
Homélie sur l’aumône
Saint Jean Chrysostome · 23 juin 2016 · 74 min de lecture · 2 972 vues
Improvisée par l’orateur pendant la saison rigoureuse, un jour qu’ayant traversé la place publique pour venir à l’église, il avait vu une multitude de pauvres et d’infirmes étendus par terre dans le plus pitoyable état.
Analyse
Cette homélie a été prononcée certainement à Antioche, comme on le voit dans le cours même de l’homélie; mais on ne peut savoir en quelle année. Elle roule sur l’aumône; c’est une explication simple, noble et instructive des quatre premiers versets du seizième chapitre de la première épître aux Corinthiens. L’orateur y montre d’une manière également solide et touchante quel était le zèle de saint Paul pour faire l’aumône et pour engager à la faire; quelle était sa prudence et la générosité de ses sentiments, ce qu’il entendait par le mot de saints; il exhorte les fidèles, d’après l’avis de cet Apôtre, à mettre des deniers à part pour le soulagement des pauvres, et en général à secourir les indigents dans leurs besoins, sans examiner trop scrupuleusement quelle est leur personne. L’exorde de cette homélie est remarquable: il est plein d’une dignité imposante, en même temps qu’il respire un tendre intérêt pour les pauvres. Saint Jean Chrysostome a traversé une partie de la ville pour arriver à l’église: il se suppose député vers les riches par les misérables qu’il a vus étendus par terre dans une saison rigoureuse; il sollicite leur compassion par le spectacle de leurs misères dont il a été le témoin.
1. Je viens remplir une ambassade aussi convenable à mon ministère qu’elle est importante et digne de toute votre attention. Ce sont les pauvres de cette ville qui m’envoient aujourd’hui vers-vous; ils ne se sont point assemblés pour me nommer leur représentant le spectacle seul de leurs misères a parlé suffisamment à mon coeur. En traversant la place et les carrefours, empressé, selon ma coutume, de venir vous rompre le pain de la parole, j’ai vu une multitude d’infortunés étendus par terre, les uns privés de leurs mains, les autres de leurs yeux, d’autres tout couverts d’ulcères et de plaies incurables, étalant aux regards publics les membres qu’ils devraient cacher dans l’état d’horreur où la mal les a réduits. Il y aurait de l’inhumanité, mes frères, à ne point vous parler des pauvres, surtout quand la circonstance actuelle nous en fait une loi si pressante. Si nous devons en tout temps vous exhorter à l’aumône, parce qu’en tout temps nous avons besoin de la miséricorde du Maître commun qui nous a créés, combien plus ne le devons-nous pas dans le froid rigoureux qui
Traduction d’Auger, revue.
règne maintenant? Pendant l’été, la saison même soulage les pauvres. Ils peuvent marcher nus sans péril; les rayons du soleil leur servent de vêtement. Ils peuvent coucher sur la terre, sans craindre que la fraîcheur des nuits les incommode. Ils n’ont besoin ni de chaussure, ni de vin, ni d’une nourriture abondante: une fontaine suffit à leur boisson; quelques herbes et quelques légumes, voilà leurs aliments, voilà les simples mets que la saison est toujours prête à leur servir. Un autre soulagement qui n’est pas moindre, c’est qu’ils ne manquent pas alors d’ouvrage. Ceux qui font bâtir des maisons, qui cultivent la terre, ou qui parcourent les mers, ont besoin de leurs bras. Les maisons, les champs, les héritages, sont la substance assurée des riches; les pauvres n’ont de revenus que ce qu’ils gagnent par leurs sueurs. Ainsi l’été, ils peuvent trouver encore quelque ressource; mais l’hiver, tout leur fait la guerre; au dedans, la faim dévoré leurs entrailles; au dehors, le froid glace leurs membres, et rend leur chair presque morte. Il. leur faudrait plus de nourriture, des vêtements meilleurs, un toit, un lit, des (146) chaussures, et mille autres nécessités. Ce qu’il y a de plus triste dans leur situation, c’est que la rigueur du temps leur ôte tout moyen de travailler pour se nourrir.
Puis donc qu’à présent leurs besoins se multiplient, puisqu’ils n’ont pas la ressource du travail, puisque personne ne loue leurs services et ne les emploie à aucun ouvrage, suppléons à tous les moyens qui leur manquent, engageons les personnes charitables à leur tendre la main, et prenons pour collègue de notre ambassade le bienheureux Paul, ce père tendre, ce grand protecteur des pauvres. En effet, ce grand apôtre s’est occupé de l’aumône plus que personne. Aussi quoiqu’il eût partagé avec Pierre les peuples chez lesquels ils devaient porter la prédication, il ne partagea pas le soin des pauvres; mais après avoir dit: Les apôtres nous donnèrent la main à Barnabé et à moi, pour marque de l’union qui était entre eux et nous, afin que nous prêchassions l’Évangile aux Gentils et aux circoncis, il ajoute: Ils nous recommandèrent seulement de nous souvenir des pauvres, ce que j’ai eu aussi grand soin de faire. (Galat. II, 9 et 10.) Partout dans ses épîtres, il parle de l’aumône, et il n’en est aucune où il ne recommande cette vertu. Il savait, oui, il savait combien elle a de pouvoir. C’est par là qu’il termine tous les avis qu’il adresse aux fidèles, c’est comme le faîte admirable dont il couronne un bel édifice. Ainsi, dans le passage que nous entreprenons d’expliquer, après avoir parlé de la résurrection, et avoir régla; tout le reste, il finit par l’aumône, et voici comme il s’exprime: Quant aux aumônes qu’on recueille pour les saints, suivez le même ordre que nous avons établi pour les Églises de Galatie. Que le premier jour de la semaine chacun de vous… (I Cor. XVI, et suiv.) Voyez la prudence de l’Apôtre, et combien il place à propos ses avis sur l’aumône. C’est après avoir parlé d’un jugement à venir, d’un tribunal redoutable, de la gloire dont les justes doivent être revêtus, et d’une vie immortelle, c’est alors qu’il s’occupe de l’aumône, afin que son auditeur, frappé par la crainte d’un jugement futur, animé et consolé par l’attente des biens que Dieu lui réserve, rempli d’heureuses espérances, reçoive ses discours avec plus d’empressement, Oui, sans doute, celui qui raisonne sur la résurrection; qui se transporte tout entier lui-même dans une autre vie, ne fera aucun cas des biens présents, ni des richesses, ni de l’opulence, ni de l’or, ni de l’argent, ni des délices, ni des habits magnifiques, ni des tables somptueuses; or, celui qui méprise tous ces avantages, se portera plus aisément à soulager les pauvres. C’est pour cela que saint Paul, après avoir bien préparé l’esprit des fidèles par des réflexions utiles sur la résurrection, leur donne ses avis sur l’aumône. Il ne dit pas: Quant aux aumônes qu’on recueille pour les pauvres, pour les indigents, mais: pour les saints, apprenant à ses auditeurs à respecter les pauvres lorsqu’ils sont vertueux, et à mépriser les riches lorsqu’ils méprisent la vertu. Il traite d’homme impur et pervers, même un empereur, lorsqu’il est ennemi de Dieu, et il nomme saints, même les pauvres, lorsqu’ils sont sages et bien réglés. Il appelle Néron un mystère d’iniquité: Le mystère d’iniquité, dit-il, agit dès à présent (II Thess. II, 7); et des hommes qui manquent de la nourriture nécessaire, qui l’attendent de la pitié publique, il les a appelés des saints. Il donne en même temps une leçon secrète aux riches; il leur apprend à ne pas concevoir d’orgueil, à ne point se prévaloir du précepte, comme s’ils soulageaient des êtres vils et méprisables, mais à se bien persuader eux-mêmes que c’est pour eux un très-grand honneur d’être jugés dignes de participer aux afflictions des pauvres.
2. Mais il est à propos d’examiner ce que saint Paul entend par le nom de saints; car ce n’est pas seulement ici qu’il en parle, mais encore ailleurs: Maintenant, dit-il aux fidèles de Rome, je m’en vais à Jérusalem porter aux saints les aumônes que j’ai recueillies. (Rom. XV, 25.) Saint Luc parle de ces mêmes saints dans les Actes, lorsqu’on était menacé d’une grande famine: Les disciples, dit-il, résolurent d’envoyer, chacun selon son pouvoir, quelques aumônes aux saints de Jérusalem, qui étaient dans l’indigence. (Act. II, 29.) Et dans le passage que nous avons cité plus haut: Ils nous recommandèrent seulement, dit saint Paul, de nous souvenir des pauvres, ce que j’ai eu aussi grand soin de faire. Lorsque nous nous fûmes partagés les peuples, que j’eus pris pour moi les Gentils, et que Pierre eut pris les Juifs, nous réglâmes, d’un commun accord, que ce partage ne s’étendrait pas sur les pauvres. Lorsqu’il s’agissait de prédication, l’un prêchait aux Juifs, l’autre aux Gentils; mais lorsqu’il fallait secourir les pauvres, ce n’était plus la (147) même chose: l’un n’était pas chargé spécialement des pauvres parmi les Juifs, et l’autre des pauvres parmi les Gentils, mais ils s’occupaient tous deux, avec un grand soin, des pauvres de la Judée. C’est ce qui faisait dire à saint Paul: Ils nous recommandèrent seulement de nous souvenir des pauvres, ce que j’ai eu aussi grand soin de faire. Quels sont donc les pauvres dont il parle ici, et dans l’épître aux Romains, et dans celle aux Galates, pour lesquels il exhorte encore lés Macédoniens? ce sont les Juifs pauvres qui étaient à Jérusalem. Et pourquoi s’occupe-t-il d’eux avec tant d’attention? est-ce qu’il n’y avait pas de pauvres et d’indigents dans chacune des autres villes? pourquoi donc n’envoie-t-il d’aumônes qu’aux pauvres de Jérusalem, et exhorte-t-il pour eux les fidèles des autres pays? Ce n’est pas sans motif et au hasard, ni. par acception de personne qu’il le fait, mais par raison d’utilité et de convenance.
