Homélie 15 — La parabole du semeur
Prononcée devant le peuple dans la basilique de saint Paul, apôtre, le dimanche de la Sexagésime, 18 février 591
- 01 — Présentation
- 02 — Évangile du jour (Lc 8, 4-15)
- 03 — Homélie — Ses disciples lui demandèrent ce que signifiait cette parabole

Homélie 15 — La parabole du semeur
Prononcée devant le peuple dans la basilique de saint Paul, apôtre, le dimanche de la Sexagésime, 18 février 591
Saint Grégoire le Grand · 17 mars 2017 · 12 min de lecture · 0 vue
L’Homélie de ce jour porte sur la parabole du semeur, que Jésus a pris soin d’expliquer lui-même. Saint Grégoire sait profiter de l’occasion pour justifier par l’exemple du Seigneur l’éxégèse allégorique qu’il pratique habituellement. Son public semble se montrer parfois réticent à le suivre dans sa recherche du sens symbolique. Il tient donc à s’autoriser du magistère de Jésus pour appuyer le sien. Esprit critique de l’auditoire, nécessité pour l’orateur d’en appeler à l’autorité du Christ pour justifier sa méthode d’exposition : ces deux éléments éclairent la prédication du saint pape d’un jour inattendu.
Le Seigneur ayant lui-même expliqué la parabole, le prédicateur n’a plus qu’à exhorter à mettre en pratique ce divin commentaire. La semence est la parole de Dieu : elle ne peut fructifier que si elle est conservée dans l’âme. Plaisirs et richesses menacent de l’étouffer : écartons-les. Ne soyons pas des âmes pierreuses, sans racines. Mais persévérons dans la « componction », en pleurant nos péchés pour ne pas retomber.
Voici la première mention de la componction que nous rencontrons dans les Homélies. Profitons-en pour nous initier à cet état d’âme, dont saint Grégoire peut être considéré comme un maître très autorisé. La componction est un élancement de l’âme, une douleur très vive, une tristesse selon Dieu. Elle s’exprime tout naturellement par les larmes. Elle est commune au commençant qui pleure ses péchés, au progressant qui se détache des créatures, et au parfait qui souffre d’attendre le Royaume (cf. Pie Régamey, La componction du cœur, in La Vie Spirituelle, juillet 1935, p. 65-83).
Mais revenons à notre Homélie. Le pape en consacre la fin à montrer l’absolue nécessité de la patience. Sans le support patient des défauts du prochain, on ne peut porter aucun fruit en ce monde. C’est ici l’occasion pour Grégoire de rapporter un exemple fameux de patience, dont il a été le témoin avec toute la ville de Rome : celui de Servulus, pauvre paralytique du portique de l’église Saint-Clément, dont il relate la mort admirable : « Que pourrons-nous dire [au jour du jugement], lorsque nous verrons ce Servulus dont nous avons parlé ? Sa longue maladie lui paralysait les bras, sans pour autant les empêcher d’accomplir les bonnes œuvres. » Nous voyons ici l’un des buts que fixe notre orateur aux histoires qu’il raconte : donner honte à ses auditeurs de leur tiédeur, en face de la générosité des saints.
