Les Homiliae cathedrales — Homélies XCIV à XCVIII
Sur la généalogie du Christ selon la chair, sur sainte Thècle et sur le blasphème contre l’Esprit saint
- 01 — Homélie XCIV — Sur la généalogie et la génération selon la chair du Christ
- 02 — Homélie XCV — Sur l’accord de Matthieu et de Luc au sujet de la généalogie
- 03 — Homélie XCVI — Sur les derniers doutes au sujet de la généalogie
- 04 — Homélie XCVII — Sur Thècle, la première des martyres
- 05 — Homélie XCVIII — Sur Isaïe XLII, 1-3 et le blasphème contre l’Esprit saint

Les Homiliae cathedrales — Homélies XCIV à XCVIII
Sur la généalogie du Christ selon la chair, sur sainte Thècle et sur le blasphème contre l’Esprit saint
Saint Sévère d’Antioche · 30 septembre 2026 · 130 min de lecture · 0 vue
À ceux qui eurent des doutes, à la lecture du commencement de l’Évangile (Εὐαγγέλιον) de Matthieu, sur la généalogie (γενεαλογία) et la génération selon la chair de Notre-Seigneur, notre Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ.
Lorsque, ce dimanche passé, le commencement de l’Évangile (Εὐαγγέλιον) de Matthieu vous a été lu, non pas en son temps d’une part — vous, en effet, vous savez que la fête de la divine Épiphanie et de la naissance selon la chair de notre Sauveur est éloignée — cependant a été lu d’autre part — parce que tout également est réservé et placé pour le temps qu’il faut et que les lectures qui conviennent aussi sont adaptées et préparées et pour les fêtes et pour les autres circonstances par les Pères et par ceux qui ont gouverné les Églises — quelques-uns d’un côté parmi ceux qui avaient entendu, lorsqu’ils furent venus chez moi, disaient après cela : « Quel profit (y a-t-il) à ce que nous entendions : Un tel a engendré un tel, et un tel (a engendré) un tel, que nous nous fatiguions nos oreilles par le grand nombre de tous ces noms et que nous remuions nos doigts pour (faire) le total des personnes (πρόσωπον), sans recevoir en nous-mêmes aucun profit spirituel ? » Quelques-uns d’un autre côté écoutèrent et examinèrent (très) bien et très subtilement, ils eurent des doutes sur différents (points), quoiqu’ils soient instruits, (et) ils m’adressèrent leurs questions relatives à ces (doutes) comme (des objections) qui (ont) de la force. Parce qu’en vérité j’ai répondu à ceux-ci, selon la mesure de la force que possède ma petitesse, j’ai pensé qu’il convient que ce qui a été dit en particulier, je le présente pour le δημόσιον, c’est-à-dire le commun, devant vous tous, afin que vous l’entendiez, avec une mise en œuvre et un examen très soignés.
Il faut donc savoir clairement que les Évangélistes (Εὐαγγελιστής), ou plutôt (μᾶλλον δέ) l’Esprit qui parlait en eux, avaient soin et faisaient qu’on crût au Christ par ce qui était écrit et que personne ne doutât à son sujet ni qu’il était Dieu par nature ni que selon l’économie le même était homme véritablement, en dehors de tout changement, mutation et illusion. C’est pourquoi, celui-ci d’une part disait : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu1 ; et : Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous2 ; celui-là d’autre part écrivait comme il convient : Livre de la génération de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham3 ; afin que nous apprenions et que le même n’est pas compté dans les familles — car il est écrit : Qui racontera sa génération4 ? — ou plutôt (μᾶλλον δέ) qu’il est avant les siècles et égal au point de vue de l’éternité au Père lui-même, et aussi qu’il est compté dans les familles selon la chair, parce qu’en vérité, lorsqu’il est resté Dieu, le même s’est fait homme sans changement à la fin des temps.
C’est pourquoi (il y a) également la mention des anciens pères, le récit et l’observation des temps et des autres (circonstances) qui sont en vérité propres aux hommes, afin que, par tout (cela), (Matthieu) montrât vraiment qu’il a participé à (notre) génération et à notre nature. Car si, alors que cela est écrit, quelques-uns disent qu’il est apparu en illusion et en imagination (φαντασία) plutôt qu’il s’est fait homme véritablement, que ne feraient-ils pas, si rien de tel n’était écrit ?
