La vie de Saint Antoine Le Grand
- 01 — Chapitre I — La patrie d’Antoine fut l’Égypte, où il naquit de parents nobles et riches qui, étant…
- 02 — Chapitre II — Etant une autre fois entré dans l’église, et entendant lire l’Évangile où Jésus-Christ…
- 03 — Chapitre III — Mais le démon, qui hait tout ce qui est digne de louange et qui voit toutes les bonnes…
- 04 — Chapitre IV — Ce fut là la première victoire que saint Antoine remporta sur le démon, ou pour mieux…
- 05 — Chapitre V — Antoine se resserrant ainsi lui-même dans ces étroites limites s’en alla dans des…
- 06 — Chapitre VI — Ayant ensuite plus d’ardeur que jamais pour s’avancer dans la piété, il fut chez le…
- 07 — Chapitre VII — Antoine passa environ vingt ans de la sorte, sans jamais sortir et sans être vu de…
- 08 — Chapitre VIII — Tous les solitaires s’étant un jour rassemblés auprès de lui, le priaient de leur faire…
- 09 — Chapitre IX — Nous devons aussi travailler avec grand soin à travailler nos inclinations, pour…
- 10 — Chapitre X — Jusqu’ici, je ne vous ai parlé que comme en passant des artifices du démon
- 11 — Chapitre XI — S’ils feignent d’avoir la science de prédire, gardez-vous bien d’y ajouter foi
- 12 — Chapitre XII — Mais il faut que je continue à vous informer des autres tromperies des démons
- 13 — Chapitre XIII — Je voulais terminer ce discours en me contentant de ce que je vous ai dit, sans parler…
- 14 — Chapitre XIV — Antoine ayant ainsi parlé, son discours remplit de joie tous les assistants, augmenta…
- 15 — Chapitre XV — Quel que temps après, l’Église étant ravagée par la persécution de Maximien, et…
- 16 — Chapitre XVI — S’étant retiré, comme je l’ai dit, avec la résolution de demeurer un temps sans sortir…
- 17 — Chapitre XVII — Combien, durant ce séjour, a-t-il soutenu de combats, non pas comme dit l’Apôtre…
- 18 — Chapitre XVIII — Comme ses disciples le priait de descendre de la montagne pour aller les voir et…
- 19 — Chapitre XIX — Alors, plusieurs solitaires allaient le trouver et un grand nombre d’autres personnes…
- 20 — Chapitre XX — Un nommé Fronton, qui était de la maison de l’empereur et qui était tourmenté d’une…
- 21 — Chapitre XXI — Souvent aussi, Antoine prédisait quelques jours avant quelles étaient les personnes qui…
- 22 — Chapitre XXII — Le rapport et l’attestation générale des solitaires nous apprend qu’Antoine a fait…
- 23 — Chapitre XXIII — Antoine rapporta contre son gré ce que je viens de dire
- 24 — Chapitre XXIV — Les évêques et les solitaires l’en ayant prié, Antoine descendit à Alexandrie om il…
- 25 — Chapitre XXV — Antoine était extrêmement prudent ; et ce qui est admirable, bien que n’étant pas…
- 26 — Chapitre XXVI — Quelques-uns de ceux qui passent pour sages parmi les grecs étaient encore venus le…
- 27 — Chapitre XXVII — Ces philosophes ne sachant que répliquer et se tournèrent de côté et d’autre
- 28 — Chapitre XXVIII — La réputation d’Antoine parvint aux empereurs
- 29 — Chapitre XXIX — Jusqu’ici, ce sont les paroles d’Antoine et nous ne devons pas douter que Dieu n’ait…
- 30 — Chapitre XXX — Un autre colonel nommé Balac, persécutait horriblement les catholiques à cause la…
- 31 — Chapitre XXXI — Il est juste que je vous dise quelle a été la fin de sa vie
- 32 — Chapitre XXXII — Etant retourné dans la montagne la plus reculée où il avait coutume de demeurer…
- 33 — Chapitre XXXIII — Telle a été la fin de la vie d’Antoine dans son corps mortel et sa vie a été le…

La vie de Saint Antoine Le Grand
Saint Athanase l'Apostolique · 28 juin 2016 · 132 min de lecture · 5 543 vues
C’est un combat très avantageux que celui où vous vous êtes engagés, d’égaler par votre vertu celle des Solitaires d’Égypte, et d’esssayer, même, de les surpasser par une généreuse émulation.
