Homélie 23 — L’apparition aux disciples d’Emmaüs
Prononcée devant le peuple dans la basilique du bienheureux Pierre, apôtre, le lendemain de Pâques, 16 avril 591
- 01 — Présentation
- 02 — Évangile du jour (Lc 24, 13-35)
- 03 — Homélie — Ils approchaient alors du village vers où ils se rendaient

Homélie 23 — L’apparition aux disciples d’Emmaüs
Prononcée devant le peuple dans la basilique du bienheureux Pierre, apôtre, le lendemain de Pâques, 16 avril 591
Saint Grégoire le Grand · 25 mars 2017 · 8 min de lecture · 0 vue
Au lendemain de Pâques, l’auditoire est plus clairsemé, mais aussi plus fervent. Saint Grégoire allège donc son discours habituel. Il se dispense d’un commentaire exégétique détaillé. Le long évangile où le Christ se fait reconnaître des disciples d’Emmaüs lui fournit l’occasion de chanter les louanges de la grande vertu d’hospitalité.
Ces deux disciples aimaient Jésus : il leur offre sa présence. Ils doutaient de lui : il ne s’en laisse pas reconnaître. Ils lui proposent l’hospitalité, et il leur révèle son identité à la fraction du pain. Ce n’est donc pas en entendant les commandements de Dieu qu’ils sont éclairés, mais en les mettant en pratique. Pour comprendre davantage, commençons par mettre en pratique ce que nous avons déjà compris. Aimons l’hospitalité, par laquelle nous donnons asile au Christ caché dans le voyageur, comme cela arriva effectivement à un bon père de famille, dont le prédicateur raconte l’histoire.
Fidèle à son habitude, il conclut sur la perspective du jugement dernier : « Voici que le Seigneur venant pour le jugement dira : ‹Ce que vous avez fait à l’un des plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait.› » Phrase capitale pour apprécier l’action et la pensée du saint pape. Fasciné par la venue prochaine du Juge et l’imminence de la fin du monde, il ne s’éloigne pourtant pas du siècle, et poursuit sans relâche son action sociale multiforme. Certains historiens se sont étonnés que la tension eschatologique ne le poussât pas à se désintéresser des choses de la terre. Grégoire ne demande qu’à leur expliquer cet apparent paradoxe. Le monde est proche de son terme. Aussi devons-nous mépriser comme caduc tout ce qu’il nous propose, et prendre nos distances par rapport aux puissants de l’heure, destinés à disparaître. Cependant, la fin du monde va amener la venue de notre Juge, qui considérera tout ce que nous avons fait pour nos frères comme si nous l’avions fait pour lui. C’est donc l’approche même de ce qu’il croit être la fin du monde qui engage le pape à l’action sociale.