C’est pour cette cause, en effet, que, dans cette généalogie (γενεαλογία), l’Évangéliste (Εὐαγγελιστής) a mentionné, au sujet de quelques personnes (πρόσωπον), aussi les commerces charnels qui ne conviennent pas et qui sont en dehors de la Loi (νόμος), lorsqu’il a écrit soigneusement et volontairement : (Et) Juda a engendré Pharès et Zara de Thamar5 ; et : (Et) David a engendré Salomon de celle d’Urie6, (femmes) auxquelles ils s’étaient unis par fornication et par adultère, pour révéler que c’est notre nature qui a péché, est tombée, s’est révoltée et s’est précipitée dans les désirs qui ne conviennent pas, que le Christ est venu guérir, afin que, lorsque celle-ci fuyait, il l’attrapât, et, lorsqu’elle s’élancerait et dans sa révolte courrait au loin, il la retînt, l’arrêtât, la fît revenir et lui interdît le chemin qui (mène) vers le bas. C’est, en effet, ce que montre ce qui a été dit par l’Apôtre à son sujet : Car ce ne sont pas les anges qu’il saisit, mais c’est la postérité d’Abraham qu’il saisit ; d’où il faut qu’en tout il ressemble à ses frères7.
Le Christ a donc pris sur lui la parenté de cette nature, de cette (nature) qui a forniqué, pour la purifier, de cette (nature) qui a été malade, pour la guérir, de cette (nature) qui est tombée, pour la relever. Et c’est en vérité d’une manière condescendante et charitable (φιλανθρώπως), cependant aussi d’une manière qui convient ainsi à Dieu (θεοπρεπῶς), qu’il s’est uni, en effet, à la chair qui est de la même essence (οὐσία) que nous (et) qui possède une âme intelligente, sans péché, alors qu’intervenaient la virginité, la conception ainsi que la gestation qui (viennent) du Saint-Esprit, la naissance qui n’a pas connu le mariage et l’union charnelle et a respecté d’une manière ineffable le sceau de la pureté virginale.
D’un côté, l’Évangéliste (Εὐαγγελιστής) ridiculise et dévoile les passions de notre race (γένος), (ses) déshonneurs et (ses) maladies, auxquelles le Verbe de Dieu est descendu, à cause de sa miséricorde, afin de glorifier surtout sa charité (φιλανθρωπία) et son élévation à la fois — car ceci ne cause absolument aucun tort au médecin, (à savoir) qu’il s’abaisse avec ceux qui sont malades — et, lorsqu’il lui fallait dire : « David a engendré Salomon de Bethsabée » — c’est ce nom, en effet, que portait la femme elle-même — en ridiculisant, pour ainsi dire, l’adultère même, il s’écria clairement : (David a engendré Salomon) de celle d’Urie8, en montrant que le Christ, qui par génération descend d’une telle race (γένος), a pris nos faiblesses et a porté nos maladies9, ainsi qu’a dit quelque part l’un des prophètes.
D’un autre côté, ceux dont les pensées sont pour l’illusion manichéenne athée d’Eutychès et pour le manque d’intelligence (ἄνοια) d’Apollinaire rougissent de l’incarnation et de l’inhumanation parfaite, en ayant honte, à ce qu’il semble, de notre salut véritable, et ils croient que le péché souille notre Sauveur ; et cela, bien que ce soit en dehors du péché qu’il soit descendu à cet anéantissement et ait pris la forme de serviteur10 et (qu’)il se soit fait homme pour détruire la puissance du péché. De toute nécessité, en effet, où il y a Dieu, le péché est loin de là ; (et), lorsqu’il est loin, qu’est ce qui est capable de souiller encore et de salir ? Car il n’y a aucune autre saleté, si ce n’est la tache du péché.