Il y a déjà parmi vous plusieurs maisons de Solitaires où la discipline religieuse est très bien observée. Chacun louera avec raison votre dessein, et Dieu accordera sans doute à vos prières l’heureux accomplissement de vos désirs. Aussi, voyant que vous me demandez avec instance de vous faire une relation de la manière de vivre du bienheureux Antoine, et que vous désirez apprendre comment il commença à suivre une profession si sainte, ce qu’il était auparavant, quelle a été la fin de sa vie et si les choses que l’on publie à son sujet sont véritables, afin de pouvoir entrer encore dans une plus grande perfection par son imitation et par son exemple, j’ai entrepris avec beaucoup de joie ce que votre charité m’ordonne, parce que de mon côté, je ne saurais me remettre devant les yeux les saintes actions d’Antoine sans en tirer un grand avantage ; et je fuis assuré que du vôtre vous entendrez avec tant d’admiration ce que je vous en dirai, que cela fera naître en vous un ardent désir de marcher sur les pas de ce grand serviteur de Dieu, puisque pour des Solitaires, c’est connaître le vrai chemin de la perfection que de savoir quelle a été la vie d’Antoine.
Ne craignez donc point d’ajouter foi à ce que l’on vous a rapporté de lui, et croyez plutôt que ce ne sont que les moindres de ses excellentes vertus. Car comment aurait-on pu vous en informer entièrement, vu que tout ce que je vous en écrirai par cette lettre, après avoir rappelé ma mémoire pour satisfaire à votre désir, n’égale nullement ses actions. Mais vous-mêmes informez-vous-en soigneusement auprès de ceux qui passeront d’ici vers vous, mais même si chacun rapporte tout ce qu’il sait, il fera très difficile d’en faire une relation qui réponde à la dignité du sujet.
J’avais eu dessein après avoir reçu vos lettres, d’envoyer quérir quelques Solitaires, et principalement ceux qui allaient souvent le visiter, afin qu’en étant mieux informé, je puisse vous en donner une plus particulière connaissance : mais parce que le temps de la navigation était passé et que celui qui m’a rendu vos lettres, était pressé de s’en retourner, je me suis hâté de satisfaire à votre piété, en vous écrivant ce que j’en sais par moi-même, comme l’ayant souvent vu, et ce que j’en ai pu apprendre d’un Solitaire, qui a demeuré longtemps avec lui, et qui lui donnait souvent à laver les mains. J’ai eu soin partout de demeurer dans les termes de la vérité, ce dont j’estime devoir vous avertir, afin que si quelqu’un entend rapporter de lui des actions encore plus grandes que celles que je vous dirai, cette multitude de merveilles ne lui en diminue pas la créance ; et que si au contraire, il n’en apprend que des choses qui soient au dessus de son mérite, cela ne le porte pas à mépriser un si grand Saint.
La patrie d’Antoine fut l’Égypte, où il naquit de parents nobles et riches qui, étant chrétiens, l’élevèrent chrétiennement. Ils le nourrirent en leur maison, et il ne connaissait qu’eux et leur famille. Lors qu’il eut grandi, il ne voulut point apprendre les lettres, de peur que cela ne l’engageât à avoir communication avec les autres enfants. Car ainsi qu’il est écrit de Jacob : Tout son désir était de demeurer avec simplicité dans la maison. Quand on le menait à l’église, il ne s’amusait point à badiner comme les autres enfants ; et lorsqu’il fut plus grand, il ne se laissa nullement emporter à la négligence et à la paresse. Il était très attentif à la lecture, et conservait dans son cœur le fruit que l’on en pouvait tirer. Il rendait une grande obéissance à son père et à sa mère, et bien qu’il soient fort à l’aise, il ne les importunait jamais pour faire bonne chère, et ne cherchait point les plaisirs d’une nourriture délicate ; mais se contentait de ce qu’on lui donnait, et ne désirait rien de plus.
Lorsque son père et sa mère moururent, ils le laissèrent à l’âge de dix-huit à vingt ans avec une sœur encore fort jeune. Il prit soin d’elle et de la maison comme il le devait. Mais six mois s’étaient à peine écoulés, qu’un jour où il allait à l’église, selon sa coutume, avec grande dévotion, il pensait en lui-même pendant le chemin, comment les Apôtres avaient suivi Jésus-Christ en abandonnant toutes choses, et comment plusieurs autres, ainsi qu’on le voit dans les Actes, vendaient leurs biens et en mettaient le prix aux pieds des Apôtres, pour qu’il soit distribué à ceux qui en avaient besoin, et combien grande était la récompense qui les attendait dans le ciel. Alors qu’il avait, dis-je, l’esprit plein de ces pensées, il entra dans l’église au moment où on lisait l’Évangile où notre Seigneur a dit à ce jeune homme qui était riche : « Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et viens, et suis-moi, et tu aurais un trésor au Ciel »
(Mt 19, 21). Antoine regarda la pensée qu’il avait eue de l’exemple des premiers Chrétiens, comme lui ayant été envoyée de Dieu, et ce qu’il avait entendu de l’Évangile, comme si ces paroles n’avaient été lues que pour lui. Il retourna soudain à son logis, et distribua à ses voisins, afin qu’ils n’aient rien à démêler avec lui ni avec sa sœur, tous les héritages qu’il avait de son patrimoine, qui étaient trois cents mesures de terre très fertile et très agréable. Et quant à ses meubles il les vendit tous, et en ayant tiré une somme considérable, il donna cet argent aux pauvres, à l’exception de quelque chose qu’il retint pour sa sœur.
