Une homélie de Théophile d’Alexandrie en l’honneur de saint Pierre et de saint Paul
Traduite de l’arabe par H. Fleisch, d’après le manuscrit unique de Paris
- 01 — Notice
- 02 — Traduction

Une homélie de Théophile d’Alexandrie en l’honneur de saint Pierre et de saint Paul
Traduite de l’arabe par H. Fleisch, d’après le manuscrit unique de Paris
Saint Théophile d’Alexandrie · 31 août 2026 · 35 min de lecture · 2 vues
Notice§
Homélie attribuée à Théophile, patriarche d’Alexandrie, en l’honneur de saint Pierre et de saint Paul. Le texte arabe, conservé par un manuscrit unique du fonds arabe de la Bibliothèque nationale de Paris (n° 4771, copie de la collection Amélineau), a été publié pour la première fois et traduit en français par H. Fleisch (Université Saint-Joseph, Beyrouth), dans la Revue de l’Orient chrétien. Seule la matière française est reprise ici : le texte arabe de l’édition et l’apparat philologique de l’éditeur, consacré à la graphie et à la langue du manuscrit, ne sont pas reproduits. L’éditeur observe que la pièce ne peut guère revenir à Théophile lui-même : l’annonce du naufrage de la foi au siège de Rome et de la venue d’« une nation forte » en Égypte suppose une rédaction bien postérieure, et le récit place à tort saint Athanase à Rome sous le pape Libère. Les mots entre crochets ont été ajoutés par le traducteur pour la clarté de la phrase.
Traduction§
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit le Dieu Unique.
Homélie que prononça le Père honoré de toute manière, notre Père Amba Théophile, patriarche de la grande ville d’Alexandrie, au sujet des deux astres brillants Pierre et Paul, sur la pénitence et aussi au sujet de Amba Athanase, revêtu de l’Esprit ; que sa bénédiction et ses prières soient avec nous. Amen.
Venez, ô peuple qui aimez le Christ, fils du Baptême unificateur, pur, apostolique, réunis avec moi aujourd’hui en la grande fête des deux grands astres brillants Pierre et Paul, grands parmi les Apôtres et l’honneur de l’Église. Qui mérite croyance et, quand bien même son esprit serait pur comme la lumière, [qui] peut décrire la lumière qui vient de l’honneur de ces deux grands, loués pour [leur] splendeur et [leur] beauté, ces deux grands parmi les Apôtres, l’honneur de l’Église du Christ ? Par leur prédication pure ont été sauvés tous les Baptisés.
Pierre est le rocher ferme, l’intendant du royaume des cieux ; quiconque veut entrer, il le fait entrer et celui qui veut sortir, il le fait sortir. O Pierre, toi, le Christ t’a donné la puissance de délier et de lier ; tu juges les pécheurs, comme vous a dit Notre-Seigneur Jésus-Christ [à vous] et à tes amis les Apôtres : Ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. Qui est celui qui te ressemble, ô Pierre, fondement de l’Église ? Quel est celui à qui Dieu a donné l’honneur comme à toi, ô familier du Fils de Dieu, ô toi qui manges et bois avec lui à une même table, comme il vous l’a promis en disant : Vous mangerez et boirez à ma table dans mon royaume. Il vous a dit aussi : Vous vous assiérez sur douze trônes et vous jugerez les douze tribus d’Israël.
O honneur qu’aucun honneur n’égale dans le ciel et sur la terre ! Qui jamais, parmi les enfants des femmes, ont été ceux que Dieu a fait ses amis et frères, héritiers de la vie éternelle ? Les Anges se tiennent debout ; quant aux disciples, ils sont assis et jugent le monde.
Viens à nous, au milieu de ce jour, ô Docteur Paul, que Dieu a rempli d’intelligence et de jugement, comme Moïse, chef des Prophètes. Car ce Dieu Unique est [le même] dans l’ancien [temps] et dans le nouveau ; de même qu’il a dit : Tu m’as satisfait, il a dit aussi de Paul : Celui-ci est un vase choisi. Car Moïse a été envoyé au peuple d’Israël et Paul aussi a annoncé parmi toutes les nations. Dieu a donné la circoncision aux fils d’Israël par l’entremise de Moïse afin qu’ils circoncisent tout enfant mâle, d’après la purification de la Loi, le huitième jour, ainsi qu’il est écrit dans le Saint Évangile : Huit jours après, ils vinrent pour circoncire l’Enfant Jésus. À la place de la circoncision, il nous a donné le baptême pour le pardon des péchés, car Jésus fut baptisé dans le fleuve du Jourdain et purifia les eaux. Elles devinrent ainsi un don pour le pardon des péchés de toutes les nations, car l’Apôtre a dit : Vous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ, car il n’y a plus de Juif ou de Gentil, d’esclave ou d’homme libre, d’homme ou de femme, car tous sont un dans le Christ Jésus. Car le baptême est riche [en fruits] et une seconde naissance pour la rémission des péchés. Sans le baptême, personne ne peut entrer dans le royaume de Dieu, selon la parole de Dieu, quand il dit à Nicodème : Si l’homme ne naît de l’eau et de l’Esprit, il n’entrera pas dans le royaume de Dieu. Car Dieu a promis au peuple d’Israël la terre de promesse. Il les y fit parvenir. Ensuite il promit aux Chrétiens le royaume des Cieux et ses biens stables, éternels. Au peuple d’Israël, il fit pleuvoir la manne dans le désert ; il leur donna un pain du ciel ; il fit sortir l’eau du dur rocher et les nourrit dans le désert quarante ans, sans travail de leurs mains, et après tous ces bienfaits qu’il accomplit à leur égard, ils firent un veau et l’adorèrent comme un dieu. Ils mangeaient de Ses biens et adoraient l’œuvre de leurs mains. Voyez, mes bien-aimés, la sottise de ce peuple insensé : de Ses biens, ils mangeaient la manne et les cailles et ils demandaient les oignons, les poireaux et l’ail. Ils irritaient Dieu par leurs pensées et leurs œuvres mauvaises. Il leur promit le don de la Loi par l’entremise de Moïse, à savoir qu’ils n’adorent pas un dieu étranger. Ils firent un veau et l’adorèrent comme un dieu ! Après cela aussi il leur suscita des prophètes de parmi eux. Ils leur parlèrent pour [les] exhorter par [leur] parole. Ils ne se convertirent pas ; bien plus, ils se dressèrent même contre les Prophètes.