C’est pourquoi, ceux qui ont été eux-mêmes les témoins oculaires et les ministres du Verbe11 ont prêché librement (παῤῥησία) la généalogie (γενεαλογία) de Jésus selon la chair, sans rien cacher de ce qui semble être déshonorant et en nous instruisant et en nous apprenant en même temps à ne pas tourner nos regards vers le bas et à ne pas rougir, parce que nos premiers pères étaient méprisables, et non plus, parce qu’ils étaient dignes de louanges, à nous élever au contraire et à dire : « Mon grand-père était martyr ; (et) mon père occupait la première situation dans les (fonctions) sacrées et parmi les évêques ; (et) ma mère s’adonnait à la vie ascétique et c’est complètement qu’elle était chrétienne. » On dira, en effet, et très justement, à celui qui est tel : « Montre-moi, o excellent, que, toi-même, tu marches sur les traces de tes premiers pères, et j’aurai beaucoup de vénération pour toi, qui n’as pas fait mentir la perfection de tes pères et la religion (εὐσέβεια) de ta race (γένος). Mais, si tu te portes vers la voie opposée, je m’étonne, en dehors de (ton) manque d’intelligence (ἄνοια) et de (ta) grande stupidité, que tu oublies que tu apportes contre toi-même la religion (εὐσέβεια) de ceux qui t’ont engendré, non pas afin que tu sois loué, mais afin que tu sois repris de ne pas avoir envié ce bon exemple domestique. »
C’est pourquoi, aux Juifs aussi qui levaient le front et, en plus de beaucoup d’orgueil, disaient avec jactance : Nous sommes la postérité d’Abraham12, le Christ répondait : Si vous étiez enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham13. (Et) encore avant lui, Jean-Baptiste, coupant court à cette haute opinion, disait : Et ne vous imaginez pas de dire en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père14 ? Mais, de même que, pour les Juifs, la perfection de leurs premiers pères n’a été d’aucun profit, lorsqu’ils n’ont pas reçu l’Évangile (Εὐαγγέλιον), de même, à ceux qui ont cru parmi les nations, l’idolâtrie (δεισιδαιμονία) ancestrale n’a causé aucun tort, lorsqu’ils ont couru auprès du Christ, ou plutôt (μᾶλλον δέ) elle a montré également qu’ils étaient très bien éprouvés et elle les a faits enfants d’Abraham, en sorte que Paul aussi, adressant la parole même aux Juifs, dit : Vous savez donc que ceux qui (le sont) par la foi, ceux-là sont enfants d’Abraham15. Il nous faut donc nous confier en nos propres bonnes actions et ne pas nous revêtir des vertus des autres, alors que nous sommes nus de tout bien. Car ce qui rend de la même race (γένος) que les hommes religieux (εὐσεβής), c’est la ressemblance de la manière (de vivre), et non pas la communauté du sang.
« Mais, disent-ils, pourquoi (Matthieu) a-t-il dit : Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham16, alors qu’il fallait qu’Abraham fût à la première place, comme celui qui est plus âgé selon le temps ? Quelle est donc la raison (de cela) ? » Un grand honneur prévalait chez les Juifs pour le prophète David, comme pour celui qui le premier, pour ainsi dire, régna sur Jérusalem, (qui) est un homme pieux (φιλόθεος) et qui a reçu la promesse que ce serait de sa postérité que se lèverait le Christ, parce que dans les psaumes aussi on chantait : À cause de David, ton serviteur, tu ne détourneras pas la face (πρόσωπον) de ton Christ ; et : Le Seigneur a juré à David la vérité, et il ne lui refusera pas (son serment), (à savoir) que c’est (un) des fruits de tes entrailles que je mettrai sur ton trône17.
Et (il y avait) beaucoup d’autres (paroles) semblables qui avaient été dites par différents prophètes, au point que, même après la mort de David, ils désignaient d’avance par son propre nom celui qui vient, celui qui est le Christ, telle qu’est la (parole) d’Ézéchiel : Et j’établirai sur eux un seul pasteur, qui les fera paître, David, mon serviteur ; il les fera paître, il leur donnera du repos et il sera leur pasteur. Et moi, le Seigneur, je serai Dieu pour eux, et mon serviteur David (sera) prince au milieu d’eux18. Tel est aussi ce qui a été dit par Jérémie par manière de prophétie : Voici, des jours viennent, dit le Seigneur, et je susciterai à David un germe19 juste ; il régnera en roi juste, il se montrera sage et il exercera le jugement et la justice sur la terre20.
