Traité contre les hérétiques
Cinq livres de saint Irénée de Lyon contre les gnostiques (vers 180), traduction de M. de Genoude (1838)
- 01 — Notice sur saint Irénée
- 02 — Livre premier
- 03 — Avant-propos
- 04 — Chapitre I — Hypothèses de Valentin et de ses disciples
- 05 — Chapitre II — Parmi tous les Æons, un seul, Unigenitus, autrement encore appelé Nus, engendré par le…
- 06 — Chapitre III — Sur quels textes de l’Écriture les hérétiques prétendent appuyer leurs chimériques inventions
- 07 — Chapitre IV — Création d’Achamoth ; ce monde est né de ses passions
- 08 — Chapitre V — Formation de Demiurgos ; ce qu’il est ; sa qualité de créateur de tout ce qui existe hors du Plerum
- 09 — Chapitre VI — Les trois hommes des hérétiques ; inutilités des bonnes œuvres nécessaires aux seuls catholiques ; aucun désordre ne peut les souiller ; dissolution de leurs mœurs
- 10 — Chapitre VII — Achamoth doit passer dans le Plerum avec tous les hommes spirituels ; Demiurgos, dans l’état moyen, avec les hommes charnels ; la matière sera consumée par le feu. Blasphèmes contre l’incarnation du Christ, etc
- 11 — Chapitre VIII — Mauvaise foi des valentiniens qui détournent les Écritures de leur véritable sens
- 12 — Chapitre IX — Interprétations impies. Réfutations
- 13 — Chapitre X — Unité de la foi catholique
- 14 — Chapitre XI — Doctrine de Valentin ; en quoi elle est différente de celle de ses disciples, Secundus, Épiphanes et quelques autres
- 15 — Chapitre XII — Disciples de Ptolémée et de Corbasus
- 16 — Chapitre XIII — De Marcus et de ses faux miracles
- 17 — Chapitre XIV — Marcus s’efforce de faire accroire que la quaternité suprême descendue sur la terre sous la forme d’une femme est venue lui révéler des secrets inconnus. — Lettres énigmatiques. — Syllabes. — Sous-caractères employés pour faire croire à l’existence du Plerum et aux fables des Valentiniens
- 18 — Chapitre XV — Création des vingt-quatre éléments. Généalogie de Jésus. Le nom du Christ forme la première Ogdoa de. Manifestation de la vérité. Réfutation
- 19 — Chapitre XVI — L’unité et la dualité sont les principes de toutes choses. Nouvelle explication de la doctrine de Marcus. Exhortation de saint Irénée
- 20 — Chapitre XVII — Comment Demiurgos procède à l’œuvre de la création. Imitation de l’Éternel
- 21 — Chapitre XVIII — Abus monstrueux que fait Marcus des prophètes. L’homme est l’image de l’Ogdoa de. Le soleil est aussi la révélation extérieure de la quaternité. Preuves de la décade et de la duodécade
- 22 — Chapitre XIX — Passages de l’Écriture que cite Marcus à l’appui de son système
- 23 — Chapitre XX — Marcus se sert d’écritures apocryphes ou de textes mutilés pour étayer sa doctrine
- 24 — Chapitre XXI — Selon Marcus, la rédemption n’est nécessaire qu’à ceux qui veulent s’élever au sommet de la perfection. Le baptême de Jésus tient de la vie matérielle, celui du Christ de la vie spirituelle
- 25 — Chapitre XXII — Croyance des véritables Chrétiens. Unité d’un Dieu. Les hérésiarques n’admettent ce principe que pour le rejeter ensuite ; c’est pourquoi ils seront un jour condamnés
- 26 — Chapitre XXIII — Simon le magicien est le père de toutes les hérésies. De ses prestiges ; de sa doctrine. Il se déclare le dieu le plus élevé, la puissance infinie
- 27 — Chapitre XXIV — De Saturnin et de Basili de. De leurs systèmes. La création n’est point due à Dieu, mais à sept anges. Absurdités de ces hérésiarques
- 28 — Chapitre XXV — Carpocrate
- 29 — Chapitre XXVI — Cérinthe. — Les ébionites et les nicolaïtes
- 30 — Chapitre XXVII — Cerdon et Marcion
- 31 — Chapitre XXVIII — De Tati en. — Des continents et de quelques autres hérésiarques
- 32 — Chapitre XXIX — Différentes sectes des gnostiques. — D’abord des borbéliotes ou borboriens
- 33 — Chapitre XXX — Les ophites et les séthiens
- 34 — Chapitre XXXI — Des caïnites
- 35 — Livre deuxième
- 36 — Chapitre I — Il n’y a qu’un seul Dieu ; et il ne peut y avoir, soit au-dessus, soit au-dessous de lui, nul autre Dieu ; qu’on le nomme principe, Plerum, ou puissance
- 37 — Chapitre II — Le monde n’a pu être créé par les anges, ou par quelque autre puissance, sans la volonté du Dieu suprême. — Il a été créé par Dieu, qui a employé à cette œuvre le ministère de son Verbe
- 38 — Chapitre III — L’idée du Bythus et du Plerum des valentiniens, ainsi que du Dieu de Marcion, répugne naturellement à l’esprit. Celui qui a fait le monde est celui que notre esprit conçoit ; il est absurde de vouloir faire naître ce Dieu souverain de l’ignorance ou du péché
- 39 — Chapitre IV — Absurdité du système des hérésiarques, qui veulent faire provenir l’œuvre de la création du vide ou du péché
- 40 — Chapitre V — Puisque le Père contient tout en lui, on ne peut admettre que l’œuvre de la création ait été faite par un autre que par lui
- 41 — Chapitre VI — Il ne se peut pas que les anges et le créateur du monde n’aient pas connu le Dieu suprême
- 42 — Chapitre VII — Absurdité du système d’après lequel les choses créées ne seraient que des images des Æons qui habitent le Plerum
- 43 — Chapitre VIII — Qu’il est tout à fait invraisemblable de supposer que les objets de la création soient comme une ombre du Plerum
- 44 — Chapitre IX — Il n’y a qu’un seul créateur, qui est Dieu le Père ; cette croyance, qui est celle de l’Église, a été aussi celle de toute l’antiquité
- 45 — Chapitre X — Insigne fausseté des hérétiques dans leur manière d’expliquer l’Écriture. — Que Dieu a tiré toutes choses du néant, sans aucune préexistence de la matière
- 46 — Chapitre XI — Les hérétiques, pour s’être détournés de la voie de la vérité, se sont précipités dans un abîme d’erreurs. — Motifs qui ont porté l’auteur à examiner leur système dans tous ses détails
- 47 — Chapitre XII — De la triacontade des hérétiques ; qu’il y a en elle à la fois trop, et trop peu. — De ce que dans leur système on admet les unions des êtres supérieurs entre eux, il s’en suit que Sophia n’a rien pu engendrer par elle-même et sans l’aide d’un époux. — On ne peut admettre en même temps l’existence de Logos et de Sigée
- 48 — Chapitre XIII — L’hypothèse des premières créations, selon le système de nos adversaires, est contraire à la raison, et elle est insoutenable
- 49 — Chapitre XIV — Que Valentin et ses adhérents ont puisé leurs doctrines dans les religions du paganisme ; il n’y a à cet égard que les mots de changés
- 50 — Chapitre XV — Les hérétiques ne donnent aucune raison des créations successives de leurs Æons
- 51 — Chapitre XVI — Ou le créateur du monde a trouvé en lui-même le type de toutes ses créations, ou bien ce type lui a été fourni par quelque Dieu du Plerum : mais dans cette hypothèse celui-ci l’aurait reçu d’un autre, et ainsi de suite jusqu’à l’infini
- 52 — Chapitre XVII — Examen de l’origine des Æons ; qu’elle est inadmissible, de quelque manière qu’on l’envisage. — Nécessité où sont nos adversaires de reconnaître que leur Nus et leur père suprême sont entachés d’ignorance
- 53 — Chapitre XVIII — Il est absurde de supposer que Sophia ait été plongée dans l’ignorance et dans la souffrance, ou qu’elle ait couru de grands périls pour s’être mise à la recherche du Père : on ne peut pas mieux supposer que son enthymèse se soit séparée d’elle pour revêtir une existence particulière et distincte
- 54 — Chapitre XIX — Absurdité du système des hérétiques relativement à la semence divine. Qu’il est contre le bon sens de supposer que Demiurgos en aurait été le dépositaire, et que cependant il n’aurait été qu’un animal inintelligent, privé de la science des choses divines. Il n’est pas moins ridicule de supposer qu’une seule particule de cette semence divine aurait suffi pour les rendre, eux, qui ne sont que des hommes, des êtres spirituels et dont l’intelligence serait capable de tout comprendre
- 55 — Chapitre XX — Réfutation des prétendues concordances que les hérétiques veulent établir entre leur douzième Æon, livré à la souffrance et aux supplices, et le Christ crucifié ; ou avec le traître Judas. Qu’il ne saurait y avoir aucun rapport entre la passion du Christ et l’hypothèse chimérique des souffrances de cet Æon
- 56 — Chapitre XXI — Que les douze apôtres ne peuvent être considérés comme étant le type des Æons
- 57 — Chapitre XXII — Si le Christ a été baptisé à sa trentième année, ce n’a pas été afin que ses trente années fussent la figure des trente Æons. Ce n’est pas un an après son baptême qu’a eu lieu la passion du Christ
- 58 — Chapitre XXIII — Combien sont fausses et chimériques les inductions que les hérétiques prétendent tirer des nombres, des lettres et des syllabes
- 59 — Chapitre XXIV — L’existence de Dieu ne saurait dépendre d’un calcul de lettres, de syllabes et de nombres. Les nombres et toutes les choses créées sont au contraire soumis aux lois invariables de la vérité. Un seul et même Dieu est l’auteur de tout ce qui existe ; et nous ne devons pas nous perdre dans de stériles efforts pour pénétrer la nature de Dieu, qui est trop au-dessus de notre faible intelligence
- 60 — Chapitre XXV — Qu’il vaut mieux être ignorant et simple, pourvu qu’on ait l’amour de Dieu, que d’être enflé d’une vaine science. Que l’on doit, dans les matières de religion, s’abstenir de questions inutiles ou qui ne sont propres qu’à satisfaire la curiosité
- 61 — Chapitre XXVI — Ce n’est pas au moyen des paraboles qui présentent plusieurs sens que l’on doit expliquer les choses obscures et ambigués, mais bien plutôt en se servant des textes les plus clairs et les plus frappants que l’on peut trouver dans les divines Écritures
- 62 — Chapitre XXVII — Que ce n’est pas dans des paraboles, susceptibles de présenter plusieurs sens, qu’il faut chercher l’explication des choses obscures, mais bien dans les textes des Écritures, où tout est clair et manifeste
- 63 — Chapitre XXVIII — Qu’il ne faut jamais, dans l’étude des mystères, perdre de vue la règle du vrai et la vraie connaissance de Dieu. Nous devons avoir une foi entière aux saintes Écritures, et nous abstenir d’aller à la recherche téméraire des choses qu’il faut abandonner à Dieu, et qui dépassent les bornes de notre intelligence. C’est là le défaut des hérétiques, de ne réserver rien à Dieu, mais de vouloir tout scruter. De là les erreurs énormes dans lesquelles ils tombent, ainsi que l’auteur le démontre
- 64 — Chapitre XXIX — Contradictions du système des hérétiques, d’après lequel certaines âmes après la mort seront admises dans le Plerum, tandis que d’autres iront habiter la région du milieu, et resteront séparées du corps
- 65 — Chapitre XXX — L’auteur combat la prétention folle et impie des hérétiques, d’après laquelle ils prétendaient être eux-mêmes des êtres tout spirituels, tandis qu’ils relèguent leur Demiurgos dans la classe des animaux
- 66 — Chapitre XXXI — L’auteur rappelle sommairement tout ce qu’il a expliqué au long dans le cours de ce livre ; il démontre de nouveau que tous les arguments produits spécialement contre la doctrine des valentiniens peuvent s’appliquer en général à toutes les autres hérésies
- 67 — Chapitre XXXII — L’auteur réfute la doctrine impie des hérétiques, d’après laquelle toutes les actions seraient indifférentes en elles-mêmes, et justes ou injustes selon l’idée que s’en feraient les hommes ; il réfute encore une autre prétention de leur part, consistant à dire que leur âme est semblable à celle du Christ, et peut même lui être supérieure sous quelques rapports
- 68 — Chapitre XXXIII — L’auteur démontre par un grand nombre de raisons l’absurdité du dogme qui admet la transmigration des âmes d’un corps dans un autre corps
- 69 — Chapitre XXXIV — Les âmes, après la vie, conserveront le souvenir de leur existence et de leur union avec les corps, et elles demeureront immortelles, bien qu’elles aient eu un commencement
- 70 — Chapitre XXXV — Réfutation de l’erreur de Basili de et des gnostiques, qui prétendaient que les prophètes, en prédisant les choses futures, avaient été inspirés par différents dieux
- 71 — Livre troisième
- 72 — Avant-propos
- 73 — Chapitre I — Que les apôtres n’ont commencé de prêcher l’Évangile et n’en ont confié le dépôt à l’écriture qu’après avoir été fortifiés par les dons et les vertus de l’Esprit saint ; qu’ils ont proclamé un Dieu unique, créateur du ciel et de la terre
- 74 — Chapitre II — Les hérétiques ne veulent reconnaître ni les saintes Écritures ni la tradition
- 75 — Chapitre III — La tradition fondée par les apôtres s’est conservée dans l’Église par la succession des évêques nommés par eux ; ce que les hérétiques ne peuvent nier
- 76 — Chapitre IV — Que la vérité ne se trouve que dans l’Église catholique, seule dépositaire de la tradition et de la doctrine apostolique. Les hérésies sont nouvelles, et on ne peut en faire remonter l’origine aux apôtres
- 77 — Chapitre V — Que le Christ et ses apôtres ont professé ouvertement, sans restriction, sans arrière-pensée, et sans craindre de blesser les opinions qui régnaient alors, le dogme d’un Dieu unique, créateur de toutes choses
- 78 — Chapitre VI — Le Saint-Esprit, dans l’ancien Testament, en parlant de la Divinité, a constamment désigné Dieu le père, et le Christ son fils
- 79 — Chapitre VII — L’auteur répond à une objection tirée d’un passage de saint Paul, dans son épître aux Corinthiens (IV - 5.) Et il fait voir que l’apôtre s’exprime souvent dans un langage figuré et par transposition de mots
- 80 — Chapitre VIII — L’auteur répond à une autre objection tirée des paroles du Christ, rapportées dans l’évangile de saint Mathieu (Ch. VI, v. 24.) ; et il prouve qu’il n’y a que Dieu seul qui puisse être appelé Dieu, puisque seul il est sans commencement ni fin ; qu’aucune chose créée ne peut s’appeler ni Dieu ni Seigneur, puisque c’est Dieu qui a tout créé par le ministère de son Verbe
- 81 — Chapitre IX — C’est un même Dieu créateur de la terre et des cieux qui a été proclamé par les prophètes et ensuite par les évangélistes. Première preuve tirée de l’évangile de saint Mathieu
- 82 — Chapitre X — Preuves tirées des évangiles de saint Luc et de saint Marc au sujet de la même question
- 83 — Chapitre XI — Que les mêmes preuves tirées des évangiles de saint Mathieu, saint Marc et saint Luc se retrouvent dans l’évangile de saint Jean. L’auteur conclut qu’il n’y a que quatre évangiles, qu’il ne saurait y en avoir ni plus ni moins ; et il établit la nécessité de ce nombre par des raisons mystiques
- 84 — Chapitre XII — Quelle a été la doctrine des autres apôtres sur la nature de Dieu
- 85 — Chapitre XIII — Réfutation de l’erreur de ceux qui prétendent que, parmi les disciples du Christ, il n’y a que saint Paul à qui la vérité aurait été révélée
- 86 — Chapitre XIV — Dans l’hypothèse où saint Paul aurait eu la révélation particulière de quelque mystère de la religion, ignoré des autres apôtres, comment supposer qu’il ne s’en fût pas ouvert à saint Luc, le compagnon assidu de sa vie et le confident de tous ses travaux ; et comment ce même saint Luc, à qui nous devons les chapitres les plus importants de l’histoire de l’Évangile, ne nous aurait-il pas également transmis ces révélations de saint Paul
- 87 — Chapitre XV — L’auteur combat les Ébionites qui rejetaient l’autorité de saint Paul, autorité d’autant plus grande qu’elle est corroborée par les écrits de saint Luc, qui doivent être admis dans leur entier. Après avoir dévoilé l’hypocrisie, les ruses et la vanité des gnostiques, il tire cette conclusion, que les apôtres et leurs disciples n’ont reconnu et enseigné qu’un seul et même Dieu, créateur du monde
- 88 — Chapitre XVI — Qu’il est démontré par les écrits que les apôtres nous ont laissés, que Jésus-Christ n’est autre que le fils unique de Dieu véritablement Dieu et homme tout à la fois
- 89 — Chapitre XVII — Les apôtres enseignent que ce n’est point le Christ ou le Sauveur qui est descendu sur eux, mais bien le Saint-Esprit. Explication de ce mystère
- 90 — Chapitre XVIII — L’auteur reprend son argumentation principale, et il établit, tant par les paroles de saint Paul que par celles de notre Seigneur, que le Christ et Jésus sont une seule et même personne ; que le Christ n’est pas seulement le fils de Dieu, mais qu’il s’est véritablement fait homme
- 91 — Chapitre XIX — Que Jésus-Christ n’est point un homme né de Joseph ; comme Dieu, il a été engendré par le Père céleste, et comme homme, il est né de la sainte Vierge
- 92 — Chapitre XX — Dieu a fait voir, à l’occasion de la chute de l’homme, combien étaient infinies sa patience, sa bonté et sa miséricorde, et combien sa puissance pour le sauver était grande ; l’homme se rendrait donc coupable de la plus noire ingratitude, s’il ne lui témoignait pas sa reconnaissance pour le bienfait du salut
- 93 — Chapitre XXI — Véritable sens d’un passage du prophète Isaïe (Vii-12), faussement et méchamment interprété par Théodoti en, par Aquila, par les ébionites et par les Juifs. — Importance de la version des Septante. — Nouvelle preuve que le Christ est véritablement né de la vierge Marie
- 94 — Chapitre XXII — Que le corps du Christ a réellement été formé de la chair de la vierge Marie
- 95 — Chapitre XXIII — L’auteur soutient contre l’opinion de Tati en, qu’il a été conforme à la justice et à la miséricorde de Dieu qu’Adam ait obtenu le premier du Christ la grâce du salut
- 96 — Chapitre XXIV — L’auteur résume en peu de mots ses réfutations des diverses impiétés mises en avant par les gnostiques. Il oppose aux hérétiques flottant à tout vent de doctrine, l’unité, la perpétuité et l’indivisibilité de la doctrine de l’Église
- 97 — Chapitre XXV — Que ce monde est gouverné par un Dieu unique dont la providence et la justice sont infinies, qui punit les méchants, récompense les bons et leur accorde le salut éternel
- 98 — Livre quatrième
- 99 — Avant-propos
- 100 — Chapitre I — Que le Christ, dans ses discours, a constamment professé un Dieu unique, Dieu le père, et que c’est là ce qu’il a enseigné à ses disciples sur ce point
- 101 — Chapitre II — Les paroles de Moïse et des prophètes relatives au Christ démontrent que celui qu’il nommait son père, était le Dieu seul et unique, l’auteur de toutes choses
- 102 — Chapitre III — L’auteur répond à quelques railleries dirigées contre lui par les gnostiques ; il leur prouve que, lors même que le ciel qui est le trône de Dieu, et la terre qui est son marche-pied viendraient à cesser d’être, l’éternité ni l’immutabilité de Dieu n’en souffriraient aucune atteinte
- 103 — Chapitre IV — Réponse à une autre objection : l’auteur démontre que, lors même que la ruine et la destruction de Jérusalem qui est la cité du grand Roi aurait lieu, la suprême majesté et la toute-puissance de Dieu n’en recevraient aucune atteinte, puisque cela ne saurait avoir lieu que par un effet de la volonté de Dieu même
- 104 — Chapitre V — L’auteur revient à son sujet principal, et il démontre que c’est un Dieu seul et unique qu’ont annoncé la loi et les prophètes, que le Christ a appelé son père, et qui s’est manifesté au monde, tant sous l’ancien que sous le nouveau Testament, par son Verbe, un avec lui et consubstantiel à lui
- 105 — Chapitre VI — Explication de ces paroles du Christ : Personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, dont les hérétiques cherchaient à corrompre le sens. Preuves que sous les deux testaments, la croyance à cet égarda toujours été la même, que le Père révèle le Fils, comme le Fils révèle le Père
- 106 — Chapitre VII — L’auteur revient à son sujet. Il démontre qu’Abraham a eu, par la révélation du Verbe, la connaissance du Père, et la prévision de l’avénement du fils de Dieu sur la terre. De là sa grande joie, en voyant le jour du Christ, où devaient s’accomplir toutes les promesses qui lui avaient été faites. Le bienfait de cette révélation d’Abraham s’est étendu sur toute sa postérité restée fidèle à sa foi ; mais les Juifs, qui n’ont pas voulu reconnaître le Verbe de Dieu, n’y ont eu aucune part
- 107 — Chapitre VIII — Réfutation de l’assertion de Marcion et de ses disciples, qui prétendaient qu’Abraham n’avait pu être sauvé par le Christ ; car le Christ est venu pour délivrer non-seulement Abraham, mais encore toute sa race, non par l’abolition de la loi, mais par son accomplissement ; il ne la violait pas lors même qu’il opérait des guérisons miraculeuses le jour du sabbat
- 108 — Chapitre IX — L’ancien et le nouveau Testament n’ont l’un et l’autre qu’un même auteur, comme ils n’ont qu’un même objet, qu’un même but principal
- 109 — Chapitre X — Que l’ancien Testament en général, et principalement dans cette partie qui est relative à la mission de Moïse, parle constamment du fils de Dieu, prédit son avénement sur la terre et sa passion ; et que ce livre tout entier a été inspiré par un seul et même Dieu
- 110 — Chapitre XI — Que les anciens prophètes et les justes sous l’ancienne loi ont eu connaissance de l’avénement futur du Christ, et que c’est pour cela qu’ils ont plus vivement désiré de le voir et de l’entendre ; que c’est par le Saint-Esprit qu’il s’est révélé dans les saintes Écritures, et a répandu dans le cours des siècles des grâces sur l’humanité, avec une abondance plus grande toutefois sous la loi nouvelle que sous l’ancienne
- 111 — Chapitre XII — Il est démontré que l’ancienne et la nouvelle loi n’ont qu’un seul et même auteur ; ce que le Christ a lui-même prouvé par le respect qu’il professait pour les traditions et les usages anciens qu’il a confirmés et consacrés par ses paroles, et en se désignant lui-même comme étant le dernier accomplissement de la loi de Moïse
- 112 — Chapitre XIII — Le Christ, loin d’abolir l’ancienne loi, l’a, au contraire, accomplie et lui a donné une plus grande extension ; seulement il a débarrasse l’humanité des entraves de l’ancienne loi, afin qu’étant désormais plus libre par l’effet de cette confiance et de cet amour que des enfants ont pour leurs pères, elle s’avançât, en suivant les ordres de Dieu, dans les voies de la perfection
- 113 — Chapitre XIV — Si Dieu a créé l’homme, s’il lui a tracé des règles pour le conduire à la vérité, s’il exige de lui la soumission à ses volontés, il l’a fait uniquement pour le salut de l’homme ; il n’avait pas besoin de l’homme, mais il s’est plu à le combler de ses bienfaits, par un pur effet de sa bonté
- 114 — Chapitre XV — Dieu s’était contenté d’abord de donner aux hommes les préceptes de la loi naturelle, ou le Décalogue pour règle de conduite ; mais les Hébreux s’étant ensuite livrés à toute sorte d’excès, il fallut, pour réprimer leurs débordements, leur imposer le joug de la loi mosaïque, et plus tard encore, pour amollir la dureté de leurs cœurs, les soumettre à d’autres lois particulières
- 115 — Chapitre XVI — La circoncision, ni les autres cérémonies légales n’avaient point la vertu de conférer l’esprit de parfaite justice. Le Christ a aboli ces cérémonies, mais il a laissé subsister, en lui donnant une nouvelle vigueur, la loi du Décalogue, qui est obligatoire pour tous les hommes
- 116 — Chapitre XVII — Dieu n’avait nullement besoin des sacrifices et des cérémonies de l’ancienne loi, et ils ne pouvaient par eux-mêmes donner aux hommes la perfection ni la vertu. À ces sacrifices abolis par le nouveau Testament a été substitué un sacrifice réel, dont les autres n’étaient que la figure, c’est-à-dire, le sacrifice du corps et du sang de notre Seigneur Jésus-Christ, qui est célébré par toute la terre
- 117 — Chapitre XVIII — L’Église catholique seule a le pouvoir d’offrir avec simplicité et efficacité le sacrifice de pureté et de vérité, c’est-à-dire l’Eucharistie, qui est le corps et le sang du Christ
- 118 — Chapitre XIX — Les choses terrestres peuvent être les types des choses célestes ; mais on ne saurait prétendre, sans folie, que les choses célestes elles-mêmes puissent être les types d’un autre ordre de choses dont nous n’avons nulle idée, ou que le Dieu que nous connaissons soit le type de quelque autre Dieu inconnu
- 119 — Chapitre XX — Que c’est un seul et même Dieu, assisté du Verbe et du Saint-Esprit, qui a créé l’univers ; que nous pouvons le connaître et le comprendre, dès cette vie, quoiqu’il soit pour nous invisible ; nous le connaissons et le comprenons par ses œuvres, et nous pouvons le voir des yeux de l’esprit d’après tous les enseignements du Verbe à ce sujet
- 120 — Chapitre XXI — Abraham et nous, n’avons qu’une seule et même foi ; les anciens patriarches ont confessé cette même foi tant par leurs paroles que par leurs actions
- 121 — Chapitre XXII — L’avénement du Christ sur la terre a eu pour objet non-seulement le salut de ceux qui vivaient alors, mais encore de tous ceux qui, soit avant, soit après sa venue, auront eu la foi
- 122 — Chapitre XXIII — Les patriarches et les prophètes n’ont reçu la mission d’être la figure du Christ que pour préparer les générations futures à recevoir la foi du Christ. La tâche des apôtres a donc été moins grande en ce qu’ils ont profité des travaux de ces premiers justes
- 123 — Chapitre XXIV — Qu’il a été moins difficile d’amener les Juifs à la foi que les gentils ; qu’ainsi les apôtres qui se sont consacrés à la conversion des gentils, se sont imposés une tâche plus rude
- 124 — Chapitre XXV — Abraham et Thamar qui mit au monde deux jumeaux, étaient la figure de l’ancien et du nouveau Testament, bien que l’un et l’autre Testament eût pour objet le culte d’un seul et même Dieu
- 125 — Chapitre XXVI — Le Christ était dans les saintes Écritures comme un trésor caché, que son incarnation et sa passion ont manifesté au monde ; mais l’interprétation des Écritures et l’explication des règles de la foi n’appartient qu’aux évêques qui, dans la hiérarchie catholique, sont les successeurs légitimes des apôtres
- 126 — Chapitre XXVII — C’est par un effet de la providence de Dieu que le souvenir des iniquités de ceux qui vivaient sous l’ancienne loi nous a été transmis par la tradition, pour nous servir d’exemple et non point pour que nous nous croyions meilleurs que nos pères. Il ne faut pas en conclure que le Dieu dont l’action était visible dans l’ancienne loi, soit un autre Dieu que celui que nous a prêché le Christ. Nous devons plutôt craindre que ce même Dieu qui a puni les fautes de nos pères, ne se montre plus sévère encore pour les nôtres
- 127 — Chapitre XXVIII — Il faut accuser de démence ceux qui méconnaissent la doctrine du Christ et s’exagèrent les effets de sa miséricorde, oubliant que si le nouveau-Testament est la source de plus de grâces, il exige aussi de nous plus de perfection. C’est en vain qu’ils s’efforcent de découvrir un autre Dieu que le souverain auteur de toutes choses
- 128 — Chapitre XXIX — Réfutation de l’argument des marcionites, qui s’efforçaient de faire considérer Dieu comme l’auteur du mal, parce qu’on lit dans l’Écriture qu’il frappa d’aveuglement Pharaon et ses ministres
- 129 — Chapitre XXX — Réfutation d’une autre objection des marcionites, tirée de ce que les Hébreux auraient, par l’ordre de Dieu, dépouillé les Égyptiens
- 130 — Chapitre XXXI — Nous ne devons pas légèrement blâmer les anciens à l’occasion de certains faits dont l’Écriture ne les blâme pas ; il faut souvent y voir la figure des choses futures. Preuves de cette assertion tirées de l’inceste de Loth
- 131 — Chapitre XXXII — Qu’un seul et même Dieu est l’auteur des deux Testaments, comme nous l’avons démontré. Cette vérité nous est confirmée encore par le témoignage de l’ancien disciple des apôtres, qui nous a fourni déjà plusieurs preuves sur la tradition
- 132 — Chapitre XXXIII — Pour être un véritable disciple de la religion du Christ, il faut reconnaître le même Dieu pour l’auteur de l’un et l’autre Testament ; il faut avoir sur tous les points la seule vraie foi que l’on ne trouve que dans le sein de l’Église catholique, tenir pour vrai tout ce que les prophètes ont annoncé sur le Christ et sur la liberté du nouveau Testament, et connaître la véritable interprétation des textes sacrés
- 133 — Chapitre XXXIV — L’auteur prouve contre le système des marcionites, que tous les prophètes de l’ancienne loi ont été inspirés par un seul et même Dieu ; il tire cette preuve de ce que toutes les prophéties relatives soit au Christ, soit à la liberté apportée par le nouveau Testament, soit à la régénération de l’homme, se rapportent toutes uniquement au Christ, qui en a opéré l’accomplissement
- 134 — Chapitre XXXV — Erreur et folie des valentiniens et des gnostiques, qui veulent donner plusieurs sources aux inspirations prophétiques des Écritures : c’est une chimère de prétendre que les prophètes et même le Christ auraient reçu le don de l’inspiration, tantôt des puissances supérieures, tantôt des puissances moyennes du ciel, et tantôt de Demiurgos
- 135 — Chapitre XXXVI — Que c’est un seul et même Dieu qui a envoyé les prophètes et ensuite son Fils sur la terre
- 136 — Chapitre XXXVII — L’homme est libre ; il est donc doué de la faculté de choisir, ou du libre arbitre ; ainsi il ne faut point dire que parmi les hommes, il y en a qui sont naturellement méchants, d’autres naturellement bons
- 137 — Chapitre XXXVIII — Pourquoi l’homme n’a pas été créé parfait dès le commencement ?