À la fin, lorsque Dieu vit que le monde était plongé dans le péché, il visita le monde par lui-même ; il revêtit l’abaissement à cause de nous ; il descendit à nous et prit un corps de Marie la Vierge pure et se fit homme pour rapprocher l’humanité de son bon Père dans les cieux. Ensuite il regarda l’humanité entière et [voilà qu’]elle s’était perdue. Il monta en Égypte, porté sur un chaste nuage qui est Marie la Vierge pure. Il extirpa le culte des idoles du pays d’Égypte, y sema la semence pure qui est la justice et y mit sa marque jusqu’à ce jour. C’est le premier pays que Dieu purifia de ses péchés, parce qu’il sut dans sa prescience qu’il donnerait du fruit et [le] garderait pour le monde plus que tous les pays de la terre. Car avant la venue du Christ, le pays d’Égypte était rempli d’idoles et d’hypocrisie. Le diable s’y réjouissait plus que dans les pays du monde entier. En vérité, il était comme un champ durci, rempli d’épines et d’acacias ; un homme l’avait acheté ; il le travailla à fond, l’améliora, le nettoya bien et y planta des vignes et des jardins. Alors son histoire se répandit, si bien que quiconque le voyait s’en étonnait et disait : « Voyez cette terre, qui, avant ce jour, était une forêt, au point que les fauves et toutes bêtes s’y ébattaient, regardez d’où elle a trouvé cette munificence ; ce sont des fruits sans tache, son maître en sera plus content que de toutes ses plantations et de tous ses jardins. » Ainsi le pays d’Égypte était autrefois la demeure des idoles ; les démons y habitaient et s’y délectaient plus que dans tous les pays du monde. Actuellement il est devenu le séjour de Dieu et de ses Anges et s’est rempli de tous les saints plus que les pays du monde. Quel pays est rempli de couvents et de demeures pour les saints comme le pays d’Égypte ?
Il n’y a pas eu son pareil dans le monde et [ainsi] jusqu’à la fin des siècles. Il n’a pas cessé de donner du fruit, de faire grandir la foi chrétienne, orthodoxe, authentique, jusqu’à ce que le Christ vienne pour la seconde fois.
Revenons aussi au panégyrique proposé des deux grandes colonnes brillantes Pierre et Paul, eux dont la lumière et l’éclat ont rempli le monde entier, car Pierre est la première pierre de la bâtisse dans les Églises ; il est celui qui se tient ferme sur le rocher inébranlable qui est le Christ. Paul aussi est la perfection ; il est l’honneur de l’Église quand il crie et dit : J’ai peiné plus qu’eux. Si tu as peiné, ô Paul, toi, tu recevras le grand honneur. Car tu as dit : Je suis devenu orphelin parmi eux. On te bénira, car il est écrit que la bénédiction de Dieu convient aux riches. Car il y a un temps où les cultivateurs qui transportent les récoltes de leurs champs appellent leurs amis. Ils recueillent ce qui reste de leurs récoltes, et les pauvres, les orphelins, ils les chassent au loin. Ils ne laissent pas les pauvres recueillir quelque chose. L’œil du Seigneur les regarde et s’attriste de ce qu’ils font. En vérité, malheur à ce cultivateur, car Dieu les privera de leur part de l’arbre de vie, parce que le Maître des orphelins et le Qàdî des veuves, c’est Dieu. N’est-ce pas à cause de ces péchés et autres semblables que la bénédiction de Dieu fuit leurs champs et que les fruits de ceux-ci sont en petite quantité ? À cause de cela une grande colère s’amasse sur eux en tout temps, comme il est écrit : À cause de vos péchés, j’ai détourné ma face de vous ; je n’aurai pas pitié de vous.
Revenons maintenant au panégyrique à nous proposé, au sujet de nos Pères les Apôtres purs Pierre et Paul, et nous accomplirons leur désir, car je veux un peu de ta sagesse aujourd’hui, ô Docteur, grand parmi les Apôtres, pour que je t’honore de l’honneur qui est digne de toi, car tu es l’instrument du Saint-Esprit.