Et on pouvait compter un grand nombre de (paroles) qui ressemblent à celles-là et qui sont très claires, parce que, chez les Juifs, (l’opinion) prévalait d’une manière ferme que ce serait de la postérité de David que viendrait le Christ. C’est pourquoi, l’Évangéliste (Εὐαγγελιστής) Jean aussi a écrit que ces (paroles) étaient dites et échangées par les Juifs, alors qu’ils ne croyaient pas et qu’ils étaient aveugles par rapport à la lumière de la vérité : Est-ce de la Galilée que vient le Christ ? N’est-ce pas l’Écriture qui a dit que c’est de la postérité de David et du village de Bethleem, où était David, que vient le Christ21 ? En vérité, en effet, la même promesse avait été faite aussi, avant David, à Abraham — car il lui avait été dit également : C’est dans ta postérité que seront bénies toutes les nations22 — cependant ce n’était pas d’une manière aussi claire ni par des (paroles) aussi nombreuses.
C’est donc à cause de ces (paroles) qui (étaient) plus nombreuses et qui (étaient) plus récentes que prévalait une opinion préconçue, eu égard à laquelle l’Évangéliste (Εὐαγγελιστής), s’y étant conformé dans sa pensée, commença par David, alors que, par ce qui est confessé et chanté par tout le monde, il voulait saisir l’auditeur, pour (obtenir) son approbation sans discussion, l’élever (et) le faire monter ainsi jusqu’à Abraham et, par ce qui est évident, confirmer également ce qui était ancien et était caché tranquillement n’importe comment. C’est, en effet, aux Hébreux les premiers également, à ce qu’on dit, que, dans leur langue, Matthieu a donné son Évangile (Εὐαγγέλιον), outre que, à cause de la vérité encore, non seulement ceux qui ont écrit l’Évangile (Εὐαγγέλιον), mais aussi ceux qui l’ont annoncé et prêché, avaient dessein d’élever et de faire monter jusqu’aux Livres divins ceux qui (les) entendaient et de confirmer leur parole par ce qui avait été écrit et dit d’avance par manière de prophétie au sujet du Christ.
C’est pourquoi, en effet, lorsque Matthieu eut compté les familles de toute façon (εἶδος) isolément et chaque homme isolément, en résumant encore d’une manière générale et en bloc, ainsi que dans un sommaire (κεφάλαιον), il écrivait : Depuis Abraham jusqu’à David quatorze familles, et depuis David jusqu’à l’exil de Babylone quatorze familles, et depuis l’exil de Babylone jusqu’au Christ quatorze familles23, afin que, en divisant les familles en des septaines doubles — car ce nombre 14 est une septaine double — il fit mention des paroles mêmes du prophète Daniel, qui divise les temps eux-mêmes en septaines d’années, d’une manière difficile à comprendre et comme est seul à (le) savoir celui qui a fait la révélation et a eu la vision, et qui prédit la venue du Christ et tout ce qui doit (arriver), et (afin qu')il montrât, par la parenté et la similitude des paroles, que celui qu’il annonce lui-même à ceux qui (l')entendent n’est pas un Christ autre que celui-là, (à savoir) celui que prédisaient les prophètes eux-mêmes.
« Mais, disent-ils, comment, alors que c’est de la Mère de Dieu, la Vierge, qu’est né notre Sauveur le Christ, ces Évangélistes (Εὐαγγελιστής) comptent-ils Joseph dans les familles, en oubliant plutôt (μᾶλλον) la naissance admirable et la mère qui n’est pas mariée et en montrant, même sans le vouloir, que Jésus lui-même est né du commerce charnel du mariage ? »
Cela, en effet, on peut entendre les païens le dire, lorsqu’ils se rient et se moquent du grand mystère lui-même. Pour moi, j’ai entendu également l’un de ceux dont les pensées sont pour l’imagination (φαντασία), (qui) était ivre et stupide du fait des (opinions) d’Eutychès et qui errait et vagabondait dans l’erreur, dire : « C’est pour ceci que la Vierge n’est pas comptée dans les familles, mais que Joseph (est compté), c’est pour qu’il soit montré par là que cette race (γένος) n’est propre ou ne convient nullement à notre Sauveur le Christ. On dit d’une part que c’est d’Abraham et de David qu’il descend par génération, et que d’autre part ce n’est pas (cela). Et c’est inutilement, pour parler simplement, et selon l’illusion que ceux qui ont écrit ont bavardé et divagué. »
Illusion, en effet, à ce qu’il semble, est pour eux également la vérité des Livres sacrés. Je passe sous silence les blasphèmes des partisans de Nestorius, qui d’une part s’opposent à ceux-là et rivalisent d’un zèle opposé, (et qui) d’autre part en arrivent au bavardage (στομαργία) impur des païens, parce qu’en vérité, moi-même, je les ai aussi entendus, lorsque bien des fois j’ai été aux prises avec eux, alors qu’ils étaient enragés sans retenue. Ils veulent que le Christ passe pour être né aussi de l’union de l’homme et de la femme, afin qu’ils l’amènent à l’humanité pure et simple seulement et qu’ils le montrent un homme revêtu de Dieu, et non pas Dieu qui (est) par nature, lequel pour nous s’est fait homme sans changement et selon l’économie à la fois et véritablement. Mais, en disant à ceux-là : « Portez-vous bien ! » et en rejetant leurs vains propos (ματαιολογία), lesquels (sont) inintelligibles — car l’insensé dira des choses insensées et son cœur pensera des choses vaines24, dit la parole d’un prophète — nous dirons ce qui (relève) de la vérité.
