Les canons pénitentiels
Un règlement ancien de la pénitence, conservé en éthiopien
- 01 — Traduction française des canons pénitentiels
- 1.1 — Canon 1
- 1.2 — Canon 2
- 1.3 — Canon 3
- 1.4 — Canon 4
- 1.5 — Canon 5
- 1.6 — Canon 6
- 1.7 — Canon 7
- 02 — Étude de l’éditeur : les canons et le sacrement de pénitence

Les canons pénitentiels
Un règlement ancien de la pénitence, conservé en éthiopien
L. Guerrier · 09 septembre 2026 · 50 min de lecture · 1 vue
Traduction française des canons pénitentiels§
’Abésélom. — Canons sur la Pénitence. Doctrine qui a été définie de la part du Seigneur Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Pierre interrogea Notre-Seigneur Jésus-Christ, après qu’il fut ressuscité des morts, au Mont des Oliviers, et il lui dit : Maître, expose-nous, enseigne-nous et montre-nous le règlement de la Pénitence, parce qu’il faut que nous exposions et enseignions aux nations la doctrine de vie, et que nous les ramenions dans la science de la justice véritable. Et Notre-Seigneur Jésus-Christ lui répondit et lui dit : Ô Pierre, disciple béni, choisi, agréable, pur, en vérité tu es un roc et une colonne solide qui ne vacillera pas, et le fondement de la foi qui ne sera pas rompu. Ô Pierre, tu es roc, et sur ce roc j’édifierai mon église, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Que ce que tu lieras sur la terre soit lié dans les cieux, et que ce que tu délieras sur la terre soit délié dans les cieux 1 ! Ô Pierre, toi-même sois le pasteur de mes brebis, le docteur de tes frères, les apôtres ; avertis-les sur la parole de vie, dans le Seigneur et dans les voies de l’Esprit-Saint. Ô Pierre, toi-même deviens le maître, le guide de tes frères, les apôtres.
(Et vous tous), prêchez, exposez et enseignez au peuple (d’Israël) et aux nations la parole de vie : d’une seule voix, dites : Il approche de vous, le royaume du Seigneur. Guérissez les malades, faites sortir les démons, purifiez les lépreux, ressuscitez les morts : ce que gratuitement vous avez reçu, gratuitement donnez-le. N’acquérez pas pour vous de l’or, ni de l’argent, ni de la petite monnaie dans vos ceintures, ni chaussures, ni deux vêtements, mais un bâton seulement. Et lorsque vous entrerez dans une maison, dites : « Paix à cette maison », et si là (se trouve) un fils de lumière et de paix, que votre paix repose sur lui ; mais s’il n’est pas digne de votre paix, qu’elle revienne sur vous 2.’
Ô pasteurs des brebis et législateurs, réglez et légiférez sur tout, parce qu’il (le) faut ; convertissez-les à la foi, à la foi au Père, au Fils, à l’Esprit-Saint et à la sainte Trinité. Et après qu’ils auront cru et seront revenus vers le Seigneur et auront abandonné leurs œuvres antérieures, baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint. Et ainsi encore, après qu’ils auront été baptisés, comptez-les avec les brebis du troupeau du Christ. Et après qu’ils auront été comptés avec les brebis, qu’ils ne pensent pas à un autre dieu et qu’ils n’aillent pas dans les voies de Satan
mais qu’ils prennent garde de ne pas tomber dans les filets de Satan ! Mais si lui-même le diable, leur ennemi, les a séduits, (s’il) les a fait chuter, (hors) de leur voie, (s’il) les a fait tomber dans son piège mauvais, (ô) évêques, rapidement ramenez-les dans la pénitence ; ne les négligez pas. ne les laissez pas devenir captifs du diable, ne les laissez pas mourir dans leur péché. Car (c’est) à cause des pécheurs (que) je suis venu moi-même dans le monde, afin que je devienne leur rachat et que je porte leur péché.
Ô mes apôtres saints et mes ministres choisis et agréables, paissez les brebis de mon troupeau, ne laissez pas les pécheurs mourir dans leur péché, car (c’est) à cause d’eux (que) je suis descendu moi-même du ciel sur la terre, (que) je me suis incarné j’ai été porté neuf mois d’après la règle primordiale, que je suis sorti moi-même du sein de la Vierge ; et je suis né et suis devenu comme un petit enfant, j’ai sucé le lait de ma mère, j’ai été élevé (par elle) et j’ai grandi comme un homme ; j’ai marché à l’image d’un homme, comme eux ; je leur ai ressemblé sous leur aspect ; j’ai fait voir (en moi) toute œuvre d’homme, hormis le péché et la corruption ; toutes (choses) que j’ai faites, à cause de (mon) amour pour les hommes, afin que je les sauve de leur péché et de leur erreur.
Ô évêques, ressemblez-moi, sauvez les hommes de leur péché et ramenez-les dans la pénitence, afin qu’ils ne deviennent pas captifs du diable, car je suis mort et j’ai été outragé à cause d’eux ; je suis ressuscité le troisième jour, afin de leur montrer l’image de la résurrection, qui surviendra au dernier jour. Ô évêques, j’ai été tout cela et j’ai été affligé d’affronts à cause des fils d’Adam, première œuvre de mes mains ; je les ai rachetés, pour moi, de la servitude dans la liberté, car moi-même j’ai revêtu l’apparence de l’esclave à cause d’eux, et j’ai trouvé l’affront, l’ignominie et la malédiction, afin de les sauver de la main de l’ennemi, leur adversaire.
Et maintenant, ô mes disciples saints, ressemblez-moi. donnez aux hommes le pardon de leur péché, ramenez-les dans la pénitence, détournez-les du filet de la mort dans le filet de la justice.
Ô mes apôtres saints, moi je vous ai constitués, je vous ai choisis, je vous ai nommés (apôtres), (afin) que vous deveniez pêcheurs d’hommes 3, ô évêques, ordonnateurs de la loi, et que vous exposiez à ceux qui (seront) après vous, évêques, prêtres et diacres, qu’ils gardent les peuples, qu’ils les affermissent dans la doctrine de justice, qu’ils les paissent dans les œuvres bonnes et dans l’Esprit-Saint : et ainsi qu’ils les instruisent, (afin) qu’ils demeurent dans la voie de la justice ; et ensuite qu’ils les baptisent (au nom) du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint. Et après qu’ils les auront baptisés, si quelqu’un a péché, a erré et est allé dans le dessein de l’ennemi, et si homme ou femme, ils ont fait le péché, soit sciemment, soit non sciemment 4, ramenez-les (à résipiscence), mais ne les donnez pas (comme) esclaves à Satan. Les voies du salut sont diverses, et l’œuvre de péché aussi (est) diverse. L’un s’égare dans l’adultère, en allant vers la femme d’un (autre) homme ; l’autre s’égare, en tuant un (autre) homme ; un autre s’égare dans le culte et l’idolâtrie des dieux étrangers 5 ; un autre erre, en faisant un faux témoignage contre un autre. Nombreuses sont les œuvres de péché et les voies de Satan.