- 138 — Chapitre XXXIX — L’homme a reçu la faculté de discerner le bien et le mal, afin de pouvoir suivre dans une pleine liberté et de sa propre volonté les commandements de Dieu, et avoir ainsi les moyens de se rendre plus parfait, et d’éviter le châtiment destiné à ceux qui enfreignent ces commandements
- 139 — Chapitre XL — Que c’est un seul et même Dieu qui punit les méchants et qui récompense les bons
- 140 — Chapitre XLI — Ceux qui ne croient pas en Dieu, deviennent les enfants du démon, non pas par nature, mais par dégradation. — Résumé de ce livre, et sommaire du livre suivant
- 141 — Livre cinquième
- 142 — Avant-propos
- 143 — Chapitre I — Le Christ seul pouvait nous racheter et nous enseigner les choses divines ; mais pour opérer notre rédemption réelle, il a dû revêtir la chair dans le sein de la vierge par l’opération de l’Esprit saint. Réfutation des idées chimériques de Valentin et d’Ébion sur ce sujet
- 144 — Chapitre II — Lorsque le Christ, dans son infinie bonté, a daigné nous visiter, lorsqu’il est venu nous rendre capables de parvenir au salut, en versant son sang véritable pour nous et en offrant son vrai corps dans l’Eucharistie, il l’a fait par amour pour sa propre créature
- 145 — Chapitre III — Dieu manifestera sa puissance et sa gloire par la résurrection de nos corps, dont il fera des corps immortels après les avoir formés et pétris du limon de la terre, et en accordant dans le ciel une éternité de vie à ces corps qui n’avaient eu sur la terre qu’une existence et une durée passagères
- 146 — Chapitre IV — Erreur de ceux qui, en admettant un autre Dieu créateur du monde, en font une divinité impuissante et inutile, ou méchante et jalouse, si on admet que ce Dieu ne veut ou qu’il ne peut donner à nos corps la vie éternelle
- 147 — Chapitre V — La longue vie des premiers patriarches, l’enlèvement d’Élie et Énoch dans le ciel avec leur corps mortel, l’exemple de Jonas, d’Ananias, d’Azarias et de Misaël, miraculeusement préservés de la mort, tout prouve évidemment que Dieu a la puissance de donner à nos corps une immortelle durée
- 148 — Chapitre VI — Le Chrétien, dans le séjour de l’immortalité, sera un homme entier et complet, composé d’un corps et d’une âme ; objet de l’amour du Verbe, il sera orné des dons du Saint-Esprit, dont nos corps sont ici-bas les temples, suivant le langage de l’Église
- 149 — Chapitre VII — Le Christ est ressuscité avec notre chair, d’où il résulte que nous devons ressusciter avec elle également. La promesse de résurrection qui nous a été faite ne pouvant d’ailleurs se rapporter aux esprits qui sont immortels de leur nature, cette promesse implique la résurrection des corps
- 150 — Chapitre VIII — Les grâces de l’Esprit saint que nous recevons nous disposent à l’incorruptibilité, font de nous des hommes spirituels et nous éloignent des choses charnelles. — Ce qu’il faut entendre par les animaux purs et les animaux impurs dont il est parlé dans l’Écriture
- 151 — Chapitre IX — Comment on doit entendre ce passage de saint Paul, dont les hérétiques ont souvent abusé, lorsqu’il dit que la chair et le sang ne posséderont pas le royaume de Dieu. (Corinth. XV.)
- 152 — Chapitre X — Nouvelles preuves à l’appui de la proposition traitée dans le chapitre précédent, tirée de la comparaison de l’olivier sauvage, qui, par la greffe, change de qualité en gardant la même nature ; de même l’homme, s’il n’est greffé sur l’esprit ne peut ni produire de bons fruits, ni posséder le royaume de Dieu
- 153 — Chapitre XI — Ce qu’il faut entendre par les œuvres charnelles et par les œuvres spirituelles ; que la purification spirituelle n’a point d’effet sur la substance qui forme les corps, qu’elle est toute relative à notre conversion à une vie meilleure
- 154 — Chapitre XII — Différence de la vie et de la mort. C’est le souffle de vie et de l’esprit de Dieu qui vivifie. Comment la même chose que la mort a frappée est susceptible de revenir à la vie
- 155 — Chapitre XIII — L’exemple des morts ressuscités par le Christ nous fournit une preuve sans réplique de la possibilité de la résurrection de nos corps ; et quant à nos âmes, ce qui prouve qu’elles sont capables de la vie éternelle, c’est que dès cette vie même elles peuvent recevoir l’esprit de Dieu
- 156 — Chapitre XIV — C’est afin de sauver l’homme dans sa chair que le Verbe s’est revêtu de notre propre chair, et qu’il s’est fait le ministre de notre réconciliation avec Dieu
- 157 — Chapitre XV — Le Dieu qui a crée les corps est le Dieu qui les ressuscitera ; preuves de cette vérité tirées des passages d’Isaïe et d’Ézéchiel
- 158 — Chapitre XVI — Puisque nos corps retournent naturellement à la terre après la mort, n’est-ce pas une preuve qu’ils en ont été tirés ? L’homme doit au mérite de la rédemption du Christ d’être redevenu la ressemblance de Dieu même
- 159 — Chapitre XVII — Il n’y a qu’un seul Seigneur et qu’un seul Dieu, père et créateur de toutes choses, qui nous a aimés dans la personne de son Christ, qui nous a donné sa loi et nous a remis nos péchés, dont le Christ a prouvé qu’il était le Verbe et le Fils, en nous faisant trouver grâce devant son Père
- 160 — Chapitre XVIII — Tous les êtres crées sur lesquels le Père et le Verbe exercent leur empire, ont été tirés du néant par leur puissance et leur sagesse ; autrement, et si la création était le produit de quelque grande anomalie, ou de quelque révolte, le fils de Dieu, qui a reçu tout pouvoir du Père, n’aurait pas revêtu la chair de l’homme
- 161 — Chapitre XIX — Rapports et rapprochements entre Ève désobéissante et prévaricatrice, et la vierge Marie devenue sa patronne. Résumé des différentes erreurs des hérésiarques
- 162 — Chapitre XX — Qu’il faut écouter avec docilité les pasteurs à qui les apôtres ont remis le gouvernement des Églises, dépositaires de la foi qui est une et invariable. Que l’on doit aussi éviter la société des hérétiques, et s’abstenir d’une curiosité indiscrète à l’égard des mystères de la foi
- 163 — Chapitre XXI — Toutes les prophéties ont pour objet principal le Christ ; il fallait que ce Christ se fît homme, qu’il fût envoyé dans ce monde par l’auteur souverain de toutes choses, qu’il y fût tenté par le serpent, afin que ses promesses fussent accomplies et que sa victoire glorieuse sur l’ennemi de l’homme fût complette
- 164 — Chapitre XXII — Les Écritures proclament un seul et véritable Dieu, celui que le Christ, son fils, annonce dans son Évangile ; c’est lui seul que nous devons adorer, c’est lui seul, et non le démon, qui est l’auteur de tout bien
- 165 — Chapitre XXIII — Le démon est le père du mensonge ; c’est par le mensonge qu’il a fait tomber dans le péché nos premiers parents, le sixième jour après la création ; la rédemption du péché par le Christ a eu lieu aussi un sixième jour
- 166 — Chapitre XXIV — Que le mensonge est l’occupation continuelle du démon. — Que nous devons obéir aux puissances temporelles, parce qu’elles ont été établies par Dieu et non par le démon
- 167 — Chapitre XXV — Règne tyrannique de l’antechrist. Son esprit de fraude, d’orgueil, d’après les prédictions de Daniel et de saint Paul
- 168 — Chapitre XXVI — Prédiction par saint Jean et Daniel de la chute de l’empire romain, et de la désolation qui précédera la fin du monde et le commencement du règne du Christ. — On réfute de nouveau les gnostiques qui veulent imaginer un Dieu le père autre que Demiurgos ; ils ne sont en cela que les organes de Satan, puisque leurs œuvres sont autant de blasphêmes contre Dieu
- 169 — Chapitre XXVII — Du jugement dernier. Séparation des bons et des méchants. Admission des élus dans le ciel. Tourments éternels des damnés
- 170 — Chapitre XXVIII — Marque distincte des élus et des réprouvés. — De l’apostasie qui doit avoir lieu lors du règne de l’Antechrist, et qui précédera la fin du monde
- 171 — Chapitre XXIX — Toutes les choses créées ont été faites pour l’utilité de l’homme. Le cours des méchancetés, des ruses et des apostasies de l’Antechrist a commencé dès le temps du déluge ; la cruelle persécution soufferte par Ananias, Azarias et Misaël, a été la figure de la tyrannie qu’il exercera sur la terre à la fin des temps
- 172 — Chapitre XXX — Tout certain que soit pour nous le nombre du nom de l’antechrist, cependant nous ne devons rien affirmer légèrement à ce sujet, parce que ce même nombre peut s’appliquer à beaucoup d’autres noms. Pourquoi la révélation du Saint-Esprit à ce sujet n’est pas entière. — Règne et destruction de l’antechrist
- 173 — Chapitre XXXI — La mort, la résurrection et l’ascension de notre Seigneur Jésus-Christ nous fournissent la preuve que nos corps seront ressuscités. Les âmes des justes sont dans l’attente de cette résurrection, qui les mettra en possession de la gloire éternelle et du bonheur suprême
- 174 — Chapitre XXXII — Que les saints jouiront de la récompense de leurs travaux dans ce même corps avec lequel ils ont supporté toutes les tribulations de la vie ; outre que nous avons tous le pressentiment de cette destinée, elle a été formellement l’objet de la promesse faite par Dieu à Abraham et à sa postérité
- 175 — Chapitre XXXIII — Nouvelles preuves à l’appui de la même proposition, tirées des promesses du Christ, quand il a dit qu’il boirait un jour avec ses disciples, dans le royaume du Père, du vin de la vigne ; quand il a parlé de récompense au centuple et de riches banquets, promesses dont la bénédiction de Jacob avait été la figure long-temps auparavant ; telle est d’ailleurs l’opinion de Papias et des anciens
- 176 — Chapitre XXXIV — Nouvelles preuves à l’appui de l’opinion de l’auteur sur le règne futur des justes sur la terre, après la résurrection, tirées de plusieurs passages d’Isaïe, Ézéchiel, Jérémie et Daniel ; et de la parabole des serviteurs vigilants de l’Évangile, où le Christ dit qu’il les servira lui-même
- 177 — Chapitre XXXV — Que les prophéties dont on a fait usage dans le chapitre précédent ne peuvent s’entendre dans un sens allégorique des biens purement célestes ; il faudra donc qu’elles aient leur accomplissement dans la Jérusalem terrestre, après la venue de l’Antechrist et la résurrection générale ; ce que nous démontrons par de nouveaux passages des prophéties d’Isaïe, de Jérémie et de l’Apocalypse de saint Jean
- 178 — Chapitre XXXVI — Résurrection réelle et entière de l’homme. — Le monde sera renouvelé mais non pas anéanti. — Il y aura dans le séjour éternel des demeures différentes suivant le mérite de chacun ; mais tout y sera sous la dépendance de Dieu ; c’est ainsi qu’il sera tout en tout

Traité contre les hérétiques
Cinq livres de saint Irénée de Lyon contre les gnostiques (vers 180), traduction de M. de Genoude (1838)
Saint Irénée de Lyon · 1046 min de lecture · 9 vues
Notice sur saint Irénée§
Saint Irénée vint au monde au commencement de l’empire d’Adri en, vers l’an 120 de Jésus-Christ. Ses parents, qui sans doute étaient chrétiens, le mirent encore enfant sous la conduite de saint Polycarpe, évêque de Smyrne. Ce fut dans une si sainte école, qu’il puisa les lumières et la science profonde de la religion, qui le rendirent dans la suite un des plus grands hommes de son siècle, l’ornement de l’Église, et la terreur des hérétiques. Aussi avait-il grand soin de remarquer tout ce qu’il voyait dans ce saint vieillard pour en faire son profit ; il écoutait ses discours avec ardeur, et les gravait, non sur des tablettes, mais dans le plus profond de son cœur. C’est saint Irénée lui-même qui nous apprend toutes ces circonstances ; et il ajoute qu’à force de repasser dans son esprit les instructions de son maître, il les y grava si profondément, qu’elles lui furent toujours très-vives et très-présentes dans la suite, et même dans sa vieillesse la plus avancée.
On ne sait point à quelle occasion saint Irénée vint dans les Gaules ; mais saint Grégoire de Tours dit qu’il y fut envoyé par saint Polycarpe. Il fut ordonné prêtre de l’Église de Lyon par saint Pothin, qui en était évêque, et il exerçait déjà les fonctions de prêtre l’an 177, lorsqu’il fut choisi par les martyrs de Lyon pour être le porteur d’une lettre qu’ils écrivaient au pape Éleuthère, où, après l’avoir salué comme leur père, ils ajoutent : « Nous avons exhorté Irénée, notre frère et notre compagnon, à rendre ces lettres à votre paternité. Nous vous supplions de le considérer comme un homme tout à fait zélé pour le testament de Jésus-Christ. C’est en cette qualité que nous vous le recommandons. Si nous avions cru que le rang et la dignité puissent donner le mérite et la vertu, nous vous l’eussions recommandé d’abord comme prêtre de l’Église ; car il l’est effectivement. » Le motif de la députation de saint Irénée fut de procurer la paix aux Églises, divisées sur la question de la pâque. On croit qu’il fut aussi porteur des lettres que les mêmes martyrs écrivirent aux Églises d’Asie et de Phrygie, au sujet des troubles que les nouvelles prophéties de Montan y avaient causées.
Saint Pothin étant mort la même année, saint Irénée fut mis en sa place, et fut le second évêque de l’Église de Lyon. Cette ville changea bientôt de face sous la conduite de son nouvel évêque ; et Dieu donna tant de force à ses prédications, qu’en peu de temps il la rendit presque toute chrétienne. Pour préserver son peuple des erreurs qui se répandaient dans les provinces près du Rhône, saint Irénée s’appliqua à en faire connaître tout le venin, à fournir des armes pour les combattre, s’attacha à en découvrir toutes les contradictions, à confirmer les néophytes dans la foi, et à ramener même les hérétiques dans le sein de l’Église ; et dans ce dessein il composa des livres contre les hérésies, dans lesquels il rapporte en détail toutes les extravagances des valentiniens et des autres hérétiques de ce temps-là, et donne toutes sortes de moyens pour les convaincre.
Il travailla aussi beaucoup pour procurer la paix entre les Églises, au sujet de la fête de Pâques, et fit ensorte, parmi les siens, qu’il fut permis à chacun de suivre l’ancien usage de son Église. « C’est ainsi, dit Eusèbe, qu’Irénée, remplissant toute la signification de son nom, se montra véritablement ami de la paix par la douceur de ses mœurs, par la modération de sa conduite, et par les mouvements qu’il se donna pour la procurer à l’Église. » Il reçut la couronne du martyre dans la persécution de Sévère, l’an 202 de Jésus-Christ. Saint Irénée composa plusieurs ouvrages pour la défense de la foi et pour l’utilité de l’Église ; savoir : cinq livres contre les hérésies, une Lettre à Florin, une à Blaste, un Livre de l’Ogdoa de, plusieurs lettres touchant la célébration de la fête de Pâques, dont une était adressée au pape Victor ; un Livre contre les païens, intitulé : De la Science ; un autre adressé à un Chrétien nommé Marcion ; un troisième, qui renfermait diverses disputes.
On croit aussi qu’il composa un Traité contre Marcion, et un Discours sur la foi, adressé à Demètre, diacre de Vienne. Pour ce qui est du livre qui avait pour titre : De la Substance du monde, qu’on lui attribuait du temps de Photius, on convient qu’il est de Caïus, prêtre de Rome.
Saint Irénée, dit l’auteur des Siècles chrétiens, devint si profond dans la science de la religion et des saintes Écritures, qu’il fut en état de combattre à la fois tous les hérétiques de son temps, depuis Simon jusqu’à Tati en, et de les suivre jusque dans leurs derniers retranchements, à travers les détours dans lesquels ils s’embarrassaient. Ce sujet était si obscur et si compliqué par la variété des erreurs et la bizarrerie des pensées auxquelles l’esprit humain s’était déjà livré en matière de religion, que, pour y répandre du jour, il ne fallait rien moins que l’érudition et les talents d’Irénée. Il n’y a point eu d’hérésie si confuse dans ses principes, si tortueuse dans sa marche et si enveloppée de nuages, dont il n’ait percé les ténèbres ; et son ouvrage sur cet important objet peut être donné pour un modèle de discussion et de controverse à tous ceux qui s’engagent dans la même carrière.
Les caractères par lesquels il apprend à distinguer la vérité de l’erreur dans les disputes de religion, sont la tradition apostolique qui transmet d’un âge à l’autre l’enseignement de la foi ; l’autorité des Écritures interprétées, non par l’Église, qui en conserve le dépôt et qui seule en connaît le vrai sens ; la succession des pasteurs qui fait remonter le ministère évangélique et, avec lui, tous les dogmes, à la source primitive et sacrée d’où ils découlent ; enfin les vrais miracles qui ne sont opérés que dans l’Église, et qu’il est toujours possible de discerner d’avec les artifices de l’imposture et les prestiges de l’enfer. Il conclut de là que la nouveauté de l’enseignement et la rupture de l’unité sont deux moyens par lesquels le fidèle peut toujours discerner les faux docteurs et juger leur doctrine ; et, par une autre conséquence des mêmes principes, il recommande l’attachement à l’Église et aux pasteurs légitimes, comme le préservatif le plus sûr qu’on puisse opposer à la contagion de l’hérésie.
Ce saint évêque consomma son laborieux ministère par le martyre, sous la persécution de Sévère, la seconde année du troisième siècle.
Avant-propos§
Puisque, au mépris de la vérité, quelques hommes se sont attachés à produire de fausses traditions, de vaines généalogies, plus propres, suivant la remarque de l’apôtre, à satisfaire une curiosité puérile qu’à servir à l’édification, résultat de la foi ; puisque, par l’attrait d’un certain nombre de probabilités habilement présentées, ces interprètes infidèles d’une doctrine sainte ont faussé la parole de Dieu ; et surprenant, entraînant les moins habiles sous les fausses lueurs d’une science mensongère, les détournent de la croyance au Créateur, sous prétexte de mieux connaître ce suprême ordonnateur du monde ; comme si la science humaine pouvait révéler quelque chose de plus grand et de plus élevé que ce Dieu, qui a créé le ciel, la terre et tout ce qu’ils renferment, je veux que vous sachiez que ces faux docteurs ne doivent qu’aux artifices de leur langage de tromper ainsi les simples, en les attirant par l’appât de recherches dangereuses, et qu’ils finissent par les conduire à leur perte, en leur donnant de la Divinité des idées indignes de ce souverain Créateur, et qu’ils rendent enfin l’esprit de ceux qui les écoutent incapables de discerner la vérité de l’erreur.
L’erreur ne se présente jamais à découvert, elle craint d’apparaître nue à tous les yeux, elle a soin de se parer d’un vêtement gracieux, afin de se montrer aux regards des simples plus vraie, s’il était possible, que la vérité elle-même ; en-sorte qu’il arrive à ces derniers comme à ceux dont un homme, qui est bien au-dessus de moi, a dit : Présentez-leur un verre habilement travaillé et qui imite un diamant de grand prix, ils préfèreront ce verre au diamant, jusqu’à ce que quelqu’un, capable de discerner, de constater l’art et l’adresse qui seules produisent toute l’illusion, les arrache enfin à leur erreur. Comment séparer en effet l’argent de l’alliage qui s’y mêle, si on n’a point appris à les discerner ?
Aussi, pour empêcher que d’autres Chrétiens ne soient emportés par les novateurs, comme la brebis est emportée par le loup ; pour que leur enveloppe extérieure, la peau de brebis qui les couvre, cesse d’imposer, Dieu nous a commandé la défiance envers ceux qui parlent d’une façon et agissent d’une autre. Après avoir lu ce que les disciples de Valentin eux-mêmes appellent leur système, après avoir conversé avec quelques-uns d’entr’eux et approfondi leur doctrine, j’ai cru devoir vous en révéler les monstrueux et impénétrables mystères ; mystères qui ne peuvent être adoptés que par ceux qui ont abdiqué toute raison.
La connaissance que vous en aurez vous mettra à même d’en instruire les personnes de votre communion ; vous les préserverez par là de cet abîme de folies blasphématrices où se plongent les valentiniens.
J’ai dessein, autant que me le permettront mes forces et la médiocrité de mon génie, de vous démontrer avec précision et clarté la fausseté des enseignements de ces hommes partisans de Ptolémée, et qu’on pourrait appeler la fleur des valentiniens ; je désire aussi vous mettre en main des armes pour détruire ces fausses doctrines, en vous révélant tout ce qu’elles ont de vide et d’absurde.
Sans habitude d’écrire, sans art, l’inspiration seule de la charité me suffira pour vous révéler à vous et à ceux de notre Église des choses jusqu’à ce jour ignorées ; aujourd’hui, s’il plaît à Dieu, elles seront exposées au grand jour, car il n’y a rien de caché qui ne sera révélé, rien d’ignoré qui ne sera connu.
N’exigez pas de moi, habitant de la Gaule Celtique, obligé si souvent de parler une langue barbare, cet art du discours, ce talent de persuasion que je n’ai point appris, cette précision et cette vigueur de style dont je me suis peu soucié ; mais, peut-être, vous vous plairez à trouver dans cet ouvrage des choses rendues simplement, grossièrement peut-être, mais avec vérité. Ce que je vous envoie n’est qu’un faible germe que je vous laisse le soin de développer, à vous qui en êtes plus capable ; votre esprit fécond fera fructifier cet essai, et l’expliquera pour ceux de votre communion. C’est sur votre demande que dès longtemps nous nous sommes occupés d’étudier ces systèmes pour vous en faire connaître aujourd’hui la fausseté, vous vous en servirez suivant la grâce que Dieu vous a donnée d’aider efficacement au salut des autres, et vous les préserverez de tomber dans les piéges que leur tendent les prédicateurs de ces fausses doctrines que nous allons vous faire connaître.
Chapitre I — Hypothèses de Valentin et de ses disciples§
Suivant les disciples de Valentin, il existe dans ces hauteurs que l’œil ne peut voir, ni la langue nommer, un Æon parfait, préexistant à tout : il s’appelle Proarche, Propator, Bythus. Depuis une infinité de siècles, cet Æon éternel et incréé s’était complu dans un repos profond, plongé dans son incompréhensibilité et son invisibilité : avec lui coexistait Ennoia, autrement appelée Charis et Sigé. Or, Bythus conçut un jour l’idée de produire toutes choses, et cette idée qu’il avait conçue dans son esprit, il la déposa dans ce même Sigé qui coexistait avec lui. Sigé aurait conçu par la vertu de ce germe reçu en lui, et aurait donné le jour à Nus, semblable à son auteur, égal à lui et seul capable d’en comprendre la grandeur. Ce Nus reçoit des valentiniens le nom d’Unigenitus, de père, de principe : la vérité serait encore née avec lui.
Ces quatre Æons forment ensemble la principale et première quaternité pythagoricienne de qui tout émane ; Bythus et Sigé d’abord, puis Nus et la vérité. Mais voici qu’Unigenitus, comprenant le motif de sa naissance, produisit Logos et Zoé, tiges des quaternations subséquentes, principe et formation de tout le Plerum. De l’union de Logos et de Zoé ne tardèrent pas à naître Anthropos et Ecclesia : ainsi fut complétée la première ogdoade, racine, substance, tige de toutes choses, renfermées dans les quatre noms de Bythus, de Nus, de Logos et d’Anthropos. Chacun de ces Æons a deux sexes : c’est d’abord Propator qui produit en s’alliant à Ennoia, ou sa propre pensée, autrement appelée encore Charis et Sigé ; c’est ensuite Unigenitus, autrement appelé Nus, uni à Aletheia ou la vérité ; Logos uni à Zoé ou la vie, et, enfin, Anthropos qui se marie à Ecclesia.
Ces Æons, produits pour glorifier leur auteur, voulant l’honorer par les fruits de leur propre fécondité, s’unirent entre eux et engendrèrent. Logos et Zoé, d’abord immédiatement après la naissance de leurs fils Anthropos et Ecclesia, produisirent dix autres Æons dont les noms suivent : Bythius et Mixis, Ageratus et Henosis, Authophyes et Hædon, Affinetus et Syncrasis, Monogène ; et Macaria : Voilà les dix Æons, nés de Logos et de Zoé. Voici maintenant ceux qui naquirent d’Anthropos et d’Ecclesia, au nombre de douze : Paracletus et Pistis, Patricus et Elpis, Metricus et Agapé, Énos et Sinésis, Ecclesiasticus et Macariathès, Théletos et Sophia.
Tels sont les trente Æons, produit erroné du système des valentiniens, qu’ils n’osent avouer, mais qu’ils reconnaissent en secret ; ils forment, suivant eux, le Plerum invisible et spirituel, divisé en trois ordres : L’ogdoade, la décade et duodécade, symbolisés par les trente ans que le Sauveur (il ne leur plaît pas de l’appeler Seigneur), a passé sur la terre sans se révéler par aucune manifestation publique ; ces trente années figurent, suivant eux, le mystère des trente Æons. Il y a plus, la parabole des ouvriers envoyés à la vigne serait encore une explication claire et symbolique des trente Æons : ne voyez-vous pas, en effet, les ouvriers envoyés vers la première heure ; les seconds, vers la troisième ; puis d’autres vers la sixième ; puis d’autres encore vers la neuvième ; puis d’autres enfin vers la onzième ? Additionnez ces hommes, vous aurez le nombre trente, nombre qui est celui même des Æons ; ce sont là les mystères admirables, les mystères sublimes, les mystères cachés qu’ils ont compris eux, mais que le peuple doit ignorer : c’est ainsi qu’ils interprètent certains passages de l’Écriture, lorsqu’ils croient pouvoir les adapter et les lier à leurs fictions.
