous ne nous flattons point d’avoir toujours accueilli la forme que dut adopter le premier traducteur : c’est la leçon la plus conforme à l’orthographe grecque, ou donnée par tous les manuscrits, ou la plus usitée chez les Arabes qui a arrêté notre choix. — Nous n’avons pas adopté les mots, les expressions, les constructions de phrases qui étaient des retouches postérieures. Sauf dans des cas très rares, c’est-à-dire quand il nous était impossible d’avoir un sens, nous avons préféré sans hésiter la rédaction la plus ancienne, quoique souvent plus rébarbative et plus incorrecte.
Mais nous avons voulu supprimer les inconséquences les plus choquantes, dont tous les manuscrits fourmillent, afin d’éviter nous-mêmes l’arbitraire. Les adjectifs, les pronoms, les désinences nominales ou verbales, dans la même ligne et pour le même cas, se rencontraient écrits une fois correctement, une autre fois d’une manière vicieuse : nous avons adopté la forme régulière. Au reste, toutes les variantes, même orthographiques, ont été notées dans l’apparat critique : exceptions faites pour le hamza qui manque très souvent, surtout dans Paris 241 et 251, pour les points diacritiques (quand la racine, la forme ou le sens des mots ne pouvait donner lieu à aucun doute) souvent omis dans Vatican 149 et Paris 252, pour certains accusatifs, le ms. de Paris 243 écrit uniformément à tous les cas, et enfin pour la plupart des inversions contenues dans le ms. du Barberini, Orient. 1. Nous n’avons pas relevé non plus l’orthographe des mots « chose », « ce qui », « quiconque », « péché », que tous nos
Notre traduction, aussi littérale que possible, s’est efforcée de respecter les exigences de la langue française, en se tenant à égale distance d’une élégance infidèle et d’une fidélité incorrecte. Nous serions heureux si ce travail de patience et d’abnégation pouvait dispenser nos confrères orientalistes de le recommencer bientôt.
Les Manuscrits.
Nous avons recollationné le manuscrit 149 du Vatican, déjà utilisé par M. Horner, sur une reproduction mise gracieusement à notre disposition par Mgr Graffin. Toutefois, la riche collection des manuscrits arabes de la Bibliothèque nationale nous a fourni deux nouvelles copies des canons, copies inédites, plus anciennes et plus correctes que celles dont disposait M. Horner. Elles ont servi de base à cette édition. Nous avons également mis à profit les variantes de cinq autres manuscrits. Il nous reste à étudier rapidement ces huit ouvrages qui représentent trois recensions.
PREMIÈRE RECENSION. — a) Paris, B. N., Fonds arabe, 241. Volume en papier, 164 feuillets, 0ᵐ,25 × 0,173, 18 lignes par page. Sans date. Le Catalogue du Bᵒⁿ de Slane le fait remonter au XIVᵉ siècle. Plusieurs indices, surtout la qualité du papier, très usé, les formes de l’écriture qui s’efface, mais qui fait de ce livre un petit chef-d’œuvre de calligraphie, nous donnent la tentation de l’attribuer à la fin du XIIIᵉ siècle ou au commencement du XIVᵉ. De plus, le style est généralement plus correct que dans les manuscrits de la recension suivante ; la rédaction dans son ensemble présente les mots, les tournures de phrases, usités dans le recueil d’Ibn al-ʿAssāl qui écrivait au XIIIᵉ siècle (B. N., arabe, 245 et suiv.). C’est, croyons-nous, la plus ancienne copie que nous ayons. Elle a servi de base à notre travail. Les canons y sont précédés d’une table à la suite de laquelle vient le texte qui s’étend du fol. 6 au fol. 50.
Nous appelons ce manuscrit A.
b) Rome, Borgia, 60. Volume en papier, 19 lignes par page. Cette copie porte sur plusieurs folios la date 1064 des martyrs (1348 de J.-C.). Comme la suivante, elle contient un prologue suivi d’une table des canons. (Le tout, à 266 selon le copiste oriental, et à 53 selon l’européen qui a numéroté le livre, en commençant par la fin.) Nous y voyons également une traduction arabe de la Didascalie à la fin de laquelle se trouve un intéressant colophon, qui se rapporte peut-être à tout le volume. Voici ce colophon :
Paris 243, mais il n’y est pas fait mention des Jacobites ni d’Ibn al-‘Assāl.
« La copie de ce livre a été achevée à l’aube de la nuit du vendredi matin, le 29 du mois de toubeh de l’an 1064 des saints Martyrs, qui correspond au 23 du mois de chawwāl de l’an 748 de l’hégire arabe (27 janvier 1348 de J.-C.5). Et cela, au Caire, la ville bien gardée, dans le haut quartier des Grecs (Ar-Roum) et dans le voisinage de l’église du glorieux archange Michel (Mīkhāyīl), église connue sous le nom d’Al-Fahhādīn. C’est Jean (Youḥannā), pécheur misérable à ses propres yeux, surnommé An-Naqqāch (le graveur), qui a fait cette transcription sur une copie qui est de la main du Père saint, Chams ar-Riyāsa ibn ach-Chaikh an-Nafīs, secrétaire des Armées victorieuses6, archidiacre de l’église du grand martyr Mercurius (Marqourious) au Caire (Miṣr), la bien gardée. Voici la conclusion de cette dernière copie :
« J’ai transcrit cet ouvrage sur un manuscrit de la main du cheikh éminent, sage et vertueux Tādj ar-Riyāsa Abou Isḥāq, fils du distingué Faḍl Allāh (que Dieu accorde le repos à son âme !), lequel raconte qu’il l’a traduit du copte en arabe. Voici au reste le détail de ce qu’on trouve écrit de sa main à la fin de son manuscrit :
« « Le pauvre pécheur Abou-Isḥāq ibn Faḍl Allāh a traduit du copte en arabe et écrit » lui-même ce livre pour que cette copie fasse foi. Il demande à tous ceux qui en pren-dront connaissance d’être indulgents pour les fautes qu’elle peut contenir et d’en » corriger ce qui est vicieux. À Notre-Seigneur, permanente et éternelle gloire ! Ce « travail a été fait pendant une période dont le dernier jour est le jeudi de la quatrième semaine du Jeûne saint, soit le 7 de barmahāt 1011 des martyrs, qui correspond au « 14 de rabi‘ second de l’année 694 de l’hégire (2 mars 1295 de J.-C.). »
Chams ar-Riyāsa fut employé sans doute au ministère de la guerre.
« Cet auteur raconte plus haut qu’il a traduit cet ouvrage du copte en arabe sur une copie ancienne écrite par Anbā Cosme (Qosmās), patriarche d’Alexandrie, et portant la date de l’an 643 des Martyrs qui correspond à l’année 313 de l’hégire (926 de J.-C.). »
Ainsi donc, la présente copie fut faite au Caire par un certain Jean (Youḥannā), connu sous le nom d’An-Naqqāch (le graveur), en 1348. Jean copiait un exemplaire écrit par Chams ar-Riyāsa ibn ach-Chaikh an-Nafīs, archidiacre de l’église du saint martyr Mercurius, au Caire. Ce Chams ar-Riyāsa disait à la fin de sa copie qu’il transcrivait un exemplaire exécuté par Tādj ar-Riyāsa Abou Isḥāq ibn Faḍl Allāh, lequel, ainsi qu’il le déclarait lui-même dans son travail, avait traduit le copte en arabe en l’an 1011 des Martyrs (1295 de J.-C.), en prenant pour base un ancien codex copte écrit par Anbā Cosme, patriarche d’Alexandrie, et daté de l’an 643 des Martyrs (926 de J.-C.).
D’après cette note, cette traduction arabe de la Didascalie a été faite en l’an 1295 de notre ère. Mais il est possible que ce n’ait été qu’une révision de la traduction ancienne, révision « qui ferait foi de l’auteur ».
Quoi qu’il en soit, la traduction arabe des 127 canons est antérieure à l’an 1295 de J.-C. et date au moins du XIIIᵉ siècle. Sans parler du moine Macaire (Maqâra), le canoniste Ibn al-ʿAssâl, qui vécut au milieu du XIIIᵉ siècle, cite textuellement dans son recueil un très grand nombre des canons des deux séries7. Tâj ar-Riyâsa n’a donc pas fait en 1295 la présente version arabe des canons coptes, qu’il dut trouver aussi dans le livre du patriarche Cosme.
La reproduction du manuscrit Borgia nous est parvenue quand notre travail était déjà avancé ; mais nous avons pu en utiliser les variantes. Elles sont indiquées par la lettre italique A que nous adoptons pour désigner cette bonne copie.
c) Paris, B. N., arabe 243. Volume en papier, 228 feuillets, 0ᵐ,205 × 0ᵐ,15, 13 lignes par page. Ce manuscrit daté de l’an 1357 des Martyrs (1641 de J.-C.) contient les deux séries des Canons, fol. 11-94, avec l’introduction suivante, fol. 11:
« Au nom du Dieu unique, le Père et le Fils et le Saint-Esprit, un seul Dieu. Les saints Canons composés par nos Pères les saints Apôtres et publiés par Clément, disciple de l’apôtre Pierre, le chef des disciples. Les Melchites, les Nestoriens et les Jacobites syriens en ont fait une version arabe en un seul livre. Le recueil des Melchites comprend 83 canons. Les Jacobites de Syrie en ont le même nombre. Les Nestoriens, d’après le recueil intitulé La Jurisprudence des Chrétiens, par le nestorien Ibn at-Tayyib, en comptent 82. Les Coptes en ont tiré deux livres, dont le plus étendu compte 71 canons et l’autre 56. Ces trois éditions s’accordent quant au sens et ne diffèrent en quoi que ce soit, si ce n’est par le nombre des chapitres. — Cet exposé est transcrit mot à mot de la préface du recueil canonique du docteur As-Safî ibn al-ʿAssâl ; que Dieu le couvre de sa miséricorde ! »
Après la table des 71 canons, qui vient à la suite, le manuscrit ajoute cette glose dans le texte même, fol. 41 v° :
« Glose. — D’après Youhannâ ibn Mauhoub, ceci est le début du livre second de l’Octateuque transmis par Clément. Grâces soient rendues à Dieu éternellement, dans tous les siècles. Amen. »
Ce manuscrit dépend du précédent. Il est l’œuvre d’un copiste peu intelligent qui a fait des retouches assez souvent maladroites ou même extrava-gantes. Un seul exemple, emprunté au canon 52 de la deuxième série :
DEUXIÈME RECENSION. — a) Paris, B. N., arabe 251. Superbe ms. en papier, 366 feuillets, 0ᵐ,345 × 0ᵐ,25, 24 lignes par page, de l’an 1069 de l’ère des Martyrs (1353 de J.-C.), contenant la collection canonique de Macaire, prêtre du monastère de Saint Bou Bahnas le Bref dans le désert de Scété. Il vivait au XIVᵉ siècle. — Les deux séries des canons : fol. 23-112.
Les manuscrits AA et 251 présentent le même texte. Toutefois les variantes sont nombreuses et donnent à ce dernier ouvrage le caractère d’une recension nouvelle. L’omission du mot ستر « voile », à la fin du canon 31 de la première série, est caractéristique : ce mot existe dans le copte ainsi que dans AA et B. Le copiste du manuscrit 251 l’aura rencontré sans points diacritiques et l’aura omis, faute d’en comprendre la signification. Sans lui, la fin de la phrase n’offre plus aucun sens. Disons tout de suite que ce mot manque également dans les quatre copies qu’il nous reste à décrire. Le canon 58 de la première série a été oublié par le copiste distrait.
Enfin, le prologue contenu dans A et B est ici supprimé. Il en est de même dans tous les manuscrits suivants.
Nous désignons celui-ci, le meilleur avec A et A', par la lettre C.
b) Vatican 1498. En papier, grand in-fol. de 302 pages. Écriture élégante sur deux colonnes, 25 lignes par colonne. Probablement du XIVᵉ siècle, peut-être postérieur. Les 71 premiers canons ont été publiés et traduits par M. Horner d’après ce manuscrit : pages 49 à 69.
Il peut être classé dans la même recension que le précédent : mais il omet souvent les points diacritiques. Il présente des variantes assez nombreuses, dont quelques-unes intéressantes. Comme C il oublie le canon 58.
Nous n’avons pas eu à notre disposition la photographie des 56 derniers canons du Vatican. La copie suivante a suppléé à ce qui nous manquait.
Nous appelons le manuscrit du Vatican D.
c) Paris, B. N., arabe 252. Volume en papier, 724 pages, 0ᵐ,30 × 0ᵐ,21, 28 à 30 lignes par page, copié au Caire, en l’an 1664, par les soins du dominicain Vansleb. Les deux séries des canons, p. 53-96.
Le texte est identique à celui du manuscrit précédent, dont il reproduit les divisions, les gloses marginales et, en y ajoutant les siennes, jusqu’aux distractions et aux négligences. Il dérive de D sans intermédiaire. Mauvais travail en somme. Nous ne pouvions pas raisonnablement nous encombrer de ses variantes ; nous ne les avons guère utilisées que pour la seconde série où D nous faisait défaut.
Nous désignons 252 par la lettre E.
TROISIÈME RECENSION. — a) Rome, Bibl. Barberini, VI, 33, aujourd’hui
op. cit., p. 122-123. : Voir ci-dessus, p. 3, note 2 et p. 11 et suiv.
Barb. Orient. 4. Volume en papier ; 25 lignes par page. Le scribe a daté la copie de la 1ʳᵉ série du 11 kihak de l’an 1066 des martyrs (7 décembre 1349) ; et la copie de la 2ᵉ série du 14 kihak de l’an 1056 (sic) (14 décembre 1339). Les deux séries des canons, fol. 22-42 (pagination du copiste).
C’est bien une nouvelle recension de notre texte que renferme le présent manuscrit. Certains passages dépendent de la première AAB, la plupart de la seconde CD. Le copiste avait, sans doute, un exemplaire de chacune de ces deux recensions. Il dut en trouver le style parfois trop incorrect ou trop barbare, car il est visible qu’il était assez lettré ; c’est pourquoi il rétablit souvent les règles d’accord et de régime, vocalise presque entièrement sa propre copie, remplace des tournures inélégantes par le terme abstrait ou par l’infinitif, supprime des expressions banales et ajoute quelques épithètes. Une poignée d’exemples pris au hasard : Can. 34, p. 55, l. 10 de notre texte, le scribe a supprimé les mots لا بدّ له من ; can. 42, il écrit
Cet ouvrage, quoique ancien et en soi excellent, est donc une copie arrangée de la version primitive. Nous l’appelons F.
b) Londres, British Museum (Rich. 7207)9. Volume en papier, de grand format, 191 feuillets ; deux colonnes par page. En carchouni. Cette copie, datée de l’an 2040 des Grecs (1730 de J.-C.), fut faite par un certain Hannâ ibn Yoûsof, diacre de Mossoul, dans un des faubourgs de cette ville, appelée Al-Qal‘a « le Château », sous le pontificat d’Ignace Chokr Allâh, patriarche des Jacobites10. Elle contient la même rédaction que la précédente ; mais elle la modifie parfois de manière à dénaturer le sens du texte ; elle aime les ara-maïsmes, ex. : Can. 13,…, au lieu de… ; can. 34,…, au lieu de… ; ibid.,…, au lieu de cet ouvrage moderne du précédent, en d’autres termes, celles qui le caractérisent et lui donnent une physionomie à part ; mais nous avons, de parti pris, négligé toutes les autres comme parfaitement inutiles. — Les deux séries des canons, fol. 36-61.
Nous désignons ce manuscrit par la lettre G.
Cette troisième recension ayant été rédigée sur des exemplaires qui con-tenaient la première et la deuxième, nous sommes autorisés, après les remarques précédentes et tout ordre chronologique des manuscrits mis à part, à dresser le schéma suivant :
Nous devons à l’extrême obligeance de Mᵍʳ Graffin une commode reproduction des manuscrits ABCDFG et à l’amabilité de M. Nau beaucoup de conseils et de renseignements précieux. Que ces deux savants, à qui l’histoire des Églises orientales sera si redevable, veuillent bien recevoir ici nos très vifs sentiments de reconnaissance.
Paris, le 4 mars 1911, en la fête de saint Casimir.
Livre premier — les soixante et onze canons ecclésiastiques§
CONTENANT 71 CANONS. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit : un seul Dieu. * Fol. 6 r.
Voici les Canons que nos Pères, les Apôtres, ont établis pour l’institution de l’Église, par la main de Clément. Réjouissez-vous, ô mes fils et mes filles11, dans le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
canons arabes qui leur correspondent. Cf. Introduction, p. 51.
I. — Commencement du canon des Apôtres et mention de plusieurs d’entre eux§
Jean, Matthieu, Pierre, Philippe, Simon, Jacques, Nathanaël, Thomas, Céphas, André, Barthélemy, Jude et Jacques ont dit par l’ordre de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ : Lorsque nous fûmes réunis tous ensemble, il nous donna ses ordres en disant : « Vous ne vous êtes pas (encore) partagé les contrées, afin que chacun de vous puisse prendre sa place [maintenant] selon votre nombre12. Déterminez les degrés de dignité des évêques, les séances des prêtres, l’activité des diacres, les capacités des lecteurs, la probité des veuves et les œuvres sur lesquelles et avec lesquelles il faut établir les fondements de l’Église, afin que [les hommes] puissent connaître l’image de ce qui est dans les cieux pour se garder de toute souillure, sachant qu’au jour du jugement ils devront répondre de ce qu’ils auront entendu et n’auront point observé. » [Le Seigneur] nous a ordonné d’envoyer cette parole dans l’univers habité ; et chacun de nous a le devoir de se conformer à ce que le Seigneur lui a révélé selon la volonté de Dieu le Père, par l’entremise de l’Esprit-Saint : c’est pourquoi nous rappelons sa parole et en commandons l’observation en la remémorant et l’enseignant fraternellement.
