
L’Église, maison d’amour : les relations entre les serviteurs de l’Église
Père Tadros Yacoub Malaty
Père Tadros Y. Malaty · 27 août 2026 · 7 min de lecture · 0 vue
Méditation du Père Tadros Yacoub Malaty sur les relations entre les serviteurs de l’Église: loin d’être une simple affaire d’organisation, elles reflètent la foi trinitaire et font de l’Église une maison d’amour.
I. Les relations entre les responsables de l’Église
On réduit souvent les relations entre les responsables de l’Église à des tâches administratives et organisationnelles. Elles sont importantes: bien conduites, elles permettent à l’Église de remplir sa mission auprès des fidèles comme des non-croyants; mal conduites, elles deviennent occasion de chute pour les uns et de blasphème pour les autres.
Mais l’essentiel est ailleurs. Ministres de la Parole et prêtres du Dieu très-haut, les serviteurs reçoivent leur autorité du grand prêtre céleste, notre Seigneur Jésus, et leur charge pastorale du Bon Pasteur. Leur témoignage repose sur un fondement de foi qui touche à la fois l’intériorité et les comportements visibles, afin que tout se fasse « avec ordre » (1 Corinthiens 14, 33).
Les serviteurs sont ainsi appelés à se reconnaître enfants du ciel, ambassadeurs de Dieu, icône vivante de l’Église céleste, et char qui porte l’Épouse — l’Église — vers le sein du Père par l’œuvre de l’Esprit Saint. Leurs relations mutuelles reflètent leur foi en la Sainte Trinité et leur perception de l’Église comme épouse du Christ, dont la loi est l’amour de Dieu et l’amour du prochain.
II. La communion avec la Sainte Trinité
Saint Ignace d’Antioche offre un exemple lumineux des rapports entre les degrés du sacerdoce — évêque, prêtre, diacre. Il ne décrit pas le détail des attributions de chaque degré, mais montre comment ces relations témoignent d’une foi trinitaire vivante, afin que le Père, le Fils et l’Esprit Saint se manifestent à travers elles.
L’Évangile qui fait vivre les prêtres et la communauté invite à goûter le mystère de la Trinité dans la vie quotidienne, l’adoration et la prédication, et à y contempler le mouvement de l’amour, présent aujourd’hui et pour l’éternité. Dieu est amour, et cet amour n’a jamais été inerte: il n’a eu besoin d’aucune créature, céleste ou terrestre, pour devenir agissant, car il est actif de toute éternité au sein même de la Trinité.
La perfection du Père s’accomplit dans la perfection de son Verbe et dans celle de son Esprit Saint; la plénitude d’une Personne divine n’amoindrit pas celle des autres, elle l’affermit: « Je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jean 14, 10).
Devant cette image divine, le responsable d’Église découvre que son union avec Dieu ne laisse aucune place à la domination. Il se réjouit de la plénitude de ses frères, de ceux qu’il guide comme de ceux qui le guident, car cette plénitude est aussi la sienne, par l’œuvre de la Trinité en lui.
III. L’évangélisation et le travail collégial
Le travail collectif — au niveau du village, du diocèse, du siège apostolique ou de l’Église entière — caractérise l’époque apostolique et post-apostolique. Cette manière de vivre possède une force d’évangélisation propre: la grâce de Dieu aime agir là où règnent l’amour et l’unité, et les âmes en quête de vérité ne se séparent pas de l’amour de l’Église, véritable icône du ciel et image concrète de l’œuvre trinitaire au milieu des hommes.
Dans la vie ecclésiale communautaire, le monde perçoit la doctrine trinitaire et voit une image vivante de la perfection ainsi qu’un modèle unique de vie fraternelle en communion. Le croyant ne cherche pas son intérêt au détriment d’autrui: il tient les biens des autres pour les siens. Là où une conception purement solitaire de l’unité divine peut servir de caution aux pouvoirs autoritaires, la foi en la Trinité parfaite fonde une véritable vie de concertation.
Quelques-uns demandent comment le Père peut être parfait si le Fils et l’Esprit Saint, inséparables de lui, participent de sa perfection — et l’on pourrait poser la même question du Fils et de l’Esprit. La réponse est que la vraie perfection ne se proclame pas dans la suffisance ou l’isolement, mais dans l’amour de Dieu et la relation sans fin avec lui. La perfection absolue du Père s’accomplit dans son unité avec le Fils et l’Esprit, un avec lui dans la même essence. Le Parfait manifeste sa perfection à travers la perfection des autres.
L’homme n’atteint donc pas la perfection par l’autoglorification ni par la réussite solitaire, mais par l’union avec les autres dans l’amour. L’homme accompli n’est pas celui qui nourrit son ego pour une gloire vaine, mais celui qui aime et reçoit en retour l’amour de ses frères.