Chapitre II§
Parmi tous les Æons, un seul, Unigenitus, autrement encore appelé Nus, engendré par le Propator, peut le connaître, le voir, le comprendre. Seul donc Nus se délectait dans la contemplation de l’incommensurable grandeur du Propator, et il méditait de communiquer, de révéler au reste des Æons toute la plénitude, cette grandeur qui était sans commencement, qui n’était visible ni à l’œil, ni à l’esprit. Pour complaire au père, Sigé l’arrêta, voulant les amener à les connaître ; les autres Æons brûlaient du désir secret de contempler leur producteur, celui qui, sans avoir jamais commencé, leur avait donné naissance : à ce désir se laissa emporter plus passionnément Sophia, le dernier et le plus jeune des douze Æons nés d’Anthropos et d’Ecclesia : une passion s’empara de lui, passion adultère dont Thélétus son époux n’était point l’objet.
Cette passion, qui d’abord avait troublé les Æons nés de Nus et d’Aletheia, finit par s’emparer de Sophia, Æon dépravé, plus coupable de témérité que d’amour, quoique l’amour en eût été le prétexte. Père parfait, il était jaloux de n’avoir pas été admis, comme Nus, à contempler la perfection du Père : cette passion n’était donc autre chose qu’un désir violent de connaître le Père. Sophia voulut, comme le disent les valentiniens, avoir la compréhension de la grandeur du Père, chose impossible, dont l’inutile entreprise le précipita dans une épouvantable crise : d’une part, la grandeur profonde et l’incompréhensibilité du Père le tourmentaient ; de l’autre, c’était l’extension toujours croissante et toujours plus extrême d’un amour dont la douceur l’eût infailliblement absorbé en l’identifiant à l’essence du Propator, s’il n’eût trouvé un appui hors de cette grandeur inénarrable, dans cette puissance pour qui tout s’affermit et tout se conserve ; cette puissance, ils la nomment Horos.
Horos donc vint sauver Sophia, il lui servit de soutien jusqu’au jour où, revenu enfin à lui-même, et reconnaissant l’incompréhensibilité du Père, il renonça à l’effort coupable, à la passion funeste où l’avait précipité l’ardeur d’une indicible admiration.
Voici maintenant une autre version sur la passion et le retour de Sophia ; un grand nombre de valentiniens l’ont adoptée : ceux-ci disent que de cet effort incompréhensible et irréalisable, sortit une substance sans forme, de même sexe que celui qui l’avait engendrée : à peine Sophia s’en fut-il apperçu, qu’affligé du fruit imparfait de sa maternité, il trembla que tel qu’il existait, ce fruit ne fût encore incomplet ; puis dans son imprévoyante anxiété, il rechercha la cause ignorée de son malheur et la raison qui l’empêchait de la découvrir. Las enfin du misérable état où l’avaient plongé longtemps l’affliction et la crainte, il tâcha de remonter vers le Père ; mais la force lui manqua, et il implora son aide : à ces supplications vinrent s’unir celles de tous les autres Æons, et plus particulièrement de Nus.
C’est de là, suivant les valentiniens, c’est-à-dire de l’ignorance, de l’affliction, de l’ennui, de la perplexité et de la stupeur, qu’avait procédé toute l’essence primitive de la matière. Alors, seulement par le ministère de l’Unigenitus, le Père, sans compagne, et résumant en soi les deux sexes, produisit à son image Horos, dont nous venons de parler ; ainsi, le Père est tantôt marié à Sigé, tantôt il résume en soi les deux sexes. Quant à Horos, il prend les noms de Stauros, de Lithroté, de Carpisté, de Slorothète et de Methagogée ; ils en font le sauveur et le défenseur de Sophia ; c’est par lui que l’Æon disgracié rentre dans le Plerum et retrouve son époux, affranchi désormais de toute inclination vicieuse et de toute passion dépravée.
Horos, suivant eux, en arrachant à Sophia sa passion et son amour, le crucifia, laissant en dehors du Plerum une essence toute spirituelle comme le mouvement physique dans l’agitation ; mais les valentiniens ne lui donnent ni forme ni apparence, incapable qu’elle est d’en revêtir aucune. C’est pour cela, disent-ils, que la production de Sophia fut incomplète, efféminée et sans vigueur. Ce nouvel être une fois exilé du Plerum des Æons, Sophia sa mère, une fois revenue aux bras de son époux, Unigenitus cédant à l’impulsion providentielle de son Père, voulut produire encore, pour les offrir au Père, le Christ et l’Esprit saint ; c’est par là qu’il completta le nombre des Æons ; son but était d’empêcher parmi eux de semblables passions, de semblables écarts.
Le Plerum se trouva ainsi renforcé. Le Christ leur donna la connaissance du mariage ; car auparavant ils pouvaient se suffire à eux-mêmes par la compréhension de l’incréé. Seul il pouvait leur rendre son père percevable, compréhensible, visible à l’œil et à l’ouïe ; il le fit, il enseigna aux autres Æons que la principale raison de leur essence éternelle résidait dans l’incompréhensibilité du Père, et que dans la manifestation de la seule partie compréhensible de son être, qui était son fils, résidait la cause de leur origine et de leur formation. Telle fut auprès d’eux la mission du nouveau Christ.
Ils apprirent de l’Esprit saint, qui les rendit tous égaux, l’action de grâce et le repos parfait. Ainsi, formes et sentiments étant détenus unanimes et semblables, parmi les Æons, tous devinrent pensées, tous devinrent Verbes, tous devinrent hommes et Christs ; et les Æons, femelles à leur tour, devinrent toutes Vérité, Vie, Esprit et Église. Arrivés enfin à ce point universel de solide et de parfaite union, leur joie devint un hymne à la louange du Propator, qui en ressentit une vive allégresse. Alors, encore en reconnaissance de ce bienfait, toutes les volontés, toutes les pensées, tous les efforts des Æons se résolvant en un effort unanime auquel s’allièrent à la fois les volontés, les pensées, les efforts du Christ et de l’Esprit, et l’approbation du Père, les Æons mirent en commun la partie de leur être la plus belle et la plus parfaite ; de ce mélange bien fait et bien préparé ne tarda pas à naître, pour honorer et glorifier Bythus, une beauté parfaite, l’astre du Plerum la plus accomplie des productions, Jésus, connu sous le nom de Sauveur et de Christ, et encore sous le nom patronique de Logos, sous celui de Tout, parce que tous avaient contribué à le produire ; enfin, pour l’honorer eux-mêmes, ils l’entourèrent, ils lui donnèrent pour gardes des anges de la même nature que lui, nés tous en même temps.
Chapitre III — Sur quels textes de l’Écriture les hérétiques prétendent appuyer leurs chimériques inventions§
Tels furent, suivant les valentiniens, les événements dont l’intérieur du Plerum a été le théâtre ; telles furent les suites malheureuses de cette passion qui poussa la malheureuse Sophia à la recherche insensée du Père : on a vu qu’elle faillit se perdre et s’abimer dans la matière ; on a vu l’union des six Æons, Horos, Stonus, Lythrotée, Carpisthé, Orothète et Métagogée ; on a vu le regret du Père donner naissance au premier Christ, et à l’Esprit saint, après la production des Æons ; on sait encore comment le second Christ, connu sous le nom de Sauveur, fut produit par l’effort réuni de tous les Æons. Ces choses n’ont pas été expliquées d’une manière très-claire, parce que la connaissance n’en convient pas à tous (doctrine mystérieuse et parabolique) ; ceux-là seuls doivent en avoir connaissance, qui sont capables de la comprendre.
Ainsi, comme les trente Æons dont nous avons parlé seraient le symbole des trente premières années de la vie du Sauveur, pendant lesquelles il a vécu dans l’obscurité ; comme la parabole des ouvriers de la vigne en était un second symbole, ils trouvent aussi, dans saint Paul, une indication plus manifeste encore ; ils y trouvent les noms et jusqu’à l’ordre de ces mêmes Æons. Voici les paroles de saint Paul : « Dans toutes les générations des siècles des siècles. » Quand dans l’action de grâces nous-mêmes nous répétons ces paroles ; toutes les fois enfin que le mot siècle est employé, on rendrait hommage à l’existence de leurs prétendus Æons. Ce n’est point tout, la duodécade æonienne se trouverait indiquée par l’âge même où le Seigneur disserta avec les docteurs de la loi ; elle le serait encore par le choix des apôtres que fit notre Seigneur au nombre de douze ; enfin, les dix-huit autres Æons représentent les dix-huit mois qu’ils prétendent que notre Seigneur passa auprès de ses disciples après sa résurrection ; une autre indication très-claire pour eux, c’est l’iota et l’eta qui commencent leur nom, indication formulée par le Sauveur lui-même, dans ces paroles : « Un iota, rien enfin de la loi ne passera avant la pleine exécution de ce que je viens de dire. »
L’apostasie de Juda, le douzième apôtre, figurerait le malheur survenu au douzième Æon : la passion de notre Sauveur, dans le douzième mois, viendrait encore, selon eux, à l’appui de leur hypothèse sur les Æons ; car ils prétendent que notre Seigneur n’a prêché qu’un an après son baptême : mais rien n’établirait d’une manière plus claire leur chimérique système, que l’exemple qu’ils tirent de cette pauvre femme atteinte d’un flux de sang, malade depuis douze ans ; la présence du Sauveur, le simple contact des franges de sa robe suffit pour la guérir. Aussi le Seigneur s’écria-t-il : « Qui m’a touché ? » Paroles qui doivent apprendre aux adeptes le mystérieux événement qui venait de guérir, parmi les Æons, celui d’entre eux qui souffrait. La maladie de douze ans était l’indication claire de cet Æon dont la substance allait s’étendant, s’écoulant dans l’infini, s’il n’eût touché le vêtement du Fils, la vérité de la première quaternité manifestée par la frange, et ne se fût perdu dans son essence : la vertu sortit alors du Fils de Dieu (qu’ils veulent appeler Horos) et arracha cet Æon entièrement à sa souffrance.
Pour prouver que le Sauveur est né de l’effort réuni de tous les Æons et qu’il est tout, ils citent ce passage : « Tout homme, pour naître de Dieu, ouvre le sein de sa mère, etc. » Le Sauveur, étant tout lui-même, a ouvert la voie à la pensée de cet Æon, que le malheur avait banni du Plerum ; de là une nouvelle ogdoade à laquelle nous reviendrons ; ils citent encore, à l’appui de leur explication, ces fragments de saint Paul : « Il est tout ; tout est dans lui ; tout est par lui, en lui réside toute plénitude de la Divinité ; Dieu a tout rétabli dans son Christ. » Voilà quelques-unes de leurs explications, on peut juger des autres.
Pour revenir à Horos, dont le nom varie à l’infini, ils admettent en lui deux modes d’actions, la force et la séparation ; lorsqu’il cherche à appuyer et à maintenir, ils l’appellent Crux ; veut-il séparer, ils lui donnent le nom d’Horos. Le Seigneur lui-même, prétendent-ils, a manifesté cette double action, et d’abord la force, quand il a dit : « Celui qui ne porte pas sa croix et qui me suit ne peut être mon disciple ; prenez votre croix, et suivez-moi. » Il aurait prouvé, en second lieu, la puissance de séparation, par ces paroles : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. »
Saint Jean, ajoutent-ils, a révélé expressément la même double action, quand il a dit : « Le van est dans ses mains, il va préparer l’aire, il recueillera le froment dans ses greniers, et son feu inextinguible consumera la paille. » Cette action révèle manifestement Horos qui sépare ; d’abord, ils prétendent que le van n’est autre que la croix, par qui sont anéanties les choses matérielles, comme la paille est anéantie par le feu ; elle purifie les élus comme le van trie le blé. Saint Paul leur semble encore faire une allusion à la croix dans ce texte : « La parole de la croix est une folie pour tous ceux qui se perdent, elle est la vertu de Dieu pour tous ceux qui se sauvent : que je ne me glorifie point, dit-il ailleurs, si ce n’est dans la croix du Christ, par qui le monde a été crucifié pour moi, et moi pour le monde. »
C’est ainsi qu’ils détournent de leur sens naturel plusieurs passages de l’Écriture ; c’est ainsi qu’ils en faussent l’interprétation pour donner un air de vraisemblance à la misérable fiction de leur Plerum : évangélistes, apôtres, lois et prophètes, rien n’est sacré pour eux ; ils tronquent, ils mutilent, ils interprètent, ils torturent les paraboles, les allégories qui peuvent offrir plusieurs sens, pour les plier à leur système ; ils s’efforcent d’enlacer dans les filets de leurs sophismes, en dénaturant toutes les vérités, ceux qui n’ont pas une foi bien affermie sur l’unité du Dieu tout-puissant, et sur l’unité de Jésus-Christ son Fils.
Chapitre IV — Création d’Achamoth ; ce monde est né de ses passions§
Voici maintenant ce qui se serait passé hors du Plerum : l’Enthymèse du Sophia supérieur, qu’ils appellent encore Achamoth, ayant été séparée, comme nous l’avons dit, et rejetée du Plerum, avec sa passion, fut emportée dans les régions des ténèbres et du vide, comme par la violence d’un tourbillon. Plus de lumière pour elle, loin du Plerum ; sans forme, sans figure, elle ressemblait à un fruit avorté, parce que ses efforts n’avaient rien réalisé.
Le Christ, touché de son malheur, ainsi que nous l’avons dit, l’étendit sur la croix, et par sa propre vertu lui donna une forme, seulement sous le rapport de l’essence, car il ne lui communique pas l’intelligence : rappelant ensuite toute sa force, il remonta au Plerum, et laissa Sophia ; mais celle-ci étant restée comme imprégnée du parfum d’immortalité du Christ et de l’Esprit saint, et comprenant mieux toute l’étendue de son malheur, elle en avait conçu un désir plus vif de revoir le Plerum, dont elle était exilée.
Les valentiniens donnent deux noms à cette infortunée, le nom patronimique de Sophia et celui d’ Esprit saint ; de ce même esprit qui animait le Christ. Plus tard, l’intelligence lui fut donnée, et son corps fut formé ; alors ayant recherché la raison qui avait pu l’isoler de l’union invisible du Logos ou Christ, elle ne put en venir à bout ; Horos était là, s’opposant au succès de ses recherches. Horos l’arrêtant, s’écria : Iao, et ce mot resta. Ne pouvant donc surmonter la barrière qu’Horos lui opposait, dans la passion qui l’emportait elle demeura abandonnée seule au dehors, et se livra à tous les emportements de cette passion ; elle était dévorée par le chagrin de n’avoir rien saisi, par la crainte de voir sa vie s’évanouir comme la lumière qu’elle avait perdu, l’anxiété, la honte d’une ignorance complète, non plus celle qui troubla sa mère, la première Sophia.
Sa souffrance n’était pas changée, seulement elle avait un autre objet. À ces douleurs, une nouvelle passion vint s’ajouter encore ; elle éprouva un violent désir de se réunir à celui qui avait donné l’être à tout ce chaos : cette union produisit la substance matérielle dont ce monde est formé. D’elle naquirent avec le monde Demiurgos, et toutes les âmes ; la crainte et le chagrin, à leur tour, produisirent tous les autres êtres ; ses larmes produisirent tout ce qui est fluide ; son sourire fit éclore la lumière, et les autres éléments du monde matériel prirent naissance de son chagrin et de sa crainte. Tantôt on la voyait pleurer son isolement au sein des ténèbres et du vide ; tantôt, au souvenir de la lumière qu’elle avait perdue, la joie se répandait dans son cœur, et elle riait ; d’autres fois elle était en proie à la crainte, à la perplexité, aux illusions de son esprit.
Ici ce ne sera pas sans peine qu’on parviendra à accorder entre eux nos docteurs, car leur imagination multiplie à l’infini les causes et les éléments de toute création. Ils ont raison, ce me semble, de garder les secrets de tels mystères, et de ne les livrer qu’à ceux qui en payaient bien cher la connaissance ; car ils ne sont pas de ceux à qui notre Seigneur a dit : « Vous avez gratuitement reçu, donnez sans récompense. » Leurs mystères sont profonds, prodigieux, bien au-dessus de l’intelligence du vulgaire ; il faut de la peine, même à ceux qui veulent se tromper et tromper les autres, pour les apprendre : mais qui ne déploierait pas tout ce qu’il a d’énergie dans l’âme, pour savoir comment les larmes de l’Enthymèse, l’Æon infortunée, ont pu produire les mers, les fleuves et toutes les substances liquides ?
Comment son sourire a fait éclore la lumière ; comment de sa crainte et de son anxiété sont nés tous les éléments matériels de ce monde ? Quant à moi, je me sens très-disposé à faire ressortir ce système. Les eaux, en effet, ne sont-elles pas ou douces ou salées ? douces comme les fontaines, les fleuves, la pluie, etc. ; salées comme les mers. Mais qui me dira que les larmes de l’Enthymèse ont pu produire des eaux de qualités si différentes ? J’aime à croire, moi, qu’au milieu de ses perplexités et de ses erreurs, la malheureuse Æon sentit la sueur ruisseler de son visage ; que les larmes ont produit les fontaines, les fleuves et toutes les eaux douces ; les sueurs, les mers et toutes les eaux salées. Cette explication n’est-elle pas plus vraisemblable ? Or, il y a des eaux chaudes, des eaux acres, des eaux plus ou moins pures ; je vous laisse à deviner comment elles les aurait produites : voilà où aboutissent leurs systèmes extravagants.
Ainsi, ayant parcouru tous les degrés de sa passion, la mère des Æons se mit à supplier la lumière qui l’avait abandonnée, c’est-à-dire le Christ. Celui-ci, de retour au Plerum, et ne voulant pas recommencer un nouveau voyage, lui envoya le Paraclet ou Sauveur, muni de tous les pouvoirs du Père, et investi de tout pouvoir, jusque sur les Æons eux-mêmes ; elle étend aussi sa domination, sur le visible et l’invisible, sur les trônes, les vertus et les puissances : celui-ci s’avance vers la mère, escorté des anges qui sont nés en même temps que lui. Achamoth, à en croire les valentiniens, pleine de crainte et de respect en sa présence, se voila chastement ; mais sitôt qu’elle l’eût entrevu, brillant de tant de gloire et de majesté, elle rassembla ses forces et accourut vers lui.
Le Paraclet la rendit intelligente, et aussitôt ses souffrances disparurent ; non qu’elles pussent être entièrement anéanties comme celles de la première Sophia, car elles avaient jeté de profondes racines et s’étaient singulièrement développées. Il ne fit que les séparer, les diviser, et puis les agglomérer en un seul point, les métamorphoser, de telle sorte que d’affections immatérielles, elles vinrent à l’état de corps ; il les rendit ensuite aptes à toute cohésion, et douées d’une double essence ; l’une mauvaise, sujette aux passions ; l’autre exposée à ces mêmes passions, mais capable de retour ; et c’est même de la puissance de celle-ci qu’ils disent que le Sauveur est né. Libre enfin de sa passion, éblouie et ravie par les corps lumineux qui l’entouraient, c’est-à-dire par les anges, elle s’unit à eux, et donna devant eux naissance à de nouveaux êtres, êtres spirituels semblables à elle et aux satellites du Sauveur.
Chapitre V — Formation de Demiurgos ; ce qu’il est ; sa qualité de créateur de tout ce qui existe hors du Plerum§
Il naquit trois êtres de cette union, suivant les valentiniens : l’un de la passion et tout à fait matériel, l’autre de la conversion et tout à fait animal, le troisième tout spirituel ; elle songea ensuite à leur donner une forme. Le spirituel n’en put recevoir aucune, parce qu’il était de la même essence que sa mère ; elle s’appliqua donc de nouveau à donner une forme à celui qui était né animal, au jour de sa conversion : alors furent révélées les doctrines du Sauveur.
En premier lieu, on vit naître de la substance animale le créateur et le souverain de tout ce qui existe ; tout ce qui pouvait lui être consubstantiel, tant les êtres animés appelés par les valentiniens êtres premiers, que ceux qui sont les produits de la passion et de la matière, c’est-à-dire les êtres secondaires. Ce fut à l’impulsion de sa mère, et dans le secret de son être, qu’il donna naissance à toutes ces nouvelles créations ; aussi prend-il les différents noms de Metropator, d’Apator, de Demiurgos ; de Père des êtres premiers doués de la vie, de Créateur des substances matérielles et de Souverain universel de toutes ces œuvres. L’Enthymèse n’avait d’autre but, dans toutes ces créations, que celui de glorifier les Æons ; elle en produisit les ressemblances, et surtout celle du Sauveur, qui la confondit tellement dans l’image du Père invisible, qu’elle resta ignorée de Demiurgos.
Celui-ci ressemblait à l’Unigenitus, et ses productions, auxquelles il donna sa ressemblance, furent les anges, les Æons et les archanges. Les valentiniens le font créateur et Dieu de tous les êtres qui sont en dehors du Plerum, tant animés qu’inanimés ; par lui deux essences, jusque-là confondues, se trouvent divisées, et de la métamorphose d’immatérielles qu’elles étaient en matérielles, dérivèrent les existences célestes et terrestres, des hyliques et des psychiques, des primaires et des secondaires, légères ou pesantes, gravitant en haut ou en bas ; sept cieux naissent de ses mains, et au-dessus d’eux il établit sa demeure, ce qui lui fait donner le nom d’Hebdoma de ; comme Achamoth, sa mère, reçoit celui d’Ogdoa de parce qu’elle complette la première ogdoade des éléments et des principes qui constituent le Plerum.
Les sept cieux sont les demeures des esprits angéliques et de Demiurgos, qui est un ange semblable à Dieu ; ils y placent aussi le paradis, qui domine le troisième ciel, et qui se trouve être l’empire du quatrième ange ; ils disent qu’Adam a pris quelque chose de la nature de cet ange, en conversant avec lui.
Mais, disent les valentiniens, Demiurgos se croit le producteur de toutes ces existences ; seulement il ne nie pas qu’il les a faites par la puissance d’Achamoth : ainsi, il crée le ciel et ignore sa création ; il fait l’homme, et il ignore l’homme ; la terre se révèle par lui, et il n’a pas conscience de l’existence de la terre : ainsi toutes choses naissent de sa main, création, forme, sa mère même, et cependant il ignore tout, il se croit seul. La cause de cette création lui vient de sa mère, ajoutent les valentiniens ; elle a voulu qu’il se manifestât par elle, qu’il fût l’âme, le principe d’existence, le souverain, l’arbitre de toutes choses ; aussi est-elle honorée des noms divers d’Ogdoa de, de Sophia, de Terre, de Jérusalem, d’Esprit saint, et du nom masculin de Seigneur : son habitation est dans la sphère moyenne, au-dessus de Demiurgos, mais au-dessous et hors du Plerum, jusqu’à la fin des temps.
Comme toute substance matérielle provient de ces trois sentiments, la crainte, le chagrin, l’anxiété, nos hérésiarques veulent, par induction, faire naître les êtres animés d’une union entre la crainte et la conversion. Demiurgos prend naissance dans cette même conversion : dans la crainte, toute substance animale, l’âme des bêtes et des hommes, prend existence à son tour ; aussi Demiurgos, incapable de s’élever à la connaissance des êtres spirituels, a-t-il dit, par les prophètes, que seul il était Dieu : Seul, moi, je suis Dieu ; hors de moi, il n’en est pas. Les crimes qui se commettent par la pensée émanent de la tristesse ; il en est de même du diable, appelé autrement Cosmocrator ou souverain du monde ; il en est de même des démons, des anges, enfin de toute substance spirituelle, méchante.
Comme Demiurgos est le fils d’Achamoth, de même Cosmocrator est l’œuvre de Demiurgos. Cosmocrator a la connaissance des mondes qui lui sont supérieurs, parce qu’il est l’esprit du mal ; Demiurgos, au contraire les ignore, parce qu’il est assujetti à une vie animale ; Achamoth réside, comme nous l’avons dit, dans la région moyenne, au-dessus du ciel ; Demiurgos fait sa demeure au-dessous du ciel, dans l’Hebdoma de ; et le Cosmocrator habite notre monde. Enfin, la stupeur et l’anxiété étant des causes ignobles, produisirent, comme nous l’avons dit, les substances matérielles et élémentaires du monde physique. À certain état de stupeur correspond l’existence de la terre ; l’eau correspond à l’agitation produite par la crainte, et l’air au resserrement que produit le chagrin ; le feu, élément mortel, élément terrible, se cache dans chacune de ces diverses productions, comme l’ignorance s’est cachée dans les trois états dont nous venons de parler.
À la création du monde matériel succéda bientôt l’homme, être vivant, non point l’homme fait de terre aride, mais un autre homme qu’une substance invisible, fusible, fluide et matérielle servit à animer. La vie lui fut donnée par un souffle, et il fut créé à l’image et ressemblance de son auteur ; il a des rapports avec Dieu par la ressemblance intellectuelle, mais son essence n’est point la même ; il lui devient semblable par sa vie animée, par le souffle qu’il a reçu, par son essence, par l’esprit enfin qui le caractérise. Revêtu plus tard, entouré de ses chairs comme d’un vêtement, il traîna sur la terre un corps visible.
Demiurgos ignora le second enfantement de sa mère Achamoth, produit par la contemplation des anges qui entouraient le Sauveur ; il l’ignora, parce que le produit fut de même essence que sa mère, c’est-à-dire spirituelle : celle-ci profita de son ignorance, le déposa dans son sein sans qu’il s’en doutât, afin qu’un jour, après l’avoir nourri comme la mère nourrit l’enfant qu’elle porte dans son sein, il pût lui donner une forme parfaite et ranimer par l’usage de la parole. Demiurgos ne se douta donc pas, en soufflant l’âme dans sa créature, que, par une ineffable vertu, Sophia avait aussi contribué à la création de l’homme ; il avait ignoré sa mère, il ignora ses enfants. Cette alliance de l’esprit et de la matière est le symbole, suivant les valentiniens, de l’Église supérieure, et l’homme, tel qu’ils veulent le figurer, a reçu son âme de Demiurgos, son corps de la terre, emprunté ses chairs à la matière, et le souffle humain à Achamoth.
Chapitre VI — Les trois hommes des hérétiques ; inutilités des bonnes œuvres nécessaires aux seuls catholiques ; aucun désordre ne peut les souiller ; dissolution de leurs mœurs§
De là, trois faits principaux : l’être matériel ou secondaire doit nécessairement périr, puisqu’il n’a reçu aucun souffle d’incorruptibilité ; l’être psychique ou primaire, moyen terme entre la vie et la matière, doit aller là où le portera son inclination ; l’esprit destiné à s’unir à la vie, à l’être psychique, doit s’instruire avec lui par la parole. Voilà donc, suivant eux, le sel et la lumière du monde ; voilà quelles sont les raisons de la création du monde ; et si le Sauveur est venu sur la terre, c’était pour donner le salut à l’être psychique, parce qu’il est animé et libre de sa volonté. En venant opérer l’œuvre du salut, le Sauveur prit à ceux qui en devaient ressentir l’effet la partie première de leur être : à Achamoth, il emprunta l’immatérialité, Demiurgos lui donna le souffle de vie, ensorte que Christ, ayant reçu l’essence psychique, fut préparé à recevoir un corps formé ineffablement, à la fois visible, palpable et passible : la matière n’y entra pour rien ; cet élément ne se prête point à l’action du salut.
Lorsque, parfaitement instruits des enseignements de l’esprit, les hommes auront à fond la science ; lorsqu’ils verront Dieu, et lorsqu’Achamoth brisera à leurs yeux le sceau des mystères profonds, alors les temps seront accomplis. Ces hommes, vous ne les attendrez pas longtemps, ce sont eux-mêmes, à ce qu’ils disent. Deux degrés de connaissance en ce monde : aux hommes d’une existence animale correspond la relation d’un enseignement approprié à l’imperfection de leur être. Nous avons le malheur, nous autres, qui suivons l’enseignement de l’Église, d’être ces hommes-là : aussi à nous l’obligation des bonnes œuvres pour le salut ; quant à eux, en raison de leur spiritualité, ils n’en ont nul besoin ; la matière, incapable d’action, ne peut entrer en participation du salut ; mais l’esprit (ils se rangent eux-mêmes dans la classification que ce mot indique), l’esprit n’ayant de sa nature rien à redouter, ni de la mort, ni de la corruption, pourrait avec toute impunité se livrer à tous les crimes. L’or tombé dans la boue de nos grands chemins perd-il rien de son prix ? Les fanges altèrent-elles sa nature ? Non ; ainsi les souillures des actions matérielles n’altèrent pas l’esprit.
Ceux qui passent pour les plus parfaits chez les valentiniens profitent à merveille de ce système commode ; c’est en vain que la loi, en vain que l’Écriture prohibe et interdit certaines actions, ils s’y abandonnent sans pudeur. Manger volontairement, et sans se croire souillés, les viandes offertes aux dieux ; courir avec empressement aux fêtes célébrées par les gentils en l’honneur de leurs dieux ; se porter à tous les divertissements publics ; assister même aux jeux horribles, à ces jeux que Dieu et les hommes ne peuvent voir sans abomination, les jeux sanglants des gladiateurs ; se livrer à toutes les voluptés de la chair, tout cela n’est pour eux que l’union de la chair à la chair, de l’esprit à l’esprit. Ne sait-on pas que quelques-uns d’entre eux instruisent des femmes dans leur foi pour les préparer à leurs infâmes plaisirs ?