Il est nécessaire de reprendre les choses d’un peu plus haut. Lorsque l’empire des Juifs fut tombé, lorsqu’ayant crucifié Jésus, ils eurent prononcé contre eux-mêmes cette sentence Nous n’avons de roi que César (Jean, XIX, 15), et qu’ils furent désormais soumis aux Romains, ils ne se gouvernaient plus par leurs propres lois comme auparavant, sans qu’ils fussent aussi assujettis que de nos jours; mais ils étaient au rang d’alliés, ils payaient tribut aux empereurs, et recevaient des gouverneurs choisis par eux. Cependant ils usaient de leurs propres lois dans plusieurs occasions, et punissaient leurs coupables suivant leurs anciennes ordonnances. Ce qui prouve qu’ils payaient tribut aux Romains, c’est que s’étant approchés de Jésus pour le tenter, ils lui firent cette demande: Maître, est-il libre ou non de payer le tribut à César? (Matth. XXII,17.) Jésus-Christ leur ayant fait montrer une pièce de monnaie, leur dit: Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Saint Luc dit expressément que le temple était occupé par des chefs de troupes romaines. Ce sont là des preuves très-fortes que les Juifs étaient soumis aux Romains. Mais ce qui prouve qu’ils usaient souvent de leurs propres lois, c’est qu’ils ont lapidé Étienne sans le mener devant un tribunal, qu’ils ont fait mourir Jacques, frère du Seigneur, qu’ils ont crucifié Jésus-Christ lui-même, quoique le juge le déclarât purgé de toute accusation, et lui permît de se retirer. Aussi Pilate se lava-t-il les mains en disant: Je suis innocent du sang de cet homme (Matth. XXVII, 24); et comme il se vit pressé par les Juifs, il se retira sans prononcer. Les Juifs, de leur propre autorité, le condamnèrent, et firent le reste. Ils ont aussi souvent attaqué saint Paul. Comme donc ils se jugeaient eux-mêmes, il arrivait de là que ceux d’entre eux qui croyaient en Jésus-Christ avaient plus à souffrir que partout ailleurs. Chez les autres peuples, il y avait des tribunaux, des lois, des magistrats; et il n’était pas permis aux Gentils de faire mourir, de lapider ceux d’entre eux qui s’écartaient des usages, ou de leur faire quelque autre mal, de leur propre autorité; mais si l’on en surprenait quelqu’un à commettre quelque acte de violence contre la volonté des juges, il était puni lui-même. Les Juifs, au contraire, avaient pour ces sortes de violences illégales une entière licence. Aussi, je le répète, ceux d’entre eux qui avaient embrassé la foi étaient plus persécutés que les chrétiens des autres nations; ils étaient comme des brebis au milieu des loups, et ils ne trouvaient personne qui vînt à leur secours. Les Juifs battirent souvent de verges saint Paul, comme nous l’apprenons de lui-même: J’ai reçu des Juifs, dit-il, en cinq fois différentes, trente-neuf, coups de fouet; j’ai été battu de verges par trois fois; j’ai été lapidé une fois. (II Cor. II, 24 et 25.) Et pour preuve que nous ne parlons point par conjecture, écoutez ce que saint Paul écrit aux Hébreux: Rappelez en votre mémoire ces premiers temps, auxquels, après avoir été éclairés par la foi, vous avez soutenu de grands combats dans les afflictions que l’on vous a fait souffrir, ayant été d’une part exposés devant tout le monde aux injures et aux mauvais traitements, et de l’autre ayant été compagnons de ceux qui ont enduré de pareils outrages; car vous avez vu avec joie tous vos biens pillés, sachant que vous aviez dans les cieux d’autres biens plus excellents et plus durables. (Héb. X, 32, 33 et 34.) Il exhorte ainsi les Thessaloniciens, en les produisant pour exemple: Mes frères, leur dit-il, vous êtes devenus les imitateurs des Églises de Dieu, qui ont embrassé la foi de Jésus-Christ dans la Judée, ayant souffert les mêmes persécutions, de la part de vos concitoyens, que ces Églises ont souffertes de la part des Juifs. (I Thess. II, 14.) Ainsi, comme les fidèles de Jérusalem avaient plus à souffrir que dans toute autre ville, qu’on les (148) persécutait sans pitié, qu’on enlevait tous leurs biens, qu’ils étaient pillés partout, chassés de tous les lieux, c’est avec raison que saint Paul excite tous les peuples à les secourir. C’est ici encore en leur faveur qu’il exhorte les Corinthiens par ces paroles: Quant aux aumônes qu’on recueille pour les saints, suivez le même ordre que nous avons établi pour les Églises de Galatie.
3. J’ai prouvé suffisamment quels sont les saints que désigne saint Paul, et pourquoi il s’occupe d’eux avec une attention particulière; il faut montrer maintenant pour quelle raison il parle des Galates; car, pourquoi ne dit-il pas: Quant aux aumônes qu’on recueille pour les saints, suivez cet ordre: que le premier jour de la semaine chacun de vous mette à part chez soi quelque chose, amassant peu à peu, au lieu de dire: Quant aux aumônes qu’on recueille pour les saints, suivez le même ordre que nous avons établi pour les Églises de Galatie? Pourquoi s’exprime-t-il de la sorte? pourquoi ne parle-t-il pas d’une ou de deux villes, mais de tout un peuple? c’est pour que les Corinthiens montrent plus d’ardeur, et que les éloges donnés à d’autres soient pour eux un motif d’émulation.
Ensuite, il leur explique l’ordre qu’il voudrait établir: Que le premier jour de la semaine, dit-il, chacun de vous mette à part chez soi quelque chose, amassant peu à peu ce qu’il pourra, avec l’aide du Seigneur, afin qu’on n’attende pas à mon arrivée à recueillir les aumônes. Le premier jour de la semaine, c’est-à-dire le dimanche, le jour consacré au Seigneur. Et pourquoi a-t-il marqué ce jour pour les contributions de chacun? pourquoi n’a-t-il pas dit: le deuxième jour de la semaine, le troisième, ou le dernier? Ce n’est pas au hasard et sans raison: il voulait tirer du temps même un motif pour les faire contribuer, avec plus d’ardeur, au soulagement des pauvres. La circonstance du temps fait beaucoup en toute chose. Et que fait, direz-vous, la circonstance du jour pour engager à faire l’aumône? Dans le jour que marque l’Apôtre, on cesse tout travail; le repos rend l’âme plus gaie et plus contente. Mais, ce qu’il y a de plus important, c’est qu’en ce jour nous avons joui d’une infinité de précieux avantages. C’est en ce jour que la mort a été vaincue, la malédiction détruite, le péché aboli, les portes de l’enfer brisées, le démon enchaîné, une longue guerre terminée; c’est en ce jour que l’homme a été réconcilié avec Dieu, que notre race a recouvré son ancienne noblesse, ou plutôt est montée à un rang beaucoup plus sublime; c’est en ce jour que le soleil a vu un prodige merveilleux l’homme devenu immortel. C’est pour nous rappeler tous ces grands avantages, que saint Paul choisit le jour du Seigneur; il prend ce jour pour appuyer ses paroles, et il semble dire à chacun: Pensez, ô homme, de quels biens vous avez été comblé en ce jour, de quels maux vous avez été délivré; ce que vous étiez d’abord, ce que vous êtes devenu ensuite! Si d’anciens esclaves honorent le jour où ils ont été mis en liberté; si nous honorons le jour de notre naissance; si les uns célèbrent des festins, si d’autres, plus généreux encore, font des présents; à plus forte raison devons-nous honorer le jour que l’on peut appeler le jour de la naissance de la nature humaine. Nous étions perdus, et nous avons été retrouvés; nous étions morts, et nous sommes ressuscités; nous étions ennemis, et nous avons été réconciliés. Nous devons donc honorer ce jour d’une manière spirituelle, non en célébrant des festins, non en nous livrant aux excès de la bouche et à des danses peu honnêtes, mais en tirant de la détresse nos frères indigents. Je ne vous fais pas ces réflexions afin que vous y applaudissiez, mais afin que vous agissiez d’après ce que je vous dis. Croyez que ce n’est pas seulement aux Corinthiens que s’adresse l’Apôtre, mais à chacun de nous et à ceux qui viendront après nous. Suivons l’ordre établi par saint Paul, et mettons à part, dans le jour du Seigneur, l’argent destiné pour le Seigneur. Faisons-nous en une loi et un usage invariable, et nous n’aurons pas besoin d’être animés ni exhortés. Une longue et ancienne habitude fait plus dans ces sortes de bonnes oeuvres que tous les discours et toutes les exhortations. Si nous nous faisons une règle de mettre quelque chose à part le dimanche pour le soulagement des pauvres, ce sera pour nous une loi que nous n’oserons enfreindre, quelque nécessité qui survienne.
Après avoir dit: Le premier jour de la semaine, l’Apôtre ajoute: chacun de vous. Je ne parle pas seulement, dit-il, aux riches, mais encore aux pauvres; non-seulement aux personnes libres, mais encore aux esclaves; non-seulement aux hommes, mais encore aux femmes. Que personne ne se dispense de cette bonne rouvre, que personne ne se prive du fruit qu’on peut en recueillir, mais que chacun (149) contribue selon son pouvoir. Non, la pauvreté ne peut être un obstacle à une pareille contribution. Quel que pauvre que vous soyez, vous n’êtes pas plus pauvre que cette veuve de l’Évangile, qui donna tout ce qu’elle avait. (Luc, XXI, 2.) Quel que pauvre que vous soyez, vous n’êtes pas plus pauvre que cette veuve de Sidonie, qui, ne possédant qu’une poignée de farine, pressée par la faim, n’ayant rien en réserve, se voyant entourée d’enfants, ne se dispensa pas, s’empressa au contraire de recevoir le prophète. (III Rois, XVII, 11.)
Mais pourquoi saint Paul a-t-il dit: mette à part chez soi, amassant peu à peu, à la lettre, thésaurisant. Comme celui qui mettait à part aurait pu avoir honte d’offrir une somme modique, c’est pour cela qu’il dit: Gardez chez vous ce que vous mettez à part, et lorsque vous aurez grossi la somme en mettant à plusieurs reprises, alors venez nous l’offrir. Il se sert du mot thésaurisant, afin de vous apprendre que cette contribution est un revenu, que cette dépense est un trésor, et le plus précieux des trésors. Un trésor terrestre est sujet à être pris, à être diminué, perd souvent ceux qui l’acquièrent; un trésor céleste est bien différent: on ne peut le perdre, il ne peut être pris par les voleurs, il est le salut de ceux qui le possèdent, il ne diminue pas avec le temps, l’envie ne peut nous en dépouiller, il est à l’abri de toute rapine, il procure mille biens à ceux qui l’amassent.
4. Suivons donc le conseil de l’Apôtre, et, selon qu’il nous le recommande, ayons en réserve dans nos maisons un argent sacré, qui soit comme la sauvegarde de nos fortunes particulières; car de même que l’argent d’un particulier, déposé dans le trésor du prince, participe à la sûreté de ce trésor, ainsi l’argent des pauvres, amassé peu à peu dans votre maison pendant tous les jours consacrés au Seigneur, fera la sûreté du reste; et vous serez vous-même le dispensateur de vos propres fonds, nommé par le bienheureux Paul. Que dis-je? ce que vous aurez amassé d’abord sera pour vous un motif et une occasion d’amasser davantage. Lorsque vous aurez pris une heureuse habitude, vous pourrez vous exciter vous-même sans que personne vous exhorte. Que la maison de chacun devienne donc par là une église, en devenant dépositaire d’un argent sacré, puisqu’une des marques auxquelles on reconnaît les églises ce sont les trésors qui en dépendent (1). Tout lieu où est déposé l’argent des pauvres est inaccessible aux démons; et cet argent vaut mieux pour garder les maisons et pour les défendre que les troupes de soldats, que les piques, les boucliers et les épées.
Après avoir marqué le temps et la manière d’amasser cet argent, et les personnes qui doivent être chargées de cet office, l’Apôtre abandonne la quantité à la volonté de ceux qui contribuent; car il ne dit pas: Contribuez de tant, pour que le précepte ne soit pas à charge, et que les pauvres ne puissent pas se rejeter sur leur impuissance; mais il règle la grandeur de la contribution sur le pouvoir de ceux qui contribuent: Que chacun de vous, dit-il, mette à part chez soi quelque chose, amassant peu à peu ce qu’il pourra avec l’aide du Seigneur, annonçant, par ces derniers mots, que le secours du ciel ne manquera pas; car saint Paul ne cherchait pas seulement à faire secourir les pauvres, mais à les faire secourir avec joie. Il savait que c’est beaucoup moins pour le soulagement de l’indigence, que Dieu a ordonné l’aumône, que pour l’avantage de ceux qui la font. En effet, s’il n’eût pensé qu’aux pauvres, il eût simplement ordonné de les soulager, sans recommander de le faire avec joie; mais vous voyez que, dans plusieurs endroits, saint Paul insiste sur ce dernier point: Ne donnez pas, dit-il dans une de ses épîtres, ne donnez pas ce que vous avez envie de donner, avec tristesse et comme par force; car Dieu aime celui qui donne avec joie (II Cor. IX, 7); non simplement celui qui donne, mais celui qui donne avec plaisir. Que celui qui fait l’aumône, dit-il ailleurs, la fasse avec simplicité; que celui qui gouverne s’en acquitte avec vigilance; que celui qui exerce les œuvres de miséricorde, les exerce avec joie. (Rom. XII, 8.) La nature de l’aumône consiste à donner avec joie, et à croire qu’on reçoit plus qu’on ne donne. Aussi l’Apôtre emploie-t-il tous les moyens pour alléger le précepte, pour faire contribuer avec plaisir au soulagement du pauvre.