Voici que maintenant je vais vous raconter et vous exposer une histoire de notre Père Athanase. Il l’a dite à tout son clergé dans la ville d’Alexandrie au sujet de ces deux grandes colonnes Pierre et Paul. Je l’ai entendue de sa au milieu de nous en ce jour. O le [bien] méritant du sacerdoce en toute manière, ô Père saint, ô toi qui pris souvent à témoin les fatigues que tu supportas pour la foi orthodoxe et qui devins un fils pour les Apôtres à cause de ton combat ! Et combien il poursuivit leur doute en toute chose jusqu’à ce qu’il obtînt cet honneur unique avec eux [les Apôtres] dans la Jérusalem Céleste, comme il est écrit dans le Saint Évangile : Celui que le Père aime est mon frère, ma sœur, ma mère. Et, maintenant, quel est celui que le Fils aime comme toi ? ou bien, quel est celui qui a fait la volonté de son bon Père mieux que toi, ô toi qui devins un guide vers la vie pour de nombreuses âmes par tes enseignements vivificateurs ? Car tes paroles et tes douces exhortations, pleines de salut, relevèrent de nombreuses âmes après leur chute et leur naufrage dans les abîmes du péché. Bienheureux es-tu, ô bon Pasteur, ô toi qui te préparas souvent à te livrer toi-même pour le reste du troupeau du Christ qui t’était confié ! Béni es-tu, ô [homme] apostolique, ô toi qui réprimandas publiquement en clamant la crainte de Dieu et combattis toujours pour la vérité ! Viens au milieu de nous en ce jour, nous qui sommes réunis dans ton assemblée sainte. En vérité, ils sont ton peuple et nous avons été raffermis dans la foi droite que tu t’es acquise, par ta peine et tes beaux enseignements qui débordaient de ta bouche sainte. Nous nous sommes réunis en ce jour, demandant tes bénédictions, pour que nous obtenions le pardon de nos péchés et obtenions miséricorde par tes demandes que tu fais devant Dieu, pour nous, nuit et jour. Car cette ville et le reste du pays d’Égypte est ferme dans la foi sainte jusqu’à la frontière du pays des Éthiopiens, par tes enseignements vivificateurs. La connaissance de Dieu a été ferme en eux, car tu as parcouru ce pays d’Égypte de nombreuses fois et ta bénédiction est descendue en lui et sur lui.
Écoutez maintenant, ô peuple qui aime le Christ, que je vous rapporte quelque chose de ce vaillant, ce pur, notre Père Amba Athanase, qui triompha du combat caché et ouvert et supporta de nombreuses épreuves des loups ravisseurs, mauvais, qui voulaient ravir et disperser les brebis du Christ. Mais Dieu les a avilis et abandonnés par la main du chef des combattants, le vaillant, le héros, Amba Athanase. Mais sa fuite n’eut pas lieu en vain, lui dont les paroles sont pleines de l’eau de la source de vie. O Père, tu as déraciné le diable du pays d’Égypte ; tu as démoli le reste des temples qui étaient dans la ville de ’Akhmîm qui était le temple de l’Égypte. Tu as brisé toutes ses idoles. Quand le diable vit que le culte des idoles avait cessé au pays d’Égypte, il suscita de nombreuses insurrections contre les Églises du Christ de la part des hérétiques qui sont l’instrument du diable. Ils circonvinrent le cœur de l’empereur simple Constantin pour le guider et l’entraîner dans une même perte avec eux. Celui-ci, dans ses jours [de règne], chassa notre Père Amba Athanase et se proposa de le tuer, parce qu’il réprimanda les empereurs, d’après la parole qu’ils dirent : Ne touchez pas mes Christs et ne tramez [rien] contre mes prophètes. Après cela l’empereur Constantin projeta de tuer notre Père Athanase. Mais sa fuite n’eut pas lieu en vain et sans fruits. Il s’était enfui une fois et vint à Maghârat alkounoûza. Il fit briller sa lumière dans cette ville aux lionceaux de la foi droite et les amena à la connaissance [de Dieu]. Ensuite il alla dans l’île de Arfâtiya. Cette île était très mauvaise. Il en attira les gens, par ses enseignements vivificateurs, spirituels, au troupeau du Christ. Il fit disparaître leur grossièreté et les amena à l’affabilité par la force de Notre Seigneur Jésus-Christ qui était avec lui en tout temps.
Lorsque notre Père Amba Athanase s’en alla à la ville de Rome, il voulut obtenir la bénédiction des corps de nos Pères les Apôtres Pierre et Paul ; lorsqu’il s’avança pour se prosterner et vénérer le corps de Pierre et le baiser, aussitôt il vit la face de l’Apôtre réjouie, comme s’il vivait en [son] corps. Ses yeux brillaient et resplendissaient de lumière. Saint Athanase fut rempli d’une grande crainte et resta longtemps tout interdit du miracle étonnant qu’il avait vu. Tandis qu’il était stupéfait, étonné en lui-même, voilà qu’une voix [venant] du corps, je veux dire du corps de saint Pierre, lui cria et elle disait : « Courage, Athanase, Prêtre véridique ! Voilà que Dieu va te délivrer du reste de tes fatigues. Ton siège sera toujours ferme dans la foi orthodoxe, jusqu’à la consommation, jusqu’à la fin des siècles et des temps. Aucun des serviteurs des idoles ne pourra prévaloir contre toi, pour les siècles des siècles. Ce que j’ai planté, moi, dans la ville de Rome devait être arraché, après un temps. Quant à ce que Marc a planté dans le pays d’Égypte, cela restera toujours, pour tous les siècles à venir sur la terre. Après un autre temps, Dieu enlèvera le joug des Byzantins de dessus le pays d’Égypte, à cause de la foi orthodoxe, et suscitera une nation forte qui aura de la sollicitude pour le bien des Églises du Christ et ne pèchera envers la foi en aucune manière. Dieu punira les gens du pays d’Égypte, par cette nation, à cause de leurs péchés. Mais