Les Catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem
Procatéchèse, dix-huit catéchèses baptismales et cinq catéchèses mystagogiques
- 01 — Procatéchèse
- 1.1 — Dissertation
- 1.2 — Sur Le Secret
- 1.3 — Pièce Justificative
- 02 — Catéchèse I — *SUR LES DISPOSITIONS AU BAPTÊME, OU INTRODUCTION AU BAPTÊME*
- 03 — Catéchèse II — *SUR LÀ PÉNITENCE OU LA RÉMISSION DES PECHES*
- 04 — Catéchèse III — Dans cette Catéchèse l’orateur établit la dignité du sacrement de baptême, — I, sur…
- 05 — Catéchèse IV — *DES DIX DOGMES*
- 06 — Catéchèse V — *DE LA FOI ET DU SYMBOLE*
- 07 — Catéchèse VI — DE LA MONARCHIE DE DIEU, SUR CES MOTS : Je CTOÎS
- 08 — Catéchèse VII — sur ces mots : En Dieu le Père;
- 09 — Catéchèse VIII — sur ces mots : Le Tout-Puissant
- 10 — Catéchèse IX — sur ces mots : Créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et…
- 11 — Catéchèse X — sur ces mots : En un seul Seigneur Jésus-Christ
- 12 — Catéchèse XI — sur ces mots : Fils unique de Dieu, qui est né du Père vrai Dieu avant tous les…
- 13 — Catéchèse XII — sur ces mots : Qui s est incarné et fait homme
- 13.1 — Dissertation
- 14 — Catéchèse XIII — sur ces mots : // a été crucifié et enseveli
- 15 — Catéchèse XIV — sur ces mots : // est ressuscité le troisième jour, il est monté au ciel, il est assis…
- 16 — Catéchèse XV — sue ces mots : // viendra dans sa gloire juge?* les vivants et les morts, et son règne…
- 17 — Catéchèse XVI — *PREMIER DISCOURS*
- 18 — Catéchèse XVII — *SBGOND DISCOURS*
- 19 — Catéchèse XVIII — sur ces mots : En une sainte Église catholique, en la résurrection de la chair et en la…
- 20 — Catéchèse XIX — première catéchèse mystagogique
- 21 — Catéchèse XX — deuxième catéchèse mystagogique
- 22 — Catéchèse XXI — troisième catéchèse mystagogique
- 23 — Catéchèse XXII — quatrième catéchèse mystagogique
- 24 — Catéchèse XXIII — cinquième catéchèse mystagogique
- 25 — Édition et bibliographie

Les Catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem
Procatéchèse, dix-huit catéchèses baptismales et cinq catéchèses mystagogiques
Saint Cyrille de Jérusalem · 1715 · 1147 min de lecture · 12 vues
DISCOURS PRÉLIMINAIRE ADRESSÉ AUX CATÉCHUMÈNES APPELÉS AU BAPTÊME
Sommaire. Bonheur du nouvel état où vont entrer les fidèles ou catéchumène ! inscrits pour le baptême. Une forte volonté est un signe de vocation. — II. Simon le Magicien fut baptisé, mais sans aucun profit pour lui. Danger de s’insinuer dans l’assemblée des fidèles par pur esprit de curiosité. — III. Celui qui s’était furtivement introduit dans la salle du festin en fut exclus. Jésus-Christ est un juge sévère, mais généreux. — IV. Conduite que doit tenir celui qui s’est introduit par d’ignobles motifs. Ordre qui s’observe dans les assemblées chrétiennes. Pénitence de 40 jours pour se préparer au baptême. — V. Avis à ceux qui s’y présentent par des motifs purement humains. Ils peuvent être sauvés. — VI. Le catéchumène est souvent rebuté par ce qu’on dit de nos mystères qu’il ne comprend pas. Ceux qui sont inscrits pour le baptême prennent le nom de fidèles. — VII. Le baptême ne peut se réitérer. On rebaptise néanmoins les hérétiques et pourquoi ? — VIII. La volonté et la foi sont les dispositions nécessaires au baptême. — IX. Nécessité des exorcismes. Ils sont conçus en termes extraits des Livres saints. Ils purifient l’âme. — X. Utilité des catéchèses. Elles fournissent des armes pour combattre les puissances des ténèbres. — XL II faut les retenir dans leur entier. Différence entre les catéchèses et les homélies. C’est un corps de doctrine. — XII. Secret que le fidèle doit garder sur tout ce qui lui est dit dans le cours des catéchèses. TOM. I. t
XIII. Conduite que les fidèles doivent tenir, en attendant l’heure de l’instruction. — XIV. Les femmes doivent être séparées des hommes. Les vierges doivent être isolées. Règle que tous doivent observer. Explication du mot Samuel. — XV. Excellence du jour de Pâques. Les Anges assistent au baptême. — XVI. Eloge du baptême. C’est un sceau indélébile. Pièges que le démon tend aux fidèles qui s’y préparent. Il faut qu’ils s’arment de foi et d’espérance. Tentations de la part des gentils. — XVII. Dieu peut faire d’un infidèle un fidèle, si celui-ci lui donne son cœur. — XVIII. Encore une observation sur la nécessité du secret.
Lavamini, mundi ettote, auferte malum cogitationum vettrarutn ab oculit mets. Quietcite agere pervertè.
u Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de devant mes yeux la malignité de vos « pensées. Cessez de faire le mal. » (Isaïe, 4-46.)
1. vous sur qui l’Esprit-Saint va jeter les rayons de sa lumière, sur qui il a déjà répandu quelques légers parfums avant-coureurs d’une plus parfaite félicité, qui déjà cueillez par anticipation des fleurs spirituelles, pour en tresser des couronnes incorruptibles et célestes, ô vous enfin, qui venez d’être admis sous le sacré portique, puissiez-vous être bientôt introduits par le roi lui-même dans l’intérieur de son palais (A) ! Nous voici dans la saison des fleurs, les arbres sont riches d’espérance ; puissent les fruits répondre à leurs promesses !
Vous voilà donc appelés sous les drapeaux de Jésus- Christ ; vous avez donné vos noms ; vous êtes enrôlés (B) ; vous avez reçu la lampe des mains de l’époux, c’est-à
PROCATÉCHÈSE. S
dire, ce désir ardent qui vous fait aspirer à la Jérusalem céleste, cette ferme résolution de marcher dans la lumière, cette vive espérance qui affermira vos pas.
C’est avec raison que l’Apôtre a dit que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. (Rom. vin, 28.) Car Dieu est bienfaisant et généreux, mais il attend que chacun manifeste sa bonne volonté. C’est pourquoi il ajoute : De ceux qui sont appelés à la sainteté d’après leur détermination (C). (Ibid.) En effet, une résolution sincère de notre part fait et détermine notre vocation ; car si vous n’êtes ici que corporellement, si vous n’y êtes pas avec une volonté fixe et réelle, votre présence, votre assistance, sont ici fort inutiles.
Simon le Magicien se présenta jadis comme vous aux eaux de la piscine. Il fut baptisé, mais non éclairé (Act. vin, 13) ; son corps fut lavé, mais son cœur ne fut pas régénéré par le Saint-Esprit. Son corps descendit dans la piscine ; mais son âme ne descendit jamais avec Jésus-Christ dans le tombeau, et ne ressuscita pas avec lui. (Rom. vi, ; Coloss. 11, 12.) C’est pour vous préserver d’un pareil sort, que je vous mets sous les yeux ce funeste exemple qui n’est autre chose qu’une figure prophétique du malheur qui menace ceux qui marcheront sur les pas de Simon. Les Livres saints ont enregistré le fait pour ^instruction de ceux qui viennent aujourd’hui se présenter ici. (i Cor. 1, *.) Prenez-y garde ; malheur à celui d’entre vous, qui viendrait ici témérairement mettre à l’épreuVe la grâce de Dieu. Prenez garde qu’une racine amère venant à surgir de la terre ne vous empoisonne. (Heb. xn, u.) Ne dites
pas en entrant ici : « Allons, voyons ce qui se passe » dans l’assemblée des fidèles ; lorsque j’y serai, je « verrai, je saurai ce qu’il en est. »
Malheureux ! vous voulez voir ! Eh ! croyez-vous que vous ne serez pas vu ? Croyez-vous que, tandis que vous serez ici occupé à épier, à observer ce qui se passera au milieu de nous, Dieu de son côté ne vous éjpiera pas, ne vous observera pas, ne scrutera pas à son tour votre cœur ?
III, Un indiscret, dit l’Évangile (Matth. xxn, is) s’était furtivement introduit dans un festin de noces, sans daigner se revêtir de la robe nuptiale. Il fut admis ; il prit place et part au festin, sans opposition du côté de l’époux. Ce téméraire eût dû néanmoins comprendre qu’il était indécent de se présenter avec un extérieur qui contrastait d’une manière si choquante avec celui des autres convives, et qui manifestait infailliblement le but perfide qui l’amenait. Mais l’époux était aussi clairvoyant que généreux ; abordant tour à tour chaque convive, il examina bien moins l’ordre du service que les vêtements d’un chacun. Venant ensuite à cet étranger qui avait dédaigné de se revêtir de la robe nuptiale, il lui dit : « Mon ami, comment êtes-vous » entré ici ? Quelle robe portez-vous ? De quelle cou- « leur est-elle ? Quel a été votre dessein en entrant ici ? « Le portier, il est vrai, ne vous a fait aucun affront, » parce qu’il connaît la générosité dû maître de la maici son. Avant d’entrer vousjignoriez, je veux le croire, » de quelle rigueur devait être la mise décente de tous « les conviés. Mais, en entrant, n’aVez-vous pas été
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« frappé de l’éclatante propreté qui régnait autour de • » vous et sur toutes les personnes qui faisaient partie « de l’assemblée ? Ne vous disait-elle pas que pour sor- » tir d’ici avec honneur, il fallait y être entré avec dé- « cence et respect ? Ne deviez-vous pas vous attendre, en » venant ici braver toutes les lois de la civilité, à être « expulsé avec ignominie ? Puis se tournant vers ses » serviteurs, il leur dit : Liez les pieds à cet homme, « puisqu’il a été assez téméraire pour franchir le seuil » de la porte ; liez-lw les mains, puisqu’il n’a pas su « s’en servir, pour mettre de la décence sur sa personne. « Jetez-le hors d’ici, jetez~lc dans les ténèbres extérieu- » resy car il est indigne de porter le flambeau nuptial. » IV, Voilà le sort dont fut frappé ce téméraire. Qu’il vous serve d’exemple ; songez à vous. Quant à nous, ministres de Jésus-Christ, nous admettons quiconque se présente. Gomme des portiers, nous ouvrons la porte indistinctement à tous. Vous étiez donc libres ; vous avçz pu entrer avec une âme souillée de péchés, avec des intentions dépravées et perverses. Vous voilà ; vous êtes entrés ; vous êtes inscrits, parce qu’on vous a crus dignes d’être admis. Mais regardez autour de vous ; considères l’admirable décence qui règne dans cette auguste enceinte ; voyez l’ordre et la discipline qui s’y observent ; écoutez, prêtez l’oreille aux saintes Écritures ; considérez ceux qui composent cette assemblée ; observez l’ordre et la méthode que nous mettons dans notre enseignement ; baissez les yeux dans ce lieu saint ; instruisez-vous à la vue de tout ce qui vous entoure. Mais, croyez-moi, sortez maintenant, sortez, il en est temps
encore ; vous reviendrez demain ; vous reviendrez dans un temps plus propice. Si votre âme est atteinte d’une sordide avarice, allez la purifier ; allez changer de vêtement. Est-elle noircie des feux, de l’impudicité ? sortez, allez vous revêtir de la robe éclatante de la chasteté. Quant à moi, je vous en préviens, je vous en avertis avant que Jésus-Christ, l’époux des âmes, n’entre au milieu de nous, avant qu’il ne s’aperçoive de vos souillures. Un temps assez long vous est accordé. Quarante jours vous sont encore donnés pour faire pénitence, pour vous dépouiller de vos sales vêtements, pour vous revêtir, et revenir ensuite. Mais si vous persistez dans vos dispositions perverses, je serai innocent, moi qui vous avertis ; et vous, n’espérez recueillir et emporter d’ici aucun fruit. Sans doute, vous descendrez dans la piscine ; mais l’Esprit-Saint n’y descendra pas avec vous. C’est pourquoi, je le répète, si quelqu’un se sent blessé, qu’il recoure de suite au topique qui lui est offert ; si quelqu’un parmi vous a fait une chute, qu’il se relève sans délai. Fasse le ciel que le Seigneur ne rencontre parmi vous aucun Simon, qu’il ne découvre en vous aucune hypocrisie, aucun esprit de curiosité !
(D) D’autres motifs peuvent encore vous amener ici. C’est peut-être un mari qui ne veut pas déplaire à son épouse ; peut-être est-ce une femme qui ne vient ici qu’à l’instigation de son mari, un serviteur qui ne se présente que par ordre de ses maîtres, un ami qui ne veut pas contrister un ami. Quant à moi, peu m’im ? porte ; je prends tout ce qui est ù l’hameçon ; je vous prends, vous-même, vous qui ne vous présentez ici que
par des motifs grossiers et terrestres ; je vous prends, parce que j’ai l’espoir de vous sauver. Vous ignoriez peut-être où vous veniez et dans quels filets vous vous jetiez. Eh bien, apprenez que ce sont ceux de l’Église. Puissiez-vous, pour ne pas périr, y tomber tout vifs ! Ne vous débattez pas ; car c’est Jésus-Christ lui-même qui a préparé l’amorce,- non pas pour vous donner la mort, mais pour vous rendre à la vie par la mort. Car il faut avec lui et mourir et ressusciter. Vous avez entendu ces paroles de l’Apôtre : Jfin qu’étant morts au péché nous vivions à la justice. (Rom. vi, 11 ; * Petr. 11, 24.) Mourez donc au péché et vivez à la justice ; vivez-y dès aujourd’hui.