II. — De la réprimande de celui qui tient des propos qui ne conviennent pas. De l’amour de Dieu et du prochain§
Jean dit : « Ô hommes, mes frères ! Nous savons que nous rendrons compte de tout ce qui nous aura été ordonné. Que nul ne fasse donc acception de quiconque est chez lui ; mais s’il arrive à l’un de ceux qui sont chez lui de dire ce qui ne convient pas, qu’il le reprenne d’avoir dit ce qui n’est pas bien. »
[Les Apôtres] désignèrent Jean pour parler le premier. Et Jean dit : « Il y a deux chemins (litt. lieux), celui de la vie et celui de la mort ; mais il est entre les deux chemins une grande différence. Le chemin de la vie est le suivant : Tu aimeras, de tout ton cœur, le Seigneur ton Dieu qui t’a créé, tu le glorifieras, lui qui t’a sauvé de la mort. Voilà le premier commandement ; et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ceci dépendent toute la loi et les prophètes. »
III. — Que tu ne dois pas faire à autrui ce que tu hais [pour toi-même]§
Matthieu dit : « Tout ce que tu ne veux pas qui t’arrive, toi non plus ne le fais [pour toi-même]. Et toi, ô Pierre, mon frère, enseigne-leur cette parole. »
IV. — Des commandements§
Pierre dit : « Tu ne tueras pas, tu ne seras pas adultère, tu ne souilleras pas de petit garçon, tu ne voleras pas ; tu ne seras ni devin, ni astrologue, ni sorcier ; tu ne tueras point de fœtus dans le ventre de sa mère ou après la naissance ; tu ne convoiteras rien de ce qui est à ton prochain ; tu ne haïras personne ; tu ne diras pas de faux témoignage ; tu ne tiendras de propos médi-sant contre personne ; tu ne te proposeras pas de faire le mal ; tu ne seras pas homme à deux pensées ni à deux paroles : car la duplicité de la langue est un piège mortel. Ta parole ne sera ni vaine ni mensongère. Tu éviteras de rechercher la part la plus grande, de rien prendre de vive force, d’agir avec hypocrisie, d’avoir un cœur méchant, d’être orgueilleux, de former de mauvais dessein contre ton prochain. Tu ne haïras personne ; mais tu reprendras les uns et tu auras pitié des autres ; tu prieras pour ceux-ci et tu aimeras ceux-là plus que toi-même. »
V. — Contient une exhortation et interdit la colère, l’envie et l’obstination§
André dit : « Ô mon fils, fuis loin de tout mal et hais tout mal. Ne sois pas irascible, car la colère mène au meurtre : la colère, en effet, est un mauvais démon. Ne sois ni envieux, ni obstiné, ni violent, car ainsi tu
VI. — Contre la convoitise. Encore de la colère§
Philippe dit : « Ô mon fils, ne sois pas plein de désirs, car la convoitise mène à la fornication et conduit l’homme par force : la convoitise, en effet, est un démon femelle13, et quand le démon de la colère est uni avec celui du plaisir, c’est la ruine de celui qui les accueille. Le chemin (litt. lieu) de l’esprit méchant, c’est le péché de l’âme ; s’il trouve une petite entrée, il élargit le passage, prend avec lui tous les mauvais esprits et ils entrent dans cette âme et il ne permet plus du tout à cet homme de se relever pour voir le vrai. Que votre colère garde une limite, brisez-la et retardez-la, de peur qu’elle ne vous entraîne à faire un grand mal. La colère et le plaisir sont mauvais ; s’ils durent continuellement, ils deviennent deux démons : quand ils s’emparent de l’homme, ils brûlent son âme, et, après l’avoir amené à commettre l’injustice, ils le tournent en dérision et se réjouissent de la ruine spirituelle de cet homme. »
VII. — Contre ceux qui tiennent de mauvais propos§
Simon dit : « Ô mon fils, ne sois pas de ceux qui tiennent de mauvais propos, ne sois pas effronté, car cela engendre l’adultère. »
VIII. — Contre ceux qui professent les vaines observances, l’astrologie, la magie et autres choses de ce genre§
Jacques dit : « Ô mon fils, ne professe pas les vaines observances, car cela mène à l’idolâtrie ; garde-toi de la magie, de la fixation des heures, du choix des jours et de l’astrologie ; ne désire [même] pas connaître ces choses, car tout cela engendre l’idolâtrie. »
IX. — Contre le mensonge, l’amour de l’or et la vaine gloire§
Nathanaël dit : « Ô mon fils, ne sois pas menteur, parce que le mensonge mène au vol ; ne sois pas avide d’or ou de vaine gloire, car tout cela t’entraînerait au vol. Ô mon fils, ne murmure pas, car le mécontentement grondeur mène l’homme au blasphème ; ne sois pas dur ni malveillant, car tout cela mène à l’infidélité. Sois doux, car les doux auront le royaume des cieux en héritage ; sois indulgent, miséricordieux, pacifique, le cœur pur de tout mal et exempt de péché, doux, paisible, bon, gardant avec crainte les paroles que tu as entendues. Ne t’élève pas toi-même, ne te place pas parmi les superbes, mais fréquente les justes et les humbles. Les événements qui te surviennent, accueille-les avec actions de grâces, sachant qu’il n’arrive rien que de la part du Seigneur. »
X. — Celui qui t’annonce la parole de Dieu et qui est devenu pour toi un instrument de vie, tu l’honoreras et tu le nourriras de ton labeur (litt. de ta sueur)§
Thomas dit : « Ô mon fils, celui qui t’annonce la parole de Dieu et qui est l’auteur de ta vie, qui t’a donné l’anneau le plus précieux, tu dois l’aimer comme la prunelle de ton œil, penser à lui nuit et jour et l’honorer comme le Seigneur, car là où est mentionnée la souveraineté, là aussi est le Seigneur. Recherche tous les jours sa compagnie et celle des autres saints, et tu trouveras le repos dans leurs conversations : le compagnon inséparable des saints devient lui-même saint. Honore-le selon ton pouvoir, [le nourrissant] de ton labeur (litt. de ta sueur) et du travail de tes mains. Si le Seigneur t’a rendu digne de recevoir par son intermédiaire une nourriture spirituelle14 et une vie éternelle, il te faut, à plus forte raison, lui fournir une nourriture périssable et temporelle. L’ouvrier mérite son salaire. Tu ne muselleras pas le bœuf au battage. Nul ne plante une vigne et ne mange pas de son fruit. »
XI. — Ne cause point de désunion, mais réconcilie ceux qui sont divisés§
Céphas dit : « Ne cause point de désunion, mais réunis dans la paix ceux qui sont divisés. Juge avec équité et ne fais pas acception de la personne du pécheur dans son péché, car, auprès de Dieu, la richesse est sans pouvoir, la dignité sans considération, la science sans influence ; toutes choses sont égales à ses yeux. Ne sois pas homme à deux pensées dans ta prière, te demandant si ce que tu désires s’accomplira pour toi ou non. Ne fais pas attention quand tu étends la main [pour recevoir] et qu’après avoir fini tu la ramènes à toi ! Si tu as quelque chose dans la main, tu demanderas, en le donnant, la rémission de tes péchés. Ne sois pas homme à deux pensées ; mais, si tu donnes tes richesses, reconnais qui te dédommagera. Ne repousse pas le mendiant, mets tout en commun avec les nécessiteux. Ne dis pas : « Ce que [j’ai] m’appartient en propre » ; car si vous entrez en partage pour les biens immortels, combien [plus] pour les biens périssables ? »
Barthélemy dit : « Je vous supplie, ô mes frères, tandis que vous en avez le temps et le pouvoir, de faire le bien15 au prochain. Ne cessez de donner tant que vous aurez quelque chose à donner, car le jour du Seigneur approche où périront, avec les méchants, tous les êtres visibles. Le Seigneur viendra avec sa rétribution. Soyez observateurs de la loi pour vous-mêmes, soyez docteurs pour vous-mêmes, comme le Seigneur vous l’a enseigné : Observe ce que j’ai dit : n’y ajoute rien et n’en retranche rien16. » — Pierre dit : « Ô mes frères, les Écritures leur enseigneront les autres préceptes. Quant à nous, nous allons leur annoncer ce qui nous a été commandé. » Ils dirent alors d’un commun accord : « Que Pierre parle ! »
Pierre dit : « Si les fidèles d’une localité sont en si petit nombre que la réunion devant procéder à l’élection de l’évêque ne compte pas douze hommes, on écrira aux Églises voisines, là où les fidèles sont en grand nombre, pour faire venir trois fidèles dignes de confiance, choisis dans ce lieu-là, et ils feront une diligente enquête sur celui qui mérite la fonction, [examinant] s’il jouit d’une bonne réputation devant les peuples, s’il est sans péché, sans colère, ami des pauvres, indulgent, éloigné de l’ivrognerie et de la fornication, pas rapace, ni détracteur, ni hypocrite ou autres choses semblables. Il est bon qu’il n’ait pas de femme, mais s’il en a épousé une avant d’être évêque, qu’il reste avec elle. Qu’il soit versé dans toute bonne doctrine17 et capable d’expliquer les Écritures ; et, s’il ne sait pas écrire, qu’il soit doux et plein de charité pour tous les hommes, afin qu’il ne puisse être incriminé et reconnu coupable. »
Jean dit : « L’évêque qui est institué, s’il connaît la vigilance et l’amour de Dieu de ceux qui sont avec lui, établira deux prêtres qu’il aura éprouvés préalablement. » Tous les apôtres dirent alors : « Non pas deux, mais trois, car il y a vingt-quatre vieillards : douze à droite, douze à gauche. » Jean répondit : « Il est bon que vous me l’ayez rappelé, ô frères ; les douze de droite, ayant reçu les coupes des archanges, les présentent au Seigneur ; ceux de gauche commandent tous les anges. Il faut que les prêtres aient le caractère des vieillards qui ont passé l’âge de s’approcher d’une épouse, qu’ils s’associent aux saints Mystères avec l’évêque, qu’ils l’assistent en tout, étant unis dans l’amour de leur pasteur. Les prêtres de droite prendront soin de ceux qui travaillent à l’autel, pour être dignes d’honneur, et pour écarter ceux qui méritent d’être écartés. Les prêtres de gauche s’occuperont de l’assemblée pour qu’elle soit paisible, sans trouble, instruite en toute doctrine et parfaitement obéissante. »
XIV. — De l’ordination du lecteur§
Jacques dit : « Le lecteur sera institué après une probation préalable. Il ne sera ni bavard, ni ivrogne, ni railleur ; mais de bonne conduite, ami du bien, empressé à se rendre aux assemblées où l’on parle du Seigneur, obéissant, bon lecteur ; il saura que le devoir du lecteur est de mettre en pratique ce qu’il lit. Celui qui remplit [de sa parole] les oreilles d’autrui ne doit-il pas savoir ce qu’il dit ? N’est-il [pas] écrit [que ce défaut] le rendrait coupable dev-avoir ce qu’il dit ? N’est-il pas écrit que ce [défaut] le rendrait coupable devant Dieu ? »
XV. — De l’ordination des diacres§
Matthieu dit : « Quant aux diacres, qu’ils soient institués comme il est écrit : Toute affaire sera établie sur la déposition de deux ou trois témoins. Qu’ils soient éprouvés dans tout ministère, que l’assemblée témoigne qu’ils ont vécu avec une seule épouse et qu’ils ont élevé saintement leurs enfants. Qu’ils soient miséricordieux, doux, sans murmure ; pas hommes à deux pensées ou prompts à la colère, car la colère déprave l’homme sage ; qu’ils ne fassent pas acception des riches et n’oppriment pas les pauvres ; qu’ils ne boivent pas beaucoup de vin. Qu’ils travaillent pour les mystères cachés, beaux et consolants. Qu’ils obligent ceux des frères qui possèdent à donner aux indigents et qu’ils s’associent eux-mêmes à leurs aumônes. Qu’ils honorent l’assemblée de toutes les marques du respect, de la réserve et de la crainte ; qu’ils mettent tout leur soin à instruire ceux-ci, à interroger ceux-là et à prier pour d’autres. Quant aux contempteurs, ils les expulseront une bonne fois, sachant que les opposants, les pervertis et les détracteurs sont vos véritables adversaires. »
XVI. — Des veuves§
Céphas dit : « Trois veuves seront instituées, deux qui vaqueront à la prière en faveur de tous ceux qui sont dans les tentations et qui désirent être éclairées sur l’avenir par révélation ; l’autre qui restera auprès des femmes éprouvées par la maladie pour qu’elles soient bien assistées. Elle sera vigilante et avertira les prêtres de ce qui arrive. Elle ne sera ni cupide, ni ivrogne, de crainte qu’elle ne devienne négligente et ne puisse veiller pour le service de nuit. Si une veuve désire faire de bonnes œuvres, qu’elle les fasse dans la tendresse de son cœur, car la bonté du Seigneur a été an-noncée la première18. »
XVII. — Des diacres : qu’ils doivent faire de bonnes œuvres§
André dit : « Les diacres vaqueront à de bonnes œuvres nuit et jour, en tout lieu. Ils ne s’élèveront pas au-dessus des pauvres et ne feront pas acception de la personne des riches ; ils devront connaître les indigents et leur donner le superflu. Ils obligeront ceux qui possèdent à faire provision de bonnes œuvres et à prendre en considération la parole de notre Maître : Vous m’avez vu affamé, et vous m’avez donné à manger, et : Ceux qui remplissent convenablement et sans péché leur ministère s’acquièrent la place pastorale19. »
XVIII. — Le statut des laïques§
Philippe dit : « Le laïque écoutera avec bienveillance les ordres qui lui sont donnés ; il obéira à ceux qui sont voués au service de l’autel ; chacun cherchera à contenter Dieu 20 dans la condition où il a été mis et fixé. Ils éviteront de se disputer entre eux au sujet de ce que vous leur commanderez ; mais chacun marchera dans la voie qui lui a été assignée par Dieu et [nul] ne fera honte à son frère pour la condition où il est. Les anges eux-mêmes évitent de franchir les limites qui leur ont été marquées.
XIX. — Où il est rappelé que le sacrifice est le corps du Christ. — Autre question§
André dit : « Nous avons déjà défini ceci au sujet du sacrifice qui est le corps et le sang du Christ et nous le déclarons avec fermeté 21. »
Jean dit : « Vous avez oublié, ô frères, qu’au moment où le Maître demanda du pain et du vin et les bénit en disant : Ceci est mon corps et ceci est mon sang, il n’ordonna pas aux [femmes] de prêter leur concours. » Marthe dit : « C’est avons déjà défini, etc. », sont placées sur les lèvres de Pierre. — : Matth., XXVI, 26, 28.
à cause de Marie, qu’il avait vue rire. « Marie répondit : « Ce n’est pas parce que j’avais ri ; mais la doctrine dit : Il faut que le malade soit guéri par celui qui est bien portant. »
XX. — Que les femmes ne doivent pas prier debout, ni avoir d’autre ministère que le soin des indigents. — De la charité et d’autres sujets§
Céphas dit : « Certains enseignent qu’il ne faut pas que les femmes prient debout, mais qu’elles doivent se tenir prosternées à terre. »
Jacques dit : « Comment pourrions-nous assigner aux femmes un ministère, si ce n’est le seul ministère d’assister les indigents ? »
Philippe dit : « Ô frères ! certes celui qui fait la charité s’amasse un beau trésor, et celui qui s’amasse des richesses pour le royaume des cieux sera compté comme un bon ouvrier auprès du Dieu qui vit éternellement. »
Pierre dit : « Ô frères ! nous ne gouvernons personne par la contrainte, mais selon les ordres que nous avons reçus du Seigneur. Et nous vous deman-dons d’écouter et d’observer les préceptes, de n’y rien ajouter et de n’en rien retrancher 22, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ à qui appartient la gloire dans tous les siècles. Amen. »
Ayant achevé d’exprimer chacun son avis sur la première section, les Apôtres décrétèrent ce qui suit 23.
XXI. — De l’ordination des évêques et du commencement de la messe§
L’évêque sera ordonné comme nous l’avons déjà dit. Il sera choisi parmi toute l’assemblée des fidèles, et exempt de péché. Quand il aura été nommé et agréé, toute l’assemblée des fidèles avec les prêtres et les diacres se réunira le dimanche. Tous les évêques se grouperont avec allégresse et lui imposeront les mains ; les prêtres se tiendront debout en silence et tout le peuple sera également silencieux ; et ils prieront intérieurement le Saint-Esprit de descendre sur lui. Et l’on demandera à l’un des évêques, chacun étant debout, de faire l’imposition des mains sur celui qui est ordonné et de prier sur lui en ces termes… Et lorsqu’il aura été ordonné évêque, chacun le saluera et le baisera sur la bouche.
Le diacre apportera les oblations au [nouvel] évêque, qui placera sa main en même temps que tous les prêtres sur cette offrande et rendra grâces en disant : « Le Seigneur soit avec vous ! » Tout le peuple répond : « Et avec votre esprit. » L’évêque dit : « Où24 sont vos cœurs ? » Le peuple répond : « Ils sont avec le Seigneur. » L’évêque ajoute : « Rendez grâces au Seigneur. » Et le peuple répond : « C’est juste. » Et l’évêque prie ainsi et dit la suite en se conformant aux rubriques (litt. règles) de la messe.
XXII. — De l’ordination des prêtres§
Quand l’évêque voudra ordonner un prêtre, il lui placera la main sur la tête, tous les prêtres le touchant, et récitera sur lui la même oraison que nous avons indiquée pour [l’ordination de] l’évêque.
