La version syriaque de l’histoire de Jean le Petit
Panégyrique de Zacharie, évêque de Sakha, traduit du syriaque par F. Nau
- 01 — 1. Exorde
- 02 — 2. Sa naissance
- 03 — 3. Il va au désert
- 04 — 4. Ses épreuves
- 05 — 5. Révélations et prodiges
- 06 — 6. Mort de son maître
- 07 — 7. Il fonde un monastère
- 08 — 8. Son frère
- 09 — 9. Enseignements et conduite
- 10 — 10. Il est ordonné prêtre
- 11 — 12. Il va à Babylone
- 12 — 13. Il se retire à Qolzoum
- 13 — 14. Sa mort
- 14 — 15. Épilogue
- 15 — Appendice — Zacharie, auteur de la présente biographie, a été fait évêque de Sakha par Simon 1…

La version syriaque de l’histoire de Jean le Petit
Panégyrique de Zacharie, évêque de Sakha, traduit du syriaque par F. Nau
Saint Jean le Petit · 31 août 2026 · 101 min de lecture · 6 vues
Ensuite, histoire du Père saint, éprouvé, sublime, instruit, accompli dans toutes les perfections, Mar Jean le Petit, gouverneur, c’est-à-dire chef des prêtres, du désert de Scété.
Une histoire sublime et remarquable et céleste, qui cause beaucoup d’admiration aux âmes, est racontée devant vous, ô assemblée de saints Pères ; c’est une image pour la route de la perfection et une démonstration pour l’ascétisme ; pour le dire en peu de mots, comme Paul, apôtre et divin, cet homme est parfait, à la ressemblance du Christ son maître, créé à l’image du Dieu vivant qui a donné aux hommes de lui ressembler. Si vous permettez à mon Humilité de raconter ses belles actions divines, je dis : il est celui qui a méprisé le monde et toutes ses voluptés, qui a foulé aux pieds les grands déluges de maux des esprits impurs ; il fut emporté, par la légèreté angélique de son conducteur, au-dessus des chefs de ténèbres et (des chefs) de l’air 1. Sa course n’a pas été arrêtée à cause du péché qui s’élevait contre lui, parce qu’il a fermé la porte de son esprit à la face de la méchanceté des démons ; avec des yeux illuminés, il a écarté leurs ruses (loin) de lui ; il a chassé et il a rendu vains les recherches de leurs artifices avec leurs machinations en les méprisant et en les dédaignant. Par la simplicité de son esprit admirable, il était constant dans l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en sorte qu’il reçut le pur rayon dans la vraie science 2, et qu’il progressa dans ce combat excellent jusqu’à ce qu’il parvînt au port (λιμήν) de la paix, à la demeure du Saint-Esprit. l’homme admirable, mes bien-aimés ! Et quel avantage un tel saint peut-il trouver à mon discours, moi qui parais petit et faible par-dessus tout, si ce n’est que, grâce à sa conduite excellente et à ses belles actions remarquables et divines, nous avons soin de faire cette commémoraison pour le commun profit de nous tous, et (comme) une grande exhortation à la vie éternelle pour tous ceux qui l’écoutent et qui reçoivent son allocution ; ce sera pour eux un sujet de gloire grand et élevé ; les pères enseigneront à leurs enfants à imiter sa conduite divine et ses belles actions illustres. Si nous faisons cela, si nous marchons dans ses sentiers droits et remplis de biens, nous aurons alors la confiance d’avoir part avec lui à l’héritage qui ne passe pas et qui ne se corrompt pas.
Il nous faut savoir 3, mes bien-aimés, que nous ne sommes pas seuls à prendre souci des louanges de ce saint, mais les puissances célestes et spirituelles avec les âmes et les esprits des intègres et des justes et avec les saints Pères, l’ont loué avant nous dans l’espace d’en haut, lorsqu’ils l’ont vu éloigné de cet amour terrestre (digne) de larmes et il a fait cela comme une philosophie (φιλοσοφία) saine et correcte, afin d’hériter par ce moyen, avec grande suavité, de la vie exempte d’angoisses, en échange de sa peine et de sa gêne, autant qu’il le mérite. Et tout cela, en ce monde, est comme partiel, et ce sera rétribué entièrement, dans le monde à venir et à la résurrection, par de grandes récompenses qui n’auront pas de fin.
Il nous convient ensuite, mes bien-aimés, de demander le secours du Saint-Esprit : c’est lui qui fortifie ma faiblesse et qui éclaire les cœurs à l’aide de ses dons admirables et divins, et nous nous réjouirons et nous exulterons et nous louerons en ce jour de fête — c’est-à-dire en la commémoraison du saint abba, que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a amenée dans le cycle (des fêtes) de l’année — grâce à la bonne volonté de cette foule pieuse et aimant Dieu, que le filet des prières du père béni et saint, Mar Jean, a réunie et a rassemblée au jour de sa commémoraison remarquable pour le fêter spirituellement, surtout dans la paix et la crainte de Dieu et avec l’appui des prières et de l’intercession du saint abba.