Et voyez en combien de manières il s’est efforcé d’ôter à l’aumône tout son fardeau. Premièrement, il ne fait pas contribuer une ou deux personnes, mais toute la ville; et le mot qu’il emploie signifie une contribution générale,
Chaque église avait un bâtiment qui lui était annexé, nommé en grec gazophilakion. On y déposait les deniers qui devaient être employés au soulagement des pauvres.
où chacun donne pour sa part. Secondement, il fait valoir la dignité de ceux qui reçoivent; car il ne dit pas: les pauvres, mais les saints. En troisième lieu, il anime par un exemple: Suivez l’ordre, dit-il, que nous avons établi pour les Églises de Galatie. Ajoutons qu’il marque un temps favorable: Que le premier jour de la semaine, dit-il, chacun de vous mette à part. Cinquièmement, il ne fait pas donner toute l’aumône à la fois, mais partiellement et peu à peu; car ce n’est pas la même chose de donner tout en un seul jour, ou de distribuer la dépense dans plusieurs intervalles de temps, ce qui empêche qu’on ne s’en aperçoive. Sixièmement, il ne détermine pas la quantité de la somme, mais il s’en rapporte à la volonté de ceux qui donnent, et il déclare qu’ils auront l’aide du Seigneur; car telle est la force du terme dont il fait usage. Il ajoute encore un septième moyen: Afin, dit-il, qu’on n’attende pas à mon arrivée à recueillir les aumônes. Il excite les fidèles de Corinthe en même temps qu’il les console, en leur faisant espérer qu’ils ne tarderont pas à le revoir, et en leur fixant le terme où ils le reverront.
Enfin, il emploie un dernier moyen; et quel est ce moyen? Lorsque je serai arrivé, dit-il, j’enverrai avec des lettres de ma part, ceux que vous aurez choisis pour porter vos charités à Jérusalem. Que si la chose mérite que j’y aille moi-même, ils m’accompagneront. Voyez combien cette âme sainte et généreuse est modeste et éloignée de tout faste, combien elle est tendre et attentive! Saint Paul se dispense de nommer lui-même, et à son gré, les dispensateurs des aumônes, il en abandonne le choix aux Corinthiens; et loin de regarder comme une injure qu’ils fussent choisis par eux et non par lui, il jugeait au, contraire peu convenable que faisant eux-mêmes les aumônes, un autre en nommât les dispensateurs. Il leur en laisse donc le choix, annonçant par là sa modestie, en même temps qu’il éloignait toute ombre de mauvais soupçon. Quoiqu’il fût plus pur que le soleil, et au-dessus de tout soupçon défavorable, il ne croyait pas pouvoir prendre trop de précautions pour ménager les faibles, et ne donner aucune prise à la calomnie. C’est pour cela qu’il s’exprime, comme nous avons dit plus haut: Lorsque je serai arrivé, j’enverrai ceux que vous aurez choisis pour porter vos charités à Jérusalem. Quoi donc! vous ne faites pas le voyage de Jérusalem, vous ne prenez pas l’argent, vous abandonnez cette fonction à d’autres! Pour que cette idée ne pût pas ralentir leur ardeur, voyez comme il la prévient encore. Il ne dit pas simplement: J’enverrai ceux que vous aurez choisis; mais que dit-il? avec des lettres de ma part. Si je ne les accompagne pas en personne, je serai du moins avec eux par mes lettres, et je les seconderai dans leur ministère.
5. Serions-nous dignes de l’ombre de Paul, serions-nous dignes de dénouer sa chaussure, si lorsque cet apôtre, qui jouissait d’une gloire si étendue, a dédaigné de recevoir de la part des fidèles des marques de considération, nous sommes fâchés et indignés que les administrateurs de l’argent des pauvres ne soient pas de notre choix, ne soient pas agréés par nous, nous regardons comme une injure que ceux qui donnent de leurs deniers pour de bonnes oeuvres ne nous consultent pas dans la manière de les administrer?
Et voyez comme saint Paul est toujours d’accord avec lui-même, comme il ne se dément point. Le terme qu’il emploie pour exprimer les aumônes des Corinthiens est celui de grâce, annonçant par là que si ressusciter les morts, chasser les démons, guérir les lépreux, est une oeuvre de la grâce, soulager la pauvreté et tendre la main à l’indigence l’est beaucoup plus encore. Mais quoique ce soit une grâce, il faut le concours de notre zèle et de notre ardeur, nous devons y correspondre et nous en rendre dignes par notre volonté propre. Au reste, l’Apôtre console les Corinthiens; en chargeant de lettres de sa part les dispensateurs de leurs aumônes, et en faisant quelque chose de plus, en promettant de les accompagner dans leur voyage: Que si la chose, dit-il, mérite que j’y aille moi-même, ils m’accompagneront. Considérez encore ici sa prudence. Il ne refuse ni ne promet absolument de les accompagner; mais il abandonne encore ce voyage au choix de ceux qui font les aumônes, il les en laisse les arbitres, en leur faisant entendre que si ces aumônes sont assez considérables pour le déterminer, il se mettra volontiers en route. C’est là le sens caché sous ces mots: Que si la chose mérite que j’y aille moi-même. S’il avait refusé absolument, ou s’il n’avait promis que d’une manière équivoque et douteuse, il eût diminué le courage et ralenti l’ardeur des Corinthiens. C’est pour cela qu’il ne leur refuse ni ne leur promet absolument, mais qu’il les laisse (151) arbitres de son départ. Sachant que Paul pourrait porter lui-même leurs aumônes, ils en mettaient à part les deniers avec plus d’ardeur, dans l’espoir que ses mains saintes pourraient en avoir l’administration, et qu’il joindrait ses prières à leur sacrifice. Ils pensaient qu’un apôtre chargé du monde entier, et du soin de toutes les Églises que le soleil éclaire, ne s’engagerait pas à administrer une somme trop modique, une somme qui n’en vaudrait point la peine. Mais si les Corinthiens, qui devaient remettre leurs aumônes entre les mains de Paul, pour-les porter à Jérusalem, en amassaient les deniers avec plus de zèle, quelle excuse vous restera-t-il, si vous balancez à faire l’aumône, lorsque vous devez donner votre argent au Maître de Paul, qui le reçoit lui-même par la main des pauvres?
Pénétrés de ces idées, soit que vous deviez donner aux pauvres en votre nom, ou leur distribuer les deniers d’autrui, ne le faites ni avec lenteur ni avec tristesse, comme si vous portiez atteinte à votre fortune. Le laboureur qui jette tout ce qu’il a de semence, loin d’être fâché et de s’affliger, loin de regarder cela comme une perte, le regarde au contraire comme un gain et un revenu, quoique ses espérances soient incertaines; et vous qui semez pour recueillir des fruits beaucoup plus précieux, vous qui confiez votre argent à Jésus-Christ lui-même, vous différez, vous balancez, vous prétextez le défaut de moyens! cette conduite est-elle raisonnable? Dieu ne pouvait-il pas ordonner à la terre de produire de l’or pur? Celui qui a dit: Que la terre produise de l’herbe verte (Gen. I, 11), et qui l’a montrée aussitôt revêtue de verdure, pouvait sans doute ordonner à tous les fleuves et à toutes les fontaines de rouler de l’or. Il ne l’a pas voulu, il a laissé beaucoup d’hommes dans l’indigence pour leur avantage et pour le vôtre; car la pauvreté est plus propre à la vertu que les richesses, et ce n’est pas une médiocre ressource pour ceux qui ont péché que les secours accordés aux indigents.
Dieu a si fort à coeur l’aumône, que lorsqu’il vint dans le monde, revêtu de notre chair et conversant avec les hommes, il ne regarda pas comme une honte, comme indigne de sa majesté, d’administrer lui-même les deniers des pauvres; cependant, lui qui avait créé assez de pains pour nourrir une grande multitude, qui n’avait qu’à ordonner pour faire ce qu’il voulait, qui aurait pu produire sur-le-champ d’immenses trésors, ne l’a pas voulu; mais il a ordonné à ses disciples d’avoir une bourse et de porter ce qu’on y mettait pour en secourir ceux qui étaient dans le besoin. Aussi, lorsqu’il parlait obscurément à Judas de sa trahison, les disciples, qui ne pouvaient comprendre ses paroles, crurent qu’il lui ordonnait de distribuer quelque argent aux pauvres, parce qu’il avait la bourse (Jean, XIII, 29), et que c’était lui qui portait ce qu’on mettait dedans. Dieu, oui, Dieu a fort à coeur la miséricorde, non-seulement celle qu’il nous témoigne à nous-mêmes, mais encore celle que nous devons montrer envers nos semblables. Il nous donne sur l’aumône une infinité de préceptes dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament; il nous commande de signaler notre amour pour les hommes par des actions, par des paroles, par d’utiles largesses. Moïse en parle fort souvent dans toutes ses lois; les prophètes nous crient, dans la personne de Dieu: Je veux la miséricorde et non le sacrifice. (Osée, VI, 6.) Les apôtres agissent et parlent conformément à ce principe. Ne négligeons donc pas l’aumône, qui est si utile aux pauvres, et encore plus à nous-mêmes, puisque nous recevons beaucoup plus que nous ne donnons.
6. Ce n’est pas sans motif que je fais maintenant ces réflexions, mais parce que j’en vois plusieurs examiner scrupuleusement les pauvres, s’informer de leur patrie, de leur vie, de leurs moeurs, de leur profession, de l’état de leur corps, leur faire mille reproches, leur demander mille comptes de leur santé. Aussi beaucoup d’entre eux contrefont-ils des corps estropiés et impotents, afin de fléchir notre cruauté par les faux dehors d’une infirmité apparente. Il est mal de leur faire des reproches, même dans la belle saison, quoique cela puisse se souffrir; mais pendant le froid le plus rigoureux, se montrer à leur égard un juge si dur et si cruel, ne leur point pardonner de rester oisifs, n’est-ce pas le comble de l’inhumanité? Pourquoi donc, dira-t-on, saint Paul donnait-il cette règle aux Thessaloniciens: Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas non plus manger? C’est afin que vous la connaissiez vous-même, cette règle, que vous vous adressiez à vous-même les paroles de l’Apôtre, et non pas seulement aux pauvres; car les préceptes de saint Paul ne sont pas seulement pour (152) les pauvres, mais encore pour nous. Ce que je vais vous dire est un peu dur, et pourra vous déplaire; je vous le dirai toutefois, puisque je vous le dis pour vous corriger, et non pour vous offenser. Nous reprochons aux pauvres la paresse, vice souvent excusable; et nous, nous avons souvent à nous reprocher bien plus que de la paresse. Mais moi, direz-vous, j’ai un patrimoine. Mais parce que ce misérable est pauvre, et qu’il est né de parents pauvres; qu’il n’a pas eu des ancêtres opulents, doit-il donc périr? je vous le demande. Ne doit-il pas, pour cela même, surtout trouver de la compassion dans le coeur des riches? Vous qui passez tous les jours dans les spectacles, dans des assemblées nuisibles, dans des sociétés d’où l’on ne retire aucun avantage, où l’on se permet mille traits de médisance et de calomnie, vous croyez ne rien faire de mal et n’être pas coupable de paresse, et un malheureux qui passe tout le jour à pleurer, à gémir, à supplier, à souffrir mille maux, vous le citez à votre tribunal, vous le jugez durement, vous lui demandez mille comptes! est-ce là, je vous prie, un procédé humain? Ainsi, quand vous dites: Que répondrons-nous à saint Paul? adressez-vous les paroles de l’Apôtre à vous-même, et non pas aux pauvres. D’ailleurs, ne vous contentez pas de lire les menaces de saint Paul, lisez aussi ses paroles indulgentes. Le même apôtre qui dit: Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas non plus manger, ajoute: Mais vous, mes frères, ne vous lassez pas de faire le bien. (II Thess. III, 12 et 13.)