XXIII. — De l’ordination des diacres§
Quand l’évêque voudra ordonner un diacre, il le choisira comme nous l’avons déjà dit et lui imposera seul les mains. Pourquoi avons-nous dit que l’évêque fera seul l’imposition des mains sur le diacre ? La raison en est que le diacre n’est pas élevé au sacerdoce : il est simplement l’un des auxiliaires de l’évêque pour exécuter les ordres qui lui viennent de sa part. Il n’est pas ordonné pour instruire tout le clergé, mais pour s’occuper de ce qui est nécessaire25 et en informer l’évêque. Il n’est pas établi pour recevoir l’esprit de grandeur auquel les prêtres participent, mais pour se dévouer et mériter la confiance de l’évêque dans les charges que celui-ci lui confie. Aussi l’évêque lui fait-il seul l’imposition des mains. Mais pour ce qui concerne le prêtre, il reçoit l’imposition des mains de l’évêque et de tous les prêtres qui l’accompagnent, car c’est le même esprit qui descend sur lui. Toutefois le prêtre est celui qui ne fait que recevoir : il n’a pas le pouvoir de donner les ordres ; et c’est pour cela qu’il n’ordonne pas les clercs ; il n’ordonne que les prêtres de concert avec l’évêque.
XXIV. — Des confesseurs qui souffrent des tourments pour le nom du Christ ; qu’ils doivent avoir la dignité du diaconat et du sacerdoce§
Lorsque le confesseur aura été dans les chaînes pour le nom du Seigneur, il ne recevra pas l’imposition des mains pour être investi des fonctions du diaconat ou de la prêtrise, car il a acquis l’honneur de la prêtrise par sa confession. Mais s’il est élevé à l’épiscopat, il recevra l’imposition des mains. S’il a rendu témoignage de sa foi sans avoir été traduit devant les tyrans, sans avoir été condamné aux chaînes ni à la prison, sans avoir été placé dans une situation très dure, mais si c’est accidentellement qu’il a été méprisé dans sa seule personne, à cause du Seigneur, et maltraité à la maison, ayant confessé, il recevra par l’imposition des mains tous les degrés du sacerdoce, dont il est digne, et sera ordonné. L’évêque rendra grâces comme nous l’avons déjà indiqué. Il est nécessaire de rappeler ce que nous avons dit auparavant, à savoir qu’il [ne] doit [pas] réciter par cœur les actions de grâces à Dieu, mais se mettre à la portée de chaque personne en priant. Et si quelqu’un est capable de faire avec onction une prière grande et élevée, c’est bien ; s’il prie et dit les louanges [de Dieu] avec modération, nul ne l’empêchera de prier tant qu’il restera ferme dans l’orthodoxie.
XXV. — De l’institution des veuves§
Quand une veuve sera instituée, on ne l’ordonnera pas : elle ne recevra que le titre de veuve. Elle sera instituée si son mari est mort depuis longtemps ; mais si son mari est mort récemment, ne te fie pas [à elle]. Même si elle est avancée en âge, elle sera éprouvée quelque temps, parce que les passions persévèrent (litt. vieillissent) avec celui qui leur fait place en lui-même. La veuve sera instituée par la parole seule et réunie aux autres veuves. On ne lui imposera pas les mains, parce qu’elle n’offre pas de sacrifices et n’exerce pas de ministère [sacré] ; l’ordination est pour les clercs à cause de leurs fonctions ; la veuve est pour la prière, laquelle incombe à chacun.
XXVI. — Des lecteurs, des vierges, des sous-diacres et du don de guérison§
« Quand il instituera un lecteur, l’évêque lui remettra le Livre26, mais ne imposera pas les mains. On n’imposera pas les mains à une vierge, car c’est son propos intérieur seul qui la fait vierge. On n’imposera pas les mains aux sous-diacres, mais on les appellera » les suivants des diacres ». Si quelqu’un dit : « J’ai reçu, par révélation, le don de guérir », on ne lui imposera pas les mains, car l’événement montrera s’il dit la vérité
XXVII. — Des nouveaux venus qui veulent entrer dans la foi et des occupations auxquelles ils doivent renoncer§
Les nouveaux venus, qui se présentent pour entendre la parole, seront conduits tout d’abord aux docteurs, et interrogés sur le motif qui les amène à demander la foi. Ceux qui les amènent témoigneront à leur sujet s’ils peuvent être instruits. On s’informera de ce qu’a été leur vie, s’ils ont une femme, s’ils sont esclaves. L’esclave d’un fidèle, s’il a l’autorisation de son maître, sera instruit ; mais si son maître ne témoigne pas en sa faveur, il à-dire les Épîtres de saint Paul. Cf. Funk, op. cit., p. 105 et Horner, The Statutes, p. 309.
sera renvoyé. Si son maître est un idolâtre, on s’informera s’il lui donnait satisfaction, crainte de scandale. S’il s’agit d’un homme ou d’une femme mariés, ils sauront que l’homme doit se contenter de sa femme, et celle-ci, de son mari. S’il s’agit d’un célibataire, il saura qu’il ne doit pas commettre de fornication, mais qu’il doit se marier selon la loi, ou vivre conformément à son état. Si quelqu’un est possédé du démon, il ne sera pas admis à entendre la parole du docteur27.
Des occupations et des professions en dehors des occupations, des occupations exercées par ceux que l’on conduit à l’instruction. — Si quelqu’un entretient des courtisanes, il cessera ou sera exclu. Si c’est un fabricant d’idoles sculptées ou peintes, il sera instruit d’avoir à renoncer à son art, et s’il ne veut pas l’abandonner, il sera exclu. Si quelqu’un fréquente les lieux de spectacle, il devra cesser, sinon il sera exclu. Si quelqu’un enseigne les petits enfants, mieux vaudrait qu’il s’abstînt : pourtant, s’il n’a pas d’autre profession, il sera excusé. Celui qui va aux fêtes des idoles devra cesser, sinon il sera exclu. Si quelqu’un est gladiateur ou s’il enseigne cette profession ou encore s’il enseigne la lutte, la guerre ou les armes, il cessera ou sera exclu28. Si quelqu’un est prêtre des idoles ou gardien des idoles, il devra cesser, sinon il sera exclu. Le soldat d’un souverain ne tuera pas : s’il est mis en demeure de le faire, il refusera, et dans ce cas, il sera admis ; sinon, il sera exclu.
XXVIII. — De celui qui se revêt de pourpre ; que les fidèles qui entrent dans la milice ou se font astrologues, sorciers, etc., doivent cesser, sinon ils seront exclus§
Le prince qui a pouvoir sur le glaive, ou le préfet d’une ville, lequel est revêtu de pourpre, devront se démettre, sinon ils seront exclus. Le catéchumène ou le fidèle qui ont pris le métier de soldat, seront excommuniés, parce qu’ils se sont éloignés de Dieu. La prostituée, l’homme perverti ou encore celui mot « abarmakhos = pharmakos, maker of potions ». Nous ne pouvons adopter cette interprétation. « Abarmakhos » nous paraît être une corruption de « monomakhos » (gladiateur) qui existe dans le même passage de la version copte, ou encore de « theriomakhos ». Les copistes arabes, qui n’entendaient pas ces termes, en ont défiguré les deux premières syllabes, mais ils ont conservé intactes les deux dernières makhos avec un khâ. « Pharmakos » eût été transcrit par un kâf. Cette remarque légitime notre traduction.
qui fait ce qu’il n’est pas convenable d’exprimer seront exclus, car ils sont immondes. Le sorcier ne sera pas admis non plus dans les rangs des fidèles. L’astrologue, le possesseur d’astrolabe, le devin, l’agitateur du peuple, celui qui achète des étoffes aux fossoyeurs, ou celui qui fabrique des phylac-tères, devront cesser, sinon ils seront renvoyés.
XXIX. — Des concubines. — Que si nous avons omis quelque chose, vous devez prendre vous-mêmes la décision qui convient§
Si la concubine d’un homme est son esclave, qu’elle ait élevé ses enfants, qu’elle n’ait vécu qu’avec lui, elle sera admise à l’instruction ; mais s’il en est autrement, elle sera renvoyée. Celui qui vit avec une concubine doit cesser, et se marier selon la loi ; s’il refuse, il sera rejeté. Si nous avons omis quelque chose, vous prendrez vous-mêmes la décision convenable, car nous avons tous l’Esprit de Dieu.
XXX. — Pendant combien de temps il faut se faire instruire après avoir renoncé aux occupations [énumérées dans les canons précédents]§
Les catéchumènes devront entendre la parole [de Dieu] pendant trois ans. Pourtant, si l’un d’eux est bien disposé et plein de zèle, qu’on ne le juge pas selon le temps, mais que sa conduite seule serve à prendre une détermination à son égard.
XXXI. — De la prière des catéchumènes et du baiser de paix§
Quand le docteur a fini son instruction, les catéchumènes doivent prier seuls, séparés des fidèles. Les femmes, soit fidèles, soit catéchumènes, se tiendront toutes dans un endroit à part, à l’église. La prière finie, les femmes catéchumènes ne s’embrasseront pas parce que leur baiser n’est pas encore pur, mais les femmes déjà fidèles se donneront mutuellement le baiser de paix : les hommes le donneront aux hommes, les femmes aux femmes ; les hommes ne le donneront pas aux femmes.
Toutes les femmes se couvriront la tête de leur pallium ou de leur manteau, mais non d’une simple étoffe de lin, qui ne serait pas un voile pour elles29.
Lorsque le docteur impose les mains aux catéchumènes, après la prière, qu’il prie et qu’il les congédie ensuite. Que le docteur soit ecclésiastique ou laïque, il agira ainsi. Si un catéchumène est appréhendé à cause du nom du Seigneur, qu’il ne soit pas homme à deux pensées dans son témoignage. Si, en effet, il est opprimé et mis à mort avant d’avoir reçu le pardon de ses fautes, il sera justifié, car il aura été baptisé dans son propre sang.
XXXII. — De ceux qui vont être baptisés§
Après avoir choisi celui ou ceux qui se préparent au baptême, on examinera s’ils ont mené une vie chaste pendant leur catéchuménat, s’ils ont honoré les veuves, visité les malades, accompli toute bonne œuvre. S’ils ob-tiennent de ceux qui les amènent un tel témoignage, à partir de ce jour-là ils entendront l’Évangile, et recevront l’imposition des mains pour être exorcisés.
Quand le jour du baptême est proche, l’évêque fait prêter serment à chacun d’eux, pour savoir s’ils sont purs. Si l’un d’eux n’a pas la pureté [requise], il sera mis à l’écart, parce qu’il n’a pas écouté la parole de Dieu avec foi, et parce qu’un homme étranger [à ces dispositions] ne saurait jamais être baptisé. On avertira ceux qui doivent être baptisés de prendre un bain, et de se laver le cinquième jour de la semaine. S’il se trouve parmi eux une femme ayant ses règles, elle sera mise à l’écart pour être baptisée un autre jour. Ceux qui veulent être baptisés jeûneront le vendredi. Le samedi, l’évêque les réunira tous dans un même lieu ; il leur ordonnera de prier et de s’agenouiller. Et leur faisant l’imposition des mains, il conjurera par ses exorcismes tout esprit étranger de s’éloigner d’eux et de ne plus revenir en eux désormais. Après avoir fini ses adjurations, il soufflera sur eux, signera leur front, leurs oreilles, leurs narines et leur commandera de se lever.
Ils veilleront pendant toute cette nuit, écoutant des lectures et des exhortations. Celui qui doit être baptisé ne portera rien avec soi ; mais chacun rendra grâces30, car il est convenable que celui qui est digne apporte aussitôt son oblation.
XXXIV. — De l’ordre [des cérémonies] du baptême, de la profession de foi et de la confession au baptistère. — De la messe. — Du lait et du miel§
Au chant du coq, [l’évêque] priera d’abord sur l’eau. L’eau, si possible, coulera à travers le réservoir, ou y tombera d’en haut. Il en sera ainsi, hors le cas de nécessité ; mais s’il y a nécessité, on versera [dans le réservoir] l’eau que l’on pourra trouver. [Les catéchumènes] se dépouilleront alors de leurs vêtements et les petits enfants seront baptisés les premiers. Ceux qui peuvent parler en leur propre nom et prêter serment parleront ; quant à ceux qui ne le peuvent pas, les parents ou quelqu’un de leur famille répondront à leur place. On baptisera ensuite les hommes adultes et, en dernier lieu, les femmes. Celles-ci dénoueront leurs cheveux, et mettront de côté les bijoux d’or qu’elles pourraient avoir sur elles : nul ne doit descendre dans l’eau avec un objet étranger. À l’heure du baptême, l’évêque rendra grâces sur l’huile qu’il a mise dans un vase, et qu’il appelle : huile d’action de grâces (litt. huile de l’eucharistie). Il prend aussi une autre huile, sur laquelle il fait des adjurations et qu’il appelle : huile de l’exorcisme. Le diacre qui porte cette dernière, se tient à gauche du prêtre ; un autre diacre portant l’huile d’actions de grâces se tient à sa droite. Quand le prêtre touche l’un après l’autre ceux qui doivent être baptisés, il leur ordonne d’abjurer, en disant : « Je te méprise, ô Satan, toi, tout ton service et toutes tes œuvres impures. » Après cette confession, le prêtre l’oint avec l’huile de l’exorcisme, en disant : « Que tout esprit malin s’éloigne de lui. » Et il le remet ainsi, dépouillé de ses vêtements, à l’évêque, ou au prêtre qui se tient debout près du baptistère. Le diacre accompagne le catéchumène vers l’eau, et lui suggère de vive voix : « Crois-tu en un seul Dieu, le Père tout-puissant et à son Fils unique
Jésus-Christ Notre-Seigneur et notre Sauveur, et à son Saint-Esprit qui vivifie toute créature : Trinité en trois personnes égales, divinité une, souveraineté une, royaume un, une seule foi, un seul baptême dans l’Église catholique, une vie éternelle ; amen ? « Le catéchumène, de son côté, répond de même : « Oui, je crois… » Et alors celui qui baptise place sa main sur celui qui reçoit le baptême et le plonge par trois fois, en faisant, à chaque fois, la même profession. Il lui dit ensuite : « Crois-tu en Notre-Seigneur Jésus-Christ, fils unique de Dieu le Père, [crois-tu] que, par un miracle incompréhensible, il s’est fait homme du Saint-Esprit et de la Vierge Marie, sans fécondation humaine, qu’il a été crucifié au temps de Ponce-Pilate, est mort de sa propre volonté pour notre commun salut, est ressuscité des morts le troisième jour, a délivré les captifs, est monté aux cieux, est assis à la droite du Père et qu’il viendra, dans l’apparat visible de sa royauté, juger les vivants et les morts ? Crois-tu au Saint-Esprit, bon et purificateur dans la sainte Église ? Crois-tu à la résurrection du corps pour chaque homme, au royaume des cieux et au jugement éternel ? » Le baptisé répond à toutes ces questions : « Oui, je crois à cela ». Ensuite il sort de l’eau, et le prêtre l’oint avec l’huile de l’action de grâces en disant : « Je t’oins avec l’huile sainte. » Ces cérémonies terminées, [les néophytes] reprennent leurs vêtements. Puis ils entrent dans l’église où l’évêque leur impose les mains et prie en disant : « Ô Seigneur, ô Dieu ! qui avez disposé ceux-ci à recevoir le bain qui leur confère une seconde naissance avec le pardon de leurs fautes, rendez-les dignes d’être remplis du Saint-Esprit, et envoyez sur eux votre grâce, afin qu’ils vous servent selon votre volonté. Gloire à vous, ô Père et Fils et Saint-Esprit, dans la sainte Église, maintenant et à tout jamais ! Ainsi soit-il ! » Après cela, l’évêque verse un peu d’huile d’action de grâces dans le creux de sa main, et la répand sur la tête de chacun d’eux en disant : « Je t’oins de l’huile sainte, au nom du Père tout-puissant et du Christ Jésus, son fils unique, et du Saint-Esprit ». Et quand il les a tous signés sur le front, il les embrasse en disant : « Le Seigneur soit avec vous ! » et celui qui reçoit le baiser répond : « Et avec votre esprit. » Quand toutes ces cérémonies sont accomplies, chacun d’eux peut prier avec tout le peuple. Mais il ne peut prier avec les fidèles qu’après l’accomplissement de tous les actes qui viennent d’être mentionnés.
La prière terminée et le baiser de paix mutuellement accordé, les diacres entreront pour porter les oblations à l’évêque. Celui-ci rendra grâces sur le pain, pour qu’il devienne le corps du Christ, et sur le calice, pour qu’il se change en ce même sang qui a été répandu pour nous tous qui croyons en lui. Quant au mélange de lait et de miel, on en donnera à boire aux nouveaux baptisés, pour signifier l’accomplissement de la promesse faite par Dieu à nos pères, quand il leur parla d’une terre où couleraient en abondance le lait et le miel31. Il désignait par là le corps du Christ que lui-même nous a livré, et dont nous sommes nourris comme de petits enfants « nés de lui par la foi »32, auxquels la suavité de sa parole adoucit toute l’amertume du cœur. L’évêque instruira soigneusement de tout cela celui qui est baptisé, et, après avoir rompu le pain, il en donnera une part à chacun en disant : « Voici le pain céleste, le corps du Christ » ; et le communiant répondra : « Amen. » Si les prêtres n’y suffisent pas, les diacres prendront le calice, se rangeront en ordre et distribueront le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; c’est [lui] qui est le lait et le miel33. Quant à celui qui donne la communion avec le calice, ce passage du texte copte dans lequel nous lisons : «… ils donneront le sang du Christ
Jésus Notre-Seigneur, et [à leur suite viendra] celui qui a le lait et le miel ». Tel est évidemment le sens qu’il faut adopter.
il dira : « Ceci est le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ », et le communiant répondra : « Amen. »
Après avoir été instruit de la sorte, chacun s’appliquera au bien et à ce qui est agréable à Dieu, fréquentera l’église assidûment, mettra en pratique l’enseignement reçu, et progressera dans le service de Dieu.