peu après, il aura pitié d’eux et ne les abandonnera pas [loin] de lui, car il leur fera du mal, comme un père corrige son fils et ne le rejette pas [loin] de lui. Ainsi en est-il des gens du pays d’Égypte, car Dieu les punira à cause de leurs péchés, pendant un peu de temps, et, après cela, il aura pitié d’eux à jamais. Celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé. Maintenant, après ce temps, elle est incomparable la gloire à venir qui nous apparaîtra un jour dans le royaume du Christ. Je vous le dis, moi, Athanase, rien ne monte en fait d’offrandes vers Dieu si ce n’est les offrandes des gens du pays d’Égypte : ils servent Dieu, fermes dans la foi droite, car combien il y a de voies et d’œuvres, dont les hommes pensent qu’elles sont bonnes, tandis qu’elles sont mauvaises devant Dieu et conduisent en enfer ! Ces œuvres sont sans rectitude et mènent à la perte ceux qui les suivent. Quant à nous, disciples du Christ, nous sommes des migrateurs : ce que nous avons planté dans les Églises, dans le monde entier, les hérétiques l’ont arraché ; à cause de cela nous leur abandonnons leurs maisons et nous nous en allons au lieu de notre repos éternel. »
« Ensuite, Dieu patiente avec un chacun, jusqu’à ce qu’il vienne en sa présence. Quant à toi, Athanase, retourne, affermis ta communauté et tous tes enfants avec ces paroles ; apprends-leur à s’éloigner du péché, car voici que le royaume des cieux est préparé pour toi et pour tous les sectateurs de ta foi. »
Athanase lui répondit et dit : « Mon Seigneur, Père, Apôtre du Christ Jésus, je te demande de me faire connaître, au sujet des nations qui servent Dieu et n’acceptent pas le Fils ni le Saint-Esprit, ne sont pas baptisés en son nom, ne reçoivent pas les saints mystères, lorsqu’ils sortent de leur corps, s’ils entreront dans le royaume des cieux ou non. » Il lui dit : « Non ! Car celui qui ne naît pas de l’eau et de l’Esprit n’entrera pas dans le royaume des cieux. Quiconque n’a pas cru au Fils de Dieu n’a pas la vie. Je te le dis, ô Athanase, quand bien même ils jeûneraient tous les deux jours ou tous les ans pendant toute leur vie et prieraient nuit et jour sans se relâcher, s’ils n’ont pas reçu des Saints Mystères le Corps du Christ et son Sang, ils n’auront absolument aucune part au royaume des cieux, car il est écrit : Le Père ne juge personne, mais il a remis au Fils le jugement tout entier pour que tous les hommes honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils qu’il a envoyé… Personne n’entre auprès du Père si ce n’est par le Fils, car il est la Voie, la Vérité et la Vie et il a remis toute chose dans la main du Fils. La gloire du Père est le Fils, car il a acheté l’humanité au prix de son sang comme bien propre et les lui a offerts en présent. S’il n’était pas venu dans le monde, personne n’aurait été sauvé ; tous seraient allés à la perte éternelle. Car, quiconque serait mort parmi les enfants d’Adam, justes et pécheurs, on les aurait tous emportés au fond de l’enfer, parce que le paradis était fermé depuis le temps où Adam en fut chassé ; il n’y avait quiétude ni repos si ce n’est dans le royaume des cieux. Lorsque le Christ Seigneur vint dans le monde, il porta les péchés du monde et sema la justice. Lorsqu’ils le crucifièrent, il goûta la mort pour toute l’humanité et fit l’enfer prisonnier. Il ressuscita le troisième jour. Il monta avec [ses] captifs, alla à son Père et ouvrit le paradis et les lieux du repos et de la quiétude dans le royaume des cieux. Il est dans la gloire du Fils celui qui est dans la gloire du Père qui l’a envoyé. Celui qui n’a pas le Fils a le Père mais sans le Saint-Esprit. Celui qui a le Fils a la vie perpétuelle. »
Alors Athanase dit : « Un chrétien qui abandonne son christianisme et va se mêler aux nations dans leur croyance n’a pas de part avec les chrétiens, parce qu’il a été baptisé lui aussi. » L’Apôtre saint Paul lui répondit et dit : « Malheur à ceux-là ! Car il serait meilleur pour eux de n’avoir pas connu le Christ que de le connaître et de le renier ; à cause de cela, leur tourment sera grand, plus violent que le tourment des pécheurs. Ces deux groupes auront un unique châtiment avec tous les idolâtres qui ne connaissent pas le Christ. » Alors notre Père Athanase lui dit : « Et si, eux, ils confessent le Christ dans leur cœur mais ne le confessent pas de leur bouche, par crainte des hommes, leur sera-t-il pardonné ou non ? » L’Apôtre lui dit : « Le Seigneur Jésus a dit : Celui qui m’aura renié devant les hommes, je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux, et tous ses anges. »
« Il y aura, ô Athanase, un temps sur la terre où beaucoup renieront leur foi dans le Christ, se mêleront aux nations et diront : « Nous, nous servons Dieu le Père. » Alors ils n’ont pas le Fils ; parce qu’ils cherchent le repos de leur corps pour un temps court, leurs âmes ont hérité le feu éternel qui ne s’éteindra jamais. »