Quant à vous, ô évêques, ne laissez pas tomber (de nouveau) les enfants des hommes dans tous ces péchés qu’ils ont faits. Pour moi, je requiers (cela) de vous, ô guides des aveugles ; édificateurs, édifiez (toutes choses), parce que le Seigneur veut que vous lui offriez en présents de nombreux fruits de justice.
Canon 1§
S’il y a un homme ou une femme (qui) se sont trouvés dans le péché et (s’ils) ont confessé leur faute, qu’on leur donne la pénitence, comme il convient ! — S’il y a un homme qui a couché avec la femme de son père, dans le lit de son père et de sa mère, ou qui a couché avec sa sœur et avec ses amies 6, ou qui a couché avec un animal, ou avec la sœur de son père ou de sa mère, il a fait un mauvais et un grand péché, une faute et un crime qui ne conviennent pas ; il a erré, qu’il (r)ait fait sciemment ou non sciemment ; qu’il abandonne (sa manière de vivre), qu’il revienne (à résipiscence) et se soumette à la pénitence ! Si quelque homme a couché avec une femme qui a ses règles, ou avec une femme en couches, ou avec un autre (homme) qui était ivre, il est maudit et impur ; il a fait un péché et une faute qui ne conviennent pas ; il est allé dans la coutume des païens ; mais (aussi) sa pénitence sera grande. Mais s’ils sont revenus (à résipiscence), s’ils ont demandé pardon de leur faute, s’ils sont venus vers vous, dans les larmes et dans les pleurs, et ont avoué le péché qu’ils ont fait, ô évêques, donnez-leur une grande pénitence : qu’ils jeûnent trente semaines de jours, sans (compter) 7 le vendredi, le mercredi et les sabbats ! Ayant jeûné ce (temps) et ayant accompli les jours de leur pénitence, dans la tristesse et dans les larmes, qu’ils se lavent 8, entrent dans l’église et qu’ils reçoivent le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu’il nous a donnés pour le pardon du péché ! Et ensuite qu’ils ne retournent plus de nouveau dans cette faute et ce péché ! Car la (vraie) pénitence est de ne pas récidiver.
Canon 2§
S’il y a un homme qui tue un autre injustement, soit en l’accusant (à tort), ou par faux témoignage, ou par le glaive et par le pillage en secret, s’il fait ainsi et tue quelqu’un, il est accusé auprès du Seigneur, car il est allé dans le dessein de Satan, comme Qâyan (Caïn) qui a tué ’Abél, son frère, injustement ; et tout meurtrier de quelqu’un, transgresseur de la loi, est impur auprès du Seigneur. Et sa pénitence sera grande. Mais s’il a agi sans savoir, (s’il) a abandonné (sa manière de vivre), (s’il) est retourné (à résipiscence) dans les larmes, et s’il est venu vers vous, ô évêques, et (s’il) a demandé la pénitence, donnez-la-lui et ne le laissez pas devenir captif du diable. Donnez-lui (comme) pénitence, qu’il jeûne vingt-sept semaines de jours, sans compter le vendredi, le mercredi et les sabbats ! Qu’il jeûne ce (temps-là) dans les larmes et dans les pleurs, en s’adonnant (à la pénitence) et en demandant pardon au Seigneur ! Et celui-ci ayant donc accompli le temps fixé de sa pénitence, qu’il se lave, qu’il entre dans l’église, qu’il reçoive l’Eucharistie, qu’il soit compté avec les brebis du troupeau du Christ et qu’il ne retourne pas dans ce péché ! Mais la grande pénitence est de ne pas retourner dans ce péché.
Canon 3§
Si un homme a la femme qu’il a épousée depuis sa jeunesse 9, elle est sa sœur et sa compagne : qu’il ne l’abandonne pas, mais qu’il l’aime extrêmement, comme lui-même, et que celle-ci aussi l’aime et l’honore comme elle-même, qu’elle lui obéisse, le regardant comme maître, car ils sont un seul corps et une seule chair ! Ce que le Seigneur a uni, que l’homme ne (le) sépare pas 11.
Écoutez, ô mes airnés, le Seigneur a d’abord formé le premier homme, et après qu’il l’eut formé, il souffla sur lui un esprit de vie, puis il le fit entrer et le plaça dans le jardin de la joie, et il lui donna tous les biens, nourriture et breuvage, dont le goût (était) varié et le plaisir ineffable pour l’homme. Il lui donna cela, le fit demeurer seul et il ordonna aux Séraphins de le servir. Encore après cela, le Seigneur alla vers Adam, afin de le visiter et de le consoler ; il le trouva assis dans le jardin de délices et de plaisir. Le Seigneur parla et dit à Adam ; Paix à toi, ô Adam ! Adam répondit et dit : Mon Seigneur et mon Dieu, es-tu donc venu vers moi ? Que ta paix me trouve, (ô) mon Seigneur ! Le Seigneur vit Adam triste et le cœur affligé. Il lui dit : 0 Adam, pourquoi là où l’on n’est pas triste es-tu triste, et là où l’on n’est pas chagrin es-tu chagrin, là (où est) le pays de la joie (en) fais-tu le pays de la tristesse et de l’affliction ? Et Adam lui dit : 0 mon Seigneur vraiment, toi qui m’as donné (toute) joie et tout plaisir, avec qui me réjouirai-je moimême et qui se réjouira à mon sujet ? Et le Seigneur lui dit : Faisons pour lui une compagne qui lui soit une aide 10. 11 lui donna un demi-sommeil
et Adam dormit d’un grand sommeil. (Le Seigneur) arracha un os de son côté, il (en) édifia la chair (tirée) de cet endroit, il souffla sur elle un esprit de vie, et il la lui donna, afin qu’elle soit pour lui une femme, une compagne, une aide et une sœur ; il la plaça à son chevet, jusqu’à ce qu’Adam soit réveillé. Et Adam se leva de son sommeil ; il vit Eve se tenant à son chevet, et il lui dit : Ô femme, qui t’a fait venir ? C’est (là) la chair de ma chair et l’os de mes os. Le Seigneur (t’)a donnée à moi, afin que tu sois pour moi, ma femme, ma sœur et mon épouse. Et Adam se réjouit, lorsqu’il eut vu Eve. C’est pourquoi l’homme laissera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et c’est pourquoi ils sont devenus homme et femme, une seule chair 11 et un seul organisme.