Considérez de quelle grâce et de quelle faveur Jésus-Christ vous comble en ce jour. Hier vous n’étiez encore que catéchumènes ; hors de l’Église vous n’entendiez que des sons vides de sens (E). L’espérance seule vous soutenait ; vous ne voyiez rien, vous prêtiez l’oreille, et vous ne compreniez rien ; vous entendiez parler de mystères, et ces mystères étaient inaccessibles à votre intelligence. Vous écoutiez la lecture des Livres saints, et vous ne pouviez en sonder la profondeur. Mais aujourd’hui ce n’est plus un vain son de paroles qui viendra frapper vos orfcilles. Nos mystères iront se faire entendre et retentir au fond de votre cœur ; aujourd’hui l’Esprit-Saint s’abaissera et se reposera sur vous ; il viendra bientôt fixer sa demeure dans votre âme. C’est alors qu’en écoutant la lecture des Livres saints qui contiennent nos mystères, vous compren* drez ce qui a jusqu’ici surpassé votre intelligence.
Ne croyez pas que ce soit ici pour vous une affaire de légère importance. Tout misérable homme que vous soyez, dès aujourd’hui vous êtes honoré d’un surnom de Dieu. Dieu est fidèle, dit l’Apôtre (i Cor. i, 9) ; Dieu est fidèle et juste, est-il encore dit ailleurs. (Deuter. xxxn, 4; 4 Joan. 1, 9.) C’est à ce surnom que Dieu devait un jour imposer aux hommes que le Roi- Prophète faisait allusion en ces termes : Pour moi je l’ai dit : Fous êtes des Dieux, vous tous les enfants du Très-Haut. (Ps. lxxxi, e.)
Mais, mes Frères, prenez garde qu’il n’y ait en vous de fidèle que votre vocation, et que vous n’y soyez infidèles de propos délibéré. Vous êtes entrés dans la lice ; poursuivez, achevez votre carrière. D’autres temps ne vous seront pas donnés pour la finir.
Si vous étiez à la veille de célébrer des noces, ne laisseriez-vous pas de côté toute affaire, pour ne vous occuper que des préparatifs du festin ? Eh bien, sur le point de vous sanctifier, c’est-à-dire, de donner votre âme au céleste Époux, ne ferez-vous pas trêve avec les embarras du siècle pour faire la conquête des biens spirituels ?
VIL (F) Songez-y bien ; on ne rentre ni deux ni trois fois dans la piscine sacrée. S’il en était ainsi, on pourrait peut-être se dire à soi-même : Ce que je n’obtiendrai pas aujourd’hui, je l’obtiendrai demain. Mais non, ce qui est fait est fait. Le mal ne peut ici se réparer. Car, comme il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a aussi qu’un baptême. On ne rebaptise les hérétiques que parce que leur baptême a été nul.
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VllU Mais au reste qu’est-ce que Dieu exige de nous ? Rien autre qu’une bonne volonté ; et ne demandez pas : Comment mes péchés seront-ils remis (G) ? Je vous le dis ; ils seront effacés par cela seul que vous aurez voulu et que vous aurez cru. Ainsi, rien n’est plus facile. Mais si vos lèvres disent, Oui, et si votre cœur dit, Non ^ vous serez aussitôt jugé par le scrutateur des cœurs. Faites donc de suite, dès aujourd’hui, rupture, divorce avec le péché ; qu’aucune parole désbonnête ne vienne désormais souiller votre langue, que votre œil se ferme au péché, que les futilités du siècle perdent désormais leur empire sur votre esprit.
Venez assidûment à nos instructions, soumettezvous avec empressement aux exorcismes, lors même que vous les auriez déjà subis (H). Songez qu’ils vous sont très-salutaires ; car de même que l’or natif est toujours dans un état quelconque d’impureté ou mélangé avec des métaux inférieurs, tels que le cuivre, l’étain, le fer, le plomb, de même que cet or,ne sera jamais pur tel que nous le désirons, si le feu ne vient à le dégager de tous les corps qui lui sont étrangers, ainsi votre âme ne pourra jamais se purifier qu’en passant plusieurs fois à travers le feu des exorcismes. Leur source est divine ; car ils sont-extraits dçs Livres saints. Tandis qu’on les faisait sur vous, votre visage était voilé ^ pour que votre esprit fût en repos, que votre oeil ne s’éga* rât pas, et que votre âme ne fût pas distraite. Car, lorsque l’œil est fermé, l’oreille ne per^ rien de ce qu’on lui confiç.
De même qu’un babile orfèvre arrive à son but en
dirigeant sur son ouvrage Faction du feu à l’aide du chalumeau, ou le jeu des soufflets sur le fourneau qui contient son métal, de même l’exorciste par l’opératipn du Saint-Esprit imprime dans notre âme la crainte et la travaille dans notre corps comme For dans un creuset. C’est alors que le démon prend la fuite. Quel est le résultat de cette opération ? c’est le salut, c’est l’espoir de la vie éternelle. Et c’est ainsi que notre âme purifiée de ses péchés obtient le salut après lequel elle a tant soupiré. Ah ! mes Frères, ne perdons pas cet espoir ; livrons-nous-y tout entiers ; espérons que le Dieu suprême, voyant la pureté de nos intentions, nous purifiera de nos fautes, nous animera constamment d’une sainte confiance, nous inspirera les sentiments salutaires de la pénitence. Dieu a fait son appel, et vous êtes du nombre de ceux qu’il a appelés.
Quelque longues que puissent vous paraître nos instructions, ne vous découragez pas. Écoutez-les jusqu’au bout. On va vous fournir des armes contre les puissances ennemies ; on vous armera contre les juifs, les samaritains, les hérétiques et les gentils (l). Vos ennemis sont nombreux, il vous faut une ample provision de traits ; il vous faut apprendre à manier les armes qu’on va vous mettre en main, la manière de percer d’outre en outre le gentil, de terrasser l’hérétique, lé juif et le samaritain. Toutes ces armes sont aiguisées, sont fourbies à l’épreuve ; mais la plus subtile de toutes, c’est le glaive de l’Esprit-Saint. Au reste, pour combattre sous les drapeaux du Christ les puissances de l’enfer, pour sortir vainqueur des pièges de Phé
résie, il ne faut qu’un bras soutenu d’une forte volonté.
Voici encore un avis important que j’ai à vous donner. Écoutez attentivement tout ce qu’on vous dira, et retenez-le soigneusement. Les instructions qu’on va vous faire n’ont rien de commun avec les homélies, quelque bonnes, quelque utiles qu’elles soient. Car, si dans une homélie nous oublions une chose, nous pouvons l’apprendre le lendemain. Mais si vous ne prêtez pas une oreille attentive à ce que nous vous dirons par ordre de matière sur ce qui concerne les eaux de la régénération, quand réparerez-vous le temps perdu ? Songez que voici la saison de planter les arbres, et que si nous ne creusons pas le terrain aujourd’hui, si nous ne faisons pas des fosses profondes, comment répareronsnous une mauvaise plantation ? Songez qu’une catéchèse est un édifice. Si nous ne jetons pas de profondes et solides fondations, si toutes les parties ne sont pas régulièrement liées entre elles, de manière à ne présenter ni lacunes ni fissures, tout notre travail menacera ruine et finira par écrouler.
Le mérite de l’ouvrage consiste donc à placer régulièrement pierres sur pierres, à coordonner et lier entre eux les angles, à les régulariser et à écarter tout ce qui est superflu. Telle est la méthode qu’on suit pour amener une construction à son état de perfection. Telle est celle aussi que nous suivrons dans l’emploi des matériaux que nous préparons pour nos instructions.
Il faut^ d’abord apprendre ce que c’est que le Dieu vivant, ce que c’est que le jugement, puis connaître
Jésus-Christ et la résurrection. Beaucoup d’autres choses viendront ensuite se placer naturellement dans ce cadre. Et ce que nous n’aurons fait d’abord qu’ébaucher par-ci par-là, trouvera sa. place ensuite pour n’en former qu’un tout.
Si de tout ce que nous vous dirons vous ne vous faites pas à vous-mêmes un seul et même corps de doctrine, si vous ne retenez pas également les premières leçons comme les dernières, l’architecte aura beau concevoir et construire même un solide édifice, il ne vous restera dans la tête qu’un amas de matériaux informes et caducs.
Si pendant le cours de ces catéchèses un catéchumène vous demande le sujet et la matière de nos instructions, gardez-vous de lui en parler. Ce sont des mystères que nous allons vous révéler ; c’est l’espérance du siècle futur que nous allons faire luire dans votre âme. Gardez le secret à celui qui marche derrière vous, la récompense à la main (K). N’écoutez pas celui qui vous dira : Quel mal y aurait-il quand je le saurais ? Les malades demandent souvent du vin hors de propos, et une condescendance intempestive serait souvent la cause d’une phrénésie. De là résultent deux maux : le malade succombe, et le médecin est perdu de réputation. Il en est de même du catéchumène ; si un fidèle lui révèle inconsidérément les mystères, la phrénésie devient son partage. Ne comprenant pas ce qui lui a été dit, il critique, il censure, il raille, il blâme ce qu’il ignore, il tourne en dérision ce dont il n’a qjj’une idée superficielle.
Le fidèle, de son côté, est jugé, condatané, méprisé comme un traître. Vous donc qui êtes ici dans un état mitoyen, gardez-vous de rien divulguer, non pas que ce que vous apprendrez soit peu digne d’être raconté, mais c’est que les oreilles ne sont pas dignes d’entendre. Vous avez aussi été catéchumènes, et je ne vous soulevais pas le voile qui couvre nos mystères. Quand l’expérience vous en aura fait connaître la sublimité /vous comprendrez alors combien ils sont au-dessus de l’intelligence d’un simple catéchumène.
Vous tous qui avez ici donné vos noms, vous êtes tous ici les fils et les filles d’une même mère. En attendant l’heure des exorcismes, que chacun de vous récite les prières que sa dévotion lui suggérera. Si un d’entre vous est absent, qu’un autre aille le chercher. Si vous étiez invité à un festin, vous ne vous mettriez pas à table avant l’arrivée des autres conviés. Si vous aviez im frère, ne chercheriez-vous pas à le faire participer au même bonheur que vous ?
Au reste, modérez votre curiosité sur les choses d’icibas ; ne vous informez pas de ce qui se passe dans la ville ou dans les faubourgs ; ne vous inquiétez pas de ce que fait l’empereur, l’Evêque, le pasteur ou le prêtre, ni de ce qui se passe ici-bas. Levez les yeux vers le ciel, voilà ce qui doit maintenant vous occuper. Rentrez dans le repos, a dit le Seigneur, et apprenez que c’est moi qui suis Dieu. (Ps. xuv, 44.) Si vous voyez parmi vous des fidèles calmes dans leurs services et dans leurs oeuvres, c’est qu’ils sont en sûreté ; ils savent apprécier les dons qu’ils ont reçus, et ils travaillent à les conser
ver. Pour vous, vous êtes encore incertains si vous les recevrez ou si vous ne les recevrez pas. C’est pourquoi ne prenez pas exemple sur eux ; laissez-vous plutôt dominer par la crainte.
Quand le moment des exorcismes sera venu (L), en attendant que tous ceux qui doivent être exorcisés se soient rendus à l’assemblée, les hommes se réuniront aux hommes et les femmes avec les femmes.
Je dois ici vous rappeler l’arche qui renfermait Noé, son épouse, ses fils et leurs femmes. Or, cette arche ne formait qu’un seul et unique bâtiment où les différents sexes se trouvaient réunis. La porte en était fermée. Cependant la décence y était rigoureusement observée. Que signifiait cette arche ? C’était la figure de l’Église ; comme l’arche, elle est fermée, et vous êtes dedans, mais séparés, les hommes avec les hommes, les femmes avec les femmes, pour qu’un moyen de salut ne soit pas une occasion de perdition. Car, si c’est une louable habitude de se prévenir les uns les autres, nous devons néanmoins écarter d’ici tout ce qui peut être un aliment aux passions (M).
Les hommes seront assis tenant en mains un livre de piété. Un lira, un autre écoutera. Si l’on n’a pas de livres, l’un priera, l’autre se livrera à des pensées pieuses.
Quant aux vierges, il faudra dans leur réunion ou qu’elles chantent, ou qu’elles prient, ou qu’elles lisent, mais à voix basse de manière à ce que personne ne les entende. Car, dit l’Apôtre, /e ne permets pas que la femme parle à V Église. (2 Cor. xiv, 3 k ; \ Tim. 11, \ \.)
La femme mariée observera la même conduite. A
l’exemple de Anne, mère de Samuel, elle ne doit que remuer les lèvres en priant, si elle veut que son âme jusqu’alors stérile donne naissance à Samuel, c’est-àdire, au salut de Dieu ; car tel est le sens littéral du mot Samuel.