Voilà nos instructions patentes sur le baptême et sur la messe. Nous avions déjà fini de vous catéchiser sur la résurrection de la chair et le reste, conformément à ce qui est écrit. Si nous avons omis de rappeler quelque point important, l’évêque en instruira celui-là seul qui communie. N’en instruisez pas un infidèle, tant qu’il n’aura pas été admis à la communion. Tel est le mémorial sacré dont Jean a dit : Sur ce mémorial est écrit un nom nouveau que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit.
Voici les sections qui viennent après [celle du] baptême.
XXXV. — Des veuves et des vierges§
En quel temps [Les veuves et les vierges] feront ce que nous avons déjà indiqué plusieurs fois ; de plus elles prieront dans l’église. Les prêtres et les diacres jeûneront quand ils voudront. Mais l’évêque ne pourra jeûner que le jour où tout le peuple jeûnera. Car si quelqu’un désire apporter à l’église quelque chose qui ne peut être refusé, [l’évêque], après avoir rompu le pain, devra le goûter et en manger avec les autres fidèles qui l’entourent. Ceux-ci recevront successivement un morceau de pain de la main de l’évêque, avant que chacun rompe le pain qu’il a devant [lui] : c’est une eulogie, et non une oblation comme le corps du Seigneur.
XXXVI. — Du temps où il convient de manger§
Où les catéchumènes ne doivent pas manger avec les fidèles. Chacun, avant de boire, doit prendre une coupe et la bénir, puis manger son propre et boire dans la pureté. Pareillement, les catéchumènes recevront le pain des eulogies et une coupe.
- QUE LES CATÉCHUMÈNES NE DOIVENT PAS MANGER AVEC LES FIDÈLES. — Les catéchumènes ne s’assieront pas au festin du Seigneur avec les fidèles. Le convive, toutes les fois qu’il mange, se souviendra de son hôte, car c’est pour cela qu’il lui a demandé d’entrer sous son toit.
QU’IL FAUT MANGER AVEC MODÉRATION ET RETENUE, ET ÉVITER L’IVROGNERIE. — Vous mangerez et boirez avec bienséance ; vous ne boirez pas jusqu’à l’ébriété, de peur que les gens ne vous tournent en dérision et que votre hôte ne soit offensé de votre dérèglement : qu’il puisse, au contraire, demander à ce que les saints entrent chez lui, [car le Seigneur] a dit : « Vous êtes le sel de la terre ».
Si toutes les portions sont apportées ensemble, tu ne prendras que la tienne. Si vous êtes invités à manger, vous mangerez avec modération, évitant tout excès, pour que votre hôte puisse envoyer à qui il veut ce que vous aurez laissé, car ce sont les restes des saints, et que cet hôte ait lieu de se réjouir de ce que vous êtes entrés chez lui. Le convive, toutes les fois qu’il mange, se souviendra de son hôte : c’est pour cela qu’il lui a demandé d’entrer sous son toit34. Pendant le repas, les invités mangeront tranquillement et sans dispute ; mais, si l’évêque permet à quelqu’un de poser une question, celui-ci lui répondra.
Quand l’évêque parle, chacun doit garder un profond silence jusqu’à ce que l’évêque l’interroge. En l’absence d’un évêque, quand il n’y a que des fidèles au festin, ils recevront l’eulogie, de la main d’un prêtre, s’il y en a un, et, à son défaut, de la main d’un diacre. Les catéchumènes prendront aussi le pain de l’exorcisme. Si la réunion est composée exclusivement de laïques, ils mangeront paisiblement ; mais le laïque ne doit pas faire l’eulogie.
XXXVII. — Du festin des veuves§
Si quelqu’un veut jamais inviter des veuves, elles seront toutes âgées ; il apaisera leur faim et les congédiera avant la tombée de la nuit. S’il leur est impossible [de venir], à cause des fonctions (litt. du rang) qui leur sont échues, on leur donnera du vin et des aliments qu’elles mangeront, à leur
À L’ÉVÊQUE ET LEUR ÉNUMÉRATION.
Chacun s’empressera d’apporter à l’évêque les prémices des fruits de sa récolte. L’évêque, de son côté, les prendra, les bénira et fera mémoire de celui qui les lui aura apportés, en disant : « Ô Dieu ! nous vous remercions, et nous vous offrons les prémices des fruits que vous nous avez donnés pour notre usage ; vous les avez fait mûrir selon votre parole ; vous avez ordonné à la terre de les produire à sa surface, pour la joie et la nourriture de l’homme et de tous les animaux. Nous vous remercions, Seigneur, pour ce [bienfait], et pour tous les autres dont vous nous faites jouir, vous qui avez disposé, dans votre création, des fruits variés : par votre fils, Jésus-Christ Notre-Seigneur, de la part de qui vous vient la gloire, en même temps qu’à lui et au Saint-Esprit. Amen. »
EULOGIE DES FRUITS. — Voici les fruits qui peuvent être bénis : les raisins, les figues, les grenades, les olives, les pêches, les pommes et les cerises. Mais ne seront bénis ni les figues d’Égypte, ni les oignons, ni les aulx, ni les concombres, ni aucune sorte de légumes. On pourra offrir également des roses, mais à l’exclusion de toute autre [fleur]. Pour tout ce qui se mange on rendra grâces à Dieu, et on le savourera pour sa gloire.
XL. — Qu’à la fête de Pâques personne ne doit prendre aucun aliment avant le temps où il est permis de manger§
Ce jeûne ne comptera pas pour le glouton qui mangerait avant le moment de la fin du jeûne. Si quelqu’un est malade et ne peut jeûner durant les deux jours, il jeûnera [seulement] le samedi par nécessité ; mais il se contentera de pain et d’eau. Si quelqu’un est en mer, et qu’il ignore le jour de la Pâque, il jeûnera pour ne l’avoir pas su, après la Pentecôte ; ce n’est pas la Pâque qu’il observera, mais quelque chose de semblable : il y est obligé par compensation.
XLI. — Que les diacres doivent obtempérer aux ordres de l’évêque§
Chacun des diacres et des sous-diacres doit être dévoué à l’évêque, et lui signaler les malades pour qu’il puisse les visiter ; car lorsque le prince des prêtres les visite, [il les console en leur montrant qu’on se souvient]
XLII. — Du temps où il faut prier§
Les fidèles, au moment de leur réveil et de leur lever, et avant de faire quoi que ce soit, prieront le Seigneur ; la prière finie, ils vaqueront à leurs occupations. Mais, s’il y a dans la localité une instruction, ils lui donneront la préférence, et ils iront entendre cette parole divine qui raffermit les âmes.
des fruits.
XLIII. — Que les fidèles doivent recevoir l’Eucharistie en premier lieu, au moment convenable, et avant d’avoir pris aucun aliment§
Chaque fidèle aura soin de participer aux Mystères avant d’avoir pris aucun aliment. S’il communie avec [foi], alors même qu’un poison mortel lui serait présenté, il ne [lui] fera point de mal35
XLIV. — Qu’il faut garder avec grand soin les Mystères et qu’il ne faut rien répandre du calice§
Chacun aura le plus grand soin de ne laisser participer aux Mystères que les fidèles, d’en éloigner les rats et tout autre animal, de n’en rien laisser tomber et se perdre ; car c’est le corps du Christ, dont tout fidèle s’alimente, et il ne convient pas de le traiter avec négligence.
QU’IL NE FAUT RIEN LAISSER TOMBER DU CALICE. — Quand tu as béni le calice au nom du Seigneur et que tu communies, c’est vraiment le sang du Christ : garde-toi avec un soin extrême d’en rien répandre, de peur que les esprits étrangers ne le lèchent, et que tu ne sois toi-même un contempteur, qui s’est rendu coupable du sang du Christ, en méprisant le prix de ton rachat.
XLV. — Que les diacres et les prêtres doivent s’assembler§
Les prêtres et les diacres se réuniront chaque jour dans le lieu où l’évêque leur aura commandé de se rendre. Les prêtres et les diacres n’apporteront aucune négligence à se réunir chaque jour, excepté s’ils en sont empêchés par la maladie. Quand ils seront réunis, ils instruiront le peuple qui se trouvera dans les églises et, pareillement, après avoir prié, ils retourneront chacun à ses propres occupations.
XLVI. — Des cimetières§
Que personne ne soit assujetti à un surcroît de travail pour les enterrements dans les cimetières : c’est l’œuvre de tous les pauvres ; mais [à la condition] qu’il soit donné un salaire à l’ouvrier-fossoyeur ainsi qu’au gardien qui prend soin de ce lieu. L’évêque pourvoira à leurs besoins avec les revenus des églises36.
XLVII. — À quels moments il faut prier, écouter les instructions et faire sur le front le signe de la croix§
Tout fidèle, homme ou femme, à son lever du matin, et avant de faire quoi que ce soit, se lavera les mains et priera Dieu ; ensuite il vaquera à ses occupations. S’il y a une instruction, chacun s’empressera d’aller dans le lieu où se prêche la doctrine, intimement persuadé que ce qu’il entend c’est la parole de Dieu lui-même qui parle par la bouche du prédicateur, car Dieu réside dans l’église, et il a le pouvoir d’éloigner le mal de chaque jour. Celui qui a la crainte de Dieu estimera comme une grande perte pour lui de ne pas aller à l’endroit où se fait l’instruction, surtout quand il sait lire. Lorsque le catéchiste est présent, que [le fidèle] ne reste pas éloigné de l’église où se donne l’enseignement. Alors il sera donné à celui qui parle de dire ce qui est un gain pour chacun ; tu entendras ce à quoi tu ne pensais pas, et tu feras ton profit de ce que l’Esprit-Saint te suggérera par l’entremise de celui qui enseigne : ainsi ta foi sera consolidée par ce que tu auras entendu. Dans ce lieu, on te dira également ce que tu dois faire dans ta maison : c’est pourquoi chacun s’empressera d’aller à l’église, qui est le lieu où l’Esprit jette son éclat. Le jour où il n’y aurait pas d’instruction, chacun restera dans sa maison et, prenant un livre saint, y fera une lecture suffisante de ce qu’il sait être bon.
Dans ta maison, tu prieras et loueras Dieu à la troisième heure ; si tu es autre part à ce moment-là, tu prieras Dieu dans ton cœur, parce que le
Christ, à pareille heure, fut montré cloué sur le bois. C’est pour cela que, dans l’Ancien Testament, la loi ordonnait d’offrir le pain de proposition à la troisième heure, comme figure du corps et du sang très saint du Christ, et d’immoler l’agneau, type du parfait Agneau : le pasteur, en effet, est le Christ, et il est aussi le pain descendu du ciel.
Tu prieras à la sixième heure, parce que, le Christ étant suspendu au bois, ce jour-là fut interrompu, et il y eut des ténèbres. On fera donc, à cette heure, une prière puissante qui ressemble à la voix de celui qui pria et couvrit de ténèbres toute la création pour les non-croyants.
« À la neuvième heure également, ils feront une grande prière accompagnée de louanges, afin que tu puisses connaître le modèle, selon lequel les âmes des justes bénissent le vrai Dieu, lui qui s’est souvenu de ses saints, et leur a envoyé son Fils, qui est son Verbe, pour les éclairer ; car, à cette heure, son côté fut percé et il sortit du sang et de l’eau : après quoi, il rendit la lumière aux autres [hommes], durant le reste de ce jour, jusqu’à la nuit,
C’est pour cela aussi que lorsque le jour finit, que tu en commences un autre et que tu donnes [à ton lever] l’image de la Résurrection, tu devras prier avant de procurer à ton corps le repos du lit. Et quand tu te lèveras à minuit, tu te laveras les mains avec de l’eau et tu prieras. Si tu as une épouse, vous prierez tous deux ensemble ; si elle n’est pas encore [fidèle], tu iras à l’écart pour prier seul et, de nouveau, tu retourneras à ta couche. Toi qui es dans les liens du mariage, tu ne laisseras pas de prier, car votre union n’est pas impure. Ceux qui ont été baptisés n’ont pas besoin d’être lavés une seconde fois, car ils sont purs. Lors donc que tu souffles dans tes mains et te signes avec la salive qui sort de ta bouche, tu es pur de toute ta personne jusqu’aux pieds : tel est [le don] du Saint-Esprit ; les gouttes d’eau du baptême montent de la source qui est le cœur des fidèles, purifiant ceux qui ont la foi. Nous sommes tenus de prier à cette heure-là, parce que telle est la tradition des anciens. À la même heure, tous les chœurs angéliques remplissent leur ministère, et les âmes des justes chantent les louanges de Dieu : voilà pourquoi les fidèles doivent la consacrer à la prière. Du reste, le Seigneur a dit : « Au milieu de la nuit on cria : Voici que l’époux est venu, sortez à sa rencontre. » Il a dit aussi : « Veillez ! car vous ne savez pas le jour où il viendra, ni à quelle heure. »
Au chant du coq, quand tu te lèves, tu prieras, car c’est au chant du coq que les Israélites renièrent le Christ, [lui] que nous connaissons par la foi, attendant avec confiance ce jour de la lumière éternelle qui brillera sur nous, à la résurrection des morts.
Si vous accomplissez ces choses, ô fidèles, si vous vous les rappelez, si vous vous instruisez mutuellement à les mettre en pratique, vous souvenant du Christ à tout moment, personne ne pourra vous tenter, et vous ne tomberez jamais. En tout temps, signe ton front avec crainte, car c’est le signe manifeste et connu, qui cause la ruine du diable (Iblîs). Quand nous le faisons avec foi, nous ne le montrons pas seulement aux yeux des hommes, mais nous le faisons avec la conscience qu’il nous protège comme une armure : le malin, en effet, ne regarde qu’à la seule force du cœur, et lorsqu’il voit que l’homme intérieur est doué de raison et marqué au dedans et au dehors par le signe du Verbe, il prend la fuite précipitamment, mis en déroute par l’Esprit-Saint, lequel réside dans l’homme qui [lui] a fait une place en lui-même. C’est ce que Moïse, par l’immolation de l’Agneau pascal, nous enseignait déjà, lorsqu’il ordonnait d’asperger de son sang les deux poteaux et le linteau des portes, nous révélant la foi qui habite en nous maintenant, et qui nous a été donnée par le parfait Agneau. C’est pourquoi, lorsque nous signons nos fronts avec la main, nous sommes délivrés de celui qui désire notre mort. Si vous faites cela avec action de grâces et avec une foi droite, vous serez affermis (litt. édifiés), et vous obtiendrez la vie éternelle.
Voilà ce que nous vous conseillons d’observer, à vous qui avez du sens (litt. des cœurs). Quiconque, ayant entendu la doctrine des Apôtres, la met en pratique, ne pourra être égaré par aucune atteinte de l’hérésie. Ainsi, les hérésies se sont beaucoup multipliées, parce que les préposés, au lieu de se pénétrer de la pensée intime des Apôtres, n’ont voulu suivre que leur propre fantaisie, faisant ce qui leur plaisait et non pas ce qu’il fallait.
Si nous avons omis quelque chose, ô mes bien-aimés, Dieu le manifes-tera à celui qui en est digne, et conduira l’Église pour celui qui le mérite vers le port tranquille37. Tels sont les canons de l’Église.
XLVIII. — Des dons et des ordinations§
Que personne ne doit se prévaloir du don qu’il peut avoir reçu.
Notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ nous a légué ce grand mystère du service de Dieu, et il appelle les Juifs et les Grecs à la connaissance de Dieu le Père, seul vrai Dieu, comme il le dit lui-même dans un passage où il rend grâces du salut de ceux qui ont cru : « J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés, et j’ai accompli toute l’œuvre que tu m’avais confiée ». Et il a parlé de nous à son Père en disant : « Ô Père saint ! le monde ne t’a pas connu, mais ceux-ci l’ont connu ». Ce qu’il faut maintenant, c’est qu’il nous parle, à nous tous, et à ceux qui sont devenus parfaits, des dons qu’il nous a accordés, par son Saint-Esprit : « Voici les signes qui accompagneront ceux qui croient en moi : ils chasseront les démons en mon nom, ils parleront [de nouvelles] langues, ils prendront les serpents dans leurs mains, et s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera point de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et [les malades] »38, moment où Il nous jugea dignes d’annoncer l’évangile à toute créature, pour les transmettre à ceux qui croiraient par notre ministère, [et cela non pas] pour notre profit à nous qui les faisons, mais en faveur de ceux d’entre vous qui croiraient : en sorte que ceux qui n’auraient pas été touchés par la prédication fussent convaincus par la vertu des miracles ; car les signes ne sont pas pour nous qui croyons, mais pour les incroyants, Juifs ou Grecs. Ce n’est pas un gain pour nous de chasser les démons ; le gain est pour celui qui est purifié par la volonté du Christ, comme nous l’enseigne le Seigneur dans un passage, où il explique la chose en disant : « Ne vous réjouissez pas de ce que les démons vous obéissent, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux ». Chasser les démons dépend de sa puissance, mais que nos noms soient écrits dans les cieux, cela dépend de notre volonté, de notre cons-nant, il n’est pas nécessaire que tout fidèle chasse les démons, ou ressuscite les morts, ou parle les langues : celui qui mérite cette faveur, l’obtient pour une raison, [à savoir] pour être un argument à ceux qui [ne] croient [pas] et une remontrance. Parce que les hommes n’ont pas accepté la révélation de la parole, Dieu a transmis le pouvoir de faire des prodiges, pour les mettre dans la possibilité de se sauver. Aussi bien, les incroyants et les hypocrites n’éprouvent pas de confusion d’être semoncés par les miracles ; Dieu lui-même en témoigne quand il dit dans la loi : C’est avec des langues et avec des lèvres que je parlerai à ce peuple, et ils ne m’obéiront pas malgré cela, dit le Seigneur. Les Égyptiens ne crurent pas non plus, lorsque Moïse opéra ces grands miracles et ces prodiges au milieu d’eux ; ni la plupart des Juifs ne crurent à celui qui est plus grand que Moïse, au Messie, lorsqu’il guérissait parmi eux toute maladie et toute infirmité. À ceux-là, le bâton, quand il se changea en serpent, ne servit pas de leçon, ni la main qui devint blanche, ni l’eau qui devint du sang.