Que l’homme fasse ainsi ! Qu’il n’abandonne pas la femme qu’( il a) depuis sa jeunesse ! Et même si elle a péché, a fait vme faute, est allée dans le dessein de l’ennemi et a chuté, (bien que), soit sciemment, soit sans le savoir, elle ait fait ce qui n’est pas droit, qu’(il lui pardonne) son péché, qu’il ne l’abandonne pas prisonnière du diable, car elle est son corps ! Dans l’Évangile aussi j’ai dit, moi le Seigneur, lorsque tu m’interrogeais, Pierre, au sujet de la rémission du péché du prochain. Et tu m’as dit : 0 Seigneur, combien de fois, si mon prochain et mon frère a péché contre moi, faut-il que je lui pardonne ? Est-ce jusqu’à la septième fois ? Et moi, le Seigneur, j’ai dit à Pierre : Je ne te dis pas sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois 12. Je lui ai dit : Telle (doit être) la rémission de la faute et du péché de (ton) prochain et de (ton) frère. Et pareillement que (l’homme) pardonne sa faute à sa femme, qu’(il a) depuis sa jeunesse ! Et même si elle a été trouvée dans l’adultère, ou dans une faute, ou un péché quelconque, et a fait ce qui ne convient pas, qu’il la ramène (à résipiscence) ! Si le serpent l’a mordue et si le dragon mauvais a injecté son venin en elle et l’a blessée, qu’il demande le remède pour elle, afin qu’elle soit guérie de sa blessure ! Qu’il aille vers les médecins, afin qu’ils versent le remède dans sa blessure, pour qu’elle soit guérie de sa blessure. 0 homme, ne la rejette pas dans la puanteur de sa blessure, car elle est la chair de ta chair, elle est le corps de ton corps, elle est la blessure de ta blessure. Lave-la donc dans l’eau, jusqu’à ce qu’elle soit purifiée et qu’elle soit guérie de (sa) blessure. Ce que j’ai nommé 13 le serpent et le dragon qui l’a mordue, c’est le diable ; ce que j’ai dit : il a injecté son venin, c’est le péché et la faute ; et ce que j’ai nommé blessure, c’est la grande conséquence du péché. 0 homme, demande pour elle la guérison, et va vers les médecins, afin qu’ils versent le remède dans sa blessure, pour qu’elle soit guérie de sa blessure. Ceux que j’ai nommés médecins, ce sont les évêques et les prêtres. Demande pour elle ce que j’ai nommé le remède. Qu’ils la corrigent et qu’ils la ramènent par leur bonne doctrine,
qu’ils lui donnent et (lui) versent le remède, je veux dire la pénitence qui guérira la blessure et le venin amer ! 0 homme, fais ainsi pour elle, pour ta femme, que (tu as) depuis ta jeunesse ; ne la laisse pas devenir captive de Satan (même) une seule fois, mais ramène-la, par la pénitence, dans la bonne doctrine des évêques. Et si vraiment tu as fait ainsi, (c’est) bien pour toi : tu as accompli toute la doctrine de la loi. le commandement de la justice et le règlement de la loi du iTrèsVHaut, et tu deviendras un exemple pour tous les fidèles qui voudront aller en elle, dans la justice et sans hésitation.
Canon 4§
.Si un homme a épousé une femme répudiée, qui n’est plus vierge, (qui) a épousé lun homme), (qui) a fait un péché, (qui) est allée dans la voie de Satan, soit dans l’adultère, soit dans la magie, soit dans le culte des idoles, (qui) a fait de nombreux péchés et fautes, soit sciemment, soit sans le savoir, qui a chuté dans la loi de Satan, en secret ou ouvertement, et (qui) a persévéré à faire ainsi, après que son mari l’aura su, qu’il lui dise à elle toute seule, jusqu’à neuf fois, d’abandonner son œuvre mauvaise ! Et si elle est revenue (à résipiscence), si elle {Y a écouté et a confessé son péché, qu’il la conduise vers l’évêque. afin qu’il lui donne la pénitence, qu’il lui ordonne de jeûner six semaines de jours, sans compter le vendredi, le mercredi et les sabbats ! Et ensuite ayant accompli les jours de sa pénitence, dans les pleurs et dans les larmes, qu’elle se lave, qu’elle entre dans l’église, qu’elle reçoive le corps et le sang de Notre-Seigneur iJésus)-Christ, et qu’elle n’entre pas une seconde fois dans cette faute et ce péché, car la (vraie i pénitence est de ne pas récidiver ! Mais si elle est retournée une seconde fois dans ce péché, qu’il la chasse, les mains vides et sans rien, car elle a méprisé la loi du Christ, et il n’y aura pas pour elle de pénitence une seconde fois !
Canon 5§
Si un homme ravit la femme d’un ( autre i homme et lui fait violence sans raison, tandis que son mari existe lencore). il a fait mal. a violé le commandement du Seigneur et est allé dans la loi du diable. Soit qu’il ait fait cela, en agissant par ruse, d’après son conseil 14, ou (qu’il ait fait) ainsi, en (lui) faisant (réellement) violence, il a fait un grand péché ; il a violé toute la loi et le commandement qui est écrit dans la Loi et les Prophètes. Aussi sa pénitence sera grande. Selon qu’il est dit dans les Écritures 15 : que tout homme demeure fidèle à sa femme, et que la femme aussi demeure fidèle à son mari ! Ainsi a été établie la règle de l’homme et de la femme, et chacun fera 16 selon qu’il a été établi. S’il est tombé (et s’)il a fait (le mal), sans le savoir et après qu’il (r)a su, qu’il retourne (à résipiscence), qu’il aille vers les évêques et qu’il demande le pardon de son péché et de la faute qu’il a faite ! Que la femme aussi fasse ainsi ! Qu’ils confessent le péché qu’ils ont fait, et qu’on leur donne i comme pénitence) de jeûner neuf semaines de jours, sans (compter) le vendredi, le
mercredi et les sabbats ! Et (eux) ayant achevé le temps fixé de leur pénitence, qu’ils se lavent, qu’ils entrent dans l’église, qu’ils reçoivent l’Eucharistie et qu’ils soient comptés avec les fidèles ! Et qu’ils ne retournent pas une seconde fois dans le péché ! La (vraie) pénitence est de ne pas récidiver.
Canon 6§
Si quelque homme a fait violence à une vierge et a corrompu sa virginité, en dehors de la loi et du mariage, sans avoir donné la dot et sans que son 17 père et sa mère l’aient voulu, une telle action n’est pas droite. Qu’il donne sa dot en double à son père et à sa mère, qu’il prenne cette (vierge) avec l’assentiment de son père et de sa mère, et qu’elle devienne pour lui sa femme selon la loi 18 ! Mais s’il l’a abandonnée, (l’)ayant corrompue, (de sorte) qu’elle reste sans ressources, c’est pour lui un grand péché, car il est devenu l’ennemi de l’œuvre du Seigneur, et il n’est pas allé selon la prescription de la loi. Sa pénitence aussi sera grande. Mais celui qui a reconnu le péché qu’il a fait et a demandé la pénitence, qu’on (la) lui donne comme il convient, et qu’on ne fasse pas acception de personnes : grand ou petit ! Etablissez la règle de la justice et de la loi, selon qu’elles ont été établies anciennement. Qu’on lui donne pour pénitence de jeûner dix semaines de jours, sans (compter) le vendredi, le mercredi et les sabbats ! Et lui ayant donc achevé les jours de son temps fixé, dans les larmes, qu’il se lave, qu’il entre dans l’église, qu’il reçoive l’Eucharistie et qu’il soit compté avec les brebis ! Mais la (vraie) pénitence est de ne pas récidiver.