Mais quel est encore un prétexte spécieux de nos riches impitoyables? ce sont, disent-ils, des esclaves fugitifs, des vagabonds, des étrangers, qui abandonnent leur patrie, et qui accourent dans notre ville. Eh quoi, mon frère! êtes-vous donc fâché qu’on regarde généralement votre ville comme un port commun, qu’on la préfère à sa ville natale? voulez-vous lui ravir cette couronne? Vous devez vous réjouir et triompher de ce que tous les malheureux accourent dans nos bras comme dans un asile commun, de ce qu’ils regardent notre ville comme leur mère et leur protectrice. Ne privez pas votre patrie du plus beau de ses éloges, ne lui enlevez pas une gloire qu’elle tient de ses ancêtres. Dans les premiers jours du christianisme, lorsque toute la terre était menacée d’une grande famine, les habitants de notre ville envoyèrent une grande somme d’argent, par les mains de Barnabé et de Paul, aux fidèles de Jérusalem (Act. 11, 30), à ceux mêmes dont nous avons tant parlé dans ce discours. Serions-nous donc excusables, si, lorsque nos ancêtres secouraient de leurs deniers des hommes éloignés de leur pays, et qu’ils allaient les chercher eux-mêmes, nous repoussions des misérables qui accourent à nous d’ailleurs, nous leur demandions un compte rigoureux; et cela, sachant que nous sommes coupables de mille crimes, et que si Dieu nous examinait avec la même rigueur que nous examinons les pauvres, nous n’obtiendrions aucune indulgence, aucune pitié. Vous serez jugés, dit l’Évangile, selon que vous aurez jugé les autres. (Matt. VII, 2.) Soyez donc humains et doux envers votre semblable, pardonnez-lui beaucoup de fautes, ayez compassion de lui, afin.qu’on ait pour vous les mêmes égards. Pourquoi vous créer à vous-mêmes des embarras? pourquoi vous inquiéter vous-mêmes. Si Dieu vous eût ordonné d’examiner la vie de vos frères, de rechercher leurs moeurs, de leur demander des comptes, plusieurs n’auraient-ils pas été mécontents? n’auraient-ils pas dit: Assurément Dieu nous a chargés d’une fonction fort disgracieuse et très-difficile? Pouvons-nous parvenir à connaître la vie des autres? Pouvons-nous savoir les fautes que tel et tel a commises? Plusieurs n’auraient-ils pas tenu ces discours et d’autres semblables? Et lorsque Dieu nous dispense de ces recherches pénibles, lorsqu’il promet de nous donner une récompense abondante, soit que ceux que nous soulagions soient bons ou méchants, nous nous formons à nous-mêmes des embarras. Et qu’est-ce qui prouve, direz-vous, que nous recevrons toujours notre récompense, soit que ceux à qui nous donnons soient bons ou méchants? Ce sont les paroles mêmes du Fils de Dieu: Priez, dit-il, pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient, afin que vous soyez semblables à votre Père qui est dans les cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, qui fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. (Matth. V, 44 et 45.) Suivez donc l’exemple de votre Seigneur et de votre Maître. Quoiqu’une infinité d’hommes le blasphèment, quoiqu’une infinité d’hommes se livrent à la fornication, aux vols, aux rapines, soient souillés de vices et de crimes, il ne cesse de les combler de biens, il verse sur eux des rayons bienfaisants, des pluies fécondes, tous les fruits de la terre, (153), il leur donne mille marques de sa bonté et de son amour. De même vous, lorsque vous trouvez l’occasion d’exercer la miséricorde et de signaler votre bienfaisance, secourez le pauvre dans ses besoins, apaisez sa faim, délivrez-le de son affliction, n’examinez rien davantage. Si nous voulons rechercher la vie des malheureux, nous n’en soulagerons aucun; arrêtés sans cesse par des inquiétudes déplacées, par des recherches hors de saison, nous ne produirons aucun fruit de miséricorde, nous ne secourrons personne, et nous nous fatiguerons en vain. Je vous exhorte donc à renoncer à des peines inutiles, à des soins superflus, à soulager tous ceux qui sont dans la détresse, et à leur procurer d’abondants secours, afin que, dans les jours de la justice, nous éprouvions l’indulgence et la miséricorde de Dieu, par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec qui soient au Père et à l’Esprit-Saint, la gloire, l’honneur, l’empire, maintenant et toujours, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
HOMÉLIE SUR LA FÉLICITÉ DE LA VIE FUTURE et sur le néant de la vie présente (1).
Cette homélie qui a été certainement prononcée à Antioche, quoiqu’on ignore en quelle année, roule sur différents objets de morale. L’orateur, après avoir loué ceux qui l’écoutent pour leur zèle à venir entendre la parole sainte, montre: 1° en quoi consistent la vraie grandeur et la vraie principauté. — 2° Combien les avantages spirituels l’emportent sur les avantages temporels. — 3° Quelle est la différence de la vie présente et de la vie future. — 4° Enfin (et c’est l’article sur lequel il s’étend davantage), comment Jésus-Christ nous a rendu faciles les préceptes les plus sublimes, en les pratiquant lui-même, et en nous mettant sous les yeux les prix et les récompenses. — 5° et 6° Exhortation.
1. La chaleur est excessive, les rayons du soleil sont brûlants; mais votre ardeur à entendre nos instructions n’en est pas ralentie. Tel est l’auditeur vigilant et attentif; fortifié par son amour pour la parole sainte, il supporte tout aisément pour satisfaire cette passion noble et spirituelle. Rien n’est capable de l’arrêter ni les excès de la chaleur, ni les embarras des affaires, ni tous les soins de la vie présente; tandis que l’auditeur négligent et lâche ne peut être animé ni par la douceur de la température, ni par la tranquillité du loisir, ni par la sécurité d’un état paisible. Vous, mes frères, vous êtes bien différents. Aussi je vous préfère à tous les habitants d’Antioche; je vous regarde comme la partie principale de cette ville célèbre: votre ardeur et votre vigilance sont toujours les mêmes, et vous suivez attentivement toutes nos instructions. Ce temple est pour moi plus auguste que les palais des princes. Les faveurs qu’on accorde dans ces palais, quelles qu’elles puissent être, se terminent avec la vie, elles sont sujettes à mille révolutions. Ici, au contraire, on jouit de la plus grande sûreté; les honneurs sont à l’abri de tout changement, les pouvoirs ne finissent jamais, et loin d’être interrompus par le trépas, c’est alors qu’ils sont plus assurés.
Ne me parlez point d’un homme porté sur un char magnifique, avec une contenance fière, environné de gardes, et précédé d’un héraut dont la voix le proclame et l’annonce: ce n’est pas à ces marques que je reconnais le prince, mais à l’état de son âme. S’il commande à ses passions, s’il triomphe de ses vices, s’il se rend maître de sa cupidité, s’il règle ses désirs, s’il n’est pas consumé par l’envie, s’il n’est pas entraîné par la folle passion d’une vaine gloire, s’il ne redoute pas la pauvreté, s’il n’appréhende pas de revers fâcheux, si cette appréhension ne le glace pas d’épouvante: c’est à ces marques que je reconnais le prince, c’est là la vraie principauté. Si, commandant aux hommes, il obéit à ses passions, je prétends qu’il est le plus esclave de tous les esclaves. Et comme celui qui est dévoré par une fièvre intérieure, quoique rien ne paraisse au dehors, et que la plupart ne (155) s’en aperçoivent pas, est déclaré par les médecins attaqué d’une fièvre dangereuse; de même celui dont l’âme est asservie à ses passions, quoique tout au dehors annonce le contraire, je le déclare esclave, parce qu’il est dominé intérieurement par la tyrannie de ses mauvais désirs; je le déclare malade, parce qu’il est brûlé intérieurement par la fièvre des vices. Celui qui a secoué le joug des passions, que ses mauvais désirs ne dominent pas, qui n’éprouve pas une crainte déraisonnable de la pauvreté, de l’infamie, de tout ce qu’on regarde comme triste dans le monde, fût-il revêtu de haillons, habitât-il une prison, fût-il chargé de chaînes, est à mes yeux le plus libre de tous les hommes libres, le plus prince de tous les princes. Les pouvoirs de cet empire ne s’achètent pas à prix d’or: ils ne sont exposés ni aux invectives d’un accusateur, ni aux attaques de l’envie, ni aux artifices de l’intrigue. Placés comme dans l’asile inviolable d’une philosophie sainte, ils sont stables et permanents, ne cèdent à aucune révolution, ni à la mort même. C’est ce qu’attestent les martyrs, dont les corps sont réduits en cendre, et dont le pouvoir augmente tous les jours, chasse les démons, dissipe les maladies, excite le zèle des villes, appelle ici les peuples. Ce pouvoir a une telle force, même après la mort des saints, que tous accourent en foule, non contraints par la nécessité, mais entraînés par une ardeur que le temps ne peut ralentir.
2. Vous le voyez, ce n’est pas à tort que j’ai annoncé ce temple comme plus auguste que les palais des princes. Les faveurs qu’on obtient dans ces palais ressemblent aux feuilles qui sèchent et aux ombres qui passent: les grâces qu’on reçoit ici sont plus fermes que le diamant, puisqu’elles sont immortelles, immuables, qu’elles ne cèdent à aucune révolution, qu’elles viennent d’elles-mêmes à ceux qui les désirent, qu’elles ne sont pas sujettes à être disputées, ni attaquées en justice, ni calomniées. Les avantages temporels trouvent une foule d’envieux; plus les avantages spirituels s’étendent sur un grand nombre de personnes, plus ils se multiplient et deviennent précieux. Vous pouvez vous en convaincre parle discours même que je vous adresse. Si je l’avais retenu au dedans de moi-même, je n’en aurais été que plus pauvre; en le répandant sur tous ceux qui m’écoutent, comme une bonne semence dans une bonne terre, je multiplie mes biens, j’augmente mes richesses, en même temps que je vous rends plus riches: cette profusion m’enrichit loin de m’appauvrir. C’est tout le contraire pour l’or: si j’en ai une grande quantité en réserve, et que je veuille en faire part à tous, ce partage diminuera ma possession, et je ne conserverai plus mon ancienne opulence.
3. Puis donc que les avantages spirituels ont une si grande supériorité, puisqu’ils se communiquent si facilement à tous ceux qui veulent les recevoir, recherchons-les avec ardeur, cessons de poursuivre des ombres, des précipices, des écueils. C’est afin d’augmenter notre ardeur pour les avantages spirituels que Dieu a fait les avantages temporels de nature à expirer avant la mort de celui qui les possède. Je m’explique. Ce n’est pas lorsque l’homme meurt que ces avantages meurent avec lui; mais ils se flétrissent et disparaissent entièrement lorsqu’il vit encore, afin que l’expérience lui apprenne que, par leur nature, ils sont plus fragiles que le verre, plus fugitifs que l’ombre, et que cette connaissance le guérisse de la fureur qui lui fait désirer et embrasser des objets qui lui échappent. Par exemple, les richesses abandonnent souvent le riche avant sa mort. La jeunesse n’attend point notre trépas, elle nous quitte au milieu de la route pour faire place à la triste vieillesse. La beauté expire du vivant même de la femme qui en est si fière, et à ses traits agréables succèdent des traits difformes. Il en est de même de la gloire, de la puissance, des honneurs, qui sont passagers, et plus mortels que les hommes qui les possèdent. On voit périr tous les jours des biens présents comme on voit mourir des corps. Or, cela arrive afin que nous nous attachions uniquement aux biens futurs, que nous soupirions après leur jouissance, et que, marchant sur la terre, nous vivions dans le ciel par le désir.