J’observerai l’attention, l’assiduité que chaque homme apportera à nos instructions, le recueillement de chaque femme en particulier. Faites en sorte que vos âmes s’embrasent de piété, qu’elles se reforgent comme sur l’enclume, qu’elles se retrempent, qu’elles se dé- % pouillent de toutes les scories de l’idolâtrie, qu’elles recouvrent toute leur pureté, qu’elles se dérouillent pour reprenne comme l’acier tout leur éclat. Plût à Dieu qu’il daignât vous introduire dans cette nuit où les ténèbres ne différeront en rien au plus beau jour ! C’est alors que se réaliseront ces paroles du Psalmiste : Les ténèbres cesseront d’être ténèbres devant vous, et la nuit le disputera au jour en éclat. (Ps. cxxxvm, 12.) Plût à Dieu que les portes du ciel s’ouvrissent pour chacun de vous, qu’il respirât le parfum de ces eaux qui portent le Christ avec elles, que vous entendissiez sa voix et que vous devinssiez participants de cette énergie que demande le service de Dieu ! <
Ouvrez maintenant les yeux à la lumière -, représentez-vous les chœurs des Anges, au-dessus le Seigneur, le Dieu suprême de cet univers ; jetez les yeux sur son Fils unique assis à sa droite, sur le Saint-Esprit toujours assistant, sur les Thrônes, les Dominations ministres de la volonté divine, et vous verrez la place qui est réservée à chacun de vous.
C’est alors que retentiront à vos oreilles ces paroles consolatrices dont les Anges vous accueilleront : Bienheureux ceux dont les iniquités sont remises, et dont les péchés sont couverts. (Ps. xxxi, 4.) Brillants et éclatants de corps et d’âme, vous serez admis comme des astres dans le sein de l’Église.
Oh ! que le baptême auquel vous aspirez est grand. et sublime ! c’est la rançon de l’esclavage ; c’est la rémission des iniquités ; c’est la mort du péché ; c’est <la régénération de l’âme ; c’est le vêtement lumineux de l’innocence ; c’est le sceau indélébile de la sainteté ; c’est le char d’Élie qui nous porte vers les cieux ; c’est les délices du ciel ; c’est la réconciliation du ciel avec la terre ; c’est le gage de l’adoption des enfants de Dieu (N). Mais le dragon est en embuscade pour observer ceux qui se dirigent vers ce but. Tenez-vous en garde contre le poison de l’infidélité. Au milieu de tant d’âmes qui vont être sauvées, il cherche une proie à dévorer. (* Pet. v, s.) Vous dirigez vos pas vers le Père des intelligences (Heb. xii, 9 ) ; mais vous passerez en face et sous les yeux du dragon. Comment ferez-vous pour éviter ce péril ? Suivez le conseil de l’Apôtre : Chaussez-vous, pour être prêts à marcher dans la voie de V Évangile de paix. (Eph. vi, i 5.) Chaussez-vous, pour vous garantir, sinon de sa morsure, du moins de sa blessure ; armezvous d’une foi intérieure et d’une vive espérance. Que votre chaussure soit forte et solide, pour qu’eft dépit de l’ennemi qui vous barrera le chemin, vous puissiez arriver jusqu’au Seigneur.
Disposez votre cœur aux instructions qui vous seront
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faites, lors de la participation aux saints mystères. Demandez souvent à Dieu qu’il vous rende digne des mystères célestes et éternels. Travaillez-y vous-même nuit et' jour ; et du moment que vos paupières seront affranchies du sommeil, livrez-vous à l’oraison. Si quelque pensée honteuse vient à s’élever dans votre esprit, recourez aussitôt à celle du jugement dernier ; occupez votre es« prit de ce que vous avez appris, pour détourner ces images fatigantes.
Si vous entendez un railleur qui vous dise : Où allezvous donc ? Allez-vous vous jeter à l’eau ? Est-ce que la ville n’a plus de bains ? Reconnaissez à ce trait de raillerie le piège que vous tend le dragon de la mer. (Ezech. xxxn, 2.) Ne prêtez aucune attention à tous ces propos, et ne laissez pas distraire votre esprit de la pensée de Dieu qui opère en vous. Tenez-vous sur vos gardes, pour ne pas être surpris, pour que toujours soutenu par l’espérance, vous puissiez entrer en héri-. tage de la vie éternelle.
C’est comme homme que nous vous donnons ici ces avis et ces instructions, mais faites en sorte que nous ne bâtissions pas avec du foin, de la paille et du jonc 9 et que lorsque notre travail ^subira V épreuve du feu y la perte n’en retombe pas sur nous ; mais élevez sur ces fondements que nous jetons, un édifice d’or, d’argent et de pierres précieuses. (1 Cor. m, \ 2 et seq.)
C’est à moi de vous avertir, c’est ù vous d’agir, c’est à Dieu de mettre la dernière main. Ramassons toutes les forces de notre esprit, mettons toute notre âme en contention, travaillons à préparer noire cœur. Car, c’est
pour le salut de notre âme que nous allons combattre ; c’est pour elle que nous aspirons aux biens éternels. Dieu qui connaît vos cœurs, connaît celui d’entre vous qui est sincère ; mais il est tout-puissant ; il peut conserver et maintenir intacte la sincérité de l’un et changer la dissimulation de l’autre en fidélité. Dieu peut rendre fidèle celui qui est infidèle, pourvu qu’il lui livre son cœur. Priez-le d’anéantir les titres de créance qu’il a sur vous (Coloss. n, i*) d’oublier tout le passé, et de vous admettre dans son Église, de vous revêtir de^ armes de sa justice, de vous aggréger à sa milice, de vous combler des biens attachés à sa nouvelle alliance, de vous marquer pour l’éternité du sceau indélébile du Saint-Esprit dans Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui est la gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Avis aux notaires (O). Ne mettez ces Catéchèses qu’entre les mains des fidèles baptisés et de ceux qui sont appelés au baptême. Gardez-vous de les communiquer aux catéchumènes et à ceux qui sont étrangers à la religion. Autrement vous en répondrez devant Dieu. Si vous en faites une copie, faites-la comme en la présence de Dieu.
Dissertation§
Sur Le Secret§
On comprenait jadis, sous le nom de mystères, une chose, un acte qui couvrait sous le voile du serment des doctrines au-dessus de l’intelligence humaine ou des préjugés du vulgaire, qui ne pouvaient trouver accès dans l’esprit du commun des hommes qu’à la suite de longues instructions. Tels étaient les mystères de Pythagore, d’Isis en Égypte, des gymnosophistes chez les Indiens, d’Eleusis, de Cérès à Athènes. Ce mot vient du grec ^iw, se taire ; de là le latin mutus, muet.
Nous donnons aujourd’hui avec les Grecs le nom de mystères aux dogmes du christianisme qui surpassent l’intelligence humaine, mais qui exigent du chrétien une adhésion pleine et entière de sa foi. Nous appelons aussi sacrements, les sept mystères (comme disent les Grecs) qu’on ne faisait connaître aux baptisés que sous la foi du serment, *acraifyentum. Les Pères latins, dit Bossuet, appellent souvent le mystère de l’incarnation, sacrement de l’incarnation, ainsi des autres. (Hist. des Far. liv. îv, chap. 10.)
DISSERTATION
A en juger par certains monuments que les ruines des antiquités païennes nous ont légués, tels que les poésies de Pindare, d’Orphée, de Musée, de Phocylide, les entretiens de Mercure Trismégiste ou le Poemandre, dans les mystères du paganisme on ne découvrait qu’à ceux qui, après de longues épreuves, avaient été jugés dignes d’être initiés, les vérités patriarchales, vérités qui contrastaient d’une manière absolue avec la mythologie vulgaire, telles que l’unité de Dieu, Y immortalité de l’âme, un jugement, un ciel, un enferme dis plus, la résurrection des morts, qu’on finissait par découvrir aux yeux des initiés (1). Les mystagogues faisaient communément subir de longues épreuves à leurs adeptes, avant de les introduire dans ce qu’ils appelaient le sanctuaire de la vérité. C’est dans ces épreuves qui n’offraient que des allégories obscènes, bouffonnes, impertinentes, que s’arrêtait le plus souvent le commun des initiés. C’était à travers les égouts de la débauche etde la crapule que ces hiérophantes conduisaient les hommes sur le chemin, disaient-ils, de la vérité. Nous avons dit qu’ils faisaient communément subir de longues et multiples épreuves ; mais ce n’était pas toujours ; le pré tendu sanctuaire de la vérité, soit en Égypte, soit en Grèce, ne s’ouvrait qu’à force d’argent. Car quiconque voulait payer de suite et comptant les mystagogues et les hiérophantes, il franchissait ton les grades et toutes les épreuves, et arrivait de plein saut à la lumière (2).
(1) Voyez le poème de Phocylide : "Sovôénxov, que nous citerons ci-après.
(2) Voyez les Recherches philosophiques sur les Égyptiens et les
SUR LE SECRET. 31
Outre les documents que les poètes nous ont laissés, qui étaient autant de livres mystérieux, que les seuls parfaits élus avaient entre les mains et qu’ils ne pouvaient communiquer à aucun profane, nous en avons encore d’autres que le christianisme a forcés de paraître, soit parce que les initiés se convertissant au christianisme ne gardaient plus le secret, soit parce que les philosophes païens,tels que Jamblique (1), Apulée (2) et Porphyre (3), le regardant désormais comme inutile, ne s’y croyaient plus obligés.
Car c’est une chose digne de remarque, qu’avant Jésus-Christ nous ne trouvons aucun auteur profane qui ait écrit ouvertement et franchement sur les mystères. Gcéron dans son livre de Nature Deorum, s’arrête à chaque instant ; on voit que la loi du secret lui ferme la bouche. C’est aux auteurs chrétiens que nous sommes redevables des documents les plus solides« S. Clément d’Alexandrie dans son Exhortation aux gentils, ne nous a laissé là-dessus rien à désirer. • Il compte neuf espèces de loges mystiques ou mystères.
Chinois. (T.'n, pag. 152. Mem sur les Grecs,3e part. sect. vm, §5.) On peut en dire autant de nos loges maçonniques ou illuminées. Personne n’ignore qu’on y subit des épreuves plus ou moins facétieuses, qu’on y franchit les grades avec plus ou moins de rapidité, suivant le plus ou le moins d’argent qu’on donne.
(2) Livre II, Métamorph. de l’Âne d’or,
(3) Lettre de Porphyre swr les Mystères des Égyptiens. Oxford,
DISSERTATION
Ceux de Cérès, ceux de Dracon, ceux d’Eleusis, étaient dans la Grèce les trois plus célèbres, et qui constituaient le revenu le plus considérable de la république d’Athènes, et des prêtres qui seuls les exploitaient. A côté de ces trois loges mystiques on en comptait en divers lieux de la Grèce d’autres qui étaient plus ou moins renommées, où le prince du mensonge tenait ses séances solennelles. Elles étaient connues sous le nom de mystères Isthmiques, Némiques, Phrygiens, Pythiques, Sabaziens ou Bachiques, enfin Fénériens. Chez nos pères, les Druides cachés dans le fond des forêts étaient peu communicatife, dit Jules-César,' et bien loin de révéler leurs mystères à des étrangers, ils les cachaient même aux Gaulois. Chacun de ces mystères avait son symbole. Nous allons expliquer ce que l’on entendait par symbole*
Dans le sens propre ce mot signifie l’argent que chacun paye au prorata de la dépense commune faite dans un cabaret. C’est en langue vulgaire ce qu’on appelle payer son êcot. ztyMov, simul conjectum. Dans le sens figuré, c’est un mot de ralliement fait pour se réconnaître entre gens de même profession, de même société. C’est le mot d’ordre à l’aide duquel les soldats se garantissent, de toute surprise ; c’est un mot que je dis, auquel un autre doit donner suite. Ainsi, voici le symbole que les initiés aux mystères d’Eleusis avaient entre eux : Jejunavi (j’ai jeûné) l’autre répondait : Potum confectum bibi (j’ai bu une boisson préparée) ; un troisième ajoutait : Ex cistâ accepi (j’ai pris de la caisse) ; un quatrième, Postquam finivi, deposui in cala
SUR LE SECRET. 33
thum (après avoir fini j’ai mis dans la coupe) ; un cinquième ajoutait : Ex calatho in cistam (de la coupe dans la corbeille). (S. Clément, Protrepticon, p. 18.)
Voici sur les mystères de Cérès ce que nous a transrois Julius Firmicus. Ces initiés portaient suspendus à leur col des cymbales ou des tambours qu’ils frappaient ; l’un disait : & tû/xttocvou €4êp<uxa,un autre répondait : & xû/6aAou nénuxK, un troisième ajoutait : y*>v« pùçixos. C’est-à-dire, J’ai mangé du tambour, — [Et moi des cymbales, — Je suis devenu mystique ou initié, voué au secret. Outre ces paroles symboliques il y avait encore des caractères et des figures symboliques dont toutes les sciences, tous les arts, toutes les religions se servaient comme de signes symboliques, à l’aide desquels les initiés se reconnaissaient, se parlaient, se comprenaient, se communiquaient et propageaient leurs idées, leurs sciences sous le sceau du secret et de la religion. C’est de l’Égypte que les Grecs ont tiré leurs sciences et leurs mystères.
