
La fête de la Croix
Sa Sainteté le Pape Chenouda III, Pape d'Alexandrie et Patriarche de la prédication de saint Marc
Sa Sainteté Chenouda III · 27 septembre 1990 · 12 min de lecture · 4 vues
L’Église célèbre la fête de la croix deux fois par an: le 17 Toute (le 27 septembre) à l’occasion de l’apparition de la croix à l’empereur Constantin; et le 10 Baramhate (le 19 mars) à l’occasion de la découverte de la croix par la reine Hélène.
Je voudrais vous parler aujourd’hui de la croix du point de vue spirituel, de son importance et de sa bénédiction pour notre vie.
La croix est toute souffrance que nous supportons pour l’amour de Dieu ou pour l’amour des gens, pour le Royaume du ciel en général.
Notre Seigneur le Christ et la croix
Le Seigneur nous a appelés à porter la croix, il dit: « Si l’on veut venir à ma suite, il faut renoncer à soi-même, prendre sa croix et me suivre ainsi » (Mt 16, 24), « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi » (Mt 10, 38). Il dit aussi au jeune riche: « Va vendre tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres… puis, viens et suis-moi » (Marc 10, 21).
Il a considéré la croix comme une condition pour devenir son disciple.
Il dit: « Et quiconque ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite, ne peut être mon disciple » (Luc 14, 27).
Même pendant sa vie sur la terre, il a vécu portant la croix. Dès sa naissance Hérode le roi cherchait à le tuer, ce qui l’obligea à s’enfuir avec sa mère en Égypte. Quand il commença sa mission il subit la souffrance de cette mission, de sorte qu’il n’eut pas « où reposer la tête » (Luc 9, 58). Il supporta la peine pendant sa vie. Isaïe le prophète dit de lui: « Homme douloureux, familier de la souffrance » (Isaïe 53, 3). Il souffrit beaucoup des persécutions des juifs. Une fois « ils ramassèrent des pierres pour le lapider » (Jean 10, 31). Une autre fois, ils voulurent le précipiter en bas du sommet de la colline (Luc 4, 29). Quant à leurs insultes et leurs accusations, elles étaient nombreuses. Tout cela était d’autres croix que celle sur laquelle il fut crucifié.
La croix dans la vie des saints
Les disciples du Christ aussi mettaient la croix devant eux. Ils prêchaient toujours en disant: « tandis que nous, nous proclamons un Christ crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens » (1 Cor 1, 23). Saint Paul dit: « Je n’ai pas cru devoir connaître autre chose parmi vous que Jésus Christ et Jésus Christ crucifié » (1 Cor 2, 2). Cependant il se montrait fier de la croix en disant: « Pour moi, Dieu me garde de trouver ma fierté autre part que dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ par laquelle le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde » (Galates 6, 14).
Mais l’Ange qui annonça la résurrection de notre Seigneur dit en ce terme: « Jésus le crucifié » (Mt 28, 5).
La croix est la porte étroite par laquelle il nous a invités à entrer (Mt 7, 13).
Le Christ dit à ses disciples: « Vous aurez à souffrir dans le monde, mais courage, j’ai vaincu le monde » (Jean 16, 33). « Vous serez en butte à la haine de tous à cause de mon nom » (Mt 10, 22). « L’heure même approche où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu » (Jean 16, 2). « Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait à lui. Mais comme vous n’êtes pas du monde et que je vous en ai retirés pour mon choix, le monde vous hait » (Jean 15, 19). De même Saint Paul l’Apôtre enseignait « qu’il nous faut traverser beaucoup d’épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu » (Actes 14, 22).
La présence de la croix est évidente dans l’histoire des martyrs, des prêtres et des moines. Pour la foi les martyrs et les confesseurs (les martyrs sans effusion du sang) ont subi beaucoup de souffrances et de peines insupportables. La plupart des apôtres et des premiers évêques prirent le chemin du martyre. Quand le Seigneur appela Saul pour devenir l’Apôtre des nations, il dit: « Je lui montrerai tout ce qu’il lui faudra souffrir pour mon Nom » (Act 9, 16). Parmi les exemples des souffrances subies par les prêtres et la croix qu’ils portaient, on peut citer Saint Athanase l’égal des Apôtres, qui fut déporté quatre fois et subit de mauvaises accusations; Saint Jean Chrysostome, qui fut déporté également; ainsi que les autres pères qui souffrirent la prison et l’expulsion.
Quant à nos pères les moines, l’Église les appelle « les porteurs de la croix », car ils portent la croix de la solitude et la privation de toute consolation humaine; la croix du monachisme par laquelle ils renoncent à tout désir corporel et supportent les souffrances de la faim, de la soif, du froid et de la chaleur, de la pauvreté et du besoin par amour pour le Christ Roi. Ils supportent aussi les épreuves et les tentations des démons de toute sorte (voir la vie du Saint Antoine).
