Homélie 11 — Le trésor, la perle et le filet
Prononcée devant le peuple dans la basilique de sainte Agnès, le jour de sa fête, 21 janvier 591
- 01 — Présentation
- 02 — Évangile du jour (Mt 13, 44-52)
- 03 — Homélie « Le Royaume des cieux est encore semblable à un marchand qui cherche des perles fines. En ayant trouvé une de grand prix, il s’en alla, vendit tout ce qu’il possédait et l’acheta

Homélie 11 — Le trésor, la perle et le filet
Prononcée devant le peuple dans la basilique de sainte Agnès, le jour de sa fête, 21 janvier 591
Saint Grégoire le Grand · 13 mars 2017 · 12 min de lecture · 0 vue
La popularité de sainte Agnès était très grande à Rome. Par saint Ambroise, qui nous a donné la plus ancienne relation de sa mort dans le De virginibus (378), nous savons qu’elle a accompli son martyre à douze ans, qu’elle était alors vierge, qu’elle dut lutter beaucoup pour le rester, et qu’elle périt finalement par le glaive, en allant au-devant de la mort avec un courage admirable.
Pour la fête de cette héroïque enfant, l’Église a choisi la parabole du trésor caché dans un champ, que Grégoire explique dans cette Homélie : il montre pourquoi l’on doit cacher le trésor après l’avoir trouvé, puis il expose ce que signifie la perle de grand prix, dont parle la deuxième partie de l’évangile. C’est ici que notre prédicateur fait en quelques mots l’éloge de sainte Agnès, dont les Romains célébraient la fête avec solennité. Mais en pasteur avisé, le pape ne vante les mérites de leur sainte préférée que pour les engager sur la voie de la conversion, et il commente en ce sens le dernier passage de la parabole, concernant le filet et le tri des poissons.
L’orateur a ainsi mené son discours de manière à l’achever sur une perspective d’éternité, très propice à faire réfléchir les fidèles et à les amener à changer de vie. C’est là une habitude de saint Grégoire, qui aime terminer son propos par le rappel du jugement dernier. Nos contemporains s’en choquent facilement, et un peu vite ils en concluent, avec l’historien Pirenne, que par son évocation constante des fins dernières, l’œuvre grégorienne a « puissamment contribué à donner à la religiosité médiévale une tournure sombre et angoissée ». Ce n’était pourtant pas la manière de voir des hommes du moyen âge. Et tel moine du XIIᵉ siècle, par exemple, affirmait que cette œuvre « versait en lui calme, sérénité, courage et joie ». Le P. de Lubac cite bien d’autres témoignages en ce sens (cf. Exégèse médiévale, Paris, Le Cerf, 1993, t. 2, p. 537-548).