Ô évêques, donnez des lois aux peuples et exposez-leur le commandement du Seigneur et les commandements de la vie, dans le Seigneur ; (dites-leur) d’aller dans les voies de l’Esprit-Saint, de ne pas parler vainement, de ne pas s’entretenir témérairement 19, car celui qui parle vainement et témérairement sera condamné. Aussi dans l’Évangile ai-je dit moi-même, le Seigneur : Toute parole vaine que les hommes auront dite, ils rendront compte à son sujet, au jour du jugement 20. Et j’ai dit encore ; Par les paroles tu seras justifié et par tes paroles tu seras condamné 21. Maintenant, ô évêques, affermissez les peuples, afin qu’ils se gardent de toute parole mauvaise.
Canon 7§
Si un homme a été trouvé dans un discours mauvais (et) a médit contre le métropolite et contre le roi, alors qu’ils sont innocents ; s’il s’est proposé (quelque) mauvais dessein, ou de tuer, ou d’accuser (faussement), ou de faux témoignage ; s’il a été trouvé ainsi, par témoignage de deux ou trois témoins, reprenez-le ; sa condamnation (doit être) grande, car celui qui a fait cette action honteuse a fait un délit et un péché qui ne conviennent pas. Il n’y a pas de rémission et de pénitence pour celui qui a médit contre le roi et contre le métropolite, si eux-mêmes,
soit le métropolite, soit le roi, n’ont pas pardonné, car ils sont grands et ont domination sur tout homme, car ils sont pourvus d’autorité et sont les oints du Seigneur. Il n’est pas juste qu’on médise contre eux, car euxmêmes le métropolite et le roi sont préposés, (comme) image du Fils du Seigneur ; ne médisez dpnc pas contre eux. Et aussi dans l’Évangile j’ai dit : Si quelqu’un a blasphémé contre le Fils de l’Homme, son péché lui sera pardonné ; mais pour celui qui a blasphémé contre V Esprit-Saint, il ne lui sera pardonné ni dans ce monde, ni dans (le monde) à venir 22. Pareillement il ne sera pas pardonné à celui qui aura médit (contre le roi et le métropolite), aura fait le mal, soit par sa parole, soit par ses œuvres, soit par une (fausse ! accusation, ou par son (mauvais) dessein, ou par le meurtre, ou (en s’efforçant) de les destituer de leur fonction ; il sera maudit comme Judas lui-même, qui a fait tuer le Seigneur de toutes choses, l’a livré, l’a vendu pour trente (pièces) d’argent, et n’a pas eu de gain par la vente de son Maître, mais s’est perdu, (car) il s’est pendu luimême et est mort sans pénitence. Ainsi cet homme sera perdu comme le diable et Judas, et il mourra sans pénitence. Personne ne priera et ne suppliera pour lui et personne ne lui donnera la pénitence pour la rémission de son péché. Mais si eux-mêmes,!e métropolite et le roi, ont eu pitié de lui et ont pardonné à cet homme ; s’ils ont donné la pénitence à celui pour qui il n’y avait pas de miséricorde et de pénitence, (à celui) qui était destiné à la mort, (qui en) approchait et qui désespérait : s’ils ont eu pitié de celui qui avait péché et erré contre eux ; (s’ils) ont pardonné à celui qui avait été trouvé dans toute cette faute et ce péché, à eux aussi leur sera pardonné, auprès du Seigneur, leur péché, car ils ont entendu la parole et le commandement du Seigneur disant : Pardonnez le péché à celui qui a péché contre vous 23. Et Notre Seigneur aussi a prié et a demandé (le pardon) pour ceux qui l’ont crucifié, et il leur a pardonné et a dit : 0 Père, remets-leur leur péché et pardonne-leur leur faute 24. C’est cela qu’a dit le Seigneur pour ceux qui l’ont crucifié. Et vous aussi, métropolites et rois, faites de même et imitez le Christ ; car le Christ est prêtre, prince des prêtres ; (il est) roi, roi des rois ; (c’est) lui \(-\m) a institué les métropolites, les prêtres, les diacres, les rois et les juges ; d’eux tous il est le Seigneur ; il est le roi de toute créature qui (est) au ciel et sur la terre. Pareillement il e.st juste que vous imitiez le Christ et que vous pardonniez (sa) faute à qui a péché contre vous. 0 métropolites et rois, faites ainsi et pardonnez à qui a péché contre vous, afin que vous receviez la récompense auprès du Seigneur, et afin qu’il vous donne ce que l’œil n’a pas vu, [ce que) l’oreille n’a pas entendu, ce qu’il a préparé pour ceux qui l’aiment [^25].
À lui gloire, au Messie, au Fils du Seigneur, qui a donné la pénitence aux pécheurs, pour les siècles des siècles ! Amen. Amen. Ainsi soit-il. Ainsi soit-il.
Ô évêques, statuez ainsi, réglez la loi et établissez le règlement de la pénitence. Alîn que le pécheur ne meure pas dans son péché, donnez la pénitence à ceux qui voudront faire pénitence.
Priez pour celui qui a écrit et pour celui qui a fait écrire (tout ceci), ’Abésélom, afin que le Seigneur lui fasse miséricorde dans le royaume des cieux pour les siècles des siècles. Amen : Amen. Ainsi soit-il. Ainsi soit-il.
Étude de l’éditeur : les canons et le sacrement de pénitence§
Qu’ils appartiennent à quelque série de décisions conciliaires, ou qu’ils soient, comme ceux que nous éditons, plus strictement pénitentiels, les Canons qui fixent la pénitence à imposer aux fidèles coupables, contiennent d’ordinaire assez peu de détails sur la façon dont le pénitent rentre en grâce, soit avec Dieu, soit avec la communauté. Ce que nous savons de la Pénitence dans l’antiquité chrétienne, nous le devons plutôt à des documents d’une autre nature. Nos Canons décrivent l’exomologèse et c’est ce qui, plus que tout autre chose, en fait l’intérêt. 34
Mais la Pénitence, telle qu’elle est décrite, apparaît-elle réellement comme un sacrement, et répond-elle à ce que nous savons d’autre part ?
Le sacrement de Pénitence se compose de quatre éléments : la contrition, l’aveu des fautes et la satisfaction qui sont les actes du Pénitent : puis l’absolution, le pardon intime des fautes, accordé au nom de Dieu, par le ministre du sacrement 33.
Le prologue qui précède les Canons proprement dits parle surtout de la potestas regendi, du pouvoir législatif et disciplinaire dans l’Église. Traitant d’office de la Pénitence, au lieu de citer le texte plus approprié : les péchés seront remis… l’auteur emprunte le texte qui établit la primauté de saint Pierre, et sur lequel on fonde d’ordinaire la légitimité du pouvoir de gouvernement dans l’Église. Les paroles que Jésus est censé adresser aux apôtres et aux évêques 26, si nous laissons l’affirmation de la valeur rédemptrice de l’Incarnation et de la Passion, ne sont qu’une longue exhortation au zèle en faveur des fidèles, que les pasteurs doivent instruire et tenir en garde contre le mal, et en faveur des pécheurs qu’ils doivent ramener dans la pénitence, ne pas laisser devenir captifs de Satan, ni laisser mourir dans leurs péchés. Il n’y a rien là de quelque peu précis sur le pouvoir accordé à l’Église, au for interne, et de ces paroles : pasteurs des brebis, législateurs, réglez et légiférez sur tout, ce qui ressort n’est que le pouvoir disciplinaire. Il est bien dit aux disciples de donner aux hommes le pardon de leurs péchés. Mais qu’est-ce pardon des péchés ? Par quelle parole et quel geste est-il donné ? Quel signe doit faire savoir au pénitent qu’il a obtenu le pardon intérieur ? Cette rémission du péché ne se présente pas égale à celle qui est donnée par l’absolution, quelle qu’en soit la forme et le mode. Cette formule parait être l’équivalent de cette autre : ramenez-les dans la Pénitence. Les Canons eux-mêmes, nous le verrons, disent indifféremment aux sujets coupables : demandez le pardon ou demandez la pénitence.