Il en est d’entre celles-ci qui, détrompées un jour, et cédant à leur conviction, sont ensuite rentrées dans le sein de l’Église, et, confessant leurs fautes, ont avoué ces infamies ; quelques-uns, dont le front ne sait plus rougir, ont arraché à leur époux des femmes objet de leurs lubriques envies ; d’autres, chastes dès le principe, et vivant hypocritement avec ces femmes comme avec des sœurs, ont manifesté au monde, par la naissance de quelques enfants, la prétendue chasteté de leur liaison fraternelle.
Et des hommes de cette impudeur, de cette dépravation et d’une impiété aussi odieuse, osent nous traiter d’ignorants, nous qui, dans la crainte d’offenser Dieu dans nos paroles et dans nos pensées, nous abstenons de toute action défendue ! Quant à eux, ne craignez pas qu’ils se refusent le titre de parfaits ; ils sont à leurs yeux la semence élue. Pour nous, nous ne pouvons jouir de la grâce que d’une manière passagère ; car, suivant eux, nous pouvons la perdre ; eux, au contraire, déclarent l’avoir en propre ; elle leur vient des cieux, se communique à leur être par une ineffable union et dans un perpétuel accroissement. C’est pour s’exercer dans cette union, qu’ils pratiquent de toute manière le mystère du mariage. Écoutez-les parler aux gens grossiers : l’homme de la vie spirituelle qui, dans sa nature terrestre, n’a pas aimé une femme, n’en a pas eu une à soi, cet homme-là est en dehors de la vérité ; elle ne se manifestera jamais à ses yeux ; mais celui qui n’a pas la vie spirituelle et s’est mêlé à la femme ne verra point la vérité se manifester davantage à ses yeux, parce qu’il a été vaincu par la concupiscence.
Aussi nous autres, doués d’une vie terrestre, êtres psychiques, comme ils nous appellent, nous ne pouvons nous passer de bonnes œuvres et de continence pour nous élever à l’état moyen ; rien de semblable pour eux, les spirituels et les parfaits ! Ce n’est point l’action matérielle qui élève au Plerum, c’est un germe, un atome qui agrandit et perfectionne.
Chapitre VII — Achamoth doit passer dans le Plerum avec tous les hommes spirituels ; Demiurgos, dans l’état moyen, avec les hommes charnels ; la matière sera consumée par le feu. Blasphèmes contre l’incarnation du Christ, etc§
Le jour où tout germe sera parfait, Achamoth passera de l’état moyen dont nous avons parlé au bonheur du Plerum ; là, ce même Sauveur, dont le Père est dans toutes choses, deviendra son époux, et alors sera perfectionnée entre le Sauveur et Achamoth la mystérieuse union du mariage figurée dans notre monde par les noms d’époux et d’épouse ; comme la chambre nuptiale est parmi nous le symbole du Plerum, de même les êtres animés doivent un jour, par un acte incompréhensible, et dans une invisibilité mystérieuse, rentrer au sein du Plerum et se marier aux anges, satellite du Sauveur ; il ne leur restera de leur existence que l’intelligence. Demiurgos, à son tour, doit remplacer sa mère Sophia dans la sphère moyenne qu’elle habitait ; auprès de lui vivront dans le repos toutes les âmes justes ; mais rien de purement matériel n’entrera dans le Plerum. Quand les choses en seront arrivées à l’état que nous venons de décrire, le feu caché, et brûlant dans les entrailles du monde, ayant embrasé et dévoré toute matière, se dévore lui-même, et va s’éteindre dans le néant. Les valentiniens s’attachent en outre à démontrer qu’avant l’arrivée du Sauveur, Demiurgos ignorait toutes ces choses.
Quelques-uns même d’entre eux lui donnent seulement le Christ pour fils psychique, et ils s’appuient pour cela de l’autorité des prophètes ; il aurait traversé le sein de Marie comme l’eau le tuyau d’une fontaine, et sur ce Christ serait descendu, sous la forme d’une colombe, du sein du Plerum qu’il habitait, le Sauveur supérieur qui est né de l’effort réuni de toutes les puissances célestes. Le germe spirituel d’Achamoth se serait aussi reposé sur lui ; ainsi le type, la première quaternité, notre Seigneur, aurait été formé lui-même des quatre éléments suivants : de l’esprit, par l’émanation d’Achamoth ; de l’animation, par l’émanation de Demiurgos ; de la partie la plus parfaite de son être, par sa disposition céleste ; et enfin de cette vertu descendue sur lui sous la forme d’une colombe : pour le Sauveur supérieur, sa nature restait impassible ; comment, en effet, aurait souffert celui qui était invisible et incompréhensible ?
De là l’enlèvement de l’esprit qu’ils prétendent avoir eu lieu lorsque le Christ parut devant Pilate ; de là encore l’impassibilité de cette partie de son être qu’il avait emprunté à Marie ; l’esprit dont Demiurgos lui-même ne pouvait avoir connaissance n’est-il pas, en effet, au-dessus de toute douleur ? En admettant cela, il faudra admettre avec eux que le Christ psychique tout seul, celui que les dons universels formèrent d’une manière mystique, ne fut pas à l’abri de la souffrance ; ensorte que par lui, grâce aux soins de sa mère, se trouve révélée l’image du premier Christ étendu sur la croix et formé de la substance d’Achamoth.
Disons encore que les âmes dont Achamoth a fourni le germe sont plus belles, plus nobles que toutes les autres : Demiurgos eut pour elles, sans s’en rendre raison, une prédilection particulière ; il en fit des prophètes, il en fit des prêtres, il en fit des rois ; et les valentiniens supposent que les prophètes ont fait l’éloge le plus complet de ces natures privilégiées : Achamoth elle-même ne put s’empêcher de leur applaudir, soit par elle-même, soit par le témoignage des âmes crées par Demiurgos. Voici donc les prophéties soumises à une triple division : les unes sont l’inspiration de la mère, les autres de son germe, les troisièmes enfin de Demiurgos ; ils soumettent aussi Jésus à une triple inspiration, celle du Sauveur, celle de sa mère et celle de Demiurgos. Nous reviendrons sur ce sujet.
Demiurgos, ignorant les secrets du monde supérieur, s’émut aux paroles qui se disaient ; il eut cependant le bon esprit de les mépriser, confondant entre elles les raisons et les prophéties, heureux d’avoir son influence propre sur l’homme, sa créature, et de pouvoir embrasser les choses d’un ordre secondaire : son ignorance dura jusqu’à l’arrivée du Sauveur. Celui-ci, dès son avénement, lui enseigna toutes choses, s’unit à lui, le rendit participant de sa puissance ; les valentiniens disent qu’il est ce centurion que l’Évangile fait parler ainsi au Sauveur : « Homme ! j’ai sous ma puissance des serviteurs qui exécutent ce que je leur commande. » Ce commandement, suivant nos hérésiarques, durera pour l’administration du monde jusqu’au temps où l’Église, connaissant la récompense préparée aux élus, n’aura plus besoin de ses services, c’est-à-dire jusqu’au temps où la sphère de sa mère deviendra la sienne.
Les trois espèces d’hommes spirituel, matériel, psychique, sont représentés par Caïn, Abel et Seth ; les valentiniens soumettent encore ces trois espèces à trois classifications générales : la matière, ce qui meurt ; l’animation, ce qui, en embrassant les choses les meilleures, peut s’élever à la sphère moyenne comme à son lieu de repos, mais ce qui va se perdre et s’anéantir dans le mal, si le mal est l’objet de son choix ; l’esprit enfin émané d’Achamoth, et dont l’existence doit se prolonger autant que durera le perfectionnement des âmes des justes, germe tendre dès le principe, mais destiné à parcourir tous les degrés de perfectibilités, pour arriver à la dignité d’épouses des anges, satellites du Sauveur, et au repos éternel auprès de Demiurgos. Nos hérésiarques soumettent encore ces âmes à une nouvelle division ; les unes sont naturellement bonnes, les autres naturellement mauvaises ; les bonnes reçoivent la semence des choses spirituelles, les mauvaises en sont incapables.
Chapitre VIII — Mauvaise foi des valentiniens qui détournent les Écritures de leur véritable sens§
Nous avons raconté la doctrine des valentiniens toute étrangère à celle des prophètes, du Christ et des apôtres ; nous avons dit comment, dans leur orgueil, ils se glorifient d’une science imaginaire, et affectent de trouver dans l’Écriture ce qui n’y est nulle part ; ils font mille efforts pour donner un grand éclat à ce qui n’est que néant ; habiles à tromper, habiles à rapporter à leurs enseignements les paraboles de notre Seigneur, les textes des prophètes et des apôtres ; habiles à s’en faire une autorité, ensorte cependant que l’ordre, l’expression, la division, toutes les parties intégrales de la vérité se brisent sous leurs mains ; ils transportent, changent, mutilent, controuvent, et font tous leurs efforts pour séduire, par une explication mensongère des divins oracles.
Figurez-vous le cadre du portrait d’un roi, habilement orné d’insignes royaux et de riches pierreries : au lieu de la figure qu’il attend, mettez une tête de chien ou une tête de renard, par exemple, faite sans habileté ; dites ensuite : c’est le portrait du roi ressemblant à s’y tromper, tel enfin qu’il est sorti de la main de l’artiste. Pour mieux tromper, ajoutez : n’est-ce point là les pierreries royales avec lesquelles le peintre a orné l’image du roi ? Les idiots, éblouis par les pierreries, pourront s’y tromper, s’ils n’ont point vu le portrait du roi ; ainsi font les disciples de Valentin, qui prétendent rajeunir de vieilles fables, qu’ils enchassent dans des paroles magnifiques, qu’ils ornent d’expressions singulières et de paraboles, s’appliquant à faire servir le langage de Dieu à étayer leurs chimériques systèmes.
Jusqu’à présent nous avons montré combien ils abusent des Écritures, pour expliquer leurs folles opinions relativement à tout ce qu’ils placent en dehors du Plerum. Le Seigneur, dans les derniers âges du monde, est venu souffrir pour symboliser la passion du dernier né des Æons, pour en révéler le but, et pour révéler lui-même l’objet de sa venue à l’égard des Æons. La jeune fille de douze ans qu’à la prière du chef de la synagogue, son père, le Seigneur vint rendre à la vie serait le symbole d’Achamoth, qui prit une forme dans l’extension du Christ, et retrouva par lui la lumière du jour qu’elle avait perdue ; elle était semblable à un fruit avorté, comme nous l’avons déjà dit, et saint Paul rend ainsi témoignage de sa venue : « Il apparut à mes yeux, comme un fruit éclos avant le terme. »
(Épît. aux Corinth.) Le même apôtre aurait parlé de la même manière, dans la même épître, de la visite du Christ et de ses compagnons à Achamoth : « Il faut, dit-il, que la femme se voile la tête, à cause des anges. » Voilà pourquoi, à l’arrivée du Sauveur, Achamoth se voila. Moïse fit évidemment allusion à cette circonstance, lorsqu’il se voila le front. La passion d’Achamoth aurait été semblablement figurée par les souffrances du Sauveur sur la croix, et lorsqu’il s’écria : « Seigneur, Seigneur, pourquoi m’avez-vous abandonné ! » Ce serait une indication claire du dénuement de toute lumière où se trouva Sophia, et de l’obstacle que lui opposa Horos, lorsqu’elle voulut s’élancer dans les régions supérieures. Un symbole des angoisses auxquelles elle aurait été en proie se trouve dans ces paroles du Sauveur : « Mon âme est triste jusqu’à la mort. »
La terreur qu’Horos lui aurait inspirée est évidemment figurée par ces autres paroles : « Mon Père, mon Père, s’il se peut, détournez de moi ce calice ; » et sa perplexe anxiété est manifestée par ces autres paroles du Sauveur : « Que dirai-je ! je ne le sais. »
Le Christ, selon eux, aurait été encore le symbole de la triple classification d’être qu’ils ont admises : l’être matériel d’abord est annoncé par ces paroles du Fils de l’homme, à celui qui lui disait je veux vous suivre : « Le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. » L’être psychique serait tout entier dans sa réponse à celui qui le priait de lui permettre de renoncer à tout soin domestique : « Ceux qui mettent la main à la charrue et regardent en arrière, ne sont pas aptes au royaume des cieux. » L’Être de la sphère moyenne serait représenté par cet homme qui, après avoir accompli la justice, dans plusieurs choses, se laissa vaincre par les richesses, et s’arrêta dans le chemin de la perfection.
Voici maintenant comment il aurait figuré l’Être purement spirituel, quand il aurait dit : « Laissez les morts ensevelir leurs morts, partez, et annoncez le royaume de Dieu. » Et encore dans les paroles adressées à Zachée le publicain : « Hâtez-vous, descendez, il faut que je demeure aujourd’hui dans votre maison. » La parabole du levain caché dans trois mesures de farine appuierait encore cette triple indication : la femme symbolise Sophia, les trois mesures de farine révèlent les trois distinctions humaines que nous venons d’énumérer, et le levain serait la figure du Sauveur. Saint Paul vient encore à l’appui de cette distinction, quand il dit : « Comme le premier a été terrestre, tous les autres hommes sont terrestres. » Et ailleurs : « L’homme animal n’est pas capable des choses de l’esprit de Dieu. » Et ailleurs encore : « L’Esprit juge de tout. » Ce que nous venons de dire de l’homme animal, qui n’a pas la perception des choses de l’esprit, s’applique, suivant eux, à Demiurgos, être psychique lui-même, ignorant l’existence de sa mère, qui est un être spirituel, ignorait son origine, ignorant tous les Æons du Plerum.
Pour prouver que le Sauveur emprunta des êtres qu’il venait délivrer leurs qualités premières, ils se servent encore de ce passage de saint Paul : « Si les prémices sont saintes, la masse l’est aussi. » Les prémices, c’est la spiritualité ; la masse, c’est nous ; c’est l’Église psychique dont il s’est fait corps, qu’il a sanctifiée pour ainsi dire avec lui-même, parce qu’il en était le levain.
L’aberration d’Achamoth, bannie du Plerum d’abord, formée ensuite par le Christ, recherchée par le Sauveur, tout cela serait figuré par la parabole de la brebis errante que le Sauveur va chercher. Cette brebis errante, c’est sa mère, germe primitif de l’Église ; par l’aberration, il faut entendre le séjour loin du Plerum, au sein des passions, origine de toute matière ; par cette femme qui nettoie sa maison et trouve une drachme, il faudrait entendre la première Sophia, qui ayant perdu l’Enthymèse (l’inclination), dut sa guérison entière à l’arrivée du Sauveur, retrouva ce qu’elle avait perdu, et, suivant les valentiniens, fut rendue au Plerum. Siméon, au moment où il prononça, en tenant le Christ dans ses bras, son cantique d’action de grâces : « Seigneur, vous pouvez aujourd’hui laisser partir en paix votre serviteur, suivant votre parole, » figurait Demiurgos, qui, à l’arrivée du Sauveur, connut son élévation et en rendit grâce à Bythus.
Anne la prophétesse, comme l’appelle l’Évangile, était encore la figure manifeste d’Achamoth. Sept ans de sa vie s’écoulèrent auprès de son époux, et elle resta veuve le reste de ses jours ; lorsqu’elle vit le Sauveur, elle le reconnut, elle s’empressa de lui rendre un témoignage éclatant ; et, après l’avoir vu quelque temps, elle s’enferma, restant assise au milieu d’une chambre, le reste de sa vie, attendant toujours que le Christ vînt la visiter, pour lui rendre son époux. Son nom même aurait été prononcé par le Sauveur, quand il dit : « La justice a été justifiée par ses fils ; » il l’aurait été par saint Paul, quand il s’exprime ainsi : « Nous révélons la sagesse à ceux qui sont appelés à la perfection. » Ce même saint aurait parlé aussi des unions du Plerum, lorsqu’il s’exprime ainsi sur les mariages de la terre : « C’est un mystère profond, que le mariage, c’est un grand sacrement dans le Christ et dans l’Église. »
Lisez aussi saint Jean, le disciple bien-aimé du Seigneur, vous trouverez l’indication de la première ogdoade : Jean, disent-ils, voulant révéler la génération des choses, tel que le Père l’avait faite, admet un principe, né de Dieu, appelé Nus, Unigenitus et Dieu ; dans lui, le Père a déposé tout élément générateur ; le Logos est né de lui, de lui naît toute la substance des Æons, à laquelle le Logos donne ensuite une forme. L’évangéliste, ayant à parler du principe des choses, prononce le nom de Dieu, et celui de principe. Voici ses expressions : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et Dieu était le Verbe ; le Verbe était dès le commencement en Dieu. » Dans ce texte, les valentiniens trouvent trois choses distinctes : Dieu, le principe et le Verbe ; l’évangéliste les unit ensuite, pour manifester leur génération mutuelle, le Fils, le Verbe procédant du Père, et à leur tour s’unissant à lui ; dans le Père est le principe, et il émane de lui ; le Verbe est dans le principe, et il émane du principe : c’est donc à bon droit que l’évangéliste a dit : « Au commencement était le Verbe. »
Il était, en effet dans le Fils. « Et le Verbe était en Dieu (son principe), et Dieu était le Verbe. » De là cette conséquence : celui-là est Dieu, qui est né de Dieu. Ces mots : « Le Verbe était au commencement en Dieu, » indiquent l’ordre de production ; ces autres paroles : « Tout a été fait par lui, et sans lui rien n’a été fait, » révèlent l’existence de tous les Æons créés par le Verbe, qui les a précédés et leur a donné leur forme : « Ce qui a été fait en lui, poursuit saint Jean, était la vie ; » ces paroles indiquent manifestement l’union dont nous avons parlé ; le Sauveur fait la vie, et la vie se fait dans lui. Cette création intérieure est plus intimement liée à son existence que ses créations extérieures faites par lui ; elle est une part de son être et se développe avec lui.
Suivez l’évangile de saint Jean, vous trouverez encore : « Et la vie était la lumière des hommes ; » ce mot hommes, dans lequel se vient confondre celui d’Église, est la déclaration cachée, mais formelle, de leur union. Du Verbe et de Zoé naissent Anthropos et Ecclesia ; le nom de lumière, donné à la vie, révèle l’illumination qu’ils en reçoivent, c’est-à-dire leur existence et la révélation extérieure de leur existence. C’est dans ce sens que saint Paul aurait dit : « Tout ce qui est révélé est lumière. » Zoé donne naissance à Anthropos et à Ecclesia, elle leur manifeste la vie ; de là le nom de lumière qu’on lui donne. Saint Jean démontrerait donc en cet endroit et ailleurs, d’une manière inattaquable, l’existence de la seconde quaternité, née de Logos et de Zoé : il fait plus, il indique la première ; car, en parlant du Sauveur, il enseigne positivement, selon eux, que tous les êtres hors du Plerum sont sa création, et lui la création de tout le Plerum ; aussi l’appelle-t-il la lumière qui brille dans les ténèbres, et qu’on n’a pu comprendre, parce que, à leur insu, donnant une forme aux êtres nés de la passion de Sophia, ces êtres ne l’ont point compris.
De là encore les noms suivants de Fils, de Vérité, de Vie, de Verbe fait chair, qu’il lui donne : « Verbe fait chair, ajoute l’apôtre, dont nous avons vu la gloire, et cette gloire était comme la gloire du Fils unique, émanée du Père et pleine de grâce et de vérité. » Comment donc, dans cette quadruple appellation de Père, Charis, Unigenitus et Aletheia, ne pas voir une indication formelle de la première quaternité ? Qui dira que saint Jean n’a pas voulu parler ici de la première-née des Ogdoa des, celle qui a donné naissance à l’universalité des Æons ; car il parle du Père, de Charis, d’Unigenitus et d’Aletheia, de Logos et d’Ecclesia. C’est également ainsi qu’en parle Ptolémée.
Chapitre IX — Interprétations impies. Réfutations§
Vous voyez, mon cher ami, quelle illusion ils se font à eux-mêmes, en s’efforçant d’appuyer, sur des passages de l’Écriture qu’ils altèrent, leur ridicule système. Je n’ai rien voulu changer à leurs expressions, rien à l’exposition de leur doctrine ; vous jugerez vous-même de leur mauvaise foi et de leur fausseté. Comment, en effet, s’il fût venu à la pensée de saint Jean de parler de la plus élevée de leurs ogdoades, n’eût-il pas conservé l’ordre génésique et nommé de prime-abord cette vénérable quaternité, qui dans l’ordre général et dans la vénération que lui portent les valentiniens, conserve le premier rang ? Comment ne lui eût-il pas associé immédiatement la seconde, conservant, par l’ordre des noms, l’ordre même de l’ogdoade ? Il n’eût pas omis, comme par un oubli, la première quaternité pour en faire mention, et la nommer la dernière ; d’autre part, s’il eût voulu parler des unions, comment n’eût-il pas employé le nom d’Église ?
En relatant les autres unions, n’eût-il pas nommé les êtres du sexe féminin, tandis qu’il ne parle que de ceux du sexe masculin ? N’eût-il pas, au contraire, procédé d’une manière toujours logique ? Pourquoi, s’il se fût assujetti à nommer les épouses des Æons, n’avoir pas nommé celle d’Anthropos, c’est-à-dire de l’homme ? Il n’aurait point laissé aux conjectures, et presqu’à la divination, le soin de la trouver.
Ils ont donc étrangement défiguré la narration de saint Jean. En effet, saint Jean ne parle que d’un Dieu infini en puissance, que d’un seul Jésus-Christ son fils unique, dont l’œuvre est la création ; il ne parle que de ce fils unique, créateur et lumière de tous les hommes qui vivent dans ce monde, créateur revêtu de la chair mortelle, pour venir, parmi les siens, et habiter parmi nous. Pourquoi venir avec des termes fleuris défigurer aussi étrangement une si simple exposition ? Pourquoi admettre, comme produit par émission, un second Unigenitus, appelé encore principe, un second Sauveur, un second Logos, fils de l’Unigenitus, un second Christ enfin, né pour sauver le Plerum ? Pourquoi, détournant de leur véritable sens toutes les expressions, et confondant les noms, chercher ainsi à se faire une vérité de son invention, ensorte que toutes les paroles de saint Jean ne conviendraient plus à Jésus-Christ, notre Seigneur ?
A-t-il voulu parler du Père, de Charis, d’Unigenitus, d’Aletheia, de Logos, de Zoé, d’Anthropos, d’Ecclesia, de ce qu’ils appellent enfin la première ogdoade ? Mais y placent-ils Jésus, Jésus-Christ le maître de saint Jean ? Non. Celui que l’apôtre reconnaît pour le Verbe de Dieu est Jésus-Christ notre Seigneur : ne déclare-t-il pas lui-même qu’il a été bien éloigné de penser aux unions des valentiniens, et qu’il n’a voulu que rendre témoignage au Verbe ; car, résumant les choses qu’il avait dites, il les récapitule dans ces paroles : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » Or, suivant les valentiniens, ce n’est point le Verbe qui s’est fait chair, puisqu’il n’est jamais sorti du Plerum ; mais c’est un Æon postérieur au Verbe, né de tous, comme nous l’avons dit ; c’est ce qu’ils appellent leur Sauveur.
Qu’ils apprennent donc, les insensés, que Jésus, dont la mort nous a délivrés, Jésus, qui a habité nos demeures mortelles, que ce Jésus même est le Verbe ! Car, s’il n’était pas le Verbe, est-ce que l’apôtre n’eût pas désigné par son nom celui d’entre les Æons qui se serait incarné pour notre salut ? Ce Verbe donc, ce Verbe du Père est descendu, est remonté aux cieux, s’est incarné, lui Fils unique de Dieu, pour exécuter les desseins de son Père envers les hommes. C’est le même qui a tout fait, et saint Jean, en le nommant, n’a nullement voulu parler d’un Æon de leurs ogdoades. Mais, d’après leur système, le Verbe même ne se serait pas fait chair. Le Sauveur dont ils parlent prend un corps mortel, providentiellement et inénarrablement préparé, invisible, impalpable ; et saint Jean, au contraire, parle d’une chair faite de la chair d’Adam, pétrie de ce limon, à qui Dieu souffla la vie : voilà la chair dont le Verbe s’est revêtu ; ainsi donc s’écroule, s’évanouit leur première ogdoade ; et il devient manifeste que les mots de Verbe, d’Unigenitus, de Vie, de Lumière, de Sauveur, de Christ, de Fils de Dieu, ne peuvent rien signifier en dehors de celui qui seul s’est incarné pour notre salut ; et avec cette ogdoade s’anéantit tout entière une hypothèse chimérique, un rêve, au moyen duquel ils tronquent les Écritures.
Est-ce assez de prendre de tous côtés des noms, des mots, de les rassembler, d’en faire un tout, d’en altérer le sens naturel, absolument comme ceux qui, ayant à travailler un sujet, s’attachent à prendre dans Homère quelques fragments de vers, quelques hémistiches ? Il semble ensuite aux ignorants que c’est Homère qui a fait les vers qu’ils lisent, qui a traité le sujet dont il s’agit ; l’art, l’habileté qu’ils y croient voir, les obligent à se demander si ce ne serait point Homère qui en serait l’auteur. Nous ne citerons qu’un exemple de ce genre de composition, qui fera juger de la manière des valentiniens, puisqu’ils en agissent de la sorte ; il s’agit de décrire la descente d’Hercule auprès de Cerbère, où l’envoie Eurysthée.
« Et le fils de Sténélus, le descendant de Persée, Eurysthée, envoie sur le rivage sombre Hercule, le héros aux grands exploits, Hercule l’invincible, mais pleurant aujourd’hui. Le fils de Jupiter doit arracher à l’antre ténébreux de l’Érèbe le chien qui le garde : le héros part, et, semblable au lion dont le mâle courage s’est nourri dans les solitudes, il va : des jeunes-gens, des femmes, des vieillards, les yeux baignés de larmes, le suivent, comme s’il eût marché à une mort certaine ; mais Mercure voulut lui servir de guide, et Pallas, sa sœur, l’accompagner ; elle savait ce que souffrait son frère et quels exploits l’avaient signalé. »
Quel homme, s’il n’est point versé dans les lettres, ne croira pas aussitôt qu’Homère lui-même ait traité ce sujet ? L’homme lettré s’appercevra aisément de l’adresse qui a rapproché ainsi, pour les adapter à un sujet étranger, des vers sur Ulysse, des vers sur Hercule, des vers sur Priam, des vers enfin sur Ménélas et Agamemnon. Si on restitue ces vers à la page d’où ils ont été tirés, le nouveau sujet disparaît. Ainsi, celui qui porte en lui-même la règle infaillible de la vérité qu’il a reçue au baptême reconnaîtra les fragments de l’Écriture, ses paraboles, ses expressions, servant d’enveloppe au système impie des valentiniens ; mais il ne dévoilera pas toujours ce qu’il y a de faux dans leurs raisonnements. Et pour revenir à notre première comparaison, les diamants qui encadrent le portrait seront reconnus par lui, sans qu’il se trompe sur la figure du portrait ; mais rapportant chaque passage à l’endroit auquel il appartenait, le Chrétien détruira l’œuvre trompeuse et chimérique des hérésiarques, et mettra à découvert tout ce qu’elle offre de vrai et de faux.
En attendant les développements ultérieurs sur ce sujet, en attendant les réponses de ces comédiens, qui ne manqueront pas de se détruire l’un après l’autre, il sera bon, je pense, de montrer l’étrange désaccord qui règne entre les inventeurs de ces fabuleuses doctrines et à quels vents contraires l’erreur les livre sans cesse. On pourra voir que la base des vérités qu’enseigne l’Église est aussi solide qu’est vaine et chimérique l’opposition de ceux qui l’attaquent.