On dit qu’Hipparque disciple de Pythagore, accusé d’avoir écrit en caractères vulgaires ce qu’on appelle les décrets de Pythagore, fut chassé honteusement de l’École, et qu’on lui érigea un cénotaphe comme s’il eût été mort, avec son épitaphe. (Foy. Clem. d’Alexand« Strom., liv. v.) (Foy. la lettre de Platon à Denys de Syracuse, p. 641. Théodor., serm. h, 22.)
Nous lisons dans Macrobe ces paroles dignes de remarque :
« Mais comme ils (les pythagoriciens) savent que la » nature répugne à se montrer à découvert, qu’elle se To:tr. 1. y 3
DISSERTATION
« dérobe sous diverses enveloppes à l’intelligence du » commun des hommes, ils en couvrent les mystères « du voile des figures, pour ne la pas mettre, même » sous les yeux de leurs adeptes, dans un état de nu- « dite complète. Ils n’en découvrent le vrai secret a qu’aux sommités de leur secte, qu’à ceux dont la sa- » gesse est éprouvée. Numénius, de tous ces philoso- « phes le plus curieux des secrets de la nature, fut » averti en songe qu’il s’était attiré la colère des Dieux, a parce qu’il avait mis au jour le sens allégorique des « mystères d’Eleusis. Les déesses Eleusines lui appâte rurent vêtues comme des prostituées, jouant et folâ- » trant devant une maison de débauche. Surpris de m cette indécence, comme il en demanda la cause, il lui « fiit répondu qu’elles étaient irritées de ce qu’il les » avait arrachées de force, du sanctuaire de leur pudi- « cité, et les avait livrées, comme des prostituées, à » la risée et au mépris des passants. » ( Songe de Scipion, liv. i, cap. 2 in fine.)
Le philosophe d’Alexandrie, après nous avoir donné jusqu’au mot d’ordre ou symbole des initiés, après en avoir révélé toutes les infamies, toutes les absurdités, après avoir montré que les figures mystérieuses qu’on exposait dans les processions, n’étaient que des puérilités ou des obscénités ; telles, par exemple, que celles que Ton portait dans les mystères de Cérès, dans des corbeilles qui ne contenaient que du blé d’Inde, des pelotons, des gâteaux, des peignes et des figures que la décence ne permet pas de nommer, S. Clément dit ensuite aux gentils : « Venez, je vous montrerai les
SUR LE SECRET. 35
« mystères du Verbe ; je vous les exposerai sous la figure » des vôtres. C’est ici qu’il y a une montagne agréable « à Dieu, couverte d’un ombrage céleste. Les bacchantes » ici sont des vierges pures qui y célèbrent les orgies (1) « du Verbe divin ; ce ne sont pas des ménades frappées » de la foudre, qui dévorent des viandes crues (2). « Ces vierges saintes font des chœurs, chantent des « Péans (3) en l’honneur du Roi de l’univers, de » concert avec les justes ; les esprits célestes le glori- » fient, les prophètes le proclament ; l’harmonie pré- « side à cette heureuse réunion. Tous ceux qui y sont » invités se hâtent de s’y rendre. O vieillard ! ô Tire- « siasî crois-moi, hâte-toi de te mettre en route. Le « Christ répandra sur toi une lumière plus vive, plus » éclatante que celle du soleil ; c’est lui qui décille les » yeux aux aveugles. Il n’y aura pour toi plus de té
(1) C’est par abus, dit Servius, qu’on a exclusivement donné le nom à' orgies aux fêtes de Bacchus. Car les Grecs donnaient indifféremment ce nom à toutes sortes de fêtes. Les uns le dérivent du mol opy-fi, fureur ; d’autres de épos, montagne, parce que c’était sur les montagnes que se célébraient les sacrifices. Le mot d’orgies est souvent employé pour celui de mystères en général. C’est ainsi que Synesius a dit : Ta ytAoaof tes 8py ta. Les mystères de la philosophie. Lucien a dit aussi : Tà'/xèv Spyia aiun&v <x\tov r&v oc/xuVjtwv evexa. Il
convient de se taire sur les orgies, ou mystères, à cause des profanes.
(2) Les initiés aux mystères de Bacchus mangeaient à pleines mains des viandes crues et toutes sanglantes, en mémoire de la mort de Bacchus que les Ménades avaient tué, déchiré et dévoré.
(3) Les Péans étaient des hymnes qu’on chantait à l’honneur d’Âpol* Ion dans les fêtes ou mystères Pythiques.
DISSERTATION
« nèbres ; le feu, la mort, n’auront plus rien qui t’épou- » vante. Vieillard, tu verras les cieux, toi qui ne vois
« pas Thèbes O mystères adorables ! ô pure lu
« mière ! les flambeaux éclairent mes pas ; je vois le » ciel, je vois Dieu, je suis saint ; me voilà initié. Le « Seigneur est lui-même mon mystagogue, c’est lui » qui me marque de son signe. Voilà nos mystères, « voilà nos bacchanales. » (Clem. Alex. Protrepticon, in fine, pag* 82, 83,)
Pourquoi ce langage mystérieux ? c’est ce que la suite de cette discussion nous apprendra.
Nous venons de voir les mystères dans le paganisme. Nous aurions peut-être dû les avoir d’abord observés dans la nation juive. Car ce n’est point des païens, comme l’ont voulu dire les historiens protestants et socinièns (1), et quelques-uns de leurs échos parmi ces hommes qui, depuis plus d’un siècle, salissent et prostituent le nom de philosophes ; ce n’est point, dis-je, des païens que les chrétiens ont emprunté la loi du secret ; ce n’est pas des juifs non plus, comme nous le verrons bientôt ; mais c’est de la nécessité elle-même que la so
(1) Le profond respect, dit Mosheim, que l’on avait pour les mystères du paganisme, la sainteté extraordinaire qu’on ieur attribuait, furent pour les chrétiens un motif de donner un air mystérieux à leur religion, poux qu’elle ne le cédât pas en dignité à celle des gentils. Pour cet effet ils donnèrent le nom de mystères à leurs institutions, particulièrement à l’Évangile. Ils employèrent dans Cette cérémonie et dans celle du baptême plusieurs termes, plusieurs rits usités dans les mystères du paganisme. Cet abus commença dans l’Orient, surtout en Égypte, et les chrétiens de l’Occident l’adoptèrent ensuite. (Mosheim, Hist. Eccles., XI© siècle, II* part. cap. 4, § 5.)
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SUR LE SECRET. 37
ciété chrétienne, comme toutes les sociétés, a reçu cette loi. De même que la nécessité a imposé aux sociétés ennemies ou rivales des moyens pour se soustraire aux persécutions des unes ou des autres, de même aussi a-t-elle imposé aux chrétiens le soin de la conservation de leur doctrine et de leurs personnes. Ils ont dû mettre leur doctrine à l’abri des outrages de l’ignorance, des assauts de la mauvaise foi, et leurs personnes à l’abri des persécutions.
Le mystère de la sainte Trinité n’était point inconnu à l’ancienne synagogue. Et cependant elle n’en parlait jamais au peuple juif, peuple grossier, sensuel, incapable de s’élever à un acte de foi de cette nature sans courir le danger de tomber dans le polythéisme. Les docteurs de la synagogue n’en parlaient qu’entre eux et devant des disciples éprouvés, en termes couverts dans la langue cabalistique inconnue du vulgaire (1).
Car, ne nous y trompons pas, le mot cabale dans la langue hébraïque a une signification bien différente de celle que nous lui donnons communément. Il signifie tradition orale. C’était dans la combinaison de certains mots, de certaines lettres et de certains nombres que la synagogue cachait au vulgaire plusieurs mystères dont la tradition remontait aux Patriarches. C’est pourquoi il est écrit au livre Haghiga, c’est-à-dire, de la Solen
(1) Voyez noire préface sur la tradition et la note Aa, XVI e Catéch. « II y a des choses, disent les rabbins, qu’il est permis de prêcher en » public, il en est d’autres que tu as l’obligation de tenir secrètes. « v (Lettre 2«, de M. Drach, aux Israélites,)
DISSERTATION
nité : H n’est permis à personne d’écrire sur la cabale, on ne peut qu’en parler.
Nous parlons ici de la cabale antérieure à Pavénement de Jésus-Christ, et non pas de cette cabale des juifs modernes ou thalmudistes. Nous parlons de celle dont s’enveloppent les paraphrastes chaldaïques, tels qu’Onkelos, Jonathan fils d’Uziel, lorsqu’ils parlent du mystère de la Trinité. Donnons un exemple de cette théologie symbolique. Demandons à ces paraphrastes pourquoi nous trouvons trois fois le nom de Dieu dans ces mots : Benedicat nos Deus, Deus noster, benedicat nos Deus, et metuant eum omnes fines terrœ. (Ps. lxvi, 8.)
A cela, Siméon fils de Johai, au livre Zohar, répond que cette triple énonciation de Dieu est le signe de la Triilité, que le mot noster indique V Homme -Dieu, qui devait être nôtre par son incarnation, et que le mot eum placé au singulier après trois fois le mot Deus, signale Vunité de Dieu en trois personnes.
Cette tradition orale, disent les Rabbins, se conserva d’âge en âge pendant environ 1,600 ans, jusqu’au temps où le rabbin Judas Haccadoscoh (le saint) la mit enfin par écrit, sous le règne d’Adrien, environ l’an 150 après Jésus-Christ. Mais ils n’en ont pas moins continué à eu dérober la connaissance au peuple juif, et à plus forte raison aux chrétiens et aux gentils.
Il n’est donc pas étonnant qu’Origène, S. Epiphane, S. Jérôme, et aucun des anciens Pères, n’aient pas parlé des deux Targums ou paraphrases d’Onkelos et de Jonathan, contemporains de Gamaliel, et que S. Cyrille, S. Athanase, ne les aient pas mis
SUR LE SECRET. 39
à profit pour combattre les juifs, les ariens et tous les hérétiques de leur temps, puisqu’il y a à peine trois siècles que ces anciens documents judaïques nous sont connus et ont été publiés parmi nous.
Ce n’est donc point des païens que les Apôtres ont emprunté la loi du secret. Ce serait plutôt des juifs ; car ils étaient tous enfants d’Israël. S. Paul avait été élevé dans la synagogue, aux pieds de Gamaliel ; ils auraient plutôt suivi une institution établie chez eux que d’emprunter celles du paganisme auquel ils allaient déclarer la guerre.
Mais n’est-ce pas plutôt Jésus-Christ lui-même qui est l’auteur de la loi du secret ? N’avait-il pas dit aux Apôtres : Gardez-vous bien de donner les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, et que, se tour ■ nant contre vous, ils ne vous déchirent P (Matlh. vu, 6, et ailleurs.) Sur ce que ses disciples lui demandaient pourquoi il parlait aux peuples par paraboles, ne leur répondit-il jjas ? Parce qu’il vous est donné de connaître les mystères du royaume des deux. Mais il ne leur est pas donné… parce que voyant ils ne voient pas 9 et qu’écoutant ils riécoutent ni ne comprennent. (Matth.
XIII, *3.)
L’auteur du livre des Récognitions qui est, sinon Dᵉ S. Clément I er (1), tout au moins d’un auteur grec
(1) Je sais très-bien que le livre des Récognitions du Pape Clément 1er t est un livre que les ébioniles ont farci de leurs erreurs ; mais aucune des dissertations protestantes et catholiques ne m’ont convaincu que ce livre ne fût pas originairement de saint Clément !« « ".
DISSERTATION
de la plus haute antiquité, et que Ruffin a traduit dans le IV e siècle, fait ainsi parler S. Pierre au milieu des Apôtres :
« Rien n’est plus difficile, mes Frères, que de parler » le langage de la vérité au milieu d’une multitude « confuse de peuples. Car ce qu’on ne peut pas dire à » tous comme il le faudrait, il faut le taire à cause de « ceux qui viennent malicieusement écouler. Cepen- » dant il ne faut pas non plus tromper, induire en er- « reur ceux qui viennent sincèrement au-devant de la » vérité. Que fera donc celui qui doit parler en pré- « sence d’une multitude indiscrète ? cacbera-t-il la vé- » rite ? Et alors comment instruira-t-il ceux qui sont « dignes de l’entendre ? Mais s’il jette la vérité toute » nue à la face de ceux qui n’ont nulle envie de la « mettre à profit, il expose à leurs outrages celui dont » il est le mandataire, il va diamétralement contre les « ordres qu’il a reçus de ne pas jeter les perles de la pa- » rôle devant les pourceaux et le& chiens, qui la com- « battront, la déchireront avec mijle raisonnements » stupides, mille sophismes astutieux, qui la rouleront « dans le bourbier de leur intelligence charnelle, qui » étoufferont sa voix par leurs aboiements et leurs « réponses grossières et sales, et à force de fatigues » réduiront au silence le prédicateur de la parole de « Dieu. C’est pourquoi en beaucoup d’occasions, à » l’aide des périphrases, je faisais en sorte de ne pas « révéler à des oreilles impures le grand mystère de la » suprême divinité. » (Recognitionum lib. m, n. i.)
Voilà qui est très-clair, très-positif, et c’est en vain
SUR LE SECRET. 41
qu’on m’objectera que le livre d’où j’ai tiré ce témoignage n’est pas du Pape S. Clément, ou du moins qu’il a été falsifié, comme l’ont prouvé S. Athanase et le Pape Gelase. Peu m’importe de qui il soit, pourvu qn’on n’en conteste pas l’antiquité- Or, les protestants Blondel, Dalley, Alexandre, ont été forcés de la reconnaître. C’est ce dont on peut se convaincre par les notes de Cottelier.