Dès le commencement de l’abondance des belles actions de ce juste, préparons, selon notre force, un parfum agréable et de grand prix, qui est composé et formé à l’aide de toutes les senteurs agréables et suaves, et faisons-le monter pour la satisfaction du Seigneur et de ses saints anges, comme pour la délectation et la joie de tous les saints ministres de Notre Seigneur, et de tous ceux qui lui ont donné satisfaction par leurs belles actions ; et aussi pour tous ceux qui se tiennent ici, et qui demandent le repos éternel et la vie durable et impérissable, et qui donneront satisfaction et contentement à (Notre-Seigneur), par leur vie et leurs belles actions. Nous n’aurons pas honte des paroles de Notre-Seigneur et de la vérité de notre foi, selon la parole de l’apôtre, mais, en toute pureté, nous remplirons notre office, devant Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ, et nous aurons soin de faire des fruits bons et spirituels, afin que la vérité se lève pour nous en place de l’action et le corps en place de l’ombre. Notre histoire grandira et s’embellira, lorsque nous confesserons avec rectitude la vérité et la foi en Dieu et les enseignements que les Docteurs ont donnés à la sainte Église, avec tout ce qu’ont défini et placé les saints Pères du désert, eux qui ont fortifié et fondé la crainte de Dieu dès le commencement, eux qui, par leur sainte manière de vivre dans le désert, ont vu et scruté la vérité et ont aussi enseigné et placé dans leurs livres ce qui a eu lieu de leur temps, pour faire l’admiration de nos âmes et pour nous fortifier dans sa science.
Nous raconterons encore ce que nous avons entendu de nos saints et anciens pères, qui étaient en cet endroit, au temps. où nous demeurions avec eux et où nous grandissions en leur compagnie sans en être digne, eux qui nous ont instruit et fortifié dans la crainte de Dieu, qui nous ont rendu sage et qui nous ont conduit dans la science philosophique et (dans) leurs dogmes droits et divins, eux qui progressèrent par leurs mœurs, leurs travaux et leurs luttes, et marchèrent dans la voie frayée par leurs saints pères ; eux qui, de génération en génération, apparurent chefs et puissants par des prodiges et des miracles, et remportèrent la victoire sur l’Adversaire, grâce à leur constance, par la grande vertu de la croix salvatrice. Lorsque le saint eut pris cette croix sur son épaule, il marcha sans crainte à la suite de son maitre, en se souvenant des saints et dans le désir de demeurer avec eux dont la mémoire est digne de grands honneurs. Il avait obtenu une telle prudence qu’un grand profit lui en fut doublé 4. Il nous convient de nous mettre à la suite du prophète David pour dire en peu de mots ce que nous avons entendu et connu et ce que nos pères nous ont raconté pour que nous ne cachions pas à leurs fils, mais (jue nous racontions à l’autre génération les belles actions du Seigneur et sa puissance et les prodiges qu’il a faits. Les choses qu’il a ordonné aux pères de faire connaître à leurs enfants pour qu’on les connaisse dans l’autre génération, conviennent surtout à nous qui ne pouvons atteindre ce que nous désirons de son histoire ainsi que les actions de ce saint, si ce n’est à l’aide du livre des saints vieillards qui ont conservé des récits à son sujet et qui a été nommé par eux Le livre du Paradis ; et il en est ainsi en vérité, c’est avec justice et convenance (qu’il a reçu d’eux ce nom. Maintenant que l’histoire du saint abba Jean a été consignée dans ce Paradis sensible, le Paradis d’en haut en a encore été rempli. Dès maintenant et jusqu’à la fin, ce livre, dans lequel sont écrits les noms de ces saints, ne sera pas négligé, et il sera comme des prémices en présence du Seigneur. Ceux qui en font constamment leur méditation avec jugement, et qui imitent les actions des saints dont les noms y sont écrits, obtiendront d’arriver à être les temples du Saint-Esprit et les héritiers du royaume du ciel. Amen.
Noms des saints Pères : Abba Antoine, abba Paul, abba Benjamin 5, abbaPacôme, abba Horsisi, abba Pétronios Pantronisios), abba Théodore, abba Mouné, abba Ammon, abba Matoi, abba Macaire le grand, abba Macaire l’alexandrin, abba Isidore, abba Bâmouyah, abba Sisoès, abba Moïse 6, abba Romanus, abba Joseph, abba Croni(os), abba Bésarion, abba Poimin (Benmin), abba Arsène, abba Paphnuce, abba Hilarion, abba Mar Éphrem le Syrien, abba Evagrius, abba Sylvain, abba Zenon, abba Schanoudin, abba Isaïe, abba Pierre son disciple, abba Lucius, abba Longin, abba Jean le saint, abba Bichvi, abba Maxime et abba Domèce son frère, abba Jean, le Petit et l’excellent, que nous fêtons aujourd’hui, directeur, c’est-à-dire chef des prêtres : abba Jean le Petit qui est un avec eux, ou plutôt un vase choisi dans la réunion et dans la cohorte de ces saints dont noiis avons écrit les noms, avec le reste de tous les saints dans l’honneur, avec la récompense de la couronne de cet héritage d’une perfection accomplie. En voilà assez pour la louange de ces saints, qui seraient cependant dignes de dix mille louanges parce qu’ils ont haï le monde et ses voluptés, qu’ils ont aimé Dieu et l’espérance de ses promesses véritables et non trompeuses, qu’ils ont fait mourir leurs membres qui sont sur la terre, et qu’ils ont vécu dans le Christ en espérant en lui seul. Exposons et plaçons maintenant devant vous les belles actions grandes et excellentes de saint abba Jean le Petit, pour notre commun avantage.