Ceux-ci non plus ne furent pas satisfaits quand
Celui-là (Moïse) trouva de l’opposition dans Janès et Mambrès (Yânâs et Yamrâs), et celui-ci (Jésus), à son tour, fut insulté par Anne et Caïphe (Annâs et Qiyâfâs). Voilà comment les miracles ne servent pas de leçon à tous les hommes, mais seulement aux humbles ; c’est pour eux que Dieu, comme un médecin et un intendant sages, veut accomplir des prodiges, non par la puissance humaine, mais par son bon vouloir.
Nous disons cela afin que ceux qui ont obtenu ces dons ne s’exaltent pas au-dessus de ceux qui ne les ont pas obtenus ; nous avons parlé de ces dons de Dieu, qui sont marqués par des signes, car il n’est personne de ceux qui croient en Dieu par son Fils très saint qui n’ait reçu de don spirituel. L’affranchissement du culte impie des polythéistes, en effet, et l’entrée dans la foi au Père, au Fils et au Saint-Esprit sont un don et une grâce de Dieu, vu que surtout nous avons repoussé loin de nous le voile des Juifs et que nous avons cru par la volonté du Père et de son Fils qui est coéternel avec son Père avant tous les siècles, qui est né de la Vierge immaculée, sans semence humaine, qui a vécu de la vie des hommes, mais sans péché, et a accompli toute la justice de la loi ; et, par la volonté de Dieu le Père, le Verbe a souffert la croix, et méprisé l’ignominie, est mort, a été mis dans le tombeau, est ressuscité le troisième jour d’entre les morts, est resté, après sa résurrection, quarante jours avec les Apôtres et, leur ayant donné tous ses ordres, a été élevé en leur présence vers celui qui l’avait envoyé, Dieu le Père. Celui qui croit cela, non pas tout naturellement et sans raison, mais avec discernement et assentiment, a obtenu le don de la part de Dieu. Il en est de même pour celui qui est exempt de toute hérésie.
Nul de vous, par conséquent, n’a le droit de juger un de ceux qui ont cru, parce qu’il n’aurait pas mérité ce don des signes et des miracles qui vient de Dieu. Diverses sont les grâces qu’il départit aux hommes : toi, tu as obtenu ceci ; celui-là a obtenu les paroles de la sagesse ou de la science ; cet autre a obtenu autre chose, soit la prescience de l’avenir, soit les paroles instructives, soit l’endurance, soit une belle vertu. Moïse lui-même, l’homme de Dieu, quand il faisait des miracles en Égypte, ne s’éleva pas au-dessus de ses frères, et, quand il fut appelé Dieu, il ne s’éleva pas au-dessus de son prophète qui était Aaron39. Josué, fils de Noun, qui conduisit le peuple après lui, ne s’enorgueillit pas ni n’exalta son cœur au-dessus de Phinées (Fînhâs) et de Caleb (Kâlib), lorsque, pendant la bataille qu’il livrait aux Jébuséens (Aousiyyîn), il arrêta le soleil au-dessus de Gabaon (Aïloun) et la lune au-dessus d’Aialon (Aïloun), parce que le jour entier ne lui suffisait pas pour remporter la victoire. Samuel non plus, quand il fit de si grands miracles, ne méprisa pas David, l’ami de Dieu, tous deux étant prophètes, l’un, chef des prêtres, et l’autre, roi. Et parmi les sept mille hommes saints qui n’avaient pas fléchi le genou devant l’idole de Baal, nul ne fut choisi pour faire des miracles et des prodiges, si ce n’est le seul Élie avec son disciple Élisée ; pourtant ni Élie ne se moqua d’Abdias, l’intendant, qui craignait Dieu, mais ne faisait pas des miracles, ni Élisée n’oublia ou n’abandonna son serviteur tout tremblant, qu’entouraient ses ennemis. Les trois enfants, sauvés de la fournaise de feu, ne tournèrent pas davantage en dérision leurs compagnons, sachant bien qu’ils n’avaient pas été délivrés de ce mal par leurs propres forces, mais que c’était par la puissance de Dieu qu’ils faisaient ces miracles et qu’ils échappaient aux souffrances. Donc, que nul d’entre vous, s’il est prophète ou s’il fait des prodiges, ne s’élève au-dessus de son frère. S’il arrivait qu’il n’y eût d’incroyant nulle part, tout miracle deviendrait inutile40. Que l’homme soit le serviteur de Dieu, cela dépend de son bon cœur ; quant à faire des prodiges, cela dépend du pouvoir efficace du Très-Haut : la première chose est notre affaire ; la seconde est l’œuvre de Dieu qui agit.
XLIX. — Au sujet des actions que nous avons déjà mentionnées§
Le roi ne doit pas mépriser les troupes et les soldats qui sont sous ses ordres ; les chefs ne doivent pas mépriser leurs inférieurs ni mépriser non plus leurs supérieurs ; car les chefs ne seraient rien, s’ils n’avaient personne à commander ; un royaume ne pourrait subsister, s’il n’avait des troupes et des soldats. [Pareillement] l’évêque ne doit pas s’élever lui-même au-dessus des diacres et des prêtres, ni les prêtres au-dessus du peuple, car l’Église est constituée des uns unis aux autres. S’il n’y avait pas de laïques, à qui seraient préposés l’évêque ou le prêtre ? Il nous appartient à tous d’être chrétiens, c’est-à-dire nazaréens (nasârâ) ; quant à être apôtres, évêques ou revêtus de quelque autre dignité, cela ne dépend plus de nous, cela dépend de Dieu, qui est le distributeur des dons. Nous avons tenu ici ce langage à l’adresse de ceux qui ont mérité les dons ou dignités. Et voici une autre observation que nous ajoutons à ce discours.
L. — Que tout homme qui prophétise n’est pas un serviteur de Dieu§
Tout homme qui prophétise n’est pas un serviteur de Dieu, et tout homme qui chasse les démons n’est pas un saint. Ainsi, Balaam, le devin, fils de Phogor, n’était pas un homme de Dieu et il prophétisait ; [de même] Caïphe (Qâïfâs), appelé le prince des prêtres, par une épithète menteuse. Le Diable (Iblis), et les démons sous ses ordres, prédisent bien des choses sans être nullement au service de Dieu : ils se complaisent eux-mêmes dans l’ignorance à cause du mal qu’ils commettent41. Il est clair que les impies, quand ils prophétisent, ne peuvent cacher leur impiété à l’aide de leurs prophéties, et de même, les démons, lorsqu’ils chassent d’autres démons, ne deviennent pas saints [pour cela], parce que, en agissant ainsi, ils se trompent les uns les autres, comme des gens qui, pour s’amuser, font
Le roi qui devient impie n’est plus un roi : c’est désormais un adversaire.
LI. — De l’évêque qui se complaît dans son peu d’instruction, son ignorance ou sa haine secrète§
Tout évêque qui se complaît dans son peu d’instruction, son ignorance ou sa haine secrète n’est pas un évêque : il porte un titre menteur ; il n’est pas établi par Dieu, mais par les hommes, comme Hananias et Séméïas en Israël, comme Sédécias et Achias (Akiâb) que le roi de Babylone fit tous deux mettre à mort et rôtir dans des marmites de fer, ainsi que le raconte le prophète Jérémie42. Nous disons cela, non pour dénigrer les vrais prophètes, sachant que leurs œuvres et celles des hommes saints procèdent de l’Esprit de Dieu, mais pour éloigner la dureté de cœur des ambitieux et leur faire savoir que Dieu retire ses dons à de tels hommes. Car Dieu résiste aux superbes et donne la grâce aux humbles. Silas et Agabus furent prophètes sous nos yeux, mais ils ne s’élevèrent pas au-dessus des apôtres et ne sortirent pas de leurs limites, parce qu’ils aimaient Dieu. Des femmes même ont prophétisé dans l’ancienne loi : telles Marie, sœur de Moïse et d’Aaron, puis Débora ; enfin Holda (Aouldâh) et Judith (Yahoudit), celle-là au temps de Josias (Yousyas), celle-ci sous le règne de Darius. Dans la loi nouvelle, ont prophétisé la mère du Seigneur, et Élisabeth, sa cousine, et Anne et aussi les filles de Philippe. Ces femmes ne se sont pas exaltées au-dessus des hommes, mais ont gardé la mesure. C’est pourquoi, hommes et femmes, s’ils ont participé à ces grâces, doivent rester humbles. Dieu aime cette disposition, lui qui a dit : Qui regarderai-je, sinon les humbles qui tremblent à mes paroles ?
Nous avons d’abord promulgué ces paroles concernant ces [dons] que Dieu a accordés aux hommes selon sa volonté ; [nous avons dit] comment des menteurs peuvent s’en attribuer les apparences, étant mus par des esprits étrangers, et comment Dieu a permis à des méchants de prophétiser et de faire des prodiges. Le sujet nous conduit maintenant à aborder le chapitre des règlements de l’Église, afin que vous, qui avez été faits évêques par nous, selon le commandement du Christ, quand vous aurez reçu de nous la connaissance de cette hiérarchie, vous fassiez toutes choses en vous conformant aux ordres du Christ et au commandement qu’il vous a donné, et que vous sachiez que celui qui reçoit de nous, reçoit du Christ et reçoit aussi de Dieu le Père, à qui est la gloire dans les siècles des siècles. Amen.
LII. — De l’ordination des évêques et de l’ordo de la messe§
L’évêque devra être ordonné comme nous l’avons déjà indiqué, quand nous avons prescrit à tout le peuple assemblé de choisir un homme vertueux et saint en toute chose, élu par le peuple. Quand cet homme aura été nommé et agréé, les prêtres et les évêques avec tout le peuple se rassembleront le dimanche. Le premier d’entre eux questionnera les prêtres et les évêques en disant : « C’est bien celui-ci que vous avez choisi pour votre chef ? [S’ils] répondent affirmativement, il leur demandera encore : « Mérite-t-il cette éminente dignité ? s’est-il adonné à toute bonne œuvre avec une piété sincère envers Dieu ? a-t-il observé la justice à l’égard des hommes ? a-t-il bien gouverné sa famille ? a-t-il mené une vie intègre, irréprochable ? » S’ils répondent tous ensemble : « Il en est ainsi véritablement et sans hypocrisie ; et Dieu le Père, et le Christ et le Saint-Esprit sont juges de ces choses », on leur demandera encore une troisième fois : « Mérite-t-il cette dignité ? » afin que toute affaire soit établie sur la déposition de deux ou trois témoins. S’il est répondu une troisième fois : « Il est digne », tous tendront la main à l’é-vêque43. Ceci accompli avec joie, l’on fera silence, et un évêque choisi parmi les principaux prendra avec lui deux évêques, tandis que tous les autres évêques, se tenant debout avec les prêtres près de l’autel, prieront en silence, et que les diacres tiendront les saints Évangiles ouverts sur la tête de l’ordinand. Et tous prieront Dieu pour lui, en même temps que l’évêque. L’un des évêques mettra de l’encens dans les mains de cet ordinand, et les évêques le feront asseoir sur le siège qui lui aura été préparé. Puis, quand tous lui auront donné le baiser du Seigneur, on lira un passage du Livre saint, et, la lecture de l’Évangile finie, l’ordinand saluera toute l’assemblée par ces paroles : Que les grâces de Notre-Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la société du Saint-Esprit soient avec vous tous. Tous répondront : « Et avec votre esprit. » Après ces mots, il adressera au peuple quelques paroles de consolation.
Cette instruction finie, le diacre montera dans une place élevée et dira à haute voix : « Que [nul] infidèle ne reste dans ce lieu ! » Pareillement, lorsque l’évêque aura terminé toutes les prières qu’il doit réciter pour les malades et les autres personnes, le diacre dira à l’assemblée : « Donnez-vous les uns aux autres le saint baiser 44 ! » Alors les prêtres embrasseront l’évêque ; parmi les laïques, les hommes embrasseront les hommes, et les femmes, les femmes. Les enfants se tiendront près de l’ambon et un autre diacre les surveillera pour réprimer leur turbulence. D’autres diacres circuleront, surveillant les hommes et les femmes, pour qu’il n’y ait parmi eux, ni trouble, ni clignements d’yeux, ni signes, ni assoupissement. Les sous-diaconesses 45 se tiendront près des portes réservées aux femmes, et des diacres près des portes réservées aux hommes, pour empêcher quiconque de sortir ou d’ouvrir les portes pendant le saint Sacrifice, alors même qu’un fidèle se présenterait pour entrer. Un sous-diacre apportera de l’eau avec laquelle les prêtres se laveront les mains, pour signifier la pureté de leurs âmes élevées vers Dieu. Un autre diacre criera : « Que nul catéchumène ne reste ici, ni aucune des personnes qui entendent les instructions, mais ne participent pas aux mystères, ni aucun infidèle, ni aucun hérétique. Femmes, retenez vos enfants. Que nul ne garde d’animosité intérieure contre son prochain, que nul ne se tienne ici avec des sentiments hypocrites. Soyez sincères envers le Seigneur. Tenons-nous avec crainte et tremblement. »
Offertoire. — Cela fait, le diacre apportera le pain à l’évêque, qui est à l’autel. À gauche et à droite de l’évêque, se tiendront debout les prêtres, comme des disciples qui assistent leur maître. Deux diacres, debout de chaque côté de l’autel, auront à la main des éventails faits de matière légère, de plumes de paon ou de fine soie, avec lesquels ils écarteront les moucherons qui voltigent, de crainte qu’il n’en tombe quelqu’un dans le calice. Ainsi, le chef des prêtres priera sur l’offrande, suppliant l’Esprit-Saint de descendre sur elle : sur le pain, pour le changer au corps du Christ ; sur le calice, pour le changer au sang du Christ.
Quand il a fini toutes les prières qu’il doit réciter, l’évêque communie le premier ; après lui, communient les prêtres, ainsi que les diacres et les sous-diacres, puis tout le peuple. En donnant la communion, l’évêque dit : « Ceci est le corps du Christ », et celui qui la reçoit répond : « Amen. » Les diacres présentent ensuite le calice en disant : « Ceci est le sang du Christ ; ceci est la coupe de vie », et celui qui communie répond : « Amen. » L’on chante jusqu’à ce que tous aient communié.
Après la communion des hommes, et après celle des femmes, quand le chantre a terminé son cantique de louange46, le diacre dit à haute voix : « Nous avons reçu le précieux corps du Christ : remercions donc celui qui nous a rendus dignes de participer à ses augustes et saints Mystères. » Puis, quand l’évêque a prié, et qu’il a rendu grâces pour s’être nourri du corps du Christ et abreuvé de son sang, quand il a fini les prières qu’il doit réciter, le diacre dit : « Inclinez la tête devant le Seigneur, qu’il vous bénisse. » La bénédiction achevée, le diacre ajoute : « Allez
I, p. 519 et la note.
Quant aux parcelles du Sacrement qui sont de trop, les prêtres et les diacres veilleront à ce qu’il n’en reste rien, se gardant soigneusement d’en laisser une partie considérable, crainte d’encourir un redoutable jugement, comme les fils d’Aaron ou les enfants d’Héli que l’Esprit-Saint fit périr pour avoir méprisé le sacrifice du Seigneur. À combien plus forte raison [seraient punis] ceux qui traiteraient à la légère le corps et le sang du Christ, s’imaginant qu’ils reçoivent une nourriture corporelle, et non une nourriture spirituelle ! Voilà ce que nous vous commandons à tous, ô évêques, prêtres et diacres, concernant le service des saints Mystères.
LIII. — De l’ordination des prêtres et des diacres, des diaconesses, des sous-diaconesses et des lectrices§
Toi, ô évêque, ordonne le prêtre ; fais-lui l’imposition des mains, tous les prêtres et diacres étant debout : prie et ordonne-le. Ordonne également le diacre en priant et en faisant sur sa tête l’imposition des mains, pendant que tous les prêtres et diacres se tiennent debout. Quant aux diaconesses, aux sous-diaconesses et aux lectrices, nous nous sommes déjà exprimés à leur sujet47.
LIV. — Des confesseurs§
Le confesseur n’est pas ordonné : être confesseur dépend de la volonté. Mais il mérite une grande considération pour avoir confessé le nom de Dieu et de son Fils devant les peuples et les rois48. Et si la nécessité exige qu’il soit ordonné évêque ou prêtre, il sera ordonné. Si un confesseur s’empare d’une telle dignité sous prétexte de sa confession, il sera excommunié, car il n’est qu’un rebelle aux ordres du Christ, et il est devenu pire qu’un infidèle49.