La vie chrétienne est une croix
La vie chrétienne, de son côté pratique, est un voyage vers la Golgotha, et le christianisme sans croix ne peut pas être considéré comme un vrai christianisme.
Ceux qui profitent des richesses sur la terre n’auront aucune part dans le Royaume céleste, ce qui résulte de la parabole du riche et de Lazare. Cela s’applique soit au niveau des individus, soit à celui des groupes et des Églises. Le Christianisme est la participation aux souffrances du Christ. Saint Paul dit: « Je connaîtrai le Christ, Lui et la puissance émanant de sa résurrection; je connaîtrai la participation à ses souffrances en me conformant à Lui dans sa mort » (Phil 3, 10). De cette participation à ses souffrances il dit: « Je suis fixé à la croix du Christ; je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 19-20).
Si tu veux que le Christ vive en toi, tu dois être crucifié avec Lui ou pour Lui. Je dis cela dans le sens spirituel. Tu montres ton amour pour Dieu en supportant pour Lui toutes les souffrances même jusqu’à la mort.
Dans le Christianisme tu souffres, et dans la souffrance tu trouves le plaisir et tu reçois des couronnes qui se transforment en gloire.
Le Christianisme n’est pas une croix que tu portes en te plaignant ou en t’ennuyant, pas du tout. Mais c’est l’amour de la croix, l’amour de la souffrance, l’amour de donner et de te fatiguer pour le Seigneur et pour la diffusion de son Royaume. On dit de notre Seigneur le Christ: « À la place de la joie qui Lui était offerte, bravant la honte, il supporta la croix » (Héb 12, 2). Saint Paul dit: « Ainsi, je me complais dans les faiblesses, les outrages, la détresse, les persécutions, les angoisses, tout ce que j’endure pour le Christ » (2 Cor 12, 10). Nos Saints Pères les Apôtres, après être battus de verges, « sortirent de la salle du Grand Conseil, pleins de joie d’avoir été trouvés dignes de subir des outrages pour le nom de Jésus » (Act 5, 41).
Quant aux gloires des souffrances, l’Apôtre dit: « nous souffrons avec Lui, de manière à être également glorifiés avec Lui » (Rom 8, 17). Ensuite, il dit: « J’estime qu’il n’y a pas de proportion entre les souffrances du temps présent et la gloire future qui doit se révéler en nous » (Rom 8, 18). Saint Pierre dit aussi: « S’il vous arrive de souffrir pour la justice, heureux êtes-vous » (1 Pierre 3, 14).
Donc, la souffrance est toujours accompagnée du bonheur.
Notre Seigneur le Christ en dit: « Heureux serez-vous quand on vous insultera, quand on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux. Car c’est ainsi qu’on a persécuté vos prédécesseurs les prophètes » (Mt 5, 10-12).
Ici les souffrances pour le Seigneur sont en rapport avec la joie, l’allégresse et la récompense céleste.
Il est vrai, car après la crucifixion il y aura la résurrection et l’Ascension. Il y aura aussi le siège à la droite du Père.
Si le Christianisme était une croix seulement sans gloires, les gens seraient fatigués. L’Apôtre dit: « Si c’est pour cette vie seulement que nous avons placé notre espoir dans le Christ, nous nous trouvons être les plus malheureux de tous les hommes » (1 Cor 15, 19). Mais les Chrétiens, en portant la croix, fixent leurs regards sur les gloires éternelles: « Car nous n’attachons pas nos regards aux choses visibles, mais aux choses invisibles; ce qui est visible n’étant que pour un temps, alors que l’invisible est éternel » (2 Cor 4, 18).
Donc, la fatigue extérieure est toujours accompagnée de paix et de consolation.
Saint Étienne, au moment de sa lapidation, vit le ciel ouvert et il aperçut la gloire de Dieu (Act 7, 55-56). Quelle joie il reçut à cette heure-là… Il y avait une autre joie pour les martyrs: c’est qu’ils avaient accompli le temps de leur voyage sur la terre en paix et que le moment de rencontrer le Seigneur s’approchait. Certains voyaient des visions sacrées qui leur apportaient la consolation.
Nous ne séparons pas la croix de notre joie et de nos gloires. De même nous ne la séparons pas de l’assistance et de la grâce divine.
Le Chrétien qui porte une croix ne la porte pas tout seul. Dieu ne le laisse pas tout seul. Il y a une assistance divine qui le soutient et lui apporte l’aide nécessaire.