Dieu a fait deux vies différentes entre elles, l’une présente, l’autre future; l’une visible, l’autre invisible; l’une sensible, l’autre spirituelle; l’une dont on jouit réellement, l’autre dont on ne jouit que par la foi; l’une qui est entre nos mains, l’autre qui n’est qu’en espérance; l’une est la carrière, l’autre le prix; il a donné à l’une les combats et les travaux, il a réservé pour l’autre les couronnes et les récompenses; l’une est la mer, l’autre le port; l’une est courte, l’autre immortelle. Ainsi, comme beaucoup d’hommes préféraient les (156) choses sensibles aux choses spirituelles, il a rendu celles-là fragiles et passagères, afin de nous éloigner des choses présentes et de nous attacher fortement à l’amour des biens futurs. Ensuite, comme les choses invisibles et spirituelles n’existaient que par la foi et en espérance, que fait-il? Se revêtant de notre chair, et accomplissant ses desseins admirables, il paraît dans le monde, nous met sous les yeux les choses futures, et par là confirme dans la foi les esprits les plus grossiers. En effet, comme il nous apportait une vie angélique, qu’il faisait le ciel de la terre, qu’il donnait des préceptes qui devaient égaler aux puissances incorporelles ceux qui les pratiqueraient, que des hommes il faisait des anges, qu’il les appelait à des espérances célestes, qu’il multipliait leurs combats, qu’il leur ordonnait de prendre un essor plus sublime, de s’élever jusqu’au plus haut des cieux, de s’armer et de combattre contre toute la troupe des esprits impurs, d’étouffer le tumulte des passions, de porter un corps et de le mortifier, d’être revêtu d’une chair et d’être l’égal des puissances spirituelles comme il donnait, dis-je, ces préceptes, que fait-il? comment rend-il le combat plus aisé? Ou plutôt, si vous le trouvez bon, parlons d’abord de la grandeur des préceptes; voyons comment il nous fait prendre notre essor en haut, comment il nous a ordonné presque de nous dépouiller de la nature humaine pour nous transporter dans le ciel.
4. La loi ordonnait de prendre oeil pour oeil. Si quelqu’un, dit Jésus-Christ, vous frappe sur la joue droite, présentez-lui la gauche. (Matth. V, 39.) Il ne nous dit pas seulement: Supportez l’injure avec douceur et avec courage; mais Que votre modération aille plus loin, préparez-vous à souffrir plus encore qu’on ne veut vous faire souffrir, opposez un excès de modération à un excès d’injure, afin que celui qui vous insulte, respectant votre extrême douceur, soit touché et se retire. Priez, dit le même Jésus, pour ceux qui vous calomnient, priez pour vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. (Matth. V, 44.) Et lorsqu’il conseille la virginité: Que celui, dit-il, qui peut comprendre ceci, le comprenne. (Matth. XIX, 12.) Comme après la désobéissance d’Adam, la virginité s’était enfuie du paradis terrestre, et avait quitté le monde où nous vivons, Jésus-Christ l’a ramenée, après un long bannissement, dans son ancienne patrie, dont elle était exilée. Dès son entrée dans le monde, honorant la virginité et changeant les lois de la nature, il est né d’une femme qui est demeurée vierge en devenant sa mère. Ainsi, comme en venant sur la terre il nous donnait ces préceptes et qu’il rendait notre vie sublime, il nous offrait une récompense qui répondait à nos travaux, qui même leur était bien supérieure. Mais cette récompense-là même était invisible, elle n’existait qu’en espérance, par la foi, et dans l’attente des choses futures. Puis donc que les préceptes étaient relevés et pénibles, que les prix et les couronnes n’existaient que par la foi, voyez comment il procède, comment il rend la lutte aisée et les combats faciles.
5. Comment procède-t-il donc? Il emploie deux moyens. Le premier, c’est de pratiquer lui-même ce qu’il ordonne; le second, c’est de nous montrer lui-même les récompenses et de nous les mettre sous les yeux. Dans ses paroles il offre le précepte et la récompense. Voici le précepte: Priez pour ceux qui vous calomnient et qui vous persécutent; voici la récompense: afin, que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux. (Matth. V, 44 et 45.) Et encore: Vous êtes heureux lorsque les hommes vous chargeront de malédictions, qu’ils vous persécuteront, qu’ils diront faussement toute sorte de mal contre vous. Réjouissez-vous alors et tressaillez de joie, parce qu’une grande récompense vous est réservée dans les cieux. (Matth. V, 11 et 12.) Vous voyez encore ici le précepte et la récompense. Il ordonne le travail, et il prépare lui-même le salaire. Celui, dit-il encore, qui abandonnera sa maison, ses frères et ses sœurs, voilà le précepte, recevra le centuple et possédera la vie éternelle (Matth. XIX, 29), voilà le prix et la couronne. Ainsi, je lé répète, comme les préceptes étaient relevés, et que les récompenses n’étaient pas visibles, que fait-il? Il nous montre lui-même les préceptes en exécution, et il nous met les couronnes sous les,yeux. Et comme celui à qui on ordonne de marcher dans une route non battue, s’il voit quelqu’un marcher devant lui, entreprend plus aisément la chose et l’exécute avec plus d’ardeur: de même, dans les préceptes, quand nous nous voyons précédés, nous marchons facilement. Afin donc que notre faiblesse suivît avec moins de peine, Jésus-Christ, se revêtant de notre (157) chair et de notre nature, a marché lui-même dans la route, et nous a montré les préceptes en exécution. Ce précepte: Si quelqu’un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui la gauche, il l’a exécuté lui-même, quand il fut frappé par un serviteur du grand prêtre. Sans entreprendre de se venger, il se contenta de répondre avec douceur: Si j’ai mal parlé, faites voir le mal que j’ai dit; si j’ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous? (Jean, XVIII, 23.) Vous voyez une patience incroyable, une humilité merveilleuse. Il était frappé non par un homme libre, mais par un vil et méprisable esclave; et il répond avec une modération extrême. C’est ainsi que son Père disait aux Juifs: Mon peuple, que vous ai-je fait? en quoi vous ai-je affligé? quelle peine vous ai-je causée? répondez-moi. (Mich. VI, 3.) Jésus-Christ dit lui-même. Faites voir le mal que j’ai pu dire. Son Père avait dit: Répondez-moi. Jésus-Christ dit lui-même: Pourquoi me frappez-vous? Son Père avait dit: En quoi vous ai-je affligé? quelle peine vous ai-je causée? Et lorsqu’il enseigne la pauvreté, voyez comme il la montre lui-même dans sa personne: Les renards, dit-il, ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. (Matth. VIII, 20.) Vous voyez son extrême pauvreté: il n’avait ni maison, ni table, ni siège, rien en un mot. Il nous enseignait à écouter patiemment les injures; et il nous a donné l’exemple de cette patience. Lorsque les Juifs l’appelaient possédé du démon et samaritain, il pouvait les punir de leur insolence et les faire périr; mais il ne leur faisait que du bien, il chassait leurs démons. Priez pour ceux qui vous calomnient, nous dit-il; et il l’a fait sur la croix. Lorsque les Juifs l’eurent crucifié, il disait à son Père du haut de la croix où ils l’avaient attaché: Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. Il faisait cette prière, non qu’il ne pût leur pardonner lui-même, mais il voulait nous apprendre à prier pour nos ennemis. Comme il voulait nous instruire par des actions, encore plus que par des paroles, voilà pourquoi il a ajouté une prière. Que les hérétiques n’abusent donc point de paroles qui annoncent sa bonté pour le taxer de faiblesse; car c’est le même qui a dit: Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés. (Matth. IX, 6.) Mais comme il voulait nous instruire, je le répète, et que celui qui instruit offre son propre exemple sans se borner à des discours, c’est pour cela qu’il a ajouté une prière. C’est ainsi qu’il a lavé les pieds de ses disciples, non qu’il fût moindre qu’aucun d’eux, mais quoiqu’il fût leur Seigneur et leur Maître; il s’est abaissé à cette humble fonction, afin de leur enseigner l’humilité. C’est pour cela encore qu’il leur disait: Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur. (Matth. XI, 29.)
6. Voyons maintenant comment ce même Dieu nous offre et nous met sous les yeux les prix et les récompenses. Il nous a promis la résurrection des corps, l’incorruptibilité, l’enlèvement au milieu des nues et des airs pour aller au-devant de lui; et c’est ce qu’il nous a montré par des effets. Comment cela? Il est ressuscité après sa mort, et il a conversé pendant quarante jours avec ses disciples, afin qu’ils fussent bien assurés quels doivent être nos corps après la résurrection. Il nous dit parla bouche de son Apôtre: Nous serons enlevés dans les nues pour aller à la rencontre du Seigneur au milieu des airs (I Thess. IV, 16); et c’est ce qu’il nous a encore montré dans sa personne. Lorsqu’après sa résurrection il devait monter dans le ciel, il s’éleva, en présence de ses disciples, et il entra dans une nuée qui le déroba à leurs yeux; les disciples étaient frappés d’étonnement en le voyant monter dans le ciel. (Act. I, 9.) Notre corps, comme tiré de la même masse que celui de Jésus-Christ, participera à la même gloire; les membres seront tels que la tête, et la fin telle que le commencement. C’est ce que saint Paul exprime plus clairement par ces mots: Il transformera notre corps, tout vil et abject qu’il est, afin de le rendre conforme à son corps glorieux. (Philip. III, 21.) Or, s’il est conforme à celui de Jésus-Christ, il prendra la même route, et il s’élèvera de même dans les nues. Attendez-vous donc aussi au même avantage dans la résurrection. Comme le nom de royaume céleste était obscur pour ceux à qui on le prononçait, c’est pour cela que Jésus-Christ, se transportant sur une montagne, se transfigura en présence de ses disciples, qu’il leur fit voir un échantillon de la gloire future, et comme une image imparfaite de ce que seraient un jour nos corps. Dans sa transfiguration, il se montra avec ses habits, ce qui ne sera pas dans la résurrection de nos corps. Ils n’auront besoin ni de vêtement, ni de toit, ni d’abri, en un mot, (158) d’aucune des commodités que nous leur procurons. En effet, si, avant son péché, Adam ne rougissait pas d’être nu, parce qu’il était revêtu de gloire; à plus forte raison nos corps n’auront-ils besoin de rien lorsqu’ils seront élevés à un état beaucoup plus parfait. Aussi Jésus-Christ en ressuscitant a-t-il laissé ses habits dans le tombeau, et a-t-il élevé dans les cieux son corps qui n’était revêtu que d’une gloire ineffable, et d’une splendeur immortelle.
Pénétrés de ces idées, mes très-chers frères, instruits par les oreilles et par les peux, par ce qu’on nous a dit et par ce que nous avons vu, menons une telle vie sur la terre, que, transportés un jour dans les nues, nous vivions éternellement avec Jésus-Christ, sauvés par sa grâce et jouissant des biens futurs. Puissions-nous tous obtenir ces avantages en Jésus-Christ Notre-Seigneur, avec qui soient, au Père et à l’Esprit-Saint, la gloire, l’honneur, l’empire, l’adoration, maintenant et toujours, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
HOMÉLIE SUR LE PROPHÈTE ÉLIE Sur la Veuve et sur l’Aumône.