LV. — Des vierges, des veuves et des exorcistes§
On n’impose pas les mains à une vierge, parce que le Seigneur n’en a pas donne l’ordre : cette lutte sainte ne relève que du secret propos. Ce n’est pas que la virginité tende à discréditer le mariage, mais elle vaque exclusivement au service de Dieu
Des veuves. — On n’impose pas les mains à une veuve. Mais si son mari est mort depuis longtemps, et qu’elle ait vécu dans la continence, sans qu’on puisse rien lui reprocher, si elle a pris un soin convenable de sa famille, à l’exemple de Judith et d’Anne, alors elle sera placée au rang des veuves. Mais si son mari n’est pas mort depuis longtemps, elle devra être éprouvée pendant une longue période avant de mériter confiance, parce que les pas- « sions » persévèrent (litt. vieillissent) avec l’homme, quand elles ne sont pas maîtrisées par de solides rênes.
De l’exorciste. — L’exorciste n’est pas ordonné, car cette chose dépend du vouloir de l’intention et est un don de Dieu et du Christ Jésus. L’homme, en effet, en qui réside le Saint-Esprit, et qui reçoit la faveur de guérir, laisse transparaître la grâce qui est en lui et qui brille pour tous. Si la nécessité demande que l’exorciste soit ordonné évêque, prêtre ou diacre, on lui imposera les mains.
LVI. — Combien il doit y avoir d’évêques à l’ordination§
Il est nécessaire que l’évêque reçoive l’ordination des mains de trois évêques ou de deux. Si un seul évêque lui impose les mains, cet évêque sera excommunié. Si c’est dans une nécessité urgente qu’il a été ordonné par un seul, parce que, soit à cause d’une persécution étendue, soit pour tout autre motif, il était impossible à plusieurs évêques de se réunir, dans ce cas il sera justifié par une assemblée d’évêques qui lui donneront licence et institution.
LVII. — Que l’évêque donne la bénédiction, mais ne la reçoit pas, qu’il dépose celui qui mérite d’être déposé ; qu’il ne peut tout seul déposer un autre évêque. — Règles pour la bénédiction§
L’évêque donne la bénédiction, mais ne la reçoit pas. Il confère les ordres, offre les sacrifices et reçoit l’eulogie de la part des évêques, mais non des prêtres. L’évêque dépose tout clerc qui mérite d’être déposé, mais un évêque ne peut à lui seul déposer un autre évêque : pour cela, il doit être assisté de plusieurs de ses pairs. Le prêtre donne la bénédiction et ne la reçoit pas ; il reçoit l’eulogie de la part de l’évêque et de la part de son propre associé dans le sacerdoce ; il la donne également à ses pairs. Il impose les mains aux gens, mais il ne confère pas les ordres ; il ne dépose pas : il expulse ses subordonnés, s’il en est qui méritent ce châtiment. Le diacre ne bénit pas ; il ne donne pas l’eulogie, mais la reçoit de l’évêque ou du prêtre ; il ne baptise pas et n’offre pas de sacrifice ; mais quand l’évêque ou le prêtre célèbrent, c’est lui qui présente le calice au peuple, et cela non pas en tant que prêtre, mais comme serviteur des prêtres.
LVIII. — Que nul clerc d’un ordre inférieur au diaconat ne doit exercer les fonctions du diacre§
Nul clerc d’un ordre inférieur au diaconat ne doit exercer les fonctions du diacre. Les diaconesses ne donnent pas la bénédiction et n’exercent au-cune des fonctions des prêtres ou des diacres ; mais elles gardent seulement les portes, et assistent les prêtres dans le lieu où ils baptisent les femmes : voilà, en effet, ce qui est convenable.
Toutes les prémices seront apportées à l’évêque, aux prêtres ou aux diacres pour leur alimentation. Les dîmes seront perçues pour la nourriture des clercs, des vierges, des veuves et de tous les pauvres en général. Les premiers fruits ou prémices seront réservés aux seuls prêtres et à leurs ministres.
AU MOMENT DES MYSTÈRES.
Les eulogies qui restent des Mystères, où elles n’ont pas été offertes, seront distribuées par les diacres au clergé, selon le bon vouloir de l’évêque
Tim., I, 9:, chacun une part. Il est bon et convenable aux yeux de Dieu ou du prêtre. L’évêque recevra quatre parts, le prêtre, trois, et le diacre, deux. Tous les autres, sous-diacres, lecteurs, chantres, diaconesses recevront 50 que chacun soit honoré en raison de sa dignité : l’Église n’est pas une école de confusion, mais de bon ordre.
LXI. — De ceux qui veulent participer aux mystères§
Ceux qui veulent participer aux saints Mystères, c’est-à-dire au service de Dieu, seront conduits par les diacres à l’évêque ou aux prêtres, pour être interrogés sur le motif qui les engage à venir entendre la parole du Seigneur. Ceux qui les auront amenés porteront témoignage à leur sujet, s’informant avec le plus grand soin de leurs actions.
On s’informera avec diligence de leurs actions et de leur conduite, [demandant] s’ils sont esclaves ou hommes libres. S’il s’agit d’un esclave, on demandera à son maître s’il peut rendre témoignage en sa faveur ; si ce témoignage n’est pas obtenu, [l’esclave] sera renvoyé jusqu’à ce qu’il s’en soit rendu digne ; moyennant ce témoignage, il sera accueilli. Si c’est l’esclave d’un idolâtre, on l’instruira à plaire à son maître, de crainte que la parole du Seigneur soit blasphémée51. S’il s’agit d’un homme ou d’une femme mariés, on les instruira à se contenter [l’un de l’autre] ; s’ils ne sont pas mariés, on les instruira à éviter la fornication et à se marier selon la loi. Si le maître de cet [esclave], étant un croyant et sachant qu’il commet la fornication, ne lui fait pas épouser une femme, ou s’il ne donne pas de mari à une servante, ce maître sera excommunié et chassé. S’il s’agit d’un possédé, il sera instruit dans la piété, mais ne sera pas admis à la participation aux Mystères, avant d’avoir été purifié ; il sera admis à l’heure de la mort.
Tout homme plongé dans le monde devra s’abstenir, sinon il sera refusé.
Si une courtisane désire être admise, elle devra changer de vie, sinon elle sera rejetée. Si c’est un fabricant d’idoles qui désire être admis, il devra laisser [ce métier], sinon il sera exclu. Si quelqu’un, homme ou femme, est acteur, s’il est conducteur de chars, ou coureur aux jeux olympiques, ou joueur de cornemuse, ou joueur de cithare, ou joueur de flûte, ou maître de danse, ou cabaretier, il devra renoncer [à sa profession], sinon il sera rejeté. Si un soldat se présente, il sera instruit à éviter l’oppression et l’injustice et à être content de sa paye ; s’il y consent, il sera admis ; mais s’il refuse, il sera renvoyé. L’homme infâme, c’est-à-dire qui couche avec un homme, l’efféminé, le magicien, l’astrologue, le devin, le possesseur d’astrolabe, celui qui s’occupe des heures et du choix des jours, le fabricant de phylactères, le charmeur de serpents, celui qui devine à l’aide de quelque instrument, celui qui interprète le mouvement des membres, celui qui augure du vol des oiseaux, celui qui se garde de la société d’un boiteux ou d’un aveugle, celui qui observe le chant des volatiles, celui qui tire un présage de la parole des gens pour y trouver des indications, tous ceux-là seront éprouvés pendant un temps, car le mal est difficile à arracher. S’ils s’abstiennent de cette manière d’agir, ils seront admis ; sinon, ils seront renvoyés.
LXIII. — De la concubine appartenant à un infidèle ou à un fidèle§
La concubine appartenant à un infidèle, si elle est esclave et n’a commerce qu’avec lui seul, sera admise ; si elle se prostitue avec d’autres, elle sera rejetée. Un croyant ayant une concubine, qui est son esclave, devra se séparer d’elle en se faisant chrétien et se marier selon la loi ; mais si c’est une femme de condition libre, il agira avec elle selon la loi52 ; s’il ne veut pas y consentir, il sera chassé. Si quelqu’un adopte les coutumes des païens ou les contes fabuleux des Juifs, il devra cesser, sinon il sera renvoyé. Quiconque a la folie d’assister aux spectacles, [aux combats] des lutteurs ou des bêtes féroces, [sera admis], s’il cesse ; sinon, il sera exclu.
Celui qui commence à se faire instruire continuera ainsi pendant trois ans. Mais si quelqu’un est diligent et bien formé, s’il manifeste de la droiture, il sera admis, car nous ne considérons pas le temps, mais l’intention et la manière de vivre. S’il y a un laïque enseignant la parole et d’une bonne conduite, [il sera autorisé à enseigner] ; car ils seront tous instruits par le Seigneur, dit le prophète.
LXIV. — De l’ablution des mains et de la prière§
Tout croyant ou toute croyante, à leur lever du matin et avant de vaquer à une occupation quelconque, auront soin de se laver les mains avec de l’eau, et de prier. S’il doit y avoir un sermon ou une conférence catéchistique, ils feront passer cette instruction avant le travail.
LXV. — Que tout croyant ou toute croyante devront prendre soin de leurs esclaves [et leur procurer] le repos du samedi et du dimanche§
Tout croyant ou toute croyante traiteront leurs esclaves avec bienveillance, ainsi que nous l’avons déjà ordonné et enseigné dans les Épîtres. Les esclaves vaqueront au travail cinq jours par semaine ; mais le samedi et le dimanche, ils se consacreront uniquement à l’Église, pour y apprendre à servir Dieu : c’est, en effet, le samedi que Dieu se reposa, après avoir achevé l’univers ; quant au dimanche, c’est le jour de la résurrection du Seigneur.
LXVI. — [Que les esclaves] ne devront pas travailler non plus pendant la semaine de Pâques. — Énumération des fêtes§
(Les esclaves) ne travailleront pas non plus pendant la grande semaine de Pâques, ni pendant la suivante, qui est [encore] la fête : l’une est la semaine où le Seigneur fut crucifié ; l’autre, celle de sa résurrection d’entre les morts. Rien ne leur est plus nécessaire que d’apprendre que le Christ est mort et ressuscité d’entre les morts
Ils ne travailleront pas le jour de l’Ascension, parce que ce jour marque l’accomplissement de la mission du Christ ; ni le jour de la Pentecôte, car c’est [le jour de] la manifestation du Saint-Esprit qui descendit sur ceux qui croyaient en Jésus-Christ. Ils ne travailleront pas non plus le jour de la naissance du Christ, parce qu’en ce jour, la grâce fut donnée tout à coup aux hommes, lorsque Dieu le Verbe, Jésus-Christ, nous naquit de la Vierge Marie, pour sauver le monde. Ils ne travailleront pas davantage en la fête de l’Immersion, parce que c’est en ce jour que se manifesta la divinité du Christ : le Père lui rendit témoignage au moment de son baptême, le Saint-Esprit descendit sur lui sous la forme d’une colombe, et celui qui témoigna pour lui se manifesta aux assistants en disant : « Celui-ci est le vrai Dieu et le fils de Dieu. » Ils ne travailleront pas non plus le jour des Apôtres, car ce sont eux qui furent vos maîtres dans la connaissance du Christ et qui vous ont rendus dignes de participer au don du Saint-Esprit. Ils ne travailleront pas le jour de [saint] Étienne, premier martyr, ni des autres saints martyrs qui ont aimé le Christ plus que leur propre vie.
LXVII. — Heures de la prière§
À votre lever du matin, priez ; priez à la troisième heure ; priez à la sixième heure ; priez à la neuvième heure ; priez à la tombée de la nuit et au chant du coq : dès le matin, parce que Dieu nous éclaire, fait disparaître la nuit et nous donne le jour ; à la troisième heure, parce que c’est l’heure où Pilate condamna le Seigneur ; à la sixième heure, parce que c’est l’heure où le Seigneur fut crucifié ; à la neuvième heure, [parce que c’est l’heure où] il rendit l’esprit, où toute la nature se troubla, où de son côté percé sortit du sang et de l’eau, où, en présence du Seigneur crucifié, toute la création fut saisie de frayeur et de tremblement, à cause du forfait des nuit venue, rendez grâces, parce qu’il vous l’accorde pour vous reposer des fatigues du jour ; et au chant du coq, parce que vous avez reçu l’annonce de la venue du jour, pendant lequel vous pourrez vaquer à vos occupations et faire les œuvres de la lumière.
LXVIII. — Que si vous ne pouvez vous rendre à l’Église, l’évêque devra célébrer la messe dans sa maison ; car c’est l’homme saint qui sanctifie l’Église§
Si l’on ne peut se rendre à l’église, à cause des infidèles, célèbre la messe dans ta maison, ô évêque, pour que les serviteurs de Dieu ne s’assemblent pas avec les impies ; car ce n’est pas l’église qui sanctifie l’homme, c’est l’homme qui sanctifie l’église. Si les impies s’emparent de l’Église, fuis loin d’elle, car ils l’ont souillée : de même, en effet, que l’homme saint sanctifie l’église, de même l’église est souillée [par la présence] d’hommes impurs. S’il est impossible aux fidèles de se réunir ensemble, à la maison ou à l’église, chacun devra psalmodier, lire et prier où il se trouvera ; [de même] s’ils sont là deux ou trois, car le Seigneur a dit : Là où deux ou trois seront assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux. Que les fidèles ne prient pas à la maison avec les catéchumènes : il n’est pas juste que celui qui par-ticipe aux saints Mystères soit souillé [par le contact] de ceux qui n’y partici-pent pas. Que les serviteurs de Dieu ne prient pas avec les hérétiques, même à la maison : Qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres ?
Tout fidèle, homme ou femme, qui aurait commerce avec des esclaves, ou bien se séparera d’eux, ou bien sera mis hors de l’Église.
LXIX. — Des jours où il faut faire mémoire des trépassés§
On célébrera le troisième jour du décès par des psaumes et des prières, en souvenir de Celui qui est ressuscité le troisième jour. On célébrera le septième jour en faisant mémoire des vivants et des morts. On célébrera aussi la fin du mois, selon l’exemple donné jadis par le peuple, lorsqu’il pleura la mort de Moïse. On fera de même à la fin de l’année, en mémoire d’eux, et l’on donnera aux pauvres, en souvenir du défunt, une partie de ses biens. Nous disons cela pour les seuls serviteurs de Dieu. Quant à l’impie, donnerais-tu pour lui aux pauvres tous les biens de ce monde, cela ne lui servi-rait de rien ; il est clair, en effet, que celui qui a été l’ennemi de Dieu en cette vie le restera après la mort, car il n’y a pas en Dieu d’hypocrisie 53, il est juste et aime la justice 54. [L’Écriture] dit aussi : Voici l’homme et son
S’il vous arrive d’être invités à un repas [funèbre], vous mangerez avec bienséance et crainte de Dieu, car vous pouvez avoir à prier pour ceux qui ont émigré de ce monde. Vous êtes prêtres ou diacres du Christ, et vous devez être circonspects en tout temps, vous-mêmes et les autres [aussi] 55, afin d’être aptes à enseigner la parole de l’Écriture : L’homme puissant et colère ne boira pas de vin, de peur qu’en buvant il n’oublie la sagesse et devienne incapable de juger selon la droiture. Or, après Dieu tout-puissant et son Fils unique, les prêtres et les diacres sont les grands de l’Église. Nous disons cela, non pour leur défendre de boire, car il ne nous appartient pas de mépriser ce que Dieu a créé pour la joie des hommes, mais pour leur interdire de boire au point de s’enivrer. Les Écritures n’ont pas défendu de boire du vin ; que disent-elles ? Ne bois pas de vin jusqu’à l’ivresse, et encore : Des épines poussent dans les mains de l’ivrogne. Ceci est dit, non seulement pour autres ». — : Prov., XXXI, 4, 5. — : Éph., V, 18. — : Prov., XXVI, 9.
le clergé, mais pour tous les laïques chrétiens qui ont été marqués du nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. [Les ivrognes] sont ceux dont il est dit : Pour qui les ah ! pour qui le trouble, la dispute, la contention ? qui a les yeux obscurcis ? pour qui la guerre et les blessures ? n’est-ce pas pour ceux qui boivent constamment du vin et demandent où ils pourront en trouver ?
LXX. — De ceux qui sont persécutés pour la foi et de quiconque fuit de ville en ville pour la même cause : qu’ils doivent être assistés§
Quant à ceux qui, à cause de leur foi, fuient de ville en ville, se souvenant de la parole du Seigneur et sachant que l’esprit est prompt, mais que la chair est faible, qui passent d’un endroit dans un autre et acceptent d’être dépouillés de leurs biens pour conserver en eux, sans le renier, le nom du
Christ, assistez-les et leur fournissez tout ce dont ils auront besoin, et vous accomplirez [ainsi] le précepte du Seigneur.