Le Livre divin a coutume de faire les généalogies (γενεαλογία), non pas par les femmes, mais par les hommes, et de les faire descendre par génération depuis les pères jusqu’aux enfants mâles, et de ne pas établir le compte des races (γένος) par les femmes et les mères ni de renvoyer aux femmes, comme si les femmes pouvaient passer pour être comptées à la première place (τάξις) dans les familles. Car c’est à la dernière place (τάξις), à la suite et en compagnie parfois, que, elles aussi, elles sont comptées dans les familles en même temps que les hommes ; par exemple, lorsque Moïse et Aaron étaient comptés dans les familles, Marie, leur sœur, a été aussi comptée en même temps qu’eux. C’est donc pour suivre l’usage du Livre que l’Évangéliste (Εὐαγγελιστής) a fait descendre jusqu’à Joseph, et non pas jusqu’à la Vierge, le récit de la génération de la race (γένος).
« Et, diras-tu, comment la généalogie (γενεαλογία) se trouvera-t-elle alors convenir au Christ, qui n’a pas existé par Joseph ? Car, ou bien tu accorderas en conséquence qu’il est fils de Joseph ; ou bien, si cela n’est pas, il sera de toute nécessité étranger à cette généalogie (γενεαλογία). » Mais le raisonnement est évident pour ceux qui sont versés et savants dans les Écritures inspirées par Dieu.
Il y avait, en effet, un commandement de la Loi, qui a été donné par Moïse et se trouvait dans le livre des Nombres, lequel ordonnait qu’il ne serait pas permis à quelqu’un, lorsqu’il est d’une autre tribu, d’épouser une femme en vue du mariage d’une autre tribu, mais de toute nécessité de la même (tribu), afin que l’héritage de la terre, qui était échu à chaque tribu, ne passât pas aussi à une autre tribu à l’occasion des mariages. Les paroles du commandement divin ont (leur teneur) ainsi : Les enfants d’Israël s’attacheront chacun à l’héritage de la tribu de son père. Et toute fille qui exerce, comme proche parente, un droit sur un héritage dans les tribus des enfants d’Israël sera la femme de l’un de ceux qui (font partie) des familles (de la tribu) de son père, afin que les enfants d’Israël exercent, comme proches parents, un droit chacun sur son héritage paternel et que l’héritage ne retourne pas d’une tribu à une autre tribu. Mais les tribus des enfants d’Israël s’attacheront à leur héritage, chacun dans sa tribu 25.
