Une homélie inédite d’Atticus sur la nativité du Christ selon la chair
Homélie du patriarche de Constantinople (406-425), conservée en syriaque
- 01 — Préliminaires de l’éditeur
- 02 — Homélie de saint Atticus, évêque de Constantinople (fol. 80 v° b) Sur la sainte Mère de Dieu[^8]
- 03 — Note sur l’édition de l’homélie

Une homélie inédite d’Atticus sur la nativité du Christ selon la chair
Homélie du patriarche de Constantinople (406-425), conservée en syriaque
Saint Atticus de Constantinople · 31 août 2026 · 31 min de lecture · 1 vue
Dans l’article que le Dictionnaire d’Histoire et de Géographie ecclésiastiques, t. V, col. 161-166, consacre à Atticus, patriarche de Constantinople de 406 à 425, le R. P. M.-Th. Disdier a utilisé les renseignements que les sources byzantines nous fournissent sur ce personnage. À titre complémentaire, nous reproduisons ci-dessous les passages relatifs à Atticus que nous avons rencontrés dans les auteurs syriaques et arabes.
1° La première partie de l'Histoire de Barhadbešabba 'Arbaïa. Texte syriaque édité et traduit par F. Nau, Patrologia orientalis, t. XXIII, p. 332.
« Lorsqu’Atticus, homme pur et charitable, devint évêque à Constantinople, il commanda de nommer Jean dans toutes les fêtes et de le compter parmi les Pères chaque année. Comme Cyrille ne consentit pas à cela, parce qu’il possédait la manière de voir de son oncle Théophile, il fut pressé par Atticus, au point qu’il dut l’inscrire même comme docteur de toute l’Église et le nommer martyr du Christ. »
2° La seconde partie de l'Histoire de Barhadbešabba 'Arbaïa. Texte syriaque édité et traduit par F. Nau, Patrologia orientalis, t. IX.
P. 518 : « Lorsque Jean (Chrysostome) fut retourné près de son Maître et Arsacius après lui, lorsque le pieux Atticus fut mort et que Sisinnios lui eut succédé, celui-ci ne termina pas deux ans, comme on le raconte, et il fallut donc choisir un évêque. »
P. 575 : « (D’une lettre du concile d’Orient à Proclus)… Et chez le trois fois bienheureux Atticus, ton père… nous avons trouvé (des passages) qui concordent avec ces extraits. »
4° L’Histoire nestorienne (Chronique de Séert), Première partie (II), publiée par Mgr Addaï Scher, archevêque chaldéen de Séert (Kurdistan), traduite par M. l’abbé Pierre Dib. Patrologia orientalis, t. V, p. 324.
« Après Jean (Youanis), le siège de Constantinople fut occupé par Arsace, frère de Nectaire (Saqis), qui n’y passa que quatorze mois et mourut. Atticus qui était bien orthodoxe lui succéda. Il rétablit le nom de Jean (Youanis) dans les diptyques des Pères. Cyrille condamna cet acte, écrivit à Atticus pour le blâmer et lui demander de rayer des diptyques le nom de Chrysostome. Atticus s’y refusa. Avant sa mort, Atticus envoya à Cléophas (lire : Calliope), prêtre de Nicée, 300 pièces de monnaie d’or pour être distribuées aux pauvres. Puis il mourut le dix octobre après un pontificat de vingt et un ans. »
5° Kitab al-'Unvan. Histoire universelle écrite par Agapius (Mahboub) de Menbidj, éditée et traduite en français par Alexandre Vasiliev. Seconde partie (II). Patrologia orientalis, t. VIII, p. 105.
« Arsacius, frère de Nectaire, succéda à Jean, pendant quatorze mois ; après celui-ci, vint Atticus, originaire de Sébaste en Arménie. »
6° La Chronique de Michel le Syrien, patriarche jacobite d’Antioche (1166-1199), éditée pour la première fois et traduite en français par J.-B. Chabot, t. II.