Nous vous prescrivons tout ceci en même temps : Que chacun de vous reste dans l’ordre qui lui a été conféré et ne dépasse pas les limites qui lui ont été marquées. Ces [limites] ne viennent pas de nous, mais de Dieu le Seigneur qui a dit : Celui qui vous écoute, m’écoute et celui qui m’écoute, écoute celui qui m’a envoyé ; celui qui vous méprise me méprise, et celui qui me méprise, méprise celui qui m’a envoyé. Si les créatures de Dieu, qui n’ont pas d’âme, conservent l’ordre qui leur a été assigné, comme le jour et la nuit, le soleil et la lune, les étoiles et les éléments, la variation des temps, les mois, les semaines et les heures, toutes choses qui sont esclaves de la nécessité que Dieu leur a imposée, selon cette parole : Il leur a posé une limite qu’elles ne franchiront pas ; et, au sujet de la mer : Je lui ai placé une borne, je lui ai mis des verrous et des portes et je lui ai dit : Arrive jusqu’ici et ne va pas au-delà, à combien plus forte raison êtes-vous obligés vous-mêmes de ne rien déranger, dans ce qui vous a été marqué selon la volonté de Dieu ? Plusieurs considèrent comme chose sans importance de confondre les ordres. Pour vous, ne confondez pas l’ordination que vous avez reçue, chacun pour votre part. N’usurpez pas pour vous-mêmes les ordres qui ne vous ont pas été conférés ; ne prenez pas sur vous tyranniquement de mettre les autres en possession de choses sur lesquelles vous n’avez aucun pouvoir. Ceux qui agissent ainsi irritent Dieu, comme les fils de Coré (Qôrih) et le roi Osias (‘Ouzyâ) qui usurpèrent les fonctions sacerdotales sans l’ordre de Dieu : aussi, les premiers furent dévorés par le feu, et le second eut le front couvert de lèpre ; ils provoquent la colère du Seigneur Jésus qui a établi les choses ainsi ; ils contristent le cœur du Saint-Esprit et méprisent son témoignage ; ils font fi, en vérité, de la responsabilité qui pèse sur les auteurs de tels actes, et de la négligence qu’ils apportent dans les sacrifices et l’Eucharistie, en sorte que, les offrant de leur propre initiative, sans en avoir le droit, ils considèrent l’honneur du sacerdoce, dont la grandeur est comparable à celle du souverain prêtre Jésus-Christ, notre roi, comme une affaire d’amusement. Nous avons été contraints de leur donner cette leçon, car plusieurs déjà sont retournés à leur folie. Nous disons que Moïse, à qui Dieu, dont il était appelé le serviteur, parlait face à face, comme un homme parle à son ami, à qui il dit : Je te connais mieux que tous les hommes, à qui il parla face à face, [non] par des signes ou des miracles, [ni] par des songes où l’on voit des anges, [ni] par des interprétations, [nous disons que] Moïse, dans le temps où Dieu lui imposait la loi sainte, détermina strictement ce qui devait être accompli par le grand prêtre, ce qui devait être fait par les prêtres, ce qui concernait les lévites, et distribua à chacun ce qui lui convenait et était approprié à son ministère. Et ce qu’il ordonna aux grands prêtres de faire, il n’appartenait pas aux prêtres de s’en charger : ce qui eût été contre la loi ; et ce qu’il ordonna aux prêtres de faire, les lévites ne devaient pas l’entreprendre, mais chacun gardait le ministère propre qu’il avait reçu, sans en sortir ; et si quelque transgresseur s’écartait des fonctions qu’il avait reçues, il était puni de mort. Ceci est éclairé principalement par ce qui advint à Saül : lors qu’il voulut offrir des victimes, en l’absence du prophète et grand prêtre Samuel, il attira sur lui-même le péché et une malédiction éternelle. Mais le prophète ne fut pas arrêté (litt. effrayé) par l’onction qu’il lui avait donnée pour le faire roi. Dieu nous a fait connaître [encore] le malheur éclatant qui frappa Osias : il ne tarda pas à se venger de lui pour l’opposition qu’il avait faite ; [cette opposition] le fit éloigner du trône, parce qu’il avait convoité la dignité de grand prêtre,
LXXI. — Des degrés du sacerdoce et de leur réglementation§
Vous n’ignorez pas ce que nous avons déjà réglementé : vous savez que nous avons appelé les uns évêques, les autres prêtres, d’autres diacres, par frappé de la lèpre et séquestré comme les lépreux.
la prière et par l’imposition des mains, et que nous avons assigné à chacun un ordre d’après la diversité des noms. Auprès de nous, ce n’est pas celui qui veut remplir nos mains qui obtiendra de notre part ce qu’il désire, comme [si nous pouvions imiter] les prêtres des veaux [d’or] fabriqués par Jéroboam : ceux-là furent abjects devant Dieu. S’il n’y avait pas de loi ni de différence d’ordres, il aurait suffi d’un seul nom pour perfectionner toute créature ; mais, ayant appris du Seigneur la série des fonctions, nous avons départi aux évêques le souverain sacerdoce, la prêtrise aux prêtres, et aux diacres le service des deux [ordres précédents], pour que les œuvres du ministère puissent se compléter mutuellement. Il ne convient pas aux diacres d’offrir des sacrifices, de baptiser, de donner l’eulogie aux grands ou aux petits, ni aux prêtres de signer, c’est-à-dire d’ordonner quelqu’un, car il faut éviter d’intervertir les ordres. Dieu n’aime pas la confusion, et les inférieurs ne doivent pas usurper audacieusement ce qui appartient aux élus56, se fabriquant une loi nouvelle pour leur propre perte et ignorant que la chose témoigne contre eux, s’ils re-regimbent contre les aiguillons. Ce n’est pas à nous que de tels hommes font opposition, mais ils résistent à l’évêque de toute créature, le Fils de Dieu, le grand prêtre, Jésus-Christ Notre-Seigneur. Par Moïse, ami de Dieu, furent établis des grands prêtres, des prêtres et des lévites ; par le Sauveur furent institués aussi treize Apôtres, et, par les Apôtres, nous avons été établis, nous, Clément et Jacques, avec d’autres encore que nous ne pouvons pas mentionner tous un à un. Tous en commun, nous avons établi, à notre tour, des prêtres, des diacres et des lecteurs. Le premier, le vrai, le seul souverain prêtre est le Christ qui ne s’est pas emparé lui-même de cet honneur, mais a été établi par son Père. Lorsqu’il est devenu pour nous souverain prêtre, il a offert la Victime spirituelle à Dieu le Père, avant d’être crucifié ; et c’est à nous seuls qu’il a commandé de faire cela. Il y en avait d’autres parmi nous qui croyaient en lui, mais il n’a pas donné à chacun de ses adeptes d’être prêtre ou de mériter la dignité pontificale. Après son Ascension, nous avons offert, par son ordre, un sacrifice saint, non sanglant, et nous avons établi des évêques, des prêtres, ainsi que des diacres au nombre de sept.
Parmi ceux-ci il y avait Étienne, le saint martyr, qui ne nous le cédait pas en amour de Dieu, et qui manifesta pour lui un tel dévouement dans sa foi et un tel amour de Jésus-Christ Notre-Seigneur, qu’il donna sa vie pour lui ; et les Juifs, meurtriers du Seigneur, le lapidèrent et le firent mourir. Or, ce grand homme, qui était sous l’action de l’Esprit, qui vit les portes du ciel ouvertes et le Seigneur à la droite de Dieu, nous ne le voyons dans aucun passage faire ce qui n’appartient pas aux diacres, par exemple offrir des sacrifices ou imposer les mains à quelqu’un, mais il garde jusqu’à la fin l’ordre du diaconat. Accomplir et garder [les fonctions de] son ordre : voilà, en effet, ce qui convenait à un martyr du Christ. Et si quelqu’un incrimine ici le diacre Philippe et Ananie, le frère fidèle, le premier pour avoir baptisé l’eunuque, le second pour m’avoir baptisé, moi Paul, celui-là ne comprend pas ce que nous disons. Nous avons dit : Que nul n’usurpe pour lui-même le sacerdoce, mais qu’il le reçoive de Dieu, comme Melchisédech et Jacob, ou du prince des prêtres, comme
Aaron, qui le reçut de Moïse. Quant à Philippe et à Ananie, ce n’est pas eux-mêmes qui choisirent leurs fonctions ; ce fut le Christ qui les choisit tous deux, lui qui est le véritable grand prêtre du Dieu incomparable.
Fin des soixante et onze Canons apostoliques qui sont au nombre de quatre-vingt-un dans le grec et que les Apôtres ont transmis par Clément. À Dieu soit une grande gloire !
Livre deuxième — les cinquante-six canons apostoliques§
« Au nom de la Trinité sainte, un seul Dieu. Canons de la sainte Église transmis par Clément que [les apôtres] avaient envoyé. »
I (1)[^57]. — Combien d’évêques doivent assister à l’ordination de l’évêque[^58]§
L’évêque sera ordonné par deux ou par trois évêques ; le prêtre, le diacre et les autres clercs seront ordonnés par un seul évêque.
Si un évêque ou un prêtre apporte à l’autel de Dieu, pour l’offrir en sacrifice, quelque chose d’étranger à ce qu’il a été ordonné d’offrir, s’il apporte du miel, du lait, des oiseaux ou tout autre animal, en un mot quelque chose que ce soit, en dehors de ce que Dieu a prescrit, qu’il soit déposé. Il ne faut apporter à l’autel que des épis mûrs et des raisins en leur saison ; de l’huile pour la lampe sainte, et de l’encens pour le moment du saint Sacrifice. des prêtres, mais ne seront pas offerts à l’autel ; l’évêque et les prêtres les partageront entre eux et les autres clercs.
III (5). — Que l’évêque et le prêtre ne doivent pas renvoyer leur épouse§
L’évêque, le prêtre et le diacre ne renverront pas leur épouse, sous prétexte du service divin. S’ils la renvoient, ils seront excommuniés, et s’ils refusent de reprendre avec elle la vie conjugale, ils seront déposés.
IV (7). — Du temps auquel il convient de célébrer la Pâque§
Si un évêque, un prêtre ou un diacre célèbre la Pâque sainte en même temps que les Juifs, avant l’équinoxe [du printemps], il sera déposé.
V (6). — Qu’un ecclésiastique ne doit pas se mêler des affaires séculières§
L’évêque, le prêtre ou le diacre ne s’immisceront pas dans les affaires de ce monde : s’ils le font, ils seront déposés.
VI (8). — Que si quelqu’un s’abstient de communier, il devra§
Si un évêque, un prêtre ou tout autre clerc ne communie pas au moment de la messe, ou bien il dira pour quel motif et, si [ce motif] est convenable, il sera pardonné ; ou bien il ne donnera pas de raison, et [alors] il sera excommunié, parce qu’il a été une cause de scandale pour le peuple, en lui donnant le soupçon que celui qui a offert les Oblations, ne les offrait pas dignement (litt. avec pureté).
VII (9). — Que si tu entres à l’église et entends les prières, tu dois participer aux mystères§
Tout fidèle entrant à l’église et écoutant les Écritures, mais ne restant pas jusqu’à la fin des prières et ne recevant pas la sainte Eucharistie et la bénédiction, devra être excommunié, car il est une cause de division et de trouble dans l’église.
VIII (10). — Qu’il ne faut pas prier avec un infidèle§
Si quelqu’un prie avec celui qui ne participe pas aux Mystères, serait-ce à la maison, qu’il soit excommunié.
IX (11). — Qu’il ne faut pas prier avec un [clerc] déposé§
Si un clerc prie avec un autre clerc déposé, il sera déposé lui-même.
Si un clerc ou un laïque, excommunié ou admis à la communion, se rend dans une ville, chez quelqu’un admis à la communion dans cette ville, sans avoir des lettres testimoniales, et qu’il y séjourne, il sera excommunié, ainsi que celui qui lui donne l’hospitalité. Si c’est un excommunié qui a été accueilli, la durée de son excommunication sera prolongée, car il a trompé l’Église de Dieu.
XI (14). — Qu’un évêque ne doit pas quitter son siège§
Un évêque ne doit pas quitter son siège pour en occuper un autre, alors même que plusieurs voudraient l’y contraindre, excepté pour un plus grand bien, quand on le presse d’accepter parce qu’il est capable de gagner, par la parole de vérité, ceux qui se trouvent là. Toutefois, il n’agira pas ainsi de son propre mouvement, mais d’après la décision de plusieurs évêques et [cédant à leurs] vives instances.
siège devra être déposé.
Si un évêque, un prêtre, un diacre ou tout autre membre de la hiérarchie sacerdotale quitte son église et se transporte dans une autre où il séjourne un temps considérable, sans avoir pris à son départ l’avis de son évêque, nous ordonnons qu’il ne soit plus admis, dans la suite, à exercer un ministère quelconque, surtout si son évêque lui ayant ordonné de retourner dans sa résidence, il n’a pas obéi : il sera alors destitué de sa dignité et admis seulement à la communion laïque dans le lieu où il se trouve. Si l’évêque, chez lequel il demeure, l’accepte comme membre du clergé, pensant que la sanction que nous portons est nulle, cet évêque sera excommunié comme fauteur de désordre dans la hiérarchie.
XIII (17, 18, 19). — De celui qui se marie en secondes noces, ou épouse une veuve, une courtisane, une esclave, une femme objet de soupçons ou qui va dans les lieux de divertissement, et de celui qui a cohabité avec deux sœurs ou avec sa nièce§
Celui qui s’est marié en secondes noces après le baptême ou qui a vécu dans le concubinage, ne peut devenir évêque, ni prêtre, ni diacre, ni être admis en aucune façon dans la hiérarchie ecclésiastique. Celui qui a épousé une veuve, une femme objet de soupçons et déshonorée, une courtisane, une esclave ou une femme qui va dans les lieux de divertissement, ne peut devenir évêque, prêtre ou diacre, ni être admis en aucune manière dans la hiérarchie sacerdotale. Celui qui a cohabité avec deux sœurs ou avec sa nièce ne peut devenir membre du clergé, pas plus que celui qui ayant épousé deux femmes a vécu simultanément avec les deux.
XIV (20). — Du clerc qui se porte caution§
Le clerc qui se porte caution pour quelqu’un sera déposé.
XV (21, 22, 23, 24). — Des eunuques§
L’eunuque que les hommes ont rendu tel malgré lui, ou à qui ils ont coupé les parties viriles dans une persécution, ou qui est né ainsi, s’il mérite l’épiscopat, sera fait évêque ; s’il s’est mutilé lui-même, il ne sera pas admis dans la cléricature, parce qu’il est devenu homicide de soi-même et ennemi de ce que Dieu a créé.
Un clerc qui se mutile sera déposé, car il est homicide de sa propre personne. Le laïc qui se mutile sera excommunié pendant trois ans, pour avoir attenté à sa propre vie,
XVI (25). — De celui qui est coupable de fornication, parjure§
L’évêque, le prêtre ou le diacre qui seront convaincus de fornication, de faux serment ou de vol, seront déposés. Mais ils ne seront pas excommuniés, car il est dit dans l’Écriture que le Seigneur ne châtie pas deux fois pour la
XVII (26). — Du mariage des lecteurs, des chantres et autres clercs§
Que les lecteurs et les chantres qui entrent dans les ordres se marient, s’ils le désirent. Mais nous leur ordonnons de le faire tandis qu’ils sont lecteurs, car cela n’est plus permis à aucun clerc [d’un ordre supérieur].
XVIII (27). — Du ministre sacré qui frappe ou qui maudit§
Nous ordonnons de déposer tout évêque, prêtre ou diacre qui frappe des infidèles ou des fidèles quand ils sont coupables, voulant par ce moyen ins-ainsi ; au contraire, il supportait les coups avec patience, il était maudit et ne maudissait pas, maltraité, et ne s’irritait pas.
XIX (28). — De celui qui a été justement excommunié§
L’évêque, le prêtre ou le diacre, justement déposés pour une faute manifeste, qui oseraient approcher et toucher à une fonction quelconque du ministère qui leur était autrefois confié, seront tout à fait retranchés de l’Église.
XX (29). — De celui qui est ordonné par simonie§
L’évêque, le prêtre ou le diacre qui obtiendraient leur dignité par simonie seront déposés, ainsi que celui qui les aurait ordonnés, et ils seront retranchés tout à fait de la communion, comme le fut Simon le magicien par moi,
XXI (30). — De celui qui a recours aux puissances du siècle pour obtenir une église§
Si un évêque a recours à quelqu’une des puissances de ce monde et obtient par elles une église, il sera déposé ; [de plus], lui et tous ceux de sa
XXII (31). — Du prêtre qui méprise son évêque§
Si un prêtre, méprisant son évêque, reçoit en dehors de lui des collectes et se dresse un autel, sans qu’il puisse à bon droit rien reprocher à l’évêque, concernant le service de Dieu et la justice, il sera déposé, ainsi que tous les clercs qui l’auront suivi, comme ayant ambitionné le pouvoir ; car c’est un rebelle. Les laïques qui l’auront suivi, seront également excommuniés. La peine sera portée contre lui après une première, une deuxième et une troisième sommation de l’évêque.
Un prêtre ou un diacre renvoyés par un évêque ne seront pas accueillis par un autre, à moins que celui qui les a renvoyés ne soit présent ou ne soit mort.
XXIV (33). — Qu’un clerc étranger ne doit pas être accueilli§
Aucun clerc étranger, évêque, prêtre ou diacre ne sera reçu comme tel, s’il n’a des lettres testimoniales. S’il en a, elles seront examinées, et s’il est messager de la vérité, il sera introduit ; sinon, on lui fera donner ce dont il aura besoin, mais il ne participera pas à la communion, car beaucoup de choses s’accomplissent ainsi, comme la subreption.
XXV (34). — Que le primat des évêques doit être connu§
Il faut que les évêques de chaque région sachent quel est leur primat ; ils le regarderont comme leur tête et ne feront rien d’important sans l’avis de leur supérieur, se bornant chacun aux seuls actes qui importent au bien de son siège et des localités soumises à sa juridiction. De son côté celui qui est nommé chef ou primat ne fera rien sans l’avis de tous les évêques. Il y aura ainsi unité parfaite et Dieu sera glorifié par le Christ Jésus et l’Esprit-Saint.
XXVI (35). — De la déposition de celui qui confère les ordres en dehors de son diocèse§
Un évêque n’aura pas la témérité de faire des ordinations dans des localités ou villages placés hors de sa juridiction. S’il était convaincu d’avoir agi ainsi, sans l’avis du chef de l’église de ces villages ou villes, il sera déposé, lui, et ceux qu’il aura ordonnés.