Quels sont donc, dans les Canons proprement dits, les éléments de la Pénitence que nous trouvons ?
Nous empruntons les traits à toutes les classes de pénitents, sans distinction, car la nature de la faute peut bien déterminer le degré de gravité de la satisfaction ; mais elle ne saurait influer sur les actes et les dispositions exigées du coupable, pour sa réconciliation, puisque toutes les fautes dont il est question sont considérées comme graves.
Il est exigé du coupable qu’il abandonne sa manière de vivre, qu’il vienne (à résipiscence) dans les larmes, qu’il aille vers l’évêque, avouer son péché, confesser son péché, demander la pénitence, le pardon de son péché. Il y a même deux cas qui sont assez bizarres. En cas d’adultère de la femme ou de quelque autre péché 3, ce n’est pas elle qui va demander la pénitence ; cette obligation est faite au mari : qu’il la ramène (à résipiscence)… qu’il demande le pardon pour elle… va vers le médecin… demande pour elle ce que j’ai nommé le remède : le remède, c’est la pénitence. La femme avait à se présenter sans doute à l’évêque ou au prêtre, afin qu’ils pussent la ramener par leur bonne doctrine, et lui verser le remède, la pénitence. Avait-elle aussi l’obligation de faire elle-même l’aveu de sa faute, déjà connue par la démarche de son mari ? Peut-être, mais rien ne l’indique. Dans le second cas 4 qui concerne encore l’adultère de la femme, la pratique des sortilèges ou l’idolâtrie, l’aveu de la faute est fait d’abord au mari, qui devra conduire sa femme vers l’évêque, lequel lui donnera la pénitence. Là encore, il n’est pas dit que la femme fasse à l’évêque l’aveu de sa faute, mais cet aveu est ici supposé, car l’évêque n’est pas, dans ce cas, averti par le mari.
Quoi qu’il en soit de ces deux cas, qu’il serait exagéré de serrer de trop près, l’ensemble des dispositions et les démarches exigées des coupables montrent et la contrition et l’aveu de la faute, la confession.
Cette confession se fait à l’évêque d’ordinaire. Rien ne permet de penser qu’elle n’était pas secrète.
Par cette expression : aller vers l’évêque demander le pardon de sa faute, faut-il entendre qu’après avoir reçu l’aveu du pénitent, l’évêque lui donnait le pardon de son péché, par l’absolution, ainsi qu’il se pratique de nos jours ? Assurément non : cela serait contraire à tout ce que nous savons de l’ancienne discipline pénitentielle ; puis, et surtout, la rémission est donnée par la réception de l’Eucharistie, elle n’avait donc pas été concédée auparavant. Cette expression, demander le pardon, paraît bien équivalente de cette autre, demander la pénitence ; elles sont d’ailleurs employées indifféremment l’une et l’autre.
Après qu’il a reçu l’aveu du coupable, l’évêque lui donne la pénitence, la satisfaction ; c’est le jeûne. Le temps de la pénitence est plus ou moins long suivant la nature et la gravité des fautes. La plus lourde pénitence est le jeûne durant trente semaines de jours. Il y a loin de cette pénitence à celle qui durait la vie entière, ou quelque vingtaine d’années, ainsi que l’imposaient les canons de certains conciles, pour des fautes de même nature que celles qui sont inscrites dans nos Canons.
L’auteur compte à la manière juive, par semaines de jours, c’est-à-dire par séries de sept jours. Mais il est certains jours qui n’entrent pas en compte dans le temps que doit durer la pénitence : ce sont les mercredis, les vendredis et les sabbats. De très bonne heure, ainsi qu’en témoigne la Didachè par exemple, les mercredis et les vendredis ont, dans certaines églises, été des jours de jeûne ; c’est pour cela sans doute que le jeûne de ces jours ne pouvait être compté comme jeûne de satisfaction. Par cette expression : les sabbats, il faut très probablement entendre le samedi et le dimanche. Les chrétiens d’Éthiopie avaient, ainsi qu’il s’est pratiqué dans d’autres églises, coutume de célébrer le septième et le premier jour de la semaine : ils les appelaient l’un et l’autre sabbat, mais ils les distinguaient par un qualificatif, le septième jour de la semaine était appelé Sabbatum Judaeorum et le premier Sabbatum primum. Il semble donc bien probable que les sabbats désignent le samedi et le dimanche. Or, le jeûne était généralement défendu le dimanche. Quant au samedi, l’alliance étroite dans les Canons de ces deux jours invite à penser que la raison qui les a fait exclure du nombre des jours prescrits pour la pénitence pourrait bien être la même pour l’un que pour l’autre. La défense du jeûne ces jours-là — défense certaine pour le dimanche — aurait donc été maintenue même en faveur des pénitents.
Le jeûne doit s’accomplir dans les larmes, c’est-à-dire dans le regret des fautes commises. C’est la contrition, qui non seulement doit accompagner l’aveu de la faute 1, mais qui doit persister pendant l’accomplissement de la pénitence.
Après avoir satisfait par la pénitence, le coupable doit se laver. Le rite de la réconciliation commence donc par un bain ou une ablution. L’usage du bain était assez communément interdit au pénitent, pendant toute la durée de sa pénitence ; mais cet ordre, qu’il se lave, ne paraît pas être pour indiquer simplement que désormais l’usage du bain était concédé au pénitent, son temps de pénitence écoulé : cette ablution est bien un rite, qui, produisant une purification extérieure non inutile, devait être en quelque sorte un signe d’une purification intérieure quelconque, car le mari d’une femme coupable d’adultère doit la laver, lui-même, dans l’eau, jusqu’à ce qu’elle soit purifiée, et guérie de la blessure que le péché lui a faite. Il est difficile de savoir quelle purification intérieure les Canons attribuent à cette ablution : il se pourrait que cette purification, distincte probablement de la rémission des péchés, fût considérée comme nécessaire et suffisante pour autoriser le pénitent à recevoir la communion, après qu’il eut satisfait dans des sentiments de contrition.
