Le Mensonge
- 01 — Chapitre premier — Difficulté du sujet
- 02 — Chapitre II — Les plaisanteries ne sont pas des mensonges
- 03 — Chapitre III — Qu’est-ce que le mensonge ? Pour mentir, faut-il avoir l’intention de tromper et cette intention suffit-elle ?
- 04 — Chapitre IV — Le mensonge est-il quelquefois utile ou permis
- 05 — Chapitre VI — Le mensonge est une iniquité ; Il donne la mort a l’ame ; On ne peut donc le commettre pour sauver la vie temporelle a qui que ce soit
- 06 — Chapitre VII — Il ne faut pas méme mentir pour conserver la chasteté corporelle. Qu’est-ce que le libertinage ?
- 07 — Chapitre VIII — On ne doit pas même mentir pour procurer aux autres la vie éternelle
- 08 — Chapitre IX — Quelques-uns pensent qu’on peut mentir pour se soustraire a un attentat contre la pudeur. Réfutation de cette opinion
- 09 — Chapitre X — Il ive faut jamais mentir en matière de religion
- 10 — Chapitre XI — Il faut éviter les mensonges qui nuisent a un autre ou a soi-même. Différence entre l’homme qui ment et le menteur
- 11 — Chapitre XII — Peut-on mentir quand cela est utile a quelqu’un sans nuire a personne. Le mensonge n’est-il pas toujours un faux témoignage
- 12 — Chapitre XIII — Peut-on mentir pour ne pas trahir un homicide ou un innocent qu’on cherche pour le faire mourir
- 13 — Chapitre XIV — Huit espèces de mensonges
- 14 — Chapitre XV — Témoignages divins qui défendent le mensonge. Préceptes a interpréter d’après la conduite des saints
- 15 — Chapitre XVII — Le verset 7e du psaume ve s’interprète aussi de trois façons. Comment il faut entendre la défense de porter un faux témoignage
- 16 — Chapitre XIX — La sainteté exige le maintien de trois choses la pudeur du corps, la chasteté de lame et la vérité de la doctrine
- 17 — Chapitre XX — Il ne faut pas mentir pour sauver la pudeur du corps. D’ou vient le mot de foi. Chasteté de l’ame
- 18 — Chapitre XXI — Conclusion. Il faut s’interdire les huit espèces de mensonge énumérées plus haut. Combien sont aveugles ceux qui autorisent le mensonge

Le Mensonge
Saint Augustin · 27 juin 2016 · 87 min de lecture · 3 975 vues
In OEUVRES COMPLÈTES DE SAINT AUGUSTIN, traduites pour la première fois en français sous la direction de M. Raulx, Tome XII, p. 195-217. BAR-LE-DUC,1866.
En quoi consiste le mensonge ? Peut-on quelquefois mentir ? Telles sont les questions que le saint Docteur se propose de discuter. —Exemples à l’appui ; raisons pour et contre. — Huit espèces de mensonges. — Elles sont examinées tour à tour et rejetées. — Conclusion : Il ne faut jamais mentir.
1. C’est une importante question que celle du mensonge ; elle jette souvent le trouble dans notre conduite habituelle, et nous offre ce double danger : ou de traiter inconsidérément de mensonge ce qui n’est pas mensonge, ou de nous persuader qu’on peut quelquefois mentir pour un motif honorable, pour rendre service ou par pitié. Nous la traiterons donc avec tout le soin possible ; nous nous proposerons les difficultés que l’on soulève ; nous n’affirmerons rien au hasard ; et le lecteur attentif saisira, dans le traité même, le résultat de nos recherches, s’il y en a un : car le sujet est obscur, plein, pour ainsi dire, d’anfractuosités et d’antres ténébreux-où souvent la pensée de celui qui le traite s’emprisonne ; au point que l’objet saisi échappe des mains, puis reparaît, pour disparaître encore.
À la fin cependant, un examen attentif aboutira à un résultat certain. Que s’il s’y rencontre quelque erreur, comme la vérité délivre de toute erreur ; tandis que le faux les entraîne toutes, je me consolerai du moins en pensant que de toutes les erreurs la moins dangereuse est celle que l’on commet par un amour excessif de la-vérité et une haine exagérée du faux. En effet, les censeurs austères disent : Il y a, là, excès ; et peut-être la vérité dirait-elle : Il n’y a pas encore assez. En tout cas, lecteur, qui que tu sois, né blâme pas avant d’avoir tout lu, et tu trouveras moins à blâmer : Ne fais point attention au style ; car nous nous sommes beaucoup attaché au fond des choses, et nous avons cédé au besoin d’achever promptement un ouvrage si nécessaire pour les besoins quotidiens de la vie : ce qui fait que nous nous sommes peu ou presque pas occupé du choix des expressions.
