Une homélie de saint Grégoire de Nysse sur le sacrifice d’Abraham
Homélie traduite en copte et attribuée par le manuscrit à saint Grégoire de Nazianze
- 01 — Notice de l’éditeur
- 02 — L’appel d’Abraham et la naissance d’Isaac
- 03 — L’ordre de Dieu
- 04 — Le silence du patriarche
- 05 — La plainte que Sarra aurait dite
- 06 — La voix de l’enfant
- 07 — Le tableau du sacrifice
- 08 — Exhortation finale

Une homélie de saint Grégoire de Nysse sur le sacrifice d’Abraham
Homélie traduite en copte et attribuée par le manuscrit à saint Grégoire de Nazianze
Saint Grégoire de Nysse · 31 août 2026 · 17 min de lecture · 1 vue
Si l’on s’en tient au fond comme à la forme de l’homélie que nous publions, l’âme qu’elle décèle n’est pas en contradiction avec celle de l’auteur à qui le titre l’attribue. Le talent de l’orateur et du poète que fut saint Grégoire de Nazianze, l’art d’écrire avec élégance, de peindre avec imagination, d’exhorter avec chaleur, toutes ces qualités d’esprit et de cœur de l’évêque de Nazianze, nous les trouvons dans cette homélie. Ces deux dons précieux, la grâce naturelle et la mélancolie vraie que Villemain se plaît à reconnaître dans saint Grégoire1, nous les avons dans cet exposé de l’épisode, si poétique en lui-même, du sacrifice d’Abraham.
Cependant, quoi qu’il en soit de ces apparences, cette attribution n’est rien moins qu’exacte. Cette homélie n’est qu’une adaptation d’un fragment du discours bien connu d’un homonyme et contemporain du célèbre évêque de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, sur la divinité du Fils et du Saint-Esprit et sur la foi d’Abraham2. Saint Grégoire de Nysse raconte l’épisode du sacrifice d’Abraham pour démontrer la distinction réelle du Père et du Fils et la divinité de ce dernier ; l’adaptateur copte ne s’en sert que pour exhorter les parents et les enfants à leurs devoirs respectifs d’obéissance. L’introduction et l’exhortation finale, œuvre de l’adaptateur, mises à part, le corps du discours est, avec nombre de variantes, la version du texte grec donné jusqu’ici par tous les éditeurs des œuvres de saint Grégoire de Nysse3.
Ces variantes comprennent des mutations de mots, comme on en rencontre dans tous les manuscrits ; elles sont constituées en majeure partie par des abréviations, des additions et surtout par des modifications dans le ton de certaines phrases. Les unes comme les autres ne déparent point le discours. On ne sent pas, en lisant la recension copte, l’ajouté ou l’omission ; la composition, loin d’y perdre, paraît plutôt y gagner. Elle l’emporte sur le grec par son allure plus alerte, plus vive, ainsi que par la leçon qui s’en dégage, plus saillante et plus convaincante. Serrer le plus près possible son sujet, rendre son tableau plus vivant, faire jaillir la conséquence morale qu’il veut en tirer avec une lumière plus persuasive, tel est en effet le résultat des variantes que nous relevons dans le copte. Le récit qu’expose l’orateur, la scène qu’il dépeint, devant entraîner la conviction de son auditoire, il s’applique à en souligner tous les détails et, pour cela, il élague tout ce qui peut détourner l’attention de son tableau, il ajoute ce qui peut le rendre le plus animé possible, il modifie ce qui l’empêche d’être plus réel, plus parlant4.
En face de ces deux recensions, peut-on songer à se poser la question de savoir à laquelle des deux revient l’originalité ? Il ne serait pas, semble-t-il, téméraire de l’essayer. Nous ne possédons pas encore une édition critique complète des œuvres de saint Grégoire de Nysse ; toute présomption en faveur du texte dont s’est servi le traducteur copte ne se trouve donc pas nécessairement écartée. La copie perfectionne, il est vrai, parfois le modèle, et une traduction peut aussi embellir un original. Mais, vu le caractère général des traductions coptes, comparé à la physionomie de notre texte, vu aussi certaines expressions qui paraissent porter avec elles l’attestation de l’authenticité5, la question, croyons-nous, peut être posée.
Pour ce qui regarde le fait de l’attribution inexacte de ce discours à saint Grégoire de Nazianze, il faut l’imputer à une erreur du scribe, trompé par l’homonymie, ou bien encore l’expliquer par cette renommée dont jouit chez les Coptes l’ami de saint Basile, qui leur fit lui attribuer, à tort, une anaphore de leur Missel.
Le cas d’adaptation que nous avons également ici n’est pas un cas isolé. Il se rencontre souvent dans les littératures orientales et particulièrement dans les littératures copte et éthiopienne. Au début d’un apocryphe, d’une vie de saint, d’une histoire pieuse, on place quelques mots d’exhortation, on insère çà et là, dans le corps du récit, quelques apostrophes, comme : mes frères, mes vénérables pères, mes bien-aimés, et ces diverses compositions deviennent aussitôt tout autant de sermons. Parfois même on ne prend pas la peine de faire ces modifications, on se contente du simple titre : sermon, discours, homélie, sans plus.
Le manuscrit auquel nous avons emprunté notre texte appartient au fonds copte de la bibliothèque du Vatican, numéro 61, folios 190-198. Ce manuscrit est daté au folio 148 R. de l’an 678 de l’ère des Martyrs, ce qui le reporte à la fin du Xᵉ siècle de notre ère, 962 après Jésus-Christ. La langue en est simple, pure, correcte ; nous sommes loin de l’expression heurtée et obscure du panégyrique de saint Michel par Théodose6 et tout autant du style apocalyptique dans lequel se complaît le grand moine d’Athrib, Schenoudi.