Le pénitent entre ensuite dans l’église, ce qui suppose — puisque, à l’encontre de presque tous les documents pénitentiels, nos Canons n’en font pas mention — l’interdiction d’y entrer durant l’accomplissement de la pénitence. Cette admission dans l’église ne paraît pas se faire par degrés, ainsi qu’il avait lieu dans certaines communautés chrétiennes ; elle est entière du coup, et est suivie sans intervalle de temps, semble-t-il, de la réception, sous les deux espèces, de l’Eucharistie. La Communion terminait d’ordinaire l’exomologèse, mais seulement après l’absolution, le pardon des péchés donné sacramentellement par l’évêque 27. Dans nos Canons, il n’est en rien question de l’absolution, et aucune parole n’en peut être cousidérée comme y faisant allusion ; il n’est fait aucune mention d’une nouvelle intervention de l’évêque ou du prêtre à un titre quelconque, alors que la discipline pénitentielle décrite par d’autres documents impose ou suppose un second recours du pénitent à l’évêque, une fois la pénitence accomplie, et ce second recours est en vue du pardon à obtenir par l’absolution, donnée soit au moyen d’une formule déprécative, soit par formule indicative. Au coupable en danger de mort seulement, l’absolution était donnée avant l’accomplissement de la pénitence.
Nos Canons disent : qu’il (le pénitent) entre dans l’église, et qu’il reçoive le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu’il nous a donnés pour le pardon du péché 29. Après quoi, il doit être compté parmi les brebis du troupeau du Christ (canon 3), 6] avec les fidèles. L’Eucharistie est donc le moyen par lequel est accordé au pénitent le pardon de son péché ; puis a lieu sa réintégration dans la Communauté.
La réintégration du pénitent dans la Communauté est-elle le but principal de la pénitence et de la communion qui remet le péché, ou bien cette rémission a-t-elle un effet au for interne ? Pour aider à la solution de cette ipiestion — si tant est qu’une solution ferme soit possible — il nous parait nécessaire de rechercher quelle idée les Canons se font du péché. Le péché est-il réellement une offense faite à Dieu ?
Pour qualifier les fautes qu’ils énumèrent, les Canons disent abondamment que ceux qui agissent ainsi vont dans la loi de Satan, qu’ils font un grand péché, une faute qui ne convient pas, un crime, qu’ils vont selon la loi des païens… que tout meurtrier est impur auprès du Seigneur et transgresseur de (sa) loi… celui qui fait violence à une femme fait un grand péché, il viole toute la Loi et le commandement qui est écrit dans la Loi et les Prophètes. Donc les pécheurs violent la Loi de Dieu, et vont dans la Loi de Satan son ennemi. Le péché est donc bien conçu comme une désobéissance, partant comme une offense, s’adressant à Dieu 30. La conscience toutefois semble avoir un rôle indécis : d’un côté le péché, qu’il soit commis en le sachant ou sans le savoir, est toujours le péché, et ne parait pas différer de gravité ; d’autre part, avant de faire l’aveu de sa faute, le coupable doit s’en repentir et la pleurer. Il doit aussi accomplir sa pénitence dans les larmes. Sans que les Canons se prononcent d’une façon nette sur la nature du péché, ce qui serait d’ailleurs trop leur demander, il faut penser qu’ils le considèrent comme une offense s’adressant à Dieu, et qui ne peut
■ lu. péché, veuille simplement se référer à ces mots […] que nous trouvons dans Matth. 26, 28 seul, car il parle de l’Eucharistie, tandis que Jésus pirle de l’effusion de son sang.
■ -t présenté, quand il s’agit de l’adultère de la femme, comme une offense au mari, i|ui reçoit son aveu et va demander, pour la coupable, la pénitence ; c’est au.ç.si le mari offensé qui doit concéder le pardon. Il en va de même et d’une façon plus a^T-Tavée, quand il s’agit des offenses concernant le métropolite et le roi. Pas de pardon possible pour le coupable, pas d’intercession même en sa laveur, si les olTensés n’imposent pas eux-mêmes la pénitence et n’accordent pas le pardon. Nous pensons qu’il serait exagéré de conclure que dans ces deux cas les Canons ne considèrent pas le péché comme une offense s’adressant à Dieu. Présenter, dans le cas d’adultère de la femme, son mari, et dans le péché contre le métropolite, le roi, ceux-ci comme les offensc’s, n’est vrai sans doute que d’une façon incomplète, mais c’est vrai cependant ; et à voir la longue exhortation faite au mari, au métropolite et au roi pour les engager à avoir pitié et à pardonner, on pense que le but de l’auteur est, ici, surtout d’inspirer la miséricorde et de prêcher le pardon des injures ; de ce que, pour ce motif, l’offense faite aux liommes est mise en vedette, il ne.s’ensuit pas nécessairement que l’offense faite à fiicu soit niée.
être remise sans le regret de la conscience : il est donc quelque chose d’intime qui intéresse l’âme. Si vraiment le péché atteint l’âme, la rémission du péché ne peut pas n’être qu’une chose externe, la réintégration du pécheur dans la Communauté. Il nous paraît donc plus vraisemblable de penser que l’idée que nos Canons se font du péché, bien que peu nette, il est vrai, est toutefois exacte : le péché, et par conséquent la rémission, n’intéressent pas uniquement la communauté chrétienne, ou le prochain, mais encore le for interne.
Cette rémission, de quelque façon qu’elle s’opère, peut-elle être reçue plusieurs fois ; la pénitence se renouvelle-t-elle ? Tout au moins pour le cas d’adultère, de magie, d’idolâtrie, quand il s’agit d’une femme répudiée et remariée 4, la pénitence n’est accordée qu’une seule fois. Mais si elle est retournée une seconde fois dans ce péché, dit le Canon 4, que le mari la chasse les mains vides et sans rien, car elle a méprisé la loi du Christ et il n’y aura pas pour elle de pénitence une seconde fois. Pourquoi la pénitence est-elle refusée une seconde fois à la femme ainsi coupable, et pourquoi n’est-elle pas refusée à celui qui se rend coupable des fautes énumérées, par exemple, par le Canon 1, qui, avec d’autres fautes aussi graves, mentionne aussi l’adultère, entaché d’une malice spéciale ? Devons-nous penser que ce refus de la seconde pénitence est, au Canon 4, une addition ? Nous ne croyons pas. Remarquons que presque tous nos Canons terminent les prescriptions faites aux pénitents d’une façon semblable : qu’il (le pénitent) ne retourne pas dans ce péché ; mais la vraie pénitence est de ne pas retourner (dans le péché). Le Canon 4 contient, ainsi que les autres, cette petite exhortation, immédiatement avant la menace du refus de la pénitence ; on sait, d’autre part, la voie d’adoucissement qu’a suivie la discipline pénitentielle. Nous serions beaucoup plus porté à admettre une suppression de cette même menace aux autres Canons, que son addition au Canon 4. On comprend que, se mettant d’accord avec une discipline devenue moins rigoureuse, nos Canons aient supprimé le refus de la seconde pénitence ; on comprendrait difficilement qu’ils l’aient introduit, par la suite, pour un seul cas, et d’une façon très arbitraire.