1° Cette homélie qui ne porte aucune marque du temps ni du lieu on elle fut prononcée a pour but d’exhorter à la pratique de l’aumône. Dignité de cette vertu pratiquée admirablement par deux veuves une de l’ancien, une du nouveau Testament. — 2° La famine désole la terre par l’ordre du prophète Élie qui se réfugie chez la veuve de Sarepta. — 3° Court et charmant tableau de l’habitation de cette veuve. — 4° Dieu avant de frapper les coupables prend toujours soin de les mettre publiquement dans leur tort. Exemple: Punition des Sodomites. — 5° Les prophètes et le Christ lui-même ont été souvent repoussés par les Juifs et accueillis par les Gentils. — 6° Élie fut lui-même soumis à la famine pour que les autres se souvinssent, pour qu’il se souvint lui-même qu’il était homme. — 7° Élie aborde la veuve. Sagesse de celle-ci. — 8°-9° La veuve offre l’hospitalité à Élie malgré tous les obstacles qu’elle rencontre à faire cette bonne oeuvre. — 10° Résumé et conclusion.
1. Dans ces jours qui étaient, pour nous tous, des jours de jeûne, j’ai souvent pensé à vous parler de l’aumône; le soir arrivait, qui interrompait notre entretien. C’était sans doute un effet de la sagesse de Dieu qui, recherchant notre avantage, différait jusqu’à cette heure nos exhortations sur ce sujet. Dieu ne voulait pas que la taule de l’aumône vous fût servie pendant que vous étiez divisés dans l’église. Ce n’est pas que nous ayons aujourd’hui quelque chose de bien relevé, de magnifique à vous dire, mais c’est que l’aumône est une vertu tout à fait relevée et magnifique; elle nous constitue dans l’intimité de Dieu; c’est une reine qui nous prend par la main et nous conduit, en toute confiance, dans les demeures du ciel, qui lui sont familières. Elle se montre les puissances qui font la garde aux portes célestes voient que c’est l’aumône qui entre; aussitôt, par égard pour l’aumône, elles font, même aux autres vertus, mille honneurs, en leur ouvrant les portes. Mais, si elles les voient venir sans l’aumône, elles ferment les portes; c’est ce que nous démontre l’exemple de ces vierges qui ne furent pas admises dans la chambre de l’époux sacré, parce qu’elles n’avaient pas toujours de l’huile dans leur lampe. (Math. XXV.) Remarquez bien ici la différence: l’aumône sans la virginité, introduit ses nourrissons dans le ciel; la virginité sans l’aumône n’a point ce pouvoir. Donc, puisque telle est la puissance de cette vertu, appliquons-nous, de toutes nos forces, à écouter les discours qui la recommandent. La meilleure recommandation et la plus courte sera de vous conduire auprès de la veuve de Sarepta, chez les Sidoniens. Ceux qui instruisent par leurs oeuvres sont des maîtres beaucoup plus dignes de confiance que ceux qui se réduisent à des conseils en paroles. C’est pourquoi la veuve dont je vous parle sera pour nous enseigner l’aumône, le meilleur de tous les docteurs. Pour nous, c’est par nos discours que nous vous exhortons; mais la veuve aura, de plus, le droit de vous instruire par ses oeuvres; elle vous montrera aussi une compagne, douée comme elle, de la même vertu; car, il y a deux veuves: l’une, dans le Nouveau Testament, celle qui donna deux petites pièces de monnaie, l’autre dans l’Ancien! qui mérita de recevoir le prophète. (160) Toutes les deux parvinrent à la même sagesse, montrèrent la même douceur charitable, et, par la conformité de leurs bonnes oeuvres, nous ont manifesté l’affinité des deux Testaments. Vous connaissez, au milieu des ports, ces tours, élevées à une grande hauteur, qu’on appelle des phares, portant une lumière qui brille toute la nuit sans s’éteindre; les marins errant en pleine mer, guidés par cette flamme éclatante, arrivent jusqu’au port, où ils trouvent la sécurité. Ces deux veuves par leur sérénité, furent deux ports qu’éclairait, dans les ténèbres les plus épaisses de la nuit, la lumière de leur âme généreuse. Car la vie de l’homme ressemble à la nuit, comme dit le bienheureux Paul: La nuit est déjà fort avancée et le jour s’approche. (Rom. XIII, 12.) Il en est qui, dans la nuit profonde, s’égarent sur la mer de l’avarice; ils sont près d’être engloutis; ces veuves les invitent à venir goûter leur sérénité tranquille, elles portent la flamme de la charité, qui brille toujours; elles conservent, elles ne laissent pas s’éteindre la lumière de l’aumône.
2. La veuve du Nouveau Testament nous occupera dans une autre occasion; aujourd’hui, c’est de la veuve de l’Ancien Testament que nous voulons vous parler. Tant qu’on célébrera cette veuve, on tressera aussi pour l’autre la couronne de louanges; comme leurs bonnes oeuvres se ressemblent, elles se partagent aussi nos éloges. Donc, autrefois surgit une grande famine; ce n’est pas que la terré fatiguée refusât ses productions, mais les péchés des hommes écartaient le présent de Dieu. Donc, autrefois surgit une grande famine, plus triste, plus difficile à supporter que toutes les famines. Cette famine-là, c’était le grand Élie qui l’avait amenée, comme on fait venir son serviteur, comme on fait venir un bourreau, pour châtier les serviteurs qui outrageaient le Maître commun. N’hésitons pas à dire que ce furent les péchés des Juifs qui appelèrent cette famine. Ce fut la bouche du prophète qui la produisit: Vive, dit-il, le Seigneur Dieu! il ne tombera de pluie que par ma bouche. (III Rois, XVII, 1.) Donc, le fléau ne se pouvait supporter, car cette voix terrible du prophète, non-seulement frappa la terre de stérilité, mais fit rebrousser les fleuves et dessécha tous les torrents. Et, de même qu’une fièvre ardente, brûlante, qui tombe sur le corps, n’en dessèche pas seulement la surface, mais le pénètre profondément et brûle les os; de même la sécheresse alors ne brûlait pas seulement la surface de la terre, mais descendait dans ses profondeurs, et tarissait, dans ses entrailles, tous les éléments liquides.
Donc, quelles paroles Dieu adressa-t-il au prophète? Allez à Sarepta, chez les Sidoniens; là, je commanderai à une vente de vous nourrir. (Ibid. IX.) Qu’est-ce que cela veut dire? N’a-t-il donc reçu dans sa patrie, nulle part, des preuves de bonté? Vous l’envoyez dans une contrée étrangère, auprès d’une veuve? Si elle était dans l’opulence, si elle était très-riche, si c’était l’épouse d’un roi, si elle avait des magasins remplis de l’abondance des fruits de la terre, là même alors, la crainte de la famine ne rendrait-elle pas sa volonté plus stérile que la terre elle-même? Pour que le prophète ne pût pas adresser à Dieu de telles paroles, ou seulement les penser, le Seigneur le nourrit d’abord par l’entremise des corbeaux. (Ibid. VI.) C’était presque lui dire: Si j’ai pu faire que des êtres sans raison exerçassent envers vous l’hospitalité, sans doute il me sera bien plus facile encore d’y porter des créatures qui ont reçu la raison en partage.
3. Voilà pourquoi la veuve ne vient qu’après les corbeaux. Et il fallait voir ce prophète à la merci d’une faible femme; cette âme qui s’élevait jusqu’au ciel, cette âme divine, ce généreux, ce sublime Élie, comme un vagabond, comme un mendiant, arrivant aux portes de la veuve; et cette bouche, qui avait fermé le ciel, faisait entendre les paroles de ceux qui mendient: donnez-moi du pain, donnez-moi de l’eau. C’est pour vous apprendre qu’il n’y a rien d’affectueux, de bon, de charitable comme la maison d’une veuve, comme un abri rempli par la pauvreté, d’où est bannie la richesse, et tous les vices que la richesse enfante. Ce séjour était pur; vicie de tout tumulte, plein de la perfection de la sagesse, plus tranquille que le port le plus paisible. Voilà les demeures faites pour les âmes des saints.
Donc, le prophète se dirigeait vers cette veuve, dont l’exemple allait confondre les Juifs, à qui les étrangers étaient odieux; il se dirigeait vers cette veuve, enseignant à tous combien les Juifs méritaient leur punition. Car lorsque Dieu doit punir, il ne se contente pas d’envoyer le châtiment, il ne lui suffit pas de son suffrage particulier; il s’excuse aussi, par (161) des faits réels, aux yeux des hommes, comme si, devant un tribunal, il discutait publiquement les soupçons dont le vulgaire le poursuit. Et de même que les juges qui vont prononcer le dernier supplice, assis sur leur tribunal, d’où ils dominent la foule, ordonnent d’ouvrir les tentures, de lever les rideaux, rassemblent auprès d’eux la cité tout entière, ils sont ainsi sur un théâtre public, et ils jugent, et sous les yeux de tous, qui les voient et qui les entendent, ils interrogent, celui qui est en cause; ils font lire les actes, les pièces où sont relatés les crimes commis par l’accusé; ils font. en sorte que l’accusé s’accuse lui-même, et enfin ils portent, leur sentence; de même Dieu, comme assis au tribunal sublime de la prédication de l’Écriture qu’il préside, ordonne à l’univers de se rassembler autour de lui, sous les yeux de tous, qui écoutent; il institue l’enquête et l’examen des péchés; il ne fait lire ni actes, ni pièces; il n’expose pas des tablettes au milieu de l’assemblée: ce sont les péchés mêmes des coupables qu’il expose à la contemplation des jeux.
4. Au moment de lancer ses foudres vengeresses contre les habitants de Sodome; au moment d’exterminer villes et peuples sous cette flamme terrible, déluge étrange, inouï, beaucoup plus épouvantable que le premier, effrayante inondation, la première et la seule qu’ait jamais vue le soleil; avant d’infliger un châtiment de ce genre il révéla les fautes des coupables qu’il allait punir; il ne les révéla pas, comme je l’ai dit, en faisant lire des tablettes; il fit comparaître en public les crimes des méchants. (Gen. XIX.) Voilà pourquoi, il envoya ses anges; ce n’était pas pour faire sortir Lotir; il voulait montrer aux yeux la dépravation des gens de Sodome, et c’est ce qui arriva. Quand Loth eut reçu les voyageurs, la maison où s’exerçait l’hospitalité fut assiégée par tous; ils étaient là, tout autour, en cercle, et le général qui commandait ce siège, c’était l’amour infâme, l’abominable désir d’un commerce contraire à la loi de Dieu; passion effrénée qui ne connaissait plus les bornes de l’âge et de la nature. Les jeunes gens n’étaient pas seuls à entourer la maison: on vit venir aussi des vieillards; les cheveux blancs ne calmèrent pas cette rage; la vieillesse n’éteignit pas cette flamme insensée; on put voir, dans le port même, le naufrage; dans un coeur de vieillard, un détestable désir, et cette abominable passion ne s’arrêta pas là. Loth eut beau promettre de leur livrer ses filles, ils ne se retiraient pas, ils s’obstinaient, ils disaient qu’ils ne s’en iraient pas tant qu’on ne livrerait pas ces hommes à leur brutalité, et ils menaçaient des plus grands malheurs, celui qui leur avait promis de leur abandonner ses filles, afin de ne pas manquer, envers ses hôtes, aux égards de l’hospitalité. Voyez-vous comme le Seigneur a montré par tous ces faits réels, la corruption des gens de Sodome, avant de leur faire subir le châtiment? C’est pour qu’à l’aspect du supplice qui les frappe, la grandeur du désastre ne brise pas votre coeur; c’est afin que vous ne vous mettiez pas de leur côté, pour accuser Dieu, mais, du côté de Dieu, pour les condamner, parce qu’il a pris soin de montrer d’abord toute leur corruption, parce qu’il nous a enlevé tout sujet de miséricorde, parce qu’il a supprimé en nous toute compassion, toute pitié pour eux. C’est ce qu’il fait en ce moment à l’égard du prophète. Dieu ne veut pas que la famine qui consume les Juifs soit pour vous un sujet de douleur; il vous montre leur barbarie, leur cruauté, leur dureté envers les voyageurs. En effet, non-seulement ils n’accueillirent pas le prophète, mais ils menacèrent de le tuer, ce qui résulte des paroles de Dieu même. En effet, il ne dit pas seulement à son prophète: Retirez-vous! mais il ajoute: Cachez-vous. (III Rois, XVII, 3.) Il ne vous suffit pas de fuir, pour sauver votre vie, il faut, de plus, vous cacher avec le plus grand soin, parce que c’est le peuple juif, peuple altéré du sang des prophètes, et qui s’entend à égorger les saints; il a toujours les mains rouges du sang des prophètes; voilà pourquoi Dieu, l’envoyant hors de la Judée, lui dit: Allez et cachez-vous; mais quand il l’envoie vers la veuve: Je lui ai, dit-il, commandé. Voyez-vous comme il lui conseille de prendre beaucoup de précautions dans sa fuite, comme il lui ordonne, quand il entrera dans l’asile qu’il lui indique, de se montrer plein de confiance et de sécurité?
