Histoire de saint Pacôme
Une rédaction inédite des Ascetica, d’après la version syriaque, éditée et traduite par F. Nau
- 01 — Vocation de Pacôme et Règle transmise par l’ange
- 02 — Sur Théodore et la discipline de la communauté
- 2.9 — Sur Théodore
- 2.12 — Sur Silvain
- 03 — Discernement spirituel lors des sépultures
- 3.17 — Sur l’enterrement d’un pécheur
- 3.20 — Enterrement d’un saint frère mort
- 04 — Combats contre les démons et leçon d’humilité
- 4.22 — De ce qu’il entendait dire aux démons dans l’air lorsqu’il se rendait par le désert à son monastère
- 4.24 — Ce qu’il fit après être arrivé à son monastère
- 05 — Révélations sur les hérétiques
- 5.26 — Sur une révélation que Dieu lui fit au sujet d’hommes hérétiques qui vinrent le trouver
- 5.31 — Paroles instructives qu’il adressa aux frères réunis
- 06 — Famine et honnêteté dans le travail
- 6.33 — Comment, même en un temps de famine, il ne voulut pas accepter un prêt de blé pour l’usage de son monastère
- 07 — L’illusion du martyre volontaire
- 7.36 — Sur un solitaire qui demeurait au monastère et qui fut saisi d’un désir intempestif du martyre
- 08 — Visions nocturnes et don des langues
- 8.39 — D’une apparition qu’ils virent de nuit en marchant dans le monastère
- 8.44 — Du don des langues qu’il reçut
- 09 — Vie de Jonas le jardinier et refus de l’ostentation
- 9.46 — Sur un saint homme, nommé Jonas, qui était le jardinier de l’un des monastères, et sur un prodige que fit le Grand Pacôme dans le monastère de Jonas
- 9.50 — Comment il ne conservait pas les belles constructions
- 9.51 — Lorsque des hérétiques vinrent une fois près de lui, il ne consentit pas à se laisser éprouver par un prodige qu’ils lui demandaient de faire
- 10 — Arrivée de Paphnuce et fondation de nouveaux monastères
- 10.52 — Question que lui adressa un frère, avec la réponse
- 10.2 — Réponse à la demande
- 10.53 — Arrivée de Paphnuce
- 10.4 — Il ne faut pas s’attacher à la beauté mondaine
- 11 — Séjour à Tabennisi et lutte contre la vaine gloire
- 11.66 — Combien il détestait et réprouvait le frère qui travaillait des mains par vaine gloire
- 11.67 — Sur un frère, saint ascète du même monastère
- 12 — Mort de Pacôme et succession de Pétronios

Histoire de saint Pacôme
Une rédaction inédite des Ascetica, d’après la version syriaque, éditée et traduite par F. Nau
Sources liturgiques et manuscrites · 02 septembre 2026 · 86 min de lecture · 10 vues
Récit monastique du IVᵉ siècle consacré à saint Pacôme, père du cénobitisme égyptien, dans la rédaction inédite des Ascetica publiée par J. Bousquet et F. Nau. Seule la traduction française de la version syriaque est reprise ici ; le texte grec des manuscrits de Paris et de Chartres, ainsi que l’apparat critique de l’édition, ne sont pas reproduits.
1. Thébaïde. Pachôme, qui désirait la vie monacale dès sa jeunesse, arriva dans le lieu susdit lorsqu’il était déjà avancé en âge et devint l’émule de ceux qui mènent la vie angélique ; il devint grand ami des hommes et de (ses) frères.
2. Lorsqu’il demeurait dans une caverne, un ange du Seigneur lui apparut et lui dit : « Pachôme, maintenant que tu as mis en ordre tes affaires personnelles, tu es demeuré trop longtemps dans une caverne. Va donc réunir tous les jeunes moines, demeure avec eux et porte-leur des lois selon le modèle qui t’est donné » ; et il lui donna une table d’airain sur laquelle il était écrit :
3. « Dispense à chacun, comme tu le pourras, le manger et le boire et impose-leur des ouvrages proportionnés aux forces de ceux qui mangent ; n’empêche ni de jeûner, ni de manger. Cependant tu donneras les travaux pénibles aux plus robustes et à ceux qui mangent ; et les travaux faciles à ceux qui montrent le plus d’ascétisme et à ceux qui s’adonnent chez eux à de longues prières. Partage la demeure en diverses cellules, qu’ils demeurent trois dans chacune d’elles. Que la nourriture de tous soit préparée par un économe. Qu’ils dorment dans les cellules sans se coucher, mais fais dans les cellules des sièges élevés et en pente, afin que même pour dormir ils soient assis. Qu’ils portent de nuit des tuniques de lin sans manches et des ceintures ; que chacun d’eux ait une mélote (c’est-à-dire une peau) de chèvre apprêtée, qu’ils ne mangent pas et ne dorment pas sans elle. Pour aller communier le samedi et le dimanche, ils délieront les ceintures et déposeront les mélotes, ils s’approcheront avec la seule cuculle (avec un capuchon). » Il leur fit des cuculles sans poils comme aux enfants et prescrivit d’y mettre des galons de pourpre. Il prescrivit aussi de former vingt-quatre groupes et il assigna à chaque groupe une lettre grecque, depuis Alpha, Bêta, Gamma, Delta, etc.
