Homélie 24 — La deuxième pêche miraculeuse
Prononcée devant le peuple dans la basilique (hors-les-murs) du bienheureux Laurent, martyr, le mercredi de Pâques, 18 avril 591
- 01 — Présentation
- 02 — Évangile du jour (Jn 21, 1-14)
- 03 — Homélie — Le matin venu, Jésus se trouva sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que…

Homélie 24 — La deuxième pêche miraculeuse
Prononcée devant le peuple dans la basilique (hors-les-murs) du bienheureux Laurent, martyr, le mercredi de Pâques, 18 avril 591
Saint Grégoire le Grand · 26 mars 2017 · 17 min de lecture · 0 vue
Dans l’évangile du jour, saint Jean relate l’apparition de Jésus ressuscité sur le rivage du lac de Tibéria de en plusieurs tableaux, qui inspirent les développements successifs de cette Homélie. Saint Grégoire s’y emploie à dégager le sens allégorique des principaux éléments du récit, avant d’inviter ses auditeurs à vivre dans l’esprit du Christ et dans la perspective du Ciel.
Pierre retourne pêcher : l’orateur explique d’abord pourquoi il lui était permis de continuer à exercer ce métier. Puis il expose subtilement le sens caché de cette seconde pêche miraculeuse, et pourquoi c’est Pierre qui tire le filet à terre. Maîtrisant parfaitement la symbolique des nombres, le prédicateur énonce ensuite ce que figurent les cent cinquante-trois gros poissons. Puis il nous éclaire sur la signification du poisson grillé, du rayon de miel et du repas que Jésus prend avec sept disciples. Si les conclusions exégétiques que Grégoire parvient à tirer de réalités aussi prosaïques nous surprennent, elles n’en sont pas moins fort consolantes, puisque le saint nous assure que nos imperfections ne nous empêcheront pas de prendre part au banquet du Ciel. Il y met cependant une condition…
Le passage sur les cent cinquante-trois gros poissons nous permet d’évoquer la place du symbolisme des nombres dans la pensée de notre auteur. En plein accord avec l’usage biblique et la ligne suivie par les Pères précédents, il considère le nombre comme un moyen de parvenir à la connaissance de la vérité divine. Il dit ainsi dans notre Homélie : « L’évangéliste ne prendrait pas la peine de formuler le nombre total [de poissons] avec cette précision, s’il ne l’avait jugé plein de mystère (plenum sacramento). » Toutes les données du symbolisme qu’il met en œuvre, le pape les emprunte à la Sainte Écriture (dix
Amor ipse notitia est. Pour l’âme, connaître Dieu n’est autre chose que l’aimer, parce qu’en ce cas c’est l’amour qui connaît. Per amorem agnoscimus, dit saint Grégoire dans les Morales (10, 13). Et Dom Gill et commente (Sources Chrétiennes 32 bis, Introduction, p. 36-38) : « [Dans l’acte de contemplation] l’intelligence est élevée au-dessus de ses modes habituels de connaître. […] Nous contemplons la beauté de commandements, sept dons du Saint-Esprit, trois personnes divines, etc.). C’est donc à l’intérieur d’un cadre fermement dessiné par la Parole divine qu’il construit son interprétation, d’ailleurs tout orientée à l’utilité de ses auditeurs. Rien en tout cela ne peut être qualifié de ridicule. Apprenons plutôt à y reconnaître un magnifique effort pour faire pénétrer les vérités de foi dans l’âme des fidèles, sous une forme qui leur soit facilement assimilable. Nos contemporains, si friands de jeux de chiffres et de lettres, y trouveront-ils à redire ?
\\_\\_\\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_\_
Amor ipse notitia est. Pour l’âme, connaître Dieu n’est autre chose que l’aimer, parce qu’en ce cas c’est l’amour qui connaît. Per amorem agnoscimus, dit saint Grégoire dans les Morales (10, 13). Et Dom Gill et commente (Sources Chrétiennes 32 bis, Introduction, p. 36-38) : « [Dans l’acte de contemplation] l’intelligence est élevée au-dessus de ses modes habituels de connaître. […] Nous contemplons la beauté de notre Créateur dans une connaissance d’amour. »
Jeu de mots facile à faire sentir en accentuant les mots latins : amicus (ami) = á[ni]mi cús[tos] (dépositaire de ses volontés).
Saint Grégoire se réfère ici à Ex 17, 4 : « Moïse cria vers le Seigneur en disant : ‹Que ferai-je pour ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront.› » Nous n’y lisons toutefois pas que Moïse ait été effectivement lapidé.