Il est donc constant que la loi du secret remonte aux Apôtres, et que ceux-ci l’ont fondée sur les paroles même de Jésus-Christ.
À l’entrée du livre Dᵉ S. Denys l’Aréopagite, sur la
Hiérarchie Ecclésiastique, je lis ces mots qu’il adresse
à Timothée, disciple Dᵉ S. Paul : « Mais prenez bien
« garde de divulguer les saints des saints, respectez les
« mystères du Dieu caché qui doivent être couverts d’un
« voile spirituel et invisible, qui doivent être inacces
« sibles aux yeux des profanes et rester intacts. Ce
a n’est qu’aux seuls saints qu’on peut communiquer les
« choses sacrées avec une certaine clarté qui doit être
« aussi sacrée. » (Hierarc. Eccles. cap. *.)
Le même dit ailleurs encore à Timothée :
« Écoute, mon fils, selon la sainte loi de notre tra
« dition hiérarchique, les choses qui sont dites sainte
« ment, écoute-les avec le respect qu’on doit aux choses
« saintes. Devenu divin par la science divine, garde
« dans le secret de ton cœur les choses saintes, comme
« étant de même essence, et garantis-les des yeux des
« profanes et de la multitude. Car il n’est pas permis,
« dit V écrivain sacré, de jeter aux pourceaux cet orne
4*2 DISSERTATION
« ment pur, brillant de perles spirituelles. » (Hierarc. Eccles. 9 cap. h.)
Un des reproches que Tertullien adresse aux hérétiques, c’est de ne point observer entre eux de discipline quant au secret. Ecoutons-le : « Je ne dois pas omettre » de décrire la conduite des hérétiques, combien elle « est terrestre, frivole, humaine, sans gravité, sans » autorité, sans discipline parfaitement assortie à leur « foi. On ne sait qui est catéchumène, qui est fidèle ; a ils entrent, ils écoutent, ils prient pêle-mêle et même » avec des païens, s’il s’en présente. Ils ne se font « aucun scrupule de donner les choses saintes aux » chiens et de semer des perles (fausses à la vérité) de- « vant les pourceaux. (Livr. des Prescript., n. 41.)
Il est évident que tous les Pères de la primitive Église, lorsqu’ils parlaient de la nécessité du secret, s’appuyaient sur les paroles même de Jésus-Christ, que nous a transmises S. Matthieu, chap. vu.
Dans l’institution du sacrement de l’Eucharistie, Jésus-Christ n’avait pris pour témoins que ses Apôtres, dans l’intérieur d’une maison particulière. C’est à son t exemple que ceux-ci célébrèrent eux-mêmes les saints mystères loin des profanes, sans autres témoins que leurs disciples. Ils priaient en public et célébraient en secret ; s’ils parlent du mystère de l’Eucharistie, ce n’est jamais que sous l’expression énigmatique de rompre le pain. Expression fort bien comprise des fidèles, et qui ne pouvait être interprétée en mauvaise part par les païens.
Pour prouvgr que la distinction entre les catéchumè
SUR LE SECRET. 43
nés et les fidèles était d’institution apostolique, les Pères de l’Église citent souvent ces paroles Dᵉ S. Paul aux Corinthiens : Pour moi, mes Frères, je ri ai pu vous par« 1er comme à des hommes spirituels, mais comme à des hommes encore charnels, comme à des enfants. Je ne vous ai nourris que de lait et non pas d’aliments solides, parce que vous n’en étiez pas alors capables ; et à présent même vous ne Vêtes pas encore, puisque vous êtes encore charnels. (\ Cor. m, i.) S- Clément d’Alexandrie interprète ainsi ce passage : « Puisque d’après l’Apôtre » le lait appartient aux enfants, et l’aliment solide à » ceux qui sont parfaits, le lait doit désigner le calé- « chisme, et l’aliment les doctrines solides. » (Pœdag. lib. p. 119.)
S. Paul a parlé sans doute plus ouvertement dans quelques autres Épîtres. Mais il faut observer que ces mêmes Épîtres étaient confiées à la discrétion de l’Evêque et du clergé qui n’en communiquaient aux catéchumènes que ce qui leur était permis de savoir (1).
J’en dis autant de cette lettre Dᵉ S. Ignace, adressée aux Smyrniens, où il dit en parlant de certains
(1) Dans l’Épître Dᵉ S. Paul aux Colosses, c. îv, 16, ou lit : Lor$que vous aurez lu cette lettre, faites en sorte quelle soit lue dans l’Église de Laodicée, et que vous lisiez celle desLaodicéens. — Je vous en conjure par le Seigneur, qu’on lise cette lettre à tous les saints frères. (1 Thess. v, 27.)
Eusèbe nous apprend que S. Pierre. étant à Rouie, approuva l’Évangile que S. Marc avait écrit, et en ordonna la lecture dans toutes les Églises. (Uist. Eccles., lib. n, cap. 14.) Ce n’était donc que dans les églises, et non dans les maisons particulières, que se lisait le Nouveau Testament.
DISSERTATION
hérétiques : Ils s’abstiennent de P Eucharistie et de la prière mystique, parce qu’ils ne confessent pas que V Eucharistie soit la chair de Jésus-Christ notre Sauveur, laquelle chair a souffert pour nos péchés, laquelle Dieu le Père dans sa bonté a retirée du tombeau (1). (Epist. ad Smyrn. apud Cottel. t. h, n. vu, p. 37.) Nous trouvons la preuve de ce que nous disons ici dans les Constitutions apostoliques. Après avoir fait l’énumération des Livres canoniques, l’auteur ajoute en parlant des Épîtres : Quas non oportet coram omnibus divulgare, ob mystica quœ in eis sunt. (Can. lxxvi, lib. vin, apud CotteL t. *, p. 4 4 9.)
Il paraît constant que les livres du Nouveau Testament restaient entre les mains de l’Evêque, du clergé el de quelques fidèles bien éprouvés, que les pasteurs les expliquaient au peuple, ce qui faisait dire à S. Augustin : Menti estote ad Scripturas, codices vestri sumus : Appliquez-vous à vous instruire des divines Écritures, nous sommes vos livres. (In doctrine Christi, 1, 11, ch. 3 6.) Le même Docteur dit encore ailleurs : Quid est quodoccultum est, etnonpublicum in Ecclesiâ ? sacramentum baptismi, sacramentum Eucharistiœ. Opéra enim bona nostra vident et Pagani. Sacramenta verô occultantur Mis ; sed ab his quœ non vident sur-. v gurit ea quœ vident. (Enarr. in Ps. cm, n. m.)
(i ) Dans toutes les éditions qui ont passé par les mains des héréti- : ques modernes, ce passage Dᵉ S. Ignace que nous citons ici, el dont l’authenticité est puissamment établi, loco ci kilo, est supprimé. On en devine aisément les motifs.
SUR LE SECRET. 46
Une autre preuve que le commun des fidèles n’avait pas dans leurs mains les Livres saints, ou tout au moins le Nouveau Testament, c’est que parmi les traditeurs de ces mêmes livres, au commencement du III e siècle, on ne trouve d’accusés que des Evéques et des prêtres. Donc les laies ne les possédaient pas.
De là vient encore cette locution si fréquente dans Jean Chrysostôme : « Les initiés le savent ; les mysti- » ques en sont instruits, tout cela est connu de ceux « qui sont initiés… Je voudrais parler plus clairement » du baptême ; mais je n’ose, à cause de ceux qui ne « sont pas initiés. Ces personnes nous rendent l’expli- » cation de ces choses plus difficile, en nous contrai- « gnant ou de parler obscurément ou de découvrir des » mystères. »
La loi du secret devint de plus en plus sévère, à mesure que les persécutions devinrent plus graves et plus générales. C’est dans le II e siècle qu’on la voit observée avec le plus de rigueur, (fby. la note Z, Catéch. xvm.)
Il n’y a que la nécessité où crut se trouver S. Justin pour arrêter le feu des persécutions, pour justifier les chrétiens des calomnies horribles (1) dont les païens les accablaient, qui ait pu le déterminer, l’an 166 dans
(1) C’était une calomnie répandue dans tout l’empire romain, que les chrétiens dans leurs mystères faisaient entre eux le repas de Thyeste, et mangeaient un enfant nouveau-né couvert de farine.
Le premier auteur de cette atroce calomnie fui Simon le Magicien, ensuite Carpocrate, Basilide, Saturnin, hérétiques qui avaient assisté <aux saints mystères. (Eusèbe, Hist. Eccl. lib. iv, cap. 7.)
DISSERTATION
son Apologie I re, n. 65, à révéler tous les rits du baptême et le mystère de l’Eucharistie.
On est également surpris de voir Athénagore parler ouvertement du mystère de la sainte Trinité, en présence des empereurs Marc-Aurèie, Antonin, etc. (Légat, pro Christian., n. 10.) Mais la surprise cessera, si on réfléchit que ce dogme paraît avoir été un des premiers divulgués, soit parce que la philosophie de Platon l’avait fait entrevoir, soit parce que, étant connu de la synagogue, les ébionites, qui étaient des hérétiques juifs d’origine, l’avaient promulgué partout. Nous en avons une preuve sans réplique dans le dialogue intitulé Philopatris, faussement attribué à Lucien qui vivait sous l’empereur Marc-Aurèle, tandis que l’auteur se dit avoir été baptisé par S. Paul, ce Galilèenau front chauve, au nez aquilin, qui a été enlevé au troisième ciel à travers les airs. L’auteur fait dire à Critias : « Par qui » veux-tu que je jure P Tryphon répond et dit : Par le « Dieu qui commande en haut, grand, immortel, de- » meurant dans les deux, le Fils du Père, l’Esprit pro- « cédant du Père, un de trois et trois d’un, puisque » ces trois sont Jupiter et qu’il est Dieu. »
Ne soyons donc pas étonnés si S. Pontius, qui souffrit le martyre en l’année 259 selon Fleury, ou 245 selon d’autres, parle si ouvertement du mystère de la Trinité devant ses juges. C’est à tort que par ces motifs Schelstradt a suspecté ces actes.
C’est ici, c’est dans cette période du II e au III e siècle, dans le feu des persécutions, qu’il faut surtout remarquer les précautions que les chrétiens prenaient pour
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se reconnaître entre eux, sans se compromettre inutilement en présence des païens. C’est à l’aide du symbole (1), du signe de la croix, de divers monogrammes, qu’ils se reconnaissaient, soit en s’abordant, soit en s’écrivant.
À l’aide du symbole, un disait, Je crois, l’autre ajoutait le mot suivant. Nous avons expliqué ce que signifiait le mot symbole.
C’était surtout au signe de la croix qu’ils se reconnaissaient en se saluant, les bras croisés sur la poitrine. Le sceau de leurs lettres portait l’empreinte d’un poisson, qui se dit en grec ichthus, ixers.dont chaque lettre était l’initiale de ces fameux vers sibyllins : Ueom Xptços 6eo0 ïios SwrVjp. Jésus Christus Dei filius, Salvator. (Jésus-Christ fils de Dieu, Sauveur.)
Voilà l’énigme cachée sous la figur^d’un poisson, à
(1) Rûffîn, historien du IV e siècle, prêtre d’Aquilée, nous dit qu’il a appris par tradition que les Apôtres, étant près de se séparer, s' as semblèrent, et que, conférant ensemble lés pensées que chacun d’eux avait sur les principaux articles de notre foi, ils en composèrent le symbole qui en est comme le précis et l’abrégé, qu’ils l’appelèrent lù/iBoXov f collation, marque, gage, qu’ils ne l’enseignèrent que de vive voix, et que pendant plusieurs siècles il ne fut pas permis de l’écrire. C’était le mot du guet pour la milice de Jésus-Christ. [De Symbolo, pag. 539. )
S. Léon (Epist. 27) dit que le symbole comprend douze articles, que les douze Apôtres avaient rédigés chacun en leur particulier. Quelques-uns même prétendent, et S. Augustin est de ce nombre, que chaque Apôtre a fait son article, et il désigne en particulier l’article que chacun a composé. (Voy. Baroniut, Ânn. 44, § 17. Augustin sermone« 42, in Lovanio.)
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l’aide de laquelle ils se reconnaissaient. C’est pourquoi Tertullien, Optât de Milève, ont appelé les chrétiens Piscicuii, les petits poissons.
Le monogramme était encore une autre énigme qu’ils ajoutaient à leur signature ; c’était une espèce de hiéroglyphes. Les Juifs cachaient le mystère de la sainte Trinité ou le nom de Dieu sous cet emblème (y)- Les Chaldéens se contentaient de m. Les Arméniens prenaient trois barres perpendiculaires liées en-dessous par nne ligne commune pour marquer l’unité de Dieu en trois personnes JJjf. Les chrétiens Coptes écrivaient TTC pour Jésus, XC pour Christus, les Grecs JJ pour Christw. Les gentils comprenaient si peu le mot Christus qui signifie oingt, et son monogramme, qu’ils disaient Chrestos qui signifie probe, honnête, et qu’aujourd’hui même plusieurs y lisent pax (paix). C’est de ce signe que les tombeaux des premiers chrétiens étaient marqués. C’est dans ce signe à triple sens, celui de Christ, celui de Chrest, celui de pax que consistait le secret.