Chapitre X — Unité de la foi catholique§
Répandus dans tout l’univers, les membres de l’Église, quelques divers que soient les lieux qu’ils habitent, professent tous une seule et même foi, celle qui a été transmise par les apôtres à leurs disciples. Cette foi a pour base la croyance en un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur du ciel, de la terre, de la mer et de tout ce qu’ils renferment ; en un seul Jésus-Christ, fils de Dieu et fait chair pour notre salut ; en un Saint-Esprit qui a annoncé, par les prophètes ses organes, les volontés célestes et l’avénement du Dieu né d’une vierge, de ce Dieu qui a souffert, qui est ressuscité d’entre les morts, qui est monté aux cieux avec sa chair, Jésus-Christ notre Seigneur ; ce Dieu qui redescendra un jour du haut des cieux, dans la gloire du Père, pour juger l’univers, pour ressusciter toute chair humaine ; afin qu’en Jésus-Christ, notre Seigneur, notre Dieu, notre Sauveur, notre Roi, par la volonté du Père invisible, tout genou fléchisse à son nom, dans les cieux, sur la terre et dans les enfers ; que toute langue lui rende témoignage, et que son jugement divin s’étende à toute chose ; il condamnera au feu éternel les puissances du mal, les anges rebelles, les apostats, les impies, les hommes injustes, iniques et blasphémateurs.
L’Église croit encore qu’aux justes, aux fidèles observateurs de ses lois, à ceux qui persévèrent dans la charité, pendant leur vie tout entière, ou qui ayant péché auront fait pénitence, il sera donné une autre vie incorruptible, une gloire qui ne périra jamais.
Tous les membres de cette Église, quoique disséminés sur la terre, sont unis par une même foi, comme si réellement ils vivaient tous ensemble, et n’ayant qu’une seule âme, un seul cœur, s’attachant à conserver le dépôt de ces mêmes doctrines ; et pour les prêcher, pour les enseigner, pour en continuer la tradition, elle le fait en quelque sorte comme par une seule bouche ; car la diversité des langages n’altère en rien la force et l’unité de ces traditions : les Églises de la Germanie ont la même croyance que les autres Églises ; les Églises de l’Ibérie, de la Gaule celtique, de l’Égypte, de la Libye ; celles qui sont aux extrémités, comme celles qui sont au centre du monde, n’ont qu’une même foi. De même que le soleil, œuvre de Dieu, verse sans cesse sur le monde une lumière toujours la même, ainsi les enseignements de la vérité illuminent des mêmes rayons tous les hommes qui veulent la connaître.
Ne croyez pas que le fidèle moins instruit ait une autre doctrine que le pontife éloquent ; tous sont subordonnés au même maître, et l’homme qui sait le moins bien parler en sait toujours assez pour transmettre la tradition sans l’altérer ; la foi étant, comme nous l’avons dit, une et invariable, celui qui peut longuement s’étendre à son sujet n’y ajoute point ; celui qui ne sait pas la développer ne l’amoindrit point.
Le plus ou moins de génie ou de science ne change point les dogmes, et ne peut faire qu’à la place d’un Dieu créateur et conservateur, il y ait un autre Dieu, un autre Christ, un autre Fils unique, comme si celui qui existe ne suffisait pas pour nous protéger. Les dogmes de l’Église n’exigent point d’oiseuses investigations sur ce qui est parabolique, et ne demandent qu’une application soutenue pour parvenir à l’intelligence des vérités que Dieu nous a enseignées, à la connaissance de ce qui concerne la chute des anges rebelles, et la patience de Dieu à l’égard des hommes ; et savoir pourquoi il y a des choses qui n’ont qu’une durée passagère, tandis que les autres ont une durée éternelle, la raison de l’existence des êtres célestes et des êtres terrestres, tous si divers, et cependant l’œuvre du même Dieu ; pour apprendre comment Dieu, tout invisible qu’il est, s’est révélé cependant sous plusieurs formes aux prophètes ; pourquoi plusieurs lois ont été données par lui aux hommes ; quel est le caractère particulier des deux testaments ; pourquoi il a renfermé tous les hommes dans l’incrédulité, pour faire miséricorde à tous, la raison de l’incarnation et de la passion du Fils de Dieu ; pourquoi son avénement sur la terre a eu lieu plutôt à la fin des temps qu’au commencement ; pourquoi expliquera-t-il plus tard les paroles de l’Écriture sur la fin même du monde et sur l’avenir ; pourquoi des gentils, de l’état de mort spirituelle où ils vivaient, ont mérité de devenir cohéritiers et de participer à la vie des saints ; pourquoi les corps mortels pourront-ils devenir immortels, et ce qui est corruptible devenir incorruptible ; comment celui qui n’était pas son peuple est devenu son peuple, celle qui était son ennemie devenue son amie ; la Vierge devenue plus féconde que ses sœurs qui avaient des époux.
Mystères qui transportaient l’apôtre lorsqu’il s’écriait : « Ô profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! ô profondeur de ses jugements ! ô profondeur de ses voies ! » Voilà, je le répète, en quoi doit consister la science du Chrétien : vouloir remonter au-delà du Créateur, pour parler de l’enthymèse de l’Æon déchue, qui fut sa mère, n’est-ce point là blasphémer ? Et, pour parler encore de leur Plerum supérieur, des trente Æons, et d’un nombre infini d’autres Æons, vraiment on se pâmerait d’admiration en écoutant ces professeurs de sagesse, et l’on serait tenté de déserter, pour eux, la vérité une et simple de l’Église ; une et simple et pour tous la même, comme nous l’avons dit, dans l’univers entier.
Chapitre XI — Doctrine de Valentin ; en quoi elle est différente de celle de ses disciples, Secundus, Épiphanes et quelques autres§
Examinons maintenant le caractère inconstant et flottant des opinions de nos adversaires ; ils sont deux ou trois à peine, et voyez comme ils s’accordent peu dans leurs doctrines, comme elle est mobile, comme leurs paroles et leurs dogmes se heurtent, se réprouvent, se réfutent les uns les autres. Valentin est le chef de la secte qui s’est entée sur l’hérésie des gnostiques. Eh bien, qu’a-t-il fait, si ce n’est d’accommoder à son caractère et à sa manière de voir la doctrine des anciens gnostiques, et voici comment : d’abord il admet une certaine dualité ineffable : l’une des parties de cette dualité s’appelle Arhétus, l’autre Sigé ; de cette dualité il en fait naître ensuite une seconde, divisée aussi en deux parties : l’une est le Père, l’autre est la Vérité.
Cette double dualité forme une quaternité mère de Logos, de Zoé, d’Anthropos et d’Ecclesia ; et tout cela forme la première ogdoade. De Logos et de Zoé, dix puissances sont émanées, ainsi que nous l’avons dit déjà. D’Anthropos et d’Ecclesia, douze sont sorties : parmi celles-ci, l’une se sépara des autres, se révolta, et acheva l’œuvre de la création. Dans son système, il existe deux Horos : le premier, placé comme limite entre Bythus et le reste du Plerum, et servant de distinction vivante entre les Æons créés et le Père incréé ; l’autre, placé comme terme de séparation entre leur mère et le Plerum. Valentin ne fait pas naître le Christ des Æons qui habitent le Plerum, mais du souvenir que garda leur mère exilée du Plerum des plus parfaits d’entre eux : il est comme enveloppé de ténèbres ; mais lui, être viril, s’en dégage, rentre au Plerum, et abandonne dans les ténèbres, privée de toute vertu spirituelle, la malheureuse Sophia ; mais celle-ci eut un second fils, le Demiurgos, qui aurait un empire absolu sur la partie de l’univers qui lui serait échue en partage.
Avec Demiurgos fut produit un second être de puissance secondaire. Cette tradition de Valentin concorde admirablement avec une invention semblable des faux gnostiques, dont nous aurons à parler. Jésus eut pour père Théletus, c’est-à-dire cet Æon séparé de la mère des Æons, et suivant Valentin, universalisé dans les autres êtres d’autrefois ; cependant il le fait naître de cet Æon qui revint de lui-même au Plerum, et qui est le Christ ; quelquefois il regarde ce Jésus comme ayant été produit par Anthropos et Ecclesia. Enfin l’Esprit saint, destiné à féconder les Æons, serait né d’Ecclesia ; il pénètre en eux par des voies invisibles et leur souffle la vérité fécondante.
Secundus, à son tour, admet dans l’ogdoade une double division, une quaternité première, une quaternité seconde : l’une représente la lumière, l’autre les ténèbres ; il ne place pas parmi les Æons cette puissance déchue dont nous avons parlé, et qui fut exclue du Plerum ; il ne la regarde que comme la production de quelques-uns d’entre eux.
Un de ces sectaires, que des connaissances plus étendues, qu’une intelligence plus élevée distinguent, Épiphanis, explique ainsi la première quaternité : Proarché serait le premier être, être ineffable, incompréhensible, inénarrable et que j’appellerai Unité. À côté de cette unité existe une autre puissance à qui je donnerai le nom d’Entité ; ces deux êtres identifiés en un seul, et las de ne rien produire, donnèrent enfin naissance à toute création intellectuelle, innée et invisible. Ce commencement, cette première création prend le nom de Mona de supérieure, une seconde Mona de consubstantielle à la première fut produite avec elle ; je lui donnerai le nom d’Unique. Ces puissances, les deux unités, la Mona de et l’Unique, enfantèrent toute la race des autres Æons.
Ah ! ah ! oh ! hélas ! Toutes les exclamations tragiques, suffiront pour nous défendre contre cette armée de noms si audacieusement jetés en avant, contre cette effronterie cuirassée de noms propres ? D’abord c’est Proarché le prévoyant, l’inénarrable, l’unité, puis c’est une autre unité, et puis des noms, des noms encore, preuves infaillibles de la vérité du système ! Et puis d’autres noms sans fin, preuves au moins du génie inventif de leurs auteurs. Il est évident que sans la témérité de celui qui a inventé tous ces noms, nous déplorerions l’absence de toute vérité, ou du moins l’absence des noms qui la distinguent ; mais qui empêche une autre personne d’imaginer d’autres noms et de nous les imposer ? (Lacune ici dans saint Irénée.)
D’autres novateurs composent des noms suivants la première ogdoade : c’est d’abord Proarché, Anenoethe, Aréthus, Aorathus. De Proarché naît en premier et en cinquième lieu Arch en ; en second et sixième lieu, Aorathus, né d’Anénoethe ; puis d’Aréthus, en troisième lieu, Anonomasthe ; Agénéthus, en quatrième et huitième lieu, est produit par Aorathus. En somme totale, les Æons que nous venons de nommer composent le Plerum de la première ogdoade ; leur existence aurait précédé celle de Bythus et de Sigé. Certes, ces hommes-là sont savants entre tous les savants ; gnostiques entre tous les gnostiques ; plaisants sophistes, comme dit quelque part un poëte ; mais hélas ! ils ne seront pas même d’accord sur leur Bythus, célibataire, suivant les uns, et sans sexe ; hermaphrodite, suivant les autres ; quelques-uns ont mieux fait, ils l’ont marié à Sigé, ce fut la première union.
Chapitre XII — Disciples de Ptolémée et de Corbasus§
Ptolémée et ses disciples ont libéralement accordé à ce dieu Bythus deux épouses, Énéa et Thélisis. L’une représente la pensée, l’autre la volonté. Bythus eut la première idée d’une création, puis Thélésis, ou la volonté, suivit de près ; ainsi la copulation de cette double inclination, de cette double puissance, comme ils l’appellent, produisit Unigenitus et Aletheia, types visibles, images extérieures des affections invisibles du Père ; Nus représenta Thélésis, Aletheia, Énéa.
Alors fut représentée, sous ces deux natures, l’union virile de Thélésis et l’union passive d’Énéa, parce que la volonté devint la force active à laquelle fut soumise cette même Énéa. Celle-ci songeait en elle-même, elle désirait produire ; mais impuissante elle ne pouvait que penser et désirer : la volonté vint, sa pensée alors se réalisa, devint active, et produisit… Folie ! quel homme jamais croirait de pareils faits, si on les disait arrivés à ses semblables ; à plus forte raison s’il s’agit de Dieu ! Certes, Homère est plus conséquent : il représente Jupiter dans l’inquiétude des graves événements qu’il prépare, la ruine des Grecs demandée par Thétis elle-même, pour venger l’affront que les rois ont fait à son fils. Certes, de pareilles choses pouvaient se dire du Jupiter homérique et des ennemis de Troie, mais jamais du Dieu que nous adorons, du Dieu dont la pensée est déjà l’exécution, dont la volonté est déjà la pensée, puisque pensée, esprit, lumière, vue, source de tout bien, il est tout cela, et l’est tout entier. (Lacune.)
Corbasus fait produire la première ogdoade æonienne, non par création successive, mais par naissance simultanée : Propator, aidé de sa pensée, aurait procréé tous les Æons, et il l’assure, comme s’il l’avait assisté lui-même dans cet accouchement laborieux ; au lieu de faire l’homme et l’Église enfants de Logos et de Zoé, il fait Anthropos et Ecclesia pères de Logos et de Zoé. Plusieurs ont pensé comme lui, mais il raconte la chose à sa manière : il dit que Propator, ayant imaginé la création, reçut pour cela le nom de Père ; et à cause de la vérité de sa production, il reçut le nom de Vérité. Voulant ensuite se manifester, il prit le nom d’Anthropos ; la manifestation des créations qu’il avait imaginées lui valut le nom d’Ecclesia ; il parla, sa parole fut le Verbe, ce fut l’Unigenitus ; après le Verbe, vint la vie ; ainsi fut complettée la première ogdoade.
Même désaccord entre eux sur le Sauveur : les uns le font naître de l’Universalité, et l’appellent Eudocète, parce qu’il aurait fait connaître la gloire du Père dans tout le Plerum ; d’autres lui donnent seulement pour pères les dix Æons, fils de Logos et de Zoé, et lui conservent ces noms patronimiques. À d’autres, il a plu d’avantage de le faire naître des douze Æons, fils eux-mêmes d’Anthropos et d’Ecclesia ; par cette dernière filiation, il pouvait librement s’appeler le Fils de l’homme, puisqu’il l’était, en effet. D’autres aiment mieux le faire descendre du Christ et de l’Esprit, qui avaient eu pour mission de raffermir le Plerum ; le Christ aurait ainsi conservé le nom de Père ; on en trouve même, et ce ne sont pas les moins nombreux, qui lui donnent les noms de Propator universel, de Proarché, de Proanénoète, et l’appellent encore Anthropos ; force mystérieuse, insaisissable, insurmontable, infinie : et de ce nom d’Anthropos ils font dériver le nom de Fils de l’homme qu’a porté le Sauveur.
Chapitre XIII — De Marcus et de ses faux miracles§
Nous avons à parler maintenant de Marcus, nouvel imposteur de leur secte, nouveau réformateur de leur doctrine, dont le mensonge, l’adresse et les prestiges magiques ont entraîné et séduit un grand nombre d’hommes et un grand nombre de femmes ; il se donna, afin de mieux tromper, afin de mieux s’emparer de l’esprit de ceux qu’il instruisait, pour un homme dont les connaissances supérieures à la science même, émanaient de cette haute sphère d’intelligence que les yeux ne peuvent voir, ni la parole exprimer ; et enfin, il voulut se faire passer pour le précurseur de l’antechrist. Les prestiges d’Anaxilaüs et ceux des magiciens, comme on les appelle, lui sont familiers, et il jouit d’un grand crédit auprès des ignorants et des imbéciles.
D’abord, prononçant solennellement des paroles de consécration, Marcus imite la consécration sur une coupe préparée à cet effet. L’eau, se mêlant au vin, se colore, s’empourpre, rougit, ensorte que les assistants s’imaginent que par la grâce d’en haut le sang du Sauveur est miraculeusement venu dans le calice à sa prière ; ils se pressent pour boire de cette liqueur, afin de participer à ce que cet imposteur appelle faveur divine. Il présente ensuite à des femmes d’autres calices diversement préparés, et leur ordonne de les consacrer en sa présence. Cela fait, il verse dans un calice plus grand ce liquide contenu dans celui qu’une femme, séduite par cet imposteur, a consacré ; il le tient lui-même, et prononce ces paroles : « Que l’Être infini, qui est inaccessible à la pensée, impénétrable à la parole, remplisse votre être intérieur ; que, semant en vous, comme dans un sol fécond, le grain de sénevé, il multiplie votre intelligence. »
À ces paroles, il en ajoute d’autres ; la raison de la malheureuse consécratrice s’égare, et le miracle se fait : par un tour de gobelet, le petit calice vient à remplir le plus grand, et le remplit jusqu’à répandre : par ces manœuvres et d’autres semblables, il entraîne un grand nombre de Chrétiens qui se laissent tromper. Pourquoi ne serait-il pas permis de croire que, lié par un pacte infernal à l’esprit des ténèbres, cet imposteur n’ait le pouvoir de feindre l’esprit prophétique et de transmettre aux femmes qu’il en croit digne cette même faculté ? Ces femmes, auxquelles il semble prodiguer ses attentions, ne sont pas les moins élégantes, les moins belles, les moins riches. Quelquefois on le voit leur parler avec tendresse : « Je veux bien, leur dit-il, vous mettre en communion de mes grâces, parce que le créateur se plaît à contempler votre ange et à le contempler toujours.
C’est dans nous que réside le siége de votre grandeur ; ne faisons plus qu’un désormais. Je vous donne ma grâce, recevez-la, je vous la donne de ma propre volonté comme une première faveur ; parez-vous comme la fiancée dans l’attente de son bien-aimé ; parez-vous, afin que vous et moi, moi et vous, tous deux, nous n’ayons plus qu’une seule âme. Que le lit nuptial reçoive une semence de lumière ; un époux vous viendra de moi, que votre âme se grandisse pour le comprendre, pour en être comprise, pour être absorbée en lui. Voici que sur vous ma grâce est descendue, ouvrez la bouche, et prophétisez. — Mais je n’ai jamais prophétisé, et j’en ignore l’art, répond la femme étonnée. » Alors se font sur elle de nouvelles invocations : on la frappe d’étonnement et de stupeur ; on lui donne d’elle-même une haute idée : » — Ouvrez la bouche, que toute parole prononcée par vous soit une prophétie désormais.
« Ainsi hors d’elle-même, et livrée tout entière à l’ivresse de l’orgueil, l’imagination exaltée, le cœur ému, pleine d’audace et cédant pour ainsi à l’impulsion d’un esprit supérieur, elle prononce à haute voix toutes les paroles folles, incohérentes, impudentes même, qui lui viennent à la bouche.
Un homme, dont nous ne parlons qu’avec la plus respectueuse vénération, appelle ces prophétesses une âme gonflée d’air et de néant. La prophétesse ne tarde pas à vouloir payer à Marcus sa dette de reconnaissance. Grâce à ses impostures, Marcus regorge de richesses ; elle se donne encore à lui, se livre à ses plaisirs, tâchant de se fondre en lui, pour ne faire qu’une âme avec son bienfaiteur.
Quelques femmes plus fidèles, et pleines de la crainte de Dieu, ont été l’objet de pareilles séductions ; elles en ont triomphé. L’imposteur prétendit leur communiquer le don de prophétie, comme il l’avait fait aux autres ; mais celles-ci le repoussèrent, maudissant, vouant à l’anathème ses doctrines et ses assemblées, qu’elles ont fui avec horreur. Le don de prophétie n’appartient pas à Marcus, il n’est pas dans la puissance de l’homme de le donner ; bienfait d’en haut, il vient de Dieu qui le communique à ceux qu’il veut, mais non pas à ceux qu’a choisis Marcus ; celui qui donne des ordres n’est-il pas au-dessus de celui qui les exécute ? L’un n’est-il pas maître et l’autre sujet ? Si à Marcus, ou à tout autre qu’à Marcus, il appartient de commander (ainsi dans leurs repas après avoir tiré au sort, ils s’ordonnent mutuellement de prophétiser, et en jouant, ils font des oracles toujours en rapport avec leurs passions dépravées) ; si, dis-je, il leur appartient de commander à l’esprit prophétique, hommes, il faut de toute nécessité qu’ils soient supérieurs au Saint-Esprit ; ce qui ne peut être.
Ces esprits, s’il en est qui les animent, qui leur font lire dans l’avenir, ne peuvent donc être que des esprits impuissants, inférieurs, sataniques ; ces esprits qu’envoie l’enfer pour arracher du cœur qui l’ont reçu le don précieux de la foi, pour les ébranler, les faire chanceler et tomber ensuite dans la perdition.
Marcus fait encore usage de philtres et autres substances aphrodisiaques, pour corrompre quelques femmes, après avoir égaré leur âme. S’il n’emploie ces moyens pour toutes, il l’a fait pour quelques-unes ; c’est un fait hors de doute, confirmé par plusieurs d’entre elles, revenues ensuite à l’Église qui leur a ouvert ses bras. Elles ont confessé que les séductions de Marcus n’avaient point eu seulement leur âme pour objet ; qu’éprises pour lui d’un violent amour, elles avaient succombé. C’est ainsi que fut payée, par cet imposteur, l’hospitalité que lui avait accordée Asianus, l’un de nos diacres. Sa femme, remarquable par sa beauté, livra son âme à ses doctrines, et son corps à ses passions infâmes. Longtemps errante à la suite de celui qui l’avait trompée, et revenue à la loi sainte, non sans de grands efforts de la part de nos frères, elle ne cessa, le reste de sa vie, de confesser sa faute et de la pleurer.
Ses disciples l’imitèrent : comme lui, cherchant à exercer leurs séductions, ils ont trompé un grand nombre de femmes. Et c’est après cette conduite infâme, au milieu de ces abominations, qu’ils osaient encore s’appeler parfaits entre les parfaits, et doctes entre les savants ! Nul parmi les apôtres, ni Paul, ni Pierre, à les entendre, ne les égalait. Leur science était au-dessus de toute science, ils participaient à l’inénarrable grandeur ; seuls ils possédaient tout à un souverain degré ; ils étaient, faut-il le dire, supérieurs à la vertu même ; aussi s’affranchissaient-ils de toute crainte, et se disaient-ils, au milieu de leur libertinage sans bornes, impalpables et invisibles à leurs juges. Étaient-ils arrêtés : « Compagne de Dieu, disaient-ils, pour redevenir libres aussitôt ; compagne de Sigé, qui précédas les Æons, qui guidas les grandeurs à la face du Père, qui fixes éternellement leurs regards, c’est par toi, c’est de toi que l’invisibilité nous est communiquée ; toi, dont l’audacieuse création leur donna la vie, et pour glorifier le Propator, nous a formé à leur image, au moment où sa pensée en travail enfanta, comme en un songe, les substances supérieures, voilà le juge ; on m’ordonne de me défendre ; toi donc qui sais les pensées des deux parties, pour tous deux daigne, dans ton unité, exposer au juge ce qu’il en est de l’accusation qui m’est intentée.
» — Aussitôt, docile à la prière qui lui est faite, la mère se hâte d’apporter des enfers, comme dans Homère, un casque ; leur tête en est couverte, et, rendus invisibles à leurs juges, ils leur échappent ; et doivent à ses soins de retrouver leur épouse et leur couche abandonnée.
C’est avec de telles paroles, c’est avec de semblables manœuvres que dans la Gaule celtique ils ont trompé tant de femmes dont la plupart, tourmentées par les remords, revinrent et firent publiquement pénitence, et dont les autres, retenues encore par la honte, et désespérant en secret d’obtenir leur pardon de Dieu, abandonnèrent tout à fait la foi, ou, comme dit le proverbe, nagèrent entre deux eaux. Tel fut le déplorable résultat de cette semence d’intelligence qu’on leur avait promise.
Chapitre XIV — Marcus s’efforce de faire accroire que la quaternité suprême descendue sur la terre sous la forme d’une femme est venue lui révéler des secrets inconnus. — Lettres énigmatiques. — Syllabes. — Sous-caractères employés pour faire croire à l’existence du Plerum et aux fables des Valentiniens§
Marcus voulait se faire passer pour être seul le fils, la production de Sigée, de Calorbasus, d’avoir reçu d’elle, comme un fils unique de sa mère, l’aveu secret de sa faute. Voici comment lui vint cette révélation mystique : Dans les lieux que l’œil ne peut voir, ni la langue nommer, réside la quaternité la plus sublime. Un jour elle descendit sous la forme d’une femme (si elle fût venue sous une forme d’homme, le monde n’eût pu la contenir) ; elle s’abaissa devant lui, et lui révéla qui elle était. Cette révélation, ni homme ni Dieu ne l’avait jamais entendue ; lui seul lui en parut digne. Quand pour la première fois, lui dit Sigée, l’être qui existe, sans qu’un père lui ait donné la vie, l’être sans sexe ni substance ; quand, pour la première fois, cet être voulut manifester ce qu’il y avait d’inénarrable en lui, sa bouche s’ouvrit : il en sortit le Verbe, semblable à son producteur.
Le nouveau-né lui révéla aussitôt son existence immatérielle, et prononça ainsi son nom ARKÊ ; nom composé de quatre lettres. À la première lettre, composée de quatre éléments, il joignit immédiatement la seconde, composée aussi de quatre éléments ; bientôt après dans la troisième, qu’il prononça, se trouvèrent dix éléments ; dans la quatrième enfin, douze. — Somme totale, trente lettres et quatre syllabes. Chaque élément principal se divisa en éléments secondaires et eut des symboles indépendants de l’élément dont il dérivait ; chacun eut aussi une configuration propre, sans rapport avec la forme dont il émanait ; il ne le connut pas, il ne sut pas même son nom ; croyant renfermer toute chose dans son énonciation propre.
Partie du tout, chacun d’eux renfermant en soi un son propre, et ne cessant de retentir qu’au moment où le bruit de la dernière lettre s’efface, s’imagine que nul autre son n’existe en dehors de lui. Quand le produit des différentes lettres s’est résumé dans une même et dernière consonnance, tout rentre dans le repos. Le symbole qui la représente, suivant eux, est le mot amen, que nous répétons ensemble chaque jour. Les sons produisent cet Æon inconsubstantiel et inné dont nous avons parlé ; ils produisent aussi ces formes à qui le Seigneur a donné le nom d’anges, vivant dans une éternelle intuition de Dieu.
Les mots que la bouche profère pour donner un nom aux éléments sont, Æons, Verbe, racines, semences, Plerum et productions. Dans le mot Ecclesia, le nom propre de chacun d’eux peut se démêler. La lettre de ces éléments donna un son, et le son représenta les éléments ; d’autres éléments en naquirent : les uns inférieurs et dérivés ; les autres supérieurs et nés auparavant. Bien plus, chaque lettre, dont le retentissement suivait le retentissement de la lettre précédente, avait la faculté de reproduire la syllabe à qui elle appartenait, et ensuite le son de toutes les autres lettres. Elle devint élément supérieur, tandis que le son resté comme en dehors, et qui n’était que son agent, lui fut inférieur. Mais ce dernier élément, dont la lettre et la prononciation produisirent des sons plus bas, se composa de trente autres lettres, qui, représentées de nouveau par un nombre équivalent d’autres lettres, donnèrent à la lettre elle-même son nom.
Il en exista d’autres, puis d’autres, puis d’autres encore, se nommant réciproquement jusqu’à l’infini ; un exemple vous fera mieux comprendre : le Delta a cinq éléments dans sa formation, D, E, L, T, A : ces cinq lettres ont chacune leur nom particulier représenté par d’autres lettres ; celles-ci sont à leur tour représentées par d’autres. Si donc la formation du mot Delta peut croître jusqu’à l’infini, par reproduction et par succession continue, combien plus infinie ne devra pas être la combinaison de toutes les lettres de l’alphabet ? Et si vous reconnaissez à une seule lettre une vertu créatrice si prodigieuse, jugez quelle doit être celle de tout le mot Propator, que Marcus donne à Sigée ? C’est la raison qui fit que ce même Propator, voyant qu’il ne pourrait parvenir à comprendre sa propre infinité, donna un nom particulier à chacun des éléments, nom qui fut ensuite celui des Æons. Son but était de les rendre capables au moins de se nommer, impuissants qu’ils seraient de s’élever à l’énonciation infinie de toutes choses.
Voici donc comment il explique la quaternité : Je désirerais pouvoir faire passer d’une manière claire ces choses dans votre esprit ; je suis monté bien haut, pour vous rapporter ici-bas cette connaissance, afin que vous la puissiez considérer sans voile, en admirer l’ordre et l’harmonie. Vous voyez cet être si extraordinaire : sa tête est formée par alpha et oméga ; son cou par beta et psi ; tau et xi, forment ses épaules et ses mains ; sa poitrine est un delta et un phi ; sa ceinture est représentée par epsilon et upsilon ; son dos, par zéta et tau ; à son ventre, il porte êta et sigma ; à ses cuisses, thêta et rhô ; ses genoux sont marqués par iota et pi ; l’os tibial, par kappa et omicron ; les jambes, par lambda et xi ; ses pieds enfin, par mu et nu.