4. Comme Pachôme interrogeait l’ange et s’enquérait : « Dans une si grande multitude, comment l’archimandrite interrogera-t-il (son) second ? » il lui dit : « Ils désigneront les plus purs et les plus ingénus par une lettre appropriée : comment va le Gamma par exemple, pour le troisième groupe ; ensuite comment va le Zéta, le septième groupe ; salue le Rho — c’est ainsi qu’ils les inspecteront. — Aux plus tortueux, tu attribueras le Xi. » Ainsi, par analogie avec la forme des lettres et d’accord avec la conduite et la vie, il donna la lettre convenable à chaque groupe. Les spirituels seuls (en) connaissaient la signification. Il était encore écrit sur la tablette : « Tu ne permettras pas à un étranger d’un autre monastère, ayant un autre genre de vie — en sus de l’hospitalité — de manger et de boire avec les (tiens) ni d’entrer dans le monastère, à moins qu’il ne se trouve être un parent. De même tu ne (permettras pas) à celui qui veut se joindre à eux, d’entrer avant trois ans à l’intérieur des sanctuaires, mais quand il aura accompli les ouvrages les plus laborieux, on le recevra après trois ans.
5. Ceux qui mangent dans une même salle se couvriront la tête avec les cuculles, afin qu’un frère ne voie pas un frère mâcher. Celui qui mange ne doit pas parler ni jeter les yeux ailleurs, en dehors de la tablette et de la table. Chaque jour (il faut) faire douze prières, afin que la prière soit incessante, et tout autant durant la nuit. À la neuvième heure, lorsque le grand nombre juge bon de manger, (on fera) trois prières, et au soir, six prières ; à chaque prière on chantera (un) psaume. « Pachôme faisant observer à l’ange que les prières étaient peu nombreuses, l’ange lui dit : « Cela suffit ; j’ai établi ces (prières), afin que même les petits puissent arriver à accomplir la règle et ne s’affligent pas comme s’ils étaient mal dégrossis. Quant aux parfaits, ils n’ont pas besoin de loi, car, retirés dans leurs cellules, ils consacrent toute leur existence à la loi divine. »
6. L’ange du Seigneur donna ces lois à Pacôme, lui remit la tablette et s’éloigna. Pacôme fit tout ce que l’ange du Seigneur lui avait commandé sur la tablette et fonda trois monastères, parmi lesquels le premier et le principal, où demeurait Pacôme lui-même et d’où procédèrent les autres monastères, contenait mille trois cents hommes, le suivant en contenait deux cents et celui qui les suivit trois cents. De ceux-là provinrent les autres monastères nombreux, attachés à la même règle et contenant jusqu’à sept mille hommes.
7… (les ressources) du pays et le nombre des frères, divers artisans : quinze couturiers, sept forgerons, quatre menuisiers, quinze foulons, quinze cordonniers, vingt corroyeurs, vingt jardiniers, des couples de bœufs avec leurs cinquante laboureurs, dix calligraphes, douze chameliers, vingt pour tresser les grandes corbeilles, vingt aussi pour tresser les petites corbeilles appelées Malakia. Enfin ils entretiennent dix gardes. Ceux qui sont de service à la cuisine, se levant dès le matin, s’occupent les uns à la cuisine, les autres aux tables ; ils dressent les (tables), font les préparatifs, placent des (grains de) sénevé, des olives préparées, divers fromages, du pain et de petits légumes. Ceux qui sont choisis pour de tels ouvrages iront manger chacun selon leur propre dessein, les uns à la sixième heure, les autres à la dixième, d’autres au soir avancé et les uns chaque jour, les autres tous les deux jours, chacun selon sa volonté d’après l’ordre de l’ange.
8. Il existe aussi des monastères de femmes, nommés des Tabennésiotes ; elles sont au nombre de quatre cents et ont les mêmes règles et la même conduite que les moines de Tabennisi, à l’exception de la mélote ; elles vivent de l’autre côté du fleuve. Si donc une vierge meurt, les autres vierges qui font son enterrement la conduisent et la placent près de la rive du fleuve. Les frères le traversent sur un bac, avec le prêtre et le diacre, portant des rameaux d’oliviers et de palmiers ; ils la conduisent avec des psalmodies de l’autre côté et l’ensevelissent dans le monastère, dans leurs propres tombeaux.
