Les Avantages de la Patience
- 01 — 1° Excellence de cette vertu
- 02 — 2° Sa nécessité
- 03 — 5° Manière de l’acquérir
- 04 — 6° Récompense

Les Avantages de la Patience
Saint Cyprien de Carthage · 27 juin 2016 · 26 min de lecture · 12 523 vues
1° Excellence de cette vertu ; 2° Sa nécessité ; 3° Exemples ; 4° Ses avantages ; 5° Manière de l’acquérir ; 6° Récompense.
Aujourd’hui, mes frères bien-aimés, j’ai à vous parler de la patience : je dois vous faire connaître le mérite et les avantages de cette vertu. Puis-je mieux commencer mon discours, qu’en vous faisant remarquer que, même en ce moment, la patience vous est nécessaire, car, sans elle, vous ne pouvez ni m’écouter, ni profiter de mes leçons ? En effet, l’instruction ne peut être efficace qu’autant qu’on l’écoute avec patience. Dans la loi chrétienne, mes frères bien-aimés, plusieurs routes s’ouvrent devant nous pour nous conduire au salut ; mais je ne trouve rien de plus utile pour la vie présente, rien de plus méritoire pour le Ciel, que de s’attacher avec crainte et amour aux préceptes du Seigneur et de supporter avec une patience inaltérable tous les événements de cette vie.
Les philosophes aussi se vantent de pratiquer cette vertu ; mais leur patience est aussi fausse que leur sagesse. Comment, en effet, être sage et patient, si on ne connaît la sagesse et la patience de Dieu ? Il (357) nous dit lui-même : Je perdrai la sagesse des sages et je réprouverai la prudence des prudents (Is., XX.). Saint Paul, l’oracle de l’Esprit-Saint et l’apôtre des nations, nous enseigne la même vérité : Prenez garde, dit-il, de vous laisser séduire par une philosophie vaine et trompeuse, fondée sur les traditions, sur la science mondaine et non sur le Christ, en qui réside la plénitude de la divinité (Coloss., II.). Et ailleurs : Ne vous y trompez pas, si quelqu’un d’entre vous veut être sage, qu’il devienne insensé pour le monde.
Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Il est écrit : Je confondrai les sages dans leur sa gesse. Et au livre des Psaumes : Le Seigneur connaît les pensées des sages ; il sait qu’elles ne sont que folie (Ps., IX.). Si, dans le monde, il n’y a pas de véritable sagesse, il n’y a pas non plus de véritable patience. Le sage est humble et doux ; or, rien ne manque plus aux philosophes que la sagesse et la douceur : ils se, complaisent beaucoup en eux-mêmes, et par suite ils déplaisent à Dieu. Mais la vraie patience ne peut pas résider dans ces hommes qui découvrent impudemment leur poitrine et affectent une insolente liberté. Pour nous, mes frères, dont la philosophie réside non dans les paroles mais dans les actions, qui possédons la vraie sagesse sans l’afficher sur nos vêtements, qui faisons consister la vertu dans la conscience. et dans la conduite et non dans une vaine jactance d’extérieur et de langage, nous, dis-je, véritables serviteurs de Dieu, exerçons-nous à cette patience qui nous fut enseignée par Jésus-Christ.
1° La patience nous est commune avec Dieu ; c’est en Dieu qu’elle prend son origine, sa grandeur, sa dignité, son éclat. Nous devons aimer ce que Dieu aime ; sa majesté infinie nous (357) en fait un devoir. S’il est pour nous un maître et un père, imitons sa patience ; car les serviteurs doivent obéir et les fils marcher sur les traces de leurs pères. Or, voulez-vous avoir une idée de la patience de Dieu ? On insulte sa majesté infinie par des temples profanes, par des idoles impures, par des cérémonies sacrilèges ; et il le souffre, et il fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants, et, quand il envoie sa pluie sur la terre, les justes et les pécheurs jouissent également de ses bienfaits. Toujours avec la même patience, il comble de ses faveurs les coupables et les innocents, les hommes religieux et les impies, les coeurs reconnaissants et les coeurs ingrats.
Tous ont à leur service les saisons, les éléments, les vents, les sources. Les moissons grandissent pour tout le monde ; pour tous mûrissent les raisins ; pour tous nous voyons les arbres se couvrir de fruits, les bois de feuillage, les prés de fleurs. Irrité par de nombreuses ou plutôt par de continuelles injures, Dieu modère son indignation et attend avec patience le jour du jugement. La vengeance est dans sa main ; il préfère la patience. Il souffre, et il attend que la malice humaine, fatiguée d’elle-même, revienne à des sentiments meilleurs ; que l’homme, après avoir erré longtemps dans un dédale d’erreurs et de crimes, se convertisse enfin. D’ailleurs, il ne cesse de l’y exhorter : Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive.
Revenez au Seigneur votre Dieu, dit le prophète Joël, car il est plein de miséricorde, de pitié, de patience ; il a compassion de vous et il vous invite à fléchir sa colère (Joël, II.). C’est à peu près le langage de l’apôtre saint Paul : Est-ce que vous méprisez les trésors de bonté, de patience, de longanimité de ce Dieu qui, en vous attendant, vous invite au repentir ? Par votre dureté et votre impénitence, vous amassez contre vous un trésor de colère pour le jour de la manifestation, où le juste juge rendra à chacun selon ses oeuvres (Rom., VIII.). Le juge est appelé juste, (359) parce que son arrêt ne sera porté qu’à la fin du monde, afin de laisser à l’homme le temps de se convertir. Le châtiment ne frappera le pécheur que lorsque le repentir sera pour lui sans utilité.
Pour mieux nous faire comprendre que la patience est une vertu toute divine et que l’homme doux et miséricordieux est l’imitateur de Dieu le père, Jésus parle ainsi dans son Évangile : Vous savez qu’il a été dit : Vous aimerez votre prochain, et vous haïrez votre ennemi ; mais moi je vous dis aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être les fils de votre Père céleste, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et tomber sa pluie sur les justes et sur les pécheurs. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense obtiendrez-vous ? Est-ce que les publicains ne le font pas ? si vous saluez seulement vos frères, que faites vous de plus que les païens ? Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait (Matt., V.).
Ainsi, d’après la parole divine, les fils de Dieu deviennent parfaits, en s’appropriant la patience de leur père, en imprimant sur leurs actes ce cachet divin qu’Adam avait perdu par son péché. Quelle gloire d’être semblable à Dieu ! Quel bonheur de posséder des vertus qui nous font participer aux perfections divines