Notre Père Athanase lui dit : « Un riche chrétien jeûne, prie, reçoit les Saints Mystères mais lui, il aime l’argent et n’aime pas faire l’aumône ; lui donc, quand il mourra, est-ce qu’on le prendra dans le lieu du repos parce qu’il est chrétien ? » Il lui dit : « Non ! Ce n’est pas à cause du nom [de chrétien] que l’homme entre dans le royaume de Dieu, mais bien s’il partage sa richesse entre lui et Dieu et fait l’aumône aux pauvres et aux miséreux. Ceci fait hériter du royaume des cieux, car la volonté du Christ est la miséricorde et l’aumône. Également un pauvre qui remercie Dieu, élève ses enfants dans la crainte du Seigneur et accomplit le travail de ses mains, pur de la souillure, du mensonge et des serments parjures, celui-là obtiendra la gloire divine. Un pauvre qui accomplit les prières qui lui sont imposées, va à l’église matin et soir, assiste à la lecture de l’Écriture, communie au Corps du Christ et à son sang, reçoit la paix et se garde de tout mal, celui-là sera l’ami des anges, des martyrs et des saints. Un pauvre à qui on enlève son avoir par violence et qui supporte cela avec patience, ressemble aux martyrs qui ont enduré leur supplice avec patience et ont versé leur sang pour le nom du Christ. »
« Tout pauvre qui ne remercie pas Dieu de sa grâce et dit devant les [gens] présents : « Je n’ai pas trouvé ce qu’il me fallait », celui-là irrite Dieu qui l’a créé. Un homme qui aide un pauvre dans [sa] nécessité en ce monde, Dieu l’aidera dans l’adversité et le fera héritier de son royaume et il [le] louera avec les anges. Tout chrétien qui, dans l’Église, s’impose une fatigue par la peine qu’il se donne, que ce soit un livre, des vases, ou une offrande ou des burettes ou de l’huile ou de l’encens, Notre Seigneur Jésus-Christ lui donnera sa récompense dans le royaume des cieux. Tout homme qui donne à manger à un pauvre ou à boire un verre d’eau fraîche seulement, au nom de Dieu et de ses saints aux jours de leurs saintes fêtes, celui-là sera le cohéritier des Saints dans le festin de mille ans, au siècle à venir. Quiconque retire un pécheur de son péché et l’amène à la pénitence par la parole de Dieu et les remontrances [prises] aux Saints Livres par lesquels il le réprimande, celui-là sera béni de Dieu ; les Anges de Dieu le loueront et le glorifieront, car il a sauvé une âme de la mort et couvert de nombreux péchés ; et maintenant, Athanase, retourne à ton siège, confirme tous tes enfants par la parole de l’exhortation et les pauvres orthodoxes pour que leurs âmes ne deviennent pas débiles. Désormais, que leur cœur ne se relâche pas dans l’amour de vos pauvres et sachez supporter. Car, s’il vous advient un peu de peine en ce monde, votre récompense sera grande dans le royaume des cieux. Gardez vos âmes et ne laissez pas le péché dominer sur vous. Celui qui est tombé dans une faute involontaire, qu’il se hâte vite de faire pénitence, car le royaume de Dieu vous attend, comme une mère [attend] ses enfants qui viennent de l’étranger, et toi, Athanase, tu porteras toujours des fruits dans tous les siècles. Voilà que Dieu a placé une garde de lumière qui brillera sur ton siège. Un étranger ne s’y assiéra pas à jamais. Celui qui osera le retenir avec peu d’actions de grâces et peu de mérite, Dieu en tirera vengeance bien vite. Dieu enlèvera le joug des innovations de ta patrie et de tes saints lieux. Aucun d’eux ne pourra te résister, ni prendre ta place, jusqu’à la fin des siècles. » immobile, mort. Peu après, il se reprit et dit : « Moi je te demande, ô Seigneur, si je le mérite, ô toi qui me parles, de m’apparaître, de voir ta face et je croirai à ta parole. » Aussitôt, tandis qu’il disait cela, lui apparurent les lumineux, les grands Pierre et Paul, Apôtres du Christ. Leurs faces brillaient comme le feu et comme le soleil qui se lève dans tout son éclat. Une grande gloire les entourait, ineffable pour tout mortel. Lorsque Athanase le vit, il craignit et tomba à terre rempli d’effroi et devint comme un mort. Aussitôt ils le relevèrent, éloignèrent de lui la peur et il leur dit : « Mes Seigneurs, faites-moi connaître qui vous êtes, vous qui demeurez dans cette gloire qui est si grande. » L’un d’eux répondit et dit : « Moi, je suis l’Apôtre Pierre. Nous sommes ceux que le Seigneur a appelés pour l’annoncer. Nous l’avons annoncé par l’Évangile et nous avons terminé notre combat pour elle. Ils m’ont crucifié renversé sur ma tête, et, Paul, ils lui ont enlevé la tête par le glaive. Nous restons dans cette grande gloire auprès de Notre Seigneur Jésus-Christ dans les cieux. Car lorsque tu as demandé à celui qui te parlait de t’apparaître face à face, nous t’avons apparu et maintenant ne crains pas : le Seigneur est avec toi en tout lieu où tu te dirigeras. Ses Anges sont appliqués à ta garde en tout temps. » Alors Athanase : « Qui suis-je pour mériter de vous voir, moi pécheur ? Si moi j’ai vu cette grande gloire qui vous entoure, combien est grande la gloire qui vous appartient auprès du Christ ! » Pierre lui dit : « Cette gloire, aucun mortel ne peut absolument la voir, sans avoir la vie. Mais nous t’avons apparu avec cette grande gloire que tu peux supporter avec ton corps, parce que toi, tu as partagé les travaux des Apôtres, tu as combattu pour la foi droite. À cause de cela, on t’appellera à jamais « Fils des Apôtres » et toi, tu obtiendras [cette] grande gloire avec nous dans la Jérusalem céleste, la ville des Justes, car tu as été un temple pour l’Esprit Saint. Le Seigneur te ramènera en paix dans ton pays, dans ta ville. Il te donnera le repos de tous tes travaux. » Lorsque les Apôtres eurent parlé ainsi, ils montèrent aux cieux sous le regard d’Athanase. Alors Athanase se prosterna. Il adora Dieu, le remercia de la grande révélation qu’il avait vue dans l’Église de nos Pères, les Apôtres purs et saints, Pierre et Paul, dans la ville de Rome. Puis il resta trois jours, dans la ville de Rome, chez le Patriarche Amba Libère et ils parlèrent ensemble des grandeurs de Dieu et des merveilles de nos Pères les Apôtres Pierre et Paul.