C’est à cause de cette loi (νόμος) que Joseph également, alors qu’il était un observateur des commandements de Dieu — car c’est cela qu’a indiqué aussi l’Évangéliste (Εὐαγγελιστής), lorsqu’il a dit : C’était un homme juste26 — et qu’il descendait par génération de la tribu de Juda et de la maison et de la famille de David27, ainsi qu’il est écrit, a épousé la Vierge de la même tribu et de la même race (ὁμογένεια), en sorte qu’en vérité sa propre généalogie (γενεαλογία) fût la généalogie (γενεαλογία) de Marie, de qui sans semence est né le Christ, qu’ainsi fût gardé aussi l’usage du Livre, qui ne compte pas les femmes par écrit, et que par là la vérité ne fût blessée en rien. (Et) que la Vierge elle-même fût de la même famille et de la même race (ὁμογένεια) que Joseph, (cela) a été clairement montré, surtout d’une part par ce qui a été dit ; et c’est aussi en propres termes d’autre part que le Livre sacré dit cette même chose. Luc, en effet, a écrit : Gabriel fut envoyé de la part de Dieu auprès d’une Vierge fiancée à un homme, dont le nom (était) Joseph, de la maison de David28. C’est pourquoi, aussi l’ange, qui annonçait, disait : Et tu enfanteras un fils, et tu appelleras son nom Jésus. Celui-là sera grand et sera appelé le Fils du Très-Haut. Et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père29. Et encore : (Et) Joseph aussi monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, dans la ville de David, qui en vérité s’appelle Bethléem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David, afin qu’il fût inscrit avec Marie, la femme qui lui était fiancée, laquelle était enceinte30. Et il n’a pas dit : « Il monta avec Marie », afin qu’il ne semblât pas que ce fût à cause du même domicile qu’elle était montée avec lui ; mais il a dit : Afin qu’il fût inscrit avec Marie31. (Et) il ne serait pas (l’objet) d’une seule et même inscription, s’il n’était pas aussi et d’une même égalité de race (ὁμογένεια) et (d’une même) maison et (d’une même) ville. (Et) le Livre a coutume d’appeler « famille » l’égalité de race (ὁμογένεια). Chaque tribu aussi, en effet, était encore divisée en familles et en égalités de races (ὁμογένεια), comme il est connu par le livre des Nombres. Car il est écrit en ces termes : Et ce furent les enfants de Ruben, premier-né d’Israël, selon leurs égalités de races, selon leurs familles, selon les maisons de leurs pères, selon le nombre de leurs noms, selon leurs tribus32. Et Josué, fils de Noun, a aussi écrit en ces termes : Tous, vous vous réunirez le matin selon vos tribus ; et voici, la tribu qui sera montrée par le Seigneur, on la présentera par familles ; et la famille que montrera le Seigneur, on la présentera par maisons ; et la maison que montrera le Seigneur, on la présentera par hommes33.
Mais quelqu’un dira : « Ceci même me trouble, (à savoir) que j’entends : L’homme de Marie34, et encore : Marie, ta femme35. Car ces noms indiquent le mariage et l’union charnelle. » Mais ici encore nous apporterons pour réponse le Livre divin, qui a coutume d’appeler « homme » le fiancé et de la même manière « femme » la fiancée. Ceci, en effet, est écrit dans le Deuteronome (Δευτερονόμιον) : Et, s’il y a une jeune fille vierge qui est fiancée à un homme et qu’un homme qui l’a trouvée dans une ville couche avec elle, fais-les sortir tous les deux près de la porte de cette ville ; et qu’ils soient lapidés tous les deux et qu’ils meurent, cette jeune fille, parce qu’elle n’a pas crié dans la ville, et cet homme, parce qu’il a humilié la femme de son prochain36. Vois comment il a dit que cette jeune fille vierge est fiancée, non pas à un fiancé, mais à un homme, et (comment) il a ordonné que celui qui l’a déshonorée soit lapidé, parce qu’il a humilié, dit-il, la femme de son prochain ? Et (cela), bien qu’elle ne fût pas venue en même temps que lui jusqu’au mariage — car elle était fiancée — mais c’est l’habitude d’appeler « femme » la fiancée et « homme » le fiancé.