XXVII (36). — De celui qui ayant été ordonné évêque, prêtre ou diacre, n’annonce pas la parole de Dieu§
Si quelqu’un ayant été ordonné évêque n’annonce pas la parole de Dieu, n’exerce pas son ministère ou ne prend pas soin du peuple qui lui est confié, il sera excommunié. Le prêtre et le diacre seront traités de même. Si, quand il est arrivé, on a refusé de l’accueillir, non parce qu’il le voulait ainsi lui-même, mais par suite de la malveillance du peuple, il restera évêque ; quant au clergé de la ville, il sera excommunié pour n’avoir pas enseigné à ce peuple-là l’obéissance. — XXVIII (37). — Que les évêques doivent s’assembler deux fois par an.
Les évêques feront un synode deux fois par an pour s’entretenir des dogmes de la religion et résoudre les difficultés qui pourraient surgir dans l’Église. Le premier synode se tiendra la quatrième semaine après la Pen-tecôte, et le second, le 12 [du mois] de Bâbeh.
XXIX (38). — Que l’évêque devra prendre soin des biens de son église§
L’évêque prendra soin des biens de son église et les administrera comme sous le regard de Dieu. Il n’en devra rien distraire pour s’enrichir lui-même, ni donner à ses proches, même s’ils sont pauvres, ce qui appartient à Dieu ; il ne devra pas, à cause d’eux, trafiquer des biens de l’Église.
XXX (39). — Que l’évêque doit être consulté§
Aucun prêtre, aucun diacre n’entreprendra quelque chose sans avoir pris l’avis de l’évêque ; car c’est à lui que le peuple du Seigneur a été confié ; c’est [lui] aussi qui répondra de leurs âmes.
XXXI (40). — De la distinction des biens de l’évêque et des biens de l’Église§
« Les biens de l’évêque, s’il en a, seront distincts, distincts aussi les biens du Seigneur, afin que l’évêque en mourant puisse laisser à qui il voudra ce qu’il possède et que ses biens ne soient pas aliénés au profit de l’Église, alors qu’il a [peut-être] une famille : épouse, enfants, proches, serviteurs. Il n’est pas juste devant Dieu ni devant les hommes que l’Église perde ses propres biens parce qu’on ne connaît pas ceux de l’évêque, ni que les biens de ce dernier ou de ses proches soient saisis comme biens d’Église, en sorte que ses proches, tombés dans la pénurie, soient amenés à blasphémer contre sa mort.
les administrer et prendre ce dont il a besoin pour lui et pour ses
Nous ordonnons également que l’évêque ait en son pouvoir les ressources de l’Église : les âmes précieuses des hommes lui ont été confiées ; or, que sont en comparaison tous les biens matériels qu’on lui remet, pour qu’il les fasse administrer et en nourrisse les pauvres par l’intermédiaire des prêtres et des diacres, avec crainte de Dieu et tremblement ? De ces biens, il prendra aussi ce qui lui est nécessaire, s’il est dans le besoin, et ce qui est nécessaire à ses frères étrangers qui le visitent, afin qu’ils ne manquent d’aucune des choses indispensables. La loi de Dieu ordonne, en effet, que celui qui s’est consacré [au service] de l’autel, puisse vivre de l’autel, car pas un soldat ne fait la guerre à ses propres frais contre les ennemis du roi.
XXXII (42, 43, 44). — Des clercs, évêques, prêtres, diacres et autres, et des laïques qui vont aux jeux, s’adonnent à l’ivresse et à l’usure. L’évêque, le prêtre ou le diacre qui se livrent aux jeux, qui vagabondent, qui s’abandonnent à l’ivresse, devront cesser, sinon ils seront déposés. Le sous-diacre, le lecteur ou le chantre qui agiraient ainsi seront excommuniés ; il en sera de même des laïques.
L’évêque, le prêtre ou le diacre exigeant une usure de celui à qui ils ont fait un prêt devront cesser, sinon ils seront déposés.
XXXIV (46)[^59] — De celui qui va au baptême des hérétiques§
Si un évêque, un prêtre ou un diacre vont au baptême des hérétiques ou communient à leur sacrifice, nous ordonnons qu’ils soient privés de leurs dignités, car il ne peut y avoir d’accord entre le Christ et Satan ; et quel rapport peut-il y avoir entre le fidèle et l’infidèle ?
que le mariage, le vin et la viande sont impurs.
Tout clerc, évêque, prêtre, diacre ou autre qui évite de se marier, de manger de la viande et de boire du vin, non par ascétisme, mais parce [qu’il regarde] ces choses comme des impuretés, quoique l’Écriture avance qu’elles sont toutes très bonnes et que Dieu a créé l’homme mâle et femelle, et blasphème de cette manière, ou bien s’amendera ou, sinon, sera déposé et chassé de l’Église ; le laïque sera traité de même. Mais s’il pratique cette abstinence par pénitence et par piété, il le peut licitement.
pas les pécheurs repentants.
Si un évêque, un prêtre ou un diacre ne veulent pas recevoir celui qui revient de son péché, ils seront déposés, parce qu’ils affligent le cœur du Seigneur qui a dit : « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent ».
XXXVII (53) — De la déposition de celui qui ne goûte pas un peu de viande et de vin les jours de fête§
Si l’évêque, le prêtre et le diacre ne mangent pas un peu de viande et ne boivent pas un peu de vin les jours de fête, croyant dans leur conscience ces choses illicites, et deviennent ainsi une cause de scandale pour plusieurs, ils seront déposés.
XXXVIII (54, 55, 56, 57). — Des clercs qui mangent et boivent dans les auberges. — De ceux qui outragent les [clercs]. — Du clerc ou du laïque qui frappe un infirme.
Si un clerc est trouvé mangeant ou buvant dans une auberge, il sera excommunié, excepté si les nécessités d’un voyage le forcent à loger dans une hôtellerie.
Si un clerc outrage son évêque, il sera déposé, car l’Écriture dit : « Ne médis point du prince de ton peuple ». Si un clerc outrage un prêtre ou un diacre, il sera excommunié ; sera excommunié ; sera traité pareillement le laïque qui agirait ainsi.
XLI (58). — De la déposition de l’évêque ou du prêtre qui n’enseigne pas au peuple le service de Dieu§
L’évêque ou le prêtre négligent à l’égard des clercs et du peuple et ne leur enseignant pas le service de Dieu sera excommunié ; et, s’il persévère dans sa négligence, il sera déposé.
XLII (59). — [De l’évêque ou du prêtre] qui n’assiste pas un clerc indigent§
Si un évêque ou un prêtre, sans souci de l’indigence d’un clerc, ne l’assiste pas en lui donnant le nécessaire, il sera excommunié ; et, s’il persiste dans son insouciance, il sera déposé comme assassin de son frère.
XLIII (60). — De celui qui propage les livres des adversaires§
Si quelqu’un propage dans l’Église des livres écrits par les impies, en les présentant mensongèrement comme saints, pour prendre au piège le peuple et le clergé, il sera déposé.
XLIV (61). — [De l’évêque convaincu de fornication]§
Si un évêque est accusé et convaincu de fornication, d’adultère ou d’autres choses analogues et défendues, il ne fera plus partie du clergé.
XLV (62). — De celui qui renie le Christ ou le sacerdoce§
Si un clerc, par crainte des hommes, juifs, païens ou hérétiques, renie le nom du Christ, il sera excommunié ; s’il renie le nom du sacerdoce, il sera déposé. S’il se repent, il sera reçu et admis comme laïque.
XLVI (63). — De celui qui mange de la chair avec le sang§
Si un évêque, un prêtre, un diacre ou tout autre clerc de la hiérarchie sacerdotale mangent de la chair avec son propre sang, c’est-à-dire la chair d’un animal déchiré par une bête féroce ou d’une bête morte, ils seront déposés comme la loi l’ordonne ; si c’est un laïque, il sera excommunié.
XLVII (64). — De celui qui jeûne le samedi et le dimanche§
S’il se trouve un clerc jeûnant le dimanche ou le samedi — sauf le grand samedi de la Pâque — il sera déposé ; si c’est un laïque, il ne sera pas admis à la communion.
XLVIII (65). — De celui qui entre dans le lieu de réunion des juifs et des infidèles§
Si un clerc ou un laïque vont à la synagogue des juifs ou au temple des hérétiques pour prier, le clerc sera déposé et le laïque excommunié.
XLIX (66, 67). — De celui qui frappe quelqu’un et cause sa mort, ou qui enlève une vierge§
Le clerc qui frappe quelqu’un dans une rixe et cause sa mort sera déposé pour sa violence ; si c’est un laïque, il sera excommunié. Si un laïque enlève une vierge non encore fiancée et qu’il habite avec elle, il sera excommunié ; il ne pourra pas en épouser une autre, mais il restera avec celle qu’il a violentée, même si elle est pauvre.
L (68). — De celui qui est ordonné deux fois§
Si un évêque, un prêtre ou un diacre reçoivent deux fois l’ordination, ils seront déposés, ainsi que celui qui les aura ordonnés, excepté s’il appert que [la première] ordination leur a été conférée par des hérétiques ; car il ne se peut point que ceux qui ont été baptisés ou ordonnés par de telles gens
LI (69, 70, 71). — [Du jeûne du carême], ni le mercredi et le vendredi. — De celui qui jeûne en même temps que les juifs ou célèbre leurs fêtes ou accepte de leur pain azyme. — De celui qui porte de l’huile ou une lampe au temple des juifs et des gentils§
L’évêque, le prêtre, le diacre, le lecteur ou le chantre qui ne jeûneraient pas pendant la sainte quarantaine, ni le mercredi et le vendredi, à moins qu’ils ne soient empêchés par une maladie corporelle, seront déposés ; si c’est un laïque, il sera excommunié.
Si un évêque, un prêtre, un diacre ou un clerc jeûnent en même temps que les juifs célèbrent leurs fêtes ou acceptent leurs cadeaux de fête, tels que pains azymes et choses semblables, ils seront déposés ; un laïque sera excommunié.
Si un laïque porte de l’huile ou une lampe à un temple païen, ou à la synagogue des juifs, il sera excommunié.
L (72, 73). — DE CELUI QUI VOLE DE L’HUILE, DE LA CIRE, DES VASES D’ARGENT OU DES VÊTEMENTS APPARTENANT A L’ÉGLISE. — Si un clerc dérobe à l’Église de la cire ou de l’huile, il sera excommunié, obligé à restituer le quintuple de ce qu’il aura volé.
Pour ce qui est du mobilier sacré ou des vases d’or et d’argent qui sont aux prêtres, il n’est jamais permis à personne de les employer à des usages profanes, car c’est contraire à la loi ; si quelqu’un le fait, il sera châtié et chassé de l’Église.
LII (74). — De l’évêque incriminé§
Si un évêque est incriminé par des fidèles dignes de confiance, il devra être traduit devant les évêques. S’il se présente, avoue sa faute et est convaincu, on lui appliquera la peine qu’il mérite. S’il ne répond pas à l’appel, il sera convoqué une seconde fois par l’intermédiaire de deux évêques qui lui seront députés ; s’il n’obéit pas davantage, on le convoquera une troisième fois en lui députant encore deux évêques ; et si, méprisant cette convocation, il refuse de comparaître, le synode lui infligera une peine en rapport [avec sa faute], pour qu’il ne soit pas comme un coupable qui échappe à la justice.
LII (75, 76, 77, 78, 79). — QU’ON NE RECEVRA PAS CONTRE UN ÉVÊQUE LE TÉMOIGNAGE D’UN ADVERSAIRE, NI CELUI D’UN SEUL ÉVÊQUE. — QUE L’ÉPISCOPAT N’EST PAS HÉRÉDITAIRE. — QU’UN POSSÉDÉ NE PEUT DEVENIR PRÊTRE QU’APRÈS SA GUÉRISON (litt. PURIFICATION). — QUE L’HOMME AFFLIGÉ D’UN DÉFAUT CORPOREL PEUT DEVENIR PRÊTRE, S’IL LE MÉRITE. — QU’UN AVEUGLE
OU UN SOURD NE PEUVENT DEVENIR ÉVÊQUES.
On ne recevra pas contre un évêque le témoignage d’un hérétique, ni celui d’un seul fidèle, ni celui d’un seul évêque, car toute parole sera établie sur la déposition de deux ou de trois témoins.
Un évêque ne donnera pas la dignité de l’épiscopat à son frère, à son fils [fol. 49 v°] ou à ses proches, et n’ordonnera pas qui il veut ; il n’est pas convenable qu’il laisse une famille hériter de l’épiscopat en donnant, pour des intérêts humains, ce qui appartient à Dieu ; il ne convient pas qu’il laisse l’Église du Christ devenir héréditaire : si quelqu’un agit ainsi, l’ordination sera nulle, et lui-même sera châtié par sentence.
Celui qui est borgne ou boiteux sera fait évêque, s’il mérite l’épiscopat ; car ce n’est pas un défaut corporel qui peut souiller, mais l’impureté de l’âme.
Un sourd ou un aveugle ne seront pas faits évêques, non qu’ils soient impurs, mais pour éviter la dilapidation des biens de l’Église.
Un possédé ne sera pas fait clerc et ne priera pas avec les fidèles ; mais, après sa délivrance, il sera admis dans l’assemblée des fidèles, et, s’il le mérite, promu à la cléricature.
LIII (80, 81, 82). — QU’IL NE FAUT PAS CONFÉRER L’ÉPISCOPAT A CELUI QUI A ÉTÉ BAPTISÉ RÉCEMMENT OU [QUI SORT] D’UNE VIE DÉRÉGLÉE. — QU’UN ÉVÊQUE NE DOIT PAS ÊTRE PERCEPTEUR. — QU’UN ESCLAVE NE PEUT ÊTRE ORDONNÉ
SANS L’AVIS DE SES MAÎTRES ET [QU’ALORS] IL SERA AFFRANCHI.
Celui qui sort du paganisme ou d’une vie déréglée ne peut pas être fait évêque sur-le-champ ; car il n’est pas séant que celui qui n’a pas été éprouvé devienne docteur des autres, à moins que ce ne soit par un don [spécial] de Dieu.
Il ne faut pas, nous l’avons dit, que l’évêque siège pour lever l’impôt, mais il doit se donner tout entier aux affaires de son Église ; sinon, il devra abdiquer l’épiscopat, car le Seigneur a décrété que personne ne peut « servir deux maîtres ».
Nous ne voulons pas qu’un esclave soit promu à la cléricature, sans l’avis de ses maîtres, de crainte qu’ils n’en soient contrariés ; car cela bouleverse la famille. S’il arrive qu’un esclave mérite de gravir la hiérarchie sacerdotale, comme le Seigneur nous l’a montré pour Onésime, et que ses maîtres veuillent l’affranchir, le libérer et lui permettre de quitter leur maison, il pourra être ordonné.
DANS L’ARMÉE. — QUE L’ÉVÊQUE, LE PRÊTRE OU LE DIACRE NE DOIVENT PAS
Celui qui se voue à la milice et veut exercer deux fonctions à la fois, un commandement humain et le sacerdoce, sera déposé. [Le Seigneur] a dit : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, et au roi ce qui est au roi ».
Celui qui méprise, contre toute justice, le roi ou le magistrat, sera puni de déposition, s’il est clerc, et d’excommunication, s’il est laïque.
LV (85). Des livres de l’Ancien et du Nouveau [Testament] reçus dans l’Église§
Ô clercs et laïques ! vous regarderez comme saints et vénérables tous les livres que voici : dans l’Ancien Testament, les cinq livres de Moïse, la Création, l’Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome ; Josué fils de
Noun ; le livre des Juges ; Samuel 60 ; les quatre livres des Rois : le premier et le second formant un seul livre, le troisième et le quatrième formant un autre livre ; les deux livres des Paralipomènes ; Ruth la Moabite ; le premier et le second livre d’Esdras, qui forment un seul livre ; Job ; les Psaumes, au nombre de cent cinquante ; les Proverbes de Salomon ; l’Ecclésiaste, c’est-à-dire le Collectionneur ; le Cantique des cantiques ; les douze petits Prophètes ; Isaïe ; Jérémie ; Daniel ; Ézéchiel ; — et ceux-ci que vos enfants liront avec profit : la Sagesse de Salomon ; Judith ; les trois livres des Machabées ; la Sagesse de Jésus, le docte fils de Sirach. Nos livres composant le Nouveau Testament sont : les quatre Évangiles : Matthieu, Marc, Luc et Jean ; les Actes des Apôtres ; les deux Épîtres de Pierre ; les trois Épîtres de Jean ; l’Épître de Jacques ; l’Épître de Jude ; les quatorze Épîtres de Paul ; l’Apocalypse de Jean.
cf. Funk, Didascalia et Constitutiones, I, p. 590-592.
LVI (sans numéro dans le grec). — RECOMMANDATION DES APÔTRES
AUX ÉVÊQUES ; LEUR BÉNÉDICTION.
Tels sont les commandements que nous vous faisons, ô évêques, touchant les canons. Si vous les observez fidèlement, vous échapperez aux dangers, vous serez sauvés et vous aurez la paix jusqu’à la fin ; si vous ne les agréez pas et refusez de vous y soumettre, vous serez des objets de dérision, vous provoquerez une guerre permanente les uns contre les autres et vous recevrez ensuite le châtiment que vous aurez mérité par votre désobéissance.
« Que Dieu lui-même avec son Fils unique et l’Esprit-Saint, créateur de l’univers, vous établisse tous et chacun dans la paix et vous dispose à toutes les bonnes œuvres61, sans inconstance, sans souillure et sans péché ; qu’il vous rende dignes du séjour de la vie éternelle par son Fils bien-aimé, Jésus
Christ, vrai Dieu et notre Sauveur ! Que par lui et avec lui, gloire soit au Père et à l’Esprit-Saint pour jamais ! Amen. »
Fin des Canons que les Apôtres ont transmis par Clément et qui sont au nombre de cinquante-six. À Notre-Seigneur soit une gloire permanente ! Amen.