Moi, Athanase, je dis au Père Amba Libère : « Tout homme qui vient vénérer le corps de notre Père Pierre voit sa face brillante de lumière. » Alors Amba Libère dit : « Non ! si ce n’est celui qui le mérite ; sinon personne ne peut absolument avoir aucune vision. Mais toi tu es un homme saint comme les Anges de Dieu. Tu as mérité ce grand honneur de voir la face du Grand parmi les Apôtres, Pierre. Ceux qui ne le méritent pas voient juste les vêtements roulés sur leurs corps qu’ils vénèrent. » Ensuite je dis aussi au Patriarche Amba Libère : « L’as-tu vu, toi, souvent avec cette apparence ? » Il me dit : « Je ne mérite pas de le voir, car je suis un homme pécheur. » Je lui dis : « Moi, Athanase, moi je t’adjure par le ministère qui nous a été confié, de ne rien me cacher de tout ce que tu as vu. » Alors Amba Libère dit : « En vérité, ô mon Frère, tu m’imposes un lourd fardeau, car je ne mérite aucune grâce, aucun don. Mais tu m’as adjuré par les grands serments de Dieu ; maintenant je ne te cacherai rien de ce que j’ai vu : lorsque je me levais le matin, à l’aurore, et que j’avais terminé mon ministère, je m’avançais, je me prosternais et priais auprès de leurs corps, je les appelais devant [moi] et je leur disais : « Donnez-moi la bénédiction de paix. » Quant à eux, ils répondaient : « Que Dieu te bénisse en paix ! Que le Seigneur soit avec toi ! » Aussitôt je me prosterne, je vénère leurs corps purs, je les baise. Je voyais la face de saint Pierre briller comme le soleil, ses yeux étaient pleins de la lumière du Christ. Souvent je me tiens au saint autel, portant les saintes offrandes ; je les voyais tous deux se tenir près du saint autel ; leurs faces pleines d’éclat brillaient, eux-mêmes étaient dans une gloire indescriptible. Lorsqu’on me présentait quelqu’un pour le sacrer évêque, je m’en allais d’abord me tenir auprès de leurs corps, je priais et disais : « O mes bien-aimés et purs, saints et justes, Apôtres excellents, [vous] que Dieu a établis guides et chefs des Églises du monde entier, je vous demande à vous qui êtes les chefs de ce Siège, nous espérons de vous, nous vous demandons au sujet de ce frère qui est venu à votre sainteté et maintenant je vous demande de me manifester ce qu’il en est de ce frère. » [S’]il méritait ce ministère à cause duquel il était venu, aussitôt le Saint tournait son visage vers ce frère ; son visage était joyeux comme [lorsqu’]un frère est avec son frère. Il le remplissait de science et de sagesse. Aussitôt je savais, moi, qu’il méritait la consécration. Alors je le consacrais. S’il ne méritait pas ce ministère pour lequel il était venu, ils ne le regardaient pas du tout. Bien plus, Pierre agitait la tête. Il me faisait signe et disait : « Fais-le sortir. » Moi je disais aussitôt à celui-ci : « Lève-toi, mon fils, et va-t’en ; occupe-toi de toi-même pour le salut de ton âme, car la gloire de ce monde [dure] peu de temps. » »
Je disais aussitôt aux gens qui l’avaient présenté : « Mes enfants, demandez pour vous un autre que celui-ci, pour bien s’occuper de vous et des églises ; laissez-le travailler pour le salut de son âme, seul par lui-même. » Quant à eux, ils savaient aussitôt que Dieu ne l’avait pas choisi.
