La Foi chrétienne
- 01 — Prologue
- 1.1 — Foi et œuvres
- 1.2 — La règle de foi
- 02 — I. Exposé de la prédication des apôtres
- 03 — II. Les preuves de la prédication des apôtres : le Christ, accomplissement des écritures
- 04 — III. Le Christ et la nouvelle loi
- 05 — Conclusion
- 5.1 — Erreurs au sujet de Dieu

La Foi chrétienne
Saint Irénée de Lyon · 25 juin 2016 · 98 min de lecture · 2 652 vues
La prédication des Apôtres et ses preuves ou la foi chrétienne
1. Je connais, mon cher Marcianus, ta ferveur en ce qui touche à la piété, seule voie, du reste, qui conduise l’homme à la vie éternelle : aussi, je partage ta joie et je prie pour que ton attachement inébranlable à la foi te rende agréable à Dieu, ton créateur. Que ne nous est-il donné d’être toujours ensemble, de nous aider mutuellement et d’alléger les occupations de la vie d’ici-bas par des causeries fréquentes sur des sujets utiles ! Toutefois, comme à l’heure actuelle nous sommes loin l’un de l’autre, nous ne pouvons que nous entretenir un peu par lettre, et nous nous hâtons de le faire et de t’exposer en abrégé la prédication de la vérité, afin de t’affermir dans la foi. Nous t’envoyons donc une sorte de mémoire sur les points les plus importants, afin que par ce peu tu arrives à beaucoup ; grâce à cet abrégé, tu saisiras l’ensemble de ce corps de vérité, et ce résumé te fournira les preuves des dogmes divins.
Ainsi pourras-tu recueillir des fruits de salut et confondre tous ceux qui sont dans l’erreur. Par là-même, à quiconque voudra connaître notre foi, tu feras avec pleine assurance parvenir une parole saine et irréprochable. Pour tous ceux, en effet, qui voient, il n’est manifestement qu’un seul chemin illuminé par la lumière céleste ; mais ceux qui ne voient pas se trouvent en face de plusieurs routes ténébreuses et opposées. C’est le premier chemin qui conduit au royaume du ciel, en unissant l’homme à Dieu ; les autres mènent à la mort, parce qu’ils éloignent l’homme de Dieu. Il est donc nécessaire pour toi et pour tous ceux qui se préoccupent du salut de leur âme, de marcher, sans dévier jamais, avec ardeur et fermeté à la lumière de la foi, de crainte qu’en se relâchant et en s’arrêtant en route, on ne reste engagé dans les passions grossières, ou qu’on ne se fourvoie et on ne s’écarte de la voie droite.
Foi et œuvres§
2. L’homme étant un être vivant, composé d’âme et de corps, il faut tenir compte des deux éléments. Et comme de part et d’autre peuvent venir des chutes, on distingue la sainteté du corps qui pratique la continence, réprime les appétits coupables et proscrit les actes mauvais, et la sainteté de l’âme, qui consiste dans l’intégrité de la foi en Dieu, sans rien y ajouter ni rien en retrancher. Car la piété se flétrit et se corrompt par la souillure et l’impureté du corps ; elle se brise, se souille, perd son intégrité, quand l’erreur pénètre l’âme. La piété conservera sa splendeur et sa beauté aussi longtemps que la vérité demeurera dans l’âme et la pureté dans le corps. Que sert de connaître le vrai en paroles, si l’on profane son corps, par des actes dégradants ? À quoi bon posséder la sainteté du corps, si la vérité n’habite pas l’âme ? Car elles se réjouissent l’une de l’autre, elles s’harmonisent et unissent leurs efforts pour mener l’homme devant Dieu.
Aussi le Saint-Esprit nous dit par la bouche de David : « Heureux l’homme qui ne marche pas suivant le conseil des méchants « (Ps 1, 1), c’est-à-dire le conseil des païens qui ne connaissent pas Dieu ; car sont impies ceux qui n’adorent pas Dieu, l’Etre réel, selon ce que le Verbe dit à Moïse : « Je suis l’Etre » (Ex 3, 14). Or, ceux qui n’adorent pas Dieu, Celui qui est, sont des impies.
« Heureux qui dans la voie des pécheurs ne se tient. « Sont pécheurs ceux qui connaissent Dieu mais ne gardent pas ses commandements ; c’est-à-dire les méprisent. » Heureux qui ne s’est pas assis dans la chaire de pestilence. « Ils répandent la peste les hommes viciés par une doctrine fausse et perverse : non seulement ils se corrompent mais ils corrompent les autres. Le mot chaire signifie école. Tels sont les hérétiques » assis dans la chaire des pestilence », ils distillent le venin de leur doctrine à ceux qui les écoutent.
La règle de foi§
3. Tel ne sera pas notre sort, si nous tenons la règle de foi inaltérable, si nous accomplissons les commandements de Dieu, en croyant en lui, en le craignant, parce qu’il est le Maître, en l’aimant parce qu’il est Père. Ce comportement est le fruit de la foi, » si vous ne croyez pas, dit Isaïe, vous ne comprendrez pas non plus » (Is 7, 9). La vérité mène à la foi, car la foi se fonde sur la réalité des choses, afin que nous croyions aux êtres tels qu’ils sont, et qu’en croyant de la sorte, nous gardions toujours à leur égard la fermeté de nos convictions. Or, comme ce qui concerne notre salut dépend de la foi, il est nécessaire d’en avoir le plus grand soin pour trouver le véritable sens des choses.