Cependant ce n’est pas en dehors du Saint-Esprit que l’Évangéliste (Εὐαγγελιστής) a nommé ici et Joseph « homme » et aussi Marie « sa femme » ; et (cela), bien qu’il dise les noms qui sont habituels au Livre et bien qu’il traite des faits eux-mêmes intentionnellement. Ceci même, en effet, était disposé par celui qui s’est fait homme pour notre salut, (à savoir) que le caractère admirable de (sa) naissance fût caché. C’est pourquoi, ce n’est pas non plus immédiatement après le début des fiançailles qu’avait lieu la conception qui (vient) du Saint-Esprit — et sinon, c’était de toute nécessité que le fait serait évident et connu — mais c’est ensuite au temps même du lit nuptial. C’est pourquoi, en effet, il a dit : Avant qu’ils se fussent unis charnellement, elle se trouva enceinte du Saint-Esprit37 ; comme s’il disait : « Peu s’en serait-il fallu qu’ils ne se fussent même unis charnellement, si le miracle n’avait pas devancé le commerce charnel. » Et de la sorte Joseph devenait, non pas un époux, mais le ministre de l’économie et des mystères ineffables, et il entendait : Ne crains pas de prendre Marie (comme) ta femme ; car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit38 ; en sorte que, lorsqu’une grande partie du temps de la gestation se fut passée chez lui, ce qui naîtrait passât pour être (le fait) de l’union charnelle, et non pas du Saint-Esprit. C’est pourquoi, elle aussi, elle a été nommée sa femme et, lui aussi, (il a été nommé) son homme. Et sinon, il n’a pas été avec elle sous le rapport de l’union du mariage. Car comment oserait-il cela après la conception divine ? Je ne dis pas : Lorsqu’il était juste39 ; mais, fût-il même quelqu’un de très impie et de (très) inique, (je dis) : Lorsqu’il était arrêté et troublé à cause d’une (grande) frayeur et d’une grande crainte, pour imaginer seulement (cela), bien loin en vérité aussi de le faire. Luc en a témoigné, (lui) qui a écrit clairement : Avec Marie, qui lui est fiancée, laquelle est enceinte40. Et comment celle qui est enceinte était-elle fiancée ? Parce que ce n’est pas de lui qu'(est) la conception, mais du Saint-Esprit. (Et) le même Évangéliste (Εὐαγγελιστής) encore a écrit : Et Jésus était comme celui qui commençait la trentième année, et il était, à ce qu’il paraissait, fils de Joseph41.
Mais, cependant, il y avait un besoin à ce que cela même parût (ainsi). Car si, dès le commencement, les Juifs, qui étaient des meurtriers à l’égard de tout sang religieux (εὐσεβής), avaient connu la virginité et la conception qui (est) du Saint-Esprit, de toute nécessité ils auraient tué la Vierge elle-même et ils auraient fait beaucoup de maux. Et de cela il existe un exemple présent, parce que c’est par les miracles que, comme ceux qui combattaient contre Dieu (θεομάχος), ils étaient particulièrement poussés et excités au meurtre impur (μιαιφονία). Ils imaginaient, en effet, de tuer Lazare, parce qu’en vérité ils avaient vu avec étonnement qu’il était ressuscité des morts par Jésus. Et cela, Jean le Théologien le dit en ces termes : (Et) les princes des prêtres eux-mêmes imaginèrent de tuer aussi Lazare lui-même, parce que beaucoup parmi les Juifs s’en allaient à cause de lui et croyaient en Jésus lui-même42.
Et nous trouvons que la Mère de Dieu elle-même, la Vierge, était disposée dans son esprit et en usait (ainsi) sous le rapport de l’économie ; et cela, bien qu’elle sût plus que tous les hommes, autant qu’il est possible, le grand mystère qui s’était accompli en elle. Et elle disait à Jésus, alors qu’il était tout jeune selon la chair : Mon fils, pourquoi as-tu agi avec nous de la sorte ? Voici, ton père et moi, alors que nous étions dans l’angoisse, nous te cherchions43.
Ne sois donc pas étonné, en entendant : Joseph, l’homme de la Vierge, après que tu as appris la profondeur de l’économie. Car il y avait un but, à ce que la virginité et le caractère admirable de la naissance fussent cachés, non seulement aux Juifs, mais encore au Calomniateur, leur père, qui d’une part est jaloux de notre salut et qui d’autre part a ignoré la réalité de ces (faits) et que c’étaient les semences de salut de tout le monde. Ignace revêtu de Dieu, lorqu’il envoyait (une lettre) aux Éphésiens, écrivait également cela, en ces termes : « La virginité de Marie a été cachée au prince (ἄρχων) de ce monde, et son enfantement également, et de la même manière la mort du Seigneur aussi ; (ce sont) trois mystères éclatants44, qui en vérité se sont opérés dans le silence de Dieu45. »
Avez-vous considéré, en entendant ces (paroles), comment j’ai été enlacé par les prises de mains des adversaires, lesquelles passaient pour être inévitables ? Est-ce qu’on peut voir quelque chose de semblable en ce qui concerne la poussière( ?) des jeux Olympiques46 ? Est-ce que j’ai eu peur de me mêler avec ceux qui engagent la lutte ? Est-ce que, lorsqu’une fois j’ai placé (mes) mains en face de (leurs) mains, j’ai lancé un coup de pied contre le combattant adverse en dehors de la loi (νόμος) de l’athlétisme ? Est-ce que, lorsque j’engageais la lutte, j’ai tenté de venir en dehors des poteaux placés en cercle ? Est-ce qu’une sophistique extérieure de lutteurs forcés et suppliants m’a atteint et a-t-elle brisé et anéanti les assauts des luttes des objections ? Est-ce qu’il s’est levé de là quelque agitation ou poussière ( ?) ou trouble ? N’ai-je pas reçu tout cela tranquillement et paisiblement et n’y ai-je pas apporté des solutions selon la Loi et à l’aide des Livres de l’Esprit ?