C’est dans cet esprit que le Christ envoya ses apôtres annoncer le salut « deux par deux devant lui » (Luc 10, 1): ensemble et devant sa face, afin que chacun trouve la plénitude de sa vie, de son service, de sa prédication et de sa réussite dans celle de son frère.
IV. Se réjouir du succès de l’autre
Le serviteur de l’Église est appelé à se jeter dans les bras du Christ et à laisser l’Esprit Saint le conduire de gloire en gloire, renouvelant chaque jour sa jeunesse et sanctifiant sa vie. L’Esprit le porte au sein du Père, où son âme trouve le repos et chante avec Job le juste: « Je me revêtais de la justice » (Job 29, 14). Le Père le voit alors caché dans le Christ.
Son désir est d’être quotidiennement justifié de ses péchés et de ses faiblesses par l’œuvre de la Trinité, ouvrant ainsi à d’autres le chemin de la grâce divine. Celui qui trouve sa joie et sa plénitude dans la plénitude d’autrui ne peut que se réjouir de voir son collègue avancer et réussir.
Saint Paul disait aux siens: « Vous êtes ma joie, vous êtes ma couronne », non par calcul de récompense, mais parce qu’il tenait leur joie pour la sienne, leur couronne céleste pour la sienne, leurs souffrances et leurs chaînes pour les siennes.
À l’inverse, le serviteur qui n’exulte pas du succès et de la fidélité de son collègue s’écarte de l’enseignement du Christ, qui veut le salut du monde entier et la gloire de chaque âme. Si le Christ a choisi de mourir pour nous faire vivre et de souffrir pour adoucir nos souffrances, comment ne pas accepter de décroître pour qu’il croisse en nous, en nos collègues, dans toute la communauté, et jusque dans le cœur de ceux qui ne croient pas encore?
V. L’Église, maison d’amour
Si le service est un appel à vivre l’Église comme une relation personnelle avec Dieu et une relation communautaire embrasée par son amour, alors les relations entre serviteurs en sont la traduction pratique et la prédication la plus réelle.
Saint Paul est souvent présenté comme l’homme du service exalté, sérieux jusque dans le moindre instant de sa vie, prêchant avec force dans les synagogues, sur les places, à bord d’un navire, en prison ou devant les tribunaux. Or le chapitre 16 de l’Épître aux Romains révèle un homme habité d’affections saintes, notamment envers les responsables des Églises et leurs familles: il y salue Prisca et Aquilas, ses compagnons d’œuvre dans le Christ (Romains 16, 3-4), Amplias, son bien-aimé dans le Seigneur (Romains 16, 8), Rufus l’éprouvé et sa mère, qu’il tient pour la sienne (Romains 16, 13).
Plus étonnant encore, cet homme au cœur ardent avoue sans honte n’avoir pas trouvé le repos à Troas — bien que le Seigneur y eût ouvert une porte à l’Évangile — faute d’y avoir rencontré son frère Tite, ce qui le décida à partir pour la Macédoine. Malgré sa forte personnalité et sa relation admirable avec Dieu, l’homme d’Église plein d’affection ne supportait pas l’absence de son frère.
Il convient donc au serviteur non seulement de coopérer avec ses collègues, mais aussi d’apprendre à porter le poids du travail lorsqu’ils lui manquent.
VI. La paternité spirituelle : l’exemple du Père Pichoi Kamel
Un souvenir en donne la mesure. Une divergence opposa le Père Pichoi Kamel à un diacre éminent, jeune encore mais donné en modèle à ses compagnons. Persistant dans son point de vue, le diacre demanda à changer de père de confession et proposa mon nom. Vers minuit, le Père Pichoi vint me demander d’accueillir ce diacre avec compassion — se réservant à lui-même la fermeté dans l’amour — en me disant de ne pas être dur avec lui, de le recevoir en confession un an ou davantage, puis de le lui rendre lorsqu’il aurait retrouvé la paix à son égard.
Portrait rare et magnifique du pasteur: j’entends souvent des prêtres se plaindre que d’autres se montrent compatissants envers ceux à l’égard desquels ils avaient été fermes. Le seul souci du Père Pichoi était de porter chaque âme à Dieu par l’Esprit Saint, pour la faire jouir des richesses de la grâce divine.
Durant un quart de siècle de sacerdoce, je ne l’ai jamais senti froissé qu’une personne le quitte pour se confesser à un autre prêtre. Et lorsqu’il ouvrait une nouvelle église, il y envoyait nos meilleurs diacres en leur disant qu’il ne les voulait pas là seulement pour les louanges du soir, les liturgies et le service, mais pour un but plus grand: voir l’œuvre de Dieu s’y accomplir. Il désirait que chaque église grandisse et que l’action divine y réussisse, plus encore que dans la sienne.
Traduction: Sandra Salama et Natalie Sadek, janvier 2021.