P. 8 : « Peu de temps après, Arsacius mourut aussi et on établit à sa place Atticus, homme vertueux. »
P. 9 : « Du temps d’Honorius, il y avait à Synnada, ville des Phrygiens, un évêque nommé Theodosius. Il avait chassé les partisans de Macedonius, non par zèle pour la religion, mais par avarice. Il persécuta leur évêque Agapitus, et se rendit à Constantinople afin de ramener contre eux une armée, pour les dépouiller. Alors Agapitus convoqua ses partisans et leur persuada d’adopter la foi du » consubstantiel ». Il se rendit à l’église, prit place sur le trône de Theodosius et fit l’union dans le diocèse. Quand Theodosius revint avec l’armée, tout le peuple le chassa. Il retourna trouver Atticus pour obtenir du secours contre Agapitus. Atticus était un évêque ami de la paix, il lui enseigna à préférer ce qui était avantageux pour beaucoup à ce qui l’était pour lui-même. Il écrivit à Agapitus : « de garder l’épiscopat avec confiance et sans crainte1. »
P. 11 : « Le 7ᵉ (évêque) de Constantinople fut Atticus. »
P. 12-13 : « (Alexandros, évêque d’Antioche), écrivit le nom de Jean dans les diptyques, comme avait fait à Constantinople Atticus, qui, voyant que l’église était divisée, avait fait mémoire de Jean, et beaucoup de ceux qui étaient séparés se convertirent.
Atticus prenait soin des pauvres non seulement de sa ville, mais encore d’autres villes. Il écrivit ceci : « Atticus à Calliopius : salut en Notre-Seigneur. — J’ai appris qu’il y a des myriades de pauvres dans la ville, qui ont faim et ont besoin des aumônes des fidèles. J’ai dit des myriades, à cause de leur multitude, que je ne définis pas exactement. Puisque j’ai reçu de Celui qui donne à pleines mains aux bons dispensateurs et qu’il y a des gens (pauvres) pour éprouver ceux qui possèdent et ne donnent point ; pour toi, très cher, prends ces 300 dinars et distribue-les où il convient. Je désire que tu donnes à ceux qui ont honte de demander l’aumône, et non à ceux pour qui, pendant toute leur vie, l’avidité est un négoce. Ne considère pas, en ce qui concerne cette aumône, s’ils sont d’une autre religion. Il faut te préoccuper uniquement de nourrir les affamés et non de rechercher s’ils appartiennent ou non à notre religion. »
« Après Atticus fut établi Sisinnius, qui prenait soin des pauvres. »
P. 12-13 : « En ce temps-là, un Juif vint trouver un évêque, fut baptisé et reçut de l’or ; et étant venu vers Paulus, (évêque) des Novatiens, pour qu’il le baptisât, celui-ci le rangea parmi les « auditeurs » durant deux mois ; en même temps il jeûnait. Ensuite ils remplirent d’eau les fonts sacrés ; mais ils furent trouvés vides. On crut que l’eau s’était écoulée. Ils les remplirent une seconde fois ; et aussitôt ils furent à sec. L’évêque dit : « Ou tu agis en perfide, ou tu es trompé, ou tu as déjà été baptisé. » Lorsqu’on l’examina, on trouva qu’il avait été baptisé peu de temps auparavant par les mains d’Atticus.
P. 23 : « Le vertueux Silvanus, qu’Atticus avait ordonné pour l’église de Philippopolis, l’abandonna au bout de trois ans, à cause du froid, parce qu’il était d’une faible constitution, et il se fixa à Constantinople. L’humilité de cet évêque était si grande qu’il circulait en sandales par la ville. Quand l’évêque de Troie mourut, Atticus lui dit : « Maintenant tu n’as plus de motif de fuir la charge d’une église. A Troie, il ne fait pas froid. » Quand il y alla, des hommes se disposaient à mettre une barque à la mer et ils ne le pouvaient, parce qu’elle était retenue par l’opération du démon ; il pria, puis, avec quelques clercs peu nombreux, il la prit et elle entra promptement dans la mer. Chacun loua Dieu. »
6°. Chronica minora, pars secunda. Interpretatus est I.-B. Chabot. Corpus scriptorum christianorum orientalium. Scriptores Syri. Versio. Series tertia, tomus IV.
P. 107 : « Huius (Nestorii) loco (synodus CCXX episcoporum) instituit Atticum ; et post eum fuit Sisinus2. »
P. 139 : « Postquam stetit (Arsacius) annum unum, fuit pro eo (XIᵘˢ) Atticus. »
P. 160 : « Eo tempore mortuus est etiam Atticus Constantinopolis, postquam rexit annos 20; et fuit pro eo (XIIᵘˢ) Sisinnius, annos 2, cui successit (XIIIᵘˢ) Nestorius haereticus, qui et ipse Antiochiae educatus fuerat. »
7°. Eliae, metropolitae Nisibeni, opus chronologicum, pars prior. Interpretatus est E. W. Brooks. Corpus scriptorum christianorum orientalium. Scriptores Syri. Versio. Series tertia, tomus VII.
