Homélie 22 — Le tombeau vide
Prononcée devant le peuple dans la basilique du bienheureux Jean, dite Constantinienne, 6 avril 592 (jour de Pâques)
- 01 — Présentation
- 02 — Évangile du jour (Jn 20, 1-9)
- 03 — Homélie — Pierre et cet autre disciple partirent donc, et ils vinrent au tombeau

Homélie 22 — Le tombeau vide
Prononcée devant le peuple dans la basilique du bienheureux Jean, dite Constantinienne, 6 avril 592 (jour de Pâques)
Saint Grégoire le Grand · 24 mars 2017 · 22 min de lecture · 0 vue
Près de deux mois se sont écoulés depuis que saint Grégoire a prêché pour la dernière fois. Sa santé ne s’améliore pas. Elle ira d’ailleurs en empirant jusqu’à la fin de son pontificat. Avant même de devenir pape, il est passé par des crises de goutte et de gastralgie (maux d’estomac) qui duraient des mois, et qui auraient anéanti un tempérament moins énergique. Il signale dans les Dialogues (III, 7) qu’il était alors en proie à des angoisses lancinantes et frôlait à chaque instant la syncope.
Surmontant son état de santé déplorable, le prédicateur s’est rendu à la basilique du Latran pour y commenter un évangile différent de celui de la fête de Pâques de l’année précédente. Est-ce parce qu’il n’a pu aller à Sainte-Marie-Majeure qu’il a fait changer la lecture du jour ? Quoi qu’il en soit, le pape interprète le récit de l’arrivée de Pierre et de Jean au tombeau le matin de Pâques ; puis il médite sur le mystère pascal à partir du texte de l’Exode où Moïse détermine comment on doit manger l’agneau pascal.
I- (1-5) La première partie contient la page célèbre sur la course des deux apôtres, figures de la Synagogue et de l’Église des païens : belle interprétation symbolique, qui s’appuie sur d’autres affirmations de l’Écriture et débouche sur des données de solide théologie. Ici encore, l’homme moderne doit accepter de se plier à ce qu’Henri-Irénée Marrou appelle très justement « un jeu poétique », jeu qui nous fait « pénétrer dans un enseignement d’une richesse et d’une sûreté incomparables. Car par ces cheminements singuliers, c’est à une doctrine toute simple, saine, vigilante et forte qu’on est conduit […] et qui s’exprime, d’ailleurs, dans un style d’une incomparable douceur. » (in La Vie Spirituelle, 69, 1943, p. 453)
II- (6-9) Par-delà une grille allégorique dont la virtuosité nous déroute un peu, la seconde partie nous introduit dans le mystère pascal. Pâques est bien la « Solennité des Solennités », parce que le Seigneur nous y ouvre les portes du Royaume céleste. Et puisque l’agneau mangé par les Juifs est la figure du Christ, tout ce que Moïse a dit de l’agneau pascal peut s’appliquer à Jésus, l’Agneau de Dieu. Son sang qui nous préserve, c’est sa Passion, célébrée à la messe et imitée dans nos vies. Le pain sans levain et les laitues sauvages, la tenue dans laquelle on mange l’agneau, ces diverses indications, moyennant les explications de Grégoire, fournissent aux nouveaux baptisés de la nuit pascale de précieuses consignes de vie chrétienne, que le pape les engage à mettre en œuvre sans retard. Aujourd’hui, ils le peuvent encore ; qui sait si demain, ce ne sera pas trop tard…