Ensuite il y eut une fois [où] on m’avait présenté un [homme] qui voulait se faire donner de force l’épiscopat sans le mériter. Ce haut dignitaire était puissant, violent. Les gens de la ville le craignaient. Lorsqu’ils le présentèrent dans la chambre où il y avait Pierre et Paul, car on y accomplissait les ordinations de tous les degrés du sacerdoce, lorsqu’on sonna la cloche pour la prière, nous allâmes, comme d’habitude, à l’endroit où se trouvaient nos Seigneurs les Apôtres. Je me prosternai auprès de leurs corps et je les interrogeai au sujet de ce misérable. Aussitôt une voix [venant] de leur corps me cria, qui disait : « O Libère, fais sortir cet homme et chasse-le, car il ne mérite pas de recevoir en garde le troupeau du Christ. » Pour moi, j’allai à ce malheureux et je lui dis en secret : « Mon fils, va-t’en, travaille pour le salut de ton âme ; ne vise pas à la gloire de la grandeur de ce monde ; tu perdrais ton âme. Ce nom qu’est le sacerdoce veut des hommes pieux, sans défauts et irrépréhensibles devant Dieu au grand jour du jugement. » Quant à lui, il se retira seul dans un coin, sortit de l’or, le montant de trois cents dinars et me dit : « Prendsles et accorde-moi [ce] degré du sacerdoce, car je le désire. » Je lui dis : « Mon fils, à Dieu ne plaise de recevoir or ou argent pour le don de Dieu ! Mais la pureté, la netteté [de l’âme], voilà ce que Dieu demande de l’homme en tout temps. N’as-tu pas entendu la parole du Docteur l’Apôtre Paul : Celui qui désire l’épiscopat, désire une bonne chose. Mais l’évêque doit être totalement irréprochable. Il ne doit pas aimer l’argent et rien des richesses de ce monde ni être querelleur, et le reste des préceptes qu’il a énoncés au sujet de celui qui désire l’épiscopat ; et maintenant, mon fils, fuis le feu, n’y tombe pas. Si tu m’écoutes, fuis, distribue ton argent aux miséreux, aux pauvres, aux nécessiteux ; fais-en pour toi un trésor dans le ciel et tu obtiendras la vie perpétuelle. »
Lorsque l’homme eut entendu de moi semblables paroles, il sut réellement que je ne le consacrerais pas. Il sortit de chez moi, aussitôt, très irrité. Il prit l’or qu’il avait et beaucoup d’autres choses, alla vers l’empereur et les lui offrit. Il parla avec lui, afin d’obtenir par lui le degré du sacerdoce. Lorsque l’empereur eut reçu les richesses de cet homme, il m’envoya chercher à cause de lui et me demanda de le consacrer. Alors je dis à l’empereur : « Il ne mérite pas cette dignité ; il n’est pas bon pour ce ministère. »
L’empereur me dit : « Consacre-le à cause de moi. Si Dieu l’a choisi et le veut, il le maintiendra ; s’il ne l’a pas choisi, il le fera disparaître et l’enlèvera de devant sa face. » Pour moi, je ne pouvais être en désaccord avec lui, je lui dis : « S’il faut absolument le consacrer, viens à l’église et présente-le. C’était trois jours avant la fête de nos Pères les Apôtres. Lorsque j’eus obtenu permission de partir et de sortir de chez l’empereur, je m’en allai aussitôt et entrai auprès du corps de nos Pères les purs Apôtres ; je me prosternai devant eux et je dis : « O mes Pères, Saints Apôtres, vous savez qu’il est très difficile de dire non à l’empereur et qu’il m’est préférable de mourir plutôt que de me mettre en contradiction avec vous. Et maintenant je vous interroge et demande à votre Sainteté, moi, pauvre pécheur, de me faire connaître ce que je dois faire. » Aussitôt une voix [venant] du corps de Pierre me cria et dit : « Ne t’oppose pas à la parole de l’empereur ; bien mieux, écoute-la et reçois-la. Le cinquième jour de Abib qui est notre fête, tu verras ce qui arrivera. » Lorsqu’on fut au matin de ce cinquième jour du mois de Abîb, l’homme qui demandait le degré du sacerdoce qui est l’épiscopat vint et entra au patriarcat. Une troupe de soldats de l’empereur le suivait. Lorsque je le vis, je fus très triste à son sujet, car je savais que sa perte était préparée. Je lui dis : « Mon fils, la parole du roi est très puissante, cependant l’ordre de Dieu est plus puissant et plus grand. Mais moi je ne puis être en opposition avec la volonté du roi. Mais Dieu te rendra le mal au lieu de la gloire que tu demandes en ce temps [si] court. » Alors cet homme ignorant dit : « Dussé-je mourir, je n’abandonnerai pas mon idée, pour devenir évêque. » Il dit en effet ceci, alors qu’il se fiait à cette parole : « Le roi ne [me] fera pas mourir », à cause des richesses qu’il lui avait offertes. Nous étions réunis dans l’église. Il y avait là de nombreuses foules. Les gens de la ville, l’empereur et le reste des grands qui se trouvaient dans le palais, les principaux de la cour avec le reste de l’entourage du roi, tous les ministres, toutes les troupes, les riches, les étrangers qui étaient venus de loin pour célébrer la fête de nos Pères les grands Apôtres, tous étaient réunis pour la grand’messe. Alors on présenta cet homme qui voulait recevoir l’épiscopat. Lorsque je portai l’Évangile sur sa tête au commencement de la prière pendant la consécration, voilà qu’un ange descendit du ciel [tenant] en main un glaive dégainé, flamboyant. Aussitôt il fit périr ce malheureux ; sur-le-champ, il s’enfuit dehors, hors de l’assemblée, tomba aussi rapidement que ce peut être et mourut sans pénitence, sous les yeux de l’empereur et de tout le reste du peuple. Une grande frayeur saisit l’empereur et toute la foule. Alors ils poussèrent des cris disant : « Pitié ! Seigneur Jésus-Christ ; grands sont tes jugements, ô Dieu ! » L’empereur se prosterna devant moi, chacun le regardant, demanda le pardon de ses péchés et dit : « O mon Père le Patriarche, j’ai péché envers Dieu et envers votre Sainteté. J’ai osé [m’engager] dans une affaire sans le mériter et [de plus] je n’avais pas à m’en mêler. » Je lui dis : « Désormais, mon fils, ne t’oppose plus une autre fois à l’ordre du Seigneur. On t’a confié, en effet, les choses du royaume de la terre, les corps des hommes. À nous, on a confié les âmes. » Aussitôt l’empereur envoya chercher au palais les richesses de ce pauvre homme qui était mort dans [sa] malice et dit : « Donnez-les pour le salut de son âme. » Depuis ce jour, l’empereur ne me demanda plus rien. Moi, Libère, et tout le clergé nous terminâmes la messe, nous donnâmes la communion à l’empereur et à tout le reste de la foule réunie avec nous et nous glorifiâmes Dieu et ses saints Apôtres Pierre et Paul de ce qui était arrivé. »
