La Trinité dans l’Homme
- 01 — Chapitre premier comment IL faut chercher a connaitre la Trinité
- 02 — Chapitre ii.examen des trois éléments qui constituent la charité
- 2.1 — Où est donc la Trinité ? Redoublons d’attention et invoquons la lumière éternelle, afin qu’elle éclaire nos ténèbres et que nous voyions en nous, autant que possible, l’image de Dieu
- 03 — Chapitre iii.image de la Trinité dans l’ame de l’homme qui se connaît et s’aime. l’âme se connaît elle-même par elle-même
- 04 — Chapitre IV. l’âme elle-même, l’amour et la connaissance de soi, sont trois choses égales et qui n’en font qu’une ; elles sont a la fois substance et relations inséparables d’une même essence
- 05 — Chapitre v.l’ame, l’amour et la connaissance de soi, sont en même temps distincts et tout entiers l’un dans l’autre
- 06 — Chapitre vi.connaitre une chose en elle-même et la connaitre dans l’éternelle vérité. c’est d’après les règles de l’éternelle vérité qu’il faut juger même des choses corporelles
- 07 — Chapitre vii.nous concevons et engendrons la parole intérieurement d’après des types vus dans la vérité éternelle. la parole est conçue par l’amour du créateur ou de la créature
- 7.13 — Or, cette parole est conçue ou par l’amour de la créature ou par l’amour du Créateur, c’est-à-dire de la nature changeante ou de l’immuable vérité
- 08 — Chapitre viii.différence entre la cupidité ou la passion et la charité
- 09 — Chapitre IX. dans l’amour des choses spirituelles, la parole naît en même temps qu’elle est conçue. IL n’en est pas de même des choses charnelles
- 10 — Chapitre x.la connaissance accompagnée d’amour est-elle seule la parole de l’ame ?
- 11 — Chapitre xi.l’image ou la parole engendrée de l’ame qui se connaît est égale a l’âme elle-même
- 12 — Chapitre xii.la connaissance est engendrée par l’âme, l’amour ne l’est pas. l’âme qui se connaît et s’aime est l’image de la Trinité

La Trinité dans l’Homme
Saint Augustin · 07 juillet 2016 · 35 min de lecture · 4 786 vues
Il y a dans l’homme, qui est l’image de Dieu, une espèce de Trinité, à savoir : l’âme, la connaissance que l’âme a d’elle-même et l‘amour qu’elle a pour elle-même et pour sa propre connaissance ; et ces trois choses sont égales entre elles et de la même essence.
1. Nous cherchons évidemment la Trinité non une Trinité quelconque, mais celle qu est Dieu, le vrai, le souverain et le seul Dieu Patience donc, qui que tu sois qui m’écoutes car nous cherchons encore, et personne m peut raisonnablement blâmer celui qui se livre à cette recherche, pourvu qu’il s’y livre avec une foi inébranlable, dans un sujet si difficile à pénétrer ou à exprimer. Celui qui voit le mieux ou s’explique le mieux, s’empresse, et avec raison, de blâmer celui qui affirme. « Cherchez Dieu », est-il écrit, « et votre âme vivra (Ps., LXVIII, 8). Mais, pour réprimer la joie du téméraire qui croirait avoir atteint le Psalmiste ajoute : « Cherchez sans cesse sa face (Ps., CIV, 4) ». Et l’Apôtre : « Si quel qu’un se persuade savoir quelque chose, il ne sait pas encore comment il faut savoir.
Mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de lui (I Cor., VIII, 2, 3.) ». Il ne dit pas : celui-là le connaît, ce qui serait une dangereuse présomption mais » est connu de lui ». Ailleurs encore. après avoir dit : « Maintenant que vous connaissez Dieu », il se reprend aussitôt et dit : « Ou plutôt que vous êtes connus de Dieu (Gal., IV, 9). Il est exprès encore en ce passage : « Non, mes frères, je ne pense pas l’avoir atteint. Mais seulement, oubliant ce qui est en arrière, et m’avançant vers ce qui est devant, je tends au terme, au prix de la vocation céleste de Dieu dans le Christ Jésus. Ainsi, nous tous qui tant que nous sommes parfaits, ayons ce sentiment (Phil., III, 13-15) ». Selon lui, la perfection en cette vie consiste uniquement à oublier ce qui est en arrière cl à s’avancer par l’intention vers ce qui est devant : l’intention de celui qui cherche offre une sécurité parfaite, jusqu’à ce que le but vers lequel nous tendons et nous avançons soit atteint.
Mais cette intention, pour être droite, doit partir de la foi. En effet, une foi solide est un commencement de connaissance ; mais la connaissance ne sera certaine et parfaite qu’après cette vie, quand nous verrons face à face(Cor., XIII, 12). Ayons donc ces sentiments, pour bien comprendre qu’il y a plus de sécurité à désirer et à chercher la vérité qu’à prendre présomptueusement l’inconnu pour le connu. Cherchons donc comme si nous devions trouver, et trouvons dans l’intention de toujours chercher. En effet, » quand l’homme a achevé, il commence seulement (Eccli., XVIII, 6). Evitons l’infidélité qui doute de ce qu’il faut croire, et la témérité qui affirme ce qu’il faut chercher ; là il faut s’en tenir à l’autorité, et ici chercher la vérité.
Pour ce qui regarde la question présente, croyons que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont un seul Dieu qui a créé et gouverne l’univers ; que le Père n’est pas le Fils, que le Saint-Esprit n’est ni le Père ni le Fils ; mais que la Trinité consiste dans les rapports mutuels des personnes, et l’unité dans l’égalité d’essence. Demandons l’intelligence de ce mystère à Celui même que nous voulons comprendre ; implorons son secours, dans le désir d’expliquer, autant qu’il le voudra bien, ce que nous comprenons, pleins d’attention et de pieuse sollicitude pour ne rien dire qui soit indigne de lui, dans le cas où nous commettrions une méprise. Ainsi, par exemple, si nous disons du Père quelque chose qui ne convienne pas au Père, que cela convienne au Fils ou au Saint-Esprit ou à la Trinité elle-même ; que si nous disons du Fils quelque chose qui ne puisse proprement s’appliquer au Fils, cela s’applique du moins au Père, ou au Saint-Esprit ou à la Trinité ; et qu’enfin, si nous avançons, en parlant du Saint-Esprit, quelque chose qui ne se rapporte pas à sa personne, on puisse du moins le rapporter au Père, ou au Fils ou à la Trinité, le Dieu unique.
Ainsi nous désirons maintenant savoir si le Saint-Esprit est vraiment la souveraine charité ; eh bien ! s’il ne l’est pas, c’est le Père qui l’est, ou le Fils, ou la Trinité elle-même : car nous ne pouvons échapper à l’absolue certitude de la foi et à l’infaillible autorité de l’Écriture qui nous dit : « Dieu est charité (I Jean, IV, 16) ». Mais nous ne pouvons commettre la sacrilège erreur d’attribuer à la Trinité ce qui ne conviendrait qu’à la créature et non au Créateur, ni lui appliquer les vains rêves de l’imagination.
