Homélie 3 — La Mère et les frères de Jésus
Prononcée devant le peuple dans la basilique de sainte Félicité, martyre, le jour de sa fête, 23 novembre 590
- 01 — Présentation
- 02 — Évangile du jour (Mt 12, 46-50)
- 03 — Homélie — Elle est courte, frères très chers, la leçon du Saint Évangile qui vient d’être lue…

Homélie 3 — La Mère et les frères de Jésus
Prononcée devant le peuple dans la basilique de sainte Félicité, martyre, le jour de sa fête, 23 novembre 590
Saint Grégoire le Grand · 05 mars 2017 · 10 min de lecture · 3 vues
L’ancienne Passion de sainte Félicité et de ses sept fils martyrs (†162 ?) — celle que le peuple de Rome lisait en 590 — peut être ainsi résumée : Félicité était une veuve très pieuse, que sa situation sociale mettait fort en vue dans Rome. Les pontifes païens déclarèrent à l’empereur Marc Aurèle que son exemple était des plus dangereux, et que si on ne l’amenait pas à vénérer les dieux, ceux-ci en seraient tellement irrités qu’on ne pourrait plus les apaiser. L’empereur chargea le préfet Publius de la contraindre à sacrifier. Publius la convoqua, et dans une conversation particulière, il tenta d’obtenir son abjuration. N’y parvenant pas, il la cita à comparaître au forum de Mars, avec ses fils, pour un jugement régulier. Les sept fils de Félicité (Janvier, Félix, Philippe, Sylvain, Alexandre, Vital et Martial) firent d’admirables réponses aux magistrats chargés de les séduire.
Leur mère les animait de sa propre foi : « Levez les yeux au Ciel, regardez en haut, mes enfants ; là, le Christ vous attend ; combattez pour vos âmes ; restez fermes dans son amour ! » Aucun d’eux n’ayant faibli, l’empereur les condamna tous à mort. Janvier périt sous les coups d’un fouet garni de plomb ; Félix et Philippe furent tués à coups de bâton ; Sylvain fut précipité du haut d’un rocher ; Alexandre, Vital et Martial eurent la tête tranchée, et il en fut de même de Félicité. Ce magnifique récit hagiographique rappelle irrésistiblement celui de la mort des sept frères Maccabées et de leur mère, que le roi Antiochus Epiphane voulut forcer à manger de la viande de porc, interdite par la Loi juive (2 M 7) : « La mère, admirable au-dessus de toute expression et digne d’une illustre mémoire, voyant mourir ses sept fils dans l’espace d’un seul jour, le supporta généreusement, soutenue par son espérance dans le Seigneur. » (v. 20)
La présente Homélie porte sur les paroles de Jésus en saint Matthieu : « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère. » Grégoire explique, à propos de sainte Félicité, comment on peut devenir la mère du Christ. Puis il exploite toute la force de l’exemple de la sainte pour donner honte à ses auditeurs de leur lâcheté. N’arrive-t-il pas souvent que quelques moqueries suffisent à les paralyser dans le bien ? Quatorze siècles plus tard, la parole vigoureuse du pape garde toute sa tonicité et son actualité : le respect humain et le péché d’omission demeurent en effet les deux principaux obstacles à la gloire de Dieu et au salut des âmes.
