Homélie 19 — Les ouvriers de la onzième heure
Prononcée devant le peuple dans la basilique du bienheureux Laurent, martyr, 28 mars 591 (mercredi de la quatrième semaine de Carême)
- 01 — Présentation
- 02 — Évangile du jour (Mt 20, 1-16)
- 03 — Homélie — L’explication de cette lecture du Saint Évangile appelle de longs développements, mais…

Homélie 19 — Les ouvriers de la onzième heure
Prononcée devant le peuple dans la basilique du bienheureux Laurent, martyr, 28 mars 591 (mercredi de la quatrième semaine de Carême)
Saint Grégoire le Grand · 21 mars 2017 · 19 min de lecture · 1 vue
En ce jour de « scrutin », le peuple s’est réuni pour accompagner les catéchumènes dans l’une des étapes qui vont les conduire au baptême : la tradition du symbole de la foi. C’est pour ces futurs néophytes que le pape souligne les exigences de vie nouvelle que comporte la foi dont ils vont faire profession.
Le commentaire de la parabole des ouvriers embauchés aux diverses heures du jour n’est pas chose aisée. Après avoir dit qui sont le père de famille, la vigne et les ouvriers, saint Grégoire propose une double exégèse des heures du jour auxquelles sont embauchés les ouvriers, et il en déduit deux interprétations différentes des ouvriers de la onzième heure. Il lui faut encore expliquer ce qu’est ce mystérieux denier que tous reçoivent également en récompense, et pourquoi chacun le perçoit sans distinction du travail effectué, ce qui est le point choquant de la parabole.
La sentence qui clôt l’évangile — Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus — permet au prédicateur une finale contrastée, riche de paradoxe chrétien. Car s’il insiste d’abord sur les œuvres dont la foi doit s’accompagner pour nous mériter le Ciel, il repart bientôt dans une direction inattendue : si notre prochain se conduit mal, nous ne devons pas le juger, puisque nul ne connaît les trésors de la miséricorde divine. Et pour mieux inculquer une vérité si importante, le pape raconte une première version de l’histoire du jeune Théodore, qu’il reprendra en termes différents dans l’Homélie 38 (16) et dans les Dialogues (IV, 40, 2-5). Ce récit poignant nous fait toucher du doigt la miséricorde de Dieu qui se manifeste dans les âmes. Grégoire sait ainsi à la fois souligner l’intransigeance de la parole de Dieu et ne pas tomber dans le piège du rigorisme. « Etroite est la voie qui mène à la vie », mais il n’y a pas de bornes à la miséricorde divine.
Merveilleux pédagogue, notre orateur exploite toutes les ressources que lui offrent les histoires édifiantes : outre les exemples de vertu héroïque, il y a les précédents de conversions inattendues. Les fidèles ont besoin d’entendre les uns et les autres, car à quoi leur servirait de comprendre ce qu’ils doivent pratiquer, si on ne leur donnait l’espoir d’y parvenir malgré les péchés et les vices où ils se débattent encore ?