5. Ce n’est pas tout; Dieu aune autre pensée encore, quand il envoie ce prophète à la veuve. Plus tard, on devait voir le Christ, après tant d’incomparables bienfaits dont il avait comblé la Judée, après tant et tant de morts ressuscités par lui, après tous ces aveugles auxquels il avait rendu la lumière; après ces lépreux purifiés; après ces démons chassés; après cet (162) admirable enseignement qui sauve, tourmenté par ceux à qui il avait fait tant de bien; honoré par les Gentils qui n’avaient rien vu, qui n’avaient rien entendu. Il y avait là un sujet d’étonnement, de doute, d’incrédulité. Voilà pourquoi, bien avant le temps, le Seigneur nous montre, par ses serviteurs, la perversité des Juifs, l’affabilité, la douceur des Gentils. Voyez l’exemple de Joseph! ceux à qui lui-même venait distribuer des vivres entreprirent de le tuer; au contraire, un barbare l’éleva au faîte des honneurs. Voyez Moïse comblés de ses bienfaits, les Juifs le chassent; un barbare, Jothor, lui donne l’hospitalité, lui fait un accueil affectueux. Voyez David, que Saül chassa, après qu’il eut tranché la tête de Goliath, et délivré Saül, et la cité tout entière de mille pressants dangers: au contraire, Anchus, un roi barbare, accueillit David et le combla d’honneurs. De même, ici encore, Élie chassé par les Juifs est accueilli par une veuve. Donc, lorsque vous verrez le Christ repoussé par eux, accueilli par les nations, rappelez-vous les figures qui présagent dans le passé, l’avenir, et ne vous étonnez pas d’une vérité qui se manifeste elle-même. Vous avez aujourd’hui entendu la parole du Christ qui vous fait entrevoir cet événement. Dans ses entretiens avec ces Juifs, irrités contre lui, il leur disait: Il y avait beaucoup de veuves au temps d’Élie. Élie ne fut envoyé chez aucune d’elles, mais chez une veuve de Sarepta, dans le pays des Sidoniens. (Luc, IV, 25.) Mais, peut-être demandera-t-on, voilà un homme qui a montré pour la gloire de Dieu un zèle si ardent; pourquoi Dieu souffre-t-il qu’on l’afflige, qu’on lui rende la vie pleine d’angoisses? pourquoi l’envoie-t-il, tantôt vers un torrent, tantôt chez une veuve, ailleurs encore, comme un exilé qu’il force à passer d’un lieu dans un autre? Ces afflictions, ces angoisses vous préoccupent? écoutez encore ce qu’en dit Paul: Ils étaient vagabonds, couverts de peaux de chèvres, manquant de tout, affligés, persécutés. (Héb. XI, 37.) Pourquoi donc Dieu a-t-il permis qu’il fût affligé? Car enfin, si le prophète avait infligé ce châtiment aux Juifs pour venger les torts dont ils s’étaient rendus coupables envers lui, on aurait raison de dire qu’il était lui-même rangé avec justice sous le coup d’une affliction destinée à le rendre plus humain, à le corriger de sa cruauté; mais, au contraire, ce n’est pas parce qu’il leur gardait rancune des mauvais traitements qu’il en avait reçus, c’est parce qu’il détestait leurs fautes contre Dieu, leur malignité, leur insolence; voilà pour quelles raisons il les frappait de cette famine. Comment donc se fait-il qu’il soit lui-même soumis au châtiment, qu’il le subisse avec eux? pourquoi ne jouit-il pas de l’abondance de tous les biens, sans avoir rien à craindre? C’est que, si le Prophète, pendant que les autres étaient frappés par le fléau, pendant que les autres périssaient par la faim, eût joui des délices d’une bonne table, on aurait pu l’accuser de cruauté. Qu’offrirait de merveilleux l’existence d’un homme qui a tout en abondance, et qui jouit des malheurs d’autrui? Dieu donc a permis qu’il eût sa part du, désastre, qu’il sentît par expérience les malheurs qui se réalisaient; qu’il eût sa part des tourments de la faim, pour vous apprendre que ce qu’il éprouvait le plus, ce n’était pas la faim, mais le zèle de Dieu. Et en effet, dans cette vie d’angoisses, pressé par ce manque absolu de ressources, tourmenté, affligé, rien ne put pourtant le contraindre à rapporter ses menaces, parce que l’ardeur d’un vrai zèle s’exprimait par cette voix bienheureuse. Aussi, trouvait-il plus de charmes à subir l’affliction lui-même, à regarder le châtiment des coupables, qu’à les voir affranchis du fléau et retombant dans leur première impiété.
6. Telles en effet se montrent partout les âmes des saints; pour la correction des autres ils exposent volontiers eux-mêmes leur propre sécurité. Dieu n’a pas voulu qu’on pût dire qu’Élie, par un excès de cruauté, avait prolongé la famine, et Dieu permit que son serviteur en souffrît lui-même, afin de vous faire comprendre la vertu du Prophète. Autre raison d’ailleurs; souvent ceux qui opèrent des miracles cèdent à l’orgueil qui les emporte, et les témoins de ces miracles se persuadent facilement qu’il y a, dans ceux qui h s font, quelque chose de supérieur à la nature. Dieu a pourvu à ces deux dangers, en soutenant et corrigeant notre faiblesse. Que les choses se passent ainsi, c’est ce qu’il est facile de conclure des paroles de l’Apôtre. Écoutez Paul, quand il déclare que le don des miracles provoque l’orgueil: De peur que la grandeur de mes révélations ne me causât de l’orgueil, j’ai ressenti dans ma chair un aiguillon, qui est l’ange de Salan, pour me donner des soufflets. (II Cor. XII, 7.) Quant aux témoins portés à (163) concevoir une trop haute opinion de ceux qui opèrent les miracles, c’est encore le bienheureux Paul qui nous les dénonce. Après avoir parlé de ses révélations, il ajoute: Si je voulais me glorifier, je le pourrais sans imprudence, car je dirais la vérité. (II Cor. XII, 6.) Pourquoi donc ne vous glorifiez-vous pas? Je me retiens, de peur que quelqu’un ne m’estime au-dessus de ce qu’il voit en moi, ou de ce qu’il entend dire de moi. Dieu donc, pour empêcher qu’il n’arrivât à Élie rien de pareil (c’était Élie, mais Élie était homme) a mêlé au miracle la défaillance de la nature. Voilà pourquoi celui qui maîtrisait le ciel n’a pas pu maîtriser sa faim; celui qui resserrait les entrailles de la terre a été impuissant à resserrer les siennes, il a dû avoir recours à une femme, à une veuve; c’est pour vous faire comprendre, et la puissance de Dieu et la faiblesse de l’homme. Et ce n’est pas là que se réduit l’utilité à recueillir de cette histoire. Il y a plus encore. Quoi donc? Il y a que, si l’on vous exhorte à muter le zèle du Prophète, vous ne devez pas vous décourager, vous désespérer, dire qu’il était d’une nature supérieure à la vôtre; que c’est là ce qui lui donnait, auprès de Dieu, tant de confiance. Et ce conseil que nous vous adressons, vous est insinué par un Sage: Élie était un homme sujet, comme nous, aux mêmes misères (Jacq. V, 17); comme s’il disait: ne croyez pas qu’il soit impossible d’atteindre, avec lui, au faîte de la sagesse; il avait la même nature que nous. Toutefois son incomparable, sa divine vertu l’a élevé de beaucoup au-dessus des autres hommes.
7. Mais il est temps de retourner à notre veuve. Élie, dit le texte, s’en alla à Sarepta, ville de Sidon, et il trouva une femme veuve qui ramassait du bois. (III Rois, XVII, 10.) Digne portique d’une maison qu’habite la pauvreté. Eh bien! après? a-t-il rebroussé chemin, quand il a vu ces prémices de l’hospitalité annoncée? Non, il avait entendu la parole divine; il cria donc, derrière cette femme, et lui dit: Apportez-moi un peu d’eau, et elle alla pour lui apporter de l’eau. Femme vraiment généreuse et vraiment sage, et, si l’expression ne paraît pas trop hardie, femme vraiment digne de la grande âme du prophète! Mais non, cette expression n’est pas trop hardie; car, si cette femme n’eût pas été réellement digne, elle n’aurait pas été jugée digne de recevoir ce grand saint. De même que le Christ a dit à ses disciples: En quelque ville, ou en quelque village que vous entriez, informez-vous qui est digne de vous loger, et demeurez là. (Math. X, 14.) De même, ici, c’est parce que Dieu?avait que cette femme était digne, entre tous les autres habitants, de recevoir le prophète, que, négligeant tous les autres, il l’a indiquée au prophète. Voyons, dans la réalité même de la conduite, la noblesse de son âme: Apportez-moi, dit-il, de l’eau dans un vase. Voilà, certes, de la part de cette femme, une grande preuve de sagesse. Comment, elle lui répond? elle s’entretient avec lui? elle ne se jette pas sur lui? elle n’appelle pas tout le peuple pour punir cet être exécrable? N’est-ce pas là une conduite étonnante, admirable? Qu’une pauvre femme poussée par la faim, ait pu, avec une apparente de raison, s’abandonner jusque-là à sa colère, c’est ce que va prouver un exemple emprunté aux Juifs. Élie avait un disciple, Elisée, un second Élie (car le disciple était la reproduction du maître). Elisée, après Élie, prédit une famine; ce n’est pas lui qui l’envoya, comme l’avait fait Élie; la famine devait venir, Elisée la prédit. Eh bien! que fit le roi qui régnait alors? Il se revêtit d’un sac; le fléau brisa son orgueil. Cependant, tout brisé qu’il était, lorsqu’il entendit les lamentations d’une femme qui déplorait la famine, il entra dans une telle colère, qu’aussitôt il s’écria et dit: Que Dieu me traite dans toute sa sévérité, et il ajoute encore, si la tête d’Elisée, fils de Saphat est sur ses épaules jusqu’à la fin du jour! (IV Rois, VI, 31.) Voyez-vous la colère du roi? Voyez la sagesse de la femme. Elle rencontre celui, je ne dis pas qui a prédit la famine, mais qui a fait la famine; elle est tout pris de la ville, elle ne s’indigne point, elle ne s’abandonne pas à la colère, elle n’excite pas le peuple à le livrer au supplice; elle lui obéit avec une parfaite sagesse.