C’est là, si nous en croyons notre imposteur, le corps de la vérité, la forme élémentaire et le caractère primitif des lettres. Et cet élément, c’est l’homme, source de toute parole, principe de toute voix ; expression de tout ce qui est, inénarrable bouche interprète de la muette Sigée. C’est là, j’aime à le répéter, le corps de la vérité. Élevez maintenant, élevez votre pensée plus haut ; écoutez de la bouche de la vérité même la parole qui a créé l’homme et le Créateur de l’homme. Sigée ayant parlé, ses yeux s’étant fixés sur lui, les mots tombés de sa bouche prirent le nom de Verbe, de parole ; ils furent ce que nous connaissons, ce que nous nommons le Christ. Après les avoir prononcés, elle se tut. Comme Marcus espérait un plus long entretien, la quaternité revint aussitôt auprès de lui, et lui adressa encore ces paroles : Ce que la bouche de la vérité t’a révélé, tu le crois de peu d’importance ; ce n’est point cependant le nom que tu pensais savoir : le nom véritable est un nom plus ancien ; tu n’en as entendu que le bruit ; tu en ignores la valeur : le nom de Jésus est un nom admirable, Iésous, six lettres le composent ; les élus le voient et le comprennent.
Cependant le nom qu’il porte, parmi les Æons du Plerum, est multiple dans ses consonnances et il est différent, soit dans sa forme, soit dans son caractère ; il ne tombe conséquemment que sous les sens de ceux dont la grandeur les rapproche de lui.
Tu vois donc que les vingt lettres que vous possédez, émanation sublime, sont les trois puissances qui contiennent intégralement tous les noms des éléments supérieurs et qui leur servent comme de voile. Ainsi, par exemple, les neuf lettres muettes représentent le Père et la Vérité, puisqu’ils sont muets dans ce sens, qu’aucune parole ne peut les nommer ; les demi-voyelles, au nombre de huit, représentent Logos et Zoé, parce que, placées comme un moyen terme entre les voyelles et les consonnes, elles découlent des premières et les unissent aux secondes, par corrélation. Les voyelles à leur tour, au nombre de sept, représentent Anthropos et Ecclesia, parce que la voix, en passant par l’homme, a donné naissance à toute chose ; en effet, le son de la voix a donné aux lettres leur forme.
Logos et Zoé, en possèdent huit ; Anthropos et Ecclesia, sept ; le Père et Aletheia, neuf. Comme ce nombre était encore indéterminé, le son qui coexistait avec le Père fut envoyé par celui-ci auprès du nombre, afin de perfectionner ce qui existait, et de donner à toutes choses le même équilibre qu’elles ont dans le Plerum. Ainsi le nombre sept fut doué de la même puissance que le nombre huit ; ainsi furent préparés trois séjours, possédant des nombres égaux, ce sont les ogdoades ; et, en effet, trois multiplié par huit reproduisent vingt-quatre.
Trois autres éléments, unis à trois puissances, si l’on en croit Marcus, donnèrent naissance aux vingt-quatre lettres ; cette double union, qui forme en tout six êtres, en quadruplant leur nombre, par le moyen de l’ineffable quaternité, créa les lettres dont nous venons de parler. Les trois puissances leur donnèrent l’invisibilité. Les lettres que nous appelons doubles furent encore, selon Marcus, les images des images ; et par l’addition des vingt-quatre lettres, on voit ressortir d’elles, par force d’analogie, le nombre trente. Cette production fut figurée par celui qui, après six jours, étant monté le quatrième sur la montagne y completta le nombre de six. Descendu le dernier jour de la semaine, il se reposa, parce qu’il était la grande ogdoade, et renfermait dans son sein le nombre de tous les éléments ; le jour de son baptême, la descente de la colombe sur sa tête, marquée d’ alpha et omega, le manifesta à tous les yeux ; alpha et omega ne forment-ils pas le nombre de quatre-vingts ?
N’est-ce point aussi la raison qui fait dire à Moïse que l’homme a été créé le sixième jour ? Le sixième jour, le jour de la préparation, le dernier homme n’apparut-il pas pour régénérer le premier ? N’est-ce point encore une figure de cette création, que la sixième heure fut celle du crucifiement ? N’indique-t-elle pas la cause et le résultat de cet événement ? Nus, dans son état de perfection, connaissant à ce nombre sa puissance de procréation et de régénération, annonça aux enfants de lumière que cette même régénération devait être l’ouvrage de celui qui parmi eux était marqué de ce nombre. Les doubles lettres forment encore un nombre d’une grande importance. Ce nombre, par l’addition des quatre formes élémentaires dont nous avons parlé, complète l’énonciation des trente lettres.
La grandeur des nombres, produits du nombre sept, ajoute la Sigée de Marcus, nous a été donnée comme moyen de manifester au dehors les produits de la volonté divine. Revêtue de splendeur par celui-là seul qui peut la communiquer, elle figure, dans sa division multiple, l’image de son séjour, son pouvoir reproducteur, celui dont la création septénaire a été le type des sept puissances qui dirigent le monde, et qui est l’âme universelle de tout ce que peuvent embrasser nos regards. Il ne dédaigne point sa création spontanée et libre, soumettant à l’obéissance de sa mère tout ce qui est en dehors de son œuvre, c’est-à-dire les imitations des choses inimitables. La voyelle A retentit dans les voix du premier ciel ; dans les voix du second, E seul résonne ; H, dans celles du troisième ; le quatrième, qui est en même temps le ciel du milieu, répète la voyelle I ; le cinquième, O ; le sixième, V ; le septième, qui est le quatrième, depuis celui du milieu, O.
Voilà ce que Sigée proclama, suivant Marcus ; voilà tout ce qu’exprimèrent les nombreuses paroles qu’elle prononça. Cependant elle ajouta : « Toutes ces puissances qui s’embrassent dans l’union la plus intime produisent un même concert de sons, hymne universel qu’elles aiment à chanter en l’honneur de celui qui les a produites. Le Propator voit cet hymne s’élever jusqu’à lui ; mais les sons qui s’en détachent, tombés un jour sur la terre que nous habitons, produisirent nos harmonies terrestres. »
Il en tire la preuve des enfants nouvellement nés. Leurs cris au sortir du sein de leurs mères rendent le son de chacun des éléments.
De même, dit-il, que les sept vertus le glorifient, de même il est célébré par l’âme qui est dans l’enfant et qui gémit. Aussi David a-t-il dit, vous avez tiré une louange parfaite de la bouche des enfants à la mamelle, et ailleurs les cieux racontent la gloire de Dieu.
L’âme aussi, dans la souffrance et dans les larmes, voulant rappeler ses forces, fait entendre cette exclamation : oh ! afin que l’âme supérieure, reconnaissant la parenté qui les unit, vienne à son secours.
Voilà les extravagances sur le nom pris dans son entier, qui est de trente lettres ; sur Bythus, qui tire son accroissement de ces lettres ; sur le corps de la vérité, qui se compose de douze membres ; sur chaque membre formé de deux lettres ; sur la première parole qu’elle a prononcée ; sur la décomposition de ce nom que n’exprime aucune parole ; enfin sur l’âme du monde et celle de l’homme, selon l’arrangement et l’image qu’elles présentent. Il nous reste à rapporter comment il prouve que la quaternité emprunte des noms, une vertu et une propriété semblable, afin que vous sachiez tout ce que ces hérétiques enseignent, ainsi que vous me l’avez demandé.
Chapitre XV — Création des vingt-quatre éléments. Généalogie de Jésus. Le nom du Christ forme la première Ogdoa de. Manifestation de la vérité. Réfutation§
C’est de cette sorte que furent créés les vingt-quatre éléments, si nous en croyons à la sagesse de Sigée. Avec l’unité, l’unique existe ; double existence dont sortirent la Mona de et le Un, actuellement quatre existences, puisque le nombre deux, joint au nombre deux, produit le nombre quatre. À ces quatre existences, deux autres vinrent bientôt s’unir. — Total : six existences. Leur multiplication par le nombre quatre ne tarda pas à donner naissance à vingt-quatre formes. D’abord, pour parler des êtres de la première quaternité, pour indiquer les saints des saints, il faut se rappeler que leurs ineffables noms ne sont connus que du Fils et du Père ; les autres noms, qu’on ne peut prononcer qu’avec respect, foi et gravité, sont, suivant lui, Arethus, Sigée, Père, Aletheia, dont la composition est formée de vingt-quatre lettres. N’en trouvez-vous pas, en effet, sept dans le mot Arethus, cinq dans Sigée, cinq dans Pater, sept dans Aletheia, lesquelles lettres formant deux fois le nombre cinq, et deux fois le nombre sept, complètent, en se résumant, le nombre vingt-quatre.
Ainsi, encore la seconde quaternité, Logos, Zoé, Anthropos et Ecclesia, renferment un nombre égal d’éléments.
Ainsi, encore le nom du Sauveur, que nous pouvons prononcer par le mot Jésus, en renferme six ; et celui que toute langue est impuissante à articuler en renferme vingt-quatre ; le mot de Christ, que la langue humaine prononce, n’a que sept lettres ; celui encore qu’elle ne peut prononcer en comporte trente : aussi s’appelle-t-il l’alpha et l’omega, révélation manifeste de la colombe qui devait descendre sur lui ; le mot grec qui signifie colombe signifie, en effet, ce nombre.
Voici, suivant Marcus, l’inénarrable généalogie de Jésus : de la quaternité première et universelle naquit, comme un enfant, la seconde quaternité, dont le total forma une ogdoade ; de cette ogdoade naquit une décade ; ainsi existèrent l’ogdoade et la décade ; celle-ci, unie à l’ogdoade et servant à la décupler, produisit le nombre quatre-vingts ; puis, décuplant de nouveau ce nombre, elle forma le nombre huit cents. Ainsi le nombre total des lettres ayant passé du nombre huit au nombre dix, produisit huit et quatre-vingts, c’est-à-dire Jésus, puisque le nombre de lettres qui compose ce nom forme, en grec, le nombre total de quatre-vingt-huit. Vous allez voir maintenant comment ils expliquent la naissance surnaturelle de Jésus : l’alphabet grec renferme huit unités, huit dizaines, huit centaines ; le total est huit cent quatre-vingt-huit, nombre qui reproduit ce même Jésus, l’alpha et l’omega de toutes choses, comme s’il eût dit le produit de tous.
Voici une nouvelle manière encore : la progression interne des nombres forme le nombre dix ; dans la première quaternité, un et deux et trois et quatre, additionnés ensemble, forment en tout le nombre dix, c’est-à-dire Iota, c’est-à-dire encore, suivant eux, Jésus.
Par le nom de Christ, composé de huit lettres, est représentée la première ogdoade, qui, multipliant la décade, a le nombre quatre-vingts pour somme totale. Comme on lui donne encore le nom de Fils et de Christ réunis, il forme ce qu’ils appellent la duodécade ; le nom de Fils n’a-t-il pas quatre lettres ? Le nom de Christ n’en a-t-il pas huit en grec ? L’addition de ces lettres forme le nombre de douze, c’est-à-dire la duodécade. Avant que le Fils apparût avec son nom admirable, le nom de Jésus, l’ignorance et l’erreur étaient sans doute le partage des hommes ; mais dès que les six lettres de ce nom eurent brillé sur la terre, par l’incarnation qui devait rendre sensible les vingt-quatre éléments de son existence, alors l’ignorance s’enfuit devant la manifestation de la vérité ; alors la vie remplaça la mort, ce nom servit de guide à tous les hommes, pour arriver à la vérité du Père ; il plut à celui de qui émanent toutes choses de repousser l’ignorance dans ses ténèbres et la mort dans son néant ; l’ignorance disparaissant, la Vérité ou le Père lui-même parut à sa place, et il se fit connaître au monde ; aussi sa préférence s’arrêta-t-elle sur l’homme, créé à sa ressemblance, c’est-à-dire à celle de la puissance supérieure.
La quaternité eut des fils, ce furent les Æons ; en elle se trouvèrent Anthropos, Ecclesia, Logos et Zoé ; une puissance inconnue, émanée de ces êtres, donna naissance à ce Jésus que la terre un jour vit apparaître : l’ange Gabriel remplit les fonctions du Logos, et l’Esprit saint, celles de Zoé. La vertu du Très-Haut remplit celles de l’homme ; la Vierge remplaça Ecclesia ; ainsi, suivant Marcus, l’homme, produit de l’émanation universelle, né du sein de Marie, fut choisi par le Père, dans les entrailles de sa mère, pour manifester sa parole et ses œuvres. Un jour qu’il venait aux bords du fleuve chercher le baptême, son Père lui-même descendit sur sa tête, en forme de colombe, des régions supérieures où il s’était retiré, où il avait completté la duodécade dans laquelle se trouvaient les Æons nés en même temps que lui, et qui l’avaient suivi, soit qu’il descendît, soit qu’il montât dans les régions célestes.
La vertu descendue était la semence du Père, renfermant en elle le Père et le Fils, est cette autre puissance qu’eux seuls peuvent manifester, puissance ineffable, c’est-à-dire la puissance de Sigée, avec tous les Æons enfin. Celui qui parla par la bouche de Jésus était l’Esprit lui-même, qui fit connaître qu’il était le Fils de l’homme, révéla le Père, descendit dans Jésus, et s’identifia à son être. Le Sauveur Jésus, quoique d’une naissance subordonnée, détruisit la mort ; mais il reconnut le Christ pour son père. Le nom de Jésus exprime donc le Sauveur, selon son humanité ; il est ainsi l’image de celui qui devait s’identifier à son être, c’est-à-dire de l’homme. Dès qu’il fut descendu en lui, il renferma toutes les existences, il fut à la fois Anthropos, Logos, Pater, Arethus, Sigée, Aletheia et Ecclesia.
Oh ! c’est bien ici que nous devons répéter tous les tragiques hélas déjà employés plus haut ! Qui n’aurait horreur de tant de faussetés amoncelées par un seul homme ? Qui ne se sentirait le cœur soulevé d’indignation, en voyant Marcus faire de la Vérité une idole de mensonge qu’il marque comme d’un stygmate, de toutes ces lettres de l’alphabet ; et faisant naître d’hier et d’avant-hier ce qui existe depuis le commencement ? Les Grecs conviennent ne devoir à Cadmus que leur seize premières lettres ; les aspirées et les doubles sont d’une invention postérieure ; les langues ne remontent qu’au temps de Palamè de. Eh quoi donc ! avant que les Grecs connussent ces lettres, la vérité n’existait-elle pas ! La découverte de la vérité, à t’en croire, Marcus, serait postérieure aux temps de Cadmus, et à Cadmus lui-même ? Elle serait postérieure à ceux qui ont ajouté d’autres lettres ? Elle te serait postérieure à toi-même ? Mais, Marcus, la vérité que tu proclames est une idole de ta façon.
Est-il au monde quelqu’un qui puisse croire un mot de toutes les folies, de toutes les absurdités que tu mets dans la bouche de ta prolixe Sigée, de cette Sigée qui nomme un Æon au-dessus de tout nom, qui raconte l’ineffable, qui développe ce qui n’existe pas, et qui, proclamée par toi incorporelle, ouvre la bouche comme les animaux matériels de ce monde et s’exprime comme un homme ? Qui jamais pourra croire à ce Logos, semblable à son Père, et dont la forme renferme trente éléments et quatre syllabes ? Ainsi, suivant toi, ressemblant au Verbe, le Père universel serait composé de trente éléments et de quatre syllabes ? Qui voudra te suivre dans tes formes, dans tes nombres variés jusqu’à l’infini ? Tantôt tu en admets trente ; tantôt vingt-quatre ; tantôt six seulement.
Et puis tu viens résumer l’Être de tous les êtres, le Créateur de toutes les créations ; tu viens le renfermer dans l’existence de quatre syllabes et de trente éléments ? Qui voudra croire que le Seigneur, dont la main soutient les cieux, s’amuse à former, avec l’alphabet, des êtres au nombre de huit cents ? Qui voudra diviser avec toi le Père qui contient tout sans être jamais contenu ? Qui voudra le diviser en quaternité, le subdiviser en ogdoade, en décade et en duodécade ; et, par les multiplications de ces nombres, produire au jour ce que la parole ne peut rendre, ce que la pensée, comme tu le dis si bien, ne peut même percevoir ? Comment réduire ce qui, suivant toi, n’a ni corps, ni essence, à une nature, à une essence formée de caractères dont les uns naissent des autres ?
Pourquoi composer ainsi ce dédale où tu t’égares ? Pourquoi substituer ainsi ta misérable création à la sublime puissance ? Tu parles d’essence indivisible et tu divises cette substance en muettes, en voyelle et en demi-voyelles ? Tu en fais de même de tes muettes, que tu soumets encore à une autre division ? Tu prêtes ta pensée à l’architecte suprême, et, blasphémateur impie, tu rends blasphémateurs et impies ceux qui adhèrent à tes doctrines ? Oh ! qu’il eut raison le divin vieillard, le héraut de la vérité, en face de ta téméraire audace, quand il te disait : « Marcus, créateur d’idoles, observateur des astres, magicien sacrilége, tu appuies de tes talents les illusions de l’erreur ; tu séduis, par de faux enchantements, ceux que tu as trompés ; ces signes, d’où te viennent-ils, si non de l’apostasie ?
Satan t’a révélé le nom d’Azarel, l’ange ténébreux ; c’est lui qui te prête sa force, à toi qui secondes sa malice dans sa lutte avec Dieu ? » C’est ainsi qu’a parlé de toi le saint vieillard. Quant à nous, il nous reste à révéler encore de nombreuses infamies ; nous tâcherons d’en abréger le récit : longtemps caché, le jour va briller enfin sur elles ; tous les Chrétiens, par ce moyen, pourront réfuter les novateurs.
Chapitre XVI — L’unité et la dualité sont les principes de toutes choses. Nouvelle explication de la doctrine de Marcus. Exhortation de saint Irénée§
Quelques partisans de ces sectaires, et qui réduisent toutes les connaissances à la science des nombres, rassemblant dans une même hypothèse, et la naissance des Æons, et la brebis égarée, et toutes leurs autres inventions, cherchent à rattacher ces fables à un sens mystique plus relevé. De l’unité et de la dualité, toutes choses sont sensées découler ; puis partant du nombre un, ils comptent jusqu’à quatre ; la décade se forme ainsi. Un et deux, trois et quatre, additionnés ensemble, donnent pour le produit dix Æons ; de même, partant de la dualité, ils comptent deux, plus quatre, plus six, font douze, c’est-à-dire la duodécade ; en comptant de deux jusqu’à dix, ils trouvent le nombre ternaire, qui contient huit et dix et douze. Suivant les adhérents de Marcus, la duodécade, formée en doublant le nombre six, doit prendre le nom de passion sénaire.
La brebis égarée, dont parle l’Écriture, aura dû son égarement à l’erreur du nombre douzième, de la duodécade, qui se sépara de ses sœurs. À ce propos, ils racontent qu’une vertu se perdit, et qu’elle est figurée par cette femme qui alluma son flambeau pour chercher une drachme perdue. Ainsi, reste des drachmes, neuf ; reste des brebis, onze ; la multiplication du dernier nombre par le premier donne pour résultat quatre-vingt-dix-neuf, représenté par les lettres grecques qui composent le mot amen.
Je veux bien encore, pour vous montrer tout le sublime de leur doctrine, vous en donner une nouvelle explication.
Êta forme avec le nombre six l’ogdoade, puisqu’elle est la huitième lettre de l’alphabet, en comptant depuis la première. Autrement encore le nombre des lettres, sans le nombre six, si vous allez jusqu’à êta, va nous offrir le nombre trente, puisque de alpha à êta l’ensemble des lettres qui se suivent, sans le nombre six, donne trente pour résultat ; jusqu’à epsilon nombre des lettres, quinze ; ajoutez sept, vous avez vingt-deux ; ajoutez encore êta, qui est le nombre octonaire, vous remplissez admirablement la trentaine.
Les adeptes de Marcus déduisent de ce dernier calcul que l’ogdoade est la mère des trente Æons. Dans le nombre trente, trois puissances ; triplez ce nombre, vous avez quatre-vingt-dix.
La multiplication du nombre trois par lui-même amène neuf, et produit un résultat semblable. Le douzième Æon, dont la défection laissa les autres Æons dans les hauteurs du Plerum, prit, suivant eux, la forme littérale du Logos, celle de la parole. La onzième lettre, en effet, est lambda ; cette lettre, qui représente en grec le nombre trente, représente la Providence supérieure, puisque depuis alpha jusqu’à lambda, sans le nombre six, la multiplication des lettres auxquelles lambda vient s’ajouter encore, produira le nombre quatre-vingt-dix-neuf ; mais cette lettre, la onzième, par ordre alphabétique, se déplaça, allant chercher partout une autre lettre qui lui fût semblable, afin de completter le nombre douze ; elle y parvint enfin.
Je ne doute point, mon ami, que ce ridicule système, où la sottise cherche à se donner des airs de science, n’ait excité parfois votre gaieté en passant sous vos yeux. Il faut toutefois déplorer comme un malheur l’opposition d’une doctrine où le culte de Dieu, où l’idée de sa puissance et de sa grandeur, sont ravalés et dépendent de l’arrangement de quelques lettres de l’alphabet et des calculs de quelques nombres. N’est-ce point se condamner d’avance soi-même, que de quitter le sein de l’Église pour quelques contes d’enfants ? Saint Paul nous a recommandé de fuir soigneusement de tels gens. L’anathème de saint Jean, disciple bien-aimé du Seigneur, s’unit à la voix de Paul ; celui qui salue les hérétiques communique à leur œuvres, car le Seigneur lui-même a dit : « Il n’est point de salut pour l’impie. »
Ne vivent-ils pas dans l’impiété ? La conduite de ces novateurs n’est-elle pas plus misérable que celle des impies, qui font naître d’une souillure, issue elle-même d’une première souillure, le Dieu unique, tout-puissant et créateur, hors duquel il n’en est pas d’autre. Loin de nous leurs pensées, loin de nous leurs œuvres ; fuyons-les, couvrons-les de notre exécration : plus ils prennent plaisir à développer leurs fictions, plus ils nous poursuivent de leur doctrine, plus nous devons nous en défier et les considérer comme des organes du démon et des esprits de ténèbres, qui leur ont inspiré leur ogdoade. Une fois en proie à la frénésie, l’homme rit, s’abandonne à une gaieté déraisonnable ; il fait ce que font les hommes bien portants ; il a même plus de vigueur dans certaines choses ; mais c’est alors que son état offre plus de dangers.
Les valentiniens ressemblent à cet homme ; ils ne sont jamais si près de la folie que lorsqu’ils ont l’air presque raisonnable : la contrainte qu’ils s’imposent alors rend ensuite leur folie plus incurable ; l’arc trop tendu se brise. L’esprit d’ignorance, l’esprit immonde est sorti de sa demeure ; il les a vus occupés non de Dieu, mais de questions mondaines ; alors retournant chercher un autre esprit plus méchant que lui, il vient s’établir dans leur âme, enflamme leur imagination, et leur persuade que leur intelligence s’élève au-dessus de Dieu même ; il dépose en même temps dans leur sein, admirablement préparé pour recevoir cette erreur, une ogdoade d’esprits immondes.
Chapitre XVII — Comment Demiurgos procède à l’œuvre de la création. Imitation de l’Éternel§
Arrêtons-nous un instant à considérer comment ils font procéder Demiurgos à l’œuvre de la création, sur le modèle des choses invisibles ; cependant il crée à son insu sa mère, l’excitant à cette œuvre. Quatre éléments, le feu, la terre, l’eau et l’air, naissent à l’image de la quaternité supérieure. Des agents, au nombre de quatre, s’unissent aux éléments et complètent l’image de l’ogdoade ; c’est la chaleur, le froid, le sec et l’humide. Puis voici venir encore d’autres puissances ; elles sont au nombre de dix : d’abord sept corps, globes arrondis, prennent le nom de cieux ; à l’univers, dont le sein immense contient ces sept corps, il donne le nom de huitième ciel ; puis le soleil et la lune complètent le nombre de dix. Après cela vient la décade invisible dont Logos et Zoé furent les auteurs.
Quant à la duodécade, elle est représentée par le Zodiaque ; les douze signes qu’il renferme sont le symbole évident de cette autre duodécade, née d’Anthropos et d’Ecclesia ; et comme dans la rotation de l’univers la célérité est la grande force, Saturne, qui la domine, placé en sens contraire, oppose à cette vitesse sa force d’inertie, et modère le mouvement des autres globes, au point de n’achever lui-même sa rotation propre et intégrale qu’au bout de trente ans ; il serait la représentation naturelle d’Horos, qui modéra la mère des Æons, à qui ils donnent trente noms différents. La révolution de la lune en trente jours est encore l’expression symbolique des trente Æons ; le soleil, dans sa carrière circulaire qui embrasse les douze mois de l’année, est un symbole de la duodécade ; les douze heures qui partagent le jour et la nuit représentent de même l’autre duodécade invisible ; l’heure, qui est la douzième partie du jour, se partage en trente parties, pour symboliser semblablement les trente Æons.
Le Zodiaque parcourt trois cent soixante degrés ; ces degrés se divisent en trente parties ; ils sont encore une image des trente Æons. Le cercle, où sa conjonction se fait, entre le douzième et le huitième degré, n’est que la continuation du même symbole : la terre, divisée à son tour en douze climats, et recevant dans chacun de ces climats une force d’en haut qui leur est propre, produisant d’ailleurs des êtres animés, selon la force qui lui a été donnée, serait le type le plus complet de la duodécade et de ses enfants.
Un jour il plut à Demiurgos d’imiter ce que l’ogdoade supérieure avait d’infini, d’éternel : infini dans l’espace ; éternel, c’est-à-dire sans commencement dans le temps. L’imitation de l’Éternel était au-dessus de ses forces, il ne put donc, né comme il l’était de la faute d’Achamoth, et à cause de l’imperfection de son origine, que diviser le temps en espaces et en nombres, croyant, en entassant année sur année, représenter l’éternité. Il se trompa ; quand la vérité se fut éloignée de lui, l’erreur s’empara de son œuvre, qui ne doit point durer au delà des bornes limitées du temps.
Chapitre XVIII — Abus monstrueux que fait Marcus des prophètes. L’homme est l’image de l’Ogdoa de. Le soleil est aussi la révélation extérieure de la quaternité. Preuves de la décade et de la duodécade§
Voilà leurs inventions sur l’origine des choses : inventions qui changent suivant les caprices et les dispositions de leur imagination. Les plus considérés parmi eux sont ceux qui excellent dans l’art de mentir et d’inventer des chimères. Je vais montrer ici, par quelques exemples, l’abus monstrueux qu’ils font des prophètes, quand ils veulent en étayer leur science. Moïse, disent-ils, montre dans la Genèse les quatre principes, au commencement de la création. « Au commencement, dit le prophète, Dieu créa le ciel et la terre. » Ces quatre noms : Dieu, le commencement, le ciel, la terre, symbolisent leur quaternité. Pour l’invisible et le caché, Moïse l’indique encore par ces paroles : « La terre était invisible et sans forme. » Mais voici que le prophète, en nommant l’abîme, les ténèbres, l’eau et l’esprit, porté sur les eaux, désigne la seconde quaternité engendrée par la première ; puis voici de plus un signalement évident de la décade, quand il a nommé les objets suivants : le jour, la nuit, le firmament, le soir, ce que nous appelons le matin, la terre aride, la mer, l’herbe, et enfin le bois.
Ces dix expressions symbolisent les noms des dix Æons. Voici pour la duodécade : le soleil, la lune, les étoiles, les temps, les années, les poissons, les serpents, les oiseaux, les quadrupèdes, les bêtes féroces, et enfin l’homme : l’homme, l’image vivante de la haute puissance, et possédant une émanation de la force primitive.
Le nombre trentenaire n’aurait pas été oublié par l’Esprit, qui l’a enseigné à Moïse. La force humaine dont nous venons de parler a son siége dans la région du cerveau. Quatre puissances en proviennent, symbole de la quaternité supérieure : la vue, l’ouïe, l’odorat et le goût. L’homme est l’image de l’ogdoade : en effet, il a deux oreilles, deux yeux, deux narines, un goût double, puisqu’il sent l’amer et le doux. L’homme, dans son ensemble, est le symbolisme du nombre trentenaire. Ses dix doigts représentent la décade ; la duodécade est figurée par les douze membres de son corps. Les membres se divisent et se subdivisent, et le corps de la vérité avec eux ; nous en avons parlé déjà, nous n’y reviendrons pas.
Les entrailles de l’homme sont l’image visible de l’ogdoade invisible et inénarrable.