Il resterait à expliquer comment cette menace, rayée des autres Canons, serait demeurée au Canon 4. Il ne semble pas que le fait, pour la femme en question, d’avoir été répudiée et de n’être plus vierge, soit un motif suffisant à ce traitement de rigueur et d’exception. Nous avouons ne pas trouver de raison valable. Sans doute, pour aider à trancher les difficultés de ce genre, nous avons toujours à notre disposition, et tout prêt, le procédé assez commode et sans danger, qui consiste à invoquer une distraction du réviseur ou du copiste ; devons-nous y faire appel une fois de plus ?… Peut-être l’examen des manuscrits que nous avons signalés en tête du texte des Canons donnerait-il la solution de ce petit problème, mais nous ne pouvons malheureusement pas songer à le faire. Quoi qu’il en soit de la raison, distraction ou intention voulue, qui nous fait lire cette menace au Canon 4 seul, elle nous paraît être un reste, plutôt qu’une addition.
Nous devons donc, au sujet de la réitération de la Pénitence, conclure que nos Canons connaissent, pour un cas, mais pour une raison qui nous échappe, la pénitence unique ; mais l’ensemble des Canons ne s’occupe pas de la rechute, et par conséquent ne nous fait pas connaître la discipline en usage dans ce cas.
L’énumération des péchés pour lesquels les Canons imposent une pénitence est assez embrouillée. Parfois ils assemblent des fautes qui, spécifiquement, sont sans relation. Le prologue parle d’une façon générale de l’adultère, de l’homicide, de l’apostasie — les trois fautes ad mortem — auxquelles il ajoute le faux témoignage, qui n’a pas tardé en effet à prendre rang parmi les péchés graves. Dans les Canons mêmes nous relevons les fautes suivantes. Dans le Canon 1, il s’agit de différents péchés de la chair. Le Canon 2 vise l’homicide et le faux témoignage qui est rattaché à l’homicide en tant que moyen pour obtenir injustement la mort de quelqu’un.
Dans le Canon 3, après une exhortation à l’homme de ne pas abandonner sa femme, même coupable, il est question de l’adultère de celle-ci.
Le Canon 4 nous présente les cas d’adultère, d’idolâtrie, de magie, du côté de la femme répudiée et remariée.
La mention des sortilèges et de l’idolâtrie, puisqu’il s’agit d’une femme répudiée, pourrait peut-être faire supposer que les Canons ont en vue une femme répudiée par un païen et plus portée, par conséquent, aux pratiques idolâtriques. C’est pour une rechute dans l’une de ces fautes qu’il n’est pas de seconde pénitence, et le mari doit chasser sa femme les mains vides et sans rien, car elle a méprisé la loi du Christ 31. Nous avons signalé plus haut la modification que, dans ces deux derniers cas, subit la discipline que les autres Canons imposent.
Le Canon 5 punit l’adultère de l’homme : s’il a agi avec violence, lui seul est soumis à la pénitence ; mais s’il a eu la complicité de la femme, tous deux doivent faire pénitence.
Le Canon 6, qui concerne le viol d’une vierge, a beaucoup d’analogie
Mand. iv, 1). Hermas déclare que tant qu’il ignore que sa femme est coupable, il ne pèche pas, en vivant avec elle ; mais dès qu’il la sait adultère, il la doit répudier. Dans les Canons, le mari, après la première faute de sa leiurae, doit,
1 -s qu’il connaît cette infidélité, reprendre la coupable neuf fois, et la ramener à son devoir : il faut sans doute du temps pour ces neuf avertissements, le mari n’isl donc pas coupable de cohabiter avec sa femme après une première faute, mais s’il y a récidive, si elle est retournée une seconde fois dans ce péché, le mari,
’Mime celui du f’asieur, doit la chasser. Donc, tandis c|ue Ilermas place la
[…] dès que le mari sait l’adultère de sa femme, les Canons aendent la
.■idivc. Ilermas ne veut pas qu’après la répudiation de sa femme, le mari iitracte un nouveau mariage ; les Canons sont muets sur ce point. Si la femme
■ repent et revient à lui. le mari, dans le le Pasteur, doit la recevoir ; c’est avant
■ la renvoyer, même après le première faute connue, que les Canons veulent no le mari gardant sa femme la ramène à son devoir. — Tout cola semble monr.T une époque où la répudiation, admise par Uermas, eji cas « l’adultère était iicore — mais avec plus d’indulgence pour la femme — en vitrueur.
avec la prescription du Lévitique et il fait remarquer que le coupable n’est pas tué selon la prescription de la Loi. Suit une exhortation à éviter les péchés de paroles, mais ceux qui se rendent coupables de la sorte ne tombent pas sous le coup de la pénitence ecclésiastique.
Le Canon 7 est étrange. Il semble n’avoir pas de termes assez énergiques pour flétrir celui qui se rend coupable contre le métropolite et le roi, et ces deux personnages semblent avoir grand besoin d’être défendus, car il est beaucoup de façons de se rendre coupable envers eux, qui vont du simple mauvais dessein jusqu’au meurtre, et toujours les coupables sont impardonnables : seuls les offensés peuvent leur octroyer la pénitence et le pardon, ce à quoi d’ailleurs les Canons les engagent vivement, leur faisant ressortir que la miséricorde dont ils feront preuve leur vaudra à leur tour le pardon de leurs fautes. On s’étonne, malgré tout, que le pouvoir de pardonner appartienne au roi aussi bien qu’à l’évêque. […] S’il s’agit de remettre réellement la faute commise, d’imposer une pénitence sacramentelle, on se demande par quelle autorité le roi le pouvait faire.
En résumé : 1° Si nous laissons à part ce dernier Canon, qui semble répondre à des circonstances particulières, peut-être très locales, nous trouvons dans notre document les trois péchés ad mortem qu’à la fin du IIᵉ siècle on considérait comme irrémissibles, non au sens montaniste de Tertullien, mais en ce sens que l’Église n’en accordait pas elle-même le pardon, qu’elle abandonnait à Dieu. Dans nos Canons ces péchés ne sont pas irrémissibles. Ils mentionnent encore d’autres fautes qui avaient en effet, d’assez bonne heure, attiré à ceux qui y tombaient les rigueurs de la pénitence publique.
2° Nos Canons connaissent trois des quatre éléments de la Pénitence sacramentelle : la contrition, la confession et la satisfaction ; donnée essentiellement incomplète, puisqu’il y manque l’absolution.
3° Le pardon, la rémission du péché, paraît être concédé, intérieurement et directement, par Dieu qui l’opère par la Communion. Celle-ci pourrait avoir comme préparation une ablution, purificatrice en une mesure que nous ignorons.
4° La pénitence — satisfaction — considérée comme remède du péché, partant comme ayant une vertu d’indulgence, pourrait être la condition de la réintégration du coupable dans la communauté.
5° Le ministre, qui reçoit l’aveu du coupable et lui impose la pénitence, est d’ordinaire l’évêque. Le prêtre est lui aussi, avec l’évêque, le médecin qui applique le remède, c’est-à-dire la pénitence. Quant au diacre, il est nommé très incidemment dans le prologue ; il doit, avec l’évêque et le prêtre, garder le peuple, l’instruire et baptiser.