Si Dieu a permis que la loi du secret fût de temps en temps violée ou par des chrétiens empressés de justifier le christianisme en général des calomnies des gentils, ou par des apostats, dans les temps les plus rapprochés des Apôtres, c’est que dans sa sagesse il voyait le moment où les enfants de Calvin et de Luther viendraient attaquer le christianisme par sa base, en accusant de nouveauté tous ses principaux dogmes comme inconnus à la primitive Église. Il a permis l’indiscrétion de quel
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ques chrétiens, la trahison de quelques apostats, pour confondre les hérétiques du XVI e siècle.
Ce furent les ariens qui forcèrent tous les Pères de l’Église à déchirer le voile qui couvrait encore le dogme de la sainte Trinité aux yeux de la plupart des gentils. Si celui de la sainte Eucharistie eût été également attaqué, il est certain qu’il eût été publiquement défendu comme l’autre ; car l’Église n’a rien écrit sur ses dogmes qu’au fur et à mesure que l’hérésie les contestait. Pour toute réponse elle se bornait à dire : Credimus (nous croyons).
Si nous scrutons, si nous fouillons dans les archives de l’Église et des anciens conciles généraux ou particuliers, nous ne trouverons aucun écrit, aucun décret qui traite d’une manière claire et didactique des sept Sacrements, ou qui en expose les rits (1),
Mais depuis le VII e siècle nous trouvons chez les
(1) Je trouve dans un troparion des Grecs, espèce de capitule dans leur liturgie. Où py yàp rôti s*0/>oï$ oov rà fiua-nopiov tïnta. Car je ne dévoilerai pas à tes ennemis ton mystère. (Voyez Perp. de la Foi, tom. 2, in fine, pag. 71.)
Un ministre Anglican, Thomas Schmith, publia en 1672 un ouvrage latin : De Ecclesiœ grœcœ hodierno statu (sur l’état actuel de l’Église grecque) dans lequel je lis ce passage très-remarquable :
« Les Grecs d’aujourd’hui comptent sept mystères ou sacrements,
« savoir : Et ce nombre septénaire, pour le dire en passant,
« sur lequel les Grecs sont fort entêtés, au point de croire contre tout » bon sens que la Religion chrétienne serait perdue, si on en retran- « chait un seul, a été inconnu chez eux pendant plus de mille ans. Ce » n’est enfin que pour complaire aux Latins, ou du moins par une « sotte imitation, pour ne rien céder à ceux-ci, qu’ils l’ont admis. Car
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Latins quantité d’auteurs qui font mention des mystères, quantité de décrets synodaux, de traités théologiques qui en parlent très-explicitement.
C’est dans le même temps à peu près qu’on vit paraître chez les Grecs des traités très-étcndus sur les sept mystères ou sacrements. Nous en avons un d’Epipbane, moine grec, traduit par Pierre du Mont, Evêque de Bresse. Un synode de Chypre, présidé par Germain, évêque d’Amathonte, en développa tous les effets. Bans la Bibliothèque de Photius, nous trouvons un extrait des Œuvres de Job le moine, qui contient un traité sur les sept sacrés mystères de la sainte Église de Jésus- Christ.
Jean Paléologue dans sa profession de foi fait mention des sept mystères. Siméon de Thessalonique, Gabriel de Philadelphie, Grégoire le Hiéromonaque, Melet
« il ne faut pas oublier qu’il n’y a que deux sacrements nécessaires, le « Baptême et la Cène. »
Ce passage prête à rire sous la plume d’un homme d’ailleurs trèse ru dit. Quoi ! c’est au XI e siècle que les Grecs schismatiques sépares de Rome, ennemis de Rome, jaloux de sa suprématie, ont emprunté de Rome cinq nouveaux sacrements, cinq dogmes inconnus à leurs Pères ! Voilà en vérité une curieuse découverte ! Le savant Anglican eût bien dû nous dire le nom de celui qui avait gratifié toutes les Églises d’Orient de ces cinq nouveaux mystères. Les Grecs ont essayé de justifier leur schisme sous le prétexte que Rome avait ajouté un mot au symbole de Nicée, qu’elle se servait de pains azymes dans la célébration des mystères. C’est eux qui pour complaire aux Latins ou du moin* par une sotte imitation ont adopté ces cinq sacrements que leurs pères ignoraient« L’extravagance de l’esprit de secte est ici poussée à ses dernières limites.
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Syrique, etc., ont tous traité, expliqué les sept mystères.
Ainsi à l’objection banale que les hérétiques actuels ne cessent de répéter contre les cinq sacrements que nous comptons« outre celui du baptême et de l’eucharistie, et dont, disent-ils, on ne trouve aucune trace dans les six premiers siècles de l’Église, on ne peut leur opposer une réponse plus décisive et plus tranchante que la loi du secret ; on ne peut que leur dire ce que disait S. Basile à Ain phi loque, dans sa lettre deSpiritu sancto.
Après avoir dit que c’était sur la foi d’une tradition orale tacite et non écrite que l’Église observait les rits du baptême, de la confirmation, de l’onction, de l’huile sainte, et prononçait les paroles de la consécration, Cᵉ S. Père ajoute : Car quelle convenance y aurait-il de colporter publiquement et partout ce que ceux qui ne sont pas initiés ne peuvent ni voir ni entendre !
L’Evêque d’Hippone a dit, en parlant des sacrements : « Nous recevons plusieurs sacrements, les uns » d’une façon, les autres de l’autre ; nous participons, « comme vous le savez, à quelques-uns par la bouche, » à d’autres par tout le corps. « Multa sacramenta aliter atque aliter accipimus. Queedam, sicut nostis > ore accipimus, quœdam per totum corpus accipimus » (Enarr. in Psalt. cxli, ver. 9.)
En effet, c’est par la bouche que nous participons au corps et au sang de N. S. Jésus-Christ ; c’est sur le front que nous recevons le sacrement de confirmation ; c’est par tout le corps que le baptême et l’extrême-onction nous sont administras. Mais pour
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quoi Lᵉ S. Docteur parle-t-il d’une manière si ob* scure ? Pourquoi ne s’énonce-t-il pas plus clairement sur la nature des sacrements dont il parle ? La réponse est dans ces mots : Comme vom h savez ; c’est-à-dire, que parlant à des initiés, il ne veut pas compromettre le secret devant un auditoire où pouvaient se rencontrer des catéchumènes, peut-être même des infidèles.
C’est donc avec la loi du secret que l’on doit répondre aux hérétiques modernes, lorsqu’ils accusent l’Église catholique d’avoir introduit des dogmes et des rits inconnus dans la primitive Église.
C’est avec la loi du secret qu’on doit combattre les exégèses des protestants à la suite desquels on remarque beaucoup de théologiens catholiques français qui rangent parmi les livres apocryphes ou supposés, en dépit de la tradition la plus constante, plusieurs livres qui n’ont été livrés au public que vers la fin du VI e siècle, tels que les Œuvres de saint Denys l’Aréopagite, plusieurs Épîtres Dᵉ S. Ignace d’Antioche, l’Épître catholique Dᵉ S. Barnabe, celles du Pape S. Clément I er, sous le ridicule prétexte que les six premiers siècles n’en ont pas fait mention.
C’est avec la loi du secret qu’on repoussera l’accusation des Grecs schismatiques contre l’Église romaine, relative aux azymes dont celle-ci se sert dans la célébration des saints mystères (1).
(1) On peut, sur cette question, consulter J. Sirmond, de Disquiiiiione Âzymorum, cap. v. Crampïnus, de Perpetuo Azymorum utu in Ecclesiâ Latind, et surtout le Panoplia contra Grœcos de AHimura. De Àxymis, centuria xi, cap. t.
Pièce Justificative§
Lettre de saint Pierre à saint Jacques, premier Patriarche de Jérusalefn (1).
Comme je connais, mon Frère, le zèle que vous apportez communément dans tout ce qui nous est avantageux, je vous prie, je vous supplie de ne communiquer à aucun gentil, à aucun de notre nation, avant de l’avoir bien éprouvé, la collection de mes prédications que je vous ai envoyée. Mais, si après des épreuves il est jugé digne, communiquez-les-lui, observant la méthode que Moïse suivit à l’égard des soixante et dix qui devaient lui succéder dans sa chaire. Car les avantages de cette précaution se font sentir chaque jour. C’est ce qui fait que tous les hommes de la même nation, quelque part qu’ils se trouvent, professent la même foi touchant l’unité de Dieu et observent la même règle de vie, et ne peuvent en aucune manière être détournés du vrai sens des Écritures qui en présentent plusieurs. Car suivant la règle qui leur a été transmise, ils s’appliquent à faire concorder les dissonances qui se rencontrent dans les Écritures, tandis que celui qui ignore les traditions s’endort, lorsqu’il rencontre dans les Prophètes des expressions qui présentent divers sens. C’est pourquoi il n’est permis à personne d’enseigner, qu’il n’ait appris
(1) Voyez Cottelier, t. 1er, pa g. 602. SS. Patrum qui apottnlicis tempor. floruerunt opéra. Nous ne donnons cette pièce que comme monument historique.
PIÈCE JUSTIFICATIVE.
d’abord à foire usage des Écritures. C’est alors qu’il n’y a chez eux qu’un Dieu, qu’une loi, qu’une espérance.
Qu’il en soit donc chez nous comme chez les Septante. Ne confiez les livres de mes prédications qu’avec un égal mystère, pour qu’ils servent à instruire ceux qui se destinent à instruire les autres. Si cette règle n’est pas strictement observée, nos paroles de vérité seront bientôt défigurées et livrées à mille interprétations. Ce n’est point' qu’en ceci je me croie un prophète ; mais c’est que j’ai déjà vu le mal commencer. Déjà quelques gentils ont rejeté ma prédication légale., et ont forgé, sous l’inspiration de 'l’homme ennemi, une doctrine puérile contraire à la loi. Et c’est de mon vivant que ces tentatives ont eu lieu, qu’ils ont travaillé à renverser la loi, en donnant à mes paroles de fausses interprétations. Quelque douleur que j’en éprouve, cela m’empêohera-t-il de prêcher avec confiance ? à Dieu ne plaise. Ce serait aller contre la loi de Dieu, promulguée d’abord par Moïse, confirmée par notre Maître qui a dit touchant sa perpétuité : Le ciel et la terre passeront, mais il ne sera pas ôté de la loi un iota, un point. (Marc, xiii, 3 1. Matth. v,'i 8.)
Il a dit cela, pour que tout s’exécutât. Ce que je ne comprends pas, c’est que, rejetant le sens que je donne à mes paroles, ils veulent les mieux comprendre que moi qui les ai dites, et donnent à leurs disciples pour mon opinion ce que je n’ai jamais pensé. Si de mon vivant ils sont si audacieux ; que n’oseront-ilspas après ma mort ?
C’est donc pour parer à cela que je vous prie et supplie instamment de ne communiquer à aucun juif ni
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à aucun étranger les livres que je vous ai envoyés, sans l’avoir auparavant bien éprouvé. Si après Tépreuve vous en rencontrez de dignes, alors, suivant la loi de Moïse, il sera considéré comme du nombre des Septante, il sera établi docteur pour conserver intègre notre foi et la règle de vérité, afin qu’eux-mêmes, entraînés par l’ignorance, ne se jettent pas par conjectures dans Terreur et n’entraînent pas les autres dans la même fosse. Je vous ai bien expliqué ce qui me paraissait convenable ; je me repose sur votre sagesse pour l’exécution. Adieu, etc.
réflexions sur les oeuvres de saint denys l’aréopagite.
À la suite de notre dissertation sur le secret, nous croyons devoir placer encore ici quelques réflexions sur Y authenticité des Œuvres Dᵉ S. Denys VAréopa*- gite, parce que d’abord elles rentrent dans le sujet que nous venons de traiter, que dans la suite de cet ouvrage nous aurons plusieurs fois recours à son autorité, et parce qu’il nous convient d’en établir la solidité contre les attaques de la critique moderne. Nous en avons (page 41) déjà cité deux fragments auxquels nous en ajouterons un troisième qui se trouve à la fin du même livre :
« C’est pourquoi sur la foi de vos saintes promesses » je regarde comme un devoir sacré de me rappeler à « moi et à vous l’obligation où nous sommes de ne ré- » vêler à personne Téminente dignité de la fonction pon- « tificale dont vous êtes revêly. » (Jbid. in fine.)
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A des témoignages aussi puissants qu’ont opposé les Tentzel, les Blondel, les Daley et les Centuriateurs de Magdebourg ? Ils ont dit que les Œuvres que les catholiques leur produisaient sous le nom de 5. Denys VArèopagite, étaient d’un faussaire postérieur au V e siècle. Aubertin soutient que ces livres sont une œuvre pseudonyme^ par la raison qu’aucun auteur des cinq premiers siècles n’en a fait mention. (Lib. n, De sacramento Euchar, in Dionysio, cap. 4.)