8. Or, vous savez bien ce qui arrive parfois, quand nous sommes préoccupés, nos amis mêmes nous importunent; nous ne pouvons pas les supporter. Maintenant, quand une affliction terrible comme la famine vient à fondre sur nous, la lumière même nous est à charge: c’est ce que prouve encore un exemple emprunté aux Juifs. Moïse arrivait, leur annonçait des biens sans nombre, l’affranchissement de la tyrannie, la liberté, le retour dans leur ancienne patrie: Mais ils ne l’écoutèrent point, à cause de leur extrême affliction et des (164) travaux qui les accablaient. (Exode, VI, 9.) A l’aspect d’un homme qui leur apportait de si heureuses nouvelles, ils se détournèrent. Cette femme vit le prophète, qui ne venait pas pour dissiper la famine, mais pour lui être à charge à elle-même; et elle n’éprouva rien de ce qu’on vit chez les Juifs. Ce qui les rendait moroses, c’était la fatigue de leurs travaux; cette femme, au contraire, ne souffrait pas de la fatigue; elle éprouvait la faim cruelle; certes, entre la fatigue et la faim, la différence est grande. Et non-seulement elle ne se détourna pas, elle fit plus: elle épuisa toute sa pauvreté, pour bien recevoir celui qui leur avait infligé la famine. Et elle s’en alla pour lui apporter de l’eau, dit le texte, et le prophète cria, et dit: apportez-moi aussi du pain, et je mangerai. (III Rois, XVII, 11.) Que fit la femme alors? même alors, elle consent à tout. Mais que dit-elle? Vive le Seigneur votre Dieu!,je n’ai point de pain, je n’ai qu’une poignée de farine. Pourquoi jure-t-elle? C’est que le prophète a demandé du pain; du pain, elle n’en avait pas; donc, elle a eu peur que pendant qu’elle ferait cuire, qu’elle préparerait son pain, ce qui demandait du temps, le prophète, ne supportant pas ce retard, ne se retirât, et que la proie offerte à son hospitalité n’échappât de ses mains. Voilà pourquoi elle s’est empressée, sous la foi du serment, de lui apprendre que ce n’est pas la farine qui lui manque, mais le pain; qu’elle a de la farine; et il ne lui suffit pas de son serment, elle y ajoute la démonstration, par l’action qu’il lui voit faire. Voici, en effet, dit-elle, que je ramasse deux morceaux de bois, et je rentrerai, et j’apprêterai à manger à mes fils et à moi, et nous mangerons, et nous mourrons.
Entendez tous, constructeurs de palais magnifiques, acheteurs de somptueux domaines, qui promenez, par les places publiques, vos troupeaux de serviteurs, ou plutôt, riches et pauvres, écoutez tous: Il n’y a plus, pour personne, d’excuse depuis cette veuve; malgré tant d’embarras qui devaient l’arrêter, elle tranche tout, elle surmonte tout. Écoutez, écoutez:C’était une étrangère, premier obstacle; du pays de Sidon, second obstacle; car, ce n’est pas la même chose que d’être, à quelque titre que ce soit, étranger, ou d’être originaire de Sidon, d’une ville infâme. Le Christ, dans les Évangiles, parle de cette ville comme d’une cité abominable. (Matth. XI, 21, 22.) Cette femme donc était étrangère, et du pays de Sidon; c’était une femme, par conséquent un être faible, ayant, à tous égards, besoin d’appui; elle était veuve, quatrième obstacle; cinquième obstacle, le plus grand de tous, des enfants à nourrir. Écoutez, veuves, et vous toutes qui nourrissez des enfants: elle n’a pas trouvé là une excuse suffisante, légitime, pour ne pas faire l’aumône, pour écarter des étrangers. Elle n’avait plus qu’une poignée de farine, et après, c’était la mort qu’elle attendait. Pour vous, quand vous auriez tout dépensé, quand vous vous seriez mis à nu, encore pouvez-vous aller chez les autres, et là trouver quelque consolation: mais alors, nul moyen de mendier; tous les refuges étaient fermés; c’était la famine. Aucun obstacle ne l’arrêta, Je veux dire, maintenant, un sixième obstacle, à savoir, la personne même que cette femme allait accueillir. Ce n’était ni un ami, ni une connaissance, mais un voyageur, un étranger; ajoutez que la religion élevait comme un mur entre elle et lui. Et ce n’était pas seulement un voyageur, un étranger, c’était précisément celui qui avait appelé la famine.
9. Et cependant, aucun de tous ces obstacles ne prévalut, n’arrêta cette femme; elle offrit des aliments à cette bouche qui lui avait enlevé tous ces aliments; l’auteur de la famine fut nourri par cette femme des restes que lui laissait la famine. C’est toi, dit-elle, qui m’a fait perdre tout ce que j’avais; c’est grâce à toi que je n’ai plus que cette poignée de farine; eh bien! jusqu’à cette pauvre poignée de farine, je la dépenserai pour toi; je m’exposerai moi-même, et mes enfants avec moi, je les exposerai à la mort, pour que toi, l’auteur de notre détresse, tu ne ressentes pas, de cette détresse, la moindre atteinte. Qui poussa jamais plus loin le culte de l’hospitalité? Je dis que celui-là est impossible à rencontrer. Elle voit ’un voyageur; et, tout de suite, elle ne sent plus qu’elle est mère; elle oublie les douleurs de l’enfantement; elle voit ses enfants autour d’elle, et sa résolution tient bon. Je sais bien que l’on dit et que l’on répète: un tel a donné à un pauvre la seule tunique qu’il avait lui-même pour se couvrir; il s’en est dépouillé pour en revêtir celui qui était nu; il a emprunté un manteau, et il a pu se retirer ainsi; et cette action a paru belle et admirable. Assurément, c’est une belle action; mais ce qu’a fait cette veuve est bien plus beau encore. Celui (165) qui s’est dépouillé, qui a recouvert les membres nus du pauvre, pouvait du moins emprunter un manteau; mais cette veuve, après avoir dépensé sa poignée de farine, ne pouvait pas s’assurer une autre, poignée de farine; le danger, pour elle, ne se réduisait pas à la nudité, elle ne pouvait que s’attendre à la mort, pour elle et pour ses enfants. Eh bien! quand nous voyons que, ni la pauvreté, ni ses enfants à nourrir, ni l’horreur de la famine, ni une telle indigence, ni la mort qui l’attend, rien ne l’arrête, quelle pourra être notre excuse, à nous qui sommes dans l’abondance? quelle sera l’excuse des pauvres? Vive le Seigneur votre Dieu! je n’ai point de pain, je n’ai qu’une poignée de farine, dans un pot, et un peu d’huile dans un petit vase; et voici que je ramasse deux, morceaux de bois, et, je rentrerai, et j’apprêterai à manger à mes fils et à moi, et nous mangerons, et nous mourrons. Plainte lamentable, ou plutôt parole bienheureuse et digne du ciel, qu’il faut que chacun de nous inscrive sur les murailles de sa maison, dans la chambre où nous dormons, dans la salle où nous prenons nos repas. Chez nous, hors de chez nous, sur la place publique, dans les réunions de nos amis, quand nous allons au tribunal, quand nous entrons, quand nous sortons, chacun de nous tous, méditons cette parole, et voici ce que je dis, ce que j’affirme, c’est qu’il n’est pas d’homme, eût-il un coeur de pierre, de fer, de diamant, qui, lorsqu’un pauvre s’approchera de lui, le renvoie encore les mains vides, si cet homme a inscrit cette parole, si cet homme tient ses regards fixés sur cette veuve.
Mais peut-être me dira-t-on: envoyez-moi un prophète, et vous verrez quel accueil je lui ferai, moi aussi. Formulez votre promesse et moi je vous amène un prophète; que dis-je, un prophète? je vous amène le Seigneur même des prophètes, Celui qui est, pour nous tous, notre Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Car c’est lui qui prononce cette parole: J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger. (Matth. XXV, 35.) S’il y a des incrédules qui dédaignent cette parole et les devoirs de la charité, on les leur fera comprendre à l’heure des châtiments et des supplices. Atten du que c’est le Christ lui-même qu’ils auront dédaigné, ils s’en iront subir l’insupportable torture. Pour ceux qui nourrissent les pauvres, c’est au Christ lui-même qu’ils donnent leurs soins: à eux la royauté du ciel!
10. Peut-être avons-nous fait un trop long discours. Plût au ciel qu’il nous fût permis, tous les jours, de vous entretenir de l’aumône! S’il vous semble que nous vous en avons assez dit, eh bien! résumons toutes nos réflexions. J’ai dit pourquoi le prophète a, été envoyé à cette veuve; c’est pour que vous cessiez de mépriser la pauvreté, d’attacher tant de prix aux richesses, de vanter le bonheur du riche, de plaindre, de déplorer la condition de l’indigent; c’est pour que vous compreniez la malignité des Juifs. C’est la coutume de notre Dieu, quand il apprête un châtiment, de se justifier par des faits qui se réalisent: il ne veut pas que, voyant dans la suite des temps le Sauveur commun de tous les hommes, rejeté par ces Juifs, accueilli par les nations, vous soyez étonnés et incertains; voilà pourquoi il vous montre, longtemps d’avance, leur perversité, leur habitude de récompenser par des tourments ceux qui leur ont fait du bien; il ne veut pas que vous taxiez de cruauté la prière du prophète, le châtiment que cette prière suscite, mais que vous y reconnaissiez un zèle divin, une sage sollicitude; apprenez que, même les plus vertueux ont besoin de correction, parce qu’ils sont des hommes comme nous; ne répondez pas, quand nous vous exhortons à montrer le même zèle que le prophète, qu’il vous est impossible de l’imiter. J’ai dit, en parlant de la veuve, comment, dans une si grande détresse, malgré la famine qui la tourmentait, elle n’a pas adressé une seule parole amère au Prophète, quoique sa colère eût été de circonstance, ce que j’ai prouvé par le caractère des Juifs: rien de pareil pourtant ne s’est montré en elle; avec une douceur, une charité parfaite, elle l’a accueilli; toute son indigence, elle l’a dépensée pour lui faire honneur, et, cependant, c’était une femme de Sidon, une étrangère; elle n’avait pas entendu les leçons de la sagesse, les prophètes recommandant l’aumône; elle n’avait pas entendu les paroles du Christ: J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger. Quel pardon pourrons-nous mériter, si, après tant d’exhortations, lorsque de si. hautes récompenses nous sont promises, lorsque l’on nous offre le royaume des cieux, nous ne parvenons pas, avec cette veuve, à la même perfection de la bonté, de la charité? C’était une femme de Sidon, c’était une étrangère, une femme, une veuve, chargée de nombreux enfants, et la famine était là, elle en voyait tous les dangers, (166) elle n’attendait plus que la mort, et elle allait accueillir un inconnu, l’auteur même du fléau, et, dans ces circonstances mêmes, elle n’épargna pas sa dernière poignée de farine! eh bien! nous, qui avons entendu les prophètes, qui jouissons des dogmes divins, qui pouvons sagement méditer sur le monde à venir, qui ne subissons pas la famine, qui sommes bien plus riches que cette femme, de quel prétexte, de quelle excuse, pourrons-nous nous couvrir, nous, avares de nos richesses, et gaspilleurs de notre salut? Donc, évitons à tout prix les châtiments terribles, montrons aux pauvres toute la tendresse de nos entrailles, afin de mériter, nous aussi, les biens à venir, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartient, comme au Père, comme au Saint-Esprit, la gloire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Traduit par M. C. PORTELETTE.