« Quant à moi, Athanase, lorsque j’entendis ceci du Seigneur Patriarche Amba Libère, dans la ville de Rome, j’admirai beaucoup la grandeur de l’honneur que Dieu a accordé et donné à nos Pères les Apôtres. Ensuite après cela, je demandai la bénédiction de notre Saint Père Libère, je le saluai, je lui fis mes adieux et je m’en retournai à mon siège dans la ville d’Alexandrie (et moi, j’étais avec eux. j’étais alors obscur au Patriarcat). Moi et votre Père Théophile je fais savoir aux autres prêtres de l’église cette histoire merveilleuse que j’ai vue et entendue de la bouche de Amba Libère dans la ville de Rome, à propos des grands Apôtres Pierre et Paul et tout ce que j’ai vu des merveilles [concernant] leurs corps. »
Voilà que j’ai raconté à votre charité, ô peuple qui aimez Dieu, tout ce que nous a dit notre Père Athanase. Il l’a vu et entendu de nos Pères Saints et purs, les Apôtres de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Glorifions-les, nous aussi, de tout notre cœur avec une intention pure, une conscience droite, car ils sont ceux par qui le monde a connu Dieu. Ils sont la tête des Églises dans tout le monde entier. Chacun connaît le chemin du salut par leurs paroles, leurs enseignements, leur direction, leurs préceptes vivificateurs. Ils sont ceux qui ont reçu du Seigneur le pouvoir de pardonner les péchés, comme il est écrit : Les Saints sont ceux qui jugeront le monde. Ensuite aussi le Docteur l’Apôtre Paul dit dans son épître : Nous sommes ceux qui jugeront les Anges avant d’en venir au monde. Car la miséricorde du Dieu tout-puissant a pitié de nous ; nous sommes son ouvrage. Nous n’avons voulu juger personne ; mais il a remis le jugement tout entier au Fils et il lui a donné le pouvoir de tout juger, parce qu’il s’est donné lui-même de tout juger par lui-même, à part de toute l’humanité. Parce que le Fils de Dieu a pitié, comme son bon Père, il a donné à ses Apô très purs le pouvoir pour juger toute la création que Dieu a créée par son Verbe véritable. À cause de cela, mes Frères bien-aimés et purs, nous avons su que Dieu a donné à ses Apôtres purs le pouvoir de juger et de pardonner les péchés.
Et maintenant nous devons, nous, porter de dignes fruits de pénitence, pour que, à la demande des Saints, nos Pères les Apôtres purs Pierre et Paul […]. Car Notre Sauveur leur a promis [ceci] de sa bouche véridique, divine : « celui qui se souviendra sur terre de vos Pères saints et purs Pierre et Paul, écrira leur vie, manifestera leur peine et leur pur combat, moi j’écrirai leurs noms éternels avec [les noms de] tous les Saints, de tous les Justes. Ceux qui feront le service de leurs églises avec un cœur droit, une âme pure, humble et une charité parfaite, moi je remplirai leurs maisons et leurs magasins de tous les biens qui sont sur la terre ; je ne les laisserai en rien dans l’impuissance, pendant leur vie. Ceux qui s’occuperont de bâtir une église en leur nom sur terre, moi, je leur bâtirai des palais et des maisons, non faits de main [d’homme] dans la terre de la Vie avec les autres Saints. Ceux qui revêtent un [homme] nu ou un pauvre et leur donnent abri dans leur maison, moi je leur donnerai abri dans l’Église des premiers-nés. Ceux qui présenteront une offrande, des burettes, de l’encens ou de l’huile à leurs églises, moi j’acquitterai leur récompense de sept façons dans un royaume perpétuel, éternel. Celui qui appelle ses fils de leur nom, moi je les bénirai et eux seront pour moi des fils bénis pendant toute leur vie. Quiconque ose faire un serment parjure dans leur église sainte, moi j’en tirerai vengeance, sur terre, pendant sa vie. Vous, Prêtres de l’Église, soyez, en tout temps, vigilants pour l’église à laquelle le Saint-Esprit vous a préposés, pour accomplir votre service sans négligence. Les laïcs et le reste du peuple assidus à l’église, qu’ils soient purs devant moi, étant prêts à recevoir les saints Mystères. »
Et toi, ô vase de choix que j’ai choisi pour qu’en ton nom soit prêché dans le monde l’Apôtre Pierre, ton œil n’est pas privé de la lumière de ce monde, il ne se corrompt pas. En ton corps on ne trouve rien de la puanteur de la mort. Ta langue et ta parole tranchent mieux que la mort par le glaive à deux tranchants. Ce qu’il aura lié sur la terre sera lié dans le ciel ; ce qu’ils auront délié sur la terre sera délié dans les cieux. Soyez donc bien certains, ô auditeurs, que le Seigneur leur a donné le pouvoir de juger et de porter sentence dans le monde. Maintenant nous vous demandons et nous vous supplions, ô nos Pères, Apôtres Saints, de demander pour nous au véritable Roi Notre-Seigneur Jésus-Christ qu’il nous pardonne nos péchés [de nous] tous et des baptisés, maintenant et en tout temps et dans tous les siècles des siècles. Amen, amen, amen. L’homélie de nos Pères les Saints Apôtres, les deux grandes lumières Pierre et Paul, est terminée, avec la paix du Seigneur ; que leurs bénédictions et leurs prières soient avec nous tous ! Amen.