Quel motif ces hérésiarques ont-ils d’attaquer l’authenticité de ces livres, de les jeter au rebut parmi les livres falsifiés et pseudonymes, de les attribuer à un moine égyptien de la secte de Sévère d’Antioche, et de se dispenser d’en indiquer le nom ? C’est que ces livres portent avec eux la condamnation positive de leur hérésie. C’est que ces livres, notamment celui de la Hiérarchie Ecclésiastique, renferment et expliquent les cérémonies du baptême et de la messe, la consécration du saint chrême, l’ordination de l’Evêque, du prêtre et du diacre, la manière de bénir un moine, la sépulture des morts à laquelle l’Evêque prie pour la rémission des péchés de la personne déeédée ; c’est qu’on y lit que ces prières ne sont utiles qu’à ceux qui meurent en état de grâce ; c’est qu’il dit au chapitre vu y qu’il ne rapporte pas les paroles usitées pour les consécrations et les bénédictions, farce qu’il n’était pas permis de les écrire, de peur qu’elles ne fussent divulguées et exposées par là à être profanées ; c’est qu’il fait mention du signe de la croix dans les ordinations et les consécrations.
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On conçoit que les sectaires de Luther et de Calvin ont dû répudier des témoins qui remontaient aux temps apostoliques, ont dû faire leurs efforts pour anéantir les témoignages dont l’antiquité les accablait ; mais on conçoit difficilement que parmi les catholiques il se soit trouvé des hommes qui aient fait cause commune avec l’hérésie, pour abattre une autorité que tant Dᵉ siècles avaient respectée, que tant de Pères grecs antérieurs au VI e siècle avaient citée, préconisée, commentée ; que Juvénal, successeur Dᵉ S. Cyrille, avait citée au concile de Chalcédoine Pan 451, devant l’impératrice Pulchérie, relativement à la sépulture de Marie mère de Dieu : que S- Sophrone PC. de Jérusalem en 635 avait opposée sans contestation aux monothélites, et qui avait été apportée dans le concile de Latran sans contradiction sous le Pape S. Martin, relativement à l’opération théandrique en 649; une autorité enfin que Photius PC. schismatique de Constantinople cite dans le 1 er art. de sa bibliothèque, en parlant du traité du prêtre Théodore. Il est étonnant, disons-nous, de voir aujourd’hui tant de personnages éminemment savants, tels que Jean Morin, le père Lecointe, le docte Evêque d’Avranches, convenir, il est vrai, que ces livres étaient connus avant l’an 630, mais qu’ils ne remontent pas plus haut que l’an 520, et tout au plus au IV e siècle.
Voilà sans doute beaucoup de terrain gagné en faveur de notre cause contre l’exégèse protestante. Mais ce n’est pas assez ; car il est entendu entre tous les critiques modernes que l’on doit arracher les pages de tout au
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teur antérieur au IV e siècle, qui font mention des Œuvres Dᵉ S. Denys. Ainsi, par exemple, le savant Huet retranche des Œuvres d’Origène la seconde homélie :
1° Parce qu’il se sert du mot <5/*ou<xtov, qui, dit-il, n’a jamais été jusqu’alors employé. (Vby. Origmiar. lib. m, pag. 2 7 5.)
2° Parce qu’il cite S. Denys l’Aréopagite, livre, dit-il, alors inconnu.
1° Nous répondons à M. Huet que S. Denys d’Alexandrie, contemporain d’Origène, avait employé ce mot f l’an 269, dans son apologie adressée au Pape S. Denys., que le même Pontife romain l’avait déjà également employé, que Theognoste, homme savant, dit S. Athanase, en avait aussi fait usage. Pouvait-il ignorer que 50 ans avant le concile de Nicée ce mot était tellement consacré par l’usage, que Paul de Samosate en abusa pour établir son hérésie, l’an 264? (t’oyez Fleury, Hist. Eccles., lib. vin, n. i.)
2° Nous voilà donc arrivés au III e siècle.
Remontons encore.
Le même S. Denys d’Alexandrie, contemporain d’Origène, qui mourut l’an 264, avait fait des commentaires sur les Œuvres de l’Aréopagite. Nicétas qui vivait dans le XIII e siècle, a vu et tenu ces commentaires qui ne sont pas venus jusqu’à nous. Dira-t-on que Nicétas a menti ?
Anastase le Sinaïte, qui vivait 100 ans avant S. Maxime, c’est-à-dire, à la fin du VI e siècle, dit dans son livre (Fùb Dux, cap. xxn) en parlant Dᵉ S. Denys l’Aréopagite :
SUR LES ŒUVRES DE S. DENYS. 59
« Maïs Denys le grand Evêque d’Alexandrie, célèbre » parmi les orateurs, dans les scholies qu’il a compote sées sur le bienheureux Denys son homonyme, dit : « La philosophie extérieure ou profane est dans l’u- » sage d’appeler ingénue toute nature qui échappe aux « yeux, ainsi que les hypostases ou substances. C’est » dans ce sens profane, ajoute-t-il, que S. Denys s’est « servi de ce mot (1). »
Voilà donc deux témoins irréfragables (Nicélas et Anastase) qui ont vécu à des distances de temps et de lieux très-éloignées, qui ont vu, lu et tenu des commentaires sur l’Aréopagite, faits dans le milieu du III e siècle. Faudra-t-il pour complaire aux hérétiques Daley, Tentzel, Blondel, Aubertin, les taxer d’imposteurs ?
Ces commentaires, il est vrai, ne sont pas venus dans jusqu’à nous leur intégrité. On en rencontre néanmoins des fragments dans plusieurs bibliothèques (2). Le cardinal Duperron dans son 11 e et 111 e livre De Eucharistie, atteste avoir vu à Venise, dans la bibliothèque du sieur Lollin, La chaîne des Commentaires sur l’Aréopagite, dans laquelle il a remarqué plusieurs scholies Dᵉ S. Denys d’Alexandrie. Il serait à désirer qu’il
(1) C’est à Jacques Gretzer que nous devons cet extrait de la bibliothèque d’Âugshoiirg qu’il publia à Ingolstadt en 1606.
(2) On peut consulter Sacra Bibliothecarum arcana retecta, de Théophile Spitzel. Âugsbourg, 1668. Il indique dans la bibliothèque de cette Tille unechaîne des commentaires sur S. Deny s l’Aréopagite ' f° 5. Dogmatica panoplia contra arianos ex sèriptis Dionysii Aréopage f« 10.
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eût noté les ouvrages de Cᵉ S. Père sur lesquels roulent ces scholies ; alors nous connaîtrions d’une manière certaine quels sont ceux qui étaient connus du temps Dᵉ S. Cyprien, c’est-à-dire, vers Tan 260, de même que nous sommes certains de celui de la Hiérarchie Ecclésiastique, d’après le témoignage de Nicétas et d’Anastase.
Mais depuis l’an 264, me dira-t-on, en remontant jusqu’à S. Paul, voilà plus de deux siècles au milieu desquels vous ne pouvez produire aucun témoignage en faveur de votre thèse. Arrivé à ce terme vous ne trouvez aucun auteur qui en fasse mention. A cela je réponds d’abord que je pourrais, en dépit de M. Huet, apporter en preuve Origène dont nous avons parlé, et que les hagiographes rangent avec Tertullien parmi les théologiens du II e siècle.
Mais revenons à la loi du secret. Est-il présumable, qu’au milieu des persécutions de Trajan, d’Adrien, de Marc-Aurèle, sous la discipline de la loi du secret, pendant que les Évangiles même étaient soustraits de la main des peuples, que Pop disputait encore sur l’authenticité de l’Apocalypse Dᵉ S. Jean, est-il présumable, que l’on aurait divulgué au milieu des catéchumènes, des infidèles, des livres qui contenaient les plus secrètes, les plus mystiques doctrines du christianisme, qui en révélaient les mystères les plus profonds, des livres qui étaient adressés à des Evêques sous le sceau du secret le plus inviolable ? Qui vous dit même que ces scholies (ou commentaires) Dᵉ S. Denys d’Alexandrie aient été publics du vivant de leur auteur ? Gardons-nous de le
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penser. Ces livres et leurs commentaires ont dû rester apocryphes, c’est-à-dire, cachés, ainsi que les Évangiles entre les mains des premiers pasteurs et de ceux qui en leur nom devaient instruire les peuples.
C’est dans ce sens que S. Augustin disait au peuple d’Hîppone : Intenti estote ad Scripturas > codices vestri sumus. Soyez attentifs aux saintes Écritures, nous sommes vos livres. (In Doctrin. Christian., lib. h, c. 36.)
Pourquoi les hérétiques modernes rejettent-ils le livre de l’Apocalypse ? c’est parce qu’il renferme le tableau de la liturgie apostolique qui les condamne ? Pourquoi ont-ils été les premiers qui aient attaqué l’authenticité des livres Dᵉ S. Denys, et surtout celui de la Hiérarchie Ecclésiastique ? c’est parce qu’ils renferment l’exposition la plus claire de nos principaux mystères. Ce fut en eflfet en 1521 que la Faculté de théologie de Paris examina le livre de Luther intitulé : La Captivité de Babylone. L’auteur ayant dit que le livre de la Hiérarchie Ecclésiastique était rempli de rêveries, qu’il était pernicieux, plus platonicien que chrétien, plein d’allégories, étude de personnes oisives, la Faculté déclara ces propositions fausses, téméraires, arrogantes, injurieuses à un saint homme célèbre par sa profonde érudition et que S. Jean Damascène appelle le divin Àrèopagite.
En 1527, La Sorbonne, dans l’examen qu’elle fit des Œuvres d’Erasme, déclara plus téméraires et amateurs de nouveauté que savants, ceux qui croyaient que S. Denys l’Aréopagite n’était pas l’auteur de la Hiérarchie Ecclésiastique.
6*2 RÉFLEXIONS
Soixante ans après, Maldonat, ce célèbre théologien, citait dans son commentaire sur le Ps. cix, le chapitre vu de la Hiérarchie Céleste. Jbsque uilo dubio.
En 1636 parut l’ouvrage du Père Halloix, jésuite, intitulé : Ulustrium Eccîesiœ Orient, scriptorum. Mais n’ayant pas été assez hardi pour placer les Œuvres Dᵉ S. Denys l’Àréopagite parmi les pseudonymes, il mérita à son tour d’être classé au XIX e siècle, parmi les auteurs sans critique. (Foy. Feller, V° Halloix.)
En 1739, le Père Pierre- Joseph Cortasse, jésuite, donna une traduction française d’un des livres de ce Saint, celui des Noms divins. On doutait encore en France si peu de l’authenticité de ce livre, le plus abstrait, le plus sublime, le plus fécond, le plus mystérieux de tous ceux que l’antiquité nous avait légués, que le traducteur n’entreprit même pas d’entrer en controverse sur cette question. Et cependant depuis deux siècles les protestants l’avaient soulevée. Et c’est depuis un siècle environ que beaucoup de théologiens français sont devenus si savants ? Que les temps sont changés !
À peine pourriez-vous ouvrir aujourd’hui une théologie moderne qui soit dans le cas de parler Dᵉ S. Denys et de ses Œuvres, sans y rencontrer une de ces formules banales : II est entendu, il est reconnu par tous les savants, il est même certain que les Œuvres attribuées à S. Denys sont pseudonymes. Mais demandez à ces savants quel est le faussaire ? en quel temps il a vécu ? quel pays l’avait vu naître ? Un protestant vous répondra hardiment : La Croze vous dira son nom ; c’est Synésius, évêque de Ptolémaïde, qui vivait dans le V e siè
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cle. Mais Jacques Brucker, luthérien ( Hist. philosophiœ, t. m, pag. 507) lui prouvera aussitôt qu’il est dans l’erreur. Adressez-vous aux théologiens de France, ils ne pourront vous répondre, et se tairont sur le nom du faussaire. Jean Morin (De Sacris ordinationibus) donne à ces livres pour date d’apparution, sans nommer l’auteur, le commencement du V e siècle. Jean Launoix le fait contemporain du premier concile d’Éphèse. Vossius le place sous le règne de Théodose le Grand.
Erasme (De Compendio perveniendi ad veram theologiam, tom. v) croit cet auteur plus ancien que S. Augustin. Cottelier (De Pseudo-Dionysio) est aussi d’avis que l’au teur de la Hiérarchie Céleste est antérieur à S. Augustin et à S. Jérôme, parce que, dit-il, ce dernier ne parle des neuf chœurs des Anges que d’après une autorité antérieure à lui ; parce que Basile de Séleucie, contemporain Dᵉ S. Jérôme, en parle également comme d’une doctrine anciennement accréditée. Ce serait donc, d’après les théologiens modernes, à un auteur plus ancien encore qu’il faudrait remonter. Qu’on demande à S. Jean Chrysostôme quel est celui dont il cite les paroles, et qu’il se contente d’appeler 6 tou oupavow r>jvô, V oiseau du ciel ; à S. Jean Damascène, quel est ce Denys qu’il ne craint pas d’appeler le plus grand théologien ; à S. Athanase, quel est l’écrivain dont dans son livre de la commune essence du Père, du Fils et du Saint-Esprit, il a emprunté les paroles et les termes même pour parler de l'hiérarchie angélique. Demandez à S. Grégoire deNazianze quel est cet autre dont il ne ci te jamais le nom (1),
(t) Voici ses termes : Sic nimirùm Sanrta Sanrtorum quœ etiam
RÉFLEXIONS
qu’il se contente de signaler comme un très-beau, trèssublime génie qui avait traité longtemps avant lui la question des saints Anges, et dont il cite les paroles qu’on retrouve en effet dans le v e livre des Noms Divins et dans le lt e chapitre de la Hiérarchie Céleste.
C’est ici l’occasion de citer un passage remarquable d’une lettre du célèbre cardinal Guillaume Sirlet, écrite au cardinal Ste-Croix, légat du Saint-Siège près le concile de Trente.