C’est cette assistance même qui aidait les martyrs dans leurs souffrances et qui soutient tout fidèle dans l’épreuve. Le Seigneur dit ces paroles encourageantes: « Ne crains rien… Je suis avec toi; personne ne mettra la main sur toi pour te faire du mal » (Act 18, 9-10). « Sois ferme et courageux. Sois sans crainte et sans peur, car le Seigneur est avec toi partout où tu iras » (Josué 1, 9). « Ils te feront la guerre sans pouvoir te vaincre, car je suis avec toi — oracle du Seigneur — pour te délivrer » (Jérémie 1, 19).
L’amour du christianisme pour la croix
La croix est un symbole auquel tout chrétien est attaché par ses sens spirituels et par la foi.
Nous l’élevons sur l’église. Nous l’introduisons dans toutes nos sculptures. Nous la portons sur nos poitrines. Nous faisons le signe de la croix sur nous. Par lui nous commençons nos prières. Nous bénissons nos repas et nous sanctifions tous nos biens. Les prêtres la tiennent dans leurs mains pour bénir les fidèles et pratiquer tous les sacrements, en faisant le signe de la croix pour la consécration et l’ordination. Nous croyons que toutes les bénédictions du Nouveau Testament ont été acquises grâce à la croix. Les habits sacerdotaux sont aussi décorés par la croix, non pas comme ornement mais pour sa bénédiction et sa puissance. Pour la croix nous célébrons deux fêtes, et nous élevons la croix pendant les cérémonies et les processions.
Nous croyons que le signe de la croix est une force qui fait peur aux démons. Tous les efforts déployés par les démons pour faire chuter les hommes étaient vains grâce au salut réalisé sur la croix. Pour cette raison les démons ont peur du signe de la Croix, sous condition que le signe de la croix soit fait avec foi et soumission à Dieu. Saint Paul l’Apôtre dit: « Le langage que parle la croix est une folie pour ceux qui vont à leur perte, tandis que pour ceux qui sont sauvés, pour nous, c’est une puissance de Dieu » (1 Cor 1, 18). L’homme se protège, donc, en faisant le signe de la croix sur lui-même.
Comment tu portes la croix en pratique
1. La croix est un symbole d’amour, de sacrifice et de don de soi. Tu la portes tant que tu souffres pour ces vertus.
Essaye de souffrir pour assurer le repos aux autres, pour les sauver et les servir. Aie confiance que Dieu n’oublie jamais les souffrances à cause de la charité: « et chacun recevra sa récompense à la mesure de sa peine » (1 Cor 3, 8). Habitue-toi à donner quelles que soient les souffrances et les sacrifices. Habitue-toi aussi à donner même de tout ce dont tu as besoin, prenant comme exemple la veuve bénite (Luc 21, 4).
Supporte la peine en faisant ton service. Plus grandes seront tes souffrances, plus grand sera l’amour que tu montreras. Ainsi on voit tes sacrifices…
2. La croix est aussi un signe de peine et de patience. Tu portes la croix pour le Seigneur si tu supportes ses épreuves, ou parce que tu es juste tu es l’objet de persécutions, ou encore tu souffres d’une maladie ou d’une faiblesse…
De même si tu supportes les ennuis des gens sans faire recours à la vengeance et tu leur présentes l’autre joue, ou tu ne résistes pas au méchant (Mt 5, 39), soit dans le cadre de la famille, de ton service ou du travail.
3. Tu portes la croix si tu crucifies ta chair avec ses passions et ses convoitises (Galates 5, 24). Tu fais le maximum pour crucifier un désir ou une convoitise et tu réussis à te contrôler. Tu crucifies ta pensée à chaque fois qu’elle te pousse loin de la raison. Tu contrôles tes sens, ta langue et toi-même. Tu prives ton corps de la nourriture, supportant ainsi la faim, renonçant à tout repas délicieux, à tout plaisir corporel et à l’amour de l’argent.
4. Tu portes ta croix en t’anéantissant toi-même et en te contentant de la dernière place. Tu ne cherches pas les honneurs. Tu renonces à tes droits sur la terre. Tu donnes la priorité aux autres en toute chose, par la charité qui ne cherche pas son intérêt (1 Cor 13, 5). Tu ne cherches pas non plus les louanges et l’honneur des autres. Mais tu cherches plutôt l’humilité et l’abstinence.
5. Tu portes ta croix en portant les péchés des autres, prenant le Christ comme exemple. Rien n’empêche que tu supportes les fautes des autres, que tu sois puni à leur place, ou que tu prennes leurs responsabilités et fasses leur travail. Saint Paul écrit à Philémon d’Onésime: « S’il t’a fait quelque tort, s’il te doit quelque chose, porte-le moi en compte… C’est moi, Paul, qui paierai » (Philémon 18 et 19). Tant que tu peux participer aux souffrances des autres, aide-les à les enlever; prends comme exemple Simon de Cyrène et porte la croix des autres.
