Le tombeau de la sainte Vierge
Enquête sur les dernières années de la Théotokos : Éphèse ou Gethsémani
- 01 — Éphèse, ville de Paul et de Jean
- 02 — Les deux sanctuaires d’Éphèse
- 03 — Le silence des premiers siècles : Épiphane et Jérôme
- 04 — Le fondement dogmatique et la tradition de Gethsémani
- 05 — La carrière de l’apôtre Jean après la Pentecôte
- 06 — La thèse éphésienne et les deux voyantes
- 07 — Conclusion

Le tombeau de la sainte Vierge
Enquête sur les dernières années de la Théotokos : Éphèse ou Gethsémani
Adhémar d’Alès · 31 août 2026 · 25 min de lecture · 2 vues
Le quinzième centenaire du Concile d’Éphèse, célébré durant l’été de 1931, a remis en honneur les souvenirs chrétiens de cette ville, autrefois l’une des plus brillantes de l’Orient.
Ville aujourd’hui bien déchue. Les ports qui faisaient sa gloire ont disparu successivement, sous l’épais linceul des alluvions déversées par le Caystre. Les Arabes au VIIᵉ siècle, les Turcs au XIᵉ, les Mongols au XIVᵉ sont venus pillant, brûlant, massacrant. L’Éphèse chrétienne n’existe plus. Quant à l’Éphèse païenne, que les premiers Apôtres du Christ avaient trouvée en pleine splendeur, leurs écrits nous permettent encore de l’entrevoir. Saint Paul adressera une épître à la jeune Église qu’il a visitée. Saint Luc, dans les Actes, trace de la prédication de l’Apôtre un tableau très vivant (1). Déjà la semence évangélique avait été jetée par Apollos, traversant Éphèse ; et Paul trouva des disciples, bien disposés, mais évidemment peu instruits. Il leur demanda s’ils avaient reçu le Saint-Esprit. Ces gens lui répondirent qu’on ne leur avait jamais parlé du Saint-Esprit. — « Mais quel baptême avez-vous donc reçu ? — Le baptême de Jean. » Il fallut leur expliquer que Jean avait inauguré dans le Jourdain un baptême de pénitence, mais que son ambition se bornait à préparer les âmes pour la foi en Jésus. Dûment instruits et baptisés au nom du Seigneur Jésus, les néophytes reçurent le Saint-Esprit par l’imposition des mains de Paul, et l’efficacité du sacrement se manifesta par le miracle des langues. Paul entra dans la synagogue et y prêcha le Christ pendant trois mois. Une partie des auditeurs se convertit ; d’autres s’endurcirent. Paul transporta son enseignement dans l’école d’un certain Tyrannos ; des hommes de bonne volonté l’y suivirent. Cependant la vertu divine éclatait autour de lui : les linges qu’il avait portés, appliqués à des malades et à des possédés, guérissaient les maladies et chassaient les démons. L’efficacité des exorcismes chrétiens apparaissait à tout le monde, et des Juifs voulurent en faire l’essai ; les fils de Scéva, grand-prêtre juif, s’avisèrent de commander aux démons « au nom de Jésus, que prêche Paul ». Mal leur en prit : le démon répondit, par la bouche du possédé : « Je connais Jésus, et je connais Paul, mais vous, qui êtes-vous ? » Et se précipitant sur les exorcistes indiscrets, l’énergumène les roua de coups. Ce jour fut un triomphe pour la prédication de l’Évangile. Des auditeurs adonnés à la magie apportèrent leurs livres superstitieux, les brûlèrent publiquement ; il y en avait pour cinquante mille deniers.
Bravant les réactions assez vives d’une population païenne prompte à se soulever au nom de la déesse Artémis, Paul passa deux années entières à Éphèse, de 53 à 56. Il lui donna même un évêque, en la personne de son disciple Timothée. Mais par-dessus Timothée, une autre influence plus durable rayonna sur Éphèse et les autres chrétientés d’Asie : celle de l’apôtre Jean, véritable fondateur et chef de toutes ces Églises. Non pas apôtre des Gentils, au même titre que Paul, mais plutôt apôtre de la circoncision, Jean s’adressait de préférence aux communautés juives pour y implanter la foi chrétienne ; et toutes les recrues de l’Évangile s’unissaient, se fondaient sous sa douce main. Nous le voyons en face de son œuvre dans l’Apocalypse, et nous l’entendons (2) adresser le message de l’Esprit divin « aux sept Églises qui sont en Asie », à commencer par celle d’Éphèse. Éphèse fut réellement la ville de Jean. Durant un demi-siècle peut-être, elle entendit sa parole ; elle garda son tombeau (3). Les évêques des grandes Églises d’Asie au IIᵉ siècle, Polycarpe de Smyrne, Polycrate d’Éphèse, se réclamaient de l’apôtre Jean ; et l’on sait qu’une controverse retentissante, touchant la date de la Pâque, mit aux prises ces évêques avec les papes de Rome, Anicet et Victor, les Églises d’Asie demeurant attachées à l’observance quartodécimane, qu’elles tenaient de l’apôtre Jean, à l’encontre de l’observance romaine, héritée des apôtres Pierre et Paul.