Le soleil, ce grand flambeau du monde jeté dans l’espace le quatrième jour de la création, est aussi la révélation extérieure de la quaternité ; il faut voir encore le même symbole dans la construction que fit Moïse d’un tabernacle de bois odorant et d’hyacinthe, revêtu, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, de la pourpre la plus riche ; le trépied du prêtre, enrichi de quatre diamants précieux, désigne, suivant les valentiniens, ce même nombre mystérieux. Partout où dans l’Écriture vous rencontrerez ce nombre, vous devez toujours le rapporter à la quaternité symbolique. Ils font encore une autre démonstration de l’ogdoade. Suivant eux, l’homme aurait été créé le huitième jour ; leur croyance varie cependant à ce sujet, puisque quelquefois c’est le sixième qu’ils le font naître, à moins qu’ils ne veuillent dire peut-être que la partie choïque fut créée le sixième, et la partie charnelle le huitième : distinction qu’ils aiment à faire. Il en est aussi qui ont imaginé que le premier homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, était double et hermaphrodite ; l’un étant formé avec l’esprit, et l’autre avec le limon de la terre.
Ils veulent aussi voir une image de l’ogdoade dans l’arche du déluge, où huit individus de l’espèce humaine furent conservés. Nouvelles preuves encore : David naquit le huitième de ses frères ; de plus, la circoncision se faisait le huitième jour, symbole de la circoncision de l’ogdoade supérieure ; pour en finir, il suffit de rencontrer le nombre huit dans l’Écriture, pour y trouver la mystérieuse existence de l’ogdoade.
Maintenant la décade a aussi ses preuves, et ses preuves de la même manière : elles se trouvent dans les dix nations que Dieu promet de donner à Abraham ; dans les dix ans dont le terme vit Sara céder Agar à son mari, afin qu’il en eut des fils ; dans la mission d’Éliézer, auprès de Rébecca, lorsqu’il lui offrit dix bracelets d’or en présent, et dans les dix jours après lesquels ses frères la laissèrent partir ; dans les dix portes du tabernacle ; dans ses colonnes hautes de dix coudées ; dans le voyage des dix fils de Jacob en Égypte, où ils devaient trouver du blé ; dans les dix apôtres qui virent le Seigneur en l’absence de Thomas.
Mais ici c’est de la décade invisible qu’il s’agit.
Il nous reste à parler de la duodécade, théâtre mystérieux d’une révolte qui donna naissance à tous les objets visibles à l’œil ; l’Écriture, à les en croire, nous la révèle d’une manière claire et précise : les douze fils de Jacob donnant naissance aux douze tribus ; le rational, qui avait douze pierres précieuses et douze cloches, et les autres douze pierres que Moïse plaça au bas de la montagne ; les douze autres que Josué fit jeter dans le fleuve ; les douze hommes qui portaient l’arche ; les douze pierres qu’Élie plaça dans la victime du sacrifice ; les douze apôtres ; toutes les circonstances enfin où vous trouverez cité le nombre de douze. Le nombre trentenaire, qui sert à unir les autres nombres, est représenté par l’arche de Noé, haute de trente coudées ; par Samuel, qui plaça Saül le premier parmi les trente conviés ; par David, trente jours caché dans les champs ; par le nombre trente de ceux qui entrèrent avec lui dans la caverne ; enfin par les trente coudées du tabernacle. Et enfin, il suffira de dire qu’il en est de ce nombre comme des autres dont nous avons parlé, et que partout où on le rencontrera, il faut le considérer comme le symbole des trente Æons.
Chapitre XIX — Passages de l’Écriture que cite Marcus à l’appui de son système§
Il n’est pas inutile, je l’ai pensé, de faire connaître quelques détails de leurs systèmes sur le Propator, ignoré de tous avant l’arrivée du Christ ; de montrer de quels passages des livres sacrés ils abusent pour faire croire que le Christ aurait annoncé, comme l’amour de toutes choses, un autre Dieu que celui que nous adorons. Et c’est d’une faute ou d’une révolte que ces impies font naître ce nouveau Dieu. Ainsi ce passage d’Isaïe : « Israël ne m’a pas connu, mon peuple ne m’a pas compris, » servirait, à les en croire, pour démontrer que le Bythus invisible n’était pas connu d’Isaïe ; et lorsque Osée s’écriait : « Il n’est point en eux de vérité, il n’est point en eux de connaissance de Dieu, » il voulait aussi parler de l’ignorance des hommes à l’égard de ce Bythus. Ailleurs, quand le même prophète s’écrie : « Nul parmi mon peuple ne connaît et ne recherche ; tous se sont éloignés de la voie sainte ; tous sont devenus des serviteurs inutiles. » Il aurait parlé encore dans le même sens.
Nous lisons dans Moïse : « Personne ne peut avoir vu Dieu et vivre. » Ce passage vient droit encore en appui à leur doctrine ; c’est donc en vain que ces novateurs osent soutenir que ces passages pourraient s’appliquer à un autre Dieu qu’au Dieu de l’Écriture. Tout le monde comprend le sens de ce passage, » personne ne peut voir Dieu sans mourir ; » il est bien clair qu’il s’applique uniquement à Dieu, créateur de toutes choses qui est invisible pour la créature, et qu’il ne peut être ici question en aucune manière de leur Bythus, comme nous le démontrerons plus loin. Ils abusent encore du passage où Daniel explique au roi la vision qu’il avait eue, et où Daniel demande à l’ange de lui faire connaître cette explication. Cette réponse mystérieuse, qui indiquait les profondeurs de l’existence de Bythus, serait celle-ci ; et il dit : « Va Daniel, car les paroles sont fermées et scellées jusqu’au terme fixé. Plusieurs seront élus et purifiés, et éprouvés comme le feu, et tous les impies ne comprendront pas, mais les sages entendront. » Les valentiniens prétendent être ces hommes purifiés et intelligents.
Chapitre XX — Marcus se sert d’écritures apocryphes ou de textes mutilés pour étayer sa doctrine§
Il ne nous serait pas permis de ne pas faire mention du nombre infini d’écritures apocryphes ou de textes mutilés qu’ils produisent pour frapper d’étonnement et pour étourdir les insensés ou les ignorants qui les écoutent ; ils entassent faussetés sur faussetés ; ils racontent, par exemple, qu’étant tout petit enfant, le Seigneur eut à répondre à son maître qui lui enseignait l’alphabet : — « Prononce alpha, dit le maître ; l’enfant répondit alpha. — Dis bêta, ajouta l’instituteur. — Il faut avant m’expliquer, aurait réparti l’enfant, ce que c’est que alpha, je vous dirai après ce que c’est que bêta. » Ce qui prouverait, à les en croire, que seul il aurait la connaissance de l’inconnu, dont le type était la première lettre citée.
Ils défiguraient, ils altéraient de même l’Évangile pour y trouver ces puérilités. Ainsi la réponse que fit l’enfant Jésus, âgé de douze ans, à sa mère : — « Vous ne savez pas qu’il faut que je m’occupe des choses de mon père, » serait la révélation du père inconnu dont elle n’avait pas idée. C’est dans le même but aussi qu’il avait envoyé ses disciples aux douze tribus pour leur prêcher le Dieu inconnu. Ce qu’il répondit à celui qui l’appelait bon maître, en disant : — « Pourquoi me donnez-vous ce titre, il n’y a de bon véritablement que celui qui est dans les cieux. » Par les cieux, il aurait voulu indiquer les Æons. C’est encore pour cette raison qu’il n’aurait pas répondu à ceux qui lui dirent : « Qui vous a donné le pouvoir de faire ces choses ? » Et ensuite ils expliquent dans leur sens la réponse indirecte qu’il leur fit, en gardant le silence sur le Père inénarrable ; ils n’ont pas craint d’interpréter cette sorte de silence en faveur de leur Bythus inconnu.
Dans cet autre texte : « J’ai souvent désiré entendre un de ces discours, et nul ne me l’a prononcé, » ils disent que par le mot un, il fait entendre le seul vrai Dieu qu’ils ne connaissaient pas. Les larmes que le Christ répandit à l’approche de Jérusalem ; les paroles qu’il prononça : — « Si au moins tu avais connu en ce jour ce qui peut t’apporter la paix ; mais maintenant tout est caché à tes yeux, » sont pour eux le secret de Bythus ; dans ces autres paroles : — « Venez à moi, vous tous qui souffrez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai ; apprenez de moi, etc., » ils veulent qu’il soit question du Père de toute vérité ; car il promettait, disent-ils, de leur enseigner ce qu’ils ignoraient.
Mais ils ne s’arrêtent point là ; la grande preuve de leur système, celle sur laquelle ils tournent comme sur un pivot, est la citation suivante : — « Je vous rends gloire, à vous, Seigneur du ciel et de la terre, qui avez voilé ces choses aux sages et aux prudents, pour les révéler aux petits : il vous a plu, mon Père, d’en agir ainsi ; tout pouvoir m’a été donné de mon Père, nul n’a connu le Père, si ce n’est son Fils, et nul aussi n’a connu le Fils, si ce n’est le Père et ceux à qui le Fils l’aura révélé. » Après ces citations et les démonstrations qu’ils en tirent, comment douter que le Père de toute vérité se soit caché à tous jusqu’à l’arrivée de son Fils ; cependant ils essaient de prouver que le Dieu créateur a toujours été connu par tous les hommes. C’est le Seigneur qui aurait révélé la doctrine qu’ils enseignent aujourd’hui sur Dieu le père que personne ne connaissait.
Chapitre XXI — Selon Marcus, la rédemption n’est nécessaire qu’à ceux qui veulent s’élever au sommet de la perfection. Le baptême de Jésus tient de la vie matérielle, celui du Christ de la vie spirituelle§
Il est arrivé cependant que la tradition de la rédemption leur est restée invisible, et qu’ils n’ont pu la comprendre ; c’est une difficulté que l’on ne peut pas aplanir en un seul mot, surtout quand on les voit varier comme à l’envi les uns des autres. Comptez ces docteurs, vous aurez autant de rédemptions. Ils se sont attachés à nier le baptême, seul moyen de régénération divine ; le temps viendra où nous les réfuterons, parce qu’en dernier résultat toute la foi est ainsi rejetée par ces hérésiarques.
Ces hommes, sous l’influence du démon, ont osé soutenir que la rédemption n’était nécessaire qu’à ceux qui voulaient parvenir à un haut degré de perfection dans la vertu qui est au-dessus de toutes les vertus ; elle est alors la seule voie qui conduise au Plerum, parce que cette haute vertu les plonge dans le sein de Bythus.
Le baptême de Jésus, toutefois, suffit pour remettre les péchés ; celui du Christ fait descendre dans les plus inaccessibles profondeurs de la perfection : le premier tient de la vie matérielle ; le second, de celle de l’esprit. Le baptême prêché par Jean était un baptême de pénitence ; celui de Jésus, un baptême de perfection ; lui-même a semblé le faire entendre lorsqu’il a dit : « Je dois recevoir un autre baptême, et je me hâte d’y arriver ; » ils veulent encore que Jésus ait voulu parler de ce même baptême de perfection. Lorsque la mère de Zébédée, le priant de faire asseoir ses fils à sa droite et à sa gauche dans le royaume céleste, le Seigneur répondit : « Pouvez-vous recevoir le baptême que je dois recevoir ? » À les entendre, Saint Paul lui-même aurait fait souvent allusion à cette rédemption de perfection ; seulement chacun d’eux interprète ces choses à sa manière.
Il en est, par exemple, qui, en imagination, bâtissent une couche nuptiale, l’ornent, et au moyen de quelques mots profanes prétendait faire des noces mystiques, à l’instar des alliances sublimes dont nous avons déjà parlé. À d’autres, il plaît mieux de baptiser au nom du Père universel et inconnu, au nom de la Vérité, mère de toutes choses, et au nom de celui qui descendit sur Jésus pour réunir, dans une rédemption et une communion unique, toutes les vertus. Ceux-ci préfèrent jeter dans l’étonnement et l’effroi les hommes qu’ils trompent, en prononçant des mots hébreux, tels que basema, cacabasa, bæænaora, mystadia, ruada, cusia, cacoraba, babefor, calathi (les explications varient). Voici ce que signifient ces mots : « J’invoque celui qui est au-dessus de toute puissance, celui qui s’appelle Lumière, Esprit et Vie ; je l’appelle, parce qu’il a régné sur le corps. »
Voici encore d’autres paroles mystiques de la rédemption, dont quelques autres d’entre eux se servent : « Le nom qui est caché par toute divinité, puissance et vérité, ce nom puissant, revêtu par Jésus de Nazareth dans les vies de la Lumière, le Christ, le Seigneur, vivant par l’Esprit saint, pour la rédemption des anges. » Ce nom tout entier est : Messia, Uphareg, Namamsaeman, Chaldeam, Mosomedea, Acphrané, Psana, Jesus Nazaris. Ces derniers mots signifient : « Je ne divise ni le cœur, ni la puissance céleste qui a la miséricorde en partage, puissé-je jouir de ton nom, Sauveur de la vérité ! » Ce sont là les paroles sacramentelles de l’initiateur ; écoutez ce qu’à son tour répond l’initié : « Raffermi et racheté, j’arrache mon âme à ce siècle, à tout ce qui dépend du siècle ; je le fais au nom de Jao, qui a racheté son âme dans la rédemption et la vie du Christ. »
Les assistants répondent : « Paix à tous ceux sur qui ce nom a reposé. » Alors on fait une onction balsamique sur l’initié, et cette onction, qui est d’un parfum exquis, est le symbole de toutes les perfections.
Il en est d’autres, parmi eux, qui jugeaient inutile de donner au néophyte, l’eau du baptême ; mais, mêlant un peu d’eau avec de l’huile, ils les répandent sur la tête de l’initié, en répétant les paroles déjà citées : c’est là ce qu’ils appellent leur cérémonie de la rédemption. Ceux-là y joignent des parfums, ceux-ci désapprouvent et répudient tous ces moyens, prétendant que des créatures visibles et sensibles sont impuissantes à représenter l’inénarrable et invisible mystère, ajoutant que ce qui est périssable ne peut agir au nom de ce qu’on ne peut voir, de ce qui est immatériel, de ce que même il est impossible de s’imaginer. Pour eux, la suprême rédemption consiste à reconnaître la grandeur ineffable. Tout ce qui tient à l’ignorance de la chute et à la passion ne peut anéantir leurs conséquences que par la vérité opposée à l’ignorance, qui sera la rédemption de l’homme intérieur ; elle n’est point matérielle comme le corps, puisque le corps et la matière sont sujets à la corruption ; elle n’est pas psychique, puisque l’âme a été le produit d’une souillure, et qu’elle ne sert, pour ainsi dire, que de demeure à l’esprit ; c’est à cause de cela qu’il faut que la rédemption soit toute spirituelle.
L’homme intérieur et spirituel trouve, suivant eux, sa rédemption dans la connaissance, et nos adversaires, arrivés à ce point culminant, n’ont plus rien à rechercher ; ils possèdent la rédemption seule et véritable.
D’autres encore, dont je n’ai pas encore parlé, rachètent même les mourants par une aspersion d’huile et d’eau mêlée qu’ils font sur la tête de l’agonisant, en prononçant les paroles que nous avons rapportées déjà. L’effet de leur cérémonie leur paraît si certain, qu’elle empêche les puissances supérieures mêmes d’avoir aucun droit sur ceux pour qui cette cérémonie est faite. L’homme intérieur s’élève dans les plus hautes régions de l’invisible, laissant toutefois sa dépouille mortelle au sein des créations matérielles. Mais ils lui recommandent, quand il arrivera vers les puissances célestes, de dire : « Moi, Fils, sorti du Père, préexistant à tout, Fils dans celui qui préexiste, je viens voir ce qui est à moi et ce qui est aux autres : aux autres, non pas précisément, mais à Achamoth, femme qui les a créés pour son usage.
Mon Père est le préexistant, descendu de lui, je reviens au lieu de mon départ. » Ce moyen est infaillible, disent-ils, pour le faire partir avec toutes les puissances, qui le conduisent jusqu’à Demiurgos, qu’il faut aborder en lui disant : « Je suis un vase plus précieux que cette femme dont vous êtes né ; elle ignore d’où elle est sortie ; moi je sais d’où je viens, et nul ne le sait mieux que moi ; j’implore l’assistance de l’incorruptible sagesse qui est dans le Père et qui est la mère de votre mère, et n’a ni père ni époux ; que nul homme n’a approchée, mais à qui son sexe seul a suffi pour vous produire. J’appelle, j’implore, je conjure sa mère. »
À ces paroles, Demiurgos éprouve un extrême trouble, se reproche sa naissance, rougit de sa mère, s’enfuit et rejette loin de lui le lien dont il retenait l’âme et l’ange qui la conduisait.
Voilà tout ce que nous possédons, relativement aux doctrines des hérésiarques, sur la rédemption ; mais leur peu d’accord entre eux à ce sujet, leurs dissentiments si variés et si multipliés, rend la tâche que nous nous sommes imposée de les rapporter, fort pénible à remplir.
Chapitre XXII — Croyance des véritables Chrétiens. Unité d’un Dieu. Les hérésiarques n’admettent ce principe que pour le rejeter ensuite ; c’est pourquoi ils seront un jour condamnés§
Nous autres Chrétiens, qui sommes dans le sein de l’Église, nous sommes invariablement fixés à la règle unique de la vérité, qui est la croyance en un Dieu tout-puissant qui a tout fait par son Verbe, et qui l’a fait de rien ; car l’Écriture dit : « La parole du Seigneur a raffermi les cieux, et de l’esprit de sa bouche est sortie toute vertu. » Elle dit ailleurs : « Tout a été fait par lui, et sans lui, rien n’a été fait. » Il a tout fait sans aide ; il a tout fait par lui-même, les choses visible ainsi que les choses invisibles. Les choses sensibles, comme celles qui ne le sont pas ; les choses intelligibles, comme celles qui ne le sont pas ; les choses qui n’ont qu’une certaine durée, et celles qui sont éternelles : il n’a point employé le ministère de ses anges, ni celui des puissances célestes, séparées de lui ; car le Dieu qui a tout n’a besoin de personne ; il a tout fait par son Verbe et par son esprit, disposition, administration ; il fait tout, il domine tout ; le monde où nous sommes est le monde de tous ; et Dieu, le Dieu qui a fait l’homme, est toujours et invariablement le Dieu d’Abraham, le Dieu de Jacob, le Dieu au-dessus de tous les dieux, existant au commencement, sans secours étranger et sans Plerum.
Ce Dieu est le père de Jésus-Christ notre Seigneur, comme nous allons le démontrer. Au milieu des nombreux systèmes que nous venons de produire, il nous sera facile, avec ce seul axiome, de prouver à ceux qui les ont mis en avant qu’ils se sont écartés du chemin de la vérité. La plupart des hérésiarques admettent l’unité d’un Dieu, puis ils le délaissent aussi ingrats envers celui qui les a créés que les gentils qui adorent les idoles ; ils méprisent l’œuvre de Dieu, ils contrarient celle de leur salut, ils deviennent des accusateurs contre eux-mêmes, ils sont de faux témoins : qu’ils le veuillent ou non, ces hommes ressusciteront au dernier jour pour reconnaître la puissance de celui qui rend la vie à leur chair ; mais leur incrédulité les fera rejeter du nombre des justes.
Chacun d’entre eux propose un système, chacun varie dans sa pensée et dans sa doctrine ; mais comme nous nous proposons de répondre à chaque pensée et à chaque doctrine en ce qui la distingue, il faut avant remonter aux sources ; la racine fera connaître l’arbre, et nous saurons enfin d’où vient leur sublime Bythus et tout le système qu’il a fait naître.
Chapitre XXIII — Simon le magicien est le père de toutes les hérésies. De ses prestiges ; de sa doctrine. Il se déclare le dieu le plus élevé, la puissance infinie§
Simon le Samaritain est ce magicien dont parle saint Luc, disciple des apôtres, et attaché à leurs doctrines, quand il a dit : « Simon, cet homme qui dans notre ville séduisait les Samaritains par ses prestiges, exerçant la magie, se disant quelqu’un de grand, au point que ceux que ses doctrines avaient entraînés disaient : Voici une vertu de Dieu qui est grande, et ils s’attachaient à lui, parce que depuis longtemps il leur avait troublé l’esprit par ses enchantements ; » cet homme, que son art faisait admirer partout, avait entrepris de feindre d’être chrétien, pensant que les apôtres, à son exemple, ne guérissaient pas les malades par la toute-puissance de Dieu en faisant descendre l’Esprit saint par l’imposition des mains, mais que tout cela n’était, au contraire, que l’effet de quelque art magique, et qu’il pourrait en obtenir le secret en leur offrant de l’or. Mais Pierre lui répondit : « Périsse ton or avec toi, qui a cru que le don de Dieu pouvait s’acheter avec de l’or ; tu n’as rien à revendiquer parmi nous, car ton cœur n’est pas droit ; tu es plein d’un fiel amer, tu vis dans le lien de l’injustice. »
Simon, loin de croire à la sainteté de ces paroles, rassembla toutes ses forces pour lutter avec les apôtres ; il scruta de nouveau toutes les profondeurs de la science pour ajouter au bruit de sa renommée et pour augmenter l’étonnement de ses adeptes. On prétend qu’au temps où il vécut sous l’empire de Clau de une statue publique lui fut élevée à cause de son habileté dans la magie ; plusieurs le crurent dieu, et lui-même enseigna qu’ayant paru comme Fils chez les Juifs, il était descendu comme Père à Samarie, et comme Esprit saint parmi les nations ; il se déclara la puissance la plus haute, le Dieu le plus élevé, et souffrit que les hommes lui en donnassent le nom.
Simon fut le père de toutes les hérésies. Voici à quelle occasion il commença à se faire connaître : Tyr est une ville de Phénicie où Simon avait acheté une esclave appelée Héléna ; il s’en faisait suivre partout, et partout il prêchait qu’elle était la première conception de sa pensée, la mère universelle dont il s’était servi pour produire les anges et les archanges ; cette conception s’était échappée pour ainsi dire de son intelligence avec la connaissance de ses volontés ; elle était descendue dans les régions inférieures, après avoir produit les anges et les puissances par qui le monde que nous habitons fut créé. Mais ces puissances célestes, après leur naissance, la retinrent auprès d’eux par jalousie, dans la crainte qu’on ne dît qu’ils avaient eu une autre mère.
Pour lui, ces puissances ne le connurent pas. Retenue toujours par ses enfants, cette pauvre mère eut à souffrir d’eux toute espèce d’avanies : ses enfants, jaloux, craignaient qu’elle ne remontât dans le sein du Père, et pour cela ils la renfermèrent dans un corps mortel féminin, et durant tous les siècles, comme l’eau qu’on épanche d’un vase dans un autre, elle doit passer par d’autres corps de femmes. Hélène, qui causa la guerre de Troie, en était une reproduction : aussi Stésichore, dont la poésie la calomnia, devint-il, en punition, aveugle aussitôt. La vue fut rendue au malheureux poëte lorsque, plein de regret, il composa pour elle une sorte d’hymne, qu’on appelle Palinodie. Passant toujours d’un corps dans un autre, de tourments en tourments, la malheureuse vint enfin à passer dans une créature souillée ; et c’est là ce qu’il faut entendre par la brebis égarée.
C’est ce motif qui l’a fait descendre lui-même sur la terre, pour rechercher sa brebis perdue, briser ses fers, et procurer aux hommes le salut, en se faisant connaître à eux. Les anges administraient mal le monde ; chacun d’eux voulant être le chef, cette raison encore l’a fait descendre sur la terre sous la forme de vertu, de puissance et d’ange, visible à l’homme sous la figure d’homme, quoiqu’il ne le fût pas en réalité. Il avait de même subi, en Judée, une mort apparente, mais il n’avait pas souffert réellement ; c’est à l’inspiration des anges, créateurs du monde, que les prophètes auraient dû leurs inspirations ; ceux donc qui croient en lui et en Héléna doivent se soucier fort peu des prophètes, et agir en toute liberté. C’est par la grâce de Simon, et non par le mérite des œuvres de justice, que les hommes seront sauvés. Naturellement, suivant cet imposteur, il n’y a pas de justice ; cette vertu n’est qu’un accident dont les anges ont fait un principe, lorsqu’ils ont créé le monde, afin d’asservir davantage l’homme à leur domination. Liberté donc et rédemption, affranchissement complet de l’esclavage primitif, voilà ce que Simon disait apporter au monde.
Les prêtres qui prêchent ces dogmes mènent une vie fort déréglée et exercent la magie suivant leur degré de talents, faisant usage d’exorcismes et d’enchantements. Tout faiseur de prestiges, à quelque genre de divinisation qu’il se soit adonné, est en honneur parmi eux. Simon figure dans leurs adorations sous la forme et les attributs de Jupiter, et Hélène sous la forme de Minerve.
Le nom impie de simoniens, qu’ils se donnent, dérive de celui de leur chef ; c’est d’eux que sont venus les hommes de la fausse science, c’est-à-dire les gnostiques. C’est ce que nous démontrerons d’ailleurs.
Ménandre, qui lui succéda, naquit comme lui à Samarie, et comme lui excella dans les prestiges de la magie ; il proclama une puissance inconnue à tous, et se dit l’envoyé des êtres invisibles pour le salut du genre humain ; il dit comme Simon, que le monde est l’ouvrage des anges, et qu’ils ont été envoyés par Ennoia. C’est cette mère des anges qui a révélé à la terre la magie qu’il enseignait, afin que, par cette science, il pût triompher des anges qui ont fait le monde ; ses disciples admettent la résurrection par son baptême, et après ce baptême une immortalité sur laquelle le temps n’a plus d’empire.
Chapitre XXIV — De Saturnin et de Basili de. De leurs systèmes. La création n’est point due à Dieu, mais à sept anges. Absurdités de ces hérésiarques§
Saturnin, novateur comme ceux que nous venons de citer, naquit à Antioche, près de Daphnée ; lui et Basili de, croyant l’occasion favorable, prêchèrent, quoique disciples de Ménandre, des doctrines différentes : l’un en Syrie, et l’autre à Alexandrie. Saturnin, comme Ménandre, admit un Père inconnu de tous, créateur des anges, des archanges, des vertus et des puissances ; il prétend que la création du monde et tout ce qu’il renferme est due à sept anges seulement. L’homme est l’œuvre de leurs mains : ils en firent d’abord sous la forme d’un fantôme brillant ; mais comme il voulait toujours remonter vers le lieu d’où il venait, ils ne purent le retenir sur la terre ; c’est alors que parlant entre eux ils se dirent : « Faisons l’homme à notre image et ressemblance ; ils le créèrent donc corporel, » mais leur impuissance le laissa dans l’état d’un petit ver qui rampe.
Il y fût resté, si une puissance supérieure, pleine de compassion pour celui qui avait été fait à son image, ne lui eût communiqué une étincelle de vie, qui le redressa, lui donna le mouvement et la vie ; à l’instant de la mort, cette étincelle de vie revient parmi les êtres de son espèce, le reste rentre dans l’élément dont il a été formé.
Le Sauveur est inné, son corps est sans figure ; le Dieu des Juifs ne serait qu’un ange, et sa présence parmi les hommes n’a été qu’une apparence. Et comme les anges tentèrent alors d’anéantir le Père, le Christ serait venu en ce monde pour détruire le Dieu des Juifs et sauver ceux qui croiraient en lui, ceux qui ont reçu l’étincelle de vie. Deux sortes d’hommes ont été créés par la main des anges, l’une perverse et l’autre bonne. Et comme les démons soutiennent les méchants, le Sauveur vint sur la terre pour perdre les méchants et les démons qui les soutiennent, et pour sauver les bons. Le mariage et la génération sont œuvres sataniques ; plusieurs des adeptes de Saturnin s’abstiennent de la chair des animaux, et cette abstinence sert à leurs succès ; ils séduisent par là beaucoup de monde ; ils admettent plusieurs prophéties, les unes des anges, les autres de Satan, l’ennemi déclaré des anges qui ont fait le monde, et surtout du Dieu des Juifs.
Basili de, affectant un air de profondeur et d’invention, a donné un plus grand développement à sa doctrine : Nus naît d’abord du Père incréé, Logos est le fils de Nus, Pronésis l’enfant de Logos, Sophia et Dynamis naissent de Phronésis ; et de ces deux puissances naissent les vertus, les principautés, les anges, êtres premiers, comme il les appelle, et créateurs du premier ciel ; de ceux-ci naissent d’autres anges, et, avec ces derniers, d’autres cieux ; puis d’autres anges créés de ceux-ci auraient créé le troisième ciel ; et successivement ainsi de nouveaux cieux auraient été produits par de nouveaux anges, jusqu’au nombre de trois cent soixante-cinq ; ce qui a donné à l’année un nombre égal de jours.