« J’ai comparé votre manuscrit des Œuvres Dᵉ S. De
« nys avec celui de Dom Basile J’ai rendu audit
« Dom Basile son manuscrit, et j’ai replacé le vôtre dans » votre bibliothèque… J’ai été confirmé plus que ja- « mais dans la conviction où j’étais déjà que les Œuvres » Dᵉ S. Denys sont réellement celles de VJréopagite. « Car je me suis convaincu par mes propres yeux que « S. Grégoire de Nazianze lui avait emprunté beaucoup » de pensées lorsqu’il tombe sur le même sujet, et sou- » vent les mêmes expressions, Il ne le nomme pas, il est « vrai, mais n’importe ; car le saint Evêque est dans Fha- » bitudeden’apporter aucuneautoritéque celle des Livres « saints. C’est ce que j’ai surtout remarqué dans le dis- » cours sur la nativité du Sauveur (xxxvm, De Theo- « phania) où expliquant le fameux mystère du Trisa- » gion, où l’on dit trois fois Saint et une fois Seigrœur
à Seraphinis obteguntur, ac tribus sanclificationibus celebrantur,in unam dominai ionem et deilatem coëuntibus, quemadmodumet alius quidam ante nos pulcherrimè et sublimissimè philosophatus est. (xxxvm. Orat. in Theophan. n. 8, page 668. )
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« Dieu, pour exprimer une substance en trois per- » sonnes, S. Grégofre se sert des mêmes termes, des « mômes mots que Denys l’Aréopagite, et qu’il ajoute » ces mots : Ce qu’un autre a sagement compris long- « temps avant nom et a dit d’une manière aussi belle » que sublime, etc. »
Ce n’est pas seulement Guillaume Sirlet qui a vu Lᵉ S. Evêque d’Athènes dans ce mot : un autre, mai^ encore le cardinal Duperron (lib. h, De Eucharist.) ; et Jacques Billius, traducteur Dᵉ S. Grégoire de Nazianze (lib. i, Observationes sacrœ, n. 23, à la suite Dᵉ S. Isidore dePéluse, Paris, in-folio, 168fi) rapporte de nombreux passages extraits de ce Père, qui sont évidemment empruntés des Œuvres de l!Aréopagite.
Quelques raisonnements que les protestants et certains catholiques opposants fassent contre leur authenticité, ce ne seront jamais que des arguments négatifs, que nous réduisons à leur plus simple expression.
Objection. — « Si ces écrits étaient sincères et vrais, » ils eussent été connus Dᵉ S. Justin, Dᵉ S. Irénée, de « S. Clément d’Alexandrie, de Tertullien et d’autres » auteurs de cette époque. « Or, aucun d’eux n’en a fait mention, donc ils sont supposés et leur sont postérieurs.
Réponse. — Conséquence très-hasardée, trop rigoureuse ; car nous nions que ces livres leur aient été inconnus ; 1° Parce que nos adversaires ne peuvent pas le prouver ; parce qu’il est à croire que si les anciens, tels que Polycarpe, Irénée, Justin, Tertul
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lien, etc., ne les ont pas cités, quoiqu’ils les connussent, c’est qu’ils ont respecté' la loi du secret, sous l’empire de laquelle ils avaient été écrits et adressés aux Evêques ;
2° Parce que, s’ils eussent été écrits seulement dans le VI e siècle, nous n’aurions pas aujourd’hui à déplorer la perte de quelques livres du même auteur, qui ont péri dans les siècles de persécution, tels que celui des Institutions théologiques (Theologicœ hypotyposes) dont l’auteur parle en tête de son traité des Noms divins, et celui de InteUigilïbus et sensibilibus dont il parle à l’entrée de son livre de la Hiérarchie ecclésiastique.
3° Enfin si ceux qui auraient pu en parler ne l’ont pas fait, c’est, ou parce qu’ils ne les connaissaient pas, ou qu’ils ne les avaient pas vus, ou qu’ils ne les avaient pas sous la main ; et cela ne prouve rien contre leur existence avant le VI e siècle.
Objection. — Les trois premiers siècles de l’Église ont été féconds en livres supposés, en faux évangiles publiés sous les noms Dᵉ S. Pierre, Dᵉ S. Jacques, Dᵉ S. Matthias, en faux Actes des Apôtres, en fausses Apocalypses. Les écrits de l’Aréojpagite sont d’autant plusr suspects que c’est à cette même date que l’on en fait remonter l’origine.
Réponse. — Tous les faussaires ont eu un but en publiant feurs propres écrits sous des noms vénérés ; c’était celui d’accréditer leurs erreurs. Tous ces livees pseudonymes portaient avec eux le cachet de l’imposture et de l’hérésie. Mais quel but, quel intérêt pourrait-on supposer à l’auteur des livres attribués à S. Denys, en les
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publiant sous un faux nom ? lis ne renferment aucune erreur ; ils ne respirent que la plus haute piété ; la doctrine en est sainte et sublime. L’auteur n’a pu être luimême qu’un Saint. Et personne n’ignore combien x dans les premiers siècles de l’Église on avait horreur des livres supposés ; il faut nécessairement admettre qu’un saint homme peu confiant en sa doctrine aura voulu aux yeux des peuples l’appuyer d’un nom apostolique, et se rendre lui-même coupable d’un grand crime.
S. Jean l’Evangéliste déposa du sacerdoce un prêlre d’Asie qui, par un zèle mal entendu, avait composé de faux actes des voyages et du martyre Dᵉ S. Paul et de Ste Thècle. (Tert. de Baptism., lib. i, cap. i %. Hieron. Catal. c. 7.)
Le concile tenu à Rome Tan 494, sous le Pape Gelase I er, condamna les faux actes Dᵉ S. Georges que les ariens avaient forgés. (Mabill. Disquis. de Curs. Gàll.)
Le concile in frullo en 692, et plusieurs autres qui se tinrent depuis, firent des canons sur le même objet. (Foy. le P. Honoré de Ste-Marie, tom. h, pag. 42,20 et suiv.)
Objection. — « Ces livres sont évidemment sortis de » l’école d’Alexandrie. Ils ne respirent que le plato- « nisme. C’est la philosophie de Platon couverte d’une » couche de christianisme. »
Réponse. — C’est l’accusation banale dont tous les écrivains protestants et sociniens ont tâché de flétrir la mémoire de tous les Pères de l’Église des II e et III 6 siècles. Elle ne mériterait ici aucune place, si des catholiques ne l’avaient pas répétée jusqu’à satiété. Mais nous
RÉFLEXIONS
nous contenterons de renvoyer les uns et les autres au savant ouvrage du Père Baltus : Défense des saints Pères accusés de platonisme.
Objection. — « On y remarque (dans les prétendus a écrits Dᵉ S. Denys) un style enflé, boursoufflé, pom- » peux, chargé de figures artistement compassées, beau- « coup d’affectations dans Tordre et la suite des raison- » nements. » (Note d’Jlban Butler, t. jx, pag. 26 5, Edit. de Lyon, i 8 1 8.)
Réponse. — À ce savant critique qui n’a peut-être jamais lu cet auteur qu’en latin, nous répondrons avec Marcile Ficin qui est un juge irrécusable en littérature grecque, et qui a traduit et commenté la Théologie mystique, qu’il est vrai que « l’Aréopagite jette avec pro- » fusion les énigmes, que son style est dithyrambique, « qu’il est difficile d’en pénétrer la profondeur, et que la » langue latine se prête difficilement à sa traduction. »
S. Thomas apporte trois raisons de la difficulté d’entendre les Œuvres de ce génie si fécond, si précis et si sublime.
« 1° C’est l’usage des expressions platoniciennes (1). « En effet, à l’exemple de ce philosophe, îl définit Dieu » par ces mots : Toute unité, toute bonté, tout être. De » là vient qu’il le nomme : Le bien même, le bien par « lui-même, le bien au-dessus de tout bien, ou simple- » merit : La bonté, V essence, la substance.
(t) Alors il faudrait rejeter de nos bibliothèques tous nos théologiens modernes qui raisonnent d’après la dialectique d’Aristote. Ainsi S. Thomas, Pierre Lombard, S. François de Sales lui-même, doivent ôlre jetés au rebul. Car Aristote ne vaut certes pas mieux qtie Platon.
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« S. Denys a. emprunté ces expressions. Il a même » enchéri sur Platon par la hardiesse de son élocution. « Avec de grandes idées il cherchait des expressions qui » répondissent à la sublimité de ses pensées. Voilà ce « qui rend son langage moins intelligible au commun » des lecteurs, surtout à ceux qui ne peuvent le lire « qu’en latin.
« 2° C’est que l’Aréopagite établit sa doctrine par » des raisons efficaces, courtes et précises qui favori- « sent d’autant plus la profondeur du sens, qu’elles » tiennent moins de cette clarté d’exposition qui ne « laisse rien ou presque rien à faire à l’intelligence.
« 3° L’auteur se sert de certains termes composés » qui renferment plusieurs idées, afin d’atteindre, au- « tant qu’il peut, la simplicité féconde des divines vé- » rites. Attachez votre intelligence à ces expressions « que crée la fécondité de son génie, et vous n’y trouer verez rien d’oisif. Tout y est habilement ménagé pour ' » une signification complète (1). « C’est là le souverain talent de notre Aréopagite.
À cette critique perturbatrice qui ne date que d’un siècle à peu près, nous opposerons toujours le jugement que les plus savants hommes dont l’antique Église grecque s’honore, ont porté sur l’illustre Hagiographe qui nous occupe, et nous dirons toujours avec l’un d’eux : Dionyeius sermone quidem magnus, sed contemplatione major.
Il ne faut pas, au reste, se dissimuler que Pétude de la langue grecque s’étant pendant le XVIII e siècle prodi
(1) Voyez ia préface du P. Collasse îsur le Imité des JY’ms divins,
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gieusement affaiblie, l’intelligence de cet auteur qui ne se lisait plus que dans des traductions latines qui ne sont en général que des revers de tapisseries, avait participé au dépérissement des études.
Mais pourquoi faut-il que parmi les déprédateurs de notre Aréopagite nous rencontrions des hommes d’un mérite distingué dont nous admirons les talents et les vertus, mais qui de temps en temps ont sacrifié aux préjugés de leur siècle ?
Il semble entendre la Religion dire au célèbre Bergier d’un ton tendre et affectueux : Tu quoque, Brute. « Pourquoi dans tes écrits consacrés à ma défense, » as-tu eu tant de complaisance pour des erreurs qu’ace vait accréditées la philosophie ? Pourquoi as-tu eu « tant de ménagements pour des préjugés dominants » dans une secte ennemie ? Pourquoi devant défendre « les postes avancés de la place qui t’était confiée, les » as-tu abandonnés à l’ennemi pour te renfermer dans « le corps de la place ? »
Quant au savant Evêque d’Avrahches nous userons à son égard de la même liberté dont il usa jadis envers le célèbre Baronius, et lui dirons :
« Je voudrais qu’on ne touchât qu’avec respect les » monuments de l’antiquité, surtout celle des Pères. « Car quoique Baronius d’un génie extraordinaire, » d’une science inépuisable, d’une sagacité rare, n’eût « frappé que d’une main timide et modeste sur Epi- » phane, son exemple peut porter les hommes à se jouer « du respect dû à l’antiquité, à briser, à refondre et à » reforger les plus respectables monuments.
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« J’ai souvent et longtemps médité sur cette ques- » lion, si l’af t de la critique n’a pas été aux sciences et « aux lettres plus puisible qu’utile. Que d’ouvrages * » sains et entiers de l’antiquité la témérité des critia ques n’a-t-elle pas corrompus (et j’ajouterai : répu- « diés) ? De combien de volumes n’a-t-elle pas dépouillé a les auteurs légitimes pour en revêtir des étrangers ! « Je suis transporté de colère (differor ira) toutes les » fois que je vois de vils littérateurs sortis de la popu- » lace des grammairiens (quotiescumque viles de plèbe « grammaticorum littératures) salir du virus de leur » ignorance d’excellents auteurs. S’ils rencontrent un « mot nouveau, inconnu dans leurs dictionnaires, ils le » qualifient aussitôt de barbarisme. Avec une impertur- « bable audace, ils nous jettent à la tête pour des véri- » tés incontestables leurs ineptes conjectures. Ils ai- « ment à s’entendre donner le nom de critiques, tandis » qu’au lieu et place des auteurs réels ils ne nous pré- « sentent que des phantômes. Et cette race pestilence tielle n’est que trop répandue.
« Sans doute la série des siècles, l’ignorance, l’incu- » rie des libraires ont entaché plusieurs anciens au- « leurs. Mais si ces taches ne sont pas manifestes, si par » la confrontation de plusieurs manuscrits on ne peut « arriver d’une manière évidente à un texte plus pur, » il faut le laisser tel qu’il est, sauf des notes jetées en « dehors du texte et que le lecteur peut apprécier » comme des conjectures. » ( Origeniarforum lib. i, p. 23, n. 5.)
Jusque-là les catéchumènes ne sont que comme une levée de milice, ad militiam vocatio. C’est au moment du baptême que Jésus- Christ fait son choix, delectus ad militiam, qu’il leur imprime son sceau. (Catéch. 1, 3.) C’est dans le sacrement de confirmation qu’il leur met les armes en mains. (Catéch. m, 13; xvii, 26; xxi, 4.)
