Homélie 4 — L’envoi des douze en mission
Prononcée devant le peuple dans la basilique de saint Etienne, martyr, au sujet des apôtres, 26 novembre 590 (un dimanche de l’Avent)
- 01 — Présentation
- 02 — Évangile du jour (Mt 10, 5-10)
- 03 — Homélie — N’est-il pas évident pour tous, frères très chers, que notre Rédempteur est venu en ce…

Homélie 4 — L’envoi des douze en mission
Prononcée devant le peuple dans la basilique de saint Etienne, martyr, au sujet des apôtres, 26 novembre 590 (un dimanche de l’Avent)
Saint Grégoire le Grand · 06 mars 2017 · 12 min de lecture · 3 vues
Jésus donne l’ordre à ses apôtres de prêcher l’Évangile, excepté chez les païens et dans les villes des Samaritains. Et il ajoute : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. » L’orateur prend occasion de cette sentence pour flétrir le vice de simonie.
Simon le Magicien est ce personnage mystérieux qui s’attira une verte réprimande de saint Pierre pour avoir voulu lui acheter le pouvoir d’imposer les mains : « Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’argent. » (Ac 8, 20). Il a donné son nom à la simonie, qui désigne à l’origine la vente de l’ordination sacerdotale. Grégoire utilise toujours ce mot avec cette signification. Il constate par exemple dans une de ses lettres que personne, en Gaule ou en Germanie, « ne peut parvenir aux ordres sacrés sans faire de présents », et il condamne ce commerce honteux sous le nom d’ « hérésie simoniaque » (Registrum 5, 62). Le texte de cette Homélie a été très utilisé au moyen âge contre la simonie, en particulier par les réformateurs grégoriens du XIᵉ siècle (cf. A. Fliche, La Réforme grégorienne, Louvain, 1966, t. 1, p. 23-30). Le saint pape distingue ici les trois sortes de simonie en fonction des trois types de présents par lesquels on cherche à obtenir la charge ecclésiastique convoitée : la servilité, l’argent et la flatterie.
Abordons maintenant un tout autre ordre de réalités, celui de la question théologique très délicate de la prédestination. Lorsque saint Grégoire parle de ceux qui, par un secret jugement de Dieu, « ne méritaient pas d’être régénérés par la grâce », il enseigne en effet la prédestination absolument gratuite au salut. Ailleurs, il affirme non moins nettement l’autre aspect du mystère : la réelle possibilité de ce salut pour tous les adultes, au moins pour tous les baptisés. Il s’accorde d’ailleurs à dire avec saint Augustin que nul ne saurait voir ici-bas l’intime conciliation de ces deux vérités. L’équilibre se trouve dans l’affirmation de ces deux aspects extrêmes du mystère et dans la contemplation supérieure de l’infinie bonté de Dieu, qui est à la fois le principe de sa miséricorde et de sa justice. Ce n’est qu’en regardant les choses du côté de l’amour de Dieu qu’on aborde sans danger l’angoissante question de la prédestination (cf. Garrigou-Lagrange in D.T.C., art. Prédestination, t. 12, col. 2901).