Les exercices de ce genre aussi, en effet, sont vraiment une lutte, qui présente d’une part des énigmes et des objections (ἀντίστασις) de la part des païens, de la part des Juifs et de la part des hérétiques (αἱρετικοί) — lorsque le Calomniateur et les démons produisent en ceux-là mêmes le fiel et la persuasion de la controverse — (et) qui comporte d’autre part une solution, non pas par suite d’une habileté, mais par suite d’une opération qui (vient) d’en haut et d’un don et par suite de la richesse de la vérité simple, laquelle, à cause de l’abondance des preuves, n’a pas besoin de ruse et de variété.
À ce sujet aussi Paul dira : Nous n’avons pas de lutte contre le sang et la chair, mais contre les principautés, contre les puissances, contre les princes du monde de ténèbres de ce siècle, contre les esprits méchants47. Le Christ voit ce combat (ἀγών), (ainsi que) les anges, les archanges, toutes les armées des cieux et les esprits des justes et de ceux qui se sont conduits saintement. Tous d’une part regardent en haut et vers le haut, (et) pas un seul d’autre part ne (regarde) vers la terre, ni l’auteur du combat (ἀγών), ni ceux qui voient le combat (ἀγών), ni celui qui le livre.
En effet, dans cette lutte sensible d’une part de ceux qui s’exercent selon le corps, même l’huile dont nous voyons s’oindre ceux qui combattent a ses raisons (d’être) dans l’olivier et dans la terre ; c’est pourquoi ceux qui engagent la lutte se frottent les uns les autres aussi avec de la poussière, afin que les prises de leurs mains ne fassent pas défaut. En ce qui concerne le combat intellectuel et le nôtre d’autre part, l’onction est spirituelle et céleste, je veux parler de celle de l’adoption, par laquelle nous rejetons loin de nous tout ce qui est terrestre, sans laisser le Calomniateur lui-même nous frotter avec cela, alors que nous connaissons ses pensées mêmes, et en conservant la même onction brillante, resplendissante et étincelante, alors qu’elle aveugle ses yeux et (ceux) des démons. Si nous recevions la moindre chose de la terre, c’est plein de confiance qu’il se jetterait et fondrait sur nous, nous vaincrait nécessairement et nous précipiterait dans une chute qui serait plus malheureuse que tout.
De là (il suit) que Jean aussi écrivait : L’onction que vous avez reçue de lui demeurera en vous, et vous n’avez pas besoin que quelqu’un vous instruise ; mais c’est comme si son onction vous instruisait au sujet de toute chose48.
Venez donc à mon arène49, et méprisez celle qui est attendue avec rage, celle de Daphné. Soyez-moi amateurs de spectacles des luttes spirituelles, et je vous préparerai encore d’autres énigmes difficiles à résoudre des adversaires. C’est avec abondance et avec magnanimité (μεγαλοψυχία) que je vous préparerai un théâtre (θέατρον), comme celui qui lutte pour la couronne et pour la proclamation, et je montrerai de quelle manière il vous faut aussi combattre, afin que, selon la parole de Paul, la paix du Christ intervienne50, que celui par qui nous avons aussi été appelés (nous) mène et prononce dans nos cœurs la décision au sujet de la couronne de la victoire, et que nous obtenions le royaume des cieux par la grâce et la charité (φιλανθρωπία) de Notre-Seigneur, notre Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ, avec qui la gloire sied au Père avec le Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il !
