Homélie 2 — L’aveugle de Jéricho
Prononcée devant le peuple dans la basilique de saint Pierre, apôtre, 19 novembre 590 (un dimanche de l’Avent)
- 01 — Présentation
- 02 — Évangile du jour (Lc 18, 31-43)
- 03 — Homélie — Or il se trouva, comme Jésus approchait de Jéricho, qu’un aveugle était assis au bord…

Homélie 2 — L’aveugle de Jéricho
Prononcée devant le peuple dans la basilique de saint Pierre, apôtre, 19 novembre 590 (un dimanche de l’Avent)
Saint Grégoire le Grand · 04 mars 2017 · 15 min de lecture · 2 vues
Cette Homélie nous fournit un magnifique exemple d’ « exégèse intériorisante ». L’homme déchu en Adam a abandonné les réalités invisibles à cause des réalités visibles ; il convient donc que ce soient ces dernières qui le ramènent à Dieu. Par quel intermédiaire, sinon par l’Écriture Sainte, prolongement de l’Incarnation ? Aussi saint Grégoire va-t-il s’intéresser à la lettre de l’Écriture, examiner avec une scrupuleuse attention les mots mêmes de la version latine, s’attacher au texte et à ses plus menues particularités. Chaque mot, chaque petite difficulté est pour lui l’occasion de faire des rapprochements, de citer d’autres textes, d’éclairer l’Écriture par l’Écriture, et d’élever ainsi l’âme vers Dieu, au moyen de l’allégorie. Tissée de mots humains et d’images empruntées à la réalité sensible, l’allégorie est au fondement même de la pédagogie divine. Elle frappe la sensibilité et l’imagination de l’homme pour arracher son âme à l’engourdissement. Comme le note Grégoire, « à partir des réalités qu’elle connaît, le discours divin lui met secrètement au cœur un amour qu’elle ne connaît pas » (Commentaire sur le Cantique des Cantiques).
Ainsi l’orateur compare-t-il l’aveugle guéri par le Christ au genre humain. Chassé des joies du paradis par le péché du premier homme et tombé dans les ténèbres, il mendie de Jésus la lumière pour marcher dans le chemin de la vie par ses bonnes œuvres.
La finale de cette Homélie pourra paraître un peu sombre. N’oublions pas cependant l’époque si éprouvée en laquelle le saint pape prêchait. Quand la mort frappe sans relâche, les survivants ont d’ordinaire tendance à vouloir exorciser sa présence par une joie grossière, assortie de plaisirs immédiats : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! » D’où le devoir du pasteur de protester. Qu’on se rassure pourtant, la joie fleurit dans la suite de ces Homélies, toujours associée aux biens spirituels : l’amour de Dieu qui nous comble, ou la pensée du bonheur infini que Dieu nous prépare dans le Ciel. Grégoire n’invite donc pas au dolorisme, mais à la vraie joie, fruit de l’amour des choses d’en haut.