Les anges qui possèdent le dernier, celui que nous pouvons voir, ont fait tout ce qui existe en ce monde et se sont partagés la terre et les nations qui l’habitent : le Dieu des Juifs serait le chef de ces derniers ; mais ce Dieu ayant voulu assujettir toutes les nations aux hommes de son choix, c’est-à-dire aux Juifs, ce ne fut qu’un concert d’oppositions contre lui, de la part des autres puissances ; de là la haine que les nations portent à cette nation. Pour les sauver, le Père ineffable et incréé a envoyé sur terre Nus, son premier-né, celui qu’on a appelé Christ ; sa mission était d’arracher ceux qui croiraient en lui à la puissance des anges qui avaient créé ce monde. Celui-ci parut donc comme homme sur la terre : les vertus furent par lui perfectionnées ; il ne souffrit pas de passion, mais à sa place Simon de Syrène, qu’il rencontra, porta la croix ; et ce serait lui qui aurait été étendu sur cette croix, et transfiguré à tel point par le Christ, qu’on le prit véritablement pour lui.
Jésus alors devint Simon, et, debout parmi la foule qui le crucifiait, il se railla d’elle. Vertu incorporelle et éternelle comme son Père, il transforma à son gré son être, et revint à celui qui l’avait envoyé, se riant de ceux qui voulaient le faire souffrir et auxquels il échappait par son invisibilité.
Ceux qui connaissent ces hautes doctrines sont délivrés des anges rebelles et créateurs du monde ; ils ne doivent point rendre témoignage au crucifié, mais à l’être sous forme humaine qui passe pour avoir été crucifié sous le nom de Jésus : la mission dont l’avait chargé son Père était d’anéantir par là l’œuvre de ceux qui avaient formé ce monde. Quelqu’un, dit Basili de, croit-il au crucifié ? Il est esclave, esclave de ceux qui ont créé les corps matériels ; l’affranchissement et la liberté n’existent qu’autant qu’on nie le crucifié, et c’est alors qu’on connaîtra les desseins du Père incréé.
L’âme est immortelle, le corps est corruptible ; les prophéties existent et ont été faites par les anges qui ont créé le monde ; et la loi a été donnée par leur chef, le Dieu qui a tiré le peuple de la terre d’Égypte. Mépriser les idoles, ne rien croire et user de la vie sans crainte, c’est là bien agir ; tout est indifférent dans les actions humaines hors se permettre tous les plaisirs. Les prestiges, les chants, les invocations, et tous les enchantements sont aussi de leur ressort. Ils prennent des noms qu’ils disent être ceux des anges, qui sont, soit dans le premier, soit dans le deuxième ciel. Ils proclament l’existence des trois cent soixante-cinq cieux, leurs principautés, leurs anges et leurs vertus. Ainsi le monde, dans lequel le Sauveur est descendu et remonté, s’appelle, suivant eux, caulacau.
Ainsi, celui qui aura acquis toutes ces connaissances et connaîtra tous les anges et leur origine, aura lui-même le pouvoir de se rendre invisible et incompréhensible. Le Fils est inconnu de tous, eux aussi prétendent l’être, ils prétendent mieux : la connaissance de tous se trouvant parmi eux dans son degré de perfection le plus haut, ils prétendent passer invisibles, bien certains de n’être point connus. Ils disent : Connaissez tout le monde, mais que nul ne vous connaisse. À ce sujet, s’il vous arrivait de les rencontrer et de leur demander : N’êtes-vous point un tel, soyez persuadés qu’ils vous répondront : Non. Ils ne peuvent rien avoir à démêler avec le nom qu’ils portent, d’autant plus que leur vie s’est fondue dans l’universalité.
D’ailleurs leur science, à les en croire, serait exclusivement le domaine d’un petit nombre ; un sur mille, et deux sur mille, peuvent à peine la connaître : les Juifs ne sont plus, les Chrétiens ne sont pas encore, ajoutent-ils, et les mystères de ces derniers ne doivent point passer par les bouches vulgaires ; le silence seul doit les dérober à la foule.
Du reste, comme des mathématiciens, ils vous indiqueront la position locale de leurs cieux, au nombre de trois cent soixante-cinq ; ils ont mis leurs doctrines en théorèmes. Abraxas est le ciel principal, c’est pour cela qu’il renferme en lui-même le nombre trois cent soixante-cinq.
Chapitre XXV — Carpocrate§
Nous arrivons à Carpocrate : le monde, suivant cet hérésiarque, a été créé, avec tout ce qu’il renferme, par des anges bien inférieurs au Père incréé. Jésus est le fils de Joseph, parfaitement semblable aux autres hommes : un seul point de dissemblance l’en sépare ; son âme ferme et pure put se souvenir de ce qu’elle avait vu, lorsqu’elle fut transportée dans le sein du Père incréé. Cette pureté lui valut une vertu particulière : par elle, il passa sans danger au milieu des anges qui avaient créé le monde ; et dans une route exempte de tout danger, il put s’élever jusqu’à Dieu, embrasser d’un même amour tout ce qui ressemblait à son être. Cette âme, nourrie parmi les Juifs, conçut du mépris pour cette nation et s’affranchit de cette manière par la grâce d’en haut, de toutes les passions humaines.
Il suffit d’avoir une âme comme celle de Jésus pour mépriser les mauvais anges qui sont les créateurs du monde, recevoir toutes les vertus et opérer toutes les merveilles. Leur exaltation sur ce point est incroyable : plusieurs croient égaler Jésus ; d’autres s’estiment, sous certains rapports, plus forts que lui ; d’autres veulent être supérieurs à ses disciples, à Pierre, à Paul, à tous les apôtres. Quelques-uns ne trouvent aucune différence entre eux et Jésus. Leur âme a passé par les mêmes migrations, éprouvé le même mépris pour les anges, créateurs de ce monde ; ils sont dignes des mêmes grâces et de la même mission que Jésus : si vous méprisez les choses de la terre plus que le Christ, disent-ils, vous vous élevez au-dessus de lui.
D’ailleurs, prestiges magiques, imprécations, philtres aphrodisiaques, ostentations et divinations des songes, tous moyens du même genre, ils n’épargnent rien ; ils disent qu’ils ont, par là, le pouvoir d’enchaîner les anges créateurs de ce monde, et tout ce qu’il contient, Ne croyez pas qu’avec cela ils respectent le nom divin de l’Église ; ils l’insultent, comme les gentils, et semblent être, à ce sujet, les envoyés de Satan ; ils en éloignent tous ceux qu’ils connaissent : tous leurs auditeurs, prévenus, par leurs paroles, s’éloignent des prédications de la vérité : il en est même qui, par leurs suggestions, et sans que nous ayons avec eux aucune communication de doctrine, de mœurs et d’entretiens, nous blasphèment gratuitement. Du reste, leur vie n’est rien moins que chaste, et ils donnent à leurs déréglements l’autorité de leur doctrine ; ils seront donc justement condamnés, et recevront la juste récompense de leurs œuvres.
Ils poussent leur folie à un degré de perversité si grand, qu’ils disent que les choses impies, irréligieuses, mauvaises, leur seraient permises. Le bien et le mal dépendraient de l’opinion humaine ; de même que l’âme, sans perdre rien de sa nature, a passé dans les corps ; ils jugent qu’il n’est plus nécessaire de se préoccuper de rien, puisque la même transmigration peut avoir lieu plusieurs fois, et qu’elle n’est sujette à aucune dégradation. Ensorte qu’il serait permis de faire ce qu’on n’ose ni dire ni entendre, et ce que la pensée doit repousser avec horreur, ce que l’intelligence doit regarder comme incroyable ; ils nous rendent témoins de scandales si grands, qu’ils soutiennent dans leurs écrits, que l’âme, faite pour jouir de la vie, n’a, en quittant le corps, rien de plus et rien de moins.
Que si la liberté a manqué à ces âmes, alors elles devraient entrer de nouveau dans un autre corps ; migration qui aurait été figurée par ces paroles de notre Seigneur : « Si tu es sur le chemin avec ton ennemi, fais ensorte de te délivrer, de peur qu’il ne te livre au juge, et le juge à l’exécuteur légal, et que celui-ci ne te fasse mettre en prison ; en vérité je te le dis, tu ne sortiras pas jusqu’à ce que tu ais donné jusqu’à ta dernière obole. »
L’ennemi, suivant eux, est un des anges qui habitent ce monde, auquel ils donnent le nom de diable, chargé de conduire les âmes qui se sont perdues auprès du souverain : ce souverain est le premier des créateurs ; il livre sa victime à un autre ange, son ministre, et l’âme prisonnière est incarcérée dans un autre corps. Le corps, c’est la prison ; et ce que dit le texte sacré : « Tu ne sortiras pas jusqu’à ce que tu ais donné ta dernière obole, » doit s’interpréter de l’esclavage dans lequel les anges créateurs la tiennent, la transportant de corps en corps, jusqu’au jour où elle aura passé par toutes les phases de l’humanité ; rien ne lui manquant plus désormais, elle prendra en liberté son essor vers le Dieu qui est au-dessus des anges qui ont créé le monde. Ainsi, le salut est donné à tous, soit que, mêlée dès l’abord à tous les actes du drame de la vie, l’âme devienne libre aussitôt, soit que de corps en corps, jetée dans toutes les phases de la vie, elle s’affranchisse enfin, en payant la dette exigée, heureuse de ne plus vivre emprisonnée dans un corps.
Certes, je ne puis croire qu’il en soit ainsi des âmes irréligieuses, injustes, qui ont vécu dans le crime ; cependant ils le soutiennent dans leurs écrits, et ils ne craignent pas d’ajouter que Jésus, parlant mystérieusement à ses apôtres des paroles d’en haut, les ait invités à confier, parmi ceux qui en seraient dignes, la science transcendante ; que la foi et la charité suffisaient pour le salut. Indifférence pour tout le reste, justice et injustice, ne sont qu’un mot, rien n’étant mauvais de sa nature.
D’autres, afin de se reconnaître entre eux, font à leurs disciples une incision au revers de l’oreille droite. Marcelina, qui vint à Rome du temps d’Anic et, était de cette secte, et elle se servit de ce moyen pour perdre un grand nombre de personnes : ils se donnent à eux-mêmes le nom de gnostiques ; ils ont des figures peintes, ou sculptées, qu’ils portent en disant que c’est l’image du Christ faite par Pilate, au temps où il était encore sur la terre ; il est ainsi représenté ayant une couronne sur la tête, et ils placent cette image parmi celles des philosophes, de Pythagore, de Platon, d’Aristote, et tous les autres : leurs autres observances religieuses ne diffèrent pas de celles des gentils.
Chapitre XXVI — Cérinthe. — Les ébionites et les nicolaïtes§
Cérinthe naquit en Asie, prêcha que le monde n’avait pas été fait par un Dieu supérieur, mais par une puissance différente, et bien inférieure, et qui ne connaissait même pas le Dieu souverain de toutes choses. Jésus lui fut subordonné ; celui-ci ne serait pas né d’une vierge ; c’est chose impossible à croire aux yeux de cet hérésiarque : il serait né de Joseph et de Marie, de la même manière que naissent les autres hommes. Sa justice, sa prudence et sa sagesse furent sans égales, et firent de lui un être supérieur aux autres hommes. Dieu envoya sur lui, aussitôt qu’il eut été baptisé, le Christ, sous la forme d’une colombe ; après cela, il prêcha au monde la révélation du Dieu inconnu et la perfection des vertus. À la fin, le Christ se sépara de lui et s’envola dans les régions supérieures. Jésus aurait souffert seul sa passion, et serait ressuscité Christ, être spirituel et impassible de sa nature.
Les ébionites admettent la création, telle que nous la croyons ; ils diffèrent de Cérinthe et de Carpocrate, en ce qui concerne le Seigneur ; le seul évangile de saint Mathieu est reconnu par eux, Paul est répudié par leurs adeptes comme un apostat de la loi.
Les prophéties sont expliquées par eux d’une manière bizarre : ils adoptent la circoncision et les observances judaïques ; Jérusalem enfin est l’objet de leur adoration, ils la regardent comme la maison de Dieu. Nicolaüs, l’un des sept premiers diacres ordonnés par les apôtres, est l’auteur de la secte dépravée qui porte son nom. L’Apocalypse de saint Jean les signale ; l’adultère et l’idolâtrie leur sont habituels ; c’est d’eux dont il parle, quand il dit : « Mais tu as cela pour toi, que tu hais les actions des nicolaïtes comme je les hais. »
Chapitre XXVII — Cerdon et Marcion§
Cerdon, l’un des adeptes de Simon, vint à Rome, sous Iginus, le neuvième évêque dans la succession apostolique ; il enseigna que le Dieu révélé par les prophètes n’était pas le père de notre Seigneur Jésus-Christ. L’un s’était révélé, l’autre restait ignoré ; l’un était juste, et l’autre bon.
Marcion lui succéda, développa sa doctrine, vomit les blasphèmes les plus audacieux contre le Dieu annoncé par les Écritures et par les prophètes ; il le traita de malfaiteur, de fauteur de troubles, l’accusa de se contredire dans ses desseins. Jésus, dit-il, envoyé par le Dieu créateur du monde, son père, s’arrêta en Judée, au temps de Ponce-Pilate, gouverneur au nom de Tibère César ; il s’y arrêta sous la forme humaine : on put le voir en Judée, prêcher contre les prophéties et contre l’ancienne loi, et combattre l’œuvre du Dieu qui a fait le monde, que Marcion appelle encore Cosmocrator. Cet hérésiarque se plaît à mutiler l’évangile selon saint Luc, et surtout ce qui est relatif à la généalogie de Jésus-Christ, altère les paroles où le Seigneur se dit le Fils du Créateur universel ; il se donne pour être lui-même plus véridique que les apôtres qui nous ont transmis l’Évangile, qu’il donne par lambeaux à ses disciples.
Il ne traite pas plus respectueusement les épîtres de saint Paul, dont il retranche tout ce qui établit manifestement la divinité de notre Seigneur, le Fils de ce Dieu qui a fait le monde, et tout ce que l’apôtre rapporte des prophéties qui annonçaient l’avénement du Fils de Dieu.
Point de salut hors des doctrines de Marcion, point de participation à l’immortalité pour les corps, puisque le corps est fait avec le limon de la terre. Voici encore une de ses fables blasphématrices, une de celles que sa bouche infernale se plaisait à répandre, pour insulter à la vérité :
Caïn, et tous ceux qui lui ressemblent, les Sodomites, les Égyptiens, toutes les nations enfin qui se sont souillées de crimes, auraient été sauvées par le Seigneur, au moment de sa descente aux enfers, lorsqu’elles vinrent à sa rencontre. Elles ont part maintenant à son royaume. Abel, Énoch, Noé, et tous les justes, tous les patriarches, avant et après Abraham ; tous les prophètes, tous ceux qui ont été agréables à Dieu, n’ont point été admis à la participation du salut prêché par celui que Marcion déteste. Comme ils n’ignoraient pas que leur Dieu les éprouvait sans cesse et que l’arrivée de Jésus était peut-être une nouvelle épreuve, ils ne vinrent pas à lui et ne crurent point à sa prédication ; aussi l’enfer les retint-il dans son sein ténébreux. Nul imposteur n’a osé altérer, mutiler avec tant d’impudence la parole sainte, s’attaquer à Dieu d’une manière plus audacieuse ; nous le réfuterons ailleurs, avec l’aide de Dieu, lui opposant ses propres écrits, et les paroles du Seigneur et des apôtres dont il se sert pour donner quelque vraisemblance à sa coupable doctrine.
Nous en avons parlé ici, c’était une nécessité, afin de vous faire connaître que tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, souillent et faussent la vérité, altèrent l’enseignement de l’Église, sont tous les disciples et les continuateurs de Simon le magicien. Si, pour séduire, ils n’invoquent pas le nom de leur maître, ils emploient du moins ses pensées. Ils se servent du nom de Jésus comme d’un moyen pour faire passer plus facilement l’impiété de Simon : le nom le plus saint sert ainsi d’auxiliaire à la plus dangereuse des erreurs ; il leur faut la douceur et la gloire de ce nom sacré pour déguiser l’amertume de leurs poisons, que distille par eux le serpent de l’apostasie.
Chapitre XXVIII — De Tati en. — Des continents et de quelques autres hérésiarques§
Nous voyons déjà, par ce que nous avons exposé, comme une génération entière d’hérésiarques ; ce qui se comprend d’autant plus facilement que la plupart des novateurs, tous, veux-je dire, s’érigent en docteurs pour parler contre la foi, qu’ils ont abandonnée : tout changement de foi produit ainsi une nouvelle doctrine ; celui-ci un autre et de proche en proche les dogmes s’altérant peu à peu, il arrive que chacun d’eux se proclame l’inventeur d’une nouvelle doctrine. Saturnin et Marcion, par exemple, qu’on a appelés les Continents, ont prêché que le mariage était mauvais ; ils ont voulu entraver l’œuvre de Dieu, ils l’ont accusé indirectement d’avoir créé les deux sexes pour la reproduction de l’espèce ; ils ont banni de leur doctrine ce qu’ils appellent les actes matériels ; ils se montrent ainsi ingrats envers Dieu, qui a tout fait. Ils n’admettent pas qu’Adam ait été sauvé ; cette hérésie avait été déjà mise en avant par un certain Tati en.
Ce Tati en avait été disciple de Justin, et pendant la vie de celui-ci il ne proclama point la doctrine dont nous venons de parler ; mais après le martyre de saint Justin, quittant le sein de l’Église, enflé, je pense, par l’orgueil de l’enseignement, il crut se mettre en dehors des autres en donnant un caractère particulier à sa doctrine ; il traita de fables les Æons invisibles de Valentin ; il pensa comme Saturnin et Marcion à l’égard du mariage, admettant la débauche et la fornication : mais il fut l’auteur de la doctrine qui n’admet pas qu’Adam ait été sauvé.
D’autres, après Basili de et Carpocrate, proclamèrent, comme conséquence de la doctrine de ces deux imposteurs, la promiscuité des sexes, et ils regardèrent comme une chose indifférente de manger les viandes consacrées aux idoles, disant que Dieu s’inquiétait peu de tout cela. Nous nous arrêtons : le nombre de ceux qui ont flotté à tous les vents de doctrines est trop grand pour que nous puissions donner tous leurs noms.
Chapitre XXIX — Différentes sectes des gnostiques. — D’abord des borbéliotes ou borboriens§
Quelques-uns d’entre les gnostiques emprisonnent le corps d’un Æon qui ne vieillit jamais dans celui d’une vierge : son nom est Barbelon. Un Dieu existe, mais son nom ne peut s’exprimer ; ce Dieu ne se manifeste qu’à Barbelon. La pensée de l’Æon que nous venons de nommer s’étant un jour présentée à lui, lui demanda la prescience. La prescience descendit en elle. Après la prescience, elle demanda l’incorruptibilité ; l’incorruptibilité fit aussitôt partie de son être. Alors demandant l’éternité, elle la vit pareillement descendre en elle. La joie que causa à Barbelon la faveur supérieure révélée à lui par ses nouveaux attributs de grandeur et d’intelligence lui fit donner le jour à une lumière semblable à lui-même. Ce fut là, disent-ils, le premier flambeau de toute vie et de toute génération.
Le Père, voyant apparaître cette lumière, l’oignit de l’ablution de sa bonté afin de la rendre parfaite. Elle fut le Christ, qui vint à son tour implorer le secours de Nus ; Nus vint, et le Verbe envoyé du Père descendit alors comme entremetteur. Des unions se firent. La pensée et Logos s’accouplèrent ; Aphtarsias et Christ s’unirent ; Zoé, l’un des Æons, se maria à Thelema. Nus et la prescience s’étant aussi réunis, entonnèrent l’hymne de gloire à Barbelon.
La représentation de la grande lumière, Autogène, naquit de la pensée et de Logos ; des honneurs très-grands lui furent rendus, et tout lui fut soumis, et bientôt Aletheia lui fut donnée en mariage. Quatre flambeaux immenses, comme pour servir de satellites à Autogène, naquirent du Christ et de l’incorruptibilité. De Thelema et de Zoé naquirent d’autres satellites aux quatre flambeaux, qui sont, Charis, Thelesis, Synesis, Phronesis. Charis fut unie au plus grand, au plus éclatant d’entre eux. Quelques-uns l’appellent Sauveur, sous la dénomination d’Harmogène : Thelesis eut le second pour époux, sous le nom de Raguél ; Synesis, le troisième, sous le nom de David ; Phronesis, enfin, le quatrième, sous la dénomination d’Éleleth.
Ces créations étant achevées, Autogène plaça au-dessus d’elles l’homme de perfection et de vérité, Adam ; mais étant insoumis, lui et ceux dont il était la production, il fut renvoyé et placé loin d’Harmogène, auprès du premier flambeau. Autogène avait donné à la fois naissance à l’homme et à la science parfaite : il s’unit à elle ; par cette union il parvint à connaître celui qui est au-dessus de toutes choses ; le souffle virginal de son épouse le doua de la puissance invincible.
De là, disent-ils, la triple manifestation de la mère, du père et du fils. L’homme et la science produisirent le bois qu’ils désignent sous le nom de Gnosis. Le premier ange qui assiste debout aux côtés de l’Unigenitus produisit à son tour l’Esprit saint, nommé encore Sophia et Proni que. L’Esprit, se voyant sans compagne au milieu des unions qui l’entouraient, s’en chercha une. Ses recherches furent longtemps sans résultat ; mais lui, toujours persévérant, étendait son être, s’inclinait vers le monde inférieur, ne doutant point que là il trouverait à qui s’unir. Ce fut encore en vain. Alors il descendit dans les régions inférieures, désolé que le Père ne l’assistât pas dans ses recherches. Enfin, dans l’effort de sa bonté et de son innocence, il devint père d’une œuvre, qui fut un mélange d’ignorance et d’audace.
Cette œuvre reçoit des hérésiarques dont nous parlons le nom de Proarchont, qui serait l’auteur de la vie que nous avons ici-bas. Mais une puissance supérieure vint à séparer le Proarchont de sa mère et l’entraîna dans les sphères inférieures ; il créa le firmament, qui est devenu sa demeure. L’ignorance, partie intégrante de son œuvre, se changea en anges, en puissances, en firmaments et en toutes les substances terrestres. Kakia, Zelos, Phtonoa, Érynis, Épythaméa, naquirent de son union avec Autadia ; leur naissance contrista Sophia, la fit s’éloigner, s’élever vers les régions supérieures, où elle devint L’ogdoade. L’esprit, après son départ, se crut de nouveau dans l’isolement, et c’est pour cela qu’il s’écria : « Je suis le Dieu jaloux, hors de moi il n’en est point d’autre. » Telles sont les audacieuses inventions de ces imposteurs.
Chapitre XXX — Les ophites et les séthiens§
Pour compléter ces étranges récits, il faut ajouter que quelques-uns d’entre eux voient resplendir dans la puissance de Bythus une lumière incorruptible qui s’étend dans un horison sans bornes. Tout est né de cette lumière, connue de ces adeptes sous le nom de premier homme. La pensée du nouvel être produisit le Fils, et ce serait là le Fils de l’homme, selon la chair. L’Esprit saint, inférieur à tous deux, a divisé, à l’aide d’une influence supérieure, les éléments, l’eau, les ténèbres, l’abîme, le chaos sur lesquels il était porté : ils appellent tout cela la première femme. La beauté de l’Esprit saint, je veux dire de la première femme, jeta l’homme et son fils dans le ravissement de la joie ; fécondée au rayonnement de leur lumière, elle donna le jour à une troisième lumière, aux attributs de l’homme incorruptible connu sous le nom de Christ. Son père fut le premier homme, et celui qui naquit le second dut le jour au Saint-Esprit et à la première femme.
L’union que contractèrent le Père et le Fils avec la femme mère des vivants fut funeste à celle-ci : le poids et la grandeur immense de son fruit l’accablèrent ; la partie inférieure de son être se trouva dans un grand état d’ébullition. Dans cette circonstance, le Christ, leur fils, doué par sa nature d’une tendance plus grande vers les régions supérieures, fut aussitôt absorbé avec elle dans le sein d’un Æon incorruptible. C’est là ce qu’ils appellent leur Église sainte et véritable ; nom qui, à les entendre, renferme à la fois la dénomination, le pacte et l’union du premier homme, Père universel, du Fils de l’homme, qui naquit le second, et du Christ, à la fois leur enfant et celui de la femme, dont nous venons de parler.
La vertu qui s’échappa de la femme dans l’état d’ébullition que nous avons dit, étant inondée de lumière, se sépara de ceux qui lui avaient donné le jour, et descendit. Cette humidité lumineuse, spontanée, fut à la fois mâle et femelle, et reçut les noms divers de Pronicos, de Sophia, et jouit des attributs de l’un et de l’autre sexe. Elle descendit sur les eaux qui étaient dans un état d’immobilité parfaite ; elle les agita vivement en descendant jusque dans leurs abîmes et un corps lui fut formé de ces eaux. Tout accourut, tout gravita aussitôt vers cette lumière humide, elle fut circonvenue de toutes parts ; et étant devenue point central, elle faillit s’absorber dans l’immensité, s’engloutir dans la matière. Cependant le lien qui l’unissait à un corps matériel s’appesantit au point qu’obligée un jour de ramper, elle usa toutes ses forces pour s’arracher à l’élément qui la retenait, et chercha à remonter vers sa mère.
Quand elle voulut s’élever à elle, ses efforts furent impuissants ; la masse de son corps, formé d’aggrégations, était trop lourde. Cet état de malaise où elle se trouvait lui fit faire de nouveaux efforts pour dissimuler, cacher la lumière d’en haut dont son être était doué, craignant que cette lumière ne fût comme en proie aux éléments inférieurs. L’humectation de la lumière qu’elle portait en elle lui ayant donné de nouvelles forces, elle s’agita, et, par un effort d’ascension, se dilata au sein de l’immensité, étendit son être, se dilata, et forma de sa propre substance ce ciel que voient nos yeux ; elle le couva d’abord, puis resta sur son œuvre, conservant néanmoins toujours quelque chose de sa nature aqueuse.
Telles sont toutes ces sectes, enfantées par l’école de Valentin, que l’on peut comparer à l’hydre de Lerne, dont les différentes divisions sont comme autant de têtes. Cette comparaison serait d’autant plus juste, que s’il fallait en croire certaines personnes, Sophia ne serait autre que le serpent infernal qui inspire aux hommes la science du mal opposée à la science du vrai : bien plus, nous porterions en nous-mêmes le type du serpent dans la forme de nos intestins, qui sont les organes de notre alimentation et de la conservation de notre corps.
Chapitre XXXI — Des caïnites§
Cette secte donne à Caïn pour créateur une puissance supérieure du ciel ; ils donnent à celui-ci pour alliés Ésaü, Coré, les Sodomites et tous les hommes aussi dépravés : c’est pour cela qu’ils sont les ennemis naturels de Dieu ; mais quant à eux ils accueillent quiconque se range de leur parti. Ils comptent parmi les chefs Sophia, qui tempère par sa sagesse leurs inclinations perverses. C’est elle qui aurait inspiré le traître Juda, et qui l’aurait aidé, en lui faisant connaître le secret de la vérité, à accomplir le mystère de son infâme trahison, dont l’effet aurait été, selon eux, de bouleverser l’harmonie des choses célestes et des choses terrestres. C’est cette œuvre d’iniquité qu’ils nomment l’évangile de Juda.
C’est Histera, selon ces sectaires, qui serait le créateur du ciel et de la terre. Ils prétendent qu’on ne peut être sauvé si l’on ne s’est essayé au mal comme au bien ; c’était aussi le système de Carpocrate. Les anges même nous assistèrent et nous aidèrent à commettre l’iniquité, parce que nous les invoquions dans le moment même de l’action. Commettre le mal sans crainte et sans remords, c’est là, à les en croire, la science parfaite.
Ainsi l’objet de ce premier livre a été d’exposer aux regards et de disséquer tout le corps infect, composé de toutes les fausses doctrines des hérésiarques. Les faire bien connaître, c’est déjà les avoir à moitié réfutés. Il en est à cet égard comme d’une bête féroce que recélerait dans ses retraites une épaisse forêt, et dont on se rend maître facilement, en abattant les parties les plus touffues : le monstre alors ne peut plus se cacher ; on évite ses atteintes, parce qu’on voit tous ses mouvements ; et comme on peut le viser en tirant sur lui, il est bientôt blessé à mort.
Dans le deuxième livre qui va suivre, nous nous appliquerons à réfuter en détail toutes ces hérésies, comme nous vous en avons fait la promesse, ne leur faisant grâce sur aucun point. C’est ainsi qu’après avoir forcé le monstre dans son repaire, nous le frapperons de nos traits et le détruirons entièrement.