P. 53 : « Annus 717. — Historia Ecclesiastica Socratis.
« Eo Arsacius patriarcha Constantinopolis mortuus est die 11° tesrin II ; et post 4 menses Atticus in loco eius institutus est. »
Historia Ecclesiastica Socratis.
p. 51 : « Anno 738. Eo obiit Atticus patriarcha Constantinopolis die 10° tesrin I et die 27° sebat institutus est pro eo Sisinnius. »
Si de la vie d’Atticus nous passons à son œuvre littéraire, nous pouvons ajouter quelques nouvelles données à l’énumération des fragments des œuvres du patriarche de Constantinople, qui se trouve à la fin de l’article du R. P. Disdier.
1° Sévère d’Antioche, qui fut patriarche de 512 à 518, cite une fois Atticus de Constantinople parmi les 158 témoignages patristiques qui se trouvent dans la Critique du Tome de Julien d’Halicarnasse. Cette Critique, conservée dans une traduction syriaque, a été utilisée par M. R. Draguet dans Julien d’Halicarnasse et sa controverse avec Sévère d’Antioche sur l’incorruptibilité du corps du Christ. Voir p. 77.
2° Philoxène, évêque de Mabboug de 485 à 519, dont la mort est postérieure à 522, fait également suivre son traité Que l’un de la Trinité s’est incarné et a souffert d’un florilège de textes empruntés aux Pères de l’Église, et il cite trois fois Atticus de Constantinople. Voici ces trois passages tirés du manuscrit Add. 12 164 du British Museum, qui est du VIᵉ siècle :
(Fol. 134 r° a)
ܕܐܦܝܣܩܘܦܐ ܐܛܝܩܘܣ. ܕܡܢ ܐܓܪܬܐ ܕܠܘܬ ܐܘܟܣܢܝܘܣ ܩܫܝܫܐ.
De l’évêque Atticus. De la lettre au prêtre Euxenius3.
Et quelle est la cause de la venue de Dieu selon la chair, si ce n’est le péché qu’a commis notre nature ? Car qu’est-ce qu’a fait Dieu le Verbe qui est venu chez nous selon la chair ? (Fol. 125 v° b)
« D’Atticus, évêque de Constantinople. Le prophète (vient) de la stérile et Dieu (vient) de la Vierge. (Ce sont) deux prodiges porte à porte. L’une, comme un temple, conçoit le prophète ; l’autre, comme les cieux, reçoit Dieu. (Il en est) ainsi, et comme le sait lui-même celui qui a habité. »
« Du même. Et le prophète, par sa mère, nomme son « Seigneur » celui qui était caché dans les entrailles de la Vierge. Et la stérile appelle « Dieu » celui qui était dans le sein de la Vierge. »
3° Barhebraeus (1226-1286) cite aussi Atticus dans une lettre rédigée en vers de sept syllabes et adressée au catholicos des Nestoriens, Mar Denha Ier, mort en 1281. Voir Une lettre de Bar Hébréus au Catholicos Denha Ier, par M. J.-B. Chabot, dans le Journal asiatique, janvier-février 1898, pp. 75-126.
« Le véridique Atticus4, patriarche accompli, qui, dans ses écrits sur la Mère de Dieu Notre-Dame, n’admet sous sa plume ni tache ni poussière, (dit) : La Vierge Marie nous a enfanté le Verbe mystérieux et sublime ; je l’appellerai la mère de la Vie, je la proclamerai la mère de la lumière. Une vierge vêtue d’espérance et de joie a enfanté Dieu. »
4° Enfin, il existe dans une version syriaque une homélie d’Atticus « sur la sainte Mère de Dieu », qui est conservée dans le manuscrit Add. 14 516 du British Museum (fol. 80 v° a au fol. 81 v° a). Ce manuscrit, dont l’écriture date du IXᵉ siècle et est parfois effacée, constitue un recueil d’homélies pour les principales fêtes de toute l’année5. Nous donnons ci-dessous le texte syriaque et la traduction française de cette homélie, qui sera l’un des principaux apports à l’œuvre littéraire du patriarche de Constantinople, Atticus, dont Socrate disait que « ses discours ne sont pas de ceux qu’on applaudit, comme il était de mode alors, ou de ceux qu’on éprouve le besoin de transcrire. »
(fol. 80 v° b)