Notons, en terminant, quelques traits qui sont de nature à fournir des données pour la recherche de la date approximative de ces Canons et de leur pays d’origine.
Le prologue paraît indiquer un temps où le paganisme est encore prédominant. Les évêques, les prêtres et les diacres doivent convertir les hommes à la foi au Père, au Fils et au Saint-Esprit et à la Trinité, leur faire abandonner leur genre de vie — puis les affermir dans la doctrine de justice… les paître dans les bonnes œuvres… les instruire afin qu’ils demeurent dans la voie de la Justice… — et ensuite qu’ils les baptisent. Il s’écoule donc un temps assez long entre la conversion et le baptême, et il est à croire que l’évêque doit, avant de baptiser ses convertis, s’assurer qu’ils demeurent bien dans la voie de la Justice, car il y a danger qu’ils tombent dans ces péchés qu’ils ont commis, à quoi l’évêque est engagé à veiller de très près, et au nombre de ces péchés se trouve l’idolâtrie. Quand les Canons parlent des péchés de la chair, ils signalent des fautes assez communes dans le paganisme, et ils disent de celui qui s’en rend coupable qu’il va selon la loi des païens. Dire, pour le flétrir, d’un acte qu’il est selon les coutumes païennes, devait toucher particulièrement ceux qui, chrétiens depuis peu, portaient aux religions et aux pratiques païennes d’autant plus de haine qu’ils les avaient quittées, et ce plus récemment. Il leur est aussi recommandé de ne pas considérer d’autres dieux, après qu’ils auront été comptés parmi les brebis du bercail du Christ.
La liste des péchés soumis à la pénitence publique n’est pas très abondante ; ils se ramènent assez facilement, nous l’avons dit, aux péchés ad mortem.
Mais, d’autre part, la pénitence est peu onéreuse, et comme elle est allée généralement en s’adoucissant, ce trait est tout l’opposé d’une marque d’antiquité. Cependant, pour un péché tout au moins, la pénitence n’est concédée qu’une seule fois. Sans faire état de ce que nous avons dit de la suppression aux autres Canons du refus de la seconde pénitence, nous constatons par le Canon 4 que l’auteur connaît ce refus. La pénitence imposée est le jeûne, qui s’accomplissait, sans doute, de façon privée ; mais l’imposition de la pénitence entraînait l’interdiction d’entrer dans l’église, et en cela, tout au moins, elle avait quelque chose de public. La discipline décrite ici n’est pas sans rappeler quelque peu la discipline en usage, au milieu du IIIᵉ siècle, en Égypte et à Rome, à l’égard des lapsi, auxquels, en danger de mort, sans qu’il y ait eu un rite quelconque de réconciliation, on donnait la communion, soit qu’on les considérât comme réconciliés avec Dieu, directement, par l’accomplissement de la pénitence, soit qu’on ne préjugeât rien de leur état, et qu’on laissât à Dieu d’en apprécier.
L’analogie est grande entre nos Canons et le IVᵉ livre du Qalêmentos. Comme dans les Canons, le pénitent du Qalêmentos doit revenir à résipiscence, en étant affligé et contrit ; il doit rester hors de l’église, autant qu’on le lui aura prescrit, avec défense d’y entrer avant d’avoir achevé sa pénitence. Mais la vraie pénitence est de ne pas retourner dans les œuvres mauvaises qu’il a commises auparavant, c’est là le point principal de la Pénitence. Puis, la pénitence accomplie, telle que la lui ont donnée les Anciens de l’Église, le pénitent revient à l’église, il est convoqué aux mystères, et s’approche de la communion.
On voit combien ces deux écrits sont voisins dans ce qui concerne la discipline pénitentielle. Dans le Qalêmentos, la liste des péchés est bien plus développée que dans les Canons, et il s’y trouve les cas — moins le Canon 7 — que ceux-ci nous présentent. Il n’est, semble-t-il, pas très téméraire de penser à une influence de l’un de ces écrits sur l’autre. Mais en quel sens a pu s’exercer cette influence ? Du Qalêmentos aux Canons ou des Canons au Qalêmentos ? La témérité serait peut-être bien de prétendre, dès à présent, trancher la question.
Les Canons ne sont pas non plus — il fallait bien s’y attendre — sans relation avec les canons conciliaires qui traitent de la pénitence, mais ces relations tiennent uniquement à l’identité du sujet, et sont par conséquent sans portée pour ce qui nous occupe.
Le Canon 7, relatif aux fautes contre le métropolite et le roi 32, pourrait, si la situation à laquelle il semble faire allusion nous était connue, être une indication soit du pays d’origine, soit d’un pays qui aurait adopté ces canons, et désigner ainsi probablement une région, mais nous ne sommes pas en mesure de rien dire sur ce point. De même la dépendance du Qalêmentos par rapport aux Canons, ou la dépendance inverse, pourra fournir une donnée, quand il sera possible d’établir l’enquête.
Nous nous sommes demandé si ces Canons ne trahissaient pas quelque influence juive. Nous rappelons les traits que nous avons notés déjà : la façon de compter par semaines de jours, seule employée par l’auteur, la place importante, dans le rite de la réconciliation, donnée à l’ablution, la vertu purificatrice qui lui est attribuée, le terme même employé pour la désigner ; enfin la similitude entre Exode 22 et les prescriptions du Canon 6 contre celui qui fait violence à une vierge. Ce que le Canon 3 ordonne au mari offensé ne rappelle-t-il pas quelque peu la procédure décrite par Nombres 5 sqq., quand il s’agissait d’une femme, justement ou injustement, soupçonnée d’adultère par son mari, et bien que faisant logiquement suite à la comparaison du péché à une blessure, la compa raison de la pénitence à un remède, administré par l’évêque ou le prêtre, ne fait-elle pas penser aux eaux amères de malédiction que le prêtre faisait boire à la femme soupçonnée coupable : ces deux comparaisons, qui auraient pu tout autant être faites à quelque autre canon que ce soit, ne se rencontrant que dans ce Canon 3. Notons encore l’expression les fils de Satan, de teinte sémitique. L’auteur dit aussi parfois que les coupables vont contre la Loi, qu’ils transgressent le commandement qui est écrit dans la Loi et les Prophètes. Nous pourrions, sans insistance aucune, ajouter que presque tous les cas des Canons se trouvent dans Lév. 19-20. Ce sont là des indices assez faibles, c’est vrai, mais que nous avons cru bon cependant de signaler.
De tout ce que nous avons dit, nous conclurions que ces Canons pénitentiels pourraient, dans leur état primitif, remonter au temps où la pénitence n’était concédée qu’une fois. Ensuite, ils auraient été quelque peu modifiés, par la suppression de la menace du refus de la seconde péni tence — menace demeurée toutefois dans un Canon — et ce, lorsque la pratique contraire était définitivement en usage dans l’Église de laquelle ils émanent, donc, sans doute, assez longtemps après leur rédaction première.
Il ne serait pas impossible qu’ils aient pris naissance dans une communauté judéo-chrétienne.
C’est tout — et c’est peu — ce qu’il nous est possible d’en dire.
GUERRIER.
Caïffa (Palestine).
