Une homélie inédite de Théophile d’Alexandrie
Homélie catéchétique sur le jugement particulier, conservée en syriaque
- 01 — Notice de l’éditeur
- 02 — Homélie catéchétique de saint Théophile, évêque d’Alexandrie

Une homélie inédite de Théophile d’Alexandrie
Homélie catéchétique sur le jugement particulier, conservée en syriaque
Saint Théophile d’Alexandrie · 31 août 2026 · 4 min de lecture · 1 vue
Notice de l’éditeur§
Le manuscrit syriaque du Vatican, inscrit au catalogue sous le n° 142, renferme les Homélies LXXIII-C de Sévère, patriarche d’Antioche, d’après la version de Paul de Callinice. Il contient aussi, après le colophon et l’acte de vente, une homélie de Théophile, évêque d’Alexandrie (385-417).
Le texte syriaque de cette homélie a été édité d’après le manuscrit du Vatican ; mais, comme plusieurs mots étaient illisibles, nous avons demandé à M. E.-W. Brooks de collationner le texte sur l’un des manuscrits du British Museum. M. Brooks a choisi le plus ancien d’entre eux, le ms. Add. 14612, que Wright attribue au VIᵉ ou VIIᵉ siècle, et nous le remercions vivement pour l’empressement qu’il a mis à nous rendre ce service.
D’après Mgr Batiffol, Littérature grecque, 2ᵉ édition, p. 312, nous n’avons de Théophile d’Alexandrie que « des fragments épistolaires, notamment de lettres pascales, et quelques rescrits de droit canonique », qui se trouvent dans Patrologie grecque, t. LXV, p. 33. Budge a signalé une traduction copte d’une homélie du même auteur sur la pénitence. Nous donnons ci-dessous la traduction française d’une autre homélie, sur le jugement particulier. Il n’en reste pas moins vrai que l’œuvre de Théophile d’Alexandrie n’occupe pas une place considérable dans la littérature ecclésiastique.
Maurice Brière.
Homélie catéchétique de saint Théophile, évêque d’Alexandrie§
Vous n’ignorez pas, mes frères, quelle crainte, quelle frayeur et quelle nécessité (ἀνάγκη) s’offrent à nos yeux, au moment où l’âme est séparée du corps. En effet, les armées et les milices ennemies, ainsi que les princes des ténèbres qui gouvernent le monde mauvais : autorités, dominations et esprits du mal1, se réunissent près de nous et ils retiennent dans une sorte de frayeur l’âme, que conduisent tous les péchés qu’elle a commis sciemment et inconsciemment depuis son enfance jusqu’à l’âge où elle a été prise. Toutes ses actions donc se dressent pour l’accuser. Et concevez-vous dès lors dans quel tremblement l’âme se trouve à cette heure, jusqu’à ce que vienne la sentence et que sonne sa délivrance ? C’est pour elle l’heure de l’angoisse, jusqu’à ce qu’elle voie ce qui va lui arriver.
De leur côté, les armées de Dieu se tiennent en face (πρόσωπον) de ces ennemis, et les bonnes actions aussi sont là près de l’âme. Et, elle qui se trouve entre ces deux camps, elle se demande quelle crainte et quel effroi il va y avoir, jusqu’à ce que son jugement reçoive une sentence du juste juge.
Si elle le mérite, ces princes la prennent et l’entraînent, et désormais elle demeure sans inquiétude, selon qu’il est écrit : En toi se réjouiront tous tes habitants2. C’est alors que s’accomplit ce qui est écrit : Les douleurs, les peines et les gémissements ont fui3. En cet instant, aussitôt après sa délivrance, elle part pour jouir de la joie au-dessus de toute louange et de toute parole, qu’elle a acquise.
Mais, si elle se lève dans la négligence, elle entend la parole très douloureuse : Que l’impie soit enlevé, afin qu’il ne voie point la gloire du Seigneur4. C’est alors qu’elle est atteinte par le jour de la colère, le jour de l’angoisse et de la nécessité (ἀνάγκη), le jour des ténèbres et de l’obscurité. Car elle est livrée aux ténèbres extérieures et au feu éternel, et elle est condamnée à être jugée dans le siècle sans fin. À ce moment-là, où est la vanité du siècle ? Où la vaine gloire ? Où le plaisir ? Où l’attrait des divertissements ? Où l’imagination (φαντασία) des plaisirs ? Où l’orgueil ? Où l’abondance des biens ? Où la famille (γένος) ? Où le père, la mère et les frères ? Parmi tout cela, qui peut l’arracher au feu ardent et aux tourments cruels qui la retiennent ?
Et, s’il en est ainsi, comme nous devons être dans une sainte manière de vivre et comme nous devons nous conduire heureusement dans la crainte de Dieu ! Quelle charité nous devons posséder ! Quelle vie, quelle conduite, quelle carrière, quel modèle accompli et quelle vigilance nous devons présenter ! Aussi, si nous désirons posséder de tels biens, mettons tous nos soins à paraître sans blessure et sans tache à la fin de notre vie, et à être dignes d’entendre la parole de celui qui a dit : Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde5. Qu’il en soit ainsi par la grâce et la miséricorde de Dieu, à qui sied la louange dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il !
